{"id":14684,"date":"2013-12-28T02:07:09","date_gmt":"2013-12-28T01:07:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=14684"},"modified":"2014-01-10T00:06:18","modified_gmt":"2014-01-09T23:06:18","slug":"la-croissance-dun-moi-son-processus-par-carlo-suares","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-croissance-dun-moi-son-processus-par-carlo-suares\/","title":{"rendered":"La croissance d&rsquo;un moi : Son processus par Carlo Suar\u00e8s"},"content":{"rendered":"<p>(Extrait de <em>La com\u00e9die Psychologique<\/em>. \u00c9dition Corti 1932)<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/lenfance-dun-moi-par-carlo-suares\/\"><em>Chapitre pr\u00e9c\u00e9dent<\/em><\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-maturation-dun-moi-leducation-creatrice-par-carlo-suares\/\"> <em>Chapitre suivant<\/em><\/a><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>L&rsquo;auto-d\u00e9fense du moi<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Nous venons de voir que le moi, \u00e0 sa naissance, peut \u00eatre frapp\u00e9 de vertige en contemplant sa pro\u00adpre absurdit\u00e9 ; il peut vaciller soudain, sous le choc de sa propre constatation. Il se d\u00e9tache, pendant un instant rapide, du r\u00eave dont il est fait, o\u00f9 le monde et lui \u00e9taient intimement associ\u00e9s. Il se dissocie, pendant cet instant foudroyant de rapidit\u00e9, de lui-m\u00eame ou du monde, et s<em>urgit en lui un observateur surpris, <\/em>angoiss\u00e9, \u00e9perdu, qui ne parvient pas assez \u00e0 se r\u00e9p\u00e9ter sa constatation, dont l&rsquo;absolue simplicit\u00e9 (je suis l\u00e0, le monde est l\u00e0) est cela m\u00eame qui d\u00e9truit l&rsquo;\u00e9qui\u00adlibre de tout ce qui jusqu&rsquo;ici avait \u00e9t\u00e9 la substance m\u00eame de sa r\u00e9alit\u00e9, de son r\u00eave.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Si ce vertige angoiss\u00e9, si cette ivresse de l&rsquo;ab\u00adsurde, pouvaient \u00eatre maintenus \u00e0 la surface de sa vie psychologique, le moi en serait d\u00e9finitive\u00adment f\u00e9cond\u00e9, comme le fut celui de Jean-Paul ; c&rsquo;est-\u00e0-dire que l&rsquo;instant pr\u00e9sent, qui comme \u00e0 tra\u00advers une fissure, s&rsquo;est ins\u00e9r\u00e9 au point de passage du je en moi, poursuivrait le moi jusque dans les r\u00e9gions o\u00f9 le g\u00e9nie cr\u00e9ateur l&rsquo;obligerait \u00e0 se faire d\u00e9truire pour lui. Au moment de la condensation du subjectif en une entit\u00e9, comme une goutte qui se d\u00e9tache d&rsquo;une vapeur, se trouve l&rsquo;\u00e9tat o\u00f9 la goutte fait encore partie de la vapeur, mais n&rsquo;en fait plus partie, o\u00f9 elle est d\u00e9j\u00e0 isol\u00e9e, mais pas encore. Cet \u00e9tat impossible est celui de <em>l&rsquo;\u00e9veil dans le sein du r\u00eave, o\u00f9 la constatation de l&rsquo;absurde s&rsquo;enlise dans l&rsquo;absurde qui est constat\u00e9<\/em>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Mais nous avons vu aussit\u00f4t le moi se contrac\u00adter, se raidir, se refermer sur lui-m\u00eame, et s&#8217;employer avec diligence \u00e0 refermer la cicatrice de ce point par lequel il s&rsquo;est d\u00e9tach\u00e9 du monde qui l&rsquo;avait form\u00e9, et gr\u00e2ce auquel il avait pu appar\u00adtenir pendant un instant situ\u00e9 en dehors du temps, aux deux mondes \u00e0 la fois, \u00eatre \u00e0 la fois r\u00eave et \u00e9veil. Dans ce durcissement du moi il faut bien dire que la soci\u00e9t\u00e9 vient l&rsquo;aider tant qu&rsquo;elle peut, puis\u00adque son but, avou\u00e9 et inavou\u00e9, est d&rsquo;\u00e9touffer \u00e0 tout jamais en lui cet appel silencieux et terrible de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. Appel terrible, puisqu&rsquo;il fait vaciller toutes les permanences statiques sous le choc de son absolu mouvement.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le moi, en se refermant sur lui-m\u00eame, en se d\u00e9tachant, en s&rsquo;isolant, ne perd point pour cela l&rsquo;orientation de toute l&rsquo;activit\u00e9 du subjectif qui l&rsquo;a conduit \u00e0 ce point. On se souvient que cette orien\u00adtation est une recherche de permanence. Le moi utilisera ce d\u00e9sir pour son propre compte, au d\u00e9triment de sa propre essence sur laquelle il s&rsquo;est re\u00adferm\u00e9. Il se s\u00e9parera donc de plus en plus de son essence, il perdra compl\u00e8tement toute notion r\u00e9elle au sujet de sa raison d&rsquo;\u00eatre, il s&rsquo;isolera de plus en plus. Et parce qu&rsquo;il en souffrira, il ne fera qu&rsquo;exa\u00adcerber sa soif de permanence, jusqu&rsquo;\u00e0 un degr\u00e9 qui devrait devenir insoutenable, jusqu&rsquo;\u00e0 se briser lui-m\u00eame. L\u00e0 encore, les congr\u00e9gations des moi st\u00e9rilement assur\u00e9es de leurs possessions spiri\u00adtuelles et mat\u00e9rielles, viendront l&rsquo;aider, le conso\u00adler, lui apporter la foi, l&rsquo;esp\u00e9rance, la charit\u00e9, ou sous d&rsquo;autres formes, n&rsquo;importe lesquelles, la s\u00e9\u00adcurit\u00e9, l&rsquo;ambition et l&rsquo;exploitation, qui le feront mourir, \u00e9touff\u00e9.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>S\u00e9curit\u00e9 d&rsquo;abord\u00a0<\/strong><strong>!<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>S\u00e9curit\u00e9 d&rsquo;abord<\/em> : le moi veut se prot\u00e9ger psy\u00adchologiquement et mat\u00e9riellement. <em>Ambition ensuite<\/em> : \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du cadre statique de sa s\u00e9cu\u00adrit\u00e9, ayant d\u00e9truit son doute dynamique, le moi veut agrandir son propre cercle ferm\u00e9. <em>Exploita\u00adtion <\/em>: en comparant le cercle ferm\u00e9 de ses acquisitions, \u00e0 des cercles plus petits, il justifie sa posi\u00adtion inhumaine, en l&rsquo;appelant progr\u00e8s, civilisation, id\u00e9al, etc&#8230; Nous amorcerons sur cette activit\u00e9 l&rsquo;\u00e9tude de la Com\u00e9die Morale. Mais nous devons en d\u00e9gager le m\u00e9canisme.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>Les deux d\u00e9sirs contradictoires<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le moi, d\u00e8s sa fondation, est anim\u00e9 de deux d\u00e9sirs fondamentaux, qui expriment la contradic\u00adtion inh\u00e9rente \u00e0 tout mouvement, et qui, dans son cercle ferm\u00e9 agissent d&rsquo;une fa\u00e7on admirablement vici\u00e9e, en accumulant leurs contradictions. Ces d\u00e9\u00adsirs sont l<em>e d\u00e9sir de permanence absolue, et le d\u00e9sir de sentir cette permanence. Ils sont incompatibles<\/em>, cependant que le moi d\u00e9ploiera tous ses efforts, et tous les tr\u00e9sors d&rsquo;ing\u00e9niosit\u00e9 du sous-conscient, pour se persuader \u00e0 lui-m\u00eame qu&rsquo;il les a concili\u00e9s. Cette persuasion, qu&rsquo;il finit par acqu\u00e9rir tant bien que mal, est toujours une victoire de sa perma\u00adnence statique, aux d\u00e9pens de la permanence ab\u00adsolue, universelle. Aucune m\u00e9taphysique ne peut revenir ici d\u00e9fendre sa position, ni aucune th\u00e9o\u00adlogie, ni aucune philosophie spiritualiste qui sont toutes au service du d\u00e9sir qu&rsquo;a le moi de sentir sa propre permanence et de croire qu&rsquo;elle pourra se prolonger ind\u00e9finiment, m\u00eame apr\u00e8s sa mort. Or la victoire de ce d\u00e9sir est pr\u00e9cis\u00e9ment la st\u00e9rilisa\u00adtion du moi. <em>La permanence absolue de l&rsquo;univers ne peut se sentir, se t\u00e2ter elle-m\u00eame. Se sentir soi-m\u00eame permanent, cela veut dire se t\u00e2ter au moyen de son propre pass\u00e9, en s&rsquo;identifiant \u00e0 lui, donc s&rsquo;isoler du pr\u00e9sent qui seul est \u00e9ternel, et qui ne cesse jamais de rena\u00eetre, nouveau et sans souvenirs. <\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>Chacun des deux d\u00e9sirs s&#8217;emploie \u00e0 renforcer son oppos\u00e9<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Le moi \u00e9tant toujours, uniquement, son propre pass\u00e9, n&rsquo;aura jamais aucune esp\u00e8ce d&rsquo;avenir.<\/em> Il ne sera jamais, \u00e0 un moment d\u00e9termin\u00e9, qu&rsquo;une plus ou moins grande quantit\u00e9 de pass\u00e9 accumul\u00e9. Tant que subsiste encore une seule miette de l&rsquo;entit\u00e9, cette miette est encore une vibration p\u00e9trifi\u00e9e du pass\u00e9, qui refuse de se laisser briser. Par contre, la conscience, comme un lance-flammes int\u00e9rieur, se projette sur un point apr\u00e8s l&rsquo;autre de l&rsquo;\u00e9difice du moi qui l&#8217;emprisonne, jusqu&rsquo;\u00e0 se lib\u00e9rer en fai\u00adsant fondre sa prison. La conscience individuelle frappe d&rsquo;un verdict terrible chaque \u00e9l\u00e9ment du moi qui passe sous son feu : elle le d\u00e9clare non-moi, toujours, quoiqu&rsquo;il fasse, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;extermination finale du personnage. Ainsi <em>le d\u00e9sir qu&rsquo;\u00e9prouve le moi de sentir sa permanence, l&#8217;emp\u00eache d&rsquo;attein\u00addre la permanence absolue du pr\u00e9sent, car il le durcit, le cristallise dans son propre pass\u00e9 ; et le d\u00e9sir qu&rsquo;il a d&rsquo;atteindre la permanence absolue, d\u00e9truit sa permanence en tant que moi.