{"id":16463,"date":"2015-03-17T21:50:23","date_gmt":"2015-03-17T20:50:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=16463"},"modified":"2015-03-29T20:48:23","modified_gmt":"2015-03-29T19:48:23","slug":"dialogues-sur-la-comedie-psychologique-par-joe-bousquet-rene-daumal-carlo-suares","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/dialogues-sur-la-comedie-psychologique-par-joe-bousquet-rene-daumal-carlo-suares\/","title":{"rendered":"Dialogues sur la com\u00e9die psychologique par Jo\u00eb Bousquet, Ren\u00e9 Daumal &#038; Carlo Suar\u00e8s"},"content":{"rendered":"<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\" align=\"center\">(Extrait de <strong>Critique de la raison impure<\/strong> par Carlo Suar\u00e8s. \u00c9dition Stock 1955)<\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\" align=\"center\"><a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/les-paralipomenes-de-la-comedie-psychologique-par-joe-bousquet-rene-daumal-et-carlo-suares\/\">Chapitre pr\u00e9c\u00e9dent<\/a>\u00a0 <a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=16478\">Chapitre suivant<\/a><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"center\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>DIALOGUES SUR LA COM\u00c9DIE PSYCHOLOGIQUE <\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"center\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>(INTRODUCTION)<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le grondement des canons en Chine n&rsquo;est que le pr\u00e9\u00adlude de l&rsquo;orage. Un conflit qui secouera le monde mettra aux prises deux univers. \u00c0 l&rsquo;heure la plus grave de notre histoire, pourquoi trouvons-nous le temps de m\u00e9diter sur la fonction de la conscience ? Parce que la conscience est destructrice du moi&#8230;<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">DAUMAL<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8230; du moi \u00e9gocentrique, de ses \u0153uvres et de ses idoles. Parce que la conscience est toujours r\u00e9volutionnaire.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">BOUSQUET<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Sans entrer dans des d\u00e9tails, je demanderai qu&rsquo;on admette avec moi que le moi est une conscience qui se per\u00e7oit en tant qu&rsquo;unit\u00e9 indivisible et simple. Si le moi peut \u00eatre d\u00e9fini autre\u00adment, je demande que l&rsquo;on me conc\u00e8de ceci : ma d\u00e9finition est celle sur laquelle le plus grand nombre de philosophes peuvent tomber d&rsquo;accord&#8230; etc&#8230; quelque chose d&rsquo;appro\u00adchant&#8230;<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Un des objets de cet ouvrage sera de montrer que cette conscience de soi \u00e9mane uniquement d&rsquo;associations contrac\u00adt\u00e9es par l&rsquo;agr\u00e9gat humain avec des \u00e9l\u00e9ments dont il s&rsquo;imagine qu&rsquo;ils sont lui&#8230; Le moi est une contradiction aux termes abso\u00adlument antinomiques&#8230; nous d\u00e9crirons assez la \u00ab mort \u00bb du moi pour dissiper tous les doutes \u00e0 ce sujet : cette mort doit \u00eatre l&rsquo;aboutissement d&rsquo;un \u00e9clatement dialectique, par l&rsquo;int\u00e9rieur, semblable \u00e0 la rupture de la coquille de l\u2019\u0153uf \u00e0 la nais\u00adsance du poussin. La principale association contract\u00e9e par la conscience est la dur\u00e9e. En elle se fondent et s&rsquo;unissent toutes les autres. Elle est le \u00ab d\u00e9sir \u00bb le plus intime du moi : une cristallisation permanente qui n&rsquo;est faite que de cristallisa\u00adtions : un \u00ab enroulement\u00a0\u00bb autour d&rsquo;elle-m\u00eame. Dedans, il n&rsquo;y a rien. Une persistance de m\u00e9moire sans souvenirs, m\u00eal\u00e9e de souvenirs persistants. Je postule que le moi n&rsquo;est qu&rsquo;humain : le je animal n&rsquo;a pas ce pouvoir de cristallisation autour du n\u00e9ant. Le n\u00e9ant humain, je le d\u00e9finis extr\u00eame plasticit\u00e9. L&rsquo;agr\u00e9gat humain (d\u00e8s sa naissance ou peut-\u00eatre d\u00e8s sa vie intra-ut\u00e9rine) est une cire molle o\u00f9 s&rsquo;impriment les impacts. Ils y demeurent, s&rsquo;opposant, par leur dur\u00e9e, aux \u00ab possibles possibles \u00bb, \u00e0 tout ce par quoi l&rsquo;homme cherche \u00e0 ne se point d\u00e9finir (tandis que les esp\u00e8ces animales sont conditionn\u00e9es par des accumulations sp\u00e9cifiques d&rsquo;automatismes). Tout cela, mal dit, appelle des volumes d&rsquo;explications. Je veux retenir ceci : le moi n&rsquo;est que sa propre m\u00e9moire. De ce fait, il est toujours r\u00e9actionnaire. Il n&rsquo;est que dur\u00e9e, donc volont\u00e9 de faire durer. Le moi et le pr\u00e9sent ne se rencontrent jamais. Je comprends mal vos \u00ab moi-individuel \u00bb, \u00ab moi-\u00e9gocentrique \u00bb, \u00ab moi-objectif \u00bb&#8230;<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">DAUMAL<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">L&rsquo;individu, c&rsquo;est l&rsquo;ensemble de tous les caract\u00e8res par lesquels on peut diff\u00e9rencier un homme d&rsquo;un autre\u00a0: le corps, ses app\u00e9tits, ses tendances, la situation sociale, etc. Chaque individu per\u00e7oit, \u00e0 chaque instant, une partie de ces caract\u00e8res ; tous les autres restent dans l&rsquo;ombre. Le \u00ab moi \u00bb c&rsquo;est l&rsquo;individu qui s&rsquo;affirme tel, sans douter de cette affirmation.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">La soi-conscience\u2026 Mot d\u00e9finitivement impossible (relent th\u00e9osophicard).<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Oui. Non. Mais traduction impossible du self-conscious\u00adness anglais. Je reprends, vous verrez : le moi, dites-vous, c&rsquo;est l&rsquo;individu qui s&rsquo;affirme tel, sans douter de cette affir\u00admation&#8230; donc il agit, il est dans la peau d&rsquo;un r\u00f4le\u00a0; soudain une provocation, le personnage se d\u00e9colle, l&rsquo;individu d\u00e9sem\u00adpar\u00e9 se retrouve self-conscious (se percevant en train de jouer).<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">DAUMAL<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">C&rsquo;est la partie de temps en temps consciente du moi. L&rsquo;\u00ab inconscient \u00bb en est la partie non-consciente.