{"id":16213,"date":"2014-06-03T15:55:00","date_gmt":"2014-06-03T14:55:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=16213"},"modified":"2014-07-30T01:33:19","modified_gmt":"2014-07-30T00:33:19","slug":"je-et-moi-par-archaka","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/je-et-moi-par-archaka\/","title":{"rendered":"Je et Moi par Archaka"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">(Extrait de <em>Les temps pr\u00e9-\u00e9ternels<\/em>. \u00c9dition Grasset 1985)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-geste-innombrable-de-dieu-par-archaka\/\">Chapitre pr\u00e9c\u00e9dent<\/a>\u00a0\u00a0 <a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=16268\">Chapitre suivant<\/a><\/p>\n<p align=\"justify\">Tournant sur cette machine qui nous entra\u00eene dans les cycles du Temps, que pouvons-nous faire qui ne soit d&rsquo;avance \u00e9tabli et ne corresponde parfaitement \u00e0 ce qui, de toute \u00e9ternit\u00e9, est d\u00e9cid\u00e9 ? Si nous \u00e9tions capables d&rsquo;un seul acte personnel, d&rsquo;un acte qui ne soit influenc\u00e9 ni par les traditions de la famille, de la race ou de l&rsquo;esp\u00e8ce, ni par les comman\u00addements de la vie cosmique, si nous \u00e9tions capables d&rsquo;un seul geste ind\u00e9pendant, cet acte, ce geste, aussit\u00f4t, changerait la face du monde. Tiss\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9toffe chatoyante de l&rsquo;univers, il ne peut \u00eatre retran\u00adch\u00e9 de l&rsquo;incommensurable d\u00e9ferlement de l&rsquo;Espace et du Temps. D\u00e9pendance qui est en fait une interd\u00e9pendance : notre destin n&rsquo;est pas plus s\u00e9par\u00e9 de celui du cosmos que celui du cosmos n&rsquo;est s\u00e9par\u00e9 du n\u00f4tre. Le mouvement des astres les plus lointains a sur nous une action que contrebalance l&rsquo;action que nous avons sur eux .<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\"><sup>1<\/sup><\/a><\/p>\n<p align=\"justify\">De quel acte s&rsquo;agit-il alors ? O\u00f9 en est le d\u00e9but et o\u00f9 en est la fin ? \u00c0 qui appartient-il et qui en est l&rsquo;auteur ? La parole que je prononce, le geste que j&rsquo;accomplis, la pens\u00e9e que j&rsquo;\u00e9labore, le sentiment ou la sensation que j&rsquo;\u00e9prouve ne m&rsquo;appartiennent pas en propre, je n&rsquo;en suis pas responsable. Tout cela est un d\u00e9tail dans un immense ensemble, une nuance dans le mouvement d&rsquo;une fresque infinie ; tout cela fait partie de la texture de l&rsquo;univers, en r\u00e9sulte et simultan\u00e9ment concourt \u00e0 sa perfection. Si je pouvais avoir un seul sentiment ou une seule pens\u00e9e ou faire un seul geste qui ne d\u00e9pendissent en rien de la continuit\u00e9 cosmique, alors la d\u00e9passant je serais Dieu m\u00eame. Ma petite individualit\u00e9 serait Dieu. Car quelque chose en moi est incapable de se sentir uni au reste du monde et, se sentant s\u00e9par\u00e9, se croit n\u00e9cessairement le ma\u00eetre et l&rsquo;auteur de mes actes, c&rsquo;est-\u00e0-dire le ma\u00eetre et l&rsquo;auteur du monde. Et contre toute logique et tout vraisemblance, cette chose, \u00e0 chaque instant, proclame son existence et sa pr\u00e9\u00e9minence : \u00ab Je dis, je fais, je pense, je sens \u00bb, se vante \u00e0 tous les \u00e9chos : \u00ab Je suis n\u00e9, je vis, je dois mourir, j&rsquo;aime, j&rsquo;esp\u00e8re, je suis, oh, je suis \u00bb. Et cette chose n&rsquo;existe pas. Du moins n&rsquo;a-t-elle pas d&rsquo;exis\u00adtence propre.<\/p>\n<p align=\"justify\">Sur cette illusion, repose toute notre psycholo\u00adgie. Nous nous croyons bel et bien et constamment les seuls auteurs de ce que nous vivons : qui que je sois, c&rsquo;est moi qui aime ou qui d\u00e9teste, c&rsquo;est moi qui crois ou qui suis h\u00e9r\u00e9tique, moi qui me r\u00e9volte ou qui mate la r\u00e9volte ; c&rsquo;est moi qui r\u00eave et regarde les \u00e9toiles ou les retrouve dans les yeux de l&rsquo;\u00eatre aim\u00e9 ; c&rsquo;est moi qui tue ou suis tu\u00e9 ; c&rsquo;est moi qui d\u00e9clare la guerre et qui voue ces multitudes \u00e0 l&rsquo;h\u00e9\u00adcatombe ou qui proteste contre la violence ; c&rsquo;est moi qui \u00e9cris des po\u00e8mes ou qui suis illettr\u00e9 \u2013 moi, encore moi, toujours moi ! Et en r\u00e9alit\u00e9, c&rsquo;est autre chose. Aucun de mes actes ne m&rsquo;appartient, aucun ne peut \u00eatre s\u00e9par\u00e9 de l&rsquo;action de l&rsquo;humanit\u00e9, et l&rsquo;ac\u00adtion de l&rsquo;humanit\u00e9 ne peut non plus \u00eatre s\u00e9par\u00e9e de celle de la Terre, ni celle de la Terre de celle de tout l&rsquo;univers. C&rsquo;est tout l&rsquo;univers, alors, qui agit en moi lorsque j&rsquo;aime ou d\u00e9teste, cr\u00e9e ou d\u00e9truis, prie Dieu ou Le renie. C&rsquo;est tout l&rsquo;univers qui s&rsquo;exprime par ma voix et ma pens\u00e9e. C&rsquo;est tout l&rsquo;univers qui aime par mon amour. Cet amour, oui, cet amour que je te porte, \u00f4 toi que j&rsquo;aime, cet amour dont nous go\u00fb\u00adtons l&rsquo;intemporel \u00e9cho, cet amour n&rsquo;est pas \u00e0 moi et il n&rsquo;est pas \u00e0 toi non plus ; il ne vient pas de moi, et ce n&rsquo;est pas \u00e0 toi qu&rsquo;il va. S&rsquo;il est vrai, comme nous le croyons, qu&rsquo;il est \u00e9ternel, il commen\u00e7a long\u00adtemps avant nous, ou plut\u00f4t ne commen\u00e7a jamais, il exista toujours et, infini, il se r\u00e9pand en tout. Regarde, en la fleur qui s&rsquo;ouvre, notre amour douce\u00adment resplendir ; c&rsquo;est notre amour qui chante en les oiseaux, notre amour qui allume les astres, notre amour qui fait tourner l&rsquo;univers sur son axe mystique, oui, cela c&rsquo;est notre amour, qu&rsquo;ensemble nos mains r\u00e9unies croient seules dessiner sur le sable des jours et qu&rsquo;en v\u00e9rit\u00e9 l&rsquo;univers \u00e9crit \u00e0 chaque instant du Temps \u00e9ternel o\u00f9 nous nous sommes retrouv\u00e9s pour le vivre.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00c9coute, cela qui unit et rassemble toutes choses \u00e0 travers les incalculables distances sid\u00e9rales, cela qui prot\u00e8ge et pr\u00e9serve la vie et cis\u00e8le la beaut\u00e9 ici-bas comme en les milliards de plan\u00e8tes que nous ne verrons jamais, cela qui permet que s&rsquo;\u00e9pousent les corps, les mol\u00e9cules ou les forces cosmiques pour sans cesse cr\u00e9er des mondes nouveaux, cela qui sourit dans tes yeux et brille dans le Soleil, cela qui agr\u00e8ge la Mati\u00e8re pour en faire la couche enchant\u00e9e de l&rsquo;Esprit, cela, ce Pouvoir qui n&rsquo;a de d\u00e9but ni de fin et qui est le ciment du monde, son assise et son dais, c&rsquo;est cela, en v\u00e9rit\u00e9, l&rsquo;amour qui est en nous, et non pas la fragile \u00e9motion li\u00e9e aux circonstances que nous \u00e9prouvons l&rsquo;un face \u00e0 l&rsquo;autre ; c&rsquo;est l&rsquo;Amour universel, intemporel, \u00e9ternel qui est en nous et s&rsquo;exprime par nous ; c&rsquo;est l&rsquo;Amour de Dieu qui, dans nos formes enlac\u00e9es, se traduit mot \u00e0 mot et qui doucement r\u00eave en nos songes r\u00e9unis. Ce qui \u00e9difie les mondes, ce pouvoir qui amalgame les \u00e9l\u00e9ments et sans fin en c\u00e9l\u00e8bre les noces, les emp\u00eachant de se disperser, de sombrer dans le chaos et de s&rsquo;y d\u00e9sa\u00adgr\u00e9ger, ce qui chante \u00e0 chaque instant le chant de la coalescence, l&rsquo;hymne de la cr\u00e9ation, le psaume de gloire et de triomphe sur la Mort partout dans l&rsquo;univers, c&rsquo;est cela qui t&rsquo;aime en moi, c&rsquo;est Dieu, et nul autre que Dieu, qui t&rsquo;aime en moi, et c&rsquo;est Dieu que j&rsquo;aime en toi, et nul autre que Dieu.