{"id":14747,"date":"2014-01-01T17:35:24","date_gmt":"2014-01-01T16:35:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=14747"},"modified":"2014-01-01T17:35:24","modified_gmt":"2014-01-01T16:35:24","slug":"un-psychisme-animal-par-roger-godel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-psychisme-animal-par-roger-godel\/","title":{"rendered":"Un psychisme animal ? par Roger Godel"},"content":{"rendered":"<p><em>(Extrait des chapitres 7 &amp; 8 de <\/em>Vie et R\u00e9novation<em> par Roger Godel &#8211; Gallimard, 1957). <\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Le titre est de 3e Mill\u00e9naire<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">C&rsquo;est un poisson de terne apparence au manteau de grisaille que l&rsquo;\u00e9pinoche en dehors de la saison d&rsquo;amour.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Au printemps, comme la dur\u00e9e des jours cro\u00eet sensiblement et la chaleur revient, il \u00e9migre vers des eaux douces peu profondes pour y construire son nid. Deux stimulants combin\u00e9s : lumi\u00e8re et temp\u00e9rature croissantes ont fait jouer en lui un m\u00e9canisme inn\u00e9 de r\u00e9action (Innate Releasing Mechanism ou I.R.M. Das angeborene ausl\u00f6sende Scheme).<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">M\u00e2le et femelle viennent d&rsquo;atteindre la maturit\u00e9 sexuelle. Les dispositifs qui r\u00e8glent en eux le cycle de la reproduction sont pr\u00eats \u00e0 r\u00e9pondre aux signaux appropri\u00e9s, tant ext\u00e9rieurs qu&rsquo;int\u00e9rieurs. Un haut degr\u00e9 de \u00ab <em>motivation<\/em> \u00bb tient les b\u00eates en \u00e9tat de disponibilit\u00e9 sexuelle.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La d\u00e9couverte d&rsquo;un paysage propre \u00e0 accueillir le drame entier de la reproduction op\u00e8re le premier d\u00e9clic de ce m\u00e9canisme mont\u00e9. Un miracle en r\u00e9sulte : dans le petit corps de ce poisson sans \u00e9clat flambent tout \u00e0 coup de somptueuses tueuses lumi\u00e8res, \u00e9carlates aux flancs et sur le ventre, vert-bleu\u00e2tres, iridescentes le long du dos. Les yeux brillent de l&rsquo;\u00e9clat des \u00e9meraudes. Quel signal l&rsquo;a port\u00e9 \u00e0 cette soudaine incandescence ? La vision du d\u00e9cor o\u00f9 sa vie sexuelle se d\u00e9roulera a allum\u00e9 la f\u00e9erie. La transfiguration rel\u00e8ve du psychisme autant que d&rsquo;une m\u00e9canique int\u00e9rieure. Elle s&rsquo;\u00e9teindrait aussit\u00f4t si l&rsquo;ani\u00admal \u00e9tait emport\u00e9 loin du lieu pr\u00e9destin\u00e9 \u00e0 h\u00e9berger ses amours.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ainsi par\u00e9 de glorieuses couleurs, le m\u00e2le assume la position verticale et de la pointe de son museau il creuse dans le sol un entonnoir \u2014 fondation du nid \u00e0 venir. Sa bouche aspire le sable, recrache des petits tas \u00e0 quelque distance. Autour de la cavit\u00e9 il construit une muraille ; des plantes aquatiques maintenues en place par des cailloux qu&rsquo;il apporte pi\u00e8ce \u00e0 pi\u00e8ce, lui servent de mat\u00e9riau. Pour assembler solidement les pi\u00e8ces de ce nid, un fil visqueux lui est fourni par son appareil r\u00e9nal. La b\u00eate passe et repasse \u00e0 travers le b\u00e2timent, tra\u00eenant derri\u00e8re elle ce lien aussi efficace qu&rsquo;une suture.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le futur logement des \u0153ufs \u00e9tant achev\u00e9, la premi\u00e8re partie du cycle sexuel prend fin ; elle a pr\u00e9par\u00e9, en fait, les op\u00e9rations \u00e0 venir. Mais le jeu de la m\u00e9canique est maintenant en suspens. De nouveaux signes sont attendus qui mettront en action les d\u00e9marches suivantes. Dans le champ de vision du m\u00e2le, doit appara\u00eetre l&rsquo;image d&rsquo;une femelle au ventre gonfl\u00e9, m\u00fbr, pr\u00eat \u00e0 pondre. Seule cette forme, pr\u00e9sente en posture significative de provocation sexuelle, d\u00e9tient le pouvoir de l&rsquo;inciter \u00e0 la danse nuptiale et \u00e0 l&rsquo;exhibition de beaut\u00e9 qui pr\u00e9lu\u00addent \u00e0 l&rsquo;union des semences entre les partenaires.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">D\u00e8s que se manifeste le signal attendu, une singuli\u00e8re sorte de danse s&#8217;empare du m\u00e2le : un rythme ondulant s&rsquo;insinue dans son corps d\u00e9j\u00e0 par\u00e9 des couleurs de la f\u00eate. Il approche de la femelle, d\u00e9crit autour d&rsquo;elle, par bonds et demi-cercles, les figures de la \u00ab danse en Zigzag \u00bb.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Les gestes dont il lui donne le spectacle reproduisent dans leurs moindres d\u00e9tails un rituel consacr\u00e9 depuis des centaines de mill\u00e9naires. En r\u00e9ponse \u00e0 ce langage, elle peut rev\u00eatir l&rsquo;attitude du consentement et le suivre vers le nid.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">D\u00e8s lors une cha\u00eene de r\u00e9actions d\u00e9termin\u00e9es avec rigueur va unir pour un temps les partenaires. La femelle a pris place au nid ; mais incapable d&rsquo;\u00e9mettre spontan\u00e9ment ses \u0153ufs, elle attend qu&rsquo;un signal lui soit transmis dont le m\u00e2le est d\u00e9positaire. Tandis qu&rsquo;il entre en contact avec elle, un fr\u00e9missement prolong\u00e9, insistant, le parcourt. Par la pointe dure de son museau il communique ce long tremblement \u00e0 la femelle qui, aussit\u00f4t, \u00e9jecte la masse enti\u00e8re de sa ponte. En r\u00e9ponse, lui-m\u00eame projette dans le nid ses spermatozo\u00efdes. Selon un m\u00eame rite immuable, plusieurs m\u00e8res se succ\u00e8dent de la sorte et livrent leurs \u0153ufs \u00e0 la f\u00e9condation d&rsquo;un m\u00eame p\u00e8re.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9tape suivante qui confronte le biologiste avec le plus myst\u00e9rieux des r\u00e9glages m\u00e9caniques.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le m\u00e2le, gardien ind\u00e9fectible de la prog\u00e9niture en puissance, prend place \u00e0 l&rsquo;orifice du nid. En jouant avec ses nageoires pectorales comme d&rsquo;un \u00e9ventail, il dirige sur les \u0153ufs un courant d&rsquo;eau fra\u00eechement charg\u00e9 d&rsquo;oxyg\u00e8ne. Le rythme de ses battements change de jour en jour ; il s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re au cours de la premi\u00e8re semaine dans la mesure exacte o\u00f9 cro\u00eet le besoin des \u0153ufs en oxyg\u00e8ne. Les exigences de la couv\u00e9e, le taux variable de son m\u00e9tabolisme commandent cette ventilation, l&rsquo;adaptent \u00e0 leur consommation d&rsquo;\u00e9nergie. Qu&rsquo;un exp\u00e9\u00adrimentateur parvienne \u00e0 enrichir ou \u00e0 appauvrir en gaz respirable l&rsquo;eau alentour des \u0153ufs et il verra le gardien de la ponte ralentir ou pr\u00e9cipiter l&rsquo;action de ses nageoires, agrandir l&rsquo;ouverture du nid.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le poisson prendrait-il \u00e0 chaque instant conscience des changements en cours dans le pr\u00e9cieux d\u00e9p\u00f4t dont il a charge? Aucun psychologiste ne soutiendrait une th\u00e8se aussi alourdie d&rsquo;anthropomorphisme.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">D&rsquo;ailleurs, des exp\u00e9riences fort simples d\u00e9montre\u00adraient vite que l&rsquo;animal reste \u00e9troitement uni \u00e0 sa couv\u00e9e par un m\u00e9canisme d&rsquo;interaction dont les rouages s&rsquo;implantent de part et d&rsquo;autre dans le p\u00e8re et dans sa prog\u00e9niture. Entre ces individualit\u00e9s \u2014 en apparence distinctes pour des yeux humains \u00ad\u2014 court un r\u00e9seau de relations souple et serr\u00e9 \u00e0 la fois : un jeu d&rsquo;hormones, des messagers chimiques, des \u00e9lectrolytes mobiles et fixes, une configuration variable d&rsquo;enzymes, en com\u00adposent les articulations.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ces organismes ob\u00e9issent \u00e0 leur propre loi \u2014 celle que l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 leur impose \u2014 et cette norme leur conf\u00e8re un semblant d&rsquo;individualit\u00e9. En fait, ils ren\u00adcontrent incessamment des unit\u00e9s vivantes dont ils affrontent, \u00e9prouvent, combattent ou accueillent la loi. Une comp\u00e9n\u00e9tration et des \u00e9changes en r\u00e9sultent. Mais d&rsquo;autres d\u00e9terminismes encore, plus larges, issus de l&rsquo;ambiance, s&rsquo;\u00e9tendent au-del\u00e0 de toutes limites, les enveloppent comme dans les mailles d&rsquo;un filet.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">En cons\u00e9quence, il ne peut exister dans cette vaste trame crois\u00e9e d&rsquo;interactions en nombre incommensu\u00adrable, aucune individualit\u00e9 v\u00e9ritablement close. Un examen objectif d\u00e9montre avec \u00e9vidence l&rsquo;ins\u00e9cable liaison des parties dans l&rsquo;ensemble.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Et puisqu&rsquo;il en est ainsi, chacun de nous, en d\u00e9pit du sentiment qu&rsquo;il \u00e9prouve d&rsquo;\u00eatre r\u00e9ellement une unit\u00e9 vivante, appartient par des milliers de liens \u00e0 la totalit\u00e9 de l&rsquo;ambiance depuis un temps imm\u00e9morial. On se leurrait grossi\u00e8rement \u00e0 pr\u00e9tendre s&rsquo;isoler en soi-m\u00eame : <em>Il n&rsquo;y a point de soi dans l&rsquo;ordre biologique<\/em>. Dans le temps et l&rsquo;espace, un pass\u00e9 incalculable et l&rsquo;oc\u00e9an o\u00f9 notre vie plonge depuis toujours nous contraignent \u00e0 <em>devenir<\/em>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il faudrait un miracle pour nous sauver d&rsquo;une dis\u00adpersion et de l&rsquo;\u00e9vanouissement dans l&rsquo;immensit\u00e9 de ce syst\u00e8me de liaison. Que deviendraient alors mes ten\u00adtations de demeurer identique \u00e0 moi-m\u00eame et mon espoir de me conna\u00eetre ? Certains savants disent que je ne suis rien d&rsquo;autre que cette forme biologique : une figure ind\u00e9cise sans contours propres ni stabilit\u00e9 en soi, vacil\u00adlant au lieu de convergence de tant de ph\u00e9nom\u00e8nes.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Lorsqu&rsquo;ils m&rsquo;approchent avec leur g\u00e9nie d&rsquo;ing\u00e9nieur, je suis une m\u00e9canique qui perp\u00e9tuellement se transforme devant leur regard, une m\u00e9canique op\u00e9rant dans un syst\u00e8me illimit\u00e9 de m\u00e9canismes mont\u00e9s en r\u00e9troaction (feed back).<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Leur sch\u00e9ma est acceptable en partie. Et m\u00eame, d&rsquo;un certain point de vue, il s&rsquo;impose.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Mais dans cette machinerie qu&rsquo;entra\u00eene une inces\u00adsante \u00e9volution r\u00e9side la conscience d&rsquo;\u00eatre unique. Elle se donne \u00e0 elle-m\u00eame le t\u00e9moignage d&rsquo;exister, de vivre, d&rsquo;opter, de conna\u00eetre. Une connaissance \u2013 fondamentale en elle \u2013 soutient contre l&rsquo;\u00e9vidence du changement qui l&rsquo;affecte une permanence d&rsquo;\u00eatre.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">L&rsquo;animal le plus rudimentaire se comporte comme s&rsquo;il \u00e9tait m\u00fb par une conscience de soi. Un sentiment du \u00ab moi \u00bb le poss\u00e8de car il s&rsquo;exhibe, parade, se cache, prend soin de lui-m\u00eame, pr\u00e9serve sa vie ou \u00e9ventuel\u00adlement la sacrifie (dans l&rsquo;acte maternel du d\u00e9vouement aux jeunes).<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ce moi, biologiquement per\u00e7u par la b\u00eate, est bien \u00e9loign\u00e9 de l&rsquo;humaine conscience de soi. \u00c9videmment il ne provient pas des r\u00e9flexions d&rsquo;un intellect ni d&rsquo;une m\u00e9ditation de l&rsquo;animal car sa propre nature, sa conduite, ses app\u00e9tits, ses d\u00e9sirs, ses douleurs lui font \u00e9prouver directement ce que nous d\u00e9nommons, dans notre langage d&rsquo;homme, la solidarit\u00e9 et 1&rsquo;int\u00e9gration des parties au foyer d&rsquo;une conscience d&rsquo;\u00eatre.