{"id":14835,"date":"2014-01-08T01:09:45","date_gmt":"2014-01-08T00:09:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=14835"},"modified":"2014-01-16T02:58:14","modified_gmt":"2014-01-16T01:58:14","slug":"benediction-de-labime-livre-ii-par-archaka","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/benediction-de-labime-livre-ii-par-archaka\/","title":{"rendered":"B\u00e9n\u00e9diction de l\u2019ab\u00eeme : Livre II par Archaka"},"content":{"rendered":"<p>(Extrait de B\u00e9n\u00e9diction de l\u2019ab\u00eeme. Sri mira trust 1990)<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=14771\"><em>Livre I<\/em><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">Adversaires du Supr\u00eame ils sont sortis<br \/>\nDe leur monde de pens\u00e9e et de puissance sans \u00e2me<br \/>\nAfin de servir par leur hostilit\u00e9 le programme cosmique.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\" align=\"CENTER\">*<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"JUSTIFY\">Et tandis qu&rsquo;il chantait les d\u00e9mons pleuraient de joie,<br \/>\nPr\u00e9sageant la fin de leur longue t\u00e2che horrible<br \/>\nEt la d\u00e9faite qu&rsquo;ils esp\u00e9raient en vain<br \/>\nEt l&rsquo;heureux affranchissement du funeste destin qu&rsquo;eux-m\u00eames avaient choisi<br \/>\nEt le retour en l&rsquo;Un dont ils \u00e9taient issus.<\/p>\n<p align=\"RIGHT\">Sri Aurobindo, <em>Savitri<\/em>, Livre II, Chant III ;<br \/>\nLivre VI, Chant I.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Depuis que circule en lui le fr\u00e9missement sacr\u00e9, il sait, par-del\u00e0 tous nos mots, qu&rsquo;il doit nous le communiquer, car c&rsquo;est cela b\u00e9nir. C&rsquo;est faire passer en ceux que touchent ses mains l&rsquo;onde de v\u00e9rit\u00e9, de lumi\u00e8re et d&rsquo;immortalit\u00e9 dont son propre corps est l&rsquo;\u00e9crin.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Et imposant les mains sur nos t\u00eates, sur nos fronts, sur nos c\u0153urs, il \u00e9veille en nous la Divinit\u00e9 qu&rsquo;aveugl\u00e9ment nous cherchons hors de nous. Et c&rsquo;est l\u00e0 ce nouveau degr\u00e9 de l&rsquo;amour qu&rsquo;il d\u00e9couvre peu \u00e0 peu. Il n&rsquo;est plus seulement Dieu qui aime tous les hommes, il est celui qui voit Dieu en tous les hommes. Il ose l&rsquo;inexpiable, il \u00e9voque l&rsquo;esprit jusqu&rsquo;en le pire d&rsquo;entre nous. Ce n&rsquo;est plus la compassion qui le pousse, ce n&rsquo;est plus l&rsquo;abn\u00e9gation, ce n&rsquo;est plus l&rsquo;ob\u00e9issance \u00e0 l&rsquo;ordre, per\u00e7u au-dedans, de consoler les afflig\u00e9s et de racheter les p\u00e9cheurs. \u00c0 ses yeux, il n&rsquo;y a plus de diff\u00e9rence entre lui et nous. Nous ne sommes plus les cr\u00e9atures encha\u00een\u00e9es \u00e0 l&rsquo;igno\u00adrance et au malheur. Nous sommes lumi\u00e8re pure et libert\u00e9. Nous sommes Dieu. Et c&rsquo;est Dieu qu&rsquo;il aime en nous et qu&rsquo;il salue lorsque ses mains se posent sur nous et instillent en vagues solaires l&rsquo;\u00e9nergie qui fait de lui un dieu.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Quelle plus grande extase que de conna\u00eetre Dieu dans son contraire apparent ? \u00c9perdu d&rsquo;amour, le sage embrasse les r\u00e9prouv\u00e9s et les maudits qui le trompent, tout autant et peut-\u00eatre davantage que ceux d&rsquo;entre nous qui le respectent. Ses mains touchent les fronts de ceux qui se courbent devant lui pour lui voler cette force miraculeuse et r\u00eavent de gouver\u00adner une parcelle de l&rsquo;univers. Et elles touchent pareillement ceux qui n&rsquo;aspirent qu&rsquo;au bien. Il b\u00e9nit, il nous b\u00e9nit. Il est la vivante arche d&rsquo;alliance qui nous relie \u00e0 notre origine incon\u00adnue. Ses mains infusent en notre chair un s\u00e9rum immat\u00e9riel qui allume l&rsquo;esp\u00e9rance. Il y faudra des ann\u00e9es, il y faudra des vies et des vies, peut-\u00eatre, mais un jour viendra o\u00f9, nourri par ce s\u00e9rum, un \u00eatre s&rsquo;\u00e9veillera en nous, insoucieux de ce que nous aurons \u00e9t\u00e9 en mal ou en bien, et qui, repolissant tout souvenir d&rsquo;alors, ne sera que m\u00e9moire de cette b\u00e9n\u00e9diction.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ce que le voyant divin d\u00e9pose en nous lorsque ses mains appuient doucement sur les os de notre cr\u00e2ne et semblent modeler notre cerveau, c&rsquo;est cet avenir o\u00f9 nous aussi devons nous savoir Dieu. Chaque b\u00e9n\u00e9diction d\u00e9livre une semence de soleil, un sperme mystique qui touche en nous une zone \u00e0 nous inaccessible et y f\u00e9conde notre attente. Le Myst\u00e8re peut d\u00e9sormais se d\u00e9ployer au fil des ans, ou bien des si\u00e8cles. Qu&rsquo;importe si nous d\u00e9rivons dans la Nuit et divaguons dans l&rsquo;incoh\u00e9rence du monde tel que le per\u00e7oivent nos sens, notre r\u00e9demption est in\u00e9luctable. \u00ab\u00a0Tous, nous serons transform\u00e9s\u00a0\u00bb (Paul, <em>\u00c9p\u00eetre aux Corinthiens<\/em>, I, 15, 51).<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Nous, les menteurs, les voleurs, les assassins, nous les infid\u00e8les, les apostats et les tra\u00eetres, nous les dictateurs hallu\u00adcin\u00e9s, les fous de g\u00e9nocides, nous serons tous transform\u00e9s par l&rsquo;amour du voyant, parce qu&rsquo;il a vu Dieu en nous et qu&rsquo;en nous il l&rsquo;a aim\u00e9. Que nous ricanions n&rsquo;y change rien. Que, pour le ridiculiser, nous nous prosternions devant lui avec l&rsquo;envie de le mettre plus bas que nous ne saurait alt\u00e9rer son amour, ni modifier sa proph\u00e9tie. Il a vu, il voit Dieu en nous, et c&rsquo;est Dieu qu&rsquo;il aime en nous, si follement pervers que nous nous voulions pour l&rsquo;insulter, et c&rsquo;est Dieu qu&rsquo;il \u00e9veille, c&rsquo;est Dieu qu&rsquo;il s\u00e8me en sa b\u00e9n\u00e9diction, c&rsquo;est Dieu que, patiem\u00adment, il met au monde.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Et tandis que nous nous agitons et clabaudons dans l&rsquo;ombre o\u00f9 nous nous croyons plus forts que lui tout en lui enviant le calme pouvoir dont ses actes sont empreints, tan\u00addis que nous pleurons de ne pouvoir lui ressembler ou que nous le raillons et lui jetons la triste rognure de nos vies, lui se souvient d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 jadis comme nous.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Souvenons-nous avec lui. Revenons en arri\u00e8re dans sa vie d&rsquo;autrefois. Comme nous prisonnier de la caverne, il a jadis souffert et s&rsquo;est interrog\u00e9, il a g\u00e9mi, il s&rsquo;est ru\u00e9 dans le plaisir et dans la honte pour faire taire la voix de son chagrin, il a voulu jouir de toutes ses forces atrophi\u00e9es, il a voulu com\u00admander, lui comme nous lamentable nabot, il a voulu tout rejeter, il a tout ni\u00e9, Dieu et le monde et lui-m\u00eame, ainsi que nous le faisons nous-m\u00eames en l&rsquo;orgie fun\u00e8bre o\u00f9 nous nous d\u00e9menons.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Et d&rsquo;abord, il a ni\u00e9 Dieu. Puis, c&rsquo;est le monde qu&rsquo;il a reni\u00e9, le croyant responsable du mal dont il souffrait. Les \u00c9critures nous accusant d&rsquo;avoir rompu l&rsquo;harmonie universelle, il a m\u00e9pris\u00e9 ou ha\u00ef ses compagnons de cha\u00eene dont il partageait pourtant la pitance et les larmes. Il leur en a voulu de tout salir et de tout ab\u00eemer. Il leur a reproch\u00e9 son propre malheur. Lui seul, sans doute, avait raison, et sa souffrance le purifiait, tandis qu&rsquo;autour de lui on se goinfrait de pacotille. Lui seul souffrait et poss\u00e9dait un id\u00e9al, tandis que les autres n&rsquo;avaient en t\u00eate que de s&rsquo;\u00e9tourdir dans un carrousel de plaisirs f\u00e9tides. Alors, d\u00e9laissant le troupeau, il s&rsquo;est tourn\u00e9 vers Dieu qui, du moins, m\u00e9ritait son int\u00e9r\u00eat. Qui, du moins, \u00e9tait digne de lui.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00c9tait-il donc alors si orgueilleux ? N&rsquo;avait-il donc que d\u00e9dain pour la tourbe de ses fr\u00e8res ? N&rsquo;aimait-il donc que lui-m\u00eame ? Il ne s&rsquo;en rendait pas compte. Il \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 toutes les p\u00e9nitences afin de vivre enfin autre chose. Il \u00e9tait las jusqu&rsquo;au d\u00e9go\u00fbt des vaines ombres de la caverne et suppliait qu&rsquo;on lui donn\u00e2t un cilice et des bijoux barbel\u00e9s en place de ses v\u00eatements et de ses ornements d&rsquo;autrefois, et qu&rsquo;un fouet lest\u00e9 de plomb lui cingl\u00e2t la chair pour en arracher le souvenir de caresses br\u00fblantes. Que voulait-il ? La colonne des stylites ? La solitude des anachor\u00e8tes ? L&rsquo;oubli d\u00e9finitif ? Il ne le savait pas lui-m\u00eame. Simplement autre chose \u2013 que<br \/>\ncela f\u00fbt Dieu et son effulgence infinie, ou le noir N\u00e9ant de la non-existence. Oui, autre chose, autre chose que cette ronde infernale et absurde o\u00f9 l&rsquo;on na\u00eet sans raison, o\u00f9 l&rsquo;on vit sans motif et o\u00f9 l&rsquo;on meurt sans n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">D\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e \u00e9tait son esp\u00e9rance, et implacable sa r\u00e9solu\u00adtion : il lui fallait mourir, ou bien de la mort qui est le lot de chacun, ou bien de celle qui dissout la persona et que, dit-on, Dieu r\u00e9serve \u00e0 ses \u00e9lus.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Et Dieu l&rsquo;ayant choisi, il l&rsquo;est devenu au cours d&rsquo;une extase o\u00f9 tout a disparu. Ses maux et leurs pauvres rem\u00e8des se sont \u00e9vanouis dans un Soleil sans orbe qui \u00e9tait lui-m\u00eame depuis toujours et \u00e0 jamais. Et pendant des jours, des semaines, des mois, des ann\u00e9es, il a v\u00e9cu ainsi, d\u00e9chiffrant en lui le langage de la Lumi\u00e8re. Il \u00e9tait sorti de la caverne et d\u00e9couvrait la vraie cause de tout ce qui est, arrive ou bien s&rsquo;efface. Et c&rsquo;\u00e9tait aussi comme si, la mer s&rsquo;\u00e9tant retir\u00e9e, il avait pu en \u00e9tudier le fond mis \u00e0 nu. Il avait chang\u00e9 de dimen\u00adsion, et tout son \u00eatre se modifiait \u00e0 mesure qu&rsquo;il d\u00e9voilait en lui-m\u00eame le visage de la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il avait vu Dieu. Il \u00e9tait devenu Dieu. Depuis toujours et \u00e0 jamais, il \u00e9tait Dieu. Pouvait-il y avoir f\u00e9licit\u00e9 plus haute ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Or, plus Dieu se manifestait en sa conscience et l&rsquo;initiait \u00e0 ses myst\u00e8res, plus il comprenait les hommes, ses anciens compagnons. Plus Dieu lui devenait accessible, plus il se sentait proche des hommes. Car cette connaissance qu&rsquo;il avait de Dieu et qui ne cessait de grandir en lui \u00e9clairait d&rsquo;un jour nouveau notre comportement. Il ne le voyait plus de l&rsquo;ext\u00e9rieur, mais de l&rsquo;int\u00e9rieur. Et nous cessions d&rsquo;\u00eatre res\u00adponsables de ce dont les si\u00e8cles nous accusaient comme de ce pour quoi on nous bl\u00e2mait au jour le jour.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Sa vision s&rsquo;aiguisant, il comprenait de plus en plus que, loin d&rsquo;\u00eatre les auteurs du d\u00e9sordre o\u00f9 nous nous d\u00e9chirions, nous n&rsquo;en \u00e9tions que les outils impuissants, loin d&rsquo;\u00eatre cou\u00adpables des petits crimes quotidiens ou des abominations de l&rsquo;Histoire, nous n&rsquo;en \u00e9tions que les victimes ch\u00e2ti\u00e9es ici et au-del\u00e0 pour ce qui se commettait par notre entremise et sans qu&rsquo;il nous f\u00fbt seulement demand\u00e9 d&rsquo;y consentir. Le rideau se levait sur les tr\u00e9teaux cosmiques. D&rsquo;\u00e9normes forces, dieux ou diables, nous poussaient et se livraient en nous un combat gigantesque, nous inspirant beaut\u00e9 ou hideur, amour ou haine, calme ou violence, paix ou guerre, et nous cachant l&rsquo;origine et la fin de notre \u00eatre.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ayant perdu le sens de sa personnalit\u00e9, le voyant pouvait d\u00e9sormais voir les hommes par-del\u00e0 la leur. Et ils \u00e9taient comme lui, lumineux, \u00e9ternels et infinis comme lui, un avec lui et indistincts de Dieu. Et cependant, \u00f4 terreur plus sauvage, \u00f4 col\u00e8re plus enflamm\u00e9e qu&rsquo;aucune autre, il \u00e9tait bien oblig\u00e9 de voir que le monde souffrait \u00e0 chaque instant, pleurait et g\u00e9missait et pantelait dans les t\u00e9n\u00e8bres et ne trouvait nulle part d&rsquo;issue. \u00c0 quoi bon promettre des r\u00e9compenses ou des ch\u00e2timents au-del\u00e0 quand on a vu que nul ne fait rien, que Dieu seul agit sous les innombrables visages de sa cr\u00e9ation? Aux disciples de cr\u00e9er des codes. Mais lui, le voyant, qu&rsquo;irait-il parler de jugement \u00e0 des \u00eatres dont la vie tout enti\u00e8re est douleur imm\u00e9rit\u00e9e ? S&rsquo;il en est un qu&rsquo;il faille juger, et con\u00addamner pour l&rsquo;immense mis\u00e8re du monde, c&rsquo;est Dieu, et lui seul.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">On ne s&rsquo;en doute gu\u00e8re, mais il y a, dans la vie du voyant, un moment de r\u00e9volte o\u00f9 il d\u00e9couvre qu&rsquo;il n&rsquo;aime pas Dieu.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Comment pourrait-on aimer celui qui inflige \u00e0 sa cr\u00e9ation un si constant supplice ? D&rsquo;horreur pour un tel monstre et par compassion pour notre humanit\u00e9 tortur\u00e9e, le Bouddha en est arriv\u00e9 \u00e0 nier Dieu purement et simplement. D\u00e9marche inexorable qui s&rsquo;exprime en termes vertigineusement clairs la R\u00e9alit\u00e9 supr\u00eame avec laquelle s&rsquo;identifie le voyant fait para\u00eetre le monde irr\u00e9el. Si le monde est irr\u00e9el, le voyant, qui en fait partie, est lui aussi irr\u00e9el. Irr\u00e9elle se trouve donc son exp\u00e9rience et irr\u00e9elle cette R\u00e9alit\u00e9 supr\u00eame \u00e0 laquelle il avait atteint, irr\u00e9el ce Dieu transcendant, origine de notre \u00eatre. Rien n&rsquo;existe, que le Z\u00e9ro absolu o\u00f9 ne sont ni \u00catre ni Non-\u00catre. En sorte que la piti\u00e9 du Bouddha pour nos maux s&rsquo;est mu\u00e9e en piti\u00e9 pour l&rsquo;ignorance o\u00f9 nous sommes de l&rsquo;illusion de nos maux. Il suffit, selon lui, de savoir que nous n&rsquo;existons pas, ni rien de ce qui nous entoure, ni rien de ce que nous consid\u00e9rons comme notre origine pour que cesse la souffrance et que la Mort n&rsquo;ait plus de prise <a id=\"Y1\" href=\"#X1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Nulle \u00e2me au monde n&rsquo;est sans doute all\u00e9e aussi loin dans le refus de Dieu, n&rsquo;a aussi compl\u00e8tement explor\u00e9 ni aussi radicalement traduit l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;aimer l&rsquo;\u00catre de notre \u00eatre qui, en se cachant de nous, ne cesse de nous blesser que pour envenimer nos plaies et nous en faire mourir. Cepen\u00addant, un vertige analogue s&rsquo;est empar\u00e9 de tous les hommes de Dieu. Non pas tentation lucif\u00e9rienne pour qu&rsquo;ils abandon\u00adnent leur mission, car il est trop tard pour succomber \u00e0 aucune tentation une fois que l&rsquo;on s&rsquo;est identifi\u00e9 avec l&rsquo;\u00c9ternel et Infini, mais amour \u00e9perdu pour l&rsquo;humanit\u00e9 qui ne se doute de rien : ce n&rsquo;est pas pour Dieu, son moi supr\u00eame, que le voyant se sacrifie, mais pour les hommes, ses semblables. Dieu n&rsquo;a aucun besoin d&rsquo;\u00eatre pr\u00each\u00e9, mais nous il faut que l&rsquo;on nous \u00e9claire \u00e0 chaque pas afin que notre marche prenne un sens, f\u00fbt-il myst\u00e9rieux et lointain. Et il faut que l&rsquo;on nous aime, que l&rsquo;on nous aime plus que soi, plus que la vie et plus que Dieu afin de nous sauver.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">De cet amour, le Christ est la br\u00fblante incarnation, qui a renonc\u00e9 \u00e0 la radieuse extase de son P\u00e8re \u2014 la conscience de l&rsquo;\u00c9ternel et Infini o\u00f9 il aurait pu \u00e9go\u00efstement se retrancher des affres du monde \u2014 pour s&rsquo;instituer notre fr\u00e8re, nous prendre dans ses bras et ranimer de son haleine nos corps d\u00e9chiquet\u00e9s par la douleur, l&rsquo;ignorance et la crainte. L&rsquo;image canonique en fait le fils unique du Dieu unique envoy\u00e9 par celui-ci pour racheter nos p\u00e9ch\u00e9s. Mais si, pour le voyant de Dieu, il est impossible de nous consid\u00e9rer comme des p\u00e9cheurs, que faut-il d\u00e9duire de son sacrifice ? Si, loin d&rsquo;\u00eatre les fauteurs d&rsquo;abjection que l&rsquo;on dit que nous sommes, nous lui apparaissons comme les victimes d&rsquo;une condition impos\u00e9e par la Nature et, en dernier ressort, par le ma\u00eetre de la Nature, par Dieu lui-m\u00eame, comment faut-il envisager cette r\u00e9demption de notre humanit\u00e9 dont on d\u00e9clare qu&rsquo;elle \u00e9tait son but ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il est essentiel, ici, de comprendre et d&rsquo;admettre que, pour tous les voyants, l&rsquo;exp\u00e9rience de la R\u00e9alit\u00e9 supr\u00eame est n\u00e9ces\u00adsairement la m\u00eame. L&rsquo;\u00e2me humaine qui s&rsquo;identifie avec son Principe perd toute notion religieuse, culturelle, ethnique au cours de son extase. Ce n&rsquo;est pas le Bouddha il y a vingt-six si\u00e8cles en Inde ou le Christ il y a deux mille ans en Galil\u00e9e qui deviennent la R\u00e9alit\u00e9 tout en demeurant, \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re-plan, Gautama ou J\u00e9sus. C&rsquo;est la R\u00e9alit\u00e9 elle-m\u00eame qui se conna\u00eet par-del\u00e0 l&rsquo;Espace et le Temps. L&rsquo;exp\u00e9rience pulv\u00e9rise toutes les lois morales selon lesquelles nous nous effor\u00e7ons de vivre. Il n&rsquo;y a que cette R\u00e9alit\u00e9 \u2014 qu&rsquo;on l&rsquo;appelle le Vide ou Celui qui est. Tout ce qui est est cette R\u00e9alit\u00e9, et si Gautama ou J\u00e9sus ont pu s&rsquo;y dissoudre au point qu&rsquo;elle seule a exist\u00e9 en son informelle unicit\u00e9 qui \u00e9tait infiniment, \u00e9ternellement, impersonnellement eux, chaque homme, \u00e0 leur exemple, doit y parvenir un jour. D\u00e8s lors, le monde tel que nous le voyons est une illusion pour le Bouddha et il ne saurait y avoir de p\u00e9cheurs pour le Christ.