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">La m\u00e9moire sans souvenirs (que la psychanalyse conna\u00eet bien).<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">BOUSQUET<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je t&rsquo;\u00e9cris une note, dont tu feras ce que tu voudras, et qui aura rempli son objet si, \u00e0 toi et \u00e0 DAUMAL elle r\u00e9v\u00e8le ce que j&rsquo;\u00e9prouve dans le cercle de mon exp\u00e9rience po\u00e9tique et qui me semble v\u00e9rifier sur le plan, presque de la sensation, ta position id\u00e9ologique. Admises une fois pour toutes les correc\u00adtions que l&rsquo;on doit sous-entendre toutes les fois que l&rsquo;on passe du plan intellectuel au plan mat\u00e9riel, ou, si tu pr\u00e9f\u00e8res, toutes les fois que l&rsquo;id\u00e9e se vit dans un autre moment de son devenir. Voici donc mes r\u00e9flexions :<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Un homme, moi, qui, inlassablement, cherche quelque chose comme la substance, c&rsquo;est-\u00e0-dire ce qui, dans mon exp\u00e9\u00adrience \u00e0 moi constitue \u00e0 la fois l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment objectif et absolu de ma pens\u00e9e et des choses que cette pens\u00e9e se donne. (Ceci est mal pos\u00e9, mais n&rsquo;est qu&rsquo;un acheminement, donc : peu importe&#8230;)<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Une v\u00e9rit\u00e9 entr&rsquo;aper\u00e7ue : Le moi est du domaine de l&rsquo;objectif. Il n&rsquo;y a pas de moi \u00ab\u00a0subjectif \u00bb. Sinon en tant que renvoy\u00e9 par une somme de perceptions. (Nous n&rsquo;avons de moi subjectif qu&rsquo;enfant\u00e9 par des perceptions de choses du monde r\u00e9el).<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le moi est comme un sommet que les choses se mettent \u00e0 plusieurs pour se d\u00e9couvrir, un sommet qu&rsquo;elles se d\u00e9cou\u00advrent en rar\u00e9fiant leur mati\u00e8re dans l&rsquo;invention de leur qualit\u00e9 la plus exceptionnelle, en rar\u00e9fiant la mati\u00e8re de cette qualit\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;accomplir dans une autre qualit\u00e9 particuli\u00e8re \u00e0 ce qui leur est ext\u00e9rieur, pointe de glace qui a sa transparence dans l&rsquo;esprit qu&rsquo;elle change ainsi en un esprit.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">(Cela ne peut pas \u00eatre plus mal dit. Mais \u00e9prouve, plus ou moins du dehors, le m\u00e9canisme du moi, avant qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9veille \u00ab\u00a0moi \u00bb).<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je reprends maintenant, en termes affectifs.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le moi m&rsquo;est donn\u00e9 du dehors. Il n&rsquo;y a en moi que la lumi\u00e8re qui le fait appara\u00eetre.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous sommes le th\u00e9\u00e2tre de convulsions qui ont pris leurs feux dans les ab\u00eemes les plus recul\u00e9s et sur les cimes les plus inaccessibles \u00e0 notre r\u00e9alit\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je suis une lumi\u00e8re qui ne jouit d&rsquo;elle-m\u00eame qu&rsquo;en se m\u00ealant \u00e0 ce qu&rsquo;elle \u00e9claire. Mon corps n&rsquo;est pas \u00e0 moi : il est tout ce que j&rsquo;aspire \u00e0 quitter, tout ce sur quoi j&rsquo;aspire \u00e0 m&rsquo;\u00e9lever.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Redevenir \u00e0 moiti\u00e9 le parfum que l&rsquo;on respire, \u00e9peler \u00e0 travers l&rsquo;amour des couleurs l&rsquo;espoir d&rsquo;une lumi\u00e8re primitive&#8230; Exemple : je feuillette Cahiers d&rsquo;Art, et j&rsquo;y prends un l\u00e9ger plaisir, c&rsquo;est moi qui lis une revue, que la vue d&rsquo;un bel Ernst ou d&rsquo;un Braque absorbe tout entier, c&rsquo;est mon moi qu&rsquo;elle a absorb\u00e9 et dissous, fondant ma joie (esth\u00e9tique, disent les imb\u00e9ciles) sur la dissolution de mon moi&#8230; (lequel moi res\u00adsuscitera voil\u00e9 de totalit\u00e9, d&rsquo;int\u00e9gration, dans le d\u00e9sir de pos\u00ads\u00e9der le tableau&#8230; mais nous sommes de nouveau \u00e0 la surface).<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">J&rsquo;ajoute pour DAUMAL et pour toi le fond de ma pens\u00e9e : ce moi objectif qui grandit sur la ligne de conjonctions et de circonstances qui se donnent \u00e0 lui sous la forme d&rsquo;une vie, on peut supposer qu&rsquo;il se r\u00e9duirait \u00e0 un point g\u00e9om\u00e9trique, \u00e0 la n\u00e9gation de l&rsquo;\u00eatre qui le manifeste, sans emp\u00eacher la vie de cet \u00eatre absent d&rsquo;\u00eatre ce qu&rsquo;elle est.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ceci est excessivement important. Car j&rsquo;y trouve l&rsquo;expli\u00adcation de ces co\u00efncidences qui m&rsquo;ont souvent frapp\u00e9 et qui se multiplient plus je vis. Car moi, s\u00e9par\u00e9 accidentellement de ma vie r\u00e9elle, homme cadavre, je vois ma vie se poursuivre sans moi, me chercher, me p\u00eacher parfois au fond de mes ruines physiques. Le moi est une image suivie que la vie dans le miroir mouvant d&rsquo;un homme conscient, se donne ; image dans laquelle tout homme vivant s&rsquo;ing\u00e8re, sans le savoir, s&rsquo;ing\u00e8re dans l&rsquo;op\u00e9ration inconsciente qui fait de lui un moi. Ce moi, en lequel nous nous sommes ing\u00e9r\u00e9s, il nous appar\u00adtient de le dig\u00e9rer&#8230;<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le je est le t\u00e9lescopage du monde int\u00e9rieur et du monde ext\u00e9rieur. Il doit \u00eatre consum\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Par qui\u00a0? Par le moi lui-m\u00eame, chose (j&#8217;emploie ce terme \u00e0 dessein) auto-engendr\u00e9e, cellule f\u00e9conde mais se st\u00e9rilisant dans la perception calcificatrice qu&rsquo;elle a d&rsquo;elle-m\u00eame. Cette perception d&rsquo;\u00eatre cela, \u00e9tait elle-m\u00eame, contre cela. Mouve\u00adment dialectique qui n&rsquo;existe que dans son auto-perception laquelle le d\u00e9truit. Voir, voir. Les r\u00e9sistances de la dur\u00e9e \u00e0 l&rsquo;instant qui frappe, agissant invisibles, magiquement, Con\u00adscience. Prises instantan\u00e9es de conscience. C&rsquo;est la mort vertigineuse des renouvellements o\u00f9 l&rsquo;incr\u00e9\u00e9 s&rsquo;offre aux infinis possibles. C&rsquo;est la dialectique du moi.