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le sentiment d&rsquo;exister individuellement prend appui sur le fait que la coh\u00e9sion de toute forme vivante repose sur la loi d&rsquo;int\u00e9gration. Et de l&rsquo;int\u00e9gration \u2013 constante r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un foyer permanent \u2013 r\u00e9sulte le savoir.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Si l&rsquo;on reconna\u00eet \u00e0 l&rsquo;animal, sous le nom de psychisme, une subjectivit\u00e9 bien \u00e0 lui, certaine conscience de soi \u2013 assur\u00e9ment fort \u00e9trang\u00e8re \u00e0 notre exp\u00e9rience \u2013 doit lui \u00eatre accord\u00e9e. Chacun pour soi, avec la connaissance de sa singularit\u00e9, se situe spontan\u00e9ment au centre du monde et manifeste une conduite d&rsquo;\u00e9go\u00adcentrisme. Conform\u00e9ment \u00e0 sa loi, il chasse, absorbe des nourritures, prolif\u00e8re, annexe des territoires, d\u00e9truit sur son passage.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La conscience, principe d&rsquo;int\u00e9gration, assure l&rsquo;intime coh\u00e9rence de la forme ; en liant les parties dans l&rsquo;en\u00adsemble, elle engendre le sentiment d&rsquo;une indivisible unit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Un biologiste a le droit de voir dans le monde vivant une immense m\u00e9canique dont les pi\u00e8ces ordonnent leur jeu sur un r\u00e9pertoire de signaux. Mais il n&rsquo;aura garde d&rsquo;oublier qu&rsquo;une vie subjective infuse la conscience dans ce vaste ordonnancement d&rsquo;\u00eatres. Chacun d&rsquo;eux occupe quelque point d&rsquo;intersection de la trame o\u00f9 il \u00e9prouve dans la solitude son unit\u00e9. Des foyers de conscience constellent le r\u00e9seau d&rsquo;\u00e9changes.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La pens\u00e9e scientifique s&rsquo;interdit d&rsquo;imaginer ce qu&rsquo;un poisson ressent quand il se livre aux orgies de la danse nuptiale. Elle se borne \u00e0 en d\u00e9crire objectivement les figures. Sa prudence lui permet d&rsquo;\u00e9viter les pi\u00e8ges de l&rsquo;imagination anthropomorphique.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Puisque la vie subjective du monde animal doit demeurer toujours imp\u00e9n\u00e9trable \u00e0 l&rsquo;homme, il convient de s&rsquo;abstenir de r\u00f4der autour de ce territoire ferm\u00e9. Jamais je ne conna\u00eetrai authentiquement l&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue par une araign\u00e9e aux prises avec une gu\u00eape dans un combat \u00e0 mort.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">C&rsquo;est en t\u00e9moin objectif et sans pr\u00eater \u00e0 la b\u00eate ses propres \u00e9motions, que le biologiste observe la lutte. Mais parfois il se laisse entra\u00eener dans les p\u00e9rip\u00e9ties du drame ; s&rsquo;identifiant aux adversaires il reconna\u00eet en eux la peur, la col\u00e8re, la ruse, l&rsquo;h\u00e9sitation.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Quelle imprudence de langage ! Admettrons-nous de pareilles infractions \u00e0 la r\u00e8gle ? Eh bien, je veux poser nettement la question une fois pour toutes. Est-ce verser dans l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie qualifi\u00e9e d&rsquo;anthropomorphisme que d&rsquo;attribuer au monde animal des \u00e9motions sensi\u00adblement homologues de celles que nous \u00e9prouvons ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Nous est-il interdit de d\u00e9couvrir chez la b\u00eate l&rsquo;ana\u00adlogue de nos joies, de nos douleurs, de nos craintes, de la peur, de la col\u00e8re ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Qui est le Grand Inquisiteur assez s\u00fbr de son juge\u00adment pour l\u00e9gif\u00e9rer sur ce point ? En voulant ignorer la conscience dont la vie emplit ses cr\u00e9atures jusqu&rsquo;\u00e0 la plus infime d&rsquo;entre elles, il tarirait, il dess\u00e9cherait sa propre source d&rsquo;entendement. Pour le convaincre que la vie n&rsquo;est point seulement un assemblage m\u00e9canique, nous inviterons quelques modestes acteurs \u2014 une araign\u00e9e, une gu\u00eape, un papillon, une fleur \u2014 \u00e0 venir ex\u00e9cuter au tribunal les danses coutumi\u00e8res \u00e0 leur esp\u00e8ce.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Les deux premiers personnages vont produire un combat de gladiateurs plut\u00f4t qu&rsquo;un ballet. La gu\u00eape pr\u00e9sente ses titres : c&rsquo;est un Calicurgue, g\u00e9ant parmi les Pampilles (Cryptochilus sexpunctatus). Elle affronte une araign\u00e9e de belle taille \u2014 l&rsquo;une des plus grandes Argio\u00adpides de France \u2014 qu&rsquo;elle devra ma\u00eetriser, paralyser et livrer vivante \u00e0 sa prog\u00e9niture.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Quelques escarmouches pr\u00e9c\u00e8dent l&rsquo;engagement. La gu\u00eape esquisse sur les flancs de son adversaire des mouvements d&rsquo;approche en demi-cercle, suivis de retraits.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Un tacticien humain d\u00e9couvrirait dans chacun de ces gestes une exploration bien dirig\u00e9e; seraient-ce des sondages ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Les attaques harcelantes de l&rsquo;insecte ail\u00e9 visent un seul point, fort pr\u00e9cis, sur le corps de l&rsquo;Argiopide \u2014 sans doute une r\u00e9gion vuln\u00e9rable ; mais elles se brisent sur une habile r\u00e9sistance. L&rsquo;araign\u00e9e, s&rsquo;arc-boutant sur ses pattes, agrippe le sol. Avec une infatigable pers\u00e9\u00adv\u00e9rance elle maintient son ventre contre la terre. Les assauts l&rsquo;\u00e9branlent \u00e0 peine. Ferme sur ses assises en crochets, elle menace, intimide.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le duel se poursuit parfois par des pauses o\u00f9 les adversaires, apparemment, se mesurent.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00c0 l&rsquo;improviste, un corps \u00e0 corps entrem\u00eale les figures des b\u00eates vibrantes de soubresauts. Mais leur lutte n&rsquo;est pas une m\u00eal\u00e9e confuse. On discerne des vis\u00e9es \u00e0 travers l&rsquo;agitation des masses s&rsquo;entrecroisant. De part et d&rsquo;autre les deux insectes cherchent \u00e0 atteindre chez l&rsquo;opposant, et \u00e0 prot\u00e9ger sur soi la place exacte o\u00f9 un coup port\u00e9 d\u00e9cidera de l&rsquo;issue.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Une bourrade inattendue a renvers\u00e9 l&rsquo;araign\u00e9e sur le dos. Instantan\u00e9ment la gu\u00eape l&#8217;embrasse et de ses pattes lui ma\u00eetrise les pattes. Ventre contre ventre, t\u00eates face \u00e0 face, les deux adversaires prolongent la phase d\u00e9cisive.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">L&rsquo;Argiopide au seuil de la d\u00e9faite garde encore une chance : elle poss\u00e8de \u00e0 proximit\u00e9 de sa gorge deux poignards charg\u00e9s d&rsquo;un venin mortel aux effets imm\u00e9\u00addiats. Si elle parvient \u00e0 les d\u00e9gainer avant que la gu\u00eape n&rsquo;introduise son dard, elle triomphera \u00e0 coup s\u00fbr.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Dans ce moment o\u00f9 leur sort va se d\u00e9cider, les deux insectes s&rsquo;observent, immobiles, avec une attention aigu\u00eb. Leur vie repose sur l&rsquo;aptitude \u00e0 accomplir sans erreur, sans d\u00e9faillance, le seul et dernier geste requis pour leur salut.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">L&rsquo;injection du poison paralysant t dans l&rsquo;abdomen de l&rsquo;araign\u00e9e, \u00e0 proximit\u00e9 du c\u00e9phalothorax, abolirait \u00e0 l&rsquo;instant le mouvement des huit pattes. Pourtant la gu\u00eape h\u00e9site, semble-t-il, \u00e0 porter le coup fatal. Avec d&rsquo;infinies pr\u00e9cautions elle insinue son dard dans la bouche de la victime. Aussit\u00f4t les crochets venimeux de l&rsquo;araign\u00e9e pr\u00eate \u00e0 mordre retombent, ils ont perdu tout pouvoir.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La dangereuse proie, ici r\u00e9duite \u00e0 l&rsquo;impuissance, poss\u00e8de sous la poitrine une plaque de blindage pour couvrir ses ganglions nerveux. Serait-ce une protection suffisante ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La gu\u00eape, avertie par une science certaine, conna\u00eet l&rsquo;obstacle qui d\u00e9fierait son dard, elle en tourne la pointe obliquement.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le drame va se conclure par une op\u00e9ration m\u00e9thodique.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">En arri\u00e8re de la quatri\u00e8me paire de pattes, la peau la plus fine se laisse perforer. C&rsquo;est en ce point que l&rsquo;ai\u00adguillon est introduit. \u00c0 peine la drogue paralysante a-t-elle p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 que l&rsquo;Argiopide cesse de se mouvoir. Une \u00e9trange l\u00e9thargie s&#8217;empare d&rsquo;elle. \u00c0 la paralysie s&rsquo;ajoute peut-\u00eatre l&rsquo;insensibilit\u00e9 paisible propre aux \u00e9tats d&rsquo;hibernation. La gu\u00eape entra\u00eene maintenant sa proie \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;une tani\u00e8re. Sur son corps inerte, elle pond son \u0153uf d&rsquo;o\u00f9 sortira une larve qu&rsquo;elle ne conna\u00eetra jamais.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Cette trag\u00e9die des champs donne mati\u00e8re \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir pour notre esprit inquisiteur. Dans la lutte qui les met aux prises, les deux combattants engagent sur l&rsquo;enjeu de leur existence toutes les ressources psychiques dispo\u00adnibles.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Psychiques ? Ce mot \u00e9quivoque, mal d\u00e9fini, doit-il \u00eatre tol\u00e9r\u00e9 dans la langue d&rsquo;un biologiste ? Quel sens lui accorderait-on ici ? Il n&rsquo;appartient pas au domaine des \u00e9l\u00e9ments observables ni mesurables.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Qu&rsquo;on nous pardonne l&rsquo;impr\u00e9cision du terme, nous ne l&rsquo;avons pas cr\u00e9\u00e9 ; il s&rsquo;\u00e9clairera plus tard.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Pour le moment, un spectacle nous attire. Deux b\u00eates d\u00e9montrent en action les arcanes d&rsquo;une science qui leur fut l\u00e9gu\u00e9e depuis les temps g\u00e9ologiques. Pour nous, ce combat de gladiateurs est une initiation au plus grand des myst\u00e8res.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">J&rsquo;observe les p\u00e9rip\u00e9ties de la bataille. Chacun des deux insectes agit \u00e0 tout instant comme s&rsquo;il connaissait, de science assur\u00e9e, les points faibles de l&rsquo;adversaire. Il le vise \u00e0 bon escient. Lui-m\u00eame prot\u00e8ge les d\u00e9fauts de sa cuirasse. De longs pr\u00e9ludes \u00e0 l&rsquo;engagement o\u00f9 l&rsquo;on se mesure et se cherche s\u00e9parent les prises en corps \u00e0 corps.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le drame expose sous notre regard le jeu d&rsquo;une tactique incontestable. Un savoir y pr\u00e9side. J&rsquo;admets que ce savoir diff\u00e8re profond\u00e9ment d&rsquo;une r\u00e9flexion men\u00adtale. Dans les ganglions nerveux d&rsquo;une petite b\u00eate cir\u00adcule autre chose que des pens\u00e9es humaines, assur\u00e9ment. On se tromperait \u00e0 vouloir comparer ce combat \u00e0 un duel entre des hommes. Ne pressons pas l&rsquo;analogie, elle reste lointaine. Que toutes pr\u00e9cautions soient prises \u00e0 l&rsquo;encontre de nos tendances \u00e0 un facile anthropomor\u00adphisme.