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il faut y insister : si le Christ tenait les hommes pour p\u00e9cheurs, nous devrions en d\u00e9duire qu&rsquo;il n&rsquo;a pas l&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;Absolu, qu&rsquo;il n&rsquo;est pas le Fils de Dieu, qu&rsquo;il n&rsquo;a aucune connaissance du P\u00e8re, qu&rsquo;il ne sait pas que tout est la Lumi\u00e8re \u00e9ternelle de l&rsquo;Un. Il serait comme nous dans la conscience de la dualit\u00e9, comme nous prisonnier de la caverne et de ses fantasmagories \u2014 charlatan, ou bien fou dont les forfanteries ou le d\u00e9lire ont donn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Occident son aspect.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Que nous faut-il comprendre alors ? Si, pour lui, nous ne sommes pas p\u00e9cheurs, si, \u00e0 ses yeux \u2014 pour lesquels tout est n\u00e9cessairement Dieu \u2014, nous sommes nous-m\u00eames Dieu, quel sens, encore une fois, devons-nous donner \u00e0 son martyre ? Nous a-t-il offerts au P\u00e8re en le suppliant de nous absoudre ? Ou bien ne l&rsquo;a-t-il pas suppli\u00e9 d&rsquo;enlever de nos yeux la taie qui, nous emp\u00eachant de voir la V\u00e9rit\u00e9, nous condamne \u00e0 nous tromper sans cesse sur nous-m\u00eames et le monde ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Lui dont les yeux s&rsquo;\u00e9taient ouverts et qui \u00e9tait devenu le Regard \u00e9ternel de l&rsquo;\u00catre se contemplant et se cr\u00e9ant soi-m\u00eame \u00e0 l&rsquo;infini et dans les si\u00e8cles des si\u00e8cles, comment aurait-il un seul instant vu en nous des malfaiteurs ? Et pourquoi ? Pour mieux souligner le caract\u00e8re de son sacrifice et l&rsquo;importance de son pardon ? \u00ab\u00a0Vous \u00eates mauvais, votre c\u0153ur est impur, vos sentiments sont bas, et viles vos pens\u00e9es. Mais mon P\u00e8re m&rsquo;envoie parmi vous afin de vous remettre vos p\u00e9ch\u00e9s. Renoncez \u00e0 cette vie honteuse et suivez-moi. Je vous con\u00adduirai jusqu&rsquo;au Royaume de Dieu\u00a0\u00bb ? Cela ne ferait qu&rsquo;ent\u00e9\u00adriner la notion de faute, qui est impossible \u00e0 la conscience divine, pour laquelle tout est naturellement divin.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Autrement dit, le Christ n&rsquo;est pas venu enlever les p\u00e9ch\u00e9s du monde au sens o\u00f9 l&rsquo;\u00c9glise l&rsquo;entend officiellement. Il n&rsquo;est pas venu nous enseigner que nous sommes habit\u00e9s par le Mal et que lui, connaissant la v\u00e9rit\u00e9, nous pardonnait. Ou plus exactement, il n&rsquo;est pas venu nous enseigner que cela. Cela, pour ainsi dire, n&rsquo;est que la premi\u00e8re partie de son enseignement. Elle correspond \u00e0 l&rsquo;\u00e9tape o\u00f9 l&rsquo;homme de Dieu \u00e9prouve l&rsquo;amour que Dieu lui-m\u00eame a pour sa cr\u00e9ation.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Mais alors, ne perdons pas de vue qu&rsquo;il ne peut juger en termes de Bien et de Mal. Devant le pire des forfaits, sa seule r\u00e9action est d&rsquo;amour, et si c&rsquo;est lui que l&rsquo;on vise, que l&rsquo;on cherche \u00e0 d\u00e9truire, il ne peut avoir que de l&rsquo;amour pour son bourreau. Aucun autre mouvement n&rsquo;est possible \u00e0 l&rsquo;\u00eatre qu&#8217;emplit toujours davantage la connaissance de Dieu. Plus on s&rsquo;abaisse devant lui, plus il s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve et r\u00e9pand sur le monde la lumi\u00e8re de son amour. Nous l&rsquo;avons dit, la part encore humaine de sa personnalit\u00e9 peut voir l&rsquo;ignominie et en \u00eatre d\u00e9go\u00fbt\u00e9e, son \u00e2me ne juge pas, ne condamne pas, n&rsquo;est pas m\u00eame affect\u00e9e : elle est comme un soleil d&rsquo;amour qui resplendit dans la nuit.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Sans doute la m\u00e9tamorphose de la conscience pourrait-elle s&rsquo;arr\u00eater l\u00e0. Mais il y a davantage \u00e0 d\u00e9couvrir que cet amour imperturbable de Dieu pour ses cr\u00e9atures, quoi qu&rsquo;elles puissent commettre. Il y a la raison m\u00eame de cet amour qu&rsquo;il faut d\u00e9chiffrer et qui correspond \u00e0 l&rsquo;extase o\u00f9 tout est Dieu, soi-m\u00eame et l&rsquo;univers en une \u00e9blouissante abstraction. Ainsi s&rsquo;effectue progressivement le passage : de l&rsquo;amour de Dieu pour les p\u00e9cheurs (et qui d&rsquo;entre nous ne l&rsquo;est pas ?), de son pardon r\u00e9p\u00e9t\u00e9 de leurs offenses perp\u00e9\u00adtuelles \u00e0 la connaissance vivante que tous les \u00eatres et toutes les choses sont Dieu, que le plus r\u00e9pugnant des hommes est aussi bien Dieu que celui qui est capable de le savoir.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">D\u00e8s lors, ce qu&rsquo;il s&rsquo;agit de faire, ce n&rsquo;est pas exactement de pardonner. Tout est d&rsquo;avance accompli \u2014 commis et pardonn\u00e9 \u2014 pour l&rsquo;\u00c9ternel et Infini. C&rsquo;est d&rsquo;enlever le voile qui nous cache la R\u00e9alit\u00e9, c&rsquo;est de nous faire grandir en con\u00adscience, c&rsquo;est de nous \u00e9clairer. C&rsquo;est non pas de nous remettre nos p\u00e9ch\u00e9s, mais de nous enseigner que nous ne sommes pas p\u00e9cheurs, que nous participons de la nature divine et que nous devons nous r\u00e9volter contre les pouvoirs qui nous main\u00adtiennent dans l&rsquo;ignorance et qui, d\u00e8s le d\u00e9but, ont \u00e9t\u00e9 \u00e9man\u00e9s pas Dieu lui-m\u00eame.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">R\u00e9volte \u00f4 combien ambigu\u00eb des messies : dans leur col\u00e8re contre Dieu qui a impos\u00e9 \u00e0 sa cr\u00e9ation un cheminement si douloureux, ils n&rsquo;ont cependant d&rsquo;autre but \u00e0 proposer que Dieu.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Croyant les hommes coupables d&rsquo;avoir fauss\u00e9 l&rsquo;harmonie universelle et de se complaire dans la perp\u00e9tration d&rsquo;actes toujours plus ignobles, ils avaient fui le monde, ses tentations et son p\u00e9ch\u00e9, afin de se consacrer \u00e0 Dieu. Et peu \u00e0 peu, au prix de mortifications d\u00e9chirantes, ils avaient connu le ravisse\u00adment de leur \u00eatre en la lumineuse apesanteur d&rsquo;au-del\u00e0. Se hissant toujours plus haut vers le z\u00e9nith du monde, ils avaient p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 dans le Soleil et s&rsquo;y \u00e9taient fondus. Rien ne pouvait \u00eatre plus r\u00e9el que cette transe o\u00f9 le monde se d\u00e9sint\u00e9grait ainsi qu&rsquo;eux-m\u00eames. Seule, la Lumi\u00e8re imp\u00e9rissable et pure existait, pareille \u00e0 un oc\u00e9an sans rives ni horizon, sans sur\u00adface ni fond, que rien ne pouvait atteindre. Le reste \u00e9tait mirage : l&rsquo;univers et l&rsquo;individu et l&rsquo;id\u00e9e que celui-ci se formait des choses et de leur origine. Il n&rsquo;y avait que cette b\u00e9atitude \u00e9ternelle du Vide incorruptible.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Mais une fois de retour \u00e0 la conscience dans le corps, qu&rsquo;y avait-il ? Et comment fallait-il vivre cette connaissance du N\u00e9ant omnitemporel et omnipr\u00e9sent ? Et comment r\u00e9soudre l&rsquo;insoutenable question de la douleur universelle si n&rsquo;existait que l&rsquo;extase de la Conscience supr\u00eame ? En niant le monde dont l&rsquo;impermanence prouvait l&rsquo;irr\u00e9alit\u00e9, en niant l&rsquo;homme, en niant Dieu, comme le Bouddha ? L&rsquo;\u00e2me t\u00e9tanis\u00e9e d&rsquo;une grande part de l&rsquo;Asie indique suffisamment que, l\u00e0, n&rsquo;est pas la solution, qu&rsquo;il s&rsquo;agit seulement d&rsquo;un suicide mystique dans lequel, au cours des si\u00e8cles, des foules innombrables se sont pr\u00e9cipit\u00e9es. Il doit y avoir autre chose que cette rage sereine o\u00f9 Dieu et sa cr\u00e9ation sont reni\u00e9s dans un sourire implacable, et finalement annihil\u00e9s.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Pour faire dispara\u00eetre la souffrance, le bouddhisme fait dispara\u00eetre celui qui souffre et ce qui est cause de la souf\u00adfrance. Mais en v\u00e9rit\u00e9, la souffrance demeure pour le reste de l&rsquo;humanit\u00e9, et ce qui est par-del\u00e0 l&rsquo;Espace et le Temps et qui contient, impr\u00e8gne, fa\u00e7onne l&rsquo;Espace et le Temps, con\u00adtinue d&rsquo;en \u00eatre le seul responsable. Pour l&rsquo;homme de Dieu, l&rsquo;univers \u00e9tant la forme de Dieu, seul Dieu peut \u00eatre l&rsquo;origine de nos maux. Celui qui est tout est n\u00e9cessairement notre souffrance, ce qui la suscite, l&rsquo;exasp\u00e8re et nous la rend fatale.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Tenu de retourner dans la caverne, le voyant ne peut pas se contenter de nous dire que nous nous trompons du tout au tout sur ce que nous prenons pour la R\u00e9alit\u00e9. Il doit nous communiquer et son amour pour nous et sa col\u00e8re contre les m\u00e9canismes de la Nature, ex\u00e9cutrice charmeresse et repous\u00adsante des ordres de l&rsquo;Unique. De notre c\u00f4t\u00e9, nous devons comprendre que son amour est d&rsquo;autant plus grand que sa col\u00e8re est plus intransigeante.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Apr\u00e8s avoir fui le monde pour trouver Dieu, le voici donc qui, nous revenant, fuit Dieu pour nous consoler. Il a com\u00adpris. Il sait. Rien ne ch\u00e2tiera jamais Celui qui nous torture. Sa vie d&rsquo;homme de Dieu nous appartient d\u00e8s lors. Faisons-en ce que nous voulons. Il n&rsquo;a d&rsquo;autre id\u00e9e que de verser sur nous le baume de la mis\u00e9ricorde. S&rsquo;il doit mourir de nos mains pour soulager nos maux, qu&rsquo;il en soit ainsi. Que, du moins, nous sachions qu&rsquo;un \u00eatre a v\u00e9cu parmi nous, qui nous donnait et nous pardonnait tout, car \u00e0 ses yeux, loin d&rsquo;\u00eatre coupables de ce que l&rsquo;on nous reprochait, nous \u00e9tions les boucs \u00e9mis\u00adsaires de forces impunies.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Son sacrifice, d&rsquo;ailleurs, n&rsquo;est pas que de sa vie. Il est aussi de la paix \u00e9ternelle apr\u00e8s la vie. Aux plus grands voyants de l&rsquo;humanit\u00e9, nous pr\u00eatons les mots de cette offrande plus su\u00adblime encore que celle de leurs jours. Au moment de se dis\u00adsoudre \u00e0 jamais dans le nirv\u00e2na, nous imaginons que le Bouddha se retourne et d\u00e9cide de veiller \u00e0 la lib\u00e9ration de tout ce qui vit sur la Terre. Tant qu&rsquo;il restera un brin d&rsquo;herbe victime de l&rsquo;illusion de ce monde de souffrance, il demeurera lui aussi en la dimension du mirage qu&rsquo;il \u00e9clairera de sa com\u00adpassion. Six si\u00e8cles plus tard, le Christ ressuscit\u00e9, au lieu, lui aussi, de s&rsquo;\u00e9vanouir en la transcendance de Dieu, nous promet de rester avec nous jusqu&rsquo;\u00e0 la fin des temps.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ce que cela repr\u00e9sente \u2014 de leur part, ou de la n\u00f4tre, \u00e0 nous qui leur pr\u00eatons ces paroles \u2014, il n&rsquo;est pas difficile de l&rsquo;\u00e9noncer : pour nous arracher \u00e0 notre mis\u00e8re natale, les grands \u00eatres d&rsquo;amour et d&rsquo;esp\u00e9rance qui viennent nous \u00e9clairer doivent pouvoir renoncer non seulement au fruste bonheur d&rsquo;ici-bas, mais encore \u00e0 l&rsquo;ineffable b\u00e9atitude d&rsquo;au-del\u00e0 \u2014 renoncer non seulement au monde, dont ils n&rsquo;ont plus le go\u00fbt de jouir, l&rsquo;ayant d\u00e9pass\u00e9, mais \u00e0 Dieu, dont l&rsquo;hypnoti\u00adque splendeur ne rend pas excusable le grand vol des vam\u00adpires qui scandent notre marche en nous su\u00e7ant le sang.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Nous voulons que les deux plus grands, les deux plus purs de nos Guides ne nous abandonnent jamais. Et il est plus que probable qu&rsquo;ils y ont d\u00e8s toujours consenti et qu&rsquo;ils prot\u00e8gent nos gestes lors m\u00eame que semble s&rsquo;y glisser la nouvelle figure d&rsquo;un cauchemar o\u00f9 tout se pr\u00e9cipite vers toujours plus d&rsquo;hor\u00adreur. S&rsquo;ils s&rsquo;\u00e9taient content\u00e9s de nous enseigner et d&rsquo;offrir la flamme de leurs jours, quelle valeur auraient au fond leur sacrifice et leur enseignement ? De leurs paroles m\u00eames, il ressort qu&rsquo;ils veulent nous donner davantage que leur pr\u00e9\u00adsence physique, qu&rsquo;ils veulent nous entourer de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 de leur \u00e2me. Comment leur don d&rsquo;eux-m\u00eames pourrait-il cesser, une fois leur corps d\u00e9compos\u00e9 par la Mort ? N\u00e9cessairement, leur conscience immortelle doit continuer d\u2019\u0153uvrer pour nous.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">S&rsquo;il est vrai que, morts pour ce monde de la Mort, ils con\u00adtinuent d&rsquo;\u00eatre au-del\u00e0 de ce monde \u2014 et tout leur enseigne\u00adment va dans ce sens, ne vise qu&rsquo;\u00e0 nous donner connaissance de l&rsquo;irr\u00e9alit\u00e9 de la Mort \u2014, il est in\u00e9vitable que ce qui a fait la raison de leur existence terrestre soit aussi le mobile de leur vie supraterrestre. Ils ne sauraient \u00eatre diff\u00e9rents, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du monde, de ce qu&rsquo;ils ont \u00e9t\u00e9 en ce monde. Autrement, leur action ici-bas ne serait que mensonge colossal, et il n&rsquo;y aurait plus aucune chance pour que nous soyons jamais d\u00e9li\u00advr\u00e9s des ombres de la caverne.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ils sont donc toujours l\u00e0, nous aimant \u00e9ternellement, nous lavant dans l&rsquo;onde de leur amour des souillures que nous impose l&rsquo;existence terrestre. Ayant pour nous renonc\u00e9 aux tra\u00eetrises de ce monde cr\u00e9\u00e9 par Dieu comme \u00e0 l&rsquo;inalt\u00e9rable f\u00e9licit\u00e9 divine, ils repr\u00e9sentent la quintessence de la r\u00e9volte \u2014 et les bodhisatvas de la foi boudhique sont peut-\u00eatre les incarnations les plus lumineuses de cet amour pour nous et de cette insurrection contre Dieu qui, pour eux, n&rsquo;existe m\u00eame pas. Ayant atteint \u00e0 la connaissance du vide o\u00f9 s&rsquo;\u00e9vanouit la vaine apparence de l&rsquo;univers, ils renoncent \u00e0 leur propre annulation b\u00e9atifique et, purs et parfaits, viennent rena\u00eetre parmi nous afin de partager jusqu&rsquo;au bout notre sort et qu&rsquo;\u00e0 leur contact nos yeux, ou seulement les yeux de l&rsquo;un d&rsquo;entre nous puissent se dessiller et que, sous les coups r\u00e9p\u00e9t\u00e9s de leur amour, l&rsquo;imposture dont nous sommes victimes se l\u00e9zarde et finalement s&rsquo;\u00e9croule. Libres de toute contingence, ils ne r\u00e9apparaissent pas n\u00e9cessairement sous les traits de saints, mais empruntent nos chemins pour mieux nous res\u00adsembler, se recouvrent au besoin de nos tares et de nos vices pour mieux les comprendre et nous en soulager.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Un si complet don de soi et l&rsquo;insoumission qu&rsquo;il traduit sont la marque de Prom\u00e9th\u00e9e encourant le ch\u00e2timent de l&rsquo;Olympe pour nous arracher, par le feu, \u00e0 une condition indigne. Mais Prom\u00e9th\u00e9e, pour la pens\u00e9e grecque, est un Titan, un pouvoir d\u00e9moniaque s&rsquo;\u00e9rigeant contre la puissance divine \u2014 tout comme le serpent du jardin d&rsquo;\u00c9den, consid\u00e9r\u00e9 diabolique, est oppos\u00e9, dans la Gen\u00e8se, \u00e0 la force d&rsquo;\u00c9lohim. Faut-il en con\u00adclure que nos Instructeurs spirituels, le Bouddha, J\u00e9sus et les autres, appartiennent \u00e0 la race des d\u00e9mons, ou au contraire que le serpent et Prom\u00e9th\u00e9e, qui nous ont aid\u00e9s \u00e0 sortir d&rsquo;un \u00e9tat de b\u00e9ate ignorance, sont parmi les plus grands dieux du panth\u00e9on universel ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Au reste, n&rsquo;y a-t-il pas un moment o\u00f9 cesse la r\u00e9bellion ? Mettons, pour le savoir, nos pas dans les pas du voyant qui, s&rsquo;\u00e9tant d\u00e9tourn\u00e9 de Dieu, revient \u00e0 la caverne afin de nous d\u00e9livrer. Il peut bien tourner le dos \u00e0 l&rsquo;\u00c9ternel et Infini, il ne cesse de le trouver en lui. Plus il s&rsquo;en \u00e9loigne et moins il en est \u00e9loign\u00e9. Car sa pens\u00e9e n\u2019\u0153uvre plus comme autrefois. Il conna\u00eet l&rsquo;inconnaissable. Et chaque parole qu&rsquo;il prononce accuse la diff\u00e9rence entre nous et lui. Toujours, il se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 un autre \u00e9tat, qu&rsquo;il per\u00e7oit spontan\u00e9ment et dont nous n&rsquo;avons nulle notion. Il voit que nous allons de chute en d\u00e9ch\u00e9ance non parce que nous refusons la v\u00e9rit\u00e9 et pr\u00e9f\u00e9rons le men\u00adsonge, mais parce que nous sommes en quelque sorte pro\u00adgramm\u00e9s pour l&rsquo;erreur. Lequel de nos actes n&rsquo;est pas factice en regard de l&rsquo;Astre d&rsquo;au-del\u00e0 ? Nos \u0153uvres les plus grandes, comment rivaliseraient-elles avec la gloire immacul\u00e9e de l&rsquo;Unique ? En quoi \u00e9voquent-elles la v\u00e9rit\u00e9 supr\u00eame ? Tout est leurre ici-bas et, lors m\u00eame que nous croyons nous \u00e9lever, nous sommes aussi loin du R\u00e9el que lorsque nous nous imaginons tomber.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Cette divine injustice fait horreur \u00e0 l&rsquo;homme de Dieu. N&rsquo;en \u00e9tant plus victime, il reconna\u00eet d&rsquo;autant mieux combien elle nous mutile. Il voit s&rsquo;abattre sur nous d&rsquo;immenses vagues noires qui nous engloutissent au moment o\u00f9 notre c\u0153ur \u00e9prouvait une \u00e9motion plus noble que les autres, o\u00f9 notre pens\u00e9e devenait plus limpide, o\u00f9 en nous une lueur tr\u00e8s douce prenait son essor. Il assiste \u00e0 ce viol, \u00e0 cet assassinat. Il voit la beaut\u00e9 dont nous r\u00eavions contrefaite en la laideur que l&rsquo;on nous reprochera. Une force invisible nous arrache des mains les colombes et les fleurs de la paix et y met \u00e0 la place le fourni\u00adment de la haine. Et quand nous le pronon\u00e7ons, notre verbe d&rsquo;amour devient des cris de guerre.