<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>La fissure du moi, ou conscience<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le moi continue \u00e0 fonctionner suivant le pro\u00adcessus d&rsquo;associations-dissociations que nous avons \u00e9tudi\u00e9 plus haut. Il a \u00e9limin\u00e9 un certain nombre d&rsquo;objets auxquels il s&rsquo;\u00e9tait tout d&rsquo;abord associ\u00e9, car il s&rsquo;est aper\u00e7u qu&rsquo;ils ne font pas partie de lui. Son sentiment de soi a ni\u00e9 \u00e0 ces objets le droit de faire partie de l&rsquo;\u00e9difice du moi. Mais n&rsquo;oublions jamais que la conscience de soi est une \u00e9manation d&rsquo;associations qui s&rsquo;imaginent faire partie du moi, donc qui sont encore sous-conscientes, puisqu&rsquo;elles ne doutent pas d&rsquo;elles-m\u00eames. En d&rsquo;au\u00adtres termes, la conscience de soi ne peut agir, ne peut d\u00e9clarer \u00e0 un \u00e9l\u00e9ment : \u00ab tu n&rsquo;es pas moi \u00bb, qu&rsquo;en appuyant son sentiment : \u00ab mais moi, je suis bien moi \u00bb, sur un r\u00e9sidu d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments, que cette affirmation consolide pour le moment dans le moi. C&rsquo;est ainsi que plus tard la conscience de soi, qui s&rsquo;oppose au moi, ne se lib\u00e9rera qu&rsquo;en se d\u00e9\u00adtruisant elle-m\u00eame. Elle fera bien fondre sa pri\u00adson, mais lorsque la prison sera fondue, il n&rsquo;y aura plus de combustible, plus rien qui puisse encore br\u00fbler. Ainsi, pour nous servir encore de cette image, ce que nous avons appel\u00e9 conscience est ce qui est d\u00e9truit de l&rsquo;\u00e9difice du moi.<em> Si, \u00e0 un mo\u00adment donn\u00e9, le moi a subi une fissure sous la pres\u00adsion de l&rsquo;instant pr\u00e9sent, cette fissure est v\u00e9rita\u00adblement, suivant notre d\u00e9finition, une prise de conscience. La conscience est donc un trou, une fissure du moi, qui tend \u00e0 s&rsquo;agrandir au d\u00e9triment du personnage<\/em>. Si le personnage parvient \u00e0 abdi\u00adquer, et \u00e0 se laisser d\u00e9truire, il n&rsquo;y aura plus, en fin de compte, de fissure, mais la conscience sera compl\u00e8tement lib\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Nous verrons le moi s&rsquo;opposer \u00e0 sa propre conscience, se refermer sur elle, l&rsquo;utiliser pour ses fins particuli\u00e8res, aller en d\u00e9pit d&rsquo;elle jusqu&rsquo;\u00e0 s&rsquo;unir \u00e0 elle, jusqu&rsquo;\u00e0 devenir g\u00e9nial, jusqu&rsquo;\u00e0 cr\u00e9er sur cette d\u00e9faite de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 des monuments gran\u00addioses, des \u0153uvres d&rsquo;art, des religions, des civilisations. Mais toutes ces \u0153uvres appartiennent en\u00adcore au domaine du moi, au monde des r\u00eaves, au Mythe, au sous-conscient, et nous parlons ici d&rsquo;une v\u00e9rit\u00e9 absolue qui est par rapport \u00e0 elles ce que l&rsquo;\u00e9tat de veille est par rapport au r\u00eave. Dans cette v\u00e9rit\u00e9, chaque chose se retrouve, mais avec sa signi\u00adfication v\u00e9ritable, qui n&rsquo;est plus du tout celle qu&rsquo;elle avait dans le r\u00eave. Un nouvel univers est l\u00e0 tout entier, celui contre lequel le moi avait toujours lutt\u00e9.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>L&rsquo;illusion du devenir<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le moi, appuy\u00e9 sur le sentiment de soi-m\u00eame, qui \u00e9mane de lui, rejette \u00e0 chaque instant d&rsquo;anciennes associations, mais ce n&rsquo;est que pour mieux se sentir soi. Il consolide donc le r\u00e9sidu d&rsquo;associa\u00adtions dont il est fait, et ce nouvel \u00e9quilibre le porte instantan\u00e9ment \u00e0 s&rsquo;associer \u00e0 de nouveaux \u00e9l\u00e9\u00adments mieux adapt\u00e9s \u00e0 ses nouvelles tendances. Ce passage continuel d&rsquo;un groupe d&rsquo;associations \u00e0 un groupe nouveau constitue ce qu&rsquo;il appelle son \u00ab de\u00advenir \u00bb.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">L&rsquo;illusion du devenir est bas\u00e9e sur toutes les associations dont le moi ne doute pas, et qu&rsquo;il n&rsquo;a par cons\u00e9quent pas examin\u00e9es (car s&rsquo;il les avait examin\u00e9es il les aurait constat\u00e9es en se pla\u00e7ant en dehors d&rsquo;elles, et il en aurait par cons\u00e9quent dout\u00e9, donc il les aurait rejet\u00e9es). <em>Ce r\u00e9sidu que le moi tra\u00eene constamment \u00e0 sa remorque n&rsquo;est pas autre chose que son propre pass\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire lui-m\u00eame. Le moi est son propre r\u00e9sidu, et les variations qui se produisent \u00e0 sa surface constituent ce qu&rsquo;il appelle son devenir<\/em>. Le moi \u00e9tant son pass\u00e9, se compose de tout ce qu&rsquo;il a assimil\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire de toutes les associations qui sont devenues per\u00admanentes, qui se sont imprim\u00e9es suffisamment en lui pour provoquer en lui une tendance \u00e0 les r\u00e9p\u00e9\u00adter, \u00e0 vibrer conform\u00e9ment \u00e0 elle. Cette tendance constitue la mati\u00e8re de sa m\u00e9moire (ses souvenirs).<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>La m\u00e9moire passive du moi. \u2014 La m\u00e9moire active, sans souvenirs<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Cette m\u00e9moire passive du moi (m\u00e9moire phy\u00adsiologique, \u00e9motionnelle et mentale) est une tendance qu&rsquo;il a \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter certaines r\u00e9actions devenues permanentes, r\u00e9actions qui se composent d&rsquo;asso\u00adciations qu&rsquo;il a assimil\u00e9es, donc qui composent son pass\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire le sous-conscient <a id=\"Y1\" href=\"#X1\">[1]<\/a>. Cette m\u00e9moire du moi est uniquement un automatisme du. sous-conscient, un ph\u00e9nom\u00e8ne m\u00e9canique, qui se compose d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments escamot\u00e9s \u00e0 la conscience. Par contre, la conscience, c&rsquo;est-\u00e0-dire ce qui sub\u00adsiste apr\u00e8s que des \u00e9l\u00e9ments du moi ont \u00e9t\u00e9 br\u00fbl\u00e9s par la conscience individuelle, est produite par la seule exp\u00e9rience v\u00e9ritable, celle qui met l&rsquo;antino\u00admie, qu&rsquo;est le moi, face \u00e0 face avec sa propre absurdit\u00e9, celle qui se traduit, au fur et \u00e0 mesure que se d\u00e9truit le moi, par l&rsquo;intuition, le g\u00e9nie, la Connaissance. Le souvenir est donc ce que le moi a assimil\u00e9 en tant que moi, et ce qu&rsquo;il a refus\u00e9 d&rsquo;as\u00adsimiler en tant qu&rsquo;exp\u00e9rience.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">L&rsquo;intuition est au contraire le r\u00e9sultat d&rsquo;une br\u00e8che produite dans le moi par l&rsquo;exp\u00e9rience, donc elle s&rsquo;oppose au moi. L&rsquo;intuition, lib\u00e9r\u00e9e du sou\u00advenir, devient \u00e0 ce moment-l\u00e0, libre de le guider, de l&rsquo;arracher au moi, et d&rsquo;en retenir ce qui lui convient pour un travail impersonnel, collectif. Cette nouvelle m\u00e9moire est une technique. Naturellement, le moi peut s&#8217;emparer de la technique,<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">et l&rsquo;asservir \u00e0 son tour ; il peut aussi vivre en se coupant en deux parties qui ont des existences distinctes : vie psychique, religieuse, sentimentale, etc&#8230;, d&rsquo;une part, et activit\u00e9 technique dans un compartiment s\u00e9par\u00e9. Cette dualit\u00e9 dans laquelle sont plong\u00e9s tous les sous-hommes subsiste tant que l&rsquo;un ou l&rsquo;autre des deux ennemis, le moi ou l&rsquo;intuition cr\u00e9atrice, n&rsquo;est pas \u00e9cras\u00e9. Le moi rabaisse la m\u00e9moire \u00e0 la valeur d&rsquo;une m\u00e9canique, et la tech\u00adnique \u00e0 la valeur d&rsquo;un souvenir, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;une tendance automatique, tandis que l&rsquo;homme lib\u00e9r\u00e9 conf\u00e8re \u00e0 la m\u00e9moire la valeur d&rsquo;une technique consciente, souple, qui se renouvelle sans cesse. Le moi veut soustraire la technique \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience, dont elle est pourtant issue ; l&rsquo;intuition de l&rsquo;ins\u00adtant pr\u00e9sent fait d\u00e9couler la technique de l&rsquo;exp\u00e9rience, c&rsquo;est-\u00e0-dire de la synth\u00e8se, par del\u00e0 le moi, de ses deux facult\u00e9s, intellect et amour. L&rsquo;\u00eatre unifi\u00e9 acquiert une m\u00e9moire dynamique, <em>une m\u00e9\u00admoire sans souvenirs<\/em>, dont les \u00e9l\u00e9ments se mo\u00addifient sans cesse, recr\u00e9\u00e9s par la pr\u00e9sence f\u00e9con\u00addante du pr\u00e9sent. Sa technique ne se cantonne plus dans un m\u00e9tier, dans une sp\u00e9cialisation, mais de\u00advient la technique de la vie v\u00e9cue, la technique de chaque geste, de chaque acte, qui comporte \u00e0 chaque instant l&rsquo;adh\u00e9sion totale de l&rsquo;\u00eatre.