{"id":15595,"date":"2014-03-19T21:37:54","date_gmt":"2014-03-19T20:37:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=15595"},"modified":"2014-03-19T21:38:53","modified_gmt":"2014-03-19T20:38:53","slug":"la-modernite-le-desarroi-et-la-formation-par-dany-robert-dufour","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-modernite-le-desarroi-et-la-formation-par-dany-robert-dufour\/","title":{"rendered":"La modernit\u00e9, le d\u00e9sarroi et la formation par Dany-Robert Dufour"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">(Revue 3<sup>e<\/sup> Mill\u00e9naire. Ancienne s\u00e9rie. N<sup>o<\/sup> 11. 1983)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em><a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Dany-Robert_Dufour\">Dany-Robert Dufour<\/a> est un philosophe fran\u00e7ais contemporain, professeur de philosophie de l&rsquo;\u00e9ducation \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Paris-VIII, et ancien directeur de programme au Coll\u00e8ge international de philosophie de 2004 \u00e0 2010 et ancien r\u00e9sident \u00e0 l&rsquo;Institut d&rsquo;\u00e9tudes avanc\u00e9es de Nantes en 2010-2011. Son travail porte principalement sur les processus symboliques et se situe \u00e0 la jonction de la philosophie du langage, de la philosophie politique et de la psychanalyse.<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0R\u00e9flexions sur un texte \u00e9crit par Robert Musil en 1906 \u2014 texte qui reste d&rsquo;une parfaite actualit\u00e9\u00a0 <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\" align=\"right\">\u00ab <em>Il y avait tout de m\u00eame de quoi rougir<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\" align=\"right\">(Musil, <em>Les D\u00e9sarrois de l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve T\u00f6rless<\/em>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En Cacanie <a id=\"Y1\" href=\"#X1\">[1]<\/a> comme disait Musil en se pin\u00e7ant le nez, dans le d\u00e9cor des grands caf\u00e9s et l&#8217;emportement des valses de Vienne dont on imagine d&rsquo;abord mal qu&rsquo;ils puissent ainsi servir d&rsquo;argument \u00e0 la modernit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le monde n&rsquo;est plus que repr\u00e9sentation et le d\u00e9cor se d\u00e9fait sous l&rsquo;\u00e9vidence de ce qui, d&rsquo;un coup, surgit : la musique dod\u00e9caphonique de Arnold Sch\u00f6nberg ; l&rsquo;architecture moderne (avec Adolph Loos et Otto Wagner, pr\u00e9curseurs du Bauhaus), le formalisme logique avec Wittgenstein et plus tard le cercle de Vienne, la peinture moderne avec Kokoschka, la r\u00e9volution copernicienne de l&rsquo;inconscient avec Freud.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vienne, dit alors Karl Krauss qui sait de qui il parle, est \u00ab un terrain pour la destruction du monde \u00bb <a id=\"Y2\" href=\"#X2\">[2]<\/a>. Ce monde, c&rsquo;est le vieux monde. Et le monde \u00e0 d\u00e9truire, c&rsquo;est \u00e9galement Vienne elle-m\u00eame\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 la Vienne des Habsbourg. Car cette Vienne cesse d&rsquo;\u00eatre prise comme r\u00e9f\u00e9rent ; voici la modernit\u00e9 : elle devient repr\u00e9sentation \u00e0 d\u00e9construire&#8230; ou \u2014 si on l&rsquo;entend mal \u2014 \u00e0 d\u00e9truire, car non seulement les d\u00e9constructeurs arrivent mais aussi, les destructeurs se pr\u00e9parent. K. Krauss, en laissant se recouvrir l&rsquo;une par l&rsquo;autre les deux connotations de destruction, croyait-il si bien annoncer le proche avenir ? pensait-il \u00e0 la destruction ou \u00e0 la d\u00e9construction ? car, n&rsquo;oublions pas, Hitler aussi est n\u00e9 en Autriche et l&rsquo;antis\u00e9mitisme a d\u00e9j\u00e0 atteint Mahler, compositeur \u00ab d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb et Freud avec son histoire \u00e0 ne pas r\u00e9p\u00e9ter de sexualit\u00e9 chez l&rsquo;enfant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Portons plut\u00f4t attention ici aux d\u00e9constructeurs, il y a peut-\u00eatre \u00e0 en apprendre encore. Apr\u00e8s tout, ne sont-ils pas les seuls et presque intimes ennemis des destructeurs ? Avec les d\u00e9constructeurs, les anciens r\u00e9f\u00e9rents se d\u00e9bandent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>D\u00e9sarroi<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et c&rsquo;est aussi avec le d\u00e9sarroi que la modernit\u00e9 ouvre la question de l&rsquo;\u00e9ducation \u00e0 laquelle je m&rsquo;arr\u00eate.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Musil, viennois, tout de suite l&rsquo;annonce par <em>Les D\u00e9sarrois de l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve T\u00f6rless<\/em>, son petit roman paru en 1906 \u2014 petit par opposition \u00e0 l&rsquo;\u00e9norme <em>Homme sans qualit\u00e9s<\/em>, ce qu&rsquo;on conna\u00eet maintenant avoir \u00e9t\u00e9 une annonce de la modernit\u00e9, autant que <em>la Divine Com\u00e9die<\/em> put l&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 pour la Renaissance ou les po\u00e8mes hom\u00e9riques pour l&rsquo;Antiquit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans une \u00ab pr\u00e9face abandonn\u00e9e \u00bb, \u00e9crite trente ans apr\u00e8s <em>Les D\u00e9sarrois<\/em>, il rel\u00e8ve que son \u00ab\u00a0petit roman \u00bb passait pour \u00eatre une contribution essentielle au probl\u00e8me de l&rsquo;\u00e9ducation. L&rsquo;\u00e9lucidation de ce que le si\u00e8cle, au juste, pourrait, \u00e0 ce plan, lui reconna\u00eetre \u2014 cette contribution au probl\u00e8me de l&rsquo;\u00e9ducation \u2014 d&rsquo;abord me retiendra. Programme qu&rsquo;il y aurait quelque urgence \u00e0 mener \u00e0 bien car il serait bien possible que la socialit\u00e9 soit, sur le probl\u00e8me de l&rsquo;\u00e9ducation, rest\u00e9e sourde \u00e0 l&rsquo;appel de la modernit\u00e9 et que, finalement, le si\u00e8cle ait d\u00e9ploy\u00e9 \u2014 l\u00e0 aussi \u2014 autant d&rsquo;\u00e9nergie \u00e0 d\u00e9couvrir qu&rsquo;\u00e0 ignorer ses d\u00e9couvertes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Freud va droit au c\u0153ur du d\u00e9sarroi<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi le scientisme aurait foment\u00e9, en sous-main, la question du d\u00e9sarroi ; scientisme plus d\u00e9sarroi est-ce \u00e9gal \u00e0 modernit\u00e9 ? Le d\u00e9sarroi ; l\u00e0 o\u00f9, \u00e9galement, Freud allait puiser \u00e0 pleins seaux pour annoncer au monde \u2014 non pas seulement \u00e0 l&rsquo;ancien, mais aussi au nouveau \u2014 qu&rsquo;il y amenait la \u00ab peste \u00bb. La peste de Freud, c&rsquo;est la mauvaise nouvelle port\u00e9e par la d\u00e9couverte de l&rsquo;inconscient : au contraire d&rsquo;un \u00e9vangile \u2014 m\u00eame jungien \u2014 qui vise, nous dit Freud, dans <em>L&rsquo;Avenir d&rsquo;une illusion<\/em> \u00e0 \u00ab nous r\u00e9concilier avec la cruaut\u00e9 du destin, telle qu&rsquo;elle se manifeste en particulier dans la mort \u00bb, la psychanalyse \u00ab \u00e0 nous qui souffrons gravement de la vie (&#8230;) ne promet aucun d\u00e9dommagement \u00bb. Elle ne promet pas de se d\u00e9faire du d\u00e9sarroi, il est inscrit dans la structure \u2014 ce manque dans la structure, c&rsquo;est notre fa\u00e7on de dire \u00ab la peste \u00bb aujourd&rsquo;hui. Ainsi le salut de l&rsquo;analyse serait proportionnel \u00e0 ce qu&rsquo;il faut en rabattre dans notre pr\u00e9tention \u00e0 \u00ab\u00a0r\u00e9aliser l&rsquo;impossible \u00bb, au mieux serait-il \u2014 en cas incertain de r\u00e9ussite \u2014 de transformer, dit encore Freud, le malheur n\u00e9vrotique en un bonheur banal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Freud va droit au c\u0153ur du d\u00e9sarroi o\u00f9 s&rsquo;installe le sujet ; pas en reste du h\u00e9raut du d\u00e9sarroi, de Nietzsche qui le premier l&rsquo;exhume pour le pousser dans les pieds de l&rsquo;Histoire avec son <em>Zarathoustra<\/em> et de la philosophie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9couverte d&rsquo;une banalit\u00e9 m\u00eame dans le \u00ab bonheur \u00bb du c\u00f4t\u00e9 de Freud et de la th\u00e9rapie \u00e0 laquelle fait pendant, pour l&rsquo;\u00e9ducation, ce qu&rsquo;entrevoit ce \u00ab petit roman \u00bb de la formation d&rsquo;un jeune homme \u2014 genre romanesque ouvert par Goethe \u2014 dont on a dit qu&rsquo;il \u00e9tait surtout \u00ab l&rsquo;analyse rigoureuse d&rsquo;une blessure profonde, d&rsquo;une ouverture p\u00e9nible, mais n\u00e9cessaire \u00bb (postface du traducteur. Ph. Jaccottet).