{"id":14792,"date":"2014-01-08T01:09:28","date_gmt":"2014-01-08T00:09:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=14792"},"modified":"2014-01-23T23:30:13","modified_gmt":"2014-01-23T22:30:13","slug":"la-maturation-dun-moi-leducation-creatrice-par-carlo-suares","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-maturation-dun-moi-leducation-creatrice-par-carlo-suares\/","title":{"rendered":"La maturation d&rsquo;un moi : L&rsquo;\u00e9ducation cr\u00e9atrice par Carlo Suar\u00e8s"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">(Extrait de <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>La com\u00e9die Psychologique<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">. \u00c9dition Corti 1932)<\/span><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-croissance-dun-moi-son-processus-par-carlo-suares\/\"><em>Chapitre pr\u00e9c\u00e9dent<\/em><\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-defaite-sur-le-seuil-jesus-et-nietzsche-par-carlo-suares\/\"><em>Chapitre suivant<\/em><\/a><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><strong>Les chemins \u00e0 rebours : les conformismes<\/strong><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Nous avons vu que le d\u00e9veloppement naturel d&rsquo;un moi serait une perception de plus en plus nette de son antinomie, jusqu&rsquo;au point o\u00f9 celle-ci se sentirait irr\u00e9ductible. Donc ce n&rsquo;est pas le moi, (l&rsquo;antinomie), qui peut se d\u00e9velopper, mais le sen\u00adtiment que l&rsquo;on a d&rsquo;\u00eatre cette antinomie. Le moi souffre de son isolement, et \u00e0 cause de cette souf\u00adfrance, il est pouss\u00e9 \u00e0 se composer une cuirasse d&rsquo;associations permanentes, que d&rsquo;ailleurs la so\u00adci\u00e9t\u00e9 s&rsquo;efforce de lui imposer ; mais cette cuirasse l&rsquo;enferme dans une autre souffrance encore plus profonde.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">En effet, il a apais\u00e9 sa solitude dans une foi, dans des conformismes et des congr\u00e9gations. Il a cru, en agissant ainsi, travailler \u00e0 \u00ab an\u00e9antir \u00bb le moi <a id=\"Y1\" href=\"#X1\">[1]<\/a>. I1 ne pensait pas si bien dire. <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>L&rsquo;ob\u00e9issance, la suppression des d\u00e9sirs, la pi\u00e9t\u00e9, etc&#8230; ont en effet d\u00e9truit le moi. Elles ont d\u00e9truit le germe vivant qui devait \u00e9clater en brisant la coque du moi<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">. Ainsi l&rsquo;homme s&rsquo;est st\u00e9rilis\u00e9. Au b\u00e9n\u00e9fice de quoi ? D&rsquo;une coque, qu&rsquo;il a appel\u00e9e son \u00e2me. Loin d&rsquo;avoir \u00e9gar\u00e9 son \u00ab \u00e2me \u00bb \u00e0 tout jamais, afin de trouver la connaissance, il a \u00e9touff\u00e9 la vie en lui, qui l&rsquo;aurait amen\u00e9 \u00e0 perdre le sentiment de sa solitude, non pas en \u00ab unissant \u00bb le sujet qui se sentait isol\u00e9 (dit \u00e2me), \u00e0 une abstraction (dite Dieu), mais en supprimant la cause et le sujet de l&rsquo;isolement, le moi. Il a cru se r\u00e9aliser en se d\u00e9faisant du senti\u00adment de soi, trouver la pl\u00e9nitude en s&rsquo;an\u00e9antis\u00adsant. Il a d\u00e9truit ainsi sa seule possibilit\u00e9 de par\u00advenir \u00e0 son accomplissement. On ne parvient pas \u00e0 l&rsquo;aboutissement du moi en se d\u00e9faisant du moi, mais en le mettant \u00e0 nu. Le mettre \u00e0 nu c&rsquo;est cher\u00adcher la direction qui lui est unique, selon laquelle l&rsquo;antinomie, qui est sa propre force d&rsquo;\u00e9clatement, parviendra \u00e0 son point d&rsquo;explosion. C&rsquo;est la non-ob\u00e9issance, la non-croyance, la non-pi\u00e9t\u00e9, etc&#8230; qui d\u00e9truiront la coque du moi, dite \u00ab \u00e2me \u00bb ou \u00ab es\u00adprit \u00bb, et qui lib\u00e9reront le dynamisme de la R\u00e9alit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">(Il est \u00e9vident que tout conformisme, intellec\u00adtuel ou \u00e9motionnel, f\u00fbt-il compl\u00e8tement ath\u00e9e, agit exactement dans le m\u00eame sens \u2013 morales \u00e9tablies, traditions, sentiments nationaux, etc&#8230;, etc&#8230; ind\u00e9finiment, ainsi que nous le verrons dans la Com\u00e9die Morale).<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><strong>Les voies qui parviennent \u00e0 leur oppos\u00e9<\/strong><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Le moi ne semble pas avoir d&rsquo;autre alterna\u00adtive : chercher \u00e0 sortir de son isolement en se per\u00addant \u00e0 lui-m\u00eame, c&rsquo;est-\u00e0-dire se st\u00e9riliser dans des \u00ab unions \u00bb, ou se laisser conduire, par le sentiment qu&rsquo;il a d&rsquo;\u00eatre soi, dans la voie de la solitude, qui le lib\u00e9rera parce qu&rsquo;elle le fera \u00e9clater. Dans le premier cas, le moi peut se cristalliser, jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort, dans son personnage, ou perdre l&rsquo;\u00e9quilibre et s&rsquo;\u00e9crouler sans plus pouvoir se recomposer. Dans le second cas, il est \u00e0 chaque pas tent\u00e9 de recomposer le personnage en exploitant ce que nous avons appel\u00e9 sa fissure. Si le personnage, extr\u00eamement r\u00e9duit, parvient, \u00e0 sa derni\u00e8re extr\u00e9\u00admit\u00e9, \u00e0 rassembler ses forces pour s&rsquo;accrocher comme un parasite au souffle vivant qui voudrait l&#8217;emporter, il trouve ce qu&rsquo;il appelle <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>l&rsquo;union<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"> (mys\u00adtique ou m\u00e9taphysique). <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>Ce pi\u00e8ge est fatal<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;union possible entre le moi et la v\u00e9rit\u00e9. La conscience de soi, qui en se d\u00e9veloppant se d\u00e9truit elle-m\u00eame, a renonc\u00e9, au dernier moment, \u00e0 consu\u00admer ce dernier reste du moi. <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>Quand il ne resterait de ce moi que la dimension d&rsquo;une t\u00eate d&rsquo;\u00e9pingle, la victoire est \u00e0 lui.<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"> Alors, semblable \u00e0 une gangr\u00e8ne, son \u00e9quilibre statique se d\u00e9veloppe et s&rsquo;installe parmi les hommes, irr\u00e9sistiblement insidieux et puissant, sous une forme religieuse. <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>Parce qu&rsquo;il a vu l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, parce qu&rsquo;il la conna\u00eet, parce qu&rsquo;il a appris \u00e0 s&rsquo;en servir, il conna\u00eet les mots de v\u00e9rit\u00e9, et sait les pr\u00e9senter d&rsquo;une fa\u00e7on sublime<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">. Il dit, lui aussi, que le moi doit dispara\u00eetre et mourir dans le bon sol. Mais il pense aux fruits que ce moi portera. S&rsquo;il accepte de mourir, c&rsquo;est \u00e0 cause d&rsquo;un futur, quelque subtil qu&rsquo;il soit. Son essence dispara\u00eetra dans le grand Tout, mais ce Tout est conscient d&rsquo;\u00eatre lui-m\u00eame, donc personnage. Lui, attribut, dispara\u00eetra dans la substance universelle, mais cette substance poss\u00e8de une infinit\u00e9 d&rsquo;attri\u00adbuts, donc de personnages. Le moi ne sera plus l\u00e0, mais il aura rejoint le grand Soi, donc un person\u00adnage. Naturellement, il n&rsquo;accepte pas ces critiques. Il les conna\u00eet, et y a d\u00e9j\u00e0 r\u00e9pondu. Il a invent\u00e9 des \u00ab Personnes \u00bb divines qui ne sont personne, des \u00ab Soi \u00bb qui ne sont pas des \u00ab moi \u00bb, des Infinis, infiniment infinis. Il est imbattable. Le plus simple est alors d&rsquo;examiner la fa\u00e7on dont vit ce moi. Il vit dans son personnage, \u00e9go\u00efste, cruel, enferm\u00e9 dans ses pr\u00e9jug\u00e9s, dans sa classe, sa caste, sa race, dans tout l&rsquo;univers inconscient de ses semblables r\u00e9unis en troupeaux, il a d&rsquo;innombrables d\u00e9sirs, d&rsquo;autant plus sales qu&rsquo;ils n&rsquo;osent pas appara\u00eetre. Il est l&rsquo;associ\u00e9 de tous les exploiteurs. Il est jug\u00e9. L&rsquo;indignit\u00e9 d&rsquo;un seul pr\u00eatre est la condamnation de toute la religion.