{"id":15612,"date":"2014-03-19T21:45:30","date_gmt":"2014-03-19T20:45:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=15612"},"modified":"2014-04-10T21:06:59","modified_gmt":"2014-04-10T20:06:59","slug":"retour-a-lorigine-par-archaka","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/retour-a-lorigine-par-archaka\/","title":{"rendered":"Retour \u00e0 l&rsquo;Origine par Archaka"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">(Extrait de <em>Les temps pr\u00e9-\u00e9ternels<\/em>. \u00c9dition Grasset 1985)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-fin-du-peche-originel-par-archaka\/\">Chapitre pr\u00e9c\u00e9dent<\/a>\u00a0 <a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/larbre-de-la-liberte-par-archaka\/\">Chapitre suivant<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quel est ce monde o\u00f9 nous ne cessons de voir le Soleil tourner autour de la Terre tout en sachant que c&rsquo;est le contraire qui est vrai ? Ce monde identique pour tous et que chacun voit diff\u00e9remment et vit \u00e0 sa fa\u00e7on ? Ce monde de mati\u00e8re qui se d\u00e9compose ou se m\u00e9tamorphose d\u00e8s lors qu&rsquo;en nous les app\u00e9tits et les passions m\u00eame les moins mat\u00e9riels se donnent libre cours, que flambe la col\u00e8re, cr\u00e9pite le d\u00e9sir, s&rsquo;abat le d\u00e9sespoir, ou resplendit l&rsquo;amour ? Ce monde dont nous avons longtemps cru que le centre \u00e9tait une Terre immobile et qui, aujourd&rsquo;hui, s&rsquo;\u00e9vade en le plan quasi aspatial de la relativit\u00e9 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour savoir, le devin qu&rsquo;est l&rsquo;artiste s&rsquo;absorbe en ses r\u00eaveries, le mage qu&rsquo;est le savant s&rsquo;absorbe en ses calculs, l&rsquo;anachor\u00e8te s&rsquo;absorbe en sa vision, chacun t\u00e9moignant d&rsquo;une queste jamais achev\u00e9e, d&rsquo;une foi indomptable en quelque V\u00e9rit\u00e9 inconnue. Soulever le voile et enfin contempler dans son \u00e9blouissante nudit\u00e9 l&rsquo;origine de notre \u00eatre, est-ce vraiment possible \u00e0 certains ?\u00a0 Et quel art, quelle science, quelle asc\u00e8se pourraient nous faire tous et totalement rena\u00eetre en la M\u00e8re unique de tout ce qui existe? Alors, nous saurions sans doute ce qu&rsquo;est le monde, puisque nous en poss\u00e9derions la source incandescente. Et tout aurait un sens imm\u00e9diat, dont ne nous donne pas encore l&rsquo;id\u00e9e la mosa\u00efque qu&rsquo;au fil des si\u00e8cles l&rsquo;artiste, le savant et le saint composent pour nous parler de nous et de notre d\u00e9livrance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sans tr\u00eave, quelque chose, en nous, se tend avec eux vers ce qui est au-dessus de nous, cherche \u00e0 voir ce que notre habituel aveuglement renie. Et sans tr\u00eave, ils nous enseignent un autre regard o\u00f9 l&rsquo;impossible vient ensorceler la conscience et lui offrir les occultes r\u00e9alit\u00e9s de notre \u00eatre. Musique et th\u00e9or\u00e8mes, po\u00e8mes et cilices, formes sculpt\u00e9es dans la pierre ou peintes sur la soie, recherches en laboratoire, extatiques immersions dans la lumi\u00e8re int\u00e9rieure assaillent le Silence afin de le traduire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi la Terre apprend-elle \u00e0 d\u00e9tecter l&rsquo;oc\u00e9an galactique o\u00f9 elle flotte, telle un oiseau endormi. Et les eaux de l&rsquo;\u00catre primordial, la ber\u00e7ant, lui inspirent un songe interrompu par rien, o\u00f9 l&rsquo;univers lui appara\u00eet sous des masques changeants. D&rsquo;\u00e2ge en \u00e2ge, elle se pr\u00e9cise \u00e0 elle-m\u00eame, et chaque cr\u00e9ation nouvelle, chaque nouveau r\u00e8gne est une nouvelle \u00e9tape de son langage odyss\u00e9en. Or, se multipliant \u00e0 l&rsquo;infini dans l&rsquo;humanit\u00e9, elle orchestre en ce moment son psaume et le diversifie, l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve vers des sommets o\u00f9 la voix se fait s\u00e9raphique, ou bien l&rsquo;approfondit jusqu&rsquo;aux demeures de t\u00e9n\u00e8bres des titans, amplifie le moindre accent et le transforme en l&rsquo;\u00e9treinte d&rsquo;un amant ou en r\u00e9volution, en le sourire d&rsquo;un enfant ou en cath\u00e9drale, en une philosophie, une d\u00e9couverte ou un assassinat, en une profusion de ph\u00e9nom\u00e8nes dont la simultan\u00e9it\u00e9, de surcro\u00eet, d\u00e9crit autre chose que ce qu&rsquo;indiquent leurs formes isol\u00e9es. Car rien ne peut \u00eatre s\u00e9par\u00e9 de rien. Le g\u00e9nocide fait partie de la m\u00eame \u0153uvre que le chant du rossignol, disent les voyants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, demande l&rsquo;homme effar\u00e9, si leur vision est v\u00e9ridique, quel est ce monde, alors, o\u00f9 nous avons eu acc\u00e8s en s\u00e9parant le Bien du Mal et pour lequel le Bien et le Mal n&rsquo;existent pas ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Peu \u00e0 peu, il faut apprendre une autre loi. L&rsquo;artiste tire un chef-d\u2019\u0153uvre des plus basses obscurit\u00e9s de l&rsquo;\u00eatre ; \u00e0 son commandement, l&rsquo;horreur devient sublime et l&rsquo;\u00e2me rayonne au milieu des enfers. Sur les traces de l&rsquo;Esprit cr\u00e9ateur, le savant inventorie le monde, ausculte l&rsquo;avenir et ne voit partout qu&rsquo;une \u00c9nergie probablement consciente qui, de plan en plan, se laisse d\u00e9finir pour se r\u00e9v\u00e9ler plus insaisissable et livrer des secrets qui n&rsquo;ont rien \u00e0 voir avec le Bien non plus qu&rsquo;avec le Mal. L&rsquo;ermite ferme les yeux pour mieux \u00e9couter la question retentir dans ses profondeurs. Et tout, peu \u00e0 peu, se fait silence. Quel est ce monde? Quel est ce monde qui d\u00e9fie d&rsquo;autant plus l&rsquo;analyse qu&rsquo;on l&rsquo;\u00e9tudie davantage? Chaque r\u00e9ponse ne conduit qu&rsquo;\u00e0 une question plus insoluble, chaque connaissance ne s&rsquo;ouvre que sur un plus \u00e2pre myst\u00e8re. Quel est ce monde o\u00f9 je vis et qui me fait mourir ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 force de contemplation, la question cesse m\u00eame de se poser. Seul, demeure le Silence infini et lumineux, plus tangible qu&rsquo;aucune mati\u00e8re. Est-ce cela, la r\u00e9ponse ? Mais alors, quel en est le sens, \u00e0 supposer qu&rsquo;elle en ait un ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Silence est dimension parfaite o\u00f9, autrement, se vit le monde : sur les sommets de la Beaut\u00e9 pour l&rsquo;artiste, dans les profondeurs de la D\u00e9couverte pour le savant, au sein de Dieu pour le mystique. Et ce qui est pour nous po\u00e8me ou symphonie est pour eux corps lyrique avec lequel ils vivent en leur tr\u00e9fonds, d\u00e9it\u00e9 de chair subtile qu&rsquo;ils enlacent et qu&rsquo;ils aiment et dont, \u00e9cho incantatoire, seule la voix magique nous parvient. Ce qui est pour nous \u00e9quations est pour eux, en eux, torche divine qui br\u00fble dans la nuit, vertige du g\u00e9nie aussi ardent que la fi\u00e8vre d&rsquo;amour. Ce qui est pour nous pri\u00e8re et mac\u00e9ration est pour eux vision vivante et aventure au c\u0153ur de l&rsquo;\u00eatre patiemment chang\u00e9 en un paysage infini o\u00f9, de danger en danger, se conquiert l&rsquo;image du B\u00e9ni, le corps du Bien-Aim\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Folies ? Mensonges ? Nul aujourd&rsquo;hui n&rsquo;oserait dire qu&rsquo;Hom\u00e8re ou Mozart ou Einstein \u00e9taient des menteurs ou des fous. Ils voyaient autre chose que nous, pourtant, qu&rsquo;ils traduisaient en une langue plus haute que la n\u00f4tre et qui est \u00e0 pr\u00e9sent notre orgueil. De m\u00eame \u2014 et plus encore \u2014 les voyants, qui vivent sur d&rsquo;autres versants de ce monde aux strates si nombreuses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi est-il donc vraiment des hommes, tr\u00e8s rares, qui voient la R\u00e9alit\u00e9, l&rsquo;invisible aur\u00e9ole du monde, son assise et son acm\u00e9. Un flot p\u00e9n\u00e8tre en eux, comme un oc\u00e9an dans la grotte de l&rsquo;\u00eatre, et les inonde de savoir, les enivre de lumi\u00e8re, les transmue en cela m\u00eame qui se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 eux. Depuis le fond des \u00e2ges, ils s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent et tracent patiemment le chemin. Nul ne sait d&rsquo;o\u00f9 ils tiennent leur science, car ils disent qu&rsquo;ils la tiennent de Dieu, et nul ne sait ce que cela signifie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au fil des mill\u00e9naires, ils ont lanc\u00e9 le vaisseau de leur \u00e2me pour sillonner l&rsquo;oc\u00e9an du Divin et d\u00e9couvrir les continents inconnus que voilent \u00e0 nos yeux les apparences du monde et qu&rsquo;en cons\u00e9quence nous nous h\u00e2tons de nier. Mais si l&rsquo;aveugle ne voit pas les couleurs, devrons-nous dire qu&rsquo;elles n&rsquo;existent pas ? Et si l&rsquo;animal ne per\u00e7oit pas le cosmos, devrons-nous en conclure que le cosmos est un mirage ? S&rsquo;il est des hommes qui peuvent voir au-del\u00e0 de ce que nos sens nous permettent de comprendre, devrons-nous les tenir pour des charlatans ou des hallucin\u00e9s ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, il n&rsquo;est justement d&rsquo;au-del\u00e0 que de nos sens, et au fil des mill\u00e9naires ils ont vu cet au-del\u00e0. Mus par l&rsquo;instinct sacr\u00e9 des grandes profondeurs, guid\u00e9s par une pr\u00e9sence imp\u00e9rieuse en eux, qui est aussi en nous, ils ont ferm\u00e9 les yeux, se sont laiss\u00e9s p\u00e9trifier vivants, ont permis que leur souffle s&rsquo;amenuise au point de ne plus d\u00e9pendre que d&rsquo;une tr\u00e8s lointaine pulsation dans l&rsquo;espace grandissant de leur \u00eatre. Alors, le Silence a d\u00e9ploy\u00e9 en eux ses ailes d&rsquo;immensit\u00e9, et tout s&rsquo;est fait Lumi\u00e8re, \u00c9ternit\u00e9, V\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela aussi, ce fut le pr\u00e9sent qu&rsquo;\u00c8ve offrit aux hommes : le pouvoir de devenir conscients de Dieu, par-del\u00e0 