{"id":16317,"date":"2014-09-20T13:09:30","date_gmt":"2014-09-20T12:09:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=16317"},"modified":"2014-09-20T13:09:30","modified_gmt":"2014-09-20T12:09:30","slug":"le-protestantisme-a-lecoute-de-lecriture-sainte-par-roger-mehl","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-protestantisme-a-lecoute-de-lecriture-sainte-par-roger-mehl\/","title":{"rendered":"Le protestantisme : A l&rsquo;\u00e9coute de l&rsquo;\u00c9criture sainte par Roger Mehl"},"content":{"rendered":"<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">(Extrait de Les religions. \u00c9d. Marabout 1974)<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000080;\"><span lang=\"zxx\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Roger_Mehl\" target=\"_blank\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i><b>Roger Mehl<\/b><\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/a><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i><b> (1912-1997). Agr\u00e9g\u00e9 de philosophie, docteur en th\u00e9ologie, docteur honoris causa des universit\u00e9s de Glasgow et de B\u00e2le. Professeur \u00e0 la facult\u00e9 de th\u00e9ologie protestante de l&rsquo;universit\u00e9 de Strasbourg, Roger Mehl est nomm\u00e9 successivement doyen, puis doyen honoraire de cette facult\u00e9. Il \u00e9tait le directeur de la Revue d&rsquo;Histoire et de philosophie religieuses, et l&rsquo;auteur de tr\u00e8s nombreux ouvrages. Membre du conseil de la F\u00e9d\u00e9ration protestante de France et du comit\u00e9 central du Conseil \u0153cum\u00e9nique des \u00c9glises, il \u00e9tait charg\u00e9 de la chronique du protestantisme au journal le Monde.<\/b><\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><b>APER\u00c7U HISTORIQUE<\/b><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Le protestantisme, n\u00e9 de la R\u00e9forme du XVIe, ne se pr\u00e9\u00adsente, dans l&rsquo;histoire religieuse de l&rsquo;Occident, ni comme une religion nouvelle ni m\u00eame comme une forme nouvelle de christianisme. Il se veut r\u00e9forme de l&rsquo;\u00c9glise d&rsquo;Occident, r\u00e9forme profonde dans son chef et dans ses membres. Aucune pens\u00e9e schismatique ne pr\u00e9side \u00e0 la naissance du protestantisme. Il s&rsquo;ins\u00e8re dans une longue tradition de r\u00e9forme de l&rsquo;\u00c9glise qui remonte au XIIIe si\u00e8cle. Parmi ses anc\u00eatres, certains furent condamn\u00e9s par l&rsquo;\u00c9glise, d&rsquo;autres ne le firent pas : hussites et vaudois, Savonarole, Pic de La Mirandole connurent des pers\u00e9cutions, mais saint Bernard, dont on n&rsquo;est plus \u00e0 souligner la parent\u00e9 avec Luther <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\"><sup>1<\/sup><\/a>, malgr\u00e9 ses attaques contre \u00ab l&rsquo;envahissante et d\u00e9j\u00e0 lourde monarchie du Saint-Si\u00e8ge \u00bb, v\u00e9cut calmement dans l&rsquo;\u00c9glise. Si la R\u00e9forme aboutit finalement \u00e0 la constitution d&rsquo;\u00c9glises s\u00e9par\u00e9es, le fait est d\u00fb \u00e0 la fois au caract\u00e8re global des r\u00e9formes propos\u00e9es et \u00e0 la conjoncture eccl\u00e9siastique et politi\u00adque. \u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 le conflit entre la papaut\u00e9 et les Souverains temporels prenait des proportions redoutables et o\u00f9 certains de ces derniers, pour des raisons diverses, soute\u00adnaient les r\u00e9formateurs, la cassure ne pouvait manquer de se produire.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Il ne faut pas voir la R\u00e9forme comme un mouvement organis\u00e9, longuement concert\u00e9, qui aurait eu un plan strat\u00e9gique et des chefs. Elle a \u00e9clat\u00e9 de fa\u00e7on spontan\u00e9e et m\u00eame anarchique, r\u00e9pondant \u00e0 un besoin spirituel qui travaillait toutes les couches de la population europ\u00e9enne. Beaucoup voulaient, voire exigeaient, des r\u00e9formes. Tous n&rsquo;\u00e9taient pas d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 aller jusqu&rsquo;au bout de ces r\u00e9formes. Personne ne se voulait schismatique. On se voulait <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">\u00e9vang\u00e9lique au<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"> sein de l\u2019\u00c9glise une. Aussi, vers les ann\u00e9es 1520, \u00e9tait-il bien difficile de dire qui \u00e9tait protestant et qui ne l&rsquo;\u00e9tait pas. Aussi bien les partisans des r\u00e9formateurs ne portaient-ils pas d&rsquo;autres noms que ceux que l&rsquo;opinion publique leur donna. On les appelait luth\u00e9riens, bibliens, \u00e9vang\u00e9liques, ou, comme en France, hu\u00adguenots (terme dont l&rsquo;origine est obscure et contest\u00e9e). Le terme de \u00ab protestant \u00bb fit son apparition assez tardivement et par accident. Il fut d&rsquo;abord utilis\u00e9 par les catholiques. Lors de la Di\u00e8te de Spire (1529), une protestation fut \u00e9lev\u00e9e, par un certain nombre de d\u00e9l\u00e9gations d\u2019\u00c9tats de l&rsquo;Empire pass\u00e9s \u00e0 la R\u00e9forme, contre le fait que les minorit\u00e9s religieuses \u00e9taient opprim\u00e9es par les d\u00e9cisions de la majorit\u00e9. La phrase essentielle de cette protestation \u00e9tait ainsi con\u00e7ue : \u00ab Lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de l&rsquo;honneur de Dieu ou du salut des \u00e2mes, chacun est en face de Dieu et n&rsquo;a de compte \u00e0 rendre qu&rsquo;\u00e0 Dieu seul. \u00bb<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Les d\u00e9fenseurs de cette protestation furent affubl\u00e9s du nom de \u00ab protestants \u00bb. Ce terme finit par s&rsquo;imposer encore qu&rsquo;il ne soit pas universellement utilis\u00e9 aujourd&rsquo;hui : les Alle\u00admands lui pr\u00e9f\u00e8rent aujourd&rsquo;hui encore celui d&rsquo;\u00ab \u00e9vang\u00e9li\u00adques \u00bb et une partie importante de l&rsquo;anglicanisme le r\u00e9cuse. En revanche, certaines confessions religieuses n\u00e9es bien apr\u00e8s le si\u00e8cle de la R\u00e9forme (baptisme, m\u00e9thodisme) revendiquent volontiers leur appartenance au protestantisme. Ce concept, m\u00eame lorsqu&rsquo;il n&rsquo;est pas utilis\u00e9 par les \u00c9glises, est devenu le terme g\u00e9n\u00e9rique qui d\u00e9signe toutes les d\u00e9nominations qui trouvent dans la R\u00e9forme leur origine spirituelle, sinon historique.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Il est difficile de retracer sommairement l&rsquo;histoire de la R\u00e9forme, d&rsquo;abord parce qu&rsquo;elle a pris dans divers pays des formes diff\u00e9rentes (notamment en Allemagne, en France et en Angleterre), ensuite parce que les \u00e9v\u00e9nements qui la consti\u00adtuent sont loin d&rsquo;\u00eatre purement religieux. La R\u00e9forme a interf\u00e9r\u00e9 avec des mouvements politiques et sociaux ; l&rsquo;action des princes et des souverains a doubl\u00e9, appuy\u00e9 ou, au contraire, contrecarr\u00e9 celle des r\u00e9formateurs. C&rsquo;est ainsi que les conflits entre Charles Quint et Fran\u00e7ois Ier, l&rsquo;alliance de ce dernier avec les princes luth\u00e9riens d&rsquo;Allemagne ont eu pour cons\u00e9quence une certaine bienveillance initiale de Fran\u00e7ois Ier \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des protestants fran\u00e7ais, tandis qu&rsquo;ils provoqu\u00e8rent en Allemagne, d\u00e8s la mort de Luther en 1546, un affronte\u00adment entre l&#8217;empereur et la ligue de d\u00e9fense des princes luth\u00e9riens. La r\u00e9volte des chevaliers en Allemagne (1522\u00ad-1523) et surtout celle des paysans (1524-1525) sont des \u00e9v\u00e9nements qui ne sont pas sans rapports avec la R\u00e9forme, bien que les r\u00e9formateurs ne les aient pas soutenus et qu&rsquo;ils soient plus sociaux et politiques que religieux.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Les humanistes cr\u00e9ent un climat favorable<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Nous nous attacherons donc presque exclusivement \u00e0 d\u00e9crire la gen\u00e8se spirituelle de la R\u00e9forme, en renvoyant, pour une \u00e9tude globale du mouvement, \u00e0 des ouvrages sp\u00e9cialis\u00e9s <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\"><sup>2<\/sup><\/a>. L&rsquo;arri\u00e8re-plan de la R\u00e9forme est constitu\u00e9 par la profonde inqui\u00e9tude qui impr\u00e9gnait les \u00e2mes dans toutes les classes sociales : cette inqui\u00e9tude gravitait autour du probl\u00e8me du salut et de la certitude du salut. Elle plongeait ses racines dans tous les mouvements religieux et mystiques des deux si\u00e8cles pr\u00e9c\u00e9dents. \u00c0 cette qu\u00eate d&rsquo;une certitude, caract\u00e9risti\u00adque des \u00e9poques troubl\u00e9es, s&rsquo;ajoutait une critique de l&rsquo;institu\u00adtion et des pratiques eccl\u00e9siastiques : cote mal taill\u00e9e des rapports entre la papaut\u00e9 et les souverains (le concordat fran\u00e7ais de 1516 en offre un bel exemple), non-r\u00e9sidence des pr\u00e9lats absorb\u00e9s par des activit\u00e9s de cour, des activit\u00e9s mili\u00adtaires ou diplomatiques, caract\u00e8re dissolu des m\u0153urs du haut clerg\u00e9, inculture du bas clerg\u00e9, trafic des b\u00e9n\u00e9fices eccl\u00e9siastiques, conflits d&rsquo;autorit\u00e9 entre les \u00e9v\u00eaques et les moines, commercialisation des indulgences, etc.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Inqui\u00e9tude et m\u00e9contentement auraient pu prendre des formes diverses et ne pas aboutir \u00e0 une r\u00e9forme, s&rsquo;ils n&rsquo;avaient \u00e9t\u00e9, en quelque sorte, canalis\u00e9s par la grande diffu\u00adsion des \u00e9crits bibliques et patristiques, rendue possible par l&rsquo;invention de l&rsquo;imprimerie, mais aussi par le travail patient des humanistes qui avaient suscit\u00e9 un mouvement de retour aux sources. Les \u00e9ditions originales, les traductions et les commentaires ont s\u00fbrement contribu\u00e9 au souci de puret\u00e9 \u00e9vang\u00e9lique. Bien que de nombreux humanistes n&rsquo;aient pas suivi les r\u00e9formateurs (qu&rsquo;on pense \u00e0 \u00c9rasme ou \u00e0 Lef\u00e8vre d&rsquo;Etaples) et s&rsquo;en soient tenus \u00e0 une docte pi\u00e9t\u00e9 personnelle, le mouvement humaniste a port\u00e9 la R\u00e9forme dans son sein et a cr\u00e9\u00e9 ce climat de pr\u00e9-r\u00e9forme, d\u00e9crit par Augustin Renan\u00addet <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\"><sup>3<\/sup><\/a>.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">On convient ordinairement de dater de 1517 le d\u00e9but du mouvement r\u00e9formateur. C&rsquo;est en effet le 31 octobre 1517 que Luther, conform\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;usage de l&rsquo;\u00e9poque et \u00e0 la pratique des \u00ab disputations \u00bb publiques, fit afficher \u00e0 la porte de la chapelle du ch\u00e2teau de Wittenberg, ses quatre-vingt-quinze th\u00e8ses qui avaient non pour objet, mais pour occasion, la querelle des Indulgences. Pour financer la construction de Saint-Pierre de Rome, le pape L\u00e9on X avait d\u00e9cid\u00e9 qu&rsquo;une indulgence serait accord\u00e9e \u00e0 tous les g\u00e9n\u00e9reux donateurs. Une grande banque d&rsquo;Augsbourg se chargea de centraliser ces dons et le moine Tetzel se d\u00e9cha\u00eena \u00e0 travers l&rsquo;Allemagne dans une campagne de propagande tout \u00e0 fait <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">\u00e9hont\u00e9e. Mais il<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"> est bien \u00e9vident que l&rsquo;affaire des Indulgences fut seulement une occasion. Aussi bien le contenu des quatre-vingt-quinze th\u00e8ses le prouve-t-il abondamment. C&rsquo;est toute une doctrine de la vraie contrition qu&rsquo;y d\u00e9veloppe Martin Luther, et l&rsquo;opposant \u00e0 cette pseudo-contrition que constitue l&rsquo;achat d&rsquo;une indulgence. Si toute la vie du chr\u00e9tien doit \u00eatre p\u00e9nitence, c&rsquo;est bien que le p\u00e9ch\u00e9 constitue un mal radical qui atteint l&rsquo;homme dans sa nature. Sans mettre en cause l&rsquo;existence de la papaut\u00e9, Luther pose n\u00e9anmoins la question du pouvoir spirituel du pape et de ses limites.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>La gr\u00e2ce de Dieu r\u00e9sout seule le probl\u00e8me du salut<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">D\u00e8s 1517, la doctrine de Luther, si elle n&rsquo;est pas achev\u00e9e, pourtant d\u00e9j\u00e0 pris forme gr\u00e2ce \u00e0 ses travaux ant\u00e9rieurs. La grande question qui domine sa pens\u00e9e et son exigence est depuis longtemps, celle du salut : \u00ab Comment trouverai-je gr\u00e2ce devant Dieu ? \u00bb \u00ab Comment rencontrerai-je le Dieu de gr\u00e2ce. ? \u00bb L&rsquo;exp\u00e9rience personnelle de Luther lui a appris que, malgr\u00e9 tous ses efforts, malgr\u00e9 tous les exercices de pi\u00e9t\u00e9 et de mortification \u2013 et Luther fut un moine tr\u00e8s s\u00e9rieux \u2013 le p\u00e9ch\u00e9 ne cessait de le hanter et de ronger sa certitude du salut. \u00ab Je croyais, \u00e9crira-t-il lui-m\u00eame, qu&rsquo;il me fallait faire des bonnes \u0153uvres, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que le Christ me f\u00fbt par elles rendu favorable. \u00bb Le th\u00e9ologien Gabriel Biel, qui jouissait alors d&rsquo;une grande autorit\u00e9, n&rsquo;enseignait-il pas que l&rsquo;homme incline sa volont\u00e9 au <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">bien et<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"> cr\u00e9e en lui-m\u00eame et par lui-m\u00eame les dispositions n\u00e9cessaires pour recevoir la gr\u00e2ce ?<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Le Christ apparaissait \u00e0 Luther comme un juge s\u00e9v\u00e8re et impitoyable. Bien que Luther ait trouv\u00e9 aupr\u00e8s de son sup\u00e9\u00adrieur Staupitz un encouragement \u00e0 ne pas s&rsquo;ab\u00eemer dans des scrupules excessifs, le probl\u00e8me restait, pour lui, entier. Lors\u00adque, promu docteur, il dut se consacrer \u00e0 l&rsquo;enseignement, ses recherches le port\u00e8rent plut\u00f4t vers la Bible que vers les scolastiques. Et, brusquement, il d\u00e9couvrit, sans doute \u00e0 l&rsquo;occasion de son cours sur les \u00ab Psaumes \u00bb, vers 1513, que la justice de Dieu n&rsquo;est pas une notion r\u00e9pressive, mais que c&rsquo;est la justice que Dieu donne gratuitement \u00e0 l&rsquo;homme, la justice par laquelle l&rsquo;homme est justifi\u00e9.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>La foi, non le m\u00e9rite, est une gr\u00e2ce qui justifie<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Cette conception s&rsquo;opposait enti\u00e8rement \u00e0 celle qui \u00e9tait commun\u00e9ment enseign\u00e9e, \u00e0 savoir que Dieu ne couronne que les m\u00e9rites que nous avons acquis avec l&rsquo;aide de sa gr\u00e2ce. Cette d\u00e9couverte de la justification inconditionnelle de Dieu constitue le c\u0153ur m\u00eame de toute l\u2019\u0153uvre th\u00e9ologique de la R\u00e9forme. Seule la foi reconna\u00eet cette justice de Dieu. Elle est essentiellement confiance. Elle donne raison \u00e0 Dieu, m\u00eame quand celui-ci ch\u00e2tie. En donnant ainsi raison \u00e0 Dieu, nous agissons comme lui, et nous nous s\u00e9parons de notre p\u00e9ch\u00e9. Mais cette foi, par laquelle nous reconnaissons la justice de Dieu, n&rsquo;est pas notre \u0153uvre. Elle aussi est don de Dieu. Il restait \u00e0 Luther \u00e0 d\u00e9couvrir le r\u00f4le central du Christ dans l\u2019\u0153uvre de justification (sa doctrine \u00e9tait, \u00e0 l&rsquo;origine, beau\u00adcoup plus th\u00e9ocentrique que christocentrique), \u00e0 pr\u00e9ciser, en relation avec la christologie, la fonction de l\u2019\u00c9criture, \u00e0 d\u00e9finir l\u2019\u00c9glise d&rsquo;une fa\u00e7on toute nouvelle et \u00e0 donner corps \u00e0 cet ensemble de d\u00e9couvertes qui, pendant de longues ann\u00e9es, ne lui sugg\u00e9r\u00e8rent en aucune fa\u00e7on la d\u00e9cision de se s\u00e9parer de Rome. Ce sera l\u2019\u0153uvre des ann\u00e9es 1515-1520, p\u00e9riode qu&rsquo;on peut appeler avec Henri Strohl <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\"><sup>4<\/sup><\/a>, la p\u00e9riode de l&rsquo;\u00e9pa\u00adnouissement et qui est essentiellement marqu\u00e9e par le cours que Luther consacra \u00e0 l&rsquo;\u00ab \u00c9p\u00eetre aux Romains \u00bb, cours dont le manuscrit n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvert qu&rsquo;en 1899.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Luther ne veut pas d&rsquo;un schisme, mais Rome l&rsquo;excommunie<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Il est donc permis d&rsquo;affirmer que lorsque \u00e9clata l&rsquo;affaire des Indulgences, en 1517, la seule question des abus et des r\u00e9formes partielles \u00e9tait depuis longtemps d\u00e9pass\u00e9e dans la pens\u00e9e de Luther. Il s&rsquo;agissait \u00e0 ses yeux du centre m\u00eame de la doctrine chr\u00e9tienne. Mais l&rsquo;affaire des Indulgences devait avoir un grand retentissement et des prolongements qui abou\u00adtirent \u00e0 l&rsquo;excommunication de Luther en 1520 et \u00e0 sa mise au ban de l&#8217;empire en 1521. Prot\u00e9g\u00e9 par l&rsquo;\u00e9lecteur de Saxe, Luther trouva refuge au ch\u00e2teau de la Wartbourg pendant un an. Cette r\u00e9clusion forc\u00e9e lui permit de r\u00e9aliser la traduction de la Bible en allemand, traduction, dans son ensemble, toujours valable et qui constitue un moment d\u00e9cisif dans la fixation de l&rsquo;allemand comme langue litt\u00e9raire. D&rsquo;autres \u00e9crits, qui datent de 1520 et que les historiens allemands appellent \u00ab les grands \u00e9crits r\u00e9formateurs \u00bb, ont contribu\u00e9 \u00e0 diffuser les id\u00e9es de la R\u00e9forme et \u00e0 fixer les principaux traits de la doctrine \u00e9vang\u00e9lique.