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><strong>Il n&rsquo;y a qu&rsquo;une voie<\/strong><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Il n&rsquo;y a rien de commun entre tout ce fatras \u2013 qu&rsquo;il soit id\u00e9aliste, spiritualiste, m\u00e9taphysique, philosophique, magique, th\u00e9ologique, mystique, etc&#8230; \u2013 et la v\u00e9rit\u00e9. Il est inutile qu&rsquo;un moi vraiment d\u00e9sireux de trouver la v\u00e9rit\u00e9 perde un seul jour de sa vie dans ces voies st\u00e9riles. <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;approximations en ce qui concerne la v\u00e9rit\u00e9. Une voie qui ne m\u00e8ne pas \u00e0 elle directement et \u00e0 coup s\u00fbr, est simplement fausse. La seule voie v\u00e9ritable est celle qui relie le personnage qui dit \u00ab je suis moi \u00bb \u00e0 la capacit\u00e9 que doit r\u00e9acqu\u00e9rir l&rsquo;individu de r\u00e9sonner \u00e0 l&rsquo;instant pr\u00e9sent, quand le moi aura disparu.<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"> Cette voie est semblable au lit que se creuse un torrent pour s&rsquo;\u00e9couler vers la mer. <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>Cette voie est son propre but<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">. Le personnage avec tout son pass\u00e9, doit s&rsquo;\u00e9couler en elle. En elle, le temps subjectif que s&rsquo;imagine parcourir le personnage, c&rsquo;est-\u00e0-dire la fa\u00e7on dont il accumule son pass\u00e9, se brise et fond comme la glace au soleil, et se r\u00e9ab\u00adsorbe soi-m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 rattraper le pr\u00e9sent <a id=\"Y2\" href=\"#X2\">[2]<\/a>.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><strong>La destruction du temps subjectif<\/strong><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Apr\u00e8s que le moi, et le temps subjectif, ont ainsi fondu, la conscience se trouve lib\u00e9r\u00e9e de l&rsquo;as\u00adsociation m\u00eame qui l&rsquo;avait individualis\u00e9e : l&rsquo;asso\u00adciation conscience-temps. Le moi est fait de la ma\u00adti\u00e8re dont est fait le temps, comme un personnage de r\u00eave est fait de la mati\u00e8re m\u00eame du r\u00eave. <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>Le temps subjectif, voila ce qu&rsquo;est le moi<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">. Le moi est l&rsquo;accumulation de tous les d\u00e9sirs de permanence, rattach\u00e9s les uns aux autres par une cha\u00eene, qui est la dur\u00e9e. La cause qui cr\u00e9e le temps individuel n&rsquo;est pas l&rsquo;existence du temps objectif, mais le d\u00e9sir qu&rsquo;\u00e9prouvent les associations dont est fait le moi de se r\u00e9-\u00e9voquer \u00e0 chaque instant, pour se perce\u00advoir. Lorsqu&rsquo;un fou se croit un cheval, Napol\u00e9on ou une th\u00e9i\u00e8re, ce ne sont pas ces objets qui sont res\u00adponsables de ces associations mais le d\u00e9sir qu&rsquo;il a de s&rsquo;associer \u00e0 eux. La sous-conscience est une association du sous-homme et du temps, qui de\u00advient un r\u00eave : la notion de dur\u00e9e. La notion de dur\u00e9e n&rsquo;a pas plus de rapport avec le temps r\u00e9el que le sentiment qu&rsquo;a un fou d&rsquo;\u00eatre Napol\u00e9on n&rsquo;a de rapport avec Napol\u00e9on. Se retrouver en-dehors du temps veut dire se retrouver en dehors de l&rsquo;envo\u00fbtement temps-moi. D\u00e9truire le temps ne veut pas dire arr\u00eater le soleil, mais briser l&rsquo;association de la conscience et du temps, qui est la sous-cons\u00adcience. Le moi s&rsquo;efforce tr\u00e8s souvent de se disso\u00adcier du temps-dur\u00e9e, parce qu&rsquo;il voudrait dominer la dur\u00e9e, afin de s&rsquo;assurer une permanence. Ses m\u00e9taphysiques, ses religions, ses monismes n&rsquo;ont pas d&rsquo;autre but. Ce que le moi ne peut pas faire, l&rsquo;homme peut le faire, non pas en affranchissant le moi de la dur\u00e9e, mais en s&rsquo;affranchissant du moi qui est la dur\u00e9e. Cet \u00e9tat n&rsquo;est pas un retour \u00e0 une conscience pr\u00e9-individuelle, qui ne conna\u00eetrait pas encore la dur\u00e9e, mais l&rsquo;aboutissement et de la conscience et de la dur\u00e9e. Dans cet \u00e9tat se retrou\u00advent intacts \u00e0 la fois le d\u00e9sir de permanence et le d\u00e9sir de savoir la permanence. <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>Cette perma\u00adnence est la permanence d&rsquo;une destruction de la dur\u00e9e.<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"> Et en effet, la dur\u00e9e s&rsquo;est d\u00e9truite elle-m\u00eame.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><strong>L&rsquo;\u00e9ternit\u00e9<\/strong><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Cet \u00e9tat, qui, encore une fois, est indescripti\u00adble, est ce que nous appelons la pr\u00e9sence du pr\u00e9\u00adsent, ou l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. Si ce dernier mot a \u00e9t\u00e9 employ\u00e9 d&rsquo;une fa\u00e7on absurde par tous les maniaques du moi, ce n&rsquo;est point de sa faute. S&rsquo;affranchir du temps subjectif n&rsquo;est pas une affaire intellectuelle, mais l&rsquo;affaire de l&rsquo;\u00eatre humain tout entier. Seuls pourront encore s&rsquo;imaginer que nous parlons ici de m\u00e9taphysique, les spiritualistes ou les mat\u00e9ria\u00adlistes qui n&rsquo;auront pas d\u00e9racin\u00e9 d&rsquo;eux-m\u00eames \u2013 de leur substance \u2013 le temps subjectif, le moi.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Ce n&rsquo;est qu&rsquo;en parvenant \u00e0 cet \u00e9tat que l&rsquo;on peut s&#8217;emparer de toutes les anciennes valeurs spi\u00adrituelles, les renverser dans la r\u00e9alit\u00e9 consciente, les ramener dans la chair, dans les objets, et re\u00adconstruire le monde. Tout ce qui se fait dans la dur\u00e9e appartient au moi, et non \u00e0 la permanence. <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>Le sous-homme ne peut devenir un vrai r\u00e9volution\u00adnaire que dans la mesure o\u00f9 il se d\u00e9tache du d\u00e9sir de percevoir la dur\u00e9e<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">. Ce d\u00e9tachement est l&rsquo;\u00e9ter\u00adnit\u00e9, la source cr\u00e9atrice de tout ce que construit l&rsquo;humain sur les ruines du sous-humain, g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par la mati\u00e8re, qui agit sur la mati\u00e8re. L&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 est un processus qui n&rsquo;a pas de dur\u00e9e, l&rsquo;action du r\u00e9el dans le r\u00e9el, le \u00ab plus \u00bb universel qui a bris\u00e9 la conscience individuelle.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><strong>Trois phases de la vie du moi<\/strong><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Ces remarques nous portent \u00e0 pr\u00e9ciser trois phases de la vie du moi, telles qu&rsquo;elles devraient exister dans un d\u00e9veloppement naturel et humain, mais qui, est-il besoin de le dire, n&rsquo;existent pres\u00adque jamais dans notre sous-humanit\u00e9 plong\u00e9e dans ses mythes. La premi\u00e8re est la p\u00e9riode de l&rsquo;en\u00adfance, o\u00f9 le moi se forme, celle o\u00f9 il accumule le Temps dont il est fait, et o\u00f9 il apprend \u00e0 devenir de plus en plus responsable de lui-m\u00eame. La deuxi\u00e8me est la p\u00e9riode o\u00f9 le moi, s&rsquo;\u00e9tant cons\u00adtitu\u00e9, se d\u00e9veloppe jusqu&rsquo;\u00e0 son complet \u00e9panouis\u00adsement. La troisi\u00e8me est la p\u00e9riode o\u00f9 le moi c\u00e8de enfin devant l&rsquo;individu parvenu \u00e0 sa maturit\u00e9, (la maturit\u00e9 n&rsquo;\u00e9tant pr\u00e9cis\u00e9ment pas autre chose que la possibilit\u00e9 pour l&rsquo;individu de briser son moi). Cette p\u00e9riode est la sortie de l&rsquo;\u00e9tat de chrysalide.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>La premi\u00e8re phase est celle o\u00f9 le Temps se construit, la deuxi\u00e8me est celle au cours de laquelle le Temps se d\u00e9truit, la troisi\u00e8me est celle o\u00f9 l&rsquo;homme a retrouv\u00e9 le Pr\u00e9sent.<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"> Nous allons rapidement d\u00e9crire cette \u00e9volution du moi que le lecteur con\u00adna\u00eet d\u00e9j\u00e0, mais qui, sous cet aspect, nous offrira des d\u00e9tails nouveaux.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><strong>L&rsquo;enfant, et la construction du pass\u00e9<\/strong><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>L&rsquo;enfant commence par n&rsquo;avoir aucune notion de sa dur\u00e9e dans le temps.