{"id":14893,"date":"2014-01-23T23:29:00","date_gmt":"2014-01-23T22:29:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=14893"},"modified":"2014-01-23T23:29:00","modified_gmt":"2014-01-23T22:29:00","slug":"la-defaite-sur-le-seuil-jesus-et-nietzsche-par-carlo-suares","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-defaite-sur-le-seuil-jesus-et-nietzsche-par-carlo-suares\/","title":{"rendered":"La d\u00e9faite sur le seuil : J\u00e9sus et Nietzsche par Carlo Suar\u00e8s"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Comme nous l&rsquo;avions signal\u00e9 dans le premier extrait de <em>La com\u00e9die psychologique<\/em>, les chercheurs de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du 20e si\u00e8cle \u00e9taient impressionn\u00e9s par la pens\u00e9e marxiste et la r\u00e9volution russe&#8230; Le d\u00e9senchantement n&rsquo;a pas tard\u00e9&#8230; Suar\u00e8s \u00e9tait un de ses chercheurs. Pourtant, son analyse et description du processus du moi demeurent assez ad\u00e9quats. Dans ce dernier chapitre de son livre, J\u00e9sus et Nietzsche sont pris comme exemple de deux tendances dans le processus du moi&#8230; Suar\u00e8s semble avoir chang\u00e9 son avis, au moins sur J\u00e9sus, dans ses \u00e9crits ult\u00e9rieurs\u00a0 (voir par exemple son livre <em>M\u00e9moire sur le retour du rabbi qu&rsquo;on appelle J\u00e9sus<\/em> 1975). Mais la description des deux tendances du moi restent tout \u00e0 fait valable&#8230;.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">3e Mill\u00e9naire<\/p>\n<p><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">(Extrait de <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>La com\u00e9die Psychologique<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">. \u00c9dition Corti 1932)<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=14792\"><em>Chapitre pr\u00e9c\u00e9dent<\/em><\/a>\u00a0\u00a0\u00a0 <a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-dialectique-du-moi-par-carlos-suares\/\"><em>Chapitre premier<\/em><\/a><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><strong>Contradiction : le moi est vitalis\u00e9 par sa propre fissure<\/strong><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Le moi qu&rsquo;a vaincu l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, devra lutter \u00e0 chaque instant contre l&rsquo;automatisme qui cristallise le pass\u00e9 \u2013 comme un d\u00e9p\u00f4t calcaire \u2013 autour de la vivante fissure de l&rsquo;instant pr\u00e9sent. Il a d\u00e9j\u00e0 bris\u00e9 \u00e0 maintes reprises tout son pass\u00e9. On se sou\u00advient que d\u00e8s sa formation, le moi s&rsquo;est constat\u00e9 avec une surprise angoiss\u00e9e, il s&rsquo;est vu, et cette vision n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 que l&rsquo;expression d&rsquo;un doute. Jean-Paul, autour de cette r\u00e9v\u00e9lation, construisit son g\u00e9nie, poursuivit ses r\u00eaves, et transforma sa vie, la recr\u00e9a dans une r\u00e9alit\u00e9 mi-\u00e9veill\u00e9e mi-endormie, <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><em>o\u00f9 son moi utilisa le sentiment qu&rsquo;il avait d&rsquo;\u00eatre irr\u00e9el, pour se construire une nouvelle r\u00e9alit\u00e9<\/em><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">. Il e\u00fbt pu, dans ce nouveau r\u00eave, se d\u00e9finir en affir\u00admant \u00ab je suis r\u00e9el parce que je me sens irr\u00e9el \u00bb, et cette affirmation mythique e\u00fbt repr\u00e9sent\u00e9 avec <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">exactitude l&rsquo;auto-d\u00e9fense du moi, de ce moi tou\u00adjours diligent \u00e0 utiliser la R\u00e9alit\u00e9 pour ses fins mythiques. De m\u00eame Descartes avait pu tirer de son doute, du fait m\u00eame de ce doute, la certitude de son existence en tant qu&rsquo;\u00eatre, la certitude de son \u00ab je suis \u00bb. De m\u00eame tous les mystiques, autour de cette certitude absolue qu&rsquo;a leur moi d&rsquo;avoir \u00e9prouv\u00e9 le contact de la R\u00e9alit\u00e9, se construisent leur demeure illusoire. <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em>Cette auto-d\u00e9fense d&rsquo;un moi vitalis\u00e9 par sa propre fissure<\/em><\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">, donc qui aspire \u00e0 la retrouver, et qui dans chacun de ses actes ne fait au contraire que la repl\u00e2trer, est tr\u00e8s exacte\u00adment le n\u0153ud du drame de tous ceux qui con\u00adnurent l&rsquo;extase du pr\u00e9sent (qui la d\u00e9signent sous le nom d&rsquo;\u00e9tat de gr\u00e2ce, ou sous tout autre nom my\u00adthique) et qui ne peuvent jamais plus la retrouver, du fait qu&rsquo;ils la veulent retrouver; qui d\u00e8s lors se pr\u00e9cipitent dans des pratiques \u00e0 rebours qui sont cens\u00e9s amener leur oppos\u00e9 ; mais qui par toutes ces disciplines s&rsquo;efforcent quand m\u00eame de r\u00e9pondre au d\u00e9sir qu&rsquo;\u00e0 le moi de se nourrir, de se vitaliser aux d\u00e9pens de la R\u00e9alit\u00e9 ; et qui finissent de ce fait par satisfaire le moi d&rsquo;autant plus compl\u00e8\u00adtement qu&rsquo;il aura mieux construit un monde illu\u00adsoire o\u00f9 l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 ne pourra jamais plus p\u00e9n\u00e9trer.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>La vraie action positive<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Le moi que nous envisageons a surmont\u00e9 ces premiers obstacles, car il a su mettre son intelli\u00adgence au service de son amour pour la R\u00e9alit\u00e9 Au lieu de rechercher sa sensation et son extase, il a travaill\u00e9 chirurgicalement, avec flegme et pr\u00e9\u00adcision, \u00e0 s&rsquo;amputer de tout ce que ce d\u00e9sir \u00e9go\u00adcentrique tendait \u00e0 accumuler sur son bien le plus pr\u00e9cieux, sur son ennemi, l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. La br\u00e8che dans son \u00e9difice personnel l&rsquo;a secou\u00e9 dans son \u00e9quilibre provisoire, et<em> il n&rsquo;a pas voulu repl\u00e2trer sa <\/em><em>f<\/em><em>issu<\/em><em>r<\/em><em>e<\/em>. S&rsquo;il s&rsquo;est cabr\u00e9 en tant qu&rsquo;entit\u00e9, s&rsquo;il a r\u00e9agi, s&rsquo;il a eu peur, s&rsquo;il a malgr\u00e9 lui, \u00e0 cause de cette peur r\u00e9flexe, tent\u00e9 de r\u00e9parer son \u00e9difice avec des mat\u00e9\u00adriaux appartenant au pass\u00e9 ou \u00e0 l&rsquo;avenir (certitu\u00addes ou esp\u00e9rances) ; il travaille \u00e0 d\u00e9blayer ce qu&rsquo;il vient de reconstruire. <em>C&rsquo;est ce d\u00e9blayage qui cons\u00adtitue la vraie action positive<\/em> qu&rsquo;il exerce sur lui-m\u00eame, action qui, par l&rsquo;enti\u00e8re humanit\u00e9 sous-conscience est consid\u00e9r\u00e9e n\u00e9gative, parce que ces mat\u00e9riaux qu&rsquo;il d\u00e9blaye, visibles et tangibles, ont des noms et des formes, tandis que l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 n&rsquo;en a pas. Mais ce moi sait que sa rupture d&rsquo;\u00e9quilibre fut la v\u00e9rit\u00e9 m\u00eame, il sait que cette v\u00e9rit\u00e9 a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 le commencement de la Connaissance en acte. Il abandonne alors toutes les ombres du sous-conscient (du pass\u00e9) qui s&rsquo;\u00e9taient lev\u00e9es pour offus\u00adquer le point au contact duquel la conscience avait jailli, et n&rsquo;aspire plus qu&rsquo;\u00e0 la Connaissance, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 un \u00e9tat de pr\u00e9sence permanente, qui, \u00e9tant la consommation compl\u00e8te du pass\u00e9, est lui-m\u00eame son propre pass\u00e9, et est stable du fait qu&rsquo;il ne s&rsquo;appuie sur rien.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Cette conscience, semblable \u00e0 un fulgurant \u00e9clair, qui a travers\u00e9 le moi, ne peut pas \u00eatre con\u00adsid\u00e9r\u00e9e par le moi comme lui appartenant, et c&rsquo;est bien l\u00e0 la difficult\u00e9. Nous avons assez montr\u00e9 com\u00adbien elle est en effet l&rsquo;antith\u00e8se du moi. L&rsquo;homme, \u00e0 partir du moment o\u00f9 il ne lutte plus contre l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, et jusqu&rsquo;au moment o\u00f9 l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 aura volatilis\u00e9 son moi, se trouve oblig\u00e9 de vivre entre deux r\u00e9alit\u00e9s. Il n&rsquo;appartient plus \u00e0 l&rsquo;une et pas encore \u00e0 l&rsquo;autre, il n&rsquo;est plus du monde des moi, et pas encore du monde de la v\u00e9rit\u00e9. Parce qu&rsquo;il refuse \u00e0 son moi de se reconstruire un pass\u00e9 sur ses propres ruines, il se trouve dans un \u00e9tat indes\u00adcriptible, o\u00f9 ce qui est r\u00e9el ne l&rsquo;est plus, et o\u00f9 ce qui ne l&rsquo;est pas encore, agit comme un virus impla\u00adcable et d\u00e9licieux. Dans cette p\u00e9riode, il doit ap\u00adprendre \u00e0 transf\u00e9rer son subjectif, son je. Il doit d\u00e9m\u00e9nager, <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em>quitter la maison du moi<\/em><\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">, \u00e0 laquelle il s&rsquo;\u00e9tait identifi\u00e9 pendant tout le temps qu&rsquo;il avait affirm\u00e9 cette chose absurde \u00ab je suis moi \u00bb, et se transf\u00e9rer l\u00e0 o\u00f9 il n&rsquo;y a plus ni lieu ni temps, ni pass\u00e9, ni avenir, ni sujet ni objet. Il doit en somme quitter le \u00ab je suis moi \u00bb, pour le \u00ab je suis la vie \u00bb, tout en sachant fort bien que cette nouvelle as\u00adsertion n&rsquo;est encore que mythique, car en v\u00e9rit\u00e9 toute forme de \u00ab je suis \u00bb quelle qu&rsquo;elle soit, devra dispara\u00eetre.