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00c0 pr\u00e9sent je m&rsquo;efforce de d\u00e9chiffrer le message secret que ce spectacle nous communique. Le singulier savoir \u2013 bien diff\u00e9rent du n\u00f4tre \u2013 dont ces insectes sont munis s&rsquo;inscrit dans leur structure, il se prolonge \u00e0 travers leur m\u00e9canique en des actes que notre langage d\u00e9nomme \u00ab instinctifs \u00bb. De m\u00eame, une araign\u00e9e tisse sa toile selon des normes pr\u00e9cises et non \u00e0 l&rsquo;aveugle.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">D&rsquo;autres exemples d&rsquo;une interaction aussi fine et sp\u00e9cifique s&rsquo;imposent \u00e0 l&rsquo;attention du biologiste pour peu qu&rsquo;il en cherche les liaisons \u00e0 travers le monde vivant, elles abondent autour de nous.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Des signaux mutuellement \u00e9mis et re\u00e7us d\u00e9terminent entre b\u00eates et plantes des conditions inn\u00e9es ou acquises. Le code par quoi les individualit\u00e9s sont reli\u00e9es se manifeste en termes de figures visuelles, de senteurs, bruits, de sons, d&rsquo;influences chimiques directes ou selon d&rsquo;autres modalit\u00e9s perceptive encore inconnues.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le papillon Pronuba, quand vient le moment de pondre ses \u0153ufs, rejoint une plante de Yucca dont la fleur r\u00e9pand dans l&rsquo;air nocturne un parfum doux et fort. Ce voyageur ail\u00e9 seul est capable, gr\u00e2ce \u00e0 un extraordinaire artifice, de f\u00e9conder la fleur. Par le m\u00eame c\u00e9r\u00e9monial il perp\u00e9tue sa propre esp\u00e8ce.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Pour accomplir sa t\u00e2che il dispose de peu de temps car la fleur s&rsquo;\u00e9panouit pendant une nuit unique. Une cha\u00eene d&rsquo;actes complexes associe dans un rapport d&rsquo;\u00e9troite interd\u00e9pendance l&rsquo;insecte et la fleur durant cette rencontre o\u00f9 se joue le destin de deux esp\u00e8ces.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">D&rsquo;abord la femelle du papillon, pr\u00eate \u00e0 pondre, pr\u00e9\u00adl\u00e8ve sur la fleur m\u00e2le, juste dans l&rsquo;instant opportun, un peu de pollen qu&rsquo;elle roule en boule entre ses pattes. Portant son pr\u00e9cieux fardeau sous sa trompe, elle vole droit vers une fleur femelle de Yucca ; des palpes \u00e0 pointes, sp\u00e9cialement conform\u00e9es, lui permettent d&rsquo;en\u00adserrer et crocheter son tr\u00e9sor. Avant de le d\u00e9poser, elle fore \u00e0 l&rsquo;aide de sa longue tari\u00e8re un trou dans l&rsquo;ovaire de la plante. Par cet artifice elle introduit ses propres \u0153ufs dans la chambre v\u00e9g\u00e9tale. Un dernier acte concert\u00e9 couronne le myst\u00e8re. Se hissant avec sa boule de pollen au sommet du pistil, le papillon conclut son entreprise. Il insinue la semence m\u00e2le \u00e0 l&rsquo;endroit exact o\u00f9 elle doit se rendre : la f\u00e9condation crois\u00e9e s&rsquo;accomplit.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00ab Songeons, \u00e9crit Cheesman <a id=\"Y1\" href=\"#X1\">[1]<\/a>, \u00e0 toutes les adaptations n\u00e9cessaires pour cette op\u00e9ration ! Il est tout \u00e0 fait excep\u00adtionnel, de la part d&rsquo;un papillon nocturne, de commencer par recueillir le pollen. Les palpes qui serrent la bou\u00adlette sont tr\u00e8s grandes et pourvues, du c\u00f4t\u00e9 interne, d&rsquo;une double rang\u00e9e de piquants qui la maintiennent en position. Aucun autre papillon de nuit n&rsquo;en a de sem\u00adblables. Et la boulette est environ trois fois aussi grosse que la t\u00eate du papillon ! La s\u00e9rie d&rsquo;actes ins\u00adtinctifs de l&rsquo;insecte est admirable, car ils se succ\u00e8dent avec la pr\u00e9cision d&rsquo;une horloge. Le m\u00e9canisme de la fleur est parfaitement adapt\u00e9 \u00e0 l&rsquo;op\u00e9ration et sans l&rsquo;intervention du Pronuba, la pollinisation ne pourrait \u00eatre men\u00e9e \u00e0 bien. D&rsquo;autre part, le parfum, quoique fort, n&rsquo;engage pas d&rsquo;autres insectes \u00e0 faire de futiles exp\u00e9riences avec ce qui ne les regarde pas. \u00bb<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il est toujours futile de se livrer \u00e0 des pol\u00e9miques en faveur d&rsquo;une doctrine. Le pr\u00e9sent chapitre consacr\u00e9 \u00e0 la biologie propose \u00e0 qui veut l&rsquo;accepter certain renou\u00advellement de perspective. Aucun dogme n&rsquo;y est soutenu. Le r\u00e9dacteur de ces lignes rend hommage aux biologistes d&rsquo;appartenances diverses \u2013 mat\u00e9rialistes, holistes, vitalistes, mutationnistes, etc. \u2013 qui ont apport\u00e9 \u00e0 la science leur contribution. Tous ont vers\u00e9 au tr\u00e9sor commun quelque pr\u00e9cieuse parcelle envelopp\u00e9e dans un papier d&rsquo;\u00e9tiquette. N\u00e9gligeons l&rsquo;\u00e9tiquette, elle nous \u00e9garerait, l&rsquo;acquisition demeure notre bien \u00e0 tous.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Les m\u00e9canistes r\u00e9solus \u00e0 d\u00e9composer les formes de la vie en rouages et r\u00e9flexes ont d\u00e9couvert dans la nature des m\u00e9caniques d&rsquo;une merveilleuse subtilit\u00e9. Cette machi\u00adnerie t\u00e9moigne en effet d&rsquo;une ing\u00e9niosit\u00e9 remarquable. On est tent\u00e9 d&rsquo;en extraire des pi\u00e8ces d\u00e9tach\u00e9es. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs chose faisable.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Mais quand l&rsquo;ami m\u00e9caniste d\u00e9clare, en souriant de la na\u00efvet\u00e9 de ses adversaires les vitalistes, que tous les gestes d&rsquo;une b\u00eate \u2013 insecte ou mammif\u00e8re \u2013 se r\u00e9duisent \u00e0 n&rsquo;\u00eatre que de \u00ab simples r\u00e9flexes d\u00e9clench\u00e9s par des stimuli appropri\u00e9s \u00bb, nous sommes surpris de trouver dans un savant tant d&rsquo;ing\u00e9nuit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">On lui donnerait pleinement raison s&rsquo;il se bornait \u00e0 dire que des liaisons m\u00e9caniques, d\u00e9termin\u00e9es et souples, commandent la structure de chacun de nos actes. En r\u00e9ponse \u00e0 telle perception sensorielle de la b\u00eate, telle r\u00e9action motrice se d\u00e9roule. Sans doute.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Mais le fid\u00e8le de la doctrine m\u00e9caniste ajoute : \u00ab la vie n&rsquo;est qu&rsquo;une succession de ph\u00e9nom\u00e8nes m\u00e9caniques et physico-chimiques&#8230; \u00bb.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il nous semble peu conforme \u00e0 l&rsquo;esprit scientifique de fixer, par une restriction aussi tranchante, des limites au champ de la recherche. Qui donc ose se porter garant que \u00ab la vie n&rsquo;est que ceci ou que cela \u00bb ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le r\u00e9dacteur de ces lignes reconna\u00eet la valeur incon\u00adtestable des recherches accomplies par les adeptes de la doctrine m\u00e9caniste. Ils ont rendu un signal\u00e9 service en exposant \u00e0 nos yeux les rouages pr\u00e9\u00e9tablis dans l&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 des structures animales et v\u00e9g\u00e9tales. Nous croyons voir jouer les articulations multiples des ph\u00e9no\u00adm\u00e8nes biologiques et leurs interactions. Ce monde de machines offre le spectacle d&rsquo;une prodigieuse complexit\u00e9 et d&rsquo;une simplicit\u00e9 extr\u00eame \u00e0 la fois. Les m\u00e9canismes inn\u00e9s de d\u00e9clenchement (I.R.M.) y tiennent une place de premier plan. Des qualit\u00e9s assez rarement unies dans un m\u00eame appareil s&rsquo;y trouvent incluses. Selon l&rsquo;occa\u00adsion et en m\u00eame temps, la fonction de l&rsquo;I.R.M. se montre souple et rigide, rudimentaire et perfectionn\u00e9e, sp\u00e9cifique et g\u00e9n\u00e9rique. Ce tour de force est ais\u00e9ment explicable. Il rel\u00e8ve d&rsquo;une m\u00e9canique hi\u00e9rarchis\u00e9e sur plusieurs \u00e9tages et niveaux d&rsquo;int\u00e9gration.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ces faits sont, au plus haut degr\u00e9, int\u00e9ressants. La m\u00e9canique de la vie nous promet encore d&rsquo;amples moissons. On ne sait s&rsquo;il faut en remercier d&rsquo;abord les biologistes dont la sagacit\u00e9 nous r\u00e9v\u00e8le de si subtils agencements ou plut\u00f4t la nature, organisatrice \u00ab incons\u00adciente \u00bb de son \u0153uvre. \u00ab Inconsciente \u00bb, a-t-on dit. C&rsquo;est le mot juste. La fabricatrice d&rsquo;instruments vivants ne peut \u00eatre consciente sur un mode humain. La voyez-vous pench\u00e9e et m\u00e9di\u00adtant sur une \u00e9pure, avec un grand dessein dans l&rsquo;esprit !<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Au surplus, si elle prenait fantaisie d&rsquo;appara\u00eetre en personne devant un ar\u00e9opage de biologistes, ses imper\u00adfections techniques lui seraient reproch\u00e9es. Elles sont notoires. Nous ne d\u00e9fendrons pas sa cause. Le proc\u00e8s fait \u00e0 la Nature pour son inconduite et ses d\u00e9faillances d&rsquo;ouvri\u00e8re ne sera donc pas d\u00e9battu ici. Nous recon\u00adna\u00eetrons seulement que ses m\u00e9canismes inn\u00e9s (I.R.M.), pour \u00e9tonnants qu&rsquo;ils soient, succombent \u00e0 certaines \u00e9preuves. Ils succombent avec une particuli\u00e8re fr\u00e9quence lorsqu&rsquo;un exp\u00e9rimentateur de laboratoire les soumet \u00e0 des situations artificielles et contre nature. Dans les circonstances ordinaires de la vie, ces machines rem\u00adplissent assez bien leur t\u00e2che.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La Nature, dans ses applications pratiques, semble tout \u00e0 fait \u00e9trang\u00e8re \u00e0 notre id\u00e9e, bien humaine \u2013 trop humaine peut-\u00eatre \u2013 de perfection. Sa loi de comp\u00e9\u00adtition pour l&rsquo;espace, le temps, les r\u00e9serves nutritives, sa loi d&rsquo;interaction universelle ignore nos chers id\u00e9als. Serions-nous en progr\u00e8s \u00e9thique sur ses normes ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Avant de juger ses voies, il conviendrait de les mieux conna\u00eetre et de savoir quelle position finale ses exhi\u00adbitions nous incitent \u00e0 atteindre.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Aux diverses \u00e9coles d&rsquo;appartenance mat\u00e9rialiste revient le m\u00e9rite d&rsquo;avoir retenu l&rsquo;attention des chercheurs sur le terrain des faits observables. Nous avons peine \u00e0 les suivre lorsqu&rsquo;ils exaltent la mati\u00e8re au rang d&rsquo;un principe fondamental, substrat de toutes choses. Leur m\u00e9taphysique \u00e0 rebours nous \u00e9tonne.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La conscience, \u00e0 les entendre, est le produit d&rsquo;une sp\u00e9ciale organisation mat\u00e9rielle ; elle \u00e9merge \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;une fonction \u2014 au m\u00eame titre que les pro\u00adpri\u00e9t\u00e9s chimiques \u2014 quand un certain type d&rsquo;arran\u00adgements mol\u00e9culaires s&rsquo;est r\u00e9alis\u00e9. Doctrine de l&rsquo;\u00e9mergence.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">L&rsquo;un des plus \u00e9minents parmi nos biologistes mat\u00e9\u00adrialistes se refuse \u00e0 imaginer la conscience d\u00e9pourvue d&rsquo;un support mat\u00e9riel. Certes, on ne lui en demande pas tant ! La conscience ne s&rsquo;imagine pas. \u00c0 dire vrai elle ne se laisse concevoir ni dans ses relations avec un support de mati\u00e8re ni isol\u00e9ment. Elle n&rsquo;appartient pas au domaine objectif non plus qu&rsquo;\u00e0 celui du concept. Elle s&rsquo;exp\u00e9rimente en int\u00e9riorit\u00e9. Pour peu que l&rsquo;on soumette le probl\u00e8me du mat\u00e9rialisme \u00e0 une analyse scientifique assez rigoureuse, la notion m\u00eame de mati\u00e8re subit de s\u00e9rieuses r\u00e9visions. Les mat\u00e9rialistes du XIXe si\u00e8cle et des premi\u00e8res d\u00e9cades du XXe ne s&rsquo;y reconna\u00eetraient plus.