{"id":15936,"date":"2014-04-22T00:52:30","date_gmt":"2014-04-21T23:52:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=15936"},"modified":"2014-05-30T16:32:29","modified_gmt":"2014-05-30T15:32:29","slug":"le-geste-innombrable-de-dieu-par-archaka","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-geste-innombrable-de-dieu-par-archaka\/","title":{"rendered":"Le geste innombrable de Dieu par Archaka"},"content":{"rendered":"<p>(Extrait de\u00a0<em>Les temps pr\u00e9-\u00e9ternels<\/em>. \u00c9dition Grasset 1985)<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/larbre-de-la-liberte-par-archaka\/\">Chapitre pr\u00e9c\u00e9dent<\/a>\u00a0 <a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=16213\">Chapitre suivant<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tant de sang a coul\u00e9, qui a horrifi\u00e9 les uns et enivr\u00e9 les autres, qu&rsquo;encore aujourd&rsquo;hui nous ne savons gu\u00e8re envisager calmement la R\u00e9volution, dont la descendance ne fait qu&rsquo;ajouter \u00e0 notre horreur ou \u00e0 notre ivresse : la Russie, la Chine \u2014 quelle autre nation demain ? Cette immense m\u00e9tastase, \u00e0 la chair de quel pays va-t-elle s&rsquo;attaquer ? Quelle terre va-t-elle transformer en charnier ou en bagne ? Et de tant de violence la concorde na\u00eetra-t-elle un jour ? La mort et la torture de tant d&rsquo;hommes donnera-t-elle la vie \u00e0 une autre race d&rsquo;hommes qui seront enfin libres et heureux ? Ou le grand corps plan\u00e9taire, n&rsquo;en pouvant mais, succombera-t-il sous les coups ? Nous voudrions nous arr\u00eater parfois, nous reposer un peu, oublier, dormir, r\u00eaver. Mais des griffes plongent en nous et nous d\u00e9chirent, et tout ce que nous tenons pour aimable nous est enlev\u00e9, tout ce que nous consid\u00e9rons juste tombe en pourriture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Guerriers depuis toujours afin de nous nourrir et d&rsquo;occuper un territoire notre, nous avons toujours cru \u00e0 la guerre et \u00e0 la saintet\u00e9 de ses valeurs. Et voici que, ce jour-l\u00e0, autre chose est entr\u00e9 en nous, qui nous a rendus diff\u00e9rents. La R\u00e9volution fran\u00e7aise a pour jamais chang\u00e9 le visage du monde, et dans un sens plus profond et plus haut, plus radical, plus d\u00e9finitif que celui qu&rsquo;on lui trouve d&rsquo;habitude. Ce jour-l\u00e0, l&rsquo;homme est n\u00e9 \u00e0 la libert\u00e9, ce qui ne veut pas dire \u00e0 la possession de la libert\u00e9, car \u00e0 cette naissance doit succ\u00e9der un temps d&rsquo;ap\u00adprentissage. N&#8217;emp\u00eache, l&rsquo;apprenti sera ma\u00eetre demain. Car l&rsquo;homme qui avan\u00e7ait couvert des cha\u00eenes de l&rsquo;ignorance s&rsquo;est, ce jour-l\u00e0, retourn\u00e9 contre le mensonge qui l&rsquo;avait condamn\u00e9. Il a bris\u00e9 ses fers, combien de fois ne l&rsquo;a-t-on pas dit ? Et par-del\u00e0 ceux qu&rsquo;il abattait, il a d\u00e9fi\u00e9 le dieu mensonger qui le poursuivait depuis des temps et des temps et ne lui promettait que chute et perdition.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les hommes de la R\u00e9volution n&rsquo;ont sans doute pas su clairement ce qui les animait, ni quel but ils visaient. Mais en eux, sans faillir ni trembler, l&rsquo;Homme a su. Le moment \u00e9tait venu de pr\u00e9parer une nouvelle \u00e9tape non pas seulement de l&rsquo;histoire des soci\u00e9t\u00e9s, mais de l&rsquo;histoire de la Terre. Et d&rsquo;un seul mouvement \u2013 trop vaste s&rsquo;il ne concernait qu&rsquo;une \u00e9poque et un pays, mais juste \u00e0 la mesure des cycles du monde \u2013, il a renvoy\u00e9 les d\u00e9it\u00e9s obscures, rejet\u00e9 l&rsquo;imp\u00e9ritie des pr\u00eatres et des chefs soi-disant d\u00e9sign\u00e9s par Dieu, et il a offert un im\u00admense sacrifice de vies humaines afin de purifier la Terre. Alors seulement, il a commenc\u00e9 d&rsquo;\u00eatre l&rsquo;Homme en sa visionnaire et fraternelle v\u00e9rit\u00e9 et, supprimant par le fer et le feu les marques in\u00adfamantes du p\u00e9ch\u00e9 originel, n&rsquo;ayant plus au-dessus de lui ni de dieu ni d&rsquo;homme chr\u00eam\u00e9 pour le punir et entraver son essor, il a soud\u00e9 le maillon de la R\u00e9volution aux pr\u00e9c\u00e9dentes \u00e9tapes de l&rsquo;\u00e9volution terrestre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi pouvons-nous aujourd&rsquo;hui contempler l&rsquo;aube de notre race qu&rsquo;un mythe abusif nous emp\u00eachait de voir. Et ainsi pouvons-nous commencer d&rsquo;entrevoir ce dont nous sommes \u00e0 notre tour l&rsquo;au\u00adrore et la promesse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lentement, s&rsquo;est fait le passage dont nous n&rsquo;avons pas id\u00e9e. Lentement, le voile s&rsquo;est d\u00e9chir\u00e9. Lente\u00adment, l&rsquo;ancien instinct s&rsquo;est d\u00e9form\u00e9, est devenu pouvoir impossible, anomalie sorci\u00e8re, avant de dispara\u00eetre tout \u00e0 fait, aspir\u00e9 par l&rsquo;oubli, par le silence des souterrains de la conscience.