{"id":16250,"date":"2014-07-12T15:51:14","date_gmt":"2014-07-12T14:51:14","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=16250"},"modified":"2014-07-12T15:51:14","modified_gmt":"2014-07-12T14:51:14","slug":"lalchimie-dans-lepopee-occidentale-par-jean-markale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/lalchimie-dans-lepopee-occidentale-par-jean-markale\/","title":{"rendered":"L&rsquo;alchimie dans l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e occidentale par Jean Markale"},"content":{"rendered":"<p class=\"western\" align=\"justify\">(Revue Question De. No 51. Janvier-F\u00e9vrier-Mars 1983)<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">\u00ab Il est des choses \u00e9tranges qui d\u00e9passent la raison, la s\u00e9duisent ou l&rsquo;inqui\u00e8tent, et que celle-ci, esclave de l&rsquo;ignorant pr\u00e9jug\u00e9 et du scepticisme de mode, d&#8217;embl\u00e9e, rejette et condamne ou, parfois, dissimule, apr\u00e8s les avoir secr\u00e8tement accept\u00e9es. Lors m\u00eame que le fait soit probant, s&rsquo;il n&rsquo;est rigoureusement contr\u00f4lable en ses moindres parties, mieux vaut le taire afin de n&rsquo;\u00eatre pas victime de la critique acerbe et de la facile d\u00e9rision. \u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">Ces r\u00e9flexions d\u00e9sabus\u00e9es sont d&rsquo;Eug\u00e8ne Canseliet (<\/span><span style=\"color: #000000;\"><i>Deux logis alchimiques<\/i><\/span><span style=\"color: #000000;\">, Paris, 1945, p. 15), mais on pourrait en citer bien d&rsquo;autres, sur ce m\u00eame sujet, et emprunt\u00e9es \u00e0 des auteurs de toute \u00e9poque, dans les disciplines les plus vari\u00e9es. Et pourtant, comme le souhaite Andr\u00e9 Breton, \u00ab si les profondeurs de notre esprit rec\u00e8lent d&rsquo;\u00e9tranges forces capables d&rsquo;augmenter celles de la surface, ou de lutter victorieusement contre elles, il y a tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 les capter, \u00e0 les capter d&rsquo;abord, pour les soumettre ensuite, s&rsquo;il y a lieu, au contr\u00f4le de notre raison \u00bb (<\/span><span style=\"color: #000000;\"><i>Manifeste du Surr\u00e9a\u00adlisme<\/i><\/span><span style=\"color: #000000;\">, 1924).<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">Il est vrai qu&rsquo;il est toujours difficile d&rsquo;admettre ce qui d\u00e9range les habitudes acquises, ce qui vient \u00e9branler une certitude dont l&rsquo;action euphorisante dissimule mal la vanit\u00e9. Quand on voit le soleil se lever le matin et se coucher le soir, il faut un raisonnement subtil pour nier l&rsquo;\u00e9vidence et pr\u00e9tendre que c&rsquo;est la terre qui tourne sur elle-m\u00eame, et autour du soleil. Nier cette r\u00e9alit\u00e9 apparente, c&rsquo;est rejeter du m\u00eame coup une mythologie solaire dont les images, qui n&rsquo;ont de valeur que sur le plan sym\u00adbolique, sont devenues, par suite de scl\u00e9rose et de s\u00e9para\u00adtion d&rsquo;avec le contexte primitif, les \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;un dogme immuable autant que stupide. Il en est de m\u00eame si l&rsquo;on vient dire que la foudre ne tombe pas sur un arbre, mais qu&rsquo;au contraire elle monte de l&rsquo;arbre vers le nuage, comme nous le prouvent les scientifiques : cela d\u00e9range non seulement notre vision imparfaite de la r\u00e9alit\u00e9, mais le ce qui va de soi mythologique. Que devient Zeus fou\u00addroyant les malheureux mortels qui le d\u00e9fient ? Et o\u00f9 Prom\u00e9th\u00e9e a-t-il \u00e9t\u00e9 chercher le feu du ciel ? Les Alchimistes sont all\u00e9s tr\u00e8s loin dans cette d\u00e9mystification, ce qui ne les a pas emp\u00each\u00e9s d&rsquo;utiliser les images symbo\u00adliques de la Mythologie en leur redonnant toute leur force vive. C&rsquo;est dire l&rsquo;int\u00e9r\u00eat qu&rsquo;on peut porter aux nombreux textes \u00e9crits par des Adeptes, et m\u00eame aux r\u00e9cits de la Tradition dite mythologique qui perdurent dans ce qu&rsquo;il est convenu d&rsquo;appeler la litt\u00e9rature \u00e9pique.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><b><span style=\"color: #000000;\">L&rsquo;ALCHIMIE ? CE N&rsquo;EST PAS S\u00c9RIEUX<br \/>\n<\/span><\/b><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">En 1957, j&rsquo;avais r\u00e9alis\u00e9 pour la radio une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9mis\u00adsions consacr\u00e9es \u00e0 la \u00ab Litt\u00e9rature Alchimique \u00bb. Je me bornais d&rsquo;ailleurs \u00e0 mettre en relief la beaut\u00e9 po\u00e9tique et artistique de cette litt\u00e9rature. Mais si les \u00e9missions furent bien re\u00e7ues par le public, elles me valurent des critiques acerbes de la part de la direction des pro\u00adgrammes. Comment peut-on croire \u00e0 de pareilles sornettes ? L&rsquo;Alchimie, ce n&rsquo;est pas s\u00e9rieux. C&rsquo;est m\u00eame une aberration. En 1960, j&rsquo;avais publi\u00e9 dans les remarquables Cahiers du Sud une longue \u00e9tude consacr\u00e9e \u00e0 \u00ab <\/span><span style=\"color: #000000;\"><i>Rome et l&rsquo;\u00c9pop\u00e9e celtique<\/i><\/span><span style=\"color: #000000;\"> \u00bb. J&rsquo;y confrontais le Mythe et l&rsquo;Histoire dans un essai de reconstitution de l&rsquo;ancienne \u00e9pop\u00e9e gauloise \u00e0 travers des documents grecs et latins. Ce travail fut, en g\u00e9n\u00e9ral, fort bien accept\u00e9 dans ses conclusions. Mais, lorsqu&rsquo;en 1961, dans les m\u00eames Cahiers du Sud, j&rsquo;allais plus loin avec une \u00e9tude sur <\/span><span style=\"color: #000000;\"><i>Delphes et l&rsquo;Aventure celtique<\/i><\/span><span style=\"color: #000000;\">, la m\u00e9fiance fut unanime. J&rsquo;avais en effet eu l&rsquo;au\u00addace de comparer certains \u00e9l\u00e9ments de l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e celtique avec des textes alchimiques, et l&rsquo;Or de Delphes \u00e9tait consciemment identifi\u00e9 avec l&rsquo;Or Philosophique. Que n&rsquo;avais-je pas dit ! J&rsquo;\u00e9tais devenu un r\u00eaveur, un na\u00eff, j&rsquo;\u00e9tais tomb\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9sot\u00e9risme \u00e0 la petite semaine. En fait, il fallait choisir : \u00eatre un mythologue et me contenter d&rsquo;un commentaire scientifique des anciennes \u00e9pop\u00e9es, ou bien broder sur des chim\u00e8res.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">Ce n&rsquo;est pourtant point ma faute si les r\u00e9cits \u00e9piques, sous leur apparente na\u00efvet\u00e9, rec\u00e8lent tant d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments \u00e9tranges qui \u00e9noncent de fa\u00e7on po\u00e9tique ce que la science moderne traduit sous forme d&rsquo;\u00e9quation. La belle histoire irlandaise de Bran, fils de F\u00e9bal, qui reste deux mois dans la Terre des F\u00e9es et qui, revenu en Irlande, s&rsquo;aper\u00e7oit qu&rsquo;il s&rsquo;est \u00e9coul\u00e9 deux cents ans, n&rsquo;est pas autre chose qu&rsquo;une illustration de la th\u00e9orie de la Relativit\u00e9. Les mys\u00adt\u00e9rieuses navigations et les longues qu\u00eates qui fourmillent dans les \u00e9pop\u00e9es sont des r\u00e9cits initiatiques transparents. Et bien souvent, les audaces de ces auteurs plus ou moins anonymes rejoignent les <\/span><span style=\"color: #000000;\">soi-disant<\/span><span style=\"color: #000000;\"> non-sens des Alchi\u00admistes traquant la r\u00e9alit\u00e9 sous l&rsquo;apparence. \u00ab En effet, les yeux des Sages voient la Nature autrement que les yeux communs. Par exemple, les yeux du vulgaire voient que le soleil est chaud, mais les yeux des Philosophes, au contraire, voient que le soleil est plut\u00f4t froid, mais que ses mouvements sont chauds. Car ses fonctions et ses effets se comprennent par l&rsquo;\u00e9loignement des lieux. \u00bb Ces paroles du myst\u00e9rieux Adepte Cosmopolite (<\/span><span style=\"color: #000000;\"><i>Novum Lumen chymicum<\/i><\/span><span style=\"color: #000000;\">) sont des paroles scientifiques d&rsquo;une \u00e9tonnante modernit\u00e9, mais aussi des clefs pour la compr\u00e9\u00adhension des \u00e9pop\u00e9es les plus anciennes de notre tradition occidentale.