<\/p>\n<p align=\"justify\">Dieu ? Oui, Dieu. Toi, Dieu. Moi, Dieu. Car il n&rsquo;y a que Dieu. \u00c9coute, regarde, adore. L&rsquo;\u00c9ternit\u00e9 ouvre ses ailes en nous. Et nous voici au bord de l&rsquo;infini, musant avec les sphinx. Un nouveau soleil nous semble se lever, un nouveau firmament s&rsquo;ouvrir \u00e0 notre vol. Comprenons-nous bien, enfin, de quoi est fait notre \u00eatre et que nous ne nous appartenons pas, et qu&rsquo;il ne peut \u00eatre de joie plus grande ni de plus grande libert\u00e9 ? Impersonnels, nous sommes infinis, nous sommes \u00e9ternels, nous communions avec toutes les choses en leur unique centre, au lieu que le carcan de la personnalit\u00e9 nous s\u00e9pare de tout. Se profile alors un royaume de beaut\u00e9, d&rsquo;harmonie et de paix \u2013 le royaume de Dieu sur la Terre. Et en ce royaume, le Mal n&rsquo;existe pas. Ni le Mal ni le Bien n&rsquo;existent plus pour la conscience parvenue \u00e0 cet \u00e9tat. La Mort continue son ouvrage de destruction et de dissolution \u2013 mais l&rsquo;\u00e2me, sans s&rsquo;aveugler pourtant, ne voit plus que l\u2019\u0153uvre de construction et d&rsquo;union de l&rsquo;Amour. La Nuit continue d&rsquo;exister \u00admais l&rsquo;\u00e2me ne conna\u00eet plus que le Jour. Les hommes continuent de souffrir et de tomber \u2013 mais l&rsquo;\u00e2me n&rsquo;a plus d&rsquo;yeux que pour leur \u00e2me. Le seuil des ap\u00adparences a \u00e9t\u00e9 franchi, et tout est devenu un, tout est devenu Dieu et ne peut plus \u00eatre souill\u00e9 par rien. Les limbes d&rsquo;opale sont loin, o\u00f9 nous avons si long\u00adtemps s\u00e9journ\u00e9 ; n&rsquo;existe plus que la Lumi\u00e8re de Dieu, et Son regard, par nos yeux, contemple Son monde, qui n&rsquo;est autre que Lui-m\u00eame.<\/p>\n<p align=\"justify\">Cela, c&rsquo;est ce vers quoi nous marchons, ce vers quoi s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve la lign\u00e9e terrestre et qu&rsquo;au fil des \u00e2ges, ont pressenti les voyants, qui ont pour nous recens\u00e9 les \u00eeles de lumi\u00e8re, \u00e9tabli les portulans de la Divinit\u00e9, affirmant la r\u00e9alit\u00e9 de ce que nous ne pouvons m\u00eame concevoir, nous appelant \u00e0 la conqu\u00eate du futur. L&rsquo;immortalit\u00e9 est le nouveau monde dont leurs po\u00e8mes et leurs incantations nous enseignent le chemin. La caravelle de notre vie est au port, n&rsquo;attendant qu&rsquo;un ordre int\u00e9rieur pour affronter l&rsquo;aven\u00adture aux mille visages qui doit nous ouvrir les portes du Soleil et nous diviniser. Cette Am\u00e9rique existe. Dieu existe. L&rsquo;homme doit exister en Dieu.<\/p>\n<p align=\"justify\">La caravelle cingle vers l&rsquo;inconnu. Depuis com\u00adbien de temps d\u00e9j\u00e0 ? Toutes voiles d\u00e9ploy\u00e9es, elle d\u00e9fie le grand rire \u00e9meraude de l&rsquo;oc\u00e9an. Les temp\u00eates s&rsquo;abattent sur elle, mena\u00e7ant de l&rsquo;engloutir, et les mains \u00e9normes du vent brisent et arrachent ses m\u00e2ts et l&rsquo;enfoncent dans la houle. Et d&rsquo;autres mains, cependant, colmatent ses plaies et apaisent sa dou\u00adleur. La bonace succ\u00e8de \u00e0 l&rsquo;ouragan. Que s&rsquo;est-il donc pass\u00e9 ? Le ciel est pur, \u00e0 pr\u00e9sent, et les flots sont retomb\u00e9s. Que s&rsquo;est-il donc pass\u00e9, \u00f4 Dieu ? Com\u00adment s&rsquo;appelait cette chose o\u00f9 nous avons cru p\u00e9rir ? Cette guerre au-dedans ou au-dehors, nous ne savons plus, cette guerre \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de notre vie ou de la vie du monde, qui donc l&rsquo;a d\u00e9clar\u00e9e ? Et qu&rsquo;\u00e9tait ce tumulte o\u00f9 rien ne se reconnaissait ? Nous ne savions plus qui nous \u00e9tions, face aux \u00e9l\u00e9ments d\u00e9cha\u00een\u00e9s. Nous avions oubli\u00e9 le but de notre course. Nous nous imaginions mourir et ne savions plus que nous \u00e9tions partis \u00e0 la recherche de l&rsquo;immortalit\u00e9. Et voici que nous sommes sauv\u00e9s et que nous contemplons le ciel calme. Mais c&rsquo;est sans toucher encore aux rivages de la lointaine terre inconnue, sans m\u00eame rien percevoir encore des continents de l&rsquo;\u00c9ternel, et c&rsquo;est m\u00eame en les ou\u00adbliant un peu dans cette diaphane tranquillit\u00e9 qui nous \u00e9choit apr\u00e8s la temp\u00eate, en croyant m\u00eame que cette tranquillit\u00e9, si elle n&rsquo;est pas le but, nous suffit en tout cas que la caresse des dieux et la beaut\u00e9 de leur cieux peuvent apr\u00e8s tout remplacer l&rsquo;\u00e9treinte et la splendeur de l&rsquo;Esprit.<\/p>\n<p align=\"justify\">Puis, s&rsquo;abat un nouveau typhon, auquel succ\u00e8de une autre accalmie. Puis, survient une autre temp\u00eate encore. La sainte lascivit\u00e9 des religions nous est arrach\u00e9e ; nous voici nus, d\u00e9pouill\u00e9s de nos hautaines vertus et de nos bigoteries, pr\u00e9cipit\u00e9s dans des gueules torturantes contre quoi rien ne semble nous avoir pr\u00e9munis ; nos dieux s&rsquo;effondrent, nos civilisa\u00adtions s&rsquo;\u00e9croulent; nos races les plus accomplies, l&rsquo;ab\u00eeme s&rsquo;en repa\u00eet ; puis, une nouvelle aurore point et une nouvelle foi nous est donn\u00e9e, au nom de la\u00adquelle construire de nouveaux temples et de nouveaux palais, tout un monde nouveau qui durera quelques si\u00e8cles et \u00e0 son tour basculera dans la tourmente. Et l&rsquo;alternance de calme et d&rsquo;ouragan se poursuivra jusqu&rsquo;\u00e0 tant qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;horizon se silhouette enfin le but du grand voyage.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ainsi avan\u00e7ons-nous sur l&rsquo;oc\u00e9an des mill\u00e9naires, violent\u00e9s et secourus tour \u00e0 tour par des pouvoirs qu&rsquo;en v\u00e9rit\u00e9 nous ignorons lors m\u00eame que nous les honorons et dont c&rsquo;est l&rsquo;opposition en nous qui nous fait progresser. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, la temp\u00eate qui veut nous noyer ; de l&rsquo;autre, la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 qui vient nous prot\u00e9ger. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 les T\u00e9n\u00e8bres ; de l&rsquo;autre, la Lu\u00admi\u00e8re. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, la Mort et son maelstr\u00f6m qui cherche \u00e0 nous avaler ; de l&rsquo;autre, la Vie comme une neige silencieuse qui vient nous conforter. Mais au?del\u00e0, il y a encore autre chose \u2013 quelque chose qui d\u00e9passe la Mort et surpasse la Vie, et cela c&rsquo;est le vrai but de notre odyss\u00e9e, que nous ne pouvons imaginer ni d\u00e9crire, auquel il nous est simplement demand\u00e9 de croire et auquel, selon les \u00e9poques, suivant la temp\u00eate o\u00f9 nous nous d\u00e9menons ou sui\u00advant la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 o\u00f9 nous nous \u00e9levons, nous accep\u00adtons ou refusons d&rsquo;adh\u00e9rer. Aux pieds des dieux ou sous la coupe des chefs ath\u00e9es, avec la m\u00eame ferveur nous affirmons un jour ce que nous nions le lende\u00admain. Mais quoi que nous fassions, indiff\u00e9rent \u00e0 notre casuistique et \u00e0 nos arguties, le vaisseau du monde, lanc\u00e9 sur son erre, poursuit le voyage qui, par-del\u00e0 les dualit\u00e9s, doit nous mener au bout du Temps et nous faire d\u00e9couvrir l&rsquo;inexprimable g\u00e9o\u00adgraphie de l&rsquo;\u00c9ternit\u00e9 o\u00f9, en tout, il n&rsquo;existe que l&rsquo;Un.