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;homme nu, au seuil du nouvel \u00e2ge, a t\u00e2tonn\u00e9 parmi la nature, y cherchant ce qui lui \u00e9chappait et dont l&rsquo;obs\u00e9dait la nostalgie. Qu&rsquo;\u00e9tait-il advenu de sa famille animale qu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent il traquait, comme il l&rsquo;avait traqu\u00e9e jadis, l&rsquo;animal plus fort ou plus intelligent ayant toujours domin\u00e9 les autres ? Trans\u00adfuge des esp\u00e8ces obscures, il en perp\u00e9tuait les m\u0153urs, tuant ceux qui n&rsquo;\u00e9taient plus ses semblables et poss\u00e9dant peut-\u00eatre, pour les d\u00e9pister, les restes d&rsquo;un instinct commun. Simplement, maintenant il ne savait plus voir qu&rsquo;\u00e0 peine l&rsquo;aire des jours anciens o\u00f9 il ne se distinguait pas des b\u00eates. Avait-il con\u00adserv\u00e9 en lui les sens de cette \u00e9poque ? Quelque chose pouvait-il lui indiquer subtilement o\u00f9 paissaient les troupeaux sauvages? Pouvait-il voir \u00e0 distance, sentir \u00e0 distance comme les animaux dont il ne faisait plus partie et se servir contre eux de cette m\u00e9diumnit\u00e9 ? Mais quel \u00e9tait donc cet autre pouvoir qui le poss\u00e9dait, l&rsquo;entra\u00eenant vers quel avenir?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 mesure que s&rsquo;effa\u00e7aient les contours ext\u00e9\u00adrieurs de la b\u00eate et qu&rsquo;au-dedans s&rsquo;en abolissait l&rsquo;instinct, l&rsquo;homme naissait, fuyant devant lui, ne se retournant pas. Comme si, pour se sauver des serres d&rsquo;un pass\u00e9 innommable, il lui avait fallu dans sa course se trancher les membres, il retranchait de lui tout ce qui l&rsquo;avait d\u00e9fini jadis, quand il n&rsquo;\u00e9tait pas encore un homme. Prix du passage \u00e0 un \u00e9tat sup\u00e9\u00adrieur, sans r\u00e9fl\u00e9chir il renon\u00e7ait \u00e0 son ancien moi. Il se jetait dans les flammes d&rsquo;une immolation dont naissait le Soleil. Asc\u00e8se de primate se muant en \u00eatre pensant, il sacrifiait les pouvoirs qui le ratta\u00adchaient encore \u00e0 l&rsquo;immense et confuse famille des animaux. Et le monde se cr\u00e9ait sous ses yeux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi agissait-il, ainsi en lui quelque chose agis\u00adsait. Ainsi agissons-nous nous-m\u00eames pour nous parfaire et nous purifier. Car toute vie est n\u00e9ces\u00adsaire et perp\u00e9tuel sacrifice \u00e0 ce qui la d\u00e9passe et qu&rsquo;elle tend \u00e0 devenir. Le singe ne savait pas quelle offrande de lui-m\u00eame il faisait lorsque la Nature le modifiait et le changeait en homme. Il ne pouvait que s&rsquo;offrir \u2013 que mourir ou se transfigurer. De m\u00eame nous faut-il \u00e0 notre tour nous offrir \u00e0 ce qui nous veut autres. Car le m\u00eame po\u00e8me inachev\u00e9 s&rsquo;\u00e9crit encore en nous, le m\u00eame grand voyage vers le havre de la Divinit\u00e9 se poursuit, qui commen\u00e7a dans la Nuit inconsciente et, d&rsquo;\u00e9tape en \u00e9tape, rap\u00adproche de la Terre l&rsquo;\u00c9ternit\u00e9 sacr\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Notre avenir se lit dans notre pass\u00e9. Ce qui, \u00e0 son insu, a m\u00e9tamorphos\u00e9 le singe en le g\u00e9nie d&rsquo;aujourd&rsquo;hui capable d&rsquo;expliquer le monde dans un vertige de science ou d&rsquo;art, la Force qui a poli nos traits \u00e0 partir d&rsquo;un mat\u00e9riau si grossier et, ajoutant quelques muscles, nous a donn\u00e9 le sourire, signa\u00adture de l&rsquo;\u00e2me, c&rsquo;est cela qui continue d\u2019\u0153uvrer sur nous et en nous et nous fera enfanter l&rsquo;inconnu, le myst\u00e8re, l&rsquo;impr\u00e9visible, nous transmuera en ce que nous cherchons partout, en le Dieu que nous pres\u00adsentons partout, qu&rsquo;en tout nous nions et adorons \u00e0 la fois et qui n&rsquo;est autre que nous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quel prix, alors, nous faut-il payer pour devenir des dieux, pour redevenir Dieu ? Quel prix l&rsquo;animal dut-il payer pour se transcender et nous devenir ? Que ne poss\u00e9dons-nous pas, que lui poss\u00e8de encore ? Qu&rsquo;avons-nous sacrifi\u00e9 pour poss\u00e9der ce qu&rsquo;il ne poss\u00e8de pas ? Que devons-nous maintenant sacrifier d&rsquo;autre ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il nous faudrait, pour comprendre, voir vrai\u00adment, au lieu de les imaginer, les \u00eatres dont nous sommes issus. Quelques ossements, quelques outils retrouv\u00e9s \u00e7\u00e0 et l\u00e0 sont de trop faibles indices. D\u00e9j\u00e0, nous avons du mal \u00e0 comprendre qu&rsquo;il est d&rsquo;autres fa\u00e7ons de vivre que la n\u00f4tre, des cultures et des coutumes diff\u00e9rentes pour des civilisations contem\u00adporaines de la n\u00f4tre et dont nous s\u00e9pare seulement la distance. Et les usages des peuples dits primitifs nous semblent relever d&rsquo;un autre monde. De l&rsquo;Antiquit\u00e9, nous nous faisons \u00e0 plus forte raison une image mentale exsangue et aseptis\u00e9e qui n&rsquo;a pas grand-chose \u00e0 voir, sans doute, avec la r\u00e9alit\u00e9 vivante qui fut un jour : des graphiques intellectuels \u00e0 l&rsquo;usage des mus\u00e9es, non des souvenirs de chair, de sang et d&rsquo;\u00e2me. Comment pourrions-nous alors comprendre du de\u00addans ce qui se passa il y a quatre millions d&rsquo;ann\u00e9es ? Il nous faudrait avoir touch\u00e9 ces corps, nous \u00eatre identifi\u00e9s avec ces \u00eatres quand ils marchaient sur la Terre, allant sans le savoir vers notre apparition. Il nous faudrait avoir partag\u00e9 leurs gestes et leurs sen\u00adsations pour conna\u00eetre vraiment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment certaines perceptions ont-elles dis\u00adparu pour faire place \u00e0 d&rsquo;autres ? \u00c9tait-ce payer trop cher que de perdre certains sens subtils permettant