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La mati\u00e8re \u2014 terme fort vague dans la langue d&rsquo;au\u00adjourd&rsquo;hui \u2014 a perdu tous les attributs d&rsquo;un substrat. On ne saurait le d\u00e9finir. Et pour cause ! Ce mot subs\u00adtantifie, par un artifice verbal, les donn\u00e9es perceptives de nos sens, plus sp\u00e9cialement celles du toucher. Il consacre un empirisme \u00e9tranger aux disciplines subtiles de la microphysique. Si toutefois nous voulons en conser\u00adver l&rsquo;usage, il nous faudra renoncer \u00e0 l&rsquo;opposition dua\u00adlistique de la mati\u00e8re et de l&rsquo;esprit.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Mais sur ce terrain litigieux, les vitalistes et n\u00e9o-vitalistes nous attendent. Souhaitons-leur la bienvenue : la biologie leur est redevable d&rsquo;avoir pu naviguer jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour \u00e0 distance de l&rsquo;\u00e9cueil mat\u00e9rialistico-m\u00e9ca\u00adniste.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Serait-ce pour aller s&rsquo;enliser sur les bas-fonds du vitalisme ? De ce c\u00f4t\u00e9 le p\u00e9ril ne serait pas moindre.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Invoquer un myst\u00e9rieux \u00ab principe vital \u00bb pour en faire une force animatrice, une source d&rsquo;organisation \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la mati\u00e8re vivante, c&rsquo;est, pour le moins, une hypoth\u00e8se gratuite. Solution de paresse. Au demeurant, elle n&rsquo;explique rien. C&rsquo;est \u00e9lever une barri\u00e8re fictive que d&rsquo;opposer en deux cat\u00e9gories distinctes la mati\u00e8re anim\u00e9e \u00e0 la mati\u00e8re inerte. Dans lequel de ces deux genres rangerons-nous les \u00e9difices mol\u00e9culaires associ\u00e9s \u00e0 la vie de nos cellules ? Les qualifierons-nous de vivantes lorsqu&rsquo;ils sont incorpor\u00e9s en nous \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la membrane cellulaire, d&rsquo;inertes quand ils flottent quelque part dans les fluides interstitiels ? Une telle d\u00e9marcation nous para\u00eet arbitraire. En franchis\u00adsant la surface de s\u00e9paration, les mol\u00e9cules seraient soudainement rev\u00eatues de la dignit\u00e9 propre au prin\u00adcipe vital ! Devenues n\u00f4tres, elles recevraient l&rsquo;inves\u00adtiture de la vie, une infusion de vertus nouvelles ! Cette mani\u00e8re de concevoir une opposition entre la mati\u00e8re brute et la mati\u00e8re vivante soul\u00e8ve d&rsquo;innombrables difficult\u00e9s.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le principe vital que l&rsquo;on nous demande d&rsquo;introduire d&rsquo;instant en instant dans les corps, les cellules, les \u00e9l\u00e9ments figur\u00e9s, le sang, les humeurs, ce principe suscite d&rsquo;immenses embarras. En compensation il n&rsquo;\u00e9claire pas nos probl\u00e8mes.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Plut\u00f4t que de d\u00e9penser tant d&rsquo;efforts \u00e0 soutenir ou \u00e0 combattre des doctrines, regardons en plein air les formes de la vie s&rsquo;affronter. Un enseignement en d\u00e9coulera.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Si la fortune me sourit, j&rsquo;apprendrai \u00e0 lire les signes que la nature esquisse, de minute en minute, sur la terre et dans le ciel.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">En voyant le faucon p\u00e8lerin prendre son vol, je saurai par quel ressort cach\u00e9 il est m\u00fb. Un imp\u00e9ratif inn\u00e9 \u2013 inscrit en forme d&rsquo;instinct dans sa structure \u2013 l&rsquo;incite \u00e0 explorer de haut le terrain, \u00e0 proc\u00e9der \u00e0 de patientes et minutieuses recherches. Une intention clairement d\u00e9termin\u00e9e oriente tous ses actes. Il prospecte au-dessous de lui une province. Sa conduite est pourtant r\u00e9gl\u00e9e d&rsquo;avance par un m\u00e9canisme aux rouages simples. Ce niveau sup\u00e9rieur dans la hi\u00e9rar\u00adchie des instincts, les biologistes modernes l&rsquo;identifient dans le dienc\u00e9phale, \u00e0 la base du cerveau, comme centre des mouvements de recherche \u2013 exploratory behaviour, striving and searching behaviour, insight behaviour, purposive behaviour, signal\u00e9 par Tinbergen, par Craigg, Hess et Br\u00fcgger, Konrad Lorenz <a id=\"Y2\" href=\"#X2\">[2]<\/a>. Dans ce centre r\u00e9side \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat potentiel la commande de certaines conduites intentionnelles de discernement : <em>une conscience biologique du but \u00e0 atteindre s&rsquo;y enracine<\/em>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Voil\u00e0 de nouveau le psychisme entrem\u00eal\u00e9 \u00e0 la trame de la m\u00e9canique et aux fibres des nerfs ! Toujours se retrouvera cet imbroglio si nous l&rsquo;invitons \u00e0 repa\u00adra\u00eetre. Mais il se laisse r\u00e9soudre. Libre \u00e0 nous de consid\u00e9rer un m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne selon sa face objec\u00adtive et neurologique ou psychique et subjective. Ce probl\u00e8me a d\u00e9j\u00e0 retenu notre attention longuement.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le faucon p\u00e8lerin va poursuivre sa ronde, le regard en alerte, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;un signe attendu apparaisse ; dans son champ de conscience surgit ce fin pointill\u00e9 mouvant qu&rsquo;est une bande d&rsquo;oiseaux. \u00c0 l&rsquo;instant, le gracieux vagabondage du pr\u00e9dateur est interrompu par un d\u00e9clic ; saisi par son \u00ab m\u00e9canisme consommateur d&rsquo;acte \u00bb, le corps du faucon se trouve soudain lanc\u00e9 vers la proie \u00e0 une vitesse de 150 km\/heure.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00c0 l&rsquo;autre extr\u00e9mit\u00e9 de la liaison, le signal de sa venue stimule les passereaux ; ils resserrent leurs rangs, s&rsquo;ordonnent en un bataillon r\u00e9gulier \u2013 grille mobile \u00e0 laquelle le rapace en pleine vitesse craint de se heurter, car la rencontre du moindre obstacle de biais le briserait. Ramass\u00e9s de la sorte, les faibles passereaux bravent l&rsquo;oiseau-bolide et l&rsquo;interceptent.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">L&rsquo;image d&rsquo;un rassemblement de ces menus oiseaux en troupe dense d\u00e9croche dans la machine intime du faucon une autre man\u0153uvre : la course d&rsquo;intimidation.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Sous l&rsquo;effet de cette tactique, il se peut que la belle ordonnance du vol collectif succombe. L&rsquo;un des passe\u00adreaux se laisse distraire, il s&rsquo;\u00e9carte. Une erreur infime de son instrument d&rsquo;ex\u00e9cution le livre au pr\u00e9dateur.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ici s&rsquo;ach\u00e8ve en cassure une maille de la longue cha\u00eene d&rsquo;interactions par lesquelles se relient les b\u00eates. Chacune porte en elle, dans son intime structure, une multitude d&rsquo;appareils psychomoteurs superpos\u00e9s d&rsquo;\u00e9tages en \u00e9tages sur niveaux hi\u00e9rarchiques. Ces centres d&rsquo;int\u00e9\u00adgration correspondent entre eux par l&rsquo;entremise de signaux sp\u00e9cifiques. La vie se manifeste ainsi comme une vaste correspondance de significations biologiques. De ce r\u00e9seau d&rsquo;\u00e9troite interd\u00e9pendance on ne peut assu\u00adr\u00e9ment pas exclure le monde v\u00e9g\u00e9tal. Les relations r\u00e9ciproques de la fleur de Yucca avec le papillon nocturne dont elle est tributaire nous ont d\u00e9montr\u00e9 ce jeu d&rsquo;horlogerie. On pourrait citer maints exemples d&rsquo;unions entre plantes et b\u00eates. Une aussi parfaite syn\u00adchronisation joint des fleurs, par milliers, \u00e0 leurs visiteurs respectifs. Ces partenaires associ\u00e9s depuis de tr\u00e8s anciens temps g\u00e9ologiques \u00e9changent des messages significatifs dans un code de couleurs, de silhouettes, de nourritures, de parfums.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Entre les individualit\u00e9s engag\u00e9es dans le r\u00e9seau de rapports, les signes s&rsquo;\u00e9changent de conscience biolo\u00adgique en conscience aussi bien qu&rsquo;au travers des m\u00e9ca\u00adnismes physiques et chimiques. Un ordre, des lois r\u00e8gnent dans cette sph\u00e8re biopsychique comme dans le monde que nous d\u00e9nommons mat\u00e9riel. Au plus haut degr\u00e9 dans la hi\u00e9rarchie des m\u00e9canismes immanents \u00e0 la forme vivante se d\u00e9couvre une fonction de recher\u00adche ; elle projette l&rsquo;animal dans le champ offert \u00e0 son exploration, par elle il est rendu alerte, tenu en \u00e9veil, il se pr\u00e9pare lorsqu&rsquo;elle \u00ab l&rsquo;active \u00bb \u00e0 recevoir et \u00e0 transmettre la communication des signaux et sym\u00adboles.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Cette fonction \u00ab investigatrice \u00bb, puisqu&rsquo;elle incite la b\u00eate \u00e0 se livrer aux activit\u00e9s propres \u00e0 sa nature, d\u00e9tient une connaissance implicite des besoins essen\u00adtiels. Son pouvoir s&rsquo;\u00e9tend sur tous les m\u00e9canismes et sur les appareils ex\u00e9cutifs qu&rsquo;informent les sens. Elle contraste par son extr\u00eame souplesse et son g\u00e9nie inventif avec la rigidit\u00e9 quasi aveugle des rouages qui lui sont subordonn\u00e9s.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le savoir dont elle est pourvue la qualifie pour orien\u00adter et assurer les adaptations. Son insistance \u00e0 susciter, activer le d\u00e9sir d&rsquo;investigation t\u00e9moigne qu&rsquo;elle d\u00e9tient la solution des \u00e9nigmes dont elle propose le d\u00e9chiffre\u00adment.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Chez l&rsquo;homme, elle \u00e9veille la soif et donne la joie de conna\u00eetre. L&rsquo;ardeur \u00e0 explorer le monde et \u00e0 vouloir se conna\u00eetre soi-m\u00eame, l&rsquo;amour d&rsquo;une science v\u00e9ridique et du beau nous seraient-ils impos\u00e9s par son comman\u00addement ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ainsi la plus haute fonction, couronnant les \u00e9difices de la vie, celle \u00e0 qui revient la puissance d&rsquo;\u00e9veiller, d&rsquo;inventer, de d\u00e9couvrir, se retrouve partout \u00e0 la cime des hi\u00e9rarchies psychiques.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Peut-\u00eatre Socrate faisait-il allusion \u00e0 cet \u00e9trange pouvoir lorsqu&rsquo;il d\u00e9crivit par la bouche de Diotime la Mantin\u00e9enne une figure de l&rsquo;amour sur les routes sans repos, insatiable de v\u00e9rit\u00e9, toujours pauvre, tou\u00adjours riche.<\/p>\n<p align=\"CENTER\"><strong>*** ***<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Lorsqu&rsquo;une fourmi explore attentivement le terrain de chasse alentour de la fourmili\u00e8re et qu&rsquo;elle \u00e9tablit des voies de passages par o\u00f9 chemineront ses compa\u00adgnes, \u00e0 quel mobile ob\u00e9it-elle ? Ses minuscules gan\u00adglions nerveux auraient-ils \u00e9labor\u00e9 la pens\u00e9e d\u00e9finie d&rsquo;un but \u00e0 atteindre ? Nous voudrions saisir, \u00e0 son origine, l&rsquo;impulsion qui a jet\u00e9 la b\u00eate sur les sentiers de l&rsquo;aventure.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">L&rsquo;esprit d&rsquo;entreprise animant l&rsquo;exploratrice sert \u00e0 merveille les int\u00e9r\u00eats de la communaut\u00e9. Gr\u00e2ce aux dons d&rsquo;initiative propres \u00e0 quelques insectes animateurs, la fourmili\u00e8re pourra subsister, se nourrir, prosp\u00e9rer, s&rsquo;\u00e9tendre. Des exp\u00e9riences poursuivies avec rigueur ont d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;une colonie de fourmis amput\u00e9e de ses \u00ab individualit\u00e9s excitatrices \u00bb ne tardait pas \u00e0 p\u00e9ricliter, puis \u00e0 p\u00e9rir.