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>Le pass\u00e9 \u00e0 la rescousse du moi. \u2014 Le pass\u00e9 et<\/strong><strong> <\/strong><strong>le cas de Marcel Proust<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Lorsque le moi se trouve associ\u00e9 \u00e0 certains \u00e9l\u00e9ments dont il s&rsquo;aper\u00e7oit, en les examinant, qu&rsquo;ils ne sont pas lui, il se d\u00e9tache d&rsquo;eux, il \u00e9merge d&rsquo;une partie de ce qui avait \u00e9t\u00e9 lui, par la force d&rsquo;un acte positif d&rsquo;affirmation. Cet acte d\u00e9truit des asso\u00adciations de m\u00e9moire, au b\u00e9n\u00e9fice de la conscience et de l&rsquo;intuition, c&rsquo;est-\u00e0-dire de l&rsquo;exp\u00e9rience. Puis, lorsqu&rsquo;aussit\u00f4t, cette dissociation appelle son asso\u00adciation correspondante, surgit l&rsquo;automatisme, le souvenir, le pass\u00e9, le sous-conscient, le refus en somme de l&rsquo;exp\u00e9rience, refus qui ne parvient pas \u00e0 faire que cette exp\u00e9rience n&rsquo;ait pas eu lieu, mais qui oppose \u00e0 l&rsquo;accroissement du p\u00f4le positif un accroissement \u00e9quivalent du n\u00e9gatif. L&rsquo;antinomie, loin d&rsquo;\u00eatre apais\u00e9e, se pr\u00e9cise ainsi par l&rsquo;exp\u00e9\u00adrience. Plus l&rsquo;exp\u00e9rience est profonde, plus elle \u00e9branle l&rsquo;\u00e9difice du moi, et plus le moi r\u00e9agit par une lev\u00e9e en masse de toute la m\u00e9moire, du pass\u00e9. Le contact de l&rsquo;exp\u00e9rience cr\u00e9atrice, de l&rsquo;instant pr\u00e9sent, intemporel, et des \u00e9l\u00e9ments accumul\u00e9s qui composent le moi, constitue un v\u00e9ritable appel, une lev\u00e9e en masse du ban et de l&rsquo;arri\u00e8re-ban des souvenirs. Ces \u00e9l\u00e9ments, jusqu&rsquo;alors enfouis dans des couches profondes du sous-conscient et souvent oubli\u00e9s, d\u00e9filent maintenant sous la lumi\u00e8re de l&rsquo;exp\u00e9rience, et, gr\u00e2ce \u00e0 leur force d&rsquo;inertie, ils captent cette lumi\u00e8re, ils l&rsquo;utilisent au b\u00e9n\u00e9fice du moi, qui d\u00e8s lors se referme sur sa propre joie de les sentir recr\u00e9\u00e9s, et se met \u00e0 composer une \u0153uvre. Un exemple tr\u00e8s net de ce processus est le cas de Marcel Proust. L\u2019\u0153uvre est l&rsquo;utilisation de l&rsquo;exp\u00e9\u00adrience par le refus de l&rsquo;exp\u00e9rience; elle est une auto-d\u00e9fense du moi qui s&rsquo;est senti menac\u00e9 par l&rsquo;instant pr\u00e9sent intemporel ; elle est une vampiri\u00adsation du pr\u00e9sent par le pass\u00e9, de l&rsquo;exp\u00e9rience cr\u00e9a\u00adtrice par le souvenir.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ici, comme partout, comme toujours, op\u00e8re la terrible loi de contradiction, inh\u00e9rente au moi : l&rsquo;exp\u00e9rience appelle les souvenirs qui se serviront d&rsquo;elle en l&rsquo;\u00e9crasant, et le moi, persuad\u00e9 d&rsquo;abdiquer au b\u00e9n\u00e9fice de son \u0153uvre, a tu\u00e9 en lui l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 \u00e0 son propre b\u00e9n\u00e9fice. Le transfert de son \u00e9gotisme sur son \u0153uvre, justifie \u00e0 ses yeux son refus de s&rsquo;\u00eatre laiss\u00e9 d\u00e9truire. Du fait m\u00eame que le moi s&rsquo;est senti f\u00e9cond\u00e9, il s&rsquo;est enracin\u00e9 dans une illusion prodigieusement renforc\u00e9e. L&rsquo;exp\u00e9rience mystique proc\u00e8de de la m\u00eame illusion dramatique : <em>le con\u00adtact de l&rsquo;exp\u00e9rience vitalise tellement chaque \u00e9l\u00e9\u00adment de l&rsquo;illusion, du r\u00eave, que celui-ci y puise une intensit\u00e9 qui rend le moi d\u00e9sormais indestructible. Le moi, persuad\u00e9 \u00e0 juste raison d&rsquo;avoir senti l&rsquo;\u00e9ter\u00adnit\u00e9 <\/em><a id=\"Y2\" href=\"#X2\">[2]<\/a>, <em>et d&rsquo;en avoir \u00e9t\u00e9 illumin\u00e9, ne voudra jamais plus briser sa propre coque, et ne pourra plus par\u00advenir \u00e0 son accomplissement, du fait de l&rsquo;avoir per\u00e7u.<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>L&rsquo;intuition<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Nous reviendrons sur ces questions. Retenons pour le moment l&rsquo;opposition entre le souvenir, \u00e9l\u00e9ment du pass\u00e9 statique, et l&rsquo;intuition, r\u00e9sultante dynamique de l&rsquo;exp\u00e9rience. Le souvenir tend \u00e0 maintenir l&rsquo;\u00e9quilibre statique du moi car il est la sensation qu&rsquo;a le pr\u00e9sent de sa propre existence. Par contre l&rsquo;intuition, qui est un contact avec l&rsquo;\u00e9quilibre dynamique du pr\u00e9sent, tend \u00e0 d\u00e9truire l&rsquo;entit\u00e9 dans le sein de sa propre exp\u00e9rience. Dans le souvenir, comme dans l&rsquo;intuition, se retrouvent les deux facult\u00e9s de l&rsquo;homme, l&rsquo;amour et l&rsquo;intelli\u00adgence, mais sous des aspects tr\u00e8s diff\u00e9rents. Dans le souvenir les deux facult\u00e9s sont m\u00e9lang\u00e9es mais distinctes l&rsquo;une de l&rsquo;autre, et sont par contre inti\u00admement associ\u00e9es \u00e0 des objets, l&rsquo;amour parce qu&rsquo;il a peur, l&rsquo;intellect parce qu&rsquo;il ne doute pas. Ces facult\u00e9s, ainsi associ\u00e9es \u00e0 des objets, sont donc n\u00e9gatives, et s&rsquo;attachent \u00e0 \u00e9tablir le moi dans un \u00e9quilibre statique. Par contre l&rsquo;intuition est le r\u00e9\u00adsultat de l&rsquo;exp\u00e9rience, qui est elle-m\u00eame le r\u00e9sultat de dissociations qu&rsquo;a op\u00e9r\u00e9es le moi en brisant une partie de son \u00e9difice, construit sur certains objets, c&rsquo;est-\u00e0-dire en lib\u00e9rant de ces objets et son amour et son intellect. Cette intuition est donc le r\u00e9sultat accumul\u00e9 de tous les efforts qu&rsquo;a faits le moi pour se d\u00e9truire, et pour lib\u00e9rer ses facult\u00e9s. Elle est la totalisation des affirmations positives de ces facult\u00e9s qui se sont reprises elles-m\u00eames, pour avoir \u00e9puis\u00e9 les objets, et qui ont per\u00e7u leur exis\u00adtence ind\u00e9pendamment de ces objets, auxquels elles s&rsquo;\u00e9taient tout d&rsquo;abord associ\u00e9es. Elle est ce qui s&rsquo;ajoute \u00e0 l&rsquo;amour et \u00e0 l&rsquo;intelligence, apr\u00e8s cha\u00adque nouvelle dissociation o\u00f9 l&rsquo;amour et l&rsquo;intelligence se lib\u00e8rent par un acte d&rsquo;affirmation.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>Le d\u00e9tachement<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il convient ici de marquer tr\u00e8s nettement la diff\u00e9rence entre ce d\u00e9tachement du moi, qui est positif, et qui de ce fait lib\u00e8re les facult\u00e9s dans leur synth\u00e8se qui est l&rsquo;intuition, et le d\u00e9tachement auquel on pense habituellement, qui n&rsquo;est que l&rsquo;in\u00addiff\u00e9rence du moi qui s&rsquo;est referm\u00e9 sur lui-m\u00eame, apr\u00e8s avoir rejet\u00e9 des objets qui d\u00e9rangeaient son \u00e9quilibre statique. Cette diff\u00e9rence est d&rsquo;une im\u00adportance extr\u00eame ; elle est aussi importante que l&rsquo;opposition que nous faisons entre la personnalit\u00e9 v\u00e9ritable, (qui est le moyen particulier dont cha\u00adque moi peut se d\u00e9truire au b\u00e9n\u00e9fice de son es\u00adsence) et la sous-conscience, qui est ce qu&rsquo;on appelle d&rsquo;habitude la personnalit\u00e9, et qui n&rsquo;est que l&rsquo;affirmation mythique du personnage en tant qu&rsquo;\u00eatre. Aussi bien, nous constatons que les deux facult\u00e9s de l&rsquo;amour et de l&rsquo;intellect appartiennent \u00e0 la sous-conscience, et proc\u00e8dent du m\u00eame ph\u00e9\u00adnom\u00e8ne d&rsquo;auto-destruction qui est inh\u00e9rent au moi. Au fur et \u00e0 mesure que la sous-conscience se d\u00e9\u00adtruit elle-m\u00eame en br\u00fblant les \u00e9l\u00e9ments sur lesquels elle s&rsquo;appuie pour s&rsquo;affirmer, au fur et \u00e0 mesure que cette destruction agrandit dans l&rsquo;\u00e9di\u00adfice du moi la fissure qu&rsquo;est la conscience, les deux facult\u00e9s de la sous-conscience se d\u00e9truisent par l&rsquo;affirmation, et fusionnent graduellement dans la conscience, qui est l&rsquo;antith\u00e8se de la sous-conscience.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Si le moi parvient \u00e0 se d\u00e9truire, l&rsquo;intellect et l&rsquo;amour qui \u00e9manaient des deux p\u00f4les, n\u00e9gatif et positif, dont il \u00e9tait fait, ne peuvent plus subsister s\u00e9par\u00e9ment, mais fusionnent dans ce qui n&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 plus la conscience (puisqu&rsquo;il n&rsquo;y a plus d&rsquo;entit\u00e9), dans la v\u00e9rit\u00e9 absolue du pr\u00e9sent. Ce que devien\u00adnent ces facult\u00e9s, apr\u00e8s leur fusion dans le pr\u00e9\u00adsent, est l&rsquo;intuition cr\u00e9atrice, l&rsquo;adh\u00e9rence totale de l&rsquo;\u00eatre \u00e0 son essence permanente, \u00e0 l&rsquo;universel.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Au contraire, ce que d&rsquo;habitude on appelle le d\u00e9tachement (celui du soi-disant sage qui se retire du monde, etc&#8230;) n&rsquo;est qu&rsquo;une dissociation qui se produit comme cons\u00e9quence d&rsquo;associations plus fortes. Le moi se raidit, s&rsquo;agr\u00e8ge autour d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments dont il ne doute pas, dont il ne veut pas douter (sa foi) et autour de ce roc d&rsquo;inconscience, il s&rsquo;isole afin d&rsquo;affirmer son existence en tant que r\u00e9alit\u00e9. Esclave de sa Com\u00e9die Spirituelle, coque absurde qui se croit puissante ou pure, suivant les cas, le moi retire des objets ses facult\u00e9s d&rsquo;amour et d&rsquo;intelligence, il les emploie avec ardeur \u00e0 consolider sa coque, \u00e0 se prouver par St Thomas d&rsquo;Aquin, les Vedanta, ou n&rsquo;importe quel autre mythe, le bien fond\u00e9 de son man\u00e8ge, et \u00e0 se jouer pour lui tout seul la com\u00e9die d&rsquo;un amour qui n&rsquo;existe plus que pour sauvegarder son \u00e9go\u00efsme triomphant.