{"id":16297,"date":"2014-08-29T21:53:44","date_gmt":"2014-08-29T20:53:44","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=16297"},"modified":"2014-08-29T21:53:44","modified_gmt":"2014-08-29T20:53:44","slug":"les-temps-pre-eternels-par-archaka","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/les-temps-pre-eternels-par-archaka\/","title":{"rendered":"Les temps pr\u00e9-\u00e9ternels par Archaka"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">(Extrait de <em>Les temps pr\u00e9-\u00e9ternels<\/em>. \u00c9dition Grasset 1985)<\/p>\n<p align=\"justify\"><a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-naissance-de-dieu-par-archaka\/\">Chapitre pr\u00e9c\u00e9dent<\/a><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>Les temps pr\u00e9-\u00e9ternels (conclusions)<\/b><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00d4 Lumi\u00e8re voyageuse, transmise d&rsquo;esp\u00e8ce en esp\u00e8ce, de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, afin qu&rsquo;\u00e0 notre tour nous soyons \u2014 et d&rsquo;abord que nous soyons plus conscients et plus clairs que ces lointains anc\u00eatres, sauvages arboricoles qui, soudain, cess\u00e8rent de savoir aussi bien que jadis grimper aux arbres et s&rsquo;y mouvoir. Infinie patience de cette lumi\u00e8re couvant sous la carcasse hirsute et vo\u00fbt\u00e9e de ces mutants et y grandissant \u00e0 leur insu, \u00e0 eux qui, pourtant, la l\u00e9guaient \u00e0 l&rsquo;avenir myst\u00e9rieux. Ininterrompue est notre lign\u00e9e, m\u00eame si nous n&rsquo;en avons pas encore, aujourd&rsquo;hui, retrouv\u00e9 tous les maillons. Un seul mouvement se dessine depuis l&rsquo;aube des temps, un seul \u00eatre se dresse \u2014 redresse le front vers le ciel et d\u00e9couvre peu \u00e0 peu la splendeur du Soleil. Et, en son d\u00e9but, cet \u00eatre est l&rsquo;informe peuplade des singes d\u00e9natur\u00e9s tandis qu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent cet \u00eatre est nous : un seul \u00eatre en ses diverses phases et dont nous ignorons ce qu&rsquo;il sera demain.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">P\u00e9tris par un r\u00eave qui, en nous, se r\u00e9alise, instruments d&rsquo;une Volont\u00e9 qui aboutit \u00e0 nous et manifestement doit nous d\u00e9passer, ou nous enseigner \u00e0 nous d\u00e9passer nous-m\u00eames, il y eut ces \u00eatres qui, moins que nous, s&rsquo;interrogeaient, \u00e9tant mieux que nous coul\u00e9s dans le moule de la Nature, ou y \u00e9tant tout simplement model\u00e9s d&rsquo;une autre fa\u00e7on. Du moins les lentes questions qu&rsquo;ils pouvaient se poser nous ont-elles suscit\u00e9s. Du moins leur incompr\u00e9hension et leur impuissance ont-elles appel\u00e9 notre pouvoir de comprendre, comme notre vertige, notre douleur, notre mutinerie un jour enfanteront, autant que notre sagesse, une race plus accomplie.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous ne savons pas de quelle couleur \u00e9taient leurs yeux, leurs cheveux, leur peau, nous savons seulement qu&rsquo;ils \u00e9taient avant nous et que notre peau, nos cheveux, nos yeux sont en nous leur h\u00e9ritage et, en nous, poursuivent la prise de conscience du monde commenc\u00e9e en eux et, avant eux, dans des esp\u00e8ces dont nous ne savons \u00e0 peu pr\u00e8s rien et qui, obscur\u00e9ment, remontent les unes aux autres jusqu&rsquo;au premier micro-organisme, \u00e0 l&rsquo;autre bout du Temps, lorsque la Vie commen\u00e7a de frissonner au sein des eaux. Tout est po\u00e8me, odyss\u00e9e sid\u00e9rale o\u00f9 s&rsquo;inscrivent nos jours ins\u00e9parablement du reste de la cr\u00e9ation. Les magiques m\u00e9tamorphoses de la Terre et les victoires sur l&rsquo;impossible que chacune repr\u00e9sente ont en nous de sourds \u00e9chos inoubli\u00e9s. En nous, vit le Pouvoir qui transmua la pierre en humus et, des cendres volcaniques r\u00e9veill\u00e9es par les pluies, fit na\u00eetre les premi\u00e8res formes de la vie. Tout cela est en nous ; tout cela nous constitue ; tout ce magistral et pudique triomphe des milliards d&rsquo;ann\u00e9es terrestres est le mat\u00e9riau m\u00eame o\u00f9 nous sommes sculpt\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous sommes triomphe sur les t\u00e9n\u00e8bres et nous nous imaginons d\u00e9chus. Nous sommes grandissante \u00e9l\u00e9vation et nous nous imaginons fl\u00e9tris et condamn\u00e9s. Nous sommes lib\u00e9ration toujours plus ample et vive et nous nous imaginons prisonniers.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Notre \u00e9motion ne serait-elle pas celle d&rsquo;enfants \u00e9merveill\u00e9s si, aujourd&rsquo;hui, sur une plan\u00e8te r\u00e9put\u00e9e rebelle \u00e0 toute vie, apparaissaient de la m\u00eame fa\u00e7on d&rsquo;infimes organismes contenant les myriades d&rsquo;efflorescences futures, les prairies \u00e0 venir, les animaux \u00e0 venir, les dynasties d&rsquo;hommes \u00e0 venir, le myst\u00e8re d&rsquo;av\u00e8nements plus lointains, pour nous encore impr\u00e9visibles ? N&rsquo;accueillerions-nous pas par des larmes de joie le prodige d&rsquo;un brin d&rsquo;herbe sur Mars ? Ne fr\u00e9mirions-nous pas d&rsquo;ivresse si, dans le ciel de V\u00e9nus, s&rsquo;envolait un oiseau aux ailes bleues ? Et quels p\u00e9ans n&rsquo;entonnerions-nous pas si souriaient des \u00eatres \u00e0 la surface d&rsquo;autres mondes soi-disant invivables ? Mais l&rsquo;habitude a t\u00e9tanis\u00e9 nos c\u0153urs. Lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de nous, nous ne voyons plus rien ; nous sommes ferm\u00e9s \u00e0 ce qui nous entoure et qui est hymne incessant, cr\u00e9ation perp\u00e9tuelle de la Divinit\u00e9 sur la Terre.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Si seulement l&rsquo;amour pouvait nous venir pour les premiers et fragiles indices trac\u00e9s, au prix de centaines de millions d&rsquo;ann\u00e9es de labeur somnambule, \u00e0 la surface de la Terre pour annoncer le grand voyage de la Vie ; si seulement nous pouvions voir en nos plus claires profondeurs s&rsquo;\u00e9branler la procession des esp\u00e8ces se masquant et s&rsquo;enfantant sans fin les unes les autres ; si seulement notre conscience pouvait embrasser l&rsquo;incalculable mouvement des primes formes de vie \u00e9rodant inlassablement la pierre et m\u00ealant \u00e0 la poussi\u00e8re leurs ch\u00e9tives d\u00e9pouilles en un sacrifice aveugle et in\u00e9luctable, aussi n\u00e9cessaire en fait qu&rsquo;apparemment immotiv\u00e9, changeant ainsi un \u00e9norme d\u00e9sert rocheux en la source enchant\u00e9e d&rsquo;\u00eatres multitudinaires, toujours plus riches et vari\u00e9s ; si seulement nous saisissions le processus de cette alchimie cosmique et y savions d\u00e9chiffrer l&rsquo;\u00e9closion graduelle de l&rsquo;\u00eatre dor\u00e9 qui, de toutes ces formes, ne peut manquer de na\u00eetre un jour ; si seulement nous comprenions pour ce faire l&rsquo;encha\u00eenement des \u00e9tapes qui m\u00e8nent jusqu&rsquo;\u00e0 nous, et qu&rsquo;aucun Hasard n&rsquo;y saurait pr\u00e9sider, mais qu&rsquo;au contraire tout est gouvern\u00e9 par une Volont\u00e9 qui sait et qui voit et, de ce fait, \u00e9crit dans la langue de la Mati\u00e8re la beaut\u00e9 de l&rsquo;Esprit, alors, nous sentant fondus enfin dans l&rsquo;immesurable courant de la cr\u00e9ation universelle, y participant consciemment et volontairement, aspirant \u00e0 traduire toujours plus de conscience et de divinit\u00e9 dans le concert des formes innombrables, nous conna\u00eetrions le sens du monde, et notre vie enti\u00e8re baignerait dans la lumi\u00e8re et la joie de cette connaissance.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Mais cela, nous ne le pouvons pas \u2014 pas encore \u2014, car c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment cela qui nous est refus\u00e9 par la Nature. La constitution qu&rsquo;elle nous alloue nous en emp\u00eache. En le fourreau d&rsquo;un corps, elle enferme chaque homme et, le leurrant \u00e0 plaisir, l&rsquo;induit \u00e0 croire qu&rsquo;\u00e0 ce corps se limite sa conscience, se borne son pouvoir. Ainsi, pour notre pr\u00e9caire perception sensorielle, sommes-nous s\u00e9par\u00e9s du reste de l&rsquo;univers et coup\u00e9s de son origine.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Or, si nous consid\u00e9rons l&rsquo;holocauste des \u00e2ges, le progressif \u00e9panouissement de la conscience depuis te temps inappr\u00e9ciable o\u00f9, br\u00fblant dans l&rsquo;Espace, le magma s&rsquo;est refroidi et a donn\u00e9 naissance \u00e0 la Terre; si nous consid\u00e9rons l&rsquo;inexorable investissement de la Mort, ou plut\u00f4t de la Non-Vie, par la Vie, la transfiguration de l&rsquo;\u00e9troit d\u00e9sert nocturne en un diurne jardin illimit\u00e9, la conscience naissant de l&rsquo;inconscience, et une joie de plus en plus intense et diverse s&rsquo;exprimant dans des myriades d&rsquo;\u00eatre minuscules ou colossaux repr\u00e9sentant chacun un son de la langue ind\u00e9chiffr\u00e9e de Dieu, une note de Son chant \u00e9ternel ; si nous consid\u00e9rons que tout cela nous pr\u00e9c\u00e8de et nous a engendr\u00e9s, alors nous percevons que notre destin est n\u00e9cessairement autre que celui dont nous nous obs\u00e9dons, que, d\u00e9cid\u00e9 du premier au dernier instant, voulu et ouvr\u00e9 par Dieu en l&rsquo;expression de Sa Lumi\u00e8re et de Sa V\u00e9rit\u00e9, il s&rsquo;inscrit dans une architecture ineffable, dont chaque ligne nous porte depuis toujours et dont chaque point, \u00e0 jamais, nous purifie de l&rsquo;ombre o\u00f9 nous croyons nous mouvoir : nous vivons dans la Lumi\u00e8re de Dieu et avons l&rsquo;illusion d&rsquo;\u00eatre recouverts d&rsquo;ombre, et cette Lumi\u00e8re et cette ombre, cette V\u00e9rit\u00e9 et cette illusion, se jouant en nous, \u00e9crivent notre histoire d&rsquo;avance promise \u00e0 la dissolution des t\u00e9n\u00e8bres et au sacre du Soleil.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Vague apr\u00e8s vague, la vision cr\u00e9atrice r\u00e9pand sur la Terre d&rsquo;impr\u00e9visibles songes qui, peu \u00e0 peu, se r\u00e9alisent. Pour nous, nous sommes \u00e0 ce jour le songe le plus beau de la Terre, la plus achev\u00e9e de ses \u0153uvres. O\u00f9 est alors la mal\u00e9diction ? Dans ce sens que nous avons de notre s\u00e9paration ? Dans ce divorce que nous \u00e9prouvons d&rsquo;avec l&rsquo;immensit\u00e9 cosmique et qui, aussit\u00f4t, nous la fait croire hostile ? Dans cette nostalgie de notre origine dont tout nous persuade que nous l&rsquo;avons perdue et qui, pourtant, ne cesse de nous entourer ? Dans cette irr\u00e9m\u00e9diable solitude o\u00f9 se d\u00e9roule notre vie et cette solitude encore plus irr\u00e9m\u00e9diable de la mort ? Mais si, justement, tout cela, qui nous blesse et nous effraie, \u00e9tait notre privil\u00e8ge ? Si c&rsquo;\u00e9tait le signe, justement, qu&rsquo;\u00e0 cause de cette souffrance plus t\u00e9r\u00e9brante que toutes celles endur\u00e9es par les autres esp\u00e8ces et les autres r\u00e8gnes, notre conscience ne cesse de s&rsquo;aiguiser, de grandir en pouvoir, de se parfaire, ne cesse de heurter aux portes de l&rsquo;avenir inconnu, d&rsquo;aspirer \u00e0 ce qui, \u00e9tant inatteint, est encore Dieu pour nous ?<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab Puiss\u00e9-je, oh, puiss\u00e9-je \u00e0 tout jamais me d\u00e9passer et r\u00e9gner en souveraine sur tout ce qui, aujourd&rsquo;hui, me d\u00e9chire et me divise, ce qui m&rsquo;attire ici, et l\u00e0 me torture, sur le plaisir aussi vain qu&rsquo;est vaine la peine, puiss\u00e9-je en un \u00e9lan de flamme m&rsquo;exhausser jusqu&rsquo;\u00e0 un autre ciel o\u00f9 les choses ni le monde ne m&rsquo;appara\u00eetront plus de la m\u00eame fa\u00e7on. \u00bb Ainsi parle l&rsquo;\u00e2me en ses secr\u00e8tes demeures, l&rsquo;\u00e2me qui sait l&rsquo;utilit\u00e9 de tout cela et qui, ses yeux immenses fix\u00e9s sur l&rsquo;invisible, r\u00eave l&rsquo;avenir au nom d&rsquo;\u00c9ternit\u00e9, l&rsquo;\u00e2me qui accepte la d\u00e9chirure et la division, qui consent au plaisir et \u00e0 la peine, qui sanctionne ce que nous ne comprenons pas, cette b\u00e9ance au fond de notre c\u0153ur, plaie jamais ferm\u00e9e, arrachement \u00e0 la prime v\u00e9rit\u00e9 du monde, ab\u00eeme o\u00f9 sombre notre espoir, bouche oraculaire de notre mort future.