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il est permis d&rsquo;en conclure que, parmi les innom\u00adbrables habitants d&rsquo;une colonie, quelques individus subis\u00adsent avec une intensit\u00e9 maxima la pression int\u00e9rieure de l&rsquo;instinct de recherche ; leur attitude exploratrice en t\u00e9moigne. Cette incitation \u00e0 agir pour le b\u00e9n\u00e9fice de l&rsquo;esp\u00e8ce conform\u00e9ment aux possibilit\u00e9s instinctives immanentes \u00e0 la nature de l&rsquo;insecte, conform\u00e9ment aussi \u00e0 un savoir inn\u00e9, cette incitation se transmet au travers des \u00ab excitateurs \u00bb \u00e0 leurs cong\u00e9n\u00e8res. Chaque individualit\u00e9 excitatrice, op\u00e9rant comme un centre inducteur, \u00e9veille dans la communaut\u00e9 l&rsquo;instinct d&rsquo;exploration dormant. Sous l&rsquo;effet de ce remarquable ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;induction les fourmis \u00e0 demi assoupies secouent l&rsquo;engourdissement qui les paralyse et recouvrent \u2013 comme si elles se ressouvenaient tout \u00e0 coup de leur vraie nature \u2013 les capacit\u00e9s dont l&rsquo;organisation biologique les a pourvues.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Au printemps, d\u00e8s l&rsquo;apparition des premiers beaux jours, l&rsquo;on voit s&rsquo;affairer les fourmis en proie \u00e0 la fi\u00e8vre exploratrice ; mais quelques-unes d&rsquo;entre elles se signalent \u00e0 l&rsquo;attention par une particuli\u00e8re hardiesse de leurs entreprises ; leur ardeur les emporte en pointe au loin vers des territoires inconnus ; elles identifient et reclassent les antiques sentiers ; chemin faisant elles \u00e9clairent, stimulent les compagnes sommeillantes.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Quel mobile les meut ? Un homme plac\u00e9 dans une situation analogue ferait appel, afin de motiver et de soutenir son projet, \u00e0 certaines stimulations mentales ; son r\u00f4le dans l&rsquo;affaire lui appara\u00eetrait au pr\u00e9alable. Selon les notes dominantes de son temp\u00e9rament, il se complairait \u00e0 l&rsquo;avance dans la gloire ou le prestige promis \u00e0 sa personne ; ou bien il invoquerait le sens du devoir, une r\u00e9mun\u00e9ration anticip\u00e9e. Sans doute pourrait-il suivre une inclination propre \u00e0 sa nature et s&rsquo;abandonner spontan\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;esprit de recherche. Mais il prendrait conscience en termes de raisonnement du courant qui l&#8217;emporte vers l&rsquo;action. \u00c0 moins qu&rsquo;il ne se perde, avec une abn\u00e9gation totale, dans l&rsquo;ardeur de sa poursuite, l&rsquo;homme r\u00e9fl\u00e9chit sur ses d\u00e9marches, il les pr\u00e9m\u00e9dite en paroles int\u00e9rieures.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Rien de tel ne peut affecter la vie subjective d&rsquo;un animal car elle n&rsquo;est point soumise aux surimpressions du langage verbal. La b\u00eate ob\u00e9it directement aux lois biologiques dont elle exprime la structure et au savoir r\u00e9alisateur inh\u00e9rent \u00e0 sa forme.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">L&rsquo;incitation qui se manifeste en elle dans la conduite exploratrice (exploratory behaviour) ne r\u00e9sulte point des vell\u00e9it\u00e9s d&rsquo;un \u00ab moi \u00bb conscient de sa personnalit\u00e9, et repli\u00e9 sur lui-m\u00eame. Quand le moment est venu pour un animal de se mettre en campagne, un savant m\u00e9canisme propre \u00e0 assurer le succ\u00e8s de la recherche commande ses d\u00e9marches, tient en \u00e9veil ses sens et ses fonctions motrices. Un savoir-faire le gouverne dont toutes les d\u00e9cisions proviennent de la nature intime de son \u00eatre. En ce germe initial o\u00f9 fut con\u00e7ue sa forme de vie et qui poursuit la t\u00e2che de l&rsquo;engendrer sans cesse en structures et en actions, r\u00e9side la science de ses conduites.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Des biologistes fid\u00e8les \u00e0 la doctrine m\u00e9caniste ont cru d\u00e9couvrir dans l&rsquo;instinct d&rsquo;exploration une appa\u00adrence de finalit\u00e9. Un animal, pendant qu&rsquo;il se livre \u00e0 ses recherches, poursuit certain but clairement carac\u00adt\u00e9ris\u00e9.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ainsi, l&rsquo;oiseau entreprend, sous l&rsquo;effet d&rsquo;une moti\u00advation puissante, de construire un nid ; pour parvenir \u00e0 sa fin, il choisit dans le champ immense ouvert \u00e0 ses activit\u00e9s, les moyens propres \u00e0 le satisfaire. Au cours des milliers de voyages effectu\u00e9s dans ce but, il pr\u00e9l\u00e8ve des brindilles appropri\u00e9es \u00e0 la t\u00e2che, des fragments d&rsquo;\u00e9toffes, de fins duvets qu&rsquo;il assemble conform\u00e9ment \u00e0 un sch\u00e9ma. Ce sch\u00e9ma, invisiblement, et immat\u00e9riellement attractif \u2013 pr\u00e9sent depuis des mill\u00e9naires dans la nature sp\u00e9cifique de l&rsquo;oiseau \u2013 commande la convergence sur soi de tous les actes de l&rsquo;animal. Anticipant sur l\u2019\u0153uvre \u00e0 accomplir, le dessein traditionnel coordonne la conduite de l&rsquo;oiseau dans la direction d&rsquo;une fin.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00c9videmment les b\u00eates ne tendent pas de propos d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 \u2013 \u00e0 la fa\u00e7on dont op\u00e9rerait un homme raisonnable, pesant les motifs d&rsquo;agir \u2013 vers un but que l&rsquo;instinct leur impose. Elles se laissent conduire par un jeu de m\u00e9canismes complexes, mais ce jeu n&rsquo;est point celui d&rsquo;une machine, et l&rsquo;on aurait tort de le d\u00e9clarer aveugle ; chacun de ses rouages est fait d&rsquo;\u00e9toffe vivante, d&rsquo;abondante \u00e9motion et d&rsquo;une conscience d&rsquo;\u00eatre. Ce m\u00e9canisme \u2013 non point aveugle mais biologiquement lucide dans son ensemble \u2013 d\u00e9tient le pouvoir d&rsquo;adapter ses ressources au but qu&rsquo;il doit atteindre.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Occupant le niveau le plus \u00e9lev\u00e9 dans la hi\u00e9rarchie des instincts, les \u00ab centres <a id=\"Y3\" href=\"#X3\">[3]<\/a> \u00bb d\u00e9terminant la conduite exploratrice poss\u00e8dent d&rsquo;\u00e9tonnantes propri\u00e9t\u00e9s <a id=\"Y4\" href=\"#X4\">[4]<\/a>. L&rsquo;ex\u00adtr\u00eame plasticit\u00e9, la variabilit\u00e9, la souplesse des op\u00e9\u00adrations qu&rsquo;ils font accomplir \u00e0 l&rsquo;animal dans la pour\u00adsuite d&rsquo;un but bien d\u00e9fini, le pouvoir d&rsquo;adaptation qu&rsquo;ils lui conf\u00e8rent, d\u00e9concertent l&rsquo;homme de science.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il convient d&rsquo;\u00e9largir le concept trop restreint et limitatif de \u00ab conduite exploratrice \u00bb ou d&rsquo;instinct de recherche, afin de se conformer \u00e0 l&rsquo;enseignement des faits. N. Tinbergen a d\u00e9sign\u00e9 cette phase initiatrice \u2013 tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rale et largement compr\u00e9hensive de la recherche \u2013 par le terme de \u00ab conduite intuitive \u00bb (Insight behaviour). Plus souvent il adopte une qualification assez obscure et \u00e9quivoque (dans la langue fran\u00e7aise au moins) emprunt\u00e9e \u00e0 Craig : \u00ab conduite app\u00e9titive\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00c0 la v\u00e9rit\u00e9 aucun langage ne saurait d\u00e9signer d&rsquo;une mani\u00e8re exactement conforme au fait biologique cet imp\u00e9ratif singulier, inh\u00e9rent au psychisme comme aussi au m\u00e9canisme de l&rsquo;\u00eatre vivant, et qui dicte \u00e0 la forme animale toutes les op\u00e9rations qu&rsquo;elle doit accomplir pour survivre individuellement ou pour assurer la sur\u00advivance de l&rsquo;esp\u00e8ce.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Peut-\u00eatre d\u00e9couvrirons-nous mieux l&rsquo;ampleur de ce grand probl\u00e8me en observant quelques aspects de la vie animale ; ils nous obligeront, par surcro\u00eet, \u00e0 m\u00e9di\u00adter sur les graves difficult\u00e9s d&rsquo;interpr\u00e9tation que chaque fait soul\u00e8ve.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Certaines fourmis du genre Atta se livrent \u00e0 une culture intensive et m\u00e9thodique de champignons dont elles font leur principal aliment. Avant d&rsquo;entreprendre cette t\u00e2che d\u00e9j\u00e0 fort d\u00e9licate, elles doivent ex\u00e9cuter des travaux gigantesques par rapport \u00e0 leurs propres dimensions. Sous une montagne de terre de deux m\u00e8tres de hauteur amass\u00e9e sur elles, les fourmis creusent de larges galeries. Ces tunnels d\u00e9bouchent de place en place sur des salles immenses (hautes de 50 cm et plus, longues et larges de 120 cm) o\u00f9 s&rsquo;\u00e9tendront bient\u00f4t les prairies \u00e0 champignons. Quoique ces cham\u00adpignonni\u00e8res aient \u00e9t\u00e9 construites en sous-sol \u00e0 une consid\u00e9rable profondeur, un syst\u00e8me d&rsquo;a\u00e9ration assur\u00e9 par des conduits acc\u00e9dant \u00e0 l&rsquo;air libre, renouvelle l&rsquo;atmosph\u00e8re et r\u00e8gle le degr\u00e9 d&rsquo;humidit\u00e9 dans les locaux.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00c0 l&rsquo;int\u00e9rieur des vastes \u00e9tablissements souterrains pr\u00e9par\u00e9s pour la culture, les fourmis coupeuses apportent des fragments de feuilles qu&rsquo;elles m\u00e2chent et dont elles jonchent le sol. Sous l&rsquo;effet d&rsquo;un liquide jaun\u00e2tre et clair que l&rsquo;insecte \u00e9jecte d&rsquo;une glande post\u00e9rieure, de minuscules \u00e9minences croissent peu \u00e0 peu sur les feuilles. Ce n&rsquo;est point l\u00e0 une banale moisissure ; le traitement biologique mis en \u0153uvre par la fourmi a fait venir au monde un champignon d&rsquo;une forme particuli\u00e8re et que l&rsquo;on ne d\u00e9couvre nulle part ailleurs. Chaque vari\u00e9t\u00e9 de fourmi cr\u00e9e sous l&rsquo;effet des ferments qu&rsquo;elle s\u00e9cr\u00e8te un champignon aux apparences sp\u00e9ciales. Aucun d\u00e9veloppement spontan\u00e9 n&rsquo;en produira jamais un type similaire.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">C&rsquo;est un \u00e9trange spectacle que nous offre une telle fourmili\u00e8re. Des processions de coupeuses de feuilles s&rsquo;acheminent vers les galeries portant, dress\u00e9es comme des \u00e9tendards, leurs r\u00e9coltes. Dans la profondeur des prairies souterraines les ouvri\u00e8res \u00e0 petite taille arra\u00adchent sans cesse les moisissures susceptibles de conta\u00adminer les champignons ; certaines s&#8217;empressent aupr\u00e8s des larves qu&rsquo;elles doivent nourrir d&rsquo;aliments r\u00e9gur\u00adgit\u00e9s. Pendant que les plus grandes fourmis, affubl\u00e9es d&rsquo;une t\u00eate \u00e9norme et arm\u00e9es de fortes mandibules, gardent les issues, le peuple se r\u00e9pand par troupes successives dans les cultures et consomme le pr\u00e9cieux aliment.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Cependant le plus merveilleux \u00e9pisode de cette histoire s&rsquo;est manifest\u00e9 au-dessus de la terre dans un jour d&rsquo;ensoleillement avant que la colonie n&rsquo;ait pris naissance.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La reine, fondatrice future de la communaut\u00e9, se pr\u00e9parant \u00e0 prendre l&rsquo;essor pour son vol nuptial, recueille dans une poche situ\u00e9e sous sa bouche un fragment de l&rsquo;indispensable champignon. Descendue des altitudes qui l&rsquo;ont rendue f\u00e9conde, elle creuse une loge sous terre pour y enfouir son d\u00e9p\u00f4t v\u00e9g\u00e9tal. Ses ailes d\u00e9sormais inutiles l&rsquo;abandonnent. Entre ses m\u00e2choires elle saisit le champignon, en passe et repasse les surfaces contre sa glande post\u00e9rieure d&rsquo;o\u00f9 perle le liquide jaune aux vertus stimulantes. Puis le v\u00e9g\u00e9tal est d\u00e9pos\u00e9, mais d&rsquo;heure en heure la jeune reine r\u00e9p\u00e8te minutieusement le m\u00eame rituel.