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><b><span style=\"color: #000000;\">LE PROBL\u00c8ME DES ORIGINES<\/span><\/b><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">Mais cela pose un probl\u00e8me. L&rsquo;alchimie semble d&rsquo;origine orientale, et en tous cas, elle ne s&rsquo;est gu\u00e8re d\u00e9velopp\u00e9e en occident qu&rsquo;\u00e0 partir du XIIe si\u00e8cle. On peut par cons\u00e9\u00adquent se demander si les \u00e9l\u00e9ments alchimiques qu&rsquo;on d\u00e9c\u00e8le dans les textes \u00e9piques celtiques, ou b\u00e2tis sur des mod\u00e8les celtiques, comme les Romans de la Table Ronde, n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 introduits \u00e0 cette \u00e9poque. C&rsquo;est fort possible, et c&rsquo;est m\u00eame prouv\u00e9 dans certains cas, notamment dans la version de la qu\u00eate du Graal \u00e9crite par Wolfram von Eschenbach. Mais d&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, des \u00e9l\u00e9ments class\u00e9s comme alchimiques, se trouvent d\u00e9j\u00e0 dans les mod\u00e8les celtiques dont les versions primitives remontent bien avant le XIIe si\u00e8cle. De deux choses l&rsquo;une : ou bien des symboles \u00e9piques \u2013 et mythologiques \u2013 pr\u00e9existants ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s par les Adeptes et les \u00e9crivains alchimistes, ou bien des notions d&rsquo;Alchimie traditionnelle \u00e9taient connues en Occident, en particulier dans le domaine cul\u00adturel des Celtes, et cela depuis fort longtemps. Il est diffi\u00adcile de r\u00e9soudre ce <\/span><span style=\"color: #000000;\">dilemme<\/span><span style=\"color: #000000;\">, mais par contre il y a bien trop de concordances pour que les rapports entre l&rsquo;\u00e9po\u00adp\u00e9e celtique et l&rsquo;Alchimie traditionnelle soient le fruit de co\u00efncidences fortuites. Apr\u00e8s tout, peut-\u00eatre l&rsquo;Alchimie a-t-elle \u00e9t\u00e9, sous une forme sp\u00e9culative, une pens\u00e9e philo\u00adsophique commune \u00e0 de nombreux peuples, et sans pr\u00e9\u00adtendre que les Celtes l&rsquo;aient pratiqu\u00e9e de fa\u00e7on op\u00e9rative, il est n\u00e9cessaire d&rsquo;en tenir compte, surtout lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;essayer d&rsquo;interpr\u00e9ter des textes difficiles ou dont la polys\u00e9mie ne permet pas de conclusions d\u00e9finitives.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><b><span style=\"color: #000000;\">P\u00c9RIPLE INITIATIQUE<\/span><\/b><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">Il ne fait de doute pour personne que le Graal est un symbole alchimique et que la \u00ab qu\u00eate \u00bb qui conduit le chevalier au ch\u00e2teau de Corb\u00e9nic (ou Monsalvage) est un p\u00e9riple initiatique. Mais il ne semble pas, en derni\u00e8re analyse, que le Graal primitif puisse s&rsquo;identifier avec la Pierre Philosophale. Sans entrer dans des d\u00e9tails que j&rsquo;ai examin\u00e9s ailleurs (J. Mark<\/span><span style=\"color: #000000;\">a<\/span><span style=\"color: #000000;\">le, <\/span><span style=\"color: #000000;\"><i>le Graal<\/i><\/span><span style=\"color: #000000;\">, \u00e9d. Retz, Paris, 1982), on peut affirmer qu&rsquo;une seule des versions de la Qu\u00eate du Graal, le <\/span><span style=\"color: #000000;\"><i>Parzival<\/i><\/span><span style=\"color: #000000;\"> de l&rsquo;allemand Wolfram von Eschenbach, pr\u00e9sente une texture dans laquelle se recon\u00adnaisse une volont\u00e9 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e d&rsquo;incorporer des renseigne\u00adments alchimiques. De son aveu m\u00eame, Wolfram a utilis\u00e9 la version fran\u00e7aise de Chr\u00e9tien de Troyes en y ajoutant des \u00e9l\u00e9ments h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes et en accentuant l&rsquo;aspect initia\u00adtique. D&rsquo;ailleurs, le fait que, chez Wolfram, le Graal soit une pierre, et non un simple r\u00e9cipient comme dans toutes les autres versions de la Qu\u00eate, est r\u00e9v\u00e9lateur d&rsquo;un \u00e9tat d&rsquo;esprit. La troublante communaut\u00e9 des Templiers, gar\u00addiens du Graal et mainteneurs d&rsquo;une lign\u00e9e sacr\u00e9e, n&rsquo;a rien qui puisse infirmer cette opinion.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">Pourtant, les versions primitives de la Qu\u00eate du Graal contenaient d\u00e9j\u00e0 des anecdotes significatives. En premier lieu, l&rsquo;image du Roi-P\u00eacheur, roi du Graal, bless\u00e9 \u00e0 la cuisse, et donc boiteux, qui passe son temps \u00e0 p\u00eacher \u00e0 la ligne sur un \u00e9tang, ne peut laisser indiff\u00e9rent celui qui s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 la symbolique des Alchimistes. Ensuite, il y a le c\u00e9l\u00e8bre passage o\u00f9 chez Chr\u00e9tien, comme chez Wol\u00adfram, Perceval est en contemplation devant trois gouttes de sang sur la neige, ce qui lui rappelle la blancheur de la peau de sa bien-aim\u00e9e ainsi que le carmin de ses l\u00e8vres. On a surtout mis en valeur la beaut\u00e9 po\u00e9tique de cette image, n\u00e9gligeant ainsi sa valeur symbolique, mais il faut dire que cette image est tronqu\u00e9e dans Chr\u00e9tien et dans Wolfram : la version galloise de Peredur, beaucoup plus archa\u00efque, la restitue dans sa totalit\u00e9, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un corbeau qui boit le sang sur la neige. Au premier degr\u00e9, l&rsquo;image repr\u00e9sente la peau, les joues et les cheveux de la femme aim\u00e9e. Au second degr\u00e9, on peut y retrouver les trois couleurs fondamentales du Magist\u00e8re, noire, blanche et rouge. Et l&rsquo;image n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 invent\u00e9e par les auteurs du XIIe si\u00e8cle, puisqu&rsquo;on la retrouve dans un texte irlan\u00addais bien ant\u00e9rieur, l&rsquo;<\/span><span style=\"color: #000000;\"><i>Histoire de D\u00e9irdr\u00e9<\/i><\/span><span style=\"color: #000000;\">, o\u00f9 elle est \u00e9galement charg\u00e9e, au premier degr\u00e9, d&rsquo;une signification sen\u00adtimentale : l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne, voyant un corbeau qui boit du sang sur la neige, d\u00e9clare qu&rsquo;elle n&rsquo;aimera que l&rsquo;homme qui portera ces m\u00eames couleurs sur lui. Mais il est impossible de dire si la signification au deuxi\u00e8me degr\u00e9 a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la signification exot\u00e9rique, ou s&rsquo;il s&rsquo;agit simplement de la r\u00e9cup\u00e9ration d&rsquo;une image somme toute tr\u00e8s explicite.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><b><span style=\"color: #000000;\">LE ROI P\u00c9CHEUR<\/span><\/b><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">Il y a d&rsquo;autres \u00e9pisodes r\u00e9v\u00e9lateurs dans cette version gal\u00adloise de la Qu\u00eate, et qui n&rsquo;apparaissent pas ailleurs. Le h\u00e9ros, Peredur, est soumis par le Roi-P\u00eacheur \u00e0 une curieuse \u00e9preuve : il doit combattre, au b\u00e2ton, un jeune homme brun et un jeune homme blond, et \u00ab tirer du sang \u00bb \u00e0 ce dernier. Peredur r\u00e9ussit l&rsquo;\u00e9preuve, et dans un autre ch\u00e2teau, le roi, qui n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs que le double du P\u00eacheur, l&rsquo;oblige \u00e0 manier l&rsquo;\u00e9p\u00e9e contre un anneau de fer. L&rsquo;anneau est bris\u00e9, ainsi que l&rsquo;\u00e9p\u00e9e, mais Peredur remet ensemble les morceaux qui se ressoudent. Il r\u00e9ussit l&rsquo;\u00e9preuve une deuxi\u00e8me fois, mais la troisi\u00e8me fois, les morceaux ne se ressoudent pas. Cet \u00e9pisode inexplicable dans le contexte purement \u00e9pique devient tr\u00e8s clair si on l&rsquo;examine \u00e0 la lumi\u00e8re de l&rsquo;Alchimie. Que dire aussi d&rsquo;un