<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"> Cette notion ne pour\u00adrait \u00e9maner que d&rsquo;un moi ayant d\u00e9j\u00e0 pris corps autour d&rsquo;associations permanentes, et d\u00e9limit\u00e9 par des dissociations permanentes. La notion de dur\u00e9e est la notion que ces permanences ont d&rsquo;elles-m\u00eames.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">\u00c0 sa formation, cependant, le moi n&rsquo;est pas encore assez solide pour se refermer ainsi sur lui-m\u00eame. Il est encore plastique. Son \u00e9quilibre, extr\u00ea\u00admement instable, est incapable de refuser l&rsquo;exp\u00e9\u00adrience. L&rsquo;enfant vibre sans cesse entre l&rsquo;objet et le non-objet, entre le d\u00e9sir et la r\u00e9pulsion, entre le mouvement qui le projette au-dehors, et celui qui le ram\u00e8ne sur lui-m\u00eame, car il est tour \u00e0 tour, tout entier pris, ou tout entier rel\u00e2ch\u00e9 par le monde ext\u00e9rieur. Ainsi l&rsquo;enfant commence par vivre cons\u00adtamment dans le pr\u00e9sent, mais dans un pr\u00e9sent qui n&rsquo;est encore que pr\u00e9-temporel, et qui se transforme en pass\u00e9, (automatisme, souvenirs, tendances, etc&#8230;) au fur et \u00e0 mesure que le d\u00e9sir d&rsquo;\u00e9quilibre du subjectif parvient \u00e0 vaincre sa capacit\u00e9 de r\u00e9\u00adpondre \u00e0 la succession du pr\u00e9sent, qui ne cesserait de le d\u00e9truire, comme des vagues un ch\u00e2teau de sable. L&rsquo;agr\u00e9gat, \u00e0 la recherche de son \u00e9quilibre (qui ne peut plus s&rsquo;appuyer sur les constantes sp\u00e9\u00adcifiques h\u00e9r\u00e9ditaires, en d\u00e9route) est contraint de se construire son propre pass\u00e9, en mani\u00e8re de d\u00e9\u00adfense contre le pr\u00e9sent qui ne cesse de l&rsquo;assaillir. La construction de ce barrage contre le pr\u00e9sent, isole l&rsquo;enfant, d\u00e8s que se d\u00e9veloppe la notion de sa dur\u00e9e, dans le sentiment que le temps est d\u00e9mesur\u00e9ment long. Ce ne sera qu&rsquo;\u00e0 sa maturit\u00e9 qu&rsquo;il trouvera que le temps \u00ab passe vite \u00bb.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">La construction de ce pass\u00e9 devrait se pro\u00adduire, dans un d\u00e9veloppement normal (ainsi que nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 vu) autour des r\u00e9actions primi\u00adtives de l&rsquo;enfant, qui furent originales et adh\u00e9\u00adrentes au pr\u00e9sent, et non pas autour des r\u00e9actions plus r\u00e9centes, d\u00e9j\u00e0 d\u00e9form\u00e9es par un manque de concordance avec le pr\u00e9sent. (Il arrive que l&rsquo;en\u00adfant, oblig\u00e9 tout d&rsquo;un coup de r\u00e9parer un \u00e9quilibre qu&rsquo;un choc trop violent a boulevers\u00e9 profond\u00e9\u00adment, n&rsquo;y parvienne pas sans le secours de l&rsquo;\u00e9du\u00adcateur, dont le r\u00f4le, on le voit, serait ici analyti\u00adque). Le plus grand \u00e9cueil, l&rsquo;\u00e9cueil fatal, provient cependant non point du fait que l&rsquo;enfant oppose d\u00e9j\u00e0 au pr\u00e9sent son propre pass\u00e9, mais de ce que <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>l&rsquo;enfant, encore en contact avec le pr\u00e9sent, se trouve \u00e0 tout moment heurt\u00e9 par une soci\u00e9t\u00e9 de grandes personnes, construite sur le pass\u00e9<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">. Ces re\u00admarques nous conduiraient \u00e0 rechercher un \u00e9tat social qui ne d\u00e9forme pas l&rsquo;enfant en faisant peser sur lui les mythes du pass\u00e9. Mais ceci n&rsquo;entre pas dans le cadre de cet expos\u00e9. Un tel \u00e9tat social ne sera obtenu que par une r\u00e9volution compl\u00e8te. En attendant que se propage cette r\u00e9volution, l&rsquo;\u00e9du\u00adcateur ne peut qu&rsquo;entreprendre une lutte impos\u00adsible, en esp\u00e9rant sauver quelque chose malgr\u00e9 tout.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><strong>Le d\u00e9veloppement de la responsabilit\u00e9<\/strong><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Disons en passant que si l&rsquo;\u00e9ducateur n&rsquo;est pas parvenu lui-m\u00eame au troisi\u00e8me stade de d\u00e9veloppement, celui o\u00f9 le moi n&rsquo;existe plus \u2013 ce qui n&rsquo;est pour ainsi dire jamais le cas \u2013 son r\u00f4le peut \u00eatre n\u00e9faste. Mais il doit s&rsquo;efforcer du moins d&rsquo;\u00eatre im\u00adpersonnel, et de ne s&rsquo;associer en aucune fa\u00e7on \u00e0 des morales dont les valeurs se basent sur la r\u00e9alit\u00e9 du moi, et de ses possession mat\u00e9rielles ou \u00ab spi\u00adrituelles \u00bb. L&rsquo;\u00e9ducateur et l&rsquo;analyste doivent agir en techniciens amoureux, comme des jardiniers, des chirurgiens, des ing\u00e9nieurs, et non pas en mo\u00adralistes, c&rsquo;est-\u00e0-dire en complices de l&rsquo;ordre \u00e9tabli. Ce n&rsquo;est pas pour un but moral, mais par amour, que le jardinier \u00e9monde la plante et l&rsquo;am\u00e8ne \u00e0 sa floraison. En ramenant constamment l&rsquo;enfant dans l&rsquo;\u00e9difice en construction de son propre \u00e9quilibre particulier, en l&rsquo;\u00e9mondant de toutes les excrois\u00adsances inutiles donc nuisibles, qui tendent \u00e0 d\u00e9sa\u00adgr\u00e9ger l&rsquo;unit\u00e9 individuelle par leur \u00e9quilibres \u00e9trangers, l&rsquo;\u00e9ducateur permet simplement \u00e0 la s\u00e8ve de se d\u00e9velopper naturellement. <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>Ce d\u00e9veloppement naturel est la seule morale que nous puissions admettre<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">. Socialement elle se traduit par une r\u00e8gle, une seule : <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>n&rsquo;exploitez personne<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">. Une telle \u00e9ducation conduit l&rsquo;enfant \u00e0 d\u00e9gager le caract\u00e8re unique de sa nature, ce qui, socialement, se traduit par un sens de responsabilit\u00e9. <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>Aussit\u00f4t que l&rsquo;individu se sent pleinement, enti\u00e8rement res\u00adponsable, c&rsquo;est qu&rsquo;il est aussi pleinement conscient<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">On voit ici encore le r\u00f4le n\u00e9faste que jouent les hi\u00e9rarchies et les religions, qui s\u2019opposent au d\u00e9veloppement de la conscience individuelle, en li\u00admitant les responsabilit\u00e9s des membres de leurs congr\u00e9gations. Une absolution \u00e9quivaut \u00e0 une dose de stup\u00e9fiant ; elle enferme l&rsquo;individu dans un cer\u00adcle magique, dans l&rsquo;anneau terrifiant du Mythe contre lequel le doute viendra se briser. L&rsquo;ob\u00e9is\u00adsance hi\u00e9rarchique agit de m\u00eame, sauf naturelle\u00adment dans le travail d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 collectiviste, o\u00f9 l&rsquo;ob\u00e9issance n&rsquo;est qu&rsquo;une discipline qui r\u00e9sulte du commandement \u00ab n&rsquo;exploitez personne \u00bb, et o\u00f9 la hi\u00e9rarchie n&rsquo;est qu&rsquo;une disposition technique jug\u00e9e commode par tous, et organis\u00e9e par tous. Cette hi\u00e9rarchie technique dans le travail en commun destin\u00e9 \u00e0 nourrir tout le monde, est une contribu\u00adtion impersonnelle que fait chacun, \u00e0 la collecti\u00advit\u00e9, de la meilleure technique dont il est capable. Dans cet apport, le \u00ab je suis moi \u00bb, sa naissance, son d\u00e9veloppement, sa mort, n&rsquo;ont rien \u00e0 faire. Plus vite et mieux seront organis\u00e9es des soci\u00e9t\u00e9s collectivistes, plus les hommes seront lib\u00e9r\u00e9s de la pr\u00e9occupation de se nourrir, (pr\u00e9occupation ri\u00addicule, lorsque tant de machines seraient dispos\u00e9es \u00e0 tout fournir moyennant un labeur minime, qu&rsquo;une bonne rationalisation r\u00e9duirait rapidement \u00e0 presque rien), plus il y aura de place dans la soci\u00e9t\u00e9 pour des<\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em> responsabilit\u00e9s totales<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>Par le travail collectif, anonyme<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">, chacun s&rsquo;acquitterait de sa dette envers la Nature qui le nourrit. L\u00e0, chacun serait pleinement responsable, mais uniquement dans la zone que limiterait sa technique. Sa dette pay\u00e9e, l&rsquo;homme lib\u00e9r\u00e9 du travail devient responsable d&rsquo;une fa\u00e7on illimit\u00e9e, vis-\u00e0-vis de lui-m\u00eame et de ses semblables. Il peut le faire, car il est libre. Il a rempli son engagement de n&rsquo;exploiter personne, et la Nature, devenue bonne m\u00e8re, lui a fourni le maximum, pour un minimum d&rsquo;effort. Il peut donc disposer de sa li\u00adbert\u00e9, sans entrer en conflit avec ses semblables, mais au contraire en entrant gratuitement en con\u00adtact avec eux.