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Et nous, de nous croire plus que jamais perdus, par notre faute ou par celle d&rsquo;un l\u00e2che Pouvoir qui nous guette au fond de ses tourbillons cosmiques et se repa\u00eet de nous. De nous croire tomb\u00e9s de cet \u00e9tat dont l&#8217;empreinte en creux demeure seule en nous, ainsi qu&rsquo;un lit d\u00e9sert\u00e9 par l&rsquo;Amant de notre \u00e2me. De pleurer sur l&rsquo;amour \u00e9vanoui, que nous n&rsquo;avons m\u00eame pas connu, mais dont en nous la caresse fant\u00f4me avive nos souffrances. Pourquoi, \u00f4 Dieu d&rsquo;Amour, nous as-Tu arrach\u00e9s \u00e0 Ton \u00e9treinte o\u00f9, lumineux et muets, nous \u00e9tions un avec Toi ? Pourquoi, d&rsquo;un geste d&rsquo;\u00e9gorgement, nous as-Tu chass\u00e9s de Toi et envoy\u00e9s \u00e0 la mort ? Comment ne nous croirions-nous pas maudits, comparant la splendeur de Ta cr\u00e9ation \u00e0 notre impuissance, notre peine et nos larmes ? Mendiant en bas des astres un peu de Ta cl\u00e9mence, quelle aum\u00f4ne avons-nous ? La moquerie des dieux ex\u00e9cutant Tes ordres et la promesse de mourir. Toute vie est-elle donc d\u00e9clin ? Tout envol, pourrissement ?<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Or, l&rsquo;\u00e2me, derri\u00e8re notre masque atterr\u00e9, ne cesse de sourire, offrant comme un encens aux pieds de son seigneur nos sanglots et nos cris. L&rsquo;\u00e2me sourit et sait. Elle sait le pourquoi de ce qui nous \u00e9pouvante et accepte \u2014 par amour, par une sorte de complicit\u00e9 divine, ne pouvant \u00eatre qu&rsquo;enti\u00e8rement soumise \u00e0 Celui qu&rsquo;elle aime \u00e0 jamais, en l&rsquo;enceinte de ce corps comme au-del\u00e0 du monde. Et de sa lumi\u00e8re, elle impr\u00e8gne notre conscience obscure, chuchotant doucement des mots o\u00f9 se dissout l&rsquo;hypnose de la Nuit. \u00d4 Homme, \u00e9coute, toi qui te crois d\u00e9chu. \u00c9coute mon amour et sache que Dieu t&rsquo;aime. Depuis toujours Il t&rsquo;aime et toujours t&rsquo;aimera, quoi que tu fasses, aies pu faire, ou croies que tu feras.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00c0 nous de nous interroger alors : si, en notre chute \u2014 en notre impression d&rsquo;une chute, r\u00e9sidait toute notre gloire ? Le sens du mal auquel chaque jour nous astreint \u00e0 la fois s&rsquo;expliquerait de lui-m\u00eame et aussit\u00f4t dispara\u00eetrait. Seule esp\u00e8ce \u00e0 poss\u00e9der cette conscience qui s\u00e9pare et divise, nous saurions que nous ne sommes pas tomb\u00e9s, mais que nous nous \u00e9levons, que nous n&rsquo;avons pas \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9s, mais que nous nous rapprochons de la Divinit\u00e9, qu&rsquo;au prix d&rsquo;un tourment unique et admirable, en un quotidien sacrifice de tout notre \u00eatre, nous exprimons une nouvelle phase de la conscience terrestre dans son ascension et sa red\u00e9couverte de la Beaut\u00e9 dont elle est issue.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Oui, ce que nous nommons chute est en fait ascension. Oui, cette mal\u00e9diction que nous sentons peser sur nous est signature crypt\u00e9e de notre extase d&rsquo;\u00eatre. Oui, notre sens d&rsquo;une injuste s\u00e9paration, notre souffrance de tous les instants, notre d\u00e9go\u00fbt et notre honte, nos peurs inavou\u00e9es et nos d\u00e9fis bravaches et notre immense inespoir, tout cela que nous sommes les seuls \u00e0 \u00e9prouver sur cette Terre est la preuve que, justement, nous sommes les seuls \u00e0 avoir d\u00e9pass\u00e9 l&rsquo;h\u00e9b\u00e9tude o\u00f9 rien de cela ne se peut percevoir et o\u00f9 les autres r\u00e8gnes se laissent cr\u00e9er et engloutir sans se douter de rien.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Notre souffrance est la banni\u00e8re sous laquelle nous nous rangeons pour conqu\u00e9rir les cimes vierges du futur. Que l&rsquo;on ne nous demande pas \u00e0 quoi ressemblent ces cimes, nous ne les avons jamais vues, mais le mouvement est en nous, aussi inn\u00e9 que tout ce qui nous fait hommes, le mouvement est en nous, qui nous \u00e9lance vers elles et nous contraint de verser le tribut de notre sang. C&rsquo;est un instinct de la race : souffrir pour savoir plus et \u00eatre davantage, souffrir pour arracher le bandeau qui aveugle les yeux du monde, souffrir pour arracher le b\u00e2illon qui \u00e9touffe la voix du monde \u2014 encore souffrir et toujours arracher, et tout nous est souffrance, en effet, et tout arrachement, mais c&rsquo;est en vue d&rsquo;une conqu\u00eate \u00e0 laquelle force nous est de participer, quoi que nous fassions sur Terre, et qui, lorsque nous l&rsquo;aurons remport\u00e9e, nous immobilisera, transfigur\u00e9s en la splendeur d\u00e9couverte.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Immobiles, au bord d&rsquo;un oc\u00e9an solaire, nous nous tiendrons un jour, et toute douleur s&rsquo;effacera de notre m\u00e9moire. Nous reconna\u00eetrons cette Lumi\u00e8re imp\u00e9rissable que, sans savoir, nous cherchons aujourd&rsquo;hui, que tous nos gestes poursuivent depuis le d\u00e9but des temps : gestes d&rsquo;amants et gestes d&rsquo;assassins, gestes de vie, gestes de mort, gestes sacr\u00e9s ou profanes, de rois ou de pouilleux, qui donnent, re\u00e7oivent ou s&#8217;emparent, gestes de guerriers, de po\u00e8tes, d&rsquo;enfants, de ma\u00eetres ou d&rsquo;esclaves, tous nos gestes, sans tr\u00eave, depuis des centaines de milliers d&rsquo;ann\u00e9es, fouillent les entrailles de Ta Nuit pour en extraire l&rsquo;or mystique du Jour de l&rsquo;\u00c9ternel. Car nous ne devons pas nous y tromper, au bout de l&rsquo;arme qui crache le napalm, il y a Dieu autant qu&rsquo;au bout de la prosternation devant les figures de la Divinit\u00e9. Au bout de la caresse et de la meurtrissure, m\u00eamement Dieu attend. Au bout du mouvement qui prot\u00e8ge et de celui qui d\u00e9vaste, il n&rsquo;existe que Dieu. Tout tend vers Lui, tout ce que nous faisons, notre Bien et notre Mal, notre gr\u00e2ce radieuse et notre abomination, notre v\u00e9rit\u00e9, notre mensonge, nos grandeurs et nos crimes, tout concourt \u00e0 un seul but, qui est Dieu et qu&rsquo;un jour, face \u00e0 face, nous verrons, devenant immobiles comme Lui, comme Lui resplendissants et purs.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Il n&rsquo;y a de <\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>dies irae<\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\"> que dans l&rsquo;imagination des hommes. Le Jour du Jugement ne peut \u00eatre que Jour de Pardon et pas m\u00eame de Pardon, car cela suppose qu&rsquo;il y a eu une faute, ne peut \u00eatre que Jour d&rsquo;Amour et de Joie supr\u00eames. Si le Temps doit s&rsquo;arr\u00eater, basculer soudain dans l&rsquo;immobilit\u00e9, nous fixer nous-m\u00eames face \u00e0 l&rsquo;\u00c9ternel, ce ne peut \u00eatre que pour nous donner l&rsquo;amour dont tout notre \u00eatre a faim, ce ne peut \u00eatre que parce que, apr\u00e8s tant de cycles obscurs, nous serons alors pr\u00eats \u00e0 vivre dans la Lumi\u00e8re du Divin qui est en nous et qui est nous et qui est tout ce qui est partout autour de nous. Car voir Dieu, c&rsquo;est n\u00e9cessairement Le devenir. Et le jour o\u00f9 l&rsquo;humanit\u00e9 para\u00eetra devant Dieu, aussit\u00f4t elle sera elle-m\u00eame Dieu, et l&rsquo;univers entier, pour elle, sera Dieu, et toutes ses erreurs et toutes ses souffrances seront effac\u00e9es.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Quel Dieu, en effet, oserait nous ch\u00e2tier, quel Dieu oserait nous condamner \u00e0 des maux \u00e9ternels parce que nous avons eu mal et souffert ? Et qu&rsquo;est justement ce pr\u00e9tendu p\u00e9ch\u00e9 dont nous nous sentons sans cesse accus\u00e9s, sinon une autre forme de la souffrance que chaque jour nous apporte ? Punirions-nous un l\u00e9preux pour sa mis\u00e8re ? Un aveugle de ne pas y voir ? Les maux dont ils souffrent, aurions-nous l&rsquo;ignominie de les leur reprocher ? Faudrait-il alors qu&rsquo;un \u00catre supr\u00eame nous bl\u00e2me pour ce qu&rsquo;en ob\u00e9issance \u00e0 des lois qu&rsquo;Il a \u00e9dict\u00e9es Il nous impose de faire et qui nous est une torture permanente ? D\u00e9pend-il de nous d&rsquo;\u00eatre mur\u00e9s dans l&rsquo;erreur ? Qui, ayant vu Dieu un seul instant, s&rsquo;\u00e9tant soi-m\u00eame connu Dieu, voudrait encore \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 l&rsquo;ignorance et aux t\u00e9n\u00e8bres ? Si nous avions tous l&rsquo;exp\u00e9rience de ce qu&rsquo;en v\u00e9rit\u00e9 nous sommes, si nous nous connaissions tous Dieu, nulle ombre n&rsquo;existerait plus, nul p\u00e9ch\u00e9, ni nulle souffrance, aucun mal d&rsquo;aucune sorte. Or, nous ne savons pas, et cette ignorance qui nous caract\u00e9rise et nous suffoque ne rel\u00e8ve pas de notre choix, non plus, donc, que les fautes qui, fatalement, en d\u00e9coulent.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Dieu ne peut nous punir, ni nous ni personne, si tout est Lui et doit Le redevenir. Mais justement si tout est Lui, qu&rsquo;est ce mal dont nous craignons le ch\u00e2timent ? Que sont cette souffrance et ce p\u00e9ch\u00e9, s&rsquo;il n&rsquo;est d&rsquo;autre demain pour la cr\u00e9ation enti\u00e8re qu&rsquo;une fusion en la Divinit\u00e9, qu&rsquo;un \u00e9ternel baiser de lumi\u00e8re, qu&rsquo;une plong\u00e9e sans fin dans le regard du Soleil ? S&rsquo;il n&rsquo;y a que cet Amour \u00e9ternel que demain doive manifester, comment cet Amour peut-il aujourd&rsquo;hui nous infliger un si constant supplice ?<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">D&rsquo;un terme \u00e0 l&rsquo;autre de l&rsquo;\u00e9nigme, nous sommes sans fin renvoy\u00e9s : ou bien nous sommes coupables et tremblons devant Dieu, ou bien Dieu Lui-m\u00eame est coupable, d\u00e9miurge retors qui ne cr\u00e9e que pour assouvir d&rsquo;immondes app\u00e9tits, nous torturant ici avant de nous damner au-del\u00e0. Comment choisirions-nous entre ces deux mensonges ? Comment pr\u00e9f\u00e9rerions-nous une insanit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;autre ? La coupe empoisonn\u00e9e de la souffrance nous enflamme les l\u00e8vres et nous fait prof\u00e9rer un verbe de folie. Pas plus que la Mort, nous ne savons d\u00e9finir ni justifier la Souffrance qui, autant que la Mort, pourtant, p\u00e8se sur notre absurde destin\u00e9e, la circonscrit autant et la mal\u00e9ficie.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Mais si, vraiment, il n&rsquo;existe que Dieu, si, vraiment, tout tend \u00e0 exprimer la Divinit\u00e9 enclose en l&rsquo;ombre du monde, \u00e0 faire jaillir de la Nuit des sources de lumi\u00e8re, si tout est ce Divin qui, peu \u00e0 peu, s&rsquo;\u00e9veille, ne se pourrait-il pas alors que la Souffrance soit ce qui Le tire de Son coma, soit ce sourcier miraculeux et honni qui fait fleurir les \u00e9toiles en frappant les flancs silencieux de la T\u00e9n\u00e8bre primitive ?<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">De l&rsquo;immense sommeil mat\u00e9riel, les esp\u00e8ces sont n\u00e9es une \u00e0 une, \u00e9veill\u00e9es par la Souffrance. Toujours plus de souffrance engendrant toujours plus de conscience, l&rsquo;\u00eatre terrestre s&rsquo;est diversifi\u00e9 et a prolif\u00e9r\u00e9. Nous savons aujourd&rsquo;hui que les plantes peuvent souffrir et supposons que les pierres elles-m\u00eames sont dou\u00e9es d&rsquo;une forme tr\u00e8s obscure de sensibilit\u00e9. Quel choc a su transmuer la morne d\u00e9solation de la nuit des premiers temps en un jardin diapr\u00e9 d&rsquo;arbres et de fleurs ? Le mutisme but\u00e9 des rocs du commencement, quelle foudre l&rsquo;a fendu et f\u00e9cond\u00e9, quel fouet de feu l&rsquo;a flagell\u00e9 pour en d\u00e9livrer les premiers balbutiements de la Vie ? Quel contact terrible et formidable a-t-il fallu pour secouer l&rsquo;inertie titanesque des millions d&rsquo;ann\u00e9es ?