{"id":16261,"date":"2014-07-19T21:49:47","date_gmt":"2014-07-19T20:49:47","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=16261"},"modified":"2014-07-19T21:49:47","modified_gmt":"2014-07-19T20:49:47","slug":"la-pensee-rationnelle-na-pas-reussi-a-tuer-la-pensee-symbolique-par-jean-chevalier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-pensee-rationnelle-na-pas-reussi-a-tuer-la-pensee-symbolique-par-jean-chevalier\/","title":{"rendered":"La pens\u00e9e rationnelle n&rsquo;a pas r\u00e9ussi \u00e0 tuer la pens\u00e9e symbolique par Jean Chevalier"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">(Revue 3e Mill\u00e9naire. Ancienne s\u00e9rie. No 12. Janvier-F\u00e9vrier 1984)<\/p>\n<p align=\"justify\"><i><b>Liens entre les profondeurs de l&rsquo;homme et les ab\u00eemes du cosmos, les symboles retrouvent leur place dans tout effort de communication, dans le discours politique, nos conversations quotidiennes, dans toutes les formes de l&rsquo;art et jusque dans les th\u00e9ories des savants et des philosophes.<br \/>\nJean Chevalier (1907-1993), qui dresse ici le constat du renouveau de la pens\u00e9e symbolique (notant \u00e9galement sa p\u00e9rennit\u00e9), a \u00e9t\u00e9 professeur de philosophie, doyen de facult\u00e9, journaliste au Monde (r\u00e9dacteur en chef d\u2019Une semaine dans Le Monde), puis chef de cabinet du directeur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019UNESCO. Directeur de la collection \u00ab Le Tr\u00e9sor spirituel de l\u2019humanit\u00e9 \u00bb, il a \u00e9crit lui-m\u00eame de nombreux ouvrages dont :<br \/>\nSaint Augustin et la pens\u00e9e grecque, Librairie de l\u2019Universit\u00e9, Fribourg, Suisse, 1937.<br \/>\nL\u2019\u00c2me grecque (en collaboration avec Ren\u00e9 Bady), \u00c9ditions Marguerat, Lausanne, 1941.<br \/>\nL\u2019\u00c2me fran\u00e7aise (en collaboration avec Ren\u00e9 Bady), \u00c9ditions Marguerat, Lausanne, 1945.<br \/>\nLa Cit\u00e9 romaine, \u00c9ditions Marguerat, Lausanne, 1948.<br \/>\nLe Dossier politique de l\u2019\u00e9lecteur fran\u00e7ais, \u00c9ditions plan\u00e8te, Paris, 1967.<br \/>\nLa Politique du Vatican, \u00c9ditions CAL, Paris, 1969.<br \/>\nLe Souffisme, Retz Paris, 1984.<br \/>\nDictionnaire des symboles (avec Alain Gheerbrant et le concours de quinze sp\u00e9cialistes), 1969, Laffont, collection \u00ab bouquins \u00bb, Paris, 1982.<br \/>\nLa dynamique de la paix, Unesco, Paris, 1986.<br \/>\nLes Voies de l&rsquo;Au-del\u00e0, \u00c9ditions du F\u00e9lin 1994.<\/b><\/i><\/p>\n<p align=\"justify\">Le sens des symboles s&rsquo;\u00e9tait atrophi\u00e9 dans la conscience moderne, du fait surtout de la pr\u00e9dominance des sciences exactes et des techniques. Mais, comme des eaux souterraines trop longtemps comprim\u00e9es, les symboles rejaillissent aujourd&rsquo;hui dans tous les discours et de merveilleuses expositions d\u2019\u0153uvres d&rsquo;art. \u00c0 l&rsquo;inverse de la pens\u00e9e scientifique qui cheminait, depuis trois si\u00e8cles, \u00e0 la recherche d&rsquo;une unit\u00e9, pour \u00e9tablir des lois, la pens\u00e9e actuelle la plus avanc\u00e9e se montre plus attentive \u00e0 la diff\u00e9rence et \u00e0 la complexit\u00e9 des \u00eatres et plus ouverte aux possibles qui \u00e9chappent au d\u00e9terminisme des lois. C&rsquo;est pourquoi la r\u00e9duction des ph\u00e9nom\u00e8nes physiques, psychiques et sociaux \u00e0 une loi, \u00e0 une explication, \u00e0 une cause ce qui caract\u00e9rise la d\u00e9marche id\u00e9ologique ne permet pas une compr\u00e9hension exacte et compl\u00e8te de la r\u00e9alit\u00e9 et, en cons\u00e9quence, lorsqu&rsquo;elle veut se traduire en action, elle n&rsquo;op\u00e8re que par contrainte et par violence. Le d\u00e9faut d&rsquo;ouverture intellectuelle est compens\u00e9, si l&rsquo;on peut dire, par un surcro\u00eet de passion. Toute manifesta\u00adtion et tout discours, qui s&rsquo;inspirent d&rsquo;une id\u00e9ologie, s&rsquo;adressent plus \u00e0 l&rsquo;affectivit\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;intelligence, tout en se flattant d&rsquo;\u00eatre avant tout raisonnables. Aussi incitent-ils plus \u00e0 la lutte qu&rsquo;\u00e0 la compr\u00e9hension, \u00e0 la guerre qu&rsquo;\u00e0 la paix. Or, aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est la raison elle-m\u00eame qui d\u00e9couvre ses limites, qui d\u00e9bouche sur un au-del\u00e0 de l&rsquo;univocit\u00e9 et qui fraie la voie \u00e0 un renouveau de ce que j&rsquo;appellerai, pour simplifier, la pens\u00e9e symbolique, ou le sens des symboles, comme on dit de quelqu&rsquo;un qu&rsquo;il a le sens de la musique ou l&rsquo;aptitude aux math\u00e9matiques. Toute connaissance vraie enveloppe une part d&rsquo;intuition, inexprim\u00e9e et sans doute inexprimable, comme d&rsquo;un manteau socio-culturel, le manteau de l&rsquo;expression, images, concepts, notes, couleurs, mots, mesures. Ce manteau ext\u00e9rieur, si beau et bien taill\u00e9 soit-il, arrive \u00e0 supplanter le vivant int\u00e9rieur. Il monopolise l&rsquo;attention de l&rsquo;intelligence. Le savoir tend \u00e0 s&rsquo;identifier \u00e0 cette apparence analysable et quantifiable, dont la r\u00e9alit\u00e9 de ph\u00e9nom\u00e8ne est ind\u00e9niable. Mais elle est ais\u00e9ment prise pour le tout, f\u00fbt-il provisoire, du r\u00e9el et du connaissable. Elle efface ou estompe l&rsquo;\u00ab autre \u00bb, le \u00ab tout autre \u00bb, l&rsquo;inattingible r\u00e9el, l&rsquo;inexprimable lueur, dont l&rsquo;existence est rejet\u00e9e dans les nu\u00e9es d&rsquo;un imaginaire inconsistant. \u00c0 l&rsquo;extr\u00eame, c&rsquo;est le triomphe d&rsquo;un discours, consacr\u00e9 par le culte de la m\u00e9thode et du ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/p>\n<p align=\"justify\">Malgr\u00e9 le discr\u00e9dit ou le rejet que lui infligeait un positivisme rationaliste, la pens\u00e9e symbolique a cependant toujours exist\u00e9. Elle est inscrite dans les