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Nous avons indiqu\u00e9 ici quelques points qui n&rsquo;appartiennent \u00e0 cet expos\u00e9 que parce qu&rsquo;ils met\u00adtent un terme aux conflits de la responsabilit\u00e9. Le chaos sous-humain des int\u00e9r\u00eats particuliers d\u00e9\u00adcha\u00een\u00e9s les uns contre les autres, pose \u00e0 l&rsquo;individu des probl\u00e8mes insolubles au sujet de sa responsa\u00adbilit\u00e9, probl\u00e8mes que chaque lecteur peut pr\u00e9ciser en ce qui le concerne, et qu&rsquo;aucune morale ne pourra r\u00e9soudre, mais la r\u00e9volution. En tendant de plus en plus vers la conscience, c&rsquo;est-\u00e0-dire <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>en se plongeant d&rsquo;abord, et de plus en plus, dans l&rsquo;\u00e9dification de son moi mythique, qui ne pourra se faire d\u00e9truire que par son d\u00e9veloppement, l&rsquo;en\u00adfant bien guid\u00e9 apprend \u00e0 utiliser ce moi dans des actions qui comportent une responsabilit\u00e9 de plus en plus grande<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">, et cette responsabilit\u00e9 elle-m\u00eame d\u00e9veloppe \u00e0 son tour sa conscience. Le sens de responsabilit\u00e9 le rejette constamment en face des associations permanentes dont il est fait, et le contraint \u00e0 les examiner, \u00e0 d\u00e9cider si elles sont lui, ou si elles ne le sont pas. La responsabilit\u00e9 oblige, dans le moi, l&rsquo;observateur et l&rsquo;observ\u00e9 \u00e0 \u00e9tablir entre eux des vibrations de plus en plus intenses qui activent les deux p\u00f4les de la dualit\u00e9, jusqu&rsquo;\u00e0 les porter \u00e0 leur maturation. Elle oblige le moi \u00e0 se fortifier au contact de la r\u00e9alit\u00e9 quoti\u00addienne. <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>Elle l&#8217;emp\u00eache de s&rsquo;\u00e9vader dans son r\u00eave<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">, de se refermer sur lui-m\u00eame, dans une coque qui deviendrait de plus en plus dure, parce que de plus en plus subtile.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><strong>Le m\u00e9canisme des contradictions dans la cons\u00adtruction du moi<\/strong><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Au fur et \u00e0 mesure que se construit le moi, se d\u00e9veloppe en lui l&rsquo;illusion qu&rsquo;il a de sa propre r\u00e9alit\u00e9. De cette notion surgit l&rsquo;intellect. Nous avons d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9 \u00e0 maintes reprises dans quels mouve\u00adments contradictoires se d\u00e9composent et se re\u00adcomposent l&rsquo;amour et l&rsquo;intellect, la peur et le doute. Au d\u00e9but de son existence, le moi encore plastique, mou, informe, mal assur\u00e9 de son existence, n&rsquo;est pas capable de se ramasser autour d&rsquo;un centre fixe et d&rsquo;\u00e9mettre de ce point, vers le monde ext\u00e9\u00adrieur, des rayons, qui, dans leurs voyages intellec\u00adtuels deviendront d&rsquo;autant plus aventureux qu&rsquo;ils seront plus s\u00fbrs de ne jamais se d\u00e9tacher de leur foyer central : au d\u00e9but, le moi g\u00e9latineux ne peut encore que se faire modeler par sa vie \u00e9motion\u00adnelle.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Selon la loi de contradiction qui r\u00e9git le moi, l&rsquo;amour et l&rsquo;intellect ont des fonctions qui s&rsquo;op\u00adposent \u00e0 leurs propres mouvements. L&rsquo;amour donne \u00e0 l&rsquo;individu l&rsquo;impression d&rsquo;un mouvement centrifuge : le moi a l&rsquo;impression de se donner, de s&rsquo;abandonner; mais s&rsquo;il se laisse en effet emporter par le cours de ses sentiments et de ses passions, s&rsquo;il accepte d&rsquo;y \u00e9teindre le sentiment de soi, ce n&rsquo;est que parce qu&rsquo;il esp\u00e8re y trouver (par l&rsquo;union avec l&rsquo;objet de son amour) une permanence dont il ne se sent pas assez assur\u00e9. L&rsquo;amour est une recherche de permanence, qui s&rsquo;effectue au d\u00e9triment du d\u00e9sir qu&rsquo;a le moi de se percevoir ; l&rsquo;amour cherche, par tous les moyens, \u00e0 utiliser le monde ext\u00e9rieur pour construire cette perma\u00adnence int\u00e9rieure. Loin d&rsquo;\u00eatre centrifuge, c&rsquo;est donc un mouvement centrip\u00e8te, mais qui donne l&rsquo;illu\u00adsion d&rsquo;\u00eatre centrifuge, parce que la notion qu&rsquo;a le moi de sa propre r\u00e9alit\u00e9 s&rsquo;y trouve obscurcie. <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>Dans le monde \u00e0 rebours qu&rsquo;est celui du moi, c&rsquo;est donc bien en perdant le sentiment de sa r\u00e9alit\u00e9, donc en sortant de lui-m\u00eame, que le moi rentre en lui-m\u00eame, et s&rsquo;affermit dans sa propre permanence int\u00e9rieure.<\/em><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">L&rsquo;intellect, par un processus exactement in\u00adverse \u00e0 celui de l&rsquo;amour, donne \u00e0 l&rsquo;individu l&rsquo;im\u00adpression d&rsquo;un mouvement centrip\u00e8te ; le moi a l&rsquo;im\u00adpression de saisir, d&rsquo;appr\u00e9hender, de tenir des objets sous son examen s; mais s&rsquo;il s&#8217;empare en effet d&rsquo;observations et de concepts, s&rsquo;il accepte d&rsquo;y ou\u00adblier le sentiment de sa propre permanence, c&rsquo;est parce qu&rsquo;il y veut d\u00e9velopper la perception de soi. Et en effet, une permanence qui s&rsquo;isole, qui ne s&rsquo;exerce pas sur le monde ext\u00e9rieur, devient fixe comme le sommeil. L&rsquo;intellect est une recherche de perception de soi, qui s&rsquo;effectue au d\u00e9triment de la permanence m\u00eame dont elle \u00e9mane ; l&rsquo;intellect cherche par tous les moyens \u00e0 \u00e9tablir le moi dans sa conscience individuelle. Loin d&rsquo;\u00eatre centrip\u00e8te, son mouvement est donc centrifuge, mais il donne le sentiment d&rsquo;\u00eatre centrip\u00e8te parce que la notion qu&rsquo;a le moi de sa r\u00e9alit\u00e9 s&rsquo;y d\u00e9veloppe. Ici, <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>c&rsquo;est en rentrant en lui-m\u00eame que le moi d\u00e9ve\u00adloppe le sentiment de soi, qui en s&rsquo;exer\u00e7ant sur lui-m\u00eame, tendra \u00e0 le d\u00e9truire<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">La contradiction op\u00e8re \u00e0 chaque instant, dans le fonctionnement de l&rsquo;amour et de l&rsquo;intellect. L&rsquo;amour cherche une permanence, mais aussit\u00f4t qu&rsquo;il la trouve, il ne peut plus vivre de crainte de la perdre ; l&rsquo;intellect, qui d\u00e9veloppe la conscience de soi, se trouve aussit\u00f4t pourchass\u00e9 par le doute qu&rsquo;il fait surgir en elle. Ainsi l&rsquo;amour dy\u00adnamique \u00e9tait statique puisqu&rsquo;il donne naissance \u00e0 la peur, et l&rsquo;intellect statique \u00e9tait dynamique, puisqu&rsquo;il \u00e9veille le doute. Chaque mouvement ne tend qu&rsquo;\u00e0 susciter son contraire en un jeu infini\u00adment vari\u00e9, que nous \u00e9tudierons dans notre Co\u00adm\u00e9die Morale. Bornons-nous ici \u00e0 envisager un moi capable de porter chacun de ses mouvements assez loin, jusqu&rsquo;\u00e0 la naissance de son oppos\u00e9. Un tel moi existe rarement. Il lui est difficile en effet, de supporter ce v\u00e9ritable mouvement perp\u00e9tuel des deux balanciers, amour et intellect, qui se com\u00adposent et se d\u00e9truisent \u00e0 la fois, qui g\u00e9n\u00e8rent des courants contraires, la peur et le doute, dont la fonction est de se d\u00e9truire l&rsquo;un l&rsquo;autre (la peur tue le doute, le doute tue la peur), afin de redonner naissance aux mouvements primitifs, et ainsi de suite. <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>Un moi qui supporte de se laisser entra\u00eener par des courants si profonds, ne tarde pas \u00e0 \u00eatre violemment dynamis\u00e9 par l&rsquo;intensit\u00e9 de ses deux p\u00f4les. Il ne tarde pas \u00e0 se trouver en face d&rsquo;une admirable catastrophe vitale, en ce qui concerne sa coque. Il ne tarde pas \u00e0 s&rsquo;obliger lui-m\u00eame \u00e0 \u00ad\u00e9clater.