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Dans cette d\u00e9formation de nos actes les moindres comme des plus importants, o\u00f9 donc est notre faute ? Et que faudrait-il nous pardonner, si nous ne sommes coupables de rien ? Il avance. Les mains tendues, il avance vers nous. Et nous qui voudrions l&rsquo;accueillir avec des hosannah, nous sentons rugir en nous le gouffre dont nous sommes captifs. Par nos bouches, il est insult\u00e9 ou trahi. Par nos yeux, m\u00e9pris\u00e9. Par nos mains, repouss\u00e9. Il avance, il avance vers nous en sachant que nous n&rsquo;y sommes pour rien. Et de son sourire, il essaie d&rsquo;effacer cette honte redoubl\u00e9e. En nous, s&rsquo;agite et se tord quelque chose que nous prenons pour nous-m\u00eames et dont nous sommes poss\u00e9d\u00e9s. Plus il r\u00e9pand sur nous sa lumi\u00e8re, plus en nous les t\u00e9n\u00e8bres semblent s&rsquo;\u00e9paissir et se d\u00e9battre. Quel homme au monde pourrait sans un mot accepter tant d&rsquo;offenses ? Nous ricanons et nous nous effrayons tour \u00e0 tour. Quel homme est-il donc pour ne nous en vouloir de rien de ce que nous lui faisons subir et pour sourire encore au moment o\u00f9 nous l&rsquo;ex\u00e9cutons ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Celui qu&rsquo;il a fui en venant nous retrouver pour nous donner son amour et sa vie, c&rsquo;est celui-l\u00e0 qui vit au centre de son \u00eatre, et c&rsquo;est lui qui nous aime. Car en v\u00e9rit\u00e9, aucun homme au monde ne pourrait supporter ce que nous lui infligeons. Seul, Dieu peut le supporter sans que sa lumi\u00e8re soit voil\u00e9e, ni sa joie diminu\u00e9e.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ainsi a-t-il d\u00e9couvert que Dieu est en lui, gouvernant tous ses mouvements, tel un pilote invisible, un nautonier clandestin qui aurait embarqu\u00e9 \u00e0 bord de son \u00e2me au cours de son extase et, depuis, ne l&rsquo;aurait plus l\u00e2ch\u00e9.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">C&rsquo;est Dieu qui aime en moi. C&rsquo;est Dieu qui vous aime en moi, qui que vous soyez et quoi que vous fassiez. Ce que vous vivez ne peut jamais vous valoir que son amour. Seriez-vous la honte de la Terre et le rebut de l&rsquo;humanit\u00e9, Dieu vous aime depuis toujours et \u00e0 jamais. Et il vous aime personnelle\u00adment, car moi je vous aime personnellement, et c&rsquo;est Dieu en moi qui vous aime.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Je connais votre nom, votre visage et votre corps, vos esp\u00e9rances et vos travers, ce par quoi vous voulez m&rsquo;honorer et ce que vous tramez contre moi, et quoi que vous imaginiez pour c\u00e9l\u00e9brer mon nom ou pour me nuire, je ne puis que vous aimer, parce que c&rsquo;est Dieu qui vous aime, et non pas moi. Il n&rsquo;y a ni honneur ni d\u00e9shonneur que vous puissiez attirer sur mon front. Vos actes, vos sentiments, vos pens\u00e9es ne sont ni mauvais ni bons. Ils vous enfi\u00e8vrent d&rsquo;orgueil ou vous semblent d\u00e9gradants. Mais ils ne sont pas ce que vous croyez. Que vous m&rsquo;\u00e9leviez le plus beau des temples, ou que vous m&rsquo;assassiniez, mon amour pour vous ne peut changer, car il est l&rsquo;amour \u00e9ternel que Dieu a pour vous \u2014 Dieu qui est en moi comme il est en vous, Dieu qui est tout et que tout sans exception exprime et est.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00d4 vertige ! \u00d4 d\u00e9chirure ! En cette phase de son p\u00e9riple, le voyant d\u00e9couvre et vit une autre intensit\u00e9 de son amour. Plus loin, toujours plus profond ou plus haut, il avance vers nous, cessant, nous l&rsquo;avons vu, d&rsquo;\u00eatre Dieu qui aime les hommes pour \u00eatre l&rsquo;homme qui aime Dieu en les hommes. En nous, il pressent la Divinit\u00e9, soul\u00e8ve le voile qui, \u00e0 nous-m\u00eames, cache le visage lumineux de l&rsquo;\u00catre de notre \u00eatre et, devant nous, il se prosterne afin d&rsquo;adorer Dieu. Non, non, ma\u00eetre, pas cela, nous ne pouvons le permettre. Mais de son sourire, il nous impose silence. Il est nous, et nous sommes lui.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Nous ne comprenons pas. Nous continuons d&rsquo;errer et de croire aux ombres qui d\u00e9filent sur le mur de notre caverne c\u00e9r\u00e9brale. Nous continuons de mentir, de voler, de profaner, de tuer. Et lui, ne dit rien. Ce n&rsquo;est m\u00eame plus comme quand Dieu, en lui, nous aimait et changeait notre ombre en sa lumi\u00e8re. Il ne voit plus du tout l&rsquo;ombre. Il ne voit plus que la Lumi\u00e8re dont nous sommes les vaisseaux inconscients. Et il se penche sur nous avec la d\u00e9votion patiente d&rsquo;une m\u00e8re qui berce son enfant. Il nous prend dans ses bras ainsi qu&rsquo;une m\u00e8re, lui qui n&rsquo;est plus que Dieu et qui ne voit plus que Dieu en nous.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Peut-\u00eatre nous parle-t-il, ou bien est-ce qu&rsquo;il se tait ? Que pourrait-il nous dire que nous puissions vraiment comprendre, ou que nous ne sachions d\u00e9j\u00e0 ? Non, il se tait. Il r\u00eave. Il voit. Lui qui, en sa r\u00e9volte, avait d\u00e9sert\u00e9 Dieu, \u00e0 cause du Mal universel, Dieu le force de l&rsquo;aimer dans ce pourquoi il l&rsquo;avait fui.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Est-ce donc par amour de Dieu qu&rsquo;il aime ainsi le Mal ? Pourquoi donc ch\u00e9rit-il et prot\u00e8ge-t-il notre difformit\u00e9 et endure-t-il sans se plaindre nos trahisons et nos bassesses ? Nous d\u00e9rivons dans l&rsquo;ab\u00eeme, et lui, sans h\u00e9siter, vient \u00e0 notre secours. Nous le mordons et le lac\u00e9rons, nous rejetons la lumi\u00e8re qu&rsquo;il nous apporte, nous le recouvrons de nos glaires et de nos excr\u00e9ments \u2014 de notre ignorance douloureuse \u2014, et lui continue de sourire, et lui continue de voir Dieu en nous. Il continue, il continue et nous prend dans ses bras o\u00f9 coule une \u00e9nergie que nos m\u00e9decines n&rsquo;ont pas recens\u00e9e. Il nous contemple comme si nous \u00e9tions tout pour lui \u2014 parce que, effectivement, chacun de nous est tout pour lui. Parce qu&rsquo;il ne voit plus que Dieu et qu&rsquo;en cela qui l&rsquo;a d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 jadis, en l&rsquo;immensit\u00e9 du Mal qui, jadis, lui a fait quitter le monde et, nagu\u00e8re, l&rsquo;y a fait revenir, il a reconnu et ne voit plus que Dieu. Enfin, Dieu n&rsquo;est plus seulement ce qui ordonne la souffrance. Enfin, Dieu est tout ce qui souffre, est la douleur immotiv\u00e9e de l&rsquo;univers aux milliards de galaxies condamn\u00e9es \u00e0 la loi de la naissance, de la vie et de la mort. Et sur nos fronts impurs, il retrouve \u00e0 pr\u00e9sent l&rsquo;\u00e9toile de Dieu qui l&rsquo;a guid\u00e9 jadis loin de nous et, nagu\u00e8re, l&rsquo;a rendu apostat.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Derri\u00e8re le geste le plus vil, c&rsquo;est un geste de Dieu qu&rsquo;il per\u00e7oit, et une parole de Dieu derri\u00e8re les mots les plus obsc\u00e8nes. Ce qui l&rsquo;a r\u00e9volt\u00e9, il d\u00e9couvre que c&rsquo;est un aspect de Dieu. Non pas la totalit\u00e9 de Dieu, mais un aspect sans lequel l&rsquo;Infini ne serait plus infini. Au nom des hommes, il a hurl\u00e9 dans la nuit et, dans la nuit, il a pri\u00e9. Il a d\u00e9test\u00e9 que Dieu soit \u00e9ternellement pur et parfait, imperturb\u00e9 par notre d\u00e9tresse. Et il nous a aim\u00e9s passionn\u00e9ment pour la peine injustifi\u00e9e que nous subissions dans les cachots terrestres. Il a voulu nous soulager, nous aider, nous \u00e9clairer \u2014 nous sauver. Mais sauver qui ? Et de quoi ? Sauver l&rsquo;homme de Dieu ? Arracher la cr\u00e9ation au cr\u00e9ateur ? Est-ce donc l\u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 que dissimule la fi\u00e8vre r\u00e9demptrice ? On comprend que Prom\u00e9th\u00e9e et le serpent passent pour avoir voulu obvier \u00e0 la volont\u00e9 divine. Mais de quoi s&rsquo;agit-il au fond ? Et de qui ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">En nous d\u00e9visageant, l&rsquo;homme de Dieu oublie le sens des mots. Il nous aime. Il sait que c&rsquo;est Dieu en lui qui nous aime et qu&rsquo;en nous c&rsquo;est Dieu qu&rsquo;il aime, quelle que soit notre apparente indignit\u00e9. Fussions-nous des cr\u00e9atures de l&rsquo;enfer, il nous aimerait. Les assouras et les rakshassas de la tradition indienne, et les titans des Grecs, et les d\u00e9mons du christia\u00adnisme, tous les \u00eatres qui incarnent le Mal, tous les hideux pouvoirs de l&rsquo;Inconscience, du Mensonge, de la Souffrance et de la Mort qui nous aveuglent \u00e0 chaque pas et qui nous font g\u00e9mir, il les accueille en lui et il les aime. Il n&rsquo;aime pas que nous. Il aime ce qui nous harc\u00e8le et nous d\u00e9voie et qui nous rend infirmes. Tout ce qui d&rsquo;une fa\u00e7on ou d&rsquo;une autre, existe en ce monde ou les autres, il le re\u00e7oit dans son c\u0153ur et lui donne son amour. Aucune peur ne l&rsquo;habite, ni aucun d\u00e9go\u00fbt. Il n&rsquo;y a plus que Dieu sous une infinit\u00e9 de formes, les unes radieuses et les autres effrayantes. Et en lui, Dieu sourit \u00e0 son innombrable reflet.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Aimer le Mal ? Ici, notre raison refuse d&rsquo;en entendre davan\u00adtage. Mais le voyant, lui, a depuis longtemps d\u00e9pass\u00e9 la raison. Et il sait pertinemment que c&rsquo;est le Mal qu&rsquo;il aime en nous, et Dieu dans le Mal. Insoutenable v\u00e9rit\u00e9 qu&rsquo;aucun paradoxe ne saurait circonscrire. Il faut avoir soi-m\u00eame \u00e9prouv\u00e9 cet amour-l\u00e0 pour comprendre. Il faut avoir soi-m\u00eame aim\u00e9 un \u00eatre enti\u00e8rement mauvais en le sachant mau\u00advais et en l&rsquo;entourant de plus d&rsquo;attentions qu&rsquo;un \u00eatre moins retors pour comprendre. Il faut avoir \u00e9t\u00e9 J\u00e9sus aimant Judas pour savoir \u00e0 quel degr\u00e9 d&rsquo;amour peut s&rsquo;\u00e9lever l&rsquo;\u00e2me humaine une fois d\u00e9livr\u00e9e de la dualit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Aimer le Mal et ses instruments ? Aimer les Pouvoirs de l&rsquo;Obscurit\u00e9, les dieux maudits, les anges tomb\u00e9s ? Aimer non seulement nos tourmenteurs mais ce qui les pousse \u00e0 nous tourmenter, dont ils ne sont m\u00eame pas conscients, mais qui les habite et, \u00e0 travers eux, suce nos \u00e9nergies, brise nos meil\u00adleures d\u00e9fenses et nous \u00e9ventre sur le perp\u00e9tuel champ de bataille qu&rsquo;est le monde ? Aimer ce qui nous interdit de con\u00adna\u00eetre la V\u00e9rit\u00e9, ce qui nous s\u00e9pare de notre Origine de lumi\u00e8re, ce qui borne l&rsquo;Espace, limite le Temps et restreint notre conscience ? Aimer la herse abattue entre l&rsquo;esp\u00e9rance de nos c\u0153urs et son objet ? Aimer le cloaque puant, donjon ou caverne, o\u00f9 nous sommes emmur\u00e9s vivants et prohib\u00e9s \u00e0 nous-m\u00eames ? Aimer, \u00f4 Dieu, aimer ce qui nous nie et te renie ? Aimer ce qui nous impose d&rsquo;\u00eatre des vicieux hyst\u00e9ri\u00adques, des voleurs \u00e9hont\u00e9s, des assassins vantards, aimer ce qui nous rend impuissants et nous jette dans des orgies de faux pouvoir, aimer ce qui nous incite \u00e0 mentir au nom d&rsquo;id\u00e9aux chim\u00e9riques, aimer ce qui nous arme pour les pogroms et nous inspire les fours cr\u00e9matoires, aimer ce qui, \u00e0 chaque instant, nous hallucine et projette des ombres falla\u00adcieuses non seulement sur la paroi de la caverne, mais d&rsquo;abord et surtout en nous, aimer ce qui nous hait et proscrit notre amour \u2014 comment pourrions-nous jamais y consentir, \u00f4 Seigneur ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Et pourtant, hommes qui pleurez dans l&rsquo;ombre, pourtant c&rsquo;est bien \u00e0 cela qu&rsquo;il vous faut parvenir, et c&rsquo;est cela que je vis, r\u00e9pond doucement, oh, si doucement l&rsquo;homme de Dieu. Cette horreur qui vous r\u00e9pugne et dont vous \u00eates nourris, malgr\u00e9 que vous en ayez, c&rsquo;est elle qui m&rsquo;a fait quitter le monde, car je croyais qu&rsquo;elle en \u00e9tait l\u2019\u0153uvre. Et c&rsquo;est elle qui m&rsquo;y a ramen\u00e9, car je ne supportais pas la splendeur \u00e9ternelle de Dieu face \u00e0 votre mis\u00e8re. Sa paix, sa f\u00e9licit\u00e9, sa lumi\u00e8re, je n&rsquo;en voulais pas si vous \u00e9tiez inquiets, malheureux et obscurs. Quel besoin avais-je de sa perfection si vous \u00e9tiez imparfaits ? Plut\u00f4t mourir avec vous que d&rsquo;\u00eatre immortel en lui. Comme j&rsquo;ai voulu mourir ! Comme j&rsquo;ai r\u00eav\u00e9 de dispara\u00eetre en me donnant \u00e0 vous. Je vous ai tout donn\u00e9. J&rsquo;ai cru tout vous donner et j&rsquo;ai cru que vous me d\u00e9voriez. Mais en r\u00e9alit\u00e9, je ne faisais que grandir, car Dieu grandissait en moi. Et plus je voulais mourir pour vous, plus je devenais immortel.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Et maintenant, je ne pense pas, je n&rsquo;aime pas, je ne suis pas. Mais Dieu pense, Dieu aime, Dieu est. Je ne per\u00e7ois plus la fronti\u00e8re de mon corps. Je n&rsquo;ai plus de forme. Je suis une lumi\u00e8re qui voit et o\u00f9, parfois, s&rsquo;inscrit un sourire, et dont des bras sortent parfois pour accueillir et prot\u00e9ger. Je n&rsquo;avance vers vous ni ne m&rsquo;\u00e9loigne de vous. Je suis toujours avec vous. Mon amour est pour toujours avec vous. Je suis l&rsquo;espace qui vous entoure et qui vous porte. Je suis l&rsquo;air que vous respirez. Je suis ce que vous voyez et ce que vous ne voyez pas. Et d&rsquo;abord, je suis vous.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">De telles paroles, ne correspondent \u00e0 rien qu&rsquo;exprime notre langage. Elles sont en contradiction avec ce dont nous avons l&rsquo;exp\u00e9rience. Lorsque le voyant nous dit qu&rsquo;il n&rsquo;a plus de forme et qu&rsquo;il est une lumi\u00e8re, nous savons bien qu&rsquo;il a un corps, et ce corps nous le voyons et pouvons le toucher. Com\u00adment, d\u00e8s lors, percevrions-nous ce qu&rsquo;il \u00e9nonce ? Peut-\u00eatre ne sent-il plus cette tunique de chair qu&rsquo;a rev\u00eatue son \u00e2me \u00e0 sa naissance. Peut-\u00eatre n&rsquo;est-il plus que son \u00e2me \u00e9ternelle et infinie. Il n&#8217;emp\u00eache : nous le connaissons physiquement notre semblable et l&rsquo;acceptons parmi nous parce qu&rsquo;il nous ressemble. S&rsquo;il \u00e9tait vraiment ce qu&rsquo;il dit, une lumi\u00e8re vivante, une sorte de brume lumineuse nous enveloppant dans sa douceur, une sh\u00e9kina mis\u00e9ricordieuse et rayonnante, nous prendrions peut-\u00eatre peur. C&rsquo;est beaucoup parce qu&rsquo;il appar\u00adtient visiblement \u00e0 notre esp\u00e8ce que nous pouvons l&rsquo;\u00e9couter.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Mais nous ne comprenons pas que, pour dire ce qu&rsquo;il dit, il faut qu&rsquo;effectivement se soit effac\u00e9e \u00e0 ses sens l&rsquo;enceinte du corps que nous lui voyons. Et non seulement son corps n&rsquo;a plus pour lui de r\u00e9alit\u00e9, mais ses sentiments ni ses pens\u00e9es n&rsquo;existent plus. Comme il le dit, c&rsquo;est Dieu qui pense, qui aime et qui est. Car nulle dualit\u00e9 ne le divise plus, ne le s\u00e9pare plus de sa propre divinit\u00e9. Nulle dualit\u00e9 physique, nulle dualit\u00e9 des sentiments ni des pens\u00e9es, nulle dualit\u00e9, non plus, de la morale, f\u00fbt-elle la plus haute : le Bien et le Mal ne se distinguent plus l&rsquo;un de l&rsquo;autre. Et l&rsquo;ultime dualit\u00e9 doit, elle aussi, dispara\u00eetre, qui met Dieu d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 et de l&rsquo;autre le monde. Tout est Dieu. Unicit\u00e9 divine, ou n\u00e9ant bouddhique, il n&rsquo;y a plus que cela.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Comment y est-il parvenu ? Il n&rsquo;a rien fait lui-m\u00eame. Simplement, Dieu a grandi en lui. La connaissance et l&rsquo;amour ont grandi en lui. Et posant les yeux sur nous qui sommes imparfaits, tous tant que nous sommes, il n&rsquo;a vu que Dieu, qui est perfection pure, et il a souri. Il faut le r\u00e9p\u00e9ter encore et encore, et que tel est le destin du voyant : ne plus pouvoir conna\u00eetre que Dieu dans tout ce qui est, quand bien m\u00eame s&rsquo;agirait-il de l&rsquo;adversaire le plus acharn\u00e9 de la conscience divine et de l&rsquo;amour divin. Mais comprenons aussi \u00e0 force de le r\u00e9p\u00e9ter, que dans la bauge o\u00f9 nous sommes n\u00e9s et o\u00f9 nous nous vautrons, \u00e0 la fois r\u00eavant d&rsquo;autre chose et ne croyant pas qu&rsquo;autre chose nous soit jamais possible, il continue de voir une bauge, et dans notre difformit\u00e9 il voit toujours une difformit\u00e9, monstrueuse ici et l\u00e0 plus supportable. Il ne se leurre pas \u00e0 ce sujet. Au contraire, la laideur dont nous sommes les r\u00e9ceptacles lui est plus \u00e9vidente qu&rsquo;\u00e0 nous, et il discerne en nos moindres mouvements la reptation des entit\u00e9s qui nous violentent et dont nous ignorons qu&rsquo;elles infectent jusqu&rsquo;\u00e0 nos heures les plus lumineuses. N&rsquo;\u00e9tant plus qu&rsquo;ext\u00e9rieurement notre semblable, il voit ce qui, int\u00e9rieurement, nous manque pour \u00eatre libres. Et nous prenant en piti\u00e9 pour ce qui ne saurait \u00eatre notre faute et dont, pour\u00adtant, nous nous accusons, il en vient \u00e0 aimer ce qui nous poss\u00e8de et qui nous emp\u00eache de le rejoindre. Car m\u00eame les forces du Mal, il sait que Dieu les a \u00e9man\u00e9es, et qu&rsquo;elles sont donc divines : \u00ab\u00a0Car \u00e0 de terribles agents, l&rsquo;Esprit donne licence.\u00a0\u00bb <a id=\"Y2\" href=\"#X2\">[2]<\/a> Et elles aussi, d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, il les plaint : ne sont-elle pas contraintes de se d\u00e9tourner, les premi\u00e8res, de leur v\u00e9rit\u00e9, d&rsquo;\u00e9changer la splendeur \u00e9ternelle et infinie de leur \u00eatre originel contre l&rsquo;obscure immensit\u00e9 cosmique dont elles r\u00e8glent les processus en aveuglant l&rsquo;Espace et en d\u00e9vi\u00addant le Temps ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ces Puissances des T\u00e9n\u00e8bres dont la mainmise se fait sentir dans l&rsquo;immesurablement grand comme dans l&rsquo;incom\u00admensurablement petit ne sont-elles pas, en effet, ce qui, de m\u00eame, influence chaque instant de notre vie ? L&rsquo;inconscience o\u00f9 nous sommes de la R\u00e9alit\u00e9 n&rsquo;est-elle pas ph\u00e9nom\u00e8ne universel ? Et la fausset\u00e9 dans laquelle, amoureux des mirages, nous croyons pouvoir trouver quelque v\u00e9rit\u00e9 d\u00e9finitive, pensons-nous qu&rsquo;elle ne concerne que nous ? Nous figurons-nous que les animaux, les arbres, les fleurs et l&rsquo;herbe, ou bien les min\u00e9raux soient moins dup\u00e9s que nous et puissent, mieux que nous, percevoir quelque chose d&rsquo;absolu et de vrai ? Ou qu&rsquo;\u00e0 travers les milliards de galaxies qui forment l&#8217;empire sid\u00e9ral toutes les formes d&rsquo;\u00eatre soient conscientes de la v\u00e9rit\u00e9 qui les transcende ? Et la souffrance n&rsquo;est-elle pas elle aussi une loi qui se retrouve en tout, m\u00eame si les modes et les objets en diff\u00e8rent d&rsquo;une esp\u00e8ce \u00e0 l&rsquo;autre ? Quant \u00e0 la Mort, y a-t-il une seule chose, en l&rsquo;oc\u00e9an cosmique, qui ne doive s&rsquo;y sou\u00admettre ? Y a-t-il une seule effigie de la vie qui ne meure un jour ? Les \u00e9toiles meurent, les bact\u00e9ries meurent, nous mourons tous. Comment pouvons-nous dire que le Mal se limite \u00e0 cette Terre et que nous en sommes les instigateurs ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Or, le Mal, c&rsquo;est justement tout cela : d&rsquo;est l&rsquo;inconscience, c&rsquo;est la fausset\u00e9, c&rsquo;est la souffrance et c&rsquo;est la Mort. Et les Forces qui nous y contraignent sont celles-l\u00e0 m\u00eames qui meuvent les roues de l&rsquo;univers tel que nous le voyons. Nos actes les plus abjects, notre l\u00e2chet\u00e9, nos trahisons ont leur pendant \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle cosmique dans le fourmillement dor\u00e9 des \u00e9toiles. Car nos crimes et nos erreurs sont autant le fruit des Forces des T\u00e9n\u00e8bres que la nuit elle-m\u00eame o\u00f9 le scintillement des constellations \u00e9voque, sans nous le procurer jamais, un infini o\u00f9, nous y dissolvant, nous pourrions devenir autres, ou bien redevenir nous-m\u00eames.