{"id":15220,"date":"2014-02-10T04:45:17","date_gmt":"2014-02-10T03:45:17","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=15220"},"modified":"2014-03-20T03:46:57","modified_gmt":"2014-03-20T02:46:57","slug":"la-fin-du-peche-originel-par-archaka","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-fin-du-peche-originel-par-archaka\/","title":{"rendered":"La fin du p\u00e9ch\u00e9 originel par Archaka"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Archaka (1942-1996) de son v\u00e9ritable nom Jehan De Visme a \u00e9crit sous le pseudonyme \u00ab\u00a0Alexandre Kalda\u00a0\u00bb. Il a v\u00e9cu \u00e0 Pondich\u00e9ry depuis 1975 jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort. Il a \u00e9t\u00e9 traducteur de Sri Aurobindo et professeur au Centre international d&rsquo;\u00e9ducation Sri Aurobindo (en 1986).<\/em> <em>Auteur de nombreux livres sur la vie int\u00e9rieur et l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;humanit\u00e9 selon la vision de Sri Aurobindo&#8230;<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"RIGHT\">(Extrait de <em>Les temps pr\u00e9-\u00e9ternels<\/em>. \u00c9dition Grasset 1985)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" align=\"RIGHT\"><a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/retour-a-lorigine-par-archaka\/\">Chapitre suivant<\/a><\/p>\n<p align=\"RIGHT\">\u00d4 mort, tu regardes un monde pas encore termin\u00e9.<br \/>\n<em>Sri Aurobindo, Savitri<\/em><\/p>\n<p align=\"RIGHT\">L&rsquo;univers entier est un acte de Dieu, m\u00eame le simple fait de vivre est son mouvement.<br \/>\nSri Aurobindo, Essais sur la Guita<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>Prologue<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">L&rsquo;homme et Dieu vont de pair. Avant l&rsquo;homme, pas de Dieu auquel il faille croire ou ne pas croire. Non que Dieu, alors, n&rsquo;existe pas, mais l&rsquo;animal n&rsquo;a ni pouvoir ni besoin de s&rsquo;en occuper. Et l&rsquo;homme lui-m\u00eame ne s&rsquo;est pas imm\u00e9diatement dout\u00e9 qu&rsquo;il y e\u00fbt quelque part une Divinit\u00e9. Tout d\u00e9pend, bien s\u00fbr, de ce que nous appelons homme. Les savants, pour leur part, le font remonter \u00e0 homo erectus, il y a un million et demi d&rsquo;ann\u00e9es. Avant, ce n&rsquo;est pas l&rsquo;homme, bien que l&rsquo;on ait retrouv\u00e9 des outils de pierre taill\u00e9e datant de quatre millions d&rsquo;ann\u00e9es <a id=\"Y1\" href=\"#X1\">[1]<\/a> et que de r\u00e9centes d\u00e9couvertes nous aient donn\u00e9 un a\u00efeul non humain mais parfaitement bip\u00e8de, \u00e2g\u00e9 de trois millions et demi d&rsquo;ann\u00e9es <a id=\"Y2\" href=\"#X2\">[2]<\/a>. C&rsquo;est dire le temps consid\u00e9rable qu&rsquo;il a fallu pour qu&rsquo;un \u00eatre \u00e9merge de l&rsquo;animalit\u00e9 primitive et devienne la souche de notre race.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Mais pour scientifiquement humain que nous le reconnaissions, quel rapport homo erectus a-t-il avec nous ? En quoi nous est-il semblable, et en quoi \u00e9tranger ? Que son physique et certains de ses modes de vie le rapprochent de ce que nous sommes, c&rsquo;est possible et m\u00eame probable. Son apparence nous effraierait ou nous d\u00e9go\u00fbterait peut-\u00eatre, mais avec les savants nous pouvons quand m\u00eame lui conc\u00e9der le nom d&rsquo;homme. Quelque chose lui manque cependant pour \u00eatre plus que cet anc\u00eatre obscur et vaguement monstrueux, pour \u00eatre plus, m\u00eame, que notre fr\u00e8re de chair et de sang : notre compagnon d&rsquo;id\u00e9al et d&rsquo;amour. Et ce quelque chose, \u2014 il est difficile de le d\u00e9finir; ce n&rsquo;est pas exactement la mentalit\u00e9 il devait en poss\u00e9der une, si rudimentaire qu&rsquo;elle f\u00fbt \u2014, ce n&rsquo;est pas le langage \u2014 que, justement, on date en g\u00e9n\u00e9ral de son apparition \u2014, c&rsquo;est un usage plus subtil, plus complexe, plus raffin\u00e9, plus abstrait du langage et de la mentalit\u00e9, une fa\u00e7on non seulement de d\u00e9couvrir le monde ext\u00e9rieur et de le nommer, mais de l&rsquo;inter\u00adroger, de pressentir, au-del\u00e0 de l&rsquo;apparence, une autre r\u00e9alit\u00e9 : ce que nous appelons les dieux, derri\u00e8re le rayonnement desquels se cache un plus haut myst\u00e8re encore, qui est Dieu Lui-m\u00eame.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u00c0 partir de quel moment l&rsquo;homme a-t-il com\u00admenc\u00e9 de soup\u00e7onner l&rsquo;existence de forces sup\u00e9rieures qu&rsquo;il lui fallait adorer ? Est-ce il y a huit cent mille ans, lorsqu&rsquo;il ma\u00eetrisa le feu ? Est-ce avant ? Ou est-ce beaucoup plus pr\u00e8s de nous, lorsque les n\u00e9anderthaliens commenc\u00e8rent d&rsquo;enterrer leurs morts, prouvant par l\u00e0 leur pr\u00e9monition d&rsquo;un au-del\u00e0 du monde et qu&rsquo;ils avaient capt\u00e9 un \u00e9l\u00e9ment non mat\u00e9riel, ou moins mat\u00e9riel en leur \u00eatre ?<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Quoi qu&rsquo;il en soit, il est \u00e9vident, d&rsquo;apr\u00e8s les donn\u00e9es m\u00eames de la pal\u00e9o-anthropologie, que plus l&rsquo;homme a \u00e9volu\u00e9 plus Dieu s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9. C&rsquo;est, dirait-on, un m\u00eame mouvement, un unique ph\u00e9nom\u00e8ne de conscience \u00e0 la fois ext\u00e9rieur et int\u00e9rieur. L&rsquo;homme grandissant, Dieu grandit pour lui. Autre\u00adment dit, l&rsquo;homme comprend de mieux en mieux la Divinit\u00e9, m\u00eame s&rsquo;il semble parfois la nier. Il la poss\u00e8de de plus en plus clairement et, d\u00e8s lors, la devient de plus en plus int\u00e9gralement.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u00c0 cette progressive conqu\u00eate de l&rsquo;univers qui nous entoure, puis de ce qui le d\u00e9passe \u2014 et qui est tr\u00e8s exactement ce que nous enseigne l&rsquo;\u00e9tude de la Pr\u00e9histoire \u2014, nous donnons le nom d&rsquo;\u00e9volution, mais sans toujours voir qu&rsquo;elle se poursuit en ce moment pr\u00e9cis et qu&rsquo;elle a fatalement un sens divin du fait m\u00eame qu&rsquo;il s&rsquo;agit de ma\u00eetriser toujours plus par\u00adfaitement le monde, son origine, son assise et sa fin. Or, jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, les religions n&rsquo;ont gu\u00e8re propos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;homme d&rsquo;explication satisfaisante de sa pr\u00e9sence sur la Terre. Toutes lui ont impos\u00e9, plut\u00f4t, des palliatifs et des exp\u00e9dients, parfois sublimes, parfois na\u00effs, toujours destin\u00e9s, en tout cas, \u00e0 lui faire accepter son s\u00e9jour mortel en r\u00eavant d&rsquo;immortalit\u00e9. Mais le pourquoi de ce monde et de l&rsquo;humanit\u00e9 de\u00admeurait sans r\u00e9ponse. Et c&rsquo;est que la science de l&rsquo;\u00e9volution est toute nouvelle, m\u00eame si Napol\u00e9on \u00e9crivait d\u00e9j\u00e0 que \u00ab la plante est le premier anneau de la cha\u00eene dont l&rsquo;homme est le dernier <a id=\"Y3\" href=\"#X3\">[3]<\/a>\u00bb, et cor\u00adrespond \u00e0 une nouvelle \u00e9tape de la conscience, \u00e0 de nouveaux pouvoirs et a de nouveaux besoins.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Un \u00eatre, toutefois, a maintenant \u00e9lev\u00e9 la voix pour r\u00e9pondre : l&rsquo;\u0153uvre enti\u00e8re de Sri Aurobindo n&rsquo;a, en effet, d&rsquo;autre but que d&rsquo;expliquer la raison de notre pr\u00e9sence ici-bas et l&rsquo;enchantement de cette \u00e9volution o\u00f9 c&rsquo;est Dieu Lui-m\u00eame qui, involu\u00e9 dans les choses, en \u00e9volue peu \u00e0 peu. Du coup, des centaines de mill\u00e9naires sans objet se trouvent illumin\u00e9s. La vanit\u00e9 des choses se mue magiquement en une occulte n\u00e9cessit\u00e9. Notre mort a sa raison d&rsquo;\u00eatre, qui est d&rsquo;apprendre \u00e0 ne plus mourir. Et le mal qui nous hante \u00e0 chaque instant est peut-\u00eatre notre mentor le plus efficace et le plus vigilant.