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>Le nouvel univers<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Ce transfert du subjectif, ce passage d&rsquo;un uni\u00advers palpable, solide, statique, bien situ\u00e9 dans le temps et l&rsquo;espace, \u00e0 <em>un univers qui n&rsquo;est encore qu&rsquo;un vertige<\/em>, est une aventure \u00e0 laquelle se re\u00adfusent \u00e0 peu pr\u00e8s tous ceux qui la rencontrent; et toutes les religions, y compris celles de l&rsquo;art, de l&rsquo;amour, et de tout autre id\u00e9al, savent bien justifier une telle faillite, en la consid\u00e9rant comme la voie ultime, celle de la grande r\u00e9conciliation. Que la grande r\u00e9conciliation doive se produire, certes c&rsquo;est bien l\u00e0 notre affirmation, mais elle ne pourra se produire que de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, l\u00e0 o\u00f9 rien du Mythe n&rsquo;existe plus, sous aucune forme, l\u00e0 o\u00f9 a compl\u00e8tement disparu, sans laisser de traces, l&rsquo;uni\u00advers sous-conscient, celui des Mythes, de Dieu sous toutes ses formes, de la spiritualit\u00e9, de l&rsquo;Unit\u00e9, de l&rsquo;Id\u00e9e, du Soi universel, des Attributs, des hi\u00e9rar\u00adchies spirituelles, des traditions, des enseignements occultes, et de tout ce \u00e0 quoi l&rsquo;on voudra penser o\u00f9 s&rsquo;accrocherait encore une parcelle de conscience de soi, sous quelque forme que ce soit, m\u00eame exalt\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 imaginer qu&rsquo;elle puisse englober et d\u00e9passer l&rsquo;univers.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">L&rsquo;homme qui veut parvenir \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 doit abandonner toutes ces voies, et ne pas se laisser prendre \u00e0 leurs pi\u00e8ges admirables. S&rsquo;il y p\u00e9n\u00e8tre avec sinc\u00e9rit\u00e9, et sans aucune piti\u00e9 pour son \u00ab je suis moi \u00bb, il ne tarde pas \u00e0 s&rsquo;apercevoir que leurs paysages sublimes ne sont que des mirages d\u00e9ce\u00advants. Il abandonne alors \u00e0 chaque pas toutes les \u00ab r\u00e9alit\u00e9s \u00bb que lui offrent ces voies, car elles ne sont faites que de son sous-conscient. Il s&rsquo;obstine \u00e0 quitter sa demeure, \u00e0 \u00ab d\u00e9m\u00e9nager \u00bb, tout en sachant fort bien d&rsquo;ailleurs que son aventure pour\u00adrait le conduire dans un asile d&rsquo;ali\u00e9n\u00e9s, si au cours de son \u00ab d\u00e9m\u00e9nagement \u00bb une contraction trop vio\u00adlente de son moi, qui aurait peur de se perdre, de ne plus se sentir vivre, brisait son \u00e9lasticit\u00e9. Dans ce cas, l&rsquo;entit\u00e9, au lieu de se d\u00e9faire se cas\u00adserait en fragments dans lesquels demeureraient <em>des morceaux du moi qui se serait tu\u00e9 pour ne pas mourir.<\/em> Mais si, par un effort d&rsquo;autant plus inexorable qu&rsquo;il refuse tout \u00e9clat, l&rsquo;homme par\u00advient \u00e0 se concentrer, sans vaciller, sur le seul point essentiel, sur la permanence dynamique qui em\u00adportera la permanence statique du moi, alors, dans chaque saut dans le vide qu&rsquo;il devra faire pour se lib\u00e9rer des associations dont il est fait, <em>le moi s&rsquo;appuiera sur la nouvelle permanence qu&rsquo;il pres\u00adsent, et de ce fait, il fera rena\u00eetre l&rsquo;\u00e9tincelle qui provoquera l&rsquo;explosion<\/em>. Le contact alors revient, de plus en plus fr\u00e9quent, de plus en plus pr\u00e9cis. L&rsquo;homme revoit son moi, vacille encore, constate et doute, puis revoit le monde comme s&rsquo;il ne l&rsquo;avait jamais vu encore, constate et s&rsquo;\u00e9tonne, et vacille encore, mille fois encore, comme \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque d\u00e9j\u00e0 lointaine, o\u00f9 \u00e0 sa naissance, le moi s&rsquo;\u00e9tait \u00e9tonn\u00e9 d&rsquo;\u00eatre l\u00e0. La catastrophe ne peut se produire que si, en sautant, on se raccroche tout d&rsquo;un coup au monde que l&rsquo;on quitte. <em>Tout l&rsquo;effort qu&rsquo;on d\u00e9ploie doit se concentrer en un non-effort. Et cette non-r\u00e9action formidable, en laquelle vient s&rsquo;offrir <\/em><em>\u00e0<\/em><em> l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 cette r\u00e9action individuelle qu&rsquo;est le sub\u00adjectif, est la synth\u00e8se d\u00e9finitive, le point de d\u00e9part qu&rsquo;<\/em><em>\u00e0<\/em><em> travers toute l&rsquo;\u00e9volution, avait cherch\u00e9 le d\u00e9\u00adveloppement des esp\u00e8ces.<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>L&rsquo;\u00e9tat lyrique<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Quelle que soit la fa\u00e7on dont l&rsquo;homme r\u00e9agit apr\u00e8s chaque contact avec l&rsquo;instant pr\u00e9sent, il se sent \u00e0 chaque fois transform\u00e9. Sa r\u00e9alit\u00e9 habituelle, fortement secou\u00e9e, voit surgir \u00e0 travers l&rsquo;autre r\u00e9alit\u00e9, qui vient la baigner, <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em>un nouvel \u00e9tat, que nous pouvons d\u00e9finir l&rsquo;\u00e9tat lyrique<\/em><\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">, o\u00f9 l&rsquo;homme trouve une inspiration qui le f\u00e9conde, et qui le porte aussit\u00f4t \u00e0 chanter sa joie, sa f\u00e9licit\u00e9, l&rsquo;extase de ce qu&rsquo;il appelle son \u00ab union \u00bb avec la Vie, le Bien-Aim\u00e9, la Nature, etc&#8230; Dans cet \u00e9tat Fran\u00e7ois d&rsquo;Assise chante son hymne \u00e0 notre fr\u00e8re le soleil, Proust d\u00e9couvre que tous les \u00e9l\u00e9ments dont a \u00e9t\u00e9 faite sa vie, viennent de se faire recr\u00e9er, et que dans un instant v\u00e9cu au del\u00e0 du Temps, ces innom\u00adbrables signes int\u00e9rieurs, jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour illisibles, ont acquis soudain la transparence d&rsquo;une langue connue <a id=\"Y1\" href=\"#X1\">[1]<\/a>. Nous n&rsquo;accumulerons pas les exemples de cette d\u00e9couverte lyrique : c&rsquo;est l&rsquo;histoire enti\u00e8re de l&rsquo;inspiration cr\u00e9atrice \u00e0 travers les si\u00e8cles qu&rsquo;il nous faudrait indiquer, en recherchant <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u2013 <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u00e0 travers les descriptions, parfois bien \u00e9tranges, que cons\u00adciemment ou inconsciemment, ont donn\u00e9 de cet \u00e9tat ceux qui l&rsquo;ont \u00e9prouv\u00e9 <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u2013 <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">des groupes de signes, de symboles enfin, qui d&rsquo;une fa\u00e7on tr\u00e8s pr\u00e9cise ram\u00e8nent tous ces ph\u00e9nom\u00e8nes \u00e0 l&rsquo;explication fon\u00addamentale que nous leur donnons ici <a id=\"Y2\" href=\"#X2\">[2]<\/a>.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>Le g\u00e9nie<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Emport\u00e9 dans un torrent d&rsquo;inspiration, celui, qui, jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour-l\u00e0, n&rsquo;avait pu qu&rsquo;accumuler les mat\u00e9riaux de son inonde sous-conscient, sans les \u00e9clairer \u00e0 la lumi\u00e8re du pr\u00e9sent, peut soudain les br\u00fbler, les d\u00e9truire, en conf\u00e9rant \u00e0 tous ces \u00e9l\u00e9\u00adments dont est fait le pass\u00e9 leurs significations symboliques, (qui en les projetant pour ainsi dire en dehors du r\u00eave, comme \u00e0 cheval sur des rayons de lumi\u00e8re, leur permettent de se retrouver entre eux et de se combiner librement en des paysages in\u00e9puisables et sans cesse renouvel\u00e9s). <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em>Cet homme devient un g\u00e9nie, et voil\u00e0 bien cependant le plus grand danger que rencontre ici sa lib\u00e9ration<\/em><\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">. Car d\u00e9vor\u00e9 de joie cr\u00e9atrice, comme un magicien dont chaque coup de baguette fait surgir un univers dans lequel il peut entrer tout entier, car il le sait in\u00e9puisable, il se laisse ensorceler par la beaut\u00e9 qu&rsquo;il cr\u00e9e, et par<\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em> l\u2019\u0153uvre dans laquelle son moi, d&rsquo;autant plus triomphant qu&rsquo;il a plus profond\u00e9\u00adment \u00e9t\u00e9 secou\u00e9, se referme, et recompose son \u00e9qui\u00adlibre<\/em><\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">. Si le moi pr\u00e9tend se sacrifier pour son <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u0153uvre<\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">, s&rsquo;il croit l&rsquo;enfanter, il ne fait cependant que trans\u00adformer pour le plus grand b\u00e9n\u00e9fice de son \u00e9qui\u00adlibre statique, bas\u00e9 sur un monde fait d&rsquo;objets, le non-\u00e9tat (pour lui surconscient, o\u00f9 il s&rsquo;\u00e9tait senti mourir), en une succession d&rsquo;\u00e9tats de sous-cons\u00adcience parfaitement temporels. En d&rsquo;autres termes,<\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em> l&rsquo;\u00e9tat antinomique du moi s&rsquo;est reform\u00e9 autour d&rsquo;un instant pr\u00e9sent, dans lequel, pendant une non-dur\u00e9e plus rapide que l&rsquo;\u00e9clair, l&rsquo;\u00e9tat antinomique s&rsquo;\u00e9tait trouv\u00e9 r\u00e9solu.