{"id":14771,"date":"2014-01-08T01:11:17","date_gmt":"2014-01-08T00:11:17","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=14771"},"modified":"2014-01-16T02:56:46","modified_gmt":"2014-01-16T01:56:46","slug":"benediction-de-labime-livre-i-par-archaka","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/benediction-de-labime-livre-i-par-archaka\/","title":{"rendered":"B\u00e9n\u00e9diction de l\u2019ab\u00eeme : Livre I par Archaka"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Archaka (1942-1996) de son v\u00e9ritable nom\u00a0 Jehan De Visme a \u00e9crit sous le pseudonyme \u00ab\u00a0Alexandre Kalda\u00a0\u00bb. Il a v\u00e9cu \u00e0 Pondich\u00e9ry depuis 1975 jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort. Il a \u00e9t\u00e9 traducteur de Sri Aurobindo et professeur au Centre international d&rsquo;\u00e9ducation Sri Aurobindo (en 1986).<\/em> <em>Auteur de nombreux livres sur la vie int\u00e9rieur et l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;humanit\u00e9 selon la vision de Sri Aurobindo&#8230;<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(Extrait de B\u00e9n\u00e9diction de l\u2019ab\u00eeme. Sri mira trust 1990)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/benediction-de-labime-livre-ii-par-archaka\/\">Livre II<br \/>\n<\/a><\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 180px; text-align: right;\" align=\"JUSTIFY\"><em>Imagine encore que cet homme redescende dans la caverne et aille s&rsquo;asseoir \u00e0 son ancienne place<\/em>&#8230;<br \/>\nPLATON, <em>La R\u00e9publique<\/em>, Livre VII<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>\u00ab\u00a0Nul ne peut atteindre le ciel qui ne soit pass\u00e9 par l&rsquo;enfer\u00a0\u00bb, \u00e9crit Sri Aurobindo dans Savitri, o\u00f9 il pr\u00e9cise que \u00ab\u00a0l&rsquo;enfer est un raccourci vers le ciel\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Ne nous \u00e9tonnons pas : l&rsquo;Indien, pour qui le monde est la manifestation de la Joie cr\u00e9atrice de Dieu, est loin d&rsquo;avoir la m\u00eame conception du Mal que les Occidentaux. Ne voit-on pas, dans le R\u00e2m\u00e2yana, deux gardiens du paradis de Vishnou s&rsquo;incarner sur terre comme d\u00e9mons et s&rsquo;opposer \u00e0 R\u00e2m, avat\u00e2r de Vishnou ? Et dans le Mah\u00e2bh\u00e2rata, Krishna donner son arm\u00e9e au camp contre lequel il combat, aurige du char de son ami Ardjouna ? Vision, dans les deux cas, d&rsquo;une inexorable v\u00e9rit\u00e9 o\u00f9, en Dieu, le Bien et le Mal sont un, sont d\u00e9pass\u00e9s, n&rsquo;existent pas, lors m\u00eame que, de notre c\u00f4t\u00e9, tout est inexpli\u00adcable et douloureux conflit.<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Ici encore, laissons Sri Aurobindo faire la lumi\u00e8re : \u00ab\u00a0Dans sa manifestation cosmique actuelle, le Supr\u00eame, \u00e9tant l&rsquo;Infini et n&rsquo;\u00e9tant li\u00e9 par aucune limitation, peut manifester en Lui-m\u00eame, en la conscience de ses possibilit\u00e9s innombrables, quelque chose qui semble \u00eatre son propre contraire, quelque chose o\u00f9 il peut y avoir l&rsquo;Obscurit\u00e9, l&rsquo;Inconscience, l&rsquo;Inertie, l&rsquo;Insensibilit\u00e9, la Dissonance et la D\u00e9sint\u00e9gration. C&rsquo;est cela que nous voyons \u00e0 la base du monde mat\u00e9riel et qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui nous appelons Inconscient \u2014 l&rsquo;Oc\u00e9an inconscient du Rig V\u00e9da, o\u00f9 l&rsquo;Un \u00e9tait dissimul\u00e9 et o\u00f9 il est apparu sous la forme de cet univers \u2014, ou comme on l&rsquo;appelle parfois, le non-\u00eatre, Assat. L&rsquo;Ignorance, qui est la caract\u00e9ristique de notre mental et de notre vie, est le r\u00e9sultat de cette origine dans l&rsquo;Inconscience. De surcro\u00eet, dans l&rsquo;\u00e9volution \u00e0 partir de l&rsquo;existence incon\u00adsciente, s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent naturellement des pouvoirs et des \u00eatres qui ont pour int\u00e9r\u00eat de maintenir toutes les n\u00e9gations du Divin, l&rsquo;erreur et l&rsquo;inconscience, la souffrance et la peine, l&rsquo;obscurit\u00e9, la mort, la faiblesse, la maladie, le d\u00e9saccord, le mal. D&rsquo;o\u00f9 la perversion de la manifestation ici-bas, son inaptitude \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler l&rsquo;essence v\u00e9ritable du Divin. Toutefois, dans cette assise m\u00eame de cette \u00e9volution, tout ce qui est divin se trouve involu\u00e9 et exerce une pression pour \u00e9voluer : la Lumi\u00e8re, la Conscience, la Puissance, la Perfection, la Beaut\u00e9, l&rsquo;Amour. Car dans L&rsquo;Inconscient lui-m\u00eame et derri\u00e8re les perversions de l&rsquo;Ignorance, se cache et \u0153uvre la Conscience divine qui doit appara\u00eetre de plus en plus, rejetant pour finir tous ses d\u00e9guisements. C&rsquo;est pourquoi il est dit que le monde a pour mission d&rsquo;exprimer le Divin. \u00a0\u00bb (Lettres sur le Yoga).<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Dans une autre lettre, Sri Aurobindo va encore plus loin et plus profond : \u00ab\u00a0Pourquoi a-t-il fallu que le mal et le chagrin entrent dans le Bien et la B\u00e9atitude et la Paix du Divin ? Il est difficile de r\u00e9pondre \u00e0 l&rsquo;intelligence humaine \u00e0 son propre niveau, car la conscience \u00e0 laquelle appartient l&rsquo;origine de ce ph\u00e9nom\u00e8ne et pour laquelle celui-ci se justifie pour ainsi dire automatique\u00adment en une connaissance supra-intellectuelle est une intelli\u00adgence cosmique et non pas une intelligence humaine individualis\u00e9e ; elle voit en de plus vastes espaces, elle a une autre vision et une autre mani\u00e8re de conna\u00eetre, d&rsquo;autres termes de conscience que la raison et les sensations humaines. On pourrait r\u00e9pondre ceci au mental humain : tandis qu&rsquo;en soi l&rsquo;Infini pouvait \u00eatre libre de ces perturbations, une fois que la manifestation a com\u00admenc\u00e9, une possibilit\u00e9 infinie a elle aussi commenc\u00e9 ; et d&rsquo;entre les possibilit\u00e9s infinies que la manifestation a pour r\u00f4le d&rsquo;ex\u00adprimer peu \u00e0 peu, il y avait de toute \u00e9vidence la n\u00e9gation, l&rsquo;apparente n\u00e9gation effective \u2014 avec toutes ses cons\u00e9quences \u2014 du Pouvoir, de la Lumi\u00e8re, de la Paix, de la F\u00e9licit\u00e9. Si l&rsquo;on demande pourquoi il a fallu, m\u00eame si c&rsquo;\u00e9tait possible, que cela soit accept\u00e9, la r\u00e9ponse la plus proche de la V\u00e9rit\u00e9 cosmique que puisse faire l&rsquo;intelligence humaine est que, dans le passage du Divin dans l&rsquo;Unicit\u00e9, au Divin dans la Multiplicit\u00e9, ou dans les rapports de l&rsquo;un avec l&rsquo;autre, cette alarmante possibilit\u00e9 est \u00e0 un certain stade devenue une in\u00e9luctabilit\u00e9. D\u00e8s lors, en effet, qu&rsquo;elle appara\u00eet, elle acquiert pour l&rsquo;\u00c2me qui descend dans la manifestation \u00e9volutive un charme irr\u00e9sistible qui cr\u00e9e l&rsquo;in\u00e9luc\u00adtabilit\u00e9 \u2014 charme qui, en termes humains, au niveau terrestre, pourrait s&rsquo;interpr\u00e9ter comme l&rsquo;appel de l&rsquo;inconnu, la joie du danger, de la difficult\u00e9 et de l&rsquo;aventure, la volont\u00e9 de tenter l&rsquo;impossible, de d\u00e9nombrer l&rsquo;incalculable, la volont\u00e9 de cr\u00e9er le nouveau et l&rsquo;incr\u00e9\u00e9 avec pour mat\u00e9riau son moi et sa vie, la fascination des contradictoires et de leur harmonisation dif\u00adficile. Ces choses traduites en une autre conscience, supra-physique et surhumaine, plus haute et plus vaste que le mental, ont repr\u00e9sent\u00e9 la tentation qui a conduit \u00e0 la chute. Car, pour l&rsquo;\u00eatre de lumi\u00e8re originel sur le point de descendre, la seule chose inconnue \u00e9tait les profondeurs de l&rsquo;ab\u00eeme, les possibilit\u00e9s du Divin dans L&rsquo;Ignorance et l&rsquo;Inconscience. De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, de la part de l&rsquo;Unicit\u00e9 divine, un vaste consentement, une com\u00adpassion, un accord, une aide, une supr\u00eame connaissance que cette chose devait \u00eatre, qu&rsquo;\u00e9tant apparue elle devait \u00eatre ex\u00adprim\u00e9e, que son apparition fait en un certain sens partie d&rsquo;une sagesse incalculable et infinie, que, si le plongeon dans la Nuit \u00e9tait in\u00e9vitable, l&rsquo;\u00e9mergence en un nouveau Jour sans pr\u00e9c\u00e9dent \u00e9tait aussi une certitude et qu&rsquo;ainsi seulement une certaine manifestation de la V\u00e9rit\u00e9 supr\u00eame pouvait s&rsquo;effectuer.\u00a0\u00bb (Lettres sur le Yoga)<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Dans ces conditions, il ne peut y avoir que b\u00e9n\u00e9diction de l&rsquo;ab\u00eeme. L&rsquo;\u00e9nigme que repr\u00e9sente l&rsquo;existence du Mal fait n\u00e9ces\u00adsairement place au myst\u00e8re de l&rsquo;Amour divin.<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Comment Dieu nous voit-il ? Comment la Lumi\u00e8re \u00e9ternelle et infinie voit-elle les T\u00e9n\u00e8bres ? Quel regard pose en v\u00e9rit\u00e9 sur nous l&rsquo;homme de Dieu qu&rsquo;illumine la connaissance divine ? Ce sont l\u00e0 des questions auxquelles ces pages s&rsquo;efforcent de r\u00e9pondre en prenant pour point de d\u00e9part le c\u00e9l\u00e8bre mythe de la caverne que Platon raconte dans La r\u00e9publique.<\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>Le lecteur s&rsquo;\u00e9tonnera peut-\u00eatre que le nom de Sri Aurobindo n&rsquo;y soit gu\u00e8re mentionn\u00e9. Mais celui qui sait lire entre les lignes le trouvera partout.<\/em><\/p>\n<p align=\"CENTER\"><strong>LIVRE PREMIER<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Dure et lourde est la t\u00e2che du r\u00e9dempteur du monde ;<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">C&rsquo;est le monde lui-m\u00eame qui est son adversaire,<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ses ennemis sont ceux qu&rsquo;il est venu sauver.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u2026&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;..<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Toutes les choses obscures, sa connaissance doit rallumer,<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Toutes les choses perverses, sa puissance d\u00e9nouer ;<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il doit passer sur l&rsquo;autre rivage de l&rsquo;oc\u00e9an du mensonge,<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il doit entrer dans l&rsquo;obscurit\u00e9 du monde afin d&rsquo;y apporter la lumi\u00e8re.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le c\u0153ur du mal doit \u00eatre mis \u00e0 nu sous ses yeux,<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il doit en apprendre la sombre N\u00e9cessit\u00e9 cosmique,<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le bien-fond\u00e9 et les terrifiantes racines dans le sol de la Nature.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il doit conna\u00eetre la pens\u00e9e qui anime l&rsquo;acte du d\u00e9mon<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Et justifie l&rsquo;orgueil errant du Titan<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Et la fausset\u00e9 qui se cache dans les r\u00eaves distordus de la terre ;<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il lui faut p\u00e9n\u00e9trer dans l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 de la Nuit<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Et conna\u00eetre la t\u00e9n\u00e8bre de Dieu comme il conna\u00eet son Soleil.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il doit pour cela descendre dans la fosse,<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Pour cela, envahir les vastitudes de la douleur.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Imp\u00e9rissable et sage et infini,<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il doit encore traverser l&rsquo;Enfer pour racheter le monde.