lettres m\u00eames de notre alphabet, dans les dessins et les outils des premiers humains, dans les balbutiements des enfants, dans le discours politique, dans nos conversations quotidiennes, dans toutes les \u0153uvres d&rsquo;art et d&rsquo;artisanat, et jusque dans les th\u00e9ories des savants et des philosophes. Ce qui est nouveau c&rsquo;est la prise de conscience qui se manifeste un peu partout, depuis deux ou trois d\u00e9cennies, de la pr\u00e9sence dans tout langage, dans tout effort de communication, dans toute manifestation, d&rsquo;un \u00e9l\u00e9ment symbolique, socio-culturel, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne mental assez complexe repr\u00e9sentatif et plus encore \u00e9motif, \u00e0 la fois conscient et charg\u00e9 d&rsquo;inconscient, qui traduit une profonde interrelation entre le moi et le cosmos, entre l&rsquo;individuel, le social et l&rsquo;universel. Le symbole n&rsquo;est pas une simple image. Il suppose et instaure, par une manifestation sensible, un lien entre l&rsquo;ab\u00eeme des profondeurs humaines et l&rsquo;ab\u00eeme des hauteurs que l&rsquo;on qualifiera de cosmiques ou divines, un lien entre le sensible et l&rsquo;au-del\u00e0 de la sensation, entre le conceptuel et l&rsquo;intuitif. Le symbole r\u00e9unit dans une expression synth\u00e9ti\u00adque, verbale, plastique ou musicale ce qui se trouve de plus intime dans un \u00eatre, l&rsquo;inconscient et le personnel, le social et le cosmique, le religieux et le divin. L&rsquo;esprit le plus moderne est en voie de reconqu\u00e9rir ce langage multidimensionnel, dont l&rsquo;univocit\u00e9 rationaliste et conceptualisante avait perdu le sens.<\/p>\n<p align=\"justify\"><b>Les symboles, clefs de l&rsquo;inconnaissance<\/b><\/p>\n<p align=\"justify\">J&rsquo;ai la plus grande admiration pour les savants. Que de fois n&rsquo;ai-je pas souhait\u00e9 pouvoir appliquer leurs m\u00e9thodes rigoureuses, parvenir \u00e0 leurs certitudes, cerner la port\u00e9e d&rsquo;une observation et les r\u00e9sultats d&rsquo;une exp\u00e9rience, utiliser leur langage sans \u00e9quivoque ! C&rsquo;est encore avec eux que je constate cependant au moins deux choses : \u00e0 mesure que la science avance, ses limites reculent, comme la ligne de l&rsquo;horizon ; \u00e0 mesure qu&rsquo;elles s&rsquo;affinent, ses certitudes faiblissent. Plus elles tendent vers l&rsquo;objectivit\u00e9 et s&rsquo;en rapprochent, plus elles d\u00e9couvrent leur part de subjectivit\u00e9. Le r\u00e9el para\u00eet toujours d&rsquo;autant plus complexe qu&rsquo;il est plus organis\u00e9 ; sa formulation scientifique d&rsquo;autant plus incertaine qu&rsquo;elle se veut plus pr\u00e9cise. Malgr\u00e9 le tr\u00e8s efficace parall\u00e9lisme des constructions de l&rsquo;intelligence humaine et des structures de l&rsquo;univers, qui a conduit \u00e0 la navigation interplan\u00e9taire, \u00e0 la ma\u00eetrise de l&rsquo;\u00e9nergie nucl\u00e9aire, aux redoutables manipulations de la biologie mol\u00e9culaire, sur la voie de l&rsquo;infiniment grand et de l&rsquo;infiniment petit dans l&rsquo;espace et dans le temps, il reste une immensit\u00e9 encore inexplor\u00e9e dans les rapports de la connais\u00adsance et de l&rsquo;univers et un niveau jamais atteint dans l&rsquo;\u00e9chelle des certitudes. Le domaine de l&rsquo;inconnaissance et du doute n&rsquo;est cependant pas un domaine interdit, mais il exige sans doute d&rsquo;autres voies d&rsquo;approche que celle de la seule raison. Que dire, de plus, des rapports de la conscience avec l&rsquo;inconscient individuel et collectif, ainsi qu&rsquo;avec le surconscient, dont la lumi\u00e8re filtre \u00e0 travers les structures et les \u00e9volutions de la nature ? Ce vaste champ de l&rsquo;inconnaissance, qui rel\u00e8ve du pressentiment, de l&rsquo;intuition ou de la foi, peut-\u00eatre aussi de l&rsquo;asc\u00e8se et de la mystique, ne poss\u00e8de cependant qu&rsquo;une voie de communication pour r\u00e9v\u00e9ler son existence, sans d\u00e9voiler son myst\u00e8re ontologique, la voie des symboles. Le langage scientifique aborde et r\u00e9sout des probl\u00e8mes, qui sont \u00e0 la dimension de l&rsquo;intelligence humaine ; le langage symbolique oriente sur le myst\u00e8re m\u00eame de l&rsquo;existence, en r\u00e9ponse aux interrogations de la conscience. C&rsquo;est pourquoi l&rsquo;esprit humain, peut s&rsquo;\u00e9veiller \u00e0 ce langage, sans jamais pouvoir en traduire le sens sous une forme scientifique.<\/p>\n<p align=\"justify\"><b>S&rsquo;\u00e9veiller \u00e0 soi-m\u00eame<\/b><\/p>\n<p align=\"justify\">Mais cette sensibilit\u00e9 grandissante au symbole, le retour massif du mot dans le langage, \u00e0 propos de tout et de rien, recouvre encore beaucoup de confusion et de limite dans l&rsquo;appr\u00e9hension de sa port\u00e9e. Pour saisir toute l&rsquo;\u00e9tendue de celle-ci, il faut un certain \u00e9veil de la perception \u00e0 une dimension quasi imperceptible ou ind\u00e9finissable de la r\u00e9alit\u00e9, ce que certains philosophes ont nomm\u00e9 la dimension verticale du r\u00e9el. Or cet \u00e9veil est encore loin d&rsquo;\u00eatre g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, loin d&rsquo;\u00eatre tr\u00e8s attentif. L&rsquo;\u00e9ducation m\u00eame \u00e0 la perception du symbole latent sous le signe apparent, est elle aussi tr\u00e8s loin d&rsquo;\u00eatre comprise et r\u00e9pandue, tandis que beaucoup de tentatives pour la d\u00e9velopper avortent dans la simple \u00e9rudition de savantes encyclop\u00e9dies, dans des clich\u00e9s syst\u00e9matiques pr\u00e9con\u00e7us ou dans des exercices de cr\u00e9ativit\u00e9, qui rel\u00e2chent le lien avec la r\u00e9alit\u00e9, en privil\u00e9giant \u00e0 l&rsquo;exc\u00e8s la pure subjectivit\u00e9 aux d\u00e9pens de l&rsquo;objectivit\u00e9 et font perdre le sens du r\u00e9el. La r\u00e9volution esth\u00e9tique, dont l&rsquo;\u00e9cole symboliste, en litt\u00e9rature et en peinture, fut