autre \u00e9pisode o\u00f9, pour tuer un myst\u00e9rieux addanc, sorte de dragon cach\u00e9 dans une grotte, Peredur re\u00e7oit d&rsquo;une \u00e9trange \u00ab Imp\u00e9ratrice \u00bb une pierre qui lui permet de voir sans \u00eatre vu et de tuer ainsi le monstre ? Par ailleurs, Peredur accomplit un exploit qui ne peut \u00eatre qu&rsquo;alchi\u00admique : il tue un serpent qui a une pierre dans la queue, et cette pierre est pr\u00e9sent\u00e9e comme \u00ab donnant de l&rsquo;or \u00bb. On ne peut \u00eatre plus pr\u00e9cis, d&rsquo;autant plus qu&rsquo;il donne cette pierre \u00e0 son compagnon Etlym Gleddyfcoch (= \u00e0 l&rsquo;\u00e9p\u00e9e rouge), dont l&rsquo;armure est rouge, et qu&rsquo;il marie Etlym \u00e0 la \u00ab Comtesse des Prouesses \u00bb. Enfin, dans ce r\u00e9cit gallois de grande importance, la fameuse \u00ab porteuse du Graal \u00bb est un \u00eatre androgyne, parfois sous un aspect f\u00e9minin, parfois sous l&rsquo;aspect d&rsquo;un jeune homme, illus\u00adtrant parfaitement le Rebis de la tradition herm\u00e9tique. Est-ce \u00e0 dire que les Celtes, particuli\u00e8rement les Gallois, connaissaient, du moins sous une forme sp\u00e9culative, les grandes lignes de l&rsquo;Alchimie des Sages ?<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><b><span style=\"color: #000000;\">LE PHILTRE ET L&rsquo;ATHANOR<\/span><\/b><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">Certes, d&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, aussi bien dans les contes populaires que dans les \u00e9pop\u00e9es anciennes, le h\u00e9ros doit combattre un dragon pour obtenir la fille d&rsquo;un roi. Le h\u00e9ros est d&rsquo;ailleurs toujours bless\u00e9 au cours du combat, et c&rsquo;est un usurpateur qui apporte la t\u00eate du dragon au roi. Heureusement, la supercherie finit par \u00eatre d\u00e9cou\u00adverte et le h\u00e9ros peut savourer sa victoire. Dans la l\u00e9gende mondialement connue, Tristan ne manque pas de tuer un dragon pour obtenir Yseult, laquelle, comme son arch\u00e9type irlandais Grain\u00e9 (de Grein = soleil), est blonde et se pr\u00e9sente comme une divinit\u00e9 solaire. Tristan, lui, est lunaire, la lune \u00e9tant masculine et le soleil f\u00e9minin dans les langues celtiques. Cette inversion des r\u00f4les par rap\u00adport aux habitudes classiques gr\u00e9co-romaines n&rsquo;est pas sans importance dans la compr\u00e9hension du mythe et de ses significations latentes. En somme, l&rsquo;amour de Tristan et Yseult est la conjonction invers\u00e9e du soleil et de la lune. Et le soi-disant philtre que les h\u00e9ros boivent, para\u00eet-il par erreur, ne serait-il pas une image de l&rsquo;athanor ? Cet athanor, nous le retrouvons dans un autre \u00e9pisode de la l\u00e9gende de Tristan, dans le tr\u00e8s beau texte de la Folie Tristan, pour \u00eatre pr\u00e9cis. Tristan, d\u00e9guis\u00e9 en fou, se pr\u00e9\u00adsente \u00e0 la cour du roi Mark afin de revoir Yseult. Devant le roi et la reine, il raconte une folie, il d\u00e9lire en utilisant un langage \u00e0 double sens que seul Yseult peut comprendre. Il d\u00e9clare notamment au roi qu&rsquo;il a une amie, qu&rsquo;il veut l&rsquo;\u00e9changer contre la reine et qu&rsquo;il emm\u00e8nera \u00ab dans une grande salle&#8230; faite de verre, belle et grande ; au beau milieu, le soleil y darde ses rayons. Elle est suspendue en l&rsquo;air, et pend dans les nues ; quel que soit le vent, elle ne chancelle ni ne se balance. <\/span><span style=\"color: #000000;\">\u00c0<\/span><span style=\"color: #000000;\"> c\u00f4t\u00e9 de la salle se trouve une chambre faite de cristal et riche\u00adment lambriss\u00e9e. Quand le soleil se l\u00e8vera demain, il y r\u00e9pandra une grande clart\u00e9 \u00bb. On croirait lire la descrip\u00adtion d&rsquo;une des illustrations du livre des <\/span><span style=\"color: #000000;\"><i>douze Clefs de <\/i><\/span><span style=\"color: #000000;\"><i>L\u2019\u0152uvre<\/i><\/span><span style=\"color: #000000;\"><i> des Philosophes<\/i><\/span><span style=\"color: #000000;\"> de Basile Valentin. Et il ne faut pas oublier qu&rsquo;il s&rsquo;agit de la Folie Tristan : le mot folie est ambigu, au Moyen Age, d\u00e9signant \u00e9galement la feuil\u00adl\u00e9e, la \u00ab loge de feuillage \u00bb <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\"><sup>1<\/sup><\/a>, ce qui nous ram\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;\u00e9pi\u00adsode de la l\u00e9gende o\u00f9 Tristan et Yseult sont endormis. Le roi Mark les surprend, mais au lieu de les tuer, il remplace l&rsquo;\u00e9p\u00e9e de Tristan, qui \u00e9tait fich\u00e9e en terre entre les deux amants, par la sienne. On ne peut \u00eatre plus renseign\u00e9 quant \u00e0 la volont\u00e9 symbolique de l&rsquo;auteur.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">Au reste, l&rsquo;image de la chambre de soleil ou chambre de cristal, n&rsquo;est pas isol\u00e9e dans la l\u00e9gende de Tristan. Elle se trouve d\u00e9j\u00e0 dans le r\u00e9cit irlandais de Diarmaid et Grainn\u00e9, qui est l&rsquo;arch\u00e9type de Tristan et Yseult, ainsi que dans deux autres textes irlandais encore beaucoup plus anciens. Dans l&rsquo;un, l&rsquo;Histoire d&rsquo;Etaine, l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne, m\u00e9tamorphos\u00e9e en insecte par suite de la jalousie d&rsquo;une femme-f\u00e9e, est recueillie et r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e dans la \u00ab chambre de soleil \u00bb du dieu Oengus. Dans l&rsquo;autre, les aventures d&rsquo;Art, fils de Conn, le h\u00e9ros est re\u00e7u dans <\/span><span style=\"color: #000000;\">l\u2019\u00cele<\/span><span style=\"color: #000000;\"> Merveil\u00adleuse par une \u00e9trange reine qui le loge dans une chambre de cristal : \u00ab Belle \u00e9tait l&rsquo;apparence de cette chambre, avec ses portes de cristal et ses cuves intarissables, car bien qu&rsquo;elles ne fussent jamais remplies, elles \u00e9taient toujours pleines \u00bb <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\"><sup>2<\/sup><\/a>. Cette chambre de soleil o\u00f9 s&rsquo;accom\u00adplit la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration ou la maturation des \u00eatres n&rsquo;est pas au<\/span><span style=\"color: #000000;\">tr<\/span><span style=\"color: #000000;\">e chose que l&rsquo;athanor o\u00f9 s&rsquo;accomplit la cuisson n\u00e9ces\u00adsaire \u00e0 la transcendance de la mati\u00e8re premi\u00e8re. Mais compte tenu du fait que cette image provient du plus lointain pass\u00e9 mythologique des Celtes, il est difficile de ne pas y voir une r\u00e9surgence d&rsquo;une tradition universelle primitive, pr\u00e9sent\u00e9e de fa\u00e7on fragmentaire dans les \u00e9po\u00adp\u00e9es, de fa\u00e7on coh\u00e9rente dans les textes herm\u00e9tiques.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><b><span style=\"color: #000000;\">LA FONTAINE OUI BOUT<\/span><\/b><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">Dans l&rsquo;arch\u00e9type irlandais de la l\u00e9gende de Tristan, les deux amants sont r\u00e9fugi\u00e9s dans une grotte, mais le mari, qui les poursuit, les rep\u00e8re gr\u00e2ce \u00e0 des \u00e9pluchures jet\u00e9es dans le ruisseau qui traverse la grotte. On sait d&rsquo;une part que, dans la version allemande de Gottfried de Stras\u00adbourg, ce n&rsquo;est pas dans la for\u00eat que se r\u00e9fugient Tristan et Yseult, mais dans une grotte, et que, dans la version fran\u00e7aise de B\u00e9roul, le ruisseau sert \u00e0 charrier des messages de Tristan vers Yseult. Et lorsque les amants sont d\u00e9nonc\u00e9s et qu&rsquo;ils se retrouvent au bord d&rsquo;une fontaine, le roi Mark est install\u00e9 dans le pin qui surplombe : on se souvient que Tristan aper\u00e7oit l&rsquo;ombre du roi dans la fontaine et joue une v\u00e9ritable com\u00e9die. Cet \u00e9pisode n&rsquo;est pas sans r\u00e9sonances herm\u00e9tiques si l&rsquo;on consid\u00e8re les h\u00e9ros comme les symboles du Soufre, du Mercure et de l&rsquo;Esprit-feu \u00ab qui flotte \u00e0 la surface des eaux \u00bb.