<\/p>\n<p align=\"RIGHT\">Sri Aurobindo, <em>Savitri<\/em>, Livre VI, Chant II.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">O\u00f9 est l&rsquo;\u00eatre qui n&rsquo;a jamais souffert, ni jamais fait souffrir ? Heureux les afflig\u00e9s ! Heureux, bienheureux soyons-nous tous, car tous, sans aucune exception, nous sommes du d\u00e9but \u00e0 la fin astreints \u00e0 la souffrance. Serions-nous criminels et d\u00e9prav\u00e9s, le plus grand saint, le sage le plus parfait, le plus sublime messie ont eux aussi g\u00e9mi dans les cha\u00eenes et, d\u00e9li\u00adb\u00e9r\u00e9ment, ou involontairement, ont fait souffrir ceux qu&rsquo;ils connaissaient avant d&rsquo;atteindre \u00e0 leur ampleur lustrale, et m\u00eame apr\u00e8s. Et malgr\u00e9 la lumi\u00e8re qui les emplissait, ils n&rsquo;ont ensuite cess\u00e9 de souffrir, d&rsquo;une autre fa\u00e7on, peut-\u00eatre, mais tout aussi r\u00e9elle et certainement plus intense : c&rsquo;\u00e9tait d\u00e9sor\u00admais la souffrance du monde entier qui affluait en eux et secouait leur \u00eatre comme un s\u00e9isme sacr\u00e9.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Qu&rsquo;alors ils aient compris l&rsquo;agonie o\u00f9 chacun de nous, \u00e0 chaque instant, se d\u00e9bat, qu&rsquo;ils aient voulu nous sauver de la nuit tentaculaire, rien n&rsquo;est plus s\u00fbr. Et qu&rsquo;un amour immense ait jailli de leur centre pour nous donner la paix, nous pouvons en \u00eatre certains. Mais nos maux ont-ils pour autant cess\u00e9 ? En d\u00e9pit de leur sacrifice, la douleur d&rsquo;exister s&rsquo;est-elle si peu que ce soit rel\u00e2ch\u00e9e ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Leurs paroles nous ont, certes, consol\u00e9s bien des fois. Consol\u00e9s, non pas gu\u00e9ris. Elles nous ont donn\u00e9 \u00e0 croire en autre chose que le mirage martyrisant des jours. Mais ces paroles, comment les comprendre vraiment et les mettre en pratique ? Form\u00e9s de la m\u00eame argile que nous, anim\u00e9s d&rsquo;un m\u00eame souffle, pli\u00e9s \u00e0 une m\u00eame mani\u00e8re de percevoir le monde et de le penser, ils ont parl\u00e9 en notre nom et pour nous \u00e9clairer. Ils ont montr\u00e9 de quoi notre race est capable, \u00e0 quel niveau elle peut se hisser dans l&rsquo;intelligence de ce qui nous transcende. Pourvu que nous vivions selon leur exemple, nous aussi d\u00e9couvririons personnellement l&rsquo;extase o\u00f9 leur \u00e2me \u00e9tait plong\u00e9e. \u00c9tait-ce ce qu&rsquo;ils disaient ? Ou seulement ce que sugg\u00e9raient leurs adeptes ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Leur conqu\u00eate de la souffrance est devenue doctrine et religion. Or, ils avaient souffert non pas pour nous, non pas \u00e0 cause de nous, mais avec nous. On a dit cependant qu&rsquo;ils s&rsquo;\u00e9taient immol\u00e9s, qu&rsquo;ils avaient donn\u00e9 leur vie pour nous racheter comme si, accabl\u00e9s par notre condition, dont nous serions myst\u00e9rieusement responsables, et surmontant leur d\u00e9go\u00fbt, ils avaient d\u00e9cid\u00e9 de s&rsquo;immerger dans la houle vis\u00adqueuse de nos t\u00e9n\u00e8bres afin de nous en d\u00e9livrer. On l&rsquo;a dit du Bouddha comme on l&rsquo;a dit du Christ et de bien d&rsquo;autres encore. Et l&rsquo;affirmation contient sans doute une part de v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Mais en soulignant notre infortune, elle nous y condamne et finit par nous proclamer indignes du divin holocauste. Notre mis\u00e8re ne prouve-t-elle pas que nos sauveurs sont morts en vain ? Leur abn\u00e9gation n&rsquo;est mise en doute par personne, leur pouvoir de nous r\u00e9dimer n&rsquo;est pas davantage contest\u00e9 : nous seuls sommes fautifs. Si, apr\u00e8s le don que le Bouddha et le Christ ont fait d&rsquo;eux-m\u00eames, nous en sommes encore \u00e0 nous ha\u00efr et nous entretuer, c&rsquo;est que nous sommes incurables. Eux ont tout donn\u00e9, pour que la lumi\u00e8re se fasse en nous. Mais nous les avons r\u00e9pudi\u00e9s. Et nous pi\u00e9tinons dans une nuit interminable \u2014 celle-l\u00e0 m\u00eame, nous devrions \u00e0 la fin le comprendre, o\u00f9 ils avaient err\u00e9 en suffoquant et \u00e0 laquelle ils s&rsquo;\u00e9taient arrach\u00e9s en hurlant et en pleurant d&rsquo;horreur.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Croyons-nous donc, en v\u00e9rit\u00e9, que nos grands Instructeurs spirituels auraient jamais pu nous enseigner s&rsquo;ils n&rsquo;avaient enti\u00e8rement partag\u00e9 notre sort ? M\u00eame c\u00e9cit\u00e9, m\u00eame ignorance, m\u00eames craintes et m\u00eames souffrances en quoi au\u00adraient-ils diff\u00e9r\u00e9 de nous ? S&rsquo;ils devaient nous comprendre, ne devaient-ils pas nous ressembler ? Si leur destin n&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 identique au n\u00f4tre, auraient-ils seulement pu en concevoir la calamit\u00e9 ? Nous-m\u00eames, pour la plupart, ne nous doutons pas de l&rsquo;envergure du mal qui nous d\u00e9chire. Nous savons seulement que nous souffrons. Eux ont affront\u00e9 le tortion\u00adnaire fant\u00f4me que nous ne voyons pas et qui nous \u00e9trangle \u00e0 chaque instant.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Pour eux, le mal que nous endurons et le mal que nous commettons ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 leur origine unique. Aucune dissem\u00adblance entre les deux. Le pouvoir qui nous d\u00e9vore nous induit \u00e0 d\u00e9vorer. Et patiemment, leurs yeux ont fouill\u00e9 l&rsquo;obscurit\u00e9 o\u00f9 nous nous lac\u00e9rons les uns les autres tandis que d&rsquo;invisibles m\u00e2choires nous brisent. Toutes les souffrances, l&rsquo;une apr\u00e8s l&rsquo;autre, ont transperc\u00e9 leur c\u0153ur, et ils ont g\u00e9mi au nom de la m\u00e8re ber\u00e7ant son enfant mort et de la femme atterr\u00e9e par l&rsquo;abandon de son amant, ils ont senti tomber en eux d&rsquo;innom\u00adbrables soldats qui, ennemis pour eux-m\u00eames, \u00e9taient r\u00e9unis en leur \u00e2me \u00e9clair\u00e9e, ils ont subi le viol des maux de toutes sortes dont, partout sur la Terre, chaque corps est la proie pantelante. Les souffrances morales et physiques ont toutes d\u00e9ferl\u00e9 en eux, faisant sauter le barrage derri\u00e8re lequel repo\u00adsait leur puissance d&rsquo;aimer. Alors seulement, ils ont compris le sens de leurs propres souffrances, et qu&rsquo;elles n&rsquo;\u00e9taient rien en regard de celles d&rsquo;autrui. Les yeux \u00e9plor\u00e9s de l&rsquo;humanit\u00e9 enti\u00e8re ont scintill\u00e9 en eux, tous les yeux gel\u00e9s par l&rsquo;effroi et l&rsquo;incompr\u00e9hension. Et de leurs yeux \u00e0 eux, se sont alors \u00e9coul\u00e9es des larmes d&rsquo;amour pur.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Comment leur aurait-il \u00e9t\u00e9 possible de pr\u00e9f\u00e9rer personne, d&rsquo;\u00eatre en un camp plut\u00f4t qu&rsquo;un autre ? Face \u00e0 la douleur uni\u00adverselle, ne pouvait na\u00eetre qu&rsquo;une universelle compassion. D\u00e9tach\u00e9s du mal qui pouvait encore leur advenir, ils n&rsquo;avaient plus souci que d&rsquo;abolir en chacun la hantise avilissante des pouvoirs de la Nuit.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Leurs hagiographes en font des \u00eatres parfaits depuis l&rsquo;instant de leur naissance, ce qui, leur attribuant une nature diff\u00e9rente, les rendrait incapables de comprendre notre im\u00adperfection. Mais ils ne sont qu&rsquo;un peu plus conscients que nous gr\u00e2ce \u00e0 la rigueur de leur asc\u00e8se, et c&rsquo;est cette conscience qui leur permet de voir \u00e0 quel point nous ronge la hideur innommable de l&rsquo;inconscience, et de vivre jusqu&rsquo;\u00e0 son paro\u00adxysme l&rsquo;\u00e9pouvante qui nous roue quotidiennement de coups. De l\u00e0, l&rsquo;invincible besoin de nous en arracher et de d\u00e9verser sur nous, quels que soient nos vices et nos crimes, la paisible radiance de leur amour sans conditions.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Nous ne le savons pas, mais nos fronts reposent sur les genoux des voyants, et leurs mains caressent nos cheveux. Ils sem\u00adblent prier, recueillis dans le silence de visions int\u00e9rieures et y lisant l&rsquo;arcane de l&rsquo;amour dont ils sont les instruments. Immo\u00adbiles en leur contemplation, ils b\u00e9nissent le monde depuis leurs profondeurs illumin\u00e9es. Une \u00e9nergie inhumaine les envahit du pouvoir de nous purifier. Et leurs mains qui se posent sur nous, qui touchent le sommet de notre t\u00eate comme afin de l&rsquo;ouvrir doucement \u00e0 de neuves intuitions ou qui pres\u00adsent notre front pour y susciter un regard plus r\u00e9el, ou qui dessinent sur nos l\u00e8vres le diagramme de la v\u00e9rit\u00e9, sans doute ne les sentons-nous pas. Mais que croyons-nous que faisaient le Bouddha ou le Christ et tous les grands Instructeurs lorsque, les yeux clos, ils plongeaient en l&rsquo;oc\u00e9an d&rsquo;une Lumi\u00e8re irrespir\u00e9e ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Leur sourire, grav\u00e9 par nous dans la pierre et le marbre, l&rsquo;ivoire et le bois, l&rsquo;argent et l&rsquo;or, ou peint sur la toile et les murs nous laisse croire que ce qu&rsquo;ils voyaient alors \u00e9tait beaut\u00e9 interdite \u00e0 nos yeux. Mais qu&rsquo;en savons-nous au fond ? Peut-\u00eatre leur sourire \u00e9tait-il seulement la signature du pou\u00advoir qui les habitait et, par leur interm\u00e9diaire, bravait la nuit du monde. Peut-\u00eatre ce qu&rsquo;ils voyaient \u00e9tait-il l&rsquo;\u00e9tendue de l&rsquo;horreur qui nous \u00e9crase et leur sourire ne faisait-il qu&rsquo;indi\u00adquer la paix \u00e0 laquelle il faut atteindre pour en \u00eatre vainqueur. Peut-\u00eatre et m\u00eame sans doute continuaient-ils de partager nos maux mais en eux, une puissance s&rsquo;\u00e9tait lev\u00e9e, redou\u00adtable et supr\u00eame, dont un sourire pouvait sauver le monde, ou le d\u00e9truire.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La puissance d&rsquo;aimer chacun sans un mot s&rsquo;\u00e9tait lev\u00e9e en eux et les avait pris comme canaux pour ondoyer nos vies. Ils ne demandaient rien pour eux, pas m\u00eame que f\u00fbt exauc\u00e9e leur pri\u00e8re. Et dans leur \u00e9perdue offrande silencieuse, l&rsquo;astre de Dieu rayonnait, b\u00e9nissant toutes les formes de vie, de celles qui nous paraissent les plus abjectes \u00e0 celles qui nous semblent les plus belles.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ainsi se c\u00e9l\u00e8bre le sacrifice dont nul ne se doute, qui est de contenir sans trembler toutes les plaies du monde, comme un paysage atroce en le calme transparent du c\u0153ur, et d&rsquo;y faire descendre le fleuve c\u00e9leste de la Gr\u00e2ce.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ces r\u00e9dempteurs aux yeux ferm\u00e9s balisent notre histoire sans que nous nous doutions du myst\u00e8re dont leur \u00eatre est le lieu. Nous ne voyons que le sourire aux commissures des l\u00e8vres et envions la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. Nous n&rsquo;imaginons pas que, der\u00adri\u00e8re les paupi\u00e8res closes, un drame se d\u00e9roule dont notre salut est l&rsquo;enjeu. Nous disons que le sacrifice de J\u00e9sus est sa cruci\u00adfixion et ne comprenons pas que, tous les jours, le sacrifice se r\u00e9p\u00e9tait lorsqu&rsquo;il \u00e9tendait les mains vers les mains et les fronts et les corps et, sans se soucier d&rsquo;en garder un seul atome pour lui, y transfusait la lumi\u00e8re dont il \u00e9tait le vaisseau bien-aim\u00e9.