<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>Une auto-d\u00e9fense : l\u2019\u0153uvre<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Dans cet \u00e9tat amphibie, o\u00f9 la permanence sta\u00adtique se coagule autour d&rsquo;un noyau dynamique per\u00admanent qui l&rsquo;illumine, le moi peut fort bien s&rsquo;ins\u00adtaller et d\u00e9cider de ne plus bouger. Il a une vie double. Sa vie quotidienne est celle qu&rsquo;il a toujours men\u00e9e, o\u00f9 les \u00e9tat de la sous-conscience sont reli\u00e9s entre eux par leur fil conducteur qui se compose de tous les r\u00e9sidus non assimil\u00e9s du pass\u00e9. Quant \u00e0 sa vie de cr\u00e9ateur, elle est centr\u00e9e autour d&rsquo;une synth\u00e8se permanente et dynamique, encore que partielle, qui \u00e9chappe au temps, du fait qu&rsquo;elle est une synth\u00e8se. Dans cette deuxi\u00e8me vie, elle-m\u00eame double, se trouve d&rsquo;une part l&rsquo;inspiration lyrique et proph\u00e9tique qui tend \u00e0 emporter les facult\u00e9s de l&rsquo;homme dans un \u00e9clatement, o\u00f9 l&rsquo;homme pro\u00adjet\u00e9 hors de lui, serait litt\u00e9ralement priv\u00e9 de centre ; et d&rsquo;autre part se trouve la volont\u00e9 vampirique qu&rsquo;a le moi d&rsquo;intervenir dans cette dissociation de lui-m\u00eame, de la refouler dans l&rsquo;espace et le temps. <em>Il pr\u00e9serve son existence au moyen de sa raison et de son amour, qu&rsquo;il transfert en toute h<\/em><em>\u00e2<\/em><em>te sur son <\/em><em>\u0153uvre.<\/em> L\u2019\u0153uvre est le pr\u00e9texte qui satisfait le d\u00e9sir qu&rsquo;il a de se sentir vivre. N&rsquo;est-elle pas une preuve de l&rsquo;authenticit\u00e9 de son contact avec l&rsquo;\u00e9ter\u00adnit\u00e9 ? Par elle il se per\u00e7oit de nouveau, il rede\u00advient sous-conscient, il circonscrit, il d\u00e9vore, il d\u00e9\u00adbite en petits morceaux un hachis d&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, tout en s&rsquo;imaginant se sacrifier pour le monde, et lui donner en p\u00e2ture sa chair et son sang.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>La r\u00e9alisation<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">L&rsquo;homme qui cherche la v\u00e9rit\u00e9, doit \u00eatre cruellement lucide envers son moi, et le d\u00e9masquer dans cette Com\u00e9die. Il y arrive rarement, car s&rsquo;il a pu briser les innombrables cadres o\u00f9 tentaient de l&rsquo;enfermer sa classe, son milieu, sa race, sa religion, <em>il lui est difficile de consid\u00e9rer sa propre grandeur comme une limitation<\/em>. Mais si, ayant d\u00e9j\u00e0 tant de fois vacill\u00e9 sous le choc de l&rsquo;instant pr\u00e9sent, il se soumet \u00e0 son extase ; si \u00e0 travers les fissures b\u00e9antes de son moi, il r\u00e9pond \u00e0 l&rsquo;appel vertigineux des espaces qui n&rsquo;ont pas de demeures ; alors, sans se soucier de ce qui pourrait bien lui arriver dans cette aventure, il renonce \u00e0 faire une \u0153uvre, \u00e0 repl\u00e2trer le pass\u00e9 autour du sentiment qu&rsquo;il a de lui-m\u00eame, et il abandonne tout ce \u00e0 quoi il peut penser, qui donnait encore \u00e0 son moi un sentiment de r\u00e9alit\u00e9. Il provoque encore et encore l&rsquo;instant ineffable, jusqu&rsquo;\u00e0 en \u00eatre ivre, jusqu&rsquo;\u00e0 en \u00eatre stu\u00adp\u00e9fait, jusqu&rsquo;\u00e0 ne plus se sentir, jusqu&rsquo;\u00e0 \u00eatre com\u00adpl\u00e8tement \u00ab hors de lui \u00bb, inconscient et lucide, <em>absent totalement, et totalement pr\u00e9sent, dans un \u00e9tat de tension si extr\u00eame, qu&rsquo;ayant d\u00e9pass\u00e9 son point de rupture, il n&rsquo;est plus qu&rsquo;un \u00e9quilibre<\/em>.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Jusqu&rsquo;ici, les exemples de r\u00e9alisations humai\u00adnes \u00e0 travers l&rsquo;histoire, sont demeur\u00e9s dans le domaine du Mythe, c&rsquo;est-\u00e0-dire du sous-conscient. Les rares hommes qui sont parvenus \u00e0 cet \u00e9tat, qui est selon nous le seul \u00e9tat qui soit vraiment hu\u00admain, ont \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9s comme des ph\u00e9nom\u00e8nes si extraordinaires, qu&rsquo;on les a identifi\u00e9s au Mythe de la race humaine tout enti\u00e8re. Cette identification est facile \u00e0 comprendre. Elle est m\u00eame parfaitement exacte. L&rsquo;homme qui s&rsquo;ach\u00e8ve compl\u00e8tement dans le Pr\u00e9sent, a totalement accompli son pass\u00e9, donc aussi le pass\u00e9 de la race enti\u00e8re. N&rsquo;ayant plus de futur, il est le but de tous les hommes.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Il est urgent de d\u00e9barrasser cette r\u00e9alisation, qui doit \u00eatre ramen\u00e9e \u00e0 la simplicit\u00e9 d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne naturel, de tous les fatras mythiques dont on l&rsquo;a entour\u00e9e jusqu&rsquo;ici. Jusqu&rsquo;ici, plus la r\u00e9ussite a \u00e9t\u00e9 compl\u00e8te, plus elle est demeur\u00e9e incompr\u00e9hensible. Non seulement le sous-conscient s&rsquo;en est prot\u00e9g\u00e9 par une attitude religieuse, mais d&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, on peut dire que les expressions individuelles touchent la sous-humanit\u00e9 par les points o\u00f9 l&rsquo;absolu leur fait d\u00e9faut, par leurs d\u00e9\u00adfaillances, par tout ce qu&rsquo;elles peuvent donner aux moi pour les nourrir, en somme par les mouve\u00adments qu&rsquo;elles suscitent en eux. C&rsquo;est dans ces d\u00e9faillances que les hommes cherchent l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. Et voil\u00e0 bien le dernier \u00e9cueil que rencontre l&rsquo;homme qui cherche la v\u00e9rit\u00e9 : <em>la tentation de la faillite sur le seuil<\/em>.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>La nuit de la passion<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Le <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em>lam<\/em><\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em>m<\/em><\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em>a sabak<\/em><\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em>h<\/em><\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em>tani<\/em> <a id=\"Y3\" href=\"#X3\">[3]<\/a>, ab\u00eeme du supr\u00eame d\u00e9sespoir d&rsquo;un homme qui ne retrouve plus, sur la croix, l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 dont pourtant il meurt, comme il est mieux fait pour \u00e9mouvoir, que la mort d&rsquo;un Bouddha, tr\u00e8s vulgairement empoisonn\u00e9 par des champignons ! Ce cri d&rsquo;angoisse \u00e9manant d&rsquo;un moi abandonn\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame, d&rsquo;un moi referm\u00e9 sur sa propre entit\u00e9, d&rsquo;un moi qui se croit de nouveau r\u00e9el apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre si longtemps senti irr\u00e9el au sein de l&rsquo;instant pr\u00e9sent, voici qu&rsquo;il referme sa trajec\u00adtoire en la ramenant au point d&rsquo;o\u00f9 elle \u00e9tait partie, au point central o\u00f9 vivent, esp\u00e8rent, souffrent et meurent tous les sous-hommes : <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em>la nuit de leur entit\u00e9 s\u00e9par\u00e9e<\/em><\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">. Et que ce moi sous-humain rede\u00advienne si familier \u00e0 l&rsquo;instant m\u00eame o\u00f9 il remplit avec le plus d&rsquo;\u00e9clat son r\u00f4le dramatiquement sur\u00adnaturel, en voil\u00e0 assez pour que pendant des si\u00e8\u00adcles, des millions d<\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">e<\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"> moi se sentent \u00e0 la fois ap\u00adpel\u00e9s vers une gloire splendide, et se justifient de n&rsquo;y \u00eatre point encore parvenus.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>Les grandes vedettes de la passion<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Qu&rsquo;un homme parvienne au supr\u00eame aboutis\u00adsement humain, et que cet aboutissement soit un ph\u00e9nom\u00e8ne aussi simple et naturel que l&rsquo;\u00e9panouis\u00adsement d&rsquo;une fleur, qu&rsquo;un champ de bl\u00e9s m\u00fbrs, voil\u00e0 qui ne peut gu\u00e8re satisfaire le besoin de dra\u00admatisation des moi qui n&rsquo;accepteraient de mourir qu&rsquo;\u00e0 la condition de devenir de grandes vedettes. Et afin que chacun puisse, par anticipation se d\u00e9\u00adclarer satisfait, on accepte l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;un jour tout le monde sera promu vedette. L&rsquo;Imitation de J\u00e9sus?Christ est le moyen le plus rapide d&rsquo;\u00eatre <em>starred<\/em>, comme \u00e0 Hollywood l&rsquo;imitation de Greta Garbo ou d&rsquo;Adolphe Menjou,<em> <\/em><em>\u00e0<\/em><em> condition toutefois que l&rsquo;on soit tr\u00e8s personnel<\/em>. \u00ab Imiter mais en \u00e9tant per\u00adsonnels \u00bb : le Christ et la Paramount deviennent des pr\u00e9textes pour jouer des r\u00f4les de Com\u00e9die, o\u00f9 naissent l&rsquo;un de l&rsquo;autre, le sentiment que l&rsquo;on a d&rsquo;\u00eatre un moi (ce qu&rsquo;on appelle la personnalit\u00e9) et un conformisme parfait. Avant d&rsquo;\u00eatre <em>starred<\/em>, il faut \u00eatre humble, car on est sur les rangs, puis, une fois que l&rsquo;on est star, on est humble aussi, pour bien montrer que l&rsquo;on n&rsquo;est pas snob, et aussi, parce qu&rsquo;on ne sait jamais ce qui peut arriver : le directeur de l&rsquo;entreprise, J\u00e9sus ou le banquier, est quand m\u00eame hi\u00e9rarchiquement au-dessus de vous, et peut vous cong\u00e9dier. Il a en mains le pouvoir supr\u00eame, Dieu ou l&rsquo;argent, qui psychologiquement sont strictement identiques.