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Jusqu&rsquo;\u00e0 cette notion de p\u00e9ch\u00e9 dont nous ne voulons plus, v\u00eatement d\u00e9sormais trop petit et us\u00e9 pour notre conscience, jusqu&rsquo;\u00e0 cette notion, surtout, de p\u00e9ch\u00e9 originel qui, s&rsquo;\u00e9lucidant, s&rsquo;effondre et nous lib\u00e8re, nous d\u00e9livrant par l\u00e0 m\u00eame de l&#8217;empire des religions \u2014 et de ce qui les nie.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Car le temps n&rsquo;est plus aux religions et \u00e0 l&rsquo;ado\u00adration des dieux ; il est \u00e0 la spiritualit\u00e9 et \u00e0 l&rsquo;union avec Dieu, \u00e0 une union pl\u00e9ni\u00e8re et absolue avec Lui jusqu&rsquo;\u00e0 Le devenir.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u00ab L&rsquo;animal, avant qu&rsquo;il soit corrompu, n&rsquo;a pas encore mang\u00e9 du fruit de la connaissance du bien et du mal ; le dieu n&rsquo;y a pas touch\u00e9, il a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 l&rsquo;arbre de la vie \u00e9ternelle ; l&rsquo;homme se tient entre le ciel sup\u00e9\u00adrieur et la nature inf\u00e9rieure.<\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">La M\u00e8re, commentant cet aphorisme de Sri Aurobindo, fit un jour allusion \u00e0 la parabole de la Gen\u00e8se : \u00ab Cet occultiste dont j&rsquo;ai parl\u00e9 disait que la tra\u00adduction vraie de l&rsquo;histoire de la Bible (du paradis et du serpent) est que l&rsquo;homme a voulu passer d&rsquo;un \u00e9tat de divinit\u00e9 animale, comme les animaux, \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de divinit\u00e9 consciente par le d\u00e9veloppement mental (et c&rsquo;est cela, le symbole, quand on dit qu&rsquo;ils ont mang\u00e9 du fruit de l&rsquo;arbre de la connaissance). Et ce serpent (il disait toujours que c&rsquo;\u00e9tait un serpent iris\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il avait toutes les cou\u00adleurs du prisme), ce n&rsquo;\u00e9tait pas du tout l&rsquo;esprit du mal, c&rsquo;\u00e9tait la force \u00e9volutive \u2014 la force, le pouvoir d&rsquo;\u00e9volution \u2014 et que, naturellement, c&rsquo;\u00e9tait le pouvoir d&rsquo;\u00e9volution qui les avait fait go\u00fbter au fruit de la connaissance.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u00ab Et alors, selon lui, J\u00e9hovah \u00e9tait le chef des asouras <a id=\"Y4\" href=\"#X4\">[4]<\/a>, le supr\u00eame asoura \u2014 le dieu \u00e9go\u00efste qui voulait tout dominer et que tout soit sous son con\u00adtr\u00f4le \u2014 et du moment o\u00f9 il a pris la position de seigneur supr\u00eame par rapport \u00e0 la r\u00e9alisation terrestre, il ne lui a pas plu, naturellement, que l&rsquo;homme fasse ce progr\u00e8s mental qui lui donnerait une connaissance lui permettant de ne plus lui ob\u00e9ir ! \u00c7a l&rsquo;a rendu furieux ! Parce que cela permettait \u00e0 l&rsquo;homme de devenir un dieu par le pouvoir d&rsquo;\u00e9volu\u00adtion de la conscience. Et c&rsquo;est pour \u00e7a qu&rsquo;ils ont \u00e9t\u00e9 chass\u00e9s du paradis.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u00ab Il y a beaucoup de v\u00e9rit\u00e9 l\u00e0-dedans, beaucoup. Et Sri Aurobindo \u00e9tait pleinement d&rsquo;accord ; il disait la m\u00eame chose : c&rsquo;est la puissance \u00e9volutive, mentale, qui a men\u00e9 l&rsquo;homme vers la connaissance, une connaissance qui \u00e9tait une connaissance de division. Et c&rsquo;est un fait que l&rsquo;homme est devenu conscient de lui-m\u00eame avec le sens du Bien et du Mal. Mais naturellement, cela a tout g\u00e2t\u00e9 et il n&rsquo;a pas pu rester ; il a \u00e9t\u00e9 chass\u00e9 par sa conscience elle-m\u00eame ; il ne pouvait plus rester.<\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u00bb<a id=\"Y5\" href=\"#X5\">[5]<\/a><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">La souillure est-elle donc enfin effac\u00e9e ? Enfin clarifi\u00e9 le p\u00e9ch\u00e9 originel, cancer de l&rsquo;Occident ? Que de si simples mots y parviennent, on n&rsquo;en saurait douter, tant ils nous rendent tout limpide, ni que devienne alors possible le r\u00eave dor\u00e9 de notre avenir.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Bien des paroles, depuis des si\u00e8cles, ont \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9es pour nous fl\u00e9trir ou nous racheter en vertu d&rsquo;incompr\u00e9hensibles politiques. Mais \u00e0 pr\u00e9sent, la faute est purement et simplement abolie sans qu&rsquo;il nous soit rien demand\u00e9 en retour. La tare a disparu, que nous trouvions d&rsquo;autant plus infamante qu&rsquo;elle n&rsquo;\u00e9tait fond\u00e9e sur rien et qu&rsquo;\u00e0 vouloir nous en laver nous ne faisions que l&rsquo;ensevelir dans les cryptes du subconscient, o\u00f9 elle pouvait mener sa vie fan\u00adtomale et tisser son angoisse.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Car m\u00eame si nous nous pensions d\u00e9tach\u00e9s des anciens dieux et des vieux dogmes, leur ombre r\u00e9gnait encore en nous. \u00c0 telle enseigne que l&rsquo;ath\u00e9e d&rsquo;Occident porte encore en lui la tache de l&rsquo;\u00c9glise qu&rsquo;il a pourtant reni\u00e9e : le mat\u00e9rialiste le plus convaincu, l&rsquo;agnostique le plus sinc\u00e8re agissent selon des normes religieuses p\u00e9rim\u00e9es. Les races occidentales \u2014 et les races d&rsquo;Orient qu&rsquo;elles ont \u00e9vang\u00e9lis\u00e9es sur le plan religieux ou social \u2014 ont \u00e9t\u00e9 coul\u00e9es dans le moule du p\u00e9ch\u00e9 originel. Sans doute les si\u00e8cles ont-ils peu \u00e0 peu effac\u00e9 les signes myst\u00e9rieux qui recou\u00advraient le moule. Sans doute le sens en a-t-il \u00e9t\u00e9 perdu \u00e0 tout jamais. N\u00e9anmoins, le moule n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 bris\u00e9. Si torturant et inappropri\u00e9 qu&rsquo;il soit, les hommes d&rsquo;Occident et d&rsquo;ailleurs continuent d&rsquo;y \u00eatre coul\u00e9s.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Au fond de sa conscience l&rsquo;ouvrier sovi\u00e9tique, sans m\u00eame s&rsquo;en douter, est aussi impr\u00e9gn\u00e9 du sens de la faute que les illumin\u00e9s du Moyen \u00c2ge ou que les racistes du Sud-am\u00e9ricain pour qui l&rsquo;homme noir incarne le p\u00e9ch\u00e9. La Chine elle-m\u00eame, si sou\u00adcieuse, pourtant, de remodeler sa pens\u00e9e&#8230;<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Critique, auto-critique, chasse aux sorci\u00e8res, chasse aux chasseurs de sorci\u00e8res, fanatisme, intol\u00e9rance en vue de b\u00e2tir sur Terre un nouveau paradis d&rsquo;o\u00f9 seront exclus ceux qui n&rsquo;adh\u00e9reront pas au credo du vainqueur ; le syst\u00e8me policier des r\u00e9gimes totalitaires, l&rsquo;Inquisition, le nazisme, ou toute forme de s\u00e9gr\u00e9gation face aux diverses ethnies, face aux couleurs de la peau, du statut social ou de ta pens\u00e9e : racisme anti-imp\u00e9rialiste, anti-bourgeois, anti-communiste, o\u00f9 l&rsquo;on oublie, de part et d&rsquo;autre, la simple qualit\u00e9 d&rsquo;homme \u2014 tous ces \u00e9pouvantails de notre temps plongent leurs racines dans le jardin d&rsquo;\u00c9den et, comme J\u00e9hovah, diaboliquement, au nom d&rsquo;un bien sup\u00e9rieur, interdisent, extradent, an\u00e9antissent.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Le droit \u00e0 l&rsquo;existence est par eux contest\u00e9 comme il le fut, dans le mythe, par le premier Dieu de la Bible. Car c&rsquo;est en v\u00e9rit\u00e9 de cela qu&rsquo;il s&rsquo;agit et dont nous retrouvons d&rsquo;\u00e2ge en \u00e2ge l&rsquo;\u00e9cho \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de l&rsquo;individu autant que des nations, des castes ou des races : avons-nous le droit d&rsquo;exister ? Devons-nous courber le front devant une Loi injustifiable qui nous condamne, ou bien nous insurger ? Cette parabole du p\u00e9ch\u00e9 originel n&rsquo;a pas d&rsquo;autre sens : il n&rsquo;est pour nous de vie possible qu&rsquo;au prix d&rsquo;une r\u00e9volte qui est aussi une immolation de notre \u00eatre.