<\/p>\n<p align=\"justify\">Or, nous vivons encore au rythme du Temps, et tout est double pour nous, qui sommes issus du perp\u00e9tuel d\u00e9doublement de Dieu : l&rsquo;Immuable devient le Muable ; le Non-Manifest\u00e9 devient la Manifestation. Et cependant, l&rsquo;Immuable ne cesse pas d&rsquo;\u00eatre ; le Non-Manifest\u00e9 demeure. \u00c0 la fois, Dieu est ce qui change et ce qui ne change pas, ce qui cr\u00e9e et ce qui est cr\u00e9\u00e9. Il est le vide resplendissant, l&rsquo;immarcescible effulgence de l&rsquo;\u00catre en soi et Il est les tourbillons d&rsquo;\u00e9toiles, le grain de poussi\u00e8re, l&rsquo;en\u00adfant qui na\u00eet, celui qui joue, l&rsquo;homme qui meurt et celui qui aime, et Il est l&rsquo;arbre et la fleur et la main qui se tend pour cueillir, meurtrir ou caresser, Il est le Soleil qui baigne la Terre et la Terre elle-m\u00eame et les oiseaux qui passent, \u00e9crivant leurs mots de tire-d&rsquo;aile au long du firmament.<\/p>\n<p align=\"justify\">Et double, de m\u00eame, doit \u00eatre notre nature. Comme Lui, si nous sommes Lui \u2013 puisque nous sommes Lui \u2013, nous devons \u00eatre l&rsquo;Immuable et le Muable, le Cr\u00e9ateur et le Cr\u00e9\u00e9, l&rsquo;Esprit et la Mati\u00e8re ; nous devons \u00eatre simultan\u00e9ment le principe de notre \u00eatre et sa repr\u00e9sentation mat\u00e9rielle, nous devons \u00eatre une \u00e2me en m\u00eame temps qu&rsquo;un corps. Et cette \u00e2me doit \u00eatre Dieu, enti\u00e8rement et absolument. Rien ne doit pouvoir l&rsquo;atteindre, nulle ombre l&rsquo;obnubiler, nulle faute la salir, car cela signifierait que Dieu Lui?m\u00eame peut \u00eatre sali. Elle doit \u00eatre \u00e9ternelle et infinie comme Lui, n&rsquo;\u00eatre autre, en v\u00e9rit\u00e9, que Lui, pure et parfaite Lumi\u00e8re du Soleil dont toute vie proc\u00e8de. Elle doit \u00eatre \u00e0 la fois notre \u00e2me et l&rsquo;\u00e2me de tout ce qui existe et, par l\u00e0, gouverner toute chose et savoir le pourquoi de ce qui nous para\u00eet incompr\u00e9hensible. Elle doit \u00eatre ce qui veut de toute \u00e9ternit\u00e9 et ce qui accomplit cette volont\u00e9 dans le Temps ; elle-m\u00eame double, elle-m\u00eame immuable et muable, elle doit \u00eatre Dieu et une \u00e9manation de Dieu, ce qui transcende l&rsquo;univers et ce qui y est immanent, \u00eatre au-dessus de nous l&rsquo;immobile Incendie de la Divinit\u00e9 et en nous l&rsquo;orante flamme de Dieu qui joue \u00e0 se reconqu\u00e9rir et conduit en secret l&rsquo;\u00e9quipage de nos jours. <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\"><sup>2<\/sup><\/a><\/p>\n<p align=\"justify\">Cette flamme projette-t-elle sa lueur dans la dimension o\u00f9 nous vivons, tout devient alors clair, et un Sourire nous semble soudain habiter le ciel, d&rsquo;invisibles mains soutenir nos pas, un chant nous guider, nous aguerrir et nous donner la joie. Jus\u00adqu&rsquo;alors captifs des conventions du monde, nous ne pouvions nous d\u00e9finir que par nos go\u00fbts, nos r\u00e9ussites et nos \u00e9checs. Et subitement, les murs de la prison s&rsquo;\u00e9vanouissent. Une Lumi\u00e8re insoup\u00e7onn\u00e9e est notre seule patrie, Dieu notre seule famille, notre seul amour, notre seul ma\u00eetre et notre unique moi. Lui seul est r\u00e9el. Nous n&rsquo;appartenons \u00e0 personne ni \u00e0 rien, qu&rsquo;\u00e0 Lui seul. Nous d\u00e9passons le Temps, nous d\u00e9passons l&rsquo;Espace. Il n&rsquo;y a partout que la libert\u00e9 de l&rsquo;Infini, que l&rsquo;\u00e9vidence de l&rsquo;immortalit\u00e9. Il n&rsquo;y a, depuis toujours et \u00e0 jamais, que Dieu, et Sa Joie d&rsquo;\u00eatre qui pulv\u00e9rise la morosit\u00e9 o\u00f9 nous avons jusqu&rsquo;alors v\u00e9cu. Est-il donc vrai que nous ayons pleur\u00e9, souffert, maudit le destin et voulu dispara\u00eetre ? Mais quand ? \u00c0 quel moment ? Qui a g\u00e9mi, dout\u00e9, reni\u00e9 ? N&rsquo;ai-je pas toujours \u00e9t\u00e9 libre lors m\u00eame que, sur mes \u00e9paules, je portais la cangue de la douleur du monde ? Mais quelle douleur ? Tout est amour, joie et beaut\u00e9. Tout est libert\u00e9 infinie. Tout est \u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ainsi parle la flamme au c\u0153ur de l&rsquo;homme. Elle abat le mur qui nous retient prisonniers et b\u00e2tit le pont de lumi\u00e8re qui m\u00e8ne de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 des choses, o\u00f9 nous devons d\u00e9couvrir en un radieux vertige que nous avons toujours tout su et tout accept\u00e9, depuis toujours voulu la Nuit o\u00f9 nous avons souffert et que nous venons de quitter. Cette souf\u00adfrance d&rsquo;une vie, cette souffrance de milliers et de milliers d&rsquo;ann\u00e9es, oui, nous y avons jadis consenti. Le d\u00e9couvrant \u00e0 pr\u00e9sent, allons-nous vouloir punir Dieu de nous l&rsquo;avoir inflig\u00e9e ? Trop tard. Au moment m\u00eame o\u00f9 nous comprenons, nous redevenons Dieu, et tout est effac\u00e9, oubli\u00e9, nous ne sommes plus qu&rsquo;Amour, Extase et Perfection.<\/p>\n<p align=\"justify\">Telle est la premi\u00e8re vision du sens de notre vie, du but de notre voyage. Nous n&rsquo;appartenons qu&rsquo;\u00e0 Dieu, et rien ne peut nous asservir, car nous sommes nous-m\u00eames Dieu. Nulle religion n&rsquo;est plus n\u00e9ces\u00adsaire, ni aucune forme d&rsquo;ath\u00e9isme, car Dieu est bien au-del\u00e0, inatteint par notre pompeuse et fr\u00eale ima\u00adgerie comme par nos d\u00e9n\u00e9gations les plus tranchantes, et nous avons en nous-m\u00eames acc\u00e8s \u00e0 Lui.<\/p>\n<p align=\"justify\">Si fort que nous ayons pu jusqu&rsquo;alors louer ou rejeter leurs \u0153uvres, nous n&rsquo;appartenons plus aux hommes, et leurs lois ne valent plus pour nous. L&rsquo;Imm\u00e9morial a ouvert les yeux au centre de nos yeux, et nous le sentons nous guider. Ou si, apr\u00e8s quelque temps nous ne le sentons plus, du moins avons-nous re\u00e7u la preuve ind\u00e9l\u00e9bile de son existence. Nous savons qu&rsquo;il existe en nous quelque chose ou quelqu&rsquo;un qui d\u00e9passe et le Mal et le Bien, qu&rsquo;un nautonier en nous tient la barre et qu&rsquo;il est plus grand que le calme et que la temp\u00eate, qu&rsquo;il est toute lumi\u00e8re et toute beaut\u00e9, tout amour, toute joie et toute libert\u00e9. Il nous suffit m\u00eame de nous le rap\u00adpeler un peu clairement pour qu&rsquo;un d\u00e9lice se d\u00e9verse en notre \u00eatre et y fasse fr\u00e9mir une musique o\u00f9 se consomme le ravissement de Dieu.<\/p>\n<p align=\"justify\">Peu \u00e0 peu, nous apprenons. Et nous comprenons de plus en plus. Notre carrure s&rsquo;\u00e9toffe. Cela que nous devenons, nous ne nous serions jamais dout\u00e9s, avant, qu&rsquo;il f\u00fbt possible de l&rsquo;\u00eatre. Nous avions cru au Bien et au Mal, \u00e0 la saintet\u00e9 et au p\u00e9ch\u00e9. Mais nous ne sommes pas destin\u00e9s \u00e0 devenir des saints ; nous sommes destin\u00e9s \u00e0 redevenir Dieu. Inexplicable\u00adment, cela s&rsquo;\u00e9crit en nous. Qui \u00e9crit ? Aucun homme, \u00e0 notre connaissance, ne pourrait s&rsquo;exprimer ainsi. Est-ce Dieu Lui-m\u00eame qui \u00e9crit, alors ? Et de le comprendre, nous voyons de nouvelles portes s&rsquo;ou\u00advrir, sentons de nouveaux flots de Lumi\u00e8re nous emplir. Ce que disent les voyants et les sages est donc vrai ? Dieu parle vraiment \u00e0 l&rsquo;\u00e2me humaine ? Et il est donc vrai, aussi, que cela n&rsquo;est qu&rsquo;un d\u00e9but et qu&rsquo;avec le temps le Verbe divin sera tout entier transcrit en nous ?<\/p>\n<p align=\"justify\">Oh, la temp\u00eate peut faire rage et nous d\u00e9truire mille fois, ce qui d\u00e9passe la temp\u00eate et qui est immortel est en nous et nous prot\u00e8ge \u00e0 jamais. Et le calme peut ensuite revenir et r\u00e9pandre sur nous la fallacieuse invite au repos, nous endormir et nous faire oublier pour un temps la vraie v\u00e9rit\u00e9 de notre \u00eatre, ce qui d\u00e9passe ce calme-l\u00e0 et qui est la Paix \u00e9ternelle vit en nous et nous rend \u00e0 jamais vivants.