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le ciel que nous voyons le jour et le firmament de la nuit sont aussi trompeurs que nos m\u00e9faits les plus troubles. Non seulement des ombres que nous prenons pour la r\u00e9alit\u00e9 sont projet\u00e9es au niveau de nos sens qui les captent, mais la caverne elle-m\u00eame est une ombre. Ce n&rsquo;est pas seulement l&rsquo;homme qui est dans l&rsquo;erreur, c&rsquo;est la vastitude stellaire en son enti\u00e8ret\u00e9. Ce qui tord nos pens\u00e9es, nos sentiments, nos paroles et nos gestes, ce qui nous envahit de terreur, de m\u00e9pris ou de haine, ce qui nous fait mourir n&rsquo;est pas autre chose que ce qui fait tourner les myriades d&rsquo;astres dans une Nuit dont l&rsquo;apparence m\u00eame nie la r\u00e9alit\u00e9 de la Lumi\u00e8re \u00e9ternelle. O\u00f9 est le Mal\u00a0? O\u00f9 commence-t-il ? Et qu&rsquo;est-il exactement ? Si l&rsquo;ignominie \u00e0 laquelle nous sommes vou\u00e9s n&rsquo;est que l&rsquo;\u00e9cho de l&rsquo;Illusion cosmique, en quoi est-elle n\u00f4tre ? Et qui peut nous la reprocher ? Et qui songerait \u00e0 en accuser le cosmos ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Des Forces que nous ne pouvons d\u00e9terminer scientifique\u00adment sont partout \u00e0 l\u2019\u0153uvre, dans l&rsquo;univers comme en nous qui sommes dans l&rsquo;univers. Elles ont, semble-t-il, pour mission de restreindre : d&rsquo;imposer des limites \u00e0 l&rsquo;illimit\u00e9 afin de lui donner forme et que l&rsquo;Un devienne innombrable. C&rsquo;est le myst\u00e8re m\u00eame de la cr\u00e9ation qui se trouve contenu dans ce que nous appelons le Mal. Sans ses aspects divers, rien n&rsquo;existerait. Sans l&rsquo;Inconscience, qui est oubli de la Con\u00adscience supr\u00eame, informelle, \u00e9ternelle et infinie, sans la Souffrance, qui \u00e9veille incompl\u00e8tement l&rsquo;\u00eatre enseveli dans les T\u00e9n\u00e8bres, sans la Fausset\u00e9, qui est perception incompl\u00e8te de la r\u00e9alit\u00e9 de l&rsquo;univers et sans la Mort, qui est apprentissage de cette r\u00e9alit\u00e9, nulle cr\u00e9ation ne serait manifest\u00e9e. Seule, existerait la Lumi\u00e8re abstraite de l&rsquo;\u00c9ternel et Infini. Mais priv\u00e9 de son expression, l&rsquo;Infini cesserait aussit\u00f4t d&rsquo;\u00eatre infini. Il n&rsquo;y aurait que le fini, et tout serait d&rsquo;avance termin\u00e9. Il n&rsquo;y aurait rien, ni ce monde ni Dieu \u2013 ni m\u00eame l&rsquo;illusion d&rsquo;un monde ou de Dieu.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Or, notre pr\u00e9sence m\u00eame suffit \u00e0 prouver qu&rsquo;il y a un monde, quelle qu&rsquo;en puisse \u00eatre la qualit\u00e9 essentielle. Et ce monde, \u00e0 son tour, indique qu&rsquo;il a une origine, ou un plan qui le transcende, que nous le nommions Dieu, ou non. En sorte que le pire d&rsquo;entre nous est une preuve de l&rsquo;existence de Dieu.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">L\u00e0 encore, notre raison titube. Comment comprendrions-nous que l&rsquo;homme est une preuve de l&rsquo;existence de Dieu et, plus insens\u00e9 encore, que le Mal qui r\u00e8gne dans tout l&rsquo;univers et se commet par notre entremise prouve l&rsquo;infinitude de l&rsquo;Infini, lequel, par d\u00e9finition, ne peut rien exclure, ni ce que nous connaissons ni ce que nous ne connaissons pas ni ce que nous sommes incapables de concevoir et de conna\u00eetre: d&rsquo;autres formes d&rsquo;\u00eatre et de conscience, en cet univers ou en d&rsquo;autres comme en les plans qui les constituent ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Pour le voyant, toutefois, rien, \u00e0 la longue, n&rsquo;est plus \u00e9vident. Se sachant lui-m\u00eame \u00e9ternel et infini \u2013 non pas intellectuellement, mais par exp\u00e9rience \u2013, il conna\u00eet auto\u00admatiquement ce qui participe de sa nature et peut le d\u00e9crire sans erreur. M\u00eame si, d&rsquo;un voyant \u00e0 l&rsquo;autre, la description diff\u00e8re, il n&rsquo;y a pas de v\u00e9ritable contradiction, et aucun ne se trompe. Que le Bouddha r\u00e9pudie, au b\u00e9n\u00e9fice de l&rsquo;unique N\u00e9ant, l&rsquo;existence de Dieu, de l&rsquo;homme et du monde et que J\u00e9sus annonce l&rsquo;av\u00e8nement du Royaume de Dieu sur la Terre (c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;identit\u00e9 de l&rsquo;homme et de Dieu, ainsi qu&rsquo;il en est lui-m\u00eame l&rsquo;exemple) et l&rsquo;immortalit\u00e9 physique de notre race, les deux enseignements, aux antipodes l&rsquo;un de l&rsquo;autre, sont en r\u00e9alit\u00e9 compl\u00e9mentaires et d\u00e9coulent de la m\u00eame vision : dans un cas comme dans l&rsquo;autre, le monde que nous percevons tout comme le mode d&rsquo;\u00eatre qui nous d\u00e9finit sont transitoires \u2013 illusion pour le Bouddha et attente d&rsquo;autre chose pour le Christ.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Cette autre chose, tous les sages en ont fait l&rsquo;exp\u00e9rience int\u00e9rieure : c&rsquo;est l&rsquo;absence de dualit\u00e9, dont la perception, rendant l&rsquo;\u00eatre \u00e9ternel et infini, le met d&rsquo;un seul coup en con\u00adtact avec la R\u00e9alit\u00e9. Pour l&rsquo;homme de Dieu, il n&rsquo;y a donc rien d&rsquo;autre \u00e0 savoir : la dualit\u00e9 est irr\u00e9elle, seul l&rsquo;Un est vrai. Et c&rsquo;est cet Un que, pour le moment, nous appelons Dieu.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">En lui, sont fatalement contenues toutes les gradations, toutes les nuances de l&rsquo;\u00catre. Et chacune est identique \u00e0 toutes les autres, parce que chacune est lui. Pour Dieu, il n&rsquo;y a ni Bien ni Mal, il n&rsquo;y a que Dieu. Insistons-y, car c&rsquo;est de cela que, peu \u00e0 peu, le voyant s&rsquo;aper\u00e7oit dans les moindres choses de la vie comme dans les plus impressionnantes. Se trouvent ainsi rompus l&rsquo;un apr\u00e8s l&rsquo;autre les barrages de sa personnalit\u00e9 humaine tandis que fait irruption en lui une mar\u00e9e de lumi\u00e8re et de conscience divines.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Guid\u00e9 par un savoir diff\u00e9rent du n\u00f4tre et qui lui vient d&rsquo;une autre dimension, il reconquiert progressivement le royaume de Dieu enseveli sous les limons d&rsquo;un d\u00e9luge qui est celui m\u00eame de la cr\u00e9ation. D&rsquo;apparence en apparence, il se meut et, soufflant dessus le souffle de son amour, y re\u00adtrouve la r\u00e9alit\u00e9 qui est en lui.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Voyant la boue qui nous recouvre, il ne nous en at\u00adtribue pas l&rsquo;origine. Elle est le s\u00e9diment laiss\u00e9 sur notre \u00e2me par l&rsquo;action de la Nature. Elle est ins\u00e9parable de la Nature et, au vrai, elle est la Nature m\u00eame, son empreinte que nous prenons pour notre propre signature, croyant toujours que nous en fracturons l&rsquo;harmonie et l&rsquo;unit\u00e9 quand c&rsquo;est elle qui, nous obligeant \u00e0 la dualit\u00e9, nous prive de notre harmonie originelle.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il voit que notre pire atrocit\u00e9 est l\u2019\u0153uvre de forces cosmi\u00adques dont nous ne nous doutons pas et de leur lutte avec les pouvoirs oppos\u00e9s, qu&rsquo;au fil du temps nous avons ador\u00e9s sous les noms de divinit\u00e9s multiples. D\u00e9mons et dieux, pour lui, ne sont plus que les p\u00f4les n\u00e9gatif et positif de l&rsquo;univers, et leur interaction aboutit au tournoiement des astres comme au tourbillon des atomes comme au clair-obscur de notre conscience o\u00f9 nous percevons tant\u00f4t le jour et tant\u00f4t la nuit, tant\u00f4t le Mal et tant\u00f4t le Bien. Il n&rsquo;est pas plus troubl\u00e9 par nos actions mauvaises que nous ne le sommes par le ciel nocturne dont la myst\u00e9rieuse \u00e9normit\u00e9 nous fascine et nous cache la v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;Infini. Et nos vertus sont \u00e0 ses yeux aussi pures et cependant aussi imparfaites que l&rsquo;azur qui, lui aussi, nous dissimule la v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;Infini.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">En ce qui nous entoure comme en nous-m\u00eames, les m\u00eames forces sont donc \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Et c&rsquo;est par-del\u00e0 le jeu de ces forces et de leurs alluvions qu&rsquo;il nous per\u00e7oit. Son regard transperce le masque et le costume dont nous recouvre la Nature. Il voit la flamme blanche de notre \u00e2me qui prie silencieusement tout au fond de notre \u00eatre. Et il n&rsquo;a d&rsquo;autre but que de nous rendre conscients de cette flamme qui, \u00e0 notre insu, brille au sein de nos t\u00e9n\u00e8bres et doit peu \u00e0 peu les dissiper. Chacun de nous doit se muer en cette clart\u00e9 sereine et solitaire, en cette puissance silencieuse qui conna\u00eet et qui est la v\u00e9rit\u00e9 \u2013 telle est sa certitude. Et cela revient \u00e0 dire qu&rsquo;un r\u00eave s&rsquo;\u00e9labore en lui, o\u00f9 le ciel \u00e0 son tour s&rsquo;incendie.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Non seulement la flamme qui s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve en nos secr\u00e8tes pro\u00adfondeurs doit nous devenir sensible, et m\u00eame nous devons graduellement la devenir, mais aussi le feu vivant de Dieu que rec\u00e8lent les profondeurs cosmiques doit appara\u00eetre et changer l&rsquo;aspect du ciel. C&rsquo;est ce qu&rsquo;il faut entendre par le \u00ab\u00a0ciel nouveau\u00a0\u00bb de l&rsquo;Apocalypse. Comme un parchemin, le ciel que nous connaissons s&rsquo;enroulera sur lui-m\u00eame, laissant appara\u00eetre l&rsquo;univers en sa v\u00e9rit\u00e9 transcendante o\u00f9 n&rsquo;existent ni Jour ni Nuit, ni Bien ni Mal, ni Vie ni Mort, mais seule\u00adment l&rsquo;immortalit\u00e9 de l&rsquo;\u00c9ternel et Infini.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Parall\u00e8les sont en effet les destins de l&rsquo;homme et du cosmos. Et si nous devons nous \u00e9veiller demain \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 que le voyant annonce, comprenons que l&rsquo;immensit\u00e9 sid\u00e9rale doit elle-m\u00eame s&rsquo;\u00e9veiller \u00e0 cette r\u00e9alit\u00e9. Le Pouvoir qui orchestre le flamboiement innombrable des astres et le moindre de nos actes, en se servant de courants, dont la bipolarit\u00e9 nous angoisse, ne cesse jamais d\u2019\u0153uvrer. Au contraire, il \u0153uvre de plus en plus pr\u00e9cis\u00e9ment et consciemment, \u00e9rode les t\u00e9n\u00e8bres, y suscite un regard capable de voir toujours plus loin.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">En voulons-nous un exemple ? Ne prenons que la Terre, notre douce Terre si fragile et g\u00e9n\u00e9reuse. Nous n&rsquo;avons aucun mal \u00e0 admettre que la conscience s&rsquo;y est exprim\u00e9e tr\u00e8s lente\u00adment et \u00e0 t\u00e2tons que, tout d&rsquo;abord et pendant tr\u00e8s long\u00adtemps, il n&rsquo;y a rien eu, \u00e0 sa surface ou dans ses profondeurs, qui f\u00fbt susceptible de saisir quoi que ce soit du ciel o\u00f9 elle se meut et que, une fois form\u00e9 l&rsquo;oc\u00e9an primordial, il a fallu encore attendre des millions d&rsquo;ann\u00e9es avant qu&rsquo;en \u00e9merge\u00e2t une forme vivante destin\u00e9e \u00e0 enfanter ce qui, dans les cycles du Temps, deviendrait l&rsquo;immense dynastie des cr\u00e9atures proli\u00adf\u00e9rant sur le sol terrestre et percevant, chacune \u00e0 sa mani\u00e8re, quelque chose de son milieu sans jamais parvenir \u00e0 seulement deviner l&rsquo;univers. Odyss\u00e9e dont la Science nous rapporte aujourd&rsquo;hui le plus possible d&rsquo;\u00e9tapes et qui devrait nous donner \u00e0 m\u00e9diter sur l&rsquo;efflorescence de ce qui, dans toute cr\u00e9ature, est conscient.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Qui est conscient, et de quoi ? Devons-nous imaginer que ce qui nous pr\u00e9c\u00e8de per\u00e7oit les m\u00eames choses que nous ? Mais quelle serait alors la n\u00e9cessit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9volution dont il est clair qu&rsquo;elle est progr\u00e8s constant vers un sentiment toujours plus juste et plus complet de soi-m\u00eame et du monde ? Et si telle est bien l&rsquo;\u00e9volution, ne devons-nous pas en d\u00e9duire qu&rsquo;elle est le passage des t\u00e9n\u00e8bres \u00e0 la lumi\u00e8re, de la Nuit absolue de l&rsquo;Inconscience au Jour \u00e9ternel de la Conscience supr\u00eame ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Au d\u00e9but de la cr\u00e9ation terrestre, l&rsquo;univers n&rsquo;existait pas \u2013 entendons que rien, sur la Terre, ne pouvait prendre conscience de l&rsquo;univers. Puis, avec une lenteur dont notre calcul en millions d&rsquo;ann\u00e9es ne saurait nous fournir aucune id\u00e9e, la conscience a germ\u00e9 au fond des eaux \u00e0 quoi se limi\u00adtait alors l&rsquo;univers pour les formes de vie terrestre. Puis, elle a chang\u00e9 de dimension et a fait na\u00eetre la vie hors de l&rsquo;eau, \u00e0 la surface de cette plan\u00e8te minuscule et aveugle qui tournait autour du Soleil, parmi le psaume des constellations qu&rsquo;elle n&rsquo;entendait pas. Et les t\u00e9n\u00e8bres se sont lentement d\u00e9li\u00adt\u00e9es. Sans que l&rsquo;univers f\u00fbt encore perceptible, l&rsquo;Espace a commenc\u00e9 de s&rsquo;organiser, balis\u00e9 par le galop des b\u00eates et d\u00e9chiffr\u00e9 par le vol des oiseaux. Lentement, lentement, \u00e0 mesure que la conscience s&rsquo;\u00e9panouissait dans les formes qu&rsquo;elle suscitait afin d&rsquo;exercer son pouvoir, l&rsquo;univers s&rsquo;est ainsi manifest\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ature, jusqu&rsquo;au moment o\u00f9 celle-ci a pu distinguer le ciel et la Terre et, dans le ciel, comme une source de feu, le Soleil donneur de vie, et, comme la carte d&rsquo;un voyage jamais achev\u00e9, la Nuit g\u00e9ante et cribl\u00e9e d&rsquo;or. Mais sommes-nous s\u00fbrs que notre perception soit irr\u00e9vocable et qu&rsquo;il n&rsquo;en puisse \u00eatre d&rsquo;autres dans l&rsquo;avenir ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Nous sommes d\u00e9j\u00e0 si diff\u00e9rents de nos anc\u00eatres pr\u00e9his\u00adtoriques qu&rsquo;il ne devrait pas nous \u00eatre difficile d&rsquo;admettre que, dans un avenir peut-\u00eatre pas si lointain, une mutation s&rsquo;op\u00e9rera \u2013 ou, plus exactement, notre esp\u00e8ce n&rsquo;ayant jamais cess\u00e9 de changer, que la mutation qui se poursuit aujourd&rsquo;hui dans le secret de notre \u00eatre deviendra \u00e9vidente demain, faisant appara\u00eetre une race pour laquelle l&rsquo;univers sera autre que ce que nous avons accoutum\u00e9 de voir depuis la naissance d&rsquo;homo sapiens.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Comment cela ? Comment, sinon par un changement de conscience et un parach\u00e8vement des instruments, une puri\u00adfication du regard que nous posons sur nous-m\u00eames et sur le monde ? Et ce que cela veut dire, nous le savons d\u00e9j\u00e0 et ne pouvons y croire, tant la chose para\u00eet \u00e0 la fois \u00e9l\u00e9mentaire et impossible. Il nous faut nous laver des t\u00e9n\u00e8bres qui faussent notre vision et que tombe la boue dont nous recouvre le jeu des forces cosmiques. Il nous faut arracher de nous le sens de la dualit\u00e9 qui nous emprisonne dans l&rsquo;Espace et le Temps lors m\u00eame que les voyants du monde entier proclament que nous sommes \u00e9ternels et infinis. Il nous faut sortir \u00e0 notre tour de la caverne et avoir ce regard de la sagesse qui ne voit ni Bien ni Mal, mais contemple Dieu partout : ici-bas et au-del\u00e0.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">C&rsquo;est l\u00e0, en effet, que tout doit se jouer. Lorsque nous serons d\u00e9livr\u00e9s du Mal, du sens du Mal, de l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre p\u00e9cheurs, de reproduire g\u00e9n\u00e9tiquement les conditions du p\u00e9ch\u00e9 originel, si nous sommes de culture occidentale, d&rsquo;en\u00adtasser psychologiquement les semences d&rsquo;un karma qui nous oblige \u00e0 nous r\u00e9incarner, si nous relevons de la pens\u00e9e orien\u00adtale \u2013, lorsque nous verrons spontan\u00e9ment que notre action n&rsquo;est pas n\u00f4tre et qu&rsquo;elle n&rsquo;est ni bonne ni mauvaise, que nous en sommes seulement les interpr\u00e8tes et que ce qui nous trans\u00adcende en est seul l&rsquo;auteur, alors nous commencerons de voir l&rsquo;univers d&rsquo;une fa\u00e7on diff\u00e9rente. Et plus nous progresserons dans cette m\u00e9tamorphose de notre conscience, plus l&rsquo;univers lui-m\u00eame se m\u00e9tamorphosera. Plus l&rsquo;\u00e2me qui est en nous pourra transpara\u00eetre, plus transpara\u00eetra l&rsquo;\u00e2me de l&rsquo;univers. Plus se manifestera Dieu. Et lorsque, physiquement, nous ne serons plus que notre \u00e2me, l&rsquo;univers ne sera plus que Dieu.