<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Enferm\u00e9e en elle-m\u00eame, repli\u00e9e sur ses secrets, ainsi \u00e9tait la Terre \u00e0 son d\u00e9but. Verrouill\u00e9e sur un r\u00eave sans images, asphyxi\u00e9e par l&rsquo;inconscience, noy\u00e9e dans les eaux bitumeuses de la Nuit cosmique, ainsi \u00e9tait-elle et ainsi serait-elle demeur\u00e9e si une Force ne l&rsquo;avait fractur\u00e9e, si la Vie n&rsquo;avait plong\u00e9 en elle son glaive ardent et n&rsquo;avait, pendant d&rsquo;innombrables millions d&rsquo;ann\u00e9es, labour\u00e9 ses flancs moroses pour y susciter les toutes premi\u00e8res formes de conscience, des algues, des bact\u00e9ries ayant assez de sensibilit\u00e9 pour se mouvoir et subsister. De quelles affres la Terre endormie a-t-elle pay\u00e9 sa remont\u00e9e hors de l&rsquo;ab\u00eeme du sommeil et de l&rsquo;amn\u00e9sie ? De l&rsquo;insondable obscurit\u00e9, sa voix somnambule s&rsquo;est fait entendre, s&rsquo;\u00e9levant et retombant, puis s&rsquo;\u00e9levant de nouveau et se d\u00e9ployant de plus en plus et r\u00e9pandant ses harmonies \u00e0 travers le syst\u00e8me solaire ainsi qu&rsquo;un cantique de gratitude saluant la Lumi\u00e8re cr\u00e9atrice.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">La vierge des t\u00e9n\u00e8bres chantait dans son sommeil par la bouche des volcans, et des fleuves d&rsquo;or ruisselaient sur son ventre st\u00e9rile et se caillaient, devenant froids et noirs. Ainsi \u00e9tait la Terre des commencements. Et voici qu&rsquo;elle n&rsquo;\u00e9tait plus ainsi : une douleur inconnue l&rsquo;avait transperc\u00e9e, et elle avait enfant\u00e9. Et son chant, \u00e0 pr\u00e9sent, montait de ses myriades. Un chant tiss\u00e9 de souffrance et d&rsquo;\u00e9merveillement, un chant de gloire et de combat, de naissance et de deuil, o\u00f9, par ses myriades, elle apprenait \u00e0 se conna\u00eetre, ainsi que l&rsquo;univers, touchant avec des doigts d&rsquo;amante l&rsquo;Espace qu&rsquo;elle sentait se d\u00e9voiler \u00e0 mesure que ses enfants en devenaient plus conscients, t\u00e2tant avec des gestes patients d&rsquo;aveugle les myst\u00e8res qu&rsquo;il lui fallait encore d\u00e9voiler et qui devaient lui rendre la vue, ressusciter en elle le pouvoir de tout voir, de tout comprendre et de tout \u00eatre par le chenal d&rsquo;un de ses fils. Et elle chantait du fond de sa transe sacr\u00e9e, ainsi qu&rsquo;une vestale encha\u00een\u00e9e \u00e0 son dieu et s&rsquo;offrant comme autel du sacrifice. Et une souffrance immense qui \u00e9tait aussi une joie immense la traversait et l&#8217;emplissait. Chaque \u00e9tape de sa mue lui arrachait des hurlements o\u00f9 s&rsquo;engloutissaient des esp\u00e8ces dont, aujourd&rsquo;hui, nous ne savons plus rien. Mais de cette mort de ses enfants, elle renaissait plus belle et plus puissante, et son chant s&rsquo;\u00e9levait, plus majestueux, vers la Lumi\u00e8re qu&rsquo;elle cherchait \u00e0 capter davantage et \u00e0 laquelle, dans sa c\u00e9cit\u00e9, elle \u00e9tait d&rsquo;avance enti\u00e8rement soumise.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Le chemin de douleur cosmique qu&rsquo;elle suivit afin de nous enfanter, nous ne pouvons l&rsquo;imaginer. Tout, depuis le d\u00e9but, est qu\u00eate de l&rsquo;intense et envol vers le vaste. Tout cherche confus\u00e9ment \u00e0 exprimer davantage, \u00e0 \u00eatre et \u00e0 conna\u00eetre davantage. Chaque forme de vie tend sans savoir \u00e0 se d\u00e9passer, \u00e0 la fois se suffit et se r\u00eave diff\u00e9rente. Une flamme, en chacune, br\u00fble et d\u00e9vore, dictant des songes o\u00f9 se recr\u00e9e le monde. Tout peine et pant\u00e8le et cherche \u00e0 s&rsquo;\u00e9chapper. L&rsquo;homme n&rsquo;est pas le seul \u00e0 souffrir de ses limites. Lui-m\u00eame est justement le produit d&rsquo;une ancienne r\u00e9volte, d&rsquo;une volont\u00e9 qui luttait contre d&rsquo;anciennes bornes, d&rsquo;une confuse aspiration \u00e0 plus de lumi\u00e8re et de conscience, d&rsquo;une \u00e9vasion hors d&rsquo;un monde devenu invivable. Et \u00e0 notre tour, nous rongeons les filets de t\u00e9n\u00e8bres et minons les remparts de la Nuit pour nous volatiliser en une apoth\u00e9ose vers laquelle la Souffrance est notre seule guide.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Sans cette souffrance qui vrille et teste le mat\u00e9riau de la cr\u00e9ation, nul \u00e9veil n&rsquo;est possible. Par tous les moyens, il faut tirer l\u2019\u00catre de son \u00e9vanouissement, l&rsquo;arracher \u00e0 cette catalepsie o\u00f9 rien n&rsquo;existe pour lui. Car la cr\u00e9ation serait vaine, qui ne serait que mati\u00e8re n&rsquo;exprimant rien du Pouvoir qui l&rsquo;a manifest\u00e9e, et la Terre inconsciente tournerait dans l&rsquo;Espace, inf\u00e9conde boule de pierre un jour crach\u00e9e par le Soleil et un autre jour annihil\u00e9e. Mais la Souffrance ravage le sommeil impassible des choses, et la Terre, de plus en plus consciente au moyen des formes qu&rsquo;elle enfante, reconquiert, par-del\u00e0 notre Soleil physique, le Soleil de tous les Soleils o\u00f9 tout se conna\u00eet Dieu.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">D&rsquo;\u00e2ge en \u00e2ge, la Souffrance la d\u00e9pouille de sa robe de narcose et, \u00e0 coups de couteau, lui d\u00e9coupe des paupi\u00e8res et lui ouvre des yeux en son \u00eatre endormi. Ces milliards d&rsquo;ann\u00e9es terrestres ne sont-ils pas la preuve du labeur et du temps qu&rsquo;il y faut mettre ? Pour arriver jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;oiseau, quel prix ont d\u00fb payer des milliers d&rsquo;\u00eatres r\u00e9volus ? Quel prix de souffrance dans leurs corps prisonniers de la pesanteur, quel prix d&rsquo;espoir sans cesse contredit, quel prix obscure soumission \u00e0 l&rsquo;impotence native et au r\u00eave insens\u00e9 de d\u00e9passer l&rsquo;impotence ?<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">H\u00e9ritiers de cet humble et grandiose mouvement d&rsquo;une cr\u00e9ation imparfaite, c&rsquo;est-\u00e0-dire inachev\u00e9e, et imparfaits nous-m\u00eames, ainsi sommes-nous fils d&rsquo;un servage ivre de libert\u00e9. Or, l&rsquo;histoire de la Terre nous l&rsquo;enseigne, on ne peut \u00eatre libre d&rsquo;une chose qu&rsquo;en \u00e9tant plus grand qu&rsquo;elle. Nous ne pouvons donc \u00eatre libres de notre destin sans merci qu&rsquo;en \u00e9tant plus grands que lui. Car notre libert\u00e9 est l&rsquo;au-del\u00e0 de nous-m\u00eames, \u00e9tant donn\u00e9 que c&rsquo;est de nous-m\u00eames \u2014 de notre constitution \u2014 que nous sommes prisonniers.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">La cr\u00e9ation enti\u00e8re t\u00e9moigne de cette libert\u00e9 poursuivie, atteinte \u00e0 chaque pas et jamais achev\u00e9e. L&rsquo;\u00eatre terrestre s&rsquo;\u00e9chappe d&rsquo;une esp\u00e8ce en une autre, qu&rsquo;il tire de lui-m\u00eame et en laquelle il s&rsquo;\u00e9panouit jusqu&rsquo;\u00e0 en sentir douloureusement les limites et reprendre sa fuite, reprendre sa conqu\u00eate. Rien n&rsquo;est jamais parfait, ni rien ne le contente. Le r\u00eave d&rsquo;autre chose l&rsquo;habite, qui est m\u00e9moire occulte de sa v\u00e9rit\u00e9 ensevelie en lui et qu&rsquo;il doit exprimer. Et l&rsquo;\u00eatre de la Terre, l&rsquo;\u00eatre unique et innombrable qu&rsquo;enfante la Terre et par lequel elle reprend conscience et possession de sa vraie v\u00e9rit\u00e9, cet \u00eatre grandit d&rsquo;\u00e9tape en \u00e9tape, de miracle en miracle et, les uns apr\u00e8s les autres, cr\u00e8ve les plafonds des sph\u00e8res, pourfend les dimensions dans un hourvari d&rsquo;\u00e9pouvante. Tout tremble et tout s&rsquo;\u00e9branle et s&rsquo;effondre, l&rsquo;univers croule \u00e0 mesure que grandit le g\u00e9ant terrestre : hier un insecte, aujourd&rsquo;hui un colosse, demain Dieu. D\u00e9fonc\u00e9es sont les limites o\u00f9 la Vie se confinait dans l&rsquo;obscur grouillement des micro-organismes; d\u00e9fonc\u00e9es les limites des b\u00eates amphibies et des premi\u00e8res plantes terrestres; d\u00e9fonc\u00e9es les limites des for\u00eats cyclop\u00e9ennes et des sauriens monstrueux; d\u00e9fonc\u00e9es les limites des primates et des hominiens; d\u00e9fonc\u00e9es, d\u00e9fonc\u00e9es, toutes les limites anciennes, comme des toits de cristal que pulv\u00e9riserait en sa croissance l&rsquo;\u00catre terrestre qui, aujourd&rsquo;hui, vit en nous et qui, par nous, s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve encore afin de briser le dernier cercle, de d\u00e9foncer la derni\u00e8re barri\u00e8re qui nous s\u00e9pare de Dieu.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Et c&rsquo;est cela qu&rsquo;il nous faut voir : ce r\u00e9veil plan\u00e9taire, ce formidable surgissement d&rsquo;un dieu de lumi\u00e8re hors de l&rsquo;ab\u00eeme, cette victoire qu&rsquo;il remporte sans cesse, et sans cesse plus haut, cette irr\u00e9sistible ascension de l\u2019\u00catre de la Terre qui, de son front illumin\u00e9, touche aujourd&rsquo;hui les \u00e9toiles apr\u00e8s avoir patiemment repouss\u00e9 les limites et fendu les voiles de la Nuit tentaculaire.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Depuis qu&rsquo;il a commenc\u00e9 de grandir, il ne s&rsquo;est jamais arr\u00eat\u00e9 : la Terre n&rsquo;est pas subitement retomb\u00e9e dans la d\u00e9solation des premiers temps, n&rsquo;a pas de nouveau chavir\u00e9 dans les eaux sombres de l&rsquo;oubli ; au contraire, il n&rsquo;a cess\u00e9 d&rsquo;en hisser la conscience vers des gloires plus \u00e9clatantes et de plus profonds enchantements. Ainsi a-t-il conquis le cosmos, la perception du cosmos par les yeux de l&rsquo;homme. Ainsi r\u00eave-t-il de nouvelles conqu\u00eates o\u00f9 il poss\u00e9dera encore plus que la perception ext\u00e9rieure du cosmos, car un jour viendra o\u00f9 l&rsquo;homme comprendra quelle est sa place v\u00e9ritable dans cet univers qui semble le contenir.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Pour que je sois conscient de l&rsquo;univers, o\u00f9 faut-il n\u00e9cessairement que l&rsquo;univers se situe par rapport \u00e0 ma conscience ? L\u00e0 est la question qu&rsquo;un jour se posera l&rsquo;homme. Une fois qu&rsquo;il y aura r\u00e9pondu, non pas intellectuellement, d&rsquo;une fa\u00e7on qui ne modifie gu\u00e8re son comportement, mais dans toutes ses fibres en sorte que sera pour jamais chang\u00e9 son \u00e9tat d&rsquo;\u00e2me, alors il aura accompli un nouveau pas sur la route sans fin de la d\u00e9couverte de la V\u00e9rit\u00e9. L\u2019\u00catre de la Terre sera entr\u00e9 dans une nouvelle dimension, et Dieu sera \u00e0 port\u00e9e de la main.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Et c&rsquo;est pourquoi il nous faut apprendre \u00e0 nous consid\u00e9rer non comme des esclaves \u00e0 la botte du Mensonge et de l&rsquo;Illusion, de la Souffrance et de la Mort, mais comme de libres expressions d&rsquo;un Esprit qui grandit, comme des dieux qui, librement, traversent les t\u00e9n\u00e8bres et les m\u00e9tamorphosent avant de se redevenir. Nous croyons que nos jours se passent \u00e0 \u00e9gratigner en vain la surface d&rsquo;une Terre indiff\u00e9rente et qu&rsquo;il ne nous reste qu&rsquo;\u00e0 nous y coucher pour pleurer et mourir. Nous croyons qu&rsquo;\u00e0 notre insu nous habitent des volont\u00e9s qui se rient de nous et profitent de notre faiblesse. Nous croyons \u00eatre la proie de furies qui nous pourchassent et nous mettent \u00e0 mort pour des crimes jamais commis. Nous croyons \u00e0 des divinit\u00e9s acari\u00e2tres qui ne nous cr\u00e9ent que pour nous d\u00e9vorer. Nous croyons qu&rsquo;il nous faut nous en d\u00e9fendre ou nous en cacher, adorer en tremblant ou nier. Mais tout cela est faux. Nous sommes l&rsquo;\u00catre de la Terre en sa croissance bienheureuse, nous sommes Dieu Lui-m\u00eame en le mouvement fabuleux o\u00f9 Il se rejoint et s&rsquo;enlace \u00e0 jamais, Lui qui, pourtant, ne s&rsquo;est jamais quitt\u00e9, Lui qui, \u00e0 aucun moment, ni en nous ni en rien, dans cet univers ou un autre, ne cesse d&rsquo;\u00eatre Dieu.