<\/p>\n<p align=\"justify\">Passent les jours et les semaines. Passent les mois et les ann\u00e9es. Les si\u00e8cles et les mill\u00e9naires peuvent passer de m\u00eame. Cela est en nous. Et cela est la v\u00e9rit\u00e9. Ext\u00e9rieurement, comme une pluie ruisselant sur nos traits, les brouillant, les effa\u00e7ant, nous emp\u00eachant d&rsquo;y voir clair, les \u00e9v\u00e9nements peuvent se succ\u00e9der. Nous pouvons \u00eatre pr\u00e9cipit\u00e9s dans le torrent des passions, emport\u00e9s par le vent de l&rsquo;Histoire, dispara\u00eetre dans les d\u00e9serts d&rsquo;\u00e9poques sans vie ou dans les abysses de temps muets o\u00f9 se pr\u00e9parent les \u00e8res nouvelles, nous pouvons \u00eatre prisonniers de toute cette quasi invincible apparence, entich\u00e9s de ce presque inexpugnable visage des choses, cela existe : envers et contre tout, il y a en nous cette fleur de feu que nous avons vue un jour et qui ne cesse de s&rsquo;\u00e9panouir, cette flamme d&rsquo;or qui ne cesse de grandir et se nourrit de notre obscurit\u00e9 m\u00eame, de notre confusion, de notre ignorance et fait de notre forme l&rsquo;athanor o\u00f9 la Nuit se d\u00e9nude et se transmue en Jour et o\u00f9, lentement, l&rsquo;exp\u00e9rience du Temps se change en la l\u00e9gende de l&rsquo;\u00c9ternit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">Il y a des moments de semailles et des moments de moisson et il y a des moments de jach\u00e8re. Tout peut sembler oubli\u00e9, d\u00e9truit, reni\u00e9. Cela existe toujours. \u00c0 la vision divine, peuvent succ\u00e9der des cycles de t\u00e9n\u00e8bres. Mais cela ne cesse pas d&rsquo;exister, cela a toujours exist\u00e9. Rien ne peut nier Dieu, ni rien Le faire dispara\u00eetre. Le plus grand oubli est encore une forme de connaissance. Ce qui parait \u00eatre le contraire de ce que nous croyons avoir perdu et que nous recherchons ou refusons de chercher, ce contraire angoissant auquel nous nous heurtons sans tr\u00eave est cela m\u00eame qui nous manque et que nous ne reconnaissons pas. Et cela, en nous, le sait. Le vierge marin solaire en nous le sait et continue sans trembler de conduire la nef de notre vie sur les eaux trompeuses de l&rsquo;univers que nous percevons.<\/p>\n<p align=\"justify\">D&rsquo;une erreur, nous pouvons tomber dans une autre erreur, retourner en arri\u00e8re, reprendre les b\u00e9quilles d&rsquo;une religion ancienne ou nouvelle, faire parade de vertu, revenir \u00e0 l&rsquo;adjuvant d&rsquo;un rigoureux ath\u00e9isme, rien ne peut emp\u00eacher d&rsquo;exister cela qui est en nous. Aucun fard, aucun postiche n&rsquo;en peut corrompre l&rsquo;\u00e9clat. Nul mensonge ne peut pr\u00e9valoir contre la v\u00e9rit\u00e9, nulle obscurit\u00e9 contre la Lumi\u00e8re. Cela seul existe, et le reste n&rsquo;est que jeu, divertisse\u00adment cosmique o\u00f9, au fil des \u00e9ons, apparaissent, figurants innombrables, \u00e9ph\u00e9m\u00e8res et contingents, nos noms et nos visages, comme les signes d&rsquo;une ind\u00e9chiffrable \u00e9criture composant l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e intermi\u00adnable de la Divinit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">Oui, dis-tu, mais quand bien m\u00eame parviendrions-nous \u00e0 le penser ainsi, nous ne saurions, le vivre si facilement. Et sans une exp\u00e9rience qui l&rsquo;incarne, toute parole est morte. Les voyants ont beau nous dire que nous sommes le Divin, en quoi cela change-t-il quoi que ce soit \u00e0 ce monde o\u00f9 nous nous d\u00e9battons du premier au dernier instant non seulement contre la virulence d&rsquo;app\u00e9tits que nous impose la Nature et qu&rsquo;il nous semble impossible d&rsquo;assouvir, mais aussi contre le poison de leur assouvissement lorsque celui-ci nous est enfin accord\u00e9 ?<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00c0 chaque pas, notre exp\u00e9rience contredit celle des grandes voix divines. Non que nous nous r\u00e9voltions contre la r\u00e9v\u00e9lation transmise, mais parce que les instruments nous font d\u00e9faut, qui nous permettraient d&rsquo;en vivre le contenu. Peut-\u00eatre ce qu&rsquo;enseignent les sages est-il la v\u00e9rit\u00e9. Mais si nous sommes en\u00adcha\u00een\u00e9s au mensonge, \u00e0 l&rsquo;illusion cosmique, \u00e0 qui la faute ? Ni le Bien ni le Mal n&rsquo;existent \u2013 peut-\u00eatre <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\"><sup>3<\/sup><\/a>. Mais si le Bien n&rsquo;existe pas, qu&rsquo;est ce fr\u00e9missant d\u00e9sir en nous de recevoir ou de r\u00e9pandre la douceur ? Ce besoin d&rsquo;aider et d&rsquo;aimer, d&rsquo;o\u00f9 vient-il ? Qui nous fait aspirer \u00e0 l&rsquo;harmonie ? Cette faim, cette soif d&rsquo;\u00eatre juste qu&rsquo;il nous est offert si peu d&rsquo;occasions d&rsquo;apaiser, o\u00f9 en est la racine ? Et dira-t-on que ce n&rsquo;est pas un id\u00e9al sublime que de donner sa vie, de se sacrifier pour les autres, que ce bien-l\u00e0, si haut qu&rsquo;il soit, n&rsquo;est rien ? Et si le Mal n&rsquo;existe pas, que sont d&rsquo;autre part ces bras visqueux qui nous enserrent ? Et cette boue que, toujours, nous d\u00e9couvrons en nous ? Cette d\u00e9figuration de notre lumi\u00e8re et de notre puret\u00e9 ? Cette hideur constante o\u00f9 il nous faut croupir, ce mensonge, cette haine, cette trahison, ce meurtre, toute cette nuit l\u00e9preuse que nous nommons p\u00e9ch\u00e9 et dont nous avons honte, que nous voudrions blanchir afin de l&rsquo;oublier et qui, sans fin, r\u00e9appara\u00eet sous le vernis des d\u00e9ca\u00adlogues, le fait craquer, nous ouvre et nous \u00e9tripe et nous jette en p\u00e2ture aux b\u00eates de l&rsquo;ab\u00eeme ? Quelle est donc cette fureur \u00e0 laquelle, esclaves aveulis, fascin\u00e9s, consentants, nous nous livrons en un grand rut hostile? Oh, quel est ce mal qui br\u00fble et nous d\u00e9vore, s&rsquo;il n&rsquo;existe que Dieu ?<\/p>\n<p align=\"justify\">Et s&rsquo;il n&rsquo;existe que Dieu, \u00e0 quoi ou \u00e0 qui attribuer non pas seulement les milliers et les milliers de morts quotidiennes, mais les horreurs o\u00f9 l&rsquo;homme se fait p\u00e9rir, les horreurs de toutes les guerres depuis le d\u00e9but des temps et, \u00e0 port\u00e9e de m\u00e9moire encore, les quelque dix millions de morts de la Premi\u00e8re Guerre Mondiale et les presque cinquante millions de morts de la Seconde ? Cinquante millions ! \u00c0 quelles fins divines cette boucherie ? Quel sage osera r\u00e9pondre ? Et quel sage ou quel fou viendra beno\u00eetement pr\u00e9\u00adtendre qu&rsquo;Hiroshima \u00e9tait une manifestation de l&rsquo;Esprit ?<\/p>\n<p align=\"justify\">N&rsquo;est-ce pas en fin de compte purement et sim\u00adplement insulter \u00e0 la mill\u00e9naire souffrance humaine que de dire que tout est Dieu ?<\/p>\n<p align=\"justify\">Si nous avons eu, ne serait-ce qu&rsquo;une seconde, la vision de Dieu, alors, en d\u00e9pit de cette d\u00e9chirante contradiction, le doute n&rsquo;est pas permis, nulle ques\u00adtion ne se pose. L&rsquo;enfer est partout, mais ind\u00e9niable est l&rsquo;omnipr\u00e9sence de Dieu. Selon que la conscience l&rsquo;envisage d&rsquo;une fa\u00e7on ou d&rsquo;une autre, le m\u00eame \u00e9v\u00e9nement semble ignoble ou n\u00e9cessaire \u00e0 une insur\u00adpassable beaut\u00e9 : ignoble si nous le consid\u00e9rons isol\u00e9ment, il rev\u00eat un caract\u00e8re de n\u00e9cessit\u00e9 d\u00e8s lors que nous le pla\u00e7ons dans l&rsquo;ensemble de la vie uni\u00adverselle. <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\"><sup>4<\/sup><\/a> Fondue dans l&rsquo;infini, la discordance contri\u00adbue \u00e0 l&rsquo;harmonie, l&rsquo;horreur se fait beaut\u00e9. Savons-nous quels cauchemars se d\u00e9roulent peut-\u00eatre dans les mondes dont les \u00e9toiles nous font r\u00eaver ? Pour nous, ces cauchemars n&rsquo;existent pas. Seule, existe la beaut\u00e9 que nous contemplons. De m\u00eame nos horreurs s&rsquo;effa\u00adcent-elles dans l&rsquo;infini. Mais c&rsquo;est justement ce sens-l\u00e0 qui nous manque. Nous ne savons consid\u00e9rer notre monde de cet \u0153il \u00e9quanime qui embrasse toutes choses en un unique amour ; nous jetons des regards myopes et apeur\u00e9s sur des lambeaux d&rsquo;existence, et ceci nous semble bien et cela nous semble mal en soi, faute de nous appara\u00eetre dans le rythme de l&rsquo;ensemble.