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Cette diffusion fut extr\u00eamement rapide, tant en Allemagne qu&rsquo;en dehors de l&rsquo;Allemagne. Petits trait\u00e9s, cantiques, chan\u00adsonnettes populaires furent souvent les instruments de cette diffusion. En 1522, l&rsquo;Allemagne est divis\u00e9e en deux camps et de nombreux \u00c9tats vont passer \u00e0 la R\u00e9forme (Palatinat, Saxe, Brandebourg, Hesse) ainsi que de nombreuses villes libres. Bien qu&rsquo;il y ait eu en France une certaine pr\u00e9paration des esprits, en particulier gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 du groupe de Meaux autour de l&rsquo;\u00e9v\u00eaque Bri\u00e7onnet <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\"><sup>5<\/sup><\/a> et de Lef\u00e8vre d&rsquo;Etaples et \u00e0 la pr\u00e9dication de nombreux moines, on ne peut s&#8217;emp\u00eacher d&rsquo;\u00eatre frapp\u00e9 par la rapidit\u00e9 avec laquelle les \u00e9crits luth\u00e9riens p\u00e9n\u00e9tr\u00e8rent en France et furent connus m\u00eame dans les mi\u00adlieux populaires <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\"><sup>6<\/sup><\/a>.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Cependant, tout le monde \u2013 Luther et son entourage en premier lieu \u2013 mettait son espoir dans la convocation d&rsquo;un concile qui ferait dispara\u00eetre les abus et rendrait \u00e0 la doc\u00adtrine son visage \u00e9vang\u00e9lique. Les dissensions entre l&#8217;empereur et le pape, les guerres continuelles entre Fran\u00e7ois Ier et Char\u00adles Quint ne permirent pas la r\u00e9union de ce concile. Quand, enfin, il put se r\u00e9unir \u00e0 Trente, en 1545, il \u00e9tait trop tard et il ne put \u00eatre que le concile de la Contre-R\u00e9forme. Le raidis\u00adsement qui le caract\u00e9risa fut la pr\u00e9face aux guerres de religion qui allaient ensanglanter l&rsquo;Europe.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Jean Calvin entre en sc\u00e8ne<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Si la France \u00e9tait elle aussi sollicit\u00e9e par les courants r\u00e9forma\u00adteurs, la R\u00e9forme fran\u00e7aise fut plus tardive que l&rsquo;allemande. Il lui manquait un chef de file pour se cristalliser. Elle le trouva en la personne de Jean Calvin. Lui aussi fut tributaire des id\u00e9es de Luther ainsi que de l&rsquo;\u00e9tude de la Bible, dont son cousin Olivetan avait entrepris la traduction. C&rsquo;est dans les universit\u00e9s d&rsquo;Orl\u00e9ans et de Bourges que Calvin, qui y \u00e9tudiait le droit, fut mis en contact avec les courants r\u00e9formateurs. Bien qu&rsquo;il ait laiss\u00e9 fort peu de confidences sur sa vie personnelle, on s&rsquo;accorde \u00e0 fixer \u00e0 1534 l&rsquo;ann\u00e9e de son passage \u00e0 la R\u00e9forme. D\u00e9j\u00e0 le pays \u00e9tait plein d&rsquo;\u00e9vang\u00e9liques. L&rsquo;\u00ab affaire des Placards \u00bb (1534), le discours du recteur Cop \u2013 dont il est possible que Calvin soit le v\u00e9ritable auteur \u2013 l&rsquo;oblig\u00e8rent \u00e0 chercher refuge \u00e0 B\u00e2le, ville d\u00e9j\u00e0 gagn\u00e9e \u00e0 la \u00ab cause \u00bb. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il publia le ma\u00eetre livre qui devait donner sa charte et sa structure th\u00e9ologiques aux \u00c9glises r\u00e9form\u00e9es : l&rsquo;\u00ab <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>institution de la Religion chr\u00e9tienne<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00bb (1536). La solidit\u00e9 de l&rsquo;argumentation, la rigueur de la d\u00e9duction, la parfaite connaissance de l\u2019\u00c9criture et d&rsquo;un grand nombre de P\u00e8res de l&rsquo;\u00c9glise assur\u00e8rent le succ\u00e8s de ce livre que Calvin ne cessa de remettre en chantier et qui connut de multiples \u00e9ditions. Bien que r\u00e9dig\u00e9e en latin, la premi\u00e8re \u00e9dition fut rapidement \u00e9puis\u00e9e, une seconde \u00e9dition amplifi\u00e9e parut en 1539 ; la traduction fran\u00e7aise date de 1541. Une nouvelle \u00e9dition parut en 1543 et une traduction fran\u00e7aise en 1545. L&rsquo;\u00e9dition de 1550 fut elle aussi suivie d&rsquo;une traduction en 1551. Enfin, l&rsquo;ouvrage prit en 1559 sa forme d\u00e9finitive (traduction en 1560).<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">L&rsquo;\u00ab Institution \u00bb de 1536 n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un cat\u00e9chisme d\u00e9ve\u00adlopp\u00e9. Mais il attira aussit\u00f4t l&rsquo;attention sur Calvin et, bien que celui-ci par\u00fbt d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 se consacrer \u00e0 ses \u00e9tudes dans le calme de B\u00e2le, il ne put r\u00e9sister \u00e0 l&rsquo;appel pressant de Guillaume Farel qui avait introduit la R\u00e9forme \u00e0 Gen\u00e8ve et qui lui demandait son concours pour \u00ab dresser \u00bb l\u2019\u00c9glise. Le schisme \u00e9tant consomm\u00e9, du fait de l&rsquo;incapacit\u00e9 de l\u2019\u00c9glise catholique romaine \u00e0 se r\u00e9former, la phase d&rsquo;organisation s&rsquo;imposait au protestantisme. Calvin \u00e9tait un organisateur. Il concevait sa t\u00e2che comme l&rsquo;\u00e9dification d&rsquo;une communaut\u00e9, guid\u00e9e, dans sa pens\u00e9e et dans ses actes, par la seule Parole de Dieu, dont le remarquable ex\u00e9g\u00e8te qu&rsquo;il \u00e9tait savait admirablement mon\u00adtrer la coh\u00e9rence.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>\u00c0 Strasbourg, puis \u00e0 Gen\u00e8ve, la R\u00e9forme s&rsquo;organise<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Calvin ne resta que deux ans \u00e0 Gen\u00e8ve (1536-1538). Le magistrat de la ville n&rsquo;\u00e9tait pas pr\u00eat \u00e0 accepter toutes les exigences d&rsquo;une r\u00e9forme v\u00e9ritable. Expuls\u00e9 en 1538 avec Farel, il se rendit \u00e0 Strasbourg, o\u00f9, sous l&rsquo;influence de Martin Bucer, de Matthieu Zell et de Capiton, la R\u00e9forme avait triomph\u00e9 et la messe fut officiellement abolie en 1529.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Ce s\u00e9jour de trois ans (1538-1541) fut d\u00e9cisif pour l&rsquo;\u00e9volu\u00adtion de Calvin. Non seulement il fut le premier pasteur de la communaut\u00e9 des r\u00e9fugi\u00e9s fran\u00e7ais, mais il enseigna la th\u00e9olo\u00adgie \u00e0 la Haute \u00c9cole fond\u00e9e en 1538 et dirig\u00e9e par Jean Sturm, humaniste et p\u00e9dagogue qui avait enseign\u00e9 au Coll\u00e8ge de France. Au contact de Bucer, esprit pond\u00e9r\u00e9 et concilia\u00adteur, soucieux de donner au culte nouveau une ordonnance liturgique, Calvin mit au point ses id\u00e9es sur le culte et la discipline de l\u2019\u00c9glise. Rappel\u00e9 \u00e0 Gen\u00e8ve en 1541, il ne devait plus quitter cette ville jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort en 1564. Son minist\u00e8re y fut marqu\u00e9 par la publication des Ordonnances eccl\u00e9siasti\u00adques qui confiaient le gouvernement de l\u2019\u00c9glise \u00e0 un conseil, dit consistoire, groupant des pasteurs et des la\u00efcs (Anciens). Ce consistoire \u00e9tait ind\u00e9pendant des autorit\u00e9s politiques. Loin d&rsquo;\u00eatre, comme on l&rsquo;a trop souvent r\u00e9p\u00e9t\u00e9, une th\u00e9ocratie, la Gen\u00e8ve de Calvin est caract\u00e9ris\u00e9e par une nette s\u00e9paration entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel. En 1559, fut fond\u00e9e l&rsquo;Acad\u00e9mie de Gen\u00e8ve, confi\u00e9e \u00e0 la direction de Th\u00e9odore de B\u00e8ze et qui fut \u00e0 la fois une \u00e9cole secondaire et une facult\u00e9 de th\u00e9ologie. Fondation sans doute un peu tar\u00addive, car elle ne put assurer suffisamment \u00e0 temps la forma\u00adtion des \u00ab ministres \u00bb dont le protestantisme fran\u00e7ais avait un besoin urgent. Elle n&rsquo;en connut pas moins un immense rayonnement <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\"><sup>7<\/sup><\/a>. La t\u00e2che essentielle de Calvin fut une t\u00e2che pastorale : la pr\u00e9dication, l&rsquo;explication de la Bible, la forma\u00adtion du corps pastoral, la surveillance des m\u0153urs (exerc\u00e9e avec une grande autorit\u00e9) occup\u00e8rent la plus grande partie de son temps. Mais Calvin \u00e9tait en m\u00eame temps devenu le guide et le conseiller de toutes les \u00c9glises qui se r\u00e9clamaient du type de R\u00e9forme qu&rsquo;il incarnait, en Suisse, en France, aux Pays-Bas, en \u00c9cosse o\u00f9 la R\u00e9forme \u00e9tait dirig\u00e9e par un de ses disciples, John Knox. En m\u00eame temps, il entretenait une correspondance suivie avec les principaux th\u00e9ologiens de l&rsquo;\u00e9poque. Il pol\u00e9miquait avec des th\u00e9ologiens catholiques (en particulier Sadolet). Il avait sp\u00e9cialement \u00e0 c\u0153ur le sort du protestantisme fran\u00e7ais et joua un r\u00f4le diplomatique non n\u00e9gligeable. L&rsquo;afflux des r\u00e9fugi\u00e9s fran\u00e7ais \u00e0 Gen\u00e8ve le con\u00adtraignit \u00e0 s&rsquo;occuper de l&rsquo;implantation de nouvelles industries et ses vues sur l&rsquo;\u00e9conomie t\u00e9moignent d&rsquo;une grande compr\u00e9\u00adhension des transformations \u00e9conomiques qui s&rsquo;\u00e9bauchaient <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote8sym\" name=\"sdfootnote8anc\"><sup>8<\/sup><\/a>.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Sous son influence et celle de Bucer, l\u2019\u00c9glise d&rsquo;Angleterre, issue du conflit d&rsquo;Henri VIII avec Rome, qui repr\u00e9sentait simplement un \u00ab gallicanisme radical <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote9sym\" name=\"sdfootnote9anc\"><sup>9<\/sup><\/a> \u00bb, prit une orientation doctrinale protestante tr\u00e8s visible dans les \u00ab Quarante-Deux Articles \u00bb de 1553 et dans la seconde \u00e9dition du \u00ab <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Book of Common Prayer<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00bb, affaiblie, mais encore r\u00e9elle, dans la \u00ab via media \u00bb choisie par la reine \u00c9lisabeth.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Le mouvement gagne l&rsquo;Europe<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">La R\u00e9forme de type calvinien s&rsquo;\u00e9tendit \u00e0 une partie de la Suisse, \u00e0 la France, \u00e0 la Hongrie, aux Pays-Bas, tandis que le type luth\u00e9rien pr\u00e9domina en Allemagne, dans les pays scandinaves, qui pass\u00e8rent en bloc \u00e0 la R\u00e9forme sans apporter de grandes modifications \u00e0 l&rsquo;organisation, \u00e0 la hi\u00e9rarchie de l\u2019\u00c9glise et \u00e0 la forme ext\u00e9rieure du culte. En Suisse, et notamment \u00e0 Zurich, pr\u00e9domina un type de r\u00e9forme particu\u00adlier inspir\u00e9 par Ulrich Zwingli. Sa doctrine ne se diff\u00e9rencie de celles des autres r\u00e9formateurs que sur deux points. D&rsquo;une part, il tient plus fortement que Luther et Calvin \u00e0 l&rsquo;alliance intime entre le pouvoir civil, qu&rsquo;il veut r\u00e9publicain, et le gouvernement de l\u2019\u00c9glise. D&rsquo;autre part, il met en relief le caract\u00e8re comm\u00e9moratif de la c\u00e9l\u00e9bration eucharistique et a tendance \u00e0 faire de la pr\u00e9sence du Christ un symbole plus qu&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Les pays m\u00e9diterran\u00e9ens ne rest\u00e8rent pas en dehors du mouvement de la R\u00e9forme ; non seulement le Midi de la France fut en grande partie gagn\u00e9 au mouvement, mais l&rsquo;Italie, en dehors d&rsquo;anciennes communaut\u00e9s vaudoises instal\u00adl\u00e9es au Pi\u00e9mont, eut ses r\u00e9formateurs plus ou moins avou\u00e9s \u2013 la noblesse elle-m\u00eame fut attir\u00e9e par la R\u00e9forme \u2013, mais l&rsquo;Inquisition r\u00e9ussit, pour longtemps, \u00e0 enrayer les progr\u00e8s du mouvement. Il en fut de m\u00eame en Espagne o\u00f9 les \u00e9crits de Luther se r\u00e9pandirent d\u00e8s 1519, mais o\u00f9 l&rsquo;Inquisition et, plus profond\u00e9ment, le mouvement d\u00e9clench\u00e9 par Ignace de Loyola leur oppos\u00e8rent un barrage d\u00e9cisif.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Des divergences doctrinales opposent les r\u00e9formateurs<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">La R\u00e9forme se propagea dans l&rsquo;Europe \u00e0 partir de centres multiples. Chacun de ces centres est caract\u00e9ris\u00e9 par le nom d&rsquo;un r\u00e9formateur et l&rsquo;accent particulier donn\u00e9 \u00e0 la doctrine par ce r\u00e9formateur. Dans ces conditions et \u00e9tant donn\u00e9 les cloisonnements politiques de l&rsquo;Europe, la R\u00e9forme pouvait-elle conserver son unit\u00e9 ? Si la premi\u00e8re vague fut manifeste\u00adment luth\u00e9rienne, les diff\u00e9renciations ne tard\u00e8rent pas \u00e0 na\u00ee\u00adtre. Elles apparurent dans la mouvance m\u00eame de Luther : son ami M\u00e9lanchthon \u00e9tait plus port\u00e9 que lui \u00e0 la conciliation plus pr\u00eat que lui \u00e0 tenir compte de la composante humaniste qui avait caract\u00e9ris\u00e9 la pr\u00e9r\u00e9forme. Mais les grandes opposi\u00adtions se manifest\u00e8rent \u00e0 propos de l&rsquo;interpr\u00e9tation de la pr\u00e9sence du Christ dans l&rsquo;eucharistie. Entre Luther, qui, tout en rejetant le dogme catholique de la transsubstantiation, professait que le Christ, sous ses deux natures, \u00e9tait pr\u00e9sent dans, avec et sous les esp\u00e8ces, sans qu&rsquo;il y ait transformation de celles-ci (doctrine de la consubstantiation), et Calvin, qui enseignait que le Christ, \u00e9lev\u00e9 \u00e0 la droite de Dieu, ne pouvait \u00eatre pr\u00e9sent dans la C\u00e8ne que par la puissance du Saint-Esprit (doctrine dite de la pr\u00e9sence spirituelle), un accord \u00e9tait sans doute possible. Il \u00e9tait beaucoup plus difficile entre Luther et Zwingli. Cependant, conscients de l&rsquo;unit\u00e9 de vis\u00e9e du mouvement, les r\u00e9formateurs s&rsquo;efforc\u00e8rent de surmonter les difficult\u00e9s. Bucer et Calvin poursuivirent inlassablement les tentatives de conciliation pendant toute leur vie.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>La R\u00e9forme tend vers l&rsquo;unit\u00e9&#8230;<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">La plus c\u00e9l\u00e8bre des tentatives faites pour assurer l&rsquo;unit\u00e9 de la R\u00e9forme est cependant ant\u00e9rieure \u00e0 l&rsquo;action de Calvin. C&rsquo;est le colloque de Marbourg (1529). R\u00e9uni \u00e0 la demande de Philippe de Hesse, soucieux de l&rsquo;unit\u00e9 doctrinale de la R\u00e9forme, mais \u00e9galement de la constitution d&rsquo;un front commun contre Rome et contre l&rsquo;Empire, ce colloque difficile r\u00e9unit des hommes comme Luther et M\u00e9lanchthon, Zwingli et OEcolampade, Bucer et Johannes Sturm. Il s&rsquo;agissait de r\u00e9gler le contentieux entre Wittenberg et Zurich. Le colloque a \u00e9t\u00e9 souvent pr\u00e9sent\u00e9 comme un \u00e9chec. En r\u00e9alit\u00e9, il ne le fut pas, puisque l&rsquo;accord se r\u00e9alisa sur quatorze des quinze articles r\u00e9dig\u00e9s et qu&rsquo;en ce qui concerne le quinzi\u00e8me, relatif \u00e0 la sainte C\u00e8ne, il comporte, lui aussi, une part importante d&rsquo;accord. Seule la question de savoir \u00ab si le vrai corps et le vrai sang du Christ sont corporellement dans le pain et dans le vin \u00bb divise les participants et continuera \u00e0 cr\u00e9er des difficult\u00e9s au cours de l&rsquo;histoire du protestantisme. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;en cette fin du XXe si\u00e8cle que la querelle eucharistique semble avoir trouv\u00e9 une solution.