le Bien et le Mal qu&rsquo;elle leur faisait d\u00e9couvrir. Nous ne saurons sans doute jamais comment le don fut transmis, ni combien de centaines de mill\u00e9naires il y fallut. Aujourd&rsquo;hui, nous n&rsquo;en sommes encore qu&rsquo;\u00e0 d\u00e9chiffrer notre plus ancienne pr\u00e9histoire, d\u00e9couvrant avec autant d&rsquo;effroi que d&rsquo;\u00e9merveillement qu&rsquo;il y eut un \u00e2ge o\u00f9 un \u00eatre qui n&rsquo;\u00e9tait pas encore l&rsquo;homme, savait fabriquer des outils. Mais bien s\u00fbr nous ne saurons jamais comment il en capta l&rsquo;inspiration. Nous ne saurons jamais non plus comment, devenant coh\u00e9rent, ce langage se fit un jour v\u00e9hicule du mensonge, comment nous en v\u00eenmes \u00e0 nous leurrer les uns les autres au sein de la trompeuse Illusion du monde tel que le per\u00e7oivent nos sens. Reflet de ce mensonge universel, participation inconsciente et n\u00e9cessaire ? Pas davantage ne saurons-nous pr\u00e9cis\u00e9ment comment le spasme brutal, aveugle et sans joie des b\u00eates se nimba lentement du halo de ce que nous nommons amour et qui nous conf\u00e8re la transparence m\u00e9diumnique o\u00f9 un seul \u00eatre vit \u00e0 la fois en deux corps dont il sait tout, pr\u00e9vient tout, seconde tout, satisfait tout en un perp\u00e9tuel sacrifice de ph\u00e9nix dont chaque mort ouvre les portes d&rsquo;une plus haute vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment saurions-nous, alors, d&rsquo;o\u00f9 nous vient le pouvoir de nous unir \u00e0 Dieu, de Le voir et de nous fondre en Lui ? La parole est \u00e9tape \u00e9volutive, l&rsquo;amour est \u00e9tape \u00e9volutive, l&rsquo;adoration divine est \u00e9tape \u00e9volutive \u2014 \u00e9closion d&rsquo;une fleur dont la semence, depuis des millions d&rsquo;ann\u00e9es, attendait, port\u00e9e dans la terre ent\u00e9n\u00e9br\u00e9e des races d&rsquo;avant l&rsquo;homme. Et la fleur, \u00e0 son tour, donnera autre chose, se changera en fruit ; un autre don sera octroy\u00e9 \u00e0 l&rsquo;homme qui, d\u00e8s lors, ne sera plus homme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais notre sanction intellectuelle ne suffit pas, il nous faut y consentir de tout notre \u00eatre : nous ne sommes pas le but de cette cr\u00e9ation vieille de milliards d&rsquo;ann\u00e9es, et nos quelques milliers d&rsquo;ann\u00e9es ne comptent gu\u00e8re dans la balance ; un immense courant nous porte, qui a commenc\u00e9 bien avant nous et qui se pr\u00e9cipite vers quelque chose qui n&rsquo;est pas nous non plus, mais \u00e0 l&rsquo;apparition de quoi nous ne cessons d&rsquo;\u0153uvrer. Alors, une fois encore, demandons-nous quel est ce monde o\u00f9 nous apparaissons, issus de ce que nous ignorons, porteurs nous ne savons de quoi, et quelle peut \u00eatre la r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;un monde dont les contours s&rsquo;effacent constamment dans la brume.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si, pour d\u00e9chiffrer les runes de la Terre, nous nous penchons sur la fosse ancestrale, quel vertige nous prend ! Reconstituant des silhouettes de plus en plus simiesques \u00e0 partir de quelques ossements, nous remontons une voie qui, soudain, s&rsquo;\u00e9vanouit dans la nuit d&rsquo;autres temps. Mais est-ce l\u00e0 toute notre origine ? Ne sommes-nous que des singes d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s ? N&rsquo;y a-t-il rien \u00e0 d\u00e9couvrir avant, un filon \u00e0 d\u00e9gager au fond des millions d&rsquo;ann\u00e9es qui recouvrent le monde de leur mutisme hant\u00e9 par les fossiles ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En nous se r\u00e9sume toute l&rsquo;histoire de la Terre, Mais comment comprendre vraiment, comment \u00e9prouver que le corps que, dans l&rsquo;amour, nous prenons dans nos bras vient de ce monde mort des premiers commencements, que notre peau si douce, la pulpe de nos l\u00e8vres, la gemme vive de nos yeux est pierre, argile ou cendre transmu\u00e9e ? La main sorci\u00e8re de la vie a caress\u00e9 le corps inanim\u00e9 de la Terre, et des formes, dont la n\u00f4tre, en sont n\u00e9es au long des \u00e2ges. Mais justement, ne sommes-nous que des formes ? Et la Terre n&rsquo;est-elle que la Terre ? Ou manifeste-t-elle une volont\u00e9 dont nous n&rsquo;avons nulle notion bien qu&rsquo;en nous elle se r\u00e9percute et cr\u00e9e les modes de notre \u00eatre ? La Terre est-elle consciente pour que, pr\u00e9cis\u00e9ment, nous, ses fils, soyons conscients ? La Terre est-elle un \u00eatre ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qu&rsquo;entendaient les Anciens lorsqu&rsquo;ils lui donnaient des noms et l&rsquo;adoraient ? Avaient-ils plus que nous, mieux que nous, l&rsquo;intuition de l&rsquo;origine ? Notre m\u00e8re la Terre na\u00efvet\u00e9 primitive, romantisme facile ou r\u00e9alisme sup\u00e9rieur ? Remontons, pour savoir, remontons \u00e0 la m\u00e8re de notre m\u00e8re, \u00e0 la Terre de notre Terre, au Soleil, et plus loin encore, plus haut, \u00e0 l&rsquo;origine de notre galaxie, plus loin, plus loin encore, \u00e0 l&rsquo;instant o\u00f9 naquit l&rsquo;univers. Remontons jusqu&rsquo;\u00e0 l&#8217;embryon d&rsquo;or du tout d\u00e9but et, par-del\u00e0, jusqu&rsquo;au Non-Temps et jusqu&rsquo;au Non-Espace qui le portent et l&rsquo;entourent, dont l&rsquo;univers na\u00eet et qu&rsquo;il contient et qu&rsquo;il l\u00e8gue, de sph\u00e8re en sph\u00e8re, de l&rsquo;infiniment grand \u00e0 l&rsquo;infiniment petit, \u00e0 toutes ses cr\u00e9atures. \u00c9veillons-nous l\u00e0 o\u00f9 nous n&rsquo;existons pas. Ni nous ni aucun \u00eatre et aucun univers. Cela est notre origine, notre M\u00e8re que nous portons en nous et qu&rsquo;en nous, nous devons red\u00e9couvrir pour savoir qui nous sommes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0L\u00e0, le soleil ne brille point, la lune n&rsquo;a point de splendeur, les \u00e9toiles sont aveugles ; l\u00e0 n&rsquo;ardent point ces \u00e9clairs, comment d\u00e8s lors y br\u00fblerait ce feu terrestre ? Tout ce qui brille n&rsquo;est que l&rsquo;ombre de sa brillance ; tout cet univers resplendit de sa lumi\u00e8re.\u00a0\u00bb (Moundaka Oupanishad, II, II, 11)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voici le lit de tous les firmaments, le Soleil des soleils. En nous et au-del\u00e0. Partout. Voici l&rsquo;omnipr\u00e9sente Origine, l&rsquo;Origine \u00e9ternelle. Voici Dieu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il nous faut imaginer qu&rsquo;un jour, chez un \u00eatre pr\u00e9historique, se r\u00e9v\u00e9la le pouvoir de remonter ainsi \u00e0 l&rsquo;origine, de percer le secret du monde, de voir Dieu face \u00e0 face. De m\u00eame qu&rsquo;il y avait eu un temps o\u00f9 une main avait la premi\u00e8re su polir un galet, de m\u00eame qu&rsquo;il y avait eu un temps o\u00f9 une voix avait la premi\u00e8re su raconter une histoire ou chanter sur une m\u00e9lodie, de m\u00eame alors y eut-il une \u00e2me qui, la premi\u00e8re, connut Dieu et se sut immortelle. Et de m\u00eame que tous les hommes sont aujourd&rsquo;hui capables de polir des galets \u2014 et de faire beaucoup plus \u2014, de raconter des histoires et de chanter des chansons \u2014 et de faire beaucoup plus \u2014, de m\u00eame tous les hommes, sans exception, sont-ils aujourd&rsquo;hui potentiellement capables de voir Dieu face \u00e0 face et de Le vivre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et c&rsquo;est cela, en fin de compte, le pr\u00e9sent qu&rsquo;\u00c8ve, fit aux hommes. D&rsquo;abord, elle les rendit conscients des valeurs du monde ext\u00e9rieur. Puis, des centaines de milliers d&rsquo;ann\u00e9es plus tard sans doute, elle les rendit conscients des valeurs du monde int\u00e9rieur. En sorte qu&rsquo;il y eut, pour ainsi dire, non pas un mais deux p\u00e9ch\u00e9s originels, ou que le p\u00e9ch\u00e9 originel s&rsquo;accomplit en deux temps : celui qui fit de nous des hommes et celui qui fit de nous des voyants en puissance. Et un troisi\u00e8me p\u00e9ch\u00e9 originel doit encore \u00eatre commis, ou le troisi\u00e8me temps, plut\u00f4t, doit maintenant advenir : celui o\u00f9, en v\u00e9rit\u00e9, nous deviendrons des dieux. Car si nous pouvons voir Dieu, alors nous Le devenons ou plus exactement Le redevenons aussit\u00f4t, puisque Le voir c&rsquo;est savoir qu&rsquo;il n&rsquo;existe que Lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9ternelle, la vision, d&rsquo;\u00e2ge en \u00e2ge, se propose au voyant qui, d\u00e9v\u00eatu de sa pens\u00e9e, d\u00e9pouill\u00e9 de sa vie, d\u00e9nud\u00e9 de son corps, est lui-m\u00eame alors la splendeur qu&rsquo;il d\u00e9couvre, l&#8217;embrasement de l&rsquo;infini qui l&rsquo;arrache \u00e0 ce qu&rsquo;il croit \u00eatre et le propulse au sommet du monde. Entre ce qu&rsquo;il voit et lui-m\u00eame, il n&rsquo;y a ni diff\u00e9rence ni s\u00e9paration. Il est un avec ce qu&rsquo;il contemple. Il n&rsquo;y a que l&rsquo;Un qui se contemple infiniment soi-m\u00eame en l&rsquo;immobile oc\u00e9an de sa lumi\u00e8re. Que l&rsquo;Un \u00e9ternel auquel, d&rsquo;\u00e2ge en \u00e2ge, atteignent quelques \u00e2mes lors d&rsquo;instants intemporels v\u00e9cus par-del\u00e0 l&rsquo;univers tandis que le corps continue de s&rsquo;inscrire dans le flux versicolore de l&rsquo;Espace et du Temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Corps minuscule oubli\u00e9 dans les vastitudes cosmiques, infime forme de chair que circonscrit l&rsquo;Espace et que d\u00e9crit le Temps, le voyant est simultan\u00e9ment l&rsquo;\u00c2me du monde qui contient et le monde et lui-m\u00eame. Sa conscience, soudain immensifi\u00e9e, englobe tout en sa Lumi\u00e8re sans limites et qui se conna\u00eet elle-m\u00eame. Sa pens\u00e9e s&rsquo;abolit dans un silence gigantesque o\u00f9, irr\u00e9cusable, la gloire de l&rsquo;\u00catre se d\u00e9couvre sans fin en sa surpuissance et sa s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. Foudroy\u00e9, ressuscit\u00e9, au sens de sa r\u00e9alit\u00e9, l&rsquo;homme, alors, est Dieu, car il n&rsquo;y a que