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Nous le voyons avec nos yeux, qui sont de presqu&rsquo;aveugles, tandis qu&rsquo;il nous regardait avec les siens, qui \u00e9taient vision\u00adnaires. Nous croyons que, semblable \u00e0 nous ext\u00e9rieurement, il vivait int\u00e9rieurement comme nous, partag\u00e9 entre des d\u00e9sirs imp\u00e9rieux et futiles, harcel\u00e9 par le doute et l&rsquo;envie de l&rsquo;\u00e9teindre en r\u00e9gentant le monde. Mais rien de tel en lui. Tout \u00e9tait silence l\u00e0 o\u00f9, pour nous, tout est stridence et bourdonnement. Tout \u00e9tait lumi\u00e8re l\u00e0 o\u00f9, pour nous, tout est au mieux p\u00e9nom\u00adbre glauque et indistinct cr\u00e9puscule. Ce qu&rsquo;il disait, ce qu&rsquo;il faisait n&rsquo;\u00e9tait issu d&rsquo;aucune recherche t\u00e2tonnante, mais nais\u00adsait spontan\u00e9ment. Il n&rsquo;en \u00e9tait que le support physique. Annihil\u00e9 en Dieu, il ne pouvait exprimer que Dieu. Aurait-il tu\u00e9, mis J\u00e9rusalem \u00e0 sac, profan\u00e9 le temple unique du seul peuple d&rsquo;alors qui ador\u00e2t l&rsquo;Unique, il n&rsquo;aurait rien fait en r\u00e9alit\u00e9, mais Dieu aurait tu\u00e9, mis \u00e0 sac et profan\u00e9. Car Dieu est de tous les c\u00f4t\u00e9s \u00e0 la fois. Il est l&rsquo;enfant que nous mettons au monde et le p\u00e8re que nous inhumons, l&rsquo;\u00e9pouse que nous ch\u00e9rissons, l&rsquo;ami \u00e0 qui nous nous confions, comme il est celui qui nous trahit, celle qui nous ment et l&rsquo;ennemi qui se coule dans l&rsquo;ombre et nous tue, nous et notre race sans que l&rsquo;ex\u00adplique aucun pourquoi. Dieu est \u00e0 la fois J\u00e9sus, Jean et Judas. Et cette insupportable connaissance, le messie d&rsquo;Occident la poss\u00e9dait. C&rsquo;\u00e9tait elle, la source de son amour pour tous. C&rsquo;\u00e9tait gr\u00e2ce \u00e0 elle qui resplendissait, inalt\u00e9rable, en lui qu&rsquo;il pouvait se pencher sur toutes les formes de la mis\u00e8re et apaiser autant les regards implorants qui se rivaient \u00e0 lui que l&rsquo;esprit des fourbes qui se d\u00e9tournaient de lui pour tisser dans l&rsquo;ob\u00adscurit\u00e9 l&rsquo;\u00e9toffe dont serait un jour recouvert son cadavre.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">J\u00e9sus \u00e9tait ainsi. Et tous les sages, tous les voyants, tous les hommes de Dieu \u00e9galement, \u00e0 quelque pays et quelque \u00e9poque qu&rsquo;ils appartiennent du moins depuis le moment o\u00f9 l&rsquo;\u00e2me humaine a d\u00e9couvert l&rsquo;Unique. De quelque mani\u00e8re qu&rsquo;ils la formulent, leur connaissance du monde et de Dieu est la m\u00eame. Et de quelque mani\u00e8re qu&rsquo;ils le manifestent, le m\u00eame amour est en eux. La m\u00eame compassion pour tous les hommes les habite. Le m\u00eame pardon pour tout le mal qui, \u00e0 chaque instant, est fait non pas tant par les hommes que par leur entremise inconsciente.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Heureux les afflig\u00e9s ne veut pas dire que ceux-l\u00e0 seuls qui souffrent auront droit au bonheur de vivre dans le Royaume de Dieu. Cela signifie que nous souffrons tous et que, tous, nous entrerons dans le Royaume, parce que, tous, nous sommes Dieu. M\u00eame le paria, la prostitu\u00e9e, le dictateur et l&rsquo;assassin. Oui, m\u00eame eux ou bien faut-il dire eux surtout ? Leur mis\u00e8re n&rsquo;est-elle pas incomparablement plus grande que celle de la plupart des hommes ? Ne sont-ils pas recouverts de plus de t\u00e9n\u00e8bres ? Ne portent-ils pas le poids d&rsquo;une igno\u00adrance plus obtuse ? Celui pour qui le mensonge est le seul langage n&rsquo;est-il pas plus \u00e9cras\u00e9 que celui dont la conforma\u00adtion exige la v\u00e9rit\u00e9 ? Ne souffre-t-il pas davantage ? Et le par\u00adjure et le voleur et le meurtrier ne sont-ils pas encha\u00een\u00e9s \u00e0 de plus grandes douleurs que ceux que guide une morale ? Les criminels du monde ne sont-ils pas condamn\u00e9s \u00e0 ne pas perce\u00advoir en eux le d\u00e9licat ruissellement de la beaut\u00e9 ? Pour eux, un seul ma\u00eetre, et qui les poss\u00e8de : le d\u00e9sir d&rsquo;ent\u00e9n\u00e9brer, d&rsquo;avi\u00adlir, d&rsquo;abaisser, de d\u00e9truire. Est-il malheur plus grand ? Est-il affliction pire ? Ils sont incapables de go\u00fbter, ou seulement de vouloir, ou m\u00eame d&rsquo;imaginer un autre \u00e9tat. Il leur est impos\u00e9 d&#8217;emplir le monde de leur pestilence. H\u00e9b\u00e9t\u00e9s, imp\u00e9nitents, ils vont de crime en crime sans pouvoir deviner la beaut\u00e9 dont ils se privent. Ils ne peuvent faire autrement. Ils ont \u00e9t\u00e9 coul\u00e9s dans les fonderies du Mal. L&rsquo;avaient-ils voulu ? Il est trop tard maintenant. Ils ne peuvent pas plus reconna\u00eetre l&rsquo;\u00e9thique gr\u00e2ce \u00e0 laquelle nous mettons un peu de clart\u00e9 dans le d\u00e9sordre de nos jours que nous ne pouvons percevoir les ultra-sons.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Quelque chose leur manque, ou bien a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit en eux et ne peut plus fonctionner. Un r\u00f4le leur a \u00e9t\u00e9 assign\u00e9, qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas choisi et qu&rsquo;ils remplissent avec une jubilation que nous disons perverse parce qu&rsquo;elle va \u00e0 l&rsquo;encontre de nos lois. Nous ne voyons pas qu&rsquo;en r\u00e9alit\u00e9 ils ne sont pas exactement comme nous, m\u00eame si, par l&rsquo;apparence, ils rel\u00e8vent de notre milieu. Pas davantage nous ne voyons \u00e0 quel point leur mis\u00e8re est grande, dont ils ne semblent pas se rendre compte. Mais les voyants, les inspir\u00e9s, les sages ont ce pouvoir : en le cri\u00adminel, en le p\u00e9cheur, ils reconnaissent une cr\u00e9ature de Dieu. Non une image hallucin\u00e9e, ou un reflet distordu de leur Seigneur, mais un fragment de la Divinit\u00e9. Ne nous \u00e9tonnons pas, d\u00e8s lors, de d\u00e9couvrir des r\u00e9prouv\u00e9s autour des illumin\u00e9s que nous r\u00e9v\u00e9rons. Sur eux soit r\u00e9pandue la Lumi\u00e8re supr\u00eame. Que, sur eux, descende la V\u00e9rit\u00e9. Qu&rsquo;en eux s&rsquo;ouvre un jour \u2014 demain ou dans une autre vie \u2014 la porte aujourd&rsquo;hui scell\u00e9e de la conscience divine.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Parce qu&rsquo;ils ont eux-m\u00eames souffert et v\u00e9cu dans l&rsquo;ignorance, les grands voyants savent la marge qui nous s\u00e9pare de leur b\u00e9atitude. Au m\u00e9pris de tout danger et d\u00e9fiant l&rsquo;opprobre de leurs z\u00e9lateurs, ils enjambent l&rsquo;ab\u00eeme qu&rsquo;ils ont jadis franchi seuls. Et sur nous, ils font descendre l&rsquo;amour en un torrent de lumi\u00e8re vivante. Nous ne voyons d&rsquo;eux que des corps semblables aux n\u00f4tres. Mais en leur recueillement, ils sont pareils \u00e0 des montagnes respirant doucement. Aussi imper\u00adturbables et majestueux que des montagnes s&rsquo;\u00e9levant vers le ciel, ils font descendre sur nous la force balsamique dont ils savent que nous avons besoin pour avancer dans notre vie aveugle. Et l&rsquo;onde descend sur nous sans que nous le sachions, touche notre t\u00eate et s&rsquo;y fraie un passage afin de nous irriguer d&rsquo;images inconnues. Sur chacun de nous, elle descend, que nous soyons v\u00e9ridiques ou trompeurs, que nous recherchions la vertu ou nous roulions dans l&rsquo;immonde. Elle descend, elle descend, elle ne cesse de descendre depuis les sommets du firmament, hal\u00e9e par l&rsquo;\u00e2me des voyants dont l&rsquo;immobilit\u00e9 nous accorde un nouveau mouvement. Ainsi nous est-il donn\u00e9 de d\u00e9couvrir et d&rsquo;inventer et de vivre toujours plus clairement. Ainsi nous est-il pardonn\u00e9 pour ce que nous appelons nos p\u00e9ch\u00e9s, nos crimes et nos erreurs et qui n&rsquo;est que stigmates laiss\u00e9s en nous par les mains de la Nuit.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Peu importe, pour l&rsquo;illumin\u00e9, le temps qu&rsquo;il y faudra : la beaut\u00e9, la grandeur qu&rsquo;il per\u00e7oit sans avoir \u00e0 les nommer s&rsquo;incarneront un jour sur la Terre. Et de m\u00eame que, demain, des perspectives inimagin\u00e9es s&rsquo;ouvriront dans les arts et les sciences et les syst\u00e8mes de pens\u00e9e, de m\u00eame l&rsquo;\u00eatre le plus r\u00e9pugnant s&rsquo;ouvrira-t-il dans l&rsquo;avenir \u00e0 la lumi\u00e8re que le sage fait couler en lui. Aujourd&rsquo;hui asservi aux t\u00e9n\u00e8bres et s&rsquo;identi\u00adfiant avec leur voracit\u00e9, le criminel ne se doute de rien : faussaire, ou meurtrier, valet sans fin dup\u00e9 par le Mal qui l&#8217;emploie ou tyran d\u00e9moniaque qu&rsquo;abomine le monde, il ne veut que cet orgasme noir o\u00f9 il se sent puissant et qui l&rsquo;a\u00adn\u00e9antit. Or, sur lui, cependant, descend la m\u00eame cascade de lumi\u00e8re et d&rsquo;amour que sur ceux d&rsquo;entre nous qui nous semblent les plus m\u00e9ritants. Cessons un instant de recenser nos vertus et de briguer pour elles des m\u00e9dailles c\u00e9lestes et regardons la v\u00e9rit\u00e9 en face : inconscient du mal qui le saccage, le p\u00e9cheur est celui qui souffre le plus, celui que recouvre la boue primitive dont notre esp\u00e8ce est n\u00e9e et qui n&rsquo;a m\u00eame pas la force de se plaindre. Et par son interm\u00e9diaire, le sage b\u00e9nit le Mal afin de le transmuer.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Si le Christ n&rsquo;a pas aim\u00e9 les pires d&rsquo;entre nous, il n&rsquo;a aim\u00e9 personne. Comprenons-le, admettons-le et voyons alors pourquoi les maudits l&rsquo;ont reni\u00e9, pourquoi ils ne se sont pas amend\u00e9s, pourquoi, en d\u00e9pit de tant de pardon, ils ont pr\u00e9\u00adf\u00e9r\u00e9 s&rsquo;enfoncer dans toujours plus d&rsquo;ordure plut\u00f4t que de changer. Devons-nous vraiment nous en \u00e9tonner ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il ne s&rsquo;agissait pas d&rsquo;un tour de prestidigitation. Parce que le Christ ou tout homme de Dieu b\u00e9nit un \u00eatre t\u00e9n\u00e9\u00adbreux, il faudrait que cet \u00eatre devienne \u00e0 tout jamais lumi\u00adneux ? Exorcismes et miracles existent bel et bien, et il est plus d&rsquo;un poss\u00e9d\u00e9 qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9livr\u00e9. Mais pour combien de temps ? Le plus souvent, une rechute s&rsquo;est produite, comme dans le cas des schizophr\u00e8nes qui paraissent gu\u00e9ris mais retournent \u00e0 la d\u00e9mence, parce que l&rsquo;envo\u00fbtement leur manque, qui les rend \u00e9trangers au monde et leur garantit d&rsquo;autres lois.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Cela, le Christ le savait et l&rsquo;acceptait, comme doivent l&rsquo;accepter tous les hommes de Dieu. Car ce qui compte pour le voyant, c&rsquo;est non pas de r\u00e9ussir un tour de magie, mais d&rsquo;\u00eatre le chenal de la force qui gu\u00e9rit le monde, l&rsquo;inspire et le transforme. C&rsquo;est d&rsquo;\u00eatre ce qui relie l&rsquo;humanit\u00e9 \u00e0 Dieu. Peu importe que le lien ne soit pas tout de suite per\u00e7u. La con\u00adscience \u00e0 partir de laquelle \u0153uvre le voyant n&rsquo;est pas tem\u00adporelle. Il voit la lumi\u00e8re, il la re\u00e7oit en lui, il la transmet aux hommes. De son bras tendu vers le ciel, il attire les d\u00e9luges lumineux et, de son bras tendu vers la terre, il dirige les flots de la lumi\u00e8re. Il est aussi absent, aussi transparent, aussi impersonnel qu&rsquo;il est possible, car il faut que rien, en lui, ne d\u00e9flore cette lumi\u00e8re. Il lui livre passage \u00e0 travers tout son corps et n&rsquo;en conserve rien, mais la d\u00e9verse enti\u00e8re sur le monde qui ne voit pas. Il n&rsquo;est que l&rsquo;aqueduc de la splendeur de Dieu.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Et au-dessus de chaque t\u00eate ou au fond de chaque c\u0153ur, s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve gr\u00e2ce \u00e0 lui une flamme invisible qui nous rattache \u00e0 de plus hautes sph\u00e8res et dont l&rsquo;efflorescence, un jour, nous donnera Dieu \u00e0 contempler. Car les meilleurs comme les pires d&rsquo;entre nous, tous nous verrons Dieu un jour. Tous, nous le deviendrons. Le sage le sait d&rsquo;un savoir indubitable. Pourquoi, d\u00e8s lors, voudrait-il des r\u00e9sultats imm\u00e9diats ? Pourquoi voudrait-il m\u00eame quoi que ce soit ? Tout est d&rsquo;avance accompli pour lui. Et le proscrit est d&rsquo;avance purifi\u00e9 de la fange o\u00f9 il se vautre aujourd&rsquo;hui. D\u00fbt-il, en cette vie, tromper chacun et se parjurer, d\u00fbt-il voler et tuer, d\u00fbt-il \u00eatre la honte de son temps et de sa race, une vie lui sera donn\u00e9e o\u00f9, \u00e0 son tour, il s&rsquo;\u00e9lancera hors de la matrice de t\u00e9n\u00e8bres o\u00f9, de crime en crime, il grandit jusqu&rsquo;\u00e0 d\u00e9sirer la lumi\u00e8re qu&rsquo;il poignarde aujourd&rsquo;hui, \u00d4 sage, b\u00e9nis le Mal, alors, qui est promesse de beaut\u00e9. B\u00e9nis la Nuit, pr\u00e9mices d&rsquo;\u00c9ternit\u00e9. Et le sage de r\u00e9pondre : \u00a0\u00bbIl n&rsquo;est peut-\u00eatre pas de joie plus haute que de b\u00e9nir un monstre.