{"id":16309,"date":"2014-09-06T14:46:28","date_gmt":"2014-09-06T13:46:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=16309"},"modified":"2014-09-06T14:46:28","modified_gmt":"2014-09-06T13:46:28","slug":"temps-et-nature-humaine-par-paul-chauchard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/temps-et-nature-humaine-par-paul-chauchard\/","title":{"rendered":"Temps et nature humaine par Paul Chauchard"},"content":{"rendered":"<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\"><em><strong><a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Paul_Chauchard\" target=\"_blank\">Paul Chauchard<\/a> (1912 &#8211; 2003) est un m\u00e9decin, chercheur, philosophe et enseignant fran\u00e7ais, auteur de plus de 80 livres&#8230;<\/strong><\/em><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">(Extrait de <i>La vie et le temps<\/i>, ouvrage collectif. \u00c9ditions de La baconni\u00e8re. 1962)<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\"><b>Temps et nature humaine : Les bases biologiques <\/b><em>(<span style=\"font-family: Verdana,serif;\"><span style=\"font-size: small;\">Conf\u00e9rence du 4 septembre 1962)<\/span><\/span><b><br \/>\n<\/b><\/em><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">Organisme vivant, l\u2019homme n\u2019est pas une petite portion statique de l\u2019espace subissant les assauts destructeurs d\u2019un temps ext\u00e9rieur \u00e0 lui. Parce qu\u2019il est dynamisme actif, du chimisme de sa mati\u00e8re vivante \u00e0 son activit\u00e9 volontaire, il n\u2019existe que dans la succession des instants : il n\u2019est pas structure, il est structuration. Les trois dimensions de l\u2019espace inscrites en lui par la pesanteur agissant sur son oreille interne, et sp\u00e9cialement ses trois canaux semi-circulaires, sont ins\u00e9parables des mouvements qu\u2019il y ex\u00e9cute en se d\u00e9ployant dans cette quatri\u00e8me dimension qu\u2019est le temps.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">L\u2019homme vit dans l\u2019espace-temps, l\u2019homme est conscient de l\u2019espace-temps, l\u2019homme a le devoir, non de subir, mais d\u2019utiliser correctement l\u2019espace-temps conform\u00e9ment \u00e0 sa signification. Arr\u00eater le temps, ce r\u00eave de qui ne veut pas vieillir ou dispara\u00eetre ce serait pr\u00e9cis\u00e9ment mourir \u00e0 la vie d\u2019ici-bas, acc\u00e9der \u00e0 l\u2019\u00e9ternit\u00e9, qui n\u2019est pas temps ininterrompu, mais pr\u00e9sent qui ne passe point. \u00catre d\u2019espace-temps vivant dans l\u2019espace-temps, l\u2019homme est marqu\u00e9 dans sa chair par le temps comme par l\u2019espace. L\u2019unit\u00e9 individuelle de son organisme sup\u00e9rieur surimpos\u00e9e aux milliards de ses cellules repose sur une int\u00e9gration unificatrice et harmonisatrice dont le grand responsable est le centre r\u00e9gulateur hypothalamique, si\u00e8ge des automatismes inconscients du moi : il assure le maintien d\u2019une organisation, c\u2019est-\u00e0-dire la permanence d\u2019une structure malgr\u00e9 les \u00e9v\u00e9nements, les changements, le d\u00e9roulement du temps o\u00f9 il doit r\u00e9aliser dialectiquement sa nature en se spiritualisant.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\"><b>La nature temporelle de l\u2019homme<\/b><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">1. La premi\u00e8re relation \u00e9vidente de l\u2019homme et du temps, c\u2019est qu\u2019il vit dans un monde temporel dont il subit les changements avant m\u00eame d\u2019en \u00eatre conscient. Ce temps qui coule autour de nous, il est surtout marqu\u00e9 par les rythmes naturels, la succession des jours et des nuits, celle des saisons, la p\u00e9riodicit\u00e9 lunaire. C\u2019est ce qui a servi culturellement d\u2019instrument de mesure du temps, la journ\u00e9e de vingt-quatre heures, le mois, l\u2019ann\u00e9e. Renon\u00e7ant \u00e0 l\u2019impr\u00e9cision de l\u2019observation directe du ph\u00e9nom\u00e8ne astronomique, nous avons su construire des appareils qui nous renseignent objectivement sur la dur\u00e9e. Gr\u00e2ce \u00e0 notre intelligence, nous sommes plus conscients du temps que l\u2019animal ; nous y vivons comme lui.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">Mais cet \u00e9coulement rythm\u00e9 du temps ext\u00e9rieur ne nous reste pas \u00e9tranger. Notre vie est diff\u00e9rente le jour et la nuit, en \u00e9t\u00e9 et en hiver : notre corps va donc prendre des habitudes qui inscriront en nous le rythme externe pour en faire un rythme interne organique. Le plus important est le <i>rythme nycth\u00e9m\u00e9ral, <\/i>le fait que la plupart de nos fonctions organiques, par exemple le rythme cardiaque, la temp\u00e9rature, le m\u00e9tabolisme g\u00e9n\u00e9ral, la s\u00e9cr\u00e9tion urinaire, pr\u00e9sentent une oscillation au cours des vingt-quatre heures avec un minimum nocturne. En g\u00e9n\u00e9ral, la nuit nous dormons. C\u2019est aussi une habitude : nous avons besoin de dormir pour reposer notre cerveau ; comme l\u2019homme primitif doit cesser son activit\u00e9 dans le noir, il utilise la nuit pour assurer son besoin de sommeil. Aussi le rythme nycth\u00e9m\u00e9ral a-t-il d\u2019abord \u00e9t\u00e9 pris pour un rythme endog\u00e8ne de veille-sommeil : on rapportait au sommeil le ralentissement nocturne. En fait, il se manifeste inchang\u00e9 sur le sujet qui repose la nuit sans dormir. Loin que le sommeil soit la cause du rythme nycth\u00e9m\u00e9ral, il en est la cons\u00e9quence : le sommeil nocturne de l\u2019adulte est un rythme nycth\u00e9m\u00e9ral r\u00e9sultant d\u2019une habitude prise dans l\u2019enfance : le nourrisson qui a besoin de plus de sommeil dort n\u2019importe quand de fa\u00e7on polycyclique ; par la suite, en m\u00eame temps que son besoin quantitatif est r\u00e9duit, il se pliera \u00e0 l\u2019usage des adultes de dormir la nuit. Ce faisant, il favorisera son sommeil car celui-ci \u00e9tant un freinage organique sera meilleur au moment o\u00f9 l\u2019habitude du repos nocturne a d\u00e9j\u00e0 mis l\u2019organisme en veilleuse. C\u2019est ce qui explique que le sommeil de jour, m\u00eame au calme, est moins reposant. Il n\u2019est pas seulement psychologiquement inhabituel, il est d\u00e9saccord\u00e9 du cycle organique, un cycle o\u00f9 le balancement entre l\u2019ortho- et le parasympathique (Hess) joue un grand r\u00f4le.