d&rsquo;entendre ou de voir \u00e0 distance, \u00e0 la fa\u00e7on des ani\u00admaux, afin de conqu\u00e9rir le sens plus fabuleux qui permet de contempler l&rsquo;univers, de l&rsquo;explorer et de le conqu\u00e9rir ? Et ce que nous avons perdu, l&rsquo;avons-nous perdu pour jamais ? Ne l&rsquo;avons-nous pas plut\u00f4t enfoui dans la magique majest\u00e9 de notre \u00eatre s&rsquo;\u00e9ri\u00adgeant comme une cit\u00e9 nouvelle au-dessus d&rsquo;une cit\u00e9 ancienne ? Et n&rsquo;y avons-nous pas gagn\u00e9 cet autre sens encore, dont nous-m\u00eames doutons parfois, ce pouvoir de franchir le seuil, de soulever le voile qui nous s\u00e9pare de l&rsquo;au-del\u00e0 et d&rsquo;entrer en relation avec les dieux sacerdotes de nos jours, ou de voir Dieu Lui-m\u00eame face \u00e0 face et de nous immerger en Lui, de nous dissoudre en Sa Lumi\u00e8re de fa\u00e7on qu&rsquo;il n&rsquo;y ait plus que Lui ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voyant que nos pertes anciennes ont tourn\u00e9 \u00e0 notre avantage, sommes-nous aujourd&rsquo;hui pr\u00eats \u00e0 payer le prix pour devenir des dieux ? Le moment n&rsquo;est-il pas venu d&rsquo;abandonner l\u00e0 comme des jouets d\u00e9risoires nos habitudes et jusqu&rsquo;\u00e0 nos triomphes d&rsquo;hommes pour r\u00e9pondre \u00e0 l&rsquo;appel de l&rsquo;inconnu ? Ou allons-nous, par peur ou par gloriole, nous accrocher \u00e0 nos \u00e9ph\u00e9m\u00e8res conqu\u00eates et repousser la gloire de l&rsquo;\u00c9ternit\u00e9 ? Et jusqu&rsquo;\u00e0 quel point cela nous sera-t-il permis ? Pouvons-nous r\u00e9ellement obvier \u00e0 la Volont\u00e9 qui r\u00eave le monde et le fa\u00e7onne et qui s&rsquo;y accomplit ? Pouvons- nous vraiment emp\u00eacher Dieu de s&rsquo;incarner sur la Terre ? Ni l&rsquo;ath\u00e9isme des uns, ni le sectarisme religieux ou la pudibonderie confessionnelle des autres n&rsquo;y pourront rien. L&rsquo;univers, \u0153uvre de Dieu, ne peut que manifester Dieu, de quelque mani\u00e8re qu&rsquo;on L&rsquo;appelle. Qu&rsquo;on Le v\u00e9n\u00e8re ou Le rejette, l&rsquo;univers ne peut que Le manifester de plus en plus. Et aussi long\u00adtemps que cet univers n&rsquo;aura pas visiblement mani\u00adfest\u00e9 Dieu, aussi longtemps qu&rsquo;il ne se conna\u00eetra pas Dieu, le but de la cr\u00e9ation ne sera pas atteint. \u00c0 cela, nous ne pouvons-nous opposer. Nous pouvons certes dispara\u00eetre, et m\u00eame nous faire dispara\u00eetre, mais nous ne pouvons annuler l\u2019\u0153uvre divine ni l&#8217;emp\u00eacher de se poursuivre. Le sachant, le com\u00adprenant, il nous reste bien peu \u00e0 faire. Il nous faut simplement le vouloir nous aussi et l&rsquo;accepter, il nous faut descendre en nous-m\u00eames et nous renon\u00adcer, il nous faut, comme des enfants, appeler dans le palpable silence du Soleil \u00e9ternel et nous sou\u00admettre \u00e0 son v\u0153u cr\u00e9ateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il nous faut comprendre \u00e9galement ceci : la pierre avait-elle le pouvoir de se changer en fleur, et le l\u00e9zard en oiseau ? Le singe avait-il le pouvoir de se changer en homme ? Le pouvoir \u00e9tait en lui, sans doute. Mais \u00e9tait-il capable de le d\u00e9couvrir et de s&rsquo;en servir ? Autre chose \u00e9tait l\u00e0, qui voyait et savait. Autre chose, depuis toujours, pr\u00e9side \u00e0 la manifes\u00adtation du monde. Autre chose agit. Les formes ne sont que ses supports et ses instruments. Les formes ne choisissent pas de se modifier. C&rsquo;est cette autre chose qui, sans fin, les sculpte et s&rsquo;y traduit. Il ne d\u00e9pend pas de ces formes qu&rsquo;elles existent ou dis\u00adparaissent ou soient transform\u00e9es. Il ne d\u00e9pend pas de nous que nous existions ou disparaissions ou soyons transform\u00e9s. Que sommes-nous donc, alors ? Les jouets, les esclaves de la Divinit\u00e9 qui, \u00e0 Sa guise, nous tire du n\u00e9ant et nous y replonge ? Ou bien les membres du corps infini, inconnaissable et resplendissant de cette Divinit\u00e9 ? Si nous sommes les esclaves d&rsquo;un dieu, comme tout nous le crie en plein visage lors m\u00eame que nous croyons gagner, ce ne peut \u00eatre que de la Mort, qui fait une pacotille \u00e9c\u0153urante de toute la beaut\u00e9 que nous entrevoyons parfois. Mais si la Mort n&rsquo;est pas l&rsquo;ultime raison de l&rsquo;univers, si, comme d&rsquo;\u00e2ge en \u00e2ge, nous l&rsquo;assurent les voyants, il existe au-del\u00e0 une vie \u00e9ternelle qui est notre v\u00e9rit\u00e9, alors nous passons du statut d&rsquo;esclaves au rang de libres souverains im\u00admortels, et nous sommes effectivement les membres du corps de Dieu. Alors, se comprend ce pouvoir qui est en nous et, en d\u00e9pit de notre r\u00e9sistance, nous guide vers la lumi\u00e8re et la connaissance et, d&rsquo;un avorton simiesque, a progressivement fait l&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui nous sommes et, dans l&rsquo;avenir, veut nous changer en l&rsquo;effigie parfaite de son r\u00eave infini.