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"center\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>LA DIALECTIQUE DE MOI <\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">BOUSQUET<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">La dialectique du moi me para\u00eet un titre choisi avec un sens singulier de toutes les possibilit\u00e9s mises en jeu par notre ordre de mouvement. Il y a l\u00e0-dedans, non pas comme un d\u00e9fi, mais comme l&rsquo;envoi d&rsquo;une sorte de cartel \u00e0 Hegel ; on secoue le sol au-dessous de son \u00e9difice, on ouvre le terrain sur lequel il a b\u00e2ti ; pour montrer que ses assises sont autres et plus fortes qu&rsquo;il ne pensait. Hegel a balay\u00e9 la notion d&rsquo;Absolu. N&rsquo;oublie jamais que Marx \u00e9tait son \u00e9l\u00e8ve. Croire que l&rsquo;objectif de Marx ne consid\u00e9rait pas le subjectif comme un moment de son propre devenir c&rsquo;est sous-entendre, ou que Marx n&rsquo;a pas compris Hegel, ce qui est absurde, ou que l&rsquo;ayant compris, il a n\u00e9glig\u00e9 de tenir compte d&rsquo;une position qui ne pouvait ou qu&rsquo;\u00eatre la sienne, ou compromettre la sienne. \u00c0 vrai dire, nous consid\u00e9\u00adrons le syst\u00e8me de Hegel comme parfaitement coh\u00e9rent, apte \u00e0 rendre compte de tous les points qu&rsquo;il a n\u00e9glig\u00e9 de d\u00e9velopper. Mais, nous fondant sur l&rsquo;incertitude qui r\u00e8gne quant \u00e0 l&rsquo;adh\u00e9sion ou non adh\u00e9sion implicite aux id\u00e9es de Hegel qu&rsquo;on peut apercevoir ou ne pas apercevoir dans la philosophie de Karl Marx, nous fondant sur le fait que d&rsquo;excellents marxistes peuvent appeler id\u00e9alistes d&rsquo;autres marxistes dont tout le tort est de s&rsquo;\u00eatre instruits comme Marx lui-m\u00eame \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole de Hegel, nous fondant donc sur la certitude que du syst\u00e8me de Hegel il peut na\u00eetre une philosophie qui ram\u00e8ne ou ne ram\u00e8ne pas \u00e0 lui, selon la nature des hommes qui la suivent\u2026<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Bien. Mais je remplacerais nature par autre chose&#8230; \u00ab\u00a0lucidit\u00e9 \u00bb ?<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">BOUSQUET<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8230; nous avons entrepris de choisir un point particulier de la philosophie de Hegel qui, nous guidant \u00e0 travers le psycho\u00adlogique nous permette de traverser dans toute son \u00e9tendue, sans sortir jamais du cercle de l&rsquo;exp\u00e9rience humaine, le syst\u00e8me h\u00e9g\u00e9lien. Que notre exploration nous ram\u00e8ne tout naturelle\u00adment, \u00e0 son dernier terme, \u00e0 une adh\u00e9sion enti\u00e8re \u00e0 la doctrine de Karl Marx, et j&rsquo;aurai assez prouv\u00e9, je l&rsquo;esp\u00e8re, que le marxisme int\u00e9grait l&rsquo;id\u00e9alisme, et qu&rsquo;il ne pourrait pas com\u00admander sans violence \u00e0 la destin\u00e9e d&rsquo;hommes \u00e9trangers \u00e0 la conscience cr\u00e9\u00e9e ou d\u00e9couverte par l\u2019h\u00e9g\u00e9lianisme. La trans\u00adformation qu&rsquo;au terme de son \u00e9volution la dialectique mat\u00e9\u00adrialiste doit avoir accomplie dans l&rsquo;individu (pris dans le deve\u00adnir historique) ne peut-on pas, en partant de l&rsquo;humain, aller, chacun pour son compte, \u00e0 la recherche des conjonctions qui sauront la favoriser ou la d\u00e9terminer ?<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Chacun pour son compte, oui, c&rsquo;est ainsi que je le vois.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">BOUSQUET<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Tu vois, Jo\u00eb, c&rsquo;est tr\u00e8s important, cela. DAUMAL le sait sans doute. Une confusion \u00e9pouvantable est en train de pren\u00addre corps. Tu sais que, pour Hegel, il est impossible de poser un rapport : la bougie est blanche p. ex. sans que ce rapport pose \u00e0 son tour la pens\u00e9e qui l&rsquo;affirme. La grande difficult\u00e9 de sa dialectique, justement, c&rsquo;est ceci : Puisque les lois de l&rsquo;esprit sont les lois de la nature, que l&rsquo;esprit est envelopp\u00e9 avec ses lois dans l&rsquo;existence des choses, il s&rsquo;agit de d\u00e9couvrir l&rsquo;ordre selon lequel les choses sortent des choses, c&rsquo;est-\u00e0-dire selon lequel les cat\u00e9gories sortent des cat\u00e9gories : cet ordre, c&rsquo;est l&rsquo;ordre dialectique fond\u00e9 sur la n\u00e9gation du principe de contradiction. Bien. Mais Marx qui savait \u00e7a l&rsquo;a consid\u00e9r\u00e9 comme acquis et a b\u00e2ti sa philosophie mat\u00e9rialiste, laquelle est entendue tout de travers, bien souvent. La plupart des com\u00admunistes veulent que le fait de poser l&rsquo;objet an\u00e9antisse l&rsquo;\u00eatre de celui qui le pose : le monde est comme nous le voyons, et l&rsquo;\u00eatre qui le per\u00e7oit est ce que ce monde invente \u00e0 son dernier terme afin de se percevoir soi-m\u00eame : non m\u00eame pas de se percevoir soi-m\u00eame, ce qui ne serait d\u00e9j\u00e0 pas mal : afin d&rsquo;\u00eatre per\u00e7u&#8230; Sais-tu o\u00f9 on en est ?&#8230;<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Cher Jo\u00eb, je ne sais plus o\u00f9 j&rsquo;en suis moi-m\u00eame, car il me semble \u00e9vident que poser un objet engendre au contraire l&rsquo;\u00eatre qui le pose et que nous sommes comme nous voyons le monde. Cette infortun\u00e9e dialectique, de Hegel \u00e0 Marx, de Marx \u00e0 nous, ne sait plus o\u00f9 sont ses pieds et sa t\u00eate.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">BOUSQUET<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">J&rsquo;ai entendu un vrai, un grand philosophe marxiste s&rsquo;\u00e9chi\u00adner pour cr\u00e9er un univers mat\u00e9riel o\u00f9 l&rsquo;homme serait comme invit\u00e9. Au d\u00e9but, cela allait assez : il posait un objet : le verre, et puis un autre objet, la bouteille : mais comment penser, sans intervention du sujet, l&rsquo;id\u00e9e de relation : le verre est pr\u00e8s de la bouteille\u00a0? Dans son ardeur \u00e0 cr\u00e9er un univers mat\u00e9riel, mais de mati\u00e8re \u00e9teinte, de mati\u00e8re comme je lui ai dit, sans entrailles, il arrivait \u00e0 ceci : ce rapport existe parce que com\u00adpris dans l&rsquo;unit\u00e9 de tous les rapports mat\u00e9riels, et \u00e0 travers cette hypoth\u00e8se il entrait dans une sorte de monisme, mais d&rsquo;o\u00f9, au moins, lui, individu, \u00e9tait absent. Il donnait au monde mat\u00e9riel ce dont il se d\u00e9poss\u00e9dait lui-m\u00eame.