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Freud et Musil avec Nietzsche, pour le d\u00e9sarroi<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9sarroi de ce c\u00f4t\u00e9 aussi donc, dans cet autre versus de l&rsquo;activit\u00e9 humaine : de \u00ab soigner \u00bb \u00e0 \u00ab \u00e9duquer \u00bb, m\u00eame d\u00e9faillance li\u00e9e \u00e0 ce que ce sont des pratiques de parole, avec ce qui s&rsquo;en \u00e9chappe : au double sens o\u00f9 quelque chose n&rsquo;y entre pas et en sort pourtant ; m\u00eame impossibilit\u00e9 \u2014 j&rsquo;y reviendrai, par Freud encore, sur l&rsquo;impossible de certaines t\u00e2ches humaines.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le roman raconte ce qu&rsquo;il advient alors que l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve T\u00f6rless traverse, alors qu&rsquo;il est dans une institution pour jeunes gens, une profonde crise d&rsquo;identit\u00e9. Deux de ses camarades, Reiting et Beineberg, qui ont chacun des vis\u00e9es de domination sur la classe, s&rsquo;aper\u00e7oivent qu&rsquo;un autre, Basini, a commis un vol. Il a vol\u00e9 pour se rendre chez Bozena, la prostitu\u00e9e que les autres vont aussi, \u00e0 l&rsquo;occasion, visiter.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les choses se nouent \u00e0 partir du moment o\u00f9 le larcin est d\u00e9couvert ; \u00e0 partir de ce moment, chacun des trois peut prendre tout pouvoir sur Basini : ils peuvent l&rsquo;humilier, en abuser, le prot\u00e9ger, le d\u00e9fendre, s&rsquo;en d\u00e9sint\u00e9resser, bref s&rsquo;en servir comme s&rsquo;ils \u00e9taient de r\u00e9els sujets sociaux. D&rsquo;ailleurs, ne sont-ils d\u00e9j\u00e0, dans cette institution, de r\u00e9els sujets sociaux ? Ce type d&rsquo;institution, en effet, n&rsquo;est-il pas exactement l\u00e0 pour produire et reproduire \u2014 avec ce que la\u00a0 reproduction implique de diff\u00e9rence avec l&rsquo;original \u2014 des rapports sociaux ? L&rsquo;institution est donc un lieu o\u00f9 faire, en vraie grandeur, l&rsquo;exp\u00e9rience des rapports inter-individuels. Qu&rsquo;on saisisse bien la probl\u00e9matique de cette production-reproduction qui gouverne la question de la formation du sujet car c&rsquo;est une question d&rsquo;o\u00f9 surgit toujours le paradoxe ; le sujet n&rsquo;advient tel qu&rsquo;\u00e0 se situer, qu&rsquo;\u00e0 \u00eatre situ\u00e9 dans des rapports intersubjectifs ; des discours lui pr\u00e9-existent et c&rsquo;est en jouant (ou en \u00e9tant jou\u00e9) dans ces rapports qu&rsquo;un sujet se forme : impossibilit\u00e9 donc de s\u00e9parer la question du sujet de celle du lien social ; ou encore : comment on devient UN dans le lieu de tous ; la question de la singularit\u00e9 \u2014 qui est peut-\u00eatre exactement celle de la formation \u2014ne se d\u00e9ploie \u2014 c&rsquo;est l\u00e0 o\u00f9 le paradoxe pointe facilement \u2014 que dans celle de la g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a donc le probl\u00e8me r\u00e9el de Basini \u00e0 r\u00e9gler et, dans le m\u00eame temps, Basini est un cas, un cas qui donne aux autres la possibilit\u00e9 de s&rsquo;\u00e9difier et de se former, de devenir ce qu&rsquo;ils sont. Comment ces jeunes gens vont-ils vivre cette situation, la r\u00e9soudre et ainsi s&rsquo;entra\u00eener \u00e0 l&rsquo;exercice des rapports sociaux ; sachant que la solution peut imprimer un tour neuf par rapport aux attendus de la situation et par l\u00e0 transformer ces rapports. C&rsquo;est par cette situation compl\u00e8tement ouverte que Musil se donne l&rsquo;occasion d&rsquo;explorer le champ historique des possibles, celui de la modernit\u00e9. Suivons-le ; il se pourrait bien que le bilan et la prospective sur la formation aient \u00e0 se faire, en cette fin de si\u00e8cle et en cette fin de mill\u00e9naire, par rapport \u00e0 ce que Musil annon\u00e7ait de la modernit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>T\u00f6rless est profond\u00e9ment troubl\u00e9 par cette situation<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;examinerai moins les d\u00e9tails des rapports des trois \u00e9l\u00e8ves \u00e0 Basini, ni davantage les rapports qui se cr\u00e9ent entre eux \u2014 ce qui a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 comment\u00e9 <a id=\"Y3\" href=\"#X3\">[3]<\/a> \u2014 que je n&rsquo;insisterai sur le cheminement de T\u00f6rless dans son effort de ma\u00eetrise et de compr\u00e9hension des situations qui lui \u00e9chappent. C&rsquo;est le proc\u00e8s de formation et d&rsquo;intellection de T\u00f6rless qui m&rsquo;int\u00e9resse ici en ce qu&rsquo;il m\u00e9taphorise, dans la modernit\u00e9, le nouvel \u00e9tat du sujet en tant que sujet parlant : comme tel il est souffrant et, aussi bien, pensant. Bref voil\u00e0 un sujet du symbolique qui, au contraire du sujet classique, ne cesse d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 lui-m\u00eame, soit qu&rsquo;il se cherche dans les identifications, soit qu&rsquo;il se perde dans l&rsquo;impersonnalisation. Un sujet r\u00e9solument moderne donc tel qu&rsquo;il est incontournablement point\u00e9 par les deux bouts o\u00f9 il est, de mani\u00e8re tr\u00e8s diff\u00e9rente, not\u00e9 comme ne cessant d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 lui-m\u00eame : par la psychanalyse (pour les identifications) et comme sujet de la science (pour l&rsquo;impersonnalisation). Justement, c&rsquo;est l\u00e0 que travaille ce roman de Musil, \u00e0 l&rsquo;impossible jonction de ces deux bouts par o\u00f9 le sujet \u00e9chappe : quel est le lien entre ces diff\u00e9rentes fa\u00e7ons de ne pas avoir d&rsquo;identit\u00e9, quel est le lien entre souffrir et penser ; est-ce que souffrir peut \u00eatre penser ? La question est moderne, le proc\u00e8s quant \u00e0 lui ne l&rsquo;est s\u00fbrement pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le trouble de l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve T\u00f6rless est en effet relatif \u00e0 la parole, \u00e0 ce qui s&rsquo;exprime et ce qui ne s&rsquo;exprime pas directement, mais obliquement. Qu&rsquo;est-ce qui dans le d\u00e9faut m\u00eame de l&rsquo;expression cherche \u00e0 s&rsquo;exprimer ? L&rsquo;\u00e9l\u00e8ve T\u00f6rless \u00ab se trouble pr\u00e9cis\u00e9ment \u00bb, nous dit dans sa postface Philippe Jaccottet, le traducteur qui conna\u00eet T\u00f6rless presque aussi bien que Musil \u00ab parce qu&rsquo;il d\u00e9couvre [un monde] qui \u00e9chappe \u00e0 la parole, \u00e0 la raison, au calcul : il devine que notre vraie vie est peut-\u00eatre faite de ces \u00ab fragments d&rsquo;une autre vie \u00bb insaisissables (&#8230;) et que la sensualit\u00e9 ne se s\u00e9pare peut-\u00eatre