{"id":15420,"date":"2014-03-02T00:02:14","date_gmt":"2014-03-01T23:02:14","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=15420"},"modified":"2014-03-02T00:02:14","modified_gmt":"2014-03-01T23:02:14","slug":"leglise-orthodoxe-leglise-des-sept-premiers-conciles-par-olivier-clement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/leglise-orthodoxe-leglise-des-sept-premiers-conciles-par-olivier-clement\/","title":{"rendered":"L&rsquo;\u00c9glise orthodoxe : L&rsquo;\u00c9glise des sept premiers conciles par Olivier Cl\u00e9ment"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em><a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Olivier_Cl%C3%A9ment_%28%C3%A9crivain%29\" target=\"_blank\">Olivier Cl\u00e9ment<\/a> (1921-2009) n\u00e9 dans un milieu d\u00e9christianis\u00e9, Olivier Cl\u00e9ment a re\u00e7u, apr\u00e8s une longue recherche, le bapt\u00eame dans l&rsquo;\u00c9glise orthodoxe. Il \u00e9tait professeur agr\u00e9g\u00e9 de l&rsquo;universit\u00e9 et avait enseign\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Institut de th\u00e9ologie orthodoxe Saint Serge et \u00e0 l&rsquo;Institut sup\u00e9rieur d&rsquo;\u00e9tudes \u0153cum\u00e9niques, \u00e0 Paris. Il \u00e9tait collaborateur de la revue Contacts, et publia plusieurs ouvrages sur l&rsquo;histoire et la spiritualit\u00e9 de l&rsquo;Orient chr\u00e9tien. La part historique du texte suivant s&rsquo;arr\u00eate au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970.<br \/>\n<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00c9glise orthodoxes <a id=\"Y1\" href=\"#X1\">[1]<\/a>, environ 160 millions de baptis\u00e9s, est l&rsquo;une des trois expressions majeures du christianisme, celle peut-\u00eatre qui a gard\u00e9 la plus grande continuit\u00e9 avec l&rsquo;\u00c9glise indivise du premier mill\u00e9naire. Elle reste pourtant mal connue. A bien des reprises, en effet, des forces hostiles venues de l&rsquo;est ou de l&rsquo;ouest ont d\u00e9truit les formes culturelles o\u00f9 elle s&rsquo;exprimait ; ainsi l&rsquo;Isl\u00e2m arabe au VII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, l&rsquo;Occident latin et les Mongols au XIII<sup>e<\/sup>, l&rsquo;Isl\u00e2m turc au XV<sup>e<\/sup>, le communisme au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00c9glise orthodoxe groupe aujourd&rsquo;hui les \u00c9glises suivantes : le patriarcat \u0153cum\u00e9nique de Constantinople, dont d\u00e9pendent la Dispersion grecque et les \u00c9glises autonomes de Finlande et de Cr\u00e8te (l&rsquo;\u00e9lection de leur primat doit \u00eatre confirm\u00e9e par Constantinople) ; les patriarcats apostoliques d&rsquo;Alexandrie (dont d\u00e9pendent les communaut\u00e9s noires, de greffe spontan\u00e9e, puis de mission, qui se trouvent au Kenya, en Ouganda et au Tanganyika), d&rsquo;Antioche et de J\u00e9rusalem ; le patriarcat de Moscou, dont d\u00e9pend l&rsquo;\u00c9glise autonome du Japon (l&rsquo;\u00c9glise autonome de Chine est officiellement \u00e9teinte) ; les \u00c9glises, pr\u00e9sid\u00e9es par des patriarches, de Serbie, de Roumanie et de Bulgarie ; l&rsquo;\u00c9glise de Gr\u00e8ce, pr\u00e9sid\u00e9e par un archev\u00eaque par d\u00e9f\u00e9rence envers le patriarcat \u0153cum\u00e9nique dont elle a longtemps d\u00e9pendu ; l&rsquo;\u00c9glise de G\u00e9orgie, pr\u00e9sid\u00e9e par un \u00ab catholicos \u00bb (titre autrefois donn\u00e9 aux chefs d&rsquo;\u00c9glises qui se trouvaient hors des fronti\u00e8res orientales de l&rsquo;Empire byzantin) ; les \u00c9glises, pr\u00e9sid\u00e9es par des archev\u00eaques, de Chypre, d&rsquo;Albanie (officiellement \u00e9teinte), de Pologne, de Tch\u00e9coslovaquie et d&rsquo;Am\u00e9rique ; celle-ci, premi\u00e8re \u00c9glise autoc\u00e9phale purement occidentale, a \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9e en 1970 par le patriarcat de Moscou avec des orthodoxes d&rsquo;origine qui ont largement fait souche dans le Nouveau Monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 travers tant de drames, l&rsquo;orthodoxie s&rsquo;est souvent contract\u00e9e en une tradition, transmission rituelle et populaire, qui semble quelque peu fig\u00e9e au regard h\u00e2tif du touriste pourtant, elle manifeste p\u00e9riodiquement une tout autre dimension, celle de l&rsquo;Esprit qui r\u00e9nove et proph\u00e9tise. Sans peser du \u00ab divino-humanisme \u00bb qui s&rsquo;inscrit dans la \u00ab Trinit\u00e9 \u00bb de Roublev ou la \u00ab Descente aux enfers \u00bb de Karyie Cami, la pens\u00e9e religieuse russe du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, qui a fait souche en Occident, a tent\u00e9 de r\u00e9pondre \u00e0 la r\u00e9volte et \u00e0 l&rsquo;ath\u00e9isme du monde moderne. \u00ab Dosto\u00efevsky, disait Berdiaeff, a su tout ce que Nietzsche a su, et quelque chose de plus. \u00bb Et un jeune th\u00e9ologien grec d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, Christos Yannaras, range Camus, l&rsquo;auteur de \u00ab <em>l&rsquo;Homme r\u00e9volt\u00e9<\/em> \u00bb, parmi ceux qui sont \u00ab dignes de l&rsquo;orthodoxie \u00bb. Pour comprendre cette \u00c9glise aux visages contrast\u00e9s, nous \u00e9tudierons d&rsquo;abord l&rsquo;h\u00e9ritage de son histoire, histoire \u00e9trange faite de v\u00e9ritables \u00ab morts-r\u00e9surrections \u00bb, puis les certitudes fondamentales dont le roc in\u00e9branlable \u00e9tonne ou irrite souvent les chr\u00e9tiens d&rsquo;Occident, plus sensibles aux modes ; enfin, nous ferons un tableau des mis\u00e8res, probl\u00e8mes et promesses d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Sans jamais perdre de vue les deux fils qui, \u00e0 travers tant de p\u00e9ch\u00e9s historiques, font la v\u00e9ritable continuit\u00e9 de l&rsquo;orthodoxie, la rendant, pour paraphraser Pascal, presque uniquement \u00ab sensible au c\u0153ur \u00bb : le fil rouge des martyrs et le fil d&rsquo;or des transfigur\u00e9s..<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;H\u00c9RITAGE<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;\u00c9glise des sept conciles \u0153cum\u00e9niques <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Individualis\u00e9e au tournant des deux mill\u00e9naires de l&rsquo;\u00e8re chr\u00e9tienne par l&rsquo;\u00e9volution propre de l&rsquo;Orient m\u00e9diterran\u00e9en et des terres roumaines, caucasiennes et slaves qu&rsquo;elle \u00e9vang\u00e9lise, l\u2019orthodoxie prend conscience d&rsquo;elle-m\u00eame par sa profonde continuit\u00e9 avec l&rsquo;\u00c9glise du premier mill\u00e9naire, celle des martyrs, des P\u00e8res \u2013 qu&rsquo;ils soient du D\u00e9sert ou du haut t\u00e9moignage th\u00e9ologique \u2013 et des sept conciles \u0153cum\u00e9niques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avant tout persiste, surtout aujourd&rsquo;hui que la chr\u00e9tient\u00e9 s&rsquo;effondre tragiquement, la grande image conductrice de l&rsquo;\u00c9glise pr\u00e9constantinienne ; \u00c9glise ressentie surtout comme communaut\u00e9 eucharistique., \u00ab agap\u00e9 \u00bb, o\u00f9 \u00ab la vie en Christ \u00bb s&rsquo;exprime dans une exp\u00e9rience r\u00e9elle de service et de fraternit\u00e9, o\u00f9 la spiritualit\u00e9 est normalement celle du martyr v\u00e9ritable \u00e9tat mystique o\u00f9 l&rsquo;homme, s&rsquo;identifiant au Crucifi\u00e9 \u00e9prouve dans une indicible m\u00e9tamorphose, la pl\u00e9nitude de la R\u00e9surrection.. \u00ab Donne ton sang et re\u00e7ois l&rsquo;esprit \u00bb, dit un adage particuli\u00e8rement cher \u00e0 une \u00c9glise qui, apr\u00e8s les martyrs de l&#8217;empire pa\u00efen, a connu ceux des empereurs h\u00e9r\u00e9tiques, puis les \u00ab n\u00e9o-martyrs \u00bb d&rsquo;une domination ottomane, qui n&rsquo;a cess\u00e9 qu&rsquo;au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, puis ceux, innombrables, de la Russie de l&rsquo;entre-deux-guerres&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certes, \u00e0 partir de Constantin et de Th\u00e9odose, le risque fut grand de confondre le Royaume de Dieu avec celui de C\u00e9sar miraculeusement converti. Les masses conformistes affluaient dans l&rsquo;\u00c9glise, les \u00e9v\u00eaques devenaient des personnages officiels La tension vers le Christ qui vient, la transcendance br\u00fblante de l&rsquo;Esprit furent alors pr\u00e9serv\u00e9es par le monachisme. Dans ses formes premi\u00e8res, farouches, celui-ci est l&rsquo;\u00ab exploit \u00bb d&rsquo;hommes \u00ab ivre de Dieu \u00bb qui veulent devenir r\u00e9ellement d\u00e8s ici-bas des \u00ab ressuscit\u00e9s \u00bb pour consumer l&rsquo;histoire dans la Parousie. Les \u00ab silencieux \u00bb (h\u00e9sychastes, de \u00ab hesychia \u00bb le silence de l&rsquo;union avec Dieu) pratiquent dans la solitude, ou quelques disciples autour d&rsquo;un ma\u00eetre, \u00ab l&rsquo;art des arts et la science des sciences \u00bb qui embrasent le c\u0153ur et anticipent la transfiguration du corps dans la gloire. Les c\u00e9nobites, pour \u00e9quilibrer l&rsquo;affadissement de la vie paroissiale, cr\u00e9ent des communaut\u00e9s fraternelles \u00e0 l&rsquo;image de l&rsquo;\u00c9glise originelle de J\u00e9rusalem o\u00f9 les biens \u00e9taient mis en commun, et exercent souvent un service social actif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette grande exp\u00e9rience monastique s&rsquo;est communiqu\u00e9e au peuple chr\u00e9tien non seulement par l&rsquo;exemple, l&rsquo;accueil et la paternit\u00e9 spirituelle, mais aussi par l&rsquo;\u00e9laboration d&rsquo;un art total : la grande liturgie \u00ab byzantine \u00bb. A la veille, puis au lendemain, de la crise du VII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle qui marque, \u00e0 travers tant d&rsquo;invasions, le passage d&rsquo;une civilisation encore romaine \u00e0 une civilisation d\u00e9j\u00e0 byzantine, de grands po\u00e8tes th\u00e9ologiens <a id=\"Y2\" href=\"#X2\">[2]<\/a>, presque tous moines et syriens (mais s&rsquo;exprimant dans l&rsquo;hell\u00e9nisme supranational de cette \u00e9poque), font jaillir dans le cadre des ic\u00f4nes et des mosa\u00efques un v\u00e9ritable fleuve hymnographique o\u00f9 s&rsquo;unissent le sens grec d&rsquo;une lumineuse beaut\u00e9 et le sens s\u00e9mite de la chair et du path\u00e9tique. Colossale et l\u00e9g\u00e8re, la coupole de Sainte-Sophie \u2013 la Sagesse divine \u2013, \u00e0 Constantinople, symbolise \u00ab le ciel sur la terre \u00bb, cette d\u00e9finition orthodoxe de la liturgie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;autre part, l&rsquo;exp\u00e9rience chr\u00e9tienne v\u00e9cue dans la spiritualit\u00e9 et la liturgie a permis \u00e0 la rencontre in\u00e9vitable du christianisme et des philosophies grecques d&rsquo;aboutir non \u00e0 quelque sp\u00e9culation scolastique (voir Th\u00e9ologie), mais \u00e0 une th\u00e9ologie de c\u00e9l\u00e9bration o\u00f9 la pens\u00e9e s&rsquo;\u00e9claire dans le myst\u00e8re. Ici, interviennent les P\u00e8res de l&rsquo;\u00c9glise dont l&rsquo;importance reste immense dans la th\u00e9ologie orthodoxe d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Certes, il y a eu et il y aura des \u00ab P\u00e8res \u00bb \u00e0 toutes les \u00e9poques de l&rsquo;\u00c9glise, mais les grands t\u00e9moins des huit premiers si\u00e8cles doivent sans doute leur capacit\u00e9 de synth\u00e8se au fait d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 \u00e0 la fois pasteurs, asc\u00e8tes, ex\u00e9g\u00e8tes et hommes de pens\u00e9e. Leur th\u00e9ologie se situe entre le silence de la contemplation, les pr\u00e9occupations existentielles des grands \u00e9v\u00eaques et la louange liturgique. Elle surmonte le spiritualisme hell\u00e9nique en montrant que le Dieu vivant transcende aussi bien l&rsquo;esprit que le corps pour communiquer sa gloire aussi bien au corps qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;esprit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La r\u00e8gle de foi orthodoxe est d\u00e9finie par les sept conciles \u0153cum\u00e9niques<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La grande m\u00e9ditation patristique s&rsquo;inscrit dans les dogmes des sept conciles \u0153cum\u00e9niques qui constituent, aujourd&rsquo;hui encore, la seule \u00ab r\u00e8gle de foi \u00bb de l&rsquo;orthodoxie. Celle-ci a connu plus tard, et jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours, bien d&rsquo;autres conciles, mais ne leur a pas donn\u00e9 le qualificatif d&rsquo;\u00ab \u0153cum\u00e9nique \u00bb par respect pour ce grand cycle de proclamations trinitaires et christologiques au long duquel l&rsquo;\u00c9glise indivise a dress\u00e9 les sept colonnes de la Sagesse (on pourrait noter que l&rsquo;Occident chr\u00e9tien a longtemps partag\u00e9 cette conception, se contentant d&rsquo;appeler \u00ab g\u00e9n\u00e9raux \u00bb les conciles tenus par la suite).