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">La fontaine elle-m\u00eame joue le r\u00f4le d&rsquo;un r\u00e9v\u00e9lateur, voire d&rsquo;un athanor. C&rsquo;est ce qui ressort d&rsquo;un bas-relief du por\u00adtail ouest de Notre-Dame de Paris, o\u00f9 nous voyons une fontaine sourdre sous les racines d&rsquo;un ch\u00eane tandis que le chevalier-alchimiste surveille ce qui se passe. C&rsquo;est aupr\u00e8s d&rsquo;une fontaine, la Fontaine de la Soif, que Rai\u00admondin rencontre la serpente M\u00e9lusine. C&rsquo;est aupr\u00e8s de la fameuse Fontaine \u00ab qui bout, bien qu&rsquo;elle soit plus froide que le marbre \u00bb que Merlin rencontre Viviane, et que le chevalier Yvain tente la grande aventure. L&rsquo;histoire d&rsquo;Yvain est bien curieuse : il prend de l&rsquo;eau dans la fon\u00adtaine et en verse sur une dalle de pierre qui se trouve imm\u00e9diatement aupr\u00e8s. Son geste d\u00e9clenche une violente temp\u00eate, un orage \u00e9pouvantable qui enl\u00e8ve toutes les feuilles des arbres. Apr\u00e8s quoi, des oiseaux se rassemblent sur un pin et chantent en harmonie extraordinaire. Enfin, un chevalier noir vient provoquer Yvain qui doit se battre durement : il est vainqueur, et apr\u00e8s quelques aventures, \u00e9pouse la veuve du chevalier noir.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">Le symbolisme de cette histoire est pr\u00e9cis. Nous sommes en pr\u00e9sence de la Fontaine des Sages, telle la \u00ab fontaine impudique \u00bb du ch\u00e2teau du Plessis-Bourr\u00e9 d\u00e9crite par Canseliet, et gr\u00e2ce \u00e0 laquelle \u00ab V\u00e9nus livre son eau pon\u00adtique, acu\u00e9e de sel harmoniac. Il convient de la recueillir avec soin, maintenant qu&rsquo;elle a re\u00e7u la meilleure partie du m\u00e9tal m\u00e2le, figur\u00e9 par l&rsquo;homme chancelant de fatigue \u00bb (<\/span><span style=\"color: #000000;\"><i>Deux logis alchimiques<\/i><\/span><span style=\"color: #000000;\">, p. 110). Mais Chr\u00e9tien de Troyes, qui raconte cette histoire dans son <\/span><span style=\"color: #000000;\"><i>Chevalier au Lion<\/i><\/span><span style=\"color: #000000;\">, n&rsquo;en est pas l&rsquo;inventeur : elle appartient \u00e0 une ancienne tradition celtique et on la retrouve \u00e0 peu pr\u00e8s identique dans le r\u00e9cit gallois d&rsquo;<\/span><span style=\"color: #000000;\"><i>Owein, ou la Dame de la Fontaine<\/i><\/span><span style=\"color: #000000;\">. D&rsquo;ailleurs, la Fontaine en question, celle de Barenton, situ\u00e9e dans la for\u00eat de Paimpont, <\/span><span style=\"color: #000000;\">en<\/span><span style=\"color: #000000;\"> Bretagne, est un ancien sanctuaire pr\u00e9historique, puis druidique, d\u00e9di\u00e9 au dieu solaire B\u00e9l\u00e9nos, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00ab le Brillant \u00bb.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">Mais o\u00f9 Chr\u00e9tien de Troyes va plus loin, c&rsquo;est quand il nous d\u00e9crit son h\u00e9ros t\u00e9moin du combat entre un serpent et un lion. Il prend parti pour le lion et tue le serpent, moyennant quoi le lion s&rsquo;attache \u00e0 lui comme un v\u00e9ritable chien. On ne peut que penser aux figures hi\u00e9roglyphiques de Nicolas Flamel : certes, il s&rsquo;agit de deux dragons qui se battent, que Flamel lui-m\u00eame assi\u00admile au Soufre et au Mercure, mais une variante du Plessis-Bourr\u00e9 pr\u00e9sente le lion combattant un dragon mi-partie aigle et serpent. Il faut aussi penser que, dans la symbolique alchimique, le Lion Vert d\u00e9signe le Vitriol philosophique <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\"><sup>3<\/sup><\/a>, et que, dans la l\u00e9gende de Merlin enfant, il est question du combat de deux dragons qui emp\u00ea\u00adchaient les fondations d&rsquo;une tour d&rsquo;\u00eatre solides. Une fois le combat termin\u00e9, la construction devient possible. Et que penser de la \u00ab serpente \u00bb M\u00e9lusine qui, le samedi, jour de Saturne, bat de la queue dans l&rsquo;eau de la grotte (ou de la chambre secr\u00e8te) en l&rsquo;\u00e9claboussant partout ? Il faudrait savoir pourquoi elle n&rsquo;est pas une simple sir\u00e8ne avec une queue de poisson.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><b><span style=\"color: #000000;\">LE DIABLE BOITEUX<\/span><\/b><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">Il est vrai que le dragon, ou le serpent, est toujours li\u00e9 soit avec un dieu solaire, soit avec un archange de lu\u00admi\u00e8re, Apollon \u00e0 Delphes, saint Michel un peu partout. Or, dans les langues celtiques, le soleil est f\u00e9minin (\u00e9ga\u00adlement en h\u00e9breu et dans les langues germaniques d&rsquo;ail\u00adleurs). C&rsquo;est vraisemblablement l&rsquo;origine de l&rsquo;image clas\u00adsique de la Vierge qui \u00e9crase la t\u00eate du serpent. En dehors de son sens moral ou th\u00e9ologique, l&rsquo;image est nettement alchimique, m\u00eame lorsque, par suite de trans\u00adformations diverses, elle devient la Dame \u00e0 la Licorne. Et nous retrouvons ce th\u00e8me dans un r\u00e9cit gallois tr\u00e8s archa\u00efque, la quatri\u00e8me branche du Mabinogi. Il s&rsquo;agit du roi-magicien Math qui, valide en temps de guerre, ne peut se maintenir en vie, en temps de paix, que s&rsquo;il a le pied dans le giron d&rsquo;une vierge. Math est \u00e9videmment un boiteux, ou un demi-boiteux, comme Gargantua, dont le nom ne provient pas d&rsquo;un terme signifiant la \u00ab bou\u00adche \u00bb, mais \u00ab de deux mots celtiques reconnaissables dans le breton moderne gar-gam, litt\u00e9ralement \u00ab \u00e0 la cuisse courbe \u00bb. Dans un conte populaire du pays de Vannes, ce personnage, appel\u00e9 ici le \u00ab Gergeant \u00bb, est un mar\u00adchand de sel qui triomphe de ses ennemis en leur jetant une poign\u00e9e de ce sel \u00e0 la figure, ce qui n&rsquo;est pas sans \u00e9voquer un autre personnage rabelaisien, Pantagruel, lequel, dans les myst\u00e8res du Moyen Age, \u00e9tait un diable qui assoiffait ses adversaires. Rabelais, c&rsquo;est le moins qu&rsquo;on puisse dire, \u00e9tait parfaitement conscient de ce qu&rsquo;il racontait.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">Le Boiteux a une grande importance dans la symbolique herm\u00e9tique. Il est inutile d&rsquo;insister sur H\u00e9phaistos-Vul\u00adcain, le forgeron divin, dont on retrouve les nombreuses incarnations dans l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e celtique et dans les contes populaires. Dans un curieux texte irlandais, l<\/span><span style=\"color: #000000;\"><i>es Aventures de N\u00e9ra<\/i><\/span><span style=\"color: #000000;\">, un boiteux trouve un tr\u00e9sor, aid\u00e9 par un aveugle. Le Roi-P\u00eacheur, gardien du Graal, est boiteux. Dans un autre r\u00e9cit irlandais, <\/span><span style=\"color: #000000;\"><i>les Enfances de Finn<\/i><\/span><span style=\"color: #000000;\">, ce forgeron boiteux p\u00eache un saumon merveilleux : si on en go\u00fbte, on a la r\u00e9v\u00e9lation de tous les secrets du monde. C&rsquo;est ce qui arrive d&rsquo;ailleurs au h\u00e9ros Finn. Mais dans la l\u00e9gende galloise du barde Tali\u00e9sin, c&rsquo;est la d\u00e9esse-sorci\u00e8re Kerdidwen qui tient ce r\u00f4le, en faisant bouillir un \u00ab chaudron de connaissance et de renaissance \u00bb. Et c&rsquo;est pour en avoir bu trois gouttes, par hasard, que le h\u00e9ros accomplit toutes les m\u00e9tamorphoses et renais\u00adsances qui le conduiront \u00e0 \u00eatre Taliesin, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00ab Front Brillant \u00bb, chef des bardes et sage entre les sages.