{"id":16357,"date":"2014-10-29T17:57:37","date_gmt":"2014-10-29T16:57:37","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=16357"},"modified":"2014-10-29T17:57:37","modified_gmt":"2014-10-29T16:57:37","slug":"le-dom-juan-de-moliere-et-la-question-du-sacre-au-siecle-de-louis-xiv-par-dominique-dussaussoy","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-dom-juan-de-moliere-et-la-question-du-sacre-au-siecle-de-louis-xiv-par-dominique-dussaussoy\/","title":{"rendered":"Le Dom Juan de Moli\u00e8re et la question du sacr\u00e9 au si\u00e8cle de Louis XIV par Dominique Dussaussoy"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">(Revue Question De. No 52. Avril-Mai-Juin 1983)<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\">Moli\u00e8re fit repr\u00e9senter Dom Juan en f\u00e9vrier 1665. Les d\u00e9vots qui avaient condamn\u00e9 Tartuffe sans l&rsquo;avoir vu d\u00e9sign\u00e8rent d&#8217;embl\u00e9e Dom Juan comme nouvelle source de scan\u00addale : \u00ab Cette pi\u00e8ce a fait tant de bruit dans Paris, elle a caus\u00e9 un scandale si public, et tous les gens de bien en ont ressenti une si juste douleur, que c&rsquo;est trahir visiblement la cause de Dieu que de se taire dans une occasion o\u00f9 sa gloire est ouvertement atta\u00adqu\u00e9e, o\u00f9 la foi est expos\u00e9e aux insultes d&rsquo;un bouffon qui fait commerce de ses myst\u00e8res et qui en prostitue la saintet\u00e9, o\u00f9 un ath\u00e9e foudroy\u00e9 en apparence, foudroie en effet et renverse tous les fondements de la religion <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\"><sup>1<\/sup><\/a>. \u00bb Quinze jours apr\u00e8s la premi\u00e8re, la foudre s&rsquo;abattit sur la pi\u00e8ce. En d\u00e9pit d&rsquo;un vif succ\u00e8s et de recettes honorables, sans interdiction officielle, elle quitta l&rsquo;affiche. Moli\u00e8re ne la reprit jamais, ne la publia pas, encore qu&rsquo;il en e\u00fbt re\u00e7u le privi\u00adl\u00e8ge d\u00e8s le mois de mars, et n&rsquo;en fit m\u00eame pas imprimer le texte.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le parti des d\u00e9vots montrait ainsi sa puissance. Le roi et le l\u00e9gat du pape, Chigi, pourtant favorables \u00e0 Dom Juan, n&rsquo;intervinrent pas en sa faveur. Moli\u00e8re lui-m\u00eame, si ardent \u00e0 imposer Tartuffe, accepta le sacrifice. L&rsquo;enfer engloutit la pi\u00e8ce pour cent quatre-vingts-deux ann\u00e9es : sa seizi\u00e8me repr\u00e9sentation eut lieu \u00e0 la Com\u00e9die Fran\u00ad\u00e7aise le 15 janvier 1847 !<\/p>\n<p align=\"justify\">Le personnage, toutefois ne disparut pas. Il continua d&rsquo;inspirer les auteurs au cours des si\u00e8cles qui suivirent. Destin \u00e9trange car si don Juan <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\"><sup>2<\/sup><\/a> se voyait confier par les romantiques la lourde charge de d\u00e9fendre leurs id\u00e9aux, s&rsquo;il devenait le h\u00e9raut de leurs revendications indivi\u00adduelles, le texte de Moli\u00e8re continuait d&rsquo;endurer l&rsquo;incom\u00adpr\u00e9hension et le m\u00e9pris. M\u00e9pris de Musset, par exemple, qui \u00e9crivait dans Namouna :<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab <i>Quant au rou\u00e9 fran\u00e7ais, au don Juan ordinaire,<br \/>\nIvre, riche, joyeux, raillant l&rsquo;homme de pierre,<br \/>\nNe demandant partout qu&rsquo;\u00e0 trouver le vin bon,<br \/>\nBernant monsieur Dimanche, et disant \u00e0 son p\u00e8re<br \/>\nQu&rsquo;il serait mieux assis pour lui faire un sermon,<br \/>\nC&rsquo;est l&rsquo;ombre d&rsquo;un rou\u00e9 qui ne vaut pas Valmont<\/i>. \u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">En 1948, Louis Jouvet monta Dom Juan au th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;Ath\u00e9n\u00e9e et sut l&rsquo;imposer d\u00e9finitivement. Reprise ensuite par Jean Vilar au T.N.P. en 1952, Benno Besson \u00e0. Berlin en 1955, Marcel Bluwal \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision fran\u00e7aise en 1965, Antoine Bourseiller \u00e0 la Com\u00e9die Fran\u00e7aise en 1967, Patrice Ch\u00e9reau \u00e0 Lyon en 1969, etc., l\u2019\u0153uvre victime devenait \u0153uvre majeure du th\u00e9\u00e2tre classique, objet d&rsquo;un respect quasi-sacr\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">Quoi qu&rsquo;il en soit, l&rsquo;opinion la plus courante reste que Dom Juan est une pi\u00e8ce mal faite, incoh\u00e9rente, \u00e0 la dra\u00admaturgie baroque. Ces m\u00eames arguments au nom des\u00adquels on condamnait jadis la pi\u00e8ce nous la font para\u00eetre aujourd&rsquo;hui admirable. De la condamnation sans appel \u00e0 l&rsquo;admiration b\u00e9ate, seule demeure l&rsquo;impuissance \u00e0 y d\u00e9celer une logique qui donnerait sens \u00e0 l&rsquo;ensemble des \u00e9l\u00e9ments dramatiques et permettrait de saisir \u00ab son caract\u00e8re \u00e9nigmatique, inqui\u00e9tant, g\u00e9nial \u00bb (Antoine Adam). La critique moderne, pourtant