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au IV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les conciles de Nic\u00e9e I (325), dont le grand d\u00e9fenseur devait \u00eatre saint Athanase d&rsquo;Alexandrie., et de Constantinople I (381), pr\u00e9par\u00e9 par les P\u00e8res cappadociens, ont pr\u00e9cis\u00e9, pour c\u00e9l\u00e9brer le myst\u00e8re de la Trinit\u00e9, la \u00ab distinction-identit\u00e9 \u00bb de l&rsquo;essence et de l&rsquo;hypostase (la personne, au sens proprement th\u00e9ologique) : l&rsquo;hypostase est unique dans son mode d&rsquo;existence mais, simultan\u00e9ment, elle est, en essence, identique aux autres. Le Dieu. vivant est donc unit\u00e9 absolue et diversit\u00e9 absolue, pl\u00e9nitude et fondement de l&rsquo;existence personnelle dans l&rsquo;amour. Du V<sup>e<\/sup> au VIII<sup>e <a id=\"Y3\" href=\"#X3\">[3]<\/a><\/sup> si\u00e8cle se pr\u00e9cise la r\u00e9alit\u00e9 divino-humaine du Christ, donc de l&rsquo;\u00c9glise son corps, et du chr\u00e9tien lui-m\u00eame. L&rsquo;accent passe sans cesse de la dualit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9 et de l&rsquo;unit\u00e9 \u00e0 la dualit\u00e9, pour que l&rsquo;humain ne se s\u00e9pare pas du divin, ni ne s&rsquo;abolisse en lui, mais s&rsquo;accomplisse en se d\u00e9ifiant. Le concile d&rsquo;\u00c9ph\u00e8se (431), pr\u00e9par\u00e9 surtout par saint Cyrille d&rsquo;Alexandrie, proclame Marie Th\u00e9otokos, \u00ab M\u00e8re de Dieu \u00bb pour souligner que le sujet de l&rsquo;humanit\u00e9 du Christ est la personne divine du Verbe. Chalc\u00e9doine (451) montre que cette unit\u00e9 ne compromet pas mais assure la pl\u00e9nitude en Christ de l&rsquo;humanit\u00e9 et de la divinit\u00e9, \u00ab sans m\u00e9lange, sans transformation, sans division, sans s\u00e9paration \u00bb. Malheureusement, le vocabulaire employ\u00e9 par ce concile, celui des \u00ab deux natures \u00bb du Dieu-homme, heurte les \u00c9gyptiens attach\u00e9s aux formules de l&rsquo;\u00e9cole d&rsquo;Alexandrie qui, pour souligner l&rsquo;unit\u00e9 du Christ, fondement de notre d\u00e9ification, parlaient d&rsquo;une \u00ab seule nature \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;une seule r\u00e9alit\u00e9, du Verbe incarn\u00e9. Ce malentendu, vite aggrav\u00e9 par de lourds probl\u00e8mes politiques, a entra\u00een\u00e9 la s\u00e9paration des \u00c9glises \u00ab non chalc\u00e9doniennes \u00bb (arm\u00e9niens, jacobites, coptes, Ethiopiens, puis Indiens du Sud), s\u00e9paration qui semble aujourd&rsquo;hui toucher \u00e0 son terme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Constantinople II (553) avait pourtant repris les grandes affirmations alexandrines en affirmant que \u00ab Dieu a souffert la mort dans la chair \u00bb et que l&rsquo;humanit\u00e9 du Christ, \u00e0 laquelle nous sommes greff\u00e9s dans l&rsquo;\u00c9glise, est \u00e0 la fois d\u00e9ifi\u00e9e et d\u00e9ifiante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Constantinople III (680) souligne, en contrepoint, la pr\u00e9sence en Christ comme dans l&rsquo;homme chr\u00e9tien, d&rsquo;une intacte volont\u00e9 humaine qui s&rsquo;accomplit en s&rsquo;unissant librement \u00e0 la volont\u00e9 divine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, Nic\u00e9e II (787) justifie le culte des ic\u00f4nes. L&rsquo;Incarnation a sanctifi\u00e9 la mati\u00e8re, Dieu s&rsquo;est fait visage et l&rsquo;homme trouve en lui son vrai visage, la v\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;une ic\u00f4ne s&rsquo;adresse donc \u00e0 son mod\u00e8le.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rest\u00e9e \u00e0 peu pr\u00e8s inconnue de l&rsquo;Occident, la \u00ab christologie \u00e9nerg\u00e9tique \u00bb des trois derniers de ces conciles et de la grandiose synth\u00e8se d&rsquo;un Maxime le Confesseur et d&rsquo;un Jean Damasc\u00e8ne montre surtout, dans l&rsquo;\u00c9glise, le sacrement du Ressuscit\u00e9, un myst\u00e8re de d\u00e9ification qui se r\u00e9alise dans l&rsquo;eucharistie. Toutefois, pour le \u00ab bon ordre \u00bb de l&rsquo;\u00c9glise, les sept conciles ont confirm\u00e9 le regroupement des communaut\u00e9s locales en m\u00e9tropoles et des m\u00e9tropoles en patriarcats (par ordre d&rsquo;honneur : Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche et J\u00e9rusalem). Au sommet de cette hi\u00e9rarchie de centres de communion, Rome jouit d&rsquo;une primaut\u00e9 universelle, pleinement accept\u00e9e par l&rsquo;Orient dans les derniers conciles \u0153cum\u00e9niques : droit d&rsquo;appel mitig\u00e9 (Rome peut casser une sentence et provoquer localement un nouveau jugement), r\u00e9ception indispensable et prestigieuse des d\u00e9cisions conciliaires, conjointement avec l&rsquo;accord des patriarches et le consensus de l&rsquo;ensemble du peuple de Dieu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&#8217;empreinte byzantine<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La p\u00e9riode qui commence \u00e0 la fin du premier mill\u00e9naire pour s&rsquo;achever avec la prise de Constantinople par les Turcs (1453) peut \u00eatre appel\u00e9e proprement byzantine <a id=\"Y4\" href=\"#X4\">[4]<\/a>. Le schisme des \u00ab non-chalc\u00e9doniens \u00bb, la soumission par l&rsquo;isl\u00e2m du Proche-Orient, l&rsquo;\u00e9loignement de l&rsquo;Occident font de Constantinople, l&rsquo;ancienne Byzance, le centre incontest\u00e9 de la chr\u00e9tient\u00e9 qui, de plus en plus, se d\u00e9finit par son \u00ab orthodoxie \u00bb, au double sens de \u00ab juste doctrine \u00bb et de \u00ab juste glorification \u00bb. Le patriarche de Constantinople, qui a pris le nom de \u00ab patriarche \u0153cum\u00e9nique \u00bb, assume d\u00e9sormais les pr\u00e9rogatives de la primaut\u00e9. La \u00ab nouvelle Rome \u00bb est aussi la capitale de l&#8217;empire orthodoxe, o\u00f9 se d\u00e9veloppe une culture non point r\u00e9gent\u00e9e, mais inspir\u00e9e par l&rsquo;\u00c9glise. Apr\u00e8s des crises violentes, marqu\u00e9es par la r\u00e9sistance in\u00e9branlable, jusqu&rsquo;au martyre, d&rsquo;une \u00c9glise confessante anim\u00e9e surtout par les moines, la tentation du c\u00e9saro-papisme a \u00e9t\u00e9 surmont\u00e9e, les rapports de l&rsquo;\u00c9glise et de l&rsquo;\u00c9tat d\u00e9finis en terme de \u00ab symphonie \u00bb : l&rsquo;\u00c9glise, tout en d\u00e9fendant farouchement son ind\u00e9pendance spirituelle, renonce \u00e0 l&rsquo;exercice du pouvoir temporel et laisse \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat sa consistance propre, qui s&rsquo;affirme en particulier dans l&rsquo;existence d&rsquo;une universit\u00e9 imp\u00e9riale purement la\u00efque o\u00f9 l&rsquo;humanisme antique, parfois antichr\u00e9tien, conna\u00eet des r\u00e9surgences p\u00e9riodiques. Non loin de la capitale, dans un isolement propice \u00e0 la contemplation, la p\u00e9ninsule de l&rsquo;Athos, \u00ab jardin de la Vierge \u00bb, devient le centre proprement spirituel de l&rsquo;orthodoxie : chaque pays orthodoxe y entretient un ou plusieurs monast\u00e8res (il y eut m\u00eame, jusqu&rsquo;au XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, des b\u00e9n\u00e9dictins italiens), moines et p\u00e8lerins y affluent et la \u00ab Sainte Montagne \u00bb, en retour, envoie de fervents missionnaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Trois lignes d&rsquo;\u00e9volution caract\u00e9risent cette p\u00e9riode : l&rsquo;\u00e9loignement de l&rsquo;Occident l&rsquo;essor de la mission, un approfondissement th\u00e9ologique concernant surtout l&rsquo;exp\u00e9rience chr\u00e9tienne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le schisme de 1054 a des causes politiques et th\u00e9ologiques<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le schisme entre l&rsquo;Occident et l&rsquo;Orient chr\u00e9tiens est, en r\u00e9alit\u00e9, un long processus d&rsquo;\u00e9loignement qui se d\u00e9roule du XI<sup>e<\/sup> au XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Deux dates peuvent servir de points de rep\u00e8re : en 1054, une tentative de rapprochement \u00e9choue et aboutit \u00e0 un \u00e9change d&rsquo;anath\u00e8mes entre un l\u00e9gat pontifical et un patriarche de Constantinople ; en 1204, la quatri\u00e8me croisade, au terme d&rsquo;une s\u00e9culaire mont\u00e9e d&rsquo;incompr\u00e9hension et de haine, se jette sur Constantinople et la ravage dans une fr\u00e9n\u00e9sie de souillure et de destruction. Ic\u00f4nes bris\u00e9es, calices profan\u00e9s, pr\u00eatres assassin\u00e9s, moniales viol\u00e9es, une prostitu\u00e9e chantant des chants obsc\u00e8nes sur le tr\u00f4ne patriarcal, d\u00e9signation d&rsquo;autorit\u00e9, par le pape, d&rsquo;un patriarche latin de Constantinople et latinisation forc\u00e9e : on comprend que, dans les si\u00e8cles suivants, les Byzantins aient pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00ab le turban turc \u00e0 la mitre latine \u00bb !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de facteurs psychosociologiques aujourd&rsquo;hui p\u00e9rim\u00e9s, le schisme, d&rsquo;un point de vue orthodoxe, eut des causes proprement spirituelles qui concernent surtout le r\u00f4le du pape dans l&rsquo;\u00c9glise et la th\u00e9ologie du Saint-Esprit. Avec la r\u00e9forme gr\u00e9gorienne, l&rsquo;Occident \u00e9volue vers une monarchie romaine absolue. La primaut\u00e9, longtemps centre de communion au sein des \u00c9glises locales et dans le respect de leurs droits, devient pouvoir juridique illimit\u00e9 sur une \u00c9glise universelle o\u00f9 les \u00e9v\u00eaques ne sont plus que les fonctionnaires du pape. La papaut\u00e9 s&rsquo;affirme, en effet, source de tout pouvoir, non seulement spirituel mais temporel. On mesure l&rsquo;\u00e9cart avec l&rsquo;Orient, qui reste fid\u00e8le \u00e0 l&rsquo;eccl\u00e9siologie de communion du premier mill\u00e9naire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La controverse concernant le Saint-Esprit tourne apparemment autour de la formule du \u00ab Filioque <a id=\"Y5\" href=\"#X5\">[5]<\/a> \u00bb : l&rsquo;Occident, sans qu&rsquo;un concile \u0153cum\u00e9nique ait jamais examin\u00e9 le probl\u00e8me, avait ajout\u00e9 \u00e0 la parole du Christ johannique sur \u00ab l&rsquo;Esprit&#8230; qui proc\u00e8de du P\u00e8re \u00bb, les mots \u00ab et du Fils \u00bb, en latin \u00ab Filioque \u00bb. Aux origines du \u00ab Filioque \u00bb, chez les P\u00e8res latins, les \u00e9tudes les plus r\u00e9centes d\u00e9c\u00e8lent non pas une opposition aux formules grecques, du reste mal comprises en Occident, mais une approche diff\u00e9rente, peut-\u00eatre compl\u00e9mentaire. Il n&rsquo;en reste pas moins que la scolastique latine, dans son exigence rationnelle de r\u00e9duire la Trinit\u00e9 \u00e0 des sch\u00e9mas binaires, \u00e9tablit entre l&rsquo;Esprit et le Fils non plus une relation de d\u00e9pendance r\u00e9ciproque et de mutuel service, mais une relation de d\u00e9pendance unilat\u00e9rale. Laquelle se refl\u00e8te dans les nouvelles structures de l&rsquo;\u00c9glise latine, o\u00f9 la libert\u00e9 et la proph\u00e9tie dans l&rsquo;Esprit se trouvent soumises, par une d\u00e9pendance analogue, \u00e0 la pr\u00e9sence hi\u00e9rarchique et sacramentelle du Christ.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La mission orthodoxe s&rsquo;\u00e9tend en Europe orientale<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au tournant des deux mill\u00e9naires, la mission orthodoxe convertit \u2013 et civilise \u2013 toute l&rsquo;Europe orientale, du Caucase aux Carpates et \u00e0 l&rsquo;oc\u00e9an glacial Arctique. Selon la tradition polyglotte de l&rsquo;Orient chr\u00e9tien, l&rsquo;\u00c9criture et la liturgie sont traduites en langues populaires, souvent dot\u00e9es d&rsquo;un alphabet et d&rsquo;une syntaxe par les missionnaires, d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;usage actuel de l&rsquo;alphabet dit cyrillique dans les pays slaves christianis\u00e9s par l&rsquo;orthodoxie. Au IX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les disciples des ap\u00f4tres des Slaves, saints Cyrille et M\u00e9thode, organisent en Bulgarie un puissant foyer de christianisme slave. Serbes et Roumains sont atteints au si\u00e8cle suivant, une \u00e9vang\u00e9lisation tr\u00e8s ancienne ayant d&rsquo;ailleurs laiss\u00e9 des traces dans les pays du bas Danube. La Russie re\u00e7oit \u00ab officiellement \u00bb le bapt\u00eame en 987, date symbolique, l&rsquo;essentiel \u00e9tant une lente impr\u00e9gnation populaire o\u00f9 le relais bulgare semble avoir jou\u00e9 le r\u00f4le principal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En Bulgarie et surtout en Serbie, au XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, lors de l&rsquo;occupation latine de Constantinople, se produit une rencontre f\u00e9conde avec la chr\u00e9tient\u00e9 occidentale, comme en t\u00e9moigne l&rsquo;art moins hi\u00e9ratique, d&rsquo;un humanisme transfigur\u00e9, auquel nous devons les fresques de Sopotchani et de Bo\u00efana. Apr\u00e8s la destruction, \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, de la Russie de Kiev par les Mongols, c&rsquo;est l&rsquo;\u00c9glise qui permet au peuple russe, \u00e9pars et ensauvag\u00e9, de se ressaisir dans les clairi\u00e8res du Nord-Est et de s&rsquo;y unifier autour de Moscou. Au XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, le mouvement des poustinniki (\u00ab ceux du D\u00e9sert \u00bb) transpose dans la for\u00eat nordique l&rsquo;aventure des premiers moines, mais \u00e9largie, par un Serge de Radon\u00e8ge <a id=\"Y6\" href=\"#X6\">[6]<\/a>, dans un vaste labeur de service social et culturel et de pacification politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le sillage de saint Serge, l&rsquo;art de l&rsquo;ic\u00f4ne s&rsquo;\u00e9panouit, notamment chez Roublev et dans son \u00e9cole, un art satur\u00e9 de lumi\u00e8re et proprement \u00ab transfiguratif \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous d\u00e9couvrons de plus en plus la f\u00e9condit\u00e9 th\u00e9ologique de cette \u00e9poque, longtemps d\u00e9nonc\u00e9e en Occident comme st\u00e9rile et vou\u00e9e aux \u00ab querelles byzantines \u00bb. Dans son effondrement temporel, Byzance a ensemenc\u00e9 de lumi\u00e8re le monde orthodoxe : une autre lumi\u00e8re que celle de la raison occidentale, la \u00ab lumi\u00e8re thaborique \u00bb, jaillit du Christ transfigur\u00e9 sur le Thabor.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;accent est mis sur l&rsquo;exp\u00e9rience chr\u00e9tienne, la pens\u00e9e \u2013 protection et support indispensables \u2013 n&rsquo;\u00e9tant ici que le sismographe d&rsquo;un \u00e9branlement plus central.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autour de l&rsquo;an mille, c&rsquo;est le mouvement mystique et proph\u00e9tique que domine Sym\u00e9on le Nouveau Th\u00e9ologien <a id=\"Y7\" href=\"#X7\">[7]<\/a>. Contre tout hi\u00e9rarchisme et sacramentalisme automatiques, ces \u00ab hommes apostoliques \u00bb soulignent que l&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;Esprit est non seulement possible mais indispensable, et que seul l&rsquo;homme \u00ab n\u00e9 de l&rsquo;Esprit \u00bb peut porter t\u00e9moignage de la Lumi\u00e8re qu&rsquo;il a vue, tel Paul dans son \u00ab ravissement \u00bb ou Jean \u00e0 Patmos.