un acteur retentissant, dans la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle, ainsi que l&rsquo;\u00e9cole surr\u00e9aliste, dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 de ce si\u00e8cle, avaient d\u00e9j\u00e0 substitu\u00e9 l&rsquo;expression de la subjectivit\u00e9 \u00e0 la primaut\u00e9 classique de l&rsquo;objet. Avec l&rsquo;\u00e9cole impressionniste et l&rsquo;art non figuratif, le sujet confirme sa supr\u00e9matie dans la cr\u00e9ation d&rsquo;une \u0153uvre. Tous ces courants travers\u00e9s, le symbole prend aujourd&rsquo;hui un sens plus int\u00e9rioris\u00e9 et rejoint ses lointaines origines. Plus de dramaturgie mythologique, \u00e0 la Gustave Moreau, moins de sc\u00e8nes bucoliques, mais des figures de r\u00eaves, des traits \u00e9clatants de violence, une sculpture m\u00e9tallique. Un art n\u00e9 de l&rsquo;int\u00e9rieur, manifestant une vie psychique intense, sous une forme tant\u00f4t confidentielle, tant\u00f4t explosive. Originale et vivante alliance de l&rsquo;abstrait et du concret, du dit et de l&rsquo;indicible. Ces formes \u00e9voquent et provoquent des pulsions plus que des figures du r\u00e9el apparent. Elles trahissent et suscitent de secr\u00e8tes correspondances. Une \u00e9nergie pulsionnelle les traverse, d\u00e9passant toute figuration. Elles op\u00e8rent comme des r\u00e9v\u00e9lateurs, sur l&rsquo;artiste d&rsquo;abord, puis sur ceux qui entrent avec elles en connivence. Un \u00e9change symbolique se produit entre l\u2019\u0153uvre et le spectateur-acteur. L&rsquo;espace ext\u00e9rieur qui s&rsquo;offre \u00e0 la sensation esth\u00e9tique devient ainsi miroir d&rsquo;un espace int\u00e9rieur. C&rsquo;est le propre du symbole d&rsquo;\u00e9veiller \u00e0 soi-m\u00eame, en incitant \u00e0 la libre d\u00e9couverte d&rsquo;un au-del\u00e0 de soi.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00c9coutant les nouvelles t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es, j&rsquo;apprends avec joie qu&rsquo;une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9missions sur le Mus\u00e9e du Louvre sera projet\u00e9e l&rsquo;an prochain. Sa pr\u00e9paration est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s avanc\u00e9e et plusieurs de ses protagonistes, conservateurs de mus\u00e9e, critique d&rsquo;art, cin\u00e9astes, stars, participent \u00e0 cette annonce, l\u00e0, sur l&rsquo;\u00e9cran. Ils nous promettent beaucoup d&rsquo;informations historiques, d&rsquo;appr\u00e9ciations esth\u00e9tiques, d&rsquo;impressions d&rsquo;artistes. Per\u00adsonne toutefois ne t\u00e9moigne du moindre souci d&rsquo;\u00e9voquer le sens profond de ces \u0153uvres d&rsquo;art, leur invisible et secr\u00e8te dimension, leur valeur proprement symbolique. Par exemple, devant la <i>Victoire de Samothrace<\/i>, cette statue mutil\u00e9e dominant l&rsquo;escalier d&rsquo;honneur du Louvre. On vous dira qu&rsquo;elle avait, \u00e0 l&rsquo;origine, les ailes d\u00e9ploy\u00e9es, une trompette \u00e0 la main, qu&rsquo;elle se dressait \u00e0 la proue d&rsquo;une tri\u00e8re, qu&rsquo;elle fut sculpt\u00e9e en m\u00e9moire de la victoire navale des Ath\u00e9niens sur les Spartiates alli\u00e9s aux Perses, en 306 av. J.-C. Mais qui d\u00e9gagera la port\u00e9e symbolique de cette merveilleuse \u0153uvre d&rsquo;art ? Qui nous fera sentir que la poss\u00e9der \u00e0 son bord, vivre et naviguer avec elle, accepter de mourir pour la D\u00e9esse de la Victoire, c&rsquo;\u00e9tait, pour le combattant enthousiaste, se projeter en elle, s&rsquo;identifier \u00e0 elle et l&rsquo;identifier \u00e0 sa glorieuse cit\u00e9, transf\u00e9rer sur elle son besoin d&rsquo;amour, de protection et de confiance, participer \u00e0 la fois de sa force surnaturelle et de son immortalit\u00e9 ?<\/p>\n<p align=\"justify\">On con\u00e7oit que la perception ou la lecture d&rsquo;Un symbole ne se justifient pas, ne se d\u00e9veloppent pas seulement par l&rsquo;herm\u00e9neutique savante, mais \u00e9triqu\u00e9e, de l&rsquo;histoire, de la linguistique, de la sociologie, ou de la critique. Elles requi\u00e8rent une herm\u00e9neutique beaucoup plus complexe, et souvent aussi des plus spontan\u00e9es. Le symbolisme litt\u00e9raire et artistique du si\u00e8cle dernier n&rsquo;a pas suffisamment distingu\u00e9 la valeur sp\u00e9cifique du symbole de celle de l&rsquo;all\u00e9gorie. Il importe en effet de ne pas les confondre, pour ne pas s&rsquo;arr\u00eater \u00e0 ce qui n&rsquo;est qu&rsquo;un symbole affaibli, d\u00e9grad\u00e9, conventionnel.<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;all\u00e9gorie, comme le disait Henry Corbin, n&rsquo;est \u00ab qu&rsquo;un travestisse\u00adment du connu et du connaissable \u00bb, tandis que le symbole vous transporte \u00e0 un autre niveau de perception ou de connaissance, \u00e0 la d\u00e9couverte d&rsquo;un autre niveau d&rsquo;\u00eatre, que celui qui est imm\u00e9diatement signifi\u00e9. C&rsquo;est ce qu&rsquo;on appelle le pouvoir d&rsquo;anaphore du symbole : sa capacit\u00e9 de vous transporter, de vous faire traverser le sens premier du signe. L&rsquo;all\u00e9gorie est un proc\u00e9d\u00e9 simple : l&rsquo;image signifiant directement une id\u00e9e ; par exemple, une figure de V\u00e9nus, ou de Cupidon avec son arc et ses fl\u00e8ches, d\u00e9signant l&rsquo;amour ; des balances, la justice. Le rapport reste ici superficiel, banalis\u00e9 formel, conventionnel ; il conduit \u00e0 l&rsquo;acad\u00e9misme. L&rsquo;all\u00e9gorie ne d\u00e9passe gu\u00e8re le plan des proc\u00e9d\u00e9s de rh\u00e9torique. C&rsquo;est en somme une traduction imag\u00e9e et univoque d&rsquo;une id\u00e9e ou d&rsquo;un sentiment. Le symbole agit au contraire comme une suggestion, une provocation, une sollicitation immanentes et il ne craint pas l&rsquo;\u00e9quivoque. Son sens profond peut \u00eatre \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 de son sens apparent. On peut derri\u00e8re un sourire voiler un sentiment de haine, ou cacher un grand amour sous un air d&rsquo;indiff\u00e9rence. Aussi a-t-on dit qu&rsquo;il r\u00e9alisait dans une synesth\u00e9sie aux multiples formes \u00ab la co\u00efncidence des oppos\u00e9s \u00bb, selon un vieil axiome repris par Jung. Le soleil r\u00e9chauffe et br\u00fble, il vivifie et il tue.