pas de nos plus profondes exp\u00e9riences \u00bb. \u00ab Profondes exp\u00e9riences \u00bb dont Beineberg r\u00e9p\u00e8te \u00e0 T\u00f6rless qu&rsquo;il faut avoir \u00ab don ou d\u00e9sir d&rsquo;utiliser (&#8230;) pour [sa] formation (&#8230;) comme un moyen de s&rsquo;instruire \u00bb. Que veut dire ce Beineberg ? Il \u00ab ne cherche pas, remarque T\u00f6rless, ce que je cherche\u00a0\u00bb \u2014 entre eux se joue la diff\u00e9rence radicale traversant le si\u00e8cle de l&rsquo;indicible et de l&rsquo;innommable voire de l&rsquo;immonde, s\u00e9parant les d\u00e9constructeurs des destructeurs \u2014 mais cependant Beineberg \u00ab trouve les mots justes pour l&rsquo;exprimer \u00bb&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au juste m\u00eame, \u00e0 bien entendre cette proposition sur ce qui se fait sentir sans bien se formuler, il n&rsquo;y a pas moyen de s&rsquo;instruire sans laisser les discours s&rsquo;affronter aux coups des situations-limites o\u00f9 ce quelque chose insiste jusqu&rsquo;\u00e0 d\u00e9faire les discours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Proposition paradoxale dont je vais suivre la gen\u00e8se puisqu&rsquo;elle m&rsquo;autorisera \u00e0 poser qu&rsquo;\u00e0 la formation est n\u00e9cessaire certain d\u00e9sarroi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le premier des d\u00e9sarrois de l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve T\u00f6rless vient du d\u00e9faut m\u00eame de cette proposition : pour y \u00eatre attentif et m\u00eame \u00eatre l&rsquo;enjeu de cette expression qui achoppe ; il ne sait pourtant rien de ce quelque chose, il n&rsquo;en peut donc rien dire et son d\u00e9sarroi tient en ce \u00ab rien dire \u00bb, en ce vide qui le contraint \u00e0 une d\u00e9r\u00e9alisation : \u00ab \u00e0 certains moments la vie de l&rsquo;\u00e9cole lui devenait compl\u00e8tement indiff\u00e9rente. Le mortier des soucis quotidiens s&rsquo;effritait, les heures de sa vie, priv\u00e9es de joint, s&rsquo;\u00e9croulaient les unes sur les autres. \u00bb Comble du trouble : voil\u00e0 donc quelque chose qui se manifeste par rien, pas de mots. Absence qui finit par laisser T\u00f6rless aux rituels d&rsquo;un enseignement rendu livresque ; sotte m\u00e9morisation qui a perdu tout sens et que m\u00e9taphorise l&rsquo;absurde procession de la rentr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole ; procession qui pourrait bien se joindre \u00e0 certaines, d&rsquo;\u00e9chelles toujours d\u00e9mesur\u00e9es, que le si\u00e8cle conna\u00eetra \u2014 vers les usines, vers les camps, vers l&rsquo;exil \u2014 et dont l&rsquo;insoutenable vision est \u00e0 jamais fix\u00e9e dans la procession d&rsquo;entr\u00e9e dans Metropolis qui donne son nom au film de Fritz Lang : \u00ab un pas apr\u00e8s l&rsquo;autre il avan\u00e7ait dans les trous que venait de creuser dans la poussi\u00e8re celui qui le pr\u00e9c\u00e9dait, et ce qu&rsquo;il sentait, c&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;il n&rsquo;en pouvait pas aller autrement, qu&rsquo;une contrainte implacable emprisonnait, comprimait sa vie dans cette progression (un pas apr\u00e8s l&rsquo;autre) sur cette ligne unique, sur cet \u00e9troit ruban d\u00e9roul\u00e9 dans la poussi\u00e8re . \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parfois m\u00eame, ce n&rsquo;est m\u00eame plus l&rsquo;abandon aux rituels de l&rsquo;enseignement de l&rsquo;\u00e9cole, moindre mal au regard de cet autre plus fort : le rituel nu des institutions. \u00c0 entendre dans son sens le plus lourd et le plus pesant puisque ainsi elles se r\u00e9duisent aux signes par lesquels elles redoublent f\u00e9rocement leur non-sens, leur absence : il n&rsquo;y a plus que cette \u00ab cloche qui tintait \u00e0 ses oreilles. Il n&rsquo;\u00e9tait rien qu&rsquo;il craignait plus que cette cloche qui d\u00e9terminait irr\u00e9vocablement la fin du jour, comme un coup de couteau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Sans doute ne vivait-il rien, sans doute sa vie se perdait-elle dans les longues ombres de l&rsquo;indiff\u00e9rence ; mais le son de cette cloche ajoutait son sarcasme \u00e0 ce vide, et T\u00f6rless fr\u00e9missait d&rsquo;une rage impuissante contre soi-m\u00eame, contre son destin, contre ce nouveau jour enseveli. Maintenant tu ne pourras plus rien vivre, tu ne vivras plus rien pendant douze heures, pour douze heures, tu es mort&#8230;: voil\u00e0 ce que disait la cloche. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette sombre cloche des institutions, qu&rsquo;est-elle ? on ne sait si elle bat le retrait qui chez T\u00f6rless provoque son d\u00e9sint\u00e9r\u00eat pour l&rsquo;\u00e9cole ou si, de l&rsquo;\u00e9cole, elle mart\u00e8le le vide qui vient r\u00e9sonner dans la t\u00eate de T\u00f6rless. Mais voil\u00e0 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de cette incertitude, il est justement l\u00e0, ne pas savoir ; la latence ne saurait positivement se saisir, elle court sit\u00f4t fix\u00e9e, de T\u00f6rless \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole, de l&rsquo;\u00e9cole \u00e0 T\u00f6rless. Latence qui est de n&rsquo;\u00eatre rien, d\u00e9j\u00e0 un lieu, le lieu d&rsquo;un non-lieu, un lien, un possible simplement incertain entre T\u00f6rless et les autres. Voil\u00e0 la distance du rien au lien, du silence au possible : \u00ab ce silence (&#8230;) est comme un langage que nous ne pouvons percevoir. \u00bb Un langage dont on ne peut penser qu&rsquo;il est absolument celui qui manque au sujet, \u00e0 la formation du sujet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La question de la formation serait alors tr\u00e8s exactement celle-ci : comment faire pour parler ce langage, cette langue que personne et pas davantage le sujet ne conna\u00eet encore et qui d&rsquo;abord se manifeste par tous les silences : celui de l&rsquo;absence \u00e0 soi-m\u00eame, vide radical ; un n\u00e9ant qui peut aussi bien se transformer en un trop-plein de voix, une cacophonie o\u00f9 tout se m\u00eale ; un exc\u00e8s d&rsquo;o\u00f9 il ne reste \u00e0 nouveau aucun sens ; en somme, le silence encore, un silence assourdissant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">T\u00f6rless tombe en torpeur \u2014 ne dit mot \u2014 ou d\u00e9lire \u2014 en dit trop \u2014 : \u00ab s\u00e9par\u00e9 de soi, autant que des autres ; il aurait aim\u00e9 crier de d\u00e9sespoir devant ce vide, mais il ne pouvait le faire, il se d\u00e9tournait de cet \u00eatre grave, esp\u00e9rant, tourment\u00e9 et las qui \u00e9tait en lui et il \u00e9piait (encore effray\u00e9 par ce brusque renouement et d\u00e9j\u00e0 ravi par leur haleine chaude et coupable) les voix chuchotantes de la solitude \u00bb, voix de la prolif\u00e9ration d\u00e9sordonn\u00e9e des mots : \u00ab en r\u00e9alit\u00e9, on aurait eu du mal \u00e0 d\u00e9couvrir en lui quoi que ce f\u00fbt qui p\u00fbt excuser m\u00eame partiellement ces brusques associations d&rsquo;id\u00e9es. \u00bb Silence de l&rsquo;absence troqu\u00e9 contre le silence d&rsquo;un trop de sens prolif\u00e9rant, quelque chose qui n&rsquo;est plus \u00ab rien \u00bb, mais \u00ab trop \u00bb ; \u00ab quelque chose de surprenant, d&rsquo;inou\u00ef, un spectacle fantastique dont il ne pouvait se faire aucune id\u00e9e \u00bb et qui peut prendre la dimension de la fureur contre l&rsquo;autre : \u00ab T\u00f6rless br\u00fblait d&rsquo;envie de couvrir d&rsquo;insultes son camarade \u00bb, pour se d\u00e9fendre pr\u00e9cis\u00e9ment de cette fureur lui insinuant, en l&rsquo;occurrence, qu&rsquo;\u00ab il y avait vraiment \u00ab quelque chose \u00bb entre Beineberg et lui \u00bb. Mais \u00ab les mots lui manquaient. \u00bb Les mots solennisent la chose et la d\u00e9forment : \u00ab les mots n&rsquo;exprimaient pas la chose, les mots la faisaient plus grave qu&rsquo;elle n&rsquo;\u00e9tait ; c&rsquo;\u00e9tait quelque chose de tout \u00e0 fait sourd, une sensation d&rsquo;\u00e9touffement dans la gorge ; une pens\u00e9e \u00e0 peine saisissable, et qui ne prendrait cette forme que si l&rsquo;on insistait pour la traduire en mots, mais entre cette forme et la chose, alors, il ne subsistait plus qu&rsquo;une ressemblance vague, comme un agrandissement g\u00e9ant o\u00f9 non seulement l&rsquo;on verrait tous les d\u00e9tails plus nets, mais o\u00f9 l&rsquo;on en d\u00e9couvrirait encore qui n&rsquo;y sont pas&#8230; \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Quelque chose d&rsquo;impossible \u00e0 dire<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pas de mot ad\u00e9quat pour exprimer cette fureur qui s&rsquo;enfonce du c\u00f4t\u00e9 de la sensualit\u00e9, mais \u00ab une sensualit\u00e9 terrifiante, bestiale, qui l&#8217;empoignerait avec ses griffes et le lac\u00e9rerait, les yeux d&rsquo;abord\u00a0; une aventure qui d&rsquo;une mani\u00e8re encore obscure devait \u00eatre associ\u00e9e avec les blouses sales des femmes, leurs mains rudes, les bas plafonds de leurs chambres&#8230; \u00bb. Quelque chose qui ne peut se dire ; c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment autour de cet impossible \u00e0 dire que va se constituer le point \u00e0 partir duquel la divagation de T\u00f6rless pourra syst\u00e9matiquement s&rsquo;organiser. Cet impossible-l\u00e0, futur pivot de l&rsquo;exploration de T\u00f6rless, appara\u00eet absolument li\u00e9 \u00e0 un rapport sexuel con\u00e7u par T\u00f6rless comme impensable ; c&rsquo;est le rapport qui ne peut avoir lieu avec celui autour de qui la question sexuelle se pose, avec Basini, client de Bozena et trouble victime des jeux pervers de Beineberg et de Reiting. \u00c0 cet impossible r\u00e9pond tout un champ de possibles. C&rsquo;est tout un univers d&rsquo;exploration qui finalement aura \u00e0 se centrer autour de ce lieu d&rsquo;une \u00e9nigme radicale. \u00c0 l&rsquo;impossible est donn\u00e9e une forme corporelle, comme plus tard dans <em>L&rsquo;Homme sans qualit\u00e9s<\/em>, c&rsquo;est de l&rsquo;impossibilit\u00e9 du rapport du fr\u00e8re et de la s\u0153ur, de Ulrich et de Agathe que devrait ressortir ce que Blanchot appelle un \u00ab nouveau sang-froid \u00bb <a id=\"Y4\" href=\"#X4\">[4]<\/a>, soit, \u00e0 bien l&rsquo;entendre, une nouvelle connaissance. T\u00f6rless comme Ulrich, priv\u00e9 de lui-m\u00eame ne peut rencontrer que par d\u00e9faut. Le savoir qui s&rsquo;engendre de ce d\u00e9faut serait alors une sorte de longue protestation contre ce qui emp\u00eache le sujet de se r\u00e9concilier avec lui-m\u00eame, soit ce que, depuis Lacan, on prend coutume d&rsquo;appeler l&rsquo;impossible. C&rsquo;est l&rsquo;impersonnalisation irr\u00e9conciliable o\u00f9 est r\u00e9duit T\u00f6rless qui pourrait lui offrir une possibilit\u00e9 de remplacement s&rsquo;il parvenait toutefois \u00e0 en trouver la secr\u00e8te exigence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce que le \u00ab petit roman \u00bb de Musil met \u00e0 jour de fa\u00e7on d\u00e9cisive, c&rsquo;est que, dans la modernit\u00e9, la connaissance et le proc\u00e8s de formation ne s&rsquo;inscrivent plus dans l&rsquo;ancien rapport o\u00f9 s&rsquo;inscrivait la v\u00e9rit\u00e9, le rapport n\u00e9cessit\u00e9\/contingence, mais dans un nouveau rapport : possible\/impossible. Prenons la mesure de l&rsquo;audace de Musil : il est un des premiers \u00e0 pressentir cette inversion dans la dominance des axes de la logique aristot\u00e9licienne et le premier \u00e0 en tirer les cons\u00e9quences au plan du rapport du sujet \u00e0 la symbolisation o\u00f9 s&rsquo;inscrivent les questions de la formation et celles de l&rsquo;invention, de la cr\u00e9ation. C&rsquo;est une nouvelle Renaissance que Musil nous aide \u00e0 penser. Construisons ce nouveau rapport \u00ab possible\/impossible \u00bb en suivant Musil. \u00c0 un impossible li\u00e9 \u00e0 un rapport sexuel qui ne peut avoir lieu parce que, peut- \u00eatre, ce rapport annulerait la question de la mort (inscrite dans la succession des g\u00e9n\u00e9rations, dans la diff\u00e9rence sexuelle) et annulerait en cons\u00e9quence le rapport sexuel lui-m\u00eame, \u00e0 cet impossible-l\u00e0 correspond non plus une v\u00e9rit\u00e9 n\u00e9cessaire, mais une s\u00e9rie ind\u00e9finie de possibles qu&rsquo;il convient \u00e0 l&rsquo;homme moderne, \u00e0 l&rsquo;homme que Musil appellera \u00ab sans qualit\u00e9s \u00bb (\u00ab sans particularit\u00e9s \u00bb si l&rsquo;on suit la traduction propos\u00e9e par Blanchot), \u00e0 cet homme dont la particularit\u00e9 est de ne pas avoir de particularit\u00e9s, ainsi que Musil le dit dans ses notes, correspond l&rsquo;imp\u00e9ratif \u00e9thique de se rendre enti\u00e8rement disponible, d&rsquo;\u00eatre ouvert \u00e0 toutes les possibilit\u00e9s : un \u00ab homme th\u00e9orique, comme le dit Blanchot, cessant d&rsquo;\u00eatre pour \u00eatre authentiquement ce qu&rsquo;il est : un \u00eatre seulement possible, mais ouvert \u00e0 toutes les possibilit\u00e9s \u00bb. Cet homme n&rsquo;existe pas en notre modernit\u00e9, pas davantage que celui qui, lanc\u00e9 par Dante, \u00e9perdument, cherchait B\u00e9atrice Portinari avant la Renaissance et traversait dans sa qu\u00eate les \u00e9preuves d&rsquo;un nouveau savoir ; mais justement, il tire sa v\u00e9racit\u00e9 de ne pas exister en \u00e9tant un homme, mais en \u00e9tant \u2014 mieux qu&rsquo;un homme, moins qu&rsquo;un homme, plus qu&rsquo;un homme \u2014 tous les hommes de la modernit\u00e9 : un \u00eatre th\u00e9orique qui installe sa possibilit\u00e9 sur sa propre \u00e9vanescence. Nous sommes tous l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve T\u00f6rless et son d\u00e9sarroi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;indiff\u00e9rence habituelle&#8230;<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, en attendant ce moment de l&rsquo;\u00e9mergence des possibles, T\u00f6rless doit bien convenir que quand le silence (ad\u00e9quat \u00e0 cet impossible o\u00f9 finalement il s&rsquo;originera) se rompt, alors le charme se rompt aussi ; l&rsquo;effet de connaissance tarde alors \u00e0 se manifester : \u00ab des paroles banales coul\u00e8rent et noy\u00e8rent cet instant, \u00e7&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 une alerte inopin\u00e9e, que relayait maintenant l&rsquo;indiff\u00e9rence habituelle&#8230; \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;indiff\u00e9rence habituelle, n&rsquo;est-ce ce qui est sp\u00e9cialement connu de tous les adolescents de ce si\u00e8cle ? la marque distinctive des lyc\u00e9ens ? connu, est-ce le bon terme pour l&rsquo;indiff\u00e9rence habituelle ? elle est connue comme peut \u00eatre connue l&rsquo;indiff\u00e9rence : avec indiff\u00e9rence&#8230; l&rsquo;indiff\u00e9rence contamine m\u00eame le savoir qu&rsquo;on peut avoir sur elle. En sorte que, sur elle, on ne peut savoir grand-chose. Et ne reste donc que l&rsquo;ennui de l&rsquo;\u00e9cole : deux probl\u00e8mes de trigonom\u00e9trie et \u00ab l&rsquo;heure de religion \u00bb. Pourtant, parfois, l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve T\u00f6rless se prend \u00e0 traverser ces langages tr\u00e8s r\u00e9tifs aux \u00e9tats d&rsquo;\u00e2me des sujets, de r\u00eaveries : \u00ab quand je suis en forme il me semble que je pourrais prouver que deux et deux font cinq aussi ais\u00e9ment que l&rsquo;existence d&rsquo;un Dieu unique \u00bb car \u00ab il y a toujours un point dans ces histoires \u00e0 partir duquel on ne sait plus si l&rsquo;on ment ou si ce que l&rsquo;on a invent\u00e9 n&rsquo;est pas plus vrai que l&rsquo;inventeur \u00bb. Quel int\u00e9r\u00eat \u00e0 faire passer la fabulation \u00e0 travers des syst\u00e8mes aussi ferm\u00e9s \u00e0 la fabulation que les math\u00e9matiques d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 ou, de l&rsquo;autre, la religion ? C&rsquo;est que ce qui s&rsquo;obtient n&rsquo;est au regard de l&rsquo;indiff\u00e9rence habituelle pas si mal : \u00ab la fable vous semble si digne de foi, par moments, que l&rsquo;on s&rsquo;immobilise, captiv\u00e9 par ses propres pens\u00e9es. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce quelque chose, quand il n&rsquo;aplatit pas T\u00f6rless dans la stupeur, le pousserait donc \u00e0 intercaler ses fables de fa\u00e7on insens\u00e9e dans les connaissances d\u00e9cisives de la raison math\u00e9matique ou les dogmes de la religion. Pourtant, c&rsquo;est l\u00e0 dans ce branchement impossible que T\u00f6rless pressent une voie, le narrateur nous le confirme en intervenant ici en son nom, notant que la \u00ab pr\u00e9dilection de T\u00f6rless pour certains \u00e9tats d&rsquo;\u00e2me fut le premier sympt\u00f4me d&rsquo;une \u00e9volution qui s&rsquo;\u00e9panouit plus tard en don d&rsquo;\u00e9tonnement \u00bb. C&rsquo;est qu&rsquo;il y a s\u00fbrement l\u00e0, de la part de T\u00f6rless, dans cet abandon, ou dans ce bouleversement, de la souffrance mais aussi quelque jouissance et quelque connaissance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce que T\u00f6rless d\u00e9couvre, c&rsquo;est qu&rsquo;il n&rsquo;y a mati\u00e8re \u00e0 comprendre, mati\u00e8re \u00e0 formation que pour autant que quelque chose \u00e9chappe et soit d&rsquo;abord incompr\u00e9hensible. Pour apprendre, il faut d&rsquo;abord ne pas comprendre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le narrateur construit alors son roman sur l&rsquo;alternance de deux temps contradictoires rythm\u00e9s sur cette alternance, ne pas comprendre, apprendre : il se glisse entre T\u00f6rless et les situations un voile d&rsquo;obscurit\u00e9 ; c&rsquo;est \u00e0 ceci \u2014 que T\u00f6rless ne comprend pas et qui le laisse en d\u00e9sarroi \u2014 que s&rsquo;alimente un proc\u00e8s de formation qui consiste en un effort de ma\u00eetrise de ce qui lui a \u00e9chapp\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, la formation de l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve T\u00f6rless ne consiste pas en une solution \u00e0 cette alternative par le choix d&rsquo;un terme et le rejet de l&rsquo;autre ; mais au contraire dans l&rsquo;entretien des deux temps de cette contradiction qui doit, pour motiver le proc\u00e8s de formation, ne pas \u00eatre r\u00e9solue. Le d\u00e9sarroi devient le moteur du proc\u00e8s de formation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Ne pas comprendre pour ensuite apprendre<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9raisonner pour d\u00e9fier par ces actes de d\u00e9raison la raison ; pour la d\u00e9fier certes, mais aussi l&rsquo;entra\u00eener l\u00e0 o\u00f9 elle ne s&rsquo;aventurait pas. Pour lui livrer des terres nouvelles, des terres sauvages et mena\u00e7antes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puisqu&rsquo;il y a un \u00ab espace aveugle derri\u00e8re tout espace rempli \u00bb, T\u00f6rless \u00ab voit les choses sous un double aspect, toutes les choses et aussi bien les pens\u00e9es \u00bb. Mais l&rsquo;esprit mis sous cette tension d\u00e9double de plus en plus fortement chacune des situations. Ce qui est obscur, ce qui est non rationnel l&rsquo;est au point o\u00f9 \u00e7a \u00e9chappe radicalement aux r\u00e9seaux d&rsquo;intelligibilit\u00e9 et o\u00f9 \u00e7a perdure et ressurgit apr\u00e8s m\u00eame que \u00e7&rsquo;ait f\u00e9cond\u00e9, par voie de d\u00e9fi, la connaissance rationnelle : \u00ab aussi clairement que je sens une pens\u00e9e prendre vie en moi, je sens \u00ab ce quelque chose \u00bb en moi s&rsquo;\u00e9veiller \u00e0 la vue des choses, au moment o\u00f9 les pens\u00e9es se taisent. C&rsquo;est quelque chose en moi d&rsquo;obscur, au-dessus des pens\u00e9es, <em>je ne le puis mesurer rationnellement, c&rsquo;est une vie que les mots ne cernent point et qui est pourtant ma vie<\/em> \u00bb (soulign\u00e9 par moi).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0 donc le probl\u00e8me enfin clairement pos\u00e9 : il y a toujours un reste que l&rsquo;effort d&rsquo;intellection pour se rendre ma\u00eetre de ce qui \u00e9chappe ne saurait faire dispara\u00eetre. Au contraire m\u00eame, cet effort provoquerait par une sorte de balancement n\u00e9cessaire le retour de ce qui toujours r\u00e9siste \u00e0 la compr\u00e9hension : \u00ab je continue \u00e0 me demander de quoi il s&rsquo;agit. \u00bb Il y a de l&rsquo;obsessif dans cette dialectique de la raison et de la d\u00e9raison, de l&rsquo;obscur et de l&rsquo;intelligible : il suffit en effet qu&rsquo;un terme \u00e9clairant se pose pour qu&rsquo;il implique son contraire inqui\u00e9tant ; effet r\u00e9it\u00e9r\u00e9 qui s&rsquo;amplifie lui-m\u00eame, provoquant ce mouvement de balancier de plus en plus fort puisqu&rsquo;il faut \u00e0 quelque oscillation davantage d&rsquo;ampleur pour contrecarrer la pr\u00e9c\u00e9dente. \u00ab Ce \u00ab oui ou non \u00bb enflait dans sa t\u00eate comme des bulles puis \u00e9clatait, ce \u00ab oui ou non \u00bb ne cessait d&rsquo;enfler sur un rythme r\u00e9gulier comme le roulement d&rsquo;un train, le balancement de fleurs au bout de tiges trop hautes, comme des coups de marteau entendus \u00e0 travers plusieurs minces cloisons dans une maison silencieuse. \u00bb Balancement d&rsquo;angoisse dont, ailleurs, Michaux d\u00e9crit l&rsquo;infernale horlogerie quand il en d\u00e9couvre le ressort ultime dans la figure de la quintessence de l&rsquo;obsession, l\u00e0 o\u00f9 elle se motive de ce qui devrait la d\u00e9samorcer, puisque l&rsquo;appel \u00e0 encore plus de raison pour soumettre les t\u00e9n\u00e8bres laisse subsister ce reste ineffa\u00e7able augurant, par obstination \u00e0 perdurer, des t\u00e9n\u00e8bres encore plus imp\u00e9n\u00e9trables qu&rsquo;on ne le pouvait imaginer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les p\u00f4les raison-d\u00e9raison viennent tellement \u00e0 s&rsquo;exalter par rapport \u00e0 eux-m\u00eames qu&rsquo;ils se fixent, pour celui-ci en cette forme sup\u00e9rieure de la raison \u2014 disons les math\u00e9matiques \u2014, et pour celui-l\u00e0 en cette diss\u00e9mination absurde, d\u00e9sordonn\u00e9e, indicible ou innommable, l\u00e0 o\u00f9 subsiste cette terrible phrase : \u00ab il n&rsquo;y aurait plus que les ombres des t\u00e9n\u00e8bres, tr\u00e8s loin en avant des murs. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Musil use d&rsquo;ailleurs de l&rsquo;image de l&rsquo;op\u00e9rateur math\u00e9matique, de la division et de son reste toujours renaissant qui vient alt\u00e9rer la puret\u00e9 de la geste math\u00e9matique : \u00ab c&rsquo;\u00e9tait comme s&rsquo;il avait d\u00fb se livrer \u00e0 une division que la r\u00e9apparition obstin\u00e9e d&rsquo;un reste e\u00fbt emp\u00each\u00e9 de s&rsquo;achever jamais, ou comme s&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait bless\u00e9 \u00e0 force de s&rsquo;acharner fi\u00e9vreusement sur un n\u0153ud inextricable. \u00bb Mais la division c&rsquo;est aussi ce qui ram\u00e8ne \u00e0 la s\u00e9paration entre ce qui s&rsquo;effectue et ce qui ne s&rsquo;effectue pas, et sous cette s\u00e9paration, ce d\u00e9sarroi, \u00ab l&rsquo;\u00e2me, dit Musil, se rompt \u00bb, elle est prise, ajoute Blanchot, entre \u00ab l&rsquo;id\u00e9al d&rsquo;exactitude et le vide \u00bb. Tout se passe comme si deux langues en venaient \u00e0 se parler simultan\u00e9ment en un sujet dont aucune au juste ne lui appartiendrait en propre : une protolangue, faite de bribes et de fragments et se rapportant \u00e0 ce que Musil nomme \u2014 plus tard, dans son \u00ab gros roman \u00bb \u2014 d&rsquo;un mot fulgurant d&rsquo;\u00e9vidence \u00ab la narration primitive \u00bb \u00e0 quoi notre vie priv\u00e9e reste encore attach\u00e9e, et une m\u00e9talangue r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 un \u00ab monde de la clart\u00e9 \u00bb, tellement parfaite qu&rsquo;elle devrait aussi l&rsquo;exprimer, lui, l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve T\u00f6rless.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Un sujet doublement d\u00e9centr\u00e9<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;exaltation des p\u00f4les de l&rsquo;angoisse en portant celui de la raison jusqu&rsquo;\u00e0 la \u00ab certitude math\u00e9matique \u00bb n&rsquo;est pas envisag\u00e9e comme permettant de bloquer le balancement maudit et n&rsquo;autorise pas \u00e0 esp\u00e9rer une sorte de salut par \u2014 pourrait-on dire \u2014 r\u00e9demption math\u00e9matique \u00e0 la fa\u00e7on de ces jeunes gens saisis \u00ab polars, polaris\u00e9s \u00bb par la gr\u00e2ce de la math\u00e8sis. T\u00f6rless y verrait plut\u00f4t une \u00ab aride mati\u00e8re \u00e0 m\u00e9morisation \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si T\u00f6rless en vient \u00e0 appeler au secours les math\u00e9matiques (\u00ab pendant la le\u00e7on de math\u00e9matiques, une id\u00e9e \u00e9tait venue \u00e0 T\u00f6rless \u00bb), c&rsquo;est qu&rsquo;il a saisi l&rsquo;occasion d&rsquo;y forer un trou pour l&#8217;emploi de sa \u00ab narration primitive \u00bb. Plus moyen de se r\u00e9fugier en cette infra ou en cette m\u00e9talangue ; le balancement des deux langues devient finalement tellement pernicieux qu&rsquo;il vient battre en chacun des deux p\u00f4les ; l&rsquo;issue est peut-\u00eatre l\u00e0 : les math\u00e9matiques pourraient \u00ab devenir d&rsquo;un coup un probl\u00e8me vivant \u00bb. Si tel est le cas, il se pourrait qu&rsquo;il \u00ab s&rsquo;y trouve aussi quelque reflet de ce que je poursuis \u00bb. Cela est venu \u00ab tout \u00e0 coup, en pleine le\u00e7on, \u00e7&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 comme un \u00e9clair br\u00fblant dans sa t\u00eate \u00bb. Et \u00ab quand il s&rsquo;\u00e9tait dit cela, il pensait pr\u00e9cis\u00e9ment aux math\u00e9matiques \u00e0 cause des r\u00e9flexions qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait faites sur l&rsquo;infini \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">T\u00f6rless cette fois parle, pensant avoir trouv\u00e9 ce qui d&rsquo;une langue r\u00e9sonne dans l&rsquo;autre, ce qui de l&rsquo;infra-langue peut s&rsquo;\u00e9noncer par la m\u00e9talangue, un paradoxe joliment opportun puisque, contre toute attente, une obscurit\u00e9 serait chevill\u00e9e au c\u0153ur des math\u00e9matiques. T\u00f6rless \u00e0 Beineberg : \u00ab dis-moi, tu as tout compris, dans cette histoire ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Quelle histoire ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Celle des nombres imaginaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Oui, ce n&rsquo;est pas si compliqu\u00e9 que \u00e7a. Il suffit de se rappeler que l&rsquo;unit\u00e9 de calcul, c&rsquo;est la racine carr\u00e9e de moins un.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Justement, cette racine n&rsquo;existe pas. Tout nombre, qu&rsquo;il soit positif ou n\u00e9gatif, donne, \u00e9lev\u00e9 au carr\u00e9, un nombre positif. Il ne peut donc y avoir de nombre qui soit la racine carr\u00e9e d&rsquo;une quantit\u00e9 n\u00e9gative (&#8230;). Le plus \u00e9tonnant, c&rsquo;est que ces valeurs imaginaires ou impossibles permettent quand m\u00eame des calculs desquels on obtient un r\u00e9sultat <em>r\u00e9el<\/em> ! (&#8230;) au d\u00e9but de tout calcul de ce genre, on a des chiffres parfaitement solides (&#8230;) on les retrouve \u00e0 la fin de l&rsquo;op\u00e9ration. Mais ces derniers sont reli\u00e9s aux premiers par quelque chose qui n&rsquo;existe pas \u00bb (soulign\u00e9 par l&rsquo;auteur) <a id=\"Y5\" href=\"#X5\">[5]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand on sait l&rsquo;int\u00e9r\u00eat d\u00e9ploy\u00e9 toute sa vie par Musil pour les travaux des math\u00e9maticiens et des logiciens qui, pr\u00e9cis\u00e9ment, aboutissent \u00e0 cette \u00e9poque \u00e0 l&rsquo;\u00e9nonciation du c\u00e9l\u00e8bre paradoxe de Russel contredisant le projet de Frege, puis plus tard au deuxi\u00e8me th\u00e9or\u00e8me de G\u00f6del r\u00e9volutionnant l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;on se faisait des sciences exactes et mettant en exergue le fait que quelque chose r\u00e9siste \u00e0 la formalisation des math\u00e9matiques et qu&rsquo;elles sont construites sur des propositions dont une est probl\u00e9matique, on ne peut pas prendre \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re l&rsquo;avanc\u00e9e de T\u00f6rless et derri\u00e8re lui celle de Musil explorant cette proposition.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Si on voulait se montrer trop pointilleux, il n&rsquo;y aurait pas de math\u00e9matiques du tout \u00bb dit le narrateur dans un \u00e9nonc\u00e9 tellement ordinaire qu&rsquo;on a peine \u00e0 lui supposer des cons\u00e9quences aussi d\u00e9cisives. Il y a des math\u00e9matiques, de la science en g\u00e9n\u00e9ral, parce qu&rsquo;ils contiennent un point aveugle qui \u00ab m\u00e8nerait \u00e0 quelque chose de vertigineux, comme si, \u00e0 un moment donn\u00e9, il conduisait Dieu sait o\u00f9 \u00bb ; c&rsquo;est bien s\u00fbr l\u00e0 que le sujet s&rsquo;accroche avec sa \u00ab narration primitive \u00bb et son infra-langue, c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il fait le pont entre ces deux langues h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, l&rsquo;une par rapport \u00e0 l&rsquo;autre, par ce vernaculaire accroch\u00e9 aux langues formelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La \u00ab petite anomalie \u00bb, \u00ab le trou \u00bb dans les math\u00e9matiques selon les termes m\u00eames de T\u00f6rless, \u00e7a n&rsquo;est pas le cur\u00e9 avec Dieu et \u00e7a n&rsquo;est m\u00eame pas davantage le professeur de math\u00e9matiques qui peut les boucher : \u00ab les exigences d&rsquo;une science rigoureuse m&rsquo;imposeraient l&rsquo;expos\u00e9 d&rsquo;hypoth\u00e8ses pr\u00e9liminaires que vous auriez du mal \u00e0 comprendre et, de toute fa\u00e7on le temps nous manque \u00bb, r\u00e9pond le professeur de math\u00e9matiques enfermant T\u00f6rless dans cette double impasse : pour comprendre ce que vous ne comprenez pas et qui vous emp\u00eache d&rsquo;apprendre, il faut en apprendre davantage ! L&rsquo;issue selon le saint professeur consisterait \u00e0 quitter le terrain de la l\u00e9gitimation scientifique pour revenir, bien s\u00fbr, plus tard sur le terrain de la science. Comme Pascal le recommandait, au libertin qui a \u00e0 comprendre qu&rsquo;il ne comprend pas, le professeur conseille \u00e0 T\u00f6rless de cesser de vouloir comprendre, mais seulement de