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aux si\u00e8cles suivants, pour surmonter une tentation qu&rsquo;on pourrait appeler \u00ab pentec\u00f4tiste \u00bb ou \u00ab cathare \u00bb, la pens\u00e9e byzantine montre que l&rsquo;Esprit repose sur le Corps sacramentel du Christ, et que l&rsquo;exp\u00e9rience proph\u00e9tique est une exp\u00e9rience eccl\u00e9siale. Car le Corps du Christ, pour reprendre l&rsquo;expression de saint Paul, est un \u00ab soma pneumatikon \u00bb, une mati\u00e8re qui vibre des \u00e9nergies de l&rsquo;Esprit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toute cette \u00e9laboration culmine \u00e0 la grande synth\u00e8se palamite confirm\u00e9e par le concile r\u00e9uni en 1351 \u00e0 Constantinople. Saint Gr\u00e9goire Palamas pose, dans l&rsquo;approche du myst\u00e8re de Dieu, la \u00ab distinction-identit\u00e9 \u00bb de l&rsquo;essence et des \u00e9nergies : totalement inaccessible dans son essence, le Dieu vivant, par libre amour, se rend totalement participable dans ses \u00e9nergies, dans cette lumi\u00e8re incr\u00e9\u00e9e qui resplendit au Thabor, illumine la nuit de P\u00e2ques, ruisselle aujourd&rsquo;hui de l&rsquo;eucharistie, anticipe d\u00e8s maintenant le retour du Christ. L&rsquo;homme est appel\u00e9 \u00e0 m\u00e9tamorphoser dans cette lumi\u00e8re son c\u0153ur, son corps, toute son existence, toute la \u00ab mati\u00e8re \u00bb de l&rsquo;univers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La synth\u00e8se palamite est port\u00e9e par une r\u00e9adaptation, \u00e0 l&rsquo;Athos d&rsquo;abord, de la tradition des Silencieux (les h\u00e9sychastes), qui suscite une r\u00e9forme int\u00e9rieure de l&rsquo;\u00c9glise : par le renouveau de la pri\u00e8re et de la vie liturgique et par le sens de la pauvret\u00e9. Ainsi, en Orient, les mouvements de proph\u00e9tisme et de paup\u00e9risme \u00e9vang\u00e9liques sont rest\u00e9s suffisamment int\u00e9rieurs \u00e0 l&rsquo;\u00c9glise pour que celle-ci \u00e9vite les d\u00e9chirements du XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle occidental et accepte sans r\u00e9ticence, au niveau social, les r\u00e9gimes socialistes de notre \u00e9poque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Du XV<sup>e<\/sup> au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle : le \u00ab Moyen Age \u00bb orthodoxe<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De la chute de Constantinople au d\u00e9but du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle s&rsquo;\u00e9tend une sorte de Moyen Age orthodoxe. La domination ottomane sur les Balkans <a id=\"Y8\" href=\"#X8\">[8]<\/a>, l&rsquo;isolement et l&rsquo;archa\u00efsme de la Russie moscovite font r\u00e9gner une mentalit\u00e9 de \u00ab soci\u00e9t\u00e9 close \u00bb. La grandeur de ces si\u00e8cles, pourtant, tient \u00e0 l&rsquo;impr\u00e9gnation de sens et de beaut\u00e9 qui se fait dans la vie populaire <a id=\"Y9\" href=\"#X9\">[9]<\/a>. Des blanches \u00e9glises de l&rsquo;archipel grec aux \u00e9glises doucement bariol\u00e9es de la plaine russe, l&rsquo;espace se transfigure. Le rythme liturgique ordonne le temps o\u00f9 les c\u00e9l\u00e9brations se prolongent en f\u00eates. L&rsquo;art sacr\u00e9 devient dans les Balkans, un art monastique et populaire qui met l&rsquo;accent sur l&rsquo;humiliation volontaire du Christ et sur une asc\u00e8se virile, dont le prototype est saint Jean-Baptiste : on le repr\u00e9sente sec et br\u00fblant sur les ic\u00f4nes, mais rev\u00eatu d&rsquo;ailes. Et l&rsquo;ermite, son reflet, est dans la montagne, on peut aller lui demander une parole de vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>L&rsquo;univers orthodoxe se referme sur lui-m\u00eame<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant, la tentation grandit d&rsquo;une foi impersonnelle, l\u00e9galiste, d&rsquo;un ritualisme presque magique. Au terme d&rsquo;une \u00e9volution commenc\u00e9e pendant l&rsquo;\u00e9poque byzantine, la liturgie tend \u00e0 devenir un spectacle sacr\u00e9, l&rsquo;iconostase, cette cloison couverte d&rsquo;ic\u00f4nes qui s\u00e9pare l&rsquo;autel de la nef, s&rsquo;hypertrophie pour prot\u00e9ger le \u00ab saint des saints \u00bb, \u00e0 la mani\u00e8re, croit-on, du Temple de J\u00e9rusalem ; la communion, par terreur r\u00e9v\u00e9rentielle, devient tr\u00e8s rare ; dans les canons, l&rsquo;accent est mis sur les prescriptions reprises du \u00ab L\u00e9vitique \u00bb (voir Bible, Commandements).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ce contexte, le peuple de Dieu tend \u00e0 se confondre avec la nationalit\u00e9 que l&rsquo;\u00c9glise sauvegarde (dans l&rsquo;Empire ottoman) ou exalte (en Russie). Ainsi s&rsquo;affirme le \u00ab p\u00e9ch\u00e9 historique \u00bb majeur de l&rsquo;orthodoxie moderne : le nationalisme religieux. Le patriarche de Constantinople, que le sultan consid\u00e8re comme le chef civilement responsable du peuple chr\u00e9tien, l&rsquo;\u00ab ethnarque \u00bb, favorise dans l&rsquo;Empire ottoman l&rsquo;hell\u00e9nisme au d\u00e9triment des Slaves et des Arabes (aujourd&rsquo;hui encore, une hi\u00e9rarchie grecque persiste dans le patriarcat de J\u00e9rusalem). Le peuple russe, surtout, se d\u00e9finit autour du mythe de Moscou \u00ab troisi\u00e8me Rome \u00bb et \u00ab troisi\u00e8me empire \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet univers orthodoxe se ferme d&rsquo;autant plus qu&rsquo;il subit les assauts d&rsquo;un catholicisme galvanis\u00e9 par la Contre-R\u00e9forme. Rome pousse les \u00c9tats catholiques qui comptent des provinces orthodoxes, telles l&rsquo;Autriche et la Pologne, \u00e0 cr\u00e9er par la force des communaut\u00e9s uniates, rattach\u00e9es \u00e0 Rome, et spirituellement latinis\u00e9es sous des apparences orientales. Intellectuellement affaiblie, l&rsquo;orthodoxie doit adopter, pour r\u00e9sister la probl\u00e9matique de l&rsquo;adversaire et constitue une th\u00e9ologie d&rsquo;\u00e9cole p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e d&rsquo;influences latines et allemandes <a id=\"Y10\" href=\"#X10\">[10]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant la continuit\u00e9 de la liturgie et de la spiritualit\u00e9, l&rsquo;\u00ab instinct d&rsquo;orthodoxie \u00bb des fid\u00e8les, sauvegardent l&rsquo;essentiel. Des confr\u00e9ries la\u00efques s&rsquo;opposent \u00e0 l&rsquo;uniatisme. Les conciles du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle (Iassy, 1642 ; Moscou, 1666-1667 ; Bethl\u00e9em 1672) affirment, entre R\u00e9forme et Contre-R\u00e9forme, le caract\u00e8re sacramentel de l&rsquo;\u00c9glise et le r\u00f4le du Saint-Esprit dans le sacrement. Le concile de Moscou, auquel participent les patriarches d&rsquo;Antioche et d&rsquo;Alexandrie, a la force de surmonter le messianisme national et le ritualisme magique, mais il le fait avec tant de violence qu&rsquo;il rend in\u00e9vitable le schisme \u2013 le Raskol \u2013 des \u00ab vieux croyants \u00bb, farouchement attach\u00e9s \u00e0 ces deux tendances.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le XVIII<sup>e<\/sup> et le XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, une \u00ab mort-r\u00e9surrection \u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle semble une agonie pour l&rsquo;\u00c9glise orthodoxe. Le pourrissement de l&rsquo;Empire ottoman contamine l&rsquo;orthodoxie grecque et balkanique. En Russie, Pierre le Grand profite de l&rsquo;affaiblissement de l&rsquo;\u00c9glise par le \u00ab Raskol \u00bb pour abolir le patriarcat et soumettre \u00e0 un haut fonctionnaire l&rsquo;administration eccl\u00e9siastique. La nouvelle \u00e9lite russe, rationaliste ou occultisante, semble irr\u00e9m\u00e9diablement d\u00e9tach\u00e9e de la foi traditionnelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>L&rsquo;\u00c9glise int\u00e8gre l&rsquo;esprit critique venu d&rsquo;Occident<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le renouveau survient au tournant du XVIII<sup>e<\/sup> et du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, par une nouvelle intervention des Silencieux. Saint Nicod\u00e8me de la Sainte Montagne, aid\u00e9 par Macaire de Corinthe et Athanase de Paros, publie les grands textes byzantins, adapte plusieurs mystiques occidentaux, pr\u00e9conise la purification de la liturgie et la communion fr\u00e9quente, compose enfin une monumentale anthologie de th\u00e9ologie asc\u00e9tique, la \u00ab Philocalie \u00bb, publi\u00e9e en 1782 \u00e0 Venise. Un Ukrainien fix\u00e9 en Moldavie apr\u00e8s un long s\u00e9jour \u00e0 l&rsquo;Athos, Pa\u00efssi\u00e9 V\u00e9litchkovsky, traduit la \u00ab Philocalie \u00bb en slavon, \u00e9dite les \u00ab P\u00e8res \u00bb en russe et en roumain, et forme une pl\u00e9iade de spirituels qui vont r\u00e9nover la vie chr\u00e9tienne dans la Russie du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Le renouveau philocalique multiplie, en effet, dans tout le monde orthodoxe, ces \u00ab anciens \u00bb dont la \u00ab paternit\u00e9 spirituelle \u00bb et le \u00ab discernement des esprits \u00bb attirent les foules. Autour d&rsquo;eux, l&rsquo;ab\u00eeme entre l&rsquo;\u00c9glise et les intellectuels commence \u00e0 se combler, car ils n&rsquo;h\u00e9sitent pas \u00e0 assumer, dans la perspective d&rsquo;une connaissance int\u00e9grale, l&rsquo;esprit critique qui vient d&rsquo;Occident. Les meilleurs \u00e9crivains grecs du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les \u00ab deux Alexandre \u00bb (Papadiamantis et Mora\u00eftadis) sont des amis des \u00ab g\u00e9ront\u00e8s \u00bb. En Russie, \u00e9crivains, philosophes, chercheurs d&rsquo;absolu affluent \u00e0 l&rsquo;ermitage d&rsquo;Optino dont les \u00ab startsi \u00bb animent une prise de conscience originale de l&rsquo;orthodoxie chez les grands penseurs \u00ab slavophiles \u00bb Kirievsky et Khomiakov. Dosto\u00efevsky trouve dans leur paternit\u00e9 lib\u00e9ratrice la r\u00e9ponse \u00e0 la dialectique <a id=\"Y11\" href=\"#X11\">[11]<\/a> du ma\u00eetre et de l&rsquo;esclave et la red\u00e9couverte du christianisme comme religion de la libert\u00e9. En 1848, en r\u00e9ponse \u00e0 un appel de la papaut\u00e9 qui pr\u00e9pare le dogme de son infaillibilit\u00e9, une grande encyclique des patriarches orientaux <a id=\"Y12\" href=\"#X12\">[12]<\/a> rappelle que la V\u00e9rit\u00e9, dans la tradition orthodoxe, \u00ab est sauvegard\u00e9e par le corps entier de l&rsquo;\u00c9glise \u00bb ; Khomiakov pr\u00e9cise aussit\u00f4t : par la libre communion (\u00ab sobornost \u00bb) des consciences personnelles unies par la foi et l&rsquo;amour. Dans les Balkans lib\u00e9r\u00e9s se forment de nouvelles \u00c9glises nationales. L&rsquo;\u00c9glise grecque se proclame autoc\u00e9phale en 1833 et obtient en 1850 la reconnaissance de Constantinople. L&rsquo;\u00c9glise serbe devient autonome en 1832, autoc\u00e9phale en 1879, et, apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre unie avec les autres communaut\u00e9s orthodoxes de la nouvelle Yougoslavie, est \u00e9rig\u00e9e en patriarcat en 1922 ; l&rsquo;\u00c9glise bulgare s&rsquo;est proclam\u00e9e autoc\u00e9phale en 1860, mais n&rsquo;a obtenu la reconnaissance de Constantinople qu&rsquo;en 1945 ; de m\u00eame, elle s&rsquo;est \u00e9rig\u00e9e en patriarcat en 1953, mais celui-ci n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 reconnu par Constantinople qu&rsquo;en 1960.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En union \u00e9troite avec des la\u00efcs cultiv\u00e9s, l&rsquo;\u00e9piscopat russe s&rsquo;affermit et convoque, d\u00e8s 1904, des commissions pr\u00e9concilaires pour lib\u00e9rer l&rsquo;\u00c9glise de la tutelle du r\u00e9gime. R\u00e9uni \u00e0 Moscou en 1917-1918, le concile de l&rsquo;\u00c9glise russe, qui comporte, autour des \u00e9v\u00eaques, de nombreux d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s des pr\u00eatres et des la\u00efcs, restaure le patriarcat et r\u00e9forme la vie eccl\u00e9siale dans le sens d&rsquo;une enti\u00e8re responsabilit\u00e9 du la\u00efcat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle : le martyre et l&rsquo;universalit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la veille de la R\u00e9volution de 1917, une \u00e9lite de grands penseurs religieux, venus du marxisme, comme Boulgakov ou Berdiaeff, ou de la recherche scientifique, comme Florensky, tentent d&rsquo;\u00e9laborer une anthropologie chr\u00e9tienne qui ma\u00eetriserait l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. Mais ils sont pris de court par la rapidit\u00e9 et la violence de la crise, d&rsquo;autant qu&rsquo;ils sont peu nombreux et que les masses, arrach\u00e9es par l&rsquo;industrie, la guerre et la r\u00e9volution \u00e0 leurs cadres traditionnels, traduisent en esp\u00e9rance r\u00e9volutionnaire la vieille attente du Royaume.