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">Ce probl\u00e8me des rapports des cycles nycth\u00e9m\u00e9raux et du sommeil a soulev\u00e9 beaucoup de recherches, l\u2019initiateur \u00e9tant Henri H\u00e9ron dont la th\u00e8se de 1912 sur le sommeil marqua le d\u00e9but de l\u2019\u00e8re moderne exp\u00e9rimentale du sommeil, en m\u00eame temps qu\u2019elle conduisit son auteur \u00e0 devenir le grand sp\u00e9cialiste de la psychophysiologie du temps. Cet expos\u00e9 lui doit beaucoup ainsi qu\u2019\u00e0 son \u00e9l\u00e8ve et continuateur Paul Fraisse [<i>Psychologie du temps, <\/i>PUF 1957]. Citons \u00e9galement l\u2019Am\u00e9ricain Kleitman. C\u2019est d\u2019abord la question de l\u2019inversion du rythme nycth\u00e9m\u00e9ral : puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une habitude, on peut la changer, mais, comme elle est profond\u00e9ment inscrite en nous, c\u2019est tr\u00e8s long, avec des diff\u00e9rences individuelles. Celui qui doit dormir le jour commence par conserver son freinage nocturne, ce qui est d\u00e9favorable et au sommeil diurne et \u00e0 l\u2019activit\u00e9 nocturne. Dans les premi\u00e8res exp\u00e9riences d\u00e9cisives de Pi\u00e9ron et Toulouse en 1907, l\u2019inversion progressive ne fut compl\u00e8te qu\u2019au bout de 30 ou 40 jours de travail nocturne. Aujourd\u2019hui, le probl\u00e8me rebondit avec les d\u00e9placements rapides en avion d\u2019est en ouest et inversement, o\u00f9 on se trouve brusquement transport\u00e9 dans des conditions horaires avec leurs cons\u00e9quences sociales (sommeil, alimentation) diff\u00e9rentes de celles auxquelles on \u00e9tait habitu\u00e9 : ce d\u00e9paysement non seulement de la conscience, mais des automatismes organiques, est un facteur important de fatigue nerveuse. Qu\u2019en sera-t-il dans la fus\u00e9e cosmonautique qui \u00e9chappera compl\u00e8tement aux rythmes terrestres : c\u2019est une pr\u00e9occupation de la m\u00e9decine de l\u2019espace quand elle songe au confort des passagers de l\u2019engin touristique de demain.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">Ces rythmes nycth\u00e9m\u00e9raux se retrouvent dans la s\u00e9rie animale et chez les v\u00e9g\u00e9taux : les plantes vertes subissent un changement complet de leur chimisme entre le jour et la nuit en raison de la photosynth\u00e8se. On conna\u00eet les positions dites de sommeil des feuilles et des fleurs qui sont dues \u00e0 des changements de turgescence en rapport avec les fluctuations de l\u2019activit\u00e9 chimique. Il est possible de constituer une horloge de Flore en groupant les fleurs qui se ferment \u00e0 des heures diff\u00e9rentes de la journ\u00e9e. Nous renvoyons pour les d\u00e9tails \u00e0 l\u2019excellent petit ouvrage de A. Reinberg et J. Ghata [<i>Rythmes et cycles biologiques, <\/i>collection \u00ab Que sais-je ? \u00bb].<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">A c\u00f4t\u00e9 des rythmes nycth\u00e9m\u00e9raux, il en est \u00e0 plus longue p\u00e9riodicit\u00e9. Ainsi l\u2019influence des saisons si importante sur les arbres de nos pays, ou sur le cycle sexuel des animaux o\u00f9 la p\u00e9riode de rut du printemps est d\u00e9clench\u00e9e par l\u2019action de la lumi\u00e8re sur l\u2019hypophyse (J. Benoit). Ce sont les rythmes s\u00e9l\u00e9niens de la sexualit\u00e9 de vers marins qui se reproduisent \u00e0 la pleine lune. C\u2019est le rythme des mar\u00e9es auquel continue \u00e0 ob\u00e9ir un certain temps l\u2019animal en aquarium. Rappelons les migrations saisonni\u00e8res de nombreux animaux ou la mise en hibernation par d\u00e9terminisme neuro-hormonal complexe de certains autres. Chez l\u2019homme, le rythme cardiaque, la pousse des poils, le pH sont plus bas en hiver. L\u2019excr\u00e9tion urinaire de potassium accrue au printemps est maxima vers 16-20 h en mars-avril et vers 8-12 h en septembre octobre. On a \u00e9tudi\u00e9 les variations saisonni\u00e8res des maladies, de la force physique, des caract\u00e8res des enfants en fonction de leur mois de naissance. L\u2019analyse statistique r\u00e9v\u00e9lerait que les g\u00e9nies de l\u2019humanit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 con\u00e7us le plus souvent en avril et meurent en mai !<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">2. La parent\u00e9 de l\u2019homme et de l\u2019univers dont il est issu fait que notre activit\u00e9 organique n\u2019est pas seulement modul\u00e9e par les rythmes ext\u00e9rieurs. Elle est elle-m\u00eame le si\u00e8ge de nombreux rythmes vitaux qui ne sont pas secondairement acquis comme le sommeil. C\u2019est le battement de notre c\u0153ur, le rythme de notre respiration, le cycle sexuel f\u00e9minin, une vraie horloge personnelle \u00e9videmment variable et subjective. Ce sont l\u00e0 les rythmes \u00e9vidents, mais ils ne font que traduire la rythmicit\u00e9 fondamentale de la mati\u00e8re vivante particuli\u00e8rement importante dans le syst\u00e8me nerveux : r\u00e9ponse rythm\u00e9e des messages sensoriels o\u00f9 l\u2019intensit\u00e9 excitante est chronologiquement cod\u00e9e en fr\u00e9quence d\u2019impulsions, rythmes r\u00e9guliers de l\u2019\u00e9lectroenc\u00e9phalogramme au repos traduisant la synchronisation des ensembles neuroniques, une activit\u00e9 analogue, disait Adrian, sur le cerveau d\u2019un prix Nobel et le ganglion nerveux d\u2019un cafard ! Il existe un rapport certain entre cette propri\u00e9t\u00e9 et la m\u00e9moire : le cerveau est apte \u00e0 reproduire rythmiquement certaines structurations (<i>cyclochronie<\/i>)<i>.<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">Nos conceptions m\u00eames des rapports de la mati\u00e8re vivante avec le temps ont beaucoup chang\u00e9. Autrefois, la mati\u00e8re vivante \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e sous un aspect statique : on d\u00e9crivait ses structures, sa composition ; on avait tendance \u00e0 tout localiser durablement dans l\u2019espace sans faire intervenir le temps. C\u2019est ainsi, par exemple, qu\u2019en ce qui concerne les rapports du cerveau et de la pens\u00e9e, on voulait souvent faire de la pens\u00e9e une s\u00e9cr\u00e9tion mat\u00e9rielle isolable dans les neurones, conception d\u2019un grossier mat\u00e9rialisme que personne ne peut plus soutenir aujourd\u2019hui. Ceux qui alors le refusaient, avaient tendance \u00e0 faire du cerveau une machine actionn\u00e9e de l\u2019ext\u00e9rieur par l\u2019\u00e2me spirituelle. Nous savons aujourd\u2019hui que les rapports entre cerveau et pens\u00e9e sont bien plus \u00e9troits puisqu\u2019on ne saurait les s\u00e9parer comme la s\u00e9cr\u00e9tion de l\u2019organe ou l\u2019ouvrier de la machine ; il s\u2019agit de relations <i>fonctionnelles. <\/i>La pens\u00e9e r\u00e9sulte d\u2019un fonctionnement d\u2019ensemble du cerveau et n\u2019existe pas (ici-bas) en dehors de ce fonctionnement. Le c\u00e9r\u00e9bral est l\u2019aspect organique, la condition fonctionnelle du psychisme quel que soit en lui-m\u00eame celui-ci. Qu\u2019est-ce \u00e0 dire fonctionnel, sinon que le temps y participe : le fonctionnel, ce n\u2019est pas le spatial mat\u00e9riel, c\u2019est le <i>spatio-temporel. <\/i>L\u2019anatomie d\u00e9crit dans l\u2019espace les structures du cerveau : elles n\u2019ont d\u2019int\u00e9r\u00eat pour le physiologiste et ne servent que quand elles sont activ\u00e9es par les messages des sens et qu\u2019entre de multiples possibilit\u00e9s anatomiquement r\u00e9alisables s\u2019organisent \u00e0 chaque instant de fa\u00e7on autor\u00e9gularis\u00e9e des connexions nouvelles. Non plus des structures, mais des structurations, des mosa\u00efques, des \u00e9difices transitoires assurant les fonctions : tout est spatio-temporel, variable d\u2019un instant \u00e0 l\u2019autre, le temps constituant vraiment la quatri\u00e8me dimension de l\u2019\u00e9difice en marche. C\u2019est ce que concevait l\u2019\u00e9tude pavlovienne du cerveau et qu\u2019enregistre directement aujourd\u2019hui l\u2019\u00e9lectro-enc\u00e9phalographie.