si adroite \u00e0 rep\u00e9rer les th\u00e8ses et les cl\u00e9s du th\u00e9\u00e2tre classique, ne parvient jamais \u00e0 justifier l&rsquo;\u00ab action \u00bb dans le Dom Juan. L\u00e9on Lejealle note par exemple dans sa pr\u00e9sentation de la pi\u00e8ce : \u00ab Ici, il y a une succession d&rsquo;aventures qui se juxtaposent, si bien qu&rsquo;on pourrait supprimer certains \u00e9pisodes ou en imaginer d&rsquo;autres sans que soit d\u00e9truite la signification de l&rsquo;ensemble. L&rsquo;acte II (l&rsquo;acte des pay\u00adsans) ou la sc\u00e8ne du pauvre\u00a0dispara\u00eetraient ou seraient d\u00e9plac\u00e9s que l&rsquo;intrigue n&rsquo;en serait pas pour cela boule\u00advers\u00e9e ; de multiples personnages \u00e9pisodiques donnent \u00e0 l&rsquo;action son mouvement, mais l\u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;un roman d&rsquo;aventures o\u00f9 les caprices du hasard servent opportu\u00adn\u00e9ment les intentions de l&rsquo;auteur et permettent les ren\u00adcontres dont il a besoin. \u00bb (<i>Dom Juan<\/i> : Classiques Larousse)<\/p>\n<p align=\"justify\">Est-il vraiment raisonnable, alors que l&rsquo;on reconna\u00eet \u00e0 Moli\u00e8re une pens\u00e9e ordinairement claire et vigoureuse, de ne voir dans Dom Juan qu&rsquo;une \u00e9nigme ind\u00e9chiffrable, une \u00ab pi\u00e8ce bizarre, incoh\u00e9rente, obscure, et pourtant des plus int\u00e9ressantes \u00bb (Maurice Donnay) ?<\/p>\n<p align=\"justify\"><b>LA LOGIQUE SACRIFICIELLE<\/b><\/p>\n<p align=\"justify\">Moli\u00e8re, dit-on, n&rsquo;a pas eu le temps de construire une pi\u00e8ce \u00e9quilibr\u00e9e et r\u00e9guli\u00e8re, respectueuse des trois uni\u00adt\u00e9s. Pris de court par l&rsquo;interdiction du Tartuffe et press\u00e9 par ses com\u00e9diens de traiter un sujet \u00e0 la mode, il aurait b\u00e2cl\u00e9 Dom Juan en s&rsquo;inspirant du Convitato di Pietra de Cicognini, et en empruntant largement \u00e0 Dorimond et \u00e0 Villiers, chacun auteur d&rsquo;un sombre Festin de Pierre qui triomphait alors sur le th\u00e9\u00e2tre. On dit aussi que Moli\u00e8re a pris plaisir \u00e0 se lib\u00e9rer des contraintes de la dramaturgie fran\u00e7aise. Mais comment expliquer qu&rsquo;il ait retrouv\u00e9 comme par hasard la violence et le foisonne\u00adment baroque du th\u00e9\u00e2tre shakespearien qu&rsquo;il ne connais\u00adsait pas ?<\/p>\n<p align=\"justify\">Certains encore ont voulu int\u00e9grer Dom Juan \u00e0 la tradi\u00adtion romantique, le lisant alors comme un roman pica\u00adresque dont le h\u00e9ros parcourrait le monde en qu\u00eate de surhumanit\u00e9. Autant de suggestions qui nous renseignent sur l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;accepter Dom Juan sans le justifier par des arguments d&rsquo;une logique ext\u00e9rieure au texte, arguments historiques ou id\u00e9ologiques qui r\u00e9v\u00e8lent essen\u00adtiellement l&rsquo;incapacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9voiler l&rsquo;implacable logique interne qui structure la pi\u00e8ce de bout en bout et qui fait du Dom Juan de Moli\u00e8re la v\u00e9ritable origine du mythe. Quel est donc l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment qui vient ici unir le tragique, le comique, le bouffon et le fantastique ? Moli\u00e8re, on le sait, n&rsquo;\u00e9crivit que des com\u00e9dies. Mais c&rsquo;est une com\u00e9die bien \u00e9trange que ce Dom Juan tout entier travers\u00e9 par une violence manifeste dont la repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale \u00e9tait alors jug\u00e9e mals\u00e9ante. M\u00eame dans des trag\u00e9dies o\u00f9 la violence constitue le ressort dramatique fondamen\u00adtal, Le Cid, Horace ou Ph\u00e8dre, par exemple elle reste ext\u00e9rieure \u00e0 la sc\u00e8ne et ne s&rsquo;y introduit que sous la forme distanci\u00e9e d&rsquo;un message (r\u00e9cits de don Rodrigue, de Val\u00e8re, de Th\u00e9ram\u00e8ne).<\/p>\n<p align=\"justify\">Il fallait donc un motif bien puissant pour que la conta\u00adgion, dans Dom Juan, envahisse le th\u00e9\u00e2tre lui-m\u00eame. Attaque de brigands, querelle paroxystique entre fr\u00e8res (don Carlos et don Alonse), tentative de meurtre vengeur et mort finale du h\u00e9ros sont port\u00e9s \u00e0 la sc\u00e8ne et donn\u00e9s \u00e0 voir au moment m\u00eame de leur d\u00e9roulement. Cette pr\u00e9\u00adsence sc\u00e9nique de la plus grande violence, exceptionnelle dans l\u2019\u0153uvre de Moli\u00e8re comme dans l&rsquo;ensemble du th\u00e9\u00e2tre classique, ne peut \u00eatre le fruit du hasard ou de la n\u00e9gligence : si la violence est repr\u00e9sent\u00e9e ici et main\u00adtenant, c&rsquo;est pour que l&rsquo;on voie comment elle fonctionne. Moli\u00e8re retrouve ainsi le propos des dramaturges de l&rsquo;antiquit\u00e9, Euripide ou Sophocle ; et l&rsquo;on a tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 lire Dom Juan \u00e0 la lumi\u00e8re des Bacchantes ou d\u2019\u0153dipe-Roi. On s&rsquo;aper\u00e7oit alors que le th\u00e8me religieux n&rsquo;est pas trait\u00e9 arbitrairement par Moli\u00e8re mais qu&rsquo;il conditionne toute l&rsquo;architecture de la pi\u00e8ce selon une n\u00e9cessit\u00e9 qui ne rel\u00e8ve pas du moi cr\u00e9ateur mais de la logique du rituel.