<\/em><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Les moi qui ne veulent pas mourir, compo\u00adsent avec une astuce sauvage, et d&rsquo;autant plus dan\u00adgereuse qu&rsquo;elle est m\u00e9canique, l&rsquo;amour dans la peur qui le canalise et le fait tourner en rond, le doute dans l&rsquo;intellect qui le canalise et le fait tourner en rond. Ayant ch\u00e2tr\u00e9 l&rsquo;amour et le doute dyna\u00admiques, le moi s&rsquo;installe dans sa peur et son intel\u00adlect : il est sauv\u00e9, il est st\u00e9rilis\u00e9. Au lieu de porter l&rsquo;amour et le doute jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9pouvante, la haine, la jalousie, les aventures folles, l&rsquo;angoisse mortelle, il les am\u00e8ne \u00e0 la monotonie lasse, \u00e9c\u0153ur\u00e9e, sa\u00adtisfaite, de l&rsquo;\u00e9go\u00efsme quotidiennement nourri. Lais\u00adsons l\u00e0 ces coques mortes.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Consid\u00e9rons un moi qui poss\u00e8de encore en lui <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>ses tr\u00e9sors intacts d&rsquo;amour et de doute<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">. Ce moi adolescent se trouve, au sortir d&rsquo;une \u00e9ducation dont le but essentiel a \u00e9t\u00e9 de l&rsquo;orienter vers ses propres tendances, m\u00fb soudain par un mouvement imp\u00e9\u00adtueux. Ce mouvement est le r\u00e9sultat des efforts pa\u00adtients de <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>l&rsquo;\u00e9ducateur, qui a constamment ramen\u00e9 ce moi en formation, vers son propre \u00e9quilibre<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">. Les caract\u00e8res typologiques, les constantes h\u00e9r\u00e9\u00additaires, le d\u00e9veloppement physiologique, se sont compos\u00e9s autour du foyer central de dynamisme individuel, que furent les premi\u00e8res r\u00e9actions de l&rsquo;agr\u00e9gat au contact du Pr\u00e9sent, et ont provoqu\u00e9 un groupement naturel d&rsquo;associations, ce groupe\u00adment r\u00e9sultant finalement en <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>un moi \u00e9quilibr\u00e9 sur un seul centre<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">. Si l&rsquo;\u00e9ducation et le milieu ont au contraire provoqu\u00e9 un groupement artificiel d&rsquo;associations mythiques, la pseudo-entit\u00e9 qui en r\u00e9\u00adsulte n&rsquo;est qu&rsquo;un personnage mythique, qui pourra naturellement se d\u00e9truire lui-m\u00eame en lib\u00e9rant la conscience qu&rsquo;il emprisonne, mais seulement par des efforts inou\u00efs, et des souffrances indescripti\u00adbles, car tout d&rsquo;abord, il lui sera extr\u00eamement dif\u00adficile de comprendre de quoi il est fait, c&rsquo;est-\u00e0-dire de d\u00e9truire sa propre pseudo-r\u00e9alit\u00e9. Et en effet, les associations dont sera faite cette entit\u00e9, se com\u00adposeront autour d&rsquo;innombrables centres d&rsquo;\u00e9quili\u00adbre, impos\u00e9s de l&rsquo;ext\u00e9rieur, qui en tirant chacun de son c\u00f4t\u00e9, et en se neutralisant l&rsquo;un l&rsquo;autre, l&#8217;em\u00adp\u00eacheront de se mouvoir. Chaque influence qui s&rsquo;exerce sur l&rsquo;enfant, surtout si elle est consid\u00e9r\u00e9e bonne par un ordre social bas\u00e9 sur les moi, ne fait que d\u00e9truire la vie, et cr\u00e9er des pantins mythiques. Nous laissons ici \u00e0 chacun le soin de chercher en soi, et de les d\u00e9truire, les \u00e9quilibres qui le d\u00e9sagr\u00e8\u00adgent. Nous ne pouvons pas nous y arr\u00eater dans cet expos\u00e9. Le moi qui par une \u00e9ducation appropri\u00e9e, ou par son doute, ou par un d\u00e9sir tr\u00e8s intense de se conna\u00eetre, ou par de tr\u00e8s grandes souffrances, est parvenu \u00e0 se composer, dans sa plus grande partie, d&rsquo;associations qui lui sont naturelles, se sent anim\u00e9 d&rsquo;un mouvement dont il ne doute pas. Ce mouvement, cette tendance irr\u00e9sistible, se traduit par un temp\u00e9rament, une vocation, une ligne d&rsquo;ac\u00adtion tr\u00e8s marqu\u00e9e, des go\u00fbts, des aptitudes : le moi est form\u00e9.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><strong>L&rsquo;adolescent, et l&rsquo;action<\/strong><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Le voici \u00e0 son second stage. Le doute, l&rsquo;an\u00adgoisse, le vertige, qui avaient pu le saisir au mo\u00adment de sa formation, o\u00f9 il s&rsquo;\u00e9tait vu, ont disparu en tant que ph\u00e9nom\u00e8ne ext\u00e9rieur, bien qu&rsquo;ils de\u00admeurent enfouis en lui. Le pr\u00e9sent ne compte plus que comme un champ d&rsquo;action, o\u00f9<\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em> le moi, m\u00fb par un mouvement d&rsquo;autant plus imp\u00e9tueux qu&rsquo;il est \u00e9quilibr\u00e9, ira se faire d\u00e9truire par ses propres conqu\u00eates, et triompher de lui-m\u00eame<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">. Ainsi le mou\u00advement, qui est une contradiction, est d&rsquo;autant plus intense que le moi est mieux centr\u00e9 sur lui-m\u00eame. Ce jeune moi parfaitement constitu\u00e9, qui ne sait ni douter ni aimer parce qu&rsquo;il est trop plein de doute et d&rsquo;amour, qui ne se conna\u00eet ni ne se voit, parce qu&rsquo;il subsiste dans sa perma\u00adnence (permanence qui pr\u00e9cis\u00e9ment ne subsistera pas) et qu&rsquo;il se d\u00e9truit dans son dynamisme (dy\u00adnamisme qui pr\u00e9cis\u00e9ment ne se d\u00e9truira pas) ce moi absurde et magnifique, cherche l&rsquo;extase dans l&rsquo;action.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>\u00c0 quoi doit lui servir cette action ? Elle doit l&rsquo;amener \u00e0 \u00e9prouver qu&rsquo;il est d\u00e9j\u00e0 complet, qu&rsquo;il est total, qu&rsquo;il ne peut rien ajouter \u00e0 lui-m\u00eame<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">. Cette compr\u00e9hension ne peut \u00eatre produite que par la r\u00e9union, dans l&rsquo;exp\u00e9rience, de l&rsquo;amour et de l&rsquo;intellect. Par exp\u00e9rience nous entendons tout conflit qui fait vaciller la r\u00e9alit\u00e9 du moi, toute fissure qui se produit dans son \u00e9difice, toute des\u00adtruction de sa sous-conscience au b\u00e9n\u00e9fice de la conscience. Une exp\u00e9rience peut \u00eatre d\u00e9cisive pour toute sa vie, et pourtant se jouer en un fragment de seconde, sans que personne s&rsquo;en aper\u00e7oive.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Mais dans l&rsquo;action, le moi, ne sachant pas qu&rsquo;il est complet, cherche \u00e0 se d\u00e9velopper, \u00e0 se perfec\u00adtionner, \u00e0 acqu\u00e9rir, \u00e0 \u00eatre puissant, ou meilleur, ou plus pur, ou plus noble, ou plus adroit, ou plus moral, etc&#8230;, etc&#8230; et c&rsquo;est ici qu&rsquo;il doit \u00e9viter toutes les emb\u00fbches de toutes les soci\u00e9t\u00e9s qui existent au monde. Elles le sollicitent de tous c\u00f4t\u00e9s. Partout o\u00f9 il se tourne, il trouve devant lui l&rsquo;app\u00e2t d&rsquo;un id\u00e9al. S&rsquo;il fait ceci, il deviendra cela, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il deviendra quelque chose de plus qu&rsquo;il n&rsquo;est maintenant, dans un avenir plus ou moins \u00e9loign\u00e9. Alors qu&rsquo;il n&rsquo;est lui-m\u00eame, en tant que moi, qu&rsquo;une accumulation de pass\u00e9, alors qu&rsquo;il devrait briser l&rsquo;une apr\u00e8s l&rsquo;autre toutes les stratifications du pass\u00e9 dont il est fait, afin de n&rsquo;\u00eatre plus rien qu&rsquo;une vibration du pr\u00e9sent, tout ce qu&rsquo;on lui offre c&rsquo;est de courir vers un avenir qui n&rsquo;existe pas, qui n&rsquo;exis\u00adtera jamais pour lui, car non seulement l&rsquo;avenir n&rsquo;existe pas pour ce pass\u00e9, mais m\u00eame pas le pr\u00e9\u00adsent. <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>Le pr\u00e9sent n&rsquo;existera que l\u00e0 o\u00f9 le moi sera bris\u00e9.<\/em><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><strong>Les valeurs mythiques qu&rsquo;offre la soci\u00e9t\u00e9<\/strong><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Selon sa nature, ce moi actif ou contemplatif, trouvera un id\u00e9al d&rsquo;action ou un id\u00e9al de contem\u00adplation. La soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 certaines \u00e9poques, peut avoir besoin d&rsquo;hommes d&rsquo;action pour \u00e9tablir des valeurs h\u00e9ro\u00efques, \u00e0 d&rsquo;autres \u00e9poques d&rsquo;hommes contem\u00adplatifs pour \u00e9tablir des valeurs mystiques. <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>Aucune soci\u00e9t\u00e9 n&rsquo;est encore parvenue \u00e0 d\u00e9truire les valeurs de ces mythes.