Dieu depuis toujours et \u00e0 jamais. Dieu, Lumi\u00e8re consciente infiniment partout, Lumi\u00e8re plus ancienne que la plus ancienne des \u00e9toiles, que le plus ancien des univers, dont aucun n&rsquo;est le premier, Lumi\u00e8re d&rsquo;avance projet\u00e9e par-del\u00e0 le plus lointain des univers, dont aucun n&rsquo;est le dernier, Lumi\u00e8re d&rsquo;une immobile et majestueuse v\u00e9h\u00e9mence, connue imm\u00e9diatement et depuis toujours et pourtant toujours aussi nouvelle que l&rsquo;inconnu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et cela que voit le voyant et qui n&rsquo;a jamais cess\u00e9 d&rsquo;\u00eatre, cela qui est lui et qu&rsquo;il n&rsquo;a donc jamais cess\u00e9 d&rsquo;\u00eatre, lors m\u00eame qu&rsquo;il \u00e9tait perdu dans le tourbillon syncopal du monde ext\u00e9rieur et lors m\u00eame, aussi, qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas de corps et qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas n\u00e9, cela qui n&rsquo;a pas de cause et qui est la cause de tout, c&rsquo;est la R\u00e9alit\u00e9 transcendante, \u00e9ternelle, infinie de l&rsquo;univers. Et s&rsquo;unissant \u00e0 cela, devenant cela, redevenant conscient de cela qu&rsquo;il est de toute \u00e9ternit\u00e9, le voyant, symbole avant-coureur de l&rsquo;humanit\u00e9 enti\u00e8re et de toute la cr\u00e9ation, conna\u00eet de tout son \u00eatre que cela est lui. Il est envahi de la connaissance de son propre \u00eatre v\u00e9ritable qui est tout et partout : Moi \u2014 et l\u00e0, est la r\u00e9ponse \u00e0 toutes les questions. Moi l&rsquo;origine et la raison des choses, moi le myst\u00e8re des mondes, moi l&rsquo;\u00e9nigme de mes jours, moi Dieu, il n&rsquo;existe que moi depuis toujours et \u00e0 jamais. [\u00ab\u00a0S\u00f4&rsquo;ham asmi, je suis Lui.\u00a0\u00bb (\u00cesha Oupanishad, 16) \u00ab\u00a0Tat twam assi, tu es Cela.\u00a0\u00bb (Tch\u00e2nd\u00f4guya Oupanishad)]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le voyant rouvre les yeux. Il a de nouveau un corps, il est de nouveau dans l&rsquo;Espace et le Temps. L&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 aspatiale de la Divinit\u00e9 qu&rsquo;il \u00e9tait l&rsquo;instant d&rsquo;avant s&rsquo;est retir\u00e9e comme l&rsquo;oc\u00e9an, laissant seul visible le paysage vari\u00e9 de la plage du monde. Mais \u00e0 pr\u00e9sent, il sait, s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 savoir avec les mots du monde ce qui d\u00e9passe toute parole : \u00ab\u00a0Tout ceci est moi, tout ceci que peut embrasser ma vision est moi, et tout ce qui d\u00e9passe dans le Temps et l&rsquo;Espace la vision des hommes est \u00e9galement moi. Je suis le ciel et la Terre, l&rsquo;homme et l&rsquo;insecte, et ce qui viendra apr\u00e8s l&rsquo;homme. Je suis le grain de poussi\u00e8re et la plus \u00e9norme galaxie. Je suis mon ami et mon ennemi et la foule qui m&rsquo;ignore. Je suis celui qui aime et celui qui hait, celui qui donne et celui qui prend, celui qui tue et celui qui est tu\u00e9. Je suis le l\u00e9preux, la prostitu\u00e9e, l&rsquo;ermite, l&rsquo;artiste et le savant. Je suis la pourriture et l&rsquo;or, le venin dans les crocs du cobra et le baume qui apaise. Je suis la guerre et la paix, la mort et la vie et ce qui les d\u00e9passe. Je suis l&rsquo;endroit o\u00f9 je me tiens, celui o\u00f9 j&rsquo;\u00e9tais hier, celui o\u00f9, demain, me porteront mes pas. Rien ne peut m&rsquo;advenir, que moi-m\u00eame. Rien ne peut me surprendre, ni me blesser. Tout est moi, tout est la joie \u00e9ternelle d&rsquo;\u00eatre moi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S&rsquo;il a perdu la conscience de l&rsquo;Infini et de l&rsquo;\u00c9ternit\u00e9, il en a cependant conserv\u00e9 la m\u00e9moire, comme nous pouvons nous souvenir, au c\u0153ur de la nuit, du soleil et de son \u00e9clat. Il ne se per\u00e7oit plus incommensurable, ne se sent plus inaccessible \u00e0 la naissance et \u00e0 la mort. Mais il sait qu&rsquo;il l&rsquo;est. Jour apr\u00e8s jour, il apprend \u00e0 se souvenir, m\u00e9moire qui m\u00e9dite : \u00ab\u00a0\u00c0 l&rsquo;infini, \u00e0 l&rsquo;infini j&rsquo;\u00e9tais r\u00e9pandu comme un oc\u00e9an, comme un Soleil sans limites. Il n&rsquo;y avait pas de haut et pas de bas, pas de fond et pas de surface, pas d&rsquo;horizon, pas de rives, pas de dedans, pas de dehors, il n&rsquo;y avait que cela qui est moi dans l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Et voici que, revenu dans mon corps, je comprends que cela est toujours l\u00e0, \u00e0 l&rsquo;endroit o\u00f9 je suis et partout sur la Terre et partout dans l&rsquo;univers, partout dans l&rsquo;incalculable immensit\u00e9 de l&rsquo;Espace et du Temps qui n&rsquo;a pas de d\u00e9but et pas de fin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Cet infini vivant de mon \u00eatre, cette \u00e9ternit\u00e9 vivante de mon \u00e2me est toujours l\u00e0, simplement recouverte par les milliards d&rsquo;apparences du monde. Et je sais que, derri\u00e8re chaque grain de poussi\u00e8re et chaque \u00e9toile et chaque visage, il n&rsquo;y a que moi, \u00e0 l&rsquo;infini et dans l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Et je sais que, pour chaque chose et pour chaque \u00eatre, il en est exactement de m\u00eame, que l&rsquo;\u00e2me de chaque \u00eatre et de chaque chose est pareille \u00e0 la mienne, pareillement \u00e9ternelle et infinie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais si c&rsquo;est l\u00e0 tout ce qu&rsquo;il faut comprendre, qu&rsquo;est alors cette n\u00e9gation de la V\u00e9rit\u00e9 que la vie nous impose ici-bas ? Que sont ces t\u00e9n\u00e8bres qui \u00e9touffent et ce corps qui entrave ? Prison, tout est prison, folie, mensonge. Car de cet infini de Lumi\u00e8re consciente, il faut retourner \u00e0 l&rsquo;obscurit\u00e9 de la conscience ext\u00e9rieure o\u00f9 tout est discorde, absence et mort ; de cette Joie et de cette Paix sans cause, revenir \u00e0 la souffrance sans raison ; de ce vivant Savoir \u00e9ternel de l&rsquo;\u00e2me, retomber dans l&rsquo;ignorance et l&rsquo;impuissance des jours humains ; de cet oc\u00e9an d&rsquo;Amour sans objet, \u00eatre rejet\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9go\u00efsme born\u00e9, l&rsquo;ingratitude et l&rsquo;hostilit\u00e9 de la vie sur la Terre \u2014 pourquoi ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Peu \u00e0 peu, la fa\u00e7on ordinaire de penser, de sentir, de vivre lance ses tentacules. Comme un soleil silencieux, \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re-plan, l&rsquo;\u00e2me continue de savoir, tandis que le front est investi par l&rsquo;incompr\u00e9hension : \u00ab\u00a0Que s&rsquo;est-il donc pass\u00e9 pour que, de la Conscience divine, j&rsquo;aie \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cipit\u00e9 dans l&rsquo;inconscience humaine, et non pas seulement apr\u00e8s cette extase que j&rsquo;ai connue, mais lors de ma naissance, et non pas seulement lors de ma naissance en ce corps, mais lors de ma toute premi\u00e8re naissance, il y a des temps incalculables ? Saurai-je jamais quel est ce monde dont, \u00e0 pr\u00e9sent, je connais l&rsquo;origine et qui semble la nier ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors, \u00e0 nouveau, l&rsquo;homme se pose le comment de toute cette cr\u00e9ation \u00e0 laquelle il appartient et dont il ne peut se d\u00e9prendre, qui est lui et dont tout le s\u00e9pare, dont le Ma\u00eetre et l&rsquo;Auteur, dont le Dieu est en lui et n&rsquo;est autre que lui, mais dont l&rsquo;apparition lui demeure un myst\u00e8re. D\u00e9it\u00e9 amn\u00e9sique, il cherche en son tr\u00e9fonds le mantra <a id=\"Y1\" href=\"#X1\">[1]<\/a> lib\u00e9rateur. Il se force \u00e0 l&rsquo;asc\u00e8se pour retrouver la m\u00e9moire de ce qu&rsquo;il sait d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sa vision, comment la communiquerait-il \u00e0 personne\u00a0? Qui pourrait la comprendre, ou l&rsquo;admettre\u00a0? Quel homme pourrait croire la V\u00e9rit\u00e9\u00a0? Un tel ab\u00eeme s\u00e9pare ce qu&rsquo;il a vu, connu, \u00e9t\u00e9, de ce que per\u00e7oit \u00e0 pr\u00e9sent sa conscience. Seul, l&rsquo;infini peut savoir l&rsquo;infini ; seul Dieu conna\u00eetre Dieu. Et tout le reste est nuit. <a id=\"Y2\" href=\"#X2\">[2]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Du moins peut-il d\u00e9sormais savoir que, m\u00eame sous le plus grossier des masques, il n&rsquo;y a que Dieu, que, m\u00eame travesti en haine, il n&rsquo;y a que l&rsquo;Amour, que, m\u00eame grim\u00e9e en t\u00e9n\u00e8bre, il n&rsquo;y a que la Lumi\u00e8re : \u00ab\u00a0\u00d4 infini de mon \u00eatre \u00e0 jamais resplendissant.\u00a0\u00bb Envers et contre lui-m\u00eame tel qu&rsquo;il se retrouve en le monde, il peut le savoir, et que Dieu est partout et en tout, voulant ce qui se passe et conduisant l&rsquo;univers sur d&rsquo;impr\u00e9visibles voies qui ne peuvent mener qu&rsquo;\u00e0 Lui, qu&rsquo;\u00e0 une apoth\u00e9ose o\u00f9 la cr\u00e9ation enti\u00e8re s&rsquo;illumine comme, en un instant d&rsquo;extase, il s&rsquo;est illumin\u00e9, lui, le voyant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors, un sens commence de se d\u00e9gager, comme si le contenu de cette extase remodelait \u00e0 son image la pens\u00e9e qu&rsquo;elle hante et qui ne sait plus la saisir pour s&rsquo;y dissoudre \u00e0 nouveau. Comme si Dieu \u00e9crivait dans le cerveau humain les mots qui connaissent la r\u00e9ponse aux questions mill\u00e9naires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une pens\u00e9e \u2014 une sagesse \u2014 domine : invivable, irr\u00e9cusable, la V\u00e9rit\u00e9 tr\u00f4ne en l&rsquo;homme, qui s&rsquo;y soumet et apprend pas \u00e0 pas \u00e0 la retrouver. D\u00fb-t-il y consacrer une \u00e9ternit\u00e9 de recherches, il ne peut s&rsquo;y soustraire ; dussent toutes les contradictions l&rsquo;assaillir et saper l&rsquo;\u00e9difice int\u00e9rieur, nul autre destin ne lui est plus possible. Tout peut devenir obscur en lui, et l&rsquo;asphyxier, n&rsquo;importe, il n&rsquo;y a plus rien d&rsquo;autre \u00e0 vivre, que cela, que le Je \u00e9ternel de son \u00eatre \u00e0 reconqu\u00e9rir en l&rsquo;univers entier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n&rsquo;a pas la foi. Il est au-del\u00e0 de la foi. Il sait. Au nom du monde, il conna\u00eet Dieu et, au nom du monde, doit Le devenir toujours plus compl\u00e8tement. L&rsquo;image, chang\u00e9e en nostalgie, berce ses jours assombris et lui tient lieu de phare. Ce ne sont presque plus que des mots, mais des mots vivants, dont il a, au nom du monde, \u00e9prouv\u00e9 la substance : \u00ab\u00a0Tout est Dieu, Dieu est tout et en tout. Ici m\u00eame o\u00f9 je suis en ce moment, il n&rsquo;y a que Dieu, et l\u00e0-bas, \u00e0 des millions d&rsquo;ann\u00e9es-lumi\u00e8re, il n&rsquo;y a aussi que Dieu, exactement le m\u00eame ici et l\u00e0-bas, le m\u00eame en l&rsquo;infime et l&rsquo;immense, en le monde et en moi, depuis toujours et \u00e0 jamais <a id=\"Y3\" href=\"#X3\">[3]<\/a>. L&rsquo;Espace est Dieu, le Temps est Dieu. Tout est l&rsquo;\u00c9ternit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Visages, \u00f4 visages fugitifs du monde contenus sans savoir en ce qui ne passe pas, constitu\u00e9s de ce qui n&rsquo;est pas \u00e9ph\u00e9m\u00e8re et portant ce qui n&rsquo;a pas de dur\u00e9e.