<\/p>\n<p align=\"justify\">N&rsquo;ayant pas la vision divine, nous interrogeons des simulacres qui, sans fin, se d\u00e9t\u00e9riorent, nous errons dans l&rsquo;abomination des choses et, \u00e0 chaque pas, marchons sur des cadavres qui nous fixent de leurs yeux immobiles et glac\u00e9s, et d&rsquo;autres yeux partout nous suivent, le ciel tout entier est constell\u00e9 d&rsquo;yeux dont le regard marmor\u00e9en nous fr\u00f4le. Courbant le front, nous tr\u00e9buchons parmi les cohortes de la Souffrance et de la Mort, refusant de croire qu&rsquo;un Dieu puisse exister ici-bas et t\u00e2chant d&rsquo;abaisser suffi\u00adsamment nos espoirs pour n&rsquo;en pas trop sentir le manque.<\/p>\n<p align=\"justify\">Non, non, Il ne peut \u00eatre en ce qui nous torture et qui nous tue ; Il ne peut \u00eatre ni dans les blessures de notre \u00eatre int\u00e9rieur ni dans les plaies de notre corps ; ni dans le vice ni dans le cancer ; ni dans la mis\u00e8re ni dans la folie ; ni dans les pogroms et les g\u00e9nocides ni dans la corruption ; Il ne peut \u00eatre \u00e0 la fois ce qui nous engendre et ce qui nous fait dis\u00adpara\u00eetre. Ce ne peut \u00eatre Lui qui change nos champs d&rsquo;honneur en abattoirs immondes. Ce ne peut \u00eatre Lui qui nous enjoint de tuer nos semblables, nos fr\u00e8res, la chair de notre chair : \u00ab Tue-les, ceux-l\u00e0 qui, par Moi, sont d\u00e9j\u00e0 tu\u00e9s. \u00bb <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\"><sup>5<\/sup><\/a><\/p>\n<p align=\"justify\">S&rsquo;Il existe, ce ne peut \u00eatre en ce monde. Et s&rsquo;Il n&rsquo;est en ce monde, c&rsquo;est pour nous comme s&rsquo;Il n&rsquo;existait pas. Depuis le premier instant, nous sommes s\u00e9par\u00e9s de Lui. Le dernier instant nous ram\u00e8\u00adnera-t-il \u00e0 Lui ? Nous pouvons prendre des paris, nous lancer dans des discussions byzantines, cela ne changera rien au r\u00e9sultat. Ici-bas, nous sommes con\u00addamn\u00e9s \u00e0 une irr\u00e9m\u00e9diable solitude qu&rsquo;aucune ivresse ne sait vraiment travestir : \u00e0 l&rsquo;heure de la mort, la solitude que nous avons tromp\u00e9e toute notre vie, triomphe d\u00e9finitivement \u2014 nous sommes seuls, face au seul Myst\u00e8re qui compte en d\u00e9finitive. En un instant, les poumons s&rsquo;ass\u00e8chent, le c\u0153ur se p\u00e9trifie, le sang cesse de couler, le souffle de circuler. Que sommes-nous devenus ? Qui sommes-nous ? Qui avons-nous \u00e9t\u00e9 ? Sommes-nous enfin revenus en Ton sein, \u00f4 Seigneur que, sous tant de voiles, nous aimons et adorons jusqu&rsquo;\u00e0 notre insu m\u00eame ? Cessons-nous totalement d&rsquo;exister ? Ou autre chose nous attend-il encore ? Tout devient-il obscur ? Ou bien tout trans\u00adparent ?<\/p>\n<p align=\"justify\">Nous croyons que la Mort nous rend \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9 pri\u00admordiale, qu&rsquo;en son \u00e9treinte irr\u00e9sistible nous ne sentons plus cette absence qu&rsquo;au fond de chaque chose nous retrouvons toujours, cette solitude qui, sans rel\u00e2che, nous poursuit m\u00eame au sein de la foule. Nous croyons qu&rsquo;en nous fermant les yeux sur ce monde o\u00f9 tout est d\u00e9sir inextinguible et d\u00e9\u00adsunion, la Mort nous les ouvre sur un autre, o\u00f9 tout est union dans la dissolution de la Mati\u00e8re ou de l&rsquo;Esprit. Nous croyons que la Mort peut seule verser le baume de l&rsquo;oubli et le nectar de la connais\u00adsance, faire couler en nos veines le philtre du L\u00e9th\u00e9 et nous noyer dans l&rsquo;unique oc\u00e9an de l&rsquo;\u00catre. Nous croyons que la Mort seule poss\u00e8de les clefs de cet Un que la Vie constamment nous refuse tout en nous y faisant sans fin r\u00eaver. Nous croyons que la Mort est le principe de cet Un, qu&rsquo;elle est cet Un lui-m\u00eame en qui tout, \u00e0 jamais, s&rsquo;immerge et se confond.<\/p>\n<p align=\"justify\">Obscur\u00e9ment, obstin\u00e9ment, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment, nous croyons que la Mort est Dieu. Nos religions et nos philosophies, avec leurs promesses de paradis ou d&rsquo;an\u00e9antissement dans le nirv\u00e2na, avec leurs oraisons sur la Mati\u00e8re et l&rsquo;appa\u00adrente fin des choses, en t\u00e9moignent et le proclament : la Mort est Dieu, vivez, \u00f4 hommes, pour la caresse ultime de la Mort et pour son baiser o\u00f9 s&rsquo;\u00e9teindra votre souffle. B\u00e2tissez familles et nations en vue de votre mort. Elle-m\u00eame vous donnera des armes pour lutter contre elle et, au moment de son choix, vous d\u00e9truira. La Mort est Dieu, la Mort est Dieu et elle vous consolera de tout le d\u00e9sespoir de la Vie. Elle vous ouvrira les portes de l&rsquo;infini et de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. Alors, vous serez purifi\u00e9s de vos chagrins et de vos joies et, vides, vous resplendirez dans la vide puret\u00e9 de la Mort. La Mort est Dieu, conver\u00adtissez-vous, \u00f4 hommes, renoncez \u00e0 ce monde qui vous blesse et donnez-vous \u00e0 la Mort qui apaise, qui efface et qui donne l&rsquo;oubli \u00e9ternel de l&rsquo;infini o\u00f9 rien n&rsquo;existe. <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\"><sup>6<\/sup><\/a><\/p>\n<p align=\"justify\">Mais nous ne savons ni ce qu&rsquo;est la Mort, ni ce que signifie mourir, ni ce que signifie \u00eatre soi-m\u00eame mort. Si \u00eatre mort veut simplement dire cesser d&rsquo;exister, alors il n&rsquo;y a personne qui existe en tant que mort, personne, donc, qui soit mort. Et si \u00eatre mort veut dire exister d&rsquo;une autre mani\u00e8re, il n&rsquo;y a personne non plus qui soit jamais mort. Ce qui re\u00advient \u00e0 dire que la Mort n&rsquo;existe pas. Ou du moins qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas un \u00e9tat au sens o\u00f9 nous l&rsquo;entendons, mais un passage, un moyen, un seuil que l&rsquo;on franchit, une porte qui s&rsquo;ouvre brutalement sur une nuit sans conscience ou sur une lumi\u00e8re diff\u00e9rente.<\/p>\n<p align=\"justify\">Si nous n&rsquo;existons plus apr\u00e8s, elle ne nous con\u00adcerne pas, cueillons d\u00e8s aujourd&rsquo;hui les roses de la vie. Si nous existons encore, mais autrement, quelle est cette chose qui survit, dont peut-\u00eatre nous n&rsquo;avons pas conscience tant que nous vivons, qui est nous plus que nous-m\u00eames, qu&rsquo;ignorent nos jours terrestres ou qu&rsquo;ils transcrivent si grossi\u00e8rement et que lib\u00e8re la Mort ? Serait-il donc possible que tout ce que nous sommes et \u00e0 quoi nous tenons tant, qui est pour nous notre seule r\u00e9alit\u00e9 ne constitue au fond qu&rsquo;un paravent derri\u00e8re lequel notre vraie vie se d\u00e9roule ?<\/p>\n<p align=\"justify\">La Mort nous d\u00e9masque d&rsquo;un coup. Nous voici le visage d\u00e9pouill\u00e9, enfin r\u00e9v\u00e9l\u00e9s \u00e0 nous-m\u00eames : n\u00e9ant, ou vie sans tr\u00eave perp\u00e9tu\u00e9e. De quelque fa\u00e7on que nous mourions, il y a ce moment, identi\u00adquement le m\u00eame pour chacun, o\u00f9 le voile est arrach\u00e9. Du corps brusquement statufi\u00e9, nous jaillis\u00adsons pour vraiment n&rsquo;\u00eatre plus ou pour continuer d&rsquo;\u00eatre et voyager sans cesse de corps en corps, de monde en monde, mais alors dans quel but ?