<\/p>\n<p align=\"justify\"><b>SACRIFICE ET BOUC \u00c9MISSAIRE<br \/>\n<\/b><\/p>\n<p align=\"justify\">Le seul rite connu o\u00f9 la mort joue un r\u00f4le \u00e0 la fois cul\u00adminant et r\u00e9solvant, c&rsquo;est le sacrifice, seul capable de ramener, sur une communaut\u00e9 \u00e9branl\u00e9e par la crise, des effets r\u00e9conciliateurs. N&rsquo;est-ce pas d&rsquo;ailleurs la conclusion que tire Sganarelle de la mort de son ma\u00eetre : \u00ab Voil\u00e0 par sa mort un chacun satisfait : Ciel offens\u00e9, lois vio\u00adl\u00e9es, filles s\u00e9duites, familles d\u00e9shonor\u00e9es, femmes mises \u00e0 mal, maris pouss\u00e9s \u00e0 bout, tout le monde est content \u00bb (acte V, sc\u00e8ne VI), d\u00e9gageant ainsi l&rsquo;effet principal de tout sacrifice : le r\u00e9tablissement ou plut\u00f4t la re-fondation de l&rsquo;ordre ?<\/p>\n<p align=\"justify\">S&rsquo;il y a sacrifice, don Juan en est le bouc \u00e9missaire, vers lequel vont converger tous les d\u00e9sirs violents des autres personnages, la victime seule capable de r\u00e9concilier les ennemis (don Carlos et don Alonse dress\u00e9s l&rsquo;un contre l&rsquo;autre \u00e0 la sc\u00e8ne IV de l&rsquo;acte III) d&rsquo;apaiser la honte et la ranc\u0153ur de dom Louis (acte IV, sc\u00e8ne IV), de calmer les angoisses de done Elvire (acte IV, sc\u00e8ne IV), etc. Il reste \u00e0 \u00e9tablir de quelle mani\u00e8re ce m\u00e9canisme victimaire, pr\u00e9sent dans Dom Juan et seul susceptible d&rsquo;en assurer la coh\u00e9rence, s&rsquo;articule avec la d\u00e9marche globale de Moli\u00e8re et les \u00e9v\u00e9nements qui marquent son temps.<\/p>\n<p align=\"justify\"><b>LA CRISE<\/b><\/p>\n<p align=\"justify\">La France des ann\u00e9es 1660 \u00e9tait un monde ravag\u00e9 par la crise. Apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9crasement de la Fronde, dernier sursaut du f\u00e9odalisme, la monarchie absolue ne fut plus gu\u00e8re remise en question. V\u00e9ritable monstre sacr\u00e9, Louis XIV, \u00ab Lieutenant de Dieu \u00bb, s&rsquo;\u00e9tait \u00e9lev\u00e9 au-dessus des autres hommes : \u00ab Celui qui a donn\u00e9 les rois aux hommes a voulu qu&rsquo;on les respect\u00e2t comme ses lieutenants, se r\u00e9servant \u00e0 lui seul le droit d&rsquo;examiner leur conduite <a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\"><sup>3<\/sup><\/a>. \u00bb Mais le pouvoir absolu ne trouva pas ce n\u00e9cessaire contre\u00adpoids des lois et traditions invoqu\u00e9es par Bossuet. La loi cessant d&rsquo;\u00eatre au dessus de tous les hommes, il n&rsquo;exista plus de libert\u00e9s publiques ni de libert\u00e9s pour les personnes ; chacun \u00e9tait \u00e0 la merci d&rsquo;une lettre de cachet. Toute propri\u00e9t\u00e9 \u00e9tait \u0007\b\u00e0 la discr\u00e9tion du roi qui pouvait la confisquer sans le moindre jugement. La liber\u00adt\u00e9 de conscience se trouva bien s\u00fbr abolie. Le \u00ab cabinet noir \u00bb violait le secret des correspondances priv\u00e9es. On n&rsquo;imprimait que par privil\u00e8ge du roi. Les livres suspects \u00e9taient br\u00fbl\u00e9s, les auteurs embastill\u00e9s, les imprimeurs pendus.<\/p>\n<p align=\"justify\">Si\u00e8cle de terreur, le \u00ab Grand Si\u00e8cle \u00bb vit poindre aussi le cr\u00e9puscule de la noblesse. Les petits hobereaux se virent d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de leurs droits f\u00e9odaux, la haute aris\u00adtocratie, parqu\u00e9e \u00e0 la Cour, perdit son r\u00f4le politique. L\u2019\u00c9tat, c&rsquo;\u00e9tait le roi, rien que le roi agissant par le relais de ses agents, ministres \u00e0 la Cour, intendants dans les Provinces. Cette d\u00e9possession contribua \u00e0 donner au mouvement libertin un aspect plus politique. H\u00e9ritiers des grands sceptiques du seizi\u00e8me si\u00e8cle, pr\u00e9curseurs des philosophes du \u0007\bdix-huiti\u00e8me, les Libertins \u00e9taient syst\u00e9matiquement hostiles \u00e0 toute religion r\u00e9v\u00e9l\u00e9e. Or, les fondations du tr\u00f4ne reposaient sur cette religion. Qui contestait celle-ci sapait, ipso-facto, celles-l\u00e0. Ne pouvant plus, sous peine de mort ou d&#8217;embastille\u0007\bment, s&rsquo;attaquer \u00e0 son \u00ab Lieutenant \u00bb, certains aristocrates s&rsquo;en prirent directement \u00e0 Dieu. Anim\u00e9e d&rsquo;un fort ressentiment parce qu&rsquo;elle avait \u00e9t\u00e9 priv\u00e9e de son objet h\u00e9r\u00e9ditaire, le pou\u00advoir, la noblesse domestiqu\u00e9e se tourna vers d&rsquo;autres victoires. La recherche illimit\u00e9e du plaisir lui offrit une compensation. Ne s&rsquo;agit-il pas aussi de vaincre et d&rsquo;asser\u00advir les corps et les \u00e2mes ? Et n&rsquo;est-ce pas don Juan lui-m\u00eame qui mous expose l&rsquo;identit\u00e9 de la conqu\u00eate des terres et de celle des \u00eatres ?