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">Bien entendu, dans tous les r\u00e9cits qui ont subi, bon gr\u00e9, mal gr\u00e9, l&rsquo;influence chr\u00e9tienne, ce Boiteux, comme le dragon et le serpent, a rev\u00eatu des couleurs infernales, au sens le plus strict du terme comme au sens que lui a donn\u00e9 l&rsquo;id\u00e9ologie chr\u00e9tienne. Le Boiteux, c&rsquo;est le Diable, celui qui se jette en travers, mais aussi celui qui pro\u00advoque. En chimie classique, on pourrait le classer comme catalyseur. En fait, il est bien plus que cela. Et c&rsquo;est probablement lui que le titan Prom\u00e9th\u00e9e est all\u00e9 chercher dans l&rsquo;Olympe pour l&rsquo;enfouir au plus profond de la terre.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><b><span style=\"color: #000000;\">L&rsquo;AUTRE MONDE PARALL\u00c8LE<\/span><\/b><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">Mais chez les Celtes, l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;Autre-Monde n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec une superposition verticale ; au contraire, les deux mondes \u00e9tant parall\u00e8les, plus que jamais ce qui est en haut est comme ce qui est en bas et inversement. Le Forgeron boiteux, que les anciens Irlandais nommaient Goibniu, est aussi bien chez lui sur la surface de la terre que dans les souterrains des tertres magiques, aussi bien dans le ciel lumineux que dans les \u00eeles lointaines au-del\u00e0 de l&rsquo;horizon marin, vers l&rsquo;ouest, comme il se doit. De toutes fa\u00e7ons, les h\u00e9ros celtiques qui s&rsquo;enfoncent sous la terre contemplent un paysage identique \u00e0 celui de la surface, et le m\u00eame soleil y brille. Quant aux \u00ab jardins maritimes \u00bb si fr\u00e9quents dans la symbolique alchimique, ils sont aussi nombreux que les \u00ab vertes prairies de la mer \u00bb. On croit y naviguer sur un bateau, Un coracle \u2013 c&rsquo;est-l\u00e0-dire un esquif form\u00e9 d&rsquo;une carcasse de bois rev\u00eatu de peaux et de cuirs \u2013 vers des \u00eeles lointaines : en fait,<\/span><br \/>\n<span style=\"color: #000000;\">on chevauche un rapide coursier qui traverse une plaine couverte de fleurs vers des collines battues par les vents. La po\u00e9sie et l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e de l&rsquo;ancienne Irlande sont remplies d&rsquo;exemples de ce genre.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><b><span style=\"color: #000000;\">LA T\u00caTE DU CORBEAU<\/span><\/b><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">Les Gaulois, au t\u00e9moignage de Tite-Live et de Diodore de Sicile, coupaient les t\u00eates de leurs ennemis morts et les conservaient dans leurs sanctuaires. <\/span><span style=\"color: #000000;\">\u00c0<\/span><span style=\"color: #000000;\"> Emain Macha, r\u00e9sidence du roi l&rsquo;Ulster Conchobar, une salle contenait des troph\u00e9es de ce genre. Parfois m\u00eame, on se contentait d&rsquo;enlever la cervelle et de la m\u00e9langer \u00e0 de l&rsquo;argile pour en faire des balles de fronde, ce qui donnait \u00e0 cette arme une puissance magique irr\u00e9sistible. Et dans le r\u00e9cit irlandais du Festin de Bricriu, il est question d&rsquo;un curieux \u00ab Jeu du D\u00e9capit\u00e9 \u00bb : le h\u00e9ros C\u00fbchulainn coupe la t\u00eate d&rsquo;un g\u00e9ant \u2013 qui ne semble pas s&rsquo;en porter plus mal \u2013 \u00e0 condition que l&rsquo;ann\u00e9e suivante, c&rsquo;est lui qui se fera couper la t\u00eate. Mais l\u00e0, la d\u00e9capitation est faite de fa\u00e7on symbolique. La m\u00eame aventure arrive au chevalier Gau\u00advain dans plusieurs r\u00e9cits de la Table-Ronde.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">Mais la plus \u00e9trange histoire de t\u00eate est celle qu&rsquo;on d\u00e9couvre dans le texte irlandais du <\/span><span style=\"color: #000000;\"><i>Si\u00e8ge de Ben Etair<\/i><\/span><span style=\"color: #000000;\">. Le h\u00e9ros Conall Cernach, apr\u00e8s une guerre sans merci, vient de tuer le roi Mesgegra. Il lui coupe la t\u00eate et la pose sur une pierre. Or \u00ab une goutte de sang tomba du cou et alla sur la pierre qu&rsquo;elle traversa jusqu&rsquo;au sol. Alors il mit la t\u00eate de Mesgegra sur une autre pierre, et la t\u00eate passa \u00e0 travers la pierre \u00bb. Ce pouvoir corrosif de la t\u00eate sur le min\u00e9ral n&rsquo;est pas sans faire penser au dissolvant alchimique. De plus, Conall met la t\u00eate de Mesgegra sur sa propre t\u00eate, et il se met \u00e0 loucher, et la t\u00eate de Mesgegra appara\u00eet ensuite rouge ou blanche selon les moments. Des d\u00e9tails semblables se retrouvent dans le r\u00e9cit de <\/span><span style=\"color: #000000;\"><i>la Mort de C\u00fbchulainn<\/i><\/span><span style=\"color: #000000;\"> : le m\u00eame Conall, apr\u00e8s avoir veng\u00e9 son ami C\u00fbchulainn en tuant Lugaid, l&rsquo;assassin de celui-ci, pose la t\u00eate de Lugaid sur une pierre et l&rsquo;oublie. Peu apr\u00e8s, il revient chercher la t\u00eate et s&rsquo;aper\u00ad\u00e7oit qu&rsquo;elle a fait fondre la pierre et qu&rsquo;elle est pass\u00e9e au travers.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">Il ne faut d&rsquo;ailleurs pas oublier que dans la version galloise de la Qu\u00eate du Graal, le fameux Peredur, ce n&rsquo;est pas un vase ou un calice qui est montr\u00e9 lors du cort\u00e8ge du Ch\u00e2teau Myst\u00e9rieux, mais un plateau qui contient une t\u00eate coup\u00e9e baignant dans son sang. Il est vrai que non seulement les symboles changent de sens selon les cir\u00adconstances, mais aussi changent d&rsquo;aspect, comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait de brouiller les pistes. N&rsquo;oublions pas, par exemple, que dans le cadre pr\u00e9cis de la Franc-Ma\u00e7onne\u00adrie, le mot sacr\u00e9 change avec chaque grade, et que la formule dite \u00ab mot de semestre \u00bb est transmise tous les six mois par le V\u00e9n\u00e9rable aux membres de son atelier. Nicolas Flamel, dans son explication des Figures Hi\u00e9ro\u00adglyphiques, pr\u00e9cise qu&rsquo;\u00e0 un certain moment du Magist\u00e8re, \u00ab il faut couper la t\u00eate du corbeau&#8230;, laquelle \u00f4t\u00e9e, vient la couleur blanche \u00bb. Or, dans le r\u00e9cit gallois de Branwen, seconde branche du Mabinogi, le h\u00e9ros Br\u00e2n le B\u00e9ni, bless\u00e9 \u00e0 la jambe au cours d&rsquo;une bataille, demande \u00e0 ses compagnons de lui couper la t\u00eate, de l&#8217;emporter et de l&rsquo;enterrer dans la Colline Blanche \u00e0 Londres. Il faut savoir que Br\u00e2n signifie corbeau, de m\u00eame que le nom de sa s\u0153ur Branwen veut dire \u00ab corbeau blanc \u00bb. Il faut aussi savoir qu&rsquo;il y a un jeu de mots en gallois entre Br\u00e2n et Bryn, \u00ab la colline \u00bb. Quant \u00e0 la t\u00eate de Br\u00e2n, dans le r\u00e9cit, elle pr\u00e9side \u00e0 un curieux festin d&rsquo;immor\u00adtalit\u00e9. Il y a l\u00e0 trop de co\u00efncidences pour que ces d\u00e9tails aient \u00e9t\u00e9 rassembl\u00e9s fortuitement.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><b><span style=\"color: #000000;\">LE CERF BLANC AU COLLIER D&rsquo;OR<\/span><\/b><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">L&rsquo;\u00e9pop\u00e9e celtique est riche en histoires de cerfs. Tout le cycle irlandais des Fiana (Finn et Ossian) est b\u00e2ti sur les souvenirs d&rsquo;un culte pr\u00e9historique du cervid\u00e9. Merlin appara\u00eet souvent mont\u00e9 sur un cerf. Les cornes du cerf, au d\u00e9but symbole de puissance et de f\u00e9condit\u00e9, sont devenues les attributs du diable m\u00e9di\u00e9val qui n&rsquo;est que la figuration de l&rsquo;antique dieu Cernunnos. La chasse \u00e0 courre contemporaine restitue fid\u00e8lement le culte sacrifi\u00adciel \u00e9voqu\u00e9 par les r\u00e9cits \u00e9piques et le symbolisme du cerf lui-m\u00eame.