<\/p>\n<p align=\"justify\">Et quel est ce voyage ? Depuis quand com\u00admenc\u00e9 ? Et quelle place y tient notre actuelle pr\u00e9sence sur Terre ? Il est des races qui veulent et d&rsquo;autres qui refusent qu&rsquo;il nous soit donn\u00e9 plus d&rsquo;une vie pour nous accomplir. Mais quel accomplissement peut s&rsquo;acqu\u00e9rir en une seule vie ? Autant demander \u00e0 un nouveau-n\u00e9 d&rsquo;expliquer les quanta. Et s&rsquo;il faut plus d&rsquo;une vie, comme il faut plus d&rsquo;une ann\u00e9e pour \u00eatre un homme, combien de vies faut-il pour \u00eatre ce que nous devons \u00eatre ? Mais que devons-nous donc \u00eatre, que notre marche incessante au long des mill\u00e9\u00adnaires ne nous a toujours pas r\u00e9v\u00e9l\u00e9 ? Et la Mort, une mort d\u00e9finitive, est-elle encore au bout, ou bien autre chose doit-il nous \u00e9choir, une vie sans mort, une vie \u00e9ternelle dans un corps et une \u00e2me ?<\/p>\n<p align=\"justify\">Mais alors quel r\u00f4le tient la Mort dans ce drame des jours ? Qu&rsquo;est-elle pour nous, pour le monde cr\u00e9\u00e9, et qu&rsquo;est-elle pour Dieu ? Oui, qu&rsquo;est-elle pour Dieu ? Car nous ne la consid\u00e9rons jamais que de notre point de vue d&rsquo;\u00eatres qui devons mourir un jour, et jamais du point de vue du Divin qui ne peut pas mourir. Qu&rsquo;est la Mort pour l&rsquo;Immortel qui, seul, existe ? Nulle autre question ne se pose plus, peut-\u00eatre, si celle-l\u00e0 trouve r\u00e9ponse.<\/p>\n<p align=\"justify\">La Mort qui marque notre fin est signe, \u00e9galement, que nous avons un d\u00e9but. Nous sommes des cr\u00e9a\u00adtures finies, des \u00eatres dessin\u00e9s par le stylet du Temps, en lequel, un jour, nous commen\u00e7ons pour un jour nous achever, alors qu&rsquo;infini, \u00e9ternel, Dieu ne com\u00admence pas.<\/p>\n<p align=\"justify\">Dieu n&rsquo;a jamais commenc\u00e9 d&rsquo;\u00eatre \u2014 comme des ailes de strige, les portes de l&rsquo;effroi se rabattent sur nous. Que veut dire \u00ab n&rsquo;a jamais commenc\u00e9 d&rsquo;\u00eatre \u00bb ? M\u00eame lorsque nous Le pla\u00e7ons \u00e0 l&rsquo;origine de l&rsquo;uni\u00advers, avant la cr\u00e9ation de toutes choses, nous faisons exister Dieu dans une dimension temporelle, autre sans doute, mais aussi r\u00e9elle que la n\u00f4tre. Dieu peut \u00eatre ant\u00e9rieur \u00e0 l&rsquo;univers et devoir lui survivre, Il n&rsquo;en a pas moins, comme nous, un d\u00e9but et une fin \u2013 simplement plus \u00e9loign\u00e9s que les n\u00f4tres. Nous ne pouvons concevoir qu&rsquo;Il transcende totalement le Temps, qu&rsquo;Il \u00e9chappe \u00e0 la Mort, qu&rsquo;il ne soit jamais n\u00e9 et ne doive jamais cesser d&rsquo;exister.<\/p>\n<p align=\"justify\"><i>Celui qui n&rsquo;a jamais commenc\u00e9 d&rsquo;\u00eatre, Celui qui a toujours exist\u00e9, Celui qui ne finira jamais : Dieu.<\/i><\/p>\n<p align=\"justify\">Et m\u00eame si, avec la Science moderne, nous imaginons les univers se succ\u00e9dant ainsi qu&rsquo;en une immesurable respiration, chaque univers manifest\u00e9 correspondant au souffle exhal\u00e9 tandis que le souffle inhal\u00e9 se traduirait par la r\u00e9absorption de cet univers, m\u00eame si nous nous faisons fort d&rsquo;\u00e9chafauder une th\u00e9orie de cette respiration cosmique, nous assigne\u00adrons \u00e0 l&rsquo;\u00catre qui respire un premier souffle et un dernier, nous dirons qu&rsquo;un jour disparu dans les in\u00adcalculables r\u00e9volutions du Temps, Dieu a cr\u00e9\u00e9 un premier univers et a pour ce faire commenc\u00e9 d&rsquo;exis\u00adter, de m\u00eame qu&rsquo;Il en cr\u00e9era un dernier dans un avenir pr\u00e9visible mais ind\u00e9termin\u00e9, apr\u00e8s lequel Il s&rsquo;\u00e9teindra. Nous pouvons rejeter dans le plus lointain pass\u00e9 et dans l&rsquo;avenir le plus \u00e9loign\u00e9 la cr\u00e9ation ou les cr\u00e9ations de Dieu, mais l\u00e0 o\u00f9 s&rsquo;arr\u00eate la port\u00e9e de notre regard, l\u00e0 s&rsquo;arr\u00eate pour nous le pouvoir de Dieu. Nous ne pouvons imaginer qu&rsquo;il n&rsquo;y eut jamais de premier univers et qu&rsquo;il n&rsquo;y en aura jamais de dernier. Et si cette id\u00e9e nous fr\u00f4le, un vertige nous prend devant son absurdit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">Il n&rsquo;y eut jamais de premier univers. II n&rsquo;y en aura jamais de dernier. Est-ce \u00e0 dire que tous les univers sont simultan\u00e9s et qu&rsquo;ils sont \u00e9ternels ? Mais la Mort qui nie l&rsquo;\u00c9ternit\u00e9, mesure le Temps, marque notre d\u00e9but et notre fin, la Mort dit qu&rsquo;il y eut un d\u00e9but dans les cycles de la cr\u00e9ation et qu&rsquo;il s&rsquo;y trouvera une fin. Et nous la croyons. Si elle mentait, pourtant ? Si la Mort \u00e9tait mensonge ?<\/p>\n<p align=\"justify\">Ce Pouvoir qui ploie tous les \u00eatres et auquel le corps m\u00eame du cosmos ob\u00e9it, ce Pouvoir o\u00f9 tout s&rsquo;annule, de l&rsquo;atome aux galaxies, ce Pouvoir qui commande \u00e0 la cr\u00e9ation enti\u00e8re au point d&rsquo;en sem\u00adbler \u00eatre l&rsquo;auteur \u2014 \u00f4 Mort, ombre de Dieu, pourquoi n&rsquo;existes-tu que l\u00e0 o\u00f9 ma conscience ne Le per\u00e7oit pas ? Aveuglement de la Lumi\u00e8re, en ce monde que je sais \u00eatre Lui, est-ce ta seule pr\u00e9sence qui m&#8217;em\u00adp\u00eache de Le voir ? D\u00e9passant ce monde pour Le sen\u00adtir et L&rsquo;\u00eatre, ma conscience te d\u00e9passe aussit\u00f4t. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, toi ; de l&rsquo;autre, Lui. Et Lui seul est r\u00e9el, l&rsquo;immortalit\u00e9 seule est vraie, seule existe l&rsquo;\u00c9ternit\u00e9. Qui es-tu donc, \u00f4 Mort, envers de Dieu ?<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;esprit cherche et m\u00e9dite sans cesse, redoutant de trouver et s&rsquo;abandonnant quand m\u00eame peu \u00e0 peu \u00e0 ce qui va le d\u00e9truire \u2013 l\u00e0 o\u00f9 je n&rsquo;existe pas, l\u00e0 je suis immortel. En cette dimension o\u00f9 je n&rsquo;ai pas d&rsquo;exis\u00adtence s\u00e9par\u00e9e, \u00f4 Mort, tu n&rsquo;as pas de prise sur moi. Seule, peut mourir ma personnalit\u00e9 ; mon \u00e2me, elle, est immortelle. Et je peux conna\u00eetre mon \u00e2me, je peux \u00eatre Dieu, me savoir et me vivre \u00e9ternel. Moi, le fini, peux me conna\u00eetre infini et voir et savoir, en mon \u00e9ternit\u00e9, la cause qui m&rsquo;arrache \u00e0 moi-m\u00eame, me morcelle et m&#8217;emmure dans le fini.<\/p>\n<p align=\"justify\">Encore un pas, et l&rsquo;esprit va mourir et rena\u00eetre la v\u00e9rit\u00e9 \u2013 le corps infini de Dieu, la Mort le divise sans fin, transmuant l&rsquo;Un en Innombrable. Elle impose la limite, le d\u00e9but et le terme, enfantant autant qu&rsquo;elle tue, faisant appara\u00eetre et dispara\u00eetre les myriades alors qu&rsquo;\u00e0 jamais il n&rsquo;existe que l&rsquo;Un.<\/p>\n<p align=\"justify\">Cr\u00e9ant avec un c\u0153ur calme et insensible <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\"><sup>7<\/sup><\/a>, est-ce donc elle, le Pouvoir cr\u00e9ateur \u00ab obligeant le rien de prendre forme \u00bb, le Pouvoir gr\u00e2ce auquel Dieu se manifeste ? \u00d4 Mort, pouvoir de l&rsquo;Immortel, toi qui transmues l&rsquo;or en plomb, le Soleil en t\u00e9n\u00e8bre et en pierre, est-ce donc toi qui te tiens \u00e0 l&rsquo;or\u00e9e des mondes, mais poss\u00e9dant un autre visage que celui de vampire imp\u00e9rial qui nous hante, mais offrant des traits de feu et de diamant o\u00f9 n&rsquo;existe peut-\u00eatre que l&rsquo;Amour ?