<\/em><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">D&rsquo;une part, dans les soci\u00e9t\u00e9s bas\u00e9es sur la hi\u00e9\u00adrarchie, les classes sociales, le pouvoir, la religion, la possession, etc&#8230; les moi sont condamn\u00e9s \u00e0 des r\u00e9actions qui d\u00e9pendent de leurs classes sociales, et se trouvent, qu&rsquo;ils le veuillent ou non, engag\u00e9s dans des combats mythiques, dont ils ne peuvent pas se lib\u00e9rer.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">[&#8230;]<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Pour le moment, du point de vue de l&rsquo;absolue v\u00e9rit\u00e9 que l&rsquo;homme ne trouve qu&rsquo;en abandonnant la d\u00e9pouille mortelle de son moi, du point de vue du doute insondable qui seul conduit \u00e0 une action vraie, bas\u00e9e non pas sur le pass\u00e9 et l&rsquo;avenir, mais sur le pr\u00e9sent, la soci\u00e9t\u00e9 n&rsquo;offre sur la plan\u00e8te enti\u00e8re que le vaste champ de bataille de la lutte des classes, o\u00f9 chacun peut trouver la v\u00e9rit\u00e9, mais peut aussi la perdre sans s&rsquo;en apercevoir, m\u00eame s&rsquo;il est du c\u00f4t\u00e9 de la R\u00e9volution.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Le moi que nous envisageons ici, le moi qui se sent m\u00fbr pour l&rsquo;action parce qu&rsquo;il est complet en soi, parce que l&rsquo;\u00e9difice construit sur les deux p\u00f4les de l&rsquo;antinomie dont il est fait est achev\u00e9 en ayant d\u00e9velopp\u00e9 \u00e0 son maximum la notion qu&rsquo;il a d&rsquo;\u00eatre une entit\u00e9, ce moi compl\u00e8tement sous-cons\u00adcient parce qu&rsquo;il est parfaitement s\u00fbr de sa r\u00e9alit\u00e9, part dans le monde dans le seul but de se d\u00e9ve\u00adlopper, de m\u00fbrir, d&rsquo;obtenir en somme tout ce qu&rsquo;il poss\u00e8de d\u00e9j\u00e0 sans le savoir.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><strong>Le moi qui r\u00e9pond \u00e0 son d\u00e9sir essentiel<\/strong><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Ce moi dont le d\u00e9veloppement a \u00e9t\u00e9 normal peut d\u00e9j\u00e0 \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un ph\u00e9nom\u00e8ne, parmi tous les moi mutil\u00e9s dans leur dynamisme au profit des constantes sp\u00e9cifiques de leur esp\u00e8ce (classe, race, nationalit\u00e9, religion, etc&#8230;). Mais nous avons d\u00e9j\u00e0 abandonn\u00e9 ceux-ci \u00e0 la triste prison o\u00f9 volontairement ils s&rsquo;enferment parce qu&rsquo;ils ont peur. S&rsquo;ils ne d\u00e9sirent pas courir l&rsquo;aventure de leur d\u00e9livrance, alors les bouleversements sociaux, la mort de ceux qu&rsquo;ils aiment, la ruine, la maladie, comme aussi les passions, les \u00e9motions violentes, entre\u00adprendront contre eux un multiple combat, dont l&rsquo;issue sera impr\u00e9visible. Ballott\u00e9s de tous c\u00f4t\u00e9s, acharn\u00e9s \u00e0 d\u00e9fendre leur impossible \u00e9quilibre sta\u00adtique contre les flots \u00e9normes de la vie, <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>ces moi se cr\u00e9eront leur propre fatalit\u00e9<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">. Ce qu&rsquo;ils appellent leur d\u00e9sir n&rsquo;est pas un d\u00e9sir, mais une crainte. Ils d\u00e9sirent uniquement pr\u00e9server les objets dont est fait l&rsquo;\u00e9quilibre statique de leur pseudo-entit\u00e9. Ils d\u00e9sirent pr\u00e9server autour d&rsquo;eux toutes les person\u00adnes et les choses qu&rsquo;ils croient aimer, mais aux\u00adquelles ils sont simplement attach\u00e9s comme avec des cordes ; ils d\u00e9sirent de la m\u00eame fa\u00e7on prot\u00e9ger toutes les associations dont ils sont faits et dont la disparition laisserait en eux des gouffres b\u00e9ants.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Le moi dont nous parlons est au contraire anim\u00e9 d&rsquo;un violent d\u00e9sir. Il se peut qu&rsquo;il ne sache pas d\u00e9finir ce d\u00e9sir. Il se peut que ce d\u00e9sir change d&rsquo;un jour \u00e0 l&rsquo;autre, qu&rsquo;il s&rsquo;attache \u00e0 des objets impr\u00e9vus. Il y a toujours lutte entre le d\u00e9sir, et l&rsquo;\u00e9tat actuel d&rsquo;\u00e9quilibre o\u00f9 se trouve l&rsquo;individu. Ce moi dont nous parlons a \u00e9t\u00e9 entra\u00een\u00e9, ou s&rsquo;est en\u00adtra\u00een\u00e9, \u00e0 <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>suivre son d\u00e9sir essentiel, \u00e0 le poursuivre, \u00e0 se laisser porter par lui, au d\u00e9triment de tout \u00e9quilibre d\u00e9j\u00e0 \u00e9tabli, quelque pr\u00e9cieux qu&rsquo;il soit.<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"> Entre deux d\u00e9sirs, il a appris \u00e0 choisir le plus grand, et \u00e0 le suivre, en se d\u00e9clarant responsable de son choix, c&rsquo;est-\u00e0-dire en se passant des appro\u00adbations et des d\u00e9sapprobations, en imaginant les cons\u00e9quences possibles de ses actes, et en trouvant en lui-m\u00eame le courage de les affronter sans se rejeter, repentant et soumis, dans des absolutions. En suivant cette ligne morale, la seule qui ne st\u00e9\u00adrilise pas le d\u00e9sir dans la peur (ou dans <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>l&rsquo;indiff\u00e9\u00adrence<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">, qui sous son aspect neutre est un violent \u00e9go\u00efsme, ainsi que nous le verrons dans la Com\u00e9die Morale) le moi dont nous parlons a conserv\u00e9 son d\u00e9sir intact, ou s&rsquo;il l&rsquo;avait perdu il le retrouve.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><strong>\u00c0 la recherche d&rsquo;une activit\u00e9 gratuite<\/strong><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Ce d\u00e9sir peut prendre toutes les formes. D\u00e9\u00adbarrassons-le d&rsquo;abord de toute fausse notion de bien et de mal : <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>est bon tout d\u00e9sir authentique, et qui ne s&rsquo;oppose pas au d\u00e9veloppement chez les autres de d\u00e9sirs authentiques ; est mauvais tout d\u00e9sir suscit\u00e9 par un \u00e9quilibre qui n&rsquo;est pas l&rsquo;\u00e9qui\u00adlibre unique que l&rsquo;individu construit sur son es\u00adsence<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">, car ce d\u00e9sir, quelle que soit son apparence morale, exprime toujours une forme d&rsquo;exploita\u00adtion. Mais le moi impatient d&rsquo;agir, ne trouve jus\u00adqu&rsquo;ici dans la soci\u00e9t\u00e9 que des exploit\u00e9s et des exploiteurs. Il est incapable lui-m\u00eame, malgr\u00e9 la bonne volont\u00e9 qu&rsquo;il y peut mettre, de discerner l&rsquo;exploitation l\u00e0 o\u00f9 elle se trouve. Il affirme \u00ab\u00a0je suis moi \u00bb, et il ne sait pas que cette affirmation est la source premi\u00e8re de toutes les exploitations de l&rsquo;homme par l&rsquo;homme. Et parce qu&rsquo;aucune so\u00adci\u00e9t\u00e9 n&rsquo;existe encore qui puisse fournir \u00e0 l&rsquo;homme, dans le but d&rsquo;exercer et de d\u00e9truire son moi, une activit\u00e9 libre, gratuite, purifi\u00e9e de toute exploita\u00adtion (dans un sens ou dans l&rsquo;autre) le moi que meut irr\u00e9sistiblement son d\u00e9sir de v\u00e9rit\u00e9, se trouve pris dans un chaos inextricable de forces obscures, d&rsquo;agitations, de remous, dont il ne pourra peut-\u00eatre jamais plus \u00e9merger.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><strong>L&rsquo;ascension et l&rsquo;\u00e9croulement mythiques<\/strong><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Le moi sera avide de sensations, puisque ne se sachant pas complet, il cherchera \u00e0 vibrer autant qu&rsquo;il le pourra entre ses deux p\u00f4les, dans le but illusoire de s&rsquo;agrandir. Ses sensations de plaisir ou de douleur, de puissance ou de faiblesse, de mou\u00advement ou de stagnation, d&rsquo;ivresse ou de lucidit\u00e9, d&rsquo;\u00e9quilibre dans l&rsquo;aventure ou de d\u00e9s\u00e9quilibre dans la s\u00e9curit\u00e9, d&rsquo;amour ou de haine, de doute ou de certitude, de richesse ou de pauvret\u00e9, d&rsquo;exaltation ou de d\u00e9pression, d&rsquo;extase ou de d\u00e9sespoir, en somme ses sensations violentes, (de plus en plus violentes) faites de contrastes, d&rsquo;antinomies, d&rsquo;os\u00adcillations \u00e0 chaque instant plus amples et rapides \u00e0 la fois, ne pourront pas satisfaire son d\u00e9sir. Pous\u00ads\u00e9 par sa propre force int\u00e9rieure, qui \u00e9mane de son essence double, aux termes contradictoires, le moi est semblable \u00e0 un d\u00e9miurge frapp\u00e9 de folie, en \u00e9quilibre sur deux montagnes, un pied sur l&rsquo;une et un pied sur l&rsquo;autre, qui les fait surgir de plus en plus hautes, chaque pouss\u00e9e de l&rsquo;une provo\u00adquant une pouss\u00e9e de l&rsquo;autre, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que leurs sommets s&rsquo;\u00e9cartent de plus en plus dans des hau\u00adteurs absurdes, inutiles, devenues impossibles, jusqu&rsquo;\u00e0 la stupeur de l&rsquo;\u00e9croulement dans un ab\u00eeme enti\u00e8rement fabriqu\u00e9.