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">D&rsquo;o\u00f9 le baume des paroles de la M\u00e8re : le p\u00e9ch\u00e9 originel est le contraire d&rsquo;une faute, il est la marque d&rsquo;un progr\u00e8s, une \u00e9tape sur la route royale de l&rsquo;\u00e9vo\u00adlution plan\u00e9taire, et le Dieu qui proscrit l&rsquo;acte \u00e9volutif ne peut \u00eatre que d\u00e9moniaque. Trois mille ans de fable t\u00e9n\u00e9breuse conjur\u00e9s par quelques phrases. Et \u00e0 en prendre connaissance, l&rsquo;\u00e2me qui, sous ce dieu du mal, a offert l&rsquo;oblation de la sueur, des larmes et du sang, l&rsquo;oiseau transparent de l&rsquo;\u00e2me prend soudain son essor vers un ciel dont tout mal a disparu \u2014 car une fois remis le p\u00e9ch\u00e9 originel, nul p\u00e9ch\u00e9 n&rsquo;existe plus. Le mal tout entier se trouve d\u00e9racin\u00e9. Les yeux de l&rsquo;homme s&rsquo;ouvrent, et d&rsquo;autres temps commencent. Il n&rsquo;est plus question que d&rsquo;\u00e9volution \u2014 d&rsquo;\u00e9l\u00e9vation \u2014 depuis une conscience<\/span><\/span> <span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">inf\u00e9rieure vers une conscience sup\u00e9rieure. Gr\u00e2ce \u00e0 quoi, un jour, nous saurons tout et le pourquoi de tout.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"CENTER\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">*** ***<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"RIGHT\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u00ab\u00a0Du non-\u00eatre \u00e0 l&rsquo;\u00eatre vrai, des t\u00e9n\u00e8bres \u00e0 la Lumi\u00e8re,<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"RIGHT\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">de la mort \u00e0 l&rsquo;Immortalit\u00e9, \u00d4M, Paix ! Paix! Paix!\u00a0\u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"RIGHT\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><em>Brihad\u00e2ranyaka Oupanishad<\/em><\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">, 1.2.28.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>1. La fin du p\u00e9ch\u00e9 originel<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">L&rsquo;Espace et le Temps d\u00e9ferlaient immesurablement. Mais la Terre n&rsquo;existait pas. Et l&rsquo;Espace et le Temps continu\u00e8rent de d\u00e9ferler comme une vague perp\u00e9\u00adtuelle port\u00e9e par un invisible oc\u00e9an. Puis, la Terre commen\u00e7a d&rsquo;exister. Et pendant des milliards d&rsquo;an\u00adn\u00e9es, ni l&rsquo;Espace ni le Temps n&rsquo;exist\u00e8rent pour la Terre. Puis, elle commen\u00e7a de percevoir leur exis\u00adtence. Et il y eut les jours et les nuits, les saisons et les ann\u00e9es. Et il y eut la distance qui s\u00e9pare et qui rapproche, il y eut les plaines, les gouffres et les monts, les mers, les fleuves et les lacs, le Soleil et la Lune et les peuples d&rsquo;\u00e9toiles. Et tout devint myst\u00e8re.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Tout cela qui existait jusqu&rsquo;alors sans personne qui p\u00fbt s&rsquo;en effrayer ou s&rsquo;en \u00e9merveiller, devint aventure sacr\u00e9e, conqu\u00eate interminable. Des yeux se pos\u00e8rent sur chaque chose, y d\u00e9couvrant ce que nul \u00eatre auparavant n&rsquo;y avait su percevoir. Les signes se multipli\u00e8rent, qui avaient toujours \u00e9t\u00e9 l\u00e0, mais que nul \u00eatre n&rsquo;avait encore eu besoin de comprendre et de d\u00e9chiffrer. Peu \u00e0 peu, de sa gangue d&rsquo;oubli, la Terre \u00e9mergea, recouverte d&rsquo;un imm\u00e9morial al\u00adphabet, grosse de r\u00eaves taraudants et intarissables. De son coma, elle naquit peu \u00e0 peu \u00e0 la conscience d&rsquo;elle-m\u00eame et du cosmos. Et sa conscience \u00e9tait en un \u00eatre qui \u00e9ructait des sons obscurs o\u00f9, toute\u00adfois, se pr\u00e9figurait la psalmodie de l&rsquo;\u00e2me.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">D\u00e9j\u00e0, comme en un songe, l&rsquo;aventure avait commenc\u00e9 dans le torrent des \u00e2ges ; d\u00e9j\u00e0, des formes avaient tent\u00e9 la d\u00e9couverte afin de s&rsquo;\u00e9tablir et de survivre. Et il y avait eu d&rsquo;immenses \u00e9poques o\u00f9 le monde somnambule s&rsquo;\u00e9tait lentement extirp\u00e9 de l&rsquo;oubli. D&rsquo;interminables \u00e8res s&rsquo;\u00e9taient \u00e9coul\u00e9es, o\u00f9 la vie semblait ne pas exister, o\u00f9 la Terre, sous son armure de monts et de rocs, vacillait, endormie, dans l&rsquo;Espace que rien, \u00e0 sa surface, ne voyait. Puis, la plan\u00e8te de pierre avait d\u00e9livr\u00e9 ce qu&rsquo;elle ne parais\u00adsait pas contenir, et son corps de gisante s&rsquo;\u00e9tait recouvert d&rsquo;eau et couvert de for\u00eats. Et pas plus que les basaltes, les arbres ni la mer n&rsquo;avaient per\u00e7u le ciel ou devin\u00e9 la dur\u00e9e des choses et leur aboli\u00adtion. Mais, le miracle, s&rsquo;\u00e9tait poursuivi, scand\u00e9 par les s\u00e9ismes.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Idole apr\u00e8s idole avait \u00e9t\u00e9 offerte au jour \u00e9tin\u00adcelant et \u00e0 la nuit d&rsquo;or et de jais. Et le mouvement qui n&rsquo;\u00e9tait pas visible dans les min\u00e9raux mais y or\u00adchestrait la cristallisation de l&rsquo;informel et de l&rsquo;intan\u00adgible, le mouvement qui demeurait \u00e0 peine dans les premi\u00e8res algues de la mer mais y inspirait le fou d\u00e9sir de cro\u00eetre et de se modifier, le mouvement aux ailes de feu s&rsquo;\u00e9tait peu \u00e0 peu r\u00e9pandu comme un vent inexorable et transfigurateur. Et la surface de la Terre avait fr\u00e9mi de la vie des arbres et s&rsquo;\u00e9tait mise \u00e0 bouger sous le pas effar\u00e9 de multitudes animales. Mais les animaux non plus n&rsquo;avaient pas \u00e9prouv\u00e9 la profondeur du firmament ni le commencement, le milieu et la fin des choses. Le ciel n&rsquo;existait pas pour eux, ni l&rsquo;avant ni l&rsquo;apr\u00e8s. Ni rien en eux ne les distinguait vraiment du monde o\u00f9 ils apparaissaient et disparaissaient. En ce temps-l\u00e0, la Terre et ses cr\u00e9atures \u00e9taient un seul \u00eatre, et un seul \u00eatre la Terre et le Ciel.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Puis, avec une lenteur titubante, l&rsquo;un des ani\u00admaux remua \u2014 ou il sentit remuer en lui un songe qui le faisait sentir diff\u00e9remment et vouloir autre chose. Une force descendait de hauteurs insoup\u00ad\u00e7onn\u00e9es et redressait \u00e0 mesure la silhouette animale pour la transmuer en un monde nouveau. Et peu \u00e0 peu, en effet, ce monde naquit. Peu \u00e0 peu, cet animal apprit \u00e0 se dissocier de l&rsquo;immense sein des choses, \u00e0 s&rsquo;extraire de la torpeur de la prime Nature, \u00e0 s&rsquo;arracher au corps qui le contenait et avec lequel il \u00e9tait un. Peu \u00e0 peu, au fil de mill\u00e9naires incalcu\u00adlables, au fil de centaines et de centaines de milliers d&rsquo;ann\u00e9es, \u00e0 t\u00e2tons, cet \u00eatre apprit irr\u00e9versiblement \u00e0 se retrancher des profondes entrailles du monde endormi. Erreur apr\u00e8s erreur, terreur apr\u00e8s terreur, il se d\u00e9prit du t\u00e9gument de narcose qui lui recou\u00advrait l&rsquo;\u00e2me et, fendant les voiles de l&rsquo;amn\u00e9sie mat\u00e9\u00adrielle, il naquit peu \u00e0 peu \u00e0 l&rsquo;individualit\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Alors, peu \u00e0 peu, il y eut lui et le monde, lui et chaque chose du monde, lui dans sa solitude inqui\u00e8te et irr\u00e9m\u00e9diable face \u00e0 la multiple immen\u00adsit\u00e9 du monde terrestre et de l&rsquo;univers sid\u00e9ral. Et le sens irr\u00e9fl\u00e9chi de l&rsquo;unit\u00e9 s&rsquo;effa\u00e7a de son \u00eatre. Tout devint innombrable. Et il y eut alors le Temps, il y eut alors l&rsquo;Espace. Car, \u00e0 pr\u00e9sent, l&rsquo;homme \u00e9tait n\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Or, ce terrible et minutieux prodige dont l&rsquo;accomplissement prit des millions d&rsquo;ann\u00e9es, cette cr\u00e9ation nouvelle issue du labeur tellurique, ce farouche enfantement de l&rsquo;homme, cette naissance \u00e0 une neuve perception du monde o\u00f9, brusquement et sans merci, tout repose sur la dualit\u00e9 et o\u00f9 tout est poursuite d&rsquo;une impossible unit\u00e9, c&rsquo;est cela qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui une partie de la Terre appelle le p\u00e9ch\u00e9 originel.