<\/p>\n<p align=\"justify\">Sans rel\u00e2che, l&rsquo;homme interroge. Et sa voix \u00e9perdue monte dans la nuit. Tant\u00f4t voix de po\u00e8te mettant en psaumes la gloire du vortex \u00e9toil\u00e9, tant\u00f4t voix de penseur mettant en postulats les phases de sa lutte contre l&rsquo;insaisissable v\u00e9rit\u00e9. Et le m\u00eame homme enivre de chants vivaces et fige en des aphorismes bient\u00f4t p\u00e9rim\u00e9s les \u00e9tapes de sa queste en il ne sait quoi vers ce qu&rsquo;il ne conna\u00eet pas ; le m\u00eame homme fr\u00e9mit d&rsquo;extase en pressentant son au-del\u00e0 de lumi\u00e8re et se perd dans les d\u00e9dales obscurs du doute et de l&rsquo;incompr\u00e9hension. Le m\u00eame homme adore et se d\u00e9bat. In\u00e9luctable et folie dialectique dont la Mort, en souriant, \u00e9nonce la th\u00e8se, qui est Dieu, puis l&rsquo;antith\u00e8se, qui est l&rsquo;univers, sans qu&rsquo;aucune synth\u00e8se nous paraisse possible. Et pourtant, au fond de nous, se trouve la r\u00e9ponse. Pourtant, pourtant, se concilient en nous l&rsquo;\u00c9ternit\u00e9 aspatiale et l&rsquo;immensit\u00e9 spatio-temporelle. Faut-il, de guerre lasse, renoncer \u00e0 trouver le chemin pour qu&rsquo;enfin il se r\u00e9v\u00e8le, fermer les yeux, s&rsquo;abandonner, quitter l&rsquo;enclos de la cons\u00adcience habituelle pour qu&rsquo;une autre, insoup\u00e7onn\u00e9e, s&rsquo;\u00e9claire alors ? Que faut-il faire pour conna\u00eetre ce que nous savons depuis toujours, ou simplement pour l&rsquo;accepter ? Faut-il, comme l&rsquo;enjoignent les voyants, faut-il vraiment que s&rsquo;endorme celui que nous croyons \u00eatre afin que, glissant au fil d&rsquo;un fleuve dont l&rsquo;onde est m\u00e9moire d&rsquo;autres mondes, nous puissions enfin rallier notre centre rayonnant o\u00f9, depuis toujours, nous nous attendons nous-m\u00eames afin de nous \u00e9treindre et qu&rsquo;alors soit un pour nous ce qui n&rsquo;a jamais cess\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre mais qui, toujours, nous semble deux ?<\/p>\n<p align=\"justify\">Ferme les yeux, alors, et laisse-toi porter, \u00eatre qui veux savoir. Laisse en toi retentir la Voix paisible de l&rsquo;Amour en lequel tout est un. \u00c9coute, \u00f4 \u00e2me humaine. Ouvre-toi doucement et p\u00e9n\u00e8tre en toi-m\u00eame. Enfonce-toi sans fin en toi-m\u00eame comme en un ciel sans bornes. Sois ce que dit la Voix muette dont ta vie est le son. Nul mot n&rsquo;a besoin d&rsquo;\u00eatre prononc\u00e9. Tu es la parole vivante du Silence. C&rsquo;est ainsi seulement que tu peux savoir, en te laissant porter par le Silence lumineux que tu es en toi-m\u00eame.<\/p>\n<p align=\"justify\">Si Dieu n&rsquo;a jamais commenc\u00e9 d&rsquo;\u00eatre ni com\u00admenc\u00e9 de cr\u00e9er, si l&rsquo;univers, ou l&rsquo;innombrable cha\u00eene des univers n&rsquo;a jamais commenc\u00e9 d&rsquo;exister <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote8sym\" name=\"sdfootnote8anc\"><sup>8<\/sup><\/a>, si tous deux sont \u00e9ternels, ils sont simultan\u00e9s et se contiennent l&rsquo;un l&rsquo;autre, car il ne peut y avoir deux infinis. Ils sont deux \u00e9tats coexistants du m\u00eame \u00catre que la Mort semble dissocier, rendre paral\u00adl\u00e8les et emp\u00eacher de se rejoindre lors m\u00eame que, par-del\u00e0 la conscience de leur dimension propre, ils continuent de ne constituer qu&rsquo;un seul \u00catre. <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote9sym\" name=\"sdfootnote9anc\"><sup>9<\/sup><\/a> Un seul \u00catre est Dieu, un seul \u00catre est l&rsquo;univers. Et l&rsquo;\u00catre qui est Dieu est en m\u00eame temps l&rsquo;univers. Dieu est l&rsquo;\u00e2me, et l&rsquo;univers le corps d&rsquo;un seul \u00catre. Et l&rsquo;\u00e2me de cet \u00catre n&rsquo;est jamais n\u00e9e, le corps de cet \u00catre n&rsquo;est jamais n\u00e9. Et jamais non plus ils ne mourront.<\/p>\n<p align=\"justify\">La Mort est simplement ce qui semble s\u00e9parer le corps \u00e9ternel du Divin de Son \u00e2me \u00e9ternelle. Elle ne Lui est pas \u00e9trang\u00e8re. Elle est l&rsquo;acte \u00e9ternel par lequel Il se manifeste sans fin, le geste par lequel Il passe perp\u00e9tuellement de Son immobilit\u00e9 qui con\u00adtient tout \u00e0 Son mouvement qui exprime tout. Sans la limite qu&rsquo;elle Lui impose, Il ne pourrait se traduire en univers. Sans la Mort, l&rsquo;univers ne pourrait exister. Sans le d\u00e9but et la fin qu&rsquo;elle im\u00adpose, la forme serait impossible, tout serait fondu dans l&rsquo;illimit\u00e9, sans existence particuli\u00e8re. L&rsquo;univers serait une informelle immensit\u00e9 de Lumi\u00e8re, serait pr\u00e9cis\u00e9ment cela qu&rsquo;est Dieu en Sa transcendance. Seul, existerait un N\u00e9ant \u00e9blouissant, et Dieu ne serait pas infini, car manquerait alors \u00e0 Son infini\u00adtude cette traduction de l&rsquo;univers.<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;infini, pour \u00eatre infini, doit aller jusqu&rsquo;\u00e0 sembler fini. Rien, pas m\u00eame ce pouvoir de sem\u00adbler fini, n&rsquo;en peut \u00eatre retranch\u00e9. Rien ne peut \u00eatre retranch\u00e9 de Dieu, \u00e0 moins de nier Sa divinit\u00e9, qui est de tout \u00eatre, f\u00fbt-ce cela qui parait Le contredire ou L&rsquo;exclure. <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote10sym\" name=\"sdfootnote10anc\"><sup>10<\/sup><\/a><\/p>\n<p align=\"justify\">Ou bien l&rsquo;univers est un aspect de Dieu, ou bien Dieu n&rsquo;existe nulle part. Et si Dieu n&rsquo;existe nulle part, l&rsquo;univers ne peut exister. Inversement, si l&rsquo;univers n&rsquo;existe pas, Dieu ne peut exister non plus, car Sa divinit\u00e9 cesse alors d&rsquo;\u00eatre compl\u00e8te, Son infinitude se limite \u00e0 Sa transcendance et, par l\u00e0 m\u00eame, n&rsquo;est plus infinie. Et Dieu n&rsquo;\u00e9tant plus Dieu, rien ne peut plus exister.<\/p>\n<p align=\"justify\">Mais le paradoxe est trop ind\u00e9chiffrable. \u00c0 nous hisser vers l&rsquo;irrespir\u00e9, il nous semble que s&rsquo;effondre tout ce que nous sommes et tout ce qui nous entoure et qu&rsquo;Icares impr\u00e9voyants nous avons d\u00e9fi\u00e9 un ordre trop grand en voulant nous \u00e9lever au-dessus du labyrinthe de la pens\u00e9e. Les portes du Soleil nous sont \u00e0 jamais ferm\u00e9es, devant lesquelles se tient la Mort <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote11sym\" name=\"sdfootnote11anc\"><sup>11<\/sup><\/a> nous repoussant de son sourire inexorable : non, nous ne conna\u00eetrons pas le secret de l&rsquo;immorta\u00adlit\u00e9. Qu&rsquo;Icare retombe et se fracasse dans l&rsquo;oc\u00e9an des choses. Nous ne saurons jamais le myst\u00e8re qui se d\u00e9roule au-del\u00e0 des portes de feu. \u00c0 moins que nous n&rsquo;en vainquions le gardien et ne chantions le chant qui doit dompter l&rsquo;ab\u00eeme.<\/p>\n<p align=\"justify\">Cela veut dire mourir \u00e0 la Mort, cela veut dire tuer la Mort, la transfigurer en son contraire, l&rsquo;inverser, la traverser les yeux ouverts afin de se retrouver au centre du Soleil, devenir \u2013 redevenir \u2013 soi-m\u00eame Soleil, et Soleil du Soleil, infini de Lu\u00admi\u00e8re connaissante, \u00c9ternit\u00e9, V\u00e9rit\u00e9, Libert\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">Comme un miroir en feu, il nous faut traverser cette ultime apparence de nous-m\u00eames qu&rsquo;est la Mort. Il nous faut accepter de dispara\u00eetre pour tout redevenir, accepter de mourir \u00e0 nous-m\u00eames pour nous savoir immortels. Il nous faut accepter qu&rsquo;en cendres soit r\u00e9duit l&rsquo;infiniment petit que nous croyons \u00eatre afin que resplendisse le Feu vivant de l&rsquo;infiniment grand que nous sommes en r\u00e9alit\u00e9. Qu&rsquo;\u00e0 jamais se dissolve ce qui, en nous, dit Je pour qu&rsquo;\u00e0 jamais rayonne ce qui, en tous, est Moi.