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Qu&rsquo;il le sache ou non, qu&rsquo;il le veuille ou non, c&rsquo;est \u00e0 cela qu\u2019\u0153uvre le voyant lorsqu&rsquo;il s&rsquo;approche de nous, nous sourit et nous prend dans ses bras. Si impr\u00e9gn\u00e9 qu&rsquo;il soit de connaissance divine, il se peut qu&rsquo;il ne sache pas exactement ce qui se fait par son interm\u00e9diaire. Comme le Bouddha, il croit, par exemple, travailler \u00e0 d\u00e9truire l&rsquo;illusion dont nous sommes captifs et \u00e0 faciliter notre fuite dans le n\u00e9ant du nirv\u00e2na. Mais en r\u00e9alit\u00e9, le fruit de ses efforts est autre. Et pr\u00eachant l&rsquo;irr\u00e9alit\u00e9 du monde, il concourt \u00e0 rendre l&rsquo;univers plus r\u00e9el. Pr\u00eachant l&rsquo;irr\u00e9alit\u00e9 de notre \u00eatre, il concourt \u00e0 rendre notre \u00e2me plus manifeste. Pr\u00eachant l&rsquo;irr\u00e9alit\u00e9 de Dieu, il concourt \u00e0 rendre l&rsquo;univers plus divin. Car il n&rsquo;y a qu&rsquo;un seul but, pour cette Terre comme pour le reste du cosmos. Et c&rsquo;est d&rsquo;exprimer l&rsquo;\u00c9ternel et Infini dont tout est l&rsquo;expression. Peu importe que, pour y atteindre, il faille passer par des \u00e9tapes qui le r\u00e9cusent. Chaque \u00e9tape \u2013 f\u00fbt-elle agnostique comme le mat\u00e9rialisme contemporain, ou ath\u00e9e comme le bouddhisme \u2013 repr\u00e9sente une concentration particuli\u00e8re de nos \u00e9nergies sur un point d&rsquo;un ensemble qui vise \u00e0 la connaissance de l&rsquo;Origine.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ainsi l&rsquo;homme de Dieu, lorsqu&rsquo;il nous b\u00e9nit, ne fait-il qu&rsquo;\u00e9veiller en nous la d\u00e9it\u00e9 somnambule qui, \u00e0 bord de notre corps, fait voile vers sa terre natale qu&rsquo;est l&rsquo;univers tel que, demain, il s&rsquo;offrira aux sens d&rsquo;une race lib\u00e9r\u00e9e des forces bipo\u00adlaires de la Nature, affranchie de l&rsquo;esclavage du Bien et du Mal et des autres dualit\u00e9s auxquelles notre raison se soumet sans discuter : le Jour et la Nuit, la Vie et la Mort et, ultimement, le monde et l&rsquo;anti-monde qu&rsquo;est Dieu.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Qu&rsquo;il y faille des si\u00e8cles ou des mill\u00e9naires ne change rien au programme. L&rsquo;itin\u00e9raire est d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 trac\u00e9. La boueuse obscurit\u00e9 qui nous recouvre doit tomber, nos yeux s&rsquo;ouvrir au-dedans et notre soleil int\u00e9rieur resplendir. Tout le pass\u00e9 colossal de la Terre et du ciel proclame qu&rsquo;il ne peut en \u00eatre autrement. Toutes les mutations par lesquelles ont pass\u00e9 les formes g\u00e9antes ou minuscules de la vie prouvent qu&rsquo;aucune transformation n&rsquo;est impossible et que, si le changement per\u00adp\u00e9tuel est la r\u00e8gle de l&rsquo;existence cosmique, il ne peut, ici-bas, s&rsquo;arr\u00eater brusquement avec nous qui, de toute \u00e9vidence, ne cessons d&rsquo;\u00e9voluer en tant que race et comme individus.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Les golems de fange que nous semblons \u00eatre c\u00e9deront peu \u00e0 peu la place \u00e0 ce qui se pr\u00e9pare dans les coulisses de notre personnalit\u00e9 fugitive. La flamme blanche en nous de\u00advient de plus en plus consciente et forte et, de vie en vie, prend davantage la forme de l&rsquo;\u00eatre \u00e0 venir, \u00e9blouissante et si douce pr\u00e9sence faite d&rsquo;amour et de feu. Car tous nous serons trans\u00adform\u00e9s. En quoi ? demandons-nous, impatient\u00e9s. En quoi, r\u00e9pond le voyant, sinon en nous-m\u00eames, sinon en notre principe ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Que cela corresponde ou non au dogme de sa religion originelle, qu&rsquo;il en soit clairement certain ou non, n&rsquo;a aucune importance. Ce qu&rsquo;il accomplit, il sait bien qu&rsquo;en r\u00e9alit\u00e9 c&rsquo;est un autre qui l&rsquo;accomplit par son entremise. Et \u00e0 cet autre, il se soumet int\u00e9gralement sans poser ni questions ni condi\u00adtions. Que ta volont\u00e9 soit faite. Il s&rsquo;efface, il devient trans\u00adparent, il se dissout dans l&rsquo;Unique qui, seul, existe, m\u00eame si cet Unique est pur N\u00e9ant. Et s&rsquo;\u00e9coule \u00e0 travers lui le fluide divin dont il ne cherche \u00e0 rien retenir pour son profit, mais qu&rsquo;il dirige sans avoir besoin d&rsquo;y penser ou de le vouloir sur ceux d&rsquo;entre nous qui viennent lui demander de les b\u00e9nir.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Et ceux d&rsquo;entre nous qui semblent n&rsquo;\u00eatre que pourriture, ceux-l\u00e0 aussi il les b\u00e9nit, m\u00eame s&rsquo;ils ne viennent pas \u00e0 lui. Il conna\u00eet le poids de l&rsquo;ombre qui se vautre sur eux et par quelles infamies il leur faut passer, volant, violant, tuant, mentant, trahissant et ricanant de le faire, et ceux-l\u00e0 lui semblent plus douloureux que les autres, car ils ne se doutent de rien, et leur \u00eatre gangren\u00e9 requiert toujours plus d&rsquo;immondices o\u00f9 sombrer afin de s&rsquo;\u00e9tourdir et d&rsquo;oublier \u00e0 tout jamais la vanit\u00e9 des choses. \u00c0 eux qui sont l&rsquo;impuret\u00e9 m\u00eame, va le plus pur de son amour. \u00c0 eux qui sont pr\u00eats \u00e0 tout massacrer et \u00e0 le mettre \u00e0 mort, il d\u00e9die chaque instant de sa vie jusqu&rsquo;au der\u00adnier. Pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu&rsquo;ils font. Non, ils ne le savent pas, et lui voit au contraire ce qui grouille dans leur c\u0153ur et leur interdit toute beaut\u00e9 r\u00e9elle ou durable. Jusqu&rsquo;\u00e0 quand seront-ils ainsi poss\u00e9d\u00e9s ? H\u00e9riteront-ils en d&rsquo;autres vies le mal qui les envo\u00fbte? Ou seront-ils lav\u00e9s de la jubilation qu&rsquo;ils \u00e9prouvent \u00e0 s&rsquo;avilir ? Pourquoi la luxure effr\u00e9n\u00e9e ne se transformerait-elle pas demain en son con\u00adtraire de chastet\u00e9 lustrale ? Et le d\u00e9sir de tuer en le besoin de prot\u00e9ger ? La fausset\u00e9 en droiture, le despotisme en soumis\u00adsion, l&rsquo;incr\u00e9dulit\u00e9 en foi in\u00e9branlable de par l&rsquo;alchimie de sa b\u00e9n\u00e9diction ? Car c&rsquo;est \u00e0 cette fin que l&rsquo;utilise le Pouvoir qui b\u00e9nit.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La b\u00e9n\u00e9diction de l&rsquo;homme de Dieu n&rsquo;a rien d&rsquo;un tapote\u00adment affectueux destin\u00e9 \u00e0 donner confiance \u00e0 celui qui s&rsquo;incline devant lui, L&rsquo;imposition.des mains n&rsquo;est pas un geste solennel conf\u00e9rant ext\u00e9rieurement les marques de l&rsquo;amour du sage. Par-del\u00e0 toute c\u00e9r\u00e9monie concevable, c&rsquo;est un acte magique o\u00f9 l&rsquo;\u00c9nergie qui meut l&rsquo;univers et l&rsquo;entra\u00eene vers son apoth\u00e9ose se d\u00e9verse en celui qui est b\u00e9ni et l&rsquo;entra\u00eene vers sa propre apoth\u00e9ose. C&rsquo;est une activation de ce qui, en lui, est de m\u00eame nature que cette \u00c9nergie. Il peut ne pas comprendre ce qui se passe alors en lui. Ou il peut ne sentir que la perc\u00e9e d&rsquo;une vibra\u00adtion entrant en lui, ou bien qu&rsquo;une onde br\u00fblante et douce l&rsquo;envahissant. De toute fa\u00e7on, il ne peut en deviner le r\u00e9sultat. Il ne peut supputer le travail en lui de cette vague de lumi\u00e8re, de connaissance et d&rsquo;amour. Peut-\u00eatre le saura-t-il demain : en cette vie ou une autre. Une nouvelle dimension est entr\u00e9e en lui qui, au fil des jours, des ann\u00e9es ou des vies, s&rsquo;imposera \u00e0 sa conscience et repoussera l&rsquo;ombre qui, aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;en\u00adgloutit. La caverne n&rsquo;existera plus. Ses cha\u00eenes se dissoudront d&rsquo;elles-m\u00eames. Ce qu&rsquo;un homme de Dieu a sem\u00e9 en son \u00eatre aura germ\u00e9 dans la nuit terrestre et poindra hors du sol primitif pour s&rsquo;\u00e9lancer \u00e0 la conqu\u00eate de la lumi\u00e8re.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">M\u00eame le plus abject des hommes est promis \u00e0 cette trans\u00adfiguration de la semence aveugle en cr\u00e9ature visionnaire. Et la plus \u00e9paisse t\u00e9n\u00e8bre doit se transmuer en le Soleil \u00e9ternel. Le voyant n&rsquo;a pas besoin de le penser pour le savoir. Et il sait qu&rsquo;un jour viendra o\u00f9 les Pouvoirs obscurs et que nous disons diaboliques seront eux aussi rendus \u00e0 la Lumi\u00e8re. \u00c0 eux aussi, va son amour. \u00c0 eux qui semblent lutter contre la Beaut\u00e9 et la V\u00e9rit\u00e9, \u00e0 eux qui se servent de nous pour instituer le r\u00e8gne du Mal, mais n&rsquo;y arrivent jamais compl\u00e8tement, \u00e0 eux qui, plus que nous encore, ont oubli\u00e9 leur origine et ne peuvent m\u00eame pas aspirer \u00e0 la revoir un jour, \u00e0 eux, les plus afflig\u00e9s de la manifestation universelle, va l&rsquo;amour illimit\u00e9 de l&rsquo;homme de Dieu.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Car il ne se contente pas de r\u00e9pandre sur nous son amour, quels que soient nos crimes et nos vices. Il aime aussi ce qui nous rend le crime et le vice all\u00e9chants. Il aime aussi les goules et les vampires qui, tapis dans notre conscience cr\u00e9pusculaire, nous incitent aux gestes qui leur livreront les vies dont, par nos l\u00e8vres et nos dents, ils suceront la force. Il aime les d\u00e9mons qui nous souillent et, agissant par nos actes, ne nous laissent rien dont nous puissions jouir ensuite. Il aime d&rsquo;amour pur cette vermine cosmique, cette l\u00e8pre qui s&rsquo;attaque aux galaxies aussi bien qu&rsquo;\u00e0 nous-m\u00eames, qui para\u00eet vouloir saper l&rsquo;univers et nos vies, mais en assure le maintien, au contraire, et con\u00adtribue m\u00eame \u00e0 en enrichir le mouvement en guerroyant con\u00adtre les cohortes oppos\u00e9es dont nous traduisons l&rsquo;influence dans nos arts, nos sciences et nos r\u00eaves de paix. D&rsquo;amour pur, il aime tout ce dont la conscience est s\u00e9par\u00e9e de Dieu \u2014 et sans doute est-ce chez les d\u00e9mons que cette s\u00e9paration est la plus compl\u00e8te. Leur r\u00f4le dans l&rsquo;expansion sid\u00e9rale leur a \u00e9t\u00e9 assign\u00e9 par Dieu lui-m\u00eame, et ils sont les rouages les plus humbles de l\u2019\u0153uvre divine, car ce que Dieu exige d&rsquo;eux les rend incapables de se souvenir de lui. Et ils sont comme \u00e0 jamais rejet\u00e9s de lui \u2014 eux qui ont sacrifi\u00e9 leur sens de l&rsquo;\u00c9ternel et Infini de mani\u00e8re \u00e0 en \u00eatre les ex\u00e9cutants.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Seigneur, si tu veux que je ne te voie plus, si tu veux que je t&rsquo;oublie, moi qui ne peux vivre sans toi, si tu veux que je te renie pour mieux servir tes desseins, si tu veux que je n&rsquo;existe que pour lutter contre toi, moi qui ne suis qu&rsquo;amour de toi, qu&rsquo;il en soit fait comme tu l&rsquo;ordonnes. Amen, amen. Je serai ce que tu veux que je sois, et tout ce qui est aura hor\u00adreur de moi, si telle est ta volont\u00e9 et si c&rsquo;est l\u00e0 la preuve que tu me demandes de mon amour pour toi. Par amour pour toi, Seigneur, j&rsquo;accepte de ne plus te voir et de m&rsquo;acharner contre toi, afin que la grandeur de ton \u00eatre se manifeste un jour en la petitesse du mien et que ta lumi\u00e8re envahisse les t\u00e9n\u00e8bres que tu me demandes de tirer entre toi et moi.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Si nous pr\u00eatons une identit\u00e9 aux Puissances des T\u00e9n\u00e8bres en leur action cosmique \u2014 et il n&rsquo;est pas une ethnie qui ne l&rsquo;ait fait \u00e0 un moment ou \u00e0 un autre de son histoire \u2014, il n&rsquo;y a aucune raison pour que nous ne remontions pas \u00e0 la source de cette identit\u00e9 et n&rsquo;en d\u00e9codions pas le chiffre.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Or, si l&rsquo;Unique est tout ce qui est, comme l&rsquo;affirment les voyants, l&rsquo;apparente scission qui se produit en lui n&rsquo;est pas due \u00e0 une r\u00e9volte des anges : l&rsquo;existence d&rsquo;anges rebelles pr\u00e9\u00adsuppose une dualit\u00e9 de la conscience et, par cons\u00e9quent, une limitation, un obscurcissement, pr\u00e9suppose que, du fait d&rsquo;une ombre inh\u00e9rente \u00e0 Dieu, sa splendeur est \u00e9ternellement con\u00adtrari\u00e9e, son pouvoir \u00e9ternellement mis en question, son unicit\u00e9 \u00e9ternellement r\u00e9cus\u00e9e. Ce qui n&rsquo;a aucun sens.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Rien n&rsquo;est en tout cas plus \u00e9loign\u00e9 de la vision des sages et de leur exp\u00e9rience de l&rsquo;\u00catre pur. S&rsquo;il y a division apparente \u2014 ce dont tous sont oblig\u00e9s de convenir \u2014, elle ne saurait \u00eatre le produit d&rsquo;une insurrection de Dieu contre lui-m\u00eame. Elle ne peut \u00eatre qu&rsquo;un processus de l&rsquo;acte cr\u00e9ateur. La diff\u00e9rence est essentielle : dans un cas, l&rsquo;univers est n\u00e9 de la rage de divi\u00adnit\u00e9s insoumises et porte en soi, comme une blessure h\u00e9r\u00e9di\u00adtaire, les stigmates de la r\u00e9volte et de la haine ; dans l&rsquo;autre, l&rsquo;univers est l&rsquo;\u00e9ternelle expression de l&rsquo;amour de l&rsquo;Unique pour son \u00eatre parfait et, d\u00e8s lors, contient le germe de cette perfection absolue.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Voir en les hordes diaboliques des bandes de ren\u00e9gats bannis des cieux satisfait peut-\u00eatre notre go\u00fbt de la morale, mais c&rsquo;est \u00e0 trop bon compte. Tout le mythe, o\u00f9 que ce soit sur la Terre, fait appel \u00e0 des notions de justice, et donc de Bien et de Mal, qui n&rsquo;ont rien \u00e0 voir avec Dieu, pour qui tout est Dieu. L&rsquo;id\u00e9e ne vaut d&rsquo;ailleurs que pour une certaine \u00e9tape du d\u00e9veloppement \u00e9thique de l&rsquo;humanit\u00e9. En aucun cas, elle ne saurait \u00eatre d\u00e9finitive. L&rsquo;image du souverain juge appartient \u00e0 un monde qui, aujourd&rsquo;hui, tend \u00e0 dispara\u00eetre et c\u00e8de de plus en plus le terrain \u00e0 une id\u00e9e d&rsquo;amour universel, \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle plan\u00e9taire d&rsquo;abord, puis \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle cosmique et supra-cosmique. De plus en plus, la vision du voyant doit se v\u00e9rifier dans nos conceptions, et l&rsquo;unicit\u00e9 dont elle procure l&rsquo;exp\u00e9rience nous amener \u00e0 voir dans les anciennes l\u00e9gions diaboliques des arm\u00e9es rayonnantes qui, pour l&rsquo;amour de Dieu, et afin de le manifester, se sont jadis aveugl\u00e9es et, depuis, font tourner les m\u00e9canismes du cosmos selon une loi qui est d&rsquo;ent\u00e9n\u00e9brer l&rsquo;\u00e9blouissante abstraction divine afin de lui donner un visage que les yeux innombrables de la cr\u00e9ation qui en r\u00e9sulte puissent contempler et adorer.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Scandaleuse explication ? Peut-\u00eatre. Mais nous savons bien que, de scandale en scandale, il nous faut abattre les forteresses o\u00f9 nous avons \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9s, d\u00e9foncer les murs de la caverne o\u00f9 nous sommes retenus prisonniers. Car il nous faut accepter de grandir et de rejeter nos limites d&rsquo;antan. Nous avons rempli le cadre qu&rsquo;elles dessinaient autour de nous. L&rsquo;humanit\u00e9 en crue d\u00e9ferle \u00e0 pr\u00e9sent vers des horizons inconnus et voit s&rsquo;ouvrir un ciel vierge. Renon\u00e7ons \u00e0 nous cramponner \u00e0 nos totems vieillots. Ce qu&rsquo;ils avaient \u00e0 nous donner, ils nous l&rsquo;ont donn\u00e9. Ils n&rsquo;attendent pas de nous que nous mourions asphyxi\u00e9s \u00e0 leur service. Ils repr\u00e9sentaient un progr\u00e8s sur ce qui les pr\u00e9c\u00e9dait. Un autre progr\u00e8s nous re\u00adquiert : de plus vastes id\u00e9aux, une plus compl\u00e8te libert\u00e9, un amour plus authentique et toujours plus de lumi\u00e8re.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Sur tout ce que nous vivons et connaissons, nous devons poser un regard neuf. \u00c0 d\u00e9faut de quoi, incapables de cro\u00eetre davantage, nous nous \u00e9teindrons, laissant aux prochains mill\u00e9naires le soin d&rsquo;effacer le fossile de notre humanit\u00e9. Chaque ph\u00e9nom\u00e8ne de l&rsquo;existence, nous devons l&rsquo;aborder comme si nous n&rsquo;avions pas depuis toujours essay\u00e9 de le com\u00adprendre : avec des yeux enti\u00e8rement neufs. Nous devons par\u00advenir \u00e0 nous poser nos questions comme si c&rsquo;\u00e9tait la premi\u00e8re fois, de mani\u00e8re \u00e0 trouver des r\u00e9ponses qui nous satisfassent enfin.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Nos questions ne peuvent \u00eatre que les m\u00eames : pourquoi le Mal, la souffrance et la Mort ? Pourquoi la Vie ? D&rsquo;o\u00f9 venons-nous et o\u00f9 allons-nous ? Qu&rsquo;appelons-nous Dieu ? Mais nos r\u00e9ponses peuvent \u2014 et doivent \u2014 diff\u00e9rer de celles que nous ont enseign\u00e9es les pr\u00e9lats de nos diverses religions. En parti\u00adculier, il importe que nous nous gu\u00e9rissions de ce d\u00e9lire o\u00f9 nous nous sentons pers\u00e9cut\u00e9s \u00e0 la fois par les d\u00e9mons qui nous tentent et par Dieu qui nous punit.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 un \u00e2ge o\u00f9 de telles conceptions ne sauraient plus avoir d&#8217;emprise sur nous. Elles rel\u00e8vent d&rsquo;une parano\u00efa liturgique o\u00f9, au nom de Dieu, l&rsquo;Occident s&rsquo;accuse d&rsquo;avoir commis un sacril\u00e8ge dont, \u00e0 vrai dire, nous ne savons rien, puis d&rsquo;avoir mis \u00e0 mort celui qui \u00e9tait venu nous sauver. Peut-on r\u00eaver n\u00e9vrose plus cauchemardesque ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Si, vraiment, nous avions agi contre Dieu, au commence\u00adment du Temps, et, si plus tard, nous avions assassin\u00e9 son fils, qu&rsquo;il nous avait envoy\u00e9 pour nous laver de cette souillure, nous serions en effet les monstres qu&rsquo;il nous arrive d&rsquo;imaginer que nous sommes. Mais comment croire \u00e0 des id\u00e9es si d\u00e9men\u00adtielles ? Nous avons vu que, pour Dieu, tout est Dieu et que, si les t\u00e9n\u00e8bres l&rsquo;\u00e9clipsent, c&rsquo;est pour lui fournir le mat\u00e9riau de sa cr\u00e9ation. Les t\u00e9n\u00e8bres sont lui autant que la Lumi\u00e8re. Et si nous tenons \u00e0 les personnifier, c&rsquo;est dans ce r\u00f4le de puissances adoratrices que nous devons nous efforcer de les conna\u00eetre.