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Mais o\u00f9 est notre perfection, alors ? Si nous sommes Dieu, comme le disent les voyants, pourquoi notre perfection nous est-elle d\u00e9rob\u00e9e ? Pourquoi ce sens de notre petitesse, si nous sommes infinis ? Pourquoi aussi nous dire que, contrairement aux animaux, nous ne suivons pas les voies de la Nature? Pourquoi ces potentats du Dogme qui proclament que nous sommes d\u00e9natur\u00e9s ? Partout, des voix de papes ou de kapos retentissent pour stigmatiser notre orgueil et fl\u00e9trir notre pens\u00e9e. Mais si orgueil il y vraiment, d&rsquo;o\u00f9 nous vient-il ? Et qui a voulu que nous pensions ? Ne serait-il pas plus juste de dire qu&rsquo;en nous la Nature s&rsquo;exprime autrement ? Que, loin d&rsquo;abandonner ses voies, nous les suivons, malgr\u00e9 que nous en ayons, et que, guid\u00e9s par un ma\u00eetre invisible, nous avan\u00e7ons vers un but qui, justement, est celui de la Nature enti\u00e8re ? Comment pourrions-nous en avoir un autre ? Si nous faisons partie de la Nature et sommes issus d&rsquo;elle, comment pourrions-nous agir diff\u00e9remment d&rsquo;elle ? Aussi devons-nous comprendre ceci une fois pour toutes : nous ne sommes pas d\u00e9natur\u00e9s, nous n&rsquo;avons jamais d\u00e9rog\u00e9 aux v\u0153ux de la Nature, nous la servons en tous nos gestes et lui ob\u00e9issons, ne pouvant rien vouloir qui ne soit, d&rsquo;une fa\u00e7on ou d&rsquo;une autre, sa propre volont\u00e9, ne pouvant qu&rsquo;\u00eatre ses vaisseaux dociles et les instruments de son labeur cosmique.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Et elle-m\u00eame, la Nature, que pourrait-elle vouloir qui ne soit la volont\u00e9 de Dieu ? Comment voudrions-nous alors autre chose que ce que veut le Divin ? Imaginer que l&rsquo;on peut vouloir soi-m\u00eame quelque chose, c&rsquo;est s&rsquo;imaginer fort d&rsquo;une volont\u00e9 plus grande que celle de Dieu et donc se croire plus grand que Lui. Lors m\u00eame que nous nous trouvons si petits, allons-nous \u00e0 ce point nous contredire ?<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Cela qui manifeste le cosmos \u2014 de quelque fa\u00e7on que nous Le nommions \u2014, allons-nous vraiment dire que nous Lui sommes sup\u00e9rieurs ? Si, mat\u00e9rialistes, nous ne jurons que par une Force mat\u00e9rielle comme origine et soutien de l&rsquo;univers, allons-nous pr\u00e9tendre que, cr\u00e9atures mat\u00e9rielles infiniment petites dans l&rsquo;infiniment grand, nous surpassons cette Force dont, cependant, nous sommes incapables de d\u00e9terminer la naissance et la cause ? Si, religieux, nous croyons \u00e0 un Dieu tout-puissant, p\u00e8re de ce monde et cr\u00e9ateur de nos jours, allons-nous Lui contester Sa toute-puissance et la limiter \u00e0 notre bon plaisir, d\u00e9cr\u00e9ter qu&rsquo;Il ne peut que ce que nous voulons et quand nous le voulons et Lui reprocher ensuite de ne pas se conformer \u00e0 notre id\u00e9e et de faire advenir ce qui nous d\u00e9pla\u00eet ?<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Mais si, en revanche, nous comprenons que Dieu veut tout ce qui est, dans l&rsquo;ensemble immesurable de l&rsquo;Espace et du Temps comme dans le d\u00e9tail de chaque \u00eatre, que Dieu nous veut exactement tels que nous sommes et si cette volont\u00e9 devient claire en nous et que nous nous y abandonnions, alors nul probl\u00e8me ne se pose plus : nous agissons selon la seule volont\u00e9 de Dieu, nous sommes Dieu Lui- m\u00eame qui agit.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Il n&rsquo;est plus question, en ce cas, d&rsquo;\u00eatre parfait ou imparfait, car Dieu ne peut \u00eatre que parfait sous quelque forme que ce soit. Et quand nous consid\u00e9rerions notre \u00eatre d&rsquo;un \u0153il encore humain, nous comprenons toutefois que point n&rsquo;est besoin que nous soyons \u00ab\u00a0parfaits\u00a0\u00bb si une autre cr\u00e9ature terrestre doit l&rsquo;\u00eatre. Notre r\u00f4le est plus humble, mais aussi plus n\u00e9cessaire et fatidique que nous ne le croyons. Notre r\u00f4le o\u00f9 la souffrance et le malheur ont une si grande part, o\u00f9 l&rsquo;ignorance nous jugule \u00e0 chaque pas, qu&rsquo;\u00e0 chaque pas nous renversons, notre r\u00f4le est d&rsquo;ensemencer les immenses plaines de l&rsquo;avenir inconnu et d&rsquo;y susciter la gloire que nous n&rsquo;aurons pas poss\u00e9d\u00e9e, d&rsquo;y faire lever un Soleil qui, plus jamais, ne se couchera et en lequel grandira une race divine n\u00e9e de nous, de notre ombre et de notre mis\u00e8re, et qui ne sera que Lumi\u00e8re et que Joie.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Certes, nous ne pouvons pr\u00e9voir ce que, demain, deviendra notre race, en quoi elle sera pr\u00e9cis\u00e9ment transmu\u00e9e : quel enfant sait l&rsquo;adulte qu&rsquo;il sera ? Mais du moins, comme l&rsquo;enfant r\u00eave son avenir, pouvons-nous r\u00eaver le n\u00f4tre, savoir, pour commencer, que cet avenir sera, en \u00eatre aussi naturellement certains que l&rsquo;enfant l&rsquo;est de grandir. <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\"><sup>1<\/sup><\/a> Tout nous le crie lors m\u00eame qu&rsquo;\u00e0 chaque instant la Mort se vante de nous d\u00e9sesp\u00e9rer : nous ne cessons de gravir des \u00e9chelons vers la r\u00e9v\u00e9lation de notre pouvoir et de notre v\u00e9rit\u00e9, de notre immortalit\u00e9 ; nous sommes de jour en jour plus lumineux, et si parfois nous nous semblons \u00e0 nous-m\u00eames plus inconscients que jadis, c&rsquo;est qu&rsquo;en r\u00e9alit\u00e9 nous sommes plus conscients de notre inconscience, c&rsquo;est qu&rsquo;en grandissant le Jour d\u00e9couvre en nous plus de Nuit. L&rsquo;horreur o\u00f9 nous sombrons aujourd&rsquo;hui est signe que nous sommes capables d&rsquo;une plus haute extase qu&rsquo;hier. Les goulags et les charniers et les villes vampires o\u00f9 s&rsquo;affole la vie de ce si\u00e8cle, avec leurs tenailles qui broient la dignit\u00e9 humaine et condamnent l&rsquo;esprit \u00e0 la boue des cloaques, avec leurs devises mensong\u00e8res, avec leurs chantages, leurs orgies et leurs crimes, tout ce d\u00e9dal\u00e9en cauchemar o\u00f9 l&rsquo;homme s&rsquo;englue, s&rsquo;aveugle et s&rsquo;abolit, tout cela est le n\u00e9gatif d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 de lumi\u00e8re d&rsquo;autant plus intense qu&rsquo;il est, lui, plus hideux, car notre capacit\u00e9 de joie est \u00e0 l&rsquo;exacte mesure de notre capacit\u00e9 de douleur et de d\u00e9go\u00fbt.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Tout est comme le reflet d&rsquo;une montagne dans les eaux calmes d&rsquo;un lac. Plus nous montons vers les hauteurs, plus notre reflet semble descendre dans les profondeurs. Sachons alors que c&rsquo;est notre reflet seul qui s&rsquo;ab\u00eeme ainsi dans les t\u00e9n\u00e8bres du monde tandis que, libre et r\u00e9solu, notre \u00eatre v\u00e9ritable s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve vers la lumi\u00e8re.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Et l&rsquo;\u00e2me sereine, les yeux confiants, apprenons \u00e0 regarder le monde au-del\u00e0 des apparences qu&rsquo;il nous montre et \u00e0 concevoir de la juste fa\u00e7on les questions que son horreur nous pose. Ces grandes phratries de la d\u00e9sesp\u00e9rance que sont les soci\u00e9t\u00e9s modernes de tous les pays, riches ou pauvres, individualistes ou collectivistes, sont-elles vraiment l&rsquo;image d&rsquo;un camp de la mort \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle plan\u00e9taire ? Ne sont-elles pas plut\u00f4t l&rsquo;hallucinant et multiple embryon de la Cit\u00e9 de Dieu ? Et cette esp\u00e8ce d&rsquo;\u00e9pilepsie universelle qui nous roule dans l&rsquo;ordure \u2014 nous les individus et, nous les nations \u2014, qui nous couvre de bave et d&rsquo;excr\u00e9ments, nous agenouille devant l&rsquo;argent et nous prosterne devant le centre sauvage de corps haletants, et ce mal-orgasme de la haine qui nous \u00e9ventre comme un meurtre magique o\u00f9 nous \u00e9treint notre ombre, est-ce vraiment l&rsquo;enfer avec ses sachems guerriers et ses mammons avides et ses molochs insatiables, est-ce vraiment le signe, alors, qu&rsquo;il n&rsquo;est nulle part d&rsquo;issue ni de salut et sommes-nous bien s\u00fbrs qu&rsquo;il ne nous reste plus, en une ultime convulsion de plaisir et d&rsquo;horreur, qu&rsquo;\u00e0 nous faire \u00e9clater, qu&rsquo;\u00e0 dispara\u00eetre en une vengeresse explosion de tout notre \u00eatre que la Nuit engloutira pour jamais ? Ou n&rsquo;est-ce pas l&rsquo;amorce d&rsquo;autre chose ? N&rsquo;est-ce pas la preuve atroce que, devinant au-dessus de nous un Pouvoir qui est tout, nous cherchons \u00e0 nous y abandonner et qu&rsquo;impatients d&rsquo;offrir notre soumission, nous provoquons des catastrophes ? Notre \u00eatre entier le clame : que quelqu&rsquo;un se charge de nous, c&rsquo;est notre seul r\u00eave. De toutes les mani\u00e8res possibles, nous cherchons \u00e0 \u00e9tablir le contact avec ce qui nous veut et nous meut ; nous appelons des forces pour qu&rsquo;elles nous envahissent et nous submergent, nous noient ou nous exhaussent, apprentis sorciers jouant avec le feu et nous y br\u00fblant, n\u00e9ophytes m\u00ealant les vagues n\u00e9gatives de la Nuit et les ondes positives de la Lumi\u00e8re et r\u00e9pandant sur la Terre les noirs incendies de la Fin des Temps. Mais ce Pouvoir que nous appelons sans savoir existe bel et bien et, cependant, caresse nos fronts couverts de sueur et b\u00e9nit nos corps ensanglant\u00e9s. Derri\u00e8re notre errance monstrueuse, il est encore l\u00e0, nous guidant parmi les d\u00e9combres de ce que nous avons pour mission de d\u00e9truire, au prix de notre raison et de notre vie, pour que soit autre chose.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous ne savons ce que nous faisons, et l&rsquo;horreur qui nous entoure alt\u00e8re encore notre vision. Mais ce que nous faisons est la volont\u00e9 de Dieu, car nulle autre volont\u00e9 ne peut se manifester dans l&rsquo;univers, et s&rsquo;il nous para\u00eet qu&rsquo;en fait d&rsquo;autres volont\u00e9s s&rsquo;opposent \u00e0 la Sienne, cette opposition m\u00eame fait partie de ce qu&rsquo;Il veut dans l&rsquo;\u00e9ternel d\u00e9ploiement de Son r\u00eave cosmique o\u00f9, si fragiles, nous tenons un r\u00f4le pourtant si essentiel.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Jamais, nous ne devons oublier que nos actes ne sont que les bribes d&rsquo;un acte unique et infini qu&rsquo;ex\u00e9cute un seul \u00catre dans tout l&rsquo;univers, et que notre souffrance est le levain de la gr\u00e2ce du monde, de la beaut\u00e9 du ciel, de la splendeur sid\u00e9rale \u2014 de m\u00eame qu&rsquo;\u00e9prouv\u00e9 ailleurs par d&rsquo;autres formes d&rsquo;\u00eatre ce que nous appelons souffrance participe sans savoir \u00e0 notre propre grandeur.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">D\u00e8s lors, un seul devoir nous incombe : regarder sans trembler le mal qui nous \u00e9choit, celui qui nous d\u00e9vaste et celui que nous commettons. Le cancer dont meurt un \u00eatre, l&rsquo;accident o\u00f9 p\u00e9rit une foule, la guerre qui an\u00e9antit un peuple tout autant que nos crimes grands et petits \u2014 c&rsquo;est cela qu&rsquo;il nous faut apprendre \u00e0 voir et en quoi il nous faut apprendre \u00e0 reconna\u00eetre une seule force qui sourit derri\u00e8re de multiples visages grima\u00e7ants, une seule force qui, en v\u00e9rit\u00e9, n&rsquo;est n\u00e9gative qu&rsquo;aussi longtemps que notre vision se limite \u00e0 l&rsquo;incertain \u00e9difice de notre personnalit\u00e9. Et il nous faut apprendre aussi \u00e0 voir que nos erreurs ne sont pas plus des p\u00e9ch\u00e9s que n&rsquo;en sont les maladies. Ou alors il ne serait pas de plus grand p\u00e9ch\u00e9 que la mort elle-m\u00eame, qui nie la Vie, l&rsquo;\u00c9ternit\u00e9 vivante de Dieu. Il nous faut apprendre \u00e0 nous regarder nous-m\u00eames avec amour et compassion. Que chacun de nous commence par se pardonner \u00e0 soi-m\u00eame <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\"><sup>2<\/sup><\/a>, c&rsquo;est-\u00e0-dire par se savoir innocent, par consentir \u00e0 \u00eatre une simple et pure cr\u00e9ation de la Divinit\u00e9 sur Terre.