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">Ce qui oppose le cerveau \u00e0 un centre \u00e9l\u00e9mentaire comme la moelle et marque sa sup\u00e9riorit\u00e9, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment que les sch\u00e8mes spatio-temporels de la moelle sont relativement fixes, d\u00e9celables \u00e0 l\u2019avance dans l\u2019\u00e9tude physiologique des structures. Au contraire, le cerveau a une infinie possibilit\u00e9 de structurations dont aucune n\u2019est obligatoire et r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 l\u2019avance dans les structures : il ne s\u2019agit pas de r\u00e9flexes, mais de <i>r\u00e9flexes conditionn\u00e9s, <\/i>o\u00f9 le temps intervient beaucoup plus puisque les structurations d\u00e9pendent de l\u2019histoire ant\u00e9rieure du cerveau, sont en rapport avec les co\u00efncidences de coexistence qui ont donn\u00e9 sa signification \u00e0 un signal d\u2019abord indiff\u00e9rent, le cerveau ayant le pouvoir de se restructurer identiquement quand resurgissent ou sont imagin\u00e9es des situations identiques. Ce pouvoir de restructuration, c\u2019est cela la m\u00e9moire dont nous ignorons encore presque tout.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">On sait qu\u2019en neurochirurgie on peut, en excitant une zone voisine du lobe temporal, sur le patient \u00e9veill\u00e9, faire resurgir des souvenirs : il croit qu\u2019on lui fait entendre un disque, ne se rendant pas compte que cette chanson qu\u2019il reconna\u00eet, l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 l\u2019a reconstruite dans sa t\u00eate o\u00f9 elle existait \u00e0 l\u2019\u00e9tat de possible virtuel qu\u2019il fallait incarner dans l\u2019instant en r\u00e9tablissant les sch\u00e8mes spatio-temporels correspondants.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">Cet aspect fonctionnel du r\u00e9seau c\u00e9r\u00e9bral pensant, on le retrouve dans le fonctionnement de la mati\u00e8re vivante : nous n\u2019avons aucun atome en propre. Toutes nos structures sont des structurations, une m\u00eame forme, une m\u00eame architecture impos\u00e9e \u00e0 des \u00e9l\u00e9ments changeants. Le temps fournit les \u00e9l\u00e9ments et la vie, l\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9, la cellule donne le cadre o\u00f9 ils s\u2019int\u00e9greront : un mur inchang\u00e9 quand toutes les briques se renouvellent sans cesse, soit un mat\u00e9rialisme fonctionnel bien diff\u00e9rent du solide mat\u00e9rialisme d\u2019autrefois, o\u00f9 la constitution \u00e9l\u00e9mentaire semblait ind\u00e9pendante du temps. Comme tout ceci s\u2019accorde, rappelons-le sans insister, avec l\u2019<i>hyl\u00e9morphisme <\/i>r\u00e9aliste d\u2019Aristote et de saint Thomas d\u2019Aquin, \u00e0 condition de ne pas faire de la forme un principe statique de structure, mais l\u2019interpr\u00e9tation m\u00e9taphysique de la constance qui sous-tend le dynamisme temporel.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">Ces structurations organiques sont encore plus temporalis\u00e9es : en effet, le temps n\u2019y est pas que succession fluctuante, il intervient dans l\u2019architecture qui n\u2019est pas uniquement la juxtaposition d\u2019\u00e9l\u00e9ments plus ou moins actifs, un dynamique d\u2019intensit\u00e9s, mais qui est mosa\u00efque d\u2019\u00e9l\u00e9ments acc\u00e9l\u00e9r\u00e9s et d\u2019\u00e9l\u00e9ments ralentis. La mesure de la constante de temps de l\u2019excitabilit\u00e9 (chronaxie) permet de chiffrer le temps de nos cellules, de voir que nous sommes faits d\u2019\u00e9l\u00e9ments de rapidit\u00e9 tr\u00e8s diff\u00e9rente et dont la rapidit\u00e9 est variable, la surexcitation \u00e9tant acc\u00e9l\u00e9ration et l\u2019inhibition ralentissement. C\u2019est L. Lapicque qui, gr\u00e2ce \u00e0 la chronaxim\u00e9trie, a \u00e9t\u00e9 l\u2019initiateur de cette <i>chronologie cellulaire <\/i>trop n\u00e9glig\u00e9e aujourd\u2019hui, notamment dans l\u2019\u00e9tude de l\u2019harmonie des structurations nerveuses, et qui montre \u00e0 quel point le temps est une dimension de notre nature.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">3. De tous ces d\u00e9tours temporels internes, que r\u00e9sulte-t-il ? C\u2019est que l\u2019organisme trouve automatiquement en lui une certaine possibilit\u00e9 de conna\u00eetre le temps ou m\u00eame, sans atteindre ce niveau de conscience \u2014 car ce qu\u2019on a appel\u00e9 notre <i>horloge interne <\/i>n\u2019est pas quelque chose qu\u2019on lit avec la pr\u00e9cision d\u2019une horloge ext\u00e9rieure \u2014, de r\u00e9gler dans le temps ses comportements d\u2019une fa\u00e7on assez satisfaisante, m\u00eame sans possibilit\u00e9 d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la connaissance objective du temps astronomique. De multiples exp\u00e9riences de l\u2019ordre des r\u00e9flexes conditionn\u00e9s, des r\u00e9actions de dressage, \u00e9tablissent que m\u00eame l\u2019animal a le pouvoir, non de conna\u00eetre le temps, mais de r\u00e9gler sa conduite sur le temps. Les animaux les plus vari\u00e9s manifestent leur agitation quand vient l\u2019heure \u00e0 laquelle ils sont accoutum\u00e9s \u00e0 recevoir leur nourriture, en dehors de tout signe ext\u00e9rieur. Les abeilles ont pu \u00eatre dress\u00e9es \u00e0 venir chercher leur nourriture toutes les 21 heures, ce qui ne peut se fonder que sur une appr\u00e9ciation interne du temps. Quand la temp\u00e9rature externe, donc aussi la temp\u00e9rature de l\u2019insecte s\u2019abaisse, l\u2019animal est en retard, car son horloge interne est ralentie. Des abeilles dress\u00e9es \u00e0 r\u00e9agir \u00e0 l\u2019heure de Paris, si on les transporte en avion \u00e0 New York, gardent l\u2019heure de Paris et ne suivent pas le nouvel horaire. De nombreux animaux, insectes ou oiseaux peuvent rep\u00e9rer les points cardinaux d\u2019apr\u00e8s le soleil, en appr\u00e9ciant donc les variations de celui-ci dans la journ\u00e9e. En cas de d\u00e9calage cr\u00e9\u00e9 entre horloge interne et temps v\u00e9ritable, l\u2019animal se trompe en suivant les indications internes. On peut dresser des animaux \u00e0 des p\u00e9riodicit\u00e9s complexes (nourriture 15 s, pause 30 s, nourriture 15 s pause 90 s) : ils manifestent leur agitation au moment o\u00f9 ils devraient recevoir la nourriture suivant le rythme appris. Dans les r\u00e9flexes conditionn\u00e9s retard\u00e9s, l\u2019animal est dress\u00e9 \u00e0 diff\u00e9rer sa r\u00e9action un certain temps apr\u00e8s le signal. Une m\u00eame horloge interne existe chez l\u2019homme, comme le montrent par exemple les exp\u00e9riences de Fran\u00e7ois. Si on demande \u00e0 un sujet de frapper sur une cl\u00e9 \u00e0 la cadence subjective de trois coups \u00e0 la seconde, puis qu\u2019on lui donne la fi\u00e8vre par diathermie, on constate une acc\u00e9l\u00e9ration de la cadence dont le sujet n\u2019est pas conscient. Signalons encore la possibilit\u00e9 de se r\u00e9veiller \u00e0 une heure donn\u00e9e ou le fait qu\u2019un sujet isol\u00e9, sans aucun moyen d\u2019appr\u00e9cier le temps, ne commet pas de trop grosses erreurs, en se fondant notamment sur son besoin de sommeil. Cependant, cette connaissance du temps exige un fonctionnement c\u00e9r\u00e9bral correct. Ce n\u2019est pas que le froid ou le chaud qui perturbent l\u2019horloge interne, mais aussi le sommeil : dans le r\u00eave, nous appr\u00e9cions tr\u00e8s mal le temps : toute une longue histoire prend place entre un signal ext\u00e9rieur qui s\u2019immisce dans le r\u00eave et le r\u00e9veil qu\u2019il provoque de suite. Les m\u00e9dicaments hallucinog\u00e8nes peuvent modifier notre subjectivit\u00e9 au temps : on a l\u2019impression que le temps va tr\u00e8s vite ou au contraire tr\u00e8s lentement. Ce d\u00e9paysement