<\/p>\n<p align=\"justify\"><b>Sugg\u00e9rer plut\u00f4t qu&rsquo;expliquer<\/b><\/p>\n<p align=\"justify\">Des exemples le montreront mieux, \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;exp\u00e9riences v\u00e9cues, qu&rsquo;un expos\u00e9 doctrinal, qui pourrait passer pour trop th\u00e9orique. Ce fascicule du <i>Troisi\u00e8me Mill\u00e9naire<\/i> est riche de tels exemples. J&rsquo;essaie d&rsquo;en pr\u00e9senter aussi quelques-uns, emprunt\u00e9s \u00e0 notre \u00e9poque, pour qu&rsquo;on en sente mieux la p\u00e9rennit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">Une exposition du Symbolisme en Europe a \u00e9t\u00e9 organis\u00e9e, voici quelques ann\u00e9es, \u00e0 Paris, au Grand Palais. Ce symbolisme pictural, comme le litt\u00e9raire, n&rsquo;\u00e9tait que rarement symbolique, au sens pl\u00e9nier o\u00f9 nous l&rsquo;entendons. Je ne pr\u00e9tends pas \u00e9mettre un jugement esth\u00e9tique. Je ne consid\u00e8re que la valeur symbolique sugg\u00e9r\u00e9e par les \u0153uvres expos\u00e9es. Elles m&rsquo;ont paru, dans l&rsquo;ensemble, beaucoup trop descriptives, conven\u00adtionnelles, explicites, en un mot, acad\u00e9miques. Elles ne d\u00e9passent gu\u00e8re l&rsquo;all\u00e9gorie. Elles demeurent fort \u00e9loign\u00e9es, pour la plupart, des ambitions du symbolisme, d\u00e9finies dans le catalogue, d&rsquo;\u00eatre : \u00ab L&rsquo;expression plasti\u00adque de la recherche d&rsquo;un secret psychique et m\u00e9taphysique, d&rsquo;une condition humaine qui tend \u00e0 saisir l&rsquo;absolu, l&rsquo;invariable, dans les variations ali\u00e9nantes du ph\u00e9nom\u00e9nal et de l&rsquo;existentiel. \u00bb Excellente d\u00e9finition, \u00e0 laquelle peu d\u2019\u0153uvres pouvaient cependant r\u00e9pondre.<\/p>\n<p align=\"justify\">Quand l&rsquo;image est trop discoureuse, trop expliqu\u00e9e, elle ne r\u00e9v\u00e8le rien, elle ne d\u00e9clenche rien, sauf des sentiments conventionnels et d\u00e9j\u00e0 connus ; elle est simplement r\u00e9p\u00e9titive. Mais, si l&rsquo;on perce l&rsquo;explicite du discours ou de la description, si l&rsquo;on per\u00e7oit du non-dit, du non-d\u00e9crit, du non-exprim\u00e9, \u00e0 travers certains indices, l&rsquo;ensemble peut alors prendre un sens symbolique, il s&rsquo;unifie en lui-m\u00eame dans sa coh\u00e9rence propre, et communique avec nous, \u00e0 un niveau o\u00f9 s&rsquo;\u00e9tablit une sorte de convivium affectif, Il devient, non plus seulement r\u00e9p\u00e9titif, mais repr\u00e9sentatif : il fait sentir une pr\u00e9sence. Quel est, par exemple, le tableau qui vous para\u00eet le mieux \u00ab symboliser \u00bb l&rsquo;innocence ? Celui de Puvis de Chavannes, repr\u00e9sen\u00adtant une jeune fille, v\u00eatue d&rsquo;une longue robe blanche et portant comme un sceptre la tige d&rsquo;une fleur de lys ? Ou celui de Gauguin repr\u00e9sentant des Tahitiennes, dont l&rsquo;une mire sa nudit\u00e9 sur l&rsquo;eau transparente d&rsquo;une rivi\u00e8re, tandis que d&rsquo;autres dansent, nues, sous les palmiers ? <i>L&rsquo;eau d\u00e9licieuse<\/i>, tel est le nom de ce tableau, est symbolisante ; la jeune fille de Puvis de Chavannes \u00ab l&rsquo;innocence \u00bb n&rsquo;est qu&rsquo;une all\u00e9gorie. Malgr\u00e9 sa beaut\u00e9 picturale, elle laisse froid et indiff\u00e9rent, elle susciterait plut\u00f4t le sarcasme. Elle ne montre qu&rsquo;une parure de l&rsquo;innocence, une apparence, qui peut n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;un masque, une tromperie, une hypocrisie. Elle en viendrait m\u00eame \u00e0 ridiculiser la puret\u00e9. Son effet, au sens psychologique du terme, serait moins symbolique que diabolique. L\u2019\u0153uvre de Gauguin, au contraire, est riche d&rsquo;une valeur symbolique. Pour qui n&rsquo;a pas le sens de cette valeur, elle n&rsquo;\u00e9veillera que son sens esth\u00e9tique par sa beaut\u00e9, ou m\u00eame que sa libido, par la nudit\u00e9 des formes f\u00e9minines. L&rsquo;\u00e9veil \u00e0 la dimension symbolique du r\u00e9el va bien au-del\u00e0 de ces impressions. Gauguin nous montre, en effet, que la puret\u00e9, loin de se parer d&rsquo;un voile, est une transparence et une nudit\u00e9 ; transparence morale comme l&rsquo;eau est une transparence physique, nudit\u00e9 morale, qui n&rsquo;a rien \u00e0 cacher, non plus que la belle Tahitienne. Mais qui ose se mettre \u00e0 nu devant sa conscience, se rendre transparent \u00e0 autrui, d\u00e9voiler son \u00eatre moral ?<\/p>\n<p align=\"justify\">Qui donc est innocent et pur ? Voil\u00e0 l&rsquo;interrogation que fait na\u00eetre le symbole. \u00ab Le symbole est le commencement de l&rsquo;art \u00bb, disait Hegel. On peut inverser les termes de la phrase et dire : l&rsquo;art est le commencement du symbole.<\/p>\n<p align=\"justify\"><b>Un d\u00e9tournement de valeur<\/b><\/p>\n<p align=\"justify\">Un romancier a parfaitement compris ce renversement de l&rsquo;effet symbolique en effet diabolique. Dans Le Roi des aulnes, Michel Tournier montre comment la transformation diabolique d&rsquo;un \u00e9tendard, la croix gamm\u00e9e imprim\u00e9e sur le drapeau allemand, a ouvert une \u00ab \u00e8re nouvelle de honte et de d\u00e9cadence \u00bb. Le swastika a \u00e9t\u00e9 d\u00e9tourn\u00e9 de son sens symbolique originel. \u00ab N&rsquo;allez pas croire que les signes soient toujours d&rsquo;inoffensives et faibles abstractions. Les signes sont forts&#8230; les signes sont irritables. \u00bb A fortiori, s&rsquo;ils portent une charge symbolique. Tout est dans les symboles. Il \u00e9crit : \u00ab Qui p\u00e8che par les symboles sera puni par eux. Le symbole bafou\u00e9 devient diabole. Centre de lumi\u00e8re et de concorde, il se fait puissance de t\u00e9n\u00e8bres et de d\u00e9chirement. Le symbole d\u00e9vore la chose symbolis\u00e9e&#8230; Il devient ma\u00eetre du ciel&#8230; Les symboles se muent en diaboles&#8230; Et de leur saturation na\u00eet la fin du monde. \u00bb Ainsi les anges, s&rsquo;ils se pervertissent, se muent en diables et un univers satur\u00e9 de d\u00e9mons est pr\u00eat \u00e0 exploser.