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Cela me semble \u00e0 la fois d\u00e9pourvu de sens et de bon sens.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">BOUSQUET<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il ne faut pas hausser les \u00e9paules. Le philosophe dont je te parle est plus fort que moi. Il n&rsquo;en a pas moins tort. Je lui ai pos\u00e9 une question dont j&rsquo;attendais la r\u00e9ponse : que pensez-vous de Voltaire\u00a0? Il admire Voltaire. Il y a un marxisme de contrebande qui, pour recueillir les forces r\u00e9volutionnaires fran\u00e7aises toutes imbues de l&rsquo;esprit de 48 est pr\u00eat \u00e0 laisser Hegel en route. Or, je pr\u00e9tends qu&rsquo;au dernier terme du mat\u00e9\u00adrialisme, l&rsquo;id\u00e9e de Dieu reste possible. Dieu dont je me fous plus que personne mais qui devient le nom qu&rsquo;X ou Y peut donner \u00e0 ce devenir. Le mat\u00e9rialisme est mat\u00e9rialisme + id\u00e9a\u00adlisme ou il n&rsquo;est pas.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le subjectif ne s&rsquo;oppose pas ci l&rsquo;objectif mais est un moment de l&rsquo;objectif.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Mon cher Jo\u00eb, ton entreprise \u00e0 toi revient \u00e0 allumer dans les profondeurs de l&rsquo;\u00eatre pensant la lumi\u00e8re m\u00eame de son devenir, et, dans l&rsquo;imminence de cette r\u00e9volution, o\u00f9 chaque individu devra tourner sur lui-m\u00eame, \u00e0 lui donner sous forme de pressentiment la pens\u00e9e de ce faisceau lumineux o\u00f9 s&rsquo;ouvrira la perspective de la nouvelle route \u00e0 suivre&#8230; On ne peut pas prendre Hegel pour un id\u00e9aliste. Il est l&rsquo;inventeur du mat\u00e9rialisme. Il est, jusque dans les profondeurs de l&rsquo;id\u00e9e, prisonnier de la mati\u00e8re qu&rsquo;il emprisonne. Je mets qui que ce soit au d\u00e9fit de b\u00e2tir un mat\u00e9rialisme purement objectif (n\u00e9gli\u00adgeant le myst\u00e8re de l&rsquo;\u00eatre qui per\u00e7oit) sans que l&rsquo;inach\u00e8vement du syst\u00e8me sauve la mise \u00e0 un Dieu transcendant.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8230; Le myst\u00e8re de l&rsquo;\u00eatre qui per\u00e7oit et le simple myst\u00e8re du : il y a quelque chose&#8230;<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous sommes parvenus \u00e0 une crise humaine, \u00e0 la fois mat\u00e9rielle et psychologique, si profonde, qu&rsquo;elle doit faire \u00e9clater, non seulement les cadres de nos civilisations, mais nos jugements sur ce que l&rsquo;on appelle \u00ab\u00a0la nature humaine \u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">BOUSQUET<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Cela, ce n&rsquo;est pas la peine de le dire : on verra bien. Pourquoi ce ton de journaliste quand on va parler en philoso\u00adphe et en grand philosophe\u00a0?<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">DAUMAL<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je ne suis pas tout \u00e0 fait de cet avis : mais maintenant, en effet, ceci sera avantageusement remplac\u00e9 par notre intro\u00adduction.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je ne suis pas un philosophe. La dialectique mat\u00e9rialiste, la seule qui ait expliqu\u00e9 les soci\u00e9t\u00e9s humaines en fonction des milieux qui leur ont donn\u00e9 naissance, n&rsquo;est encore qu&rsquo;\u00e0 mi-che\u00admin de son investigation, arr\u00eat\u00e9e devant le probl\u00e8me psycholo\u00adgique individuel. Ses r\u00e9ponses \u00e0 ce probl\u00e8me n&rsquo;ont encore rien r\u00e9v\u00e9l\u00e9 sur la nature de l&rsquo;\u00eatre humain ni sur la fa\u00e7on d&rsquo;entrer en contact avec leur propre essence,<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">BOUSQUET<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">J&rsquo;aurais essay\u00e9 de poser que la dialectique mat\u00e9rialiste, me semblant rendre compte de tous les probl\u00e8mes \u00e0 l&rsquo;instant particulier de leur devenir, s\u00fbr de la voir \u00e0 son dernier terme envelopper aussi les positions singuli\u00e8res (lyriques, po\u00e9tiques) je m&rsquo;\u00e9tais d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper une pens\u00e9e toute rompue \u00e0 la dialectique en partant d&rsquo;un bout quelconque du syst\u00e8me insuffisamment \u00e0 mon gr\u00e9 remagn\u00e9tis\u00e9 par Hegel. Autrement dit : cette transformation qu&rsquo;au terme de son \u00e9volution la dialectique mat\u00e9rialiste doit avoir accomplie dans l&rsquo;individu pris dans le devenir historique, ne peut-on pas, en partant de l&rsquo;humain et du moi psychologique, d\u00e9celer les moyens d&rsquo;aller, pour soi-m\u00eame, \u00e0 sa rencontre\u00a0?<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">DAUMAL<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je rel\u00e8ve le mot \u00ab essence \u00bb. L&rsquo;abus de ce mot dans le langage philosophique en a obscurci malheureusement le sens. Qu&rsquo;on se rapporte \u00e0 l&rsquo;\u00e9tymologie : \u00ab esse \u00bb, \u00eatre. Ce qui est \u00e9tant toujours acte en mouvement, l&rsquo;essence d&rsquo;une chose parti\u00adculi\u00e8re est l&rsquo;antinomie m\u00eame qui la fait exister. L&rsquo;essence d&rsquo;un \u00eatre pensant ne diff\u00e8re de l&rsquo;essence d&rsquo;une chose inerte que par une tendance \u00e0 r\u00e9soudre perp\u00e9tuellement des antinomies sans cesse renaissantes. Si l&rsquo;on entend par mati\u00e8re, selon Engels, ce dont le mode d&rsquo;existence est mouvement, on comprend que l&rsquo;essence d&rsquo;une chose quelconque est le mode d&rsquo;exis\u00adtence particuli\u00e8re de la mati\u00e8re que cette chose exprime.