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>Le cheval de cirque<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">En comprenant la fa\u00e7on dont agissent les deux d\u00e9sirs du moi, celui d&rsquo;\u00eatre en \u00e9quilibre, et celui de se percevoir, de se sentir vivre dans l&rsquo;int\u00e9rieur de cet \u00e9quilibre, nous voyons \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de son cercle, comme un cheval dans un cirque, le moi galoper sans cesse, <em>afin que ce mouvement lui donne des sensations, et le maintienne cependant toujours \u00e0 une \u00e9gale distance de son propre cen\u00adtre. Le moi se joue ainsi sa Com\u00e9die. \u00c9tant assur\u00e9 de ne point se perdre, il affronte en champ clos toutes les aventures qui pourront exciter ses sen\u00adsations<\/em>. La plupart des activit\u00e9s humaines ont ce but. Cependant la r\u00e9p\u00e9tition des sensations les \u00e9mousse ; le moi se trouve \u00e0 chaque instant oblig\u00e9 de chercher des sensations nouvelles qui lui per\u00admettront de se t\u00e2ter encore, de s&rsquo;assurer encore une fois de sa propre pr\u00e9sence, et ces sensations nouvelles, de plus en plus intenses, l&rsquo;obligent \u00e0 des associations et \u00e0 des dissociations de plus en plus p\u00e9rilleuses, jusqu&rsquo;au jour o\u00f9 le moi se trouve oblig\u00e9 de choisir entre courir encore, mais en sau\u00adtant par dessus lui-m\u00eame, ou se refermer sur lui-m\u00eame, et laisser lentement ses vibrations s&rsquo;\u00e9tein\u00addre dans l&rsquo;indiff\u00e9rence des choses ext\u00e9rieures, dans la stagnation de l&rsquo;\u00e9gotisme satisfait.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le moi n&rsquo;a pas d&rsquo;autre alternative que ces deux-l\u00e0. Nous verrons, dans notre Com\u00e9die Morale, comment, pour un moi qui saute par dessus lui-m\u00eame, des millions et des centaines de millions de moi se referment dans leurs cirques, en construi\u00adsant sur leurs barri\u00e8res des murailles de plus en plus hautes, qu&rsquo;ils ne pourront jamais sauter. Ces murailles s&rsquo;appellent de noms d&rsquo;autant plus beaux qu&rsquo;elles sont plus hautes. Elles s&rsquo;appellent Dieu, Vertu, Spiritualit\u00e9, Id\u00e9al, Bont\u00e9, Beaut\u00e9, Charit\u00e9, etc&#8230;<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>Le d\u00e9veloppement automatique des oppos\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le moi, \u00e0 chaque intensification d&rsquo;un des ter\u00admes de la dualit\u00e9 dont il est fait, d\u00e9veloppe automatiquement son oppos\u00e9. Il intensifie le terme de signe contraire en r\u00e9tablissant ainsi son \u00e9quilibre menac\u00e9. Mais d\u00e8s l&rsquo;instant que le revoici en \u00e9qui\u00adlibre, il se trouve pouss\u00e9 \u00e0 se projeter sur un de ses deux p\u00f4les, car cet \u00e9quilibre statique ne lui donne pas la joie, l&rsquo;extase \u00e0 laquelle il aspirait. Il cherche donc une nouvelle sensation, qui s&rsquo;exprime par un nouveau d\u00e9sir. Ce d\u00e9sir appelle l&rsquo;objet, qui en le comblant le d\u00e9truira, mais qui pour le mo\u00adment est cens\u00e9 s&rsquo;unir au moi afin d&rsquo;\u00e9tablir avec lui un bonheur durable et d\u00e9finitif.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>Cr\u00e9ation d&rsquo;un faux-objectif, ou satisfaction<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Dans le cas, cependant, o\u00f9 le d\u00e9sir ne par\u00advient pas \u00e0 se fixer sur l&rsquo;objet qu&rsquo;il appelle, parce que cet objet est hors de son atteinte, le moi qui tr\u00e9buche en qu\u00eate de son \u00e9quilibre vers cet objet qui fuit, s&rsquo;accroche \u00e0 d&rsquo;autres associations plus faciles, et se construit ainsi un personnage, un type, d&rsquo;autant plus marqu\u00e9 qu&rsquo;il est inconscient, et d&rsquo;autant plus inconscient qu&rsquo;il a manqu\u00e9 l&rsquo;objet de son d\u00e9sir.<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Ce personnage est satisfait par d\u00e9finition, puisqu&rsquo;il remplace exactement la satisfaction que le d\u00e9sir n&rsquo;a pas pu avoir<\/em>. Mais la diff\u00e9rence entre la satisfaction cr\u00e9\u00e9e par le personnage et celle qu&rsquo;aurait eue le d\u00e9sir en rencontrant son objet, est que la premi\u00e8re se cristallise dans un \u00e9quilibre statique, tandis que la seconde aurait \u00e9puis\u00e9 son objet, et aurait d\u00e9livr\u00e9 le d\u00e9sir. Ainsi, \u00e0 cause de la contradiction que nous retrouvons toujours dans toutes les activit\u00e9s du moi, <em>l&rsquo;homme se satisfait d\u00e9finitivement de ne point obtenir l&rsquo;objet de son d\u00e9sir<\/em>, <em>mais lorsqu&rsquo;il l&rsquo;obtient il ne peut se satis\u00adfaire<\/em>. Par contre, l&rsquo;\u00e9tat de satisfaction qu&rsquo;est le per\u00adsonnage, ne s&rsquo;accompagne d&rsquo;aucune joie v\u00e9ritable. Il attribue au monde ext\u00e9rieur toutes les causes de son insuffisance, et se retire de plus en plus dans son isolement st\u00e9rile. Et inversement, la d\u00e9\u00adception que cause au d\u00e9sir son propre objet une fois atteint, se traduit en fin de compte par la joie int\u00e9rieure que provoque toute rupture d&rsquo;\u00e9qui\u00adlibre, celle-ci \u00e9tant l&rsquo;exp\u00e9rience.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>Le r\u00f4le du personnage est identique \u00e0 celui des sp\u00e9cialisations des esp\u00e8ces<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le personnage est une forteresse, un camp re\u00adtranch\u00e9, que se construit l&rsquo;individu afin de pro\u00adt\u00e9ger ce qu&rsquo;il a pu conqu\u00e9rir d&rsquo;\u00e9quilibre. Si l&rsquo;on se souvient du processus d&rsquo;\u00e9volution du subjectif \u00e0 travers les esp\u00e8ces, on voit que <em>le personnage<\/em><em> <\/em><em>dans lequel s&rsquo;enferme le moi joue le m\u00eame r\u00f4le que les sp\u00e9cialisations successives, qui \u00e0 travers l&rsquo;\u00e9volution se sont toujours constitu\u00e9es pour d\u00e9fendre avec acharnement ce qui restait, \u00e0 chaque fois, d&rsquo;un \u00e9quilibre mis en p\u00e9ril par l&rsquo;\u00e9volution elle-m\u00eame<\/em>. On voit donc que si le moi se constitue personnage, c&rsquo;est dans le but de lutter contre son propre d\u00e9sir de trouver l&rsquo;\u00e9quilibre permanent final, qui l&#8217;emporterait. Ainsi chaque personnage, c&rsquo;est-\u00e0-dire <em>chaque homme que l&rsquo;on rencontre, qui dit<\/em><em> <\/em><em>\u00ab je suis moi \u00bb, n&rsquo;est que l&rsquo;expression d&rsquo;une vo\u00adlont\u00e9 d&rsquo;\u00e9chec<\/em>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>Le mirage permanent : Dieu<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ces personnages assument des r\u00f4les innombra\u00adbles, des masques et des costumes d&rsquo;une vari\u00e9t\u00e9 infinie. En attendant de les faire d\u00e9filer dans nos prochaines Com\u00e9dies, signalons ici la farce admi\u00adrable du moi qui travaille avec un acharnement subtil \u00e0 rendre permanent ce qui par d\u00e9finition ne le sera jamais. Lorsqu&rsquo;il s&rsquo;est par hasard, em\u00adpar\u00e9 d&rsquo;associations dont il s&rsquo;aper\u00e7oit qu&rsquo;elles sont trop grossi\u00e8res pour pouvoir durer, il se h\u00e2te de les transformer, de les sublimer, jusqu&rsquo;\u00e0 inventer des objets inaccessibles, auxquels d\u00e8s lors il s&rsquo;as\u00adsocie en toute s\u00e9curit\u00e9 satisfaite. Si, par exemple, son personnage est construit sur un uniforme, ou une fonction sociale, ou un geste (je salue \u00e0 la fa\u00e7on d&rsquo;un, ancien romain, donc je suis formida\u00adble, etc&#8230;) et si ce personnage s&rsquo;aper\u00e7oit quand m\u00eame, un jour, de la fragilit\u00e9 de ces associations avec des objets vraiment trop grossiers, il se re\u00adjette sur des objets inaccessibles, dont le type le plus parfait qu&rsquo;il puisse inventer est Dieu <a id=\"Y3\" href=\"#X3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Tant que le personnage existe, l&rsquo;antinomie sujet-objet existe aussi. Si pour son malheur cette antinomie venait \u00e0 se r\u00e9soudre, le moi devrait se dissoudre, et c&rsquo;est bien ce qu&rsquo;il redoute. <em>Il invente donc un objet, Dieu, mais qui est \u00e0 la fois sujet<\/em> ; qui est ext\u00e9rieur, mais qui est aussi sa propre essence int\u00e9rieure ; qui est inaccessible en tant qu&rsquo;objet, ce qui justifie pleinement le fait de ne point l&rsquo;atteindre, mais qui, \u00e0 la fois est toujours pr\u00e9sent en tant que sujet, ce qui donne au personnage la garantie de l&rsquo;avoir sans l&rsquo;obtenir ! Ainsi, <em>en tirant parti de toutes ses contradictions, le moi s&rsquo;y emprisonne<\/em> en d\u00e9ployant des prodiges de ruse. Il est pr\u00eat \u00e0 tout transformer \u00e0 son propre b\u00e9n\u00e9fice, car <em>il op\u00e8re automatiquement<\/em>. Une id\u00e9e ou un sentiment quelconques se trouvent aussit\u00f4t renvers\u00e9s par lui sens dessus-dessous, et d&rsquo;une fa\u00e7on parfois si subtile, que m\u00eame lorsqu&rsquo;il veut honn\u00eatement se d\u00e9livrer de lui-m\u00eame, il ne trouve plus en lui la lucidit\u00e9 n\u00e9cessaire. Chacun de ses propres argu\u00adments, tombant dans son r\u00eave, se transforme d&rsquo;une fa\u00e7on magique afin de l&rsquo;enfoncer encore un peu plus dans le sommeil.