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Ce regard \u00e9tonn\u00e9 d&rsquo;animal qui ne reconna\u00eet rien et se sent diff\u00e9rent, cette h\u00e9b\u00e9tude et cette douleur d&rsquo;\u00eatre n\u00e9 hors de ce qui, jusque-l\u00e0, \u00e9tait le bienheureux enclos de la vie, le jardin, la matrice, ce patient polissage de la conscience pour qu&rsquo;enfin elle sente l&rsquo;Espace et le Temps, la Vie et la Mort, le mien et le non-mien, le plaisir et la peine, le jour et la nuit, le oui et le non des choses, le Bien et le Mal de l&rsquo;univers, cette lente m\u00e9tamorphose de l&rsquo;innocence obscure en promesse de science et qui, d&rsquo;abord, aboutit \u00e0 la stupeur avant de desceller au fond de l&rsquo;\u00eatre les portes cach\u00e9es de la connaissance, \u2014 c&rsquo;est donc cela, le p\u00e9ch\u00e9 originel ? Et \u00e0 cause de cela que l&rsquo;homme nouveau-n\u00e9 fut, pour son ch\u00e2ti\u00adment, chass\u00e9 du paradis de l&rsquo;indiff\u00e9renci\u00e9 o\u00f9 il vivait nu parmi les animaux qu&rsquo;il comprenait et les fleurs qu&rsquo;il aimait ? Ce degr\u00e9 nouveau de la cr\u00e9ation divine, cette \u00e9tape nouvelle de l&rsquo;odyss\u00e9e des astres et qui<\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">,<\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"> lui donnant pour vivre des instruments plus pr\u00e9cis, rapproche la cr\u00e9ature de la Divinit\u00e9 \u2014 si c&rsquo;est bien cela, le p\u00e9ch\u00e9 originel, que b\u00e9nie soit alors la main qui cueillit le fruit, symbole de cette nouvelle cons\u00adcience, et consentit au sacrifice.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u00c8ve, au pied de l&rsquo;Arbre, est la premi\u00e8re d\u00e9esse du genre humain. Prenant sur elle le risque de d\u00e9fier l&rsquo;ordre \u00e9tabli dans la Nature, transgressant la loi de ce qui, pour perdurer, veut emp\u00eacher tout progr\u00e8s, confiante en la Lumi\u00e8re qui la guide, elle tend la main vers l&rsquo;aube qui vient et, s&rsquo;offrant en holo\u00adcauste, commet le crime inexpiable d&rsquo;ouvrir des chemins neufs en le vaisseau d&rsquo;argile o\u00f9 s&rsquo;incarne son \u00e2me et qui doit enfanter la race des hommes <a id=\"Y6\" href=\"#X6\">[6]<\/a>.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Depuis la somnolence diapr\u00e9e du r\u00e8gne animal, elle scrute le royaume de l&rsquo;\u00e9veil o\u00f9 nul n&rsquo;a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 encore. D&rsquo;avance, elle consent \u00e0 la douleur que l&rsquo;inconnu rec\u00e8le et s&rsquo;abandonne \u00e0 la Force qui la meut et la rend visionnaire et qui, \u00e0 mesure que s&rsquo;\u00e9couleront les centaines de milliers d&rsquo;ann\u00e9es, para\u00adch\u00e8vera son geste, fa\u00e7onnant corps apr\u00e8s corps la d\u00e9finitive forme humaine. Fid\u00e8le, la Voix en elle retentira de corps en corps et, de ses injonctions, retouchera sans fin l&rsquo;ordonnance de l&rsquo;effigie future. Nulle civilisation, si glorieuse soit-elle, n&rsquo;aura dur\u00e9 aussi longtemps que la perp\u00e9tration de ce crime sacr\u00e9. Nulle apoth\u00e9ose n&rsquo;aura \u00e9t\u00e9 aussi \u00e9clatante que ce que la m\u00e9moire d&rsquo;une r\u00e9sistance \u00e9norme en la Nature appelle aujourd&rsquo;hui la chute.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Mais du jardin d&rsquo;\u00c9den, \u00c8ve a, dit-on, \u00e9t\u00e9 bannie, ainsi que l&rsquo;homme, qu&rsquo;elle a entra\u00een\u00e9 sur les sentiers d\u00e9chirants du futur. Divinement insurg\u00e9e, elle a os\u00e9 vouloir l&rsquo;intelligence et accept\u00e9 l&rsquo;exil. Et toute l&rsquo;Histoire du monde est son histoire, est le po\u00e8me qu&rsquo;au long des si\u00e8cles elle compose et qui doit s&rsquo;achever dans le silence illumin\u00e9 de l&rsquo;\u00e2me enfin ma\u00eetresse de la Mati\u00e8re. Car le p\u00e9ch\u00e9 originel n&rsquo;est autre, en r\u00e9a\u00adlit\u00e9, que le premier acte de l&rsquo;\u00e2me en vue de son ultime extase en Dieu.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Combien de temps fallut-il pour que des yeux s&rsquo;ouvrissent au sentiment des formes telles qu&rsquo;elles nous apparaissent aujourd&rsquo;hui en leur indubitable pr\u00e9cision ? Et quelles formes voient donc les animaux, dont nous sommes issus ? En quel monde vivent-ils, qu&rsquo;au prix d&rsquo;une faute all\u00e9gorique \u00c8ve nous fit pour jamais quitter ? En quels souterrains de la conscience rampent ceux qui nous semblent pourtant courir et galoper et voler ?<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">R\u00e8gne apr\u00e8s r\u00e8gne, la Terre a auscult\u00e9 le lieu de son \u00eatre. Et peu \u00e0 peu, comme une fleur s&rsquo;ouvre jus\u00adqu&rsquo;en son c\u0153ur, la conscience s&rsquo;est d\u00e9close et, d&rsquo;\u00e9tape en \u00e9tape, a recr\u00e9\u00e9 le monde. Du n\u00e9ant de l&rsquo;incons\u00adcience initiale, la conscience a lentement \u00e9merg\u00e9, s&rsquo;exprimant \u00e0 travers d&rsquo;impuissants et sublimes ins\u00adtruments, cherchant de plus en plus par leur chenal \u00e0 capter la v\u00e9rit\u00e9 du monde. Et le fruit de ses couches a \u00e9t\u00e9 la cendre et les roches aveugles, a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;herbe et la for\u00eat aux harpes v\u00e9g\u00e9tales, a \u00e9t\u00e9 la larve et l&rsquo;insecte, le fauve et la b\u00eate innocente, mi\u00adracles myriadaires. Mais aucune de ces formes n&rsquo;a pu nommer le monde, ni encore moins en deviner l&rsquo;au-del\u00e0. Perdue en un songe insondable, l&rsquo;\u00e2me de la Terre a sans rel\u00e2che aspir\u00e9 \u00e0 la consciente \u00e9treinte du ciel, \u00e0 l&rsquo;union avec le Soleil dont elle vient et dont ses flancs conservent la m\u00e9moire comme en un sanctuaire interdit : en son tr\u00e9fonds, parmi le feu des magmas sans fin renouvel\u00e9s, se forment impr\u00e9visiblement le visage et le corps des nouvelles cr\u00e9ations, des cristaux arachn\u00e9ens, des fleurs enchant\u00e9es, des animaux magiques, mais dont la beaut\u00e9 est frapp\u00e9e de c\u00e9cit\u00e9 ou de stupeur \u2014 et pendant des milliards d&rsquo;ann\u00e9es, la Terre a pri\u00e9 et enfant\u00e9, sans que lui naquit celui qui saurait voir.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Quelle montagne, en effet, a vu le ciel ? Ni sommet ni poussi\u00e8re n&rsquo;en furent jamais capables, non plus que de discerner le passage ininterrompu du Temps. Et quelle fleur ou quel arbre a pressenti les constellations ? Ni lotus ni s\u00e9quoia ne l&rsquo;ont jamais pu, qui toutefois ont r\u00e9pondu \u00e0 la lumi\u00e8re et se sont tourn\u00e9s vers le soleil pour cro\u00eetre et devenir parfaits. Et quel animal a compris le mouvement de la Terre dans son cocon d&rsquo;\u00e9toiles ? Ni le serpent qui rampe, ni le poisson au fond des eaux, ni aucun quadrup\u00e8de, ni m\u00eame l&rsquo;oiseau qui se jette dans l&rsquo;oc\u00e9an d&rsquo;azur n&rsquo;en ont rien devin\u00e9. Et pourtant, le ciel \u00e9tait l\u00e0, le Soleil \u00e9tait l\u00e0, les \u00e9toiles \u00e9taient l\u00e0, que l&rsquo;homme, le premier, a connus et nomm\u00e9s.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Or, pour qu&rsquo;il y e\u00fbt l&rsquo;homme, il fallut rompre les scell\u00e9s appos\u00e9s sur les portes du sanctuaire secret, au centre de la Terre, et que mont\u00e2t de son sein une lumi\u00e8re jusqu&rsquo;alors s\u00e9questr\u00e9e et que cette lumi\u00e8re s&rsquo;un\u00eet \u00e0 une autre, qui descendait et l&rsquo;appe\u00adlait. Toute la beaut\u00e9 du monde terrestre \u00e9tait l\u00e0, dans son lyrisme sauvage et sa supr\u00e9matie. Et n\u00e9e de cette beaut\u00e9, partageant ses pouvoirs, associ\u00e9e sa geste puissante, une cr\u00e9ature se mouvait parmi les autres cr\u00e9atures, n&rsquo;ayant apparemment pas une destin\u00e9e diff\u00e9rente de la leur. Mais la nouvelle lumi\u00e8re la choisit. Et du dedans, un \u00eatre invisible commen\u00e7a d&rsquo;organiser autrement le moindre geste, la moindre position du corps, le moindre d\u00e9sir, le moindre r\u00eave. Peu \u00e0 peu, quelque chose se d\u00e9chira dans la conscience animale ; peu \u00e0 peu, l&rsquo;animal se mua en un \u00eatre qui, apr\u00e8s d&rsquo;innombrables tentatives, sentit ce qui nous est, \u00e0 nous, \u00e9vident.