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>&#8230;mais des sectes apparaissent<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">En revanche, la R\u00e9forme manifestera un front uni \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de tous les mouvements lat\u00e9raux qui n&rsquo;ont cess\u00e9 de l&rsquo;accom\u00adpagner, mouvements mystiques et visionnaires, qui accentuent la doctrine du Saint-Esprit et estiment que le Saint-Esprit peut apporter aux fid\u00e8les des r\u00e9v\u00e9lations nouvelles, mouvements mill\u00e9naristes et de r\u00e9volution sociale (radicalisme de Carlstadt, mysticisme socialiste de Thomas Munzer), anabaptisme pr\u00e9occup\u00e9 de cr\u00e9er une \u00c9glise de purs, de professants qui excluent le bapt\u00eame des enfants. Luther aussi bien que Calvin t\u00e9moign\u00e8rent d&rsquo;une grande s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de ceux qu&rsquo;ils appelaient les \u00ab Schw\u00e4rmer \u00bb, les enthousiastes ou les fanatiques. Cependant, avec des fortunes diverses, et des formes renouvel\u00e9es, ces mouvements n&rsquo;en ont pas moins continu\u00e9 \u00e0 vivre, \u00e0 constituer, pour le protestan\u00adtisme officiel et \u00e9tabli, un correctif permanent. Sans qu&rsquo;il soit possible ici d&rsquo;\u00e9tablir avec pr\u00e9cision des filiations historiques, il convient de signaler qu&rsquo;au cours de son histoire le protestan\u00adtisme s&rsquo;est enrichi de d\u00e9nominations nouvelles, non confor\u00admistes, qui, apr\u00e8s \u00eatre apparues comme des sectes, sont devenues de grandes \u00c9glises protestantes, en particulier en Am\u00e9rique du Nord : au XVIIe si\u00e8cle, c&rsquo;est l&rsquo;apparition du baptisme, h\u00e9ritier de la tradition anabaptiste et qui connut \u00e0 partir du XVIIIe si\u00e8cle une expansion remarquable ; au XVIIe si\u00e8cle \u00e9galement, c&rsquo;est le congr\u00e9gationalisme qui, luttant con\u00adtre l&rsquo;appareil hi\u00e9rarchique et centralis\u00e9 que les diff\u00e9rentes \u00c9glises protestantes se donn\u00e8rent, proclame l&rsquo;autonomie de la congr\u00e9gation locale, reprenant ainsi l&rsquo;une des composantes de la pens\u00e9e eccl\u00e9siologique de la R\u00e9forme ; au XVIIIe si\u00e8cle, c&rsquo;est le m\u00e9thodisme \u2013 n\u00e9 d&rsquo;une scission au sein de l&rsquo;anglicanisme \u2013, plus proche, certes, du protestantisme historique, et insistant sur l&rsquo;importance de l&rsquo;exp\u00e9rience de la conver\u00adsion. Son fondateur, John Wesley, ne pensait qu&rsquo;au renou\u00adveau de l\u2019\u00c9glise d&rsquo;Angleterre, mais le mouvement aboutit \u00e0 la constitution d&rsquo;une puissante \u00c9glise dont la r\u00e9int\u00e9gration au sein de la communion anglicane est aujourd&rsquo;hui probable. Au XIXe si\u00e8cle enfin, c&rsquo;est l&rsquo;apparition du pentec\u00f4tisme, c\u2019est-\u00e0-dire d&rsquo;un protestantisme charismatique, qui vit des dons de l&rsquo;Esprit, sans se soucier beaucoup de la rectitude doctrinale ou de l&rsquo;ordre dans l\u2019\u00c9glise. Son individualisme n&#8217;emp\u00eache pas sa progression \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 les disciplines collectives sont prioritaires. Puissant aux \u00c9tats-Unis, il reflue sur le vieux continent et, depuis peu, anime certains groupes catholiques en Am\u00e9rique.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><b>L&rsquo;ESPRIT DU PROTESTANTISME<\/b><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Il est classique, depuis Bossuet, de consid\u00e9rer l&rsquo;histoire du protestantisme comme l&rsquo;histoire de divisions et de schismes.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">En r\u00e9alit\u00e9, il est parfaitement l\u00e9gitime de donner une autre explication : les \u00c9glises n\u00e9es de la R\u00e9forme luth\u00e9rienne et calvinienne, en m\u00eame temps qu&rsquo;elles d\u00e9finissaient leur position par rapport \u00e0 Rome, dans les grands \u00e9crits symboliques, que sont \u00ab <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>la Confession d&rsquo;Augsbourg<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00bb (1530), \u00ab <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Articles de Smalkalde<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00bb (1537), \u00ab <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>la Confession de la Rochelle<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00bb (1550) \u00ab <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>la Confession \u00e9cossaise<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00bb (1560), \u00ab l<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>a Confession des Pays Bas<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00bb (1561), \u00ab <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>le Cat\u00e9chisme de Heidelberg <\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">\u00bb (1563), \u00ab <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>la Confession helv\u00e9tique post\u00e9rieure<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00bb (1566), \u00ab <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>la Formule de Concorde<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00bb (1577), se trouvaient dans l&rsquo;obligation de se d\u00e9fendre sur leur \u00ab gauche \u00bb et devaient, de ce fait, \u00e9carter un certain nombre de th\u00e8mes et d\u2019aspirations qui n&rsquo;en ont pas moins continu\u00e9 leur d\u00e9veloppement et ont au cours de l&rsquo;his\u00adtoire donn\u00e9 naissance \u00e0 de nouvelles formations eccl\u00e9siasti\u00adques. Celles-ci, apr\u00e8s une p\u00e9riode plus ou moins longue, se sont greff\u00e9es sur le tronc protestant.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Le protestantisme affirme l&rsquo;autorit\u00e9 du message de l\u2019\u00c9criture<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">C&rsquo;est un lieu commun de rappeler que le protestantisme s&rsquo;est d\u00e9fini par deux principes : un principe formel, l&rsquo;autorit\u00e9 souveraine de l\u2019\u00c9criture sainte en mati\u00e8re de foi et de vie chr\u00e9tiennes ; et un principe mat\u00e9riel, la doctrine de la justifi\u00adcation de l&rsquo;homme p\u00e9cheur par la seule gr\u00e2ce et sans le moyen des \u0153uvres. Ce lieu commun n&rsquo;est pas faux. Il situe bien le protestantisme dans sa pol\u00e9mique avec le catholicisme du XVIe si\u00e8cle. D&rsquo;une part, face au d\u00e9veloppement de la tradition d\u00e9finie par le magist\u00e8re romain, la R\u00e9forme rappelle que seule a valeur normative l\u2019\u00c9criture sainte, non pas dans sa lettre, mais en tant que Recueil de t\u00e9moignages autoris\u00e9s sur la r\u00e9v\u00e9lation de Dieu en J\u00e9sus-Christ.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">La R\u00e9forme n&rsquo;a pas eu l&rsquo;idol\u00e2trie de la Bible en tant que telle. Luther ne cesse de r\u00e9p\u00e9ter que seul le contenu de la Bible lui conf\u00e8re son autorit\u00e9 ; et ce contenu, c&rsquo;est la per\u00adsonne m\u00eame du Christ, annonc\u00e9 par les proph\u00e8tes de l&rsquo;An\u00adcien Testament, venu dans la chair, mort et ressuscit\u00e9 pour le salut de l&rsquo;homme. La Bible n&rsquo;est Parole de Dieu que dans la mesure o\u00f9 elle est porteuse du Christ. Luther comparait volontiers la Bible au panier d&rsquo;osier dans lequel Mo\u00efse avait \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9 ; ce qui importe, disait-il, c&rsquo;est l&rsquo;enfant Mo\u00efse et non le panier. Une fois que celui-ci a rempli son office, il perd toute valeur.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Les r\u00e9formateurs attachaient certes, une grande impor\u00adtance au souci des humanistes de la Renaissance : retrouver les textes les plus anciens et les mieux \u00e9tablis, et ils se sont efforc\u00e9s de donner au peuple chr\u00e9tien, dans la diversit\u00e9 des langues vivantes, les traductions de la Bible ayant une valeur plus scientifique que la \u00ab Vulgate \u00bb. Mais ils ne s&rsquo;arr\u00eataient pas \u00e0 ce seul souci. Ils entendaient que par le moyen de la Bible lue, expliqu\u00e9e et pr\u00each\u00e9e, un rapport personnel puisse s&rsquo;\u00e9tablir entre chaque fid\u00e8le et le Christ vivant. C&rsquo;est dire que le principe, dit formel, de l&rsquo;autorit\u00e9 de la Bible est beaucoup plus qu&rsquo;un principe formel : il s&rsquo;agit, en r\u00e9alit\u00e9, de l&rsquo;autorit\u00e9 du message de la Bible ressaisi dans son unit\u00e9 et cette unit\u00e9 lui vient du Christ, est le Christ lui-m\u00eame.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">\u00c0 l&rsquo;\u00e9poque du rationalisme et du modernisme, on a pr\u00eat\u00e9 \u00e0 la R\u00e9forme la d\u00e9couverte du principe du libre examen : chaque protestant serait libre d&rsquo;interpr\u00e9ter \u00e0 sa guise et selon ses lumi\u00e8res l\u2019\u00c9criture, chaque protestant serait pr\u00eatre, une Bible \u00e0 la main. En fait, la R\u00e9forme n&rsquo;a connu ni l&rsquo;individua\u00adlisme ni le subjectivisme impliqu\u00e9s par le principe du libre examen. Il \u00e9tait bien entendu pour elle que l\u2019\u00c9criture sainte \u00e9tait donn\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00c9glise, \u00e0 la communaut\u00e9 des fid\u00e8les, et que c&rsquo;est dans l\u2019\u00c9glise que ce livre devait \u00eatre lu et expliqu\u00e9. Seulement, aux yeux des r\u00e9formateurs, l\u2019\u00c9glise ne dispose pas de la Bible, c&rsquo;est la Bible qui dispose de l\u2019\u00c9glise et qui la juge, qui la forme et la r\u00e9forme. Au lieu que l\u2019\u00c9criture soit l&rsquo;un des moyens de gr\u00e2ce dont l\u2019\u00c9glise dispose, celle-ci doit, au contraire, se soumettre \u00e0 l\u2019\u00c9criture et en accepter la critique. Il ne peut pas y avoir dans l\u2019\u00c9glise une autorit\u00e9 infaillible (pape ou concile), sans quoi cette soumission \u00e0 l\u2019\u00c9criture serait ruin\u00e9e dans son principe m\u00eame. Il faut que l\u2019\u00c9glise ait un vis-\u00e0-vis qui puisse constituer pour elle une instance critique.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Quant au subjectivisme, il n&rsquo;\u00e9tait pas non plus le fait des r\u00e9formateurs, car ils estimaient que l\u2019\u00c9criture sainte offre une r\u00e9sistance objective, qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas un nez de cire ployable en tous sens, qu&rsquo;elle offre une coh\u00e9rence interne, \u00e0 partir du moment o\u00f9 l&rsquo;on a reconnu qu&rsquo;elle nous parle de l&rsquo;amour de Dieu pour sa cr\u00e9ature, que les \u00e9v\u00e9nements christologiques ont une signification \u00ab pro nobis \u00bb (pour nous). Cette reconnais\u00adsance n&rsquo;est pas le fait de l&rsquo;homme naturel. Le t\u00e9moignage int\u00e9rieur du Saint-Esprit est n\u00e9cessaire pour que l&rsquo;homme appr\u00e9hende la signification salvatrice de l\u2019\u00c9criture. Dieu cr\u00e9e en l&rsquo;homme l&rsquo;organe de connaissance par lequel il saisit le message de l\u2019\u00c9criture comme un message qui lui est adress\u00e9 personnellement. Alors que l&rsquo;orthodoxie du XVIIe si\u00e8cle aura tendance \u00e0 syst\u00e9matiser le contenu de l\u2019\u00c9criture en des pro\u00adpositions doctrinales consid\u00e9r\u00e9es comme \u00e9videntes, la R\u00e9\u00adforme a maintenu fermement le caract\u00e8re \u00e9v\u00e9nementiel de la lecture de l\u2019\u00c9criture : seule l&rsquo;intervention du Saint-Esprit peut faire reconna\u00eetre \u00e0 l&rsquo;homme la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019\u00c9criture. Cet \u00e9v\u00e9\u00adnement, il n&rsquo;appartient pas \u00e0 l&rsquo;homme de le produire. Il se produit \u00ab ubi et quando Deo visum est \u00bb (o\u00f9 et quand il pla\u00eet \u00e0 Dieu). La doctrine de l\u2019\u00c9criture n&rsquo;est pas, dans la pens\u00e9e de la R\u00e9forme, un simple principe m\u00e9thodologique. Elle implique d\u00e9j\u00e0 un certain nombre d&rsquo;options th\u00e9ologiques fondamentales.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Le p\u00e9cheur est justifi\u00e9 par la foi<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">La doctrine de la justification par la gr\u00e2ce a \u00e9t\u00e9 certaine\u00adment au centre des pol\u00e9miques soulev\u00e9es par la R\u00e9forme. Les th\u00e9ologiens protestants l&rsquo;ont consid\u00e9r\u00e9e comme le point d\u00e9ci\u00adsif. Il ne s&rsquo;agissait pourtant pas d&rsquo;une innovation. C&rsquo;\u00e9tait une doctrine re\u00e7ue dans l\u2019\u00c9glise et enseign\u00e9e par ses docteurs. La lutte de saint Augustin contre le p\u00e9lagianisme l&rsquo;avait mise en \u00e9vidence. Mais les pratiques de l\u2019\u00c9glise m\u00e9di\u00e9vale l&rsquo;avaient obscurcie. L&rsquo;homme peut-il concourir \u00e0 son salut ? Si l&rsquo;on r\u00e9pond positivement \u00e0 cette question, si la gr\u00e2ce n&rsquo;est qu&rsquo;un adjuvant et un compl\u00e9ment \u00e0 la bonne volont\u00e9 de l&rsquo;homme manifest\u00e9e dans ses \u0153uvres, c&rsquo;est que le p\u00e9ch\u00e9 de l&rsquo;homme n&rsquo;est pas un p\u00e9ch\u00e9 radical, il subsiste en lui un pouvoir de conna\u00eetre Dieu et de faire sa volont\u00e9. Mais alors que signifie le salut en J\u00e9sus-Christ ? Pourquoi Dieu a-t-il eu recours \u00e0 cette solution extr\u00eame qu&rsquo;est le don de son Fils et la cruci\u00adfixion de celui-ci ? La R\u00e9forme a profess\u00e9 que le p\u00e9ch\u00e9, rupture du lien de confiance entre Dieu et l&rsquo;homme, avait un caract\u00e8re global et total, qu&rsquo;il n&rsquo;avait \u00e9pargn\u00e9 aucun des aspects de la vie de l&rsquo;homme et qu&rsquo;\u00e0 moins d&rsquo;une restauration qui ne pouvait \u00eatre qu&rsquo;une nouvelle cr\u00e9ation, l&rsquo;homme ne pouvait ni conna\u00eetre le vrai Dieu ni accomplir sa volont\u00e9. Seule la gr\u00e2ce peut restaurer ce que le p\u00e9ch\u00e9 a d\u00e9truit. C&rsquo;est cette gr\u00e2ce qui se manifeste dans la croix et la r\u00e9surrection du Christ. Soutenir que l&rsquo;homme peut faire son salut ou y coop\u00e9rer, ce serait rendre vaine la croix du Christ. La seule \u00ab \u0153uvre \u00bb qui soit demand\u00e9e \u00e0 l&rsquo;homme, c&rsquo;est de croire \u00e0 cette gr\u00e2ce.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Telle est l&rsquo;\u00e9vidence qui apparut \u00e0 Luther lorsqu&rsquo;il m\u00e9dita sur \u00ab le juste vivra par la foi \u00bb (\u00c9p\u00eetre aux Romains, 1, 17). Cette parole fut pour lui la cl\u00e9 de l\u2019\u00c9vangile. L&rsquo;homme n&rsquo;est sauv\u00e9 que par la gr\u00e2ce re\u00e7ue dans la foi. Il n&rsquo;a pas \u00e0 se tourmenter pour savoir s&rsquo;il a accompli, jusque dans ses moin\u00addres d\u00e9tails, la loi de Dieu. Il sait que, par lui-m\u00eame, il reste p\u00e9cheur et injuste devant la saintet\u00e9 de Dieu : il est justifi\u00e9 par la foi en la gr\u00e2ce. Il sait qu&rsquo;en Christ, Dieu le d\u00e9clare juste et que seul cet acte de Dieu fonde sa justice. Il sait que celle-ci n&rsquo;en est pas moins une justice r\u00e9elle, car la Parole de Dieu est cr\u00e9atrice. Elle transforme v\u00e9ritablement l&rsquo;homme et le rend capable de bonnes \u0153uvres. Mais celles-ci ne sont, en au\u00adcune fa\u00e7on, la condition de la justification de l&rsquo;homme, elles en sont, au contraire, la cons\u00e9quence. Comme le souligne for\u00adtement le \u00ab Cat\u00e9chisme de Heidelberg \u00bb, la motivation des bonnes \u0153uvres n&rsquo;est pas le d\u00e9sir d&rsquo;obtenir la justification, mais la reconnaissance pour cette justification d\u00e9j\u00e0 op\u00e9r\u00e9e en dehors de nous. La vie morale du chr\u00e9tien se trouve ainsi plac\u00e9e, non plus sous le signe de la contrainte et de la peur, mais de la spontan\u00e9it\u00e9 et de la joie. Le bon arbre, explique Luther, n&rsquo;est pas contraint de produire de bons fruits ; il en produit spontan\u00e9ment, parce qu&rsquo;il est un bon arbre. Par la justification, op\u00e9r\u00e9e \u00ab extra nos \u00bb, l&rsquo;homme est devenu ce bon arbre qui produit de bons fruits.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Luther veut lib\u00e9rer de la crainte et de l&rsquo;angoisse<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Il n&rsquo;est pas question pour l&rsquo;homme de se reposer, de consid\u00e9rer qu&rsquo;il n&rsquo;a rien \u00e0 faire en ce monde. Mais il s&rsquo;agit pour lui de ne pas mettre sa confiance dans ses propres \u0153uvres ou de chercher en elles l&rsquo;assurance de son salut. Ce dont Luther voulait d\u00e9barrasser le chr\u00e9tien, c&rsquo;est de la crainte et de l&rsquo;angoisse. Celles-ci s&#8217;emparent fatalement de la conscience lorsqu&rsquo;elle entend accomplir des \u0153uvres qui la sauvent. L&rsquo;homme, en effet, reste, m\u00eame dans la foi, un p\u00e9cheur et ses \u0153uvres ne sont jamais bonnes. Il est, comme aime \u00e0 le dire Luther, \u00ab semper justus ac peccator \u00bb (toujours juste et p\u00e9\u00adcheur). Si, donc, il cherche son assurance et sa paix dans ce qu&rsquo;il a accompli, il ne les trouvera pas. La seule esp\u00e9rance lui est donn\u00e9e par la gr\u00e2ce divine. Mais lorsqu&rsquo;il re\u00e7oit cette assurance dans la foi, le voil\u00e0 lib\u00e9r\u00e9 pour entreprendre, avec toutes ses ressources, les \u0153uvres de l&rsquo;amour, de l&rsquo;entraide, du service des fr\u00e8res. Ce qu&rsquo;il r\u00e9alisera n&rsquo;aura sans doute qu&rsquo;une valeur relative ou n&rsquo;aura que la valeur d&rsquo;un signe. Du <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000080;\"><span lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">moins la<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"> gr\u00e2ce donne-t-elle la libert\u00e9 d&rsquo;agir. Si Luther a lutt\u00e9 contre le monachisme de son temps, c&rsquo;est qu&rsquo;il y voyait pr\u00e9cis\u00e9ment la renonciation \u00e0 la vie active au service des hommes. On sait avec quelle vigueur Calvin a exhort\u00e9 les chr\u00e9tiens \u00e0 l&rsquo;action et a m\u00eame donn\u00e9 \u00e0 cette action un style et une dimension tout neufs. Le calvinisme, par-del\u00e0 l&rsquo;esp\u00e8ce de r\u00e9signation qui caract\u00e9risait la pi\u00e9t\u00e9 m\u00e9di\u00e9vale, a engendr\u00e9 un type d&rsquo;homme nouveau, plus conqu\u00e9rant, plus port\u00e9 aux aventures et aux hardiesses qu&rsquo;offraient les nouveaux moyens techniques de production. La c\u00e9l\u00e8bre th\u00e8se de Max Weber sur les origines protestantes du capitalisme moderne, m\u00eame si elle doit \u00eatre temp\u00e9r\u00e9e, n&rsquo;en comporte pas moins une part de v\u00e9rit\u00e9. La doctrine de la justification par la gr\u00e2ce commandait, en effet une \u00e9thique nouvelle, non plus de r\u00e9signation, d&rsquo;asc\u00e8se et de mortification dans la crainte de perdre son salut, mais de libre expansion cr\u00e9atrice dans l&rsquo;assistance que le salut a \u00e9t\u00e9 acquis une fois pour toutes \u00ab pro nobis \u00bb par le Christ et que ce salut peut seulement \u00eatre re\u00e7u par la foi.