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u2014 Pourquoi, dis-nous, \u00f4 sage illumin\u00e9. Pourquoi ? Est-ce donc allumer un feu au tr\u00e9fonds des t\u00e9n\u00e8bres ? Est-ce donc commencer de changer le plomb inerte en or vivant ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Mais le sage ne r\u00e9pond pas aux questions \u00e9perdues que nous lui posons dans les cycles du Temps. Il se contente de sourire, appelant au sein du criminel l&rsquo;\u00eatre de beaut\u00e9 que l&rsquo;avenir r\u00e9v\u00e9lera. Peu importe combien d&rsquo;ann\u00e9es, de si\u00e8cles et de vies cet homme d\u00e9rivera encore. Un jour viendra fatale\u00adment o\u00f9 il s&#8217;embrasera \u00e0 la lueur d\u00e9pos\u00e9e en lui par le voyant qui l&rsquo;a b\u00e9ni.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le dictateur, le d\u00e9bauch\u00e9, le tra\u00eetre ou l&rsquo;assassin d&rsquo;au\u00adjourd&rsquo;hui, que savons-nous de ce qu&rsquo;ils seront demain ? Le sage, lui, le sait. Et le voyant le voit. Au bout de tant de honte et d&rsquo;arrogance, par-del\u00e0 tant d&rsquo;obscurit\u00e9, c&rsquo;est la lumi\u00e8re qu&rsquo;il pressent et c&rsquo;est Dieu qu&rsquo;il adore en celui que nous vomissons, et c&rsquo;est Dieu qu&rsquo;il \u00e9veille sous son masque d&rsquo;igno\u00adminie.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">De ses mains, s&rsquo;\u00e9coule une force qui ne lui appartient pas et qui, peu \u00e0 peu, doucement, sans se lasser, lave le visage couvert de boue. Le visage est celui de l&rsquo;homme, et c&rsquo;est celui du monde. Le monde a oubli\u00e9 qu&rsquo;il est Dieu. C&rsquo;est le secret m\u00eame de la cr\u00e9ation. Comment cet homme s&rsquo;en souviendrait- il ? Comment sa vie ne serait-elle pas un blasph\u00e8me ? Le sage caresse le front du blasph\u00e9mateur et l&rsquo;ensemence d&rsquo;un avenir divin. L&rsquo;homme le pire ne fait que r\u00e9sumer nos souffrances, et le sage l&rsquo;accueille en lui. Il le prend dans ses bras et lui dit des mots incompr\u00e9hensibles. Et l&rsquo;homme place sa t\u00eate sur les genoux du sage et, fermant les yeux, imagine peut-\u00eatre des crimes plus pervers que tous ceux qu&rsquo;il a d\u00e9j\u00e0 commis. Mais le sage lui caresse les cheveux comme afin d&rsquo;effacer tant de vengeresse amn\u00e9sie et de rassurer celui qu&rsquo;il per\u00e7oit tout au fond de la nuit.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Notre t\u00eate \u00e0 tous repose ainsi sur les genoux des sages, et tous nous sommes b\u00e9nis. Nos maux n&rsquo;ont pas cess\u00e9 encore. Mais ils cesseront demain. Dans les membres des sages, vibre le r\u00eave inachev\u00e9 de Dieu. C&rsquo;est ce r\u00eave qu&rsquo;ils s\u00e8ment en nous tandis qu&rsquo;ils nous b\u00e9nissent m\u00eame si nous ne nous appro\u00adchons jamais d&rsquo;eux. Depuis leur solitude \u2014 et ils sont seuls jusqu&rsquo;au c\u0153ur de la multitude, ils sont seuls parce qu&rsquo;ils sont l&rsquo;Un et que tout se d\u00e9roule en eux, dans l&rsquo;unicit\u00e9 de leur \u00eatre, et non pas hors d&rsquo;eux, dans la dualit\u00e9 o\u00f9 nous existons \u2014, depuis leur pure et sereine solitude, ils nous enveloppent d&rsquo;amour et nous b\u00e9nissent, nous serrent contre eux et font sourdre en nous les eaux dor\u00e9es de la connaissance qu&rsquo;un jour nous aurons de nous-m\u00eames et du monde.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Nous dormons dans leurs bras et ils instillent dans notre \u00e2me un songe imperceptible qui sera demain notre r\u00e9alit\u00e9. Notre sommeil est plein de rires, de hal\u00e8tements et de pleurs, funeste carnaval o\u00f9 tout est d\u00e9guisement et o\u00f9, sans que nous comprenions comment, ce que nous croyons vivre se trouve toujours chang\u00e9 en autre chose sur quoi nous n&rsquo;avons nulle prise et qui, \u00e0 plus ou moins longue \u00e9ch\u00e9ance, nous condamne \u00e0 mort tandis que se poursuit la ronde d\u00e9lirante des masques.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Au-del\u00e0 des visages, le voyant plonge ses yeux de soleil dans notre \u00eatre. Doucement, il souffle sur la braise d&rsquo;un feu qui, demain, br\u00fblera notre nuit. Il attise l&rsquo;esp\u00e9rance. Il ne demande rien. Il ne fait m\u00eame rien. \u00c0 travers lui, l&rsquo;acte s&rsquo;accomplit pour que naisse un nouveau monde \u00e0 l&rsquo;image de la beaut\u00e9 qui le gouverne et vit en lui.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le sage n&rsquo;est plus personne en particulier. Impassible, il assiste \u00e0 ce qui se passe au-dedans de lui-m\u00eame comme \u00e0 un r\u00eave plus r\u00e9el que la vie. Ses sens ne fonctionnent plus exacte\u00adment comme les n\u00f4tres puisqu&rsquo;il ne se place plus, comme nous faisons tous, au centre du monde, mais que le monde est en lui. T\u00e9moin du jeu universel, il sourit aux galaxies apprivois\u00e9es dans son c\u0153ur et aux strates invisibles du cosmos. Il est plus vaste que tout ce qui est en ce monde ou les autres, et cependant il n&rsquo;existe pas. Il est tout ensemble \u00eatre et non-\u00eatre \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat pur. Et c&rsquo;est ce qui lui donne le pouvoir de b\u00e9nir non qu&rsquo;il ait jamais voulu le faire, simplement une force s&rsquo;est empar\u00e9e de sa transparence extatique et l&rsquo;a pris comme outil. Il n&rsquo;est qu&rsquo;un instrument disons un instrument de musique, une fl\u00fbte, par exemple : le joueur pose ses l\u00e8vres \u00e0 un bout de la fl\u00fbte, et son souffle exhal\u00e9 de\u00advient musique \u00e0 l&rsquo;autre bout. Le voyant ne joue aucune musique. Il n&rsquo;en est que le v\u00e9hicule conscient. Il sent les l\u00e8vres de Dieu se poser sur son \u00e2me et, telle une m\u00e9lodie, la lumi\u00e8re l&rsquo;envahir et s&rsquo;\u00e9couler de lui afin d&rsquo;enchanter la souffrance des hommes et d&rsquo;en effacer peu \u00e0 peu les torturants contours.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">B\u00e9n\u00e9diction de l&rsquo;ab\u00eeme par Dieu lui-m\u00eame, sa vie est devenue la vie, et il n&rsquo;intervient pas dans ce qui lui arrive. C&rsquo;est Dieu seul qui agit. Il est comme suspendu au-dessus du vide. Et une main le retient, lui permettant de survoler sans fr\u00e9mir les d\u00e9sastres quotidiens qui \u00e9ventrent le monde. Rien n&rsquo;est mal, rien n&rsquo;est bien \u00e0 ses yeux qui n&rsquo;expriment qu&rsquo;amour sans bornes et que paix infinie.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Sans doute ne pouvons-nous le concevoir : une vie devenue impersonnelle est l&rsquo;inverse de la n\u00f4tre, et il nous para\u00eet qu&rsquo;elle repr\u00e9sente un sacrifice \u00e9norme. Qu&rsquo;y aurait-il de plus terrible \u00e0 nos yeux que de ne plus \u00eatre nous-m\u00eames ? Nous nous imaginons que la reddition de notre personnalit\u00e9 \u00e9qui\u00advaut \u00e0 notre an\u00e9antissement, quand, au contraire, il s&rsquo;agit d&rsquo;une exaltation \u00e0 un plan sup\u00e9rieur. Nous ne mourons pas lorsque meurt notre ego. Nous devenons illimit\u00e9s. Nous acqu\u00e9rons la vastitude du ciel diaphane. Nous sommes l&rsquo;oc\u00e9an bleu de l&rsquo;azur, sa cl\u00e9mence insondable pour tous et la lumi\u00e8re de son amour.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ainsi donc du voyant. Sa conscience n&rsquo;est plus enferm\u00e9e dans son corps. Fini le donjon de la pens\u00e9e. Les murs en ont disparu, dissous dans la Lumi\u00e8re. Le prisonnier meurt-il une fois \u00e9chapp\u00e9 de son cachot ? Comment le sage mour\u00adrait-il en franchissant l&rsquo;enceinte mentale qui nous limite ? Il est libre, il est illimit\u00e9, il n&rsquo;a plus de limites ni dans l&rsquo;Espace ni dans le Temps. Et si nous continuons de lui voir un corps devant lequel d&rsquo;aucuns tiennent \u00e0 se prosterner, nous devons comprendre que ce corps est en lui, \u00e0 l&rsquo;inverse du n\u00f4tre o\u00f9 nous sommes pour le moment d\u00e9tenus.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">C&rsquo;est l\u00e0, probablement, la chose la plus difficile \u00e0 comprendre. Ce renversement des structures de l&rsquo;\u00eatre qui fait que l&rsquo;int\u00e9rieur passe \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, et l&rsquo;ext\u00e9rieur \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, est pour notre raison plus improbable encore que les mondes d&rsquo;au-del\u00e0. Et pourtant, c&rsquo;est \u00e0 partir d&rsquo;une telle m\u00e9tamorphose que nous ont parl\u00e9 les plus grands Inspir\u00e9s. Et c&rsquo;est parce que nous ne pouvons en saisir le m\u00e9canisme que nous nous m\u00e9prenons sur le sens de leurs paroles. Leur exp\u00e9rience a cess\u00e9 de ressembler \u00e0 la n\u00f4tre. Et le plan o\u00f9 ils vivent n&rsquo;a que de lointains rapports avec celui de nos jours.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Aussi longtemps que ne se sera pas produit pour nous ce retournement de la conscience, nous ne saurons ce que veu\u00adlent dire la plupart des mots dont nos discours r\u00e9sonnent. La puret\u00e9, l&rsquo;humilit\u00e9, l&rsquo;amour, la compassion, la Gr\u00e2ce, tous ces \u00e9tats sublimes repr\u00e9sentent aux yeux du sage une r\u00e9alit\u00e9 diff\u00e9rente de ce que nous nous figurons. Ce sont les qualit\u00e9s naturelles de l&rsquo;\u00e2me, et qu&rsquo;elle exprime naturellement \u2014 aussi naturellement que nous respirons \u2014, d\u00e8s lors qu&rsquo;elle n&rsquo;est plus prisonni\u00e8re des perceptions ext\u00e9rieures et de leur traduc\u00adtion mentale.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Prisonniers, nous ne pouvons que nous tromper, \u00e9gar\u00e9s que nous sommes par les fausses perspectives de notre cellule et par la voix de notre ge\u00f4lier qui nous dit que c&rsquo;est l\u00e0 toute la r\u00e9alit\u00e9. Faut-il rappeler \u00e0 l&rsquo;Occident l&rsquo;un de ses plus c\u00e9l\u00e8bres symboles ? Faut-il le renvoyer au mythe platonicien de la caverne ? Encore aujourd&rsquo;hui, une grande partie de nos syst\u00e8mes philosophiques tire son origine du disciple de Socrate, sans compter nos notions socio-politiques qui n&rsquo;ont pas \u00e9puis\u00e9 le contenu de <em>La r\u00e9publique<\/em>. Notre subconscient est impr\u00e9gn\u00e9 de la lumi\u00e8re de la plus belle pens\u00e9e occidentale. Aussi ne devrions-nous pas nous \u00e9tonner devant cette id\u00e9e d&rsquo;une ge\u00f4le o\u00f9 nous serions enferm\u00e9s, et tromp\u00e9s par des gardiens incarnant les forces de la Nature : elle est proche parente de l&rsquo;image l\u00e9gu\u00e9e par Platon.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Pour les amateurs d&rsquo;exotisme mystique, elle appartient \u00e0 l&rsquo;Orient o\u00f9 le concept de lib\u00e9ration (lib\u00e9ration de l&rsquo;illusion du monde, de la ronde incessante des renaissances) domine le bouddhisme et l&rsquo;hindouisme. Mais en r\u00e9alit\u00e9, le texte de Platon et la faveur qu&rsquo;il n&rsquo;a cess\u00e9 de conna\u00eetre t\u00e9moignent de son universalit\u00e9. Il semble m\u00eame que ce d\u00e9sir de d\u00e9livrance soit l&rsquo;une des constantes de l&rsquo;esprit humain, comme si, partout sur la Terre, et non pas seulement en Inde, en Chine ou au Japon, l&rsquo;homme s&rsquo;\u00e9tait rendu compte de la tromperie dont il \u00e9tait victime, comme si, toujours, et partout, il avait com\u00adpris qu&rsquo;il \u00e9tait escroqu\u00e9 par un Menteur cach\u00e9 en lui et lui d\u00e9niant tout droit \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 en lui faisant accroire que la v\u00e9rit\u00e9 n&rsquo;existe pas, ou bien qu&rsquo;elle est ce qu&rsquo;il voit, et rien d&rsquo;autre.