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Dire que le Mal existe ind\u00e9pendamment de Dieu, c&rsquo;est nier l&rsquo;unicit\u00e9 divine, c&rsquo;est contester l&rsquo;infinit\u00e9 de l&rsquo;Infini qui embrasse non seulement toutes les dimensions possibles mais aussi tous les modes possibles d&rsquo;existence, c&rsquo;est r\u00e9cuser l&rsquo;\u00e9ter\u00adnit\u00e9 de l&rsquo;\u00c9ternel qui porte en soi non seulement toutes les possibilit\u00e9s de perception temporelle, mais aussi ce qui est \u00e0 l&rsquo;origine du Temps et que repr\u00e9sente l&rsquo;occultation de la Lumi\u00e8re \u00e9ternelle par la Nuit cosmique. En d&rsquo;autres termes, soutenir que le Mal est non divin, c&rsquo;est purement et simple\u00adment nier Dieu.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Comprenons que cet ultime paradoxe est ce qui se trouve au c\u0153ur des plus grands enseignements mystiques et que ce que nous appelons pardon des offenses en d\u00e9coule in\u00e9luctablement, comme doit en d\u00e9couler la connaissance que les Pouvoirs de l&rsquo;Obscurit\u00e9 dont l&rsquo;ivresse nous intoxique et nous avilit sont les serviteurs de Dieu, les esclaves de son Amour sans la noirceur desquels la blancheur immacul\u00e9e de sa Lumi\u00e8re ne pourrait se traduire en univers.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Un jour viendra, devons-nous croire, o\u00f9 nous chanterons la d\u00e9votion des T\u00e9n\u00e8bres pour l&rsquo;Astre primordial dont elles sont issues et \u00e0 la gloire duquel elles se sacrifient en incarnant son contraire sans lequel il ne serait pas infini. Et ce jour-l\u00e0 o\u00f9 nous pourrons comprendre le sacrifice que repr\u00e9sente l&rsquo;incarnation du Mal, nous aurons vaincu la dualit\u00e9. Nous ne serons plus les jouets de notre actuelle perception des choses. Il n&rsquo;y aura plus, pour nous, de Bien ni de Mal, de Jour ni de Nuit, de Vie ni de Mort, de Dieu ni de monde. Tout sera un. Lorsque, sous les traits effrayants des cohortes d\u00e9moniaques, nous serons capables de reconna\u00eetre l&rsquo;\u00c9ternel et Infini s&rsquo;inver\u00adsant pour se conna\u00eetre dans la forme innombrable, lui., l&rsquo;Unique et Informel, alors nous aurons atteint au terme du voyage humain.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Et une autre aventure commencera.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">C&rsquo;est ce qu&rsquo;au-del\u00e0 des mots l&rsquo;homme de Dieu nous enseigne par son exemple. Il se tient devant nous, formidable et si humble. Il se penche vers nous en souriant. Sa lumi\u00e8re en\u00advahit notre caverne et nous r\u00e9v\u00e8le le grouillement o\u00f9 nous nous vautrons. Ne craignez pas. Cela aussi est Dieu. Nous g\u00e9missons, nous avons envie de pleurer. Qu&rsquo;avons-nous fait ? Que sommes-nous en train de faire ? Nos sentiments et nos pens\u00e9es nous semblent tous faisand\u00e9s. Nous nous pre\u00adnons en horreur. Qu&rsquo;il ne nous voie pas. Qu&rsquo;il cesse de nous regarder et de nous sourire. Mais sa douceur nous accom\u00adpagne lors m\u00eame que nous lui tournons le dos. Et son amour nous enveloppe tandis que nous lui crachons au visage le venin de notre haine de nous-m\u00eames et du monde.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il nous prend dans ses bras, chacun de nous comme un enfant qu&rsquo;il ch\u00e9rirait plus que sa vie. Il nous embrasse et nous b\u00e9nit comme si nous \u00e9tions vraiment pour lui de parfaites effigies de la Divinit\u00e9. Il dit que nous sommes purs. Il dit que, derri\u00e8re nos masques grima\u00e7ants, nous sourions d&rsquo;un sourire que, jamais, rien ne trouble et que, derri\u00e8re l&rsquo;ombre qui nous encercle, se trouve la Lumi\u00e8re \u00e9ternelle, La t\u00eate reposant sur ses genoux, tels des enfants apais\u00e9s, nous l&rsquo;\u00e9coutons. Et tout ce qu&rsquo;il dit est v\u00e9rit\u00e9. Parfois, nous lui parlons aussi. Et tout ce que nous disons est mensonge. Il le sait, mais ne proteste pas. Il sait qu&rsquo;il ne peut en \u00eatre autrement, que, m\u00eame quand nous le faisons expr\u00e8s, ce n&rsquo;est pas notre faute. Nous sommes tiss\u00e9s dans l&rsquo;\u00e9toffe des t\u00e9n\u00e8bres, et il nous berce longuement afin que nous quitte la peur du myst\u00e8re o\u00f9 nous errons, les yeux crev\u00e9s.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il sait que nous ne sommes pas coupables du mal qui se commet \u00e0 travers nous et, ce mal entra\u00een\u00e2t-il sa mort, il ne nous en veut pas. Il nous enlace et nous prot\u00e8ge. En nous, tout au fond de nous, il sent vivre le feu insoup\u00e7onn\u00e9 de notre \u00e2me. Et c&rsquo;est cela que nous sommes pour lui, cette clart\u00e9 que nous ignorons, cette flamme qui br\u00fble silencieusement au sein de l&rsquo;obscurit\u00e9 dont nous sommes p\u00e9tris. C&rsquo;est cela qu&rsquo;il appelle doucement de sa voix qui \u00e9voque des plans dont nous n&rsquo;avons pas id\u00e9e et o\u00f9 la R\u00e9alit\u00e9, peu \u00e0 peu, se d\u00e9voile et resplendit. C&rsquo;est cela qu&rsquo;il suscite et nourrit en r\u00e9pandant sur nous son amour sans conditions et en nous b\u00e9nissant, cela, la semence de l&rsquo;\u00c9ternel et Infini dans notre forme temporelle et finie, le souvenir de Dieu au c\u0153ur de l&rsquo;amn\u00e9sie.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Lui-m\u00eame, nous dit-il, a \u00e9t\u00e9 comme nous autrefois. Nous ne sommes pas diff\u00e9rents de lui. Demain, nous serons \u00e0 sa ressemblance. \u00c9coutez-moi, petites \u00e2mes, \u00e9coutez-moi, de\u00admain vous serez libres, vous ne sentirez plus s&rsquo;appesantir sur vous la souffrance et la Mort. Vous ne vous tromperez plus, vous ne serez plus induites en erreur, vous comprendrez que vous n&rsquo;avez jamais p\u00e9ch\u00e9, que, pas une fois, vous n&rsquo;avez en\u00adfreint l&rsquo;ordre des choses ou la Loi de Dieu. Et alors, petites \u00e2mes de douceur et d&rsquo;amour, alors vous ouvrirez les ailes comme des colombes s&rsquo;envolant dans la lumi\u00e8re. Et tout deviendra le ciel.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Et il sourit en nous caressant le front. De ses paroles, nous faisons des dogmes solennels, alors qu&rsquo;elles sont si simples. Nous les adaptons \u00e0 notre petite id\u00e9e de la grandeur. Mais ce n&rsquo;est pas grave, semble-t-il dire. Ce n&rsquo;est pas \u00e7a qui compte. Quoi que nous fassions, semble-t-il dire encore, nous sommes exactement ce que Dieu veut que nous soyons. M\u00eame si nous ne le savons pas, cela n&rsquo;a pas d&rsquo;importance, laissons-nous porter par l&rsquo;ind\u00e9tournable fleuve de la vie dont Dieu seul dirige le cours. Il n&rsquo;y a que lui, douces petites \u00e2mes, il n&rsquo;y a que lui, et vous allez le revoir, bient\u00f4t, je vous le promets. Il ne peut en \u00eatre autrement. Vous allez le revoir et, toutes sans exception, le redevenir.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Au-dessus de nous, il contemple ce que nous ne pouvons voir comme il contemple en nous ce dont nous ne nous doutons pas. De grandes mar\u00e9es d&rsquo;\u00e9toiles roulent perp\u00e9tuel\u00adlement dans l&rsquo;\u00e9nigme de la nuit, des \u00e9clairs nous traversent et des lueurs palpitent en nous. Il sourit, il nous sourit tou\u00adjours, nous emportant vers la fin de toute douleur et la r\u00e9mis\u00adsion de la Mort. Demain, vous ne mourrez plus, dit-il par-del\u00e0 toute parole. Demain, ni vous ni moi ne mourrons plus. Tous, nous serons \u00e9ternels. Et il sourit, sourit sans cesse \u00e0 ce qu&rsquo;il voit en nous et que nous ne connaissons pas.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ne craignez rien. Tout est parfait. Vous faites exactement ce que Dieu attend de vous. M\u00eame votre pire infamie est un acte de Dieu. Et m\u00eame les cr\u00e9atures de l&rsquo;ab\u00eeme qui vous tor\u00adturent et font de vous des tourmenteurs sont des membres de Dieu. \u00c9coutez, \u00e9coutez-moi, elles ont tout donn\u00e9 afin d&rsquo;ac\u00adcomplir la volont\u00e9 du Seigneur. Elles ont renonc\u00e9 \u00e0 la Lumi\u00e8re, \u00e0 la V\u00e9rit\u00e9, \u00e0 la Joie pour le servir. Elles se sont enti\u00e8rement sacrifi\u00e9es afin qu&rsquo;il puisse se manifester sous forme d&rsquo;univers.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">On vous a enseign\u00e9 que des \u00eatres divins venaient sur la Terre afin de vous sauver, qu&rsquo;ils rev\u00eataient l&rsquo;apparence humaine afin de se m\u00ealer \u00e0 vous, de partager votre vie et de la hisser vers une conscience toujours plus claire. Et cela est vrai. Mais il est d&rsquo;autres \u00eatres divins qui se sont sacrifi\u00e9s et dont on ne parle pas de la m\u00eame mani\u00e8re, dont on ne loue pas le martyre et qui, pourtant, sont les victimes les plus grandes de l&rsquo;holocauste. Et ce sont ceux qui ont accept\u00e9 de devenir les Puissances des T\u00e9n\u00e8bres, qui ont trac\u00e9 les lignes de la naissance du cosmos, \u00e9tabli le cours des astres et cach\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9ploiement des galaxies sans nombre la Lumi\u00e8re de l&rsquo;Unique. Ils ont consenti \u00e0 nier Dieu afin de le chanter. Ils sont comme de gigantesques forgerons maudits et acceptant de l&rsquo;\u00eatre. Sans cesse, ils travaillent \u00e0 changer la Lumi\u00e8re en obscurit\u00e9 afin qu&rsquo;existe l&rsquo;univers, qui est la Face de Dieu, l&rsquo;\u00e9ternel Sans-Visage.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Au-del\u00e0 de toute parole, c&rsquo;est cela qu&rsquo;il nous dit, quels que soient le nom sous lequel il nous parle, l&rsquo;\u00e9poque et le pays auxquels il appartient. Il ne peut en \u00eatre autrement. Si tout est l&rsquo;Unique, comme l&rsquo;extase supr\u00eame le lui r\u00e9v\u00e8le, il ne peut en \u00eatre autrement. En v\u00e9rit\u00e9, cela est l&rsquo;ultime et in\u00e9luctable connaissance qu&rsquo;il nous faut accepter afin d&rsquo;\u00eatre \u00e0 son image, d&rsquo;\u00eatre comme lui illumin\u00e9s et parfaits, c&rsquo;est-\u00e0-dire inacces\u00adsibles \u00e0 la souffrance et sauv\u00e9s de la Mort. Il nous faut en v\u00e9rit\u00e9 accepter l&rsquo;inacceptable : tout est Dieu, Dieu seul existe, et ce qui nous hante et nous fait vivre dans l&rsquo;horreur, ce qui nous fait accomplir ce par quoi nous torturons autrui et pour quoi nous sommes tortur\u00e9s, est cela m\u00eame qui, exprimant sa volont\u00e9 cr\u00e9atrice en un paroxysme d&rsquo;amour et de d\u00e9vo\u00adtion, transforme en ab\u00eeme infernal l&rsquo;oc\u00e9an insondable de sa b\u00e9atitude.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Sans cette occultation de sa splendeur \u00e9ternelle, pas d&rsquo;univers et, encore une fois, pas d&rsquo;infini puisqu&rsquo;il manque\u00adrait quelque chose \u00e0 son infinitude, et donc pas d&rsquo;\u00catre supr\u00eame et originel : l&rsquo;esprit tourne en rond dans ses syllogismes. Com\u00adment s&rsquo;\u00e9vader jamais de ce cercle de feu ? Comment accepter, comment aimer, comment pr\u00f4ner un Dieu pareil ? Est-ce donc vraiment lui que nos myriades adorent au fil des si\u00e8cles et des mill\u00e9naires ? Est-ce donc vraiment lui dont, en notre innocence d&rsquo;enfants, nous croyons qu&rsquo;il va nous punir ? Est-ce donc vraiment lui, la source de l&rsquo;amour que les voyants r\u00e9\u00adpandent sur nous ? \u00d4 scandale ! \u00d4 d\u00e9rision !<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Et pourtant, comment nous tromper sur le sourire de l&rsquo;homme qui a vu Dieu, s&rsquo;est r\u00e9volt\u00e9 contre lui au nom de nos souffrances, l&rsquo;a fui et retrouv\u00e9 en lui-m\u00eame, puis en nous ? Comment, soudain, ne pas nous r\u00e9clamer de lui, comment ne pas revendiquer son amour auquel nous r\u00e9pondons si mal, mais qui nous est essentiel comme la lumi\u00e8re du soleil, qui change notre monde et sans lequel, d\u00e9couvrons-nous un jour, nous ne pourrions plus vivre ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Peut-\u00eatre sommes-nous mauvais, perdus de vices et de mensonges, peut-\u00eatre le trahissons-nous \u00e0 chaque pas, peut-\u00eatre, oui, peut-\u00eatre, sommes-nous capables de le rejeter et de lui donner la mort, mais il y a ceci, qui est ineffa\u00e7able en notre \u00e2me : il nous \u00e9l\u00e8ve vers des sommets dont nous ne nous doutions pas, son amour nous conf\u00e8re une dignit\u00e9, une noblesse o\u00f9 notre difformit\u00e9 se transfigure. Son amour nous donne une beaut\u00e9 qui est, dit-il, celle de notre \u00e2me. Et m\u00eame si, dans le galop ombreux des ans, nous la ternissons et l&rsquo;oublions, il en demeure en nous des fragments immortels que son souffle ravive au d\u00e9tour d&rsquo;une vie.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Alors, la connaissance inacceptable nous devient moins atroce. Dans un \u00e9lan qui nous enivre, nous comprenons que, s&rsquo;il nous aime en d\u00e9pit de tout le mal o\u00f9 nous nous ent\u00eatons \u00e0 vivre, il ne peut qu&rsquo;aimer les cr\u00e9atures abjectes qui, depuis des sph\u00e8res cach\u00e9es \u00e0 nos regards, nous terrorisent, nous contaminent et nous gouvernent. Et de m\u00eame qu&rsquo;en lui Dieu nous aime, Dieu en lui les aime, d&rsquo;un amour d&rsquo;autant plus grand que, tout comme nous, elles l&rsquo;ont oubli\u00e9 puisque tel est leur sacrifice, pour nous incompr\u00e9hensible aussi long\u00adtemps que ne s&rsquo;est pas \u00e9veill\u00e9 l&rsquo;oiseau lumineux de notre vie qui, en chantant de ravissement, prend son essor vers l&rsquo;\u00e9ther.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">En attendant, l&rsquo;horreur et l&rsquo;incompr\u00e9hension nous habitent. Cependant, nous demanderons-nous demain, si notre d\u00e9pra\u00advation ne tient pas \u00e0 nous, comment la leur serait-elle leur fait ? En nous, en nos crimes petits ou grands, en notre soif de pouvoir et en notre impuissance, en notre mort et en nos guerres, n&rsquo;est-ce pas leur condition qui se r\u00e9percute ? Pourquoi les imaginer diff\u00e9rents de nous ? Au nom de cette dualit\u00e9 qui nous divise contre nous-m\u00eames, contre le monde et contre Dieu ? Mais si, comme nous le r\u00e9p\u00e8tent doucement les sages en nous caressant le front et en nous b\u00e9nissant dans la nuit, si tout est un, ne nous faut-il pas envisager une ressemblance dans la mis\u00e8re entre les pouvoirs qui nous ent\u00e9n\u00e8brent et nous-m\u00eames, une seule loi r\u00e9gissant et r\u00e9unissant tous les plans de la manifestation ? Et ne nous faut-il pas aussi, tout \u00e9tant l&rsquo;Unique, en d\u00e9duire qu&rsquo;ils sont d&rsquo;essence divine et manifestent quelque chose de divin ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">De nouveau, notre esprit se rebelle devant l&rsquo;inacceptable. Le diable serait Dieu ? En quelle folie n&rsquo;allons-nous pas nous pr\u00e9cipiter sous les ricanements des peuples de l&rsquo;enfer si nous nous avisons de r\u00e9pondre par l&rsquo;affirmative. Et pourtant, nous dit le sage, c&rsquo;est \u00e0 cette connaissance que vous devez con\u00adsentir si vous voulez \u00eatre lib\u00e9r\u00e9s du Mal. Douces petites \u00e2mes ; il faut franchir sans h\u00e9siter l&rsquo;infranchissable. Et la ligne de d\u00e9marcation dispara\u00eetra. Il n&rsquo;y aura plus de diff\u00e9rence entre Dieu, vous et les innombrables \u00e9l\u00e9ments du monde. Cela prendra sans doute du temps, comme pour moi, petites \u00e2mes. Mais toutes, vous y arriverez. Toutes vous parviendrez un jour \u00e0 voir Dieu dans le Mal et \u00e0 comprendre que les Puissances des T\u00e9n\u00e8bres concourent \u00e0 sa gloire en cr\u00e9ant la nuit cosmique l\u00e0 o\u00f9 n&rsquo;existe que la Lumi\u00e8re et en infusant en vous l&rsquo;obscurit\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 n&rsquo;existe aussi que la Lumi\u00e8re.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">D&rsquo;une certaine fa\u00e7on, on pourrait dire que l&rsquo;homme de Dieu doit non seulement nous sauver, nous, mais aussi les cohortes des d\u00e9mons, le salut consistant \u00e0 illuminer notre conscience et la leur, \u00e0 nous restituer, ainsi qu&rsquo;\u00e0 eux, le sens de la Lumi\u00e8re originelle. Si, en effet, l&rsquo;homme de Dieu n&rsquo;a ni amour ni compassion pour les Puissances des T\u00e9n\u00e8bres, il ne conna\u00eet pas toute la v\u00e9rit\u00e9 de Dieu. S&rsquo;il veut, du plus profond de son \u00eatre, que le monde fasse retour \u00e0 la V\u00e9rit\u00e9 initiale et supr\u00eame, comment pourrait-il exclure de ce mouvement ce qui fait que le monde est dans l&rsquo;erreur ? Comment changer ce qui se trompe sans changer ce qui trompe, ou sans changer soi-m\u00eame par rapport \u00e0 ce qui trompe ? Sans doute y a-t-il et y aura-t-il encore une lutte implacable entre l&rsquo;ombre et la Lumi\u00e8re. Mais il importe qu&rsquo;\u00e0 ce sujet notre mentalit\u00e9 se modifie peu \u00e0 peu.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Vouloir nous sauver, ou plus exactement vouloir nous transformer n&rsquo;est possible que si sont sauv\u00e9s, ou transform\u00e9s, les \u00eatres qui nous \u00e9garent en bornant notre vision et en nous imposant une perception duelle de l&rsquo;univers et de nous-m\u00eames. Il devrait nous \u00eatre \u00e9vident que nous ne pourrons vraiment acc\u00e9der \u00e0 un statut sup\u00e9rieur aussi longtemps que les prin\u00adcipes auxquels nous sommes assujettis et qui font r\u00e9gner la division en nous n&rsquo;auront pas atteint \u00e0 un plus haut degr\u00e9 dans l\u2019\u0153uvre qu&rsquo;ils accomplissent pour d\u00e9ployer progressive\u00adment l&rsquo;univers o\u00f9 Dieu s&rsquo;oublie et se reconna\u00eet tour \u00e0 tour.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le fait m\u00eame que nous commencions de voir dans le Mal et ses incarnations la volont\u00e9 et les instruments de Dieu \u2014 et cela ne date pas d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, mais de l&rsquo;\u00e9poque plusieurs fois mill\u00e9naire o\u00f9 nos voyants ont proclam\u00e9 l&rsquo;unicit\u00e9 de l&rsquo;existence \u2014 indique qu&rsquo;un travail se fait dans ce sens, et qu&rsquo;avec le temps il ne peut que s&rsquo;intensifier. Nous devons nous y attendre : notre actuel besoin de synth\u00e8se, de globalit\u00e9, d&rsquo;unification aboutira n\u00e9cessairement \u00e0 une nouvelle conception de ce qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui nous nommons le Mal, ne le s\u00e9parera plus de ce que nous nommons le Bien, y verra autre chose \u2014 peut-\u00eatre cet acte d&rsquo;amour qui, dans les plus hautes sph\u00e8res de l&rsquo;\u00catre, transmue l&rsquo;\u00c9ternel et Infini en monde tem\u00adporel et fini.