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Ainsi le moi se magnifie, tout en satisfaisant ses instincts de pleutre. \u00c0 l&rsquo;int\u00e9rieur de sa dualit\u00e9 antinomique, il passe d&rsquo;un p\u00f4le \u00e0 l&rsquo;autre, et chaque amplification d&rsquo;un des p\u00f4les am\u00e8ne une amplification correspondante, \u00e9gale et oppos\u00e9e, de l&rsquo;autre p\u00f4le. Chaque fois qu&rsquo;un individu, d&rsquo;une fa\u00e7on quelconque, est humble, c&rsquo;est qu&rsquo;il est orgueilleux en quantit\u00e9 strictement \u00e9gale. Il lui est impossible de s&rsquo;appuyer sur une compensation parfaite du p\u00f4le oppos\u00e9 ; il vibre donc ind\u00e9finiment, et le seul et unique but de cette vibration est d&rsquo;amplifier le sens de son moi. Et il est \u00e9vident que la position la plus astucieuse que le moi ait invent\u00e9e, pour s&rsquo;assurer ind\u00e9finiment la douceur de se percevoir et celle de se prolonger, est la position hi\u00e9rarchi\u00adque. Dans une \u00e9chelle ind\u00e9finiment longue, qui ne finit jamais, chaque \u00e9chelon re\u00e7oit sans fin et trans\u00admet sans fin&#8230; quoi ? la v\u00e9rit\u00e9 ? non, ce qui s&rsquo;oppose \u00e0 elle : le sentiment qu&rsquo;a le moi d&rsquo;\u00eatre une entit\u00e9, et son d\u00e9sir qu&rsquo;il a de durer.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Ces \u00e9chelles, naturellement n&rsquo;aboutissent nulle part. Ces \u00e9chelles sont tout bonnement des colliers, des colliers ferm\u00e9s. <em>Chaque moi est travers\u00e9 de part en part par le fil qui relie tous les moi du monde : le temps<\/em>. La hi\u00e9rarchie s&rsquo;appuie triom\u00adphalement sur l&rsquo;illusion du devenir, et depuis les mill\u00e9naires que dure le r\u00e8gne de Saturne, elle a si proprement organis\u00e9 son assassinat de l&rsquo;humain, que les hommes en masse se sont pr\u00e9cipit\u00e9s, comme supr\u00eame bonheur, vers leur st\u00e9rilisation.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>J\u00e9sus et Nietzsche. Christ et Anti-Christ. Deux d\u00e9faites<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Lorsque des hommes comme Nietzsche ont rompu le fil du temps, et du devenir hi\u00e9rarchique, qui les reliait \u00e0 tous les l\u00e2ches de la cr\u00e9ation, il leur est arriv\u00e9 de perdre pied. Mais si leur aventure a mal fini, ce n&rsquo;est point parce qu&rsquo;ils sont all\u00e9s trop loin, c&rsquo;est parce qu&rsquo;ils ne sont pas all\u00e9s assez loin, et qu&rsquo;au dernier moment ils se sont encore rac\u00adcroch\u00e9s sur les bords de l&rsquo;ab\u00eeme, au fil du Temps qu&rsquo;ils avaient eux-m\u00eames bris\u00e9. L&rsquo;\u00e9chec au seuil de la victoire en a fait imm\u00e9diatement des com\u00adplices de la hi\u00e9rarchie mythique.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Il est assez actuel aujourd&rsquo;hui de parler de Nietzsche. Nous sommes dans une telle p\u00e9riode de guerres et de r\u00e9volutions que le v\u00e9ritable probl\u00e8me de l&rsquo;homme semble vouloir enfin forcer les esprits \u00e0 le r\u00e9soudre. Nietzsche, qui est parvenu jusqu&rsquo;au bout d&rsquo;une voie sans issue, est consid\u00e9r\u00e9 aujour\u00add&rsquo;hui par beaucoup de personnes comme celui qui a bris\u00e9 l&rsquo;envo\u00fbtement de l&rsquo;ignorance humaine, comme le seul homme qui ait perc\u00e9 la nuit des \u00e2mes, et qui leur ait montr\u00e9 leur avenir. Pour cer\u00adtaines personnes, Nietzsche est le premier sp\u00e9cimen d&rsquo;une race \u00e0 venir, il est en avance d&rsquo;une \u00e8re en\u00adti\u00e8re vers laquelle tend l&rsquo;humanit\u00e9, il est le premier <em>star<\/em> d&rsquo;une faune de vedettes surhumaines. Le mal\u00adentendu est assez grave pour que nous l&rsquo;indiquions ici.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Nous sommes, depuis le milieu du si\u00e8cle der\u00adnier, \u00e0 un tournant d\u00e9finitif de l&rsquo;histoire humaine, tournant rapide, violent dont nous avons dit qu&rsquo;il marque la fin du r\u00e8gne du moi. Nous r\u00e9p\u00e9tons, afin de bien situer le probl\u00e8me, que nous appelons \u00e8re pr\u00e9historique, celle o\u00f9 la race humaine avait \u00e9tabli ses valeurs sur le fait que les je ne se connaissaient pas encore en tant qu&rsquo;entit\u00e9s s\u00e9par\u00e9es. Puis vint l&rsquo;\u00e8re de l&rsquo;individualisation totale des je, qui impos\u00e8rent leur ordre hi\u00e9rarchique et leur mythe de l&rsquo;Unit\u00e9. \u00c0 partir du milieu du si\u00e8cle dernier, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;\u00e8re machiniste, nous sommes entr\u00e9s dans une troisi\u00e8me \u00e8re, celle o\u00f9 l&rsquo;humanit\u00e9 doit d\u00e9pas\u00adser le stade de l&rsquo;individualisation.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Cet av\u00e8nement doit d\u00e9truire toutes les valeurs du Mythe, car elles sont toutes bas\u00e9es sur la cer\u00adtitude qu&rsquo;ont les je d&rsquo;\u00eatre des moi, en d&rsquo;autres ter\u00admes, sur le r\u00eave que fait la dualit\u00e9, en affirmant son existence en tant qu&rsquo;entit\u00e9. Ces valeurs ont \u00e9t\u00e9, \u00e0 diff\u00e9rents intervalles, secou\u00e9es par de fugitifs mo\u00adments de lucidit\u00e9, qui \u00e0 travers le r\u00eave ont fait fr\u00e9mir les moi dans leurs fondements. Ces moments de conscience ont montr\u00e9 aux moi leur absurdit\u00e9, et ont, de ce fait, tendu \u00e0 \u00e9tablir un royaume qui n&rsquo;est pas du monde de la conscience individuelle ; mais en vain, car les moi, chaque fois, se sont tout de suite empar\u00e9s de la v\u00e9rit\u00e9, en la renver\u00adsant totalement pour leur usage personnel.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u00c0 la fin de la longue histoire de ce r\u00eave, Nietzsche n&rsquo;appartient pas du tout \u00e0 la nouvelle \u00e8re, il n&rsquo;est pas un phare qui illumine l&rsquo;avenir, un homme en avance d&rsquo;un cycle entier, \u00e9gar\u00e9 parmi des hommes encha\u00een\u00e9s. Marx oui, Nietzsche non. Nietzsche, par la terrible acuit\u00e9 de sa conscience \u00e9gotique, par la violence lucide avec laquelle il s&rsquo;est pr\u00e9cipit\u00e9 contre l&rsquo;impossible, en se faisant briser plut\u00f4t que de s&rsquo;accomplir, peut symboliser, \u00e0 la mort d&rsquo;une \u00e8re, repr\u00e9senter, jouer en rac\u00adcourci, toute son histoire pass\u00e9e. Mais il n&rsquo;a pas fait un seul pas dans le pr\u00e9sent. <em>Sa libert\u00e9 est une libert\u00e9 dans le r\u00eave<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire une faillite, son aboutissement est une amplification du Temps, <em>son extase est l&rsquo;enfantement d&rsquo;une \u00e9ternit\u00e9 morte-n\u00e9e.<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">On peut d\u00e9finir Nietzsche en disant qu&rsquo;il avait accept\u00e9 que l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 le d\u00e9truise en tant qu&rsquo;ego, mais \u00e0 la condition de se voir mourir. Son moi d\u00e9sirait mourir, mais il d\u00e9sirait assister \u00e0 sa mort. Voil\u00e0 tout son drame. Son corps malade s&rsquo;\u00e9tait sans doute empar\u00e9 de la conscience de soi, et re\u00adfusait d&rsquo;en rendre possible l&rsquo;int\u00e9gration. Nietzsche fut l&rsquo;homme le moins libre que nous puissions imaginer : tout en ne parvenant pas \u00e0 se lib\u00e9rer, il n&rsquo;\u00e9tait pas libre de renoncer \u00e0 sa lib\u00e9ration. Son je, arc-bout\u00e9 \u00e0 son corps hypersensible, avait tout compris, tout abandonn\u00e9, \u00e9tait parvenu \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame limite de la conscience sous-humaine, l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;anti\u00adnomie <em>doit<\/em> voler en \u00e9clats au contact du tout; et l&rsquo;antinomie \u00e9tait toujours l\u00e0. Le monde s&rsquo;\u00e9tait vid\u00e9, et s&rsquo;\u00e9tait repeupl\u00e9, l&rsquo;ab\u00eeme s&rsquo;\u00e9tait fait insondable, le n\u00e9ant s&rsquo;\u00e9tait fait transparent et dur pour inviter l&rsquo;homme \u00e0 marcher sur rien, et debout sur le Vide, Nietzsche s&rsquo;est effondr\u00e9 car il \u00e9tait encore conscient de soi. Il n&rsquo;avait pas pu se d\u00e9livrer de la conscience qu&rsquo;il avait d&rsquo;\u00eatre, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas pu s&rsquo;arracher \u00e0 l&rsquo;illusion de son entit\u00e9, m\u00eame apr\u00e8s qu&rsquo;il eut jet\u00e9 cette entit\u00e9 dans le n\u00e9ant. Debout sur l&rsquo;ab\u00eeme, il br\u00fbla comme une torche en poussant des hurlements. Ses cris terribles et son incendie furent consid\u00e9r\u00e9s comme un succ\u00e8s, alors qu&rsquo;ils marqu\u00e8rent son \u00e9chec.