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Elle commandait aussi une r\u00e9\u00e9valuation des rapports entre la loi et l\u2019\u00c9vangile. Luther s&rsquo;y est particuli\u00e8rement attach\u00e9, en soulignant la doctrine paulinienne de la fin de la loi. Le chr\u00e9tien n&rsquo;est plus un homme sous la loi, mais un homme qui vit de la promesse de l\u2019\u00c9vangile. C&rsquo;est pourquoi Luther bouscule toutes les lois eccl\u00e9siastiques, tout ce qui asservissait l&rsquo;homme. Le chr\u00e9tien est un homme libre, non pas de cette libert\u00e9 orgueilleuse de Prom\u00e9th\u00e9e, mais de cette libert\u00e9 hum\u00adble d&rsquo;un \u00eatre qui re\u00e7oit chaque jour \u00e0 nouveau le pardon de ses fautes et pour qui, en cons\u00e9quence, l&rsquo;avenir est toujours<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"en-US\"> ouvert.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Par-del\u00e0 ces deux th\u00e8mes majeurs de la pens\u00e9e de la <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">R\u00e9forme \u2013 l&rsquo;autorit\u00e9 de l\u2019\u00c9criture et la justification par la seule gr\u00e2ce \u2013, est-il possible de d\u00e9gager un esprit du protestantisme ?<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Dieu est Parole vivante,<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>la foi est l&rsquo;\u00e9coute de la Parole<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Comme le souligne Andr\u00e9 Dumas <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote10sym\" name=\"sdfootnote10anc\"><sup>10<\/sup><\/a>, on peut d\u00e9finir le protes\u00adtantisme comme religion de la Parole, en ce sens qu&rsquo;il con\u00e7oit Dieu non comme substance sacr\u00e9e, mais comme Parole vi\u00advante. Ce trait appara\u00eet comme une constante que l&rsquo;on re\u00adtrouve non seulement chez les r\u00e9formateurs, mais chez les th\u00e9ologiens contemporains, par ailleurs les plus oppos\u00e9s, tels que Karl Barth, Rudolf Bultmann, Gerhard Ebeling. Dieu ne se fait conna\u00eetre \u00e0 nous que comme Parole et la sp\u00e9cificit\u00e9 de la r\u00e9v\u00e9lation, c&rsquo;est qu&rsquo;elle est parole faite chair. La foi n&rsquo;est pas autre chose que l&rsquo;\u00e9coute de la Parole. Le catholi\u00adcisme inform\u00e9 par le thomisme avait eu tendance \u00e0 privil\u00e9\u00adgier la substance ontologique, pr\u00e9sente dans les esp\u00e8ces eucharistiques, infuse dans le magist\u00e8re eccl\u00e9siastique. In\u00adform\u00e9 par la mystique, il faisait de Dieu un silence ineffable. Le protestantisme enseigne que l&rsquo;\u00eatre de Dieu est Parole, et, par <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000080;\"><span lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">suite la<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"> relation entre Dieu et l&rsquo;homme s&rsquo;\u00e9tablit dans un dialogue o\u00f9 la Parole communiqu\u00e9e est re\u00e7ue, o\u00f9 Dieu parle et o\u00f9 l&rsquo;homme r\u00e9pond. De l\u00e0, l&rsquo;insistance du protestantisme sur la pr\u00e9dication qui est une annonce de la Parole. Non pas qu&rsquo;il ait n\u00e9glig\u00e9 les sacrements. Parole et sacrement consti\u00adtuent les deux p\u00f4les de son culte. Mais \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de celui-ci le mouvement va de la Parole au sacrement, et non l&rsquo;inverse. Dans la c\u00e9l\u00e9bration eucharistique, l&rsquo;attention ne se concentre pas sur les esp\u00e8ces, qui ne deviennent pas une substance sacr\u00e9e (le pain reste du pain et le vin reste du vin), mais bien sur la Parole du Seigneur qui invite les fid\u00e8les au repas qu&rsquo;il pr\u00e9side et o\u00f9 il se donne \u00e0 eux comme Parole vivante. Nul acte de cons\u00e9cration des esp\u00e8ces n&rsquo;est ici n\u00e9cessaire. Aucune transformation substantielle ne doit \u00eatre produite \u00ab ex opere operato \u00bb (du seul fait qu&rsquo;une action ext\u00e9rieure est accomplie). \u00c9tant Parole, Dieu ne peut \u00eatre figur\u00e9 dans un sacr\u00e9 tangible. Le z\u00e8le iconoclaste de la R\u00e9forme, quels que soient les exc\u00e8s passionnels et les intol\u00e9rances qui s&rsquo;y sont m\u00eal\u00e9s, a une signification th\u00e9ologique : le chr\u00e9tien est appel\u00e9 \u00e0 \u00eatre attentif \u00e0 la Parole, \u00e0 la recevoir dans son c\u0153ur et son esprit, non \u00e0 v\u00e9n\u00e9rer des images, des statues ou des reliques.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>L\u2019\u00c9glise est rassembl\u00e9e par la Parole<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">L\u2019\u00c9glise non plus n&rsquo;est pas substance sainte, caract\u00e9ris\u00e9e par la transmission d&rsquo;un pouvoir sacr\u00e9 le long de la cha\u00eene de la succession apostolique. Elle est rassemblement humain de p\u00e9cheurs pardonn\u00e9s, rassemblement op\u00e9r\u00e9 par la Parole. Il y a \u00c9glise, disent les confessions de foi de la R\u00e9forme, partout o\u00f9 la Parole est annonc\u00e9e et les sacrements distribu\u00e9s con\u00adform\u00e9ment \u00e0 l\u2019\u00c9vangile. L\u2019\u00c9glise est donc d&rsquo;abord un \u00e9v\u00e9ne\u00adment, car le propre de la Parole, c&rsquo;est de produire un \u00e9v\u00e9nement. Les pasteurs sont des ministres (c&rsquo;est-\u00e0-dire des servants) de la Parole. Ils n&rsquo;ont d&rsquo;autre privil\u00e8ge que leur connaissance de la Parole. Ils ne sont pas pr\u00eatres en ce sens qu&rsquo;ils ne d\u00e9tiennent aucune qualit\u00e9 ind\u00e9l\u00e9bile qui \u00e9tablirait une diff\u00e9rence de nature entre les la\u00efcs et eux. Le protestan\u00adtisme a consciemment refus\u00e9 la distinction entre le sacerdoce universel de tous les croyants et le sacerdoce minist\u00e9riel du pr\u00eatre. Il n&rsquo;est aucun acte eccl\u00e9siastique accompli par un pasteur qui ne puisse l&rsquo;\u00eatre par un la\u00efc. Si, en fait, un partage des t\u00e2ches assez rigoureux s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9 dans l&rsquo;histoire des \u00c9glises protestantes, ce partage n&rsquo;a de signification que disciplinaire et non dogmatique.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">N&rsquo;\u00e9tant autre chose que l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement du rassemblement par la Parole, l\u2019\u00c9glise n&rsquo;est pas d\u00e9tentrice ou dispensatrice du salut, elle annonce ce salut. Elle n&rsquo;accorde pas l&rsquo;absolution des p\u00e9ch\u00e9s, mais elle l&rsquo;annonce et l&rsquo;atteste. Il est vrai que sociologiquement, le protestantisme a eu du mal \u00e0 lutter contre la tentation de faire de l\u2019\u00c9glise une institution distri\u00adbutrice des moyens de gr\u00e2ce. Mais il est possible de suivre dans l&rsquo;histoire de sa th\u00e9ologie, de vigoureuses r\u00e9actions toutes les fois o\u00f9 cette tentation risquait de l&#8217;emporter. Qu&rsquo;on songe \u00e0 la d\u00e9nonciation de l\u2019\u00c9glise \u00e9tablie par Kierkegaard.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>La foi n&rsquo;exclut pas l&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se critique<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Parce que Dieu est Parole, la foi de l&rsquo;homme ne peut \u00eatre que confiance. La Parole ne peut \u00eatre que crue ou refus\u00e9e Ou bien l&rsquo;homme la re\u00e7oit comme le concernant dans son existence, ou bien il la d\u00e9clare \u00e9trang\u00e8re \u00e0 son existence. Que l&rsquo;homme soit foi, cela signifie qu&rsquo;il n&rsquo;est pas cr\u00e9dulit\u00e9. Celle-ci se nourrit de l&rsquo;attente d&rsquo;apparitions surnaturelles. Elle a pour objet le sacr\u00e9 visibilis\u00e9. On con\u00e7oit, dans ces conditions, le <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">r\u00f4le particulier de l\u2019\u00c9criture, tel que nous l&rsquo;avons caract\u00e9ris\u00e9. Elle n&rsquo;est que moyen de faire acc\u00e9der \u00e0 la Parole. Elle n&rsquo;est que le t\u00e9moignage que Dieu parle. Aussi faut-il consid\u00e9rer comme d\u00e9cadentes les p\u00e9riodes o\u00f9 le protestantisme est de\u00advenu la religion du Livre sacr\u00e9, substituant ainsi \u00e0 une th\u00e9ologie de la Parole \u00ab une id\u00e9ologie de l\u2019\u00c9criture <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote11sym\" name=\"sdfootnote11anc\"><sup>11<\/sup><\/a> \u00bb. Dans son effort pour r\u00e9pudier l&rsquo;objet sacr\u00e9, pour ne pas \u00eatre une<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">\u00ab religion \u00bb \u2014 dans le sens o\u00f9 la religion est manipulation pr\u00e9cautionneuse d&rsquo;objets sacr\u00e9s \u2014, le protestantisme n&rsquo;a pas toujours \u00e9t\u00e9 au bout de son propre mouvement et il lui est arriv\u00e9 de faire de la Bible un \u00ab pape en papier \u00bb.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Il a parfois nourri des tendances litt\u00e9ralistes <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote12sym\" name=\"sdfootnote12anc\"><sup>12<\/sup><\/a> et th\u00e9opneus\u00adtiques qui reviennent \u00e0 consid\u00e9rer la lettre m\u00eame de la Bible comme divinement inspir\u00e9e. Ainsi la notion de Parole, en tant qu&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, se trouve-t-elle \u00e9limin\u00e9e. Mais il convient d&rsquo;ajouter que le protestantisme a agi d&rsquo;une fa\u00e7on plus con\u00adforme \u00e0 son propre esprit, lorsqu&rsquo;il n&rsquo;a pas interdit, mais encourag\u00e9 l&rsquo;utilisation des m\u00e9thodes historico-critiques dans l&rsquo;\u00e9tude de la Bible. Il signifiait par l\u00e0 que la Bible, en tant que recueil de documents historiques, est justiciable des m\u00eames m\u00e9thodes d&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se que tout document profane. Cette libert\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la Bible a sans doute conduit, \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle en particulier, \u00e0 une hypercritique aussi excessive que conjecturale, parfois m\u00eame \u00e0 une r\u00e9duction inacceptable du contenu biblique \u00e0 des id\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales, telles que la paternit\u00e9 de Dieu et la fraternit\u00e9 des hommes (Adolf von Harnack).<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Le lib\u00e9ralisme protestant, contemporain du modernisme catholique, a eu le tort de penser que les m\u00e9thodes historico-\u00adcritiques pouvaient d\u00e9gager le noyau, hypoth\u00e9tiquement reconstitu\u00e9, avait seul autorit\u00e9 pour fonder la vie et la foi chr\u00e9tiennes. Tout comme le litt\u00e9ralisme, mais par d&rsquo;autres m\u00e9thodes, il faisait aussi l&rsquo;\u00e9conomie de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement de la Parole qui peut retentir au travers du texte biblique, cet \u00e9v\u00e9nement \u00e9tant la rencontre avec le Christ vivant, qui est tout \u00e0 la fois le J\u00e9sus de l&rsquo;histoire et le Christ de la foi. C&rsquo;est sans doute Karl Barth qui, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque contemporaine, a le mieux mis en lumi\u00e8re ce caract\u00e8re d&rsquo;\u00e9v\u00e9nement de la Parole.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>L&rsquo;esprit du protestantisme ne va pas sans risques<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Sans doute, cet esprit du protestantisme implique-t-il pour les \u00c9glises issues de la R\u00e9forme une certaine fragilit\u00e9. L&rsquo;\u00e9v\u00e9ne\u00adment de la Parole est la seule garantie du rassemblement eccl\u00e9sial. Comment, dans ces conditions, l\u2019\u00c9glise sera-t-elle assur\u00e9e d&rsquo;une continuit\u00e9 \u00e0 travers l&rsquo;histoire ? Les \u00c9glises, protestantes ont certes des institutions et des structures socio\u00adlogiques. Mais celles-ci sont consid\u00e9r\u00e9es comme des moyen d&rsquo;expression, indispensables, certes mais relatifs. En r\u00e9alit\u00e9, le protestantisme, pour \u00eatre cons\u00e9quent avec lui-m\u00eame, ne peut trouver d&rsquo;autre garantie \u00e0 l\u2019\u00c9glise que dans la promesse et la fid\u00e9lit\u00e9 de Dieu. En outre, si la Parole doit \u00eatre toujours \u00e0 nouveau \u00e9cout\u00e9e au travers de l&rsquo;\u00c9criture, il devient difficile de constituer un corps doctrinal rigide. Sans aucun doute le protestantisme a des dogmes exprim\u00e9s dans ses confessions de foi. Mais si dignes d&rsquo;attention et de respect que soient ces dogmes, leur autorit\u00e9 reste n\u00e9anmoins seconde par rapport \u00e0 la Parole et on ne saurait exclure, en principe, leur r\u00e9vision et leur reformulation. La dogmatique protestante est toujours un examen critique des dogmes formul\u00e9s au cours de l&rsquo;histoire et l&rsquo;instance critique est ici encore la Parole de Dieu \u00e0 laquelle l&rsquo;\u00c9criture rend t\u00e9moignage. L&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un magist\u00e8re doctrinal fixant, une fois pour toutes, la v\u00e9rit\u00e9 doctrinale est incompa\u00adtible avec l&rsquo;esprit m\u00eame du protestantisme. Aussi bien la foi \u00e9tant foi \u00e0 la Parole dite par une personne, n&rsquo;a pas pour objet un ensemble de propositions doctrinales. Celles-ci sont assu\u00adr\u00e9ment n\u00e9cessaires pour l&rsquo;enseignement, la transmission du message, la prise de conscience des incompatibilit\u00e9s entre la foi chr\u00e9tienne et d&rsquo;autres doctrines ou visions du monde. Cette n\u00e9cessit\u00e9 demeure seconde, elle repr\u00e9sente l&rsquo;effort de la foi pour rendre compte, en termes intelligibles, de l&rsquo;esp\u00e9rance dont elle vit. Ce qui est d\u00e9cisif, c&rsquo;est que l&rsquo;adh\u00e9sion de la foi ne porte pas, en premi\u00e8re d\u00e9marche, sur des propositions doctrinales. Les dogmes ont seulement une valeur \u00ab indica\u00adtive \u00bb <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote13sym\" name=\"sdfootnote13anc\"><sup>13<\/sup><\/a>.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><b>\u00c9L\u00c9MENTS DE D\u00c9MOGRAPHIE DU PROTESTANTISME (<\/b><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i><b>ann\u00e9es 1970<\/b><\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><b>)<\/b><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Que repr\u00e9sente aujourd&rsquo;hui le protestantisme mondial ? Il est difficile de r\u00e9pondre \u00e0 cette question avec une grande pr\u00e9cision scientifique. Les statistiques que nous poss\u00e9dons ne sont pas homog\u00e8nes ; certaines sont d&rsquo;origine \u00e9tatique, d&rsquo;autres d&rsquo;origine eccl\u00e9siastique. Les unes et les autres ne sont pas fond\u00e9es sur les m\u00eames crit\u00e8res. En outre, certaines \u00c9glises ne comptent que les membres adultes ayant explicitement fait profession de leur appartenance \u00e0 l\u2019\u00c9glise, d&rsquo;autres comptent tous les baptis\u00e9s. On peut cependant affirmer qu&rsquo;il existe, dans le monde, environ 300 millions de protestants qui se r\u00e9partissent g\u00e9ographiquement de la fa\u00e7on suivante : Europe : 110 millions, Am\u00e9rique du Nord : 130 millions, Afrique 22 millions, Asie : 12 millions, Australie et Oc\u00e9anie : 9 mil\u00adlions, Am\u00e9rique du Sud : 10 millions. L&rsquo;expansion du protes\u00adtantisme s&rsquo;est faite d&rsquo;abord de l&rsquo;Europe vers le Nouveau Monde. C&rsquo;est surtout au XIXe si\u00e8cle que s&rsquo;est faite la p\u00e9n\u00e9tration en Afrique, en Asie et en Oc\u00e9anie. La r\u00e9partition entre les principales familles confessionnelles est, grosso modo, la suivante : luth\u00e9riens : 75 millions ; r\u00e9form\u00e9s (ou presbyt\u00e9\u00adriens) : 50 \u00e0 55 millions ; anglicans : 38 \u00e0 40 millions ; m\u00e9thodistes : 41 \u00e0 42 millions ; baptistes : 50 \u00e0 60 millions congr\u00e9gationalistes : 6 millions ; quant aux pentec\u00f4tistes, qui se sont beaucoup d\u00e9velopp\u00e9s, ils refusent d&rsquo;\u00e9tablir des statis\u00adtiques.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Le protestantisme est-il en expansion ou en recul ? Il n&rsquo;est pas possible de donner une r\u00e9ponse globale \u00e0 cette question. On peut dire qu&rsquo;en Europe et en Am\u00e9rique du Nord, compte tenu de l&rsquo;accroissement g\u00e9n\u00e9ral de la population, ses effectifs sont stables. Les conversions du protestantisme au catho\u00adlicisme \u00e9quilibrent les conversions en sens inverse. Cependant, il faut tenir compte d&rsquo;une d\u00e9christianisation g\u00e9n\u00e9rale, dont l&rsquo;importance peut difficilement \u00eatre chiffr\u00e9e : il s&rsquo;agit le plus souvent d&rsquo;un lent processus de d\u00e9tachement. Certains pays tr\u00e8s urbanis\u00e9s et industrialis\u00e9s connaissent un mouvement plus rapide. En Allemagne occidentale, o\u00f9, pour \u00e9chapper \u00e0 l&rsquo;im\u00adp\u00f4t eccl\u00e9siastique, il faut signifier par \u00e9crit sa sortie de l\u2019\u00c9glise, on note ces derni\u00e8res ann\u00e9es un accroissement des d\u00e9clarations de sortie (42000 en 1967, 54000 en 1968). Le protestantisme s&rsquo;est consid\u00e9rablement accru en Autriche (20 % depuis 1945), mais cet accroissement est en partie d\u00fb \u00e0 l&rsquo;afflux des r\u00e9fugi\u00e9s en provenance des anciens territoires <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">austro-hongrois. En revanche, un mouvement en faveur du protestantisme s&rsquo;est dessin\u00e9 au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9\u00adcennies en Italie m\u00e9ridionale ; il est trop t\u00f4t pour se pronon\u00adcer sur la stabilit\u00e9 de ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Lents progr\u00e8s du protestantisme espagnol, malgr\u00e9 le r\u00e9gime de semi-libert\u00e9 qu&rsquo;il conna\u00eet. Le protestantisme fran\u00e7ais, victime de la d\u00e9popula\u00adtion des r\u00e9gions qui constituaient ses r\u00e9serves, conna\u00eet un fl\u00e9chissement certain depuis la fin de la premi\u00e8re guerre mondiale. Un fait m\u00e9rite encore d&rsquo;\u00eatre signal\u00e9 en Europe, c&rsquo;est la croissance du baptisme en Russie sovi\u00e9tique. L&rsquo;Am\u00e9\u00adrique du Nord a connu, depuis le d\u00e9but du si\u00e8cle, une remarquable croissance des effectifs de toutes les confessions, La religion semble avoir \u00e9t\u00e9 un remarquable moyen d&rsquo;iden\u00adtification sociale. Mais, pour des raisons qui tiennent sans doute \u00e0 la structure m\u00eame de la civilisation, ce mouvement para\u00eet stopp\u00e9.