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Et pourtant,<\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em> gare aux satisfaits, aux timor\u00e9s qui n&rsquo;osent pas affronter cette ascension et cette chute mythiques. Pour \u00eatre irr\u00e9elles, elles n&rsquo;en sont pas moins authentiquement v\u00e9cues par le moi, et n&rsquo;en comportent pas moins le sacrifice de leur vie, de leur vraie vie physique, en chair et en os<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">. Si mythiquement tout cela n&rsquo;est qu&rsquo;un jeu, cependant pour le moi qui accepte de jouer, ce jeu est son Grand Jeu, son jeu total, int\u00e9gral, d&rsquo;o\u00f9 il ne peut rien retirer, rien qui sous une forme ou l&rsquo;autre puisse lui m\u00e9nager une retraite, un refuge, une \u00e9vasion. Selon sa nature, il ira jusqu&rsquo;au bout de son plaisir, de son enthousiasme ou de son am\u00adbition. Le moi, pouss\u00e9 par sa force int\u00e9rieure, vou\u00addra \u00e9prouver sa r\u00e9alit\u00e9, quitte \u00e0 la voir se d\u00e9\u00adtruire, et de ce fait il devra \u00e0 chaque instant \u00e9viter les pi\u00e8ges que tendra contre lui-m\u00eame son d\u00e9sir de se recomposer un \u00e9quilibre statique o\u00f9 il se sentirait prot\u00e9g\u00e9. La plupart des fois, le pi\u00e8ge s&rsquo;ap\u00adpelle \u00ab un id\u00e9al \u00bb. <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>L&rsquo;id\u00e9al n&rsquo;est qu&rsquo;une projection du pass\u00e9 dans une image qu&rsquo;on appelle \u00ab avenir \u00bb, destin\u00e9e \u00e0 fuir le pr\u00e9sent, destin\u00e9e \u00e0 sauver le moi en lui permettant de se survivre.<\/em><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><strong>L&rsquo;appel dynamique<\/strong><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Tel un torrent, qui pour se tracer un lit se pr\u00e9cipite partout o\u00f9 il peut, quitte \u00e0 subir tous les d\u00e9tours que lui imposent les innombrables voies barr\u00e9es o\u00f9 l&rsquo;attraction l&rsquo;avait projet\u00e9, le moi d\u00e9\u00adcid\u00e9 \u00e0 trouver l&rsquo;absolue permanence de l&rsquo;univers, se pr\u00e9cipitera dans chaque voie qui s&rsquo;ouvrira \u00e0 lui, et en sortira aussit\u00f4t qu&rsquo;il verra que cette voie n&rsquo;aboutit qu&rsquo;\u00e0 une stagnation en dehors du grand courant o\u00f9 l&rsquo;auto-destruction l&rsquo;appelle. Cette sta\u00adgnation est toujours un refuge construit par la peur. Le moi rejette la peur, et poursuit ses aven\u00adtures. <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>Il est parjure, d\u00e9loyal, tra\u00eetre, il se renie mille fois, car aucune adh\u00e9sion donn\u00e9e dans le pass\u00e9, aucun serment ne peuvent le lier, lui qui br\u00fble \u00e0 chaque instant tout ce qu&rsquo;il \u00e9tait. S&rsquo;il trahit le pass\u00e9, c&rsquo;est \u00e0 cause de sa terrible et lucide loyau\u00adt\u00e9 en face du pr\u00e9sent, en face de sa mort.<\/em><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Tout comme l&rsquo;id\u00e9al qui projette le pass\u00e9 dans l&rsquo;avenir, la fid\u00e9lit\u00e9 est un pi\u00e8ge, qui projette l&rsquo;ave\u00adnir dans le pass\u00e9. Dans un sens comme dans l&rsquo;au\u00adtre, le moi se d\u00e9fend comme il peut, il joue sa Com\u00e9die Morale, il rev\u00eat sa peur de mots sublimes, de gestes admirables, d&rsquo;hypocrisie.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">S&rsquo;il parvient \u00e0 se vaincre, le voici d\u00e9j\u00e0 en lutte avec son milieu ; il ne tarde pas \u00e0 \u00eatre seul. Les pires vicissitudes peuvent le guetter, la douleur des siens, l&rsquo;abandon, la mis\u00e8re, la folie. La v\u00e9rit\u00e9, cer\u00adtes, apporte le glaive de la paix. La paix terri\u00adblement dynamique, la paix vivante, changeante, de l&rsquo;univers en perp\u00e9tuel renouveau, <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>la paix de l&rsquo;absolu mouvement, ne s&rsquo;obtient qu&rsquo;en brisant successivement avec rigueur et lucidit\u00e9, tous les \u00e9quilibres, tous les apaisements, toutes les harmo\u00adnies, tous les refuges.<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"> Certes, celui qui poursuit la v\u00e9rit\u00e9, devient de plus en plus humain. Il ne blesse donc pas inutilement, il ne brise pas avec brutalit\u00e9, il n&rsquo;est pas cruel. Cependant, il est d&rsquo;autant plus irr\u00e9sistible qu&rsquo;il est plus doux, d&rsquo;autant plus inexo\u00adrable que sa conduite n&rsquo;est pas dict\u00e9e par des r\u00e9actions, mais par une action imm\u00e9diate et cr\u00e9a\u00adtrice.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><strong>Une derni\u00e8re tentation : la faillite sublime<\/strong><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Les voies sont innombrables, puisque chacun a la sienne. Cependant on peut dire d&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale que le plus grand \u00e9cueil \u00e0 \u00e9viter, celui o\u00f9 se laissent prendre la plupart de ceux qui pour \u00eatre arriv\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 lui auraient pu le surmonter, est celui qui consiste \u00e0 se faire hypnotiser par son propre \u00e9clat. Le moi, avons-nous dit, est un ama\u00adteur de sensations. Celui dont les p\u00f4les sont de\u00advenus gigantesques ne tarde pas \u00e0 \u00eatre sollicit\u00e9 par son propre spectacle, devenu \u00e9tonnant. Le voici d\u00e9j\u00e0 entour\u00e9 de milliers de badauds, qui \u00e9tant ti\u00admor\u00e9s, s&rsquo;excitent par procuration. Lui, il est devenu un g\u00e9nie, un h\u00e9ros, il brille d&rsquo;un \u00e9clat extraordi\u00adnaire, et la foule est heureuse. Tous les moi qui tournent dans les cirques de leur stagnation s&rsquo;as\u00adsocient, du fond de leurs puits, \u00e0 son aventure. S&rsquo;il s&rsquo;y laisse prendre, voici son moi mourant qui sou\u00addain ressuscite, qui exploite l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 pour se fa\u00adbriquer un cirque \u00e0 sa fa\u00e7on, fulgurant et gigan\u00adtesque, o\u00f9 \u00e0 des hauteurs c\u00e9lestes vertigineuses, se donne le spectacle grandiose de son \u00e9chec. Ce spectacle est celui que, par dessus tout, ont appel\u00e9 de toute leur \u00e2me les sous-hommes mythiques \u00e0 travers les si\u00e8cles. Le h\u00e9ros de ce spectacle doit \u00eatre \u00e0 la fois g\u00e9nie, mystique, et faire faillite. Or ce cas illustre d&rsquo;une fa\u00e7on si excellente notre Com\u00e9die Psychologique, que, faute de pou\u00advoir d\u00e9velopper cette in\u00e9puisable Com\u00e9die, nous nous ferons porter, par cet exemple, \u00e0 nos conclu\u00adsions.