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">C&rsquo;est de ce pouvoir qui r\u00e9git notre constitution psycho-biologique et que l&rsquo;on appelle Puissance des T\u00e9n\u00e8bres, que le sage est affranchi. Et c&rsquo;est pourquoi il est par-del\u00e0 le Bien et le Mal et pourquoi il ne voit en chacun de nous, s&rsquo;ag\u00eet-il du plus effroyable criminel, que l&rsquo;un des innombrables visages de Dieu. Ce pouvoir ne le gouverne plus, il l&rsquo;a rejet\u00e9. Son \u00e2me s&rsquo;est rebell\u00e9e contre les diktats de la Nature qui nous envo\u00fbte tous. Elle a pressenti un myst\u00e8re dont les plus \u00e9mouvants paysages ou les musiques les plus sublimes ne sont que faibles annonciations. Perp\u00e9tuellement insatisfaite, elle s&rsquo;est d\u00e9\u00adtourn\u00e9e de la tromperie universelle o\u00f9 chacun joue contre soi en croyant duper tout le monde. La fausse monnaie des sentiments et des id\u00e9aux, elle n&rsquo;en a plus voulu. Elle \u00e9touffait dans le mensonge perp\u00e9tuel des \u00eatres et des choses. Que ce mensonge f\u00fbt d\u00e9lib\u00e9r\u00e9, ou non, n&rsquo;\u00e9tait pas ce qui comptait. Seule, importait l&rsquo;atmosph\u00e8re oppressante qui s&rsquo;en d\u00e9gageait. Oh, s&rsquo;en aller, quitter \u00e0 tout jamais la bruyante agora du monde o\u00f9 tout est frelat\u00e9 et o\u00f9 chacun se prostitue pour quelque pacotille. S&rsquo;en aller loin de cette vaine bousculade et s&rsquo;immerger dans le silence inconnu. Brandissant l&rsquo;\u00e9tendard de la r\u00e9volution solitaire, l&rsquo;\u00e2me s&rsquo;est retir\u00e9e du monde \u2014 parfois d&rsquo;une fa\u00e7on conventionnelle et donc encore mondaine et parfois tout \u00e0 fait, en sorte que, quittant le monde, elle est parvenue \u00e0 quitter notre mani\u00e8re de percevoir le monde, seule r\u00e9volution v\u00e9ritable pour l&rsquo;\u00eatre \u00e9pris de v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La qu\u00eate de l&rsquo;absolu qu&rsquo;entreprennent les mystiques de tous les pays et de toutes les \u00e9poques ne vise rien d&rsquo;autre. Nous parlons, en termes \u00e9difiants, de recherche de Dieu, sans m\u00eame avoir aucune id\u00e9e de ce qu&rsquo;est Dieu. Mais il s&rsquo;agit en r\u00e9alit\u00e9 de changer de conscience, ou plus exactement de modi\u00adfier les m\u00e9canismes de notre conscience et de les affecter \u00e0 d&rsquo;autres destinations que celles qui leur sont propos\u00e9es d&rsquo;habitude. Par de longs et lents processus, il faut ouvrir une porte apr\u00e8s l&rsquo;autre dans la dimension secr\u00e8te de notre \u00eatre et, en m\u00eame temps, boucher les issues par lesquelles entre depuis toujours la fausse lumi\u00e8re des perceptions mentales. Il n&rsquo;est pas r\u00e9ellement question de dompter la b\u00eate en nous. Ou plut\u00f4t ce n&rsquo;est pas seulement de cela qu&rsquo;il est question. Plus profond\u00e9ment, il faut dominer la pens\u00e9e, puisque c&rsquo;est elle qui gauchit notre vision, la mutile et l&rsquo;obscurcit. Notre cer\u00adveau est la caverne dont nous devons nous \u00e9chapper. Une fois dehors, nous conna\u00eetrons la v\u00e9rit\u00e9. Nous ne serons plus les jouets d&rsquo;illusions fantasmatiques. Nous conna\u00eetrons la r\u00e9alit\u00e9 du ciel et de la Terre et du feu dont le flambement pro\u00adjetait des ombres torses sur la paroi de notre raison. Les formes et les sons auxquels nous avons cru tant que nous \u00e9tions encha\u00een\u00e9s \u00e0 l&rsquo;ignorance s&rsquo;\u00e9vanouiront, faisant place \u00e0 leur r\u00e9alit\u00e9 originelle. Et le monde nous appara\u00eetra dans toute sa splendeur.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Connaissant par exp\u00e9rience la mis\u00e8re et la vermine de la caverne o\u00f9 nous croupissons en applaudissant au vain spec\u00adtacle des ombres ou en le vitup\u00e9rant, comment le sage, le voyant, le messie, comment les hommes de Dieu qui ont v\u00e9cu par le pass\u00e9, vivent aujourd&rsquo;hui, ou vivront demain pour\u00adraient-ils nous condamner, et au nom de quoi ? Comment pourraient-ils juger en termes de Bien et de Mal nos actions, nos sentiments et nos pens\u00e9es ? Le pire de nos d\u00e9lits, notre forfait le plus ignoble, le g\u00e9nocide le plus monstrueux ne sont qu&rsquo;images du d\u00e9lire qui r\u00e8gne en la caverne o\u00f9 nous sommes intern\u00e9s depuis notre apparition sur la Terre, depuis le jour, exactement, o\u00f9 un \u00eatre a commenc\u00e9 de penser, de se d\u00e9prendre de l&rsquo;innocence barbare de l&rsquo;instinct animal et de percevoir le monde comme nous le percevons aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il est donc impossible \u00e0 l&rsquo;homme de Dieu de juger qui que ce soit. Pour lui, nous sommes tous des victimes m\u00e9ritant son amour et sa protection. Et il nous aime tous tant que nous sommes, sans pr\u00e9f\u00e9rence ni r\u00e9pulsion. Tous, il nous voit dans la m\u00eame lumi\u00e8re de v\u00e9rit\u00e9, lors m\u00eame que nous sentons les t\u00e9n\u00e8bres s&rsquo;appesantir. Tr\u00e9buchant parmi des morceaux d&rsquo;images et d&rsquo;id\u00e9es, nous nous trompons sans cesse et appe\u00adlons dans le noir ainsi que des enfants perdus, ou peut-\u00eatre abandonn\u00e9s \u2014 ce qui explique et notre croyance \u00e0 un \u00catre sup\u00e9rieur qui nous sauverait et notre refus de cet \u00catre qui nous semble avoir d\u00e9sert\u00e9 le monde.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Posant les yeux sur nous, le voyant le sait et ne cherche pas \u00e0 nous convaincre ou \u00e0 nous convertir. Pour lui, ni religion ni ath\u00e9isme ne sont la solution. Ni l&rsquo;affirmation doctrinale ni la n\u00e9gation dogmatique ne sauraient d\u00e9finir ce qui est au-del\u00e0 des dualit\u00e9s. Il se contente de nous enve\u00adlopper de son amour \u2014 qui que nous soyons, quelles que soient nos vertus ou nos ignominies. Il ne discute pas. Il se tait. En souriant, il nous \u00e9coute nous vanter ou critiquer autrui. Et son sourire doit \u00e0 la longue effacer de notre esprit toute tendance \u00e0 la critique ou \u00e0 la vantardise. Sa force est dans son sourire, que rien ne lasse ni ne rebute. Il sait. Il se tait. Il accueille \u00e9galement le religieux et le profanateur et les prend dans ses bras.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Pour lui, la foi en un Cr\u00e9ateur vigilant se muant en R\u00e9dempteur et l&rsquo;affirmation que Dieu est mort proc\u00e8dent d&rsquo;un seul et m\u00eame mouvement de notre \u00eatre effar\u00e9 par les ombres de la caverne, aveuli par l&rsquo;absurdit\u00e9 du cauchemar qu&rsquo;il nous faut vivre. Et s&rsquo;il nous parle, c&rsquo;est pour nous dire de nous aimer. Car entre d\u00e9tenus, nous nous querellons \u00e0 qui l&#8217;emportera sur les autres dans l&rsquo;art de dessouder les cha\u00eenes qui nous rivent \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;un monde incompr\u00e9hensible et n\u00e9cessairement vain. \u00ab\u00a0Ne voyez-vous pas que vous \u00eates tous semblables ? nous dit-il. Ne voyez-vous pas que votre condition \u00e0 tous est la m\u00eame et qu&rsquo;\u00e0 tous manque la m\u00eame chose ? Faites la paix entre vous. Aimez-vous les uns les autres. Alliez-vous afin de trouver ensemble le moyen de d\u00e9passer l&rsquo;illusion dont votre esprit est captif.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Comment ne nous parlerait-il pas ainsi, \u00e0 quelque si\u00e8cle et quelque latitude qu&rsquo;il appartienne ? Comment ne nous aimerait-il pas tous et n&rsquo;aurait-il pas piti\u00e9 de nous ? Il a vu la Lumi\u00e8re, il est sorti de la caverne, il a chang\u00e9 de dimension, il s&rsquo;est fondu en la supr\u00eame clart\u00e9 du monde et, comme le sugg\u00e8re Platon, il est redescendu vers ceux dont il a, jusque-l\u00e0, partag\u00e9 le sort infirme <a id=\"Y1\" href=\"#X1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Regardez-le : il se tient sur le seuil, et ses yeux plongent dans l&rsquo;obscurit\u00e9 qui, pour lui, s&rsquo;est chang\u00e9e en lumi\u00e8re. Tous ses anciens compagnons lui apparaissent subitement identi\u00adques. Ils ne sont plus partag\u00e9s en clans dress\u00e9s les uns contre les autres. Ils sont tous r\u00e9duits au m\u00eame \u00e9tat de gal\u00e9riens. Eux, c&rsquo;est-\u00e0-dire nous, c&rsquo;est-\u00e0-dire les cinq milliards d&rsquo;hommes que nous sommes aujourd&rsquo;hui apr\u00e8s les innombrables mil\u00adliards d&rsquo;hommes qu&rsquo;il y eut avant nous.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Or, son devoir n&rsquo;est certainement pas de fouetter ses anciens compagnons pour les punir, ou les faire aller plus vite. Son devoir n&rsquo;est certainement pas de d\u00e9clarer les uns mauvais et les autres justes. Son devoir est de les aider tous, de les \u00e9clairer, de desceller leurs fers \u2014 de les d\u00e9livrer.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il ne peut \u00eatre d&rsquo;autre r\u00f4le pour le sauveur de l&rsquo;humanit\u00e9 : non pas juger en termes de Bien et de Mal et divorcer d&rsquo;une partie d&rsquo;entre nous afin de couronner l&rsquo;autre, mais r\u00e9pandre sur chacun de nous un m\u00eame amour \u00e9ternel, que rien n&rsquo;entame ni ne d\u00e9\u00e7oit jamais. Parce qu&rsquo;il nous conna\u00eet et conna\u00eet nos souffrances, les ayant autrefois partag\u00e9es, il sait exactement de quoi nous avons besoin. Et parce qu&rsquo;il conna\u00eet \u00e0 pr\u00e9sent la V\u00e9rit\u00e9, il sait \u00e9galement ce qui doit nous \u00eatre donn\u00e9. Et nous qui ne le voyons pas dans la lumi\u00e8re o\u00f9 il vit, mais \u00e0 travers l&rsquo;ombre o\u00f9 nous vivons, nous recherchons cet amour dont l&rsquo;id\u00e9e nous \u00e9lance et dont, seule, une contrefa\u00e7on nous par\u00advient. Nous ne comprenons pas, en effet, nous ne pouvons pas comprendre cet amour divin qui s&rsquo;\u00e9tend \u00e0 tous, \u00e0 travers l&rsquo;Espace et le Temps, sans se soucier des m\u00e9rites ou des d\u00e9m\u00e9\u00adrites de chacun. Nous sommes tous for\u00e7ats d&rsquo;une m\u00eame caverne, et c&rsquo;est toute la caverne qu&rsquo;\u00e9claire le regard de l&rsquo;homme de Dieu.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Nulle distinction n&rsquo;est donc plus possible pour lui entre les encha\u00een\u00e9s. Autrement, il n&rsquo;aurait pas vu l&rsquo;Un, ne se serait pas identifi\u00e9 \u00e0 lui, ne le retrouverait pas dans la multitude, ne serait pas lui-m\u00eame un avec cette multitude innombrable. Il ne percevrait que la division, le morcellement, le jeu de l&rsquo;ombre et de la lumi\u00e8re. Il ne saurait pas ce qu&rsquo;est Dieu, et que Dieu est le seul \u00catre ici-bas et au-del\u00e0. Il serait un homme comme les autres, encore prisonnier de la caverne. Et c&rsquo;est justement parce qu&rsquo;il ne l&rsquo;est plus que nul partage ne se fait plus, en lui, entre les deux p\u00f4les qui nous attirent. Tel homme peut bien avoir jonch\u00e9 sa vie de crimes et d&rsquo;ordure, et tel autre s&rsquo;\u00eatre purifi\u00e9 dans les eaux de la pri\u00e8re, ni le crime ni la pri\u00e8re ne les ont lib\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Quel que soit son nom, l&rsquo;homme de Dieu les voit d&rsquo;un \u0153il \u00e9gal. Il est l&rsquo;agnus Dei. Tous chantent vers lui sans bien le distinguer. Ils se doutent vaguement de sa pr\u00e9sence qu&rsquo;ils adorent sans comprendre ou insultent sans savoir. <em>Miserere nobis<\/em>. Et comme leur ch\u0153ur souterrain le demande d&rsquo;\u00e2ge en \u00e2ge, il enl\u00e8ve les p\u00e9ch\u00e9s du monde. Les p\u00e9ch\u00e9s n&rsquo;existent pas pour lui. Tout est lumi\u00e8re. Mais il se souvient de ce qu&rsquo;il a v\u00e9cu lui-m\u00eame quand il \u00e9tait encha\u00een\u00e9. Il se souvient des t\u00e9n\u00e8bres o\u00f9 il agonisait avec le reste du monde. C&rsquo;\u00e9tait cela, le p\u00e9ch\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait cette cagoule qui l&rsquo;aveuglait et, l&rsquo;\u00e9touffait \u2014 et qui continue d&rsquo;\u00e9touffer ses anciens compagnons. C&rsquo;\u00e9tait cet asservissement aux lois de forces inexpugnables. Lui, a pu arracher la cagoule et rejeter la tutelle de la Nature. Mais eux, sont toujours les esclaves d&rsquo;un invisible potentat. Jusqu&rsquo;au dernier, il doit s&rsquo;efforcer de les d\u00e9livrer. <em>Libera nos a malo<\/em>. Sur chacun, il doit se pencher et, \u00e0 chacun, murmurer des paroles d&rsquo;apaisement, d&rsquo;amour et d&rsquo;esp\u00e9rance. \u00a0\u00bbOui, toi aussi, tu verras la lumi\u00e8re, et toi, et toi l\u00e0-bas, et toi encore. Tous, je vous le promets, vous verrez la lumi\u00e8re interdite par le ma\u00eetre de la caverne, demain vous serez tous libres et sem\u00adblables \u00e0 moi.