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">L&rsquo;Am\u00e9rique du Sud offre l&rsquo;exemple le plus spectaculaire de croissance rapide du protestantisme. Ce continent ne comptait que 122000 protestants en 1916 ; on en d\u00e9nombrait 5 \u00e0 6 millions en 1957, et on avance aujourd&rsquo;hui le chiffre de 10 millions. On estimait, en 1962, qu&rsquo;environ 1000 catho\u00adliques passaient journellement au protestantisme. Depuis lors, le mouvement s&rsquo;est quelque peu ralenti. Le petit nombre de pr\u00eatres catholiques, leur formation insuffisante, l&rsquo;inexistence de paroisses qui fussent de v\u00e9ritables communaut\u00e9s, expli\u00adquent sans doute cet attrait pour le protestantisme ; il convient d&rsquo;y ajouter l&rsquo;extraordinaire dynamisme des missions Pentec\u00f4tistes.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">La christianisation de l&rsquo;Afrique est relativement lente, sur\u00adtout si on la compare \u00e0 la progression de l\u2019Islam. On estime cependant \u00e0 200000 le nombre des Africains qui entrent chaque ann\u00e9e, par le moyen du bapt\u00eame, dans les \u00c9glises protestantes. Beaucoup de ces \u00c9glises, n\u00e9es de la mission, ont cependant connu depuis la fin de la seconde guerre mondiale des schismes consid\u00e9rables, aboutissant \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019\u00c9glises chr\u00e9tiennes ind\u00e9pendantes, r\u00e9pudiant les formes occidentales du christianisme, ayant volontiers un caract\u00e8re messianique tr\u00e8s accentu\u00e9 et conf\u00e9rant \u00e0 la personne du fondateur une signification religieuse assez inqui\u00e9tante.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Le christianisme est d&rsquo;implantation beaucoup plus ancienne en Asie qu&rsquo;en Afrique, mais sa p\u00e9n\u00e9tration y a \u00e9t\u00e9 beaucoup plus lente, en raison de la r\u00e9sistance offerte par les grandes religions monoth\u00e9istes traditionnelles. Un pays comme l&rsquo;Inde ne compte que 12,5 millions de chr\u00e9tiens, dont 4 \u00e0 5 millions de protestants. Les pays o\u00f9 la progression protestante a \u00e9t\u00e9 la plus rapide sont sans doute l&rsquo;Indon\u00e9sie (de 1966 \u00e0 1969 le nombre des bapt\u00eames a augment\u00e9 de 50 %), la Cor\u00e9e, qui compte 1,5 million de presbyt\u00e9riens et de m\u00e9thodistes, et la Birmanie, avec 800000 protestants. Le protestantisme comptait en Chine, avant la r\u00e9volution, 1 million de fid\u00e8les. Il y exer\u00e7ait une forte influence par le moyen de ses universit\u00e9s. On ignore ce qui subsiste de ces communaut\u00e9s \u00e0 l&rsquo;heure actuelle. Faible au Japon (environ 700000 fid\u00e8les), le protes\u00adtantisme n&rsquo;en a pas moins, surtout gr\u00e2ce \u00e0 ses institutions scolaires et universitaires, un rayonnement certain. L&rsquo;avenir du protestantisme, comme celui du christianisme en g\u00e9n\u00e9ral, est li\u00e9 \u00e0 la fa\u00e7on dont il saura r\u00e9pondre aux questions et aux d\u00e9fis de la nouvelle civilisation technologique.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><b>TYPOLOGIE ECCL\u00c9SIASTIQUE DU PROTESTANTISME<\/b><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Le protestantisme n&rsquo;attache pas une importance primordiale \u00e0 la structure et \u00e0 l&rsquo;organisation de l\u2019\u00c9glise. Ses confessions de foi soulignent seulement la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un minist\u00e8re par lequel la Parole de Dieu est annonc\u00e9e et les sacrements administr\u00e9s. Bien que Calvin ait \u00e9t\u00e9, beaucoup plus que Luther, un organisateur d&rsquo;\u00c9glise et qu&rsquo;il attach\u00e2t une valeur relative, mais certaine, \u00e0 la discipline eccl\u00e9siastique, il ne faisait point de difficult\u00e9 pour admettre que la hi\u00e9rarchie \u00e9piscopale puisse subsister dans l\u2019\u00c9glise d&rsquo;Angleterre, pourvu que le \u00ab pur \u00c9vangile \u00bb y f\u00fbt effectivement annonc\u00e9. La d\u00e9finition de l\u2019\u00c9glise donn\u00e9e par la R\u00e9forme conf\u00e8re une importance fon\u00addamentale \u00e0 la communaut\u00e9 locale : c&rsquo;est en elle, d&rsquo;abord, que le corps du Christ prend forme. Ce souci de la con\u00adgr\u00e9gation concr\u00e8te est une constante de l&rsquo;eccl\u00e9siologie pro\u00adtestante. Mais l&rsquo;universalit\u00e9 ou catholicit\u00e9 de l\u2019\u00c9glise ne doit cependant pas \u00eatre perdue de vue : la communaut\u00e9 locale est, certes, l&rsquo;expression privil\u00e9gi\u00e9e de l\u2019\u00c9glise universelle, elle ne l&rsquo;\u00e9puise pas. Aussi verra-t-on les \u00c9glises issues de la R\u00e9forme se donner des structures qui tiennent compte de ces deux imp\u00e9ratifs. Mais ces structures ne sont pas uniformes. Le cloisonnement national, qui caract\u00e9rise l&rsquo;Europe des temps modernes, n&rsquo;\u00e9tait gu\u00e8re compatible avec une concertation des diff\u00e9rentes \u00c9glises. En outre, l&rsquo;organisation fut bien diff\u00e9rente selon qu&rsquo;il s&rsquo;est agi d\u2019\u00c9glises \u00e9tablies dans des nations pass\u00e9es globalement \u00e0 la R\u00e9forme (Scandinavie) ou d\u2019\u00c9glises coexistant avec l\u2019\u00c9glise catholique et s&rsquo;opposant \u00e0 elle. La combi\u00adnaison entre une inspiration fondamentale et les vicissitudes de l&rsquo;histoire a d\u00e9gag\u00e9 un certain nombre de types de struc\u00adtures eccl\u00e9siales.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Le type hi\u00e9rarchique \u00e9piscopal pr\u00e9vaut dans les r\u00e9gions o\u00f9 la coupure avec Rome s&rsquo;est faite de la fa\u00e7on la moins brutale : \u00c9glise d&rsquo;Angleterre, \u00c9glises luth\u00e9riennes des pays scandinaves. Le type presbyt\u00e9rien synodal consiste dans une hi\u00e9rarchie d&rsquo;assembl\u00e9es et de conseils : assembl\u00e9e paroissiale et conseil presbyt\u00e9ral au niveau local ; synode r\u00e9gional et conseil r\u00e9gional ; synode national et conseil national. C&rsquo;est le r\u00e9gime qui pr\u00e9vaut dans les \u00c9glises r\u00e9form\u00e9es de France, d\u2019\u00c9cosse, de Suisse, d&rsquo;Italie, etc.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Entre ces deux types nettement caract\u00e9ris\u00e9s, il y a des types mixtes qui combinent le r\u00e9gime des synodes et des conseils avec l&rsquo;\u00e9piscopat ; c&rsquo;est le cas pour les \u00c9glises luth\u00e9riennes d&rsquo;Allemagne, luth\u00e9riennes et r\u00e9form\u00e9es de Hongrie, etc. L&rsquo;\u00e9v\u00eaque est alors \u00e9lu par le synode, soit \u00e0 vie, soit \u00e0 temps. Mais il n&rsquo;est pas uniquement le mandataire du synode, il a une autorit\u00e9 propre. L&rsquo;\u00e9piscopat est une forme particuli\u00e8re du minist\u00e8re pastoral. On peut noter d&rsquo;ailleurs que le type pres\u00adbyt\u00e9rien synodal s&rsquo;est rapproch\u00e9 du type \u00e9piscopal, en ce sens que les pr\u00e9sidents des diff\u00e9rents conseils se sont vu attribuer des pouvoirs \u00e9piscopaux. Inversement, les \u00c9glises de type \u00e9piscopal se sont dot\u00e9es de synodes. L&rsquo;\u00e9volution est en cours dans l\u2019\u00c9glise d&rsquo;Angleterre, ce qui signifie que l&rsquo;ensemble des fid\u00e8les participe, par d\u00e9l\u00e9gation, au gouvernement de l\u2019\u00c9glise.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Le type congr\u00e9gationaliste est caract\u00e9ris\u00e9 par l&rsquo;autonomie de la congr\u00e9gation locale. Cette autonomie va souvent tr\u00e8s loin : elle s&rsquo;\u00e9tend aux probl\u00e8mes liturgiques et m\u00eame doctrinaux. Le congr\u00e9gationalisme am\u00e9ricain, le baptisme, le li\u00adbrisme repr\u00e9sentent des \u00e9chantillons de ce type. Toutefois ici aussi, une \u00e9volution se fait sentir : les congr\u00e9gations locales \u00e9taient toujours unies entre elles par un lien de nature f\u00e9d\u00e9rale, mais ce lien tend \u00e0 se renforcer. \u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 les \u00c9glises ont \u00e0 affronter des probl\u00e8mes mondiaux, o\u00f9 elles doivent \u00e9laborer une strat\u00e9gie missionnaire, l&rsquo;ancien congr\u00e9\u00adgationalisme se r\u00e9v\u00e8le insuffisant.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Une autre typologie est applicable aux \u00c9glises protestantes elle ne recoupe que partiellement la pr\u00e9c\u00e9dente. Dans les r\u00e9gions o\u00f9 le protestantisme est majoritaire et o\u00f9 l\u2019\u00c9glise poss\u00e8de, de ce fait, une position quasi officielle, pr\u00e9vaut le type eccl\u00e9siastique dit multitudiniste. C&rsquo;est un type d\u2019\u00c9glise dont sont membres tous ceux qui sont d&rsquo;ascendance protes\u00adtante, pour autant qu&rsquo;ils n&rsquo;aient pas manifest\u00e9 la volont\u00e9 de s&rsquo;en s\u00e9parer. Ce type d\u2019\u00c9glise est le t\u00e9moin d&rsquo;un r\u00e9gime de chr\u00e9tient\u00e9 o\u00f9 il allait de soi que chaque homme relevait d&rsquo;une \u00c9glise.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">L&rsquo;autre type d\u2019\u00c9glise, n\u00e9 des diff\u00e9rents mouvements de r\u00e9veil du XVIIIe et du XIXe si\u00e8cle, est l&rsquo;\u00c9glise de professants, ainsi d\u00e9nomm\u00e9e parce que l&rsquo;entr\u00e9e dans l&rsquo;\u00c9glise est condi\u00adtionn\u00e9e par une profession personnelle de foi. D&rsquo;ordinaire ce genre d\u2019\u00c9glise ne pratique que le bapt\u00eame des adultes. Il est contemporain de la p\u00e9riode de dissolution de la chr\u00e9tient\u00e9. Les \u00c9glises de professants se caract\u00e9risent par une sorte de militante de leurs fid\u00e8les.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Il faut redonner un sens \u00e0 l&rsquo;engagement personnel<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Mais, entre ces deux types, une osmose s&rsquo;est n\u00e9cessairement produite. Dans un monde o\u00f9 la foi ne va plus de soi, o\u00f9 des id\u00e9ologies vari\u00e9es la combattent, il est n\u00e9cessaire de rendre \u00e0 l&rsquo;engagement chr\u00e9tien un caract\u00e8re plus s\u00e9rieux. Aussi, les \u00c9glises multitudinistes s&rsquo;efforcent-elles de donner \u00e0 la confir\u00admation le caract\u00e8re d&rsquo;un engagement personnel (confirmation retard\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 16 ans ou 18 ans, instruction religieuse prolong\u00e9e, efforts pour rem\u00e9dier au caract\u00e8re quasi automa\u00adtique de la confirmation). En m\u00eame temps, beaucoup d&rsquo;entre elles remettent en question la pratique du bapt\u00eame des petits enfants. Th\u00e9ologiquement justifi\u00e9 comme signe de la gr\u00e2ce pr\u00e9venante de Dieu, le p\u00e9dobaptisme risque en effet de perdre son sens lorsque les parents, plus ou moins d\u00e9tach\u00e9s de l\u2019\u00c9glise, n&rsquo;y voient plus qu&rsquo;un rite social. Mais, parall\u00e8le\u00adment, les \u00c9glises de professants \u00e9voluent : d&rsquo;une part, elles reconnaissent que le type professant est devenu \u00e0 son tour un mod\u00e8le traditionnel (on est professant de p\u00e8re en fils, par tradition familiale) ; d&rsquo;autre part, elles sont beaucoup plus r\u00e9serv\u00e9es sur le caract\u00e8re \u00e9motionnel et affectif des profes\u00adsions de foi individuelles.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Ces osmoses entre les types eccl\u00e9siaux sont le signe d&rsquo;une recherche de nouvelles formes de vie communautaire, \u00e0 la fois plus ouvertes vers l&rsquo;ext\u00e9rieur et plus centr\u00e9es sur des projets communs. L&rsquo;existence dans le protestantisme, comme dans le catholicisme, de groupes informels contestataires (ap\u00adpel\u00e9s aussi communaut\u00e9s de base ou \u00c9glise souterraine) est un autre sympt\u00f4me de cette inqui\u00e9tude et de cette recherche.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><b>LE PROTESTANTISME <\/b><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><b>A LA RECHERCHE DE SON UNIT\u00c9<\/b><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Ce sont les missions qui ont le mieux fait sentir aux \u00c9glises protestantes le scandale de leurs divisions, scandale \u00e9prouv\u00e9 de fa\u00e7on bien plus dramatique dans les champs missionnaires que dans les pays de vieille chr\u00e9tient\u00e9. Les indig\u00e8nes, en <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000080;\"><span lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">effet ne<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"> cessaient de demander pourquoi le m\u00eame \u00c9vangile donnait lieu \u00e0 la constitution d\u2019\u00c9glises diff\u00e9rentes, voire concurrentes. Ainsi, d\u00e8s 1910, la premi\u00e8re conf\u00e9rence missionnaire mon\u00addiale, r\u00e9unie \u00e0 \u00c9dimbourg, demandait-elle aux \u00c9glises de chercher inlassablement la voie de l&rsquo;unit\u00e9. Sans doute les divisions internes du protestantisme n&rsquo;avaient-elles pas eu dans le pass\u00e9 un caract\u00e8re dramatique ; elles avaient tout de m\u00eame rendu la communion eucharistique impossible entre anglicans et protestants et souvent entre luth\u00e9riens et r\u00e9for\u00adm\u00e9s. Les circonstances politiques, la pers\u00e9cution dans certains pays, la difficult\u00e9 des communications avaient rendu difficile au XVIIe si\u00e8cle tout effort de rapprochement. Aussi bien les diff\u00e9rents courants de la R\u00e9forme \u00e9taient-ils cristallis\u00e9s en orthodoxies rigides. Le synode de Dordrecht (1631), qui s&rsquo;\u00e9tait propos\u00e9 d&rsquo;obtenir un accord, fut un \u00e9chec. Au XVIIIe si\u00e8cle et pendant une bonne partie du XIXe, le protes\u00adtantisme fut secou\u00e9 par de nombreux conflits doctrinaux rationalisme, pi\u00e9tisme, orthodoxie, lib\u00e9ralisme, qui eurent pour effet de cr\u00e9er de vives tensions \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de chacune des \u00c9glises, ce qui n&rsquo;\u00e9tait point favorable \u00e0 une r\u00e9unification. Les tentatives ne manqu\u00e8rent pas, surtout au XIXe si\u00e8cle ; mais, d&rsquo;une part, elles eurent lieu sur le plan national, d&rsquo;autre part, elles se heurt\u00e8rent \u00e0 la division des esprits \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de chaque \u00c9glise. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;en France, d\u00e8s 1841, de nombreuses assembl\u00e9es r\u00e9clam\u00e8rent l&rsquo;union des r\u00e9form\u00e9s et des luth\u00e9riens ; vainement d&rsquo;ailleurs, car les luth\u00e9riens pas\u00adsaient pour lib\u00e9raux, tandis qu&rsquo;une bonne partie des r\u00e9form\u00e9s avaient \u00e9t\u00e9 touch\u00e9s par le r\u00e9veil pi\u00e9tiste.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Les associations de jeunesse <\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>et de mission interpellent les \u00c9glises<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Pour que s&rsquo;amor\u00e7\u00e2t le mouvement de r\u00e9unification, il fallait que f\u00fbt d\u00e9pass\u00e9 le cadre national trop \u00e9troit. C&rsquo;est ce qui se produisit avec l&rsquo;apparition des mouvements de jeunesse inter\u00adnationaux et interconfessionnels : l&rsquo;Alliance universelle des unions chr\u00e9tiennes de jeunes gens (fond\u00e9e \u00e0 Paris en 1855),<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">l&rsquo;Alliance universelle des unions chr\u00e9tiennes de jeunes filles (1894) et la F\u00e9d\u00e9ration universelle des associations chr\u00e9tiennes d&rsquo;\u00e9tudiants (1895). Tous ces mouvements \u00e9taient caract\u00e9ris\u00e9s par une pr\u00e9occupation d&rsquo;\u00e9vang\u00e9lisation qui d\u00e9passait le cadre des \u00c9glises de la R\u00e9forme. Ils donn\u00e8rent \u00e0 la jeune g\u00e9n\u00e9ration le sens de l&rsquo;universalit\u00e9 et lui permirent de vivre une exp\u00e9\u00adrience d&rsquo;unit\u00e9 transconfessionnelle. La charte des U.C.J.G, dite base de Paris, qui devait servir de fondement \u00e0 toutes ces associations, est significative : \u00ab Les Unions chr\u00e9tiennes de jeunes gens ont pour but d&rsquo;unir entre eux tous les jeunes qui reconnaissent, conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019\u00c9criture, J\u00e9sus-Christ comme leur Dieu et leur Sauveur, sont ses disciples dans leur foi et dans leur vie et veulent ensemble \u00e9tendre le Royaume de leur Ma\u00eetre parmi les jeunes. \u00bb Le mouvement cherche l&rsquo;unit\u00e9 au-del\u00e0 des divisions eccl\u00e9siastiques. En outre, c&rsquo;est un mouve\u00adment de la\u00efcs, et il n&rsquo;est soumis au contr\u00f4le d&rsquo;aucune autorit\u00e9 eccl\u00e9siastique.