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jusqu&rsquo;au moment o\u00f9 la vision, ayant tout \u00e0 fait remodel\u00e9 la pens\u00e9e, la nostalgie se mue en \u00e9vidence, la r\u00e9v\u00e9lation en n\u00e9cessit\u00e9. Frapp\u00e9 de plein fouet, l&rsquo;homme soudain comprend en son humanit\u00e9 quotidienne ce que son impersonnelle sagesse de voyant lui dicte et lui r\u00e9p\u00e8te : \u00ab\u00a0Ici, oui, ici o\u00f9 je me tiens, marchant parmi les hommes, il n&rsquo;y a que Dieu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et la V\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;univers que, d&rsquo;esp\u00e8ce en esp\u00e8ce, la Terre, au fil des \u00e2ges, s&rsquo;est efforc\u00e9e de manifester, se trouve soudain conquise en un coup d&rsquo;\u0153il ensoleill\u00e9, qu&rsquo;il faudra d&rsquo;autres \u00e2ges pour incarner en une esp\u00e8ce vraiment solaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Combien d&rsquo;hommes sur la Terre sont-ils ainsi conscients de Dieu\u00a0? Combien ont fait retour \u00e0 l&rsquo;Origine\u00a0? Pour le reste de l&rsquo;humanit\u00e9, en d\u00e9pit et \u00e0 cause des religions, Dieu n&rsquo;existe pas. Car Dieu ne peut exister pour la conscience humaine qu&rsquo;une fois l&rsquo;homme identifi\u00e9 avec Dieu. \u00c0 d\u00e9faut de quoi, c&rsquo;est une id\u00e9e purement ethnique de la Divinit\u00e9 \u2014 non une r\u00e9alit\u00e9 vivante, mais une d\u00e9pouille rutilante ou terrible anim\u00e9e par des pr\u00eatres ventriloques, un automate dogmatique sur les tr\u00e9teaux du monde. Et cela, le voyant le sait\u00a0; face aux credo de toutes sortes, le sage accepte la d\u00e9figuration et en absout le monde, comprenant qu&rsquo;elle est in\u00e9vitable de la part de l&rsquo;esprit humain captif de l&rsquo;ignorance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il se tait. Il sourit. Il r\u00e9pand sans un mot sa compassion et son amour sur chacun. Lui, qui conna\u00eet que tout est Dieu, sait que Dieu est aussi absent du monde des hommes que notre Soleil est absent du monde des b\u00eates. Comment, d\u00e8s lors, ne comprendrait-il pas l&rsquo;ath\u00e9e, lui qui est conscient d&rsquo;\u00eatre Dieu, et que Dieu qui est tout est \u00e9galement l&rsquo;ath\u00e9e <a id=\"Y4\" href=\"#X4\">[4]<\/a>\u00a0? Que reprocherait-il, et pourquoi, au ren\u00e9gat, au tartuffe ou \u00e0 l&rsquo;indiff\u00e9rent\u00a0? La mansu\u00e9tude et la compr\u00e9hension sourdent de lui et recouvrent la cr\u00e9ation enti\u00e8re. En veut-on \u00e0 l&rsquo;animal d&rsquo;ignorer le mouvement des astres\u00a0? Justement, passe pr\u00e8s de lui un chat ou un chien, ou bien un oiseau chante. Faut-il croire qu&rsquo;en la gr\u00e2ce et la perfection de leur esp\u00e8ce, ils soient maudits parce qu&rsquo;ils ignorent ce que l&rsquo;homme conna\u00eet\u00a0? Pourquoi l&rsquo;homme serait-il alors damn\u00e9 pour son ignorance de ce qui d\u00e9passe sa nature m\u00eame\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Empli d&rsquo;un grandissant amour pour tout, le sage se penche sur le monde depuis les hauteurs de l&rsquo;\u00c9ternel. Ses yeux sont illumin\u00e9s d&rsquo;une douceur que les autres hommes ressentent sans la comprendre pourtant. Il les regarde et les b\u00e9nit. C&rsquo;est d\u00e9sormais son unique t\u00e2che sur la Terre : non pas juger, non pas ch\u00e2tier, mais aimer, mais b\u00e9nir tous et chacun sans exception. Ainsi que le fait Dieu Lui-m\u00eame. Et sans fin la sagesse bat en lui comme un c\u0153ur contenant toute chose et tout \u00eatre. Il sait ce qui convient \u00e0 chacun pour, un jour, poss\u00e9der et \u00eatre la v\u00e9rit\u00e9 que lui-m\u00eame poss\u00e8de et qu&rsquo;il est. Et il le donne sans compter ni rien demander en retour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un jour, tout ce qu&rsquo;il voit \u2014 et tout ce qu&rsquo;il ne voit pas \u2014 se conna\u00eetra Dieu. C&rsquo;est en fait la seule chose qu&rsquo;il sache et pour laquelle il vive. Et l&rsquo;univers qui est Dieu lui appara\u00eet alors comme une immense Idole en gestation, comme une Divinit\u00e9 qui ne cesse de s&rsquo;enfanter et doit peu \u00e0 peu se r\u00e9v\u00e9ler tout enti\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Non n\u00e9 pour la conscience terrestre, Dieu, partout pr\u00e9sent, comme un Soleil sans orbe, berce son fruit aveugle qui, fatalement, doit Le voir un jour. Car de m\u00eame qu&rsquo;au fil des \u00e2ges, s&rsquo;est form\u00e9e sur la Terre une race capable de nommer l&rsquo;Espace et le Temps, de reconna\u00eetre distinctement le Soleil, de recenser les \u00e9toiles, de capturer l&rsquo;image des plaines sid\u00e9rales, de m\u00eame viendra une autre race qui, spontan\u00e9ment, verra et saura et poss\u00e9dera ce que nous ne voyons, ne savons ni ne poss\u00e9dons et qui est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, pourtant, entrevu par \u00e9clairs par les voyants porteurs des flambeaux dont l&rsquo;humanit\u00e9 balise sa marche irr\u00e9fl\u00e9chie, l&rsquo;irr\u00e9pressible ascension du myst\u00e8re de son \u00eatre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En fait, s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve ici un formidable r\u00e9cif o\u00f9 s&rsquo;est souvent fracass\u00e9e la pens\u00e9e humaine. Derri\u00e8re le sourire inalt\u00e9rable du sage, par-del\u00e0 son regard d&rsquo;amour, l&rsquo;explication est-elle toujours la m\u00eame de ce qu&rsquo;il per\u00e7oit, \u00e0 supposer que cela soit identique\u00a0? Ses mots humains, traduisant la m\u00eame R\u00e9alit\u00e9, formulent-ils une v\u00e9rit\u00e9 unique\u00a0? N&rsquo;y a-t-il pas maintes fa\u00e7ons de d\u00e9crire l&rsquo;ineffable et de le communiquer aux hommes\u00a0? N&rsquo;existe-t-il pas des moyens oppos\u00e9s, peut-\u00eatre contradictoires, de le leur r\u00e9v\u00e9ler\u00a0? \u00catre et N\u00e9ant ne sont-ils pas l&rsquo;un en l&rsquo;autre dissous dans la Lumi\u00e8re supr\u00eame et l&rsquo;un n&rsquo;est-il pas au profit de l&rsquo;autre parfois privil\u00e9gi\u00e9 dans la langue de la Terre\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi va l&rsquo;exp\u00e9rience du sage : \u00ab\u00a0Si ce que j&rsquo;ai vu, connu, \u00e9t\u00e9 est \u00e9ternel, cela est en ce moment pr\u00e9cis, car autrement ce ne serait pas l&rsquo;\u00c9ternit\u00e9, qui contient tous les instants du Temps, dont celui-ci, justement. Et si cela, qui est infini, est partout, cela est ici m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ici et maintenant, Dieu \u2014 l&rsquo;\u00e2me ne peut sortir de cette \u00e9vidence. Submerg\u00e9e de v\u00e9rit\u00e9, elle ne conna\u00eet plus que Dieu. Et c&rsquo;est l\u00e0 que s&rsquo;\u00e9rige l&rsquo;\u00e9cueil, inattendu et fatal, o\u00f9 s&rsquo;\u00e9choue, pour certains, l&rsquo;univers : face \u00e0 l&rsquo;incommensurable r\u00e9alit\u00e9 de Dieu, tout semble creux et mensonger, le monde est irr\u00e9el, et l&rsquo;homme qui le voit n&rsquo;est lui-m\u00eame qu&rsquo;une illusion faisant voile sur la vide splendeur sans d\u00e9faut de Dieu. <a id=\"Y5\" href=\"#X5\">[5]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, cela, ce sens de l&rsquo;irr\u00e9alit\u00e9 du monde, est v\u00e9rit\u00e9. Mais en m\u00eame temps, existe une v\u00e9rit\u00e9 contraire, car rien n&rsquo;est faux, ni rien n&rsquo;est d\u00e9finitif. Et l&rsquo;\u00e2me peut multiplement percevoir les choses, apprendre que, sans \u00eatre fantasmagorique, notre monde n&rsquo;a qu&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 relative et que, de r\u00e8gne en r\u00e8gne, cette r\u00e9alit\u00e9, sur la Terre, tend de plus en plus vers l&rsquo;Absolu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors, comment savoir vraiment ? Comment exprimer cette v\u00e9rit\u00e9 unique et fluctuante, sempiternelle et versatile\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si nous oublions que tout est progr\u00e8s dans l&rsquo;univers, que rien n&rsquo;y est statique, que tout non seulement s&rsquo;y \u00e9coule sans fin mais encore s&rsquo;y d\u00e9veloppe \u00e0 l&rsquo;infini, nulle solution n&rsquo;est possible. Microcosmes \u00e9voluant sans cesse, nous devons comprendre que le macrocosme lui aussi ne cesse d&rsquo;\u00e9voluer. Que ce que nous voyons n&rsquo;est jamais qu&rsquo;un flux perp\u00e9tuel et non un lac immobile, un oc\u00e9an fig\u00e9. Et que ce flux est r\u00e9el, et r\u00e9el son but, comme est r\u00e9el ce qui le transcende \u00e0 jamais. Autrement, nous resterons encha\u00een\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9nigme mill\u00e9naire o\u00f9 nos plus grandes perceptions de la Divinit\u00e9 se divisent et semblent s&rsquo;opposer, quand, au fond, elles se compl\u00e8tent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourquoi\u00a0? La raison en est simple.