du temps est un des facteurs de l\u2019\u00e9tranget\u00e9 attirante du monde hallucinatoire : il serait int\u00e9ressant que la psychochimie et la psychophysiologie en pr\u00e9cisent les m\u00e9canismes. Attention et distraction modifient aussi notre appr\u00e9ciation du temps, or ces ph\u00e9nom\u00e8nes s\u2019accompagnent d\u2019acc\u00e9l\u00e9ration ou de freinage c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">4. Mais il est une autre cause de subjectivit\u00e9 qui nous mure dans notre temps personnel. Qu\u2019elles semblent longues les ann\u00e9es de la jeunesse, qu\u2019il s\u2019acc\u00e9l\u00e8re notre rythme de vie quand il s\u2019approche de sa fin ! Ceci semble li\u00e9, d\u2019apr\u00e8s Lecomte du Nouy [<i>Le temps et la vie, <\/i>Gallimard, 1936] au <i>temps physiologique <\/i>plus rapide chez le jeune : et cet auteur a pu appr\u00e9cier ce temps par la vitesse de cicatrisation bien plus rapide chez le jeune et qui se r\u00e9duit avec l\u2019\u00e2ge parall\u00e8lement \u00e0 l\u2019aptitude du s\u00e9rum \u00e0 favoriser la croissance des cultures de tissus d\u2019apr\u00e8s les exp\u00e9riences de Carrel. Le temps ext\u00e9rieur est fixe, mais nous le connaissons subjectivement avec notre temps personnel, variable d\u2019un animal \u00e0 l\u2019autre en fonction de la dur\u00e9e de son cycle vital et de la place o\u00f9 nous nous situons dans ce cycle. La mort [P. Chauchard, <i>La Mort, <\/i>collection \u00ab Que sais-je ? \u00bb] est le destin naturel de l\u2019\u00eatre sup\u00e9rieur pluricellulaire qui laisse la place \u00e0 ses descendants, ce qui renouvelle l\u2019esp\u00e8ce. Chez l\u2019unicellulaire ou la cellule en culture, ce qu\u2019on a appel\u00e9 l\u2019immortalit\u00e9 n\u2019est d\u2019ailleurs pas celle de l\u2019individu qui \u00e0 un moment se divise en deux nouveaux, mais celle de toute la mati\u00e8re vivante dont rien ne meurt : il n\u2019y a de cadavre que par accident, un accident heureusement fr\u00e9quent sans quoi l\u2019expansion de la vie serait effarante. Si l\u2019\u00eatre sup\u00e9rieur a une dur\u00e9e limit\u00e9e de vie, c\u2019est qu\u2019il est fait pour vivre un temps qui est variable avec l\u2019esp\u00e8ce, les petits animaux \u00e0 m\u00e9tabolisme actif ayant la vie plus courte. L\u2019homme est \u00e0 ce point de vue privil\u00e9gi\u00e9. Il existe un rapport entre les divers caract\u00e8res chronologiques du cycle vital : la dur\u00e9e de grossesse, la dur\u00e9e de croissance, l\u2019\u00e2ge de la pubert\u00e9, la dur\u00e9e de vie. Ainsi l\u2019\u00eatre vivant n\u2019entre pas en rapport seulement avec le temps de ses rythmes internes et le temps ext\u00e9rieur, mais le temps est sa mesure, la peau de chagrin d\u2019un dynamisme limit\u00e9, l\u2019\u00eatre temporel est temporaire. La vieillesse n\u2019est que le stade terminal normal (si on en \u00e9limine la pathologie) du cycle vital, mais l\u2019embryon avec la r\u00e9duction de son taux de multiplication et de croissance par rapport \u00e0 l\u2019\u0153uf et au germe est d\u00e9j\u00e0 en voie de vieillir. Pour reculer la mort naturelle, il faudrait modifier le cycle vital : des rats sous-aliment\u00e9s \u00e0 croissance ralentie vivent plus vieux. Un \u00eatre vivant ne se d\u00e9finit pas seulement par une existence limit\u00e9e dans le temps, une usure naturelle ; on ne saurait simplement le diviser entre une p\u00e9riode de r\u00e9alisation et de croissance dynamique et un \u00e9tat adulte statique s\u2019interrompant dans une d\u00e9t\u00e9rioration s\u00e9nile. Il n\u2019y a pas de p\u00e9riode statique, mais un dynamisme vital qui conduit sans interruption de la conception \u00e0 la mort, avec au d\u00e9but un \u00e9quilibre o\u00f9 les gains l\u2019emportent, puis ils \u00e9quivalent aux pertes, enfin c\u2019est l\u2019usure qui l\u2019emporte. Mais il n\u2019y a pas de stabilit\u00e9. L\u2019\u00eatre vivant n\u2019<i>est <\/i>pas, il est toujours en devenir, mais ce devenir est guid\u00e9 par l\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9, cet organe de programmage, cette machine \u00e0 copie que nous avons dans le noyau de toutes nos cellules. Un guidage qui exige que le milieu fournisse les \u00e9l\u00e9ments convenables \u00e0 la machine \u00e0 copier pour son travail et pour sa vie. Le devenir normal de l\u2019\u00eatre vivant, c\u2019est de r\u00e9aliser correctement les divers stades de son cycle vital, s\u2019\u00e9panouir puis se d\u00e9truire dans le temps. Mais ce devenir peut manquer et le temps, plus ou moins t\u00f4t, consacre l\u2019\u00e9chec de l\u2019\u00eatre [<i>L\u2019homme devant l\u2019\u00e9chec, <\/i>Spes], sa mort, son vieillissement pr\u00e9coce, ses monstruosit\u00e9s. Nous ne sommes pas uniquement ce que permettait notre h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 \u00e0 la conception : il y a plusieurs mani\u00e8res d\u2019\u00eatre soi-m\u00eame qui d\u00e9pendent du milieu o\u00f9 se r\u00e9alise diversement, ou \u00e9choue non moins diversement, cette h\u00e9r\u00e9dit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">Un tel dynamisme de r\u00e9alisation ou de destruction dans le temps est commun \u00e0 tous les vivants, mais l\u2019homme est ici un cas particulier. Malgr\u00e9 tout, l\u2019animal est relativement statique. Etre adulte n\u2019est pas pour lui un probl\u00e8me : il suffit que les conditions biologiques de la croissance soient correctes, \u00e9vitant les monstruosit\u00e9s, pour qu\u2019automatiquement se r\u00e9alise un \u00e9tat adulte normal. Il en est tout autrement de l\u2019homme, dynamique \u00e0 un tout autre degr\u00e9. Pour lui le temps est infiniment plus cr\u00e9ateur, formateur ou d\u00e9formateur, le pass\u00e9 bien plus pr\u00e9sent \u00e0 l\u2019avenir. Jusqu\u2019\u00e0 la naissance tout est voisin de l\u2019animal, mais apr\u00e8s, la maturation c\u00e9r\u00e9brale ne se fait correctement qu\u2019en milieu social humain, n\u00e9cessaire du point de vue affectif (hospitalisme, refoulements) et intellectuel (enfants-loups, enfants isol\u00e9s qui deviennent idiots, impossibilit\u00e9 de r\u00e9aliser pleinement les possibilit\u00e9s h\u00e9r\u00e9ditaires en cas de d\u00e9ficience culturelle du milieu de la jeune enfance). L\u2019erreur du racisme est d\u2019attribuer \u00e0 la nature les d\u00e9ficiences ou les retards de la culture. Par rapport \u00e0 l\u2019animal, l\u2019homme au d\u00e9but est un retard\u00e9 en \u00e9tat d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 \u00e0 cause de la d\u00e9ficience des automatismes instinctifs qui, chez lui, doivent \u00eatre suppl\u00e9\u00e9s par le cerveau sup\u00e9rieur, la raison. Pr\u00e9cis\u00e9ment sa nature biologique lui donne le temps d\u2019apprendre : le singe est pub\u00e8re et adulte vers 6 ou 7 ans avec un cerveau achev\u00e9 rapidement. L\u2019enfant n\u2019a son cerveau achev\u00e9 anatomiquement que vers 7 ans et n\u2019est m\u00fbr physiologiquement que vers 20 ans. Dire comme certains p\u00e9dagogues qu\u2019il est une plante qui pousse dans un milieu est minimiser l\u2019utilisation formatrice du temps pour l\u2019homme. Il ne doit pas recevoir des usages bons ou mauvais sur l\u2019art de satisfaire ses besoins, il doit apprendre \u00e0 \u00eatre homme, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 se former une conscience apte \u00e0 la ma\u00eetrise et la vraie libert\u00e9 de