<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab <i>Mais lorsqu&rsquo;on en est ma\u00eetre une fois, il n&rsquo;y a plus rien \u00e0 dire ni rien \u00e0 souhaiter ; tout le beau de la passion est fini, et nous nous endormons dans la tranquillit\u00e9 d&rsquo;un tel amour, si quelque objet nouveau ne vient r\u00e9veil\u00adler nos d\u00e9sirs, et pr\u00e9senter \u00e0 notre c\u0153ur les charmes attrayants d&rsquo;une conqu\u00eate \u00e0 faire. Enfin il n&rsquo;est rien de si doux que de triompher de la r\u00e9sistance d&rsquo;une belle personne, et j&rsquo;ai sur ce sujet l&rsquo;ambition des conqu\u00e9rants qui volent perp\u00e9tuellement de victoire en victoire, et ne peuvent se r\u00e9soudre \u00e0 borner leurs souhaits<\/i> \u00bb (acte pre\u00admier, sc\u00e8ne II).<\/p>\n<p align=\"justify\"><b>MODELES HISTORIQUES<\/b><\/p>\n<p align=\"justify\">Les mod\u00e8les historiques ne manquent pas \u00e0 don Juan : Manicamp qui avait enseign\u00e9 au jeune roi \u00e0 jurer, Roquelaure qui couvrait les murs des \u00e9glises de graffiti ordu\u00adriers, un prince d&rsquo;Orange pronon\u00e7ant sur son lit de mort la formule c\u00e9l\u00e8bre : \u00ab Je crois que deux et deux font quatre \u00bb, Roquelaure, encore, jouant en 1646 la sc\u00e8ne du pauvre, les Vend\u00f4me, Nevers, Bouillon, Conti, Retz, Bussy, Brissac, et Vardes, et Lionne, qui sont cer\u00adtainement les mod\u00e8les les plus directs. Tous ces gens, grands seigneurs du royaume, prisaient fort la plaisan\u00adterie blasph\u00e9matoire. Ils parodiaient la messe, bapti\u00adsaient des chiens, faisaient ripaille en car\u00eame et le Ven\u00addredi Saint, tous corrupteurs de l&rsquo;ordre dont ils \u00e9taient les soutiens naturels.<\/p>\n<p align=\"justify\">Un monde en crise, donc, et peu importe de savoir si l&rsquo;un ou l&rsquo;autre de ces aristocrates servit de mod\u00e8le privil\u00e9gi\u00e9 \u00e0 Moli\u00e8re lorsqu&rsquo;il con\u00e7ut le Dom Juan, car don Juan les incarne tous, et plus encore qu&rsquo;eux-m\u00eames incarne leur revendication unanime : Face \u00e0 la loi du monarque absolu, affirmer et brandir la loi de l&rsquo;individu, proclamer hautement comme don Juan de Villiers : \u00ab Je suis mon Roy, mon Ma\u00eetre et mon Sort et mes Dieux. \u00bb Que l&rsquo;on se rappelle quel \u00e9tait, un si\u00e8cle aupa\u00adravant le pouvoir des seigneurs f\u00e9odaux et comment le roi d&rsquo;alors devait sans cesse n\u00e9gocier et composer avec eux pour pr\u00e9server l&rsquo;unit\u00e9 du royaume, et l&rsquo;on comprendra quelle fut en ce dix-septi\u00e8me si\u00e8cle l&rsquo;\u00e2pret\u00e9 des pro\u00advocations auxquelles se livraient les nobles d\u00e9chus. On retrouve tous ces traits dans le Dom Juan. Et, quoique Moli\u00e8re ait situ\u00e9 l&rsquo;action en Sicile, les \u00e9chos de la Cour se font entendre tout au long de la com\u00e9die.<\/p>\n<p align=\"justify\"><b>LE D\u00c9SIR M\u00c9TAPHYSIQUE<br \/>\n<\/b><\/p>\n<p align=\"justify\">Don Juan ne conna\u00eet d&rsquo;autre loi que celle de son d\u00e9sir. Tout objet nouveau qui se pr\u00e9sente \u00e0 lui est en droit de le charmer : \u00ab <i>Non, non : la constance n&rsquo;est bonne que pour des ridi\u00adcules ; toutes les belles ont droit de nous charmer, et l&rsquo;avantage d&rsquo;\u00eatre rencontr\u00e9e la premi\u00e8re ne doit point d\u00e9rober aux autres les plus justes pr\u00e9tentions qu&rsquo;elles ont toutes sur nos c\u0153urs. Pour moi, la beaut\u00e9 me ravit partout o\u00f9 je la trouve, et je c\u00e8de facilement \u00e0 cette douce violence dont elle nous entra\u00eene. J&rsquo;ai beau \u00eatre engag\u00e9, l&rsquo;amour que j&rsquo;ai pour une belle n&rsquo;engage point mon \u00e2me \u00e0 faire injustice aux autres ; je conserve des yeux pour voir le m\u00e9rite de toutes, et rends \u00e0 chacune les hommages et les tributs o\u00f9 la nature nous oblige<\/i>. \u00bb (acte premier, sc\u00e8ne II)<\/p>\n<p align=\"justify\">Don Juan se d\u00e9clare donc soumis \u00e0 la loi de nature, on dirait aujourd&rsquo;hui : soumis \u00e0 ses pulsions. Gardons-nous toutefois de r\u00e9duire son d\u00e9sir conqu\u00e9rant \u00e0 un fort pen\u00adchant pour le sexe : celui-ci n&rsquo;explique en rien le besoin de renouvellement des conqu\u00eates. Si don Juan renouvelle inlassablement sa conqu\u00eate de l&rsquo;objet, ce n&rsquo;est pas pour des mobiles purement sexuels. L&rsquo;image mythique de don Juan est d&rsquo;ailleurs celle du s\u00e9ducteur et non celle de l&rsquo;amant. Ce qui fait agir don Juan c&rsquo;est l&rsquo;ivresse de la conqu\u00eate, cette volupt\u00e9 insurpassable qu&rsquo;il go\u00fbte lors\u00adqu&rsquo;il se rend ma\u00eetre de son objet d\u00e9sir\u00e9 et qu&rsquo;il devient \u00e0 son tour objet d\u00e9sirable : \u00ab <i>On go\u00fbte une douceur extr\u00eame \u00e0 r\u00e9duire, par cent hommages, le c\u0153ur d&rsquo;une jeune beaut\u00e9, \u00e0 voir de jour en jour les progr\u00e8s qu&rsquo;on y fait, \u00e0 combattre par des transports, par des larmes et des soupirs, l&rsquo;innocente pudeur d&rsquo;une \u00e2me qui a peine \u00e0 rendre les armes, \u00e0 forcer pied \u00e0 pied toutes les petites r\u00e9sistances qu&rsquo;elle nous oppose, \u00e0 vaincre les scrupules dont elle se fait un honneur et la mener doucement o\u00f9 nous avons envie de la faire venir<\/i>. \u00bb (acte premier, sc\u00e8ne II)<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;objet une fois poss\u00e9d\u00e9 devient importun \u00e0 don Juan. Ce qui nagu\u00e8re \u00e9tait charmant devient, tout comme done Elvire, une f\u00e2cheuse rencontre. Ce qui se livre perd tout son attrait.<\/p>\n<p align=\"justify\">Il est clair qu&rsquo;\u00e0 renouveler ainsi l&rsquo;objet de son d\u00e9sir don Juan cherche \u00e0 rencontrer celui qui ne se rendra pas, qui ne se livrera pas, qui ne sera pas vaincu mais vainqueur. La perspective m\u00e9taphysique du d\u00e9sir don juanesque est clairement affirm\u00e9e d\u00e8s la deuxi\u00e8me sc\u00e8ne. Le d\u00e9sir n&rsquo;est pas limit\u00e9, mais le nombre des objets l&rsquo;est, et avec lui les chances de rencontrer l&rsquo;objet qui ne se rendra pas et sera donc la seule r\u00e9f\u00e9rence valable. Aussi don Juan dit-il : \u00ab &#8230; <i>Je souhaiterais qu&rsquo;il y e\u00fbt d&rsquo;autres mondes pour pouvoir y \u00e9tendre mes conqu\u00eates amoureuses<\/i>. \u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">Face \u00e0 ce discours o\u00f9 le d\u00e9sir devient lui-m\u00eame l&rsquo;objet de la qu\u00eate, dom Louis fait entendre celui de l&rsquo;ordre. Qui est gentilhomme doit se conduire comme tel et, avant tout, pratiquer la vertu : force d&rsquo;\u00e2me et sagesse.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab <i>Aussi nous n&rsquo;avons part \u00e0 la gloire de nos anc\u00eatres qu&rsquo;autant que nous nous effor\u00e7ons de leur ressembler ; et cet \u00e9clat de leurs actions qu&rsquo;ils r\u00e9pandent sur nous, nous impose un engagement de leur faire le m\u00eame hon\u00adneur, de suivre le pas qu&rsquo;ils nous tracent, et de ne point d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer de leurs vertus, si nous voulons \u00eatre estim\u00e9s leurs v\u00e9ritables descendants<\/i>. \u00bb (acte IV, sc\u00e8ne IV)<\/p>\n<p align=\"justify\">Lorsque le gentilhomme suit la loi de nature plut\u00f4t que celle des anc\u00eatres, lorsqu&rsquo;au lieu de contraindre ses d\u00e9sirs \u00e0 l&rsquo;imitation des mod\u00e8les antiques, il les laisse se d\u00e9ve\u00adlopper au gr\u00e9 des objets rencontr\u00e9s, il ne peut alors que d\u00e9choir. La tirade de dom Louis laisse peu de place aux sentiments personnels. C&rsquo;est, par sa bouche, toute l&rsquo;aristocratie menac\u00e9e qui s&rsquo;exprime. Son discours n&rsquo;est pas celui d&rsquo;un p\u00e8re mais celui d&rsquo;un groupe, normatif et intransigeant parce que menac\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\"><b>LES FAUX D\u00c9VOTS ET LA VRAIE FOI<\/b><\/p>\n<p align=\"justify\">Les ann\u00e9es 1660 furent marqu\u00e9es par la querelle du Tartuffe. A l&rsquo;ombre des grands libertins ostentatoires grouillait une foule qui, tout en s&rsquo;adonnant aux douces habitudes de la d\u00e9bauche et du blasph\u00e8me, savait se divertir \u00e0 petit bruit : \u00ab <i>Combien crois-tu que j&rsquo;en connaisse qui, par ce stra\u00adtag\u00e8me, ont rhabill\u00e9 adroitement les d\u00e9sordres de leur jeunesse, qui se sont fait un bouclier du manteau de la religion, et, sous cet habit respect\u00e9, ont la permission d&rsquo;\u00eatre les plus m\u00e9chants hommes du monde ?<\/i> \u00bb (acte V, sc\u00e8ne II)<\/p>\n<p align=\"justify\">Foule sournoise et fangeuse, tout comme les libertins esclave .de ses d\u00e9sirs., mais drap\u00e9e du manteau ridicule de la respectabilit\u00e9, jugeant et censurant les actes d&rsquo;autrui, foule immense des hypocrites qui masque le \u0007\bdis\u00adcours du d\u00e9sir par celui ide l&rsquo;ordre, et pourrait faire sienne la devise secr\u00e8te de Tartuffe : \u00ab <i>Et le mal n&rsquo;est jamais que dans l&rsquo;\u00e9clat qu&rsquo;on fait. Le scandale du monde est ce qui fait l&rsquo;offense, Et ce n&rsquo;est pas p\u00e9cher que p\u00e9cher en silence<\/i>. \u00bb (Tartuffe, acte IV, sc\u00e8ne V)<\/p>\n<p align=\"justify\">Foule doublement immonde puisque n&rsquo;\u00e9touffant le scan\u00addale que lorsqu&rsquo;elle en \u00e9tait responsable et le propageant \u00e0 plaisir lorsqu&rsquo;elle n&rsquo;en \u00e9tait pas la source, ne d\u00e9fendant les lois que pour mieux les tourner, ne soutenant l&rsquo;ordre et la religion que pour s&rsquo;en faire un imp\u00e9n\u00e9trable bou\u00adclier. Moins spectaculaires que les grands libertins, les faux d\u00e9vots t\u00e9moignaient pourtant d&rsquo;un plus profond degr\u00e9 de pourriture sociale. L&rsquo;hypocrisie masquant, bana\u00adlisant, d\u00e9culpabilisant la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence, permettait \u00e0 cette derni\u00e8re de contaminer toujours plus le corps social. D\u00e9bauch\u00e9s secrets et honteux, corrupteurs anonymes et complices et, par-l\u00e0 m\u00eame, vecteurs les plus puissants de la crise, les hypocrites parviennent toujours \u00e0 s&rsquo;\u00e9chapper, \u00e0 se faufiler, \u00e0 d\u00e9signer un don Juan qu&rsquo;ils rendront responsables de leurs m\u00e9faits.