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Pour l&rsquo;heure, seuls les hommes de Dieu savent et sup\u00adportent de savoir. Mais ils savent aussi que, demain, nous serons comme eux et m\u00eame que nous serons capables de formuler davantage qu&rsquo;eux, de d\u00e9voiler d&rsquo;autres aspects, encore plus bouleversants, de la Divinit\u00e9. Le sens du Bien et du Mal sera remplac\u00e9 par une vision d&rsquo;harmonie qui, en soi, sera la preuve que, jamais, le Mal n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 ce que nous nous imaginons ni le Mal ni le Bien, ni Dieu ni le monde, ni nous-m\u00eames. Une vision nous envahira qui, en tout, nous fera percevoir l&rsquo;unit\u00e9 de l&rsquo;amour. Et en ce qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui en\u00adcore nos religions appellent les d\u00e9mons, nous reconna\u00eetrons spontan\u00e9ment les serviteurs de Dieu et nous les aimerons.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">D&rsquo;o\u00f9 viennent-ils et qui sont-ils en r\u00e9alit\u00e9 ? Point n&rsquo;est besoin que nous nous le demandions, une fois comprise l&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;univers est une \u00e9clipse de la pure Lumi\u00e8re sans \u00e2ge ni origine, du Soleil sans orbe qui existe en soi depuis toujours et \u00e0 jamais. D\u00e8s lors que nous avons admis qu&rsquo;il ne peut y avoir de manifestation cosmique sans que Dieu se voile et s&rsquo;annule en l&rsquo;obscurit\u00e9 de son contraire, tout en demeurant l&rsquo;immarcescible oc\u00e9an de splendeur en lequel se dissout le voyant, nous ne pouvons pas ne pas en d\u00e9duire la divinit\u00e9 des pouvoirs de l&rsquo;ab\u00eeme.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Encore une fois, il ne s&rsquo;agit pas, pour eux, d&rsquo;une r\u00e9volte primitive au plus haut des cieux et du ch\u00e2timent qui s&rsquo;en est suivi. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une participation au vouloir de l&rsquo;\u00c9ternel et Infini. Nous l&rsquo;avons dit et r\u00e9p\u00e9t\u00e9 : si l&rsquo;univers n&rsquo;existait pas, qui fait partie int\u00e9grante de Dieu, l&rsquo;Infini ne serait pas infini. D&rsquo;o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une Force divine qui inverse les termes de l\u2019\u00catre pur, \u00e9tablisse l&rsquo;Inconscience et le Mensonge l\u00e0 o\u00f9 sont la Conscience et la V\u00e9rit\u00e9 absolues, la Souffrance et le P\u00e9ch\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 sont la Joie et l&rsquo;Innocence inalt\u00e9rables, la Mort l\u00e0 o\u00f9, seule, se trouve l&rsquo;Immortalit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">C&rsquo;est Dieu lui-m\u00eame qui le veut et l&rsquo;ex\u00e9cute en une geste perp\u00e9tuelle dont nous ne percevons que bribes et lambeaux. C&rsquo;est Dieu lui-m\u00eame qui, sans rien perdre de son \u00e9clat, sans rien ajouter ni retrancher (comment r\u00e9duire ou augmenter l&rsquo;Infini ?), accomplit \u00e9ternellement le changement de l&rsquo;or en plomb. Mais en r\u00e9alit\u00e9, son \u0153uvre est \u00e0 la fois plus simple et plus complexe. Car son infinitude suppose l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 de l&rsquo;uni\u00advers qui le rend infini : un seul instant sans univers sous un aspect ou un autre, et l&rsquo;Infini cesse d&rsquo;exister, n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9, non plus que Dieu, et aucun univers n&rsquo;est possible. Qu&rsquo;il soit question, en termes temporels, d&rsquo;une r\u00e9currence perp\u00e9tuelle de la manifestation ou, en termes supratemporels, d&rsquo;une manifestation sempiternelle n&rsquo;importe pas vraiment. Ce qui compte, c&rsquo;est de savoir que, pour \u00eatre \u00e9ternel et infini, ainsi que le r\u00e9alise le voyant, l&rsquo;\u00eatre de Dieu est toujours et n\u00e9ces\u00adsairement manifest\u00e9 en m\u00eame temps que non manifest\u00e9.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Supprimer le monde, quelle qu&rsquo;en soit l&rsquo;apparence, c&rsquo;est donc mutiler Dieu, l&rsquo;amputer d&rsquo;un des caract\u00e8res qui le rendent \u00e9ternel et infini. Peut-\u00eatre poss\u00e8de-t-il d&rsquo;autres moyens de s&rsquo;exprimer que l&rsquo;univers. Nous n&rsquo;en savons rien, ne pouvons que laisser la question en suspens, la r\u00e9ponse d\u00e9passant de beaucoup notre mentalit\u00e9 la plus subtile. Contentons-nous de savoir que la perp\u00e9tuelle manifestation cosmique est indis\u00adpensable \u00e0 l&rsquo;infinitude de Dieu et qu&rsquo;elle implique qu&rsquo;une part de son \u00eatre, semblant se retourner contre soi, \u0153uvre \u00e0 tisser le r\u00e9seau des t\u00e9n\u00e8bres pour qu&rsquo;y naisse, au bout d&rsquo;in\u00adcalculables p\u00e9riodes, des \u00eatres forts de retrouver en eux la m\u00e9moire de leur origine, l&rsquo;oc\u00e9an \u00e9blouissant et informel de la Divinit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il serait vain de pr\u00e9tendre imaginer les autres moyens possibles \u2014 et innombrables \u2014 que Dieu a de s&rsquo;exprimer. Nous faisons partie de cet univers, et c&rsquo;est sa gen\u00e8se qu&rsquo;il nous appartient d&rsquo;\u00e9lucider. Or, la description de cette gen\u00e8se nous conduit \u00e0 d\u00e9nuder les racines du Mal dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;acte cr\u00e9ateur impose fatalement une limite \u00e0 l&rsquo;Illimit\u00e9 en enfermant l&rsquo;Informel dans la forme.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le pouvoir qui, en l&rsquo;\u00eatre divin, se charge de cette alchimie est ce qui, per\u00e7u par l&rsquo;esprit humain, devient le Mal. Avant l&rsquo;homme, nulle conscience ne le per\u00e7oit ainsi. Rien n&rsquo;est mal pour l&rsquo;\u00e9d\u00e9nique h\u00e9b\u00e9tude animale, ni pour les autres r\u00e8gnes de la cr\u00e9ation terrestre. L&rsquo;a-t-on assez dit ? C&rsquo;est avec nous que s&rsquo;institue le sens de ce Mal qui, depuis d&rsquo;innombrables mill\u00e9naires, ne nous a pas quitt\u00e9s et ne nous l\u00e2chera pas tant que nous n&rsquo;aurons pas d\u00e9pass\u00e9 notre condition marqu\u00e9e au coin de la dualit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Avant nous, ce que nous taxons d&rsquo;\u00eatre le Mal n&rsquo;\u00e9tait pas mauvais. Les pouvoirs que nous disons d\u00e9moniaques exis\u00adtaient et \u0153uvraient sur la Terre et partout dans le cosmos sans qu&rsquo;ici-bas aucune forme de conscience les trouv\u00e2t mauvais. Apprenons \u00e0 regarder notre plan\u00e8te avant notre naissance afin de le comprendre : tout ce que le dualisme de nos percep\u00adtions nous m\u00e8ne \u00e0 vouloir repousser se donnait libre cours sans qu&rsquo;interv\u00eent jamais aucun jugement. Les d\u00e9nominateurs infernaux \u00e9taient \u00e0 l\u2019\u0153uvre. L&rsquo;Inconscience, ou perte de la Conscience divine, le Mensonge ou dissimulation de la V\u00e9rit\u00e9 divine, la Souffrance ou perversion de la Joie divine, la Mort ou reniement de l&rsquo;Immortalit\u00e9 divine, tout \u00e9tait l\u00e0, et \u00e0 vrai dire beaucoup plus fortement qu&rsquo;apr\u00e8s notre appari\u00adtion. Mais nulle voix ne retentissait pour proclamer que cela \u00e9tait mauvais.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Nous-m\u00eames, aujourd&rsquo;hui, sommes tent\u00e9s de croire que cette \u00e9poque \u00e9tait d&rsquo;innocence. D&rsquo;innocence ou bien d&rsquo;incon\u00adscience ? Ce que nous appelons le Mal r\u00e9gnait alors en ma\u00eetre indiscut\u00e9. Simplement, rien ni personne n&rsquo;en \u00e9tait conscient. C&rsquo;est cela que nous appelons innocence et dont nous avons confus\u00e9ment la nostalgie lorsque nous \u00e9voquons le paradis terrestre et l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;avant le p\u00e9ch\u00e9 originel, en sorte que le p\u00e9ch\u00e9 originel n&rsquo;est pas forfaiture par rapport \u00e0 l&rsquo;ordre divin, mais prise de conscience du Mal qui existe dans le monde.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Nous devrions par cons\u00e9quent comprendre \u00e0 quel point nos pr\u00e9ceptes \u00e9thiques sont inad\u00e9quats lorsque nous voulons examiner l&rsquo;histoire de la cr\u00e9ation \u2014 et ne pas nous choquer lorsque, en nous, point l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;offrande d&rsquo;elles-m\u00eames que les Puissances des T\u00e9n\u00e8bres font \u00e0 Dieu pour \u0153uvrer \u00e0 sa manifestation. On pourrait presque dire que c&rsquo;est par amour de Dieu que le diable est le diable, si ce n&rsquo;\u00e9tait faire appel \u00e0 des notions religieuses tomb\u00e9es en d\u00e9su\u00e9tude. Cependant, c&rsquo;est bien d&rsquo;un tel myst\u00e8re qu&rsquo;il s&rsquo;agit et sur quoi reposent la connaissance et l&rsquo;amour dont l&rsquo;homme de Dieu rayonne.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Il n&rsquo;est sans doute pas de plus sublime extase que celle o\u00f9, s&rsquo;affranchissant des donn\u00e9es mentales o\u00f9 nous sommes en\u00adferm\u00e9s, il d\u00e9couvre, \u00e9perdu, que cela m\u00eame qu&rsquo;il avait en horreur et dont il a tant voulu se purifier est Dieu. En ce sens, affirmer que le Mal est d&rsquo;origine divine n&rsquo;a rien de blasph\u00e9ma\u00adtoire, cela implique seulement qu&rsquo;est d\u00e9pass\u00e9e la conscience humaine et que la vision s&rsquo;ouvre \u00e0 de nouvelles strates, plus lumineuses et plus r\u00e9elles, du sentiment de soi-m\u00eame et du monde.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Comment, d\u00e8s lors, le sage ne nous b\u00e9nirait-il pas ? Com\u00adment ne verrait-il pas en nous bien autre chose que ce que nos actes apparents d\u00e9montrent ? Notre caverne est en r\u00e9alit\u00e9 chrysalide dont nous nous \u00e9chapperons demain en un envol dont, en nous caressant le front, il pr\u00e9pare les modalit\u00e9s.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Et de m\u00eame qu&rsquo;il lui est \u00e9vident qu&rsquo;avant notre naissance le Mal existait sans \u00eatre d\u00e9sign\u00e9 comme tel, de m\u00eame sait-il que, dans cet avenir o\u00f9 s&rsquo;\u00e9ploieront nos ailes, le Mal cessera pour nous d&rsquo;exister tout en continuant d&rsquo;imposer \u00e0 travers le cosmos les limites \u00e9touffantes et n\u00e9cessaires de la forme mat\u00e9rielle, que cette derni\u00e8re soit infiniment grande ou infiniment petite.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">C&rsquo;est l\u00e0 encore une chose que nous devrions comprendre. Lorsque, d\u00e9passant la conscience allou\u00e9e \u00e0 notre esp\u00e8ce, nous p\u00e9n\u00e9trerons dans une autre dimension de l&rsquo;univers o\u00f9 nous vivrons selon le sens de l&rsquo;\u00c9ternel et Infini dont le voyant est le messager, les stades de la manifestation qui nous pr\u00e9c\u00e8\u00addent continueront de vivre \u00e0 leur rythme et selon les percep\u00adtions qui leur sont propres : les animaux et les plantes de\u00admeureront des animaux et des plantes, et ceux d&rsquo;entre nous qui ne seront pas transform\u00e9s continueront d&rsquo;\u00eatre des hommes, certes plus conscients et plus harmonieux que nous ne le sommes aujourd&rsquo;hui, mais tout aussi fourvoy\u00e9s que nous par le dualisme de leurs perceptions. Rejet\u00e9s dans les t\u00e9n\u00e8bres ext\u00e9rieures ? Pas exactement, et certainement pas condamn\u00e9s \u00e0 la g\u00e9henne \u00e9ternelle, mais constituant une \u00e9tape sur le chemin de l&rsquo;apoth\u00e9ose o\u00f9 nous serons parvenus. Et pour ceux qui admettent l&rsquo;id\u00e9e de la r\u00e9incarnation et y voient un processus \u00e9volutif, il n&rsquo;est pas malais\u00e9 d&rsquo;en inf\u00e9rer que ceux qui ne seront pas tout de suite transform\u00e9s le seront plus tard, lorsque tout leur \u00eatre aura \u00e9prouv\u00e9 le besoin et acquis le pouvoir de devenir ce que nul au monde ne saurait aujourd&rsquo;hui d\u00e9finir et qui, pourtant, grandit en ce moment dans notre centre, se nourrissant de nos exp\u00e9riences et de nos r\u00eaves.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Nous verrons et vivrons autre chose en demeurant sur la Terre \u2014 qui, pour nous, ne sera plus la Terre. Et simultan\u00e9\u00adment, l&rsquo;esp\u00e8ce humaine d&rsquo;alors continuera de voir et de vivre ce que nous connaissons \u00e0 pr\u00e9sent. De m\u00eame ce que nous voyons et vivons \u00e9chappe-t-il aux perceptions animales, \u00e0 la sensibilit\u00e9 animale ou au sommeil des min\u00e9raux. Cela aussi, il est urgent que nous le comprenions afin qu&rsquo;une fois pour toutes le sens nous devienne clair de ce que nous appelons le Mal : si la prochaine \u00e9tape de l&rsquo;\u00e9volution doit nous ouvrir les portes d&rsquo;une conscience divine et d&rsquo;un univers mat\u00e9riel divin o\u00f9 nous rev\u00eatirons des corps physiques divins, nous nous trouvons confront\u00e9s \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de r\u00e9demption, mais d\u00e9\u00adpouill\u00e9e des ornements et lav\u00e9e des fards dont la pens\u00e9e religieuse l&rsquo;a recouverte jusqu&rsquo;\u00e0 la rendre m\u00e9connaissable.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">D\u00e9sacralis\u00e9e, la r\u00e9demption ne dispara\u00eet ni ne perd son pouvoir. Au contraire, elle gagne en force en devenant le moyen pratique de notre accomplissement \u2014 car si notre vie devait pour jamais se r\u00e9duire \u00e0 la douleur et \u00e0 l&rsquo;ignorance o\u00f9 nous sommes, si nous ne devions jamais sortir des cachots de notre caverne, il serait inutile et monstrueux que certains d&rsquo;entre nous s&rsquo;en \u00e9chappent et reviennent nous dire ce qu&rsquo;ils ont vu dehors.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Comprenons une fois pour toutes qu&rsquo;ils ne sont pas dif\u00adf\u00e9rents de nous et que, si, avec des mots qui peuvent diff\u00e9rer, ils nous parlent d&rsquo;une R\u00e9alit\u00e9 absolue \u00e0 laquelle ils se sont identifi\u00e9s, nous aussi, \u00e0 leur instar, pouvons conqu\u00e9rir cette R\u00e9alit\u00e9 et nous aussi la devenir.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Et justement, la devenir sous-entend, quand on y r\u00e9fl\u00e9\u00adchit, une int\u00e9gralit\u00e9 \u00e0 laquelle les religions ne sauraient nous donner acc\u00e8s. Fond\u00e9es sur la dualit\u00e9 o\u00f9 s&rsquo;opposent Cr\u00e9ateur et cr\u00e9ation, elles ne peuvent proposer une fusion spirituelle de celle-ci en celui-l\u00e0. Quant aux formes sup\u00e9rieures de la recherche asc\u00e9tique, elles n&rsquo;envisagent gu\u00e8re la transforma\u00adtion mat\u00e9rielle de la cr\u00e9ation en son cr\u00e9ateur.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Les religions, m\u00eame les plus \u00e9labor\u00e9es, n&rsquo;offrent qu&rsquo;une possibilit\u00e9 de contact entre le fid\u00e8le qui prie et son Dieu qui se tait et le recevra plus tard en un monde dont nous ne nous apercevons pas qu&rsquo;il ne peut \u00eatre divin puisque, la notion de r\u00e9compense le d\u00e9finissant, il est tout autant que le n\u00f4tre soumis \u00e0 la dualit\u00e9. La recherche asc\u00e9tique, pour sa part, tend g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 la dissolution de l&rsquo;\u00eatre dans son principe informel. En sorte que, ni dans un cas ni dans l&rsquo;autre, il n&rsquo;est question de la vraie r\u00e9demption, qui est divinisation de l&rsquo;univers.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Et pourtant, c&rsquo;est de cette transfiguration \u00e0 venir que, le plus souvent \u00e0 son insu m\u00eame, l&rsquo;homme de Dieu t\u00e9moigne lorsqu&rsquo;il se penche sur nous pour nous b\u00e9nir. Il sait que le Mal en tant que tel n&rsquo;existe pas et que, fussions-nous honnis de nos semblables pour nos crimes mondiaux ou nos forfaits individuels, nous ne sommes pas coupables et que nos actes ne rel\u00e8vent d&rsquo;aucune jurisprudence. Le seul Mal qui puisse exister \u00e0 ses yeux est l&rsquo;illusion o\u00f9, sans que nous y soyons pour rien, nous sommes tenus de vivre.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Comment, n&rsquo;\u00e9tant dot\u00e9s que d&rsquo;une conscience infirme, pourrions-nous ne pas nous tromper \u00e0 chaque pas ? Les pires d&rsquo;entre nous, s&rsquo;ils \u00e9taient en contact avec la V\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;uni\u00advers, changeraient instantan\u00e9ment d&rsquo;existence. Mais une telle conversion ne peut s&rsquo;obtenir par le pros\u00e9lytisme. Elle est le fruit d&rsquo;une mue de la conscience.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Tous les discours du monde n&rsquo;y feront rien : nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 dit, la dimension spirituelle est d&rsquo;acc\u00e8s aussi difficile \u00e0 nos sens que le monde des ultra-sons. Nous ne sommes pas construits pour y entrer d&#8217;embl\u00e9e ni de plain-pied. Mais au fil de l&rsquo;\u00e9volution (qui, sur le seul plan humain, ne s&rsquo;est pas un instant arr\u00eat\u00e9e depuis l&rsquo;homme de N\u00e9anderthal affirmant l&rsquo;au-del\u00e0 de la Mort jusqu&rsquo;\u00e0 nous qui renversons les barri\u00e8res sociales, raciales, nationales, terrestres en attendant de ren\u00adverser celles de notre syst\u00e8me solaire), nous nous raffinons sans tr\u00eave, nous nous rendons de plus en plus capables d&rsquo;en\u00adtrer en contact avec un ordre de r\u00e9alit\u00e9 qui \u00e9chappe \u00e0 notre constitution initiale.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">M\u00eame si nos errements sont plus grands et plus abomi\u00adnables qu&rsquo;ils ne l&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9, il nous faut apprendre \u00e0 reconna\u00eetre que, loin d&#8217;empirer, loin d&rsquo;\u00eatre toujours davan\u00adtage les jouets des Pouvoirs des T\u00e9n\u00e8bres, nous devenons meilleurs parce que nous croissons en conscience \u2014 en puissance et en connaissance. Un jour viendra fatalement o\u00f9 cette grandissante conscience que nous avons du monde s&rsquo;ouvrira sur des perceptions qui nous sont impossibles \u00e0 l&rsquo;heure actuelle et qui nous semblent ressortir \u00e0 des lieux de d\u00e9lices r\u00e9serv\u00e9s aux seuls hommes qui font le Bien sur la Terre, lors m\u00eame qu&rsquo;elles annulent toute perception de Bien et de Mal.