qui choisit le bien, seule utilisation correcte du cerveau [P. Chauchard, <i>Biologie et Morale, <\/i>Mame]. Chez lui, la longue enfance est suivie de l\u2019adolescence, ce d\u00e9calage entre pubert\u00e9 et \u00e9tat adulte dont nous sommes loin d\u2019avoir compris la signification pour l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la ma\u00eetrise de soi et \u00e0 la maturation de l\u2019affectivit\u00e9. Que de temps perdu pour la formation, parce qu\u2019on croit que cette formation est un luxe au lieu d\u2019y voir une n\u00e9cessit\u00e9 de la r\u00e9alisation psychobiologique de l\u2019\u00eatre humain au cours de son cycle vital. D\u2019ailleurs ce r\u00eave de l\u2019enfant d\u2019\u00eatre enfin arriv\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire adulte, de ne plus avoir \u00e0 apprendre, \u00e0 faire effort, est un pr\u00e9jug\u00e9, car le dynamisme de l\u2019homme dans le temps est tel qu\u2019il doit toujours s\u2019efforcer de monter s\u2019il ne veut pas d\u00e9choir, et ceci jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa vie o\u00f9 la vieillesse n\u2019est que le dernier stade, positif lui aussi, malgr\u00e9 ses inconv\u00e9nients, de la maturation ; l\u2019ach\u00e8vement de l\u2019\u00eatre dans le temps, au moment o\u00f9 celui-ci va lui manquer, ce qui logiquement devrait sugg\u00e9rer que tout ne peut \u00eatre fini. La spiritualisation, qui est information, a besoin du temps que lui fournit la mati\u00e8re, mais le spirituel n\u2019est en lui-m\u00eame ni temporel ni temporaire.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">Bien plus cr\u00e9ateur (ou destructeur) dans le cycle vital chez l\u2019homme, le temps va avoir chez lui un r\u00f4le encore plus grand. Pour l\u2019animal, il n\u2019y a qu\u2019une histoire individuelle, et c\u2019est \u00e0 peine une histoire que cette croissance biologique. Pour l\u2019homme, il y a l\u2019Histoire, c\u2019est-\u00e0-dire le progr\u00e8s culturel de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. L\u2019homme, de par son supercerveau, est le seul \u00eatre social qui ne soit pas ancr\u00e9 dans des m\u0153urs fig\u00e9es mais qui soit susceptible de progr\u00e8s social. Prolongeant sur un autre plan l\u2019\u00e9volution biologique, dynamique de r\u00e9alisation de la nature, mont\u00e9e vers le plus grand cerveau, celui de l\u2019homme, l\u2019Histoire, comme l\u2019a bien vu le grand biologiste mystique Teilhard de Chardin, trouve son sens dans une meilleure utilisation de cet organe pour un progr\u00e8s de conscience et de libert\u00e9. Pour la construction de l\u2019homme toujours nouveau de demain, notre libert\u00e9 sait \u00e0 quoi se fixer si elle veut bien utiliser le temps. Il s\u2019agit de progresser dans l\u2019\u00e9panouissement de l\u2019homme et non de r\u00e9gresser vers sa d\u00e9personnalisation. Ce que nous devons \u00eatre est inscrit en nous, mais il nous faut le d\u00e9couvrir et le r\u00e9aliser toujours mieux.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">Nous avons besoin d\u2019une philosophie biologique du temps et de ses rapports avec la nature humaine. Nous oscillons entre deux erreurs, affirmer le temps totalement cr\u00e9ateur d\u2019un homme toujours nouveau, d\u00e9racin\u00e9 du pass\u00e9, n\u00e9gliger le r\u00f4le du temps et affirmer que l\u2019homme est, a \u00e9t\u00e9 et sera toujours le m\u00eame. Dans un cas baptiser progr\u00e8s tout changement, dans l\u2019autre nier le progr\u00e8s et s\u2019occuper \u00e0 d\u00e9fendre et conserver ce qu\u2019il faudrait d\u00e9couvrir et \u00e9panouir. Le temps n\u2019est pas cr\u00e9ateur <i>ex nihilo : <\/i>il n\u2019est pas le<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">th\u00e9\u00e2tre o\u00f9 n\u2019importe quoi sort de rien, mais la sc\u00e8ne o\u00f9 peut s\u2019\u00e9panouir mieux ou se d\u00e9truire ce qui \u00e9tait appel\u00e9 \u00e0 \u00eatre de par l\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9, h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 de chaque homme pr\u00e9sente dans les g\u00e8nes de l\u2019\u0153uf, nature humaine du premier homme issu de la mutation hominisante et qui, pleinement homme, aussi homme que nous de par son cerveau et ayant les m\u00eames aptitudes, ne pouvait par insuffisance culturelle les \u00e9panouir autant que nous qui, de m\u00eame, sommes encore tr\u00e8s au-dessous des pleines possibilit\u00e9s humaines.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">Nous voyons ainsi combien le temps importe \u00e0 la nature de l\u2019homme. Celui-ci, bien plus que l\u2019animal, va en prendre conscience. Mais il ne se rend pas assez compte combien le temps est une r\u00e9alit\u00e9 de sa chair, combien le temps l\u2019a marqu\u00e9 et le marque, contribuant \u00e0 le faire ce qu\u2019il est, assez autre peut-\u00eatre de ce qu\u2019il aurait pu \u00eatre. Le temps, c\u2019est le dynamisme m\u00eame de notre \u00eatre en \u00e9volution constante, c\u2019est la pr\u00e9sence de tout notre pass\u00e9 dans notre pr\u00e9sent, \u00e0 notre insu m\u00eame. Prendre conscience du temps, ce n\u2019est donc pas conna\u00eetre le cadre ext\u00e9rieur de notre vie, mais jeter un regard sur la r\u00e9alit\u00e9 m\u00eame de notre \u00eatre.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\"><b>La conscience du temps<\/b><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">L\u2019animal vit dans le temps et utilise pour un comportement mieux adapt\u00e9 ses possibilit\u00e9s biologiques et psychologiques \u00e9l\u00e9mentaires de connaissance du temps. Il est dans l\u2019instant immerg\u00e9 dans l\u2019action \u00e0 cause du manque de transcendance de sa ma\u00eetrise rudimentaire. Mais il est dans l\u2019instant avec tout son \u00eatre form\u00e9 par les habitudes de la vie pass\u00e9e s\u2019appliquant \u00e0 d\u00e9fendre une vie actuelle qui est le garant de l\u2019avenir. Ce n\u2019est pas enlever \u00e0 l\u2019homme, o\u00f9 objectivement tout est d\u2019une autre nature, que de mettre en lumi\u00e8re tout ce qui humblement est en germe chez l\u2019animal (qui n\u2019est en rien l\u2019animal-machine de Descartes). Il existe des automatismes \u00e9l\u00e9mentaires de m\u00e9moire, qui se pr\u00e9sentent \u00e0 tous les niveaux \u2014 on peut conditionner un unicellulaire \u2014, mais qui dans le cas de l\u2019animal sup\u00e9rieur sont au service d\u2019un niveau sup\u00e9rieur de conscience qui comporte la reconnaissance des situations.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">L\u2019homme, lui, de par son pouvoir r\u00e9flexif, peut s\u2019\u00e9lever au-dessus de l\u2019action, organisant ses souvenirs en un pass\u00e9 v\u00e9cu et se souciant de pr\u00e9voir et d\u2019assurer l\u2019avenir. C\u2019est la partie la plus humaine du cerveau, la zone pr\u00e9frontale, qui joue ici le r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant : c\u2019est le cerveau de l\u2019inqui\u00e9tude humaine. Le malade qu\u2019une inqui\u00e9tude pathologique paralysait peut ainsi \u00eatre r\u00e9\u00e9quilibr\u00e9 par la psychochirurgie (lobotomie) ou par le recours moins dangereux, car ne comportant pas une mutilation d\u00e9finitive, aux m\u00e9dicaments tranquillisants, mais au prix d\u2019une incontestable diminution. Il est plus ma\u00eetre de lui parce qu\u2019il n\u2019est plus la proie d\u2019impulsions pathologiques incoercibles, mais en fait il n\u2019a plus la possibilit\u00e9 de la vraie ma\u00eetrise, qui est utilisation correcte du temps, souci d\u2019un avenir \u00e0 assumer par une d\u00e9cision actuelle appuy\u00e9e sur une exp\u00e9rience pass\u00e9e. On observe d\u00e9j\u00e0 de telles r\u00e9actions de d\u00e9sint\u00e9r\u00eat chez le singe lobotomis\u00e9, qui semble avoir perdu la m\u00e9moire, alors qu\u2019il ne se soucie pas de l\u2019utiliser. Konorski a montr\u00e9 que si on dresse un chien ayant entendu un premier signal \u00e0 ne r\u00e9agir qu\u2019\u00e0 un second plus tardif, l\u2019animal normal n\u2019oublie pas, entre temps, m\u00eame on le distrait. Au contraire le chien lobotomis\u00e9 reste devant la sonnerie y centrant son attention et attendant la seconde sonnerie. Si on le distrait, il ne saura plus que faire quand cette sonnerie retentira.