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jusqu&rsquo;en 1922, durant la phase lyrique de la r\u00e9volution, des pers\u00e9cutions convulsives se produisent, mais elles n&rsquo;ont rien de syst\u00e9matique et la pens\u00e9e chr\u00e9tienne conna\u00eet, en plein risque, une grave maturation, guid\u00e9e par un extraordinaire starets, un pr\u00eatre mari\u00e9, le p\u00e8re Alexis Metchev. Mais, avec la N.E.P., pour assurer l&rsquo;avenir, L\u00e9nine fait du marxisme une id\u00e9ologie exclusive et, en 1922, chasse du pays la plupart des grands penseurs religieux. \u00c0 partir de 1929, tout sera fait pour d\u00e9truire l&rsquo;\u00c9glise ou la r\u00e9duire \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;une superstition fig\u00e9e dans son archa\u00efsme. Tout change avec la guerre : l&rsquo;\u00c9glise participe puissamment au redressement moral de la patrie et re\u00e7oit, en 1943, une place modeste dans la soci\u00e9t\u00e9 sovi\u00e9tique : le droit \u00e0 la vie liturgique. Dans l&rsquo;Europe du Sud-Est, apr\u00e8s la seconde guerre mondiale, les d\u00e9mocraties populaires ont impos\u00e9 de dures restrictions \u00e0 la vie de l&rsquo;\u00c9glise, mais il n&rsquo;y a eu ni pers\u00e9cutions sanglantes ni destruction syst\u00e9matique de l&rsquo;intelligentzia chr\u00e9tienne. En Roumanie, un humble pr\u00eatre de campagne, dans l&rsquo;entre-deux-guerres, avait, au nom du Christ, abrit\u00e9 des proscrits politiques. L&rsquo;un d&rsquo;eux devint secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du parti communiste apr\u00e8s la prise du pouvoir. Le pr\u00eatre est \u00e9lu patriarche, sous le nom de Justinien. Le patriarche Justinien I<sup>er<\/sup> r\u00e9organise son \u00c9glise et r\u00e9alise, en 1953, une r\u00e9forme monastique qui ins\u00e8re les communaut\u00e9s dans l&rsquo;\u00e9conomie socialiste et demande aux moines de participer \u00e0 la \u00ab transformation de la nature \u00bb que pr\u00e9conise le r\u00e9gime, mais en conservant \u00ab le nom de J\u00e9sus dans le c\u0153ur \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00ab dans une perspective de transfiguration \u00bb ; il leur recommande d&rsquo;assumer le devoir de pri\u00e8re \u00ab pour ceux qui ne savent pas, ne veulent pas ou ne peuvent pas prier \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si le XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle est pour l&rsquo;orthodoxie le si\u00e8cle du martyre, il est aussi celui de l&rsquo;universalit\u00e9. Aux vastes migrations \u00ab \u00e9conomiques \u00bb vers l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re occidental se joignent les victimes de deux cataclysmes historiques, la r\u00e9volution russe et la destruction, en 1922, de la Gr\u00e8ce d&rsquo;Asie par les nationalistes turcs. Des millions d&rsquo;orthodoxes sont ainsi dispers\u00e9s \u00e0 travers l&rsquo;Occident, dans l&rsquo;Europe de l&rsquo;Ouest, surtout en France, en Am\u00e9rique et jusqu&rsquo;en Australie. Partout se constituent des paroisses, des mouvements, quelques \u00e9coles de th\u00e9ologie. C&rsquo;est \u00e0 Paris que la pens\u00e9e religieuse russe porte ses derniers fruits et r\u00e9pand dans la pens\u00e9e occidentale qu&rsquo;il suffise pour le moment de nommer Chestov et Berdiaeff des semences d&rsquo;orthodoxie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>LES CERTITUDES FONDAMENTALES<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la grande tradition orthodoxe, on ne peut s\u00e9parer la th\u00e9ologie, la mystique et les sacrements de l&rsquo;\u00c9glise : l&rsquo;eucharistie \u00e9claire le sens de l&rsquo;\u00c9criture, la Parole th\u00e9ologique s&rsquo;accomplit en c\u00e9l\u00e9bration liturgique et les dogmes, rares et formul\u00e9s \u00e0 regret uniquement lorsque l&rsquo;exp\u00e9rience chr\u00e9tienne est menac\u00e9e, constituent les \u00ab images conductrices \u00bb de la \u00ab vie en Christ \u00bb <a id=\"Y13\" href=\"#X13\">[13]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Dieu s&rsquo;est fait homme pour que l&rsquo;homme puisse devenir Dieu<\/em> \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cr\u00e9\u00e9 \u00ab \u00e0 l&rsquo;image de Dieu \u00bb, l&rsquo;homme est appel\u00e9 \u00e0 la \u00ab similitude \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 une participation \u00e0 la vie divine o\u00f9 son humanit\u00e9 ne s&rsquo;abolit pas mais s&rsquo;accomplit. La \u00ab gr\u00e2ce incr\u00e9\u00e9e \u00bb, la \u00ab lumi\u00e8re thaborique \u00bb, constitue, comme dit Maxime le Confesseur, \u00ab son origine, son milieu et sa fin \u00bb. La cr\u00e9ation de l&rsquo;homme implique une sorte de retrait sacrificiel du Cr\u00e9ateur dont la toute-puissance, culminant dans la surgie d&rsquo;une autre libert\u00e9, se transforme en une vuln\u00e9rabilit\u00e9 infinie car, disent les P\u00e8res, \u00ab Dieu peut tout, sauf contraindre l&rsquo;homme \u00e0 l&rsquo;aimer \u00bb. Dans cet \u00ab espacement \u00bb myst\u00e9rieux qui est celui de la libert\u00e9 de l&rsquo;homme et de l&rsquo;amour divin crucifi\u00e9, la gr\u00e2ce est cette \u00ab lumi\u00e8re de la vie \u00bb, dont parle saint Jean, lumi\u00e8re que Dieu communique \u00e0 l&rsquo;homme pour peu que celui-ci, dans la libert\u00e9 souveraine de la foi, d\u00e9couvre \u00e0 travers le d\u00e9figur\u00e9 de Geths\u00e9mani, le Transfigur\u00e9 du Thabor.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s l&rsquo;origine, le but offert \u00e0 l&rsquo;homme est donc la \u00ab divino-humanit\u00e9 \u00bb ; d\u00e8s l&rsquo;origine, l&rsquo;incarnation du Fils, arch\u00e9type \u00e9ternel de l&rsquo;homme, fonde et aimante l&rsquo;univers. La gr\u00e2ce est impliqu\u00e9e dans l&rsquo;acte m\u00eame de cr\u00e9ation, la Lumi\u00e8re incr\u00e9\u00e9e sourd \u00e0 la racine des choses ; nature et gr\u00e2ce existent l&rsquo;une dans l&rsquo;autre, mais la libert\u00e9 personnelle de l&rsquo;homme peut les disloquer, ensevelissant la cr\u00e9ation dans l&rsquo;enfer et la mort qui sont des modalit\u00e9s de cette condition humaine s\u00e9par\u00e9e. Satan, le \u00ab s\u00e9parateur \u00bb, le \u00ab porteur de lumi\u00e8re \u00ab devenu idol\u00e2tre de soi, amplifie et objective cette situation, et c&rsquo;est pourquoi on sent dans le mal non seulement le chaos qu&rsquo;a provoqu\u00e9 l&rsquo;homme en exilant Dieu, mais une intelligence perverse. Seul, le Christ, Adam d\u00e9finitif, peut rouvrir \u00e0 l&rsquo;homme, \u00e0 travers m\u00eame la s\u00e9paration, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 travers la Croix et dans son Corps eccl\u00e9sial, l&rsquo;espace de l&rsquo;Esprit \u00ab vivifiant \u00bb qui lib\u00e8re notre libert\u00e9 et la rend capable de changer r\u00e9ellement la vie en m\u00e9tamorphosant la mort m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;orthodoxie exalte donc avant tout, dans la personne et l&rsquo;\u0153uvre du Christ, la victoire sur la mort et l&rsquo;enfer et l&rsquo;inauguration, encore secr\u00e8te, de la \u00ab nouvelle cr\u00e9ation \u00bb. En Christ, toute s\u00e9paration, et jusqu&rsquo;au d\u00e9sespoir infini de l&rsquo;ath\u00e9isme \u2013 \u00ab Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m&rsquo;as-tu abandonn\u00e9 ? \u00bb \u2013 se consument dans l&rsquo;Amour trinitaire, tout le cr\u00e9\u00e9 peut d\u00e9sormais \u00ab passer \u00bb dans l&rsquo;incr\u00e9\u00e9 ; c&rsquo;est l&rsquo;exultation pascale (P\u00e2ques signifie \u00ab passage \u00bb) renouvel\u00e9e \u00e0 chaque eucharistie : \u00ab Christ est ressuscit\u00e9 des morts, par la mort il a \u00e9cras\u00e9 la mort ! \u00c0 ceux qui sont dans les tombeaux, il a donn\u00e9 la vie ! \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La R\u00e9surrection n&rsquo;est donc pas la r\u00e9animation d&rsquo;un cadavre dans les modalit\u00e9s du monde d\u00e9chu (selon lesquelles, m\u00eame vivants, nous sommes d\u00e9j\u00e0, en un sens, des cadavres), mais le bouleversement de ces modalit\u00e9s la vivification inaugur\u00e9e de l&rsquo;humanit\u00e9 et de l&rsquo;univers et la \u00ab vie \u00bb s&rsquo;identifie ici \u00e0 l&rsquo;Esprit saint. L&rsquo;ascension ouvre la Pentec\u00f4te, l&rsquo;humanit\u00e9 \u00ab pneumatique \u00bb du Christ (au sens du \u00ab pneuma \u00bb, le souffle vivifiant) nous atteint dans les sacrements de l&rsquo;\u00c9glise, dans l&rsquo;\u00c9glise comme sacrement du Ressuscit\u00e9 : par l\u00e0 m\u00eame lieu d&rsquo;une permanente Pentec\u00f4te qui flamboie d\u00e9j\u00e0 dans les saints pour tout embraser \u00e0 la Parousie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La Trinit\u00e9 et l&rsquo;anthropologie \u00ab trinitaire \u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le dogme de la Trinit\u00e9 constitue le c\u0153ur de la th\u00e9ologie de l&rsquo;Orient chr\u00e9tien, par l\u00e0 m\u00eame, puisque l&rsquo;homme est \u00ab \u00e0 l&rsquo;image \u00bb de Dieu, de toute son anthropologie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La logique d\u00e9chue, enferm\u00e9e dans la mort, oppose ou confond. Elle est binaire, non uni-trinitaire. Le dogme de la Trinit\u00e9 sugg\u00e8re, au contraire, la co\u00efncidence parfaite, dans la source m\u00eame de la vie, de l&rsquo;unit\u00e9 absolue et de la distinction absolue : unit\u00e9 plus totale que l&rsquo;Un de Plotin, ou la \u00ab non-dualit\u00e9 \u00bb de l&rsquo;Inde ; distinction plus totale que la nostalgie occidentale d&rsquo;\u00e9panouissement individuel et de dialogue. Le Trois, ici, est un nombre \u00ab m\u00e9ta-math\u00e9matique \u00bb (saint Basile le Grand) qui, toujours identique \u00e0 l&rsquo;Un, signifie le d\u00e9passement infini de l&rsquo;opposition non par r\u00e9sorption dans l&rsquo;impersonnel, mais par la pl\u00e9nitude de la communion o\u00f9 chacun, loin de s&rsquo;opposer, pose les autres dans une relation uni-trinitaire proprement impensable. Chaque hypostase (ou personne, au sens non philosophique mais th\u00e9ologique) peut \u00eatre d\u00e9sign\u00e9e, invoqu\u00e9e, comme une mani\u00e8re incomparable de \u00ab recueillir les essences spirituelles des \u00eatres&#8230; pour les pr\u00e9senter \u00e0 Dieu comme des offrandes de la part de la cr\u00e9ation <a id=\"Y14\" href=\"#X14\">[14]<\/a> \u00bb. Ainsi collaborons-nous, pour reprendre une autre expression du Confesseur, \u00e0 transformer l&rsquo;univers en \u00ab buisson ardent \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le sens de l&rsquo;\u00c9glise<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour l&rsquo;essentiel, l&rsquo;eccl\u00e9siologie orthodoxe appara\u00eet comme une eccl\u00e9siologie de communion qui tente d&rsquo;exprimer directement les dogmes concernant le Christ, l&rsquo;Esprit saint et la Trinit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00c9glise, en premier lieu, se d\u00e9finit comme Corps du Christ <a id=\"Y15\" href=\"#X15\">[15]<\/a>, en tant qu&rsquo;elle se compose de communaut\u00e9s eucharistiques. La transmutation eucharistique, en effet, int\u00e8gre de la mani\u00e8re la plus r\u00e9aliste l&rsquo;assembl\u00e9e des fid\u00e8les en Corps du Christ. L&rsquo;\u00c9glise locale n&rsquo;est donc pas le fragment d&rsquo;une \u00c9glise abstraitement universelle, mais la manifestation pl\u00e9ni\u00e8re, en un lieu donn\u00e9, de l&rsquo;Una Sancta. \u00c0 travers le temps et l&rsquo;espace il existe, en quelque sorte, une seule eucharistie, attest\u00e9e par la \u00ab succession apostolique \u00bb des \u00e9v\u00eaques, et toutes les \u00c9glises locales ne font qu&rsquo;une en elle. Le Corps du Christ est un corps \u00ab spirituel \u00bb sur lequel repose l&rsquo;Esprit <a id=\"Y16\" href=\"#X16\">[16]<\/a>. Les fid\u00e8les membres du Corps du Christ, sont donc des porteurs de l&rsquo;Esprit, des \u00ab pneumatophores \u00bb. A ce titre, ils sont les gardiens responsables de la V\u00e9rit\u00e9, comme l&rsquo;a rappel\u00e9, en 1848 une encyclique des patriarches orientaux. Le r\u00f4le des la\u00efcs membres du \u00ab laos th\u00e9ou \u00bb, peuple de Dieu, est tr\u00e8s important dans la recherche et l&rsquo;enseignement th\u00e9ologiques, il se concentre parfois dans des mouvements ou des personnalit\u00e9s proph\u00e9tiques, particuli\u00e8rement dans le t\u00e9moignage des \u00ab spirituels \u00bb. Le magist\u00e8re ne peut donc agir et d\u00e9finir qu&rsquo;en tenant le plus grand compte de 1&rsquo;\u00ab intuition d&rsquo;orthodoxie \u00bb du peuple de Dieu. La V\u00e9rit\u00e9, si elle est Vie, ne s&rsquo;impose pas du dehors aux consciences personnelles, elle doit leur devenir \u00e9vidente dans la communion de l&rsquo;Esprit. \u00c0 la rencontre de ces deux aspects de l&rsquo;\u00c9glise, nous trouvons l&rsquo;\u00e9picl\u00e8se, \u00ab imploration \u00bb qui constitue le c\u0153ur de toute action sacramentelle. Dans la liturgie eucharistique en particulier, la transmutation ne d\u00e9pend pas des seules paroles d&rsquo;institution, mais essentiellement de cette \u00e9picl\u00e8se qui demande \u00e0 Dieu, plus pr\u00e9cis\u00e9ment au P\u00e8re, d&rsquo;envoyer son Esprit \u00ab sur nous et sur les dons que voici [le pain et le vin] pour nous int\u00e9grer par eux au Corps du Christ \u00bb. Le pr\u00eatre prononce l&rsquo;\u00e9picl\u00e8se, mais tous s&rsquo;associent \u00e0 lui. Ainsi se pr\u00e9cise l&rsquo;articulation des deux sacerdoces : les la\u00efcs, membres du sacerdoce universel, conc\u00e9l\u00e8brent au niveau de l&rsquo;imploration ; le ministre, qui rassemble cette imploration, atteste son exaucement gr\u00e2ce au \u00ab t\u00e9moignage apostolique \u00bb de l&rsquo;\u00e9v\u00eaque et des pr\u00eatres qui le repr\u00e9sentent dans les paroisses. D&rsquo;autre part, le fait m\u00eame de l&rsquo;\u00e9picl\u00e8se souligne que le pr\u00eatre ne s&rsquo;identifie pas au Christ, il est seulement son image, sans qu&rsquo;une diff\u00e9rence d&rsquo;essence le s\u00e9pare des la\u00efcs ; c&rsquo;est pourquoi, tout comme l&rsquo;\u00c9glise indivise, l&rsquo;\u00c9glise orthodoxe n&rsquo;a jamais cess\u00e9 d&rsquo;ordonner au sacerdoce des hommes mari\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On comprend aussi, si l&rsquo;on songe \u00e0 cette \u00e9troite coop\u00e9ration entre le peuple et le minist\u00e8re, que le candidat le plus digne \u00e0 l&rsquo;\u00e9piscopat ait \u00e9t\u00e9 traditionnellement \u00e9lu. Cette \u00e9lection a disparu de facto dans la plupart des \u00c9glises orthodoxes, et s&rsquo;y maintient seulement comme une acclamation liturgique. Toutefois, l&rsquo;\u00e9lection des \u00e9v\u00eaques existe toujours \u00e0 Chypre et dans le patriarcat d&rsquo;Antioche ; elle avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9tablie dans l&rsquo;\u00c9glise russe par le concile de 1917-1918 et l&rsquo;on a envisag\u00e9 s\u00e9rieusement de la restaurer en Gr\u00e8ce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Corps du Christ, temple du Saint-Esprit, peuple de Dieu, l&rsquo;\u00c9glise appara\u00eet finalement comme une communion \u00e0 l&rsquo;image de la Trinit\u00e9. Communion, d&rsquo;une part, des consciences personnelles. Une d\u00e9cision du magist\u00e8re et m\u00eame d&rsquo;un concile r\u00e9uni avec toutes les garanties canoniques d&rsquo;\u0153cum\u00e9nicit\u00e9 doit \u00eatre \u00ab re\u00e7ue \u00bb par l&rsquo;ensemble du peuple de Dieu, au cours d&rsquo;un processus d&rsquo;assimilation qui peut \u00eatre tumultueux, exiger de nouveaux efforts d&rsquo;\u00e9claircissement, voire la convocation d&rsquo;un nouveau concile. Le brigandage d&rsquo;\u00c9ph\u00e8se au IV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, le concile iconoclaste de Hier\u00e9ia au VIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, le concile d&rsquo;union de Florence du XV<sup>e<\/sup> ont \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9s par la conscience de l&rsquo;\u00c9glise, cette communion des consciences personnelles qui, en revanche, n&rsquo;a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 proclamer \u00ab \u0153cum\u00e9nique \u00bb, bien apr\u00e8s coup, le concile r\u00e9gional r\u00e9uni \u00e0 Constantinople en 381, ou \u00e0 donner une port\u00e9e panorthodoxe \u00e0 l&rsquo;encyclique de 1848.