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le temps de la ponte \u00e9tant venu, la pondeuse mange d&rsquo;abord quelques-uns de ses premiers \u0153ufs, et cette consommation fournira aux champignons certaine fumure indispensable \u00e0 leur croissance.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Peu de temps apr\u00e8s qu&rsquo;elles sont \u00e9closes, les pre\u00admi\u00e8re ouvri\u00e8res se dirigeront d&rsquo;elles-m\u00eames \u2014 et sans avoir re\u00e7u aucune instruction pr\u00e9alable \u2014 vers les plantes sp\u00e9cifiques dont la fourmili\u00e8re doit faire provi\u00adsion ; sans h\u00e9siter elles en couperont les feuilles et rapporteront leur butin \u00e0 la cit\u00e9\u00a0; leur geste \u2014 \u00e9tendard dress\u00e9 \u2014 perp\u00e9tuera exactement celui qu&rsquo;exhibaient, de temps imm\u00e9morial, leurs anc\u00eatres.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Consid\u00e9rons dans un panorama d&rsquo;ensemble la tota\u00adlit\u00e9 de ces op\u00e9rations ; ces diverses phases \u2014 ou temps op\u00e9ratoires \u2014 tendent unanimement vers une seule et m\u00eame fin ; leurs perspectives convergent et s&rsquo;unissent sur un commun aboutissement. Assimilerons-nous ce processus psychique \u2014 parce qu&rsquo;il s&rsquo;oriente vers un but pr\u00e9cis \u2014 \u00e0 nos modes humains de r\u00e9flexion ? Les fourmis ont-elles raisonn\u00e9 et d\u00e9lib\u00e9r\u00e9, en groupes ou individuellement, sur leur conduite ? Pareille th\u00e8se ne pourrait \u00eatre soutenue s\u00e9rieusement.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Lorsque la conduite d&rsquo;un animal appara\u00eet claire\u00adment orient\u00e9e vers un but, la tentation est forte pour l&rsquo;observateur humain qui en a enregistr\u00e9 le t\u00e9moignage, d&rsquo;attribuer \u00e0 la b\u00eate une intention r\u00e9fl\u00e9chie, consciente de sa fin. Parce que nous avons pris l&rsquo;habitude de pr\u00eater des intentions d\u00e9finies \u00e0 nos semblables lorsqu&rsquo;ils se livrent \u00e0 une activit\u00e9 concert\u00e9e, nous \u00e9tendons ce jugement \u00e0 tout \u00eatre vivant de notre entourage. Aussi c\u00e9dons-nous volontiers \u00e0 une tendance par trop humaine en personnifiant la Nature ; nous aimons la rev\u00eatir d&rsquo;un masque semblable au n\u00f4tre, \u00e0 la qua\u00adlifier de somptueuse, d&rsquo;inexorable, de cruelle, de pro\u00advidentielle ou d&rsquo;aveugle. Certes ce sont l\u00e0 des figures de langage dont personne n&rsquo;est dupe. Elles trahissent pourtant une propension quasi irr\u00e9sistible \u00e0 vouloir couler et inclure toute activit\u00e9 psychique dans le moule de la \u00ab Personne \u00bb. Or il est bien \u00e9vident que la notion de personne morale, sociale, historique \u2014 dont le langage humain est en majeure partie responsable \u2014 demeure enti\u00e8rement \u00e9trang\u00e8re \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;ani\u00admal. Que la b\u00eate prenne conscience de soi \u2014 d&rsquo;une certaine mani\u00e8re ignor\u00e9e de nous \u2014 en cons\u00e9quence de sa position biologique face au monde, nous l&rsquo;admet\u00adtrons sans peine. Devant un chasseur, un pr\u00e9dateur, elle se comporte comme une proie que l&rsquo;adversaire reconna\u00eet et pourchasse ; elle apprend chaque jour \u00e0 se dissimuler \u00e0 la vue, \u00e0 effacer ses traces par maints proc\u00e9d\u00e9s et ruses de guerre. N&rsquo;ignorant point qu&rsquo;on la peut voir ou sentir, elle se sait \u2014 en pratique du moins \u2014 chose rep\u00e9rable. Aussi devons-nous recon\u00adna\u00eetre n\u00e9cessairement qu&rsquo;elle a d\u00fb se forger un moi individuel selon ses capacit\u00e9s. Quand un animal se livre aux danses nuptiales ou aux divers rituels haute\u00adment \u00e9labor\u00e9s qui pr\u00e9ludent aux noces, il se situe parmi des \u00eatres vivants, ses cong\u00e9n\u00e8res m\u00e2les et f\u00e9mi\u00adnins. Une tendance exhibitionniste quelque peu sem\u00adblable \u00e0 celle dont l&rsquo;homme est afflig\u00e9 se manifeste en lui. Serait-il conscient (animalement conscient, bien entendu) d&rsquo;une image de soi, d&rsquo;un ego au cours de ces performances ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Quand bien m\u00eame nous accepterions pareille hypoth\u00e8se, un tel \u00ab moi \u00bb ne poss\u00e9derait nullement les caract\u00e9ristiques d&rsquo;une personnalit\u00e9 humaine dou\u00e9e de r\u00e9flexion, pr\u00e9m\u00e9ditant ses travaux, \u00e9laborant des projets \u00e0 lointaine \u00e9ch\u00e9ance.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Revenons maintenant \u00e0 nos fourmis.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Dans le travail concert\u00e9 de chaque insecte et dans les op\u00e9rations collectives de la fourmili\u00e8re, une entre\u00adprise \u00e0 long terme nous appara\u00eet.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Si les ouvriers de cette \u0153uvre \u00e9taient humains, nous n&rsquo;h\u00e9siterions pas \u00e0 chercher parmi eux un ing\u00e9nieur, un organisateur des travaux, plusieurs contrema\u00eetres, des ex\u00e9cutants conscients de leur t\u00e2che. Mais il s&rsquo;agit de mis\u00e9rables insectes que chaque jour nous foulons aux pieds ! Quelques ganglions leur tiennent lieu de cerveau, leurs modalit\u00e9s mentales, si \u00e9tonnantes soient-elles, ne peuvent nullement ressembler aux n\u00f4tres.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Mais puisque, selon toute vraisemblance, ils ne pr\u00e9\u00adm\u00e9ditent point leurs actes et ne raisonnent pas \u00e0 notre mani\u00e8re, d&rsquo;o\u00f9 provient l&rsquo;anticipation qui dirige si minutieusement leurs travaux ? La communaut\u00e9 serait-elle pourvue, dans son ensemble, d&rsquo;une psych\u00e9 collec\u00adtive ? Cette doctrine a \u00e9t\u00e9 soutenue. Qu&rsquo;on nous excuse si nous ne la discutons pas. Son acceptation ne nous avancerait gu\u00e8re ; le fond du probl\u00e8me ne serait point \u00e9clairci pour autant. Car un animal non social peut aussi se livrer \u00e0 des entreprises de longue haleine dont l&rsquo;aboutissement parfois d\u00e9passe le terme de sa vie individuelle. Ainsi une gu\u00eape solitaire, l&rsquo;Ammo\u00adphile des Sables, ex\u00e9cute des actes fort savants pour assurer la survie et pourvoir \u00e0 tous les besoins d&rsquo;une prog\u00e9niture qu&rsquo;elle ne verra pas na\u00eetre ; \u00e0 cet effet elle assume une longue s\u00e9rie de t\u00e2ches complexes. Suivons-les dans l&rsquo;ordre inverse de leur d\u00e9roulement, en commen\u00e7ant par l&rsquo;acte final. \u00c0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;un nid souterrain soigneusement am\u00e9nag\u00e9, la gu\u00eape tra\u00eene une chenille vivante qu&rsquo;agitent \u00e0 peine quelques soubresauts au long de l&rsquo;itin\u00e9raire. Avant d&rsquo;abandonner sa proie et de l&#8217;emmurer en ce lieu, la chasseresse d\u00e9pose sur elle un \u0153uf. De l\u2019\u0153uf sortira bient\u00f4t une larve qui disposera, \u00e0 sa port\u00e9e, d&rsquo;une nourriture fra\u00eeche, incorruptible. Tel est le d\u00e9nouement d&rsquo;une longue s\u00e9quence d&rsquo;\u00e9pisodes orient\u00e9s vers une fin : la prolon\u00adgation dans la dur\u00e9e d&rsquo;une forme d&rsquo;Ammophile.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Maintenant, si nous remontons le cours de cette histoire, d&rsquo;\u00e9tranges sc\u00e8nes s&rsquo;offrent \u00e0 la vue. La gu\u00eape vient de saisir sa proie apr\u00e8s une phase de lutte aux p\u00e9rip\u00e9ties vari\u00e9es ; on pourrait croire qu&rsquo;elle h\u00e9site \u00e0 frapper de l&rsquo;aiguillon : en fait, elle cherche les points d&rsquo;\u00e9lection par o\u00f9 elle introduira la drogue paralysante jusqu&rsquo;aux centres nerveux. \u00c0 cet instant une tradition infaillible, fond\u00e9e sur un succ\u00e8s r\u00e9it\u00e9r\u00e9 durant des centaines de mill\u00e9naires, l&rsquo;informe en silence des man\u0153uvres qu&rsquo;elle doit op\u00e9rer. Ses gestes lui sont dict\u00e9s, ils se succ\u00e8dent en ordre m\u00e9thodique. Elle ob\u00e9it, en m\u00e9canique docile, \u00e0 l&rsquo;injonction n\u00e9cessaire et suffisante. L&rsquo;aiguillon p\u00e9n\u00e8tre avec le poison \u00e0 l&rsquo;endroit pr\u00e9cis o\u00f9 il doit \u00eatre d\u00e9pos\u00e9. La chenille s&rsquo;abandonne ; elle ach\u00e8vera sa vie dans le sommeil de l&rsquo;hibernation.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Que des animaux solitaires ou group\u00e9s en soci\u00e9t\u00e9s entreprennent des t\u00e2ches impliquant une anticipation du but \u00e0 atteindre, on n&rsquo;en peut douter. L&rsquo;\u00e9tude de la biologie nous confronte, par d&rsquo;innombrables exem\u00adples, avec cette \u00e9vidence. Cependant aucun biologiste ne soutiendrait l&rsquo;id\u00e9e que la gu\u00eape ex\u00e9cute un pro\u00adgramme m\u00e9thodiquement pr\u00e9par\u00e9 par une op\u00e9ration r\u00e9fl\u00e9chie.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ses actes se succ\u00e8dent selon un ordre conforme au d\u00e9roulement d&rsquo;un projet que l&rsquo;observateur humain conna\u00eet d&rsquo;avance. Chaque phase op\u00e9ratoire r\u00e9v\u00e8le sa signification par r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ce dessein anticip\u00e9. Toutes s&rsquo;orientent vers un devenir biologiquement d\u00e9fini, dyna\u00admiquement pr\u00e9con\u00e7u.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ce processus enti\u00e8rement tendu vers le futur pr\u00e9sente d&rsquo;\u00e9troites analogies avec les pr\u00e9d\u00e9terminations d&rsquo;un cerveau \u00e9laborant l&rsquo;avenir.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Que devons-nous conclure de cette \u00e9trange simili\u00adtude ? D\u00e9couvrirons-nous quelque part dans l&rsquo;anatomie de la gu\u00eape une propri\u00e9t\u00e9 semblable aux pouvoirs cons\u00adtructifs d&rsquo;une psych\u00e9 humaine ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00c0 vouloir forcer l&rsquo;analogie on commettrait de graves erreurs. L&rsquo;insecte diff\u00e8re profond\u00e9ment de l&rsquo;homme par ses aptitudes psychiques, ses conduites biologiques et par la structure de ses fonctions nerveuses.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Si nous accordons cr\u00e9dit aux d\u00e9tracteurs des insectes, aveugles. Leur structure est comparable \u00e0 celle d&rsquo;une machine aux appareillages rigides. Ils sont incapables d&rsquo;adapter d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment un acte \u00e0 une situation donn\u00e9e, de rectifier une erreur en cours d&rsquo;ex\u00e9cution. Une orga\u00adnisation de r\u00e9flexes inconscients, dispos\u00e9s en niveaux hi\u00e9rarchiques, s&rsquo;impose \u00e0 toutes leurs d\u00e9marches.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Si nous accordons cr\u00e9dit aux d\u00e9tracteurs des insectes il nous faudra r\u00e9soudre de bien difficiles \u00e9nigmes. Sous l&rsquo;effet de quel extraordinaire concours de circonstances la \u00ab machine-insecte \u00bb s&rsquo;est-elle \u00e9difi\u00e9e? Ces rouages en interaction, cette machinerie seraient l\u2019\u0153uvre du hasard. Mais le hasard m\u00eame comporte des normes dans un cadre probabilitaire. Aucun ph\u00e9nom\u00e8ne dans l&rsquo;univers observable ne peut \u00eatre tenu pour absolument fortuit. Le cosmos est l&rsquo;expression d&rsquo;un ordre dont l&rsquo;esprit scientifique tente de p\u00e9n\u00e9trer l&rsquo;intelligibilit\u00e9. Tel est le postulat que tout homme de science doit admettre \u00e0 l&rsquo;origine de sa recherche sous peine de se d\u00e9savouer lui-m\u00eame et de condamner a priori ses propres tentatives.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Nous voici donc contraints de rechercher une loi de nature intelligible \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re-plan des m\u00e9canismes qui engendrent, meuvent et vouent par avance \u00e0 la mort un insecte solitaire ou social. De multiples compo\u00adsantes doivent pr\u00e9sider \u00e0 cette gen\u00e8se et nous quali\u00adfierons d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments fortuits ou hasardeux ceux dont l&rsquo;estimation repose sur des calculs de probabilit\u00e9s. Ceux-l\u00e0, bien qu&rsquo;ils ne rel\u00e8vent pas d&rsquo;un m\u00e9canisme \u00e9troit et rigoureux, d\u00e9pendent toutefois du jeu d&rsquo;une norme.