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">L\u2019organisme est dans le temps ; c\u2019est le cerveau qui nous permet de le conna\u00eetre et de l\u2019utiliser. Le cerveau pr\u00e9frontal constitue l\u2019instance sup\u00e9rieure de la r\u00e9flexion et du jugement. Il a pour fonction de coordonner et d\u2019utiliser les fonctions des deux autres parties du cerveau qui lui sont subordonn\u00e9es. C\u2019est d\u2019une part le cerveau instinctif et affectif du rhinenc\u00e9phale branch\u00e9 sur l\u2019hypothalamus : la centrale de la vie organique et des comportements \u00e0 son service, le cerveau qui est \u00e0 l\u2019origine de nos besoins. Responsable de l\u2019unification organique, il assume un niveau inconscient d\u2019un moi qui se situe affectivement dans l\u2019espace et le temps. Mais d\u2019autre part, comme tout ce qui est dans l\u2019intelligence, ce qui est relatif au temps nous vient principalement par la voie des sens et est donc l\u2019apanage du cerveau no\u00e9tique sensori-moteur. C\u2019est par les donn\u00e9es de nos sens que nous sommes renseign\u00e9s sur le temps et ins\u00e9r\u00e9s consciemment dans le temps. L\u2019appr\u00e9ciation des successions et des changements, des dur\u00e9es, des rythmes, repose sur la coordination c\u00e9r\u00e9brale des ondes d\u2019influx, messages des nerfs sensoriels et sensitifs. Chacun de nos principaux sens fournit ainsi une contribution particuli\u00e8re qui, confront\u00e9e avec celle des autres sens, arrive \u00e0 faire na\u00eetre en nous, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019image spatiale de notre corps et de la distinction de nous-m\u00eames et du monde ext\u00e9rieur, la notion d\u2019\u00e9coulement du temps. Pi\u00e9ron a particuli\u00e8rement \u00e9tudi\u00e9 ces aspects chronologiques des sensations [<i>La sensation, guide de la vie, <\/i>Gallimard, 1955].<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">\u00ab Un homme, \u00e9crit Pi\u00e9ron, qui se trouverait soustrait aux influences sociales et aux p\u00e9riodicit\u00e9s astronomiques, isol\u00e9 au fond d\u2019une mine, par exemple, ne trouverait gu\u00e8re d\u2019appui pour des \u00e9valuations temporelles de quelque amplitude, la croissance des cheveux ou des ongles ne donnant que des indications bien vagues, et, en dehors du rythme menstruel chez la femme pub\u00e8re, les p\u00e9riodicit\u00e9s manifest\u00e9es par le besoin de manger ou de dormir, engendr\u00e9es par les alternances solaires ou sociales, s\u2019effa\u00e7ant apr\u00e8s une persistance mn\u00e9monique assez courte, ne permettraient plus de rep\u00e9rages internes. Les estimations sensorielles directes du temps se limitent \u00e0 des dur\u00e9es extr\u00eamement br\u00e8ves de l\u2019ordre des minutes ou des heures, fond\u00e9es sur des activit\u00e9s ayant occup\u00e9 le temps, activit\u00e9s physiques ou mentales, dont le rendement quantitatif, les effets de fatigue, fournissent des \u00e9l\u00e9ments, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de rep\u00e8res divers, parmi lesquels jouent les rythmes physiologiques mont\u00e9s sur des p\u00e9riodicit\u00e9s ext\u00e9rieures (quand reviennent par exemple au moment des repas les contractions de l\u2019estomac qui se traduisent sous la forme de la faim). Ces \u00e9valuations interpr\u00e9tatives sont le plus souvent fort incertaines et une heure d\u2019attente ou d\u2019ennui est singuli\u00e8rement sur\u00e9valu\u00e9e par rapport \u00e0 une heure de distraction ou de plaisir. Nous ne savons plus bien, en g\u00e9n\u00e9ral, utiliser les ressources de notre organisme, que nous n\u2019interrogeons gu\u00e8re quand nous disposons de pendules et de montres, pour estimer des temps repr\u00e9sentant des fractions plus ou moins importantes d\u2019un cycle nycth\u00e9m\u00e9ral. Mais il nous reste la capacit\u00e9 d\u2019\u00e9valuation directe des dur\u00e9es br\u00e8ves pour lesquelles la consultation d\u2019appareils de mesure du temps devient beaucoup plus d\u00e9licate. \u00bb<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">Envisageons bri\u00e8vement quels sont les aspects sous lesquels se pr\u00e9sentent les appr\u00e9ciations sensorielles temporelles imm\u00e9diates.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">\u00ab Il y a, nous dit toujours Pi\u00e9ron, deux manifestations fondamentales de la capacit\u00e9 discriminative, l\u2019une qui comporte diff\u00e9renciation du simultan\u00e9 et du successif, avec perception de l\u2019ordre et \u00e9valuation de l\u2019intervalle ou des diff\u00e9rences d\u2019intervalle entre les \u00e9v\u00e9nements successifs constituant des exp\u00e9riences sensorielles h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, l\u2019autre qui implique distinction entre l\u2019instantan\u00e9 et le durable, avec estimation de la dur\u00e9e ou des diff\u00e9rences de dur\u00e9e d\u2019un \u00e9v\u00e9nement homog\u00e8ne engendrant un processus sensoriel uniforme. \u00bb<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">Entre ces deux aspects extr\u00eames se place l\u2019appr\u00e9ciation du changement, comportant succession d\u2019\u00e9tats diff\u00e9rents avec estimation des vitesses ou des diff\u00e9rences de vitesses caract\u00e9ris\u00e9es par des intervalles de temps entre deux \u00e9tapes du changement ou des dur\u00e9es de variation dans la marge d\u2019une amplitude donn\u00e9e pour un processus repr\u00e9sentant une unit\u00e9 sensorielle.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">Enfin la combinaison r\u00e9p\u00e9titive de dur\u00e9es et d\u2019intervalles donne naissance \u00e0 la discrimination et \u00e0 l\u2019\u00e9valuation de p\u00e9riodicit\u00e9s, de leur fr\u00e9quence, ainsi qu\u2019aux perceptions quantitatives de rythme.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">Pour l\u2019organisme psychophysiologique, il y a plusieurs temps et leur unification intellectuelle, qui est principalement \u0153uvre sociale, fait oublier cette h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 fondamentale ; les discriminations les plus fines sont fournies par le sens auditif.