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous pardonner \u00e0 nous-m\u00eames ? Mais n&rsquo;est-ce pas nier le mal ? N&rsquo;est-ce pas ouvrir les vannes de notre \u00eatre aux instincts les plus infernaux ? N&rsquo;est-ce pas risquer d&rsquo;attirer pire que ce que nous vivons aujourd&rsquo;hui ? N&rsquo;est-ce pas nous donner licence de commettre impun\u00e9ment les derni\u00e8res abjections ? Est-ce vraiment cela ? Et allons-nous encore longtemps supporter cet apartheid dont notre race est victime et qui nous rejette dans les sph\u00e8res ombreuses du mal et de la honte ? Allons-nous encore longtemps supporter d&rsquo;\u00eatre l&rsquo;objet du trafic des d\u00e9mons et des dieux, d&rsquo;\u00eatre leur b\u00e9tail marqu\u00e9 au fer de la mal\u00e9diction c\u00e9leste ? Allons-nous encore longtemps consentir \u00e0 servir de marchepied aux ivresses des forces qui animent le cosmos, abdiquer notre puret\u00e9 inn\u00e9e pour nous vautrer sur la couche de leur d\u00e9sir ? Nous pardonner \u00e0 nous-m\u00eames signifie arracher de nos traits le masque qui nous est impos\u00e9 et triompher du mal qui nous accuse et dont, en m\u00eame temps, nous sommes accus\u00e9s. Nous pardonner \u00e0 nous-m\u00eames signifie nous \u00e9lever jusqu&rsquo;en notre \u00e9tat primordial, jusqu&rsquo;en notre nature divine. Nous pardonner \u00e0 nous-m\u00eames signifie savoir que nous sommes Dieu et Le redevenir.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Or, il faut une humilit\u00e9 infinie pour se conna\u00eetre Dieu <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\"><sup>3<\/sup><\/a>. Il ne s&rsquo;agit pas de s&#8217;emparer des nations, de subjuguer les \u00eatres, de poss\u00e9der le monde. Il ne s&rsquo;agit pas de se faire adorer par les uns et d&rsquo;exterminer les autres. Il s&rsquo;agit de s&rsquo;annuler en Dieu de sorte qu&rsquo;il n&rsquo;y ait plus que Lui, de se dissoudre afin d&rsquo;\u00eatre seulement la nef de Son r\u00eave, le jardin de Son jeu, le temple de Son amour.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Et c&rsquo;est cela que veut dire s&rsquo;aimer soi-m\u00eame \u2014 c&rsquo;est pr\u00e9f\u00e9rer l&rsquo;inconnu qui demeure en nous \u00e0 tout ce qui fait notre vie, \u00e0 tout ce qu&rsquo;elle a non seulement de plus d\u00e9licieux, mais aussi de plus difficile, de plus noble et de plus admirable. C&rsquo;est pr\u00e9f\u00e9rer cette nudit\u00e9 du feu, cette unit\u00e9 de l&rsquo;\u00e2me, cette connaissance que l&rsquo;on est transparent et donc sans limites et que, d\u00e8s lors, on contient tout et que tout, sans exception, est de m\u00eame transparent et, pour cela m\u00eame, parfait. C&rsquo;est cela, s&rsquo;aimer \u2014 c&rsquo;est aimer tous les \u00eatres et toutes les choses, car nous ne formons en v\u00e9rit\u00e9 qu&rsquo;un seul \u00eatre, qui est Dieu et qui joue \u00e0 se conna\u00eetre Lui-m\u00eame dans le myst\u00e8re du monde.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Notre seul devoir est d\u00e9sormais de le comprendre. Si belles que soient nos \u00c9critures, que nous ont-elles en effet apport\u00e9 jusqu&rsquo;ici ? Une fa\u00e7on de courber le front devant la Souffrance et de nous r\u00e9soudre \u00e0 l&rsquo;in\u00e9luctable de la Mort. Nulle religion ne nous a rendus \u00e0 notre divinit\u00e9. Bien plut\u00f4t, chacune semble s&rsquo;\u00eatre appliqu\u00e9e \u00e0 nous donner des ma\u00eetres et \u00e0 nous traiter en inf\u00e9rieurs. Si nous sommes Dieu, si tout est Dieu, ainsi qu&rsquo;au fil des mill\u00e9naires l&rsquo;enseignent les voyants, comment pourrions-nous \u00eatre forc\u00e9s au service de puissances apparemment plus grandes que nous, apparemment plus sages du fait de leur position, apparemment plus belles et plus indispensables en vertu de leurs titres ? F\u00e9odalit\u00e9 des religions ! Mais nous sommes Dieu, et leur loi ne doit plus peser sur nous. Le plaisir que les pouvoirs cosmiques et les soi-disant suzerains de nos qualit\u00e9s prennent \u00e0 nous limiter en nous d\u00e9finissant dans la Nature, nous ne le leur procurerons plus. Les liens qu&rsquo;ils ont tiss\u00e9s pour nous retenir, \u00e0 nous de les trancher. Sans crainte du ch\u00e2timent dont ils nous menacent, nous serons purs et resplendissants. Nous serons les enfants radieux que nous portons en nous et que tout assassine ou veut assassiner.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Les dieux connus et inconnus qui gouvernent notre \u00eatre et lui assignent des devoirs, des jouissances et des r\u00eaves que nous n&rsquo;avons pas le pouvoir de choisir, ni d&rsquo;imaginer diff\u00e9rents, et les Normes aveugles qui nouent et rompent en ricanant les fils de nos destins \u2014 tout ce peuple puissant qui r\u00e8gne sur nous, nous devons \u00e0 pr\u00e9sent le quitter. Depuis des mill\u00e9naires, notre race offre des sacrifices, offre sa vie, son sang, ses esp\u00e9rances, sans pouvoir tenir pour s\u00fbr qu&rsquo;elle sera entendue et en acceptant d&rsquo;\u00eatre la chose dont on se joue toujours. Mais le temps de cet apprentissage et de cette s\u00e9gr\u00e9gation qui, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, hisse les dieux sur des pinacles d&rsquo;or et, de l&rsquo;autre, retient les hommes prisonniers des t\u00e9n\u00e8bres, est termin\u00e9. Et termin\u00e9e l&rsquo;\u00e8re des religions, qu&rsquo;elles soient spiritualistes ou mat\u00e9rialistes, que leurs dogmes visent la possession de l&rsquo;au-del\u00e0 ou que leurs slogans pr\u00eachent une dictature mondiale. Au moment o\u00f9 la souffrance semble nous rendre fous sans rem\u00e8de, nous d\u00e9couvrons la sagesse. Au-del\u00e0 de cette maladrerie qu&rsquo;est le monde o\u00f9 nous errons, il y a autre chose, dont les dieux nous ont jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent spoli\u00e9s : notre puret\u00e9, notre beaut\u00e9, notre v\u00e9rit\u00e9, notre libert\u00e9, notre divinit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Un jour vient o\u00f9 l&rsquo;enfant quitte ses parents, non parce qu&rsquo;ils l&rsquo;ont jadis battu, mais parce qu&rsquo;il doit s&rsquo;accomplir. Un jour vient o\u00f9 l&rsquo;homme doit quitter ses dieux, non parce qu&rsquo;ils l&rsquo;ont tourment\u00e9, mais parce qu&rsquo;il doit s&rsquo;accomplir. Et ce jour est venu. <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\"><sup>4<\/sup><\/a> \u00c0 notre accomplissement, ce tourment impos\u00e9 par les dieux fut toutefois n\u00e9cessaire et m\u00eame indispensable, qui nous sauva du cr\u00e9puscule b\u00e9at o\u00f9 nous aurions autrement \u00e9t\u00e9 enferm\u00e9s. Car nous aurions pu \u00eatre une race parfaite, du moins nous est-il loisible de l&rsquo;imaginer, une race parfaite et statique, enlis\u00e9e dans une demi-lumi\u00e8re qui nous aurait \u00e0 jamais content\u00e9s, que nous n&rsquo;aurions pas cherch\u00e9 \u00e0 d\u00e9passer pour en d\u00e9couvrir une autre, plus grande, et une autre encore, toujours une autre.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Oui, nous pouvons nous imaginer diff\u00e9rents, nous projeter dans un temps parall\u00e8le au n\u00f4tre et qui, \u00e0 l&rsquo;inverse du n\u00f4tre, ne se mouvrait vers rien. Un temps comme endormi, \u00e9clair\u00e9 de lueurs ind\u00e9cises, heureux en son sommeil et dispensant un bonheur toujours identique. Nous pouvons un instant imaginer notre race fig\u00e9e dans cette torpeur satisfaite c&rsquo;est m\u00eame, individuellement, notre ent\u00eatante image de la f\u00e9licit\u00e9 ou celle que nous nous faisons des paradis. Nous pouvons imaginer notre Terre nimb\u00e9e d&rsquo;une douceur s\u00e9dative et notre race plong\u00e9e dans une d\u00e9votieuse l\u00e9thargie. Voici des rites jour apr\u00e8s jour accomplis, des sacrifices languides c\u00e9l\u00e9br\u00e9s dans les temples, des chants archang\u00e9liques, une extase de saintet\u00e9 douce\u00e2tre, toute la vie lis\u00e9r\u00e9e d&rsquo;or d&rsquo;un peuple de porte-flamme et de thurif\u00e9raires vou\u00e9s pour l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 \u00e0 adorer la Lumi\u00e8re sans l&rsquo;\u00eatre et \u00e0 br\u00fbler de l&rsquo;encens devant des idoles envo\u00fbtantes, irr\u00e9sistiblement proches et pourtant insaisies. Perp\u00e9tuant des gestes admirables dans la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 du monde, nous viendrions pour dispara\u00eetre un jour, sans avoir ajout\u00e9 ni retranch\u00e9 \u00e0 la beaut\u00e9 des choses, ni en avoir mieux perc\u00e9 le secret.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">C&rsquo;est alors qu&rsquo;en v\u00e9rit\u00e9 nous serions prisonniers des dieux : ensorcel\u00e9s par le sourire de leurs l\u00e8vres et de leurs yeux, nous serions incapables de d\u00e9couvrir la raison de notre \u00eatre ; la sainte somnolence de notre \u00e2me nous tiendrait lieu d&rsquo;\u00e9veil \u00e0 sa divinit\u00e9 ; l&rsquo;engourdissement mystique de nos sens remplacerait l&rsquo;abrasive ardeur de notre volont\u00e9 de savoir co\u00fbte que co\u00fbte ce qu&rsquo;est ce monde et ce que nous y venons faire. Plus encore que celle que nous menons aujourd&rsquo;hui et dont nous rebute la violence, notre vie serait une mort, une suave stagnation de vertiges apprivois\u00e9s. Nous n&rsquo;aurions peur de rien, n&rsquo;aurions besoin de rien, ne souffririons de rien en cet endormissement gracieux de notre conscience.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Mais si, justement, la souffrance n&rsquo;existait pas, qui nous tirerait de ce coma vertueux ? Les dieux, recevant nos hommages, nous entoureraient de leurs bienfaits et couperaient en nous le contact avec ce qui leur est sup\u00e9rieur. Et nous serions encha\u00een\u00e9s par les cha\u00eenes de leurs faveurs, de leurs caresses et de leurs dons.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab\u00a0\u00d4 Dieu, d\u00e9livre-nous des dieux! O Dieu, envoie-nous les d\u00e9mons ! Qu&rsquo;ils nous emp\u00eachent de dormir et nous contraignent ainsi d&rsquo;esp\u00e9rer Te revoir !\u00a0\u00bb Pri\u00e8re folle du sage qui sait bien que l&rsquo;asc\u00e8te s&rsquo;inflige \u00e0 lui-m\u00eame la souffrance afin que sa conscience s&rsquo;\u00e9veille sans cesse davantage. Certes, il est, pour revoir Dieu et Le redevenir, d&rsquo;autres moyens que la n\u00e9crose provoqu\u00e9e des sensations et des sentiments dont se vantent les anachor\u00e8tes. Gangr\u00e9ner ses \u00e9motions n&rsquo;est pas la solution. S&rsquo;abaisser pour trouver Dieu, c&rsquo;est abaisser Dieu, qui est en nous. Pourquoi Le rechercher dans l&rsquo;ordure, la l\u00e8pre et la disgr\u00e2ce ? Pourquoi ne pas apprendre \u00e0 Le reconna\u00eetre dans une \u00e9quation, un po\u00e8me ou une symphonie ? Pourquoi fuir la beaut\u00e9, d\u00e8s qu&rsquo;il s&rsquo;agit de rencontrer le Divin face \u00e0 face ? Peut-on L&rsquo;insulter davantage qu&rsquo;en Le traquant par des artifices de fakir ou qu&rsquo;en s&rsquo;humiliant dans le culte de la mis\u00e8re ?<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Mais c&rsquo;est que, d&rsquo;instinct, l&rsquo;amant de Dieu sait qu&rsquo;il lui faut appeler les d\u00e9mons plut\u00f4t que les dieux pour voir un jour son Seigneur. Il sait que les dieux l&rsquo;anesth\u00e9sieraient tandis que les d\u00e9mons ne le laisseront pas en repos et que, lui br\u00fblant l&rsquo;\u00e2me, ils pr\u00e9cipiteront ses pas vers le sanctuaire o\u00f9 l&rsquo;attend l&rsquo;\u00e9ternel Amour de soi.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Ainsi avons-nous \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 ce langoureux paysage de roses, de lys et de lotus, \u00e0 ses oiseaux de paradis, \u00e0 ses demeures exquises et ses temples tr\u00e8s purs, \u00e0 ses heures immobiles. Ainsi d\u00e8s le d\u00e9but avons-nous \u00e9t\u00e9 jet\u00e9s au feu de souffrances sans nombre afin d&rsquo;y \u00eatre forg\u00e9s et d&rsquo;en ressortir non seulement capables de douceur, comme le voudrait parfois notre lassitude de combattre, mais capables aussi de puissance, comme l&rsquo;exige le nocher de nos jours \u00e0 la barre de notre \u00eatre, capables de conqu\u00e9rir avec une puissante et invincible douceur le royaume du monde et de le poss\u00e9der jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e2me en sa divine nudit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Il a donc fallu et il faut encore que nous souffrions. C&rsquo;est le mal qui nous forge et nous construit. C&rsquo;est l&rsquo;Esprit du Mal qui nous guide vers Dieu et nous aide \u00e0 Le redevenir. S&rsquo;il n&rsquo;y avait le Mal, nous dormirions sur les genoux des dieux sans nous soucier de notre v\u00e9rit\u00e9. Et peut-\u00eatre, apr\u00e8s tout, est-ce ce que nous faisons lorsque nous sommes \u00ab\u00a0morts\u00a0\u00bb, demeurant en des lieux de d\u00e9lice statique. Mais autre est la loi de la vie sur la Terre : devenir, s&rsquo;affirmer, se parfaire au prix d&rsquo;une incessante ordalie. Vivre n&rsquo;est pas simplement exister, et ce n&rsquo;est pas que d\u00e9vorer les autres pour subsister, c&rsquo;est aussi se d\u00e9vorer soi-m\u00eame afin de se d\u00e9livrer autre, de s&rsquo;enfanter diff\u00e9rent. La lutte pour la vie, la survie du mieux adapt\u00e9, ce n&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;un aspect du probl\u00e8me. L&rsquo;autre aspect, qui compl\u00e8te le premier et l&rsquo;\u00e9lucide, est cet autodaf\u00e9 o\u00f9 l&rsquo;\u00eatre se pr\u00e9cipite dans l&rsquo;espoir d&rsquo;en resurgir plus vrai. La n\u00e9cessit\u00e9 de survivre se prolonge en le r\u00eave de vivre \u00e0 un niveau plus \u00e9lev\u00e9 de l&rsquo;univers. Et pour cela, peu importe le prix qu&rsquo;il faut payer : les sacrifices qu&rsquo;ordonnent les religions ne sont rien, les mac\u00e9rations o\u00f9 l&rsquo;ermite cis\u00e8le sa fi\u00e8vre de transcendance ne sont rien, l&rsquo;abandon de soi \u00e0 Dieu ou aux hommes n&rsquo;est rien ; trop, ce n&rsquo;est pas encore assez, dirait-on, dans cet \u00e9lan o\u00f9 nous voulons saisir l&rsquo;insaisissable et enlacer l&rsquo;infini.