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le symbole prend alors la place du signifi\u00e9, il est \u00e9rig\u00e9 en entit\u00e9, en \u00ab absolu \u00bb, au lieu de s&rsquo;en tenir \u00e0 son r\u00f4le \u00ab relatif \u00bb de m\u00e9diateur. Une id\u00e9ologie se substitue au soleil, \u00e0 la sph\u00e8re c\u00e9leste sous le symbole du swastika. Il se produit une v\u00e9ritable inversion de sens, du signifi\u00e9 vers le signifiant, une perversion, un d\u00e9tournement de valeur sociale au profit de l&rsquo;imposteur. Par exemple, la beaut\u00e9 de la nature, selon les hymnes de toutes les religions, symbolise la splendeur de Dieu, dont elle n&rsquo;est qu&rsquo;un reflet ou un miroir ; mais, si l&rsquo;on invertit le symbole, le symbolisant-nature devient le symbolis\u00e9-Dieu, la nature est substitu\u00e9e \u00e0 Dieu, et le culte de l&rsquo;un est d\u00e9tourn\u00e9 au profit de l&rsquo;autre : op\u00e9ration diabolique.<\/p>\n<p align=\"justify\"><b>Fidel Castro sait utiliser les symboles<\/b><\/p>\n<p align=\"justify\">On pourrait prendre un autre exemple, tout r\u00e9cent, o\u00f9 l&rsquo;on voit la force du symbole transformer un revers en un succ\u00e8s. Il ne s&rsquo;agit pas de politique dans cet exemple, mais d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne de symbolisation. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par la pr\u00e9sence du mot symbole, \u00e0 plusieurs reprises, en lisant le discours de Fidel Castro, prononc\u00e9 lors de la c\u00e9r\u00e9monie fun\u00e8bre pour les Cubains tomb\u00e9s au combat dans l&rsquo;\u00eele de la Grenade (Le Monde, 19\/11\/83). Dans un langage qui conf\u00e8re aux hommes morts dans cet affrontement la valeur d&rsquo;un double symbole, Fidel Castro r\u00e9cup\u00e8re au profit de sa politique r\u00e9volutionnaire l&rsquo;\u00e9chec de sa tentative d&rsquo;implantation dans l&rsquo;\u00eele. Je n&rsquo;en rel\u00e8verai que deux phrases. Premi\u00e8re phrase : \u00ab Le Gouvernement imp\u00e9rialiste des \u00c9tats-Unis a voulu tuer le symbole que repr\u00e9sentait la r\u00e9volution grenadine, mais le symbole \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 mort. \u00bb Cette phrase sibylline recouvre deux faits historiques, transpos\u00e9s sur le plan symbolique. Premier fait : la r\u00e9volution grenadine a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9e, oui, mais pas par les \u00c9tats-Unis ; avec la mort de Bishop et de ses compagnons, qui s&rsquo;inspiraient de la r\u00e9volution cubaine, et qui sont identifi\u00e9s au peuple, elle a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9e par un mouvement de r\u00e9actionnaires et de dissidents, identifi\u00e9 \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e. Deuxi\u00e8me fait : les \u00c9tats-Unis ont cru tuer la r\u00e9volution grenadine, mais en r\u00e9alit\u00e9 ils n&rsquo;ont atteint que des usurpateurs, qui avaient d\u00e9j\u00e0 tu\u00e9 cette r\u00e9volution et qui ne pouvaient r\u00e9ussir. On voit tout de suite la symbolisation, par identification des victimes au peuple de la Grenade et de Cuba et par l&rsquo;identification des agresseurs aux dissidents du pays et aux capitalistes am\u00e9ricains, tous ennemis du peuple. Dans la seconde phrase : \u00ab En voulant d\u00e9truire un symbole (c&rsquo;est-\u00e0-dire la r\u00e9volution populaire de type cubain) ils (les \u00c9tats-Unis) ont \u00e0 la fois tu\u00e9 un cadavre (ces r\u00e9volutionnaires vaincus par les usurpateurs) et ressuscit\u00e9 le symbole \u00bb (c&rsquo;est-\u00e0-dire la r\u00e9volution populaire de type cubain). On retrouve ici les composantes de la pens\u00e9e symbolique : l&rsquo;image historique des faits : des hommes tu\u00e9s au combat ; ces hommes sont magnifi\u00e9s en h\u00e9ros ; ces h\u00e9ros sont des t\u00e9moins ou des martyrs : de la r\u00e9volution populaire ; celle-ci a \u00e9t\u00e9 \u00e9cras\u00e9e une seconde fois par l&rsquo;arm\u00e9e imp\u00e9rialiste des U.S.A. Mais la r\u00e9volution populaire en ressort grandie comme l&rsquo;id\u00e9al symbolique du peuple qui a \u00e9t\u00e9 abattu par l&rsquo;arm\u00e9e de dissidents, puis par l&rsquo;imp\u00e9rialisme : le symbole est ressuscit\u00e9. D&rsquo;o\u00f9 cet effet : se resserrer dans un m\u00eame destin r\u00e9volutionnaire, pour la lutte contre la dissidence meurtri\u00e8re, pour la lutte contre l&rsquo;imp\u00e9rialisme et le capitalisme \u00e9tranger. Les victimes de la Grenade sont \u00e9rig\u00e9s en martyrs de la R\u00e9volution et en h\u00e9ros de la lutte du peuple contre la domination de l&rsquo;arm\u00e9e et l&rsquo;exploitation capitaliste. Ce mot de \u00ab symbole \u00bb employ\u00e9 quatre fois en deux phrases, \u00e9tait bien choisi. Fidel Castro l&#8217;emploie une derni\u00e8re fois dans sa p\u00e9roraison, en poussant au maximum la charge affective du symbole, par un amalgame entre la r\u00e9volution populaire, la patrie et le r\u00e9gime cubain : \u00ab Ces morts ne sont nullement des cadavres, ce sont des symboles. Nous serons comme eux : la patrie ou la mort. Nous vaincrons. \u00bb On le constate, il se produit, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, un transfert d&rsquo;ex\u00e9cration ; de l&rsquo;autre, une cons\u00e9cration.