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">Il existe une acuit\u00e9 temporelle qui permet de distinguer deux sensations comme \u00e9tant successives et non simultan\u00e9es ; elle est bonne pour deux sensations concernant le m\u00eame sens, mais bien plus impr\u00e9cise quand il s\u2019agit de la confrontation de deux sens diff\u00e9rents. Dans ce cas, deux \u00e9v\u00e9nements simultan\u00e9s peuvent \u00eatre per\u00e7us d\u00e9cal\u00e9s dans n\u2019importe quel ordre. La succession de deux sons identiques atteignant chacun une oreille diff\u00e9rente est reconnue pour un intervalle d\u2019environ 2 milli\u00e8mes de seconde. Dans le domaine tactile, le seuil de distinction pour des stimulations en des points voisins ou sym\u00e9triques est de l\u2019ordre du centi\u00e8me de seconde ; il est du dixi\u00e8me seulement pour la vue.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">Il y a une dur\u00e9e sp\u00e9ciale pour laquelle cesse l\u2019impression d\u2019instantan\u00e9 ; elle est de 12 centi\u00e8mes de seconde pour les sensations visuelles, de 1 \u00e0 5 pour les auditives. On note dans certaines conditions une unit\u00e9 de temps psychologique pour laquelle on a l\u2019impression de dur\u00e9e normale, tandis qu\u2019au-dessous on a l\u2019impression de bref ou au-dessus de long ; ce temps varie avec les individus en rapport avec le rythme du pouls et certaines activit\u00e9s motrices ; il existe un \u00ab tempo \u00bb pr\u00e9f\u00e9rentiel caract\u00e9risant la rapidit\u00e9 de chacun. C\u2019est en moyenne une dur\u00e9e d\u2019une demi-seconde qui ne para\u00eet ni trop br\u00e8ve ni trop longue. Outre l\u2019influence signal\u00e9e de la temp\u00e9rature, notons l\u2019influence bien connue de deux facteurs d\u2019ordre psychologique : au cours d\u2019un effort, on surestime la dur\u00e9e ; dans la d\u00e9tente cons\u00e9cutive, on la sous-estime.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">Les caract\u00e8res temporels de l\u2019excitant influencent l\u2019intensit\u00e9 de l\u2019excitation. La loi d\u2019excitabilit\u00e9 d\u2019un r\u00e9cepteur sensitif vis-\u00e0-vis de son excitant sp\u00e9cifique ressemble \u00e0 la loi d\u2019excitabilit\u00e9 \u00e9lectrique g\u00e9n\u00e9rale. C\u2019est-\u00e0-dire que, au-dessous d\u2019une certaine dur\u00e9e d\u2019excitation, la sensation demandera une intensit\u00e9 d\u2019autant plus grande qu\u2019on diminue la dur\u00e9e. Les divers sens diff\u00e8rent entre eux par la valeur de cette dur\u00e9e minima dans l\u2019\u00e9chelle des dur\u00e9es ; il y a des sens rapides comme le tact ou l\u2019audition et des sens lents \u00e0 stimulation chimique parmi lesquels la vue. La sensation \u00e9volue dans le temps ; elle n\u2019atteint son intensit\u00e9 th\u00e9orique correspondant \u00e0 celle de l\u2019excitant qu\u2019apr\u00e8s un d\u00e9lai o\u00f9 elle commence par la d\u00e9passer, puis, \u00e0 la longue, il y a adaptation : la sensation d\u00e9cline, bien que l\u2019excitant se maintienne ; elle peut m\u00eame dispara\u00eetre. Apr\u00e8s suppression de l\u2019excitation, la sensation persiste un certain temps en s\u2019affaiblissant.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">Qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019audition d\u2019un concert ou d\u2019une repr\u00e9sentation cin\u00e9matographique, toujours les conditions chronologiques de nos sensations jouent un r\u00f4le fondamental. Les manifestations du temps sont extraordinairement vari\u00e9es, et c\u2019est sous bien des d\u00e9guisements que le psychophysiologiste, en particulier, doit d\u00e9pister le temps. La port\u00e9e d\u2019un phare \u00e0 \u00e9clipses n\u2019est pas due uniquement, comme on pourrait le croire, \u00e0 la puissance de son feu ; elle diminue si les \u00e9clats deviennent assez brefs : la dur\u00e9e acquiert ici une signification spatiale. Quand deux feux d\u2019in\u00e9gale puissance s\u2019allument, si le plus faible s\u2019allume le premier, il pourra n\u2019\u00eatre per\u00e7u qu\u2019en second.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">Comme tous nos sens, le sens du temps est donc un sens imparfait, tr\u00e8s subjectif, source de nombreuses illusions ; l\u2019\u00eatre vivant en \u00e9volution dans le temps de sa naissance \u00e0 sa mort corrige les indications de son chimisme interne souvent inexactes par la r\u00e9ception des renseignements temporels ext\u00e9rieurs, arrivant ainsi \u00e0 une connaissance du temps suffisante pour les besoins de son existence. N\u2019est-il pas cependant remarquable que le cerveau humain, qui a form\u00e9 ce sens du temps anthropomorphique, arrive, par le raisonnement abstrait, \u00e0 juger sa valeur objective et \u00e0 rechercher ce que doit \u00eatre r\u00e9ellement le temps ?<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\"><b>L\u2019utilisation morale du temps<\/b><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">Notre cerveau primitif nous fournit le sentiment confus (c\u00e9nesth\u00e9sie) de notre dynamisme vital, source de notre sens interne du temps. Notre cerveau no\u00e9tique nous conduit \u00e0 la chronologie plus pr\u00e9cise de nos sensations et \u00e0 la connaissance synth\u00e9tique et culturelle du temps ext\u00e9rieur o\u00f9 nous projetons l\u2019image de notre corps. Notre cerveau pr\u00e9frontal utilise tous ces \u00e9l\u00e9ments pour une vie r\u00e9fl\u00e9chie o\u00f9 le pr\u00e9sent pr\u00e9pare l\u2019avenir d\u2019apr\u00e8s l\u2019exp\u00e9rience du pass\u00e9. La question qui se pose \u00e0 nous est : que faire du temps, comment ne pas le perdre, ce temps pr\u00e9cieux qui ne cesse de s\u2019\u00e9couler avec nous vers des lendemains o\u00f9 nous ne serons plus ? Faut-il regretter le pass\u00e9, faut-il jouir de l\u2019instant qui passe, faut-il se soucier de l\u2019avenir ? Il nous semble que notre r\u00e9flexion sur la signification du temps dans la nature de l\u2019homme fournit la r\u00e9ponse. Le temps est l\u2019\u00e9l\u00e9ment indispensable de notre formation, mais celle-ci ne va pas de soi. Il y a une bonne utilisation du temps qui consiste \u00e0 toujours grandir, m\u00fbrir, s\u2019humaniser, utiliser mieux son cerveau vers plus de conscience et de libert\u00e9, donc se spiritualiser, cette utilisation correcte de la chair dans une asc\u00e8se \u00e9panouissante qui repousse les tentations naturelles de d\u00e9naturation des faciles et fausses spontan\u00e9it\u00e9s qui ne sont qu\u2019inhumain laisser-aller. Il y a une mauvaise utilisation du temps ; c\u2019est celui qui ne sert pas \u00e0 grandir, c\u2019est celui qui nous entra\u00eene \u00e0 diminuer.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">Dans le monde, l\u2019\u00eatre vivant marche \u00e0 contre-courant : il est cr\u00e9ateur d\u2019organisation, il tend \u00e0 diminuer l\u2019entropie qui, dans les transformations physiques, ne fait qu\u2019augmenter, mais ceci dans l\u2019ob\u00e9issance aux lois de la thermodynamique, au prix d\u2019une d\u00e9perdition d\u2019\u00e9nergie. Utiliser le temps \u00e0 favoriser cette progression vers le plus organis\u00e9, c\u2019est l\u2019employer convenablement ; syst\u00e8me destin\u00e9 \u00e0 accro\u00eetre l\u2019organisation, mettre sa volont\u00e9 au service de la d\u00e9sorganisation, c\u2019est cela proprement perdre le temps, son temps, celui de l\u2019humanit\u00e9, celui du monde. D\u00e9veloppant dans une perspective teilhardienne une conception cybern\u00e9tique et thermodynamique de l\u2019utilisation du temps, P. Idatte \u00e9crivait [Cours de l\u2019INSA, Lyon, 1961] : \u00ab Le temps peut se d\u00e9grader&#8230; Tout le probl\u00e8me est de l\u2019organiser et la fa\u00e7on dont ce probl\u00e8me est r\u00e9solu donne son style \u00e0 la