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ou bien le monde n&rsquo;existe pas, ou bien le monde est Dieu \u2014 \u00e0 ce dilemme, achoppe sans fin, lorsqu&rsquo;elle veut se d\u00e9passer, la conscience qui s&rsquo;exprime sur la Terre et par elle. Car l&rsquo;exp\u00e9rience des voyants est d&rsquo;une transcendance o\u00f9 se dissout le cosmos et ses myriades galactiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qu&rsquo;ils voient, c&rsquo;est une absence de monde \u00e0 l&rsquo;infini, et cela est tout ce qu&rsquo;il y a \u00e0 conna\u00eetre. Cela est la R\u00e9alit\u00e9. Il ne reste plus rien, au fond de l&rsquo;\u00eatre, des constructions humaines, des illusions de la raison qui invente et t\u00e2tonne, affirme et doute et veut tout r\u00e9genter. L&rsquo;\u00e2me s&rsquo;unit au Silence omniscient et s&rsquo;an\u00e9antit en Dieu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De retour \u00e0 la conscience ordinaire, le voyant ou bien nie que puisse \u00eatre r\u00e9el le monde qui, d\u00e9sormais, s&rsquo;offre \u00e0 lui, tel un masque sur l&rsquo;abstraite perfection de la R\u00e9alit\u00e9 supr\u00eame, ou bien pressent qu&rsquo;en tout, du plus infime atome au plus \u00e9norme amas stellaire, cette R\u00e9alit\u00e9 est \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre et joue \u00e0 se cacher d&rsquo;elle-m\u00eame et \u00e0 se red\u00e9couvrir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;univers, dit l&rsquo;Indien, est le jeu de Dieu, <em>lil<\/em><em>\u00e2<\/em>, jeu qui n&rsquo;a rien de cruel, puisque Dieu seul existe et que c&rsquo;est Lui qui se d\u00e9robe \u00e0 Sa propre \u00e9treinte et se rejoint \u00e9ternellement en ce que Plotin appelait \u00ab\u00a0le vol de l&rsquo;Un vers l&rsquo;Un\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dieu se rejoindra-t-il jamais\u00a0? Telle est en fait la seule question. Dieu se reconna\u00eetra-t-Il jamais, non plus en quelques voyants \u00e9pars, au fil des mill\u00e9naires, mais en l&rsquo;humanit\u00e9 dont les voyants ne sont que la promesse\u00a0? L&rsquo;humanit\u00e9 se conna\u00eetra-t-elle Dieu, \u00e0 l&rsquo;instar des quelques voyants qui, plus ou moins secr\u00e8tement, la guident\u00a0? Un jour viendra-t-il jamais sur Terre o\u00f9 seul existera Dieu, non le zombie des mystagogues, mais le Divin \u00e9ternel et supr\u00eame qui est cet univers et ce qui le contient et ce qui le constitue et ce qui le d\u00e9passe \u00e0 jamais\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si la r\u00e9ponse est non, si la r\u00e9ponse est que tout doit se r\u00e9v\u00e9ler irr\u00e9el et alors se dissoudre, l&rsquo;univers, qu&rsquo;il soit peu ou prou le jeu de Dieu, n&rsquo;est qu&rsquo;un insane r\u00eave avort\u00e9. Mais si la r\u00e9ponse est oui, si Dieu doit na\u00eetre visiblement, \u00eatre visiblement cet univers et ses cr\u00e9atures sans nombre, alors tout s&rsquo;illumine enfin, et la Terre que, seul, l&rsquo;homme per\u00e7oit distincte des cieux s&rsquo;unit \u00e0 leur pure infinitude et pour jamais la devient.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Faut-il d\u00e8s lors parier \u2014 et non, plus, comme jadis, sur l&rsquo;existence de Dieu, mais sur Sa manifestation universelle, sur cette parousie qui nous Le rendra partout manifeste et nous refera nous-m\u00eames \u00e0 Son image\u00a0? Serons-nous Dieu un jour\u00a0? Puisque Dieu seul existe, serons-nous un jour tous conscients d&rsquo;\u00eatre Dieu\u00a0? Quelle heure sonnera au beffroi du cosmos, qui marquera notre nouveau destin\u00a0? \u00c0 quel divin midi devons-nous aspirer\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;<\/strong><strong>\u00c9<\/strong><strong>den animal<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tel \u00e9tait donc le sens du geste d&rsquo;\u00c8ve : non seulement nous ouvrir les portes d&rsquo;une nouvelle sph\u00e8re de l&rsquo;\u00catre, mais nous y faire pressentir et rechercher cet \u00catre m\u00eame pour que nous nous fondions en Lui et que nous nous redevenions alors en notre v\u00e9rit\u00e9. Non seulement changer en hommes les cr\u00e9atures \u00e0 demi animales que nous \u00e9tions, mais \u00e9veiller en nos fibres le sens de la Divinit\u00e9, mais semer en nous l&rsquo;\u00e9perdu d\u00e9sir de d\u00e9couvrir la D\u00e9it\u00e9 du monde, mais nous faire porter, pour L&rsquo;enfanter demain, ce Dieu qui, partout, nous \u00e9chappe et, en tout, nous rejoint. Car Dieu n&rsquo;existait pas avant le p\u00e9ch\u00e9 originel. Car avant le passage de la bienheureuse ignorance o\u00f9 sont les b\u00eates \u00e0 la douloureuse connaissance du Bien et du Mal o\u00f9 vit l&rsquo;homme, la conscience, qui ne percevait pas le cosmos, ne pouvait non plus en percevoir l&rsquo;Auteur. C&rsquo;est du geste d&rsquo;\u00c8ve qu&rsquo;est n\u00e9 Dieu, que son image a surgi dans la conscience de l&rsquo;homme terrass\u00e9 devant la gloire de l&rsquo;univers qui le surplombait et dont, apparemment, il \u00e9tait s\u00e9par\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et cette premi\u00e8re naissance de Dieu dans la conscience terrestre, c&rsquo;est cela que nous appelons p\u00e9ch\u00e9 originel. Ce pressentiment d&rsquo;apoth\u00e9ose, c&rsquo;est ce que nous appelons chute. Cette d\u00e9couverte qui est fatalement la plus sublime de toute l&rsquo;histoire de la Terre, cette d\u00e9couverte par l&rsquo;homme d&rsquo;une Pr\u00e9sence que rien ne circonscrit et qui, cependant, s&rsquo;inscrit en toute chose et tout \u00eatre, c&rsquo;est ce que nous appelons notre mal\u00e9diction. Mal\u00e9diction, le fait d&rsquo;avoir une intelligence qui devine autre chose. Chute, le don impr\u00e9visible de deviner l&rsquo;\u00c9ternit\u00e9 sans la voir. P\u00e9ch\u00e9 originel, le sens neuf et inn\u00e9 de Dieu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais quel \u00e9tait ce Dieu, alors, qui, dans le Jardin d\u00e9fendit \u00e0 \u00c8ve de cueillir et de manger du fruit de l&rsquo;arbre\u00a0? Et comment aurait-elle trouv\u00e9 juste ou injuste d&rsquo;en manger, comment aurait-elle trouv\u00e9 mal de faire une chose avant d&rsquo;avoir la conscience du Bien et du Mal qui devait lui venir une fois, seulement, qu&rsquo;elle aurait mang\u00e9 du fruit\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jamais l&rsquo;animal n&rsquo;a imagin\u00e9 Dieu, et les arbres ni les fleurs ne l&rsquo;ont jamais fait non plus, et l&rsquo;argile moins encore. Seul, l&rsquo;homme, se redressant pour mesurer l&rsquo;Espace qui le cernait, a senti en m\u00eame temps quelque chose s&rsquo;incliner en lui. Et ce devant quoi il s&rsquo;inclinait, il lui a donn\u00e9 des noms multiples et divers qui, tous, se confondent en celui de Dieu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi a-t-il quitt\u00e9 les mondes de la b\u00eate dont il \u00e9tait issu et s&rsquo;est-il transform\u00e9 au-dedans de lui-m\u00eame en autel. La fange primitive est tomb\u00e9e de son c\u0153ur; comme un serpent qui mue, il s&rsquo;est extirp\u00e9 de sa peau ancienne, et il est apparu dans sa beaut\u00e9 d&rsquo;inconnu et derri\u00e8re lui, dans le pass\u00e9 de sa conscience, quelque chose a voulu, mais en vain, le retenir ou le rappeler. Le pas \u00e9tait franchi, la peau rejet\u00e9e. Impossible de revenir en arri\u00e8re. Alors son pass\u00e9 animal a maudit l&rsquo;homme et, comme une ombre m\u00e9phitique, a envahi et enivr\u00e9 son avenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;histoire enti\u00e8re des civilisations se r\u00e9sume \u00e0 cette plainte animale qui retentit en nous et nous affole, nous dicte nos d\u00e9mences et, en d\u00e9pit de nos gloires, nous cloue \u00e0 la frayeur. De jour en jour et d&rsquo;\u00e2ge en \u00e2ge, ce pass\u00e9 de la B\u00eate cherche \u00e0 reprendre les commandes pour avoir barre sur l&rsquo;homme qu&rsquo;il jette dans l&rsquo;orgie et le carnage o\u00f9 tout se d\u00e9figure. Et l&rsquo;homme, alors, se croit p\u00e9cheur et condamn\u00e9, poursuivi par un Dieu pervers et dictateur, quand le harc\u00e8le encore, avant de dispara\u00eetre pour jamais, le fant\u00f4me fr\u00e9n\u00e9tique de l&rsquo;animal qu&rsquo;il a jadis \u00e9t\u00e9. Car le sens du p\u00e9ch\u00e9 est reflet de l&rsquo;animal en nous, et non perception \u2014 honteuse et craintive \u2014 de Dieu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le sens du p\u00e9ch\u00e9 ne peut \u00eatre inspir\u00e9 par Dieu qui, \u00e9tant tout, ne peut \u00eatre offens\u00e9 par rien. Il ne peut na\u00eetre que de l&rsquo;impression de transgresser un ordre \u00e9tabli et soudain caduc. Par suite, il ne peut venir que d&rsquo;un royaume inf\u00e9rieur \u00e0 l&rsquo;homme, car l&rsquo;homme, pour devenir l&rsquo;homme, a d\u00fb forfaire aux lois du r\u00e8gne animal. S&rsquo;il y a eu crime, c&rsquo;est non, certes, par rapport \u00e0 Dieu, pour qui tout est Dieu, \u00c9ternit\u00e9, Lumi\u00e8re, pour qui le p\u00e9ch\u00e9 n&rsquo;existe donc pas, mais vis-\u00e0-vis des animaux qui, trahis, ont, en l&rsquo;homme, fait retentir la voix de l&rsquo;atavisme bafou\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;autre p\u00e9ch\u00e9 originel que ce crime de l\u00e8se-ignorance et de l\u00e8se-animalit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, pouvons-nous dire aujourd&rsquo;hui que nous soit d\u00e9finitivement acquis le statut d&rsquo;hommes\u00a0? Sommes-nous d\u00e9finitivement et totalement d\u00e9pouill\u00e9s de ces anciens instincts du sang o\u00f9 se noie la conscience\u00a0? En ce cas, quel est ce raz de mar\u00e9e visc\u00e9ral qui, parfois, nous affole et transforme toute existence en kermesse du vice et de la mort\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ou bien qu&rsquo;entend-on par \u00eatre un homme\u00a0? \u00c0 chaque instant, on dirait qu&rsquo;un spectre s&#8217;empare de notre \u00eatre\u00a0; grima\u00e7ant par nos l\u00e8vres, contrefaisant nos gestes. Si fort que nous r\u00e9sistions, on