<\/p>\n<p align=\"justify\"><b>DON JUAN, \u00caTRE DU CARNAVAL<\/b><\/p>\n<p align=\"justify\">C&rsquo;est pourquoi d\u00e9voiler leur imposture \u00e9tait une entre\u00adprise prioritaire. Moli\u00e8re s&rsquo;exprime sur ce point sans aucune ambigu\u00eft\u00e9 : \u00ab <i>Si l&#8217;emploi de la com\u00e9die est de corriger les vices des hommes, je ne vois pas pour quelle raison il y en aura de privil\u00e9gi\u00e9s. Celui-ci (l&rsquo;hypocrisie) est dans l&rsquo;Etat d&rsquo;une cons\u00e9quence bien plus dangereuse que tous les autres<\/i>. \u00bb (Pr\u00e9face du Tartuffe)<\/p>\n<p align=\"justify\">Apprenant qu&rsquo;on les d\u00e9masquait, les faux-d\u00e9vots, bient\u00f4t suivis aveugl\u00e9ment par les vrais, contre-attaqu\u00e8rent furieusement, m\u00ealant aux d\u00e9lations, aux calomnies et aux insultes des jugements sur Tartuffe qui \u00e9taient n\u00e9ces\u00adsairement de mauvaise foi, puisque la pi\u00e8ce n&rsquo;ayant \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e qu&rsquo;une fois \u00e0 Versailles, la plupart d&rsquo;entre eux ne l&rsquo;avaient jamais vue.<\/p>\n<p align=\"justify\">C&rsquo;est pourquoi la conversion de don Juan au cinqui\u00e8me acte ne peut s&rsquo;inscrire dans la lign\u00e9e des frasques qui la pr\u00e9c\u00e8dent. C&rsquo;est la strat\u00e9gie d&rsquo;un homme accul\u00e9, promis au sacrifice et qui, tout simplement, devant l&rsquo;imminence de la menace, tente de s&rsquo;y soustraire en se perdant dans la foule masqu\u00e9e des f aux. d\u00e9vots. Alfred Simon note avec justesse : \u00ab <i>Don Juan m\u00e8ne une course qui ressemble \u00e0 un carna\u00adval. L&rsquo;infid\u00e8le, le s\u00e9ducteur, le bretteur, le blasph\u00e9mateur, le fils insolent, le d\u00e9biteur insolvable, il endosse tous ces personnages avec une ga\u00eet\u00e9 sans d\u00e9faillance. Impossible de d\u00e9celer en lui la moindre lassitude, le moindre d\u00e9go\u00fbt. Nerveux mais non f\u00e9brile. Ce jeu des visages successifs n&rsquo;est pas une mascarade, car les masques lui tiennent tellement \u00e0 la peau qu&rsquo;en les arrachant on mettrait a nu ce que Rilke appelle le non-visage. Et peut-\u00eatre don Juan est-il l&rsquo;homme sans visage. Pour la premi\u00e8re fois, lorsqu&rsquo;il prend \u00e0 t\u00e9moin de sa d\u00e9cision l&rsquo;ombre hilare de Sganarelle, il pose un masque fabriqu\u00e9 sur son visage : le masque du d\u00e9vot<\/i>. \u00bb (A. Simon, <i>Moli\u00e8re par lui-m\u00eame<\/i>, Seuil)<\/p>\n<p align=\"justify\">Don Juan est un \u00eatre de carnaval, un \u00eatre sans visage, n&rsquo;importe qui. Le masque qui lui donne figure humaine ne recouvre jamais que la toute-puissance d&rsquo;un d\u00e9sir insatiable. Face \u00e0 lui se tient le t\u00e9moin et le double, Sganarelle, \u00e0 la fois fascin\u00e9 et scandalis\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\"><b>LES DOUBLES<\/b><\/p>\n<p align=\"justify\">S&rsquo;il \u00e9tait un peu moins couard et un peu moins sot, Sganarelle pourrait \u00eatre un parfait hypocrite. Au d\u00e9but du premier acte, il fait \u00e0 Gusman, \u00e9cuyer d&rsquo;Elvire, un portrait \u00e9pouvantable de don Juan : \u00ab &#8230; <i>tu vois en Dom Juan, mon ma\u00eetre, le plus grand sc\u00e9\u00adl\u00e9rat que la terre ait jamais port\u00e9, un enrag\u00e9, un chien, un diable, un Turc, un h\u00e9r\u00e9tique qui ne croit ni Ciel, ni Enfer, ni loup-garou, qui passe cette vie en v\u00e9ritable b\u00eate brute, un pourceau d\u2019\u00c9picure, un vrai Sardanapale, qui ferme l&rsquo;oreille \u00e0 toutes les remontrances qu&rsquo;on peut lui faire, et traite de billeves\u00e9es tout ce que nous croyons.<\/i> \u00bb (acte I, sc\u00e8ne I)<\/p>\n<p align=\"justify\">Et plusieurs fois, dans la com\u00e9die, Sganarelle tente sans succ\u00e8s d&rsquo;adresser des remontrances \u00e0 don Juan. Mais simultan\u00e9ment \u00e0 ce discours de l&rsquo;ordre, il tient en pr\u00e9\u00adsence de don Juan, un discours contraire. Il convient avec don Juan que son p\u00e8re, dom Louis, est un vieil impertinent, il s&rsquo;associe \u00e0 la demande de don Juan de faire blasph\u00e9mer le pauvre, il imite le comportement de don Juan en \u00e9conduisant monsieur Dimanche, etc. On ne peut expliquer cette attitude de Sganarelle par la seule menace. Force nous est de reconna\u00eetre qu&rsquo;\u00ab <i>Avec une volupt\u00e9 honteuse Sganarelle se repa\u00eet de tout scandale, de toute audace dont il n&rsquo;a pas \u00e0 prendre la responsa\u00adbilit\u00e9<\/i>. \u00bb (A. Simon, op. cit.)