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Et le prix, nous le payons \u00e0 chaque pas. Sainte, la souffrance n&rsquo;est pas l&rsquo;apanage d&rsquo;une poign\u00e9e d&rsquo;\u00e9lus, de mendiants visionnaires, de moines qui se savent fr\u00e8res du Soleil et de la Lune ou de mages qui fa\u00e7onnent l&rsquo;avenir \u00e0 la ressemblance de leur amour de Dieu. La souffrance au contraire est, au mitan du monde, ce qui le gouverne et l&rsquo;aiguillonne et, au c\u0153ur de l&rsquo;homme, ce qui le tient \u00e9veill\u00e9 et le fait aspirer \u00e0 un \u00e9tat sup\u00e9rieur. La souffrance, celle qui physiquement nous harc\u00e8le et celle \u00e0 laquelle nous succombons moralement, la douleur de notre chair et le p\u00e9ch\u00e9 de notre esprit, voil\u00e0 le prix que nous acceptons de payer pour conna\u00eetre qui nous sommes et poss\u00e9der une pleine conscience de notre chair et de notre esprit.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Car telle est la Loi terrestre : c&rsquo;est par le Mal que nous conqu\u00e9rons le Bien, et m\u00eame plus que le Bien, ce qui d\u00e9passe notre Mal et notre Bien provisoires <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\"><sup>5<\/sup><\/a> ; c&rsquo;est par ce qui nous vrille et nous taraude que nous devenons moins vuln\u00e9rables, par ce qui nous avilit que nous apprenons \u00e0 nous \u00e9lever. Et il en fut toujours ainsi.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">D&rsquo;esp\u00e8ce en esp\u00e8ce, mutation apr\u00e8s mutation, la Loi ne fit que s&rsquo;av\u00e9rer plus implacable. Ou bien l&rsquo;esp\u00e8ce supportait la souffrance de sa mue n\u00e9cessaire, ou elle disparaissait. Ou elle acceptait de s&rsquo;illuminer, ou elle retombait dans la Nuit. Ou par la souffrance elle conqu\u00e9rait de nouveaux pouvoirs, ou toute puissance lui \u00e9tait retir\u00e9e. L&rsquo;homme est le fils de cette souffrance cosmique qui, depuis les d\u00e9buts de la Vie sur la Terre, d\u00e9chire les remparts des T\u00e9n\u00e8bres et arrache les taies qui recouvrent les yeux des cr\u00e9atures pour qu&rsquo;enfin leur soit visible le Soleil de leur \u00eatre en son ultime v\u00e9rit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Les \u00e9cailles de l&rsquo;Ignorance tomberont de nos yeux. Ce qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui nous faisons et que, diff\u00e9remment selon les latitudes, les \u00e8res, les cultures, nous appelons le Bien et le Mal, il nous sera impossible demain de le faire. H\u00e9ritiers du monde animal dont nous avons conserv\u00e9 tant de traits et d&rsquo;habitudes, nous ne vivons cependant plus en animaux. Il est des choses qui nous sont devenues impossibles, des gestes, des mouvements physiques autant que des comportements sensoriels dont le souvenir m\u00eame a disparu de nous. De m\u00eame demain serons-nous incapables du comportement qui nous d\u00e9finit aujourd&rsquo;hui. Notre nature sera chang\u00e9e. Nous d\u00e9pendrons d&rsquo;une autre Loi. L&rsquo;Arbre de Vie drageonne \u00e0 l&rsquo;infini, et innombrable en est la descendance. Innombrable et de plus en plus sublime, ourdie par la Souffrance sans merci qui br\u00fble et mord et frappe et polit le mat\u00e9riau de notre race pour en faire l&rsquo;image vivante de l&rsquo;Absolu.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Et c&rsquo;est la m\u00eame Souffrance qui, depuis le d\u00e9but, fore la Mati\u00e8re endormie pour orchestrer la cr\u00e9ation enti\u00e8re. C&rsquo;est elle qui secoue l&rsquo;ombre inerte de la Terre somnambule, qui apeure les formes de la Vie, les essouffle et les fustige pour qu&rsquo;elles se veuillent plus fortes, qui les d\u00e9chire dans l&rsquo;entred\u00e9vorement et leur fait chercher de plus en plus autre chose, c&rsquo;est elle qui, du corps animal qu&rsquo;elle d\u00e9forme et qu&rsquo;elle broie, extirpe le corps miraculeux de l&rsquo;homme, pirogue verticale devant conqu\u00e9rir l&rsquo;oc\u00e9an du monde, sillonner les eaux de l&rsquo;Espace et du Temps, fr\u00f4ler m\u00eame, au-del\u00e0, l&rsquo;immensit\u00e9 solaire d&rsquo;un Sphinx impossible \u00e0 nommer.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Mais comment l&rsquo;ombre accumul\u00e9e sur nous par la Souffrance peut-elle nous aider \u00e0 voir la lumi\u00e8re de la Joie d&rsquo;\u00eatre ? Comment la fi\u00e8vre et l&rsquo;agonie, comment la d\u00e9mence cellulaire o\u00f9 se tordent les membres, comment la mort peuvent-elles conduire \u00e0 l&rsquo;Immortalit\u00e9 ? Comment la haine peut-elle conduire \u00e0 l&rsquo;Amour et le mensonge \u00e0 la V\u00e9rit\u00e9 ? Comment tout le poids du Mal qui nous \u00e9crase peut-il nous offrir l&rsquo;apesanteur de l&rsquo;\u00e2me ?<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous sommes ainsi construits que, le Mal n&rsquo;\u00e9tant pas notre \u00e9l\u00e9ment, nous le ressentons toujours comme un envahissement, une dictature et une ali\u00e9nation. S&rsquo;il participait de notre nature, il ne nous blesserait ni moralement ni physiquement, nous l&rsquo;\u00e9prouverions comme un plaisir sans perversit\u00e9, comme un bonheur qui nous endormirait. Mais autre que nous, il nous fait horreur, et c&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il nous tient \u00e9veill\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Chaque coup nous enseigne : \u00ab\u00a0Ceci qui souffre est mon corps, et ceci mon c\u0153ur, ceci ma pens\u00e9e et ceci est mon \u00e2me. Ceci est la limite o\u00f9 je me heurte et dont je ne veux pas. Ceci est le cercle de ma vie dont je veux m&rsquo;\u00e9manciper.\u00a0\u00bb Chaque coup non seulement nous \u00e9veille \u00e0 la conscience des multiples chambres de la demeure de notre \u00eatre, mais nous oblige \u00e0 tisser des songes sans cesse plus superbes o\u00f9 poss\u00e9der le pouvoir qui, enfin et \u00e0 jamais, renverse le Mal.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">M\u00eame le plus obscurci des \u00eatres humains nourrit la flamme de ce r\u00eave ; m\u00eame le plus enfonc\u00e9 dans la d\u00e9ch\u00e9ance berce une image de beaut\u00e9 ; l&rsquo;humanit\u00e9 enti\u00e8re vibre \u00e0 la caresse de l&rsquo;Invisible et, pr\u00eate \u00e0 tout abandonner s&rsquo;il se manifestait, ignore que c&rsquo;est un seul et m\u00eame mouvement qui doit se traduire d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 par son abandon du Mal et, de l&rsquo;autre, par la manifestation du Divin. Car Dieu n&rsquo;est pas une r\u00e9compense, pas m\u00eame un r\u00e9sultat. Mouvement perp\u00e9tuel et d&rsquo;avance accompli, Il est celui qui cherche et celui qui est cherch\u00e9. En l&rsquo;homme, Il part \u00e0 Sa rencontre et, au-del\u00e0 de l&rsquo;homme, s&rsquo;attend et se rejoint. S&rsquo;aidant de la Souffrance, Il gravit les sommets de Son \u00eatre rutilant d&rsquo;univers et, simultan\u00e9ment, d\u00e9passant depuis toujours la Souffrance, Il ne cesse de rayonner de Joie.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Chaque blessure, en quelque sorte, avive Son sourire, Le rendant un peu plus \u00e0 Lui-m\u00eame. Dans les pleurs du nourrisson, Il sourit de s&rsquo;\u00e9veiller d\u00e9j\u00e0, de d\u00e9j\u00e0 commencer la reconqu\u00eate de soi. Et Son sourire se pr\u00e9cise avec les cris de l&rsquo;enfant, avec les sanglots furieux de l&rsquo;adolescent et les larmes muettes ou les hurlements de l&rsquo;adulte. Les g\u00e9missements des malades et des bless\u00e9s, les r\u00e2les des mourants proclament Sa prise de conscience du monde qui doit un jour aboutir \u00e0 la pleine r\u00e9alisation de Lui-m\u00eame. Et l\u00e0, se trouve Son sourire. L\u00e0, dans cette souffrance imm\u00e9rit\u00e9e, monstrueuse et continuelle, se trouve Son Amour.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Est-ce donc cela, la v\u00e9rit\u00e9, Seigneur, que Tu nous violentes afin que nous grandissions en connaissance et en pouvoir et qu&rsquo;un jour nous sachions spontan\u00e9ment que nous ne sommes autres que Toi ? Alors, tout pour le savoir plus vite ! Tous les maux tout de suite ! Fais pleuvoir sur nous tous les fl\u00e9aux s&rsquo;il est vrai qu&rsquo;ainsi nous devons nous r\u00e9veiller \u00e0 Ta R\u00e9alit\u00e9 ! Rien ne nous fera plus trembler. Si nous avons l&rsquo;assurance que tout cela est le prix pour Te revoir et Te redevenir, rien ne nous para\u00eetra trop cher pay\u00e9. Les yeux fix\u00e9s sur Toi que nous ne verrons pas encore mais que nous devinerons devant nous et dont, en nous, nous sentirons l&rsquo;influence, nous accepterons tout ce Mal qui ne sera plus mal d\u00e8s lors que nous saurons qu&rsquo;il nous vient de Toi.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00d4 Seigneur, apprends-nous \u00e0 Te reconna\u00eetre, \u00e0 reconna\u00eetre Ton Amour dans les plaies et les maux et dans la mort de ceux que nous aimons, dans la temp\u00eate et l&rsquo;incendie et les s\u00e9ismes qui ravagent, dans la trahison et dans l&rsquo;insulte et dans la rupture d&rsquo;avec ceux \u00e0 qui nous nous lions, dans tout ce qui, \u00e0 chaque instant, nous accable, dans la d\u00e9tresse de tous les jours et la calamit\u00e9 de vivre sans but et de mourir sans raison. Apprends-nous, Seigneur, \u00e0 Te reconna\u00eetre dans ce qui nous blesse et dans ce qui met \u00e0 sac notre pays ou d&rsquo;autres peuples, apprends-nous, Seigneur, oh, apprends-nous \u00e0 Te reconna\u00eetre dans les \u00e9meutes, les guerres et les r\u00e9volutions et dans l&rsquo;apocalypse nucl\u00e9aire. Seigneur, Seigneur, c&rsquo;est Toi qui veux, Toi et Toi seul qui veux et sais. Et nous n&rsquo;avons d&rsquo;autre destin que d&rsquo;\u00eatre Toi un jour. Les moyens T&rsquo;appartiennent. Que Ta volont\u00e9 soit faite, Seigneur, et nous Te deviendrons.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Adieu, alors, \u00e0 nos mancies, \u00e0 nos transes divinatoires o\u00f9 nous croyons d\u00e9chiffrer r\u00e9compenses et ch\u00e2timents dans les brumes d&rsquo;opale o\u00f9 germe l&rsquo;avenir. Adieu \u00e0 nos terreurs, \u00e0 nos d\u00e9sirs et \u00e0 nos larmes. Qu&rsquo;importe de sombrer dans l&rsquo;ab\u00eeme, si c&rsquo;est pour y trouver Dieu. <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\"><sup>6<\/sup><\/a> Qu&rsquo;importe de mourir \u00e9gorg\u00e9, si c&rsquo;est la main de Dieu qui se r\u00e9v\u00e8le alors. Qu&rsquo;importent les bassesses, le d\u00e9shonneur et la prison, si le visage de Dieu soudain y resplendit. Qu&rsquo;importe le terrorisme, qu&rsquo;importent les d\u00e9lations, qu&rsquo;importent le mensonge des partis, la forfaiture des pr\u00e9lats, l&rsquo;apostasie des chefs, les crimes des gouvernements, si c&rsquo;est le sourire de Dieu qui, derri\u00e8re, se dessine et rayonne d&rsquo;amour. F\u00e9lonie des uns, que nous croyions pouvoir nommer amis, palinodie des autres, \u00e0 qui nous croyions pouvoir confier nos destins, massacre de nos esp\u00e9rances et destruction de notre foi, que nous importe ? Si Dieu en est l&rsquo;auteur, tout nous devient divin. La pire atrocit\u00e9 est autant Dieu que le d\u00e9lice le plus exquis. O\u00f9 est le Mal ? O\u00f9 est le Bien ? Il nous faut seulement \u2014 <\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>seulement !