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Les missions ne tard\u00e8rent pas \u00e0 poser la m\u00eame question : l&rsquo;\u00e9vang\u00e9lisation ne suppose-t-elle pas le d\u00e9passement des fron\u00adti\u00e8res confessionnelles ?<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">L&rsquo;action conjugu\u00e9e des missions et des mouvements de jeunesse r\u00e9ussit \u00e0 cr\u00e9er un climat nouveau o\u00f9 la recherche de l&rsquo;unit\u00e9 devint possible. Aussi bien les menaces annon\u00e7ant la premi\u00e8re guerre mondiale, la prise de conscience de la d\u00e9\u00adchristianisation profonde du monde occidental incitaient-elles les \u00c9glises \u00e0 se poser avec plus de vigueur la question : avons-nous failli \u00e0 notre t\u00e2che et, si c&rsquo;est le cas, la cause n&rsquo;en est-elle pas notre absence d&rsquo;unit\u00e9 ?<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>L&rsquo;unit\u00e9 se cherche<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>dans le mouvement \u0153cum\u00e9nique<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Ces exp\u00e9riences et ces questions devaient donner naissance au mouvement \u0153cum\u00e9nique du XXe si\u00e8cle.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Le protestantisme a tendance \u00e0 penser qu&rsquo;unit\u00e9 ne signifie pas uniformit\u00e9 et qu&rsquo;il y a int\u00e9r\u00eat \u00e0 maintenir une grande diversit\u00e9 de traditions religieuses, de styles de pi\u00e9t\u00e9, de formes liturgiques, et que l\u2019\u00c9glise doit donner l&rsquo;exemple du refus de la centralisation administrative. L&rsquo;unit\u00e9 lui parait pleinement r\u00e9alis\u00e9e lorsque sont tomb\u00e9es toutes les barri\u00e8res qui emp\u00ea\u00adchaient les fid\u00e8les de se retrouver autour de la m\u00eame table de communion eucharistique. Quant \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9 dans l&rsquo;action, la mission, le t\u00e9moignage et le service des hommes, elle se r\u00e9alise d\u00e9j\u00e0 soit au niveau du conseil \u0153cum\u00e9nique, soit au niveau des conseils r\u00e9gionaux (comme le Conseil chr\u00e9tien du <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Sud-Est asiatique ou le Conseil des \u00c9glises de toute l&rsquo;Afrique), ou de conseils nationaux (comme le Conseil national des \u00c9glises du Christ aux \u00c9tats-Unis, la F\u00e9d\u00e9ration protestante de France, l&rsquo;Evangelische Kirche in Deutschland, etc.).<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">De toute fa\u00e7on, le fondement spirituel et doctrinal d l&rsquo;unit\u00e9 protestante semble \u00eatre fermement pos\u00e9 en ce qui concerne les grandes \u00c9glises issues de la R\u00e9forme. La proph\u00e9tie de Bossuet, qui, pendant plus de deux si\u00e8cles, a paru se r\u00e9aliser, est maintenant \u00e0 bout de souffle.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Cependant, il faut tenir compte pour le protestantisme comme d&rsquo;ailleurs pour le catholicisme, d&rsquo;une autre hypoth\u00e8se en ce qui concerne l&rsquo;avenir : des clivages nouveaux apparais\u00adsent au sein des \u00c9glises chr\u00e9tiennes. Ils ne portent plus sur les d\u00e9bats classiques qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;origine de la rupture du XVIe si\u00e8cle ou \u00e0 l&rsquo;origine des scissions \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du protestan\u00adtisme lui-m\u00eame. Ils portent sur des d\u00e9bats tant\u00f4t de th\u00e9ologie proprement dite, tant\u00f4t d&rsquo;\u00e9thique sociale et politique. D&rsquo;une part, en effet, le grand succ\u00e8s connu par les th\u00e8ses de <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000080;\"><span lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Bultmann et<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"> de ses \u00e9l\u00e8ves concernant la d\u00e9mythisation de l\u2019\u00c9criture, c&rsquo;est-\u00e0-dire la distinction entre le message central de l\u2019\u00c9criture (ou \u00ab k\u00e9rygme \u00bb) et les images du monde pr\u00e9scientifiques dans lesquelles ce k\u00e9rygme s&rsquo;est exprim\u00e9, ont fait rena\u00eetre dans toutes les \u00c9glises des discussions passion\u00adn\u00e9es sur l&rsquo;interpr\u00e9tation de l\u2019\u00c9criture (herm\u00e9neutique) et ont naturellement donn\u00e9 naissance \u00e0 des modes de pr\u00e9dication et d&rsquo;enseignement nouveaux. D&rsquo;autre part, beaucoup de chr\u00e9\u00adtiens, tant protestants que catholiques, s&rsquo;interrogent sur la solidarit\u00e9 de fait qu&rsquo;ils croient d\u00e9celer entre l\u2019\u00c9glise, comme institution, et les diverses formes de pouvoir politique et \u00e9conomique. Ils cherchent \u00e0 d\u00e9finir les voies d&rsquo;un christia\u00adnisme plus r\u00e9volutionnaire et plus contestataire. Ils pensent volontiers que l&rsquo;avenir de l\u2019\u00c9glise se joue sur sa capacit\u00e9 d&rsquo;engagement aux c\u00f4t\u00e9s des opprim\u00e9s, des victimes de l&rsquo;injus\u00adtice et de l&rsquo;ali\u00e9nation. Ils ont tendance \u00e0 penser que l&rsquo;ortho\u00addoxie ne doit pas l&#8217;emporter sur l&rsquo;orthopraxie. Au XVIe si\u00e8cle, la question d\u00e9cisive \u00e9tait bien celle du salut par pure gr\u00e2ce ; au XXe si\u00e8cle, c&rsquo;est celle du service du prochain par le moyen d&rsquo;une r\u00e9volution dans les structures \u00e9conomiques et sociales. Hier, il s&rsquo;agissait de l&rsquo;interpr\u00e9tation correcte de l&rsquo;\u00ab \u00c9p\u00eetre aux Romains \u00bb ; aujourd&rsquo;hui, il s&rsquo;agit de prendre au s\u00e9rieux le grand r\u00e9cit du jugement dernier de \u00ab Matthieu, XXV \u00bb. On n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 parler d&rsquo;une th\u00e9ologie de la r\u00e9volution. Ces nouveaux clivages qui apparaissent dans toute la chr\u00e9tient\u00e9 auront-ils demain comme cons\u00e9quence de nouvelles ruptures, impr\u00e9visibles \u00e0 l&rsquo;heure actuelle ? La question doit \u00eatre pos\u00e9e.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><b>LE PROTESTANTISME <\/b><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><b>DANS LA SOCI\u00c9T\u00c9 GLOBALE <\/b><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><b>L&rsquo;\u00c9THIQUE SOCIALE PROTESTANTE<\/b><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Il est bien clair que, suivant les \u00e9poques et suivant les r\u00e9gions du monde, le protestantisme a entretenu avec la soci\u00e9t\u00e9 globale et avec l\u2019\u00c9tat des relations tr\u00e8s diff\u00e9rentes. Cette vari\u00e9t\u00e9 est encore accus\u00e9e si l&rsquo;on consid\u00e8re le caract\u00e8re majo\u00adritaire ou le caract\u00e8re minoritaire du protestantisme dans les diff\u00e9rents pays. Dans les pays scandinaves, le protestantisme repr\u00e9sente 95 % de la population, le roi est th\u00e9oriquement le chef de l\u2019\u00c9glise et certaines d\u00e9cisions eccl\u00e9siastiques, de carac\u00adt\u00e8re g\u00e9n\u00e9ralement administratif, font l&rsquo;objet d&rsquo;un vote au Parlement. En France, il est tr\u00e8s minoritaire : 850000 fid\u00e8les sur une population de 50 millions d&rsquo;habitants. Il a derri\u00e8re lui une histoire difficile : ayant conquis pr\u00e8s de la moiti\u00e9 du royaume vers 1560, il est contraint, \u00e0 partir de 1685 (r\u00e9voca\u00adtion de l&rsquo;\u00c9dit de Nantes), \u00e0 une existence clandestine qui <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">durera jusqu&rsquo;\u00e0 la veille de la R\u00e9volution. Ayant re\u00e7u du Premier Consul un statut officiel, qui le met sous la d\u00e9pendance de l\u2019\u00c9tat, il conna\u00eetra des fortunes vari\u00e9es au cours du XIXe si\u00e8cle ; souvent en butte aux tracasseries administratives, il acceptera avec enthousiasme la loi de s\u00e9paration de 1905. La confrontation de ces deux exemples suffit \u00e0 faire com\u00adprendre combien l&rsquo;int\u00e9gration du protestantisme dans la so\u00adci\u00e9t\u00e9 globale fut variable.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Les consciences s&rsquo;\u00e9veillent au respect des libert\u00e9s<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Il nous para\u00eet possible de d\u00e9gager, \u00e0 la lumi\u00e8re de l&rsquo;exp\u00e9rience des derni\u00e8res d\u00e9cennies, un certain nombre de r\u00e8gles de conduite, appliqu\u00e9es par les \u00c9glises protestantes dans le do\u00admaine de l&rsquo;action politique et sociale.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Elles ne prennent position ni en faveur des id\u00e9ologies politiques, quelles qu&rsquo;elles soient, ni contre elles. Le marxisme lui-m\u00eame n&rsquo;a fait l&rsquo;objet d&rsquo;aucune condamnation officielle de principe de la part des autorit\u00e9s protestantes. L&rsquo;exp\u00e9rience des \u00c9glises situ\u00e9es dans les pays communistes de l&rsquo;Est est que le t\u00e9moignage chr\u00e9tien peut et doit \u00eatre rendu dans les r\u00e9gimes communistes comme dans les r\u00e9gimes capitalistes et que, si les obstacles rencontr\u00e9s ici et l\u00e0 ne sont pas de m\u00eame nature, ils ne sont pas moins r\u00e9els ici et l\u00e0. Aussi voit-on les \u00c9glises protestantes en R\u00e9publique d\u00e9mocratique allemande, en Tch\u00e9coslovaquie, en Hongrie exhorter leurs fid\u00e8les \u00e0 participer loyalement \u00e0 l&rsquo;\u00e9dification d&rsquo;un \u00c9tat socialiste, sans rien renier de leurs convictions chr\u00e9tiennes, c&rsquo;est-\u00e0-dire sans adh\u00e9rer \u00e0 l&rsquo;id\u00e9ologie marxiste. On con\u00e7oit que ce soit l\u00e0 un pari difficile \u00e0 tenir. Mais il est effectivement tent\u00e9.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Sans lien avec les diverses id\u00e9ologies, les interventions publiques des \u00c9glises portent uniquement sur des probl\u00e8mes concrets o\u00f9 se trouvent manifestement engag\u00e9s l&rsquo;existence, la survie, la libert\u00e9, la dignit\u00e9 de l&rsquo;homme, son droit \u00e0 s&rsquo;expri\u00admer pleinement et o\u00f9 ces \u00c9glises peuvent justifier, \u00e0 partir de leur foi, leurs interventions dans la vie de la soci\u00e9t\u00e9 globale.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, les \u00c9glises protestantes paraissent pr\u00e9\u00adf\u00e9rer les interventions publiques aux moyens de pression occultes. Elles s&rsquo;efforcent d&rsquo;alerter et d&rsquo;informer l&rsquo;opinion. Il se peut qu&rsquo;elles recourent \u00e0 des moyens ayant valeur de pression ; mais elles ont tendance alors \u00e0 le d\u00e9clarer ouver\u00adtement. C&rsquo;est ainsi que plusieurs grandes \u00c9glises am\u00e9ricaines, fort riches, ont notifi\u00e9 aux banques qui financent les \u00c9tats s\u00e9gr\u00e9gationnistes d&rsquo;Afrique du Sud, le retrait de leurs capitaux et ont fait conna\u00eetre leur d\u00e9cision par la presse.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">La plupart du temps, les \u00c9glises protestantes ne se recon\u00adnaissent pas le droit de proposer aux probl\u00e8mes cruciaux de l&rsquo;heure des solutions techniques, qui ne sont pas de leur comp\u00e9tence. Elles consid\u00e8rent qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;exemple des proph\u00e8tes de l&rsquo;Ancien Testament elles doivent surtout avertir d&rsquo;un danger, mettre en garde, voire d\u00e9noncer des pratiques inadmissibles.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Il arrive que les \u00c9glises protestantes se joignent \u00e0 d&rsquo;autres mouvements pour mener \u00e0 bien une campagne d&rsquo;information. Mais elles ne le font que pour un temps et un objectif limit\u00e9s. \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque actuelle, elles s&rsquo;efforcent plut\u00f4t d&rsquo;agir en collabo\u00adration avec d&rsquo;autres \u00c9glises chr\u00e9tiennes, sp\u00e9cialement avec l\u2019\u00c9glise catholique romaine.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Elles consid\u00e8rent que leur minist\u00e8re politique est d&rsquo;\u00e9veiller au sein des paroisses ou de mouvements sp\u00e9cialis\u00e9s, le sens de la responsabilit\u00e9 civique et sociale des fid\u00e8les, lesquels sont convi\u00e9s \u00e0 s&rsquo;engager librement dans les partis ou syndicats ou autres organisations familiales, culturelles (maisons de la culture, associations de parents et \u00e9l\u00e8ves, etc.) de leur choix. Le protestantisme, en effet, a toujours consid\u00e9r\u00e9 que l\u2019\u00c9glise n&rsquo;avait pas \u00e0 limiter la libert\u00e9 d&rsquo;action de ses fid\u00e8les, mais qu&rsquo;elle devait les aider \u00e0 faire eux-m\u00eames, en toute connais\u00adsance de cause, leurs choix. Il est des questions particuli\u00e8rement urgentes (la lutte contre le racisme, pour le d\u00e9veloppe\u00adment) qui requi\u00e8rent un engagement collectif de l\u2019\u00c9glise ; d&rsquo;autres, o\u00f9 l\u2019\u00c9glise, tenant compte de la diversit\u00e9 des options personnelles, ne peut que susciter l&rsquo;engagement individuel de ses membres, selon les modalit\u00e9s qui leur para\u00eetront convena\u00adbles. En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, et sauf de tr\u00e8s rares exceptions (aux Pays-Bas, dans tel canton de Suisse al\u00e9manique), les \u00c9glises protestantes, par respect de la la\u00efcit\u00e9, se sont refus\u00e9, m\u00eame lorsqu&rsquo;elles sont majoritaires, \u00e0 constituer des partis ou des syndicats dits chr\u00e9tiens.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Les quelques indications que nous donnons sur l&rsquo;\u00e9thique sociale des \u00c9glises protestantes \u00e0 l&rsquo;heure actuelle ne doivent cependant pas faire oublier qu&rsquo;il existe en elles bien des courants pi\u00e9tistes qui estiment qu&rsquo;il y a une distance telle entre l&rsquo;\u00c9vangile et le monde qu&rsquo;il convient de maintenir une distinction absolue entre le spirituel et le temporel et que l\u2019\u00c9glise doit uniquement se consacrer au soin des \u00ab \u00e2mes \u00bb. Bien que ces courants soient en r\u00e9gression, ils peuvent, ici et l\u00e0, paralyser les initiatives de l\u2019\u00c9glise. Leur existence explique que quelques communaut\u00e9s protestantes, peu nombreuses, n&rsquo;ont pas cru jusqu&rsquo;ici pouvoir rejoindre le Conseil \u0153cum\u00e9nique.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><b>PRATIQUE ET PI\u00c9T\u00c9 <\/b><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><b>DANS LE PROTESTANTISME<\/b><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Les \u00e9tudes scientifiques concernant ces probl\u00e8mes d\u00e9licats ne sont pas encore tr\u00e8s nombreuses et c&rsquo;est pourquoi nous ne pouvons donner ici que des indications g\u00e9n\u00e9rales.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Le salut est li\u00e9 \u00e0 la foi, non aux \u0153uvres<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">La pratique est plus difficile \u00e0 cerner dans le protestantisme que dans le catholicisme, car elle ne fait l&rsquo;objet d&rsquo;aucune codification canonique. La limite entre le n\u00e9cessaire et le sur\u00e9rogatoire n&rsquo;est pas trac\u00e9e et cela pour une raison doctri\u00adnale : \u00e9viter la reconstitution d&rsquo;une religion du m\u00e9rite. La pratique est seulement une aide pour la foi. On peut, certes, d&rsquo;un point de vue sociologique, appliquer au protestantisme les cat\u00e9gories de pratiquants que Gabriel Le Bras a d\u00e9finies pour le catholicisme : d\u00e9tach\u00e9s et indiff\u00e9rents, pratiquants saisonniers, pratiquants r\u00e9guliers, d\u00e9vots, mais les d\u00e9limita\u00adtions \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du protestantisme sont moins nettes, parce que les actes de la pratique sont \u00e0 la fois moins nombreux et moins rigoureusement d\u00e9finis (le protestantisme ne conna\u00eet ni <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">la confession auriculaire obligatoire ni l&rsquo;extr\u00eame-onction. ; le mariage n&rsquo;est pas consid\u00e9r\u00e9 comme un sacrement ; la R\u00e9\u00adforme n&rsquo;a retenu que les deux sacrements attest\u00e9s par l\u2019\u00c9criture : le bapt\u00eame et la sainte C\u00e8ne). En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, sauf dans les r\u00e9gions o\u00f9 le protestantisme est tr\u00e8s minoritaire, la participation au culte est plus faible dans les \u00c9glises de la R\u00e9forme que dans l\u2019\u00c9glise catholique.