croire : \u00ab Mon cher ami, contentez-vous de croire, quand vous en saurez dix fois plus qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, vous comprendrez. En attendant, croyez ! \u00bb Il devrait suffire \u00e0 T\u00f6rless ce qui suffit au plus grand nombre (\u00ab par chance, peu d&rsquo;\u00e9l\u00e8ves s&rsquo;en rendent compte \u00bb, dit le narrateur) : cesser de vouloir ma\u00eetriser ce qui \u00e9chappe pour s&rsquo;en remettre \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que d&rsquo;autres ma\u00eetrisent, op\u00e9ration \u00e9conomique s&rsquo;il en est, croire, ne pas vouloir savoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout \u00e0 fait comme en philosophie, indique le professeur en se saisissant d&rsquo;un volume de Kant (\u00ab un de ces livres qu&rsquo;on aime \u00e0 laisser tra\u00eener avec une feinte n\u00e9gligence \u00bb), les \u00ab axiomes n\u00e9cessaires d\u00e9terminent tout sans qu&rsquo;il soit possible de les comprendre \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Ni Dieu, ni Kant<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">T\u00f6rless s&rsquo;aper\u00e7oit qu&rsquo;on fait jouer \u00e0 Kant le r\u00f4le de celui qui sait et qu&rsquo;il suffit qu&rsquo;on croie qu&rsquo;il sache pour que les autres cessent de se poser la question ; ainsi T\u00f6rless lui-m\u00eame, avant d&rsquo;\u00eatre \u00e0 nouveau saisi par ce probl\u00e8me, avait \u00e9t\u00e9 amen\u00e9 comme les autres \u00ab \u00e0 fatalement en conclure que Kant avait r\u00e9solu d\u00e9finitivement le probl\u00e8me philosophique \u00bb. Or, \u00ab\u00a0m\u00eame T\u00f6rless savait qu&rsquo;on n&rsquo;ouvrait jamais les volumes de Kant \u00bb, qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un nom pratique \u00e0 invoquer d\u00e8s lors que surgissait le probl\u00e8me. L&rsquo;intelligence suppos\u00e9e \u00e0 un seul garantit la b\u00eatise des autres, ce qui pr\u00e9occupait d\u00e9j\u00e0 Flaubert.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce trou dans la raison, cette d\u00e9chirure dans la belle ordonnance des choses, ni Dieu, ni Kant, mais aussi bien ni le go\u00fbt du surnaturel de Beineberg (\u00ab Si donc les math\u00e9matiques me pr\u00e9occupent, je cherche derri\u00e8re elles tout autre chose que toi, rien de surnaturel, c&rsquo;est le naturel au contraire que je cherche \u00bb, dit T\u00f6rless \u00e0 Beineberg), ni la volont\u00e9 de puissance et de domination de Reiting n&rsquo;en soutiennent l&rsquo;extr\u00eame exigence. Il faut alors en convenir, avec ce que \u00e7a co\u00fbte de renoncement aux projets de ma\u00eetrise : la formation est inscrite dans l&rsquo;\u00e9cart irr\u00e9parable qui s\u00e9pare la \u00ab narration primitive \u00bb d&rsquo;une autre langue, mieux construite, langue dont le sujet reste s\u00e9par\u00e9. Le proc\u00e8s de formation dure tant que cet \u00e9cart est maintenu, il s&rsquo;inscrit dans ce d\u00e9sarroi, dans cette mise en regard irr\u00e9conciliable de la singularit\u00e9 et de la r\u00e9gularit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et il n&rsquo;est rien qui puisse boucher ce hiatus car ce qui s&rsquo;y pr\u00e9sente n&rsquo;est que ce qui obture et g\u00e8le le proc\u00e8s de formation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 ce point h\u00e9morragique par o\u00f9 la raison fuit, quelle est l&rsquo;opportunit\u00e9 de trouver ce qui pourrait faire le pont (\u00ab T\u00f6rless \u00e9prouvait le besoin de chercher sans d\u00e9semparer un pont, un rapport, un terme de comparaison entre lui et cela de muet \u00e0 quoi se heurtait son esprit \u00bb) entre infra- et m\u00e9talangue ? C&rsquo;est la possibilit\u00e9 d&rsquo;une connaissance comme terme provisoire \u00e0 un temps de d\u00e9sarroi donn\u00e9 ; c&rsquo;est le moment de conclure le temps pour comprendre, comme le disait Lacan, disputant la fonction de la h\u00e2te en logique, soit encore la question de la formation. Deux \u00e9tats antagonistes donc et entre ces deux \u00e9tats deux types de rapports possibles correspondant aux deux temps du d\u00e9sarroi et de la connaissance. Ce qui autorise le d\u00e9sarroi est \u00e9galement ce qui autorise la connaissance : les deux sujets sont d\u00e9not\u00e9s l&rsquo;un et l&rsquo;autre de leur disparition dans une des formes de l&rsquo;impersonnalisation ; sujet disparaissant dans la narration primitive d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, et sujet expuls\u00e9 de la raison math\u00e9matique de l&rsquo;autre. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements \u00e0 raconter, seulement des possibilit\u00e9s \u00e0 expliciter, structur\u00e9es autour d&rsquo;une impossibilit\u00e9. C&rsquo;est le vide du sujet qui l&rsquo;autoriserait \u00e0 tout syst\u00e9matiquement explorer. Le sujet moderne est celui qui, \u00ab simplement \u00bb, aurait \u00e0 assumer son absence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Conjonction de deux \u00e9tats<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y aurait une \u00e9troite, toujours provisoire mais intense possibilit\u00e9 de correspondance entre l&rsquo;infra- et la m\u00e9talangue, entre le sujet \u00e9vanescent du trouble extr\u00eame, celui du (ou des) silence(s) et le sujet qui met \u00e0 profit l&rsquo;\u00e9criture math\u00e9matique ; \u00e0 l&rsquo;absence de l&rsquo;un correspondrait l&rsquo;impersonnalisation de l&rsquo;autre. Ce que Blanchot notait pour \u00ab <em>l&rsquo;homme sans qualit\u00e9s<\/em> \u00bb, libre \u00e0 l&rsquo;exploration infinie, qu&rsquo;il \u00e9tait \u00ab l&rsquo;alliance paradoxale de l&rsquo;exactitude et de l&rsquo;ind\u00e9termination \u00bb, vaut pour T\u00f6rless. Il finit par accueillir cette impersonnalisation comme possibilit\u00e9 de vivre, qu&rsquo;il la prenne \u00ab tant\u00f4t comme la souveraine ind\u00e9termination de la raison, tant\u00f4t comme le vide ind\u00e9termin\u00e9 \u00bb, car il pressent que \u00ab l&rsquo;anomalie \u00bb pourrait avoir rapport \u00e0 \u00ab quelque repli terriblement secret du petit corps \u00bb. Conjonction des deux \u00e9tats.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi l&rsquo;homme de la modernit\u00e9 saurait-il conjoindre, le temps f\u00e9cond de l&rsquo;\u00e9clair, la plus extr\u00eame rigueur et la plus forte \u00e9vanescence, mais ne le saurait-il que pour se perdre, pendant le temps annul\u00e9 de l&rsquo;existence ordinaire, dans l&rsquo;angoisse de leur non-correspondance ? Proc\u00e8s d&rsquo;un rapport fonctionnant seulement en deux \u00e9tats limites, sous un r\u00e9gime de forte concentration pour un temps bref ou ordinairement en un \u00e9tat totalement rel\u00e2ch\u00e9 \u2014 conjonction brutale, touchant \u00e0 la jouissance d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 et disjonction de l&rsquo;angoisse de l&rsquo;autre \u2014 m\u00e9taphore de la modernit\u00e9 pointant les deux p\u00f4les de l&rsquo;\u00e9vanescence, celle ind\u00e9termin\u00e9e de la \u00ab narration primitive \u00bb d&rsquo;une part et celle de l&rsquo;impersonnalisation issue du jeu rigoureux des possibles, de l&rsquo;autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9sarroi aurait partie li\u00e9e \u00e0 la connaissance. La connaissance est au bout du d\u00e9sarroi. Mais une connaissance qui n&rsquo;assure aucune ma\u00eetrise puisqu&rsquo;elle ram\u00e8ne immanquablement l&rsquo;autre \u00e9tat. N&#8217;emp\u00eache, l&rsquo;opportunit\u00e9 qu&rsquo;il existe en un creux des m\u00e9talangues un lieu paradoxal et discret (comme le grenier des trois \u00e9l\u00e8ves dans l&rsquo;\u00e9cole, l\u00e0 o\u00f9 ils \u00e9lucubrent leurs coups), un repli o\u00f9 celui qui apprend puisse inscrire des fragments directement li\u00e9s \u00e0 \u00ab sa narration primitive \u00bb, un lieu o\u00f9 se ferait le pont entre la \u00ab sauvagerie \u00bb et la raison, ce lieu de passage \u00e0 la limite o\u00f9 une langue s&rsquo;\u00e9crit en une autre est un lieu de jouissance, cela seulement fonde la possibilit\u00e9 de la connaissance pour un sujet. Penser \u2014 ce \u00e0 quoi conduit la formation \u2014 tient \u00e0 un calcul (\u00e0 entendre au sens fort, logico-math\u00e9matique) pour se dire, un calcul avec un reste qui pourrait bien \u00eatre le sujet effectuant ce calcul.