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Tout \u00eatre vivant manifeste en formes mat\u00e9rielles un dynamisme invisible dont il est le produit \u00e9volutif. Dans ses activit\u00e9s comme dans sa structure apparente se retrouve le r\u00e9seau d&rsquo;interactions qui a pr\u00e9sid\u00e9 sa naissance et continue de le soutenir. Aussi ne serons-nous nullement surpris de reconna\u00eetre dans la toile d&rsquo;une araign\u00e9e les marques d&rsquo;une inspiration math\u00e9\u00admaticienne ; ce savoir s&rsquo;impose \u00e0 l&rsquo;ouvri\u00e8re et dicte sa conduite. Cela n&rsquo;est point miraculeux. \u00c0 moins que nous ne reconnaissions dans le flux de la vie une perp\u00e9\u00adtuelle infusion de miracles. Il est vrai que le processus d&#8217;embryogen\u00e8se qui m\u00e8ne une \u00e9bauche c\u00e9r\u00e9brale \u00e0 la pleine maturation anatomique et fonctionnelle d&rsquo;un cerveau d&rsquo;homme d\u00e9c\u00e8le une singuli\u00e8re connaissance de la biologie. Nous est-il permis de qualifier ce dyna\u00admisme de \u00ab savoir pratique \u00bb ou de \u00ab savoir-faire \u00bb ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le potentiel qui sans cesse s&rsquo;actualise dans la gen\u00e8se d&rsquo;une forme vivante \u00e9difie dans un m\u00eame souffle \u2014 que l&rsquo;on nous permette l&rsquo;usage de ce terme \u2014 les structures et les aptitudes fonctionnelles du vivant, l&rsquo;organisation de son int\u00e9riorit\u00e9 et la multitude de ses conduites \u00e9ventuelles dans le monde ext\u00e9rieur. De toute \u00e9vidence les lois auxquelles ob\u00e9it son d\u00e9veloppement biologique ignorent les distinctions factices que nous pr\u00e9tendons \u00e9tablir entre l&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 d&rsquo;un \u00eatre et son comportement ext\u00e9rieur. Attendons-nous en cons\u00e9quence \u00e0 retrouver dans les m\u00e9canismes organiques d&rsquo;un animal comme dans ses actes les reflets d&rsquo;une m\u00eame pr\u00e9d\u00e9termination g\u00e9n\u00e9tique ; les uns et les autres exposent selon leurs modalit\u00e9s propres \u2014 en formes visibles et en perfor\u00admances instinctives \u2014 une semblable configuration dynamique : jeu invisible mais toutefois organis\u00e9 d&rsquo;une loi anticipant l&rsquo;avenir. Chaque phase du d\u00e9veloppement inclut en potentiel et pr\u00e9pare l&rsquo;\u00e9tape suivante avec l&rsquo;esquisse simultan\u00e9e des plus lointaines gen\u00e8ses.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">On peut se demander s&rsquo;il est bien n\u00e9cessaire d&rsquo;invo\u00adquer l&rsquo;action d&rsquo;un invisible potentiel g\u00e9n\u00e9tique, ordon\u00adnateur des formes \u00e0 venir et des structures ainsi que des r\u00e9actions inn\u00e9es, instinctives. Les recherches des g\u00e9n\u00e9ticiens n&rsquo;ont-elles pas d\u00e9cel\u00e9 dans les chromosomes le substrat mat\u00e9riel de l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 ? Toutes les particu\u00adlarit\u00e9s h\u00e9r\u00e9ditaires propres au d\u00e9veloppement d&rsquo;un \u00eatre s&rsquo;expliqueraient par l&rsquo;interaction des propri\u00e9t\u00e9s phy\u00adsico-chimiques inh\u00e9rentes aux mol\u00e9cules du noyau cellulaire et au cytoplasme.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Mais l&rsquo;esprit scientifique ne peut s&rsquo;arr\u00eater en der\u00adni\u00e8re instance sur cette position \u00ab mat\u00e9rialiste \u00bb. Chacun sait aujourd&rsquo;hui que les propri\u00e9t\u00e9s physico-\u00adchimiques d&rsquo;une mol\u00e9cule d\u00e9pendent d&rsquo;un certain arrangement de ses \u00e9l\u00e9ments constitutifs ; ces \u00e9l\u00e9ments eux?m\u00eames se r\u00e9solvent \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de l&rsquo;atome en champs de forces \u00e9lectriques. Sous la construction de blocs mat\u00e9riels que nous offrent les \u00e9difices mol\u00e9culaires, on retrouve une trame d&rsquo;interactions calculables au sein d&rsquo;un champ d&rsquo;\u00e9nergie. Leurs dispositifs commandent la mise en place et la s\u00e9quence des configurations biologiques dans l&rsquo;espace et le temps. Nos cerveaux, de m\u00eame que la m\u00e9canique de l&rsquo;insecte et toutes formes r\u00e9alis\u00e9es par les germinations de la vie, d\u00e9coulent des propri\u00e9t\u00e9s imm\u00e9diates et en puissance de ces confi\u00adgurations d&rsquo;\u00e9nergie. Les apparences corporelles ne r\u00e9v\u00e8lent de cet invisible r\u00e9seau agissant qu&rsquo;un infime aspect \u2014 contours et surfaces accessibles au regard. Aucun de nos sens ne peut nous conduire au-del\u00e0 de cette mince pellicule concr\u00e8te de visibilit\u00e9, de tangibilit\u00e9. Par d&rsquo;ing\u00e9nieux artifices \u2014 gr\u00e2ce \u00e0 des colorants r\u00e9v\u00e9lateurs d&rsquo;activit\u00e9s enzymatiques \u2014 le biologiste parvient \u00e0 d\u00e9celer dans le champ d&rsquo;obser\u00advation certains dynamismes essentiels \u00e0 la vie cellu\u00adlaire. Mais quand bien m\u00eame ces m\u00e9thodes \u00e9taleraient sous nos yeux, comme une mosa\u00efque de figures mou\u00advantes, la structure fonctionnelle d&rsquo;une cellule, quand bien m\u00eame elles nous initieraient aux plus secr\u00e8tes formules de sa physiologie, un ab\u00eeme nous s\u00e9parerait encore de l&rsquo;ultime configuration dynamique ; le mod\u00e8le s\u00e9minal \u00e9chappe \u00e0 nos plus subtiles tentatives de le pr\u00e9senter, car son genre inclut en potentialit\u00e9s et en actualisations tous les courants g\u00e9n\u00e9rateurs de l&rsquo;\u00eatre \u00e0 venir.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">En proposant \u00e0 l&rsquo;esprit scientifique de reconna\u00eetre une configuration ultime \u2014 s\u00e9minale en quelque sorte \u2014 au-del\u00e0 des divers aspects mat\u00e9riels et \u00e9ner\u00adg\u00e9tiques d&rsquo;une individualit\u00e9 vivante, nous n&rsquo;introdui\u00adsons nullement un concept abstrait. Une rigoureuse logique nous oblige \u00e0 remonter la cha\u00eene causale des d\u00e9terminations jusqu&rsquo;\u00e0 la norme dont les imp\u00e9\u00adratifs accordent aux arrangements mol\u00e9culaires, aux atomes, aux interactions de forces, leurs propri\u00e9t\u00e9s sp\u00e9cifiques.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Une convergence de lois op\u00e9rant dans l&rsquo;unit\u00e9 d&rsquo;une forme sans cesse r\u00e9int\u00e9gr\u00e9e en elle-m\u00eame, telle est la nature de cette configuration originelle. Elle inclut dans la pluralit\u00e9 de ses cadres tous les aspects de la vie que nos disciplines scientifiques peuvent saisir et ceux que nous percevons simplement. Les multiples apparences sous lesquelles se pr\u00e9sente une individua\u00adlit\u00e9 vivante en proc\u00e8dent l\u00e9gitimement. On peut d\u00e9celer en elle bien des expressions \u2013 souvent divergentes et contradictoires \u2013 de sa r\u00e9alit\u00e9. Elle d\u00e9tient ainsi les attributs fondamentaux du psychisme tel que nous l&rsquo;identifions en nous ; il est incontestable qu&rsquo;un cou\u00adrant g\u00e9n\u00e9rateur d&rsquo;effets mentaux infuse l&rsquo;enti\u00e8re \u00e9ten\u00addue de la \u00ab nature naturante \u00bb. Les t\u00e9moignages d&rsquo;une action analogue \u00e0 nos fonctions psychiques abondent dans la biosph\u00e8re animale et v\u00e9g\u00e9tale. Il y r\u00e8gne un pouvoir fort semblable au g\u00e9nie humain de l&rsquo;inven\u00adtion ; des tendances \u00e0 l&rsquo;imitation, au mim\u00e9tisme, au d\u00e9guisement s&rsquo;y affirment. Des stimulants charg\u00e9s de signification, de signaux sonores, visibles, odorants, tactiles, sont \u00e9chang\u00e9s par l&rsquo;entremise d&rsquo;\u00e9metteurs et de r\u00e9cepteurs sensoriels connus de nous ou encore ignor\u00e9s. Un code de relations, accessible \u00e0 des consciences \u2013 certes fort diff\u00e9rentes de la n\u00f4tre \u2013 relie \u00e9troitement les individualit\u00e9s du monde animal et v\u00e9g\u00e9tal. Peut-\u00eatre refusera-t-on le privil\u00e8ge d&rsquo;exp\u00e9\u00adrimenter des \u00e9tats de conscience \u00e0 des \u00eatres dont la vie subjective nous demeurera toujours inaccessible. Certains biologistes veulent bien conc\u00e9der \u2013 non sans timidit\u00e9 \u2013 une \u00ab obscure conscience \u00bb aux animaux et m\u00eame aux plantes. Mais ce que l&rsquo;homme qualifie d&rsquo;obscur chez l&rsquo;animal n&rsquo;est nullement un cr\u00e9puscule pour la b\u00eate elle-m\u00eame. Les crit\u00e8res humains, les jugements que nos modes d&rsquo;existence nous inspirent ne peuvent s&rsquo;opposer ni se comparer \u00e0 des types d&rsquo;exp\u00e9\u00adrience si diff\u00e9rents des n\u00f4tres par leur qualit\u00e9 psy\u00adchique propre. Toutefois la diversit\u00e9 qualitative des \u00e9tats mentaux ne peut nous faire m\u00e9conna\u00eetre le commun d\u00e9nominateur de conscience dont la biosph\u00e8re est emplie. \u00c0 une assez grande profondeur du fait biolo\u00adgique, il se rencontre n\u00e9cessairement. Sa pr\u00e9sence s&rsquo;y affirme ins\u00e9parable des lois g\u00e9n\u00e9ratrices de formes vivantes.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">S&rsquo;apparentent-ils \u00e0 la nature du psychisme \u2013 d&rsquo;un psychisme impersonnel \u2013 ces ing\u00e9nieux stratag\u00e8mes gr\u00e2ce auxquels les esp\u00e8ces animales et v\u00e9g\u00e9tales s&rsquo;adap\u00adtent aux conditions variables de leur milieu ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Pour rendre compte de l&rsquo;\u00e9volution des formes dans le monde vivant, l&rsquo;on invoque un jeu \u00e9l\u00e9mentaire \u2013 \u00ab aveugle, fortuit \u00bb \u2013 de lois naturelles : des mutations g\u00e9n\u00e9tiques soumises aux \u00e9preuves de la s\u00e9lection spontan\u00e9e expliqueraient l&rsquo;ampleur des morphogen\u00e8ses constat\u00e9es.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Sans doute ces th\u00e9ories, fort valables quant \u00e0 leurs apports positifs, n\u00e9gligent-elles de consid\u00e9rer le carac\u00adt\u00e8re proprement inventif des acquisitions adaptatives ; la plupart d&rsquo;entre elles r\u00e9alisent des outils, des instru\u00adments d&rsquo;une extraordinaire subtilit\u00e9. De ces appareils l&rsquo;animal sait \u2013 par un savoir inn\u00e9 \u2013 faire usage ; il en poss\u00e8de techniquement, psychiquement la ma\u00eetrise. Parmi tant de m\u00e9canismes imagin\u00e9s par le processus de biogen\u00e8se, le cerveau humain est l&rsquo;un des plus myst\u00e9rieux ; n&rsquo;offre-t-il pas d&rsquo;\u00e9tonnantes ressemblances avec certains appareils cr\u00e9\u00e9s par le g\u00e9nie de l&rsquo;homme ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La Nature met en \u0153uvre une abondante vari\u00e9t\u00e9 de stratag\u00e8mes pour \u00e9quiper les individus, sauvegarder les esp\u00e8ces et favoriser leur adaptation. Serait-ce qu&rsquo;un dynamisme semblable \u00e0 l&rsquo;instinct de recherche assure en elle la prospection des ressources inh\u00e9rentes \u00e0 la vie ? Tout ph\u00e9nom\u00e8ne adaptatif exige le concours d&rsquo;une fonction inventive. Un organisme, en s&rsquo;adaptant, explore avec pers\u00e9v\u00e9rance ses possibilit\u00e9s biologiques. Souvent il innove, exp\u00e9rimente sur lui-m\u00eame et sur l&rsquo;ambiance ; des solutions sont rejet\u00e9es ou admises apr\u00e8s maints essais. On peut suivre la courbe de ses t\u00e2tonnements. L&rsquo;\u00e9preuve de la s\u00e9lection naturelle joue le r\u00f4le d&rsquo;un test exp\u00e9rimental ; elle consacre une r\u00e9ussite limit\u00e9e et provisoire, rarement elle enregistre un succ\u00e8s d\u00e9fi\u00adnitif.