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Les yeux des b\u00eates ne voient pas, n&rsquo;ont pas besoin de voir les choses comme nous les voyons. Et leur vision diff\u00e8re d&rsquo;une esp\u00e8ce \u00e0 l&rsquo;autre. Les couleurs ne vibrent pas de la m\u00eame fa\u00e7on dans leur monde et le n\u00f4tre. Tout est nimbe et halo pour l&rsquo;animal, brume anim\u00e9e o\u00f9 nulle silhouette n&rsquo;est absolument tranch\u00e9e. Plus il \u00e9volue, cependant, plus lui est acquis le sens de la forme. Depuis les origines terrestres, o\u00f9 l&rsquo;univers existait avec ses remous d&rsquo;or en feu sans que rien, sur la Terre, le p\u00fbt distinguer, \u00e0 la contemplation des galaxies par l\u2019\u0153il humain qui discerne et divise, s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9e la conqu\u00eate partielle de la Lumi\u00e8re. Chaque r\u00e8gne a marqu\u00e9 un pas, chaque esp\u00e8ce gravi un degr\u00e9, \u00e9tabli une nouvelle dimension, au prix d&rsquo;efforts et de luttes dont rien ne saurait nous donner une id\u00e9e.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">L&rsquo;arrachement \u00e0 la t\u00e9n\u00e8bre premi\u00e8re dura des temps incalculables. Dans son berceau cosmique la Terre dormit longtemps avant que, fi\u00e8vre et d\u00e9sir, la Vie ne s&#8217;empar\u00e2t d&rsquo;elle, ne la gonfl\u00e2t de s\u00e8ve, n&rsquo;exige\u00e2t d&rsquo;elle les cohortes ludiques d&rsquo;innombra\u00adbles enfants. Et chaque naissance fut douleur, fut combat contre l&rsquo;assise obscure, victoire sur l&rsquo;im\u00adpossible, car chaque naissance d\u00e9tr\u00f4nait une loi pr\u00e9c\u00e9dente, soulevait la r\u00e9sistance impitoyable du pass\u00e9 menac\u00e9 par l&rsquo;avenir. La forme nouvelle devait p\u00e9rir ou \u00eatre la plus forte. L&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie animale fut ainsi d\u00e9fi\u00e9e par \u00c8ve qui, en son triomphe, fut rejet\u00e9e dans une autre sph\u00e8re, avec interdiction de jamais revenir \u00e0 l&rsquo;innocence des premiers temps.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Toute la puissance de l&rsquo;antique Nature \u00e9tait mise en p\u00e9ril par la venue de l&rsquo;homme. Et son veto fut for\u00admidable. Le maitre de cette Nature qui allait devenir inf\u00e9rieure du fait m\u00eame que l&rsquo;homme la dominerait voua celui-ci \u00e0 la mort s&rsquo;il enfreignait les comman\u00addements de son royaume. Sa voix interdit : \u00ab N&rsquo;entre point dans le monde o\u00f9 les choses sont divis\u00e9es, ne discerne ni le Temps ni l&rsquo;Espace, ne connais ni le Bien ni le Mal, demeure en de\u00e7\u00e0, ou je te ferai mourir.<\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u00bb Mais en vain. Alors, sa voix condamna, proscrivit. Et cela voulait dire que, contre la r\u00e9sis\u00adtance de la Nature, \u00c8ve avait gagn\u00e9 et mis l&rsquo;homme au monde. La Lumi\u00e8re l&rsquo;avait emport\u00e9 sur la Nuit.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Et pourtant, tout nous a \u00e9t\u00e9 l\u00e9gu\u00e9 sous forme de souffrance, de honte et de ch\u00e2timent. C&rsquo;est l&rsquo;histoire non d&rsquo;un miracle, mais d&rsquo;un crime qui nous a \u00e9t\u00e9 transmise. Preuve qu&rsquo;en v\u00e9rit\u00e9 une Puissance a bien cherch\u00e9 \u00e0 barrer la route du progr\u00e8s et qu&rsquo;en nous, le souvenir de sa d\u00e9faite s&rsquo;est traduit par des images d&rsquo;\u00e9pouvante, car c&rsquo;est en nous que se livra le combat dont nous sort\u00eemes vainqueurs, en notre substance m\u00eame que r\u00e9sista cette Puissance qui r\u00e9gnait sur la Terre et que nous devions renverser.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Une semi-humanit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;innocence obtuse vagabon\u00addait parmi la Nature \u00e9nigmatique et redoutable ; elle ne cherchait pas \u00e0 s&rsquo;en dissocier, elle en faisait partie, communiquait avec ce qui la constituait, comprenait les b\u00eates dont, sans doute, elle parta\u00adgeait les sens, touchait l&rsquo;\u00e2me v\u00e9g\u00e9tale du monde, s&rsquo;immergeait dans le sommeil des pierres. Elle n&rsquo;a\u00advait d&rsquo;autre volont\u00e9 que celle de son esp\u00e8ce, r\u00e9duite \u00e0 des instincts primaires. Pas de r\u00eaves, \u00e9tant elle-m\u00eame un r\u00eave, pas de d\u00e9sir et pas d&rsquo;aspiration. Le dispositif n&rsquo;avait pas encore \u00e9t\u00e9 install\u00e9 en elle, qui allait lui faire lever le front vers le ciel et s&rsquo;inter\u00adroger.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Mais parmi ces clans de b\u00eates nues qui n&rsquo;\u00e9taient d\u00e9j\u00e0 plus des b\u00eates, une Force se mit \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre et, dans la mati\u00e8re endormie de leur \u00eatre, fora les chemins de la pens\u00e9e. La pens\u00e9e pr\u00e9c\u00e9da ce qui devait l&rsquo;\u00e9mettre et l&rsquo;\u00e9difia dans les animaux hypnotis\u00e9s de l&rsquo;int\u00e9rieur, dont les uns furent d\u00e9truits et les autres lentement transmu\u00e9s. Chaque geste, pour \u00eatre enregistr\u00e9, pour devenir naturel, prit des milliers d&rsquo;an\u00adn\u00e9es. Et sous les yeux somnolents, peu \u00e0 peu s&rsquo;organisa l&rsquo;univers de l&rsquo;\u00e9veil, o\u00f9 tout gagna en trans\u00adparence. La peau devint plus fine, et plus fin le voile qui recouvrait le monde. Maintenant, \u00e0 la place du chaos indistinct des choses aper\u00e7ues en la torpeur de l&rsquo;\u00e2me, on pouvait voir chaque objet se dessiner dans une clart\u00e9 nouvelle.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Combien de temps fallut-il pour distinguer la ligne de l&rsquo;horizon et comprendre, effray\u00e9, que la Terre \u00e9tait s\u00e9par\u00e9e du ciel et pour d\u00e9couvrir le sens du passage de la lumi\u00e8re \u00e0 l&rsquo;obscurit\u00e9 et pour savoir que, toujours, la lumi\u00e8re revenait, pour apprendre la naissance de tout ce qui vit et sa mort in\u00e9luctable, et pour apprendre cette loi nouvelle que certaines choses donnent la joie et d&rsquo;autres la souffrance, que certaines choses, en cette perception du monde, sont le Bien et d&rsquo;autres le Mal ?<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">C&rsquo;est alors, en tout cas, au bout de centaines de milliers d&rsquo;ann\u00e9es, que les hommes connurent qu&rsquo;ils \u00e9taient nus \u2014 distincts du reste du monde, mis au ban de l&rsquo;ancienne harmonie par la puissance \u00e0 la\u00adquelle ils venaient d&rsquo;arracher leur victoire. \u00c8ve avait \u00e9cout\u00e9 la Voix et donn\u00e9 le fruit \u00e0 l&rsquo;homme. Archontes et grands-pr\u00eatres pourraient plus tard fl\u00e9trir l&rsquo;av\u00e8ne\u00adment de ce plus grand r\u00e8gne, parler de p\u00e9ch\u00e9 : le seul p\u00e9ch\u00e9 aurait \u00e9t\u00e9 de repousser le fruit.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Car il n&rsquo;est d&rsquo;autre faute en cet univers o\u00f9 tout est mouvement que de ne pas avancer, que de ne pas \u00e9voluer, que de ne pas se transformer sans tr\u00eave en la plus haute image de soi qui, tel un aurige, fouette les chevaux de la vie sur les avenues de l&rsquo;\u00eatre. Mais si l&rsquo;aurige veut faire franchir des pr\u00e9cipices aux chevaux, ou les lancer \u00e0 travers le feu ? L&rsquo;\u00e9volution est cette ordalie par laquelle il nous faut passer et \u00e0 laquelle tout notre \u00eatre, horrifi\u00e9, cherche \u00e0 se d\u00e9rober et ne peut n\u00e9anmoins que se soumettre. Une invisible main, \u2014 sans cesse, nous p\u00e9trit, nous mart\u00e8le, nous tourne dans les flammes sans cesse nous blesse et nous meurtrit, nous brise et nous met \u00e0 mort afin de nous parfaire et de nous donner une vie plus haute. Comment ne nous d\u00e9battrions-nous pas, comment ne refuserions-nous pas de toutes nos forces le fouet ou le fer rouge qui s&rsquo;abattent sur nous ? Comment la Nature enti\u00e8re ne se serait-elle pas \u00e9rig\u00e9e contre cette Volont\u00e9 qui allait la sacrifier encore une fois pour lui faire enfanter l&rsquo;homme ? Comment n&rsquo;aurait-elle pas trouv\u00e9 perverse cette Volont\u00e9 qui fouillait sa chair somptueuse et amorphe ? Comment ne lui aurait-elle pas donn\u00e9 le nom de Mal et n&rsquo;aurait-elle pas jug\u00e9 mauvais l&rsquo;acte auquel elle l&rsquo;obligeait ?