<\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\"> \u2014 sentir Dieu en toute chose et en tout \u00eatre sans avoir peur du sang et de la boue, ni avoir cure de la douceur et du plaisir. Voir Dieu dans ce qui nous arrache les yeux ou dans ce sur quoi nous les voudrions fermer, Dieu le seul principe et le seul but, le seul motif et le seul \u00eatre. Voir Dieu, \u00eatre Dieu \u2014 et le monde, alors, le monde entier sera d\u00e9livr\u00e9 du Mal, de la Souffrance et de la Mort.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Car c&rsquo;est cela, voir Dieu ; et c&rsquo;est cela, se savoir Dieu : c&rsquo;est Le reconna\u00eetre et L&rsquo;\u00e9prouver non seulement dans la magie de beaut\u00e9 de l&rsquo;univers, dans les fleurs, les oiseaux, les \u00e9toiles, mais dans la torturante laideur qui nous assaille \u00e0 chaque instant. Si, envoy\u00e9s \u00e0 la mort par des fanatiques, nous ne voyons que Dieu, o\u00f9 est la mort, o\u00f9 est l&rsquo;injustice qui nous condamne ? Et si, jet\u00e9s en prison ou d\u00e9port\u00e9s, nous ne voyons que Dieu, qui est prisonnier, qui est d\u00e9port\u00e9 ? <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\"><sup>7<\/sup><\/a> Rien ne r\u00e9siste \u00e0 la vision de Dieu, les dimensions explosent, ce qui nous est le plus cher et le plus sacr\u00e9 perd toute saveur, et le poison des mal\u00e9dictions s&rsquo;\u00e9vapore.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Celui-l\u00e0 seul a vu Dieu, qui n&rsquo;est \u00e9mu ni par le malheur ni par le bonheur quand ils lui \u00e9choient. <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote8sym\" name=\"sdfootnote8anc\"><sup>8<\/sup><\/a> Celui-l\u00e0 seul est libre, qui se sent infini m\u00eame encha\u00een\u00e9. Celui-l\u00e0 seul est vivant, qui ne per\u00e7oit que l&rsquo;\u00c9ternit\u00e9 au moment de mourir. Celui-l\u00e0 seul est parfait, qui, au moment de tuer pour se d\u00e9fendre, lui ou sa race, ne tremble ni ne hait, mais sait qu&rsquo;il n&rsquo;agit pas, que seul en lui Dieu agit et que seul Dieu existe, aussi bien en lui-m\u00eame qu&rsquo;en l&rsquo;ennemi.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00d4 connaissance \u00e9blouissante qui br\u00fble et r\u00e9duit en cendres notre vision du monde ! Nous \u00e9tions enferm\u00e9s dans le donjon d&rsquo;un corps, et le nom de Dieu y a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 comme une incandescence myst\u00e9rieuse que nous avons contempl\u00e9e et qui, alors, a grandi jusqu&rsquo;\u00e0 dissoudre l&rsquo;ombre qui r\u00e9gnait dans notre cachot et jusqu&rsquo;\u00e0 dissoudre le cachot lui-m\u00eame. J&rsquo;illumine, je suis illumin\u00e9 \u2014 nous sommes la Lumi\u00e8re elle-m\u00eame, il n&rsquo;y a plus que la Lumi\u00e8re de Dieu partout autour de nous comme \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de nous. Tout ce qui est, est Dieu, ne peut \u00eatre que Dieu. Le t\u00e9gument d&rsquo;ignorance qui recouvrait le monde est tomb\u00e9 ainsi qu&rsquo;une peau morte. En tout, appara\u00eet le visage de Dieu. En tout resplendit Son sourire : en la hideur du crime et la hauteur de la vertu, resplendit le sourire de Son Amour. Tout le traduit et converge pour Le r\u00e9aliser.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Et il faut savoir encore autre chose. Il faut savoir que cela qui nous torture n&rsquo;est pas d\u00e9finitif, ni cela qui nous donne du plaisir. Malheur et bonheur sont des \u00e9tapes sur notre route. La gloire et la disgr\u00e2ce ne sont pas des fins en soi. Le m\u00e9rite et le d\u00e9m\u00e9rite doivent pareillement s&rsquo;effacer. Il ne suffit pas de conna\u00eetre Dieu dans le Bien et de Le reconna\u00eetre dans le Mal. Il ne s&rsquo;agit pas de s&rsquo;arr\u00eater l\u00e0, soumis, content et veule. Il faut encore savoir que ce Bien et ce Mal m\u00e8nent \u00e0 autre chose, qui sera, sur la Terre, une plus divine expression de Dieu. Il ne suffit pas de conna\u00eetre Dieu dans les plus grandes \u0153uvres et les plus pures R\u00e9v\u00e9lations. Il faut encore savoir que Son \u0152uvre est inachev\u00e9e, en laquelle Il doit tout entier se r\u00e9v\u00e9ler, savoir qu&rsquo;un jour viendra o\u00f9, d\u00e9passant nos cimes les plus hautes, nous deviendrons immenses, \u00e9ternels, infinis. Il ne suffit pas non plus de reconna\u00eetre Dieu dans la haine et dans la guerre, et d&rsquo;accepter de L&rsquo;y voir. Il faut encore savoir qu&rsquo;un jour viendra vraiment o\u00f9 il n&rsquo;y aura plus ni haine ni guerre et o\u00f9 enfin libres, \u00e9gaux et fraternels tous les \u00eatres se conna\u00eetront Dieu et seront un.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Rien ne doit nous suffire. Seul, l&rsquo;impossible doit nous attirer. Seul, l&rsquo;au-del\u00e0 de nous-m\u00eames doit \u00eatre notre but. Nous n&rsquo;avons d&rsquo;autre avenir que notre transcendance.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous n&rsquo;avons qu&rsquo;un geste \u00e0 faire, et cela sera ; qu&rsquo;une parole \u00e0 dire, et cela nous r\u00e9pondra : nous pencher vers notre centre et appeler dans un acte de foi \u00e9perdu et humble et enfantin, pareil \u00e0 un don o\u00f9 dispara\u00eet jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de donner et o\u00f9, alors, on devient tout ce qui est. Et m\u00eame, en r\u00e9alit\u00e9, il n&rsquo;est pas besoin de croire, la foi n&rsquo;est m\u00eame pas n\u00e9cessaire. Il ne nous est pas demand\u00e9 de bercer ou de leurrer nos souffrances et de leur offrir l&rsquo;onguent des songes ou l&rsquo;opiat d&rsquo;espoirs inv\u00e9rifiables. Il nous est au contraire demand\u00e9 d&rsquo;ouvrir les yeux et de regarder droit devant nous dans le futur et de savoir alors \u2014 et d&rsquo;admettre \u2014 que nous ne sommes pas le terme de la cr\u00e9ation et qu&rsquo;en nous bouge une nouvelle aurore, se tisse un univers nouveau dont nous sommes l&rsquo;esquisse et la pr\u00e9face hypnotis\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Hier, il y a des millions d&rsquo;ann\u00e9es, quelque chose s&rsquo;est pass\u00e9 qui, lentement, invisiblement, irr\u00e9cusablement, a travaill\u00e9 la chair des animaux pour y sculpter le corps de l&rsquo;homme et y ench\u00e2sser comme en un tabernacle les radiances de la pens\u00e9e. Aujourd&rsquo;hui, sans que le mouvement ait jamais cess\u00e9, il s&rsquo;amplifie soudain, une force <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote9sym\" name=\"sdfootnote9anc\"><sup>9<\/sup><\/a> descend, qui, nous transmuant, nous tourne dans le feu noir de la fin d&rsquo;un monde pour que nous d\u00e9livrions le dieu qui, depuis des \u00e2ges, grandit sous notre rev\u00eatement d&rsquo;argile.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Le moule, demain, sera bris\u00e9, et le dieu jaillira. Mais aujourd&rsquo;hui, tout semble s&rsquo;engloutir en un vertige de douleur abyssale. Tout semble se changer en mort, nous tuer ou mourir entre nos mains. Une ultime asphyxie enveloppe la Terre et g\u00e8le le souffle dans les corps. En une mue inexorable, le monde rejette sa peau humaine, et les cadavres jonchent des pays entiers. N&rsquo;y a-t-il nul espoir ? Nulle promesse ne se fera-t-elle entendre ? Le vacarme des guerres et d&rsquo;autres atrocit\u00e9s nous a tous rendus sourds. Et l&rsquo;heure ressemble \u00e0 ce moment de la nuit jadis appel\u00e9 <\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>silentium<\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\">, ou tout est herm\u00e9tique t\u00e9n\u00e8bre et mutisme immobile, avant que, dans le ciel o\u00f9 lentement chavirent les \u00e9toiles, n&rsquo;apparaisse, \u00e0 l&rsquo;orient, une lueur qui contient d\u00e9j\u00e0 toute la clart\u00e9 du jour. Alors, s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent les premi\u00e8res voix d&rsquo;oiseaux qui bougent dans les arbres. Le ciel glisse et s&rsquo;inverse. Et le monde \u00e0 nouveau est cr\u00e9\u00e9.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Aussi longtemps que se taisent les oiseaux, c&rsquo;est le <\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>silentium<\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\">. Mais d\u00e8s que leurs voix, si fragilement que ce soit, commencent de vibrer dans la nuit finissante, le miracle s&rsquo;op\u00e8re, et la mort se retire. L&rsquo;ombre qui m\u00e9duse se transforme en clart\u00e9. Or, en cette heure d&rsquo;obscurit\u00e9 absolue o\u00f9 nous sommes, d\u00e9j\u00e0, comme des chants d&rsquo;oiseaux, des voix ont commenc\u00e9 de fr\u00e9mir doucement, des \u00eatres ont commenc\u00e9 de percevoir le Soleil d&rsquo;or qui, demain, doit resplendir. Et ces voix, et ces \u00eatres reprennent \u00e0 la suite les m\u00eames paroles et les r\u00e9p\u00e8tent ensemble ainsi qu&rsquo;un psaume \u00e0 la lumi\u00e8re qui na\u00eet. Et de plus en plus, les voix r\u00e9sonneront, les \u00eatres chanteront, appelant le Soleil jusqu&rsquo;\u00e0 tant que chacun le voie, issu des limbes du Myst\u00e8re.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">C&rsquo;est comme une flamme impond\u00e9rable qui s&rsquo;allume ici et en suscite une autre l\u00e0 et l\u00e0-bas une autre encore, sans m\u00eame qu&rsquo;on s&rsquo;en doute et le Feu, demain, sera sur la Terre. \u00ab\u00a0\u00c9coute, ou n&rsquo;\u00e9coute pas, disent les voix oisel\u00e9es de la Nuit. Tu dors et ne sais pas. Mais lorsque tu t&rsquo;\u00e9veilleras, le Jour aura paru et toi aussi tu sauras. Le monde entier sera illumin\u00e9. L&rsquo;univers sera Dieu. Et les hommes, d\u00e9v\u00eatus de leur actuelle apparence, rayonneront de savoir et d&rsquo;amour.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Ce qui a pris des milliards d&rsquo;ann\u00e9es et qui \u00e9tait au commencement de la Terre, ce qui dormait dans le sommeil des pierres, sera manifest\u00e9 enti\u00e8rement, ayant emprunt\u00e9 tout le chemin de la Nature et l&rsquo;ayant d\u00e9pass\u00e9, \u00e9tant pass\u00e9 par ses jalons d&rsquo;horreur et ses \u00e9tapes d&rsquo;indicible ravissement, ayant qu\u00eat\u00e9 de forme en forme la r\u00e9v\u00e9lation de la V\u00e9rit\u00e9, ayant de forme en forme titub\u00e9 sans comprendre et s&rsquo;\u00e9tant aventur\u00e9 plus loin, vers davantage d&rsquo;horreur et d&rsquo;extase, pour conna\u00eetre et poss\u00e9der le secret de son \u00eatre et l&rsquo;\u00e9nigme du monde. Alors, commencera autre chose, une autre cr\u00e9ation dont nous serons les artisans, Dieu innombrable recomposant le monde \u00e0 Son image v\u00e9ritable, Dieu d\u00e9livr\u00e9 des apparences du monde et, par l\u00e0 m\u00eame, d\u00e9livrant le monde pour en faire Son prisonnier amoureux.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Car \u00eatre libre ; c&rsquo;est \u00eatre prisonnier de Dieu. C&rsquo;est \u00eatre peu \u00e0 peu effac\u00e9, supprim\u00e9, dissous par Son \u00e9clat, dispara\u00eetre en Son effulgence comme une pierre se d\u00e9lite ; c&rsquo;est se d\u00e9sagr\u00e9ger en Lui et \u00eatre, \u00e0 mesure, envahi par Sa volont\u00e9 et investi de Son pouvoir. La nuit s&rsquo;efface, les r\u00eaves s&rsquo;\u00e9vanouissent. La pens\u00e9e se fait azur vivant que rien ne trouble et qui s&rsquo;\u00e9pand dans la certitude innomm\u00e9e du Divin. Que va-t-il advenir ? Quelle gloire va descendre sur nous ? Que notre \u00eatre tout entier s&rsquo;immole dans l&rsquo;amour. La gravitation n&rsquo;existe plus. L&rsquo;\u00eatre vole. Et la Terre s&rsquo;envole en lui, pareille \u00e0 un oiseau dans le ciel de son \u00e2me. Et l&rsquo;univers est lui-m\u00eame un oiseau aux ailes constell\u00e9es d&rsquo;\u00e9toiles qui vole sans fin en l&rsquo;homme lib\u00e9r\u00e9.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00c0 quel ravissement devons-nous nous attendre ? Quels prodiges se pr\u00e9parent ? Quels signes nous les annonceront ? Il n&rsquo;est d&rsquo;autre avenir pour nous que l&rsquo;\u00c9ternit\u00e9 sur Terre. Un jour viendra, fatal et bienheureux, o\u00f9, changeant de conscience, chacun sera Dieu, non en des transes fugaces d\u00e9rob\u00e9es au-del\u00e0, mais ici-bas, constamment et pour toujours.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">L&rsquo;homme ne sera plus homme. Il sera tous les hommes, il sera tous les \u00eatres, il sera l&rsquo;univers et la raison de l&rsquo;univers. Car prisonnier de Dieu, il sera lui-m\u00eame Dieu et partout ne conna\u00eetra que Dieu.