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">L&rsquo;homme se per\u00e7oit absurde, sa pens\u00e9e n&rsquo;\u00e9tant faite que de dur\u00e9e (impensable, qu&rsquo;elle ait commenc\u00e9 ou non, qu&rsquo;elle aille ou non \u00e0 sa fin) et d&rsquo;espace (impensable fini ou infini). Ces deux assises impensables de la pens\u00e9e engendrent la rai\u00adson, mais la pens\u00e9e rejette comme inadmissibles et le oui et le non, et se per\u00e7oit incoh\u00e9rente : elle a admis que des causes engendrent des effets&#8230;<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">BOUSQUET<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8230; mais elle n&rsquo;ira pas plus loin sans comprendre qu&rsquo;elle se soumettait ainsi \u00e0 la plus imp\u00e9rieuse de ses lois, la loi de causalit\u00e9, qu&rsquo;elle ne faisait que s&rsquo;envelopper de plus en plus \u00e9troitement dans ses propres d\u00e9terminations. Temps, espace, loi de causalit\u00e9 sont l&rsquo;armature de notre pens\u00e9e.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">(SUAR\u00c8S 1953)<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ainsi que la loi d&rsquo;identit\u00e9 (A = A) an\u00e9antie par la notion de relativit\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ainsi, par l&rsquo;entremise de la pens\u00e9e, l&rsquo;espace et le temps impensables, plongent l&rsquo;\u00eatre, uni \u00e0 sa pens\u00e9e, dans l&rsquo;illusion qu&rsquo;il se pense.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">BOUSQUET<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Mon cher Jo\u00eb, tu as un peu le g\u00e9nie de ces musiciens qui tirent un chef-d\u2019\u0153uvre d&rsquo;une fausse note. Unit\u00e9 de la pens\u00e9e et de l&rsquo;\u00eatre : c&rsquo;est l&rsquo;unit\u00e9 de la pens\u00e9e. Pens\u00e9e et de l\u2019\u00catre qualit\u00e9 qui s&rsquo;oppose au non-\u00catre et non pas \u00e0 l&rsquo;\u00eatre vivant. L\u2019\u00catre, ce qu&rsquo;il y a de plus positif et de plus n\u00e9gatif \u00e0 la fois, car l\u2019\u00catre c&rsquo;est tout, et \u00catre, si c&rsquo;est seulement \u00eatre sans attribut, ce n&rsquo;est rien. \u00catre, dans la dialectique de Hegel s&rsquo;oppose \u00e0 non-\u00eatre pour former le devenir.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Op\u00e9ration par laquelle un concept se mat\u00e9rialise brusque\u00adment en une chose qui remue&#8230; je ne connais pas de syst\u00e8me philosophique qui ne soit l&rsquo;expression de positions assum\u00e9es par l&rsquo;inconscient.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">BOUSQUET<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ceci te met en opposition radicale avec le surr\u00e9alisme, pour qui l&rsquo;inconscient est la nature de l&rsquo;homme dans toute son unit\u00e9 et dans toute son honn\u00eatet\u00e9. L&rsquo;inconscient ignore la religion. Tu devrais remplacer ce mot inconscient. Il y a l\u00e0 une terminologie \u00e0 changer. \u00ab Inconscient \u00bb dans l&rsquo;ancienne philosophie avait un sens n\u00e9gatif : cela repr\u00e9sentait un r\u00e9sidu. On lui a d\u00e9couvert, gr\u00e2ce \u00e0 Freud, un contenu immense\u00a0; l&rsquo;Inconscient s&rsquo;est affect\u00e9 d&rsquo;un coefficient positif de plus en plus \u00e9lev\u00e9. C&rsquo;est lui qui est charg\u00e9 de tous nos dynamismes. Il me semble que ton inconscient \u00e0 toi n&rsquo;est pas quelque chose d&rsquo;organique. Je peux dire que ton inconscient \u00e0 toi, ne devien\u00addra clair que par l&rsquo;effet r\u00e9v\u00e9lateur de l&rsquo;inconscient. Alors ?&#8230;<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Disons que l&rsquo;inconscient est ce \u00e0 travers quoi les plus solides des biens qui nous tiennent se manifestent sous un d\u00e9guisement.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je veux bien, si l&rsquo;on admet avec moi que les plus solides biens qui nous tiennent sont nos pens\u00e9es, lesquelles ne sont que le d\u00e9guisement du motif inconscient qui nous les fait retenir ou adopter. Le langage populaire nous montre l&rsquo;homme plong\u00e9 dans ses pens\u00e9es, inconscient du monde qui l&rsquo;entoure. Quelles que soient nos repr\u00e9sentations : morales, religieuses, philosophiques, sociales, \u00e9conomiques, politiques, notre conscient n&rsquo;y est-il pas plong\u00e9\u00a0? L&rsquo;inconscient selon moi est ce monde de symboles et de mythes, lequel incarne le conscient et lui donne ses visages et ses paroles. L&rsquo;inconscient individuel baigne dans l&rsquo;inconscient collectif qui distribue aux individus leurs r\u00f4les dans les Com\u00e9dies (religieuses) dont ils sont les acteurs. L&rsquo;inconscient n&rsquo;est donc ni le r\u00e9sidu des anciennes philosophies ni cette sorte de somme des surr\u00e9alistes, mais l&rsquo;\u00e9tat de d\u00e9lire onirique o\u00f9 se trouve \u00e0 de rares exceptions pr\u00e8s l&rsquo;humanit\u00e9 telle qu&rsquo;on la constate. L&rsquo;\u00e9tat conscient dans le sens que je donne \u00e0 ce mot est celui d&rsquo;une conscience constatant l&rsquo;imp\u00e9n\u00e9trable \u00e0 tous les instants&#8230;<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">BOUSQUET<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je t&rsquo;arr\u00eate. Prenons le probl\u00e8me philosophique de la r\u00e9alit\u00e9 du dehors, en nous posant comme un ignorant qui int\u00e9grerait un \u00e0 un les syst\u00e8mes philosophiques connus. Il y a le contenu de ma perception qui se pr\u00e9sente sous forme de ph\u00e9nom\u00e8nes auxquels il faut bien que j&rsquo;incarne en pens\u00e9e un soutien imp\u00e9\u00adn\u00e9trable, inconnaissable. Appelons-le l&rsquo;imp\u00e9n\u00e9trable : pour Kant c&rsquo;est le noum\u00e8ne, qui figurera ensuite comme pens\u00e9e dans les cat\u00e9gories de l&rsquo;esprit. Pour Fichte, l&rsquo;imp\u00e9n\u00e9trable c&rsquo;est le moi, lequel cr\u00e9e le monde par un processus inconscient, pour en prendre conscience \u00e0 travers sa vie. Dans la philoso\u00adphie de Schelling le sujet et l&rsquo;objet s&rsquo;identifient l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre dans cet imp\u00e9n\u00e9trable qui est Dieu. Tout ceci grossi\u00e8rement dit, Hegel ach\u00e8ve d&rsquo;int\u00e9grer cet imp\u00e9n\u00e9trable en posant que les lois de la pens\u00e9e sont aussi les lois de la nature. Tout l&rsquo;imp\u00e9n\u00e9trable des syst\u00e8mes ant\u00e9rieurs passe dans le mouvement dont est dou\u00e9 cet univers o\u00f9 les cat\u00e9gories de l&rsquo;entende\u00adment sont les cat\u00e9gories de la nature. La v\u00e9rit\u00e9 du monde est envelopp\u00e9e dans le fait que le monde est. Il n&rsquo;y a pas \u00e0 sortir de l\u00e0. C&rsquo;est la v\u00e9rit\u00e9 du monde qui le cr\u00e9e et comprendre sa v\u00e9rit\u00e9, c&rsquo;est se sentir cr\u00e9\u00e9 \u00e0 travers lui. Tout ceci est fort clair. Mais chaque homme a le droit de se demander comment, objet de cette magnifique expression \u2014 v\u00e9rit\u00e9 \u2014 il parviendra \u00e0 \u00ab\u00a0penser ce qui l&rsquo;agit \u00bb, \u00e0 \u00eatre jusque dans sa propre pens\u00e9e, dans ses amours, dans ses habitudes, dans sa nourriture spiri\u00adtuelle et mat\u00e9rielle, \u00e0 \u00eatre jusque dans la profondeur de sa conscience une incarnation de son propre destin. Comprendre un syst\u00e8me jusqu&rsquo;\u00e0 se voir, par toutes les forces de sa volont\u00e9, compris en lui.