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>La mobilisation des moi<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Voil\u00e0 pourquoi nous ne serons jamais assez cruellement lucides. Sur notre pauvre plan\u00e8te convuls\u00e9e par un enfantement dont personne en\u00adcore ne peut pr\u00e9voir l&rsquo;issue, les moi coalis\u00e9s, dans le monde entier, se pr\u00e9parent pour leur dernier combat. Quelques-uns tentent maintenant de se raccrocher \u00e0 cela qui vivra : \u00e0 la r\u00e9volution. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 et de l&rsquo;autre de la barricade, des moi se rassemblent dans le m\u00eame d\u00e9sir de se sauvegarder. Et s&rsquo;ils se pr\u00e9cipitent les uns sur les autres pour s&rsquo;exterminer, c&rsquo;est afin de faire triompher la m\u00e9\u00adthode dont ils croient qu&rsquo;elle pourra les sauver. Dans ces luttes qu&rsquo;ils soutiennent pour subsister, pour se prot\u00e9ger, les moi qui voudraient lier leur cause \u00e0 celle de la R\u00e9volution ne sont pas les moins dangereux. Mais laissons l\u00e0 ces personnages, et reprenons l&rsquo;examen d&rsquo;un moi isol\u00e9, dans son fonc\u00adtionnement.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>La fissure n&rsquo;est pas une discontinuit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Nous avons vu le moi prendre naissance, et parfois se constater, c&rsquo;est-\u00e0-dire douter de sa r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 ce moment-l\u00e0, en sentant surgir en lui une conscience qui s&rsquo;oppose \u00e0 la sous-conscience. Le personnage se constate et s&rsquo;en \u00e9tonne. Cet acte de conscience introduit dans le personnage une r\u00e9a\u00adlit\u00e9 autre que la sienne, comme \u00e0 travers une fis\u00adsure. Mais cette fissure n&rsquo;est pas une interruption du fil conducteur qui reliera le moi dans tout le d\u00e9roulement de sa vie psychologique\u00a0; elle fait vaciller le moi, mais sans lui faire perdre sa con\u00adtinuit\u00e9. M\u00eame lorsqu&rsquo;elle se repr\u00e9sentera \u00e0 lui, m\u00eame lorsqu&rsquo;elle triomphera sur lui, elle n&rsquo;aura pas dissoci\u00e9 l&rsquo;entit\u00e9, elle ne l&rsquo;aura pas bris\u00e9e en un certain nombre de morceaux s\u00e9par\u00e9s, isol\u00e9s les uns des autres. Au contraire, <em>la fissure est elle-m\u00eame une permanence, qui bien que diff\u00e9\u00adrente de celle du moi, impr\u00e9gnera celui-ci, puis se substituera \u00e0 lui, mais sans que la continuit\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre en soit bris\u00e9e<\/em>. Lorsque l&rsquo;entit\u00e9 poursuivra cette r\u00e9alit\u00e9 jusqu&rsquo;au point ultime o\u00f9 elle devra choisir entre mourir ou vivre encore, nous verrons cependant, que si elle s&rsquo;obstine \u00e0 vivre, elle se fera casser en fragments dissoci\u00e9s, non assimil\u00e9s par la r\u00e9alit\u00e9 : Nietzsche deviendra fou. L&rsquo;analyse de ce cas extr\u00eame nous sera utile.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>Le fil conducteur<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le moi, en naissant, acquiert la facult\u00e9 de se dire \u00ab je suis moi \u00bb \u00e0 travers toutes ses m\u00e9tamorphoses, \u00e0 travers d&rsquo;innombrables associations et dissociations au cours desquelles il ne parvient pas m\u00eame, parfois, \u00e0 comprendre comment ses moi pass\u00e9s, si diff\u00e9rents de lui, \u00e9taient pourtant bien lui. D\u00e8s sa naissance, il a travaill\u00e9 \u00e0 accumuler son propre pass\u00e9, afin de r\u00e9sister \u00e0 la permanence dynamique universelle qui tendait \u00e0 l&#8217;emporter. Chaque nouvelle r\u00e9action de l&rsquo;individu a donc ren\u00adcontr\u00e9 en lui une incapacit\u00e9 sans cesse croissante de r\u00e9pondre \u00e0 la succession des instants pr\u00e9sents. Mais cette incapacit\u00e9 ne deviendra totale que si le personnage se fossilise \u00e0 sa maturit\u00e9, en fai\u00adsant triompher sur le pr\u00e9sent, toute l&rsquo;accumulation de son pass\u00e9 statique. \u00c0 ce moment-l\u00e0, le person\u00adnage fossile ne sera plus qu&rsquo;une machine \u00e0 d\u00e9\u00adbiter des souvenirs. Plus le personnage se d\u00e9tache du pr\u00e9sent, plus ses souvenirs se pr\u00e9cisent. Nous verrons par contre, que dans le cas d&rsquo;un \u00e9panouis\u00adsement total du moi, <em>l&rsquo;homme ayant retrouv\u00e9 son adh\u00e9rence au pr\u00e9sent, perd cette facult\u00e9 de se replonger dans son propre pass\u00e9<\/em>. Cette m\u00e9moire-l\u00e0 lui fera d\u00e9faut, non point parce qu&rsquo;il sentira un trou, une dissociation entre un \u00e9tat de cons\u00adcience et l&rsquo;\u00e9tat suivant, mais parce qu&rsquo;<em>au lieu de poss\u00e9der un fil conducteur qui fait passer d&rsquo;un \u00e9tat \u00e0 l&rsquo;autre un r\u00e9sidu constant de pass\u00e9 (le moi), il br\u00fble ce r\u00e9sidu et perd la m\u00e9moire de ce fil conducteur au fur et \u00e0 mesure que celui-ci se d\u00e9roule<\/em>. La diff\u00e9rence entre cet \u00e9tat et celui de l&rsquo;enfance, est que l&rsquo;enfant r\u00e9agit \u00e0 l&rsquo;instant pr\u00e9\u00adsent, en construisant malgr\u00e9 lui son moi, son personnage, qui d\u00e9truit le pr\u00e9sent au b\u00e9n\u00e9fice du pass\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire du sous-conscient ; tandis que l&rsquo;\u00e9tat de connaissance d\u00e9truit au fur et \u00e0 mesure le pr\u00e9sent au b\u00e9n\u00e9fice du pr\u00e9sent lui-m\u00eame, en l&rsquo;\u00e9puisant sans cesse, sans en nourrir le sous-cons\u00adcient, puisque celui-ci a disparu. Chez l&rsquo;enfant, le fil conducteur est le personnage en formation, en\u00adcore fortement influen\u00e7able par la succession du pr\u00e9sent, ayant encore tr\u00e8s peu durci son pass\u00e9 ; <em>chez l&rsquo;homme qui s&rsquo;est lib\u00e9r\u00e9 de son moi (son pass\u00e9), le fil conducteur est \u00e0 chaque instant l&rsquo;ins\u00adtant lui-m\u00eame, qui se transforme, qui na\u00eet cons\u00adtamment de soi-m\u00eame<\/em>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>L&rsquo;observateur et l&rsquo;observ\u00e9<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La permanence du \u00ab je suis moi \u00bb est la trans\u00adformation perp\u00e9tuelle du pr\u00e9sent en pass\u00e9 individuel, en un pass\u00e9 contraint et forc\u00e9 de recons\u00adtituer sur des positions abandonn\u00e9es des constantes h\u00e9r\u00e9ditaires mises en d\u00e9route <a id=\"Y4\" href=\"#X4\">[4]<\/a>. Or, sur ces po\u00adsitions abandonn\u00e9es, la dualit\u00e9 s&rsquo;est soudain con\u00addens\u00e9e en une antinomie, puisque ses deux termes se sont oppos\u00e9s au lieu de se composer en un \u00e9qui\u00adlibre inconscient. Le p\u00f4le statique a surgi, s&rsquo;est constitu\u00e9 comme antith\u00e8se du pr\u00e9sent, et se trouve entra\u00een\u00e9 \u00e0 se construire, en courant pour ainsi dire, emport\u00e9 par les variations des r\u00e9actions du pr\u00e9\u00adsent. Par contre le p\u00f4le dynamique se trouve frei\u00adn\u00e9 de plus en plus, par la r\u00e9sistance du pass\u00e9. <em>Ainsi se composent une permanente rupture d&rsquo;\u00e9quilibre, qui donne le sentiment d&rsquo;un mouve\u00adment, d&rsquo;un devenir, et une permanente recompo\u00adsition d&rsquo;\u00e9quilibre, qui donne le sentiment que l&rsquo;on est toujours l\u00e0.<\/em> Ces deux mouvements sont ceux des deux d\u00e9sirs que nous connaissons, celui de se percevoir, et celui d&rsquo;\u00eatre permanent. La chute d&rsquo;\u00e9quilibre (ce qui est observ\u00e9) cr\u00e9e par compen\u00adsation l&rsquo;observation; la reprise d&rsquo;\u00e9quilibre (l&rsquo;ob\u00adservateur) cr\u00e9e ce qui est observ\u00e9.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Donc l&rsquo;observateur n&rsquo;est jamais le m\u00eame, bien qu&rsquo;il soit une permanence; et l&rsquo;observ\u00e9, bien qu&rsquo;il varie toujours, poss\u00e8de un fond permanent : le pass\u00e9. Ce mouvement est cr\u00e9\u00e9 d\u00e8s que l&rsquo;enfant rejette une premi\u00e8re association, c&rsquo;est-\u00e0-dire, d\u00e8s que commence \u00e0 se d\u00e9velopper la sous-conscience. Chaque r\u00e9pulsion se double d&rsquo;une attraction cor\u00adrespondante, et inversement. Nous avons vu que l&rsquo;entit\u00e9 en formation, d&rsquo;abord tout \u00e0 fait plastique, durcit de plus en plus, \u00e0 cause d&rsquo;associations-dis\u00adsociations qui tendent \u00e0 s&rsquo;installer, \u00e0 prendre for\u00adme. Aussit\u00f4t qu&rsquo;elles ont pris corps, l&rsquo;entit\u00e9 est l\u00e0, et d\u00e8s lors celle-ci avance dans le temps \u00e0 la fa\u00e7on d&rsquo;un serpent auquel s&rsquo;ajouteraient successivement des anneaux du c\u00f4t\u00e9 de la t\u00eate, (associations) et se d\u00e9truiraient des anneaux du c\u00f4t\u00e9 de la queue (dissociations).