<\/p>\n<p align=\"justify\">Mourir \u2013 oui, il nous faut donc mourir, mais c&rsquo;est \u00e0 tout le factice o\u00f9 nous vivons, mais c&rsquo;est pour rena\u00eetre \u00e0 notre v\u00e9rit\u00e9, c&rsquo;est pour nous r\u00e9veiller Dieu au terme d&rsquo;un songe encore inachev\u00e9. Nous n&rsquo;avons pas d&rsquo;autre raison d&rsquo;\u00eatre que Dieu, pas d&rsquo;autre raison de vivre que de redevenir Dieu. Y fall\u00fbt-il mettre encore des \u00e2ges, notre vol vers le Soleil sera un jour triomphant. Que rien ne nous contente, alors, que rien non plus ne nous d\u00e9sesp\u00e8re, ni ne nous affaiblisse. Nous entrerons dans le Soleil, nous serons immortels <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote12sym\" name=\"sdfootnote12anc\"><sup>12<\/sup><\/a>, et de nouveau nous serons Dieu.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a> \u00ab L&rsquo;amour de l&rsquo;inaction est sottise, et sottise le m\u00e9pris de l&rsquo;inaction \u2014 il n&rsquo;y a pas d&rsquo;inaction. La pierre inerte sur le sable, que tu envoies promener d&rsquo;un coup de pied distrait, a produit son effet sur les h\u00e9misph\u00e8res. \u00bb Sri Aurobindo, <i>Pens\u00e9es et aphorismes<\/i>.<br \/>\n<a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a> Pour Sri Aurobindo, l&rsquo;\u00eatre divin en l&rsquo;homme a un double aspect : l&rsquo;Esprit, ou Moi, qui est toujours un avec le Divin \u00e9ternel et infini ; et l&rsquo;\u00eatre psychique, \u00e9tincelle de la Divinit\u00e9 \u00e9mise dans la manifestation \u00e9volutive et y grandissant de vie en vie, en sorte que c&rsquo;est bien nous \u2014 ce qu&rsquo;au fond de nous nous sommes \u2014 que concernent l&rsquo;\u00e9volution de la race et sa transfigu\u00adration en une esp\u00e8ce surhumaine. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs l\u00e0 la clef de vo\u00fbte de l&rsquo;enseignement de Sri Aurobindo : seul, cet \u00eatre psychique (dont le yoga peut nous rendre conscients) justifie, par son progressif \u00e9panouissement, notre pr\u00e9sence, autrement incompr\u00e9hen\u00adsible et injustifiable, sur la Terre. Nous cessons, gr\u00e2ce \u00e0 lui, d&rsquo;\u00eatre promis aux enfers et aux paradis des religions, au n\u00e9ant du mat\u00e9rialisme ou du bouddhisme. Notre vie, compos\u00e9e de vies innombrables, prend enfin tout son sens et trouve son couronnement en l&rsquo;union, demain, avec Dieu, c&rsquo;est \u00e0-dire en l&rsquo;immortalit\u00e9 dans un corps transmu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;image de la Divinit\u00e9.<br \/>\n<a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a> \u00ab Le bien et le mal sont un \u00bb. H\u00e9raclite.<br \/>\n<a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a> C&rsquo;est le point de vue de Spinoza, pour qui \u00ab la connaissance du mal est une connaissance inad\u00e9quate \u00bb. (<i>\u00c9thique<\/i>) De son c\u00f4t\u00e9, Sri Aurobindo \u00e9crit : \u00ab Dans la Providence de Dieu, le mal n&rsquo;existe pas : seul le bien existe, ou sa pr\u00e9paration. \u00bb (<i>Pens\u00e9es et aphorismes<\/i>) Et : \u00ab La Providence n&rsquo;est pas seulement ce qui me sauve du naufrage quand tous les autres ont p\u00e9ri. La Providence est aussi ce qui m&rsquo;arrache ma derni\u00e8re planche de salut, tandis que tous les autres sont sauv\u00e9s, et me noie dans l&rsquo;oc\u00e9an d\u00e9sert. \u00bb (ibid)<br \/>\n<a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5 <\/a> <i>Bhagavad-Gu\u00eet\u00e2<\/i>, XI 33. (C&rsquo;est Dieu \u2014 Krishna \u2014 qui parle.)<br \/>\n<a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\">6<\/a> \u00ab En moi tous se r\u00e9fugient, car moi, la Mort, je suis Dieu. \u00bb Sri Aurobindo, <i>Savitri<\/i>, Livre X, Chant III.<br \/>\n<a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote7anc\" name=\"sdfootnote7sym\">7<\/a> Sri Aurobindo, <i>Savitri<\/i>, Livre X, Chant 2. (C&rsquo;est la Mort elle-m\u00eame qui, dans ces vers, parle de son r\u00f4le.)<br \/>\n<a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote8anc\" name=\"sdfootnote8sym\">8<\/a> \u00ab Sache que le Pourousha [l&rsquo;Esprit] et la Prakriti [la Nature] sont tous deux \u00e9ternels sans commencement. \u00bb (<i>Bhagavad-Gu\u00eet\u00e2<\/i> XIII, 20)<br \/>\n<a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote9anc\" name=\"sdfootnote9sym\">9<\/a> C&rsquo;est le Pouroush\u00f4ttama de la <i>Gu\u00eet\u00e2<\/i>, le Supr\u00eame qui d\u00e9passe et le manifest\u00e9 et le non-manifest\u00e9 tout en les contenant tous les deux.<br \/>\n<a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote10anc\" name=\"sdfootnote10sym\">10<\/a> \u00ab Ce pouvoir de limiter sa force et d\u2019\u0153uvrer par cette auto-limitation, par le biais de ce que nous appelons labeur, lutte, difficult\u00e9, par ce qui nous semble une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9checs ou de succ\u00e8s \u00e0 demi contrari\u00e9s, et d&rsquo;accomplir gr\u00e2ce \u00e0 eux son intention secr\u00e8te, n&rsquo;est donc pas un signe, une preuve de la r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;une faiblesse, mais un signe, une preuve \u2014 les plus grands pos\u00adsibles \u2013 de la r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;une omnipotence absolue. \u00bb Sri Aurobindo. <i>La vie divine<\/i>.<br \/>\n<a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote11anc\" name=\"sdfootnote11sym\">11<\/a> Dans l&rsquo;ancienne pens\u00e9e indienne, Yama, la Mort, est fils du Soleil. Il est aussi le Temps.<br \/>\n<a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote12anc\" name=\"sdfootnote12sym\">12<\/a> \u00ab De mort, il n&rsquo;y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine, il n&rsquo;y en aura plus, car l&rsquo;ancien monde s&rsquo;en est all\u00e9. \u00bb <i>Apocalypse<\/i>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Passent les jours et les semaines. Passent les mois et les ann\u00e9es. Les si\u00e8cles et les mill\u00e9naires peuvent passer de m\u00eame. Cela est en nous. Et cela est la v\u00e9rit\u00e9. Ext\u00e9rieurement, comme une pluie ruisselant sur nos traits, les brouillant, les effa\u00e7ant, nous emp\u00eachant d&rsquo;y voir clair, les \u00e9v\u00e9nements peuvent se succ\u00e9der. Nous pouvons \u00eatre pr\u00e9cipit\u00e9s dans le torrent des passions, emport\u00e9s par le vent de l&rsquo;Histoire, dispara\u00eetre dans les d\u00e9serts d&rsquo;\u00e9poques sans vie ou dans les abysses de temps muets o\u00f9 se pr\u00e9parent les \u00e8res nouvelles, nous pouvons \u00eatre prisonniers de toute cette quasi invincible apparence, entich\u00e9s de ce presque inexpugnable visage des choses, cela existe : envers et contre tout, il y a en nous cette fleur de feu que nous avons vue un jour et qui ne cesse de s&rsquo;\u00e9panouir, cette flamme d&rsquo;or qui ne cesse de grandir et se nourrit de notre obscurit\u00e9 m\u00eame, de notre confusion, de notre ignorance et fait de notre forme l&rsquo;athanor o\u00f9 la Nuit se d\u00e9nude et se transmue en Jour et o\u00f9, lentement, l&rsquo;exp\u00e9rience du Temps se change en la l\u00e9gende de l&rsquo;\u00c9ternit\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":14777,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1203],"tags":[533,275,108,935,16],"class_list":["post-16213","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archaka","tag-dieu","tag-dualite","tag-evolution","tag-manifestation","tag-mort"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.0 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Je et Moi par Archaka - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/je-et-moi-par-archaka\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Je et Moi par Archaka - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Passent les jours et les semaines. 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