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">En effet, par homophonie cabalistique <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\"><sup>4<\/sup><\/a>, le cerf est aussi le serf. Par cons\u00e9quent, le cerf fugitif que traquent les chasseurs est aussi le serviteur fugitif que recherchent les Alchimistes. Car ce servus fugitivus nous est pr\u00e9sent\u00e9 de fa\u00e7on tr\u00e8s nette : \u00ab id est mercurius \u00bb. Et on nous explique m\u00eame qu&rsquo;Herm\u00e8s l&rsquo;a ainsi nomm\u00e9 \u00ab \u00e0 cause de l&rsquo;humidit\u00e9 volatile \u00bb. Ainsi peuvent \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9es les nombreuses anecdotes concernant la \u00ab chasse au Blanc Cerf \u00bb, telle celle racont\u00e9e par Chr\u00e9tien de Troyes dans son <\/span><span style=\"color: #000000;\"><i>Erec et Enide<\/i><\/span><span style=\"color: #000000;\"> et par l&rsquo;auteur gallois anonyme du r\u00e9cit correspondant, <\/span><span style=\"color: #000000;\"><i>Gereint et Enid<\/i><\/span><span style=\"color: #000000;\">.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">On nous dit que cette chasse au cerf est une tr\u00e8s ancienne coutume. Celui qui ram\u00e8nera la t\u00eate du cerf blanc pourra pr\u00e9tendre aux plus grands honneurs et \u00e0 la plus belle fille. Les candidats sont \u00e9videmment tr\u00e8s nombreux. Et Chr\u00e9tien de Troyes prend un soin particulier \u00e0 prouver qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un rituel archa\u00efque, myst\u00e9rieux et quelque peu magique. Il n&rsquo;est pas douteux qu&rsquo;il savait de quoi il parlait, m\u00eame s&rsquo;il n&rsquo;a pas voulu \u00e9crire syst\u00e9matiquement un \u00ab trait\u00e9 \u00bb. Mais ce cerf qu&rsquo;on doit traquer imp\u00e9rati\u00advement \u00e0 une certaine p\u00e9riode de l&rsquo;ann\u00e9e (en l&rsquo;occurrence la Pentec\u00f4te) pour respecter la coutume repr\u00e9sente la \u00ab Chose Anim\u00e9e \u00bb dont parlent de nombreux alchimistes. Dans une des gravures de l&rsquo;<\/span><span style=\"color: #000000;\"><i>Hortulus <\/i><\/span><span style=\"color: #000000;\"><i>H<\/i><\/span><span style=\"color: #000000;\"><i>ermeticus<\/i><\/span><span style=\"color: #000000;\"> de Daniel Stolcius, on peut voir un homme <\/span><span style=\"color: #000000;\">n<\/span><span style=\"color: #000000;\">u couch\u00e9 sur le dos, trois fleurs \u00e9panouies partant d&rsquo;une m\u00eame tige et un cerf dont les neuf bois sont marqu\u00e9s d&rsquo;une \u00e9toile. Le quatrain qui commente cette figure insiste sur la triple lumi\u00e8re du soleil, pr\u00e9cisant que \u00ab gr\u00e2ce \u00e0 elle seront connus l&rsquo;homme \u00e9toil\u00e9, les lys des champs et le cerf \u00bb. Par rapport \u00e0 l&rsquo;homme nu couch\u00e9 et inerte, le cerf \u00ab inquiet et fugitif \u00bb est r\u00e9ellement la \u00ab chose anim\u00e9e \u00bb, autrement dit le volatil. Or la r\u00e9alisation de <\/span><span style=\"color: #000000;\">l\u2019\u0152uvre<\/span><span style=\"color: #000000;\"> doit passer par le stade n\u00e9cessaire d\u00e9fini par la Formule \u00ab rend fixe le volatil (fac fixum volatile) \u00bb. On comprend alors pourquoi le cerf-volant a \u00e9t\u00e9 largement utilis\u00e9 dans la symbolique, qu&rsquo;elle soit herm\u00e9tique ou h\u00e9raldique <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\"><sup>5<\/sup><\/a>. Il en est de m\u00eame pour le dragon volant, ou encore la serpente M\u00e9lusine qui a des ailes de chauve-souris. Quant \u00e0 la triple lumi\u00e8re du soleil, elle est en rapport avec la f\u00eate de la Pentec\u00f4te chr\u00e9tienne (quand l&rsquo;Esprit-Saint se r\u00e9pand sous forme de langues de feu) et La f\u00eate pa\u00efenne dont la Pentec\u00f4te a h\u00e9rit\u00e9e, celle de Beltai<\/span><span style=\"color: #000000;\">n<\/span><span style=\"color: #000000;\">e, au <\/span><span style=\"color: #000000;\">1<\/span><span style=\"color: #000000;\"><sup>er<\/sup><\/span><span style=\"color: #000000;\"> mai, en l&rsquo;honneur du dieu B\u00e9l\u00e9nos (le \u00ab Brilla<\/span><span style=\"color: #000000;\">n<\/span><span style=\"color: #000000;\">t \u00bb), f\u00eate mar\u00adqu\u00e9e essentiellement par un rituel du f<\/span><span style=\"color: #000000;\">e<\/span><span style=\"color: #000000;\">u <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\"><sup>6<\/sup><\/a>. D&rsquo;ailleurs, l&rsquo;insigne bardique traditionnel, un des rares vestiges de la symbolique druidique, consiste en trois rayons, trois \u00ab lumi\u00e8res \u00bb, qui semblent surgir d&rsquo;un point central inconnu. Et le triskel celtique est de m\u00eame nature.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">Ce cerf, nous le retrouvons dans un \u00e9pisode de la version cistercienne de la Qu\u00eate du Graal. Il est pr\u00e9sent\u00e9 comme tout blanc, avec un collier d&rsquo;or, et entour\u00e9 de quatre lions. Il appara\u00eet \u00e0 Lancelot du Lac dans son errance. On nous donne une explication chr\u00e9tienne : il s&rsquo;agit de J\u00e9sus-Christ entour\u00e9 de ses quatre \u00e9vang\u00e9listes, et qui indique ainsi \u00e0 Lancelot, non pas le chemin du Graal, mais la voie de son propre salut. C&rsquo;est dans cette interpr\u00e9tation chr\u00e9\u00adtienne que l&rsquo;\u00e9pisode est repr\u00e9sent\u00e9 sur une mosa\u00efque de l&rsquo;\u00e9glise de Tr\u00e9horenteuc (Morbihan), symboliquement situ\u00e9 aupr\u00e8s de la Fontaine de Barenton, repr\u00e9sent\u00e9e sch\u00e9matiquement. Mais l&rsquo;aspect merveilleux de cet \u00e9pi\u00adsode nous fait r\u00e9fl\u00e9chir : et si l&rsquo;on consid\u00e8re que les lions sont les quatre \u00e9l\u00e9ments, le cerf, surtout avec son col\u00adlier d&rsquo;or, nous indique que, selon le mot du Philosophe, \u00ab la Pierre n\u00e9cessaire dans cet \u0152uvre provient de la chose anim\u00e9e \u00bb. Et dans la version galloise de la Qu\u00eate, Peredur, avant de d\u00e9couvrir enfin le Ch\u00e2teau des Merveilles, doit lui aussi courir \u00e0 la poursuite d&rsquo;un cerf et en rapporter la t\u00eate. Les m\u00e9saventures qu&rsquo;il traverse sont nombreuses avant qu&rsquo;il puisse parvenir \u00e0 son but, mais il sait ce qu&rsquo;il doit faire.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><b><span style=\"color: #000000;\">LES CELTES ET L&rsquo;ALCHIMIE<\/span><\/b><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">Ces exemples emprunt\u00e9s \u00e0 des r\u00e9cits de la tradition \u00e9pique des Celtes constituent la preuve que ces peuples n&rsquo;ignoraient pas tout ou partie de la science herm\u00e9tique. Il est plus que probable que l&rsquo;Alchimie classique du Moyen Age n&rsquo;a fait que retrouver et codifier des notions fondamentales remontant tr\u00e8s haut dans le temps, et sans doute communes \u00e0 de nombreuses civilisations. Pourquoi les Celtes n&rsquo;en auraient-ils pas eu une part en h\u00e9ritage ? Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;affirmer que les Celtes ont \u00e9t\u00e9 des Alchi\u00admistes. Il s&rsquo;agit simplement de pr\u00e9tendre qu&rsquo;ils n&rsquo;igno\u00adraient pas le syst\u00e8me de pens\u00e9e des Alchimistes. Car l&rsquo;essentiel se trouve l\u00e0 : avant d&rsquo;\u00eatre op\u00e9rative, l&rsquo;Alchimie est un mode de pens\u00e9e, une v\u00e9ritable structure mentale, une remise en cause de la logique aristot\u00e9licienne, une sorte de science paralogique ou plut\u00f4t h\u00e9t\u00e9rologique. Or il appara\u00eet bien que le syst\u00e8me de pens\u00e9e des Celtes ait \u00e9t\u00e9 lui aussi h\u00e9t\u00e9rologique. L&rsquo;Alchimie met en relief la \u00ab myst\u00e9rieuse et profonde unit\u00e9 \u00bb de la nature, de l&rsquo;homme et du divin. La pens\u00e9e celtique n&rsquo;envisage pas l&rsquo;\u00eatre humain autrement que participant pleinement \u00e0 la nature et \u00e0 la divinit\u00e9. L&rsquo;Alchimie pr\u00e9tend agir en m\u00eame temps sur le corps et sur l&rsquo;esprit, sur l&rsquo;inanim\u00e9 et sur l&rsquo;anim\u00e9, en niant la diff\u00e9rence que la pens\u00e9e classique \u00e9tablit entre ces deux notions. Les Celtes ont toujours refus\u00e9 le foss\u00e9 entre nature et culture, entre corps et \u00e2me, insistant sur le fait que l&rsquo;esprit ne s&rsquo;incarne pas, mais se mat\u00e9rialise, ce qui n&rsquo;est pas la m\u00eame chose. Par son monisme, la pens\u00e9e celtique rejoint intimement la pens\u00e9e alchimique. Si le Mercure repr\u00e9sente la force centrip\u00e8te qui r\u00e9git l&rsquo;univers dans un sens, et le Soufre la force cen\u00adtrifuge qui fait appara\u00eetre la \u00ab mat\u00e9rialisation \u00bb, et si les op\u00e9rations du Magist\u00e8re consistent \u00e0 accomplir l&rsquo;union paradoxale entre ces deux forces, alors, oui, les Celtes ont \u00e9t\u00e9 des Alchimistes.