<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Tant de souffrance, et si longtemps, a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 l&rsquo;apparition de l&rsquo;homme. Comme s&rsquo;il avait fallu rompre le corps dont il naissait et le reconstituer diff\u00e9remment. Comme s&rsquo;il avait fallu tourner les os dans un autre sens et donner \u00e0 chaque chose une fonction nouvelle. Et c&rsquo;est bien ce qu&rsquo;il a fallu faire. Nous imaginons-nous quel martyre ce serait pour nous s&rsquo;il nous fallait apprendre \u00e0 nous modi\u00adfier physiquement, quel tribut de torture il nous faudrait quotidiennement verser pour devenir ce que nul n&rsquo;a jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent imagin\u00e9 ?<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Or, qui nous dit qu&rsquo;en ce monde de progr\u00e8s perp\u00e9tuel, nous n&rsquo;avan\u00e7ons pas vers un autre \u00e9tat de nous-m\u00eames, qu&rsquo;il ne nous est pas demand\u00e9 d&rsquo;accoucher d&rsquo;un \u00eatre nouveau et que le bain de sang o\u00f9 les guerres et les maux de toutes sortes plongent l&rsquo;humanit\u00e9 ne sont pas, justement, les premi\u00e8res affres de cette future naissance ?<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">S&rsquo;il est un Dieu, cependant, qui prend plaisir \u00e0 nous jeter vivants \u00e0 la g\u00e9henne et \u00e0 nous immoler, nous L&rsquo;appellerons mauvais et, au contraire, hono\u00adrerons ce qui veut L&rsquo;en emp\u00eacher. La splendeur nous terrifie. Diabolique nous semble la voix qui nous invite \u00e0 renverser l&rsquo;\u00e9quilibre cr\u00e9pusculaire o\u00f9 nous vivons d&rsquo;habitude. Et nous voudrions nous r\u00e9fugier aux pieds de ce qui nous y maintient par la contrainte et lui promettre all\u00e9geance \u00e9ternelle. Mais autre chose, en nous, \u00e9l\u00e8ve sa voix inexorable et douce, exigeant l&rsquo;aventure. Un conqu\u00e9rant de feu respire en notre c\u0153ur, et ses yeux visionnaires sondent des firmaments dont nous ne nous doutons pas. De triomphe en triomphe, il monte et s&rsquo;en\u00adsoleille. Chaque victoire arrach\u00e9e \u00e0 la r\u00e9sistance du monde obscur devient lueur nouvelle. Chaque pro\u00adgr\u00e8s de la Terre est ma\u00eetrise d&rsquo;un interdit. Chaque pas en avant de l&rsquo;homme est sacril\u00e8ge par rapport au pass\u00e9, mais par rapport \u00e0 l&rsquo;avenir sanctifie la Nature et la d\u00e9livre de ses antiques cha\u00eenes.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Tax\u00e9e d&rsquo;apostasie, la victoire est d\u00e9grad\u00e9e. Les h\u00e9ros en demeurent inconnus, ou sont tra\u00een\u00e9s aux g\u00e9monies. Les puissances du cosmos se liguent et brandissent leurs oukases, imposent leurs ch\u00e2ti\u00adments. Dieu morne et satisfait, le pass\u00e9 tr\u00f4ne sur toutes les choses cr\u00e9\u00e9es. \u00c9norme, il les paralyse et interdit qu&rsquo;elles croissent vers davantage de lumi\u00e8re. Il est le Temps qui les engloutit, il est la Mort qui les fige en le sarcophage de leur forme imparfaite et leur d\u00e9nie le droit de vivre encore et de changer. Mais la Vie est plus forte. L&rsquo;Esprit de la Mort a beau immobiliser les innombrables corps o\u00f9 joue le mouvement de la Vie, il a beau p\u00e9trifier chaque cr\u00e9ature pour l&#8217;emp\u00eacher d&rsquo;avancer, aucun de ses charmes ne peut pr\u00e9valoir contre l&rsquo;Esprit de la Vie qui enfante, lib\u00e8re et se r\u00e9pand.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Sans fin, l&rsquo;Esprit de la Mort qui r\u00e8gne sur la Nature oppose sa r\u00e9sistance et menace : \u00ab Tu ne mangeras point du fruit.<\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u00bb Et sans fin, la Vie brave la Mort et sans fin la d\u00e9fait. Telle est la loi de l&rsquo;\u00e9volution. En la forme qui semble d\u00e9finitive, une force nouvelle s&rsquo;insinue, une lumi\u00e8re descend, instaurant un autre mode. Les corps r\u00e9sistent, se contractent et s&rsquo;effondrent \u2014 ou se transmuent. Le min\u00e9ral se change en l&rsquo;herbe, le l\u00e9zard en l&rsquo;oiseau, et l&rsquo;animal en l&rsquo;homme. Tout est miracle d\u00e9nouant l&rsquo;enchantement de la mort.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">En nous, se r\u00e9sume l&rsquo;histoire de la Terre, des agonies et des conqu\u00eates depuis la Nuit des Temps. Les reliques invisibles de ce qui nous mit au monde sont en nous, en nous les images du grand combat qui nous fit na\u00eetre, en nous les phases de la guerre entre l&rsquo;Esprit de la Mort et celle qui devait \u00eatre la m\u00e8re du genre humain. Il n&rsquo;est que d&rsquo;\u00e9couter en nous le bruit de la vie, l&rsquo;ample rumeur du souffle en nos poumons, le bruissement du sang dans nos veines, le gong mystique de notre c\u0153ur ; il n&rsquo;est que de consid\u00e9rer l&rsquo;arp\u00e8ge de la pens\u00e9e ou l&rsquo;envol de l&rsquo;amour; il n&rsquo;est que de voir notre main qui \u0153uvre et notre corps qui apprend \u00e0 se jouer de ses propres lois, \u00e0 se dompter ou \u00e0 dompter l&rsquo;Espace \u2014 que sont cette conscience, cette ma\u00eetrise et cette joie, sinon les troph\u00e9es qu&rsquo;\u00c8ve arracha jadis \u00e0 l&rsquo;Esprit de la Mort qui nous interdisait de na\u00eetre ?<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Port\u00e9e par les milliers et les milliers d&rsquo;ann\u00e9es que nul ne calculait, sa victoire se r\u00e9pandit sur la Terre. Et dans un corps diff\u00e9rent de tous les autres corps, fa\u00e7onn\u00e9 pour ob\u00e9ir \u00e0 d&rsquo;autres besoins et pour exprimer d&rsquo;autres pouvoirs, l&rsquo;homme com\u00admen\u00e7a d&rsquo;\u00eatre \u2014 et il \u00e9tait pareil \u00e0 un enfant nouveau-n\u00e9 endormi sur les genoux d&rsquo;une d\u00e9esse. Et le ber\u00e7ant, lui chantant l&rsquo;alphabet de l&rsquo;instinct sup\u00e9\u00adrieur qui allait le guider, la d\u00e9esse incarn\u00e9e dans la femme contemplait le nouveau Ciel et la Terre nou\u00advelle qu&rsquo;elle avait donn\u00e9s \u00e0 l&rsquo;homme. Longtemps, elle regarda ainsi. Et longtemps, l&rsquo;homme dormit avant de se d\u00e9couvrir ; longtemps, la vie lui fut un r\u00eave o\u00f9 il apprit \u00e0 se rejoindre dans l&rsquo;inexplor\u00e9. Puis, il y eut un moment o\u00f9 il fut d\u00e9finitivement de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 des choses ; le grand passage \u00e9tait accompli ; dans une autre sph\u00e8re, il ouvrit les yeux, pour jamais distinct du reste de la Nature et cons\u00adcient de l&rsquo;\u00eatre, et il comprit le sens de ce qu&rsquo;il avait parfois entraper\u00e7u et le sens de ses gestes somnambules et des sons qu&rsquo;il articulait. Et il sourit \u00e0 la d\u00e9esse m\u00e8re.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Ce sourire, \u00e0 l&rsquo;aube du monde humain, est sou\u00adrire int\u00e9rieur, reconnaissance spirituelle, \u00e9lan de l&rsquo;\u00e2me dont rien, peut-\u00eatre, ne traduisit ext\u00e9rieurement la douceur et l&rsquo;amour. Il n&#8217;emp\u00eache. La divine alchimie a produit son chef-d\u2019\u0153uvre. Le fils de la boue primitive, des pierres insensibles, des v\u00e9g\u00e9taux et des b\u00eates, l&rsquo;ultime rejeton de la dynastie terrestre, le voici debout en la nef de ce nouveau corps tout \u00e0 la fois robuste et souple, autonome et soumis, capable de percevoir et de pressentir, de d\u00e9couvrir et de cr\u00e9er. Hier, il n&rsquo;exis\u00adtait pas et, enjambant l&rsquo;ab\u00eeme, il existe aujourd&rsquo;hui. D&rsquo;o\u00f9 venu ? Et pourquoi ? Il ne peut \u00eatre que le descendant de cette mati\u00e8re ign\u00e9e qui, se refroidis\u00adsant, devint la Terre autrefois. Mais comment ? Comment cette peau et cette chair sont-elles issues de l&rsquo;argile ? Comment cette bouche qui sourit et qui parle vient-elle du mutisme but\u00e9 des granits ? Et comment ce regard o\u00f9, parfois, luit une flamme de bonheur a-t-il \u00e9t\u00e9 transmis par une plan\u00e8te aveugle ?