croirait qu&rsquo;un autre empire que le n\u00f4tre, que celui de notre esp\u00e8ce, veut, par notre ignorante entremise, s&rsquo;\u00e9tendre sur la Terre. Nos plus claires pens\u00e9es, nos plus hautes aspirations, nos plus saintes victoires se m\u00ealent de hideur, s&rsquo;entachent d&rsquo;un lancinant cauchemar qui, lors m\u00eame que notre vue s&rsquo;illumine, assombrit encore nos jours. Toute gloire semble d&rsquo;avance ternie, toute puret\u00e9 corrompue, toute beaut\u00e9 pourrie. Ignoble transmutation \u00e0 rebours, et qui pourtant ne nous d\u00e9courage pas, gravitation du pass\u00e9 aux doigts de singe : c&rsquo;est en ce mouvement-l\u00e0, qui ne d\u00e9pend pas de nous, que r\u00e9side la racine du Mal, c&rsquo;est en cette force qui, toujours, nous tire en arri\u00e8re et voudrait de nouveau et pour jamais nous engloutir dans l&rsquo;obscurit\u00e9 de jadis, qu&rsquo;est le berceau de ce que nous nommons p\u00e9ch\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais comment aurait-il pu ne pas en \u00eatre ainsi? Comment l&rsquo;homme aurait-il pu d&#8217;embl\u00e9e devenir autre que ses anc\u00eatres\u00a0? C&rsquo;est par un lent miracle qu&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 model\u00e9s ses membres et ses gestes dans le vivant mat\u00e9riau animal et qu&rsquo;il a \u00e9merg\u00e9 de la stupeur sauvage de sa race premi\u00e8re. Et d&rsquo;une certaine fa\u00e7on, il n&rsquo;a pas encore quitt\u00e9 cette race, il lui appartient toujours et lui doit all\u00e9geance, \u00e9tant soumis comme elle aux diktats de la soif et de la faim, du d\u00e9sir et de la peur, de la naissance et de la mort comme aux lois violentes de la jungle o\u00f9, cependant, il ne vit plus, fauve pris au pi\u00e8ge invisible et tenaillant de la mentalit\u00e9. Il ne peut \u00e9chapper \u00e0 cette r\u00e8gle nouvelle qu&rsquo;est la pens\u00e9e qui l&rsquo;enserre et le meurtrit et, en sa vieille nature de fauve, il se r\u00e9volte et devient furieux, pr\u00eat \u00e0 d\u00e9truire son carcan, sa prison et le monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;homme est la prison d&rsquo;une b\u00eate autrefois libre. Mais n&rsquo;est-il que cela\u00a0? Ne sommes-nous que les ge\u00f4liers d&rsquo;animaux enterr\u00e9s vifs dans notre subconscient\u00a0? Nous savons bien qu&rsquo;autre chose est en nous, une lumi\u00e8re, un amour qui, au contraire, nous tournent vers les hauteurs rayonnantes de notre propre secret o\u00f9 tout redevient Dieu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, l&rsquo;animal \u00e9perdu de chagrin d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9 \u00e0 ses vastes for\u00eats d&rsquo;antan n&rsquo;accepte qu&rsquo;\u00e0 contrec\u0153ur et qu&rsquo;au bout de mill\u00e9naires sans nombre et qu&rsquo;incompl\u00e8tement la discipline qui doit l&rsquo;humaniser. De l&rsquo;autre, le dieu serein et souriant qui existe d\u00e9j\u00e0 guide le grand voyage et, du dedans, accepte toutes les tribulations, toutes les erreurs et tous les crimes comme les phases propitiatoires d&rsquo;un sacrifice au Supr\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque nous saurons voir en nous une b\u00eate aux abois, captive des subtils r\u00e9seaux de la pens\u00e9e, un singe incarc\u00e9r\u00e9, malheureux et enrag\u00e9, non seulement parce que sa libert\u00e9 lui a \u00e9t\u00e9 \u00f4t\u00e9e, mais parce qu&rsquo;il se devine condamn\u00e9 \u00e0 mort, alors nous comprendrons ce que veut dire le mot p\u00e9ch\u00e9. Et lorsque, en m\u00eame temps, dans notre miroir int\u00e9rieur, nous saurons contempler l&rsquo;\u00e9blouissant visage d&rsquo;un \u00e9ternel Enfant qui est Dieu, alors nous comprendrons aussi qui nous sommes en v\u00e9rit\u00e9 et quel destin est le n\u00f4tre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour le moment, nous voyons encore les choses d&rsquo;un \u0153il vitreux et n&rsquo;y comprenons rien. Des \u00eatres sont venus parmi nous afin de nous apprendre \u00e0 dompter les b\u00eates sauvages qu&rsquo;\u00e0 notre insu nous abritons en nous\u00a0; des Instructeurs ont parl\u00e9 afin que nous contr\u00f4lions en nous la houle d&rsquo;antiques sentiments transmis par des esp\u00e8ces disparues ; des dieux vivants se sont m\u00eal\u00e9s \u00e0 nous, se recouvrant de notre mis\u00e8re afin de l&rsquo;\u00e9clairer, acceptant de porter les m\u00eames tourments que nous dans leur chair, leur c\u0153ur et leur pens\u00e9e, plongeant dans notre bauge pour nous en arracher. Mais qu&rsquo;avons-nous compris ? Et comment les avons-nous trait\u00e9s ? Ils sont venus nous d\u00e9livrer de la b\u00eate prisonni\u00e8re en nous et nous montrer, par leur exemple m\u00eame, ce que nous allons devenir et qui est le contraire de la B\u00eate. Nous ne les avons \u00e9cout\u00e9s que d&rsquo;une oreille inattentive ou incr\u00e9dule et sans pouvoir comprendre. Ils le savaient et ne nous en ont pas moins aim\u00e9s, sachant aussi que nous n&rsquo;\u00e9tions pas p\u00e9cheurs, comme nous nous d\u00e9lectons parfois \u00e0 le dire, mais simplement inconscients de ce qui bouge en nous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme un peuple \u00e0 l&rsquo;agonie, mais encore tr\u00e8s puissant et d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 survivre, comme une esp\u00e8ce sorci\u00e8re qui saurait nous murmurer les paroles de charmes ali\u00e9nants, l&rsquo;immense monde animal bouge sans fin en nous et nous fait agir ainsi que des animaux, crache son encre pour voiler notre conscience et oblit\u00e9rer nos forces claires\u00a0; et c&rsquo;est cela que nous appelons p\u00e9ch\u00e9 : l&rsquo;envo\u00fbtement in\u00e9vitable de notre \u00e2me par la b\u00eate que nous avons jadis \u00e9t\u00e9. Cela n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec la morale ; c&rsquo;est simplement une appartenance plus ou moins grande \u00e0 notre pass\u00e9 pr\u00e9-humain, la douloureuse liquidation de notre origine, l&rsquo;ultime et long combat entre une forme qui ne doit plus exister et une autre o\u00f9 l&rsquo;\u00catre doit s&rsquo;incarner plus totalement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce pouvoir gigantesque, assise de notre vie, qui s&rsquo;\u00e9vertue \u00e0 nous asservir, \u00e0 renverser ce qui, en nous, est couronn\u00e9 de lumi\u00e8re, cette hydre sanguinaire qui se d\u00e9cha\u00eene dans nos jours et nous attelle \u00e0 l&rsquo;hyst\u00e9rie des temp\u00eates, cette sombre puissance l\u00e9gu\u00e9e par les \u00e8res r\u00e9volues, h\u00e9rit\u00e9e de l&rsquo;\u00e2pre combat des choses pour \u00eatre, de la guerre sans quartier entre les animaux afin de subsister, c&rsquo;est cela que, d\u00e9sormais, en ayant d\u00e9chiffr\u00e9 la langue, apr\u00e8s des mill\u00e9naires, nous devons apprendre \u00e0 ne plus accepter comme r\u00e9gent de nos vies. Patiemment, nous devons apprendre \u00e0 voir en nous un champ de bataille o\u00f9, sans tr\u00eave, s&rsquo;affrontent les l\u00e9gions du pass\u00e9 pr\u00e9-humain et les arm\u00e9es de l&rsquo;avenir divin que nous devons incarner. Patiemment, humblement, nous devons apprendre \u00e0 mettre enfin \u00e0 mort l&rsquo;animal dont nous sommes n\u00e9s et dont la loi ne doit plus nous conduire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis des mill\u00e9naires innombrables, le combat fait rage sous une forme ou une autre et ne peut avoir d&rsquo;issue que notre an\u00e9antissement ou notre victoire d\u00e9finitive. Demain, une ultime guerre nous d\u00e9truira \u2014 ou bien nous serons Dieu, ayant enfin vaincu la B\u00eate aux mille t\u00eates qui, depuis le d\u00e9but des temps humains, veut par tous les moyens nous d\u00e9tourner de notre divine destin\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y eut un \u00e2ge, que nous ne pouvons gu\u00e8re imaginer, o\u00f9 l&rsquo;homme n&rsquo;existait pas. Pour nous le repr\u00e9senter, nous nous servons de nos traditions, de nos nostalgies et de nos r\u00eaves, ou d&rsquo;un savoir infirme. Nous ne pouvons le voir en sa v\u00e9rit\u00e9, tel qu&rsquo;il fut v\u00e9cu en son atmosph\u00e8re non humaine. Mais cet \u00e2ge inimaginable exista cependant, o\u00f9 nous n&rsquo;existions pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">For\u00eats \u00e0 l&rsquo;infini, montagnes vierges, fleuves resplendissants, prairies born\u00e9es par rien : en sa sauvage majest\u00e9, la Nature r\u00e9gnait alors, indiscut\u00e9e, libre, tyrannique, ainsi qu&rsquo;une d\u00e9esse nue et innomm\u00e9e se parant tour \u00e0 tour de fleurs et de glaciers et portant les bijoux vivants des animaux qu&rsquo;elle enfantait dans un jeu disput\u00e9 contre personne. Nulle part ni maison ni vaisseau, ni arme ni outil. Seul et comme \u00e9ternel, le royaume inatteint, inaccessible de la farouche vie vivante avec, partout et sans t\u00e9moins, le bond des gazelles, l&rsquo;envol des oiseaux, ou le combat des grands reptiles. Tout \u00e9tait po\u00e8me d&rsquo;ivresse tellurique, avec des festins, sans invit\u00e9s, de lumi\u00e8re et de force : levers du soleil ou de la lune, cr\u00e9puscules et nuits contempl\u00e9s par nul regard. Le sang coulait dans les formes anim\u00e9es et se r\u00e9pandait hors d&rsquo;elles, sous le croc de formes plus puissantes. Mais toujours, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;animal qui dominait en son vertige de faim br\u00fblante ou la torpeur de ses repues. L&rsquo;animal l&#8217;emportait sur l&rsquo;animal et n&rsquo;\u00e9tait remplac\u00e9 par rien dans la Nature inviol\u00e9e. \u00c0 jamais, la Terre serait cet immense jardin o\u00f9 les b\u00eates jouaient et s&rsquo;entred\u00e9voraient sans se douter de la grandeur sid\u00e9rale qui les entourait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais dans ce jardin que nous nommons parfois \u00c9den, un jour apparut l&rsquo;homme. Et les animaux furent d\u00e9chus de leur royaut\u00e9 pour avoir \u00e0 leur insu enfant\u00e9 une race nouvelle en laquelle se perp\u00e9tuait leur r\u00e8gne, mais \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat, d\u00e9sormais, de