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>L&rsquo;\u00c9glise orthodoxe est une communion d&rsquo;\u00e9glises locales<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Communion, d&rsquo;autre part, des \u00e9glises locales. Elle s&rsquo;organise autour d&rsquo;une hi\u00e9rarchie de centres d&rsquo;accord dont les primats re\u00e7oivent la pr\u00e9rogative de faire face aux communaut\u00e9s locales pour les emp\u00eacher de s&rsquo;isoler et pour veiller \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de leur communion. Tr\u00e8s t\u00f4t, les \u00e9glises d&rsquo;une province ont constitu\u00e9 une m\u00e9tropole, autour d&rsquo;un m\u00e9tropolite (les m\u00e9tropoles gardent un r\u00f4le important au Proche-Orient, en Gr\u00e8ce et en Roumanie). Puis se sont form\u00e9s de vastes ensembles autoc\u00e9phales (qui s&rsquo;administrent eux-m\u00eames), communaut\u00e9s de civilisation \u00e0 l&rsquo;origine (le monde latin autour de Rome, grec autour de Constantinople, s\u00e9mitique autour d&rsquo;Antioche, nilotique autour d&rsquo;Alexandrie). Aujourd&rsquo;hui, depuis l&rsquo;essor de la Russie et le mouvement des nationalit\u00e9s dans les Balkans aux XIX<sup>e<\/sup> et XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cles, les \u00ab autoc\u00e9phalies \u00bb sont fr\u00e9quemment des \u00c9glises nationales. Le primat d&rsquo;une autoc\u00e9phalie, le plus souvent appel\u00e9 \u00ab patriarche \u00bb, est \u00e9lu par l&rsquo;ensemble de son \u00c9glise, c&rsquo;est-\u00e0-dire par les \u00e9v\u00eaques avec la participation du clerg\u00e9 et du peuple, il doit \u00eatre reconnu par les autres patriarches et, surtout, par le premier d&rsquo;entre eux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Traditionnellement, en effet, un premier \u00e9v\u00eaque d\u00e9tient une primaut\u00e9 universelle. C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Rome dans l&rsquo;\u00c9glise indivise, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Constantinople \u2013 nouvelle Rome depuis le schisme, \u00e9tant bien entendu que Rome reprendra la premi\u00e8re place d\u00e8s que les divergences de structure et de foi auront \u00e9t\u00e9 surmont\u00e9es. Dans la conception orthodoxe, du moins la plus traditionnelle, la primaut\u00e9 universelle n&rsquo;est pas une domination juridique, et c&rsquo;est pourquoi le dogme du premier concile du Vatican stipulant que le pape exerce une juridiction \u00ab directe et vraiment \u00e9piscopale \u00bb sur tous les fid\u00e8les est inacceptable pour l&rsquo;orthodoxie. Mais cette primaut\u00e9 n&rsquo;est pas davantage purement honorifique ; la communion \u00e0 avec le premier \u00e9v\u00eaque et la possibilit\u00e9 d&rsquo;interjeter appel devant lui v\u00e9rifient l&rsquo;appartenance \u00e0 l&rsquo;\u00c9glise universelle ; et dispose de pr\u00e9rogatives d&rsquo;initiative et de pr\u00e9sidence pour la mise en branle du magist\u00e8re. Ce qui finalement semble caract\u00e9riser la Tradition de l&rsquo;\u00c9glise indivise, c&rsquo;est la multiplicit\u00e9 \u00ab symphonique \u00bb (et non hi\u00e9rarchiste) des moyens dont l&rsquo;\u00c9glise dispose pour d\u00e9tecter l&rsquo;inspiration de l&rsquo;Esprit : l&rsquo;accord des \u00e9v\u00eaques, et particuli\u00e8rement de ces \u00ab colonnes \u00bb de l&rsquo;\u00e9piscopat que sont les patriarches, la confirmation prestigieuse du premier \u00e9v\u00eaque, la communion des consciences personnelles et les ph\u00e9nom\u00e8nes de proph\u00e9tisme qui l&rsquo;animent. Symphonie telle que personne ne peut avoir le dernier mot sauf l&rsquo;Esprit et le myst\u00e9rieux accord qu&rsquo;il provoque. Dans cette perspective, la succession de Pierre se retrouve \u00e0 tous les niveaux : dans la foi de chaque croyant, dans le t\u00e9moignage privil\u00e9gi\u00e9 des \u00e9v\u00eaques qui pr\u00e9sident \u00e0 l&rsquo;eucharistie, comme Pierre dans la premi\u00e8re \u00e9glise, \u00e0 J\u00e9rusalem, enfin dans la mission du premier \u00e9v\u00eaque qui doit exprimer l&rsquo;unit\u00e9 de l&rsquo;\u00c9glise comme Pierre le faisait pour le coll\u00e8ge apostolique (mais la succession de Pierre n&rsquo;exclut nullement celle de Paul et celle de Jean, c&rsquo;est-\u00e0-dire le t\u00e9moignage des proph\u00e8tes et des voyants).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>LA SITUATION PLAN\u00c9TAIRE ACTUELLE DE L&rsquo;ORTHODOXIE<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;orthodoxie est aujourd&rsquo;hui pr\u00e9sente dans les diverses civilisations qui coexistent ou s&rsquo;affrontent \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle plan\u00e9taire : le monde communiste, l&rsquo;Occident et le Tiers Monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Orthodoxie et communisme<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;orthodoxie n&rsquo;a jamais d\u00e9velopp\u00e9 de \u00ab th\u00e9ologie de la propri\u00e9t\u00e9 \u00bb. Le souvenir de la premi\u00e8re \u00c9glise, o\u00f9 les biens \u00e9taient mis en commun, l&rsquo;exemple analogue des monast\u00e8res, les appels \u00e0 la justice sociale des proph\u00e8tes d&rsquo;Isra\u00ebl et des P\u00e8res grecs (pour saint Jean Chrysostome, le pauvre est une incarnation du Christ et le sacrement de l&rsquo;autel. n&rsquo;a pas de sens s&rsquo;il ne se prolonge en \u00ab sacrement du fr\u00e8re \u00bb), le sens aigu du p\u00e9ch\u00e9 social dans la Russie du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, tout explique que l&rsquo;orthodoxie, malgr\u00e9 sa longue utilisation par le r\u00e9gime imp\u00e9rial, ait accept\u00e9, apr\u00e8s 1917, la nouvelle organisation \u00e9conomique et sociale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab L&rsquo;\u00c9tat exigera-t-il le renoncement \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9, faudra-t-il donner sa vie pour l&rsquo;\u0153uvre commune ? Mais c&rsquo;est l\u00e0 pr\u00e9cis\u00e9ment ce que leur foi enseigne aux chr\u00e9tiens \u00bb, \u00e9crivait, d\u00e8s 1927, un des responsables de l&rsquo;\u00c9glise russe. Tr\u00e8s t\u00f4t, donc, le probl\u00e8me est spirituel : le t\u00e9moignage du Dieu vivant et de la dimension \u00e9ternelle de l&rsquo;homme face \u00e0 un mat\u00e9rialisme totalitaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>L&rsquo;\u00c9glise conna\u00eet en U.R.S.S. une pers\u00e9cution non sanglante, mais asphyxiante<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De 1943 \u00e0 1959, nous l&rsquo;avons dit, l&rsquo;\u00c9glise russe conna\u00eet un renouveau. Le cadre juridique de ce \u00ab modus vivendi \u00bb est la distinction de l&rsquo;\u00c9tat et du parti : celui-ci maintient sa propagande antireligieuse, mais puisqu&rsquo;on peut \u00eatre citoyen sovi\u00e9tique sans \u00eatre communiste, l&rsquo;\u00c9tat fait respecter la libert\u00e9 de culte, inscrite dans la Constitution. Vers 1959, on comptait donc de 40 \u00e0 50 millions de pratiquants (sur 210 millions d&rsquo;habitants, dont un certain nombre rel\u00e8vent d&rsquo;autres appartenances religieuses).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutefois, \u00e0 partir de 1959, ce renouveau, parce qu&rsquo;il touche des ouvriers et des intellectuels enti\u00e8rement form\u00e9s par le r\u00e9gime, exasp\u00e8re les id\u00e9ologues du communisme, \u00e0 commencer par Khrouchtchev lui-m\u00eame. Pendant cinq ans, la pers\u00e9cution se d\u00e9cha\u00eene, men\u00e9e non seulement par le parti, mais par l&rsquo;\u00c9tat : la Commission pour l&rsquo;\u00c9glise orthodoxe, section principale de la Commission pour les affaires religieuses aupr\u00e8s du Conseil des ministres de l&rsquo;U.R.S.S., resserre son \u00e9tau sur l&rsquo;\u00c9glise et la contraint, en 1961, \u00e0 modifier le statut des paroisses., d\u00e9sormais prises en main par un ex\u00e9cutif la\u00efc approuv\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire impos\u00e9 par les autorit\u00e9s civiles qui l&rsquo;utilisent pour d\u00e9truire de l&rsquo;int\u00e9rieur la vie des communaut\u00e9s. 15000 \u00e9glises environ (sur 22000) sont ferm\u00e9es, de m\u00eame qu&rsquo;une soixantaine de monast\u00e8res sur 68 et 5 s\u00e9minaires sur 8. Pers\u00e9cution non sanglante, mais asphyxiante : on ne compte plus les pr\u00eatres interdits par l&rsquo;\u00c9tat, puis arr\u00eat\u00e9s pour parasitisme \u00bb, les croyants r\u00e9trograd\u00e9s dans leur emploi, parfois intern\u00e9s dans d&rsquo;\u00e9tranges asiles psychiatriques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis la chute de Khrouchtchev, la situation semble stationnaire. Une opposition s&rsquo;est form\u00e9e dans l&rsquo;\u00c9glise, qui r\u00e9clame l&rsquo;application r\u00e9elle de la s\u00e9paration de l&rsquo;\u00c9glise et de l&rsquo;\u00c9tat. Mais la stagnation, voire la r\u00e9gression du r\u00e9gime l&rsquo;ont r\u00e9duite au silence, et le devant de la sc\u00e8ne est occup\u00e9 par quelques pr\u00e9lats ambigus, qui ressemblent \u00e0 de hauts fonctionnaires sovi\u00e9tiques, sauvent sans doute ce qui peut l&rsquo;\u00eatre, mais semblent surtout se consacrer \u00e0 une vaste diplomatie politico-religieuse o\u00f9 les int\u00e9r\u00eats du r\u00e9gime et un certain messianisme de Moscou, Troisi\u00e8me Rome, co\u00efncident momentan\u00e9ment. Les r\u00e9centes pers\u00e9cutions ont h\u00e2t\u00e9 la d\u00e9christianisation de larges secteurs de la soci\u00e9t\u00e9, particuli\u00e8rement les campagnes, toujours tr\u00e8s peupl\u00e9es ; elles ont emp\u00each\u00e9, ou g\u00ean\u00e9, la rencontre des intellectuels convertis et du peuple croyant, qui se trouve ainsi renforc\u00e9 dans son ritualisme. Il existe une ou plusieurs \u00c9glises \u00ab souterraines \u00bb traditionalistes, mais ce sont surtout les baptistes qui connaissent un grand essor. Tandis que la th\u00e9ologie officielle reste terne, de jeunes intellectuels, solitaires ou formant de petits groupes marginaux, se passionnent pour la philosophie religieuse du d\u00e9but du si\u00e8cle qui voyait dans le christianisme la religion de la personne et de la libert\u00e9. Les plus grands \u00e9crivains russes d&rsquo;hier \u2013 Akhmatova et Pasternak \u2013 et d&rsquo;aujourd&rsquo;hui \u2013 Soljenitsyne, Siniavski \u2013 se rattachent ouvertement, quels que soient les risques, \u00e0 l&rsquo;esprit de l&rsquo;orthodoxie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au total, l&rsquo;\u00c9glise subsiste et porte souvent un grand t\u00e9moignage de pri\u00e8re. Beaucoup d&rsquo;\u00e9v\u00eaques et de pr\u00eatres ont une action pastorale discr\u00e8te mais profonde. A la mort du patriarche Alexis (1945-1969), on a pu se demander si le r\u00e9gime, comme dans l&rsquo;entre-deux-guerres, ne supprimerait pas \u00ab de facto \u00bb le patriarcat. Or, apr\u00e8s une h\u00e9sitation de dix-huit mois, il a permis la convocation d&rsquo;un concile qui a \u00e9lu un nouveau patriarche, Pimen, intronis\u00e9 le jour m\u00eame de la Pentec\u00f4te. Ce concile a \u00e9t\u00e9 r\u00e9uni du 31 mai au 3 juin 1971 au monast\u00e8re de la Trinit\u00e9-Saint-Serge.