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Fouillant la nuit o\u00f9, nations autant qu&rsquo;individus, nous nous acharnons les uns contre les autres, nous progressons vers l&rsquo;extase o\u00f9 toute erreur nous sera impossible. C&rsquo;est cela, et cela seul, que nous disent les voyants. Mais nous ne les comprenons pas. Il n&rsquo;y a pas un seul homme de Dieu qui nous condamne ou nous traite en p\u00e9cheurs. Nous nous imaginons qu&rsquo;ils nous conjurent de faire p\u00e9nitence parce que nos \u00e9glises nous l&rsquo;affirment. Mais nos \u00e9glises participent autant que nous de l&rsquo;obscurit\u00e9 de la caverne. Les pr\u00e9lats ne sont ni des sages ni des visionnaires. Ce sont des magistrats dont la bonne volont\u00e9 n&rsquo;est pas \u00e0 mettre en doute. Mais ils l\u00e9gif\u00e8rent \u00e0 propos de v\u00e9rit\u00e9s dont ils n&rsquo;ont aucune exp\u00e9rience. Ils singent avec compontion les messies qui nous b\u00e9nissent et qui nous aiment. En toute bonne foi, ils se trompent sur le sens de ce qui a \u00e9t\u00e9 dit, en font un enseignement cat\u00e9gorique qui, musel\u00e9, condamn\u00e9 \u00e0 des autels procust\u00e9ens, parvient quand m\u00eame \u00e0 nous \u00e9lever un peu, \u00e0 nous \u00e9clairer un peu, \u00e0 donner un sens, bient\u00f4t routinier, \u00e0 notre vie. C&rsquo;est tout. Et sans doute est-ce d\u00e9j\u00e0 beaucoup.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Mais il est des \u00eatres de plus en plus nombreux dans un monde de moins en moins religieux pour qui ce n&rsquo;est pas assez et qui voudraient davantage, qui pressentent une \u00e9nigme plus grande et plus authentique que celle \u00e9voqu\u00e9e par les dogmes, une v\u00e9rit\u00e9 plus transcendante et plus fid\u00e8le \u00e0 ce qui a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cu par nos grands Instructeurs, \u00e0 ce qui, aujourd&rsquo;hui m\u00eame, est v\u00e9cu par de nouveaux hommes de Dieu qui, inconnus, m\u00eal\u00e9s \u00e0 notre foule, sont peut-\u00eatre plus nombreux que jadis pour la tr\u00e8s simple raison que la conscience g\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;humanit\u00e9 est plus riche qu&rsquo;elle ne l&rsquo;\u00e9tait jadis, que notre \u00e2me collective, nourrie de l&rsquo;exp\u00e9rience de si\u00e8cles et de mill\u00e9\u00adnaires de queste spirituelle, est plus forte aujourd&rsquo;hui d&rsquo;en\u00adgendrer des voyants gr\u00e2ce \u00e0 qui d\u00e9couvrir d&rsquo;autres visages de la Divinit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Tous les sages qui vivent aujourd&rsquo;hui et tous ceux qui vien\u00addront demain et dans la suite des temps auront sans doute la m\u00eame exp\u00e9rience que ceux d&rsquo;hier, m\u00eame s&rsquo;ils doivent l&rsquo;ex\u00adprimer dans des termes nouveaux et n\u00e9cessairement r\u00e9volu\u00adtionnaires. Car en principe, il ne peut y avoir qu&rsquo;une seule exp\u00e9rience de l&rsquo;Un, m\u00eame s&rsquo;il doit \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9 diverse\u00adment par l&rsquo;\u00e2me qui le devient, et m\u00eame si les traductions en sont innombrables, variant avec les \u00e2ges, les latitudes et les besoins de notre humanit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La conscience de l&rsquo;unicit\u00e9, c&rsquo;est ce \u00e0 quoi, les uns apr\u00e8s les autres, acc\u00e8dent les hommes de Dieu, c&rsquo;est ce dont, \u00e0 leur retour parmi nous, ils nous entretiennent, chacun \u00e0 sa ma\u00adni\u00e8re, c&rsquo;est ce que, tous sans exception, nous devons poss\u00e9der un jour \u2014 et peut-\u00eatre d\u00e9passer. Il ne s&rsquo;agit aucunement d&rsquo;une existence outre-terre, parmi des anges occup\u00e9s \u00e0 jouer de la musique et \u00e0 balancer des encensoirs devant l&rsquo;Ancien des Jours. O\u00f9 avons-nous d&rsquo;ailleurs pris que telle \u00e9tait la pro\u00admesse de nos \u00c9critures\u00a0?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Pour ne parler que de la Bible, le parcours trac\u00e9 de la Gen\u00e8se \u00e0 l&rsquo;Apocalypse de Jean est d&rsquo;une clart\u00e9 qui ne laisse aucune place au doute. L&rsquo;histoire de l&rsquo;homme s&rsquo;y trouve en entier circonscrite : du paradis terrestre inf\u00e9rieur qu&rsquo;est le jardin d&rsquo;\u00c9den, nous devons passer au paradis terrestre sup\u00e9rieur qu&rsquo;est le monde transfigur\u00e9 par la descente de la J\u00e9rusalem c\u00e9leste. De la conscience pr\u00e9historique que le geste d&rsquo;Adam et \u00c8ve initie \u00e0 la dualit\u00e9 du Bien et du Mal, nous nous dirigeons vers la conscience post-historique, ou plus exactement post-temporelle : \u00e9ternelle. De la naissance de notre esp\u00e8ce, que l&rsquo;on peut faire remonter \u00e0 l&rsquo;homme de N\u00e9anderthal quand, il y a soixante mille ans, il s&rsquo;interrogea le premier sur la Mort et sur la dualit\u00e9 de la Vie et de la Mort, \u00e0 notre exaltation \u00e0 un niveau de l&rsquo;\u00catre o\u00f9 la Mort est sans pouvoir et o\u00f9 les T\u00e9n\u00e8bres n&rsquo;existent plus, c&rsquo;est tout notre drame qui se trouve d\u00e9crit en un langage lumineux, mais dont la symbolique nous a souvent \u00e9gar\u00e9s.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Nous avons parl\u00e9 de p\u00e9ch\u00e9 \u00e0 l&rsquo;origine et de Jugement \u00e0 la fin, quand il fallait ne voir que l&rsquo;ascension de notre \u00e2me depuis le clair-obscur de nos commencements jusqu&rsquo;aux sommets \u00e9blouissants de notre transcendance. Mais il n&rsquo;est pas trop tard. Nous pouvons encore r\u00e9viser notre interpr\u00e9ta\u00adtion des choses, corriger nos erreurs, d\u00e9crypter \u00e0 l&rsquo;aide de plus justes clefs le message l\u00e9gendaire qui, en h\u00e9breu pour une part et en grec pour l&rsquo;autre, a model\u00e9 l&rsquo;Occident et im\u00adpr\u00e9gn\u00e9 maints pays d&rsquo;Orient.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00c0 regarder la courbe de notre histoire, telle que les faits la pr\u00e9sentent ou telle que les mythes la racontent, force nous est de comprendre l&rsquo;ample mouvement de notre \u00e9volution depuis la Nuit des Temps jusqu&rsquo;au Jour \u00e9ternel. Entre le premier homme et les derniers, quel parcours ! Entre le monde torpide qui pr\u00e9c\u00e9dait l&rsquo;intelligence mentale et l&rsquo;univers illu\u00admin\u00e9 qui la d\u00e9passe, quelle distance, et qui n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec la r\u00e9tribution de nos bonnes ou de nos mauvaises ac\u00adtions. Simplement, le sens du Bien et du Mal est le sceau appos\u00e9 sur notre conscience et par elle. Une fois remplie la t\u00e2che de cette forme de conscience, une fois la vie enti\u00e8rement v\u00e9cue sous cet angle, il va de soi que nous pourrons passer \u00e0 une autre vision des choses sans que r\u00e9compense ou ch\u00e2ti\u00adment \u00e9ternels entrent en ligne de compte. Un mode d&rsquo;existence sera alors d\u00e9pass\u00e9, un autre deviendra possible et naturel. Ceux d&rsquo;entre nous qui, \u00e0 tous les niveaux de leur \u00eatre, auront exploit\u00e9 toutes les possibilit\u00e9s de l&rsquo;existence telle que nous la percevons, entreront dans une autre sph\u00e8re de la conscience incarn\u00e9e sur la Terre, et nous serons de plus en plus nom\u00adbreux \u00e0 les suivre.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Est-ce assez clair ? Comprenons-nous assez nettement que nous ne serons jamais ni punis ni couronn\u00e9s d&rsquo;aur\u00e9oles pour nos actes ignorants, et que le Bien ni le Mal ne sont en soi rien de tel, mais que nous en assimilons les le\u00e7ons afin de devenir ce dont nous ne saurions avoir aucune id\u00e9e ?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ni le Bien ni le Mal n&rsquo;existent, ni la Vie ni la Mort n&rsquo;exis\u00adtent, il n&rsquo;y a que Dieu. Mais pour le moment, et aussi long\u00adtemps que nous n&rsquo;aurons pas accompli tout le p\u00e9riple de la dualit\u00e9, aussi longtemps que nous n&rsquo;aurons pas voyag\u00e9 d&rsquo;un extr\u00eame \u00e0 l&rsquo;autre de l&rsquo;intelligence mentale, aussi longtemps que, mentalement, nous n&rsquo;aurons pas su r\u00e9tablir l&rsquo;unit\u00e9 pre\u00admi\u00e8re en nous-m\u00eames et en ce qui nous entoure, nous con\u00adtinuerons de croire au Bien et au Mal, de nous battre pour leur triomphe ou leur d\u00e9faite et, en leur nom, de vivre et de mourir.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">En revanche, d\u00e8s que nous aurons atteint les limites ultimes de notre conscience dans notre pens\u00e9e, nos senti\u00adments, nos sensations et nos \u00e9l\u00e9ments les plus physiques, nous serons sans effort propuls\u00e9s vers la perception d&rsquo;un nouveau ciel et d&rsquo;une nouvelle Terre o\u00f9, l&rsquo;unit\u00e9 y r\u00e9gnant, il n&rsquo;y aura plus ni Bien ni Mal et o\u00f9 nous ne mourrons plus.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Lorsqu&rsquo;elles se posent sur nos t\u00eates afin de nous b\u00e9nir, c&rsquo;est de cette promesse que nous ensemencent les mains des hom\u00admes de Dieu. Eux-m\u00eames ne le savent pas toujours, ou ne l&rsquo;ont pas toujours su. Ils ont \u00e9t\u00e9, ils sont les canaux imper\u00adsonnels de la Force qui les illumine. Qu&rsquo;elle accomplisse par leur interm\u00e9diaire ce qui doit \u00eatre fait. Peu importe s&rsquo;ils croient pr\u00f4ner une chose et si elle \u0153uvre \u00e0 une autre. Tout concourt au m\u00eame but. Le Bouddha peut affirmer la triple illusion de l&rsquo;homme, du monde et de Dieu, c&rsquo;est ce qui doit \u00eatre proclam\u00e9 \u00e0 ce moment-l\u00e0 de notre Histoire et cela s&rsquo;int\u00e8gre \u00e0 un plus vaste plan o\u00f9 l&rsquo;illusion est impossible et o\u00f9 une r\u00e9alit\u00e9 inconcevable de son temps s&rsquo;\u00e9labore et se laisse capter par de nouveaux voyants.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Seule, existe cette Force qui l&rsquo;irriguait comme elle avait irrigu\u00e9 Mo\u00efse avant lui et comme, apr\u00e8s lui, elle irrigua J\u00e9sus. Seule, existe cette Force consciente <a id=\"Y3\" href=\"#X3\">[3]<\/a>. Et elle \u0153uvre et le fait \u0153uvrer \u00e0 la r\u00e9alisation d&rsquo;un but qu&rsquo;elle voit et qu&rsquo;il ne con\u00adna\u00eet pas, lui qui est pourtant le visionnaire de nos besoins, de nos maux et de leur d\u00e9passement.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Comprenons en effet que, si grands que puissent \u00eatre nos avat\u00e2rs et nos messies, ils ne sont rien en comparaison de l&rsquo;immensit\u00e9 du Pouvoir qui les anime. Vaisseaux de la Divi\u00adnit\u00e9 en sa r\u00e9v\u00e9lation progressive, ils ne peuvent juger de la t\u00e2che qui s&rsquo;ex\u00e9cute par leur interm\u00e9diaire. Tout est silence en eux. Tout est Lumi\u00e8re. Et ils avancent et nous font avancer d&rsquo;un pas vers l&rsquo;\u00c9ternit\u00e9. Mais quelle forme rev\u00eatira demain l&rsquo;\u00c9ternit\u00e9 ? Elle, l&rsquo;immuable, a-t-elle rien qui soit d\u00e9finitif ? Le sentiment que nous en avons grandit et nous devient familier au point que nous ne nous en apercevons pas plus que de notre respiration. Toutes nos poursuites philosophi\u00adques, scientifiques et artistiques en sont nimb\u00e9es. Et nous nous prenons \u00e0 r\u00eaver d&rsquo;un avenir surhumain o\u00f9 elle serait en nous l&rsquo;axe du monde.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Mais \u00e0 vrai dire, nous n&rsquo;avons pas la moindre id\u00e9e du d\u00e9passement de soi qu&rsquo;une race immortelle rechercherait. Nous pouvons imaginer qu&rsquo;une esp\u00e8ce issue de nous nous d\u00e9passe, mais pas comment elle se d\u00e9passerait, pas \u00e0 quelle transcendance elle s&rsquo;ouvrirait, pas vers quelle conscience de Dieu elle s&rsquo;acheminerait, elle qui serait et se conna\u00eetrait divine.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Nul ne sait rien, alors ? Et il nous faut imaginer plus grand que Mo\u00efse, le Bouddha, ou J\u00e9sus ? Innocents que nous sommes ! Si, en Mo\u00efse, le Bouddha, ou J\u00e9sus, \u00e9tait contenue l&rsquo;enti\u00e8ret\u00e9 de Dieu, de son \u00eatre immuable et de son devenir \u00e9ternel, le monde se serait arr\u00eat\u00e9 \u00e0 eux. Il nous aurait \u00e9t\u00e9 im\u00adpossible d&rsquo;aller plus loin. Toute l&rsquo;explication de la Terre et des cieux aurait \u00e9t\u00e9 fournie, et nous y aurions unanimement adh\u00e9r\u00e9. Or, ce que nous voyons, au contraire, c&rsquo;est que chacun d&rsquo;eux, et d&rsquo;autres dont le r\u00f4le fut plus modeste, la renomm\u00e9e moins universelle, ont rapport\u00e9 d&rsquo;au-del\u00e0 un fragment de la connaissance, une lumi\u00e8re tr\u00e8s douce ou un \u00e9clair \u00e9blouissant qui ont chang\u00e9 notre vision des choses.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Poss\u00e9d\u00e9s par la Force consciente \u2014 si consciente que, pour ceux qu&rsquo;elle poss\u00e8de, elle peut conduire \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une Personne supr\u00eame et unique, d&rsquo;un Dieu \u00e0 la fois ineffable et personnel \u2014, ils sont venus \u00e0 nous afin de nous la trans\u00admettre en un acte d&rsquo;amour o\u00f9 c&rsquo;est Dieu lui-m\u00eame qui prend chacun de nous dans ses bras, le berce et le console, l&rsquo;apaise et le b\u00e9nit.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Mais dans quel sens les dirigeait cette Force, ils ne le savaient pas. Ce que Dieu attendait r\u00e9ellement d&rsquo;eux, ils ne le savaient pas. Ce que devait \u00eatre l&rsquo;avenir, ils ne le savaient pas. Ils se contentaient d&rsquo;\u00eatre les r\u00e9ceptacles d&rsquo;un Amour et d&rsquo;une Lumi\u00e8re infinis et de d\u00e9verser sur nous cette Lumi\u00e8re et cet Amour.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Comment un homme de Dieu pourrait-il voir autre chose que la Lumi\u00e8re et que l&rsquo;Amour \u00e0 l&rsquo;infini et dans l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 ? De son amour, il illumine l&rsquo;univers, il illumine tous les plans de l&rsquo;univers, m\u00eame et surtout les plus obscurs. Il restitue \u00e0 tout ce qui est sa v\u00e9rit\u00e9 originelle. En lui, m\u00eame ce que nous nommons le Mal est devenu le chant d&rsquo;amour que l&rsquo;Unique chante dans l&rsquo;\u00c9ternit\u00e9. Le corps sous lequel il nous appara\u00eet et nous b\u00e9nit n&rsquo;est qu&rsquo;une parcelle de l&rsquo;Infini et qui, en soi, contient l&rsquo;Infini, mais n&rsquo;en exprime que ce qui doit \u00eatre exprim\u00e9 afin que l&rsquo;Amour et la Lumi\u00e8re se r\u00e9pandent toujours davantage. Seuls, existent cette Lumi\u00e8re et cet Amour qui ne lui appartiennent pas et par lesquels s&rsquo;expri\u00adment peu \u00e0 peu l&rsquo;Infini et l&rsquo;\u00c9ternit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Nous avons mal et nous nous croyons mauvais. Mais il est parmi nous, sous un nom ou un autre. Il vient \u00e0 nous dans notre caverne, o\u00f9 il vivait jadis. Et de ses mains o\u00f9 coule une Force dont nous ignorons tout, il caresse nos fronts et fait p\u00e9n\u00e9trer en nous, \u00e0 notre insu, l&rsquo;onde qui repousse les t\u00e9n\u00e8\u00adbres, le fluide qui dissout l&rsquo;inconscience et la douleur d&rsquo;exis\u00adter. Sans un mot, sans un reproche pour la salet\u00e9 ou la sauva\u00adgerie de nos d\u00e9sirs et de nos pens\u00e9es, il nous prend dans ses bras et nous berce tous, oui, tous tant que nous sommes, sans que nous nous en rendions compte.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Les quelque cinq milliards d&rsquo;hommes que nous sommes aujourd&rsquo;hui ont ainsi la t\u00eate qui repose sur les genoux des sages. Et comme des enfants fi\u00e9vreux, nous d\u00e9lirons, hurlons de haine et de terreur, tandis que, de leurs doigts magiciens, ils \u00e9cartent de nous les t\u00e9n\u00e8bres et b\u00e9nissent l&rsquo;ab\u00eeme o\u00f9 nous croyons sombrer et qui, pour eux, n&rsquo;a plus rien d&rsquo;effrayant.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">L&rsquo;homme de Dieu regarde dans nos yeux qui l&rsquo;interrogent et il ne voit que Dieu. Il regarde dans les yeux des Pouvoirs de la Nuit et il ne voit que Dieu. L&rsquo;ab\u00eeme s&rsquo;illumine. Ayez confiance, douces petites \u00e2mes, demain vous aussi vous verrez Dieu. Demain, vous aussi, vous serez Dieu.<\/p>\n<p align=\"RIGHT\">Pondich\u00e9ry &#8211; Paris<br \/>\n10 d\u00e9cembre 88-27 mars 89<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"RIGHT\"><a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=14771\"><em>Livre I<\/em><\/a><\/p>\n<div>\n<p align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X1\" href=\"#Y1\">[1]<\/a> \u00ab\u00a0Celui qui consid\u00e8re le monde comme une bulle de savon ou comme un mirage, Yama, le roi de la mort, ne peut le trouver.\u00a0\u00bb Dhammapada.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X2\" href=\"#Y2\">[2]<\/a> Sri Aurobindo, <em>Savitri<\/em>, Livre II, Chant VIII.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X3\" href=\"#Y3\">[3]<\/a> Pour la pens\u00e9e indienne, la Conscience divine, Tchit, est en m\u00eame temps \u00c9nergie : Tchit-Tapas.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>M\u00eame le plus abject des hommes est promis \u00e0 cette trans\u00adfiguration de la semence aveugle en cr\u00e9ature visionnaire. 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Et il sait qu&rsquo;un jour viendra o\u00f9 les Pouvoirs obscurs et que nous disons diaboliques seront eux aussi rendus \u00e0 la Lumi\u00e8re. \u00c0 eux aussi, va son amour. \u00c0 eux qui semblent lutter contre la Beaut\u00e9 et la V\u00e9rit\u00e9, \u00e0 eux qui se servent de nous pour instituer le r\u00e8gne du Mal, mais n&rsquo;y arrivent jamais compl\u00e8tement, \u00e0 eux qui, plus que nous encore, ont oubli\u00e9 leur origine et ne peuvent m\u00eame pas aspirer \u00e0 la revoir un jour, \u00e0 eux, les plus afflig\u00e9s de la manifestation universelle, va l&rsquo;amour illimit\u00e9 de l&rsquo;homme de Dieu.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":14777,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[1203],"tags":[1351,533,108,427,55,23,8],"class_list":["post-14835","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archaka","tag-aurobindo","tag-dieu","tag-evolution","tag-illumination","tag-illusion","tag-liberation","tag-non-dualite"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.5 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>B\u00e9n\u00e9diction de l\u2019ab\u00eeme : Livre II par Archaka  - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/benediction-de-labime-livre-ii-par-archaka\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"B\u00e9n\u00e9diction de l\u2019ab\u00eeme : Livre II par Archaka  - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"M\u00eame le plus abject des hommes est promis \u00e0 cette trans\u00adfiguration de la semence aveugle en cr\u00e9ature visionnaire. 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