<\/p>\n<p align=\"justify\">Sganarelle, fascin\u00e9 par don Juan mais aussi don Juan fascin\u00e9 par Sganarelle, attach\u00e9 \u00e0 lui. Ce valet infiniment pr\u00e9cieux parce qu&rsquo;il imite son ma\u00eetre, l&rsquo;est encore plus parce qu&rsquo;il est son seul interlocuteur. C&rsquo;est \u00e0 lui et \u00e0 nul autre que don Juan r\u00e9v\u00e8le son hypocrisie : \u00ab <i>C&rsquo;est un dessein que j&rsquo;ai form\u00e9 par pure politique, un stratag\u00e8me utile, une grimace n\u00e9cessaire o\u00f9 je veux me contraindre, pour m\u00e9nager un p\u00e8re dont j&rsquo;ai besoin, et me mettre <\/i><i>\u00e0<\/i><i> couvert, du c\u00f4t\u00e9 des hommes, de cent f\u00e2cheuses aventures qui pourraient m&rsquo;arriver. Je veux bien, Sganarelle t&rsquo;en faire confidence, et je suis bien aise d&rsquo;avoir un t\u00e9moin du fond de mon \u00e2me et des v\u00e9ri\u00adtables motifs qui m&rsquo;obligent \u00e0 faire les choses<\/i>. \u00bb (acte V, sc\u00e8ne II)<\/p>\n<p align=\"justify\">Aveu bouleversant de sinc\u00e9rit\u00e9 et qui approfondit singu\u00adli\u00e8rement la relation ma\u00eetre\/valet. Don Juan est fascin\u00e9 par Sganarelle car celui-ci, par sa sottise \u00e9berlu\u00e9e et ses raisonnements de tambour, ne cesse de le provoquer, tout comme lui don Juan provoque l&rsquo;ordre, de le d\u00e9fier, de le pousser au scandale. Rapport de doubles, soulign\u00e9 encore par l&rsquo;\u00e9change des v\u00eatements et des identit\u00e9s \u00e0 la sc\u00e8ne V de l&rsquo;acte II.<\/p>\n<p align=\"justify\"><b>LE BOUC \u00c9MISSAIRE<br \/>\n<\/b><\/p>\n<p align=\"justify\">Don Juan, dans la pi\u00e8ce, n&rsquo;est pas \u00e0 la hauteur de sa r\u00e9putation. Ce Sardanapale nous donne (acte II, sc\u00e8ne II) avec Charlotte et Mathurine un exemple de strat\u00e9gie amoureuse tout juste digne d&rsquo;un coq de village. Ce pour\u00adceau d\u2019\u00c9picure \u00e9choue dans sa tentative de retenir Elvire (acte IV, sc\u00e8ne VI), tout comme il \u00e9choue, cet enrag\u00e9, ce chien, ce diable, lorsqu&rsquo;il tente (acte III, sc\u00e8ne II) de faire jurer le pauvre. \u00c9chec sur \u00e9chec, et rien qui vienne corroborer les accusations exorbitantes de Sganarelle.<\/p>\n<p align=\"justify\">Un homme comme tous les autres, incapable, malgr\u00e9 son mythe, de s&rsquo;\u00e9lever au-dessus des sentiments com\u00admuns et ridicules : d\u00e9pit et jalousie.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab <i>Jamais je n&rsquo;ai vu deux personnes \u00eatre si contents l&rsquo;un de l&rsquo;autre, et faire \u00e9clater plus d&rsquo;amour. La tendresse visible <\/i><i>d<\/i><i>e leurs mutuelles ardeurs me donna de l&rsquo;\u00e9mo\u00adtion ; j&rsquo;en fus frapp\u00e9 au c\u0153ur et mon amour commen\u00e7a par la jalousie. Oui, je ne pus souffrir d&rsquo;abord de les voir si bien ensemble ; le <\/i><i>d<\/i><i>\u00e9pit alarma mes d\u00e9sirs, et je me figurai un plaisir extr\u00eame \u00e0 pouvoir troubler leur intelligence, et rompre cet attachement, dont la d\u00e9lica\u00adtesse de mon c\u0153ur se tenait offens\u00e9e.<\/i> \u00bb (acte premier, sc\u00e8ne II)<\/p>\n<p align=\"justify\">Un don Juan bien fragile, en somme, sans trait sur\u00adhumain v\u00e9ritable ou sa prodigieuse r\u00e9putation viendrait s&rsquo;enraciner. Un homme comme tant d&rsquo;autres, qui pra\u00adtique les vices \u00e0 la mode d&rsquo;une mani\u00e8re un peu trop ostensible. Juste ce qu&rsquo;il faut pour \u00eatre d\u00e9sign\u00e9 comme bouc \u00e9missaire.<\/p>\n<p align=\"justify\"><b>LE MYTHE D\u00c9VOIL\u00c9<br \/>\n<\/b><\/p>\n<p align=\"justify\">La fin de la pi\u00e8ce n&rsquo;apporte pas vraiment la r\u00e9concilia\u00adtion unanime autoris\u00e9e par la mort de la victime. En effet, si la mort de don Juan peut satisfaire les d\u00e9fen\u00adseurs de l&rsquo;ordre, si chacun y trouve sa r\u00e9tribution, Ciel offens\u00e9, lois viol\u00e9es, etc. Sganarelle, lui, ne fait pas chorus avec les autres : \u00ab <i>I<\/i><i>l<\/i><i> n&rsquo;y a que moi de malheureux, qui, apr\u00e8s tant d&rsquo;ann\u00e9es de service, n&rsquo;ai point d&rsquo;autre r\u00e9compense que de voir \u00e0 mes yeux l&rsquo;impi\u00e9t\u00e9 de mon ma\u00eetre punie par le plus \u00e9pouvantable ch\u00e2timent du monde<\/i>. \u00bb (acte V, sc\u00e8ne VI)<\/p>\n<p align=\"justify\">Et de r\u00e9clamer ses gages. Et l&rsquo;on rit car on sait que ces gages ne peuvent exister. Il n&rsquo;y a nul profit \u00e0 tirer de lamort de don Juan. En emp\u00eachant le groupe d&rsquo;atteindre \u00e0 l&rsquo;unanimit\u00e9, Sganarelle annule les effets apaisants qui r\u00e9sultent du sacrifice et fait passer celui-ci pour ce qu&rsquo;il est : une mascarade sanglante et grotesque.