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s 1958, les dirigeants russes avaient choisi la Roumanie comme banc d&rsquo;essai des pers\u00e9cutions. Le mouvement monastique fut d\u00e9capit\u00e9, les principaux spirituels et th\u00e9ologiens emprisonn\u00e9s. Toutefois, avec la politique d&rsquo;ind\u00e9pendance nationale, la situation s&rsquo;est am\u00e9lior\u00e9e et l&rsquo;\u00c9glise roumaine est de nouveau en mesure de jouer un r\u00f4le important dans la prise de conscience de l&rsquo;orthodoxie et le dialogue \u0153cum\u00e9nique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;orthodoxie dans le monde grec et arabe<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les vieilles \u00c9glises de l&rsquo;hell\u00e9nisme et du Proche-Orient, la situation est fort diverse selon que l&#8217;emportent les pesanteurs de l&rsquo;histoire ou les pouss\u00e9es novatrices de l&rsquo;esprit. La communaut\u00e9 grecque orthodoxe d&rsquo;Istanbul (o\u00f9 se trouve le Phanar, humble si\u00e8ge du patriarcat \u0153cum\u00e9nique), pour avoir servi d&rsquo;otage (et de victime) aux Turcs durant la crise cypriote, n&rsquo;a cess\u00e9 de s&rsquo;amenuiser. Mais le patriarche Ath\u00e9nagoras I<sup>er<\/sup> (depuis 1950) a su transfigurer cette faiblesse historique en rayonnement spirituel. Son esprit novateur se retrouve dans l&rsquo;\u00c9glise de Cr\u00e8te qui, sous sa haute juridiction, donne un bel exemple d&rsquo;ouverture \u0153cum\u00e9nique, d&rsquo;action sociale, d&rsquo;approfondissement th\u00e9ologique, d&rsquo;\u00e9troite coop\u00e9ration entre le peuple et ses \u00e9v\u00eaques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Un courant int\u00e9griste s&rsquo;oppose aux mouvements modernes<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En Gr\u00e8ce m\u00eame, l&rsquo;impact de la civilisation technique et du s\u00e9cularisme provoque une crise tr\u00e8s grave. Un vigoureux mouvement d&rsquo;apostolat et d&rsquo;action chr\u00e9tienne, anim\u00e9 surtout par une confr\u00e9rie (aux v\u0153ux temporaires) de pr\u00eatres et de la\u00efcs, \u00ab Zoi \u00bb (\u00ab la Vie \u00bb), s&rsquo;est affadi ces derni\u00e8res ann\u00e9es en une sorte de pi\u00e9tisme moralisateur tent\u00e9 par le recours au bras s\u00e9culier, en l&rsquo;occurrence le r\u00e9gime des colonels, pour maintenir les dehors d&rsquo;une \u00ab civilisation gr\u00e9co-chr\u00e9tienne \u00bb. Le primat mis en place dans ces perspectives, l&rsquo;archev\u00eaque d&rsquo;Ath\u00e8nes Hi\u00e9ronymos, agit pourtant discr\u00e8tement pour une plus grande ind\u00e9pendance de l&rsquo;\u00c9glise. Tandis qu&rsquo;un courant int\u00e9griste, antimoderne et anti-\u0153cum\u00e9nique, se renforce et trouve appui chez les moines de l&rsquo;Athos (qui d\u00e9non\u00e7aient comme h\u00e9r\u00e9tique le patriarche Ath\u00e9nagoras depuis son rapprochement avec Rome), une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de th\u00e9ologiens d\u00e9couvre la force novatrice de la Tradition. Une partie de ces jeunes intellectuels collabore maintenant avec le primat et l&rsquo;am\u00e8ne \u00e0 des initiatives pleines de promesses, comme la cr\u00e9ation, en 1971, d&rsquo;un Centre interorthodoxe \u00e0 Ath\u00e8nes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;orthodoxie arabe, longtemps r\u00e9duite \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;une communaut\u00e9 surtout sociologique dans le puzzle politico-religieux du Proche-Orient, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9nov\u00e9e, depuis les ann\u00e9es 1940, par le M.J.O., Mouvement de jeunesse orthodoxe du patriarcat d&rsquo;Antioche. Ce mouvement, purement la\u00efc et proph\u00e9tique \u00e0 l&rsquo;origine, a form\u00e9 des pr\u00eatres et des \u00e9v\u00eaques, recr\u00e9\u00e9 une vie paroissiale et monastique et permis la fondation, en 1970 d&rsquo;une importante \u00e9cole de th\u00e9ologie \u00e0 Balamand. Aujourd&rsquo;hui, il s&rsquo;engage courageusement dans les probl\u00e8mes du Tiers Monde et surtout de l&rsquo;arabit\u00e9, cherchant une pr\u00e9sence originale du christianisme au sein des religions non chr\u00e9tiennes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;orthodoxie et l&rsquo;Occident : le probl\u00e8me de la Dispersion<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La \u00ab nouvelle immigration \u00bb (1880 env.-1924) a amen\u00e9 aux \u00c9tats-Unis, au Canada, au Br\u00e9sil et en Argentine des repr\u00e9sentants de toutes les ethnies orthodoxes (l&rsquo;\u00c9glise albanaise, par exemple, n&rsquo;existe plus aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;aux \u00c9tats-Unis). Les deux \u00e9migrations russes \u2013 celle qui a suivi la r\u00e9volution et celle des D.P. (\u00ab displaced persons \u00bb, personnes d\u00e9plac\u00e9es) apr\u00e8s la seconde guerre mondiale \u2013 et la grande \u00e9migration des Grecs d&rsquo;Asie apr\u00e8s 1922, ont achev\u00e9, dans l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re occidental, la constitution d&rsquo;une orthodoxie d&rsquo;environ 5 millions de personnes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En Europe occidentale, une colonie grecque s&rsquo;est form\u00e9e \u00e0 Marseille d\u00e8s le d\u00e9but du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, mais les arriv\u00e9es majeures ici aussi se situent dans les ann\u00e9es 1920 avec la d\u00e9faite des arm\u00e9es blanches et l&rsquo;incendie de Smyrne&#8230; Le mouvement continue \u00e0 notre \u00e9poque \u2013 Cypriotes \u00e0 Londres, travailleurs grecs en Allemagne, Belgique, etc., et Serbes, nombreux en France. Dans ce dernier pays, on compte environ 100 000 baptis\u00e9s orthodoxes citoyens fran\u00e7ais, en majorit\u00e9 par la naissance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Partout, en effet, les orthodoxes sont devenus citoyens des pays o\u00f9 ils se trouvent et ont fait discr\u00e8tement souche. L&rsquo;\u00e9migration russe, qui comptait une brillante \u00e9lite intellectuelle, a jou\u00e9 un r\u00f4le immense pour l&rsquo;approfondissement et le t\u00e9moignage de l&rsquo;orthodoxie. A Paris, elle a fond\u00e9 l&rsquo;Institut de th\u00e9ologie Saint-Serge qui, apr\u00e8s la derni\u00e8re guerre, a essaim\u00e9 \u00e0 New York, au s\u00e9minaire Saint-Vladimir, v\u00e9ritable creuset d&rsquo;unification pour l&rsquo;orthodoxie am\u00e9ricaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l&rsquo;on met \u00e0 part l&rsquo;aventure isol\u00e9e d&rsquo;un groupe l&rsquo;\u00ab \u00c9glise catholique orthodoxe de France \u00bb fond\u00e9e par Eugraph Kovalevsky (Mgr Jean, mort en 1969), l&rsquo;orthodoxie en Occident s&rsquo;est refus\u00e9e \u00e0 tout pros\u00e9lytisme. Des conversions pourtant se produisent, souvent \u00e0 partir de milieux d\u00e9christianis\u00e9s (c&rsquo;est le cas pour l&rsquo;auteur de ces lignes) et l&rsquo;on trouve aujourd&rsquo;hui parmi les pr\u00eatres et th\u00e9ologiens de la Dispersion des orthodoxes d&rsquo;origine fran\u00e7aise, anglaise, allemande, suisse et am\u00e9ricaine. Aux \u00c9tats-Unis, l&rsquo;orthodoxie attire un certain nombre de jeunes par son sens du myst\u00e8re et sa capacit\u00e9 non d&rsquo;ignorer, mais de transfigurer la souffrance. Nombreux aussi sont les orthodoxes dans les diff\u00e9rents domaines de la culture occidentale, du grand historien des religions Mircea Eliade au jeune et prometteur \u00e9crivain fran\u00e7ais Gabriel Matzneff <a id=\"Y17\" href=\"#X17\">[17]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La Diaspora appara\u00eet ainsi comme un lieu de rencontre, d&rsquo;\u00e9changes, de prise de conscience, o\u00f9 l&rsquo;orthodoxie fait l&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;universel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant, la situation psychologique de la Diaspora est fort complexe. Certains milieux voient surtout dans l&rsquo;orthodoxie la sauvegarde de leur originalit\u00e9 nationale. D&rsquo;autres, sans renier leurs origines, souhaitent ins\u00e9rer l&rsquo;orthodoxie dans l&rsquo;existence de la nation dont ils sont citoyens. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;on voit coexister des ghettos ethniques et des communaut\u00e9s ouvertes, d&rsquo;expression anglaise aux \u00c9tats-Unis ou fran\u00e7aise en France. Dans ce dernier pays, ce passage de l&rsquo;\u00e9migr\u00e9 au citoyen fran\u00e7ais de confession orthodoxe s&rsquo;accentue avec l&rsquo;\u00e9rosion in\u00e9luctable des \u00ab refuges \u00bb russes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette transition est rendue encore plus difficile par la confusion canonique qui r\u00e8gne dans la Dispersion. De nombreuses \u00ab juridictions \u00bb coexistent, le plus souvent d\u00e9pendances des \u00c9glises traditionnelles, parfois aussi schismes dus aux remous politico-religieux entra\u00een\u00e9s par les r\u00e9volutions communistes en Europe orientale : c&rsquo;est ainsi que l&rsquo;\u00c9glise russe hors fronti\u00e8res \u00bb ou \u00ab \u00c9glise synodale \u00bb, dont le centre est aux \u00c9tats-Unis, d\u00e9nonce le patriarcat de Moscou comme instrument de l&rsquo;ant\u00e9christ.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>L&rsquo;\u00c9glise orthodoxe pr\u00e9pare son concile<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le patriarcat de Constantinople, en tant que si\u00e8ge \u00ab \u0153cum\u00e9nique \u00bb charg\u00e9 de veiller \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9 et \u00e0 l&rsquo;universalit\u00e9 de l&rsquo;\u00c9glise, a revendiqu\u00e9 une sollicitude particuli\u00e8re envers la Dispersion. Il a \u00e9tabli sa juridiction sur la Dispersion grecque, mais n&rsquo;a pu le faire sur les autres nationalit\u00e9s, sauf pour la fraction la plus importante de l&rsquo;\u00e9migration russe en Europe occidentale, aujourd&rsquo;hui \u00ab archev\u00each\u00e9 multinational \u00bb dont le centre est \u00e0 la cath\u00e9drale Saint-Alexandre-de-la-Neva, rue Daru, \u00e0 Paris. Depuis 1971, un vicariat provisoire du tr\u00f4ne \u0153cum\u00e9nique r\u00e9unit en France cet archev\u00each\u00e9 et la m\u00e9tropole grecque regroupant ainsi la tr\u00e8s grande majorit\u00e9 des orthodoxes qui vivent dans ce pays. Organisation provisoire car, pour le patriarche Ath\u00e9nagoras, seul le concile aujourd&rsquo;hui en pr\u00e9paration pourra d\u00e9finitivement r\u00e9gler le probl\u00e8me de la Dispersion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aux \u00c9tats-Unis, Constantinople a provoqu\u00e9 la formation ces derni\u00e8res ann\u00e9es, d&rsquo;une conf\u00e9rence de tout l&rsquo;\u00e9piscopat orthodoxe. Mais le patriarche \u0153cum\u00e9nique s&rsquo;appuie beaucoup sur l&rsquo;\u00c9glise grecque d&rsquo;Am\u00e9rique et r\u00e9pugne \u00e0 la \u00ab d\u00e9nationaliser \u00bb. C&rsquo;est pourquoi les jeunes th\u00e9ologiens de Saint-Vladimir, pionniers d&rsquo;une orthodoxie proprement am\u00e9ricaine, se sont adress\u00e9s au patriarcat de Moscou qui, pour des raisons de politique g\u00e9n\u00e9rale sur lesquelles nous reviendrons, a chaleureusement accueilli leur demande et constitu\u00e9 en 1970 en \u00c9glise autoc\u00e9phale d&rsquo;Am\u00e9rique les orthodoxes d&rsquo;origine russe qui n&rsquo;appartiennent pas \u00e0 la communaut\u00e9 \u00ab synodale \u00bb. L&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, parce qu&rsquo;il ignore le processus conciliaire o\u00f9 l&rsquo;orthodoxie s&rsquo;est engag\u00e9e, a \u00e9t\u00e9 fra\u00eechement accueilli par la plupart des \u00c9glises s\u0153urs. Il n&rsquo;en cr\u00e9e pas moins un processus irr\u00e9versible, et l&rsquo;apparition d&rsquo;une \u00c9glise orthodoxe officiellement occidentale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>LES COURANTS TH\u00c9OLOGIQUES<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La th\u00e9ologie orthodoxe au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle a \u00e9t\u00e9 longtemps anim\u00e9e par la pens\u00e9e russe, en Russie m\u00eame, puis dans la Dispersion. Un puissant mouvement proph\u00e9tique, d&rsquo;une extr\u00eame modernit\u00e9, attire d&rsquo;abord l&rsquo;attention, la \u00ab philosophie religieuse \u00bb russe. Son plus grand repr\u00e9sentant, Nicolas Berdiaeff, est mort \u00e0 Clamart en 1948, mais sa pens\u00e9e f\u00e9conde encore les esprits, dans des synth\u00e8ses un peu diff\u00e9rentes. La philosophie religieuse part de l&rsquo;exp\u00e9rience spirituelle pour d\u00e9chiffrer d&rsquo;une mani\u00e8re cr\u00e9atrice la culture et l&rsquo;histoire. Ses fondateurs ne sont pas des universitaires, mais des aventuriers de l&rsquo;esprit qui ont fait l&rsquo;exp\u00e9rience passionn\u00e9e de l&rsquo;ath\u00e9isme, souvent \u00e0 travers un engagement r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En eux les P\u00e8res de l&rsquo;\u00c9glise rencontrent Marx, Nietzsche et Freud, ces p\u00e8res du monde moderne. Rozanov <a id=\"Y18\" href=\"#X18\">[18]<\/a> \u00e9tudie la sexualit\u00e9 comme exp\u00e9rience religieuse fondamentale, Boulgakov <a id=\"Y19\" href=\"#X19\">[19]<\/a> montre que l&rsquo;\u00e9conomie devra choisir entre une attitude de vampirisation, qui d\u00e9truit la nature, ou une attitude \u00ab eucharistique \u00bb qui la respecte, l&#8217;embellit, pr\u00e9pare sa transfiguration. Pour Berdiaeff, la v\u00e9ritable \u00ab cr\u00e9ativit\u00e9 \u00bb est celle de l&rsquo;homme dans l&rsquo;Esprit saint : il ne s&rsquo;agit ni d&rsquo;opposer Dieu \u00e0 l&rsquo;homme, ou l&rsquo;homme \u00e0 Dieu, ni de s\u00e9parer le \u00ab profane \u00bb et le \u00ab religieux \u00bb, mais de lib\u00e9rer de leur myopie les d\u00e9marches humaines dans la pl\u00e9nitude de la divino-humanit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La connaissance \u00ab int\u00e9grale \u00bb d\u00e9passe la connaissance rationnelle<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les pr\u00e9occupations anthropologiques et cosmologiques dominent cette pens\u00e9e. Les philosophes religieux critiquent les limitations de la connaissance rationnelle (Chestov <a id=\"Y20\" href=\"#X20\">[20]<\/a> et Florensky le font avec des accents pascaliens) et cherchent une connaissance int\u00e9grale o\u00f9 l&rsquo;homme conna\u00eetrait Dieu avec tout son \u00eatre r\u00e9unifi\u00e9 et communiant ; l&rsquo;\u00c9glise appara\u00eet alors comme la structure m\u00eame de l&rsquo;esprit (les Troubetsko\u00ef, Nicolas Lossky, Berdiaeff). Toute une tendance, celle des philosophes de l&rsquo;\u00ab uni-totalit\u00e9 \u00bb et des \u00ab sophiologues \u00bb (de Sophia, la Sagesse divine toute-pr\u00e9sente), un Florensky, un Boulgakov, un Frank, un Zander, exalte dans l&rsquo;\u00c9glise le cosmos en voie de transfiguration, dans l&rsquo;histoire le passage pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9 du Dieu-homme au Dieu-humanit\u00e9 et Dieu-univers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En revanche, Berdiaeff met l&rsquo;accent, avec une br\u00fblante passion, sur la personne, le tragique, la libert\u00e9. Pour lui, Dieu est ma libert\u00e9. Sans Dieu, je suis irr\u00e9m\u00e9diablement asservi aux m\u00e9canismes de la nature et de la soci\u00e9t\u00e9. Le Dieu vivant est Amour sacrificiel, rayonnement de Lumi\u00e8re