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">Lorsqu&rsquo;\u00e0 la fin du <\/span><span style=\"color: #000000;\">XV<\/span><span style=\"color: #000000;\">IIIe si\u00e8cle, l&rsquo;\u00e9rudit gallois Iolo Mor\u00adgannwc b\u00e2tit son rituel n\u00e9o-druidique, il utilisa largement le rituel de la ma\u00e7onnerie \u00e9cossaise. Ce n&rsquo;est sans doute pas sans raison, et quel que soit le doute au sujet de la valeur de ce rituel n\u00e9o-druidique, il faut bien reconna\u00eetre que la ma\u00e7onnerie \u00e9cossaise avait h\u00e9rit\u00e9 beaucoup de choses de la tradition celtique ancienne. D&rsquo;ailleurs, dans le rituel du <\/span><span style=\"color: #000000;\">2<\/span><span style=\"color: #000000;\"><sup>e <\/sup><\/span><span style=\"color: #000000;\">degr\u00e9 du Rite \u00e9cossais, n&rsquo;y a-t-il pas <\/span><span style=\"color: #000000;\">un<\/span><span style=\"color: #000000;\"> miroir cach\u00e9 sous un rideau ? Le symbole est tout \u00e0 fait d&rsquo;actualit\u00e9. Car nous ignorons la plupart du temps qu&rsquo;il y a un miroir cach\u00e9 quelque part dans notre vie quoti\u00addienne comme dans notre vie intellectuelle. <\/span><span style=\"color: #000000;\">\u00c0<\/span><span style=\"color: #000000;\"> moins que nous ayons peur de regarder dans ce miroir : nous y verrions en effet le reflet invers\u00e9 de nous-m\u00eames. Pour\u00adtant, l&rsquo;Alchimie traditionnelle, qu&rsquo;elle soit op\u00e9rative ou qu&rsquo;elle soit sp\u00e9culative, et le Druidisme celtique (ou du moins le peu que nous en connaissons) nous obligent \u00e0 regarder dans ce miroir cach\u00e9. Mais n&rsquo;oublions pas que ce que nous y voyons est invers\u00e9.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a> Comme cela appara\u00eet dans le c\u00e9l\u00e8bre <i>Jeu de la Feuill\u00e9e<\/i> d&rsquo;Adam de la Halle, au XIIIe si\u00e8cle, o\u00f9 l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 est constamment main\u00adtenue entre la \u00ab feuill\u00e9e \u00bb et la \u00ab folie \u00bb.<br \/>\n<a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a> Pour tous ce qui concerne les textes irlandais cit\u00e9s, voir J. Markale, <i>l\u2019\u00c9pop\u00e9e<\/i><i> celtique d&rsquo;Irlande<\/i>, Paris, Payot, 2<sup>e<\/sup> \u00e9d. 1979. Pour les textes gallois, voir <i>l\u2019\u00c9pop\u00e9e celtique en Bretagne<\/i>, Paris, Payot, 2<sup>e<\/sup> \u00e9d. 1975.<br \/>\n<a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a> Visita Interiora Terrae. Rectificande Invenies Occultum Lapi\u00adde.<br \/>\n<a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a> Uniquement en latin m\u00e9di\u00e9val ou en fran\u00e7ais. Dans les autres langues, l&rsquo;homophonie, \u00e0 cause du c dur, joue avec les mots signifiant \u00ab corne \u00bb et \u00ab couronne \u00bb.<br \/>\n<a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a> Il figure notamment sur les armes du roi fou Charles VI, et des l\u00e9gendes aussi incontr\u00f4lables que significatives se sont r\u00e9pandues \u00e0 propos de ce choix. Voir J. Markale, <i>Isabeau de Bavi\u00e8re<\/i>, Paris, Payot, 1982, p. 19-20.<br \/>\n<a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\">6<\/a> Les feux de mai ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9s \u00e0 P\u00e2ques (b\u00e9n\u00e9diction du feu nouveau) et \u00e0 la Saint-Jean.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Car l\u2019essentiel se trouve l\u00e0 : avant d\u2019\u00eatre op\u00e9rative, l\u2019Alchimie est un mode de pens\u00e9e, une v\u00e9ritable structure mentale, une remise en cause de la logique aristot\u00e9licienne, une sorte de science paralogique ou plut\u00f4t h\u00e9t\u00e9rologique. Or il appara\u00eet bien que le syst\u00e8me de pens\u00e9e des Celtes ait \u00e9t\u00e9 lui aussi h\u00e9t\u00e9rologique. L\u2019Alchimie met en relief la \u00ab myst\u00e9rieuse et profonde unit\u00e9 \u00bb de la nature, de l\u2019homme et du divin. La pens\u00e9e celtique n\u2019envisage pas l\u2019\u00eatre humain autrement que participant pleinement \u00e0 la nature et \u00e0 la divinit\u00e9. L\u2019Alchimie pr\u00e9tend agir en m\u00eame temps sur le corps et sur l\u2019esprit, sur l\u2019inanim\u00e9 et sur l\u2019anim\u00e9, en niant la diff\u00e9rence que la pens\u00e9e classique \u00e9tablit entre ces deux notions. Les Celtes ont toujours refus\u00e9 le foss\u00e9 entre nature et culture, entre corps et \u00e2me, insistant sur le fait que l\u2019esprit ne s\u2019incarne pas, mais se mat\u00e9rialise, ce qui n\u2019est pas la m\u00eame chose&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":12288,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[840],"tags":[200,807,359,127],"class_list":["post-16250","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-markale-jean","tag-alchimie","tag-celtisme","tag-mythe","tag-symbolisme"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.5 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>L&#039;alchimie dans l&#039;\u00e9pop\u00e9e occidentale par Jean Markale - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/lalchimie-dans-lepopee-occidentale-par-jean-markale\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"L&#039;alchimie dans l&#039;\u00e9pop\u00e9e occidentale par Jean Markale - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Car l\u2019essentiel se trouve l\u00e0 : avant d\u2019\u00eatre op\u00e9rative, l\u2019Alchimie est un mode de pens\u00e9e, une v\u00e9ritable structure mentale, une remise en cause de la logique aristot\u00e9licienne, une sorte de science paralogique ou plut\u00f4t h\u00e9t\u00e9rologique. Or il appara\u00eet bien que le syst\u00e8me de pens\u00e9e des Celtes ait \u00e9t\u00e9 lui aussi h\u00e9t\u00e9rologique. L\u2019Alchimie met en relief la \u00ab myst\u00e9rieuse et profonde unit\u00e9 \u00bb de la nature, de l\u2019homme et du divin. La pens\u00e9e celtique n\u2019envisage pas l\u2019\u00eatre humain autrement que participant pleinement \u00e0 la nature et \u00e0 la divinit\u00e9. L\u2019Alchimie pr\u00e9tend agir en m\u00eame temps sur le corps et sur l\u2019esprit, sur l\u2019inanim\u00e9 et sur l\u2019anim\u00e9, en niant la diff\u00e9rence que la pens\u00e9e classique \u00e9tablit entre ces deux notions. Les Celtes ont toujours refus\u00e9 le foss\u00e9 entre nature et culture, entre corps et \u00e2me, insistant sur le fait que l\u2019esprit ne s\u2019incarne pas, mais se mat\u00e9rialise, ce qui n\u2019est pas la m\u00eame chose...