<\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Et du moule o\u00f9 Il s&rsquo;est coul\u00e9 jadis, au commencement des Temps, se l\u00e8vera l&rsquo;\u00catre d&rsquo;immortalit\u00e9 que, sans tr\u00eave, nos souffrances et nos songes auront appel\u00e9. Nos titres d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, nos vilenies et nos triomphes, nos races et nos castes, tout s&rsquo;expliquera alors et tout s&rsquo;\u00e9vanouira en notre v\u00e9rit\u00e9. Soudain, nous conna\u00eetrons que nous n&rsquo;avons jamais \u00e9t\u00e9 que Dieu. Et rien d&rsquo;autre ne comptera plus, que le couronnement de la Lumi\u00e8re qui, aujourd&rsquo;hui, couve en nous et, \u00e0 notre insu m\u00eame, nous transmue en splendeur \u00e9ternelle. Car en ce moment pr\u00e9cis, Dieu bouge en nous comme un enfant na\u00eetre, et en nous Il ouvre Ses yeux d&rsquo;immensit\u00e9. Il \u0153uvre en nous et nous transforme peu \u00e0 peu et, en nous, change le cours des choses afin qu&rsquo;elles soient ce que, depuis toujours, elles doivent \u00eatre, change l&rsquo;aspect du ciel afin qu&rsquo;il soit l&rsquo;\u00e9toffe de notre corps nouveau<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote10sym\" name=\"sdfootnote10anc\"><sup>10<\/sup><\/a> . Et la Terre, sous Sa main, doucement s&rsquo;immobilise. Une aurore nouvelle point au fond de nos c\u0153urs. \u00d4 temps pr\u00e9-\u00e9ternels, vous voici donc venus.<\/span><\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p style=\"margin-bottom: 0cm; line-height: 100%; page-break-before: always;\" align=\"justify\"><span style=\"font-size: small;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span style=\"font-size: medium;\">T\u00e9moin de ce r\u00eave, le dialogue de Kirilov et du narrateur, dans <\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>Les poss\u00e9d\u00e9s<\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\"> de Dosto\u00efevski : \u00a0\u00bb Celui qui vaincra la souffrance et la peur, celui-l\u00e0 sera lui-m\u00eame dieu. Il y aura alors une vie nouvelle, il y aura alors un homme nouveau, tout sera nouveau&#8230; Alors on divisera l&rsquo;histoire en deux parties : du gorille \u00e0 l&rsquo;abolition de Dieu, et de l&rsquo;abolition de Dieu \u00e0 &#8230; \u2014 au gorille ? \u2014 &#8230; \u00e0 la transformation de la terre et de l&rsquo;homme physiquement. L&rsquo;homme sera dieu et il changera physiquement.\u00a0\u00bbDe son c\u00f4t\u00e9, D. H. Lawrence \u00e9crit dans <\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>Femmes amoureuses<\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\"> : \u00a0\u00bb L&rsquo;humanit\u00e9 est morte. Il y aura une nouvelle mat\u00e9rialisation d&rsquo;un nouveau, genre.\u00a0\u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<p class=\"sdfootnote\" style=\"page-break-before: always;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span style=\"font-size: medium;\">C&rsquo;est le th\u00e8me \u2014 fatal \u2014 de Stavroguine dans <\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>Les poss\u00e9d\u00e9s<\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\"> de Dosto\u00efevski, o\u00f9 l&rsquo;impossibilit\u00e9 de se pardonner aboutit au suicide du h\u00e9ros.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote3\">\n<p class=\"sdfootnote\" style=\"page-break-before: always;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span style=\"font-size: medium;\">Dans <\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>Hagiographie d&rsquo;un grand p\u00e9cheur<\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\">, livre qu&rsquo;il ne put jamais mener \u00e0 terme, mais o\u00f9 il puisa le mat\u00e9riau de ses grands romans, Dosto\u00efevski, encore, fait dire \u00e0 son h\u00e9ros qu&rsquo;il est Dieu. Et de vouloir \u00eatre ador\u00e9. Se d\u00e9clarer Dieu dans ce sens-l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;on se veut l&rsquo;objet d&rsquo;un culte parce que l&rsquo;on se croit sup\u00e9rieur au reste de la cr\u00e9ation, rejoint l&rsquo;erreur du surhomme nietzsch\u00e9en. Chez Dosto\u00efevski comme chez Nietzsche, l&rsquo;inflation de la personnalit\u00e9 remplace la r\u00e9alisation de la Divinit\u00e9, qui, au contraire, est dissolution de la personnalit\u00e9.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote4\">\n<p style=\"margin-bottom: 0cm; line-height: 100%; page-break-before: always;\" align=\"justify\"><span style=\"font-size: small;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span style=\"font-size: medium;\">Quitter les dieux ne veut pas dire devenir ath\u00e9e, m\u00eame si la phase de l&rsquo;ath\u00e9isme se r\u00e9v\u00e8le n\u00e9cessaire. Cela veut dire se tourner vers Dieu Lui-m\u00eame. Ainsi, sous la R\u00e9volution, se proph\u00e9tise tout ce qui, aujourd&rsquo;hui, nous arrive et doit encore nous advenir demain. Le dieu chr\u00e9tien n&rsquo;est rejet\u00e9 que pour honorer ce qui le transcende : \u00ab\u00a0Le jour de la Pentec\u00f4te, les bruits de la rue mont\u00e8rent jusqu&rsquo;\u00e0 eux : c&rsquo;\u00e9taient les Parisiens qui se rendaient en masse \u00e0 la premi\u00e8re f\u00eate de l&rsquo;\u00catre supr\u00eame dont la Convention nationale, \u00e0 l&rsquo;unanimit\u00e9 des votants, avait d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 l&rsquo;existence. Ils allaient rejoindre le cort\u00e8ge qui se d\u00e9roulait des Tuileries au Champ-de-Mars avec Robespierre \u00e0 sa t\u00eate. Dans une mise en sc\u00e8ne orchestr\u00e9e par David, l&rsquo;Incorruptible, un bouquet de fleurs et d&rsquo;\u00e9pis \u00e0 la main, mettait le feu \u00e0 une statue de l&rsquo;Ath\u00e9isme : de ses fleurs calcin\u00e9es jaillissait la Raison. Sous la direction d&rsquo;\u00c9tienne M\u00e9hul et de Salvador Cherubini, un ch\u0153ur de deux mille quatre cents chanteurs entonnait un hymne de Gossec et de Sarette, sur un texte du po\u00e8te Desorgues : P\u00e8re de l&rsquo;Univers, Supr\u00eame Intelligence&#8230;\u00a0\u00bb Jean d&rsquo;Ormesson, <\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>Dieu, sa vie, son \u0153uvre<\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\">.On \u00e9tait en 1794. Robespierre avait fait voter non seulement l&rsquo;existence de Dieu \u2014 d&rsquo;un \u00catre supr\u00eame justifiant et b\u00e9nissant en quelque sorte les massacres de la Terreur \u2014, mais l&rsquo;immortalit\u00e9 de l&rsquo;\u00e2me. C&rsquo;est sans doute ce qui donne sa vraie mesure \u00e0 la R\u00e9volution et en indique le but r\u00e9el.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote5\">\n<p class=\"sdfootnote\" style=\"page-break-before: always;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span style=\"font-size: medium;\">\u00ab\u00a0Tout mal \u0153uvre \u00e0 enfanter le bien \u00e9ternel.\u00a0\u00bb Sri Aurobindo, <\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>La vie divine<\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\">.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote6\">\n<p class=\"sdfootnote\" style=\"page-break-before: always;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\">6<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span style=\"font-size: medium;\">\u00ab\u00a0Si Dieu m&rsquo;assigne une place dans l&rsquo;Enfer, je ne vois pas pourquoi j&rsquo;aspirerais au Ciel. Il sait mieux que moi ce qui est pour mon bien.\u00a0\u00bb Sri Aurobindo, <\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>Pens\u00e9es et aphorismes<\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\">.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote7\">\n<p class=\"sdfootnote\" style=\"page-break-before: always;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote7anc\" name=\"sdfootnote7sym\">7<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span style=\"font-size: medium;\">C&rsquo;est l&rsquo;exp\u00e9rience que Tolsto\u00ef raconte dans <\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>La guerre et la paix<\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\">. Prisonnier des Fran\u00e7ais, Pierre se parle \u00e0 lui-m\u00eame : \u00ab\u00a0On m&rsquo;a pris, on m&rsquo;a enferm\u00e9, on me garde prisonnier. Qui, moi ? Moi ? Moi \u2014 mon \u00e2me immortelle !\u00a0\u00bb Plus loin, regardant \u00ab\u00a0le ciel, la profondeur o\u00f9 scintillaient les \u00e9toiles\u00a0\u00bb, il prolonge l&rsquo;exp\u00e9rience: \u00ab\u00a0Et tout cela est \u00e0 moi, et tout cela est en moi, et tout cela est moi ! pensa-t-il. Et c&rsquo;est tout cela qu&rsquo;ils ont pris et enferm\u00e9 dans un baraquement de planches!\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote8\">\n<p class=\"sdfootnote\" style=\"page-break-before: always;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote8anc\" name=\"sdfootnote8sym\">8<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span style=\"font-size: medium;\">\u00ab\u00a0Celui qui, d&rsquo;un \u0153il \u00e9gal, voit toute chose \u00e0 l&rsquo;image du Moi, que ce soit le chagrin ou le bonheur, celui-l\u00e0 je le tiens pour le supr\u00eame yogi.\u00a0\u00bb (<\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>Bhagavad-Gu\u00eet\u00e2<\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\">, VI. 32)<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote9\">\n<p class=\"sdfootnote\" style=\"page-break-before: always;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote9anc\" name=\"sdfootnote9sym\">9<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span style=\"font-size: medium;\">Sri Aurobindo a nomm\u00e9 cette force \u00ab\u00a0supramentale\u00a0\u00bb, du nom de son plan d&rsquo;origine ; elle doit \u00e9tablir la conscience-de-v\u00e9rit\u00e9 qui voit, conna\u00eet et est spontan\u00e9ment le Divin en soi et en tout.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote10\">\n<p class=\"sdfootnote\" style=\"page-break-before: always;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote10anc\" name=\"sdfootnote10sym\">10<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span style=\"font-size: medium;\"> \u00ab\u00a0M\u00eame le corps se souviendra de Dieu.\u00a0\u00bb Sri Aurobindo, <\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>Savitri<\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\">, Livre XI, Chant I.<\/span><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Enferm\u00e9e en elle-m\u00eame, repli\u00e9e sur ses secrets, ainsi \u00e9tait la Terre \u00e0 son d\u00e9but. Verrouill\u00e9e sur un r\u00eave sans images, asphyxi\u00e9e par l&rsquo;inconscience, noy\u00e9e dans les eaux bitumeuses de la Nuit cosmique, ainsi \u00e9tait-elle et ainsi serait-elle demeur\u00e9e si une Force ne l&rsquo;avait fractur\u00e9e, si la Vie n&rsquo;avait plong\u00e9 en elle son glaive ardent et n&rsquo;avait, pendant d&rsquo;innombrables millions d&rsquo;ann\u00e9es, labour\u00e9 ses flancs moroses pour y susciter les toutes premi\u00e8res formes de conscience, des algues, des bact\u00e9ries ayant assez de sensibilit\u00e9 pour se mouvoir et subsister. De quelles affres la Terre endormie a-t-elle pay\u00e9 sa remont\u00e9e hors de l&rsquo;ab\u00eeme du sommeil et de l&rsquo;amn\u00e9sie ? De l&rsquo;insondable obscurit\u00e9, sa voix somnambule s&rsquo;est fait entendre, s&rsquo;\u00e9levant et retombant, puis s&rsquo;\u00e9levant de nouveau et se d\u00e9ployant de plus en plus et r\u00e9pandant ses harmonies \u00e0 travers le syst\u00e8me solaire ainsi qu&rsquo;un cantique de gratitude saluant la Lumi\u00e8re cr\u00e9atrice.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":14777,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1203],"tags":[108],"class_list":["post-16297","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archaka","tag-evolution"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.0 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Les temps pr\u00e9-\u00e9ternels par Archaka - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/les-temps-pre-eternels-par-archaka\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Les temps pr\u00e9-\u00e9ternels par Archaka - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Enferm\u00e9e en elle-m\u00eame, repli\u00e9e sur ses secrets, ainsi \u00e9tait la Terre \u00e0 son d\u00e9but. 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