et de Vie qui ne peut se manifester qu&rsquo;\u00e0 travers des transparences personnelles. Il ne peut agir comme cause physique, comme puissance de ce monde. Il ne peut que mourir sur la croix pour ressusciter dans l&rsquo;Esprit de ceux qui, par libre amour, le reconnaissent. La v\u00e9ritable cr\u00e9ativit\u00e9 est le jaillissement dans l&rsquo;instant de la Lumi\u00e8re de l&rsquo;Esprit. Non seulement la sanctification de l&rsquo;asc\u00e8te, mais le combat du r\u00e9formateur social, l&rsquo;intuition du math\u00e9maticien ou du po\u00e8te, l&rsquo;amour d&rsquo;un homme et d&rsquo;une femme, le sourire d&rsquo;une m\u00e8re rev\u00eatent une signification religieuse, pr\u00e9parent, au-del\u00e0 de leur \u00ab objectivation \u00bb in\u00e9vitable, la transfiguration finale de l&rsquo;univers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La Tradition patristique impr\u00e8gne le monde orthodoxe<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La modernit\u00e9 exub\u00e9rante de la philosophie religieuse russe n&rsquo;allait pas sans formulations inqui\u00e9tantes, positions d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9es, tentations gnostiques ou immanentistes assorties d&rsquo;une eccl\u00e9siologie par trop lib\u00e9rale. Un retour \u00e0 la grande Tradition patristique et byzantine s&rsquo;imposait. Dans les ann\u00e9es 1940, le p\u00e8re Georges Florovsky <a id=\"Y21\" href=\"#X21\">[21]<\/a> et Vladimir Lossky <a id=\"Y22\" href=\"#X22\">[22]<\/a> m\u00e8nent l&rsquo;assaut contre les exc\u00e8s et les incertitudes de la philosophie religieuse, tandis qu&rsquo;un athonite, le p\u00e8re Basil Krivoch\u00e9ine, et un jeune th\u00e9ologien roumain, le p\u00e8re Dimitru Staniloa\u00eb, montrent toute l&rsquo;importance de la synth\u00e8se palamite, et qu&rsquo;une femme, Myrrha Lot-Borodine <a id=\"Y23\" href=\"#X23\">[23]<\/a>, \u00e9tudie sereinement les voies de la d\u00e9ification chez les P\u00e8res grecs et les spirituels byzantins. Dans les ann\u00e9es 1950, Florovsky d\u00e9veloppe une christologie int\u00e9grale, Lossky souligne le rapport de r\u00e9ciprocit\u00e9 qui unit le Fils et l&rsquo;Esprit, le sacrement et le proph\u00e9tisme. \u00c0 Saint-Serge, le p\u00e8re Nicolas Afanassieff \u00e9labore une \u00ab eccl\u00e9siologie eucharistique \u00bb \u00e0 laquelle nous nous sommes souvent r\u00e9f\u00e9r\u00e9 dans ces pages. Parall\u00e8lement, un grand effort est r\u00e9alis\u00e9 pour r\u00e9adapter \u00e0 notre \u00e9poque la tradition des Silencieux : mentionnons, en Europe occidentale, les travaux (et, pour certains, le rayonnement personnel) du p\u00e8re Sophrony <a id=\"Y24\" href=\"#X24\">[24]<\/a> (qui dirige une communaut\u00e9 monastique pr\u00e8s de Londres), de Mgr Antoine Bloom <a id=\"Y25\" href=\"#X25\">[25]<\/a>, du p\u00e8re Lev Gillet <a id=\"Y26\" href=\"#X26\">[26]<\/a> et d&rsquo;\u00c9lisabeth Behr-Sigel <a id=\"Y27\" href=\"#X27\">[27]<\/a>, ces deux derniers de souche fran\u00e7aise. L&rsquo;\u0153uvre majeure, cependant, dans ce domaine, est celle, en Roumanie, du p\u00e8re Staniloa\u00eb qui, dans les ann\u00e9es qui suivent la guerre, a non seulement traduit, mais comment\u00e9 les grands textes philocaliques, surtout ceux de Maxime le Confesseur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La th\u00e9ologie n\u00e9o-patristique domine aujourd&rsquo;hui le monde orthodoxe. Mais elle est au d\u00e9part de deux attitudes bien diff\u00e9rentes. Les uns se contentent de r\u00e9p\u00e9ter fid\u00e8lement les P\u00e8res et renforcent ainsi un int\u00e9grisme typiquement orthodoxe. D&rsquo;autres, au contraire, enracin\u00e9s dans la Tradition, tentent de r\u00e9pondre aux probl\u00e8mes d&rsquo;aujourd&rsquo;hui et participent loyalement au dialogue \u0153cum\u00e9nique : ainsi le p\u00e8re Jean Meyendorff, \u00e0 New York, historien de la christologie byzantine et du palamisme <a id=\"Y28\" href=\"#X28\">[28]<\/a>, et le p\u00e8re Boris Bobrinskoy, \u00e0 Paris, qui fait \u0153uvre de novateur en th\u00e9ologie des sacrements.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;autres sont all\u00e9s plus loin et ont cherch\u00e9 \u00e0 d\u00e9passer l&rsquo;opposition de la n\u00e9o-patristique et de la philosophie religieuse. Aux \u00c9tats-Unis, le p\u00e8re Schmemann <a id=\"Y29\" href=\"#X29\">[29]<\/a> met l&rsquo;accent sur le sacrement de la vie, sur le myst\u00e8re de la mat\u00e9rialit\u00e9. Mais l&rsquo;\u0153uvre cl\u00e9, ici, est celle d&rsquo;un th\u00e9ologien la\u00efc, d&rsquo;origine russe et d&rsquo;\u00e9criture directement fran\u00e7aise, Paul Evdokimov (1901-1970) <a id=\"Y30\" href=\"#X30\">[30]<\/a>. Retrouvant non la lettre mais le souffle des P\u00e8res, il a int\u00e9gr\u00e9 dans la Tradition les intuitions des philosophes religieux, surtout Berdiaeff. Le \u00ab silence de Dieu \u00bb s&rsquo;identifie \u00e0 son \u00ab amour fou \u00bb. L&rsquo;humanit\u00e9 est appel\u00e9e \u00e0 une communion trinitaire. Tout dans l&rsquo;\u00c9glise est \u00e9picl\u00e8se, jusqu&rsquo;au signe de croix. La v\u00e9ritable th\u00e9ologie est c\u00e9l\u00e9bration de la Beaut\u00e9. Le visage devenant ic\u00f4ne est la seule preuve de Dieu. Le \u00ab monachisme int\u00e9rioris\u00e9 \u00bb universel s&rsquo;unit au myst\u00e8re de l&rsquo;amour humain, car la v\u00e9ritable chastet\u00e9 est \u00ab int\u00e9grit\u00e9 \u00bb de l&rsquo;esprit, int\u00e9gration de l&rsquo;\u00e9ros dans la tendresse. Dans les derniers temps, la f\u00e9minit\u00e9 secr\u00e8te de Dieu se manifeste et la femme, qui a partie li\u00e9e avec le Consolateur, d\u00e9couvre sa mission nouvelle&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 travers cette pens\u00e9e russe universalis\u00e9e par l&rsquo;exil, au-del\u00e0 d\u00e9sormais, de nouveaux pas en avant se pr\u00e9parent. Dans l&rsquo;humilit\u00e9 exigeante de la Dispersion, o\u00f9 tout doit passer au crible de la rigueur occidentale ; en Gr\u00e8ce, o\u00f9 les jeunes th\u00e9ologiens se lib\u00e8rent d&rsquo;une pens\u00e9e scolastique et rationalis\u00e9e \u2013 sur laquelle tranchait seulement l&rsquo;\u0153uvre probe et solide d&rsquo;un Karmiris \u2013 pour tenter d&rsquo;exprimer la lumi\u00e8re de la Byzance spirituelle et le destin total de l&rsquo;hell\u00e9nisme (\u00e0 quoi les r\u00e9centes incantations de Heidegger ne sont pas \u00e9trang\u00e8res). Mentionnons les recherches gnos\u00e9ologiques et \u0153cum\u00e9niques de Nissiotis, eccl\u00e9siologiques de Zizioulas, anthropologiques de Nellas, et surtout les livres passionn\u00e9s d&rsquo;un jeune penseur et \u00e9crivain de g\u00e9nie, Christos Yannaras <a id=\"Y31\" href=\"#X31\">[31]<\/a> : par lui, la th\u00e9ologie n&rsquo;est plus une \u00e9trange sp\u00e9cialit\u00e9, elle est sens et feu, elle \u00e9meut artistes et ath\u00e9es. Tandis que m\u00e9dite \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart le \u00ab Socrate chr\u00e9tien \u00bb d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, qui inspire mais n&rsquo;\u00e9crit pas, D\u00e9m\u00e8tre Koutroubis <a id=\"Y32\" href=\"#X32\">[32]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l&rsquo;orthodoxie arabe, enfin, une nouvelle th\u00e9ologie est \u00e0 la fois \u00e9crite et v\u00e9cue \u2013 v\u00e9cue non seulement dans la pri\u00e8re solitaire, mais sur les champs de bataille de l&rsquo;histoire \u2013 par deux grands \u00e9v\u00eaques, Georges Khodr, m\u00e9tropolite du mont Liban, et Ignace Hazim, m\u00e9tropolite de Lattaqui\u00e9 <a id=\"Y33\" href=\"#X33\">[33]<\/a>. Profond\u00e9ment biblique et liturgique, profond\u00e9ment s\u00e9mite par son sens de l&rsquo;incarnation, leur pens\u00e9e s&rsquo;\u00ab oriente \u00bb, au plein sens du terme, vers les humanit\u00e9s non occidentales, vers leur double exigence d&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 et de justice, et culmine, comme la philosophie religieuse russe, dans l&rsquo;attente ultime : celle de la r\u00e9v\u00e9lation de la r\u00e9v\u00e9lation (et des r\u00e9v\u00e9lations, dans l&rsquo;humanit\u00e9 unifi\u00e9e) par l&rsquo;Esprit saint, \u00ab ce qui est partout pr\u00e9sent et qui remplit tout \u00bb, comme le dit la pri\u00e8re la plus connue de l&rsquo;orthodoxie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les structures de l&rsquo;\u00c9glise universelle<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un des probl\u00e8mes les plus graves qui se posent aujourd&rsquo;hui \u00e0 l&rsquo;orthodoxie est celui des structures de l&rsquo;\u00c9glise universelle. Longtemps, l&rsquo;universalit\u00e9 de l&rsquo;\u00c9glise s&rsquo;est exprim\u00e9e dans l&rsquo;accord des patriarcats apostoliques, multinationaux, autour du patriarcat \u0153cum\u00e9nique. En particulier, le patriarche de Constantinople r\u00e9unissait r\u00e9guli\u00e8rement en conciles ses fr\u00e8res d&rsquo;Antioche, d&rsquo;Alexandrie et de J\u00e9rusalem, chacun accompagn\u00e9 de son \u00ab synode. \u00bb, repr\u00e9sentation permanente de son \u00e9piscopat. Le dernier de ces conciles s&rsquo;est r\u00e9uni \u00e0 Constantinople en 1872. D\u00e9j\u00e0, en effet, le mouvement des nationalit\u00e9s mettait en cause cette organisation. L&rsquo;amenuisement de l&rsquo;Empire ottoman entra\u00eenait celui du patriarcat de Constantinople, et les nations chr\u00e9tiennes des Balkans, une fois lib\u00e9r\u00e9es, se dotaient d&rsquo;\u00c9glises autoc\u00e9phales avec l&rsquo;appui de l&rsquo;Empire et de l&rsquo;\u00c9glise russes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On aboutit ainsi, aujourd&rsquo;hui, \u00e0 deux eccl\u00e9siologies qui pourraient se compl\u00e9ter, mais qui, en fait, s&rsquo;opposent souvent. D&rsquo;une part, l&rsquo;eccl\u00e9siologie traditionnelle de Constantinople, pour laquelle les structures universelles comportent un centre de communion dot\u00e9 de pr\u00e9rogatives r\u00e9elles. D&rsquo;autre part, l&rsquo;eccl\u00e9siologie issue du mouvement des nationalit\u00e9s et de la pol\u00e9mique avec Rome, et selon laquelle l&rsquo;orthodoxie est une conf\u00e9d\u00e9ration d&rsquo;\u00c9glises s\u0153urs totalement ind\u00e9pendantes. L&rsquo;\u00c9glise russe, apr\u00e8s avoir acc\u00e9d\u00e9 \u00e0 l&rsquo;autoc\u00e9phalie (de facto en 1448, de jure en 1589), s&rsquo;\u00e9tait d&rsquo;abord int\u00e9gr\u00e9e dans le syst\u00e8me traditionnel, pratiquant l&rsquo;appel \u00e0 Constantinople, faisant participer les patriarches orientaux \u00e0 ses conciles. Toutefois, \u00e0 partir du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, c&rsquo;est elle surtout qui d\u00e9fend la nouvelle eccl\u00e9siologie, avec l&rsquo;espoir que parmi les \u00c9glises s\u0153urs, sa puissance lui donnera le premier r\u00f4le. Cette querelle de la Deuxi\u00e8me et de la Troisi\u00e8me Rome est toujours d&rsquo;actualit\u00e9, car le r\u00e9gime sovi\u00e9tique s&rsquo;int\u00e9resse surtout \u00e0 la politique mondiale de l&rsquo;\u00c9glise russe, tandis que l&rsquo;assise historique du Phanar \u00e0 Istanbul, ne cesse de s&rsquo;effriter.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour r\u00e9organiser l&rsquo;\u00c9glise, en tenant compte de la multiplication des autoc\u00e9phalies, Constantinople, d\u00e8s 1902, lance l&rsquo;id\u00e9e de consultations panorthodoxes r\u00e9guli\u00e8res, voire de la pr\u00e9paration d&rsquo;un concile. Mais il faut arriver au patriarche Ath\u00e9nagoras I<sup>er<\/sup> pour que ces projets prennent corps. Ce grand homme <a id=\"Y34\" href=\"#X34\">[34]<\/a>, dont la simplicit\u00e9 et la force spirituelle rappelaient celles de Jean XXIII, entreprend, au-del\u00e0 des controverses, un patient et tenace rassemblement de l&rsquo;orthodoxie auquel il parvient \u00e0 associer, non sans sacrifices de sa part, le patriarcat de Moscou. Quatre conf\u00e9rences panorthodoxes se r\u00e9unissent alors, \u00e0 Rhodes en 1961, 1963 et 1964, et \u00e0 Chamb\u00e9sy, pr\u00e8s de Gen\u00e8ve, en 1968. Rhodes I \u00e9tablit l&rsquo;agenda d&rsquo;un futur concile et Chamb\u00e9sy met en marche un processus pr\u00e9conciliaire comportant toute une s\u00e9rie de conf\u00e9rences pr\u00e9paratoires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est alors que, pour des raisons mal connues, le patriarcat de Moscou compromet, par une s\u00e9rie de gestes d\u00e9lib\u00e9r\u00e9s, ce rassemblement qui donnait un contenu renouvel\u00e9 \u2013 non de juridiction mais d&rsquo;incitation \u2013 \u00e0 la primaut\u00e9 de Constantinople. En ouvrant sa communion aux catholiques en 1969, en \u00e9rigeant, en 1970, l&rsquo;autoc\u00e9phalie am\u00e9ricaine, chaque fois de sa propre initiative et sans consulter l&rsquo;ensemble de l&rsquo;orthodoxie, il ignore le processus pr\u00e9conciliaire, affirme sa totale ind\u00e9pendance, se pose en centre d&rsquo;impulsion de l&rsquo;orthodoxie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il semble que ce blocage sera surmont\u00e9 par l&rsquo;intervention pacifiante des \u00c9glises de moyenne importance et par l&rsquo;\u00e9veil, \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle mondiale, d&rsquo;une opinion orthodoxe. L&rsquo;organisation mondiale des mouvements de jeunesse orthodoxes \u00ab Syndesmos \u00bb (le Lien) lors de sa huiti\u00e8me assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 Boston, en juillet 1971, a appel\u00e9 \u00e0 la r\u00e9conciliation et demand\u00e9 au peuple chr\u00e9tien, notamment aux jeunes, de s&rsquo;engager dans la pr\u00e9paration du concile. Des th\u00e9ologiens la\u00efcs ont lanc\u00e9 des appels analogues.