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">En effet, \u00e0 travers toutes les civilisations que les moi ont construites, les individus les plus repr\u00e9sentatifs de la contradiction intime que sont ces moi ne se trouvent ni parmi les grands conqu\u00e9rants \u2013 ces moi \u00e9l\u00e9phantiques n&rsquo;ont jamais dout\u00e9 de leur r\u00e9alit\u00e9, et ils n&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 que les produits d&rsquo;un univers mythique (un Alexandre ou un Napol\u00e9on ne pour\u00adraient pas exister sans arm\u00e9es, sur une plan\u00e8te o\u00f9<\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">aucun pays ne serait \u00e0 conqu\u00e9rir) ; \u2013 ni parmi les sociologues, les savants, les philosophes, qui ont agi sur le monde dans la mesure o\u00f9 ils \u00e9taient assur\u00e9s de leur propre r\u00e9alit\u00e9 ; ni parmi les artistes, qui dans la mesure o\u00f9 ils ont dout\u00e9 d&rsquo;eux-m\u00eames ont eu foi en leurs \u0153uvres, et ont recons\u00adtitu\u00e9 par leurs \u0153uvres le cercle magique du mythe, qu&rsquo;ils avaient en partie vaincu. Mais les moi les plus repr\u00e9sentatifs de leur drame psychologique, sont plut\u00f4t <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>ceux qui se firent d\u00e9vorer par une autre r\u00e9alit\u00e9 que la leur, et qui, sur le point d&rsquo;y mourir, ne purent que jouer le Mythe, du fait que l&rsquo;horloge du sous-conscient collectif n&rsquo;avait pas en\u00adcore sonn\u00e9 l&rsquo;heure de la d\u00e9livrance<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">. Ainsi J\u00e9sus et son choc en retour Nietzsche, dans cette \u00e9norme Com\u00e9die mill\u00e9naire, ont jou\u00e9 le d\u00e9but et la fin d&rsquo;un m\u00eame acte, la naissance et l&rsquo;agonie d&rsquo;une civi\u00adlisation ; ils ont \u00e9t\u00e9 les acteurs d&rsquo;un m\u00eame drame psychologique, qui s&rsquo;est nou\u00e9 et puis d\u00e9nou\u00e9 d&rsquo;abord dans un sens, puis dans l&rsquo;autre; ils sont morts tous deux au seuil du R\u00e9el, et avec d&rsquo;autant plus d&rsquo;\u00e9clat qu&rsquo;ils \u00e9taient plus pr\u00e9s de le franchir.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Afin de mieux comprendre ce drame psycholo\u00adgique, nous imaginerons un moi tellement dyna\u00admique, tellement amoureux de la permanence \u00e9ternelle, que toute la seconde \u00e9tape de sa vie (celle<\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">qui commence lorsqu&rsquo;il est tout \u00e0 fait form\u00e9) con\u00adsistera uniquement \u00e0 se faire d\u00e9truire par la R\u00e9a\u00adlit\u00e9. Ce cas, \u00e9tant extr\u00eame par son d\u00e9pouillement, contiendra toutes les vari\u00e9t\u00e9s de lib\u00e9rations, ou les sugg\u00e9rera. Nous y verrons la lutte entre deux r\u00e9alit\u00e9s, celle du moi et celle du Pr\u00e9sent, puis, <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>par del\u00e0 les faillites, d&rsquo;autant plus sublimes qu&rsquo;elles se produisent plus pr\u00e8s du but<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">, nous verrons enfin l&rsquo;ultime r\u00e9alisation, celle o\u00f9 le moi a c\u00e9d\u00e9 sa place, a \u00e9clat\u00e9 sous la pression irr\u00e9sistible de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9.<\/span><\/p>\n<div>\n<p align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X1\" href=\"#Y1\">[1]<\/a> \u00ab Le moi, \u00e0 qui je rapportais tout autrefois, doit \u00eatre an\u00e9anti pour jamais \u00bb (F\u00e9nelon). \u00ab La pi\u00e9t\u00e9 chr\u00e9tienne an\u00e9antit le moi humain \u00bb (Pascal citant Cousin)&#8230; etc&#8230;, etc&#8230; ce qui est tr\u00e8s exactement l&rsquo;oppos\u00e9 de la dialectique du moi !<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X2\" href=\"#Y2\">[2]<\/a> EXP\u00c9RIENCES PARALL\u00c8LES. \u2013 Je tiens \u00e0 citer d\u00e8s aujourd&rsquo;hui, en marge de ce livre, les phrases suivantes d&rsquo;un manuscrit de Jo\u00eb Bousquet qui t\u00e9moignent, me semble-t-il, d&rsquo;une exp\u00e9rience po\u00e9tique parfaitement pa\u00adrall\u00e8le \u00e0 notre d\u00e9veloppement id\u00e9ologique :<br \/>\n\u00ab <em>Il me semblait que mon regard m&rsquo;ouvrait les portes d&rsquo;une vie \u00e9trang\u00e8re \u00e0 toute surprise. Toute apparition d&rsquo;une cr\u00e9ature ou d&rsquo;un objet nouveau pr\u00e9venait, un de mes souhaits, me l&rsquo;inspirait tout accompli, me semblait-il&#8230;<\/em><br \/>\n<em> &#8230; En faisant le jeu des \u00e9v\u00e9nements j&rsquo;\u00e9tais devenu la chair de ma volont\u00e9 qui s&rsquo;accomplissait en eux&#8230;<\/em><br \/>\n<em> Dans tous les endroits du monde, il y avait mon regard qui m&rsquo;attendait, nu comme un Dieu. On aurait dit que ma vie br\u00fblait en lui de m&rsquo;appartenir. Ah ! le chemin que je quittais savait mieux que moi le chemin que j&rsquo;allais prendre<\/em>. \u00bb<br \/>\nEt encore ceci (extrait de \u00ab <em>La parole est d&rsquo;argent<\/em> \u00bb \u2013 Choc II) : \u00ab <em>J&rsquo;ai cherch\u00e9 toute ma vie le miroir qui ne me renverrait aucune image<\/em>&#8230; \u00bb. C. S.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Selon la loi de contradiction qui r\u00e9git le moi, l&rsquo;amour et l&rsquo;intellect ont des fonctions qui s&rsquo;op\u00adposent \u00e0 leurs propres mouvements. L&rsquo;amour donne \u00e0 l&rsquo;individu l&rsquo;impression d&rsquo;un mouvement centrifuge : le moi a l&rsquo;impression de se donner, de s&rsquo;abandonner ; mais s&rsquo;il se laisse en effet emporter par le cours de ses sentiments et de ses passions, s&rsquo;il accepte d&rsquo;y \u00e9teindre le sentiment de soi, ce n&rsquo;est que parce qu&rsquo;il esp\u00e8re y trouver (par l&rsquo;union avec l&rsquo;objet de son amour) une permanence dont il ne se sent pas assez assur\u00e9. L&rsquo;amour est une recherche de permanence, qui s&rsquo;effectue au d\u00e9triment du d\u00e9sir qu&rsquo;a le moi de se percevoir ; l&rsquo;amour cherche, par tous les moyens, \u00e0 utiliser le monde ext\u00e9rieur pour construire cette perma\u00adnence int\u00e9rieure. Loin d&rsquo;\u00eatre centrifuge, c&rsquo;est donc un mouvement centrip\u00e8te, mais qui donne l&rsquo;illu\u00adsion d&rsquo;\u00eatre centrifuge, parce que la notion qu&rsquo;a le moi de sa propre r\u00e9alit\u00e9 s&rsquo;y trouve obscurcie. 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L'amour donne \u00e0 l'individu l'impression d'un mouvement centrifuge : le moi a l'impression de se donner, de s'abandonner ; mais s'il se laisse en effet emporter par le cours de ses sentiments et de ses passions, s'il accepte d'y \u00e9teindre le sentiment de soi, ce n'est que parce qu'il esp\u00e8re y trouver (par l'union avec l'objet de son amour) une permanence dont il ne se sent pas assez assur\u00e9. L'amour est une recherche de permanence, qui s'effectue au d\u00e9triment du d\u00e9sir qu'a le moi de se percevoir ; l'amour cherche, par tous les moyens, \u00e0 utiliser le monde ext\u00e9rieur pour construire cette perma\u00adnence int\u00e9rieure. Loin d'\u00eatre centrifuge, c'est donc un mouvement centrip\u00e8te, mais qui donne l'illu\u00adsion d'\u00eatre centrifuge, parce que la notion qu'a le moi de sa propre r\u00e9alit\u00e9 s'y trouve obscurcie. Dans le monde \u00e0 rebours qu'est celui du moi, c'est donc bien en perdant le sentiment de sa r\u00e9alit\u00e9, donc en sortant de lui-m\u00eame, que le moi rentre en lui-m\u00eame, et s'affermit dans sa propre permanence int\u00e9rieure.","og_url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-maturation-dun-moi-leducation-creatrice-par-carlo-suares\/","og_site_name":"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","article_published_time":"2014-01-08T00:09:28+00:00","article_modified_time":"2014-01-23T22:30:13+00:00","og_image":[{"width":153,"height":150,"url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/Carlo_Suares.jpg","type":"image\/jpeg"}],"author":"3e mill\u00e9naire","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"3e mill\u00e9naire","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"39 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"Article","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-maturation-dun-moi-leducation-creatrice-par-carlo-suares\/#article","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-maturation-dun-moi-leducation-creatrice-par-carlo-suares\/"},"author":{"name":"3e mill\u00e9naire","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5"},"headline":"La maturation d&rsquo;un moi : L&rsquo;\u00e9ducation cr\u00e9atrice par Carlo Suar\u00e8s","datePublished":"2014-01-08T00:09:28+00:00","dateModified":"2014-01-23T22:30:13+00:00","mainEntityOfPage":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-maturation-dun-moi-leducation-creatrice-par-carlo-suares\/"},"wordCount":7852,"image":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-maturation-dun-moi-leducation-creatrice-par-carlo-suares\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2013\/12\/Carlo_Suares.jpg","keywords":["processus du moi"],"articleSection":["Suar\u00e8s Carlo"],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-maturation-dun-moi-leducation-creatrice-par-carlo-suares\/","url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-maturation-dun-moi-leducation-creatrice-par-carlo-suares\/","name":"La maturation d'un moi : L'\u00e9ducation cr\u00e9atrice par Carlo Suar\u00e8s - 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