<\/p>\n<p align=\"justify\"><i>Dom Juan<\/i> est \u00e9crit dans la foul\u00e9e du <i>Tartuffe<\/i>, alors que le <i>Misanthrope<\/i> est d\u00e9j\u00e0 en chantier. Face \u00e0 un monde en crise o\u00f9 les valeurs sont boulevers\u00e9es, Moli\u00e8re recr\u00e9e un th\u00e9\u00e2tre de crise o\u00f9 ces valeurs sont interrog\u00e9es. En prise directe avec le sacr\u00e9, le Dom Juan adopte la struc\u00adture du mythe. C&rsquo;est ce qui le fait para\u00eetre si baroque alors qu&rsquo;il est en fait si rigoureux. Mais le mythe lui-m\u00eame est d\u00e9mont\u00e9 par Moli\u00e8re\/Sganarelle dans la der\u00adni\u00e8re r\u00e9plique. Ce qui faisait dire au prince de Conti, libertin converti \u00e0 la d\u00e9votion : \u00ab Y a-t-il une \u00e9cole d&rsquo;ath\u00e9isme plus ouverte que le Festin de Pierre, o\u00f9, apr\u00e8s avoir fait dire toutes les impi\u00e9t\u00e9s les plus horribles \u00e0 un ath\u00e9e qui a beaucoup d&rsquo;esprit, l&rsquo;auteur confie la cause de Dieu \u00e0 un valet, \u00e0 qui il fait dire, pour la soutenir, toutes les impertinences du monde ? Et il pr\u00e9tend justi\u00adfier \u0007\ba la fin sa com\u00e9die si pleine de blasph\u00e8mes, \u00e0 la faveur d&rsquo;une fus\u00e9e, qu&rsquo;il fait le ministre ridicule de la vengeance divine ; m\u00eame, pour mieux accompagner la forte impression d&rsquo;horreur qu&rsquo;un foudroiement si fid\u00e8\u00adlement repr\u00e9sent\u00e9 doit faire dans les esprits des spec\u00adtateurs, il fait dire en m\u00eame temps au valet toutes les sottises imaginables sur cette aventure. (Sentiments des P\u00e8res de l&rsquo;\u00c9glise sur la com\u00e9die et les spectacles, 1666.) Ces sottises \u00e9taient en fait des v\u00e9rit\u00e9s un peu trop lour\u00addement ass\u00e9n\u00e9es. Dom Juan ne contient rien d&rsquo;autre. Bien s\u00fbr, Moli\u00e8re s&rsquo;est arrang\u00e9 pour tourner en ridicule un ch\u00e2timent qui aurait du \u00eatre exemplaire. C&rsquo;est l\u00e0 sa grandeur. Et plus Don Juan mourait, plus il \u00e9tait vivant. On condamna alors la pi\u00e8ce qui disparut et fut remplac\u00e9e par celle de Thomas Corneille, nouveau Festin de Pierre, expurg\u00e9, r\u00e9gulier, rendant au sacrifice final son caract\u00e8re traditionnel, propre \u00e0 \u00e9pouvanter, \u00e0 \u00e9difier, \u00e0 r\u00e9concilier. Restaurant la cr\u00e9dibilit\u00e9 du mythe.<\/p>\n<p align=\"justify\">Mais la pi\u00e8ce elle-m\u00eame allait rena\u00eetre, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;\u00e9nergie d&rsquo;hommes de th\u00e9\u00e2tre intelligents, de La Grange qui la fit imprimer en 1692 \u00e0 Jouvet qui la recr\u00e9a en 1948. M\u00e9pris\u00e9e ou admir\u00e9e, c&rsquo;est la pi\u00e8ce de Moli\u00e8re et non celle de Tirso qui allait servir de r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Mozart, Byron, Dumas, M\u00e9rim\u00e9e, etc., qui allait inspirer une litt\u00e9rature de d\u00e9rision comme celle de Laclos ou du mar\u00adquis de Sade. Et don Juan a v\u00e9cu et continue toujours \u00e0 vivre, si proche de nous, \u00e9ternel coursier de notre d\u00e9sir.<\/p>\n<p align=\"justify\">Jusqu&rsquo;alors, chez Tirso de Molina, Dorimond ou Villiers, le mythe restait entier. Personnages et spectateurs applaudissaient tous \u00e0 la mort de Don Juan. On retrou\u00advera cette unanimit\u00e9 dans le Don Giovanni de Mozart o\u00f9 Leporello s&rsquo;associe au groupe des pers\u00e9cuteurs pour chanter :<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab <i>Questo e il fin di chi fa mal !<br \/>\nE de&rsquo; perf idi la morte<br \/>\nalla vita \u00e8 sempre ugual<\/i>. \u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">Telle est la fin de celui qui fait le mal ! La mort des perfides est toujours semblable \u00e0 leur vie.<\/p>\n<p align=\"justify\">En d\u00e9voilant le mythe, Moli\u00e8re r\u00e9glait ainsi la question du sacr\u00e9 ; il optait r\u00e9solument pour un autre Dieu que ce dieu vengeur qui engloutit don Juan et exposait ainsi sa com\u00e9die \u00e0 la pers\u00e9cution. Mais, tout comme la pierre rejet\u00e9e par les b\u00e2tisseurs devient la pierre de fa\u00eete, Dom Juan est devenu pour nous le texte fondamental du th\u00e9\u00e2tre moderne.<\/p>\n<p align=\"justify\">____________________________________________________________________<\/p>\n<p><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a>\u0002 Observations&#8230; du sieur de Rochemont (1665).<br \/>\n<a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a>\u0002 Il est d&rsquo;usage d&rsquo;orthographier Dom Juan lorsqu&rsquo;on cite le titre de la com\u00e9die de Moli\u00e8re, et Don Juan lorsqu&rsquo;on parle du personnage.<br \/>\n<a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a> Louis XIV. <i>M\u00e9moires et instructions \u00e0 son fils.<\/i><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(Revue Question De. No 52. 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