souvenir et d&rsquo;ombre, d&rsquo;inqui\u00e9tude et de honte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La lyrique sauvagerie des b\u00eates se trouvait \u00e9touff\u00e9e, qui avait dur\u00e9 d&rsquo;incalculables millions d&rsquo;ann\u00e9es et qu&rsquo;un \u00eatre obtus et balbutiant effa\u00e7ait de par sa naissance impr\u00e9vue et in\u00e9vitable. C&rsquo;est cela que nous n&rsquo;imaginons pas, cette sanglante c\u00e9sure dans la Nuit des Temps, ce point de non-retour o\u00f9 furent tranch\u00e9s les fils de l&rsquo;ancienne vie animale et o\u00f9 l&rsquo;homme commen\u00e7a de marcher devant lui tandis qu&rsquo;en lui hurlait et g\u00e9missait son origine. C&rsquo;est cela que nous n&rsquo;osons nous avouer, les sanglots de la b\u00eate atavique, au fond de notre \u00eatre, et sa r\u00e9volte forcen\u00e9e pour reconqu\u00e9rir le territoire du monde dont nous l&rsquo;avons spoli\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parfois, le cauchemar nous hante, d&rsquo;une compl\u00e8te destruction de notre esp\u00e8ce. Et nous r\u00eavons avec effroi d&rsquo;une Terre que nous ne peuplerions plus, nous \u00e9tant tous extermin\u00e9s, mais n&rsquo;ayant peut-\u00eatre pas d\u00e9truit toute vie. Il nous faudrait comprendre, alors, \u00e0 quoi tendrait ce g\u00e9nocide. Par notre an\u00e9antissement, nous retournerions le monde aux b\u00eates. Mais ce ne serait plus un jardin que nous puissions de nouveau nommer \u00c9den, s&rsquo;il y en eut jamais un dans le pass\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous croyons qu&rsquo;un paradis nous pr\u00e9c\u00e8de, et en avoir \u00e9t\u00e9 chass\u00e9s ; nous croyons \u00e0 un monde de silence et de paix, avant nous, parce que n&rsquo;y retentissait point notre voix\u00a0; et nos maux en \u00e9tant absents, il nous semble qu&rsquo;il \u00e9tait sans souffrances. Mais ce paradis-l\u00e0 \u00e9tait l&rsquo;antre des b\u00eates qui, belles les unes et les autres monstrueuses, s&rsquo;entretuaient d\u00e9j\u00e0, ainsi que nous faisons, et pr\u00e9paraient sans savoir les plaies dont nous saignons. En nous, c&rsquo;est leur meute g\u00e9ante qui, aujourd&rsquo;hui, rugit et veut d\u00e9truire, d\u00e9tournant nos gestes du but vers lequel nous avan\u00e7ons en somnambules afin que nous n&rsquo;y atteignions pas et que retombant \u00e0 leur \u00e9tat, \u00e9teignant toute clart\u00e9 en nous et reformant leurs gestes avec nos membres, nous soyons hideusement les animaux du paradis d&rsquo;antan au lieu de devenir les dieux du firmament futur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous voyons bien, d\u00e8s lors, quelle nostalgie se profile derri\u00e8re notre fringale d&rsquo;an\u00e9antissement, quelle simiesque ranc\u0153ur saoule nos id\u00e9aux et d\u00e9prave nos politiques, quel pouvoir, enfin, nous fait obstacle pour tenter de r\u00e9gner \u00e0 nouveau sans conteste sur le monde en nous en arrachant. \u00c0 nous de percevoir si ce pouvoir est conscient et comment nous y soustraire. Toute l&rsquo;histoire de l&rsquo;homme est en un sens d\u00e9finie par cette vengeance, par cette fureur d&rsquo;une esp\u00e8ce rabaiss\u00e9e et dont les soubresauts nous agitent, par cette r\u00e9bellion d&rsquo;une Force qui veut nous extrader et reprendre possession de la Terre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Est-ce donc cela que nous voulons, \u00e0 cela que nous applaudissons lorsque nous appr\u00eatons nos cataclysmes nucl\u00e9aires au nom d&rsquo;id\u00e9ologies divergentes\u00a0? D\u00e9rision et vanit\u00e9, alors, que tous ces mots sublimes prononc\u00e9s au fil du Temps et qui, tous, ne feraient que conduire, par des chemins vari\u00e9s, \u00e0 la r\u00e9surrection de la B\u00eate et \u00e0 notre disparition\u00a0? \u00c0 quoi bon pleurer le paradis perdu et quelque \u00e9tat peu probable d&rsquo;innocence adamique\u00a0? En d\u00e9truisant le monde comme nous semblons nous y ing\u00e9nier, le paradis perdu serait certes retrouv\u00e9, mais ce serait un \u00c9den de singes, la Terre sans dieu de la conscience animale que, cependant, nous croyons \u00eatre la Terre m\u00eame de Dieu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ne pouvons-nous voir ce trafic qu&rsquo;une main \u00e9trang\u00e8re fait sans cesse de notre \u00eatre ? Ce qui, dans nos pens\u00e9es, nos sentiments et nos gestes, rappelle si peu que ce soit l&rsquo;animal, rien ne sert de l&rsquo;appeler mal, vice, ou p\u00e9ch\u00e9. C&rsquo;est simplement notre mort, simplement le germe de notre an\u00e9antissement. Et si nous voulons vivre, nous n&rsquo;avons d&rsquo;autre \u0153uvre \u00e0 \u0153uvrer que celle-ci : inlassablement nous d\u00e9sanimaliser jusqu&rsquo;au fond de nous-m\u00eames.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais en quoi sommes-nous donc si semblables aux animaux\u00a0? Et qu&rsquo;y a-t-il l\u00e0 de r\u00e9pr\u00e9hensible ? N&rsquo;est-ce pas la vie, apr\u00e8s tout, la loi de la Nature ? Comment, d\u00e8s lors, y \u00e9chapperions-nous ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Conformistes, raisonnables, puritaines, les questions ne manquent pas, dont les r\u00e9ponses, en leur suffisance pateline, voudraient nous donner bonne conscience. Chim\u00e8re d&rsquo;alchimistes, hallucination de mystiques, quelle est cette animalit\u00e9 dont nous devrions nous laver ? N&rsquo;avons-nous pas conquis au prix du sang de nos anc\u00eatres et de nos fr\u00e8res le droit d&rsquo;\u00eatre respect\u00e9s comme hommes\u00a0? N&rsquo;avons-nous pas conquis les secrets de la Mati\u00e8re ? N&rsquo;avons-nous pas conquis l&rsquo;Espace ? O\u00f9 donc est l&rsquo;animal en tout cela, et qui ose insulter \u00e0 notre triomphe en y projetant la boue de l&rsquo;origine ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Derri\u00e8re les fr\u00eales remparts de nos civilisations, nous avons oubli\u00e9 que la substance m\u00eame dont nous sommes form\u00e9s est ignorante et appose son sceau obscur sur toutes nos entreprises. Nous avons orn\u00e9 nos app\u00e9tits de musiques et de po\u00e8mes, mais les avons-nous chang\u00e9s ? La soif de poss\u00e9der, la folie de d\u00e9truire sont-elles moindres chez nous que chez l&rsquo;animal ? Au contraire, nous les justifions, nous les glorifions, nous en faisons le nerf des soci\u00e9t\u00e9s. \u00ab\u00a0Avoir, c&rsquo;est \u00eatre\u00a0\u00bb semble \u00eatre depuis toujours la loi de la Nature\u00a0; et \u00e0 cette loi nous nous plions, sans prendre la peine de chercher \u00e0 en percer le sens. Avoir, c&rsquo;est \u00eatre, poss\u00e9der un territoire o\u00f9 subsister, en chasser s&rsquo;il le faut les occupants, d\u00e9cimer les esp\u00e8ces, an\u00e9antir les races \u2014 oui, c&rsquo;est la loi m\u00eame du monde, loi de la mort devant laquelle nous nous courbons. Avoir, c&rsquo;est \u00eatre : o\u00f9 est la diff\u00e9rence entre le tigre d\u00e9vorant et le pays guerroyant pour un plus grand empire ? Si nous n&rsquo;avons rien, nous ne pouvons pas \u00eatre. Absurde et inexorable commandement de la Nature auquel, malgr\u00e9 que nous en ayons, il nous faut ob\u00e9ir. Car autrement, nus et sans d\u00e9fense, nous nous livrerions \u00e0 l&rsquo;omnipr\u00e9sent bourreau du monde. Tuer pour ne pas mourir, point d&rsquo;autre recours. Voulons-nous vivre\u00a0? Alors, il nous faut tuer cela m\u00eame qu&rsquo;une autre loi, plus haute, plus lumineuse, plus discr\u00e8te, nous recommande d&rsquo;aimer comme nous-m\u00eames. Avoir, c&rsquo;est \u00eatre. Avoir ce que l&rsquo;autre poss\u00e8de, l&rsquo;en d\u00e9poss\u00e9der, exister \u00e0 sa place. C&rsquo;est le principe m\u00eame de l&rsquo;\u00e9volution et qui, justement, souligne le legs, en nous, de la sombre Nature primitive. Car cela, cette implacable exigence de la Mort, cela qui est en la Nature, cela qui est en l&rsquo;animal, cela, aujourd&rsquo;hui, est en nous. Et c&rsquo;est de cela que nous devons patiemment nous d\u00e9prendre. Nous devons apprendre \u00e0 \u00eatre immortellement et \u00e0 tout poss\u00e9der infiniment en nous-m\u00eames; apprendre \u00e0 \u00eatre l&rsquo;univers et l&rsquo;\u00e2me de l&rsquo;univers ; tuer la Mort pour \u00eatre enfin et pour \u00eatre \u00e0 jamais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette mort de la Mort, c&rsquo;est donc elle la d\u00e9sanimalisation de l&rsquo;homme. Plus l&rsquo;homme s&rsquo;\u00e9pure, plus il se d\u00e9couvre immortel. Celui qui ne veut plus que son \u00e2me, que la vie et la joie de son \u00e2me, voit tomber de lui, graduellement, les \u00e9cailles de l&rsquo;ancienne nature, les vieilles faims, les vieux penchants, les vieux r\u00e9flexes qui l&rsquo;\u00e9touffent\u00a0; h\u00e2tant le processus, il jette tout le lest qu&rsquo;il peut afin de prendre son essor. Cela n&rsquo;a rien d&rsquo;un sacrifice, cela n&rsquo;est un renoncement que si on le voit de l&rsquo;ext\u00e9rieur ; c&rsquo;est purement une mue o\u00f9 l&rsquo;\u00eatre se d\u00e9fait du cocon jadis protecteur et qui, aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;asphyxierait. Comme la chrysalide devient papillon, il devient homme clair. Et pas plus que la chrysalide ne repr\u00e9sentait un \u00e9tat de chute ou de faute, l&rsquo;homme ordinaire ne repr\u00e9sente un \u00e9tat de p\u00e9ch\u00e9\u00a0; il est un \u00eatre de transition sur le chemin de la divinit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 aucun moment, il ne s&rsquo;agit de morale : atavisme avant et mue consciente apr\u00e8s, d&rsquo;une \u00e9tape \u00e0 l&rsquo;autre l&rsquo;homme prend simplement conscience de lui-m\u00eame\u00a0; de moins en moins animal, il devient de plus en plus divin\u00a0; ce n&rsquo;est qu&rsquo;un \u00e9panouissement o\u00f9 la notion de p\u00e9ch\u00e9 n&rsquo;a que faire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus exactement, ce que nous appelons (ou que, d\u00e9go\u00fbt\u00e9s des \u00e9thiques, nous ne voulons plus appeler) du nom sinistre de p\u00e9ch\u00e9, est la perception de ce qui emp\u00eache notre progr\u00e8s. Notre conscience, en sa mutation, pressent, puis reconna\u00eet les obstacles et se cabre. Destin\u00e9e \u00e0 d&rsquo;autres domaines, elle recule devant ce qui l&rsquo;en d\u00e9tourne, ou bien s&rsquo;y heurte et le stigmatise, en m\u00eame temps qu&rsquo;insurg\u00e9 l&rsquo;animal en nous multiplie les orages.