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous soumettre. Nous abandonner. Quelle illusion de croire que nous pouvons, par nous-m\u00eames, faire quoi que ce soit au monde. Si, regardant en arri\u00e8re, nous voyons, ainsi qu&rsquo;un immense paysage endormi, tout le pass\u00e9 de la race et de ce qui la pr\u00e9c\u00e9da et si cela nous semble coh\u00e9rent, comment pouvons-nous nous imaginer \u00eatre les auteurs de quoi que ce soit ? Ce qui a patiemment \u00e9difi\u00e9 ce pass\u00e9 de mil\u00adliards d&rsquo;ann\u00e9es, c&rsquo;est cela m\u00eame qui, en ce moment pr\u00e9cis, nous \u00e9difie et nous ins\u00e8re dans l&rsquo;harmonie d\u00e9mesur\u00e9e de la manifestation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais alors, nos travaux et nos \u0153uvres ? Que sont-ils, si nous n&rsquo;en sommes les auteurs ? \u00c0 qui appartiennent nos joies et nos douleurs ? Qui les \u00e9prouve en fait ? Quel en est le sens r\u00e9el et le go\u00fbt v\u00e9ritable ? Si nous ne sommes les ma\u00eetres de nos destins, si nous ex\u00e9cutons les ordres d&rsquo;un \u00eatre dont nous ne savons m\u00eame rien, si tout ce qui nous ar\u00adrive, si tout, absolument tout ce que nous pensons, \u00e9prouvons, disons, faisons n&rsquo;est pas \u00e0 nous, mais qu&rsquo;un autre en jouisse par notre interm\u00e9diaire, si du premier cri au dernier soupir il n&rsquo;est rien que nous puissions d\u00e9tenir en propre mais que nous soyons seulement les chenaux d&rsquo;un immense courant que nous ne pouvons percevoir, si nous ne vivons pas, si nous sommes v\u00e9cus, si vraiment je est un autre, \u00e0 quoi bon lutter, r\u00eaver, vivre et mourir ? Et \u00e0 quoi bon aimer pour y mieux parvenir ? \u00c0 quoi bon m\u00eame se poser toutes ces questions ? \u00d4 vanit\u00e9 ! \u00c0 quels sables mouvants sommes-nous donc vou\u00e9s ! Chaque pas vers les rives de lumi\u00e8re semble nous enfoncer dans une nuit plus grande. Et tout se d\u00e9sagr\u00e8ge en nous, que nous avons un instant cru saisir et poss\u00e9der.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais justement, si nous ne sommes les vrais auteurs de nos actes, qui \u00e9prouve cette vanit\u00e9 qui nous glace, quel \u00eatre d\u00e9couvre en nous et par nous ce d\u00e9sert irrespirable o\u00f9 nous perdons espoir ? \u00c0 qui appartient ce sentiment que nos efforts sont con\u00addamn\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec ? Et ce vertige au bord du gouffre, que peut-il signifier ? De quoi est-il l&rsquo;\u00e9cho, que nous ne savons percevoir\u00a0? Qu&rsquo;annoncent donc nos larmes, quelle terre promise arrosent-elles, qu&rsquo;en m\u00eame temps elles nous emp\u00eachent de distinguer ? Et notre horreur et notre esp\u00e9rance, puisqu&rsquo;elles ne sont pas notres, \u00e0 qui appartiennent-elles dans cette nuit cos\u00admique o\u00f9 nous nous sentons \u00e9trangers ? Si rien de ce que nous avons n&rsquo;est \u00e0 nous, si rien de ce que nous sommes n&rsquo;est nous, qui sommes-nous alors, ou bien que sommes-nous ? Existons-nous seulement? Et pour qui, par qui, \u00e0 quelles fins ? Et que veut dire exister ? Y a-t-il vraiment au fait d&rsquo;\u00eatre un sens que nous ne concevons pas ? Ou tout n&rsquo;est-il qu&rsquo;il\u00adlusion, trompeuse iridescence sur le n\u00e9ant qui se d\u00e9guise en monde ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous qui n&rsquo;avons pas demand\u00e9 \u00e0 \u00eatre, il nous para\u00eet impossible d&rsquo;exister si nous ne sommes pas libres de cela pr\u00e9cis\u00e9ment qui nous fait \u00eatre. Et c&rsquo;est ce que nous interdit l&rsquo;id\u00e9e de ce Pouvoir en l&rsquo;univers et en nous, de ce souverain Pouvoir par lequel tout existe \u00e0 chaque instant \u2013 qui non seule\u00adment est \u00e0 l&rsquo;origine de tout, mais qui est toute chose \u00e0 chaque instant du Temps. Contraints d&rsquo;admettre une origine, nous d\u00e9cr\u00e9tons en avoir \u00e9t\u00e9 coup\u00e9s d\u00e8s le premier instant. Sans quoi, elle ne serait pas ori\u00adgine, mythique commencement situ\u00e9 dans un pass\u00e9 \u00e0 jamais r\u00e9volu et donc inaccessible; elle serait un \u00e9tat permanent, un pr\u00e9sent \u00e9ternel, et cela le flux du Temps nie que ce soit possible. Invivable nous est l&rsquo;intuition que ce qui nous a manifest\u00e9s est toujours pr\u00e9sent, bien que nous le disions \u00e9ternel : Hasard \u00e9ternel ou \u00e9ternel Vouloir. Nous exigeons que cela soit retir\u00e9 de nous, car nous nous imaginons en avoir \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9s. Telle est notre perception de l&rsquo;univers que prime \u00e0 nos yeux le sens de cette amputation ; tout est s\u00e9par\u00e9 de tout, tout est d\u00e9suni, tout r\u00eave et aspire \u00e0 une harmonie impossible. Notre solitude m\u00eame, face au morcellement du monde, nous prouve que nous sommes hors de Dieu, puisque, pour Lui, tout est un. Comment, d\u00e8s lors, Dieu pourrait-Il, en nous et par nous, vivre ce que nous vivons ? Com\u00adment pourrait-Il \u00eatre l&rsquo;auteur v\u00e9ritable de nos actes ? Et surtout, Lui, le Parfait, l&rsquo;Infini, l&rsquo;\u00c9ternel, com\u00adment pourrait-Il \u00eatre l&rsquo;auteur d&rsquo;actes si petits et insignifiants, de pens\u00e9es si triviales, de sentiments si grossiers, \u00eatre cette foule ignorante et terne, et, pis que tout \u00e0 nos yeux effar\u00e9s, ce d\u00e9ment sanguinaire qui parfois la flagelle, ce fauteur de g\u00e9nocides, ce fou d&rsquo;apocalypses dont l&rsquo;ombre hante r\u00e9guli\u00e8rement la Terre ? Comment Dieu pourrait-Il, en nous et par nous, se nier Lui-m\u00eame ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour nous, Dieu doit d&rsquo;abord \u00eatre un saint <a id=\"Y1\" href=\"#X1\">[1]<\/a>, un \u00eatre immacul\u00e9, incapable de faire du mal \u00e0 un insecte et toujours pr\u00eat, cependant, \u00e0 nous accabler. \u00c0 d\u00e9\u00adfaut