<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Est-ce soudain trop de beaut\u00e9 ? Nous y sommes depuis si longtemps habitu\u00e9s que nous oublions de nous \u00e9merveiller. Et pourtant, il y eut vraiment ce moment mirifique o\u00f9 la cr\u00e9ation sauta au-dessus du vide, se jeta dans l&rsquo;inconnu et, au prix de douleurs immenses, progressivement, inexplicablement, irr\u00e9\u00adcusablement, devint l&rsquo;homme. Et l&rsquo;homme vit ce que nulle cr\u00e9ature terrestre avant lui n&rsquo;avait vu et qui, pourtant, d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, avait toujours exist\u00e9. Il vit le ciel et le Soleil <a id=\"Y7\" href=\"#X7\">[7]<\/a>, la Lune et les \u00e9toiles et, avec une lenteur incr\u00e9dule, apprit \u00e0 s\u00e9parer la Terre de l&rsquo;Espace qui l&rsquo;entourait, \u00e0 d\u00e9chiffrer l&rsquo;hi\u00e9roglyphe de la Nature, \u00e0 entrer en possession du monde et \u00e0 s&rsquo;en croire le ma\u00eetre sans toutefois en percer la v\u00e9ritable raison d&rsquo;\u00eatre ni l&rsquo;ultime r\u00e9alit\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Quel est ce monde, en effet, que nous sommes seuls \u00e0 percevoir et qui s&rsquo;\u00e9vapore \u00e0 peine changeons-nous de conscience, glissant au fil des eaux du songe ? Quelle est la r\u00e9alit\u00e9 de ce monde qu&rsquo;ignorent tous ses autres habitants ? De quel mirage sommes-nous captifs ? Ces continents d&rsquo;\u00e9toiles au-dessus de nos fronts, ces milliards de fleurs d&rsquo;or ouvertes dans la nuit ne sont-elles que phantasmes ? Comment affir\u00admer qu&rsquo;est seul r\u00e9el l&rsquo;univers que per\u00e7oivent nos sens et notre pens\u00e9e et que le reste de la cr\u00e9ation se trompe ? Et si nous aussi nous nous trompions ? Si nous ne voyions pas tout ? S&rsquo;il y avait, ou s&rsquo;il devait y avoir un jour une conscience qui connaisse sans erreur, une raison sup\u00e9rieure \u00e0 la n\u00f4tre, qui, d&#8217;embl\u00e9e, sache le s\u00e9same de l&rsquo;univers et, sciem\u00adment, le prononce ?<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Nous sommes devenus l&rsquo;homme en acqu\u00e9rant d&rsquo;autres yeux, et voici qu&rsquo;il nous semble que ces yeux ne voient peut-\u00eatre pas davantage ni plus clairement que ceux d&rsquo;autres esp\u00e8ces qu&rsquo;en notre innocence et notre futilit\u00e9 nous nommons inf\u00e9\u00adrieures. Le monde est-il donc un d\u00e9dale o\u00f9 l&rsquo;on passe d&rsquo;un ensorcellement \u00e0 l&rsquo;autre, plus subtil et raffin\u00e9, sans espoir de d\u00e9livrance ni de r\u00e9mission? Ou bien est-il un temple immesurable o\u00f9 l&rsquo;on na\u00eet sans cesse \u00e0 une divinit\u00e9 plus haute<\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">?<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Dans le clair-obscur de l&rsquo;aube humaine, ces questions, bien s\u00fbr, n&rsquo;existaient pas encore. La pens\u00e9e n&rsquo;\u00e9tait pas encore form\u00e9e. Le doute n&rsquo;\u00e9tait pas encore venu. Il n&rsquo;y avait que l&rsquo;homme instinctif, pareil \u00e0 un petit enfant se d\u00e9couvrant et d\u00e9couvrant le monde. Puis, il y eut le temps o\u00f9 la brute avidit\u00e9 du chasseur devint plaisir de regarder les b\u00eates s&rsquo;\u00e9battre dans les clairi\u00e8res. Et il y eut le temps o\u00f9 l&rsquo;offrande fleurie de la Terre devint bonheur des yeux. Et il y eut le temps o\u00f9 la beaut\u00e9 des femmes et la force des hommes et la gaiet\u00e9 des enfants devint paisible joie de l&rsquo;\u00e2me.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">L&rsquo;homme n&rsquo;a jamais cess\u00e9 de na\u00eetre et de se pr\u00e9ciser \u00e0 lui-m\u00eame \u2014 et peut-\u00eatre n&rsquo;est-il pas encore tout \u00e0 fait n\u00e9. D&rsquo;\u00e9bauche en \u00e9bauche, il avance et s&rsquo;\u00e9vanouit pour repara\u00eetre, enrichi de neuves d\u00e9cou\u00advertes et de nouveaux myst\u00e8res. Celui qui sonde aujourd&rsquo;hui l&rsquo;Espace prolonge celui qui, jadis, redoutait la foudre et le tonnerre. Quels d\u00e9sirs sourdaient en lui \u00e0 la vue de choses qui ont perdu pour nous toute saveur ? Quelles rages impuissantes s&#8217;emparaient de lui lorsqu&rsquo;il ne comprenait pas ce que nous savons depuis toujours ? Quels r\u00eaves l&rsquo;habitaient, dont nous sommes la magique incar\u00adnation ?<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Ce qui l&rsquo;avait suscit\u00e9 d&rsquo;entre les animaux nous traverse \u00e0 pr\u00e9sent. \u00c0 l&rsquo;infini, se r\u00e9pand l&rsquo;onde de la Vie. La force cr\u00e9atrice ne s&rsquo;est pas arr\u00eat\u00e9e, une fois l&rsquo;homme apparu. Au contraire, elle a poursuivi en lui son travail plus librement qu&rsquo;avant, car il \u00e9tait un mat\u00e9riau plus plastique pour l&rsquo;ex\u00e9cution de ce qu&rsquo;elle avait entrepris et dont notre d\u00e9s\u00e9quilibre montre qu&rsquo;il y manque encore le principal, peut-\u00eatre. Sans cesse, elle a travaill\u00e9 en lui et, en nous, continue maintenant <a id=\"Y8\" href=\"#X8\">[8]<\/a>.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">De quoi sommes-nous alors le prologue, qui, en d\u00e9pit de notre r\u00e9sistance, existera un jour ? (Car nous r\u00e9sisterons ; le pass\u00e9, d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0, r\u00e9siste ; tout ce qui a tant souffert pour s&rsquo;\u00e9tablir et qui ne veut pas dispara\u00eetre, qui est pr\u00eat \u00e0 pirater nos \u00e9lans vers de plus hautes sph\u00e8res, tout cela s&rsquo;accroche \u00e0 ses fiefs menac\u00e9s, r\u00e9siste en ce moment pr\u00e9cis dans notre pens\u00e9e, dans nos sentiments et jusque dans notre corps \u00e0 la pouss\u00e9e de ce qui veut na\u00eetre et doit nous d\u00e9passer.)<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u00c0 peine engag\u00e9 \u2014 et c&rsquo;est \u00e0 notre insu \u2014, le nou\u00adveau combat est d&rsquo;avance gagn\u00e9 par cela qui nous meut et, n\u00e9 au d\u00e9but des temps, devient plus clair en nous, \u00e9clairant de mieux en mieux le monde hors de nous. Quelque r\u00e9sistance que nous opposions \u00e0 notre transcendance, si violemment que nous outragions la Gr\u00e2ce qui s&rsquo;\u00e9pand sur nous pour nous laver et nous donner d&rsquo;autres yeux, capables de percevoir ici m\u00eame un autre monde encore, si tra\u00ee\u00adtreusement que nous niions l&rsquo;essence de notre \u00eatre et la r\u00e9alit\u00e9 primordiale de notre substance, qui est lumi\u00e8re, la victoire, d&rsquo;avance, est inscrite en le moindre de nos mouvements. Nous portons en nous ce qui nous efface et qui nous transfigure.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Ainsi, depuis le d\u00e9but, ne cessons-nous de nous donner le jour, d&rsquo;acqu\u00e9rir et de parfaire toutes sortes de ma\u00eetrises pour nous mieux devenir et exprimer l&rsquo;ineffable secret qui br\u00fble et chante au fond de nous. Depuis la premi\u00e8re aube de la Terre, tout progresse aveugl\u00e9ment, mais infailliblement vers un destin formidable o\u00f9 n&rsquo;existe que Dieu, nous disent les voyants. Que nous nous retournions, en effet, et nous ne voyons que victoires toujours plus \u00e9clatantes jalonnant l&rsquo;histoire de la Terre. N&rsquo;en pouvons-nous d\u00e9duire que, devant nous, dans son avenir, autant de triomphes, pareillement, nous attendent en une identique ascension, chaque nou\u00adveau combat contre l&rsquo;antique gravitation, contre l&rsquo;Esprit de la Mort, se situant plus haut et chaque nouveau succ\u00e8s nous transportant plus haut encore ?