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Les hommes aiment beaucoup les faillites. La folie du Surhomme, transform\u00e9 en une torche qui danse sur l&rsquo;ab\u00eeme, est une assez bonne r\u00e9plique du Dieu abandonn\u00e9 sur une croix, debout dans un ciel d&rsquo;orage. Le mythe Nietzsche a une tendance \u00e0 na\u00eetre pour remplacer l&rsquo;autre, qui s&rsquo;est un peu \u00e9puis\u00e9. Nietzsche est <em>starred<\/em> dans le Hollywood de la Passion sous-humaine, et c&rsquo;est juste, il se conforme aux exigences du spectacle, tout en le r\u00e9novant. Il rappelle la grande vedette qu&rsquo;il veut supplanter, mais avec originalit\u00e9 puisqu&rsquo;il s&rsquo;oppose \u00e0 lui. Le spectateur est ravi, parce qu&rsquo;on lui dit qu&rsquo;il sera, ou qu&rsquo;il pourra \u00eatre, ou qu&rsquo;il pourrait \u00eatre, ou qu&rsquo;il aurait pu \u00eatre, Surhomme (il est bon de donner de nouveaux noms \u00e0 des choses con\u00adnues) ; <em>mais comme l&rsquo;essentiel, pour chacun, est de ne pas d\u00e9ranger son \u00e9quilibre stagnant, il est indispensable que le cas du Surhomme soit rendu terrible, terrifiant, compl\u00e8tement anormal, car cela justifie tout le monde de renoncer tout de suite <\/em><em>\u00e0<\/em><em> devenir surhumain.<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">De m\u00eame, et bien que J\u00e9sus ait dit <em>soyez par\u00adfait<\/em>, au pr\u00e9sent, et non <em>devenez parfait<\/em>, au futur, ce qui e\u00fbt \u00e9t\u00e9 sa propre n\u00e9gation, il convient \u00e0 tous les Chr\u00e9tiens de rendre cette perfection com\u00adpl\u00e8tement anormale, bien mieux, <em>impossible<\/em>. Il leur convient d&rsquo;en faire l&rsquo;unique incarnation di\u00advine, ce qui les st\u00e9rilise en paix.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Nietzsche a symbolis\u00e9 la faillite d&rsquo;un monde centr\u00e9 sur l&rsquo;individu. Lorsque le moi a connu le contact de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, il peut fort bien l&rsquo;utiliser pour devenir un g\u00e9nie. La conqu\u00eate du g\u00e9nie est rela\u00adtivement facile. On peut rencontrer le g\u00e9nie en cours de route, et s&rsquo;arr\u00eater \u00e0 son temple : il suffit alors d&rsquo;asservir le pr\u00e9sent \u00e9ternel, au pass\u00e9 mort ; il suffit de ramasser les d\u00e9bris inassimil\u00e9s de l&rsquo;uni\u00advers personnel o\u00f9 l&rsquo;on avait v\u00e9cu jusque l\u00e0, et de les rendre phosphorescents dans le but de recons\u00adtruire un univers r\u00e9nov\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">La route que l&rsquo;on doit suivre lorsqu&rsquo;on d\u00e9sire r\u00e9tablir la v\u00e9rit\u00e9 dans sa pl\u00e9nitude, passe ais\u00e9ment par cette bifurcation du g\u00e9nie. La plus cruelle de toutes les illusions religieuses est de croire que la vie \u00e9ternelle est en-de\u00e7\u00e0 de cette bifurcation, et que si l&rsquo;on ne parvient pas \u00e0 elle, elle s&rsquo;offre tout bonnement lorsqu&rsquo;on est mort. Cependant \u00e0 la bifurcation on peut choisir : on peut s&rsquo;appuyer sur tous les r\u00e9sidus sous-conscients, donc inexplor\u00e9s, du moi, sur la fausse certitude qu&rsquo;a ce moi de participer \u00e0 l&rsquo;\u00eatre, sur le fait en somme que l&rsquo;an\u00adtinomie, qu&rsquo;est le moi, n&rsquo;a pas encore pouss\u00e9 \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame la conscience de soi, \u00e0 cause du d\u00e9sir qu&rsquo;elle a de durer en tant qu&rsquo;entit\u00e9 ; (c&rsquo;est ce d\u00e9sir qui retarde le moment o\u00f9 cette sous-cons\u00adcience met face \u00e0 face dans leur nudit\u00e9 les deux termes de sa propre antinomie, donc se d\u00e9clare absurde) ; ou au contraire on peut agir en s&rsquo;ap\u00adpuyant uniquement sur la grande fissure que l&rsquo;in\u00adfini dynamique de la vie a provoqu\u00e9e dans l&rsquo;\u00e9difice du moi, et dans ce cas, <em>le moi goutte \u00e0 goutte fond dans cette R\u00e9alit\u00e9 qui n&rsquo;a aucune mesure avec lui.<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Nietzsche avait pourtant pris cette deuxi\u00e8me voie. Il ne voulait pas devenir simplement un g\u00e9\u00adnie. Il avait eu la vision de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, et il s&rsquo;y \u00e9tait plong\u00e9, \u00e9perdu, solitaire, pr\u00eat \u00e0 y mourir en tant que moi, voulant y mourir, et, finalement, ne le pouvant pas. Il avait supr\u00eamement d\u00e9daign\u00e9 les \u00e9difices que le moi appelle une \u0153uvre, et dans lesquels il s&rsquo;enferme comme dans un cocon, dans l&rsquo;espoir de rena\u00eetre apr\u00e8s une m\u00e9tamorphose. Il avait voulu refuser \u00e0 son intellect le droit de l&#8217;em\u00adprisonner dans un syst\u00e8me philosophique, il s&rsquo;\u00e9tait pr\u00e9cipit\u00e9 tout entier dans le gouffre, et la Vision dompt\u00e9e \u00e9tait l\u00e0, pr\u00e9sente, autour de lui, en lui. L&rsquo;\u00e9ternel \u00e9tait n\u00e9. L&rsquo;homme \u00e9tait consum\u00e9 en lui. Et voil\u00e0 qu&rsquo;\u00e0 cause d&rsquo;une autre pr\u00e9sence, d&rsquo;une pr\u00e9sence subtile, insaisissable, a\u00e9rienne, infinit\u00e9\u00adsimale, l&rsquo;\u00e9ternel fut \u00e9touff\u00e9, tu\u00e9 \u00e0 sa naissance. Cette pr\u00e9sence \u00e9tait celle du moi qui s&rsquo;obstinait \u00e0 regarder : l&rsquo;homme, en mourant, refusait en\u00adcore de dispara\u00eetre. Dans ce combat gigantesque, <em>si Dieu avait exist\u00e9, Nietzsche ne se serait pas simplement assis \u00e0 sa droite, il se serait identifi\u00e9 \u00e0 lui. C&rsquo;est-\u00e0-dire que si la conscience de soi pouvait coexister avec l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, elle serait devenue Dieu<\/em>. C&rsquo;est-\u00e0-dire encore, que si l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 pouvait comporter ne serait-ce qu&rsquo;une parcelle de conscience de soi, elle et le moi auraient tous deux surv\u00e9cu.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Il est impossible en effet d&rsquo;imaginer que ce combat se puisse pousser plus loin. Si l\u2019ego pouvait avoir ne f\u00fbt-ce qu&rsquo;une chance de vaincre, dans toute l&rsquo;histoire humaine nous ne trouvons pas un seul cas o\u00f9 il e\u00fbt pu mieux la saisir. Si la dualit\u00e9 de la conscience de soi pouvait jamais de\u00advenir \u00e9ternelle, elle le serait devenue alors. Toutes les forces oppos\u00e9es, r\u00e9unies en un moi qui r\u00e9sista jusqu&rsquo;\u00e0 voler en \u00e9clats, ne parvinrent pas \u00e0 se lib\u00e9rer. Il semble bien qu&rsquo;\u00e0 un tournant de toute l&rsquo;histoire humaine, Nietzsche fut la premi\u00e8re ten\u00adtative que fit la plan\u00e8te de cr\u00e9er un sp\u00e9cimen v\u00e9\u00adritablement humain, c&rsquo;est-\u00e0-dire un homme ne pos\u00ads\u00e9dant plus de moi. Tentative avort\u00e9e, dans cette Europe stagnante encore, malgr\u00e9 que le voile du Mythe se f\u00fbt d\u00e9j\u00e0 d\u00e9chir\u00e9 depuis plusieurs ann\u00e9es, par le d\u00e9terminisme historique. Il fallut encore la guerre, et maintenant il faut les douleurs d&rsquo;une compl\u00e8te auto-destruction d&rsquo;un monde, pour faire na\u00eetre l&rsquo;humain.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em>Le Surhumain n&rsquo;est qu&rsquo;une corruption de l&rsquo;humain, corruption provoqu\u00e9e par le moi des con\u00adqu\u00e9rants<\/em>. Aussit\u00f4t la bataille livr\u00e9e et perdue, le moi, ivre de sa conqu\u00eate mortelle, parce qu&rsquo;il a massacr\u00e9 l&rsquo;\u00e9ternel dans le sous-humain, chante et crie le surhumain, en mani\u00e8re de compensation. Il n&rsquo;y a pas de surhumain sans sous-humain, de m\u00eame que si le bas n&rsquo;existe pas, il ne peut exister de haut. Il est absurde de croire que le surhumain puisse \u00eatre une exaltation de l&rsquo;humain tout court. Car si l&rsquo;humain est r\u00e9int\u00e9gr\u00e9, ainsi qu&rsquo;il faut qu&rsquo;il le soit, dans l&rsquo;harmonie de la Nature, il ne peut pas plus exister de surhumain qu&rsquo;il ne peut exister une surnature.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">En \u00e9tudiant plus tard la Com\u00e9die Religieuse nous verrons \u00e9galement que le surnaturel n&rsquo;est qu&rsquo;une invention qui s&rsquo;oppose au sous-naturel, c&rsquo;est-\u00e0-dire un artifice, un des p\u00f4les de la Com\u00e9die que le moi se joue \u00e0 lui-m\u00eame, un des p\u00f4les entre lesquels il oscille incessamment.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Comme la passion de J\u00e9sus, la passion de Nietzsche est celle du moi, et la fin de cet acte repr\u00e9sente la fin du drame du moi, son irr\u00e9m\u00e9dia\u00adble faillite. Aujourd&rsquo;hui tous les moi simplement honn\u00eates refusent de se leurrer, d&rsquo;inventer le pro\u00adlongement futur d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 laquelle ils ne peuvent m\u00eame plus croire dans leur vie quotidienne. Tous ces \u00e9chafaudages s&rsquo;\u00e9croulent malgr\u00e9 les <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">clo<\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">isons \u00e9tanches o\u00f9 chacun en toute h\u00e2te veut s&rsquo;enfermer. Les cloisons \u00e9tanches n&rsquo;existent pas. Qu&rsquo;on le veuille ou non, l&rsquo;exp\u00e9rience de Nietzsche a pass\u00e9 dans le sous-conscient humain, puisqu&rsquo;\u00e0 travers chacun de ses souvenirs elle nous regarde, lucide. C&rsquo;est ce qui explique les nombreux d\u00e9sespoir, y compris celui de Nietzsche, que ce chant soi-disant triomphal a suscit\u00e9s. D\u00e9sespoir des moi devant leur condamnation \u00e0 mort, sans r\u00e9mission possi<\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">b<\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">le.