de quoi, Il ne saurait \u00eatre Dieu. L&rsquo;indigence de notre condition, si nous devions l&rsquo;imputer \u00e0 Dieu, nous para\u00eetrait ternir l&rsquo;\u00e9clat factice de notre idole. Plut\u00f4t nous croire s\u00e9par\u00e9s de la Divinit\u00e9, exil\u00e9s par Elle, d\u00e9chus sans recours, que d&rsquo;imaginer qu&rsquo;Elle puisse \u00eatre pour rien dans l&rsquo;\u00e9laboration du moindre de nos gestes. Si nous devions accepter l&rsquo;id\u00e9e que Dieu est l&rsquo;unique Personne de notre \u00eatre et de tous les \u00eatres et que tout ce que nous faisons, tout ce qui est fait dans l&rsquo;immesurable univers Le repr\u00e9sente, alors volerait en \u00e9clats ce visage que nous Lui pr\u00ea\u00adtons, et Il nous appara\u00eetrait dans toute Sa Lumi\u00e8re. Mais cela, nous ne le pouvons pas encore : nous qui sommes Dieu en Sa graduelle expression de soi, ne sommes pas encore pr\u00eats \u00e0 nous reconna\u00eetre ; notre amn\u00e9sie a encore sa n\u00e9cessit\u00e9. Et force nous est, d\u00e8s lors, pour nous retrouver enfin, de vouloir un avenir o\u00f9 nous soyons autres que ce \u00e0 quoi semble nous condamner notre naissance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;o\u00f9 notre incoercible r\u00eave de libert\u00e9 qui com\u00admence avec ce besoin de nous consid\u00e9rer autonomes. Pour mieux \u00eatre Dieu demain, il nous faut aujour\u00add&rsquo;hui Le r\u00e9futer. S&rsquo;il est vrai qu&rsquo;il nous a cr\u00e9\u00e9s, c&rsquo;est en nous exprimant de Son sein, et fatalement nous ne sommes plus en Lui. Rien ne nous rattache \u00e0 Lui dans l&rsquo;Espace et le Temps. Et seule, la Mort peut nous rendre \u00e0 Son immortalit\u00e9 <a id=\"Y2\" href=\"#X2\">[2]<\/a>. Toute la dur\u00e9e de notre vie se passe en dehors de Lui, sous Ses yeux, ou loin de Sa vue, dans l&rsquo;adoration ou l&rsquo;intransi\u00adgeant refus de Son \u00eatre. Ainsi seulement nous semble-t-il pouvoir exister.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N&rsquo;ayant d&rsquo;autre ambition que d&rsquo;\u00eatre les ma\u00eetres de notre destin, nous nous heurtons sans cesse \u00e0 la constatation de notre impuissance. Nous avan\u00e7ons de victoire en victoire, et c&rsquo;est pour voir qu&rsquo;en v\u00e9rit\u00e9 nous n&rsquo;avons pas fait un pas vers cette libert\u00e9 qui est notre r\u00eave le plus ancien et le plus lancinant. Mal\u00e9fici\u00e9s, nous tournons et tournons dans le m\u00eame cercle que d&rsquo;invisibles mains nous pr\u00e9sentent sous des lumi\u00e8res diverses et au moment o\u00f9 nous croyons capturer l&rsquo;objet de notre poursuite il s&rsquo;\u00e9vanouit, laissant le d\u00e9sert nous r\u00e9pondre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sans tr\u00eave, nous interrogeons ce qui nous constitue et ce qui nous entoure : l&rsquo;atome, un vol d&rsquo;oiseaux, le sourire de l&rsquo;\u00eatre aim\u00e9, la couleur du ciel, l&rsquo;\u00e9closion en nous d&rsquo;une pens\u00e9e ou d&rsquo;une sensation, et m\u00eame les entraves qui emp\u00eachent notre essor, et m\u00eame le b\u00e2illon qui \u00e9touffe notre voix, nous vou\u00addrions que tout nous soit support de voyance, mais rien ne nous livre le secret fondamental. Et le pour\u00adquoi grandit jusqu&rsquo;\u00e0 nous percer le c\u0153ur et nous \u00e9carteler \u2013 et si c&rsquo;\u00e9tait pour que nous enfantions ce que nous ignorons porter en nous ? Si notre douleur \u00e9tait l&rsquo;annonce d&rsquo;une naissance \u00e9blouissante ? De m\u00eame que nous creusons la terre pour en prendre les fruits et en arracher l&rsquo;or, ne se pourrait-il pas qu&rsquo;il y ait un pouvoir qui fouaille notre \u00eatre pour en extraire le fruit d&rsquo;or d&rsquo;un enfant nouveau, d&rsquo;une race nouvelle ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Du plus profond marasme, nous passons \u00e0 l&rsquo;es\u00adp\u00e9rance la plus haute. Mais cela m\u00eame, l&rsquo;avons-nous personnellement voulu ? Nous n&rsquo;avons de prise sur l&rsquo;ombre ni sur la lumi\u00e8re. Lorsque nous demandons pourquoi, lorsque nous hurlons pourquoi au monde \u00e9norme, pourquoi le mal, la souffrance et la mort, pourquoi les larmes d&rsquo;un enfant et la destruction d&rsquo;un peuple, lorsque nous appelons nous ne savons quoi et que nous nous sentons devenir fous, nul pourquoi n&rsquo;ayant re\u00e7u de r\u00e9ponse, lorsque tout semble perdu, c&rsquo;est alors, peut-\u00eatre, que nous sommes le plus pr\u00e8s de toucher la v\u00e9rit\u00e9. Pourquoi la torture et l&rsquo;agonie et pourquoi le sang dont s&rsquo;abreuve la Terre ? Pour\u00adquoi cit\u00e9s et nations s&rsquo;\u00e9croulent-elles dans des tor\u00adnades de feu ? Pourquoi ce massacre o\u00f9 disparaissent des peuples avant d&rsquo;avoir go\u00fbt\u00e9 \u00e0 leurs moissons ? Pourquoi ces ailes de t\u00e9n\u00e8bres qui battent au-dessus du monde et qui l&rsquo;aveuglent\u00a0? Pourquoi ces cata\u00adclysmes, ces guerres et ces disettes qui d\u00e9ciment les races ? Et pourquoi, jour apr\u00e8s jour, ces bouches qui sourient et mentent d&rsquo;autant mieux ? Pourquoi ces actes o\u00f9 se parjure la pens\u00e9e ? N&rsquo;est-il donc pas possible que nous cessions d&rsquo;\u00eatre ces nains h\u00e2bleurs et douloureux? Pourquoi faut-il donc que nous soyons cela m\u00eame qui nous fait horreur et que nous n&rsquo;ayons \u00e0 vivre que ce qui nous d\u00e9go\u00fbte ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, si nous ne nous