<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Quel monde, alors, est \u00e0 nos portes ? De quel univers sommes-nous gros ? Qui sommes-nous donc, par-del\u00e0 l&rsquo;apparence des jours, pour que pareilles questions se puissent formuler ? Animaux hier, aujourd&rsquo;hui thaumaturges, que serons-nous demain ? De la l\u00e9thargie animale, nous sommes pass\u00e9s \u00e0 l&rsquo;humaine vigilance, donnant ainsi, et sans nous d\u00e9placer physiquement, un visage nouveau \u00e0 l&rsquo;infini. \u00c0 un complet \u00e9veil que n&rsquo;interrompra nulle rechute dans le sommeil obscur, \u00e0 un Jour int\u00e9gral que ne borneront plus les voix de la Nuit, nous devons maintenant acc\u00e9der, donnant encore un nouveau visage \u00e0 l&rsquo;infini <a id=\"Y9\" href=\"#X9\">[9]<\/a>. Nous allons changer, et l&rsquo;univers changera pour nous sans cependant changer pour le reste de la cr\u00e9ation. Car au m\u00eame endroit, existent simultan\u00e9ment bien des univers. Et il en est un, totalement inconnu, qu&rsquo;il nous faut \u00e0 pr\u00e9sent conqu\u00e9rir, de m\u00eame que, jadis, devenant hommes, nous avons conquis celui o\u00f9 nous vivons aujourd&rsquo;hui. Car l&rsquo;animal, pr\u00e8s de nous, en per\u00e7oit un qui n&rsquo;est pas celui que nous voyons ; les plantes, autour de nous, vivent en un monde diff\u00e9rent ; et en un autre monde encore, sommeille la mati\u00e8re qui, tous, nous constitue. Au m\u00eame endroit, les plans diff\u00e9rents s&rsquo;ench\u00e2ssent sans se confondre, et l&rsquo;\u00e9volution con\u00adsiste, dirait-on, \u00e0 glisser comme sans bouger d&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;\u00eatre en \u00e9tat d&rsquo;\u00eatre, d&rsquo;univers en univers. Jusqu&rsquo;o\u00f9 cela doit-il se poursuivre et o\u00f9 est alors la r\u00e9alit\u00e9 ? N&rsquo;est-il rien que nous puissions nommer absolu ? Se peut-il vraiment que notre ciel et ses myriades de constellations n&rsquo;existent que pour nous, que pour l&rsquo;esprit humain ? Au seuil d&rsquo;un nouvel inconnu, le sphinx une fois encore interroge : qui sommes-nous et quel est donc ce monde o\u00f9 nous vivons, qui existe sans doute et cependant n&rsquo;existe pas ?<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><strong>2. Retour \u00e0 l&rsquo;Origine<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Quel est ce monde o\u00f9 nous ne cessons de voir le Soleil tourner autour de la Terre tout en sachant que c&rsquo;est le contraire qui est vrai ? Ce monde identique pour tous et que chacun voit diff\u00e9remment et vit \u00e0 sa fa\u00e7on ? Ce monde de mati\u00e8re qui se d\u00e9compose ou se m\u00e9tamorphose d\u00e8s lors qu&rsquo;en nous les app\u00e9tits et les passions m\u00eame les moins mat\u00e9riels se donnent libre cours, que flambe la col\u00e8re, cr\u00e9pite le d\u00e9sir, s&rsquo;abat le d\u00e9sespoir, ou res\u00adplendit l&rsquo;amour ? Ce monde dont nous avons long\u00adtemps cru que le centre \u00e9tait une Terre immobile et qui, aujourd&rsquo;hui, s&rsquo;\u00e9vade en le plan quasi aspatial de la relativit\u00e9?<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Pour savoir, le devin qu&rsquo;est l&rsquo;artiste s&rsquo;absorbe en ses r\u00eaveries, le mage qu&rsquo;est le savant s&rsquo;absorbe en ses calculs, l&rsquo;anachor\u00e8te s&rsquo;absorbe en sa vision, chacun t\u00e9moignant d&rsquo;une queste jamais achev\u00e9e, d&rsquo;une foi indomptable en quelque V\u00e9rit\u00e9 inconnue. Soulever le voile et enfin contempler dans son \u00e9blouissante nudit\u00e9 l&rsquo;origine de notre \u00eatre, est-ce vraiment possible \u00e0 certains ?<a id=\"Y10\" href=\"#X10\"> [10]<\/a> Et quel art, quelle science, quelle asc\u00e8se pourraient nous faire tous et totalement rena\u00eetre en la M\u00e8re unique de tout ce qui existe ? Alors, nous saurions sans doute ce qu&rsquo;est le monde, puisque nous en poss\u00e9derions la source<\/span><\/span><\/p>\n<div>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X1\" href=\"#Y1\">[1]<\/a> Gisement de l&rsquo;omo, en \u00c9thiopie.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X2\" href=\"#Y2\">[2]<\/a><em> Australopithecus afarensis<\/em>, dont les ossements fossiles ont \u00e9t\u00e9 exhum\u00e9s en 1978, en \u00c9thiopie. Il ne mesurait gu\u00e8re plus d&rsquo;un m\u00e8tre et pesait environ vingt-cinq kilos. On tenait jusqu&rsquo;alors la station, debout (bip\u00e9die) pour l&rsquo;apanage de l&rsquo;homme \u2014 th\u00e9orie qui a \u00e9t\u00e9 renvers\u00e9e par cette d\u00e9couverte.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X3\" href=\"#Y3\">[3]<\/a> Cit\u00e9 par \u00c9lie Faure dans son Napol\u00e9on.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X4\" href=\"#Y4\">[4]<\/a> Pouvoirs anti-divins. Il y en a quatre : l&rsquo;Inconscience, La Souffrance, le Mensonge, au sens d&rsquo;Illusion, et la Mort.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X5\" href=\"#Y5\">[5]<\/a> La M\u00e8re, <em>Commentaires sur les Pens\u00e9es et Aphorismes<\/em> de Sri Aurobindo.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X6\" href=\"#Y6\">[6]<\/a> Le sens du nom d&rsquo;\u00c8ve, en h\u00e9breu, est vie.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X7\" href=\"#Y7\">[7]<\/a> D&rsquo;Indra, le dieu du plan mental (qui est celui de l&rsquo;homme), le V\u00e9da proclame : \u00ab Il a amen\u00e9 le Soleil \u00e0 na\u00eetre \u00bb et, s&rsquo;adressant directement \u00e0 lui, reprend : \u00ab Tu as fait briller le Soleil et l&rsquo;Aurore.\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X8\" href=\"#Y8\">[8]<\/a> \u00ab L&rsquo;animal est, dit-on, un vivant laboratoire o\u00f9 la Nature a mis l&rsquo;homme au point. Il se peut de m\u00eame qu&rsquo;\u00e0 son tour l&rsquo;homme soit un laboratoire pensant et vivant, et qu&rsquo;en lui \u2014 et avec sa consciente collaboration \u2014 elle entende \u00e9laborer le surhomme, le dieu. Ou plut\u00f4t ne doit-on pas dire : manifester Dieu ?<span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">\u00bb Sri Aurobindo, <em>La vie divine<\/em>.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p lang=\"en-US\" align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X9\" href=\"#Y9\">[9]<\/a> Ainsi, dans l&rsquo;extase de Saint Jean, la J\u00e9rusalem c\u00e9leste, descendant sur la Terre, \u00e9tablit-elle un ordre nouveau : \u00ab Puis je vis un ciel nouveau, une terre nouvelle.\u00bb <em>Apocalypse<\/em>.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p align=\"JUSTIFY\"><a id=\"X10\" href=\"#Y10\">[10]<\/a> Conna\u00eetre ce qui est l&rsquo;origine, c&rsquo;est saisir le point nodal du Tao.<em>Tao t\u00f4 king<\/em>, XIV.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e8gne apr\u00e8s r\u00e8gne, la Terre a auscult\u00e9 le lieu de son \u00eatre. 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Perdue en un songe insondable, l&rsquo;\u00e2me de la Terre a sans rel\u00e2che aspir\u00e9 \u00e0 la consciente \u00e9treinte du ciel, \u00e0 l&rsquo;union avec le Soleil dont elle vient et dont ses flancs conservent la m\u00e9moire comme en un sanctuaire interdit : en son tr\u00e9fonds, parmi le feu des magmas sans fin renouvel\u00e9s, se forment impr\u00e9visiblement le visage et le corps des nouvelles cr\u00e9ations, des cristaux arachn\u00e9ens, des fleurs enchant\u00e9es, des animaux magiques, mais dont la beaut\u00e9 est frapp\u00e9e de c\u00e9cit\u00e9 ou de stupeur \u2014 et pendant des milliards d&rsquo;ann\u00e9es, la Terre a pri\u00e9 et enfant\u00e9, sans que lui naquit celui qui saurait voir.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":14777,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1203],"tags":[1351,108,1211,184],"class_list":["post-15220","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archaka","tag-aurobindo","tag-evolution","tag-genese","tag-mere"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.0 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>La fin du p\u00e9ch\u00e9 originel par Archaka - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-fin-du-peche-originel-par-archaka\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"La fin du p\u00e9ch\u00e9 originel par Archaka - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"R\u00e8gne apr\u00e8s r\u00e8gne, la Terre a auscult\u00e9 le lieu de son \u00eatre. 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