<\/p>\n<p align=\"justify\">Il est important de souligner que le langage n&rsquo;est pas le seul support sensible du symbole. Toutes les formes d&rsquo;expression comportent une face cach\u00e9e, toutes sont au moins l&rsquo;amorce d&rsquo;une trajectoire symbolique : attitudes et gestes, mouvements des paupi\u00e8res ou des l\u00e8vres, de l&rsquo;ensemble du visage, inflexions de la voix, l&rsquo;usage pr\u00e9f\u00e9rentiel et spontan\u00e9 de certains mots, le choix des couleurs, des rythmes musicaux, le dessin d&rsquo;une spirale, d&rsquo;un cercle, d&rsquo;un losange, tous ces signes sont porteurs de symboles. Ils constituent \u00ab un syst\u00e8me de codage \u00bb, d&rsquo;un d\u00e9cryptage fort d\u00e9licat. Comme disait un po\u00e8te : \u00ab La forme de tes hanches est une onde \u00bb, une onde vibrante en elle-m\u00eame et \u00e9mettrice de vibrations hors d&rsquo;elle.<\/p>\n<p align=\"justify\">Chaque signe personnel ou collectif est un miroir ondulant, comme l&rsquo;eau d&rsquo;un ruisseau, miroir d&rsquo;une conscience plus ou moins impr\u00e9gn\u00e9e d&rsquo;inconscient. De m\u00eame, chaque \u00e9v\u00e9nement historique est le miroir d&rsquo;une conscience collective, m\u00eal\u00e9e elle aussi d&rsquo;inconscient. L&rsquo;herm\u00e9neutique symbolique, ou le d\u00e9cryptage du code, consiste, \u00e0 partir des apparences ext\u00e9rieures, \u00e0 partir des signes et images sensibles, \u00e0 d\u00e9couvrir, \u00e0 d\u00e9voiler le sens int\u00e9rieur, le sens profond, le v\u00e9ritable d\u00e9tonateur de la manifesta\u00adtion. Cette mise en lumi\u00e8re exige, je l&rsquo;ai dit et \u00e9crit maintes fois, plus que l&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se linguistique et historique, plus que le savoir scientifique, plus que le raisonnement philosophique, plus qu&rsquo;une foi dogmatique fig\u00e9e sur la lettre des formules, mais une perception simultan\u00e9e de ce qu&rsquo;il y a de plus individualis\u00e9 dans le signe, de ses analogies avec les donn\u00e9es traditionnelles, avec les arch\u00e9types de l&rsquo;analyse et des mythologies, en m\u00eame temps qu&rsquo;une certaine aptitude \u00e0 l&#8217;empathie, \u00e0 se mettre \u00e0 la place de l&rsquo;\u00ab autre \u00bb, comme pour partager personnellement son exp\u00e9rience. Le symbole se d\u00e9gage ainsi d&rsquo;une sorte de symbiose, d&rsquo;un convivium, d&rsquo;un vivre avec\u2026<\/p>\n<p align=\"justify\">Il en r\u00e9sulte que la perception de cette relation symbolique entre des sens de niveaux diff\u00e9rents, correspondant chacun \u00e0 un niveau d&rsquo;\u00eatre diff\u00e9rent, d\u00e9pend des dispositions int\u00e9rieures du sujet qui per\u00e7oit. Une dynamique sous-jacente anime l&rsquo;\u00e9change ou la communion symbolique. De l\u00e0 cet axiome : \u00ab Talera eum vida qualem capere potui \u00bb (Je l&rsquo;ai vu tel que j&rsquo;\u00e9tais capable de le saisir). De l\u00e0, cette n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un \u00e9veil, d&rsquo;une \u00e9ducation \u00e0 la perception de ces r\u00e9alit\u00e9s, qui ne se r\u00e9v\u00e8lent que par miroir, et non par la lumi\u00e8re directe des signes. Nous pourrions rappeler ici la th\u00e9orie de la causalit\u00e9 morphique de Ren\u00e9 Thom, le processus de style oral d\u00e9crit par Marcel Jousse, qui rejoignent celui de la communication symbolique : il ne s&rsquo;agit pas de \u00ab l&rsquo;acquisition d&rsquo;une banque de donn\u00e9es, mais de la mise en pratique vivante du mim\u00e9tisme humain&#8230; Ici, nous touchons \u00e0 la volont\u00e9, la maturit\u00e9, la cr\u00e9ativit\u00e9 : \u00e0 l&rsquo;homme \u00bb. Aussi ne s&rsquo;\u00e9tonnera-t-on pas que l&rsquo;art soit l&rsquo;un des principaux adjuvants de cette formation \u00e0 la perception symbolique. N&rsquo;oublions pas non plus que toute forme de communication comporte, au moins comme une \u00e9bauche, une part d&rsquo;art et \u2014 oserions-nous l&rsquo;avouer \u2014, une part d&rsquo;artifice. Pas de communication sans mimesis.<\/p>\n<p align=\"justify\"><b>Kennedy s&rsquo;identifiera au symbole de la sagesse<\/b><\/p>\n<p align=\"justify\">Prenons encore un exemple. Dans le cadre des d\u00e9bats organis\u00e9s \u00e0 la Sorbonne par le Mouvement Universel de la Responsabilit\u00e9 Scientifique, la discussion portait, le 23 novembre, sur des aspects socio-politiques que r\u00e9v\u00e8lent les rapports entre le savoir \u2014 la d\u00e9cision \u2014 le changement. Quels sont les facteurs de la d\u00e9cision, qui interviennent le plus efficacement pour d\u00e9terminer un changement ? M. Jamous, ma\u00eetre de recherches au CNRS, introduisait le d\u00e9bat. Il prit comme exemple, entre autres, la r\u00e9union du Conseil de d\u00e9fense des USA, convoqu\u00e9e d&rsquo;urgence par le pr\u00e9sident J.F. Kennedy, quand se confirmaient les menaces d&rsquo;installation de missiles sovi\u00e9tiques \u00e0 Cuba. Deux tendances s&rsquo;oppos\u00e8rent au Conseil : un blocus interdisant l&rsquo;entr\u00e9e de navires sovi\u00e9tiques dans les ports cubains ; une intervention de l&rsquo;aviation sur l&rsquo;\u00eele, qui, pour des raisons techniques, ne pouvait se limiter \u00e0 une \u00ab op\u00e9ration chirurgicale \u00bb. Des relations de politique, d&rsquo;influence, de prestige, de d\u00e9fense, de forces, militaient aussi bien pour l&rsquo;une que pour l&rsquo;autre de ces solutions, et l&rsquo;on n&rsquo;en voyait pas d&rsquo;autres. Les symboles du faucon et de la colombe planaient d\u00e9j\u00e0 sur la t\u00eate des conseillers. Le Pr\u00e9sident ne voulait correspondre ni \u00e0 l&rsquo;une, ni \u00e0 l&rsquo;autre de ces figures symboliques, tout en \u00e9tant en son for int\u00e9rieur partisan du blocus plut\u00f4t que des bombardements ; il chercha une autre solution dans la direction d&rsquo;un autre symbole. Il appela son concurrent malheureux aux \u00e9lections pr\u00e9sidentielles, M. Stevenson, un intellectuel, un humaniste, dont Kennedy connaissait bien le caract\u00e8re. Stevenson proposa alors, en \u00e9change de l&rsquo;abandon des projets sovi\u00e9tiques d&rsquo;installer des missiles \u00e0 Cuba, d&rsquo;abandonner des bases