posions ces questions, si rien ne nous inqui\u00e9tait, les fl\u00e9aux telluriques et les \u00e9pid\u00e9mies n&rsquo;en existeraient pas moins ; ils seraient aussi destructeurs et les carnages entre peuples aussi meurtriers, et nous y consentirions sans que vibre en nous la moindre aspiration \u00e0 autre chose \u2013 con\u00adsentement de b\u00eates qui ne se doutent m\u00eame pas qu&rsquo;une loi p\u00e8se sur elles, abominable et imp\u00e9\u00adrieuse. Mais nous sommes construits autrement. Notre horreur est signe de notre croissance en la Lumi\u00e8re, notre naus\u00e9e devant l&rsquo;abjecte absurdit\u00e9 des choses, notre r\u00e9volte devant la fragilit\u00e9 de nos moyens ou la duplicit\u00e9 de nos actes, tout cela tra\u00adduit une t\u00e2tonnante \u00e9vasion hors de l&rsquo;inconscience et, dans la boue ensanglant\u00e9e du monde, \u00e9l\u00e8ve une supplication pour que se r\u00e9alise enfin le r\u00eave im\u00adm\u00e9morial de notre divine puret\u00e9 bafou\u00e9e par le rire titanesque de la Nature universelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Notre grandeur tient donc autant \u00e0 notre capacit\u00e9 d&rsquo;exprimer la beaut\u00e9 et la v\u00e9rit\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 notre recul devant le cauchemar omnipr\u00e9sent du monde, qu&rsquo;\u00e0 notre \u00e9c\u0153urement devant la bestialit\u00e9 \u00e0 laquelle nous y sommes si souvent forc\u00e9s. Sommes-nous pour rien dans les cyclones et les s\u00e9cheresses ? Avons-nous invent\u00e9 le principe qui, partout dans le cosmos, enfante et d\u00e9truit sans rel\u00e2che et qui, nous enfantant nous-m\u00eames, d&rsquo;avance m\u00e9dite notre disparition, f\u00fbt-ce en nous transformant en les assassins de nos fr\u00e8res ? Sommes-nous responsables de la structure des \u00e9l\u00e9ments, de leur pouvoir et de leur combinaison ? Avons-nous d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;\u00eatre orga\u00adniquement constitu\u00e9s comme nous le sommes ? Si le sang coule en nos veines et s&rsquo;il nous faut respirer pour vivre, y sommes-nous pour rien ? Et d\u00e9pend-il de nous que cet univers existe et que nous y soyons n\u00e9s ? Que la Terre y soit ce qu&rsquo;elle est, plac\u00e9e o\u00f9 elle est, tournant \u00e0 la vitesse o\u00f9 elle tourne ? Com\u00adment \u00e9chapperions-nous \u00e0 la loi qui meut les galaxies au prix d&rsquo;immesurables destructions ? Tout, dans cet univers, se solde par la mort. La splendeur des n\u00e9buleuses est hant\u00e9e par la mort autant que la ronde des atomes. Le m\u00eame pouvoir \u00e9teint les soleils et la vie au c\u0153ur de l&rsquo;homme. La m\u00eame lutte se poursuit au niveau de la cellule et de la galaxie et, chez l&rsquo;homme, se traduit en termes de guerre. Ce qui nous arme les uns contre les autres et nous inspire des id\u00e9ologies et des mots d&rsquo;ordre au nom desquels r\u00e9pandre le feu et nous enivrer du sang des autres, c&rsquo;est cela m\u00eame qui \u00e9parpille les astres et joue avec les neutrons. Et cela, c&rsquo;est la Mort, l&rsquo;immense et implacable Roi du Monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais n&rsquo;y a-t-il que la Mort \u00e0 quoi nous devions sans fin nous heurter et qui doive d&rsquo;avance remporter toute victoire ? Ou ne sommes-nous pas plu\u00adt\u00f4t la Mort qui, peu \u00e0 peu, se transfigure ? P\u00e9tris par ses mains, form\u00e9s \u00e0 ses \u00e9dits, nous percevons pourtant le murmure d&rsquo;une source lustrale en notre tr\u00e9fonds. Et nul autre que nous ne la per\u00e7oit sur Terre. De cela, notre r\u00e9volte porte le br\u00fblant t\u00e9moi\u00adgnage. Notre insatisfaction est la clef de notre libert\u00e9 future. Contents de notre sort, nous rampe\u00adrions parmi une morne obscurit\u00e9, insensibles \u00e0 nos maux, incapables de les honnir ou bien d&rsquo;y rem\u00e9\u00addier. Notre d\u00e9sespoir est le signe d&rsquo;une immense joie qui vient et que nous pressentons, notre im\u00adpuissance proph\u00e9tie d&rsquo;un pouvoir que rien ne pourra renverser.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Recrus d&rsquo;\u00e9pouvante et de fatigue, que ne pouvons-nous d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 d\u00e9couvrir qu&rsquo;en r\u00e9alit\u00e9 nous sommes nous-m\u00eames l&rsquo;aube radieuse d&rsquo;un monde dont, \u00e0 pr\u00e9sent, nous est seule perceptible l&rsquo;ombre torturante. Mais le soleil qui se l\u00e8ve en nous doit dissiper toute l&rsquo;ombre et nous r\u00e9v\u00e9ler la v\u00e9rit\u00e9 des choses. Pour l&rsquo;heure, il nous est plus sen\u00adsible par la br\u00fblure qu&rsquo;il nous inflige que par sa lumi\u00e8re\u00a0; de ses langues de feu, il nous tire de la nuit o\u00f9 tout est encore plong\u00e9 ; il nous arrache au sommeil de la conscience o\u00f9 tout vit encore et nous apprend dans les flammes \u00e0 d\u00e9chiffrer le monde. Et l&rsquo;appren\u00adtissage est souffrance, car nous ne sommes ma\u00eetres de rien de ce que nous d\u00e9couvrons ainsi. Et notre souffrance est \u00e0 la mesure de notre conscience et \u00e0 la mesure, aussi, de ce qui manque encore \u00e0 notre conscience pour que nous soyons totalement \u00e9veill\u00e9s. Mais, disent les voyants \u2014 qui ont d\u00e9pass\u00e9 le magique ensommeillement du monde \u2014, lorsque nous serons totalement conscients, alors nous ne souffrirons plus. Rien n&rsquo;\u00e9chappant plus \u00e0 notre perception, nous serons affranchis