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Une autre diff\u00e9rence caract\u00e9rise les deux types de prati\u00adque : le catholique reconna\u00eet la pr\u00e9sence de l\u2019\u00c9glise l\u00e0 o\u00f9 il y a un pr\u00eatre et un sanctuaire ; le protestant reconna\u00eet la pr\u00e9sence de l\u2019\u00c9glise \u00e0 l&rsquo;existence d&rsquo;une communaut\u00e9 locale, n&rsquo;e\u00fbt-elle point de pasteur. En cons\u00e9quence, le catholique m\u00eame fid\u00e8le et engag\u00e9 dans les \u0153uvres de l\u2019\u00c9glise, peut fort bien pratiquer en dehors de la communaut\u00e9 paroissiale \u00e0 laquelle il est rattach\u00e9 (c&rsquo;est tr\u00e8s souvent le cas dans les villes), le protestant est, en revanche, beaucoup plus attach\u00e9 \u00e0 sa paroisse. Le catholicisme poss\u00e8de de nombreux sanctuaires qui ne sont pas le centre de communaut\u00e9s paroissiales, le protestantisme ignore \u00e0 peu pr\u00e8s totalement ce ph\u00e9nom\u00e8ne. L&rsquo;insistance sur la communaut\u00e9 paroissiale est signifi\u00e9e d&rsquo;une fa\u00e7on particuli\u00e8rement nette dans une \u00e9volution importante de la pratique eucharistique. Contrairement au v\u0153u des r\u00e9forma\u00adteurs, la tradition s&rsquo;\u00e9tait \u00e9tablie dans les \u00c9glises de la R\u00e9forme de ne c\u00e9l\u00e9brer la sainte C\u00e8ne que lors des grandes f\u00eates chr\u00e9\u00adtiennes (pratiquement quatre fois par an). Cette tradition s&rsquo;inspirait de la crainte du magisme sacramentel, que la d\u00e9votion populaire favorise ordinairement. Aujourd&rsquo;hui, cette tradition s&rsquo;effrite : sous l&rsquo;influence du renouveau th\u00e9ologique marqu\u00e9 par Karl Barth, des \u00e9tudes sur le culte dans l\u2019\u00c9glise primitive, du renouveau liturgique, tr\u00e8s sensibles depuis un demi-si\u00e8cle, mais aussi pour sceller plus fortement la vie communautaire, la sainte C\u00e8ne est c\u00e9l\u00e9br\u00e9e beaucoup plus fr\u00e9quemment. De nombreux essais ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 faits pour donner toute sa signification communautaire \u00e0 la sainte C\u00e8ne en l&rsquo;int\u00e9grant au sein d&rsquo;un v\u00e9ritable repas r\u00e9unissant les fid\u00e8les.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><span style=\"font-style: normal;\"><b>Liturgie et vie mystique<\/b><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Quant \u00e0 la vie liturgique, elle a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e au cours du dernier demi-si\u00e8cle par deux tendances : la plus ancienne (tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9e dans le mouvement allemand dit de Berneuchen, dans le mouvement suisse \u00ab \u00c9glise et Liturgie \u00bb ou dans la <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Communaut\u00e9 internationale de Taiz\u00e9) visait \u00e0 enrichir la liturgie protestante, souvent assez pauvre, surtout dans les \u00c9glises r\u00e9form\u00e9es, de tout le tr\u00e9sor liturgique de l\u2019\u00c9glise ancienne et \u00e0 introduire dans la liturgie des moments d&rsquo;adora\u00adtion plus marqu\u00e9s. La seconde, plus r\u00e9cente, nourrie par les recherches du Conseil \u0153cum\u00e9nique sur les nouvelles formes de culte \u00e0 une \u00e9poque s\u00e9cularis\u00e9e, vise, au contraire, \u00e0 introduire dans le culte la spontan\u00e9it\u00e9, le dialogue, les formes musicales les plus modernes, ainsi que les instruments qui jusqu&rsquo;ici n&rsquo;avaient pas l&rsquo;estampille du sacr\u00e9.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">On a souvent relev\u00e9 le caract\u00e8re peu mystique de la pi\u00e9t\u00e9 protestante. Bien que le terme \u00ab mystique \u00bb ait des acceptions extr\u00eamement diverses, on peut dans l&rsquo;ensemble ratifier ce jugement.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">L&rsquo;\u00e9limination de la mystique a sa source dans les options th\u00e9ologiques du protestantisme : d&rsquo;une part, l&rsquo;affirmation qu&rsquo;il n&rsquo;y a qu&rsquo;un seul m\u00e9diateur entre Dieu et l&rsquo;homme, le Christ <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">des \u00c9vangiles \u2013 et qu&rsquo;on n&rsquo;a acc\u00e8s \u00e0 Dieu que par le Christ \u2013 exclut toute tentation de contempler Dieu face \u00e0 face et de se perdre en lui. Si mystique il y a dans le protestantisme, elle ne peut prendre forme que dans cet effort de \u00ab contempora\u00adn\u00e9it\u00e9 \u00bb (Kierkegaard) avec le Christ, qui est, bien s\u00fbr, le ressuscit\u00e9 mont\u00e9 au ciel, mais qui restera jusqu&rsquo;\u00e0 la fin des temps le crucifi\u00e9 de Golgotha ; d&rsquo;autre part, le personnalisme protestant s&rsquo;\u00e9loigne de toute relation avec Dieu, qui ne serait pas une relation interpersonnelle, o\u00f9 chacun des partenaires conserve jusque dans la communion la plus profonde son identit\u00e9. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;\u00e0 la diff\u00e9rence des P\u00e8res de l\u2019\u00c9glise et de la th\u00e9ologie orientale, le protestantisme ne voit pas l&rsquo;avenir de l&rsquo;homme comme une divinisation, mais bien comme un acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9 authentique, dont le Christ est le premier-n\u00e9. C&rsquo;est l&rsquo;esp\u00e9rance de cette manifestation d&rsquo;une humanit\u00e9 pl\u00e9ni\u00e8re qui a conduit le protestantisme \u00e0 miser d\u00e8s mainte\u00adnant sur la libert\u00e9 et la responsabilit\u00e9 du chr\u00e9tien. Le protes\u00adtant n&rsquo;est pas, ou du moins ne doit pas \u00eatre, un homme dirig\u00e9, mais un chr\u00e9tien adulte. La cure d&rsquo;\u00e2me est certaine\u00adment l&rsquo;une des charges du minist\u00e8re pastoral, non pas la direction de conscience. La nuance est importante, m\u00eame si, en pratique, la limite entre les deux fonctions reste un probl\u00e8me.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Ce que nous voulons souligner ici, c&rsquo;est une vis\u00e9e constante du protestantisme : faire de chaque baptis\u00e9 d\u00fbment instruit (\u00e9cole du dimanche, cat\u00e9chisme) un homme qui assumera pleinement sa libert\u00e9, ne sera pas soumis \u00e0 un directeur de conscience et sera \u00e0 m\u00eame de participer, sur pied d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">avec les pasteurs, au gouvernement de l\u2019\u00c9glise. Mais il est bien \u00e9vident qu&rsquo;une telle vis\u00e9e n&rsquo;aura de chances de se r\u00e9aliser que dans la mesure o\u00f9 le protestant aura une conscience suffisamment vive du contenu de sa foi et de ses implications. Dans une civilisation s\u00e9cularis\u00e9e, cette conscience ne se d\u00e9ve\u00adloppe pas spontan\u00e9ment. La croissance dans la foi ne va pas de pair avec le d\u00e9veloppement intellectuel et la foi risque de rester infantile. C&rsquo;est pourquoi la promotion des la\u00efcs est un objectif constant du protestantisme. Elle a \u00e9t\u00e9 syst\u00e9matique\u00adment pouss\u00e9e depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Le Conseil \u0153cum\u00e9nique, par son d\u00e9partement des la\u00efcs, y a beaucoup encourag\u00e9 les \u00c9glises. \u00c0 des institutions d\u00e9j\u00e0 anciennes, comme les \u00e9coles du dimanche pour adultes, tr\u00e8s r\u00e9pandues aux \u00c9tats-Unis, se sont ajout\u00e9es des institutions nouvelles, tels les acad\u00e9mies \u00e9vang\u00e9liques en Allemagne et en Suisse, les centres de formation et de recherche en France, qui r\u00e9unissent en session d&rsquo;assez longue dur\u00e9e des la\u00efcs, g\u00e9n\u00e9ralement group\u00e9s par professions, classes d&rsquo;\u00e2ge, pour \u00e9tudier avec eux la signification de la foi chr\u00e9tienne au niveau des probl\u00e8mes qu&rsquo;ils vivent dans leur profession, dans leur vie civique ou technique.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>La lecture scientifique de la Bible est encourag\u00e9e<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Cette institutionnalisation de la formation des la\u00efcs intervient \u00e0 un moment o\u00f9 la complexit\u00e9 des probl\u00e8mes que chacun affronte dans sa vie est telle que la pi\u00e9t\u00e9 individuelle et la r\u00e9flexion solitaire n&rsquo;en viennent plus \u00e0 bout. \u00c0 quoi s&rsquo;ajoute le fait que le protestantisme conna\u00eet, \u00e0 l&rsquo;heure actuelle et depuis plusieurs d\u00e9cennies, un d\u00e9clin des formes et des pra\u00adtiques de pi\u00e9t\u00e9 individuelle et familiale qui avaient fait sa force dans le pass\u00e9 : la lecture quotidienne de la Bible, le<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">culte familial par le p\u00e8re ou la m\u00e8re de famille \u2014 bien qu&rsquo;aucune enqu\u00eate d&rsquo;ensemble n&rsquo;ait \u00e9t\u00e9 faite sur ce point \u2014 apparaissent comme des pratiques du pass\u00e9 li\u00e9es \u00e0 une struc\u00adture patriarcale de la famille. Aussi bien faut-il reconna\u00eetre que dans notre culture actuelle, la lecture na\u00efve de l\u2019\u00c9criture, telle que l&rsquo;avaient pratiqu\u00e9e, pendant des si\u00e8cles, les paysans c\u00e9venols par exemple, n&rsquo;est plus suffisante pour nourrir une foi adulte. Aussi a-t-on vu se d\u00e9velopper dans le protestantisme, parfois en collaboration avec des groupes catholiques, tout un effort communautaire de lecture et d&rsquo;interpr\u00e9tation de la Bible qui tient compte des acquisitions de l&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se scientifique et d&rsquo;une herm\u00e9neutique actualisante <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote14sym\" name=\"sdfootnote14anc\"><sup>14<\/sup><\/a>.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">La pi\u00e9t\u00e9 protestante s&rsquo;est caract\u00e9ris\u00e9e, d\u00e8s les origines, par sa sobri\u00e9t\u00e9, son refus obstin\u00e9 des d\u00e9votions et des m\u00e9diations autres que celle du Christ, sa crainte, parfois excessive (en particulier chez les r\u00e9form\u00e9s), de tout ritualisme. Elle a subi, au XIXe si\u00e8cle, sous l&rsquo;influence des diverses formes de r\u00e9veil, l&rsquo;assaut d&rsquo;une affectivit\u00e9 romantique, assaut dont l&rsquo;abondante hymnologie protestante de cette \u00e9poque porte la marque. Ce revivalisme, bien qu&rsquo;il survive encore dans bien des jeunes \u00c9glises n\u00e9es des missions du XIXe si\u00e8cle ou dans les mouve\u00adments pentec\u00f4tistes aux \u00c9tats-Unis, est aujourd&rsquo;hui sur son d\u00e9clin. La pi\u00e9t\u00e9 protestante actuelle semble trouver son expression dans une plus grande rigueur liturgique ou dans un modernisme assez d\u00e9pouill\u00e9.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><b>LE STYLE DE LA PENS\u00c9E PROTESTANTE<\/b><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Il est bien \u00e9vident, surtout \u00e0 notre \u00e9poque, qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas une pens\u00e9e protestante unique. La R\u00e9forme du XVIe si\u00e8cle portait d\u00e9j\u00e0 en elle une diversit\u00e9 de courants. Cette diversit\u00e9 est encore plus accentu\u00e9e de nos jours. Les distinctions classiques entre orthodoxes, lib\u00e9raux et pi\u00e9tistes, si tant est qu&rsquo;elles subsistent, ne recouvrent plus la diversit\u00e9 des \u00e9coles : n\u00e9o-luth\u00e9ranisme, n\u00e9o-calvinisme, barthisme, bultmannisme, th\u00e9o\u00adlogies de la mort de Dieu, th\u00e9ologies politiques, th\u00e9ologies diverses qui s&rsquo;efforcent de s&rsquo;inscrire dans un univers s\u00e9cula\u00adris\u00e9, th\u00e9ologies de l&rsquo;esp\u00e9rance, etc. Si cette diversit\u00e9 qui existe \u00e9galement au sein du catholicisme ne peut \u00eatre endigu\u00e9e malgr\u00e9 l&rsquo;existence d&rsquo;un magist\u00e8re doctrinal, \u00e0 combien plus forte raison prend-elle dans le protestantisme une allure de prolif\u00e9ration. Cependant, en faisant abstraction des contenus, et en nous en tenant au style de la <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #800000;\"><span lang=\"zxx\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">pens\u00e9e il<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"> para\u00eet possible de d\u00e9gager certaines constantes de la pens\u00e9e protestante.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Le protestantisme fait appel \u00e0 <\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>l&rsquo;intelligence de la Parole<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Elle est assur\u00e9ment marqu\u00e9e par un certain intellectualisme. M\u00eame si le protestantisme n&rsquo;est pas la religion du Livre, il reste qu&rsquo;\u00e9tant la religion de la Parole, d&rsquo;une Parole intelligi\u00adble, il fera appel \u00e0 toutes les capacit\u00e9s intellectuelles de l&rsquo;homme et exigera de lui un effort culturel permanent. La R\u00e9forme ne s&rsquo;est pas born\u00e9e \u00e0 dresser des \u00c9glises partout elle l&rsquo;a pu, elle a cr\u00e9\u00e9 des \u00e9coles, des acad\u00e9mies et des universit\u00e9s. Michelet a vu juste en \u00e9crivant : \u00ab L&rsquo;\u00e9cole, c&rsquo;est le premier mot de la R\u00e9forme le plus grand. Que veut dire pays protestants ? Les pays o\u00f9 l&rsquo;on sait lire, o\u00f9 la religion tout enti\u00e8re repose sur la lecture&#8230; \u00bb La R\u00e9forme a \u00e9t\u00e9 une r\u00e9volution doctrinale entreprise par des docteurs et elle a voulu que chaque pasteur soit un docteur. On doit \u00e0 la R\u00e9forme l&rsquo;id\u00e9e nouvelle de la formation universitaire de tous les pasteurs. Il est certain que l&rsquo;intellectualisme protestant se situe dans ce grand mouvement de pens\u00e9e moderne qui substitue \u00e0 la chose sensible le signe intelligible. La place centrale tenue dans le culte protestant par la pr\u00e9dication tr\u00e8s fortement didactique est sans doute le symbole le plus signi\u00adficatif de cet intellectualisme qui explique aussi la rapidit\u00e9 et la relative facilit\u00e9 avec lesquelles le protestantisme s&rsquo;est ouvert aux sciences ex\u00e9g\u00e9tiques et historiques.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">L&rsquo;un des aspects majeurs de cet intellectualisme est, dans le protestantisme, le sens de l&rsquo;historicit\u00e9. Ce sens se r\u00e9v\u00e8le de deux fa\u00e7ons : d&rsquo;une part, la pens\u00e9e protestante se signale par son refus de laisser voiler les \u00e9v\u00e9nements historiques de la r\u00e9v\u00e9lation par la surcharge des traditions ; d&rsquo;autre part, elle a peu de go\u00fbt pour la th\u00e9ologie sp\u00e9culative. Elle raisonne peu sur l&rsquo;essence de Dieu, elle tient avec saint Augustin que Dieu est en lui-m\u00eame tel qu&rsquo;il se r\u00e9v\u00e8le. Or il se r\u00e9v\u00e8le dans une histoire, et c&rsquo;est dans cette histoire que l&rsquo;homme doit se situer et se comprendre lui-m\u00eame. Ce n&rsquo;est sans doute pas un pur hasard si quelques grands noms de la philosophie de l&rsquo;histoire (Kant, Hegel, Dilthey, Max Weber<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote15sym\" name=\"sdfootnote15anc\"><sup>15<\/sup><\/a>) sont des protestants et souvent m\u00eame, par leur formation intellectuelle, des th\u00e9olo\u00adgiens protestants. Nous avons \u00e9galement not\u00e9 le peu de propension du protestantisme vers la mystique : celle-ci est pr\u00e9cis\u00e9ment une tentative d&rsquo;annulation de l&rsquo;histoire et du temps.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Il n&rsquo;y a pas de sacralisation du donn\u00e9 naturel<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">La pens\u00e9e protestante substitue une dialectique d&rsquo;\u00e9puration \u00e0 la dialectique d&rsquo;int\u00e9gration qui caract\u00e9rise plut\u00f4t le style de pens\u00e9e catholique. Le catholicisme appara\u00eet comme une reli\u00adgion des synth\u00e8ses : le grand effort du thomisme ne consiste-t-il pas \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer, en la baptisant, toute la sagesse pa\u00efenne ? Le protestantisme appara\u00eet comme une religion de rupture : il faut opter entre la nature et la gr\u00e2ce et renoncer \u00e0 chercher un passage de la nature \u00e0 la gr\u00e2ce. Cette diff\u00e9rence fondamen\u00adtale pourrait \u00eatre illustr\u00e9e par la d\u00e9fense catholique des parti\u00adcules conjonctives et leur refus par le protestantisme. Lorsque le catholicisme dit : \u00c9criture et Tradition, la foi et les \u0153uvres, le Christ et Marie, le Christ et les saints, le pr\u00eatre et le la\u00efc, le protestantisme r\u00e9pond : \u00ab sola Scriptura \u00bb, \u00ab sala fides \u00bb, o solus Christus \u00bb, sacerdoce universel de tous les baptis\u00e9s. Cette situation spirituelle n&rsquo;est pas seulement caract\u00e9ristique de l&rsquo;\u00e9poque de la R\u00e9forme. Elle se retrouve \u00e0 l&rsquo;heure actuelle, malgr\u00e9 la profondeur du rapprochement \u0153cum\u00e9nique. Lors\u00adque le concile de Vatican II parle des communaut\u00e9s chr\u00e9tien\u00adnes non catholiques (autres que l\u2019\u00c9glise orthodoxe), il ne conteste pas leur sp\u00e9cificit\u00e9 chr\u00e9tienne ni m\u00eame leur sub\u00adstance eccl\u00e9siale, mais il les juge appauvries, incompl\u00e8tes. Le protestantisme r\u00e9torque que la pl\u00e9nitude catholique est une d\u00e9t\u00e9rioration par l&rsquo;adjonction d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments adventices.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Bien que le terme m\u00eame de \u00ab protestantisme \u00bb ait originel\u00adlement une signification positive, il est ind\u00e9niable qu&rsquo;il est travers\u00e9 par un courant de contestation et que cette contesta\u00adtion porte essentiellement sur la notion m\u00eame de religion. Alors que pour beaucoup de penseurs catholiques, la religion, dans ses formes les plus \u00e9lev\u00e9es, constitue une sorte d&rsquo;antici\u00adpation et d&rsquo;attente de la foi, que toute \u00e2me religieuse est d\u00e9j\u00e0 virtuellement chr\u00e9tienne, beaucoup de penseurs protestants, suivant d&rsquo;ailleurs, souvent en la radicalisant, la doctrine de Luther et de Calvin, consid\u00e8rent que la religion est toujours un alibi pour la foi, voire une forme d&rsquo;incr\u00e9dulit\u00e9 qui mani\u00adfeste la pr\u00e9tention de l&rsquo;homme de r\u00e9gler aussi prudemment que possible ses relations, non pas avec le Dieu vivant, mais avec le sacr\u00e9. Il est significatif que l&rsquo;on retrouve aujourd&rsquo;hui cette pens\u00e9e chez des th\u00e9ologiens aussi diff\u00e9rents que Karl Barth, Bonhoeffer, Harvey Cox. Un th\u00e9ologien protestant qui, comme Paul Tillich, n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 subsumer le chris\u00adtianisme sous le concept g\u00e9n\u00e9ral de religion fait plut\u00f4t figure d&rsquo;isol\u00e9.