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0 ce que T\u00f6rless pour son compte \u2014 pour le n\u00f4tre \u00e9videmment \u2014 apprend du d\u00e9sarroi, connaissance d\u00e9cisive puisqu&rsquo;elle porte non sur des effets, mais sur le proc\u00e8s m\u00eame de la connaissance, sur ce qui la rend, maintenant, en cette modernit\u00e9, possible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a possibilit\u00e9 que des pens\u00e9es affectent profond\u00e9ment le sujet, m\u00eame les pens\u00e9es les plus abstraites peuvent para\u00eetre au sujet dans une concr\u00e9tude intime : elles lui r\u00e9v\u00e9leraient ce lieu vide o\u00f9, comme sujet, il fonde sa v\u00e9rit\u00e9. Au sujet de la science correspond l&rsquo;impossibilit\u00e9 pour le sujet de se fonder en aucun lieu puisqu&rsquo;il n&rsquo;appara\u00eet que comme un reste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La formation, c&rsquo;est ce qui trie entre les pens\u00e9es qui n&rsquo;affectent pas le sujet, restent en surface, sont m\u00e9moris\u00e9es puis oubli\u00e9es, et les autres&#8230; \u00ab C&rsquo;est une chose bien \u00e9trange que les pens\u00e9es. Elles ne sont souvent rien de plus que des accidents qui disparaissent sans laisser de traces, elles ont leur mort et leur saison florissante&#8230; \u00bb Oui il est des pens\u00e9es mortes et des pens\u00e9es vivantes. La pens\u00e9e qui se meut \u00e0 la surface, dans la clart\u00e9, celle que l&rsquo;on peut saisir par les pinces de la causalit\u00e9, n&rsquo;est pas n\u00e9cessairement la plus vivante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Rass\u00e9r\u00e9n\u00e9 par sa \u00ab docte ignorance \u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les autres, les pens\u00e9es vivantes, \u00ab ne s&rsquo;accomplissent que pour une part dans la r\u00e9gion \u00e9clair\u00e9e de la conscience ; pour l&rsquo;autre part, elle s&rsquo;op\u00e8re dans le sombre humus intime&#8230; \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parfois donc, le temps d&rsquo;un \u00e9clair, il se fait un pont entre ces deux langues h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes qui se parlent dans le sujet. A ce lieu d&rsquo;impossible jonction, en cette f\u00e9condation mutuelle, il s&rsquo;agit de connaissance. D&rsquo;avoir men\u00e9 le d\u00e9sarroi au plus loin, elle s&rsquo;est produite pour T\u00f6rless, qui peut aller et m\u00eame quitter l&rsquo;\u00e9cole, rass\u00e9r\u00e9n\u00e9 de sa \u00ab docte ignorance \u00bb. L&rsquo;\u00e9cole n&rsquo;aura \u00e9t\u00e9 que le support institutionnel d&rsquo;un proc\u00e8s de formation qui s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9 dans une logique \u00e0 laquelle elle est rest\u00e9e \u00e0 peu pr\u00e8s compl\u00e8tement \u00e9trang\u00e8re, ou quand elle s&rsquo;en est m\u00eal\u00e9e, c&rsquo;\u00e9tait pour n&rsquo;y rien comprendre ou pour le r\u00e9duire \u00e0 la dimension toujours d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9vue des discours courants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Difficult\u00e9 \u00e0 parler de ce lieu, car ordinairement et surtout universitairement jamais on n&rsquo;en peut parler, puisque pour parler d&rsquo;un objet, il faut une langue. Or \u00e0 ce lieu il y en a deux, et, deux logiques pour saisir un objet, c&rsquo;est une de trop : l&rsquo;une toujours d\u00e9fait ce que l&rsquo;autre fait, le d\u00e9sarroi contamine la possibilit\u00e9 d&rsquo;en parler.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce lieu qui existe et dont on ne savait jusqu&rsquo;alors rien dire, c&rsquo;est la contribution \u00e9minente de Musil au probl\u00e8me de la formation. Ne faudrait-il s&rsquo;en saisir pour faire le tour actuel en cette fin de modernit\u00e9, en cette fin de si\u00e8cle, en cette fin de mill\u00e9naire, du probl\u00e8me de l&rsquo;\u00e9ducation et de la formation ? Ce si\u00e8cle qui, presque toujours, n&rsquo;a su r\u00e9pondre aux probl\u00e8mes de la formation qu&rsquo;en suivant la r\u00e9ponse des destructeurs et en enfournant les sujets dans les mortelles processions saura-t-il aussi \u00eatre \u00e0 la hauteur de l&rsquo;exigence qu&rsquo;il a \u00e9galement pu susciter ? La formation, n&rsquo;est-ce le lieu o\u00f9 pourrait na\u00eetre une nouvelle science de l&rsquo;homme, cet \u00ab homme th\u00e9orique \u00bb dont parle Blanchot alli\u00e9 \u00e0 cet homme de la jouissance, ouvert \u00e0 toutes les possibilit\u00e9s, ne fondant sa recherche et sa formation que de sa propre \u00e9vanescence, cr\u00e9ant au point exact o\u00f9 il manque \u00e0 lui-m\u00eame ; d\u00e9marches que ne cessent d&rsquo;annoncer celles de ces sciences humaines o\u00f9 se marque l&#8217;empreinte des d\u00e9constructeurs, de la psychanalyse \u00e0 la s\u00e9miologie et la linguistique o\u00f9 l&rsquo;homme ne se reconna\u00eet que de continuer \u00e0 radicalement ignorer sa cause ; d\u00e9marche \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre dans le proc\u00e8s d&rsquo;impersonnalisation par lequel peut \u00e9noncer le sujet de la science, d\u00e9marche dont rend compte, mieux que les fausses totalisations, la grande litt\u00e9rature contemporaine, de Mallarm\u00e9 \u00e0 Joyce, de Musil \u00e0 Artaud en passant par Beckett et quelques autres. Ne faudrait-il \u00e0 ce lieu de la modernit\u00e9 une nouvelle science, une science post-moderne qui aurait pour objet ce d\u00e9faut du sujet \u00e0 lui-m\u00eame ?<\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div style=\"text-align: justify;\"><a id=\"X1\" href=\"#Y1\">[1]<\/a> L&rsquo;Autriche <em>Kaiserlich und K\u00f6niglich<\/em> (K. K.), imp\u00e9riale et royale.<br \/>\n<a id=\"X2\" href=\"#Y2\">[2]<\/a> Cit\u00e9 par Janik et Toulmin, <em>Wittgenstein, Vienne et la modernit\u00e9<\/em>, P.U.F., Paris 1978, p. 51.<br \/>\n<a id=\"X3\" href=\"#Y3\">[3]<\/a> Voir n\u00b0 de l&rsquo;ARC sur Musil, n\u00b0 74. Sur ce point, cf. article de E. Rayoux.<br \/>\n<a id=\"X4\" href=\"#Y4\">[4]<\/a> M. Blanchot, <em>Le Livre \u00e0 venir<\/em>, N.R.F., Paris 1969, chap. IV.<br \/>\n<a id=\"X5\" href=\"#Y5\">[5]<\/a> On ne peut pas ne pas noter que l&rsquo;op\u00e9rateur impossible ?-1 qui joue ce r\u00f4le d\u00e9cisif est celui-l\u00e0 m\u00eame que Lacan utilise aussi pour signifier dans sa notation la jouissance, retrouvant l\u00e0 cette id\u00e9e que de la positivit\u00e9 s&rsquo;\u00e9difie sur un impossible, un trou dans la symbolisation. Cf. Lacan, <em>\u00c9crits<\/em>, Seuil, \u00ab Subversion du sujet et dialectique du d\u00e9sir \u00bb.<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Puisqu&rsquo;il y a un \u00ab espace aveugle derri\u00e8re tout espace rempli \u00bb, T\u00f6rless \u00ab voit les choses sous un double aspect, toutes les choses et aussi bien les pens\u00e9es \u00bb. Mais l&rsquo;esprit mis sous cette tension d\u00e9double de plus en plus fortement chacune des situations. 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