du doute et de la crainte, et tout nous sera lumi\u00e8re, extase et connaissance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aussi nous faut-il commencer par comprendre que, seule, nous fait d\u00e9faut la pl\u00e9nitude de cette perception et que les affres auxquelles nous sommes jet\u00e9s ont pour but d&rsquo;y atteindre en fouettant sans rel\u00e2che notre conscience afin qu&rsquo;elle ne puisse re\u00adtomber dans la torpeur o\u00f9 sont les autres esp\u00e8ces. C&rsquo;est toute chose, alors, qu&rsquo;il nous faut interroger \u00e0 neuf, c&rsquo;est tout ce qui nous semble acquis, normal et juste, et qui n&rsquo;est que partiellement saisi, qu&rsquo;il nous faut mettre en question, si nous voulons \u00eatre libres. Infatigablement, nous devons tout scru\u00adter, aller jusqu&rsquo;au fond des apparences que nous pr\u00eatons aux choses et les faire \u00e9clater, quitter les vasi\u00e8res de l&rsquo;intellect o\u00f9 nous nous embourbons et, d&rsquo;un m\u00eame mouvement, d\u00e9masquer l&rsquo;univers et des\u00adsiller nos yeux pour enfin savoir qui nous sommes en v\u00e9rit\u00e9 et ce qu&rsquo;est en v\u00e9rit\u00e9 le monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toujours, nous situons les choses par rapport \u00e0 nous-m\u00eames comme si leur existence d\u00e9pendait de la n\u00f4tre, comme si notre regard leur donnait vie et que, nous absents, il leur fall\u00fbt dispara\u00eetre. Revanche de nabots matamores, ou pr\u00e9monition d&rsquo;hi\u00e9rophantes? Dans nos cha\u00eenes que rien ne brise, nous nous croyons responsables de tout ce qui est. Mais encore une fois, sommes-nous responsables du perp\u00e9tuel holocauste cosmique ? Encore une fois, sommes-nous responsables du nombre de plan\u00e8tes qui tournent autour de notre Soleil ou du nombre d&rsquo;\u00e9toiles que contient la Voie Lact\u00e9e ou du nombre de galaxies dont rutile l&rsquo;Espace ? Encore une fois, encore une fois, sommes-nous responsables de notre faim et de notre soif ou des moyens que nous avons de nous reproduire ? Et pourtant, cette faim, cette soif, ces moyens gouvernent nos jours, mod\u00e8lent nos sentiments et nos pens\u00e9es, nous inspirent \u00e0 chaque instant ce qui nous d\u00e9finit, \u00e9tablissent notre person\u00adnalit\u00e9. Et pourtant, le mouvement cosmique cr\u00e9e notre milieu ; nous n&rsquo;en pouvons abstraire la Terre o\u00f9 nous vivons : l&rsquo;univers est un seul corps o\u00f9 tout constitue en r\u00e9alit\u00e9 un seul geste infini, tiss\u00e9 d&rsquo;un chant d&rsquo;oiseaux, de l&rsquo;harmonie des sph\u00e8res, du sou\u00adrire d&rsquo;un enfant, de la pulsation des quasars, de la mar\u00e9e d&rsquo;immenses soleils d&rsquo;or tout aux confins des choses : innombrable et unique, le geste m\u00eame de Dieu s&rsquo;orchestrant sans fin dans l&rsquo;infiniment grand et l&rsquo;infiniment petit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelle part, alors, y avons-nous ? Fantoches ou mages, nous devons apprendre \u00e0 nous conna\u00eetre enfin et \u00e0 reconna\u00eetre quelle est notre servitude si nous voulons en \u00eatre d\u00e9livr\u00e9s. Humblement, il nous faut commencer par poser les yeux sur les condi\u00adtions m\u00eames de notre naissance, qui nous para\u00eet si normale : n\u00e9s au m\u00eame instant, mais d&rsquo;un autre homme et d&rsquo;une autre femme, nous ne serions pas les m\u00eames, ayant h\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;un pass\u00e9 diff\u00e9rent, de tendances diff\u00e9rentes, d&rsquo;un autre programme de vie \u00e0 r\u00e9aliser. Et que serait-ce si nous \u00e9tions n\u00e9s dans un autre pays, au c\u0153ur d&rsquo;une autre culture ? Ce que nous poss\u00e9dons de plus collectif comme ce que nous avons de plus individuel, tout ce que nous appelons nous-m\u00eames serait diff\u00e9rent d\u00e8s l&rsquo;origine, nous transformant au besoin en ce que nous abhorrons le plus aujourd&rsquo;hui. \u00c0 ces donn\u00e9es de base, nous devons les lignes sur lesquelles, sans que nous y soyons pour rien, doit ensuite \u00e9voluer notre vie. D\u00e8s la conception, nous sommes recouverts d&rsquo;un manteau de notions et de coutumes, de r\u00eaves, d&rsquo;ins\u00adtincts et d&rsquo;interdits qui ne nous appartiennent pas et qui, pas davantage, n&rsquo;appartiennent \u00e0 ceux qui, depuis le fond des \u00e2ges, nous les transmettent pour nous faire accomplir une \u0153uvre dont nous n&rsquo;avons aucune id\u00e9e et qui, s&rsquo;il le faut, s&rsquo;accomplira envers et contre nous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ni l&rsquo;histoire de nos ant\u00e9c\u00e9dents familiaux, ni celle de notre race et de notre civilisation, ni celle de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine ne d\u00e9pendent de nous. C&rsquo;est nous qui en d\u00e9pendons \u00e9troitement. Le cours des \u00e9v\u00e9nements terrestres n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec notre volont\u00e9. Une illusion d&rsquo;optique nous fait croire que nous pouvons le modifier \u00e0 notre gr\u00e9. Mais les r\u00e9\u00adsultats de nos entreprises d\u00e9passent toujours dans un sens ou un autre ce que nous en attendions. Et terrifi\u00e9s, nous g\u00e9missons que nous n&rsquo;avons pas voulu ce qui nous \u00e9choit. De fait, nous ne l&rsquo;avons pas voulu. Une autre volont\u00e9 l&rsquo;a voulu, et qui veut en\u00adcore autre chose, au-del\u00e0 de nous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Infaillible, ind\u00e9celable