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je ne te suis plus. Ce syst\u00e8me (quel qu&rsquo;il soit) est une repr\u00e9sentation, cette volont\u00e9 une organisation du d\u00e9sir que l&rsquo;on a de satisfaire l&rsquo;intellect en lui accordant tout au moins que les voies du pensable m\u00e8nent \u00e0 l&rsquo;int\u00e9gration de l&rsquo;imp\u00e9n\u00e9\u00adtrable. Revenons \u00e0 ce que tu disais un peu plus haut : la v\u00e9rit\u00e9 du monde est envelopp\u00e9e dans le fait que le monde est. Partons de l\u00e0 \u00e0 la d\u00e9couverte de l&rsquo;affirmation la plus indestruc\u00adtible que l&rsquo;on puisse prononcer (car les mots v\u00e9rit\u00e9, monde, enveloppement, \u00eatre, sont encore trop \u00e9tendus). Tu vois\u00a0? Et en projetant le doute sur chacun de ces mots, j&rsquo;en arrive \u00e0 la seule affirmation possible, \u00e0 la seule table rase possible : \u00ab\u00a0il y a quelque chose \u00bb. Que ce quelque chose chacun le d\u00e9pouille \u00e0 sa mani\u00e8re. Que ce il y a soit priv\u00e9 de la notion d&rsquo;\u00eatre : Le doute total se heurte \u00e0 il y a quelque chose. Je ne sais m\u00eame pas si c&rsquo;est un univers. Je ne sais rien. Il y a quelque chose et quelque chose se pr\u00e9sente \u00e0 soi en tant que constatation : il y a quelque chose. (Cette constatation est int\u00e9gr\u00e9e dans le quelque chose). Le doute total parvenu \u00e0 cette nudit\u00e9 a \u00e9prouv\u00e9 le d\u00e9sir de se retirer dans la seule constatation qui soit irr\u00e9futable. Et voici qui est important\u00a0: cette constata\u00adtion est une pens\u00e9e mais non un concept. Tout concept qui na\u00ee\u00adtrait de cette pens\u00e9e-constatation serai symbolique, mythique, inconsciente (dans le sens que je donne \u00e0 ce mot). Pourquoi\u00a0? Parce que il y a quelque chose est proprement impensable. Que l&rsquo;esprit accepte face \u00e0 cet impensable, de se mettre en \u00e9tat de stupeur : cette stupeur est l&rsquo;\u00e9tat que j&rsquo;appelle conscient. Car en cet \u00e9tat, il per\u00e7oit la pu\u00e9rilit\u00e9 des th\u00e9ologies et des philosophies. (Dieu a cr\u00e9\u00e9 l&rsquo;univers = l&rsquo;impensable a engendr\u00e9 l&rsquo;impensable, etc&#8230; l&rsquo;esprit, redoutant l&rsquo;impensable, s&rsquo;ab\u00eatit de fausses explications). Pens\u00e9e-concept = constatation + d\u00e9sir de repr\u00e9sentation. Celle-ci abstraite ou imag\u00e9e est mythique. Il y a est l&rsquo;imp\u00e9n\u00e9trable. Mais la conscience de l&rsquo;imp\u00e9n\u00e9trable se p\u00e9n\u00e8tre.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">BOUSQUET<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je voudrais poser cela ainsi : Dans quelle mesure par\u00adviendrons-nous \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer l&rsquo;imp\u00e9n\u00e9trable\u00a0?<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">D&rsquo;o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une psychologie dialectique, bas\u00e9e sur l&rsquo;auto-perception, d&rsquo;instant en instant, des rapports entre la conscience et le milieu.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">DAUMAL<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Du point de vue m\u00e9thodologique, il est frappant de con\u00adstater encore une fois qu&rsquo;une psychologie r\u00e9volutionnaire est forc\u00e9ment une psychologie dialectique. La vieille psychologie \u00e9tudiait le moi comme un objet statique, une donn\u00e9e imm\u00e9diate, sans mettre en question son origine ni sa fin. Quelques pen\u00adseurs, comme Bergson, ont essay\u00e9 de saisir le moi dans son \u00e9volution ; mais toujours les conceptions finalistes, dualistes, etc&#8230; se sont gliss\u00e9es dans leurs th\u00e9ories. Aujourd&rsquo;hui, l\u2019\u0153uvre du psychologue r\u00e9volutionnaire doit \u00eatre :<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">1\u00b0 de d\u00e9crire, \u00e0 partir de l&rsquo;agr\u00e9gat vivant, les naissances et les r\u00e9solutions successives de conflits internes qui constituent les diff\u00e9rentes modalit\u00e9s de la vie psychique ; (c&rsquo;est cette premi\u00e8re partie qui est trait\u00e9e ici) ;<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">2\u00b0 de montrer que cette dialectique est la m\u00eame que celle qui se d\u00e9veloppe dans tous les concepts de l&rsquo;histoire : dans l&rsquo;histoire des soci\u00e9t\u00e9s humaines, elle s&rsquo;appelle le mat\u00e9rialisme historique.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il est \u00e9vident que la condensation du je en moi fut le r\u00e9sultat de l&rsquo;activit\u00e9 humaine (rapports des hommes entre eux et rapports entre l&rsquo;homme et son milieu) greff\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution biologique des esp\u00e8ces. Celle-ci se prolonge dans le r\u00e8gne humain : conflits entre l&rsquo;\u00e9tat de stase (d&rsquo;arr\u00eat) psychique tendant \u00e0 limiter l&rsquo;homme dans ses rapports mythiques avec l&rsquo;imp\u00e9n\u00e9trable (religions), c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 arr\u00eater l&rsquo;\u00e9volution dans une Esp\u00e8ce ; et l&rsquo;\u00e9tat conscient o\u00f9 ces conditionnements sont bris\u00e9s r\u00e9volutionnairement : l&rsquo;humain n&rsquo;est pas une Esp\u00e8ce.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">DAUMAL<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Voici quelques remarques sur les mots \u00ab\u00a0\u00e9volution \u00bb et \u00ab\u00a0humain \u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">a) Evolution : le sens que nous lui donnons est pr\u00e9cis ; il exclut nettement tous les autres susceptibles de lui corres\u00adpondre, et c&rsquo;est pourquoi nous tenons \u00e0 l&rsquo;exprimer imm\u00e9diatement.