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Et pourtant c<em>ette mort du moi n&rsquo;est effrayante que si <\/em><em>l\u2019on<\/em><em> ne meurt pas<\/em>. Mourir et se voir mourir c&rsquo;est ne pas mourir, et c&rsquo;est cette non-mort qui est effrayante, lorsqu&rsquo;on se sait irr\u00e9el. Le \u00ab<em> je meurs de <\/em><em>n<\/em><em>e pas mourir<\/em> \u00bb de Th\u00e9r\u00e8se est d&rsquo;une ineffable douceur c\u00f4t\u00e9 du \u00ab <em>je deviens fou de ne pas me perdre<\/em> \u00bb. La solitude de Nietzsche n&rsquo;est un enfer que parce qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas une solitude : je me regarde. C&rsquo;est une dualit\u00e9, c&rsquo;est la dualit\u00e9, inexo\u00adrable. La vraie solitude du je qui se dissout, qui fond dans le Tout, est une extase o\u00f9 l&rsquo;Unit\u00e9 a disparu, en m\u00eame temps qu&rsquo;ont disparu les Nom\u00adbres : il n&rsquo;y a plus de spectateur.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">La solitude de Nietzsche est un vide, c&rsquo;est-\u00e0-dire, une n\u00e9gation. La n\u00e9gation pouss\u00e9e \u00e0 son degr\u00e9 le plus intense est l&rsquo;isolement d&rsquo;un centre de cons\u00adcience, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;isolement du point d&rsquo;interro\u00adgation qui s&rsquo;est d\u00e9tach\u00e9 de la Nature dans le but final de se nier en tant qu&rsquo;interrogation, mais qui pour le moment s&rsquo;affirme en tant qu&rsquo;entit\u00e9 (je suis moi), et de ce fait nie la Nature, l&rsquo;univers entier, donc s&rsquo;oppose \u00e0 son propre retour. Voir en toute lucidit\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 de son retour, c&rsquo;est \u00eatre cons\u00adcient de sa propre irr\u00e9alit\u00e9. <em>La plus grande souf\u00adfrance que nous puissions imaginer au monde est celle d&rsquo;une conscience lucide qui ne peut pas <\/em><em>s\u2019emp\u00eacher<\/em><em> de s&rsquo;identifier <\/em><em>\u00e0<\/em><em> l&rsquo;irr\u00e9alit\u00e9<\/em>. Il n&rsquo;y a plus pour elle que deux issues possibles : la naissance, c&rsquo;est-\u00e0-dire la supr\u00eame illumination de l&rsquo;absolu, ou l&rsquo;avortement : folie et mort.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Le processus de cet avortement est une inten\u00adsit\u00e9 sans cesse croissante de vibrations, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que se produise l&rsquo;\u00e9clatement. Ces vibrations sont des r\u00e9actions fulminantes, des d\u00e9charges d&rsquo;un p\u00f4le \u00e0 l&rsquo;autre, lorsque les p\u00f4les ne parviennent pas \u00e0 s&rsquo;unir dans la totalit\u00e9 de Vie, dans la formidable, paisible, harmonieuse, invisible \u00e9ternit\u00e9. Nous pou\u00advons ais\u00e9ment discerner la cause de cet avorte\u00adment : <em>le moi se nourrit de ces vibrations par des r\u00e9actions<\/em>, des \u00e9clairs fulgurants qui se succ\u00e8dent sans fin dans des t\u00e9n\u00e8bres profondes. Le moi, dans une nuit compl\u00e8tement opaque, dans la nuit la plus dense qu&rsquo;il puisse trouver, cherche l&rsquo;\u00e9blouissement de l&rsquo;\u00e9clair. Il passe de l&rsquo;aveuglement noir \u00e0 l&rsquo;aveu\u00adglement par incandescence, il ne peut supporter un seul instant ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre, et ne peut supporter surtout que cesse l&rsquo;intoxication de ce mouvement. Chaque paroxysme doit \u00eatre surpass\u00e9, car <em>une di\u00adminution d&rsquo;intensit\u00e9 serait, pour le moi une dimi\u00adnution de la sensation qu&rsquo;il a de <\/em><em>lui-m\u00eame.<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Pour le moi, tout doit \u00eatre sensationnel, pour qu&rsquo;il accepte d&rsquo;\u00eatre int\u00e9ress\u00e9. Lorsqu&rsquo;il imagine le passage du plus haut au plus bas, ou du plus noir au plus blanc, ou du plus grand au plus petit, etc&#8230; il fonde sur cela une religion. J\u00e9sus, du plus haut qu&rsquo;on peut, descend au plus bas qu&rsquo;on peut, dieu se fait homme, Nietzsche fait l&rsquo;inverse, il part homme, et arrive au surhumain. L&rsquo;un se fait tr\u00e8s humble, l&rsquo;autre se montre tr\u00e8s orgueilleux. L&rsquo;humble est pourri d&rsquo;orgueil, l&rsquo;orgueilleux est humble. J\u00e9sus n&rsquo;est humble que parce qu&rsquo;il est convaincu qu&rsquo;il est descendu, ce qui est un postulat d&rsquo;orgueil. Nietzsche n&rsquo;est orgueilleux que parce qu&rsquo;il croit qu&rsquo;il monte, ce qui est un postulat d&rsquo;humilit\u00e9. L&rsquo;un et l&rsquo;autre expriment le drame des sous-hommes qui se sont arr\u00eat\u00e9s au seuil de l&rsquo;humain.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">J\u00e9sus annonce sa glorification et meurt dans le doute, Nietzsche meurt dans l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, et ce n&rsquo;est plus qu&rsquo;un pauvre fou. L&rsquo;un et l&rsquo;autre ont accompli leur courbe ; celui qui est descendu de tr\u00e8s haut et qui est mort tr\u00e8s bas est divinis\u00e9, on le fait remonter ; celui qui est parti tr\u00e8s bas pour aller tr\u00e8s haut n&rsquo;est plus qu&rsquo;une loque. Encore mieux, toujours plus sensationnel : l&rsquo;un monte en\u00adcore plus haut que son point de d\u00e9part, pourtant si haut, il devient \u00e0 la fois lui-m\u00eame et dieu-son-\u00adp\u00e8re ; l&rsquo;autre descend plus bas que la moyenne des sous-hommes, il n&rsquo;est plus qu&rsquo;un pauvre fou.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Christ et anti-Christ : alpha et om\u00e9ga d&rsquo;un cycle. Le moi se fait multiple, puis se reprend dans le multiple. Il se r\u00e9pand au dehors, se donne \u00e0 manger, puis il ramasse de nouveau, en un point qui est lui, la trame de l&rsquo;univers. En r\u00e9alit\u00e9 il n&rsquo;a rien fait. Il a cru se r\u00e9pandre, il a cru se reprendre, il s&rsquo;est donn\u00e9 un spectacle, il a jou\u00e9 la Com\u00e9die de sa Passion, afin de ne pas mourir. Cycle mineur au sein d&rsquo;un cycle mill\u00e9naire. J\u00e9sus d\u00e9truit d&rsquo;an\u00adciens dieux et parvient \u00e0 se mettre \u00e0 leur place, Nietzsche d\u00e9truit d&rsquo;anciens dieux, et ne parvient pas \u00e0 les remplacer. La faillite de J\u00e9sus comporte la faillite de l&rsquo;anti-J\u00e9sus. Si une voie est fausse, vouloir la reparcourir en sens inverse n&rsquo;arrange rien. On peut plut\u00f4t dire que c&rsquo;est en la reparcou\u00adrant qu&rsquo;on marque l&rsquo;\u00e9chec d\u00e9finitif du syst\u00e8me. Le moi s&rsquo;identifie \u00e0 l&rsquo;un des p\u00f4les, qu&rsquo;il appelle Dieu, et devient l&rsquo;autre p\u00f4le, qu&rsquo;il appelle homme, afin de l&rsquo;amener \u00e0 lui. D\u00e8s lors toute une civilisa\u00adtion s&rsquo;\u00e9tablit sur ce mythe : le p\u00f4le homme sera amen\u00e9 \u00e0 Dieu. Son aboutissement logique est de pousser enfin un individu \u00e0 s&rsquo;identifier \u00e0 ce p\u00f4le et \u00e0 tenter l&rsquo;aventure du retour. Il la tente si bien qu&rsquo;il nous d\u00e9montre l&rsquo;absurdit\u00e9 de ce va-et-vient entre deux p\u00f4les antinomiques. Que l&rsquo;on parvienne \u00e0 l&rsquo;une ou l&rsquo;autre extr\u00e9mit\u00e9, <em>le cri final qui nous est transmis, est un cri de d\u00e9tresse et de solitude<\/em>.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Voil\u00e0 bien le dernier mot de chacune de ces deux aventures ; le moi est demeur\u00e9 isol\u00e9. L&rsquo;isole\u00adment est ce par quoi l&rsquo;on reconna\u00eet la vraie nature de cet objet \u00e9tonnant, tant\u00f4t dieu tant\u00f4t d\u00e9mon, tant\u00f4t formidable de puissance, tant\u00f4t an\u00e9anti, de cet objet que l&rsquo;on a appel\u00e9 \u00e2me, auquel on a ac\u00adcord\u00e9 l&rsquo;immortalit\u00e9, une participation \u00e0 l&rsquo;absolu. Il est isol\u00e9 par la notion m\u00eame qu&rsquo;il a d&rsquo;\u00eatre une entit\u00e9. S&rsquo;il n&rsquo;avait plus cette notion il ne serait plus l\u00e0. L&rsquo;ayant, il est incomplet, car l&rsquo;isolement est un \u00e9tat n\u00e9gatif, un \u00e9tat qui est le contraire de la pl\u00e9\u00adnitude, le contraire de l&rsquo;immortalit\u00e9, un \u00e9tat qui s&rsquo;oppose \u00e0 la vie, un \u00e9tat antinomique.