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Le protestantisme ne majore pas la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019\u00c9glise<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">La pens\u00e9e protestante, si fortement eccl\u00e9siale soit-elle, ne cherche pas \u00e0 majorer la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019\u00c9glise. Don de Dieu aux hommes, l\u2019\u00c9glise n&rsquo;est pas r\u00e9alit\u00e9 divine. T\u00e9moignant des<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">choses derni\u00e8res \u2013 le Royaume \u2013, elle est elle-m\u00eame une r\u00e9alit\u00e9 avant-derni\u00e8re. Bien que corps du Christ, elle n&rsquo;a de sens que dans l&rsquo;\u00e9conomie pr\u00e9sente, elle s&rsquo;effacera devant le Royaume de Dieu qu&rsquo;elle annonce. Entre le temps de l\u2019\u00c9glise et le temps du Royaume, ou \u00e9ternit\u00e9, il y a une discontinuit\u00e9 profonde. La m\u00eame assertion peut \u00eatre reprise sous une autre forme : l\u2019\u00c9glise est toujours militante, jamais triomphante. Elle est une \u00c9glise sous la Croix, jamais une \u00c9glise glorieuse. \u00c0 la diff\u00e9rence des orthodoxes et des catho\u00adliques, les protestants n&rsquo;\u00e9prouvent aucune difficult\u00e9 \u00e0 parler du p\u00e9ch\u00e9 de l\u2019\u00c9glise (et pas seulement du p\u00e9ch\u00e9 des chr\u00e9\u00adtiens). Aussi la d\u00e9marche th\u00e9ologique du protestantisme est-elle fondamentalement une d\u00e9marche christologique : elle ne remonte pas de l\u2019\u00c9glise au Christ, mais elle part du Christ pour d\u00e9couvrir l\u2019\u00c9glise et, si elle ne formule pas une eccl\u00e9sio\u00adlogie tr\u00e8s \u00e9labor\u00e9e, si elle ne majore pas les structures de l\u2019\u00c9glise, mais a, au contraire, tendance \u00e0 les relativiser, c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment pour ne pas diminuer le r\u00f4le souverain du Christ, Parole faite chair. L&rsquo;\u00c9glise, quelles que soient ces structures, devient r\u00e9alit\u00e9 partout o\u00f9 cette Parole est annonc\u00e9e et o\u00f9 les sacrements de cette Parole sont administr\u00e9s. Elle cesse d&rsquo;exis\u00adter lorsque ces \u00e9v\u00e9nements ne se produisent plus.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Le puritanisme n&rsquo;est qu&rsquo;une retomb\u00e9e de l&rsquo;inspiration<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Le protestantisme \u00e9voque parfois chez les non-protestants l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un moralisme aust\u00e8re. C&rsquo;est le th\u00e8me qui revient le plus fr\u00e9quemment dans l&rsquo;image que la litt\u00e9rature fran\u00e7aise donne du protestantisme. Une certaine rigueur de pens\u00e9e, le sens du s\u00e9rieux de l&rsquo;existence personnelle peuvent avoir con\u00adtribu\u00e9 \u00e0 former cette image. Il faut encore ajouter que le protestantisme a connu, par exemple dans le puritanisme, des phases de moralisme ind\u00e9niable. Elles correspondent ordinai\u00adrement \u00e0 un affaiblissement de sa vis\u00e9e originelle. Normale\u00adment, une doctrine qui a pour fondement l&rsquo;affirmation de la gr\u00e2ce souveraine de Dieu devrait donner naissance \u00e0 un style d&rsquo;existence confiant et serein. La crispation moraliste repr\u00e9\u00adsente une sorte de retomb\u00e9e. Le protestantisme ne peut pas<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">pr\u00e9tendre avoir \u00e9t\u00e9 de fa\u00e7on constante \u00e0 la hauteur de son inspiration.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">L&rsquo;histoire l&rsquo;a, par ailleurs, contraint \u00e0 se donner une orga\u00adnisation, \u00e0 se prolonger dans toutes sortes d\u2019\u0153uvres, \u00e0 devenir une \u00c9glise \u00e9tablie. Or le protestantisme \u00e9tait n\u00e9 sous le signe du provisoire, dans l&rsquo;attente de la R\u00e9forme et du renouveau de l\u2019\u00c9glise d&rsquo;Occident. Les dures pol\u00e9miques du XVIIe si\u00e8cle ont contribu\u00e9 \u00e0 lui donner une conscience de soi telle qu&rsquo;il n&rsquo;a pas \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la tentation de se consid\u00e9rer comme une fin en soi. Il a cependant \u00e9t\u00e9 partiellement gard\u00e9 de cette tentation par sa propre eccl\u00e9siologie. Celle-ci lui interdit de confondre le myst\u00e8re de l\u2019\u00c9glise avec une institution, quelle qu&rsquo;elle soit ; elle lui interdit, en d&rsquo;autres termes, de d\u00e9terminer les limites de l\u2019\u00c9glise. Celle-ci est cette soci\u00e9t\u00e9, unique en son genre, qui<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">a un centre \u2013 le Christ \u2013, mais qui n&rsquo;a pas de fronti\u00e8res connues des hommes. D\u00e8s lors, l&rsquo;institution avec ses fron\u00adti\u00e8res, ses statistiques de membres, appara\u00eet comme essentiel\u00adlement relative. Telle nous para\u00eet \u00eatre la raison profonde pour laquelle le protestantisme a trouv\u00e9 dans le mouvement \u0153cum\u00e9nique, dans cette recherche d&rsquo;une unit\u00e9 toujours plus grande et toujours plus ouverte sur le monde, l&rsquo;expression m\u00eame de son attente secr\u00e8te.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Est-ce l&rsquo;heure de la s\u00e9cularisation ?<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Un autre signe actuel t\u00e9moigne de la m\u00eame vis\u00e9e. La grande question qui agite toutes les \u00c9glises de la R\u00e9forme (bien que les solutions n&rsquo;en soient pas encore trouv\u00e9es ni \u00e9labor\u00e9es) : comment l\u2019\u00c9glise, \u00e0 une \u00e9poque de s\u00e9cularisation, qui a tendance \u00e0 enfermer les \u00c9glises dans une position marginale, peut-elle \u00e9chapper \u00e0 la tentation d&rsquo;introversion ? Comment l\u2019\u00c9glise peut-elle \u00eatre une \u00ab \u00c9glise pour les autres \u00bb, une \u00ab \u00c9glise pour le monde \u00bb ? Comment l&rsquo;\u00e9vang\u00e9lisation peut-elle \u00eatre autre chose qu&rsquo;un simple pros\u00e9lytisme ? Comment l\u2019\u00c9glise peut-elle annoncer l\u2019\u00c9vangile dans le service d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 qu&rsquo;elle doit rendre aux pauvres et aux opprim\u00e9s ? Cette probl\u00e9matique dominera la vie du protestantisme dans les prochaines d\u00e9cennies.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">____________________________________________________________________<\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"page-break-before: always;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a><span lang=\"fr-FR\">\u0002 <\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Voir E.-G. L\u00e9onard : <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Histoire g\u00e9n\u00e9rale du protestantisme<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">, t. Ier (Paris, P.U.F, 1961).<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"page-break-before: always;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a><span lang=\"fr-FR\">\u0002 <\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">E.-G. L\u00e9onard : <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Histoire g\u00e9n\u00e9rale du protestantisme<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">, 3 vol. (Paris; P.U.F, 1961-1965) ; H. Hauser : <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>la Naissance du protestantisme<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"> (Paris, P.U.F, 1940) ; P. Imbart de La Tour : <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>les Origines de la R\u00e9forme<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">, 4 vol. (Paris, Firmin-Didot, 1905 \u00e0 1935) ; J. Delumeau : <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Naissance et Affirma\u00adtion de la R\u00e9forme<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"> (Paris, P.U.F, 1965).<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote3\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"page-break-before: always;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a><span lang=\"fr-FR\">\u0002 <\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">A. Renaudet : <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Pr\u00e9r\u00e9forrne et Humanisme \u00e0 Paris pendant les pre\u00admi\u00e8res guerres d&rsquo;Italie<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"> (1495-1517) (Paris, 1916).<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote4\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"page-break-before: always;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a><span lang=\"fr-FR\">\u0002 <\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">H. Strohl : <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Luther jusqu&rsquo;en 1520<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"> (Paris, P.U.F, 1962).<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote5\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"page-break-before: always;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a><span lang=\"fr-FR\">\u0002 <\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Voir R.-J. Lovy : <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>les Origines de la R\u00e9forme fran\u00e7aise<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"> (Paris, Librairie protestante, 1959).<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote6\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"page-break-before: always;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\">6<\/a><span lang=\"fr-FR\">\u0002 <\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Voir W.-G. Moore : <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>la R\u00e9forme allemande et la litt\u00e9rature fran\u00e7aise<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"> (Strasbourg, Facult\u00e9 des lettres, 1930).<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote7\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"page-break-before: always;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote7anc\" name=\"sdfootnote7sym\">7<\/a><span lang=\"fr-FR\">\u0002 <\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Pour un expos\u00e9 d&rsquo;ensemble de la th\u00e9ologie de Calvin, voir F. Wen\u00addel : <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Calvin : sources et \u00e9volution de sa pens\u00e9e religieuse<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"> (Paris, P.U.F, 1950)<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote8\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"page-break-before: always;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote8anc\" name=\"sdfootnote8sym\">8<\/a><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">\u0002 A. Bieler : <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>la Pens\u00e9e \u00e9conomique et sociale de Calvin<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"> (Gen\u00e8ve, Georg, 1959).<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote9\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"page-break-before: always;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote9anc\" name=\"sdfootnote9sym\">9<\/a><span lang=\"fr-FR\">\u0002 <\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">M. Simon : <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>l&rsquo;Anglicanisme<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"> (Paris, A. Colin, 1969).<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote10\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"page-break-before: always;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote10anc\" name=\"sdfootnote10sym\">10<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">A. Dumas : \u00ab <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>La Parole dans la Tradition protestante<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00bb, in Lumi\u00e8re et Vie, no 88 (Lyon).<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote11\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"page-break-before: always;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote11anc\" name=\"sdfootnote11sym\">11<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">A. Dumas : \u00ab <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>La Parole dans la Tradition protestante<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00bb, in Lumi\u00e8re et Vie, no 88.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote12\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"page-break-before: always;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote12anc\" name=\"sdfootnote12sym\">12<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Dieu aurait dict\u00e9 l&rsquo;\u00c9criture dans sa lettre m\u00eame. Voir L. Gaussen : <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Th\u00e9opneustie ou pleine inspiration des Saintes \u00c9critures<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"> (Paris-Gen\u00e8ve, 1840).<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote13\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"page-break-before: always;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote13anc\" name=\"sdfootnote13sym\">13<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">M.A. Chevallier : <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>la Pr\u00e9dication de la Croix<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"> (Paris, Le Cerf, 1971).<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote14\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"page-break-before: always;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote14anc\" name=\"sdfootnote14sym\">14<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\">Des ouvrages comme ceux de S. de Dietrich : <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>le Dessein de Dieu<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"> (Neuch\u00e2tel, Delachaux et Niestl\u00e9, 1945) ; <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>le Renouveau biblique<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"> (Neuch\u00e2tel, Delachaux et Niestl\u00e9, 1945), traduits en de nombreuses langues, ou de R. Voeltzel : <\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Selon les \u00c9critures<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"text-decoration: none;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"letter-spacing: normal;\"><span lang=\"fr-FR\"> (Taiz\u00e9 1965) (et l&rsquo;on pourrait allonger cette liste) sont des instruments destin\u00e9s \u00e0 faciliter une telle lecture. Le succ\u00e8s actuel de groupes qui, telles les \u00e9quipes de Recherche biblique en France, r\u00e9unissent de nombreuses sessions intensives, t\u00e9moigne que le souci d&rsquo;une pi\u00e9t\u00e9 nourrie de la Bible n&rsquo;a pas disparu dans le protestan\u00adtisme. Il subit actuellement une mutation culturelle.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote15\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" style=\"page-break-before: always;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote15anc\" name=\"sdfootnote15sym\">15<\/a>\u0002 Voir <i>La philosophie<\/i>. Marabout<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le protestantisme, n\u00e9 de la R\u00e9forme du XVIe, ne se pr\u00e9\u00adsente, dans l\u2019histoire religieuse de l\u2019Occident, ni comme une religion nouvelle ni m\u00eame comme une forme nouvelle de christianisme. Il se veut r\u00e9forme de l\u2019\u00c9glise d\u2019Occident, r\u00e9forme profonde dans son chef et dans ses membres. Aucune pens\u00e9e schismatique ne pr\u00e9side \u00e0 la naissance du protestantisme. Il s\u2019ins\u00e8re dans une longue tradition de r\u00e9forme de l\u2019\u00c9glise qui remonte au XIIIe si\u00e8cle. Parmi ses anc\u00eatres, certains furent condamn\u00e9s par l\u2019\u00c9glise, d\u2019autres ne le firent pas : hussites et vaudois, Savonarole, Pic de La Mirandole connurent des pers\u00e9cutions, mais saint Bernard, dont on n\u2019est plus \u00e0 souligner la parent\u00e9 avec Luther, malgr\u00e9 ses attaques contre \u00ab l\u2019envahissante et d\u00e9j\u00e0 lourde monarchie du Saint-Si\u00e8ge \u00bb, v\u00e9cut calmement dans l\u2019\u00c9glise&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[785],"tags":[280,647,1275,1276],"class_list":["post-16317","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-traditions","tag-christianisme","tag-histoire","tag-protestantismee","tag-reforme"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.0 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Le protestantisme : A l&#039;\u00e9coute de l&#039;\u00c9criture sainte par Roger Mehl - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-protestantisme-a-lecoute-de-lecriture-sainte-par-roger-mehl\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Le protestantisme : A l&#039;\u00e9coute de l&#039;\u00c9criture sainte par Roger Mehl - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Le protestantisme, n\u00e9 de la R\u00e9forme du XVIe, ne se pr\u00e9\u00adsente, dans l\u2019histoire religieuse de l\u2019Occident, ni comme une religion nouvelle ni m\u00eame comme une forme nouvelle de christianisme. 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