\u00a0\u00bb Tous, c&rsquo;est-\u00e0-dire, encore une fois, non pas seulement les vertueux, mais aussi les p\u00e9cheurs, les criminels qui nous r\u00e9pugnent et les dictateurs sanguinaires.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">D\u00e8s lors, il faut comprendre une chose, et qui a de quoi nous faire hurler de d\u00e9go\u00fbt : si J\u00e9sus a aim\u00e9 tous les hommes, si le Bouddha a \u00e9prouv\u00e9 la m\u00eame compassion pour tous, J\u00e9sus a aim\u00e9 Hitler \u2014 ou tout autre fl\u00e9au des nations \u2014 et le Bouddha a eu piti\u00e9 de lui. Non pas qu&rsquo;il nous faille nous pr\u00e9\u00adcipiter dans les rues en brandissant des \u00e9tendards \u00e0 croix gamm\u00e9e et en chantant des hymnes nazis. Non pas que J\u00e9sus ou le Bouddha aient eu la vision du fauteur d&rsquo;h\u00e9catombes et des Juifs massacr\u00e9s \u00e0 sa gloire. Mais Hitler \u00e9tait lui aussi prisonnier de la caverne. Son action m\u00eame en est la preuve. Si \u00e9clair\u00e9 qu&rsquo;il se soit pr\u00e9tendu en son d\u00e9lire, il \u00e9tait, comme nous, et plus que nous encore, assujetti aux illusions dont l&rsquo;ombre projet\u00e9e sur le mur de la caverne est pour nous tout le film de l&rsquo;existence. Tromp\u00e9 plus que nous, il a tromp\u00e9 plus que personne, misant sur une division raciale de l&rsquo;humanit\u00e9, lors m\u00eame que l&rsquo;humanit\u00e9 est une.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">En ce sens, il est d&rsquo;ailleurs le produit hideusement parfait de ce plan de la dualit\u00e9 o\u00f9 nous vivons. Car le projet d&rsquo;\u00e9li\u00adminer telle ou telle ethnie en faveur d&rsquo;une race de seigneurs ne fait pas que nous renvoyer \u00e0 certains concepts h\u00e9g\u00e9liens, ni non plus qu&rsquo;illustrer une f\u00e9odalit\u00e9 end\u00e9mique sous un vernis de d\u00e9mocratie. Il repr\u00e9sente le mal m\u00eame dont nous sommes tous atteints : la perception duelle du monde, le sens de l&rsquo;individu s\u00e9par\u00e9 du reste et, dans ce reste, le sens de la s\u00e9paration de tous les \u00e9l\u00e9ments qui le constituent. Pouss\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 ses limites les plus atroces et les plus absurdes, ce sens inn\u00e9 de la dualit\u00e9 aboutit \u00e0 Auschwitz \u2014 ou \u00e0 Hiroshima. Parce que nous ne voyons pas que l&rsquo;univers est un et que nous sommes un avec lui, nous nous opposons fatalement dans des conflits quotidiens ou dans de guerres qui, d\u00e9sormais mondiales, ne peuvent que nous an\u00e9antir, si nous ne com\u00adprenons pas \u00e0 temps d&rsquo;o\u00f9 nous vient tout le mal.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Sans doute n&rsquo;est-il pas un instant question de permettre demain \u00e0 un nouveau Hitler de pr\u00e9tendre, pour lui et son parti, \u00e0 l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie du monde. Nous ne saurions accepter que soient \u00e9difi\u00e9s de nouveaux abattoirs o\u00f9 dispara\u00eetraient des millions d&rsquo;entre nous. Et si le mot honneur a un sens \u00e0 nos yeux, qu&rsquo;il nous soit donn\u00e9 de nous battre et de mourir pour l&rsquo;honneur de l&rsquo;humanit\u00e9 sous les coups du tueur. Ne renions pas les larmes de ceux, innombrables, qui se sont succ\u00e9d\u00e9 et nous ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s dans la caverne. Mourons, un chant d&rsquo;espoir et d&rsquo;adieu sur les l\u00e8vres, plut\u00f4t que de courber le front devant celui qui voudrait encore faire r\u00e9gner la divi\u00adsion dans nos c\u0153urs et sur la Terre.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Cependant, au-del\u00e0 de l&rsquo;aversion pour le Mal et au-del\u00e0 de la souffrance que le Mal inflige au monde, l&rsquo;homme de Dieu voit l&rsquo;\u00e2me. Les actes abominables, il les voit. Mais en m\u00eame temps et surtout, il voit l&rsquo;\u00e2me du criminel, du meurtrier, du dictateur. Sur l&rsquo;\u00e2me de chaque \u00eatre, il concentre son regard et, au milieu des tourments qui lui sont inflig\u00e9s \u00e0 lui comme au reste du monde, il continue de percevoir l&rsquo;\u00e2me et de l&rsquo;aimer.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il sait que l&rsquo;\u00e2me du criminel, du meurtrier, du dictateur est aussi pure que celle de leurs victimes. Car l&rsquo;\u00e2me est une \u00e9tincelle de Dieu. Et Dieu est toute beaut\u00e9, toute lumi\u00e8re, toute puret\u00e9. Tandis qu&rsquo;autour de lui s&rsquo;affrontent les nations et que, par milliers, s&rsquo;effondrent tous les jours les corps des combattants, il voit encore l&rsquo;\u00e2me en sa gloire et sa douceur. Il ne peut s&#8217;emp\u00eacher de la voir. Nue comme le feu, elle n&rsquo;est pas obscurcie par ce que nous croyons commettre d&rsquo;indigne. Au contraire, elle s&rsquo;en nourrit, devenant ainsi plus brillante.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">L&rsquo;homme de Dieu ne peut pas ne pas voir l&rsquo;\u00e2me de chaque \u00eatre, s&rsquo;ag\u00eet-il du plus abject. S&rsquo;il ne la voyait pas, il ne con\u00adna\u00eetrait plus son \u00e2me. S&rsquo;il cessait de voir Dieu dans le mouve\u00adment du monde, dans l&rsquo;abaissement comme dans l&rsquo;exaltation du monde, cela voudrait dire qu&rsquo;il a perdu la vue, qu&rsquo;il est de nouveau prisonnier de la caverne obscure. Et cela est impos\u00adsible. Il ne peut pas plus revenir en arri\u00e8re que nous ne pouvons voir l&rsquo;univers avec les yeux des singes.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">L&rsquo;homme de Dieu est \u00e0 jamais homme de Dieu, et il ne peut voir que Dieu en tout ce qui existe, quand bien m\u00eame ses sens et sa raison en seraient-ils parfois horrifi\u00e9s et quand bien m\u00eame lui faudrait-il vaincre d&rsquo;ultimes r\u00e9sistances en lui pour ne pas sombrer dans la folie : tout est d\u00e9sormais si con\u00adtraire aux lois qui r\u00e9gissent le cerveau humain que la vision de Dieu, rompant les barrages ataviques, pourrait l&#8217;emporter dans sa coul\u00e9e surpuissance.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il sait, oui, il sait qu&rsquo;en termes humains, c&rsquo;est un monstre qui se dresse devant lui, ou un vampire couronn\u00e9 qui veut sucer le sang des peuples. Mais en termes divins, il sait qu&rsquo;il n&rsquo;existe que Dieu, m\u00eame en ce qui nous brise, nous d\u00e9porte et nous tue.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Si, avec les moyens ext\u00e9rieurs et int\u00e9rieurs dont il dispose, il doit lutter contre la f\u00e9lonie et l&rsquo;oppression, il n&rsquo;en doit pas moins continuer de savoir que, derri\u00e8re le masque de celui qui le trahit, ou bien de l&rsquo;oppresseur, se trouve un visage d&rsquo;amour.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il ne nous viendrait pas \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de mettre \u00e0 mort l&rsquo;acteur qui joue Macbeth ou Caligula. Seuls, les r\u00f4les sont coupables, si l&rsquo;on peut dire. Et ils sont dus \u00e0 l&rsquo;auteur de la pi\u00e8ce, non \u00e0 ses interpr\u00e8tes. Ce que nous voyons se faire et se d\u00e9faire au\u00adtour de nous est l\u2019\u0153uvre de Dieu seul. Nous n&rsquo;en sommes que les acteurs. Par-del\u00e0 les mots et les gestes qui nous sont con\u00adfi\u00e9s, notre \u00e2me sourit en sa clart\u00e9 sereine et offre \u00e0 son Sei\u00adgneur le sacrifice de son jeu.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Telle est l&rsquo;essence m\u00eame de la sagesse du sage. Et c&rsquo;est ainsi que se traduit sa connaissance que tout est Dieu. Ces personnages historiques qui d\u00e9vastent nos pays et ceux qui nous blessent dans l&rsquo;anonymat de la vie quotidienne font partie de la m\u00eame distribution que nous. Acteurs comme nous, jouant dans le m\u00eame drame que nous, ils sont tous aussi parfaitement purs que nous derri\u00e8re le faux-semblant des masques.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Dieu n&rsquo;est pas plus divin dans J\u00e9sus que dans Judas. Ce ne sont que des r\u00f4les qu&rsquo;il confie aux \u00e2mes choisies par lui en son \u00eatre \u00e9ternel et infini. Shakespeare est-il moins shakes\u00adpearien dans <em>Rom\u00e9o et Juliette<\/em> que dans <em>Hamlet<\/em> ou <em>Le roi Lear<\/em> ? Cela ne veut rien dire. Et c&rsquo;est l\u00e0 toute la connaissance du voyant. Terrifiante sagesse de celui pour qui tout est l&rsquo;Unique ! On comprend, \u00e0 l&rsquo;\u00e9noncer, que ceux qui s&rsquo;efforcent de la conqu\u00e9rir s&rsquo;effondrent parfois avant d&rsquo;y atteindre. Combien d&rsquo;asc\u00e8tes sont morts ou devenus fous sur le chemin qui m\u00e8ne \u00e0 la transcendance de nos perceptions ? Tous sont partis en qu\u00eate de cette pierre philosophale qui inverse les m\u00e9canismes de notre mentalit\u00e9 et finit par les dissoudre dans le Silence \u2014 h\u00e9b\u00e9tude ou extase o\u00f9 le monde se pr\u00e9sente enfin sous un jour diff\u00e9rent qui ne blesse plus, mais est b\u00e9atifique. Dieu ! Dieu ! C&rsquo;est lui ! Je l&rsquo;ai enfin trouv\u00e9, je le suis devenu, je ne m&rsquo;interroge plus sur rien, tout est bien, tout est parfait, tout est lui. Et la pire infamie en est miracul\u00e9e. Le monde resplendit dans la stupeur \u00e9ternelle de Dieu qui se conna\u00eet en toute chose et tout \u00eatre sans exception car la moindre exception romprait son unicit\u00e9. S&rsquo;il y avait une seule chose qui ne f\u00fbt pas Dieu, Dieu n&rsquo;existerait ni n&rsquo;aurait jamais exist\u00e9, ni rien qui puisse cr\u00e9er le monde, aucun lieu qui puisse le con\u00adtenir, aucune force qui puisse l&rsquo;\u00e9tendre ou le d\u00e9truire. Tout simplement, il n&rsquo;y aurait pas d&rsquo;\u00eatre. Rien n&rsquo;existerait, ni Dieu ni le monde, si tout n&rsquo;\u00e9tait pas Dieu, car ce que nous appelons Dieu, depuis les temps mosa\u00efques, c&rsquo;est Celui ou Cela qui est, l&rsquo;unique Existence qui se cache \u00e0 elle-m\u00eame, l&rsquo;\u00catre pur qui semble ne r\u00e9sider qu&rsquo;au-del\u00e0, mais impr\u00e8gne et constitue tout ce qui est ici, du fait m\u00eame de son unicit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il n&rsquo;y a pas Dieu et le monde, si n&rsquo;existe que l&rsquo;Un, comme le pressent le voyant lors de son illumination. Il y a l&rsquo;Un en tant que Dieu et que monde \u00e0 la fois. Id\u00e9e si impossible \u00e0 concevoir qu&rsquo;elle en a jet\u00e9 plus d&rsquo;un dans la d\u00e9mence et que plus d&rsquo;un axiome des grandes religions semble relever du d\u00e9lire. L&rsquo;Illusion radicale de la pens\u00e9e bouddhique pour laquelle rien n&rsquo;existe vraiment, ni monde, ni \u00e2me, ni Dieu, ou l&rsquo;Illusion moindre du mayavada indien pour lequel le monde est un mirage et l&rsquo;Un transcendant la seule r\u00e9alit\u00e9 donnent le vertige \u00e0 l&rsquo;esprit occidental dont, en revanche, le sens du prochain qu&rsquo;il faut aimer comme soi-m\u00eame, selon le L\u00e9viti\u00adque, et comme le Fils de Dieu nous a aim\u00e9s, selon l&rsquo;\u00c9vangile, d\u00e9concerte plus d&rsquo;un Oriental.