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Par \u00e9volution nous n&rsquo;entendons pas englober, sous une id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale, un groupe de faits biologiques ou physiques dont le lien causal imm\u00e9diat \u00e9chappe \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience actuelle. Proc\u00e9der de cette fa\u00e7on aurait \u00e9t\u00e9 se servir d&rsquo;une hypoth\u00e8se comme d&rsquo;un fait existant et \u00e0 l&rsquo;abri du doute.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00c9tymologiquement \u00e9volution signifie : d\u00e9roulement. Ce sens est net. Il ne laisse aucune place \u00e0 l&rsquo;arbitraire. Une id\u00e9e, un organe, une esp\u00e8ce animale, un ph\u00e9nom\u00e8ne quelconque \u00e9voluent dans l&rsquo;histoire du monde lorsque l&rsquo;\u00e9tat post\u00e9rieur est potentiellement implicite dans l&rsquo;\u00e9tat ant\u00e9rieur, dont il n&rsquo;est que le d\u00e9roulement. L&rsquo;\u00e9volution est donc une transformation dans le temps, conditionn\u00e9e par la nature propre de la chose qui se transforme et qui varie dans les limites impos\u00e9es par les condi\u00adtions ext\u00e9rieures. En aucun cas la conception id\u00e9aliste (Schel\u00adling : \u00ab\u00a0il existe un principe d&rsquo;\u00e9l\u00e9vation, une tendance et une pouss\u00e9e vers une vie plus haute&#8230; \u00bb) reprise avec une l\u00e9g\u00e8re variation par Bergson : (\u00ab\u00a0il existe une pouss\u00e9e vers les formes sup\u00e9rieures de la vie \u00bb), finaliste ou darwinienne de l&rsquo;\u00e9volu\u00adtion ne s&rsquo;accorde avec ce que nous voulons dire. Les deux premi\u00e8res supposent l&rsquo;existence d&rsquo;un type id\u00e9al de l&rsquo;\u00eatre qui attire vers lui, comme une sorte d&rsquo;aimant, les formes impar\u00adfaites de la vie en progr\u00e8s continu. La derni\u00e8re se base sur l&rsquo;observation t\u00e2tonnante, cherchant dans l&rsquo;analogie ext\u00e9rieure un lien causal et d\u00e9duisant de cette comparaison un ensemble d&rsquo;hypoth\u00e8ses sur la l\u00e9galit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9volution dont l&rsquo;homme serait le produit parfait. Nous n&rsquo;admettons pas ces th\u00e9ories. Elles conditionnent le r\u00e9el par le transcendantal, le concret par l&rsquo;ab\u00adstrait, l&rsquo;existant par l&rsquo;inexistant. Une forme type ne peut pas modeler les \u00eatres concrets, c&rsquo;est tout au contraire la forme type qui est model\u00e9e par la sp\u00e9culation. Ces remarques tr\u00e8s br\u00e8ves nous ont parues indispensables pour \u00e9viter tout malentendu. Nous ne voulons pas savoir si, oui ou non, l&rsquo;homme est au fa\u00eete d&rsquo;une \u00e9chelle de valeurs hi\u00e9rarchis\u00e9es : nous ne croyons pas \u00e0 l&rsquo;existence de ces valeurs. L&rsquo;homme de Darwin est une valeur au m\u00eame titre que l&rsquo;id\u00e9e de Bien dans la morale.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">b) Humain : Tout ce qui s&rsquo;est donn\u00e9 jusqu&rsquo;ici le nom d&rsquo;\u00ab\u00a0humanisme \u00bb, \u00ab\u00a0humanitarisme \u00bb, n&rsquo;\u00e9tait que la glorifi\u00adcation d&rsquo;un \u00e9tat monstrueux et provisoire de l&rsquo;humanit\u00e9. Toute conception de l&rsquo;humanisme fond\u00e9e sur l&rsquo;existence des moi individuels aboutit (ainsi l&rsquo;\u00e9cole positiviste) plus ou moins nettement \u00e0 une d\u00e9ification de l&rsquo;homme, \u00e0 une id\u00e9ologie. La r\u00e9alit\u00e9 sociale de l&rsquo;\u00e9cole sociologique fran\u00e7aise (Durkheim) est, exactement, comme les anciens dieux, une projection du moi individuel qui veut s&rsquo;\u00e9terniser en se retrouvant dans une substance suppos\u00e9e moins p\u00e9rissable. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;humanit\u00e9 transcendante \u00e0 l&rsquo;homme. L&rsquo;homme est humain ou refuse de l&rsquo;\u00eatre et c&rsquo;est tout.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Voir par rapport \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, comment les entit\u00e9s humai\u00adnes \u00e0 la fois sont cr\u00e9\u00e9s par elle et r\u00e9agissent sur elles ; par quels moyens elles peuvent lib\u00e9rer le social en se lib\u00e9rant elles-m\u00eames ; envisager, par rapport \u00e0 la nature, le moi comme une crise qui se produit lorsque le subjectif, ayant augment\u00e9 d&rsquo;intensit\u00e9 \u00e0 travers les esp\u00e8ces est devenu aigu au point d&rsquo;assumer \u00e0 sa propre perception la valeur d&rsquo;entit\u00e9s isol\u00e9es (condensation) ; prolonger ainsi, dans le psychologique, la dialectique mat\u00e9rialiste qui verra sauter ses propres cadres.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">DAUMAL<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Bon. Tout ceci va. Parfait, parfait.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Pr\u00e9ciser : l&rsquo;identification de la conscience avec le sens d&rsquo;isolement de la cellule psychique qu&rsquo;est le moi s&rsquo;oppose \u00e0 l&rsquo;\u00e9clatement dialectique (cr\u00e9ateur) du moi ; nos civilisations bas\u00e9es sur le moi en tant qu\u2019\u00catre, sont de ce fait pr\u00e9-humaines ;<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">le moi : r\u00e9action au milieu, cr\u00e9ation du milieu + d\u00e9sir-volont\u00e9 de durer ; l&rsquo;identification du moi et de ce d\u00e9sir qui n&rsquo;est autre que le moi lutte contre sa dialectique interne, laquelle, si elle n&rsquo;\u00e9clate vitalement (g\u00e9nie cr\u00e9ateur) \u00e9clatera catastrophiquement (volont\u00e9 de puissance, guerre, etc&#8230;) ou sera suicid\u00e9e (masses amorphes, fa\u00e7onn\u00e9es par les propagandes). L&rsquo;\u00eatre, par d\u00e9finition, ne peut se d\u00e9truire lui-m\u00eame, disent les philo\u00adsophes&#8230;<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">BOUSQUET<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8230; en r\u00e9sum\u00e9 ta critique pr\u00e9alable des positions philoso\u00adphiques ne vaut rien. Pour la bonne raison que tu n&rsquo;es pas un philosophe de profession. Et tout le reste est g\u00e9nial. Procure-toi donc \u00ab <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Le paysan de Paris<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> \u00bb d&rsquo;Aragon. Relis les 20 pre\u00admi\u00e8res pages. Vois comment il soutient qu&rsquo;il est absurde de suspendre tout d\u00e9veloppement philosophique \u00e0 une critique de tous les syst\u00e8mes ant\u00e9rieurs. La v\u00e9rit\u00e9, dit-il, ne m&rsquo;atteint que l\u00e0 o\u00f9 j&rsquo;ai port\u00e9 l&rsquo;erreur&#8230;<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8230; et cependant le moi ne cesse de se d\u00e9truire ; ses actions s&rsquo;opposent \u00e0 leurs mobiles ; car le moi n&rsquo;est pas l&rsquo;\u00eatre mais une r\u00e9sistance plac\u00e9e dans le courant de la vie universelle, dont la fonction cr\u00e9atrice serait de se laisser d\u00e9truire.