am\u00e9ricaines de missiles install\u00e9es au Proche et au Moyen-Orient. Kennedy avait gagn\u00e9 : il n&rsquo;\u00e9tait plus ni faucon, ni colombe, en se d\u00e9cidant entre les deux extr\u00eames en faveur du blocus. Les navires sovi\u00e9tiques firent demi-tour, Kennedy s&rsquo;identifia au symbole de la sagesse et du juste milieu, qui triomphe entre la violence et l&rsquo;abandon. On voit d\u00e8s lors se profiler en filigrane sous le portrait du Pr\u00e9sident, la figure symbolique d\u2019Ath\u00e9na, casqu\u00e9e et arm\u00e9e, tout en \u00e9tant la d\u00e9esse de la sagesse, de la mesure et de la paix, des arts et des sciences. Et le sociologue pouvait conclure le d\u00e9bat en observant que ce qui d\u00e9termine les d\u00e9cisions et le changement, les d\u00e9cisions non seulement internationales et nationales, mais aussi interpersonnelles et personnelles, ce ne sont g\u00e9n\u00e9ralement pas les raisons, dont on p\u00e8se le pour et le contre ; celles-ci peuvent exister, mais ce qui fait pencher le plateau de la balance, ce sont des facteurs subjectifs, affectifs, r\u00e9pondant \u00e0 des pulsions profondes, vers le pouvoir, l&rsquo;argent, l&rsquo;amour, et que symbolisent aussi bien une id\u00e9ologie, une entreprise qu&rsquo;un visage, avec toute leur puissance fascinante, mobilisatrice, s\u00e9ductrice.<\/p>\n<p align=\"justify\"><b>L&rsquo;exemple rapport\u00e9 par Henry Corbin<\/b><\/p>\n<p align=\"justify\">Prenons un autre exemple de symbole, non plus dans le monde de l&rsquo;esth\u00e9tique ou de la politique, mais dans le monde religieux. Cet exemple est rapport\u00e9 par Henry Corbin dans son livre <i>Temple et Contemplation<\/i>. Le c\u00e9l\u00e8bre philosophe Rose-Croix britannique, Robert Fludd (1574-1637) voit trois niveaux de sens dans la symbolique du temple, d&rsquo;o\u00f9 se d\u00e9gage l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un Triple temple, ou d&rsquo;un Temple \u00e0 trois \u00e9tages, le Temple de Salomon, qui est le corps ; le Temple de l&rsquo;Esprit, qui est l&rsquo;\u00e2me ; le Temple c\u00e9leste, qui est le palais spirituel. Ce dernier est situ\u00e9 dans sa g\u00e9ographie symbolique, comme le temple de la vision finale d\u2019\u00c9z\u00e9chiel, sur \u00ab la haute montagne \u00bb, laquelle est pour lui la haute montagne de l&rsquo;initiation. Il symbolise de la sorte le sch\u00e9ma anthropologique traditionnel, repris par saint Paul et toute la gnose : soma, psych\u00e9, pneuma. D&rsquo;o\u00f9 cette nostalgie du Temple, ce symbole de l&rsquo;homme vou\u00e9 \u00e0 un th\u00e9omorphisme, \u00e0 une mutation ascendante de corporel \u00e0 spirituel, par un parcours de tous les plans de l&rsquo;existence. Le Temple, lieu de la pr\u00e9sence divine, devient l&rsquo;homme m\u00eame, quand celui-ci arrive \u00e0 s&rsquo;identifier \u00e0 cette pr\u00e9sence.<\/p>\n<p align=\"justify\">La biorythmique la plus moderne, sous d&rsquo;autres termes, \u00e9tudie elle aussi les rapports rythmiques qui peuvent exister, dans la mesure o\u00f9 ils se distinguent, entre les trois plans de l&rsquo;activit\u00e9 biologique : physique, \u00e9motionnel, intellectuel. On pourrait dire que, lorsque la pr\u00e9sence d&rsquo;un stimulant (parole, \u0153uvre d&rsquo;art, signe ou image quelconque) engendre un accord rythmique entre ces trois plans de vibration, une perception symbolique se produit, c&rsquo;est-\u00e0-dire, une communication quasi int\u00e9grale, intersubjective, entre le stimulant et le stimul\u00e9, entre le sujet \u00e9metteur et le sujet r\u00e9cepteur ou percipient. Tous deux entrent dans une sorte de symbiose. Cet instrument privil\u00e9gi\u00e9 de la communication qu&rsquo;est le langage vit de cet \u00e9change invisible et ind\u00e9finiment renouvel\u00e9 de symboles. Quand cette force immanente de la symbolique du langage s&rsquo;\u00e9teint, la puissance communicative du langage diminue et finit par mourir. On parle une m\u00eame langue, mais on ne se comprend plus. Un langage tient sa richesse plus de son impr\u00e9gnation symbolique que du nombre de ses mots.<\/p>\n<p align=\"justify\"><b>Le soubassement neuronal de la pens\u00e9e symbolique<\/b><\/p>\n<p align=\"justify\">Du point de vue purement s\u00e9mantique, le symbole se r\u00e9v\u00e8le comme une puissance synth\u00e9tisante, d\u00e8s lors qu&rsquo;il permet de percevoir les relations qui existent entre plusieurs niveaux de sens, du niveau sensitif ou litt\u00e9ral, au niveau conceptuel, jusqu&rsquo;au niveau global de l&rsquo;intuition et de la foi, o\u00f9 les facteurs affectifs interviennent. Il joue un r\u00f4le d&rsquo;unificateur de l&rsquo;ensemble du psychisme humain, en mobilisant toutes ses possibilit\u00e9s d&rsquo;intervention pour une d\u00e9couverte pl\u00e9ni\u00e8re de sens multiples, mais polaris\u00e9s dans une m\u00eame direction. Les observations les plus r\u00e9centes sur le cerveau humain ont justement signal\u00e9 que, dans certaines activit\u00e9s mentales de connaissance, plusieurs aires du cortex c\u00e9r\u00e9bral, chacune avec son fonctionnement sp\u00e9cialis\u00e9, entraient en connexion, en connivence si l&rsquo;on peut dire, par les centaines de millions de fibres du corps calleux, pour produire cette connaissance complexe tr\u00e8s sp\u00e9ciale, que j&rsquo;appelle la pens\u00e9e symbolique. Elle r\u00e9sulte d&rsquo;une corr\u00e9lation, d&rsquo;une oscillation incessante entre l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re droit, plus appropri\u00e9 aux objets mentaux d&rsquo;ordre concret et r\u00e9aliste, comme les images sensibles, et l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re gauche, plus propice aux objets abstraits, comme les concepts, les deux h\u00e9misph\u00e8res se connectant avec les lobes frontaux pour participer de leur charge \u00e9motionnelle. Image, concept, \u00e9motion entrent dans la composi\u00adtion du symbole. N&rsquo;\u00e9tant pas moi-m\u00eame un biologiste, je