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Les m\u00eames propri\u00e9t\u00e9s fondamentales, m\u00eames tac\u00adtiques, m\u00eames tendances obstin\u00e9es \u00e0 poursuivre certaine fin mod\u00e8lent l&rsquo;\u00e9volution des esp\u00e8ces et la conduite instinctive des individualit\u00e9s. C&rsquo;est d&rsquo;une fonction iden\u00adtique, unique en ses manifestations multiples, que d\u00e9rivent les innovations \u00e9volutives et les conduites indi\u00adviduelles ; l&rsquo;une et l&rsquo;autre s&rsquo;enracinent dans une commune souche ; un m\u00eame \u00e9lan incite toute forme vivante \u00e0 explorer le monde de son int\u00e9riorit\u00e9 bio\u00adlogique et l&rsquo;univers ext\u00e9rieur. En fait, ces deux orien\u00adtations ouvertes \u00e0 l&rsquo;instinct de recherche s&rsquo;affirment simultan\u00e9ment et ins\u00e9parablement. Lorsqu&rsquo;une fourmi parmi les esp\u00e8ces planificatrices accomplit en s\u00e9quence rituelle la s\u00e9rie des gestes techniques dont le dernier terme est l&rsquo;offrande du pain \u00e0 la communaut\u00e9, elle expose une acquisition adaptative enracin\u00e9e dans l&rsquo;esp\u00e8ce autant que dans l&rsquo;individu. L&rsquo;art lui en a \u00e9t\u00e9 transmis par voie g\u00e9n\u00e9tique. Dois-je croire que cette disposition \u00e0 faire du pain \u00e9tait inscrite en \u00e9criture mol\u00e9culaire sur ses chromosomes ? Les propri\u00e9t\u00e9s physico-chimiques inh\u00e9rentes \u00e0 la structure des g\u00e8nes d\u00e9termineraient-elles tant d&rsquo;op\u00e9rations savantes, tant d&rsquo;actes concert\u00e9s et comme pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9s ? La fourmi d&rsquo;abord recueille le grain, l&#8217;emporte et le pr\u00e9serve de monter en pousse, elle lui arrache la premi\u00e8re \u00e9bauche du germe. Puis elle broie la graine, humecte d&rsquo;eau la farine, confectionne la p\u00e2te qu&rsquo;elle \u00e9tale dehors au soleil. La galette \u00e9tant s\u00e8che, on l&rsquo;introduit dans la fourmili\u00e8re.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Certes la fourmi n&rsquo;a point d\u00e9couvert, \u00e0 la mani\u00e8re de l&rsquo;homme, comment on pr\u00e9pare le pain. D&rsquo;autre part il serait bien \u00e9trange que des mutations g\u00e9n\u00e9\u00adtiques lui aient soudain ou graduellement conf\u00e9r\u00e9 cette complexe technique et r\u00e9v\u00e9l\u00e9 les avantages de la pani\u00adfication. Une n\u00e9cessit\u00e9 immanente \u00e0 la vie, autant que sont immanentes en elle la conscience de vivre et la soif de survivre, invite le monde animal et v\u00e9g\u00e9tal \u00e0 une constante recherche. Recherche apparemment int\u00e9ress\u00e9e puisqu&rsquo;elle apporte en r\u00e9mun\u00e9ra\u00adtion un surcro\u00eet d&rsquo;existence. Elle dicte par la voix de l&rsquo;instinct ses commandements : s&rsquo;adapter, r\u00e9agir par avance au p\u00e9ril pressenti, et par l&rsquo;entretien d&rsquo;une constante vigilance, diff\u00e9rer l&rsquo;\u00e9ch\u00e9ance naturelle de la mort, pr\u00e9server l&rsquo;esp\u00e8ce. La s\u00e9lection naturelle exer\u00ad\u00e7ant sa pression exp\u00e9rimentale, \u00e9limine les d\u00e9ficients en ressources. Sept vari\u00e9t\u00e9s de chenilles hollandaises accoutum\u00e9es \u00e0 vivre sur le feuillage des pins alignent les bandes vertes dont leur dos est marqu\u00e9, le long de l&rsquo;axe des aiguilles. Leur conduite individuelle, en accord avec la forme et les couleurs h\u00e9rit\u00e9es de l&rsquo;esp\u00e8ce, r\u00e9alise un camouflage parfait. Elles \u00e9chappent aux pr\u00e9dateurs. D&rsquo;autres chenilles adoptent une position diff\u00e9rente par rapport au feuillage ; elles disposent leur t\u00eate tachet\u00e9e de marques rousses \u00e0 l&rsquo;endroit m\u00eame o\u00f9 les aiguilles r\u00e9unies en bouquet \u00e0 leur base bru\u00adnissent ; par le reste de leur corps aux stries verd\u00e2tres, ces insectes confondent aussi leur coloration enti\u00e8rement avec celle de leur support v\u00e9g\u00e9tal. Ainsi l&rsquo;animal sait naturellement associer sa conduite \u00e0 sa morpho\u00adlogie pour \u00e9chapper au regard des ennemis innom\u00adbrables. L&rsquo;art de passer inaper\u00e7u exige le concours simultan\u00e9 d&rsquo;une forme appropri\u00e9e au d\u00e9guisement et d&rsquo;une certaine attitude individuelle ; structure et mouvement se relient \u00e0 une m\u00eame source d&rsquo;invention.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Certes le camouflage, l&rsquo;homochromie et tant d&rsquo;autres mascarades entrent seulement pour une faible part dans l&rsquo;arsenal des m\u00e9thodes d\u00e9fensives et offensives. Une ing\u00e9niosit\u00e9 dont on commence de nos jours \u00e0 pr\u00e9sumer l&rsquo;ampleur sans mesure inspire les tactiques vari\u00e9es, n\u00e9cessaires \u00e0 l&rsquo;adaptation.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La biosph\u00e8re est sans repos ; une dure servitude s&rsquo;impose \u00e0 elle : d\u00e9couvrir, inventer, s&rsquo;adapter \u00e0 la lumi\u00e8re d&rsquo;une connaissance intuitive, inn\u00e9e, de soi-m\u00eame et de la loi. Stagner lui est interdit. L&rsquo;antici\u00adpation d&rsquo;une p\u00e9nalit\u00e9 imm\u00e9diate ou \u00e0 longue \u00e9ch\u00e9ance la contraint \u00e0 l&rsquo;\u00e9veil ; elle paye par la souffrance et la mort ses erreurs, ses essais malencontreux, ses limi\u00adtations et la tendance \u00e0 l&rsquo;apathie.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Dans la comp\u00e9tition pour l&rsquo;espace-temps, les esp\u00e8ces et les individualit\u00e9s b\u00e9n\u00e9ficient d&rsquo;un impitoyable stimu\u00adlant \u00e0 la d\u00e9couverte de soi et de la loi. Collectivement ou \u00e0 titre individuel, elles se voient contraintes d&rsquo;explo\u00adrer les multiples ressources disponibles ou encore ignor\u00e9es d&rsquo;elles. Ainsi se r\u00e9v\u00e8lent \u00e0 elles le secret de leur nature et leur destin biologique.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">L&rsquo;homme, parce que son \u00e9volution g\u00e9n\u00e9tique l&rsquo;a engag\u00e9 dans la voie d&rsquo;une c\u00e9r\u00e9bralisation exorbitante, accumule devant lui les obstacles que son aventure c\u00e9r\u00e9brale a fait na\u00eetre. L&rsquo;artifice de ses constructions mentales l&rsquo;encha\u00eene et menace d&rsquo;aveugler en lui le sens de la r\u00e9alit\u00e9. Sans doute a-t-il perdu d\u00e9j\u00e0 maintes aptitudes naturelles et certains pouvoirs de discernement.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">L&rsquo;homme se glorifie de conqu\u00e9rir les forces de l&rsquo;uni\u00advers. Il fera r\u00e9gner sur le monde un ordre humain, sup\u00e9rieur \u00e9thiquement \u00e0 l&rsquo;ordonnance naturelle des choses ; la pens\u00e9e est g\u00e9n\u00e9reuse mais peut-\u00eatre encore pr\u00e9matur\u00e9e. L&rsquo;homme n&rsquo;a point humanis\u00e9 encore sa nature ; le z\u00e8le ardent qui le porte \u00e0 vouloir accomplir les transformations ext\u00e9rieures le d\u00e9tourne d&rsquo;explorer sa propre int\u00e9riorit\u00e9 profonde, seule source de v\u00e9ritable \u00e9thique.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Si la recherche n&rsquo;est point men\u00e9e \u00e0 une cadence \u00e9gale et avec un \u00e9gal succ\u00e8s dans les deux directions, une grave rupture d&rsquo;\u00e9quilibre doit n\u00e9cessairement se pro\u00adduire ; de p\u00e9rilleux antagonismes subsistent.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La plus imp\u00e9rative des lois impose \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9 de lire le secret de son destin dans le d\u00e9chiffrement de la vraie nature de l&rsquo;homme et d&rsquo;en accomplir sans d\u00e9fail\u00adlances la r\u00e9alisation en ce monde.<\/p>\n<div>\n<p align=\"LEFT\"><a id=\"X1\" href=\"#Y1\">[1]<\/a> E. CHEESMAN, Les Insectes Ma\u00eetres du Monde, Paris, 1953, Payot \u00e9d., p. 84.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X2\" href=\"#Y2\">[2]<\/a> Cf. particuli\u00e8rement l&rsquo;\u00e9tude de TINBERGEN : <em>The study of Instinct<\/em>, p. 105 et suivantes. \u2014 M. THOMAS : <em>La Notion de l&rsquo;Instinct et ses Bases scientifiques<\/em>, Paris, Vrin \u00e9d., 1936.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X3\" href=\"#Y3\">[3]<\/a> Le mot \u00ab centre \u00bb rev\u00eat ici un sens fonctionnel plut\u00f4t qu&rsquo;anatomique, il d\u00e9signe le foyer d&rsquo;\u00e9laboration d&rsquo;o\u00f9 partent les commandes des conduites et o\u00f9 viennent s&rsquo;int\u00e9grer les messages aff\u00e9rents \u00e0 ce complexe.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X4\" href=\"#Y4\">[4]<\/a> Cf. TINBERGEN, <em>The Study of Instinct<\/em>, p. 106 : \u00ab&#8230; a true purposive activity offering all the problems of plasticity, adaptiveness, and of complex integration that baffle the scientist in his study of behaviour as a whole\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;est en t\u00e9moin objectif et sans pr\u00eater \u00e0 la b\u00eate ses propres \u00e9motions, que le biologiste observe la lutte. Mais parfois il se laisse entra\u00eener dans les p\u00e9rip\u00e9ties du drame ; s&rsquo;identifiant aux adversaires il reconna\u00eet en eux la peur, la col\u00e8re, la ruse, l&rsquo;h\u00e9sitation. Quelle imprudence de langage ! Admettrons-nous de pareilles infractions \u00e0 la r\u00e8gle ? Eh bien, je veux poser nettement la question une fois pour toutes. Est-ce verser dans l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie qualifi\u00e9e d&rsquo;anthropomorphisme que d&rsquo;attribuer au monde animal des \u00e9motions sensi\u00adblement homologues de celles que nous \u00e9prouvons ? Nous est-il interdit de d\u00e9couvrir chez la b\u00eate l&rsquo;ana\u00adlogue de nos joies, de nos douleurs, de nos craintes, de la peur, de la col\u00e8re ? Qui est le Grand Inquisiteur assez s\u00fbr de son juge\u00adment pour l\u00e9gif\u00e9rer sur ce point ? En voulant ignorer la conscience dont la vie emplit ses cr\u00e9atures jusqu&rsquo;\u00e0 la plus infime d&rsquo;entre elles, il tarirait, il dess\u00e9cherait sa propre source d&rsquo;entendement&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":13310,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[67],"tags":[1201,223,481,37,108,105,298,273,118,1202],"class_list":["post-14747","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-r-godel","tag-anthropomorphisme","tag-biologie","tag-coevolution","tag-conscience","tag-evolution","tag-intelligence","tag-materialisme","tag-mecanisme","tag-psychisme","tag-vitalisme"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.0 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Un psychisme animal ? par Roger Godel - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-psychisme-animal-par-roger-godel\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Un psychisme animal ? par Roger Godel - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"C&#039;est en t\u00e9moin objectif et sans pr\u00eater \u00e0 la b\u00eate ses propres \u00e9motions, que le biologiste observe la lutte. 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Mais parfois il se laisse entra\u00eener dans les p\u00e9rip\u00e9ties du drame ; s'identifiant aux adversaires il reconna\u00eet en eux la peur, la col\u00e8re, la ruse, l'h\u00e9sitation. Quelle imprudence de langage ! Admettrons-nous de pareilles infractions \u00e0 la r\u00e8gle ? Eh bien, je veux poser nettement la question une fois pour toutes. Est-ce verser dans l'h\u00e9r\u00e9sie qualifi\u00e9e d'anthropomorphisme que d'attribuer au monde animal des \u00e9motions sensi\u00adblement homologues de celles que nous \u00e9prouvons ? Nous est-il interdit de d\u00e9couvrir chez la b\u00eate l'ana\u00adlogue de nos joies, de nos douleurs, de nos craintes, de la peur, de la col\u00e8re ? Qui est le Grand Inquisiteur assez s\u00fbr de son juge\u00adment pour l\u00e9gif\u00e9rer sur ce point ? 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