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Pour r\u00e9concilier le Cr\u00e9ateur et sa cr\u00e9ation, qui nous sem\u00adblent s\u00e9par\u00e9s par un ab\u00eeme infranchissable, combien d&rsquo;efforts n&rsquo;avons-nous pas tent\u00e9s, d\u00e8s lors que nous est venue l&rsquo;intui\u00adtion de l&rsquo;\u00c9ternel et Infini. Comment Yahv\u00e9, le Brahman, le Tao ou Allah, comment l&rsquo;\u00catre unique auquel le voyant s&rsquo;identifie dans son extase peut-il \u00eatre simultan\u00e9ment le Devenir myriadaire, temporel et fini\u00a0?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">C&rsquo;est la seule question que nous ayons \u00e0 nous poser, la seule, en v\u00e9rit\u00e9, que nous nous posions aveugl\u00e9ment dans tous nos gestes et toutes nos paroles. Et lorsque nous y aurons r\u00e9pondu, alors nous serons capables de ne plus voir que Dieu dans le monde, et nous serons nous-m\u00eames Dieu. Sur le chemin de cette r\u00e9alisation, les voyants nous guident l&rsquo;un apr\u00e8s l&rsquo;autre, les avat\u00e2rs et les messies apportent chacun sa pierre \u00e0 l&rsquo;\u00e9difice o\u00f9, lorsque nous y entrerons, tout nous appara\u00eetra diff\u00e9rent, \u00e0 commencer par nous-m\u00eames.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Aussi longtemps que la question sera en nous comme un gouffre que nous cherchons \u00e0 fuir et qui nous avale \u00e0 l&rsquo;heure de notre mort, nous serons prisonniers de la caverne, abrutis par le spectacle des ombres projet\u00e9es sur le mur face auquel nous sommes condamn\u00e9s \u00e0 vivre et \u00e0 p\u00e9rir. Et sur nous, s&rsquo;\u00e9tendra, discr\u00e8te ou formidable, la compassion des voyants qui, en nous, reconnaissent des images de Dieu, m\u00eame si nous semblons agir contre lui ou le nier.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Eux qui ont surmont\u00e9 les crevasses b\u00e9ant sous leurs pas et conquis ce graal solaire de la transfiguration du monde, ils ont le droit de nous b\u00e9nir. Eux qui ont domin\u00e9 le doute et la folie et la torture inflig\u00e9e \u00e0 leurs pens\u00e9es, \u00e0 leurs sentiments et \u00e0 leurs sensations, eux qui ne sont pas morts de livrer ce combat contre les T\u00e9n\u00e8bres afin d&rsquo;en faire jaillir la Lumi\u00e8re, eux qu&rsquo;ont d\u00e9chir\u00e9s les crocs de tant de b\u00eates invisibles que leur amour n&rsquo;arrivait pas \u00e0 convertir et qui, dans le Mal qui leur \u00e9tait fait, sont parvenus \u00e0 reconna\u00eetre le Dieu de leur queste, en v\u00e9rit\u00e9, ils ont le droit de nous b\u00e9nir, de d\u00e9verser sur nous la Lumi\u00e8re qui, descendue d&rsquo;un ciel inconnu de nous, venait \u00e0 chaque pas les r\u00e9conforter.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Et ils ont le droit de nous tenir ces propos insens\u00e9s o\u00f9 transpara\u00eet quelque chose de Dieu qui, \u00e0 la fois, nous \u00e9pou\u00advante et nous ravit. \u00c9coutez-les, \u00e9coutez les mots qu&rsquo;ils rap\u00adportent de leur duel contre la dualit\u00e9, de leur d\u00e9couvrement de ce qui, pour nous, est couvert, de leur mise \u00e0 mort de cela m\u00eame qui nous tue. \u00c9coutez, \u00e9coutez !<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Dieu ne se sacrifie pas plus en mourant sur la croix qu&rsquo;en rev\u00eatant en chacun de nous l&rsquo;ignorance du monde. Dans l&rsquo;illumin\u00e9, le sage, le parfait, il est enti\u00e8rement Dieu, et en\u00adti\u00e8rement Dieu dans le d\u00e9bauch\u00e9, le voleur et le despote.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il a autant de joie \u00e0 \u00eatre le grain de poussi\u00e8re que la mon\u00adtagne, l&rsquo;oiseau qui chante que le serpent qui rampe, le meur\u00adtrier ou l&rsquo;idiot que l&rsquo;adorant et le g\u00e9nie. Sous quelque forme que ce soit, hideuse ou admirable, sous quelque masque et derri\u00e8re quelque acte que ce soit, gloire ou bassesse, amour ou r\u00e9pulsion, beaut\u00e9 ou fl\u00e9trissure, seul existe en r\u00e9alit\u00e9 le sourire de sa Joie. La joie d&rsquo;\u00eatre le d\u00e9mon est pour lui une avec la joie d&rsquo;\u00eatre l&rsquo;archange. La joie d&rsquo;\u00eatre l&rsquo;homme qui souffre ne se distingue pas de la joie d&rsquo;\u00eatre ce qui cause la souffrance, ou ce qui la d\u00e9passe. La joie d&rsquo;\u00eatre l&rsquo;univers, la joie d&rsquo;\u00eatre dans l&rsquo;univers, la joie de contenir l&rsquo;univers sont une m\u00eame joie. La joie d&rsquo;\u00eatre le tout ne diff\u00e8re pas de la joie de n&rsquo;\u00eatre rien.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00c9coutez encore, \u00e9coutez surtout l&rsquo;ultime chant de leur sagesse. O sublimes, \u00f4 terribles paroles que nous ne pouvons comprendre lors m\u00eame qu&rsquo;elles nous d\u00e9finissent. Vous \u00eates Dieu ! Chacun de vous est Dieu ! Tous ! Tous ! Vous \u00eates tous Dieu !<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00c0 cela se r\u00e9sume l&rsquo;enti\u00e8re sagesse des voyants de toujours et de partout. Il n&rsquo;existe que Dieu \u2014 et nous-m\u00eames, d\u00e8s lors, sommes fatalement Dieu. Des cimes de leur royaut\u00e9 int\u00e9\u00adrieure, les sages le proclament. Ombre, tu es Lumi\u00e8re. P\u00e9cheur, tu es saint. Homme, tu es Dieu. Temps, tu es \u00c9ternit\u00e9. Uni\u00advers, tu es le corps de l&rsquo;unique Vivant. Et nous ne pouvons comprendre, m\u00eame s&rsquo;il nous arrive de croire. Le sens nous \u00e9chappe, de ces mots qui nous sont r\u00e9p\u00e9t\u00e9s sur tant de tons diff\u00e9rents d&rsquo;un bout \u00e0 l&rsquo;autre du monde.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Comment pourrions-nous \u00eatre Dieu, nous, les impurs, les condamn\u00e9s de la caverne, les prisonniers des T\u00e9n\u00e8bres ? Nous mentons et trahissons \u00e0 chaque instant. Nous volons, nous blessons, nous tuons. Et nous effrayant que nos pauvres petits crimes ne soient d\u00e9couverts, nous nous barricadons dans un d\u00e9dale o\u00f9 nul ne doit pouvoir nous trouver et dont nous asphyxie la folle architecture. Nous savons bien que nous ne sommes pas Dieu. Ce pitoyable d\u00e9lire en est la preuve suffisante et d\u00e9finitive. Dieu ne saurait se conduire comme nous, dans cette d\u00e9mence qui ricane et bave et singe sa gran\u00addeur.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il n&rsquo;est, au fond, pas une de nos paroles qui ne soit fausse. Nos plus hautes conceptions sont d&rsquo;\u00e2ge an \u00e2ge d\u00e9menties, que nous avons pourtant honor\u00e9es pour leur pouvoir de v\u00e9rit\u00e9. Sans fin, nous nous trompons sur la r\u00e9alit\u00e9 des choses et des \u00eatres et conformons nos jours \u00e0 cette tromperie. Tout est en nous fabulation de sorciers mythomanes. Et nous nous prenons nous-m\u00eames \u00e0 nos r\u00e9cits. Qui d&rsquo;autre que nous pour\u00adrions-nous leurrer d&rsquo;ailleurs ? Nous ne croyons qu&rsquo;aux mensonges dont nous v\u00eatons l&rsquo;\u00e2pre nudit\u00e9 du Vrai, du R\u00e9el, de l&rsquo;\u00catre de lumi\u00e8re qui r\u00eave au fond de nous. Comment serions-nous Dieu ? Risible sacril\u00e8ge dont nous irrite aujourd&rsquo;hui l&rsquo;anachronisme, car il est \u00e9vident que rien ni personne n&rsquo;\u00e9voque la Divinit\u00e9 en notre monde min\u00e9 de toutes parts et menac\u00e9 d&rsquo;an\u00e9antissement.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Et pourtant, dit le sage, oui, pourtant vous \u00eates Dieu. Il faut le r\u00e9p\u00e9ter : sans doute continue-t-il de voir ce que nous faisons, d&rsquo;entendre ce que nous disons, de sentir ce que nous \u00e9prouvons. Sans doute continue-t-il de percevoir notre infir\u00admit\u00e9 vaniteuse. Mais en m\u00eame temps, autre chose s&rsquo;offre \u00e0 lui, dont nous-m\u00eames ne sommes pas conscients et qui, toutefois, est l&rsquo;essence de notre \u00eatre : ce que l&rsquo;on appelle l&rsquo;\u00e2me, cette clart\u00e9 int\u00e9rieure qui est le r\u00eave de Dieu en nous. Et c&rsquo;est cette beaut\u00e9 somnambule que le sage b\u00e9nit, afin de la guider \u00e0 travers la h\u00e2blerie du monde et qu&rsquo;elle puisse mani\u00adfester ce pour quoi elle est en notre corps.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00c0 la fois, il voit le mensonge o\u00f9 nous sommes enferm\u00e9s et la V\u00e9rit\u00e9 enclose en nous. Tout ce qui appartient au men\u00adsonge est par lui d&rsquo;avance pardonn\u00e9. Tout ce qui ressortit \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, il l&rsquo;\u00e9veille et l&rsquo;encourage, le tire peu \u00e0 peu de sa gangue obscure. Ma\u00efeutique sacr\u00e9e qui peut s&rsquo;\u00e9tendre non sur des ann\u00e9es mais sur d&rsquo;innombrables vies. Qu&rsquo;importe pour le sage. En chacun de nous, il d\u00e9pose l&rsquo;\u00e9nergie de lumi\u00e8re qui doit nous vivifier. Il n&rsquo;attend aucun r\u00e9sultat en particulier. Il se contente de participer aux cycles de l&rsquo;\u00e9volu\u00adtion, de se couler dans le majestueux tournoiement des astres, d&rsquo;\u00eatre le chenal qu&#8217;emprunte l&rsquo;\u00c9nergie cr\u00e9atrice afin de parachever son \u0153uvre terrestre en m\u00eame temps qu&rsquo;\u00e0 d&rsquo;incalculables distances elle fait fleurir de nouveaux soleils autour desquels, dans des millions d&rsquo;ann\u00e9es, graviteront peut-\u00eatre des terres nouvelles.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">C&rsquo;est pourquoi il importe d&rsquo;insister : nous continuons de peiner dans le noir, encha\u00een\u00e9s \u00e0 l&rsquo;illusion de nos sens et in\u00adcarnant cela m\u00eame qui saccage nos jours. Et il le sait. Il con\u00adna\u00eet tous nos maux, qu&rsquo;il a jadis partag\u00e9s. Et il les voit nous faire grimacer sous l&rsquo;artifice d&rsquo;un sourire que nous croyons sinc\u00e8re. Comment ne nous plaindrait-il pas ? Comment, \u00e0 notre seule vue, la mansu\u00e9tude ne sourdrait-elle pas de lui afin d&rsquo;oindre nos plaies que, dans notre ignorance, nous qualifions de crimes et de p\u00e9ch\u00e9s ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Voyant nos ulc\u00e8res et nos chancres, il ne peut \u00e9prouver pour nous que de l&rsquo;amour et le d\u00e9sir de nous sauver. Quelque d\u00e9go\u00fbt qu&rsquo;un autre, \u00e0 sa place, en ressentirait, il se penche sans fr\u00e9mir sur le mal qui nous ronge et caresse doucement nos traits d\u00e9figur\u00e9s. Nous voudrions nous cacher, mais sa bont\u00e9 inexorable nous extrait patiemment de notre vermine. Et peut-\u00eatre sommes nous pis, avec lui, que nous ne le sommes entre nous, car nous devinons en lui le pouvoir de nous gu\u00e9rir.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ce qui nous poss\u00e8de n&rsquo;\u00e9tant pas dispos\u00e9 \u00e0 lui c\u00e9der la place, nous l&rsquo;insultons et le bafouons, et lui soutirons cela m\u00eame qu&rsquo;il vient nous donner. Ou bien nous crachons dans la main qu&rsquo;il nous tend. Mais lui, continue de sourire. N&rsquo;ayez peur ni de moi ni de ce qui est en vous. Il vient, il vient nous d\u00e9livrer. Encore une fois, il s&rsquo;approche de nous. Et encore une fois, nous le rejetons.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Sa lumi\u00e8re blesse nos yeux habitu\u00e9s aux t\u00e9n\u00e8bres. Sa lumi\u00e8re nous aveugle et nous d\u00e9s\u00e9quilibre. Qu&rsquo;il parte ! Qu&rsquo;il s&rsquo;en aille ! Qu&rsquo;il rejoigne sa demeure sacr\u00e9e ! Qu&rsquo;il nous laisse agoniser dans nos excr\u00e9ments ! Mais le voyant s&rsquo;\u00e9loigner de nous, nous le rappelons. Ne nous laisse pas mourir dans cette fange. Ne nous abandonne pas. \u00d4 agneau de Dieu, toi qui enl\u00e8ves les p\u00e9ch\u00e9s du monde, aie piti\u00e9 de nous, reviens. Et il revient, pr\u00eat \u00e0 nous aimer davantage en d\u00e9pit de tout ce que nous lui avons fait subir sous d&rsquo;autres noms dans le pass\u00e9.