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">En suivant dans un sens ou dans l&rsquo;autre la voie des contrastes, le Chr\u00e9tien et le Nitzsch\u00e9en ne font que se perdre dans leur propre cercle vi\u00adcieux. Et encore parlons-nous des meilleurs d&rsquo;entre eux, de ceux qui s&rsquo;efforcent de pas s&rsquo;endormir consol\u00e9s ou hypnotis\u00e9s. Ils sont contraints, par les vibrations incessantes d&rsquo;une vie qui s&rsquo;est d\u00e9chir\u00e9e en deux, d&rsquo;osciller de plus en plus rapidement entre deux timbres discordants. Lorsqu&rsquo;ils se re\u00adtrouvent eux-m\u00eames ils sont contraints de se perdre pour se retrouver pour se reperdre et se retrouver sans cesse, sans quoi ils se sentiraient mourir. Ils se d\u00e9truisent d&rsquo;une part, mais uniquement pour se reconstruire, et ne se reconstruisent que pour se d\u00e9truire. Ils refusent de parvenir \u00e0 une pl\u00e9nitude naturelle et \u00e9ternelle, au sein de laquelle le spec\u00adtateur, avant disparu, ne pourrait pas \u00e9prouver la jouissance de sa victoire. S&rsquo;ils br\u00fblent leur pass\u00e9, c&rsquo;est pour se pr\u00e9cipiter dans l&rsquo;avenir, dans un au-del\u00e0 qui, quelle que soit sa nature, est leur seule foi, leur seul espoir : la permanence, la dur\u00e9e de l&rsquo;antinomie.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">L&rsquo;antinomie, c&rsquo;est-\u00e0-dire la conscience de soi, s&rsquo;\u00e9tant attribu\u00e9 l&rsquo;\u00eatre et l&rsquo;immortalit\u00e9, \u00e9prouve, lorsqu&rsquo;elle parvient \u00e0 son plus haut degr\u00e9 d&rsquo;auto-excitation, une extase, une jubilation sans bornes. Elle \u00e9prouve l&rsquo;\u00eatre, elle croit contenir l&rsquo;\u00eatre lui-m\u00eame, et l&rsquo;univers. C&rsquo;est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que se produit la d\u00e9formation fatale, car n&rsquo;ayant pas in\u00adt\u00e9gr\u00e9 le Tout, n&rsquo;ayant pas bris\u00e9 la s\u00e9paration du je et du cela, l&rsquo;homme descend vers le \u00ab cela \u00bb, vers le monde, en R\u00e9dempteur, ou affirme qu&rsquo;il est libre du \u00ab cela \u00bb, qu&rsquo;il est le centre universel de puis\u00adsance et de volont\u00e9. Dans un cas, comme dans l&rsquo;autre, c&rsquo;est la catastrophe : l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 meurt dans le devenir. Le r\u00e9dempteur symbolise le devenir, l&rsquo;homme qui s&rsquo;est sauv\u00e9 symbolise aussi le devenir. Il n&rsquo;y a entre eux qu&rsquo;une diff\u00e9rence de signe : l&rsquo;un provoque une r\u00e9action n\u00e9gative, l&rsquo;autre provoque une r\u00e9action positive. Ces r\u00e9actions n&rsquo;ont rien de commun avec la v\u00e9rit\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">L&rsquo;un et l&rsquo;autre parviennent finalement \u00e0 un sens de libert\u00e9, au sein de leur faillite. L&rsquo;un \u00e9prouve la libert\u00e9 de l&rsquo;esclave, l&rsquo;autre la libert\u00e9 du conqu\u00e9\u00adrant. L&rsquo;esclave se sent libre parce qu&rsquo;il est esclave, le conqu\u00e9rant se sent libre parce qu&rsquo;il est conqu\u00e9\u00adrant. Cette d\u00e9cevante illusion de la libert\u00e9 n&rsquo;est possible que parce que l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 est transform\u00e9e en une mascarade : le devenir. L&rsquo;esclave, dans un futur que lui promet sa foi, sera parmi les pre\u00admiers, et jouira sans fin en contemplant la d\u00e9confi\u00adture ind\u00e9finiment prolong\u00e9e de ses exploiteurs. Le conqu\u00e9rant qui donne comme but aux hommes sa propre position de conqu\u00e9rant, est bien tranquille ils n&rsquo;y parviendront pas tous, donc il pourra ind\u00e9\u00adfiniment dominer sur ceux qui ne s&rsquo;affranchiront pas.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">En r\u00e9alit\u00e9 l&rsquo;esclave a envie d&rsquo;\u00eatre esclave ; mais parce qu&rsquo;il souffre, il trouve des consolations qui lui \u00e9vitent l&rsquo;effort de secouer son esclavage. Le conqu\u00e9rant ne peut se passer de ceux sur qui il domine, et c&rsquo;est pour cela qu&rsquo;il ouvre la voie im\u00adpossible de sa puissance et de sa volont\u00e9. Le con\u00adqu\u00e9rant n&rsquo;est pas plus libre que l&rsquo;esclave. Il a besoin, selon le cas, d&rsquo;\u00e2mes, de soldats, de pays, pour exercer sa domination. L&rsquo;id\u00e9al de volont\u00e9 et de force est la contre-partie de l&rsquo;id\u00e9al de sou\u00admission ; l&rsquo;un et l&rsquo;autre chantent la libert\u00e9 afin de la supprimer en apaisant les consciences. L&rsquo;esclave qui se compla\u00eet dans son esclavage chante sa li\u00adbert\u00e9 \u00ab spirituelle \u00bb dans la prison hi\u00e9rarchique o\u00f9 il va se nicher. Le conqu\u00e9rant, qui a besoin d&rsquo;esclaves, leur dit, tout en exer\u00e7ant sa domination : \u00ab faites comme moi, vous \u00eates libres, soyez des conqu\u00e9rants, je ne puis pourtant pas aller plus loin dans l&rsquo;id\u00e9al de libert\u00e9 \u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>La d\u00e9livrance : la Com\u00e9die est jou\u00e9e<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Toute \u00e9thique, toute philosophie, toute m\u00e9ta\u00adphysique qui, en fin de compte, s&rsquo;appuient sur la r\u00e9alit\u00e9 du moi ne peuvent qu&rsquo;aboutir \u00e0 une des\u00adtruction, par voie hi\u00e9rarchique, de la vie en cha\u00adcun. Affirmer le moi c&rsquo;est affirmer une n\u00e9gation. S&rsquo;identifier au moi, en tant qu&rsquo;\u00eatre, c&rsquo;est s&rsquo;identifier \u00e0 une n\u00e9gation. L&rsquo;homme qui d\u00e9sire vraiment sa lib\u00e9ration, comprend ainsi, que le seul d\u00e9sir de voir cette lib\u00e9ration, l&rsquo;entra\u00eenerait dans une faillite capable d&rsquo;entra\u00eener des millions d&rsquo;hommes \u00e0 la remorque d&rsquo;un nouveau mythe. Il renonce enfin \u00e0 tout ce qui est th\u00e9\u00e2tral, il accepte de n&rsquo;avoir plus d&rsquo;\u00e9clat, d&rsquo;\u00eatre naturel et simple, d&rsquo;\u00eatre semblable \u00e0 rien, de n&rsquo;exister plus comme entit\u00e9. Sa Com\u00e9die est jou\u00e9e, l&rsquo;homme n&rsquo;est plus l\u00e0, seule demeure la simple, la tr\u00e8s simple v\u00e9rit\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">La v\u00e9rit\u00e9 est la signification de chaque chose, la vraie valeur de chaque chose par rapport \u00e0 la permanence universelle. L&rsquo;homme a abandonn\u00e9 d\u00e9finitivement le point de vue de son \u00ab je suis moi \u00bb. Il n&rsquo;a plus de point de vue, parce qu&rsquo;il n&rsquo;a plus de centre. Ce qui est conscient en lui est main\u00adtenant vide de temps et d&rsquo;espace. Ce vide, dans lequel l&rsquo;homme est devenu d&rsquo;une lucidit\u00e9 extr\u00eame, est la pl\u00e9nitude, la totalit\u00e9, car aucun obstacle ne vient plus s&rsquo;interposer entre lui et les autres hom\u00admes, entre lui et les objets. Dans cette permanence dynamique est la seule possibilit\u00e9 de contact d<em>ans lequel ne subsiste aucune attitude<\/em>. L&rsquo;attitude de celui qui se penche vers les malheureux, qui leur prodigue ses consolations et ses soins, l&rsquo;attitude du berger, qui, s&rsquo;il se croit \u00ab divin \u00bb ou \u00ab envoy\u00e9 \u00bb, va jusqu&rsquo;\u00e0 \u00eatre celle d&rsquo;un \u00ab Sauveur \u00bb, \u00e9mane unique\u00adment <em>d&rsquo;un moi qui se situe par rapport aux autres <\/em><em>h<\/em><em>ommes<\/em>, et cette attitude doit \u00eatre d\u00e9nonc\u00e9e comme une trahison de la v\u00e9rit\u00e9. Il n&rsquo;y a point d&rsquo;\u00e0 peu pr\u00e8s en ce qui concerne la v\u00e9rit\u00e9. Celui dont on ne peut m\u00eame plus dire qu&rsquo;il l&rsquo;a trouv\u00e9e, puisqu&rsquo;il s&rsquo;est perdu lui-m\u00eame dans son propre \u00e9panouisse\u00adment, ne secourt ni ne console ni ne sauve. Il secoue dans ses fondations l&rsquo;univers mythique que les moi sous-conscients ont construit en r\u00e9sistant \u00e0 la vie ; il le secoue sans piti\u00e9 parce qu&rsquo;il aime vraiment les sous-hommes, malgr\u00e9 eux, malgr\u00e9 ce qu&rsquo;ils s&rsquo;efforcent d&rsquo;\u00eatre en s&rsquo;opposant \u00e0 eux-m\u00eames ; il est r\u00e9volutionnaire dans la pleine acception de ce mot, il l&rsquo;est psychologiquement et socialement, parce qu&rsquo;il est un danger pour le sous-conscient et pour tout ce qui est construit sur lui. De part et d&rsquo;autre des barri\u00e8res sociales et des fronti\u00e8res, le sous-conscient joue ses innombrables Com\u00e9dies Mythiques, ses com\u00e9dies religieuses et morales, toutes ses com\u00e9dies, o\u00f9 les moi, d\u00e9guis\u00e9s en \u00e2mes et en esprits apparaissent sous des oripeaux d&rsquo;au\u00adtant plus \u00ab c\u00e9lestes \u00bb qu&rsquo;ils cachent mieux leur salet\u00e9, o\u00f9 la soif qu&rsquo;ils ont de poss\u00e9der et d&rsquo;exercer le pouvoir se traduit par des gestes hypocrites de beaut\u00e9, de bont\u00e9, de compassion, de spiritualit\u00e9. Ces moi cherchent tous \u00e0 \u00eatre grands, sous une forme quelconque, par leurs cultures, leurs civilisations, leurs vertus, leurs arts, leurs sciences, leurs richesses, leurs traditions, leurs id\u00e9als, leurs v\u00e9\u00adrit\u00e9s, leurs actions d&rsquo;\u00e9clat, par tout ce qu&rsquo;ils ap\u00adpellent l&rsquo;amour et l&rsquo;intelligence. Et toute cette gran\u00addeur ne fait que rendre plus absurde, leur absurde antinomie.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u00c9veill\u00e9s au milieu de ces somnambules malfai\u00adsants, les hommes qui ne jouent plus la Com\u00e9die du moi, appellent, en parcourant la Terre, des hommes qui acceptent enfin de devenir humains. Ceux qui r\u00e9pondent \u00e0 cet appel imp\u00e9tueux savent bien qu&rsquo;il ne leur reste plus qu&rsquo;une chose \u00e0 faire, urgente, d\u00e9cisive : se jeter dans le Pr\u00e9sent, pour y mourir en tant que moi.