vie, sinon un sens. Consid\u00e9rons dans le m\u00eame intervalle de temps un homme actif et un homme inactif par paresse ou par indiff\u00e9rence. Pour ce dernier, le temps s\u2019\u00e9coule en lui sans but et se confond avec une sensation purement c\u00e9nesth\u00e9sique. On peut dire qu\u2019il se contente de vieillir. Pour l\u2019actif, c\u2019est au contraire le rythme m\u00eame de la cr\u00e9ation. Son repos, consciemment ou non, est en lui aussi orient\u00e9. Quand il se repose, c\u2019est en vue de la t\u00e2che \u00e0 faire, m\u00eame si celle-ci n\u2019est pas encore nettement sp\u00e9cifi\u00e9e ; il se repose <i>avant <\/i>l\u2019action. L\u2019indiff\u00e9rent, le paresseux n\u2019agit que quand il le faut et pour pouvoir se reposer <i>apr\u00e8s. <\/i>\u00bb<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">Teilhard de Chardin a d\u00e9fini ce qui est \u00e0 la fois le secret de l\u2019\u00e9quilibre humain et du bonheur, cons\u00e9quence d\u2019une utilisation correcte du cerveau qui y parvient de mieux en mieux \u00e0 mesure qu\u2019il se complexifie (sens de l\u2019\u00e9volution), en m\u00eame temps que r\u00e8gle du dynamisme de maturation de celui qui veut \u00eatre toujours plus homme et plus adulte, plus dans le vrai sens de l\u2019histoire, qui n\u2019est pas un automatisme, mais le difficile devoir de construire une soci\u00e9t\u00e9 personnaliste pour l\u2019\u00e9panouissement des personnes. C\u2019est la triple r\u00e8gle : \u00ab se centrer sur soi, se d\u00e9centrer sur l\u2019autre, se surcentrer sur un plus grand que soi \u00bb.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">Vraie signification du temps dans un univers qui n\u2019est pas cosmos, mais cosmog\u00e9n\u00e8se, o\u00f9 se d\u00e9roule l\u2019\u00e9volution complexifiante de la mati\u00e8re puis de l\u2019humanit\u00e9, que cette route partie du multiple \u00e9ph\u00e9m\u00e8re qui s\u2019achemine vers l\u2019unit\u00e9 durable dans une convergence des \u00e9l\u00e9ments gr\u00e2ce \u00e0 une interattraction de nature affective. Car cette r\u00e8gle s\u2019exprime aussi : <i>\u00eatre d\u2019abord, <\/i>et qu\u2019est-ce qu\u2019\u00eatre, sinon s\u2019aimer, c\u2019est-\u00e0-dire vouloir son bien, son perfectionnement ; ensuite, aimer, le devoir d\u2019amour \u00e9tant la loi de l\u2019\u00e9quilibre social ; et enfin, pour ceux qui acc\u00e8dent jusque-l\u00e0, devoir d\u2019adorer, de reconna\u00eetre la vraie raison pour laquelle l\u2019univers \u00ab charg\u00e9 d\u2019amour dans son \u00e9volution \u00bb monte du multiple vers l\u2019un, dans une mont\u00e9e du temporel \u00e0 l\u2019\u00e9ternel.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">Au moment o\u00f9 science et technique peuvent \u00e0 volont\u00e9 remanier l\u2019homme, o\u00f9 J. Rostand ou A. Huxley marquent leur anxi\u00e9t\u00e9, nous avons le moyen de reconna\u00eetre objectivement le vrai progr\u00e8s \u2014 valeur commune scientifique en dehors de toute position philosophique ou religieuse <i>a priori. <\/i>Progresser, c\u2019est comprendre la signification du temps dans la construction de l\u2019homme qui doit r\u00e9aliser une nature qui est un donn\u00e9 dont toutes les possibilit\u00e9s ne sont pas \u00e9panouies, qui ne doit pas imprudemment la d\u00e9truire. Notre ignorance est la grande cause des d\u00e9s\u00e9quilibres actuels et en particulier de la fatigue nerveuse. Dans l\u2019homme, tout n\u2019est pas statique et pass\u00e9, auquel cas le temps perd sa signification ; mais le temps perd tout autant son sens si on tombe dans l\u2019erreur inverse de nier le donn\u00e9 de la nature et de vouloir baptiser progr\u00e8s tout ce qui bouge. Pour une authentique \u00ab prospective \u00bb, il faut partir de ce qu\u2019est l\u2019homme, de ce qui serait progr\u00e8s et de ce qui serait r\u00e9gression. L\u2019homme doit devenir de mieux en mieux ce qu\u2019il \u00e9tait appel\u00e9 \u00e0 \u00eatre d\u00e8s l\u2019origine, ce qui \u00e9tait dans ses possibilit\u00e9s, s\u2019il est fid\u00e8le \u00e0 la signification de son \u00eatre. En lui la vie acc\u00e8de \u00e0 la conscience r\u00e9fl\u00e9chie, il doit la mettre au service de la mont\u00e9e d\u2019amour, de l\u2019<i>amorisation.<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">Dans un simplisme na\u00eff, nous voulons toujours opposer statique et dynamique, ce qui est et ce qui devient, le temps et l\u2019\u00e9ternit\u00e9 ; la v\u00e9rit\u00e9 comme toujours est dans un niveau sup\u00e9rieur de synth\u00e8se. Nous ne sommes pas dans un dynamisme immanent o\u00f9 tout se transforme sans signification. Nous sommes dans un monde qui a un sens. Sous les changements incessants des atomes qui constituent la mati\u00e8re vivante, nous avons appris \u00e0 voir la forme inchang\u00e9e. Cette forme, elle est impos\u00e9e d\u00e8s l\u2019origine par la structure h\u00e9r\u00e9ditaire. Tout ce qui lui permet de mieux informer est progr\u00e8s, tout ce qui d\u00e9forme et d\u00e9nature est r\u00e9gression. En l\u2019homme, les particules sont la mati\u00e8re, mais la forme, c\u2019est l\u2019esprit qui informe le corps, c\u2019est-\u00e0-dire en fait une unit\u00e9 organis\u00e9e et non une poussi\u00e8re d\u2019atomes. L\u2019esprit transcendant ne devient r\u00e9alit\u00e9 humaine d\u2019ici-bas qu\u2019en s\u2019incarnant, c\u2019est-\u00e0-dire en s\u2019immergeant dans l\u2019immanence, dans la pr\u00e9sence active \u00e0 une organisation. Le transcendant isol\u00e9 est superstructure inutile, l\u2019immanent s\u00e9par\u00e9 se perd dans un dynamisme incoh\u00e9rent ; la v\u00e9rit\u00e9 est dans l\u2019union de l\u2019immanent et du transcendant, non pour faire d\u00e9choir le transcendant, mais pour faire monter l\u2019immanent et lui donner son vrai sens de moyen de spiritualisation.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-FR\" align=\"justify\">Cette dialectique du transcendant et de l\u2019immanent, quand il s\u2019agit du temps, elle s\u2019appelle \u00e9ternit\u00e9 et temporalit\u00e9. Le vrai sens du temps est, par l\u2019information spiritualisante, de nous conduire vers cette stabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9ternel dont nous avons la nostalgie. La bonne utilisation humaine du temps, c\u2019est ainsi de faire m\u00fbrir homme et humanit\u00e9 pour les pr\u00e9parer \u00e0 la gloire, cette superamorisation par le Dieu d\u2019Amour. Perspective de foi, mais qui se base sur une \u0153uvre commune de promotion humaine, ce \u00ab front spirituel commun d\u2019avanc\u00e9e humaine \u00bb que r\u00e9clamait de toute son \u00e2me, pour notre salut charnel et spirituel, temporel et \u00e9ternel, le R. P. Teilhard de Chardin.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous voyons ainsi combien le temps importe \u00e0 la nature de l\u2019homme. Celui-ci, bien plus que l\u2019animal, va en prendre conscience. Mais il ne se rend pas assez compte combien le temps est une r\u00e9alit\u00e9 de sa chair, combien le temps l\u2019a marqu\u00e9 et le marque, contribuant \u00e0 le faire ce qu\u2019il est, assez autre peut-\u00eatre de ce qu\u2019il aurait pu \u00eatre. Le temps, c\u2019est le dynamisme m\u00eame de notre \u00eatre en \u00e9volution constante, c\u2019est la pr\u00e9sence de tout notre pass\u00e9 dans notre pr\u00e9sent, \u00e0 notre insu m\u00eame. 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