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Nos crimes nous sont tous remis, affirme son sourire tandis qu&rsquo;il nous prend dans ses bras et nous berce contre son c\u0153ur. Nos crimes n&rsquo;ont jamais exist\u00e9 que dans le cauche\u00admar de la caverne. Et sous l&rsquo;apparence de Mo\u00efse, du Bouddha, de J\u00e9sus et d&rsquo;autres encore, dont, parfois, le nom n&rsquo;est pas parvenu jusqu&rsquo;\u00e0 nous, il se penche encore et encore sur nos grabats. Et il y a comme de la tristesse dans ses yeux quand il voit l&rsquo;\u00e9tendue de nos maux. Et en m\u00eame temps, il y a une telle puissance. Le voil\u00e0 qui se redresse et qui tonne. Le voil\u00e0 qui crie des anath\u00e8mes et semble nous maudire parce que, une fois de plus, nous profanons ce qu&rsquo;il nous donne. Mais en r\u00e9alit\u00e9, il nous exorcise, il chasse de nous la maladie qui nous enfi\u00e8vre et qui, nous faisant voir une illusion, nous oblige \u00e0 la vivre.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Quel est donc le secret de sa force inlassable ? Et comment peut-il supporter tout ce que nous lui imposons ? Le sait-il lui-m\u00eame ? Sait-il seulement pourquoi il nous aime tant, alors que nous sommes si incapables ou si peu d\u00e9sireux de r\u00e9pondre \u00e0 son amour et qu&rsquo;au visage supplici\u00e9 du Christ nous pr\u00e9f\u00e9rons toujours le rire grivois de nos putains ? Et qu&rsquo;\u00e9prouve-t-il en son c\u0153ur qu&rsquo;il nous offre ainsi qu&rsquo;un h\u00e2vre, lorsqu&rsquo;il s&rsquo;aper\u00e7oit qu&rsquo;\u00e0 la saintet\u00e9 de ses paroles nous opposons toujours l&rsquo;obsc\u00e9nit\u00e9 de nos glapissements ? Ses yeux continuent de luire dans notre nuit, telles de petites flammes de paix veillant sur nous. Qui est-il donc ? Qui est-il donc pour nous aimer ainsi, nous qui ne savons que l&rsquo;offenser, lui mentir et finalement le mettre \u00e0 mort ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Lui-m\u00eame r\u00e9pond sans crainte : \u00ab\u00a0Ce n&rsquo;est pas moi qui aime. C&rsquo;est Dieu en moi qui vous aime. Nul homme au monde, vous le savez bien, ne pourrait vous aimer de cette mani\u00e8re. Seul, Dieu peut avoir pour vous cet amour qui donne et pardonne tout.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u2014 Mais bien-aim\u00e9, disent les plus hardis d&rsquo;entre nous, Dieu, s&rsquo;il existe et s&rsquo;il est dans sa nature de nous aimer, ne peut nous aimer que d&rsquo;une mani\u00e8re abstraite et impersonnelle. Tandis que toi, nous te voyons. Et tu nous aimes concr\u00e8tement et personnellement.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u2014 C&rsquo;est l&rsquo;Impersonnel en moi qui vous aime personnelle\u00adment. Je suis ici, devant vous, afin que vous compreniez que Dieu vous aime tous personnellement. Qui que vous soyez, quoi que vous fassiez, quoi qu&rsquo;il vous arrive, Dieu vous aime tous personnellement et pour toujours.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u2014 Amen\u00a0\u00bb, r\u00e9pondons-nous, incapables de comprendre et d\u00e9j\u00e0 repris par l&rsquo;obsession de notre ombre.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Mais \u00e0 remuer l&rsquo;ordure o\u00f9 le Sort nous enfonce et o\u00f9 nous croupissons, le voyant mill\u00e9naire d\u00e9couvre d\u00e9j\u00e0 autre chose. Lui qui, d&rsquo;\u00e2ge en \u00e2ge et de peuple en peuple, change de corps et de visage tout en incarnant le m\u00eame pouvoir, d\u00e9couvre patiemment un autre degr\u00e9 de l&rsquo;amour. Et ses yeux s&#8217;em\u00adplissent de larmes, tandis que son corps se prosterne, \u00e9trei\u00adgnant la Terre dont il est n\u00e9 et qu&rsquo;il veut prot\u00e9ger et sentant un oiseau de lumi\u00e8re ouvrir en lui ses ailes et s&rsquo;\u00e9lever au firmament. \u00c0 pr\u00e9sent, il sait, il sait vraiment. Et sa gorge se crispe et son c\u0153ur se noue. Il sait. Oui, il sait vraiment tout. Et il est vraiment capable d&rsquo;aimer.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">L&rsquo;amour que, jusque-l\u00e0, il a donn\u00e9 aux hommes, si intense et si vaste qu&rsquo;il f\u00fbt, \u00e9tait encore un amour que, depuis les hauteurs c\u00e9lestes, il adressait aux hommes dans la caverne. Et il s&rsquo;\u00e9merveillait d&rsquo;\u00e9prouver divinement son amour pour chacun et pour tous. Il sentait Dieu en lui, et il se sentait Dieu. Mais les hommes restaient des hommes, une esp\u00e8ce inf\u00e9rieure poss\u00e9d\u00e9e par d&rsquo;invisibles goules, vid\u00e9e de son sang par d&rsquo;omnipr\u00e9sents vampires. Leur grouillement infirme lui inspirait une piti\u00e9 sans doute intarissable. Et il consentait joyeusement \u00e0 leurs insultes et \u00e0 leurs coups. Il \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 mourir pour les consoler, les \u00e9clairer, les sauver. Il leur offrait en sacrifice une vie dont il savait d&rsquo;avance qu&rsquo;elle \u00e9tait imp\u00e9\u00adrissable : elle ne s&rsquo;\u00e9teignait pas dans le noir inconnu de la Mort, mais au contraire s&rsquo;\u00e9vasait dans la Lumi\u00e8re de l&rsquo;\u00c9ternel et Infini. Rien ne pouvait ternir l&rsquo;\u00e9clat de son \u00e2me unie \u00e0 Dieu. Tout l&rsquo;avivait. Et plus il consentait \u00e0 s&rsquo;abaisser vers la vilenie humaine, plus il s&rsquo;exhaussait vers des sommets divins.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Sans doute sa patience \u00e9tait-elle r\u00e9elle, et n&rsquo;y avait-il rien \u00e0 reprendre \u00e0 son holocauste. Sans doute se soumettait-il sans discuter \u00e0 la voix qui, en lui, commandait qu&rsquo;il ne r\u00e9\u00adserv\u00e2t rien. Mais peut-\u00eatre y avait-il encore la satisfaction d&rsquo;\u00eatre aussi docile entre les mains de Dieu, la fiert\u00e9 d&rsquo;\u00eatre sans orgueil devant ses tourmenteurs, l&rsquo;indicible vanit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre parfaitement humble. Et la lumi\u00e8re qui \u00e9manait de lui en \u00e9tait comme tamis\u00e9e sans qu&rsquo;il le voul\u00fbt ni qu&rsquo;il en f\u00fbt m\u00eame conscient.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ne voulant rien pour lui, il ne se demandait pas s&rsquo;il exis\u00adtait un \u00e9tat sup\u00e9rieur ni ce qu&rsquo;il fallait faire pour y atteindre. La force de Dieu \u0153uvrait en lui. C&rsquo;\u00e9tait la seule chose qu&rsquo;il sent\u00eet r\u00e9ellement. Elle descendait il ne savait d&rsquo;o\u00f9 et, apr\u00e8s avoir investi son corps et l&rsquo;avoir roul\u00e9 dans une houle de vibrations colossales, elle \u00e9tait entr\u00e9e dans ses membres et les martelait, les p\u00e9trissait du dedans, \u00e9veillait \u00e0 travers tout son \u00eatre des fr\u00e9missements d&rsquo;astres, ici et l\u00e0 et l\u00e0 encore, dans son visage et au creux de sa poitrine et dans son dos et son ventre, de fr\u00e9missantes coul\u00e9es ininterrompues dans ses bras et ses jambes et dans ses mains et ses pieds, comme pour le transformer peu \u00e0 peu, comme pour br\u00fbler du dedans l&rsquo;obscur t\u00e9gument de chair qui le recouvrait et que l&rsquo;on pre\u00adnait pour lui. Et ce feu inlassable et tr\u00e8s doux qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas allum\u00e9 lui-m\u00eame et qui se nourrissait de sa substance \u00e9tait pour lui symbole de l&rsquo;oblation et signe qu&rsquo;elle \u00e9tait agr\u00e9\u00e9e.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Aussi continuait-il de faire face au mensonge, au stupre, \u00e0 la folie des habitants de la caverne. On pouvait bien le tuer. L&rsquo;onde qui le caressait int\u00e9rieurement le rendait immortel. Dieu \u00e9tait en lui. Qu&rsquo;importait si le monde niait Dieu ? Il venait donner Dieu au malfaiteur le plus indigne comme au plus pur des religieux. Qu&rsquo;importait si nul ne comprenait, le malfaiteur pr\u00e9f\u00e9rant son abjection et le religieux ses fr\u00eales enluminures ? Il ne pr\u00eachait m\u00eame pas, ne cherchait pas \u00e0 convertir. Il se contentait de para\u00eetre et de vivre : la norme de ses jours \u00e9tait plus haute, et chacun s&rsquo;en \u00e9mouvait \u00e0 sa mani\u00e8re, celui-ci en s&rsquo;effor\u00e7ant de devenir meilleur et celui-l\u00e0 en empirant.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le frisson de l&rsquo;\u00eatre divin, cependant, se faisait plus pr\u00e9cis en lui et l&#8217;emplissait de pouvoirs qu&rsquo;il ne recherchait pas. Des sens inconnus se mettaient \u00e0 travailler. Il entendait sans le vouloir le son de voix lointaines, la col\u00e8re d&rsquo;une foule quelque part dans le monde, le hal\u00e8tement d&rsquo;amants qui s&rsquo;\u00e9treignaient \u00e0 une distance qu&rsquo;il n&rsquo;aurait su \u00e9valuer. Il voyait sous les visages transpara\u00eetre d&rsquo;autres traits. Il voyageait dans le Temps et dans les multiples dimensions de l&rsquo;univers. Il connaissait le pass\u00e9 innombrable des hommes, retrouvait en lui des bribes de leurs anciennes vies ou bien d&rsquo;anciennes morts. Les dieux le visitaient, et il pouvait un instant les devenir. Dans l&rsquo;immensit\u00e9 silencieuse de son \u00e2me illumin\u00e9e, la cr\u00e9ation tout enti\u00e8re se manifestait. Et ses mains, comme des conques, recueillaient le pouvoir de b\u00e9nir. Irrigu\u00e9s de fluides, ses bras laissaient couler jusqu&rsquo;en la paume de ses mains la sagesse et l&rsquo;amour gr\u00e2ce auxquels vraiment nous aider.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Or, il y avait plus encore \u00e0 d\u00e9couvrir et \u00e0 manifester.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em><a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/benediction-de-labime-livre-ii-par-archaka\/\">Livre II<\/a><\/em><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00a0<a id=\"X1\" href=\"#Y1\">[1]<\/a> Pessimisme ou lucidit\u00e9, Platon d\u00e9crit en termes inoubliables ce retour du voyant : \u00ab\u00a0N&rsquo;appr\u00eatera-t-il pas \u00e0 rire \u00e0 ses d\u00e9pens, et ne diront-ils pas qu&rsquo;\u00e9tant all\u00e9 l\u00e0-haut il en est revenu avec la vue ruin\u00e9e, de sorte que ce n&rsquo;est m\u00eame pas la peine d&rsquo;essayer d&rsquo;y monter ? Et si quelqu&rsquo;un tente de les d\u00e9lier et de les con\u00adduire en haut, et qu&rsquo;ils le puissent tenir en leurs mains et tuer, ne le tueront-ils pas ?\u00a0\u00bb (<em>La r\u00e9publique<\/em>, Livre II)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ainsi donc du voyant. Sa conscience n&rsquo;est plus enferm\u00e9e dans son corps. Fini le donjon de la pens\u00e9e. Les murs en ont disparu, dissous dans la Lumi\u00e8re. Le prisonnier meurt-il une fois \u00e9chapp\u00e9 de son cachot ? Comment le sage mour\u00adrait-il en franchissant l&rsquo;enceinte mentale qui nous limite ? Il est libre, il est illimit\u00e9, il n&rsquo;a plus de limites ni dans l&rsquo;Espace ni dans le Temps. Et si nous continuons de lui voir un corps devant lequel d&rsquo;aucuns tiennent \u00e0 se prosterner, nous devons comprendre que ce corps est en lui, \u00e0 l&rsquo;inverse du n\u00f4tre o\u00f9 nous sommes pour le moment d\u00e9tenus. C&rsquo;est l\u00e0, probablement, la chose la plus difficile \u00e0 comprendre. Ce renversement des structures de l&rsquo;\u00eatre qui fait que l&rsquo;int\u00e9rieur passe \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, et l&rsquo;ext\u00e9rieur \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, est pour notre raison plus improbable encore que les mondes d&rsquo;au-del\u00e0. Et pourtant, c&rsquo;est \u00e0 partir d&rsquo;une telle m\u00e9tamorphose que nous ont parl\u00e9 les plus grands Inspir\u00e9s. Et c&rsquo;est parce que nous ne pouvons en saisir le m\u00e9canisme que nous nous m\u00e9prenons sur le sens de leurs paroles. Leur exp\u00e9rience a cess\u00e9 de ressembler \u00e0 la n\u00f4tre. 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Et pourtant, c'est \u00e0 partir d'une telle m\u00e9tamorphose que nous ont parl\u00e9 les plus grands Inspir\u00e9s. Et c'est parce que nous ne pouvons en saisir le m\u00e9canisme que nous nous m\u00e9prenons sur le sens de leurs paroles. Leur exp\u00e9rience a cess\u00e9 de ressembler \u00e0 la n\u00f4tre. 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