\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/lalchimie-dans-lepopee-occidentale-par-jean-markale\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2014-07-12T14:51:14+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/jmarkale1.jpg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"212\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"212\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"3e mill\u00e9naire\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"3e mill\u00e9naire\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"32 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\\\/\\\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"Article\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/lalchimie-dans-lepopee-occidentale-par-jean-markale\\\/#article\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/lalchimie-dans-lepopee-occidentale-par-jean-markale\\\/\"},\"author\":{\"name\":\"3e mill\u00e9naire\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5\"},\"headline\":\"L&rsquo;alchimie dans l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e occidentale par Jean Markale\",\"datePublished\":\"2014-07-12T14:51:14+00:00\",\"mainEntityOfPage\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/lalchimie-dans-lepopee-occidentale-par-jean-markale\\\/\"},\"wordCount\":6459,\"image\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/lalchimie-dans-lepopee-occidentale-par-jean-markale\\\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2012\\\/10\\\/jmarkale1.jpg\",\"keywords\":[\"Alchimie\",\"Celtisme\",\"Mythe\",\"symbolisme\"],\"articleSection\":[\"Markale Jean\"],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/lalchimie-dans-lepopee-occidentale-par-jean-markale\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/lalchimie-dans-lepopee-occidentale-par-jean-markale\\\/\",\"name\":\"L'alchimie dans l'\u00e9pop\u00e9e occidentale par Jean Markale - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/lalchimie-dans-lepopee-occidentale-par-jean-markale\\\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/lalchimie-dans-lepopee-occidentale-par-jean-markale\\\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2012\\\/10\\\/jmarkale1.jpg\",\"datePublished\":\"2014-07-12T14:51:14+00:00\",\"author\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5\"},\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/lalchimie-dans-lepopee-occidentale-par-jean-markale\\\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/lalchimie-dans-lepopee-occidentale-par-jean-markale\\\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/lalchimie-dans-lepopee-occidentale-par-jean-markale\\\/#primaryimage\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2012\\\/10\\\/jmarkale1.jpg\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2012\\\/10\\\/jmarkale1.jpg\",\"width\":\"212\",\"height\":\"212\"},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/lalchimie-dans-lepopee-occidentale-par-jean-markale\\\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"L&rsquo;alchimie dans l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e occidentale par Jean Markale\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/#website\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/\",\"name\":\"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\",\"description\":\"L&#039;Homme en devenir\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5\",\"name\":\"3e mill\u00e9naire\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/author\\\/admin\\\/\"}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"L'alchimie dans l'\u00e9pop\u00e9e occidentale par Jean Markale - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/lalchimie-dans-lepopee-occidentale-par-jean-markale\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"L'alchimie dans l'\u00e9pop\u00e9e occidentale par Jean Markale - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","og_description":"Car l\u2019essentiel se trouve l\u00e0 : avant d\u2019\u00eatre op\u00e9rative, l\u2019Alchimie est un mode de pens\u00e9e, une v\u00e9ritable structure mentale, une remise en cause de la logique aristot\u00e9licienne, une sorte de science paralogique ou plut\u00f4t h\u00e9t\u00e9rologique. Or il appara\u00eet bien que le syst\u00e8me de pens\u00e9e des Celtes ait \u00e9t\u00e9 lui aussi h\u00e9t\u00e9rologique. L\u2019Alchimie met en relief la \u00ab myst\u00e9rieuse et profonde unit\u00e9 \u00bb de la nature, de l\u2019homme et du divin. La pens\u00e9e celtique n\u2019envisage pas l\u2019\u00eatre humain autrement que participant pleinement \u00e0 la nature et \u00e0 la divinit\u00e9. L\u2019Alchimie pr\u00e9tend agir en m\u00eame temps sur le corps et sur l\u2019esprit, sur l\u2019inanim\u00e9 et sur l\u2019anim\u00e9, en niant la diff\u00e9rence que la pens\u00e9e classique \u00e9tablit entre ces deux notions. Les Celtes ont toujours refus\u00e9 le foss\u00e9 entre nature et culture, entre corps et \u00e2me, insistant sur le fait que l\u2019esprit ne s\u2019incarne pas, mais se mat\u00e9rialise, ce qui n\u2019est pas la m\u00eame chose...","og_url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/lalchimie-dans-lepopee-occidentale-par-jean-markale\/","og_site_name":"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","article_published_time":"2014-07-12T14:51:14+00:00","og_image":[{"width":212,"height":212,"url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/jmarkale1.jpg","type":"image\/jpeg"}],"author":"3e mill\u00e9naire","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"3e mill\u00e9naire","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"32 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"Article","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/lalchimie-dans-lepopee-occidentale-par-jean-markale\/#article","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/lalchimie-dans-lepopee-occidentale-par-jean-markale\/"},"author":{"name":"3e mill\u00e9naire","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5"},"headline":"L&rsquo;alchimie dans l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e occidentale par Jean Markale","datePublished":"2014-07-12T14:51:14+00:00","mainEntityOfPage":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/lalchimie-dans-lepopee-occidentale-par-jean-markale\/"},"wordCount":6459,"image":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/lalchimie-dans-lepopee-occidentale-par-jean-markale\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/jmarkale1.jpg","keywords":["Alchimie","Celtisme","Mythe","symbolisme"],"articleSection":["Markale Jean"],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/lalchimie-dans-lepopee-occidentale-par-jean-markale\/","url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/lalchimie-dans-lepopee-occidentale-par-jean-markale\/","name":"L'alchimie dans l'\u00e9pop\u00e9e occidentale par Jean Markale - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/lalchimie-dans-lepopee-occidentale-par-jean-markale\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/lalchimie-dans-lepopee-occidentale-par-jean-markale\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/jmarkale1.jpg","datePublished":"2014-07-12T14:51:14+00:00","author":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5"},"breadcrumb":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/lalchimie-dans-lepopee-occidentale-par-jean-markale\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/lalchimie-dans-lepopee-occidentale-par-jean-markale\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/lalchimie-dans-lepopee-occidentale-par-jean-markale\/#primaryimage","url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/jmarkale1.jpg","contentUrl":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/jmarkale1.jpg","width":"212","height":"212"},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/lalchimie-dans-lepopee-occidentale-par-jean-markale\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"L&rsquo;alchimie dans l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e occidentale par Jean Markale"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#website","url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/","name":"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","description":"L&#039;Homme en devenir","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5","name":"3e mill\u00e9naire","url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/author\/admin\/"}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16250","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=16250"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/16250\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/12288"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16250"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=16250"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=16250"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}