<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>Le corps du serpent, ou la course des associations et des dissociations<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Cette marche subtile s&rsquo;appelle le devenir. Mais l&rsquo;on se rend bien compte ici qu&rsquo;elle ne m\u00e8ne nulle part. Les associations peuvent s&rsquo;accumuler, et les dissociations se pr\u00e9cipiter \u00e0 une vitesse prodigieu\u00adse : elles sont en lutte, et c<em>e qui importe c&rsquo;est de savoir lequel des deux mouvements l&#8217;emportera, et non point \u00e0 quelle vitesse ce corps a l&rsquo;air de courir<\/em>. Les associations tendent \u00e0 donner \u00e0 l&rsquo;en\u00adtit\u00e9 un corps hypertrophi\u00e9, \u00e0 l&rsquo;alourdir jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;arr\u00eater dans la satisfaction d&rsquo;un moi irr\u00e9m\u00e9dia\u00adblement sous-conscient, incapable par indigestion d&rsquo;associations nouvelles. Les dissociations tendent \u00e0 d\u00e9velopper la conscience de soi, \u00e0 d\u00e9truire le corps plus vite qu&rsquo;il ne pourra se reformer, jus\u00adqu&rsquo;\u00e0 rattraper la t\u00eate du serpent, jusqu&rsquo;\u00e0 supprimer le serpent. Entre ces deux cas extr\u00eames, on peut ais\u00e9ment distinguer une troisi\u00e8me solution, dans laquelle s&rsquo;\u00e9tablit un \u00e9quilibre entre les deux mou\u00advements : le corps du serpent, poss\u00e9dant toujours, imperturbablement, la m\u00eame longueur, ne cesse alors de s&rsquo;accro\u00eetre d&rsquo;un bout et de d\u00e9cro\u00eetre de l&rsquo;autre bout. Il a \u00e0 juste raison, l&rsquo;impression d&rsquo;avancer; il a, avec une aussi juste raison, l&rsquo;impression de se modifier ; il croit donc tendre vers quelque chose, se rapprocher d&rsquo;une perfection ; ses deux mouvements le remplissent de joie, car s<em>on d\u00e9sir d&rsquo;\u00e9prouver des sensations, et celui de sentir sa permanence, se trouvent satisfaits <\/em>dans l&rsquo;\u00e9qui\u00adlibre d&rsquo;un corps qui ne se permet jamais de s&rsquo;al\u00adlonger ou de se raccourcir d&rsquo;un pouce. Cet \u00e9quilibre est la plus grande victoire que puisse rem\u00adporter le moi triomphalement st\u00e9rilis\u00e9, c&rsquo;est celui des Religions et des Vertus.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Les asc\u00e8ses dites spirituelles, si on les examine avec soin, comportent un d\u00e9coupage tr\u00e8s pr\u00e9cis de l&rsquo;entit\u00e9 qui se prot\u00e8ge : le d\u00e9tachement<\/em>. Puis on donne \u00e0 avaler \u00e0 cette entit\u00e9, ainsi \u00ab sauv\u00e9e \u00bb, des associations attentives \u00e0 sauvegarder \u00e0 tout prix son \u00e9quilibre statique (qui s&rsquo;appellent paix, har\u00admonie, amour abstrait, etc&#8230;) et qui trouvent ins\u00adtantan\u00e9ment leur contrepartie de dissociations, dans une \u00e9chelle hi\u00e9rarchique.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">L&rsquo;entit\u00e9 a d\u00e9finitivement gagn\u00e9 la partie le jour o\u00f9 ses deux bouts se sont rejoints en un cercle ferm\u00e9, extatiquement \u00e9go\u00efste : avec b\u00e9ati\u00adtude, le moi s&rsquo;est pour toujours retir\u00e9 de la vie.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Nous allons voir, par contre, d&rsquo;autres entit\u00e9s refuser de se reconstituer \u00e0 chaque instant dans de nouvelles associations, et se faire d\u00e9vorer par le feu du doute, qui d\u00e9truit tout ce qui, \u00e9tant destructible, n&rsquo;a aucune valeur.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>Le moi se r\u00e9absorbe (g\u00e9nie), ou se brise (folie)<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Cette image du corps du serpent peut encore servir \u00e0 propos des dissociations de personnalit\u00e9s, dont nous parlions tout \u00e0 l&rsquo;heure. Il ne s&rsquo;agit point de couper ce corps en une quantit\u00e9 de tron\u00e7ons qui ne se reconnaissent pas entre eux. Chez les psychopathes, de tels ph\u00e9nom\u00e8nes se produisent, mais qui ne se rapportent en aucune fa\u00e7on \u00e0 ce que nous d\u00e9crivons ici. Les diff\u00e9rentes entit\u00e9s qui peuvent appara\u00eetre chez un sujet malade, ne sont que des fragments, dans lesquels subsiste un moi incomplet semblable \u00e0 un moi de r\u00eave, dissoci\u00e9 des autres associations qui toutes ensemble, composaient le moi.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le ph\u00e9nom\u00e8ne dont nous parlons est exacte\u00adment l&rsquo;inverse de celui-ci : <em>au lieu que le moi se brise sans dispara\u00eetre, il dispara\u00eet sans se briser <\/em><a id=\"Y5\" href=\"#X5\">[5]<\/a>. Mais, bien qu&rsquo;oppos\u00e9s, ces ph\u00e9nom\u00e8nes peuvent parfois pr\u00e9senter de grandes analogies, et peuvent se retrouver chez le m\u00eame individu. Le g\u00e9nie cr\u00e9a\u00adteur, qui, tel que nous l&rsquo;entendons, est incompa\u00adtible avec l&rsquo;entit\u00e9 moi (pour le comprendre, nous n&rsquo;avons qu&rsquo;\u00e0 nous repr\u00e9senter un personnage quel\u00adconque, compos\u00e9 de ses automatismes sous-cons\u00adcients) et certains cas de folie, peuvent se ren\u00adcontrer et s&rsquo;alterner chez la m\u00eame personne.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La plupart des psychiatres \u00e9tudient des cas authentiques de mysticisme et de g\u00e9nie, o\u00f9 le moi dispara\u00eet sans se briser, de la m\u00eame fa\u00e7on qu&rsquo;ils \u00e9tudient les cas o\u00f9 le moi se brise sans dispara\u00eetre (ou brise ses derniers restes apr\u00e8s avoir en grande partie disparu, comme chez Nietzsche). On comprend leur erreur, car l&rsquo;humanit\u00e9 semble n&rsquo;avoir presque pas encore produit de sp\u00e9cimens v\u00e9rita\u00adblement humains, d&rsquo;hommes ayant perdu leur en\u00adtit\u00e9 moi, d&rsquo;une fa\u00e7on assez consciente pour pouvoir en parler raisonnablement au lieu de pousser des cris de joie et de d\u00e9livrance, plus ou moins incoh\u00e9\u00adrents. Nous reprendrons peut-\u00eatre un jour, avec des exemples, cette \u00e9tude compar\u00e9e de la v\u00e9ritable r\u00e9alisation humaine, et de la folie. Nous ne l&rsquo;avons indiqu\u00e9e ici que pour bien marquer que la dispa\u00adrition du moi dans le pr\u00e9sent, si elle d\u00e9truit la permanence du moi est elle-m\u00eame une perma\u00adnence. Elle est<em> le r\u00e9sultat de l&rsquo;exp\u00e9rience enti\u00e8re que le subjectif a accumul\u00e9e \u00e0 travers toutes ses lib\u00e9rations successives, dans l&rsquo;\u00e9volution des es\u00adp\u00e8ces ; elle est la permanence du \u00ab quelque chose \u00bb, enti\u00e8rement priv\u00e9e de conscience individuelle, c&rsquo;est-\u00e0-dire de pass\u00e9, permanence qui, en se subs\u00adtituant dans l&rsquo;individu, \u00e0 sa propre entit\u00e9, le fait adh\u00e9rer \u00e0 un pr\u00e9sent sans m\u00e9moire de soi-m\u00eame<\/em>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>Lorsque dispara\u00eet l&rsquo;antinomie, le mouvement (qui est une contradiction) non seulement demeure, mais s&rsquo;intensifie<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Dans cet \u00e9tat, l&rsquo;individu, loin de perdre sa facult\u00e9 de s&rsquo;associer \u00e0 de nouveaux \u00e9l\u00e9ments, la retrouve multipli\u00e9e infiniment. Au contraire, c&rsquo;est le personnage solidement cristallis\u00e9 qui devient incapable de s&rsquo;associer aux \u00e9l\u00e9ments qui se pr\u00e9\u00adsentent \u00e0 lui, car il n&rsquo;est plus qu&rsquo;un corps rigide d&rsquo;associations permanentes, et qui se suffisent \u00e0 elles-m\u00eames. <em>L&rsquo;individu parvenu \u00e0 la pl\u00e9nitude de sa lib\u00e9ration n&rsquo;est pas dans un \u00e9tat statique mais, au contraire, il est l&rsquo;essence du mouvement, et cette essence est et demeure une contradiction.<\/em> Dans la psychologie du moi, cette contradiction s&rsquo;exprime par les deux d\u00e9sirs qui surgissent l&rsquo;un de l&rsquo;autre, d\u00e9sir de permanence, et d\u00e9sir de se sentir per\u00admanent. L&rsquo;un cr\u00e9e le moi l&rsquo;autre son antith\u00e8se, la conscience de soi. Lorsque le moi et la conscience de soi se sont mutuellement d\u00e9\u00adtruits en se nourrissant l&rsquo;un de l&rsquo;autre, <em>les deux d\u00e9sirs ne disparaissent pas, mais au contraire se trouvent lib\u00e9r\u00e9s de leurs entraves, et se prennent \u00e0 surgir instantan\u00e9ment l&rsquo;un de l&rsquo;autre, en une synth\u00e8se, immobile par exc\u00e8s de mouvement, ter\u00adrible d&rsquo;intensit\u00e9, qui, au moindre contact, jaillit comme un \u00e9clair<\/em>. L\u00e0, l&rsquo;individu conna\u00eet le monde, en un acte de connaissance qui est purement ob\u00adjectif. Il s&rsquo;associe intens\u00e9ment, totalement, \u00e0 cha\u00adque objet qui se pr\u00e9sente \u00e0 lui, pour s&rsquo;en disso\u00adcier aussi totalement d\u00e8s que l&rsquo;objet ne le sollicite plus, et passer \u00e0 l&rsquo;association suivante. Sa vie psy\u00adchologique est aussi diff\u00e9rente de la vie psycholo\u00adgique d&rsquo;un personnage moi, qu&rsquo;une synth\u00e8se est diff\u00e9rente de chacun de ses \u00e9l\u00e9ments, qui, autre\u00adfois dissoci\u00e9s, n&rsquo;apparaissaient qu&rsquo;\u00e0 tour de r\u00f4le.