et inlassable, une immense Volont\u00e9 est \u00e0 l\u2019\u0153uvre et traverse les hommes, les utilise en vue de ses desseins et, ce faisant, les \u00e9l\u00e8ve vers la Lumi\u00e8re \u2014 les fait passer de l&rsquo;obscurit\u00e9 des premiers temps \u00e0 une Lumi\u00e8re toujours plus grande et qui, dans l&rsquo;avenir, doit se changer en la lumi\u00e8re du Jour \u00e9ternel. Ainsi avan\u00e7ons-nous, in\u00adconscients de nos moyens, des secrets m\u00e9canismes de notre \u00eatre, incapables du moindre mouvement si ne nous animait cette \u00e9nigme : port\u00e9s par elle comme en les bras d&rsquo;une M\u00e8re qui berce son enfant sur les chemins du monde, inspir\u00e9s par elle comme par une amante \u00e9ternellement fid\u00e8le, nous quittons peu \u00e0 peu la roture animale pour atteindre lente\u00adment \u00e0 l&rsquo;aristocratie de l&rsquo;homme qui luit en l&rsquo;artiste, le savant et le saint ou le chef, avant d&rsquo;acc\u00e9der, de\u00admain, \u00e0 la vivante divinit\u00e9 du surhomme <a id=\"Y3\" href=\"#X3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais pour l&rsquo;heure, nous sommes encore pri\u00adsonniers de l&rsquo;illusion, ou \u00e9pris de nos masques. Nous ne sentons pas en nous le supr\u00eame vouloir de notre \u00eatre qui commande \u00e0 l&rsquo;univers entier. Nous nous imaginons seuls, s\u00e9par\u00e9s \u00e0 la fois de Dieu et du reste des hommes, lors m\u00eame qu&rsquo;avec tous les hommes du pass\u00e9 et de l&rsquo;avenir nous constituons l&rsquo;Homme unique, et nous s\u00e9parons encore cet Homme unique du reste de la cr\u00e9ation terrestre, alors qu&rsquo;il en est un \u00e9pisode, et nous s\u00e9parons la Terre du reste de notre syst\u00e8me, et notre syst\u00e8me des autres syst\u00e8mes de notre galaxie, et notre galaxie de l&rsquo;ensemble des galaxies de l&rsquo;univers, alors que tout est un et qu&rsquo;une seule voix chante en nous et dans les constellations en feu. Nous ne faisons qu&rsquo;un avec l&rsquo;immensit\u00e9. Nous sommes tiss\u00e9s en elle, et ce qui l&rsquo;anime est cela m\u00eame qui nous anime aussi. Et cela, c&rsquo;est ce que nous nommons Dieu : Dieu non seulement en nous et en tout ce que la Terre a engendr\u00e9, mais en toutes les plan\u00e8tes de notre syst\u00e8me, en la poussi\u00e8re lunaire et les anneaux de Saturne, Dieu dans le Soleil, Dieu dans tous les syst\u00e8mes de notre galaxie et en toutes les galaxies de l&rsquo;univers, Dieu seul et unique en nous-m\u00eames comme en toutes les formes pour nous inconcevables qui vivent en les mondes ind\u00e9nombrables, Dieu s&rsquo;exprimant en l&rsquo;infinie luxu\u00adriance de toutes les formes g\u00e9antes ou minuscules, \u00e0 travers l&rsquo;univers, Dieu seul et unique auteur de tout, cach\u00e9 en ce qui Le manifeste et souriant derri\u00e8re l&rsquo;infinit\u00e9 de Ses d\u00e9guisements. Et nous ne le savons pas, nous ne vivons pas cette v\u00e9rit\u00e9 de notre \u00eatre. Nous r\u00eavons au sens secret des \u00c9critures : \u00ab\u00a0Le Seigneur se tient en tous les \u00eatres\u00a0\u00bb, mais ne pouvons le comprendre, car justement \u00ab\u00a0Il les fait tourner par Sa M\u00e2y\u00e2 comme s&rsquo;ils \u00e9taient mont\u00e9s sur une machine.\u00a0\u00bb (<em>Bhagavad-Gu<\/em><em>\u00ee<\/em><em>t<\/em><em>\u00e2<\/em>, XVII, 6I.)<\/p>\n<div>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div style=\"text-align: justify;\"><a id=\"X1\" href=\"#Y1\">[1]<\/a>\u00a0\u00ab\u00a0Soutiendras-tu que Dieu permet ces deuils et ces souffrances inutiles\u00a0? Moi, je dis qu&rsquo;il est innocent de tout.\u00a0\u00bb Sartre,\u00a0<em>Le diable et le bon dieu<\/em>.<br \/>\n<a id=\"X2\" href=\"#Y2\">[2]<\/a>\u00a0\u00ab\u00a0Moi, la Mort, je suis la porte de l&rsquo;Immortalit\u00e9.\u00a0\u00bb Sri Aurobindo,\u00a0<em>Savitri<\/em>, Livre X, Chant IV.<br \/>\n<a id=\"X3\" href=\"#Y3\">[3]<\/a> Surhomme et non pas \u00ab\u00a0super-homme\u00a0\u00bb, cet \u00eatre, pour Sri Aurobindo, ne doit pas \u00eatre un homme sup\u00e9rieur aux autres hommes, mais un \u00eatre diff\u00e9rent, appartenant \u00e0 une race diff\u00e9rente qui se distinguera par une conscience de soi et du monde reposant non sur la dualit\u00e9 sujet-objet, mais sur l&rsquo;unit\u00e9 cr\u00e9ateur-cr\u00e9\u00e9 o\u00f9 le fini contient consciemment l&rsquo;infini.<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il nous faut comprendre \u00e9galement ceci : la pierre avait-elle le pouvoir de se changer en fleur, et le l\u00e9zard en oiseau ? Le singe avait-il le pouvoir de se changer en homme ? Le pouvoir \u00e9tait en lui, sans doute. Mais \u00e9tait-il capable de le d\u00e9couvrir et de s&rsquo;en servir ? Autre chose \u00e9tait l\u00e0, qui voyait et savait. Autre chose, depuis toujours, pr\u00e9side \u00e0 la manifes\u00adtation du monde. Autre chose agit. Les formes ne sont que ses supports et ses instruments. Les formes ne choisissent pas de se modifier. C&rsquo;est cette autre chose qui, sans fin, les sculpte et s&rsquo;y traduit. Il ne d\u00e9pend pas de ces formes qu&rsquo;elles existent ou dis\u00adparaissent ou soient transform\u00e9es. Il ne d\u00e9pend pas de nous que nous existions ou disparaissions ou soyons transform\u00e9s. Que sommes-nous donc, alors ? Les jouets, les esclaves de la Divinit\u00e9 qui, \u00e0 Sa guise, nous tire du n\u00e9ant et nous y replonge ? 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