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em>Le Pr\u00e9sent est la bonne terre, le sol f\u00e9cond, o\u00f9 le moi, comme le grain des moissons \u00e0 venir, doit se laisser d\u00e9truire et emporter.<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em>Et de m\u00eame que si le grain ne meure, il de\u00admeure solitaire, se dess\u00e8che, puis devient aussi st\u00e9rile qu&rsquo;une pierre, si le moi ne veut mourir, il s&rsquo;oppose \u00e0 la naissance de l&rsquo;Humain.<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em>Si les moi ne veulent mourir, la Terre sera st\u00e9rilis\u00e9e, la vie sera vaincue, car la mis\u00e9rable race sous-humaine s&rsquo;exterminera de ses mains stupides.<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em>Mais si les moi veulent mourir, ils entra\u00eene\u00adront dans leur morts toutes les \u0153uvres n\u00e9fastes qu&rsquo;ils ont accumul\u00e9es pendant des mill\u00e9naires, et dans cette aurore, la Terre enfin r\u00e9nov\u00e9e verra surgir son fruit magnifique, l&rsquo;Humain.<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"RIGHT\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Paris 1932<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"RIGHT\"><a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=14792\"><em>Chapitre pr\u00e9c\u00e9dent<\/em><\/a>\u00a0\u00a0\u00a0 <a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-dialectique-du-moi-par-carlos-suares\/\"><em>Chapitre premier<\/em><\/a><\/p>\n<div>\n<p align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X1\" href=\"#Y1\">[1]<\/a> SIGNES INT\u00c9RIEURS ET EXT\u00c9RIEURS. \u2013 J&rsquo;arr\u00eate ici l&rsquo;attention de ceux qui liront Suar\u00e8s sur le fait suivant. Proust, dont il cite le nom, a peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 sur le point de dresser une th\u00e9orie de l&rsquo;inspiration cr\u00e9atrice, mais \u00e0 aucun moment son \u0153uvre n&rsquo;a manifest\u00e9 qu&rsquo;elle \u00e9tait tra\u00advers\u00e9e de cette lumi\u00e8re d&rsquo;avant le temps o\u00f9 l&rsquo;objet ne peut appara\u00eetre que rev\u00eatu de significations in\u00e9puisables. Les pages de Suar\u00e8s ne nous en expliquent pas moins comment certains \u00e9crivains, dans l&rsquo;exercice de leur facult\u00e9 cr\u00e9atrice, priv\u00e9s soudain de la libert\u00e9 de n&rsquo;\u00eatre que des hommes, ont vu la mati\u00e8re de leurs affabulations devenir, en dehors d&rsquo;eux, comme une lumi\u00e8re pour la pens\u00e9e. Je veux dire que Novalis, par exemple, \u2013 que cela n&#8217;emp\u00eachait d&rsquo;ailleurs pas de se montrer absurde quand il maniait l&rsquo;id\u00e9ologie,\u2013 que Novalis, dans <em>Henri d&rsquo;Ofterdinger<\/em>, ne pouvait pas faire craquer une branche, ni s&rsquo;envoler un oiseau, sans que toute la vertu du conte f\u00fbt envelopp\u00e9e dans ce ph\u00e9nom\u00e8ne si banal comme pour en faire le signe certain que toute la vie s&rsquo;y voyait recommenc\u00e9e. Qu&rsquo;on en puisse dire autant de toute l\u2019\u0153uvre de Raymond Roussel, des plus beaux contes de Jean Cassou ne nous semblerait pas encore \u00e9puiser ce que cette observation contient peut-\u00eatre de f\u00e9cond. Un bonheur exceptionnel, et c&rsquo;est l\u00e0 ce qui me semble le plus significatif, veut que le plus litt\u00e9raire des \u00e9crivains, parfois, Toulet lui-m\u00eame, s&rsquo;introduise dans le cercle magique o\u00f9 les objets pensent pour lui. C&rsquo;est qu&rsquo;alors il a parl\u00e9 au lieu d&rsquo;\u00e9crire \u2014 et voil\u00e0 pourquoi je veux souligner qu&rsquo;il y a l\u00e0 un \u00e9tat particulier de l&rsquo;ins\u00adpiration et non pas la caract\u00e9ristique d&rsquo;une inspiration particuli\u00e8re. Il a parl\u00e9 au lieu d&rsquo;\u00e9crire et s&rsquo;est fait, un instant, le porte-voix d&rsquo;une inspiration populaire, inspi\u00adration que nous trouvons intacte dans les contes que l&rsquo;on recueille, par exemple, dans les villages du Languedoc.<br \/>\nFrapp\u00e9 par ce qu&rsquo;il apparaissait d&rsquo;incontr\u00f4lable dans cette manifestation du g\u00e9nie cr\u00e9ateur dont il avait \u00e9t\u00e9 lui-m\u00eame le lieu, Novalis, dans un des fragments rassembl\u00e9s \u00e0 la suite des \u00ab Disciples \u00e0 Sa\u00efs \u00bb, avait voulu voir s&rsquo;y v\u00e9rifier des correspondances que Jacob Bhoeme, dans le <em>de Signatura rerum<\/em> avait signal\u00e9es comme possibles, si je ne me trompe. Mais ce n&rsquo;\u00e9tait pas \u00e0 la philosophie \u00e0 leur faire un sort. Aussi bien, Novalis lui-m\u00eame, sentant d\u00e9j\u00e0 que philosophie et po\u00e9sie n&rsquo;\u00e9taient qu&rsquo;un double moyen d&rsquo;ap\u00adpr\u00e9hender le r\u00e9el, avait-il transport\u00e9 la merveilleuse inci\u00addence dans un rapide aper\u00e7u sur le \u00ab conte \u00bb, intuition magnifique dont on dirait que de tr\u00e8s belles pages de Rimbaud sont sorties : \u00ab dans un v\u00e9ritable conte tout doit \u00eatre \u00e9trange, myst\u00e9rieux et d\u00e9cousu, tout doit \u00eatre anim\u00e9. Chaque chose d&rsquo;une mani\u00e8re suffisante&#8230; C&rsquo;est ici l&rsquo;\u00e8re de la libert\u00e9, l&rsquo;\u00e9tat primitif de la nature, l&rsquo;\u00e2ge devant que fut le cosmos. Cet \u00e2ge devant que fut le monde offre \u00e9galement les traits \u00e9pars de l&rsquo;\u00e9poque apr\u00e8s le monde&#8230; Le monde du conte est le monde oppos\u00e9 \u00e0 celui de la r\u00e9alit\u00e9 et lui est par cela m\u00eame exactement analogue, ainsi que le chaos \u00e0 la cr\u00e9ation parachev\u00e9e&#8230; Le vrai conte doit \u00eatre la fois une description proph\u00e9tique, une description id\u00e9ale, une description caract\u00e9ristique. Le v\u00e9ritable conteur est un voyant de l&rsquo;avenir&#8230; \u2013 Confessions d&rsquo;un enfant synth\u00e9tique, d&rsquo;un enfant id\u00e9al. \u00bb<br \/>\nCette digression n&rsquo;a d&rsquo;autre but que de me permettre de retourner avec des preuves dans le texte de Suar\u00e8s, \u00e0 l&rsquo;endroit m\u00eame o\u00f9 il est urgent que je soutienne, sous ma propre responsabilit\u00e9, l&rsquo;affirmation suivante : ces signes int\u00e9rieurs sont des \u00e9quivalents rigoureux des signes ext\u00e9\u00adrieurs. Dans un certain \u00e9tat de l&rsquo;inspiration, il semble que <em>sentir en soi son c\u0153ur, ce soit se p\u00e9n\u00e9trer du secret de toute cr\u00e9ation<\/em>. Ainsi pr\u00e9tendrais-je poursuivre pour ma part la dialectique du moi jusque dans le secret d&rsquo;une existence particuli\u00e8re, pour autant qu&rsquo;elle est tomb\u00e9e au pouvoir de l&rsquo;amour \u2014 de l&rsquo;amour, source cach\u00e9e des choses, comme le dit, je crois, fort bien Krishnamurti. \u2013 J. B.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X2\" href=\"#Y2\">[2]<\/a> SUR LA PO\u00c9SIE. \u2014 Le pr\u00e9sent peut se laisser investir par un raisonnement qui, retrouvant son terme initial \u00e0 l&rsquo;issue de son d\u00e9veloppement, s&rsquo;est accompli sans \u00e9veiller le temps, et a fait \u00e9pouser \u00e0 ce terme initial toutes les vertus de ce Pr\u00e9sent envelopp\u00e9, pris comme otage&#8230; Le mythe de la Belle au bois dormant. L&rsquo;homme vivant s&rsquo;approche du Temps dans le Pr\u00e9sent&#8230;<br \/>\n\u00c0 v\u00e9rifier en Po\u00e9sie. Je dis en Po\u00e9sie, et non \u00ab dans l&rsquo;expression po\u00e9tique \u00bb, ce qui serait absurde \u00e9tant donn\u00e9e ma pens\u00e9e. Nous verrions l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment vivant et f\u00e9cond de la po\u00e9sie, plus haut que dans l&rsquo;expression, ailleurs que dans une activit\u00e9 \u2014 souvent vague \u2014 de l&rsquo;esprit. Nous verrions comment la po\u00e9sie <em>est faite<\/em> par tous, et non pas <em>doit<\/em> \u00eatre faite par tous, contre-sens qui a enfant\u00e9 des d\u00e9monstrations ridicules.<br \/>\nJe m&rsquo;explique : il y a des \u00e9vocations, des formes d&rsquo;\u00e9vo\u00adcations plus exactement, des magies qui sont po\u00e9tiques. Ren\u00e9 Nelli me disait qu&rsquo;on pourrait presque en dresser la liste, une sorte de corpus ; en tous cas d\u00e9sint\u00e9grer la po\u00e9sie en r\u00e9v\u00e9lant de quels mythes inconscients elle pro\u00adc\u00e8de. Ce mouvement-l\u00e0, traduisons-le en paroles fran\u00e7aises, russes, anglaises, la po\u00e9sie y restera intacte ; mettons-le, convenablement transpos\u00e9, \u00e0 la sc\u00e8ne, au cin\u00e9ma, faisons-le appara\u00eetre dans un objet, celui-ci repr\u00e9senterait <em>le cadre o\u00f9 le pr\u00e9sent pourrait appara\u00eetre sous une figure de dur\u00e9e<\/em>. Figure qui s\u00e8merait en route le moi cr\u00e9ateur du temps, le moi rationnel, pour en maintenir l&rsquo;attention intacte dans l&rsquo;apparition d&rsquo;une beaut\u00e9 envelopp\u00e9e de l&rsquo;identit\u00e9 des contraires. \u2014 J. B.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X3\" href=\"#Y3\">[3]<\/a> Dans tout cet expos\u00e9, nous ne parlons que du J\u00e9sus mythique des \u00c9vangiles, et non du J\u00e9sus historique, que d&rsquo;ailleurs personne ne conna\u00eet. \u2013 C. 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