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Dans le moi, le mouvement \u00e9tait frein\u00e9, arr\u00eat\u00e9, par une dissociation de ces deux termes, devenus antinomiques. \u00c0 la disparition de cette antinomie, le mouvement se trouve lib\u00e9r\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 une nouvelle association des deux termes de sa contradiction.<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>La vie quotidienne d&rsquo;un moi<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Consid\u00e9rons la vie \u00e9veill\u00e9e d&rsquo;un personnage qui se dit \u00ab\u00a0je suis moi \u00bb. Aussit\u00f4t que, le matin, il se retrouve dans sa peau, ce moi reprend son r\u00e9sidu d&rsquo;associations permanentes, et se met en mouvement, afin de se sentir \u00eatre soi-m\u00eame. \u00c0 cet effet, il offre au monde ext\u00e9rieur la surface de son moi et se procure ainsi une agitation, des sensa\u00adtions, qui tout en maintenant le moi dans son cer\u00adcle, lui permettront de se t\u00e2ter (le cheval de cir\u00adque). Ces excitations de surface que s&rsquo;en va cher\u00adcher le moi dans sa vie quotidienne, <em>obligent constamment le moi \u00e0 passer d&rsquo;une association \u00e0 l&rsquo;autre, en se perdant lui-m\u00eame, car s&rsquo;il ne se per\u00addait pas, il ne pourrait pas se retrouver<\/em>. Il se perd dans tous les actes de sa journ\u00e9e, qui l&rsquo;absorbent, son journal, ses affaires, sa famille, le cin\u00e9ma, l&rsquo;agitation de la ville, etc&#8230; qui lui permettent \u00e0 chaque instant de se reprendre, donc de se t\u00e2ter. <em>Sa journ\u00e9e se passe ainsi, \u00e0 satisfaire le d\u00e9sir qu&rsquo;il a de se sentir lui, au d\u00e9triment de son d\u00e9sir de permanence, qu&rsquo;il ne parvient pas \u00e0 maintenir<\/em>. En effet, s&rsquo;il s&rsquo;isole dans sa propre permanence, il s&rsquo;endort. Avant de s&rsquo;endormir il s&rsquo;ennuie. L&rsquo;en\u00adnui est l&rsquo;indiff\u00e9rence, et celle-ci est un \u00e9quilibre statique entre les deux p\u00f4les, qui se neutralisent, de la dualit\u00e9. La neutralisation des deux d\u00e9sirs l&rsquo;un par l&rsquo;autre est un \u00e9tat n\u00e9gatif, o\u00f9 le moi ne peut se retrouver faute de pouvoir se perdre, ainsi que nous le verrons plus loin. Afin d&rsquo;\u00e9viter cet \u00e9tat p\u00e9nible d&rsquo;atonie en face de lui-m\u00eame, le moi passe donc sa journ\u00e9e \u00e0 satisfaire le d\u00e9sir qu&rsquo;il a de sentir son propre mouvement, et refoule au fond de lui-m\u00eame le d\u00e9sir qu&rsquo;il a d&rsquo;accro\u00eetre la permanence de ses r\u00e9actions, de stabiliser sa vie subjective. Mais nous avons vu que les deux d\u00e9sirs surgissent l&rsquo;un de l&rsquo;autre. Lorsque le moi a ainsi pass\u00e9 sa journ\u00e9e \u00e0 faire des provisions, \u00e0 refour\u00adnir malgr\u00e9 lui le d\u00e9sir qu&rsquo;il refoulait, le sommeil survient, l&rsquo;agr\u00e9gat se referme sur son propre \u00e9qui\u00adlibre, refuse de nouvelles associations, et <em>la per\u00admanence ainsi retrouv\u00e9e, ne se sait pas elle-m\u00eame.<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>La vie simple<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Lorsque le moi a disparu, la vie psychologique de l&rsquo;homme devient beaucoup plus simple. <em>Il n&rsquo;a aucun besoin de culbuter \u00e0 chaque instant dans des sensations nouvelles, dans le but d&rsquo;obtenir l&rsquo;oppos\u00e9 de ce qu&rsquo;il cherche<\/em>. Il n&rsquo;y a aucune lutte en lui, entre les objets, et un moi compos\u00e9 d&rsquo;un pass\u00e9 inadapt\u00e9 au pr\u00e9sent. Mais ses deux d\u00e9sirs, lib\u00e9r\u00e9s et fondus en un seul, se retrouvent en entier dans chaque instant pr\u00e9sent, instant auquel l&rsquo;individu se trouve chaque fois compl\u00e8tement as\u00adsoci\u00e9, sans jamais se retirer de la partie, car il n&rsquo;a pr\u00e9cis\u00e9ment rien \u00e0 retirer. <em>L&rsquo;agr\u00e9gat vibre et r\u00e9sonne dans un \u00e9tat d&rsquo;association naturelle avec la r\u00e9sultante universelle du point temps-espace o\u00f9 il se trouve<\/em>. \u00c0 ce mouvement unilat\u00e9ral, lib\u00e9r\u00e9 de la sous-conscience, succ\u00e8de, avec le sommeil, un autre mouvement unilat\u00e9ral, \u00e9galement lib\u00e9r\u00e9 de sous-conscience, o\u00f9 l&rsquo;agr\u00e9gat se trouve aussi pleinement dissoci\u00e9 du monde, qu&rsquo;il \u00e9tait pleinement associ\u00e9 \u00e0 lui pendant l&rsquo;\u00e9veil. Dans cet \u00e9tat, les r\u00eaves ont chang\u00e9 de nature. Au lieu de symbo\u00adliser le bouillonnement profond de l&rsquo;inconscient, ils ne sont plus qu&rsquo;une succession superficielle d&rsquo;images et il arrive parfois que ces images se rap\u00adportent \u00e0 des p\u00e9riodes de l&rsquo;enfance.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">On voit que cet \u00e9tat de Connaissance totale, que cet \u00e9tat d&rsquo;absolu, est si simplement naturel, et si enti\u00e8rement d\u00e9nu\u00e9 de sensations, qu&rsquo;il ne peut gu\u00e8re tenter ceux qui, sous pr\u00e9texte de cher\u00adcher la v\u00e9rit\u00e9, ne sont que de vulgaires amateurs de sensations. Les r\u00e9gions occultes, extraordinai\u00adres, o\u00f9, tout \u00e9veill\u00e9 le dormeur astral d\u00e9couvre des merveilles inexplor\u00e9es, n&rsquo;existent plus pour l&rsquo;homme lib\u00e9r\u00e9 de son moi, pas plus que n&rsquo;existent encore pour lui les magies. Sans doute a-t-il connu tout cela, et les unions mystiques, et les frissons de joie \u00e9pouvant\u00e9e que donne le contact de l&rsquo;in\u00adconnu. Mais tous ces myst\u00e8res du sous-conscient sont maintenant \u00e0 ses pieds, comme des nuages qu&rsquo;il a d\u00e9pass\u00e9s dans son vol hors du r\u00eave, vers l&rsquo;\u00e9tat simple et naturel de l&rsquo;homme \u00e9veill\u00e9.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Jusqu&rsquo;ici, cet \u00e9tat a \u00e9t\u00e9 recherch\u00e9 par les uns, \u00e0 cause de leur amour pour le Mythe, rejet\u00e9 par les autres, \u00e0 cause de leur haine pour le Mythe. Car, en effet, il n&rsquo;a jamais encore \u00e9t\u00e9 dissoci\u00e9 du Mythe, dans aucun document que nous ont l\u00e9gu\u00e9 les hommes au cours de leurs t\u00e2tonnements vers la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><strong>Les Titans, les Dieux, l&rsquo;Humain<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Parvenus \u00e0 ce point de notre expos\u00e9, tant d&rsquo;avenues s&rsquo;ouvrent \u00e0 nous, qui toutes nous porte\u00adraient \u00e0 notre conclusion, que force nous est de choisir. Nous laissons de c\u00f4t\u00e9 l&rsquo;\u00e9tude de la morale qui r\u00e9sulte de nos donn\u00e9es, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;\u00e9tude des r\u00e8gles que chacun devra \u00e9laborer et suivre, s&rsquo;il veut se diriger de l&rsquo;\u00e9tat sous-humain, sous-cons\u00adcient, vers l&rsquo;\u00e9tat humain dont nous parlons. Nous laissons \u00e9galement tous les d\u00e9veloppements que comportent nos remarques sur les r\u00eaves, sur la folie (dissociations de personnalit\u00e9s, associations persistantes et fixes, etc..) ; et le d\u00e9veloppement sur la signification des d\u00e9sirs sexuels par rapport au moi, et leur transformation au cours de la for\u00admation et de l&rsquo;\u00e9clatement (\u00e9ventuel) du moi, etc&#8230; Nous laissons \u00e9galement de c\u00f4t\u00e9, bien qu&rsquo;il nous en co\u00fbte, tous les d\u00e9veloppements que comporte notre point de vue, au sujet des questions sociales. Nous avons d\u00e9j\u00e0 dit maintes fois, que nous consi\u00add\u00e9rons la r\u00e9volution sociale comme un ph\u00e9nom\u00e8ne naturel, qui correspond \u00e0 un changement d&rsquo;\u00e9tat dans la nature humaine ; la guerre des Dieux contre les Titans a symbolis\u00e9 l&rsquo;\u00e9tape o\u00f9 le subjec\u00adtif, gr\u00e2ce \u00e0 toute la courbe de son \u00e9volution \u00e0 travers les esp\u00e8ces, s&rsquo;est condens\u00e9 en centres iso\u00adl\u00e9s, les moi ; le nouvel ordre communiste, qui de\u00adpuis la r\u00e9volution d&rsquo;octobre, commence \u00e0 se cons\u00adtruire dans l&rsquo;U.R.S.S. fait partie, selon nous, d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9cisif dans toute l&rsquo;histoire humaine, celui o\u00f9 la courbe du subjectif parviendra \u00e0 son aboutissement, le seul \u00e9tat que nous acceptions d&rsquo;appeler humain, celui o\u00f9 l&rsquo;homme, se d\u00e9gageant des contradictions du moi, et des \u0153uvres du moi, se trouve oblig\u00e9 de se d\u00e9livrer de son entit\u00e9, par un \u00e9clatement vital. Cette r\u00e9volution est celle des masses laborieuses, et nous sommes avec elles. Il se peut qu&rsquo;elle n&rsquo;ait pas le temps aujourd&rsquo;hui de se chercher dans le sol profond o\u00f9 \u00e9clatent les moi, sol qu&rsquo;elle doit pourtant assimiler, et transformer en technique de vie. Il se peut que, pour l&rsquo;instant, elle ne sache que faire d&rsquo;analyses qui peuvent sembler abstraites, mais qui, pour tout l&rsquo;ordre ancien, sont de l&rsquo;explosif \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat pur. Elle les retrouvera cependant, car ses racines poussent, et ne s&rsquo;arr\u00eateront que l\u00e0.