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>ORTHODOXIE ET \u0152CUM\u00c9NISME<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s 1902-1904, et plus encore par son encyclique de 1920, le patriarche de Constantinople a appel\u00e9 tous les chr\u00e9tiens au dialogue et \u00e0 l&rsquo;entraide. Dans les ann\u00e9es vingt, il a donc \u00e9t\u00e9, avec les anglicans et les luth\u00e9riens, cofondateur du mouvement \u0153cum\u00e9nique, structur\u00e9 en 1948 dans le Conseil \u0153cum\u00e9nique des \u00c9glises, et c&rsquo;est encore lui qui a sauv\u00e9 la participation orthodoxe au Conseil lorsque, entre 1945 et 1955, l&rsquo;\u00c9glise russe d\u00e9non\u00e7ait dans l&rsquo;\u0153cum\u00e9nisme un instrument de l&rsquo;imp\u00e9rialisme occidental et l&rsquo;\u00c9glise grecque une menace pour la puret\u00e9 de l&rsquo;orthodoxie. Dans les ann\u00e9es 1960, au contraire, la politique de coexistence pacifique am\u00e8ne les \u00c9glises de l&rsquo;Est \u00e0 adh\u00e9rer au Conseil dont toutes les \u00c9glises orthodoxes (sauf l&rsquo;\u00c9glise russe hors fronti\u00e8res) font partie depuis 1966. Cette participation pourtant reste difficile. Le travail du Conseil est tr\u00e8s \u00ab intellectuel \u00bb, sa tendance majeure dissout le myst\u00e8re chr\u00e9tien dans l&rsquo;engagement politico-social, tandis que l&rsquo;orthodoxie dispose de peu de forces intellectuelles, insiste sur les dimensions spirituelles et sacramentelles de l&rsquo;unit\u00e9 et voit dans le myst\u00e8re la source de tout engagement vraiment cr\u00e9ateur. Mais c&rsquo;est l\u00e0 que pourrait se trouver, au-del\u00e0 des crispations ou des arri\u00e8re-pens\u00e9es, le sens du t\u00e9moignage orthodoxe dans le Conseil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La participation de l&rsquo;orthodoxie, du reste, a d\u00e9j\u00e0 port\u00e9 fruit en permettant \u00e0 celle-ci, dans le cadre du Conseil, des conversations sur le fond avec les \u00ab non-chalc\u00e9doniens \u00bb, conversations qui ont abouti, de 1964 \u00e0 1970, \u00e0 un accord complet sur la foi, pr\u00e9lude \u00e0 un constat d&rsquo;union.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutefois, depuis quelques ann\u00e9es, c&rsquo;est surtout entre catholiques et orthodoxes que le dialogue le plus f\u00e9cond s&rsquo;est engag\u00e9. En 1964, Ath\u00e9nagoras I<sup>er<\/sup> et Paul VI se rencontrent \u00e0 J\u00e9rusalem ; en 1967, le pape se rend au Phanar et le patriarche au Vatican. Le \u00ab dialogue de la charit\u00e9 \u00bb a permis, d\u00e8s 1965, la lev\u00e9e des anath\u00e8mes de 1054 et l&rsquo;inauguration d&rsquo;un dialogue th\u00e9ologique original, attentif \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence de l&rsquo;\u00c9glise indivise. Reste le douloureux probl\u00e8me des communaut\u00e9s \u00ab uniates \u00bb, vieille blessure pour l&rsquo;orthodoxie, blessure encore fra\u00eeche pour le catholicisme, car l&rsquo;uniatisme a \u00e9t\u00e9 brutalement liquid\u00e9, au lendemain de la seconde guerre mondiale, dans les pays de l&rsquo;Est, et ses fid\u00e8les, sinc\u00e8rement catholicis\u00e9s par les si\u00e8cles, contraints d&rsquo;entrer dans l&rsquo;\u00c9glise orthodoxe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;orthodoxie, qui n&rsquo;a pas connu les ruptures du XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, peut aider le catholicisme \u00e0 acc\u00e9der aux requ\u00eates positives de la R\u00e9forme sans perdre la r\u00e9alit\u00e9 sacramentelle de l&rsquo;\u00c9glise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tandis que le christianisme occidental subit une crise spirituelle qui met en cause le contenu m\u00eame de la foi, l&rsquo;orthodoxie souffre d&rsquo;une crise historique qui met en cause l&rsquo;incarnation cr\u00e9atrice de l&rsquo;\u00c9glise. On voit comment la rencontre pourrait se faire, et ce que chacun y apporterait. Laissons ici, pour conclure, la parole aux jeunes orthodoxes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Au-del\u00e0 des probl\u00e8mes de structures, la crise du monde contemporain est avant tout une crise du sens, une crise de l&rsquo;esprit. Ce n&rsquo;est donc pas le moment pour les chr\u00e9tiens d&rsquo;oublier l&rsquo;\u00c9glise comme myst\u00e8re et de diminuer l&rsquo;importance de la pri\u00e8re, car ils ne feraient ainsi qu&rsquo;appauvrir le christianisme de son essence m\u00eame, qui est une vie en Christ, transfigurante et d\u00e9ifiante. L&rsquo;orthodoxie doit t\u00e9moigner que la v\u00e9ritable lib\u00e9ration de l&rsquo;homme ne consiste pas seulement \u00e0 changer le d\u00e9cor, mais \u00e0 amener les hommes \u00e0 red\u00e9couvrir la joie de la R\u00e9surrection, dans toute sa port\u00e9e, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans un service qui embrasse aussi la soci\u00e9t\u00e9. \u00bb (R\u00e9solution de l&rsquo;assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de Syndesmos, Boston, 12-25 juillet 1971.)<\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"X1\" href=\"#Y1\">[1]<\/a> Pour une pr\u00e9sentation g\u00e9n\u00e9rale, voir P. Evdokimov : <em>l&rsquo;Orthodoxie<\/em> (Delachaux et Niestl\u00e9, 1965) ; J. Meyendorff : <em>l&rsquo;\u00c9glise orthodoxe hier et aujourd&rsquo;hui<\/em> (Le Seuil, 1966) ; O. Cl\u00e9ment : <em>l&rsquo;\u00c9glise orthodoxe<\/em> (P.U.F., coll. \u00ab Que sais-je ? \u00bb, 1965).<br \/>\n<a id=\"X2\" href=\"#Y2\">[2]<\/a> Romanos Le M\u00e9lode : <em>les Hymnes<\/em> (Paris, Le Cerf, 1964-1965).<br \/>\n<a id=\"X3\" href=\"#Y3\">[3]<\/a> Sur cette \u00e9laboration, voir J. Meyendorff : <em>le Christ dans la th\u00e9ologie byzantine<\/em> (Paris, Le Cerf, 1968).<br \/>\n<a id=\"X4\" href=\"#Y4\">[4]<\/a> Pour une interpr\u00e9tation d&rsquo;ensemble de la p\u00e9riode byzantine, voir O. Cl\u00e9ment : <em>l&rsquo;Essor du christianisme oriental et Byzance et le christianisme<\/em>, 2 vol. (Paris, P.U.F., 1964).<br \/>\n<a id=\"X5\" href=\"#Y5\">[5]<\/a> Sur le probl\u00e8me du \u00ab Filioque \u00bb, voir V. Lossky : \u00ab <em>La Procession du Saint-Esprit dans la doctrine trinitaire orthodoxe<\/em> \u00bb, in <em>\u00c0 l&rsquo;image et \u00e0 la ressemblance de Dieu<\/em> (Paris, Aubier, 1967).<br \/>\n<a id=\"X6\" href=\"#Y6\">[6]<\/a> Voir P. Kovalevsky : <em>Saint Serge et la spiritualit\u00e9 russe<\/em> (Paris, Le Seuil, 1958).<br \/>\n<a id=\"X7\" href=\"#Y7\">[7]<\/a> L&rsquo;\u0153uvre presque enti\u00e8re de Sym\u00e9on le Nouveau Th\u00e9ologien (texte critique par Mgr B. Krivoch\u00e9ine, trad. fran\u00e7., par J. Paramelle) est accessible dans la collection des \u00ab Sources chr\u00e9tiennes \u00bb, n\u00b0&rsquo; 51, 96, 104, 113, 122, 156 (Paris, Le Cerf).<br \/>\n<a id=\"X8\" href=\"#Y8\">[8]<\/a> Voir S. Runciman : <em>The Great Church in Captivity<\/em> (Cambridge University Press, 1968).<br \/>\n<a id=\"X9\" href=\"#Y9\">[9]<\/a> Voir I. Kologrivof : <em>Essai sur la saintet\u00e9 en Russie<\/em> (Bruges, Beyaert, 1953).<br \/>\n<a id=\"X10\" href=\"#Y10\">[10]<\/a> Voir G. Florovsky : \u00ab <em>The Orthodox Churches and the Ecumenical Movement prior to 1910<\/em> \u00bb, in A History of the OEcumenical Movement (1517-1948) (Londres, R. Rouse and S.C. Neill, S.P.C.K., 1954).<br \/>\n<a id=\"X11\" href=\"#Y11\">[11]<\/a> Voir <em>la Philosophie<\/em> (Paris, C.E.P.L. Deno\u00ebl, 1969).<br \/>\n<a id=\"X12\" href=\"#Y12\">[12]<\/a> Texte fran\u00e7ais dans Contacts, revue fran\u00e7aise de l&rsquo;orthodoxie, t. XVII, n\u00a0\u00bb 49 (Paris, 1965).<br \/>\n<a id=\"X13\" href=\"#Y13\">[13]<\/a> Voir V. Lossky : <em>Essai sur la th\u00e9ologie mystique de l&rsquo;\u00c9glise d&rsquo;Orient<\/em> (Paris, Aubier, 1968) et P. Evdokimov : <em>la Connaissance de Dieu dans la tradition orientale<\/em> (Lyon, Mappus, 1966).<br \/>\n<a id=\"X14\" href=\"#Y14\">[14]<\/a> Saint Maxime le Confesseur : <em>Mystagogie<\/em>, 2. Une traduction fran\u00e7aise de <em>la Mystagogie<\/em> a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e par A. Hamman dans <em>l&rsquo;Initiation chr\u00e9tienne<\/em> (Paris, Grasset, 1963).<br \/>\n<a id=\"X15\" href=\"#Y15\">[15]<\/a> Sur l&rsquo;\u00c9glise Corps du Christ et l&rsquo;eccl\u00e9siologie eucharistique, voir G. Florovsky : \u00ab Le Corps du Christ vivant \u00bb, in <em>la Sainte \u00c9glise universelle<\/em> (Paris-Neuch\u00e2tel, Delachaux et Niestl\u00e9, 1953) et N. Afanassieff et autres : <em>la Primaut\u00e9 de Pierre dans l&rsquo;\u00c9glise orthodoxe<\/em> (Paris-Neuch\u00e2tel. Delachaux et Niestl\u00e9, 1960).<br \/>\n<a id=\"X16\" href=\"#Y16\">[16]<\/a> Sur le r\u00f4le de l&rsquo;Esprit saint dans l&rsquo;eccl\u00e9siologie orthodoxe, voir N.A. Nissiotis : \u00ab Pneumatologie orthodoxe \u00bb, in <em>le Saint-Esprit<\/em> (Gen\u00e8ve, Labor et fides, 1963).<br \/>\n<a id=\"X17\" href=\"#Y17\">[17]<\/a> G. Matzneff : <em>l&rsquo;Archimandrite <\/em>(Paris, La Table Ronde, 1966) ; <em>Comme le feu m\u00eal\u00e9 d&rsquo;aromates<\/em> (Paris, La Table Ronde, 1969) ; <em>le Carnet arabe<\/em> (Paris, La Table Ronde. 1971).<br \/>\n<a id=\"X18\" href=\"#Y18\">[18]<\/a> V. Rozanov : <em>la Face sombre du Christ<\/em> (Paris, Gallimard, 1964).<br \/>\n<a id=\"X19\" href=\"#Y19\">[19]<\/a> S. Boulgakov : <em>Du Verbe incarn\u00e9<\/em> (Paris, Aubier, 1943) et <em>le Paraclet<\/em> (Paris, Aubier, 1946).<br \/>\n<a id=\"X20\" href=\"#Y20\">[20]<\/a> L&rsquo;\u0153uvre compl\u00e8te de Chestov est en cours de publication chez Flammarion ; ont d\u00e9j\u00e0 paru : <em>la Philosophie de la trag\u00e9die<\/em>, <em>Sur les confins de la vie<\/em>, <em>le Pouvoir des clefs<\/em>, <em>Ath\u00e8nes et J\u00e9rusalem<\/em>, <em>Sur la balance de Job.<\/em><br \/>\n<a id=\"X21\" href=\"#Y21\">[21]<\/a> Voir Y.N. Lelouvier : <em>Perspectives russes sur l&rsquo;\u00c9glise<\/em>, <em>un th\u00e9ologien contemporain, Georges Florovsky<\/em> (Paris, Le Centurion, 1968).<br \/>\n<a id=\"X22\" href=\"#Y22\">[22]<\/a> Pour une vue d&rsquo;ensemble sur la pens\u00e9e de Lossky, voir O. Cl\u00e9ment : \u00ab Vladimir Lossky, un th\u00e9ologien de la personne et du Saint-Esprit \u00bb, in <em>M\u00e9morial Lossky<\/em>, num\u00e9ro sp\u00e9cial du <em>Messager de l&rsquo;Exarchat russe<\/em> (Paris, 1959).<br \/>\n<a id=\"X23\" href=\"#Y23\">[23]<\/a> Outre le recueil cit\u00e9 plus haut, <em>voir Un ma\u00eetre de la spiritualit\u00e9 byzantine du XIV&rsquo; si\u00e8cle, Nicolas Cabasillas<\/em> (Paris, L&rsquo;Orante, 1958).<br \/>\n<a id=\"X24\" href=\"#Y24\">[24]<\/a> Archimandrite Sofrony : <em>The Undistorted Image, Starets Silouan<\/em> (1866-1938) (Londres, The Faith Press, 1958).<br \/>\n<a id=\"X25\" href=\"#Y25\">[25]<\/a> A. Bloom : <em>Living Prayer<\/em> (Londres, Darton, Longman and Todd, 1966).<br \/>\n<a id=\"X26\" href=\"#Y26\">[26]<\/a> L. Gillet : <em>Sur l&rsquo;usage de la pri\u00e8re de J\u00e9sus<\/em> (Bruxelles, Chevetogne, 1952) ; <em>Pr\u00e9sence du Christ<\/em> (Chevetogne, 1962).<br \/>\n<a id=\"X27\" href=\"#Y27\">[27]<\/a> E. Behr-Sigel : \u00ab la Pri\u00e8re de J\u00e9sus \u00bb, in <em>Dieu vivant<\/em>, n<sup>o<\/sup> 8 (Paris, Le Seuil, 1948) ; <em>Pri\u00e8re et Saintet\u00e9 dans l&rsquo;\u00c9glise russe<\/em> (Paris, Le Cerf, 1950).<br \/>\n<a id=\"X28\" href=\"#Y28\">[28]<\/a> J. Meyendorff : <em>Introduction \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude de Gr\u00e9goire Palamas<\/em> (Paris, le Seuil, 1959) ; <em>Saint Gr\u00e9goire Palamas et la mystique orthodoxe<\/em> (Paris, le Seuil, 1959) ; <em>Orthodoxie et Catholicit\u00e9<\/em> (Paris, Le Seuil, 1965) ; <em>le Christ dans la th\u00e9ologie byzantine<\/em> (Paris, Le Cerf, 1969).<br \/>\n<a id=\"X29\" href=\"#Y29\">[29]<\/a> P. Schmemann : <em>Pour la vie du monde<\/em> (Paris, Descl\u00e9e de Brouwer. 1969).<br \/>\n<a id=\"X30\" href=\"#Y30\">[30]<\/a> Pour une appr\u00e9ciation d&rsquo;ensemble, voir O. Cl\u00e9ment : \u00ab La vie et l&rsquo;\u0153uvre de Paul Evdokimov, quelques approches \u00bb, in <em>Paul Evdokimo ; t\u00e9moin de la beaut\u00e9 de Dieu<\/em> (Paris, Contacts, 1971). Outre les ouvrages d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9s : <em>la Femme et le salut du monde<\/em> (Paris-Tournai, Casterman. 1958) ; <em>Gogol et Dostoievsky ou la descente aux enfers<\/em> (Paris, Descl\u00e9e de Brouwer, 1961) ; <em>le Sacrement de l&rsquo;Amour, le myst\u00e8re conjugal \u00e0 la lumi\u00e8re de la tradition orthodoxe<\/em> (Paris, L\u2019\u00c9pi, 1962) ; <em>les \u00c2ges de la vie spirituelle<\/em> (Paris, Descl\u00e9e de Brouwer, 1964) ; <em>le Christ dans la pens\u00e9, russe<\/em> (Paris, Le Cerf, 1969) ; <em>l&rsquo;Art de l&rsquo;ic\u00f4ne, th\u00e9ologie de la beaut\u00e9<\/em> (Paris, Descl\u00e9e de Brouwer, 1970).<br \/>\n<a id=\"X31\" href=\"#Y31\">[31]<\/a> Le seul livre de C. Yannaras traduit en fran\u00e7ais est : <em>De l&rsquo;absence et de l&rsquo;inconnaissance de Dieu<\/em> (Paris, Le Cerf, 1971).<br \/>\n<a id=\"X32\" href=\"#Y32\">[32]<\/a> Il a cependant collabor\u00e9 au recueil, d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9, consacr\u00e9 par la revue Contacts \u00e0 Paul Evdokimov.<br \/>\n<a id=\"X33\" href=\"#Y33\">[33]<\/a> L. Hazim : <em>l&rsquo;Homme d&rsquo;aujourd&rsquo;hui et la R\u00e9surrection<\/em> (Beyrouth, An-Nour, 1971).<br \/>\n<a id=\"X34\" href=\"#Y34\">[34]<\/a> Voir O. Cl\u00e9ment : <em>Dialogues avec le patriarche Ath\u00e9nagoras<\/em> (Paris, Fayard, 1969).<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cr\u00e9\u00e9 \u00ab \u00e0 l&rsquo;image de Dieu \u00bb, l&rsquo;homme est appel\u00e9 \u00e0 la \u00ab similitude \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 une participation \u00e0 la vie divine o\u00f9 son humanit\u00e9 ne s&rsquo;abolit pas mais s&rsquo;accomplit. La \u00ab gr\u00e2ce incr\u00e9\u00e9e \u00bb, la \u00ab lumi\u00e8re thaborique \u00bb, constitue, comme dit Maxime le Confesseur, \u00ab son origine, son milieu et sa fin \u00bb. La cr\u00e9ation de l&rsquo;homme implique une sorte de retrait sacrificiel du Cr\u00e9ateur dont la toute-puissance, culminant dans la surgie d&rsquo;une autre libert\u00e9, se transforme en une vuln\u00e9rabilit\u00e9 infinie car, disent les P\u00e8res, \u00ab Dieu peut tout, sauf contraindre l&rsquo;homme \u00e0 l&rsquo;aimer \u00bb. 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