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Perp\u00e9tuellement en lice, deux pouvoirs semblent se disputer notre \u00eatre, l&rsquo;un plus fort au commencement et l&rsquo;autre pour finir. Au commencement des temps humains, le sens du mal est encore impr\u00e9cis, tandis qu&rsquo;il est peu \u00e0 peu transcend\u00e9 chez l&rsquo;homme qui s&rsquo;ach\u00e8ve en son \u00e2me. Mais entre ces deux extr\u00e9mit\u00e9s, l&rsquo;homme se d\u00e9couvre et, horrifi\u00e9, affronte les colosses qui l&rsquo;habitent et voudraient le renverser. Il est ivre de ces \u00eatres qui bougent en lui comme des spectres naufrageurs, poursuivi par des voix, des regards, des haleines innommables venus de tout ce qu&rsquo;il ignore et qu&rsquo;il fut autrefois. Et en m\u00eame temps, une lueur progresse devant lui, qu&rsquo;il voit au-dedans, qui affermit sa marche, le soutient, le rel\u00e8ve s&rsquo;il tombe et lui parle d&rsquo;esp\u00e9rance et de paix. Au d\u00e9but, il ne comprend pas, il ne sent rien, puis il d\u00e9couvre cet amour qui, sans faillir, le guide au milieu des temp\u00eates. Et il apprend \u00e0 s&rsquo;y confier et \u00e0 se soustraire aux gueules du pass\u00e9 d&rsquo;ombre. Au d\u00e9but, il ob\u00e9it m\u00e9caniquement aux injonctions obscures, tiss\u00e9 qu&rsquo;il est encore dans les t\u00e9n\u00e8bres primitives, mais \u00e0 mesure qu&rsquo;il s&rsquo;extrait de la matrice d&rsquo;inconscience et p\u00e9n\u00e8tre dans la lumi\u00e8re, il na\u00eet douloureusement au besoin d&rsquo;autre chose. Alors, les mill\u00e9naires coulent sur lui comme l&rsquo;eau d&rsquo;un voyage infini, et son \u00eatre, se confiant \u00e0 d&rsquo;invisibles astres, traverse en grandissant le changeant oc\u00e9an des choses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chaque pas est une erreur et une d\u00e9couverte ; chaque seconde enseigne l&rsquo;\u00e2me qui \u00e9merge de la Nuit et, sur l&rsquo;onde de l&rsquo;Espace et du Temps, apprend \u00e0 s&rsquo;\u00e9ployer. Il est vrai que nous ne sommes plus des b\u00eates, m\u00eame si nous en gardons encore les crocs et les griffes. Apr\u00e8s tant de chutes et de tr\u00e9buchements, de crimes et de meurtres, nous nous sommes un jour \u00e9veill\u00e9s \u00e0 un autre besoin, \u00e0 une autre conscience, et peu importe le nom que nous lui avons donn\u00e9. Alors, une pri\u00e8re, une aspiration s&rsquo;est formul\u00e9e en nos c\u0153urs : \u00ab\u00a0Permets que nous ne soyons plus jamais cela. D\u00e9livre-nous de cette ignorance o\u00f9 nous sommes comme des animaux. Permets que nous soyons libres et purs et qu&rsquo;un jour nous voyions Ton visage, car voici que le reflet vient d&rsquo;en surgir en nous.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certes, \u00e0 bien y regarder, nous sommes encore loin d&rsquo;\u00eatre d\u00e9livr\u00e9s, et m\u00eame loin de vouloir tous l&rsquo;\u00eatre. Anges mongolo\u00efdes, nous ne voyons pas que ce mal o\u00f9 nous vivons encore est commis \u00e0 travers nous par d&rsquo;autres mains que les n\u00f4tres. Nous ne comprenons pas qu&rsquo;\u00e0 suivre encore la loi qui dit qu&rsquo;avoir, c&rsquo;est \u00eatre, et que nous avons h\u00e9rit\u00e9e d&rsquo;\u00e8res enfouies dans le pass\u00e9 le plus ancien, nous ne faisons qu&rsquo;en nourrir le pouvoir, qui veut s&#8217;emparer \u00e0 nouveau de la Terre, notre mort en f\u00fbt-elle le prix. Tout notre lent et douloureux progr\u00e8s ne servirait alors qu&rsquo;\u00e0 mieux nous dissoudre, et l&rsquo;animal dont nous sommes issus serait aussi notre fin, n&rsquo;aurait en fait jamais cess\u00e9, sous le masque vivant de nos traits, de gouverner le monde. Un animal \u00e0 forme humaine, tel qu&rsquo;il appara\u00eet parfois dans le chaos des guerres, serait finalement vainqueur, pitoyable aboutissement des temps humains, au lieu qu&rsquo;un autre avenir nous est annonc\u00e9, promis non comme une r\u00e9compense pour les justes \u2014 car si tous les hommes ne sont pas justes, aucun ne peut l&rsquo;\u00eatre vraiment \u2014, mais comme une simple n\u00e9cessit\u00e9 de la vie sur la Terre : maintenant que nous avons pressenti l&rsquo;\u00catre de notre \u00eatre, il nous faut comprendre qu&rsquo;une autre dimension est intervenue dans le grand jeu cosmique o\u00f9 nous nous mouvons en funambules.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car de m\u00eame que la pens\u00e9e nous a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e jadis, de m\u00eame aujourd&rsquo;hui descend sur nous une autre facult\u00e9. Un pouvoir sup\u00e9rieur \u00e0 la pens\u00e9e s&rsquo;instille en nous lentement et dissout nos coutumes et nos mots. C&rsquo;est \u00e9galement pourquoi il nous semble que tout s&rsquo;ach\u00e8ve et va p\u00e9rir. Et nous avons peur et nous nous d\u00e9battons, repoussant de toutes nos forces nous ne savons pas quoi\u00a0: la Mort qui nous \u00e9crase ou Dieu qui nous d\u00e9livre. De m\u00eame, il y a des millions d&rsquo;ann\u00e9es, dans sa fruste torpeur, un \u00eatre s&rsquo;est-il d\u00e9battu contre un pouvoir invisible et immense qui, le tuant, nous a enfant\u00e9s. Que savons-nous de cette fin du monde ? Y pensons-nous jamais ? Puis, nous avons grandi et d\u00e9couvert en nous des valeurs neuves qui nous ont \u00e9t\u00e9 comme des pouvoirs magiques. Et d&rsquo;entre ces dons occultes, il y avait le sens, qui s&rsquo;est sans fin d\u00e9velopp\u00e9, du Bien et du Mal et le d\u00e9go\u00fbt de l&rsquo;animal dont nous \u00e9tions n\u00e9s et le besoin d&rsquo;\u00eatre purs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Oh, ce besoin qui a fait de nous des criminels ! Ne pouvons-nous enfin le comprendre aujourd&rsquo;hui et, du m\u00eame coup, rejeter la dichotomie qui nous hante\u00a0? D&rsquo;un seul mot \u2014 d&rsquo;un seul mot d&rsquo;amour vrai pour Dieu \u2014, nous pouvons effacer \u00e0 jamais ce sens de la faute qui nous torture et nous s\u00e9pare de Lui. Il suffit de regarder dans le pass\u00e9 l&rsquo;image vraie des choses et de consentir alors \u00e0 ceci : au moment o\u00f9, dans la pr\u00e9histoire la plus recul\u00e9e, l&rsquo;homme a regimb\u00e9 devant sa propre bestialit\u00e9 native, \u00e0 ce moment-l\u00e0 Dieu est n\u00e9 en lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au moment o\u00f9 lui est venu le sens de ce que nous appelons p\u00e9ch\u00e9, et qui est donc le moment o\u00f9 il a commis le p\u00e9ch\u00e9 originel, Dieu, a commenc\u00e9 d&rsquo;exister. Et c&rsquo;est pourquoi, fatalement, au moment pr\u00e9cis o\u00f9 il a commis le p\u00e9ch\u00e9, l&rsquo;homme a \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9. S&rsquo;il ne l&rsquo;avait pas commis, il serait demeur\u00e9 une cr\u00e9ature inf\u00e9rieure inaccessible \u00e0 la r\u00e9demption, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 la vision de Dieu. Parce que nous sommes \u00ab\u00a0p\u00e9cheurs\u00a0\u00bb, nous sommes dignes de voir Dieu. Aussi n&rsquo;avons-nous rien d&rsquo;autre \u00e0 savoir finalement que ceci : depuis toujours, et quoi que nous fassions, dans quelque ab\u00eeme que nous tombions, nous sommes tous \u2014 tous sans exception \u2014 \u00e0 jamais sauv\u00e9s.<\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"X1\" href=\"#Y1\">[1]<\/a> Sri Aurobindo d\u00e9finit le mantra comme \u00ab\u00a0une parole de mouvoir n\u00e9e des profondeurs secr\u00e8tes de notre \u00eatre\u00a0\u00bb qui peut \u00ab\u00a0cr\u00e9er en nous de nouveaux \u00e9tats subjectifs, modifier notre psychisme, r\u00e9v\u00e9ler une connaissance et des facult\u00e9s que nous ne poss\u00e9dions pas avant.\u00a0\u00bb (The Upanishads)<br \/>\n<a id=\"X2\" href=\"#Y2\">[2]<\/a> \u00ab\u00a0Ce qui est nuit pour tous les \u00eatres est veille pour celui qui s&rsquo;est ma\u00eetris\u00e9 et ce qui est veille pour eux n&rsquo;est que nuit pour le sage qui voit.\u00a0\u00bb <em>Bhagavad-Gu<\/em><em>\u00ee<\/em><em>t<\/em><em>\u00e2<\/em>, II, 69.<br \/>\n<a id=\"X3\" href=\"#Y3\">[3]<\/a> \u00ab\u00a0De quelque c\u00f4t\u00e9 que tu te tournes, l\u00e0 est la face de Dieu.\u00a0\u00bb (<em>Le Coran<\/em>)<br \/>\n<a id=\"X4\" href=\"#Y4\">[4]<\/a> \u00ab\u00a0L&rsquo;ath\u00e9e est Dieu qui joue \u00e0 cache-cache avec Lui-m\u00eame\u00a0; mais le croyant est-il bien autre chose ? Peut-\u00eatre, car il a vu l&rsquo;ombre de Dieu et il s&rsquo;y est cramponn\u00e9.\u00a0\u00bb Sri Aurobindo, <em>Pens<\/em><em>\u00e9<\/em><em>es et<\/em> <em>aphorismes<\/em>.<br \/>\n<a id=\"X5\" href=\"#Y5\">[5]<\/a> C&rsquo;est, en Inde, la conception de l&rsquo;Adwa\u00efta V\u00e9d\u00e2nta qui, moins intransigeant que le bouddhisme, reconna\u00eet que Dieu (mais Dieu seul) est r\u00e9el. L&rsquo;Indien consid\u00e8re volontiers que le monde est une illusion, tandis que, pour les bouddhistes, ni le monde, ni l&rsquo;homme, ni Dieu n&rsquo;existent vraiment.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En nous se r\u00e9sume toute l&rsquo;histoire de la Terre, Mais comment comprendre vraiment, comment \u00e9prouver que le corps que, dans l&rsquo;amour, nous prenons dans nos bras vient de ce monde mort des premiers commencements, que notre peau si douce, la pulpe de nos l\u00e8vres, la gemme vive de nos yeux est pierre, argile ou cendre transmu\u00e9e ? La main sorci\u00e8re de la vie a caress\u00e9 le corps inanim\u00e9 de la Terre, et des formes, dont la n\u00f4tre, en sont n\u00e9es au long des \u00e2ges. Mais justement, ne sommes-nous que des formes ? Et la Terre n&rsquo;est-elle que la Terre ? Ou manifeste-t-elle une volont\u00e9 dont nous n&rsquo;avons nulle notion bien qu&rsquo;en nous elle se r\u00e9percute et cr\u00e9e les modes de notre \u00eatre ? La Terre est-elle consciente pour que, pr\u00e9cis\u00e9ment, nous, ses fils, soyons conscients ? 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