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Nous nous bornerons, dans la suite et la fin de cet expos\u00e9 \u00e0 donner quelques explications sur le d\u00e9veloppement, jusqu&rsquo;\u00e0 son \u00e9clatement, de l&rsquo;anti\u00adnomie qu&rsquo;est le moi.<\/p>\n<p><em><a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/lenfance-dun-moi-par-carlo-suares\/\"><em>Chapitre pr\u00e9c\u00e9dent<\/em><\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-maturation-dun-moi-leducation-creatrice-par-carlo-suares\/\"> <em>Chapitre suivant<\/em><\/a><\/em><\/p>\n<div>\n<p align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X1\" href=\"#Y1\">[1]<\/a> M\u00c9MOIRE. \u2014 La m\u00e9moire du moi est bien plut\u00f4t une mn\u00e9motechnique. Le moi se r\u00e9p\u00e8te ses propres mou\u00advements par <em>peur<\/em> de se perdre ; il renforce sans cesse ses associations d&rsquo;images, de paroles, de comportements, de <em>peur<\/em> de s&rsquo;oublier, <em>lui<\/em>. C&rsquo;est cette mn\u00e9motechnique du moi qui doit \u00eatre d\u00e9truite.<br \/>\nCette n\u00e9gation de la m\u00e9moire passive qui construit le moi instaurera une m\u00e9moire active qui sera la conscience du pr\u00e9sent elle-m\u00eame ; mais conscience aussi de tous les \u00e9l\u00e9ments pass\u00e9s conserv\u00e9s dans le pr\u00e9sent. <em>Mais alors, le pass\u00e9 n&rsquo;existera plus que pour le pr\u00e9sent et non, comme chez le sous-homme, le pr\u00e9sent par rapport au pass\u00e9<\/em>.<br \/>\nUn exemple : vous avez l&rsquo;habitude de noter vos ren\u00addez-vous ; si vous n\u00e9gligez de le faire, vous les oubliez. Un jour, jetez votre carnet et refusez de noter cinq ou six rendez-vous tr\u00e8s importants. Vous serez forc\u00e9, alors, de prendre une vive conscience de leur gravit\u00e9, et vous ne les oublierez pas. Ou bien vous les oublierez, et c&rsquo;est donc que vous n&rsquo;avez pas conscience de toute leur gravit\u00e9. Ce dilemme refl\u00e8te la contradiction inh\u00e9rente \u00e0 la mn\u00e9mo\u00adtechnique, qui est opposition et corr\u00e9lation entre m\u00e9moire et oubli.<br \/>\nToute m\u00e9moire passive (mn\u00e9motechnique) est une mani\u00e8re artificielle et ext\u00e9rieure de corriger un oubli, de boucher un trou de la conscience. Cette m\u00e9moire est donc, en son essence, identique \u00e0 l&rsquo;oubli. La conscience du pr\u00e9\u00adsent surmonte la contradiction apparente d&rsquo;une entit\u00e9 dou\u00e9e d&rsquo;une pr\u00e9tendue \u00ab m\u00e9moire \u00bb et <em>pourtant<\/em> sujette \u00e0 l&rsquo;oubli.<br \/>\nUn lecteur un peu simpliste pourrait croire que l&rsquo;on propose ici comme id\u00e9al l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;un homme qui oublierait tout \u00e0 chaque instant. Mais, outre qu&rsquo;un tel homme ne pourrait pas vivre, il serait inconscient. Et la conscience d\u00e9livr\u00e9e du moi n&rsquo;est pas un \u00e9tat, mais un acte. En re\u00adniant tous ses souvenirs, elle les conna\u00eet, comme le dor\u00admeur, qui s&rsquo;\u00e9veille en doutant de ses r\u00eaves, devient capable de les raconter.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"X2\" href=\"#Y2\">[2]<\/a> LE MOI ET L\u2019\u00c9TERNEL. \u2014 C&rsquo;est \u00e0 ce moment, dans l&rsquo;histoire humaine, que surgissent les religions mono\u00adth\u00e9istes. L&rsquo;homme nie ses anciens dieux, devenus contra\u00addictoires en eux-m\u00eames, et ce doute est un sursaut de conscience. Mais ce n&rsquo;est qu&rsquo;un bond limit\u00e9 : l&rsquo;homme s&rsquo;enorgueillit d&rsquo;\u00eatre un douteur, un penseur, s&rsquo;admire lui-m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 construire le Dieu unique \u00e0 son image; en d\u00e9clarant que Dieu l&rsquo;a fait, lui homme, \u00e0 son image. Ceux qui ne partagent pas sa foi sont donc des \u00eatres inf\u00e9rieurs, \u00e0 peine des hommes ; on peut les traiter comme des ani\u00admaux. <em>Iconoclastie, orgueil du \u00ab peuple \u00e9lu \u00bb, fanatisme<\/em> ce sont les traits des grandes religions monoth\u00e9istes, de Mo\u00efse ou de Mahomet. (La fonction de la conscience dans les formations religieuses sera \u00e9tudi\u00e9e dans la <em>Com\u00e9die Religieuse<\/em>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"X3\" href=\"#Y3\">[3]<\/a> L&rsquo;ARGUMENT ONTOLOGIQUE. \u2014 La critique du moi doit ruiner \u00e0 jamais le vieil argument ontologique, sous quelque forme qu&rsquo;il se pr\u00e9sente. \u00ab J&rsquo;ai l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un \u00eatre parfait \u00bb ; mais que suis-je pour avoir l&rsquo;autorit\u00e9 d&rsquo;\u00e9mettre un tel postulat ? Si \u00ab j&rsquo;ai l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un \u00eatre parfait \u00bb, cette id\u00e9e est une \u00ab id\u00e9e \u00bb du moi, et n&rsquo;exprime que son d\u00e9sir de durer. Je n&rsquo;ajoute rien en disant : \u00ab Perfection implique existence. Donc j&rsquo;ai l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;existence d&rsquo;un \u00eatre parfait \u00bb. Mais c&rsquo;est un grossier tour de passe-passe que de rem\u00adplacer \u00ab id\u00e9e de l&rsquo;existence \u00bb par \u00ab existence \u00bb. Chez Des\u00adcartes, le tour de passe-passe est beaucoup plus beau : \u00ab Que suis-je ? \u00bb demande-t-il. Il ne r\u00e9pond, de la seule mani\u00e8re possible, que par une s\u00e9rie de n\u00e9gations : \u00ab je ne suis pas mon corps, ni mes passions, etc. \u00bb. D&rsquo;autre part, ce faisant, il pr\u00e9tend penser, et m\u00eame <em>se penser<\/em>. Or, il conclut bizarrement : \u00ab je pense, donc je suis \u00bb. Logiquement, il aurait d\u00fb dire : \u00ab <em>je pense, donc je me d\u00e9truis<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"X4\" href=\"#Y4\">[4]<\/a> L&rsquo;homme dont le moi a refus\u00e9 de fondre dans le pr\u00e9sent, finit par \u00eatre envahi, \u00e0 sa maturit\u00e9, par des caract\u00e8res h\u00e9r\u00e9ditaires jusque l\u00e0 tenus en \u00e9chec. Le pass\u00e9 triomphant s&rsquo;installe en ma\u00eetre dans cette coque aban\u00addonn\u00e9e par la vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"X5\" href=\"#Y5\">[5]<\/a> Voil\u00e0 bien la d\u00e9formation des surr\u00e9alistes : ceux-ci expriment (exemple : l&rsquo;int\u00e9r\u00eat qu&rsquo;ils portent \u00e0 la folie) une vell\u00e9it\u00e9 de briser le moi tout en le conservant dans chacun de ses fragments. Ils repr\u00e9sentent ainsi la der\u00adni\u00e8re tentative et la derni\u00e8re faillite d&rsquo;une culture individualiste, qui ne renonce pas \u00e0 \u00eatre individualiste. Au seuil de la R\u00e9volution les voici donc contraints de choisir entre d\u00e9savouer compl\u00e8tement cette erreur, ou ne pas franchir le seuil. Et en effet, ils ne peuvent rien conserver de leur tentative philosophique sans rester dans le mythe du moi.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le moi, en se refermant sur lui-m\u00eame, en se d\u00e9tachant, en s&rsquo;isolant, ne perd point pour cela l&rsquo;orientation de toute l&rsquo;activit\u00e9 du subjectif qui l&rsquo;a conduit \u00e0 ce point. On se souvient que cette orien\u00adtation est une recherche de permanence. Le moi utilisera ce d\u00e9sir pour son propre compte, au d\u00e9triment de sa propre essence sur laquelle il s&rsquo;est re\u00adferm\u00e9. Il se s\u00e9parera donc de plus en plus de son essence, il perdra compl\u00e8tement toute notion r\u00e9elle au sujet de sa raison d&rsquo;\u00eatre, il s&rsquo;isolera de plus en plus. Et parce qu&rsquo;il en souffrira, il ne fera qu&rsquo;exa\u00adcerber sa soif de permanence, jusqu&rsquo;\u00e0 un degr\u00e9 qui devrait devenir insoutenable, jusqu&rsquo;\u00e0 se briser lui-m\u00eame. L\u00e0 encore, les congr\u00e9gations des moi st\u00e9rilement assur\u00e9es de leurs possessions spiri\u00adtuelles et mat\u00e9rielles, viendront l&rsquo;aider, le conso\u00adler, lui apporter la foi, l&rsquo;esp\u00e9rance, la charit\u00e9, ou sous d&rsquo;autres formes, n&rsquo;importe lesquelles, la s\u00e9\u00adcurit\u00e9, l&rsquo;ambition et l&rsquo;exploitation, qui le feront mourir, \u00e9touff\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":14603,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[70],"tags":[240],"class_list":["post-14684","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-c-suares","tag-processus-du-moi"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.5 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>La croissance d&#039;un moi : Son processus par Carlo Suar\u00e8s - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-croissance-dun-moi-son-processus-par-carlo-suares\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"La croissance d&#039;un moi : Son processus par Carlo Suar\u00e8s - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Le moi, en se refermant sur lui-m\u00eame, en se d\u00e9tachant, en s&#039;isolant, ne perd point pour cela l&#039;orientation de toute l&#039;activit\u00e9 du subjectif qui l&#039;a conduit \u00e0 ce point. 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