voudrais seulement citer quelques lignes du professeur Changeux. Apr\u00e8s avoir d\u00e9crit le processus que je viens de r\u00e9sumer, il conclut : \u00ab Ces mouvements d&rsquo;activit\u00e9s d&rsquo;ensembles importants de neurones ne sont pas purement \u00ab\u00a0imaginaires\u00a0\u00bb ! Des progr\u00e8s r\u00e9cents de la technique d&rsquo;exploitation c\u00e9r\u00e9brale, aux cons\u00e9quences encore incalculables, permettent d\u00e9j\u00e0 de voir \u00e0 travers la paroi du cr\u00e2ne. \u00bb (<i>L&rsquo;homme neuronal<\/i>, Paris, Fayard, 1983, p. 218-219.) On peut contester certaines hypoth\u00e8ses de ce biologiste du Coll\u00e8ge de France mondialement connu, parce qu&rsquo;elles constituent des extrapolations philosophiques et religieuses trop inspir\u00e9es d&rsquo;une philosophie positiviste, dont les bases sont aujourd&rsquo;hui fortement \u00e9branl\u00e9es. Pour ma part je pense que de telles hypoth\u00e8ses passent les limites du savoir positif. Mais je ne puis qu&rsquo;accepter et admirer les savantes observations, dans les limites purement scientifiques que leur auteur fixe lui-m\u00eame. Et c&rsquo;est \u00e0 ce titre d&rsquo;observateur, que je me r\u00e9f\u00e8re \u00e0 lui pour reconna\u00eetre, dans la description qu&rsquo;il donne de ce ph\u00e9nom\u00e8ne biologique complexe d&rsquo;interrelations neuronales, le soubassement physico-chimique global de la pens\u00e9e symbolique. Par une sorte d&rsquo;isomorphisme cette puissance synth\u00e9tisante du cerveau, au niveau biologique, correspond \u00e0 la puissance unificatrice du symbole, au niveau psychologique.<\/p>\n<p align=\"justify\"><b>Et m\u00eame Albert Einstein&#8230;<\/b><\/p>\n<p align=\"justify\">La dynamique invisible du symbole intervient jusque dans la recherche rationnelle et la d\u00e9couverte scientifique. On pourrait en citer de nombreux exemples tir\u00e9s de la vie des savants. Un livre r\u00e9cent, publi\u00e9 en hommage au philosophe Fran\u00e7ois Alqui\u00e9, sous le titre <i>La Passion de la raison<\/i> (PUF), signalait chez ce philosophe \u00ab les \u00e9lans du d\u00e9sir, au c\u0153ur m\u00eame de l&rsquo;activit\u00e9 la plus rationnelle \u00bb. Il n&rsquo;y a pas de saisie du symbole, dans cet \u00e9lan du d\u00e9sir, et la saisie du symbole peut frayer la voie \u00e0 la recherche philosophique ou scientifique. Voici un autre exemple, racont\u00e9 par Einstein lui-m\u00eame : \u00ab La th\u00e9orie de la relativit\u00e9, a-t-il \u00e9crit, je l&rsquo;ai d\u00e9couverte en jouant une sonate de Bach ; la th\u00e9orie de la variation possible de la masse avec l&rsquo;\u00e9nergie, en \u00e9coutant chanter les oiseaux dans une for\u00eat. J&rsquo;ai su que c&rsquo;\u00e9tait cela ! \u00bb Il lui restait \u00e0 en faire la d\u00e9monstration rationnelle : question de physique math\u00e9matique et de m\u00e9thode scientifi\u00adque. Gr\u00e2ce \u00e0 sa formation intellectuelle, gr\u00e2ce \u00e0 sa sensibilit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;art et, \u00e0 la nature, et gr\u00e2ce \u00e0 une concentration m\u00e9ditative et prolong\u00e9e, la co\u00efncidence s&rsquo;est soudain produite, la synesth\u00e9sie symbolique s&rsquo;illuminant en intuition. La r\u00e9duction math\u00e9matique pourra \u00e9ventuellement \u00eatre discut\u00e9e, la relativit\u00e9 fondamentale de l&rsquo;univers, du tout et de chaque partie, restera acquise. Percevoir un ordre dans le chaos, d\u00e9couvrir des possibles dans le confus, admettre des degr\u00e9s dans les certitudes, concevoir toute chose comme un ensemble de relations, dont une partie nous \u00e9chappe, c&rsquo;est une disposition de plus en plus r\u00e9pandue aujourd&rsquo;hui dans le monde scientifique le plus avanc\u00e9. Pour chacun de nous, c&rsquo;est ouvrir son esprit \u00e0 la dimension et \u00e0 la dynamique symboliques de la r\u00e9alit\u00e9, c&rsquo;est \u00e9largir son champ de conscience, c&rsquo;est contribuer, \u00e0 rapprocher les humains dans une vision sup\u00e9rieure, qui les d\u00e9livre de leurs \u00e9troitesses d&rsquo;esprit et de leurs encha\u00eenements \u00e0 l&rsquo;imm\u00e9diat et au superficiel. La pens\u00e9e symbolique est l&rsquo;instrument d&rsquo;une r\u00e9alisation int\u00e9rieure et d&rsquo;une communication profonde avec autrui. Qu&rsquo;elle soit ainsi comprise aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est sans doute ce qui fait sa nouveaut\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">Un sociologue d\u00e9clarait r\u00e9cemment : \u00ab Nous prenons conscience que le savoir a sa face cach\u00e9e : il engendre un non-savoir qui le double et dont l&rsquo;ombre s&rsquo;\u00e9tend \u00e0 mesure qu&rsquo;il grandit. \u00bb Et il concluait qu&rsquo;il faut \u00ab apprendre \u00e0 penser l&rsquo;impensable \u00bb. En un certain sens, le symbole est ce rayon de lumi\u00e8re qui filtre \u00e0 travers le royaume de l&rsquo;ombre. Et penser l&rsquo;impensable, c&rsquo;est essayer de suivre ce rayon de lumi\u00e8re filtrant \u00e0 travers les ombres qui subsistent dans toute communication.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;all\u00e9gorie, comme le disait Henry Corbin, n&rsquo;est \u00ab qu&rsquo;un travestisse\u00adment du connu et du connaissable \u00bb, tandis que le symbole vous transporte \u00e0 un autre niveau de perception ou de connaissance, \u00e0 la d\u00e9couverte d&rsquo;un autre niveau d&rsquo;\u00eatre, que celui qui est imm\u00e9diatement signifi\u00e9. C&rsquo;est ce qu&rsquo;on appelle le pouvoir d&rsquo;anaphore du symbole : sa capacit\u00e9 de vous transporter, de vous faire traverser le sens premier du signe. L&rsquo;all\u00e9gorie est un proc\u00e9d\u00e9 simple : l&rsquo;image signifiant directement une id\u00e9e ; par exemple, une figure de V\u00e9nus, ou de Cupidon avec son arc et ses fl\u00e8ches, d\u00e9signant l&rsquo;amour ; des balances, la justice. 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