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">BOUSQUET<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Que penses-tu du suicide? L&rsquo;acte supr\u00eame du moi, lequel devrait bien \u00e9terniser ce moi, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e9terniser l&rsquo;insatis\u00adfaction du moi, \u00e9terniser le malheur de la destin\u00e9e humaine.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">DAUMAL<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Fort juste.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Tout geste symbolique est du monde de l&rsquo;inconscient. Et il n&rsquo;existe pas, en dialectique, d&rsquo;acte supr\u00eame. Mais nous pourrions en effet consid\u00e9rer le suicide du moi comme la seule d\u00e9marche qui lui serait naturelle. Du moi, non de l&rsquo;homme s&rsquo;identifiant au moi. \u00c0 noter qu&rsquo;en la constatation il y a quel\u00adque chose l&rsquo;esprit se trouve contraint et forc\u00e9 d&rsquo;admettre quel\u00adque chose et de demeurer suspendu dans la nue stupeur d&rsquo;admettre en m\u00eame temps que cette affirmation la plus \u00e9l\u00e9\u00admentaire lui r\u00e9v\u00e8le qu&rsquo;il ne pourra jamais comprendre les choses que sans comprendre qu&rsquo;elles soient l\u00e0. Car l&rsquo;esprit p\u00e9tri dans la dur\u00e9e, se dit que m\u00eame si le quelque chose a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 du n\u00e9ant, il r\u00e9sulte que ce n\u00e9ant, contenant quelque chose qui cr\u00e9e quelque chose est encore quelque chose, impen\u00adsable. Et, prenant le contre-pied de cet impensable, l&rsquo;esprit se dit qu&rsquo;il ne pourrait comprendre que le n\u00e9ant, notion \u00e9mi\u00adnemment incons\u00e9quente et absurde. Cette sorte d&rsquo;affinit\u00e9 intime que le moi se d\u00e9couvre avec le n\u00e9ant, lui r\u00e9v\u00e8le son essence qui est (en mouvement) an\u00e9antissement. L&rsquo;on pourrait envisager le suicide en partant de l&rsquo;aspiration au n\u00e9ant.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"center\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>QUOI ? L\u2019\u00c9TERNIT\u00c9 <\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">BOUSQUET<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">La pens\u00e9e rencontre son contraire. Na\u00eetre et mourir sont m\u00eame chose.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Oui, oui. Mais tu vas trop vite. On pourrait croire que je viens de poser le probl\u00e8me de l&rsquo;inconnaissable, tandis que je voudrais avoir, au contraire, pos\u00e9 le connaissable comme le contraire de la pens\u00e9e en tant que repr\u00e9sentation.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">BOUSQUET<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ce serait ici le lieu de faire le proc\u00e8s de tels syst\u00e8mes, donn\u00e9s comme mat\u00e9rialistes et qui commencent \u00e0 poser le r\u00e9el comme inconnaissable, et donnent \u00e0 l&rsquo;univers mat\u00e9riel des assises dans un imp\u00e9n\u00e9trable qu&rsquo;ils se d\u00e9fendent \u00e0 tout jamais de p\u00e9n\u00e9trer, circonscrivant ainsi leur mat\u00e9rialisme dans les limites qu&rsquo;ils imposent \u00e0 la connaissance. Ces mat\u00e9rialistes ne peuvent que tomber un jour ou l&rsquo;autre d&rsquo;accord avec des th\u00e9is\u00adtes \u00e0 la diff\u00e9rence pr\u00e9s qu&rsquo;ils se montrent plus r\u00e9serv\u00e9s que ces derniers. Pas de mat\u00e9rialisme qui n&rsquo;enveloppe et ne r\u00e9solve dans sa totalit\u00e9 cette substance qui, sous un nom ou sous un autre ne demande qu&rsquo;\u00e0 repara\u00eetre.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Cette substance devait \u00eatre travers\u00e9e, per\u00e7ue jusqu&rsquo;\u00e0 ne plus se distinguer de ce qui la per\u00e7oit.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je dirai ici que nous sommes tous enti\u00e8rement d&rsquo;accord sur les principes suivants :<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">La raison n&rsquo;est pas une facult\u00e9 humaine, un ensemble de principes, de r\u00e8gles suivant lesquelles nous pensons les choses. Elle est le code selon lequel l&rsquo;\u00eatre se produit, se constitue, s&rsquo;\u00e9panouit. Elle est \u00e0 la fois facult\u00e9 subjective et r\u00e9alit\u00e9 objective.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Elle est en nous comme essence et norme de pens\u00e9e. Elle est dans les choses comme essence et loi de leur \u00e9volution. Penser ne peut \u00eatre que penser les choses, et penser c&rsquo;est agir.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">L&rsquo;Absolu n&rsquo;est pas transcendant par rapport aux choses, il est le processus qui les fait appara\u00eetre. Il n&rsquo;est donc pas l&rsquo;Absolu. Et aussi : Rien n&rsquo;est qui ne s&rsquo;enveloppe de notre pens\u00e9e. Car notre pens\u00e9e, aussi, est mat\u00e9rielle ; et p\u00e8se de toutes ses forces dans notre volont\u00e9 d&rsquo;objectivation des moi, pr\u00e9alable au parti-pris de d\u00e9sint\u00e9gration du moi.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Cher Jo\u00eb, cet Absolu qui n&rsquo;est pas l&rsquo;Absolu, ne pourrions-nous le nommer l&rsquo;Incr\u00e9\u00e9? Ce nom que les th\u00e9istes auraient du mal \u00e0 r\u00e9cuser pourrait avoir l&rsquo;avantage de nous aider \u00e0 balayer des notions telle que : L&rsquo;Absolu \u00e9tant absolu est immuable et autres sottises. Notre proc\u00e8s des syst\u00e8mes qui se donnent comme mat\u00e9rialistes ou id\u00e9alistes est, en fait, celui de la pens\u00e9e-id\u00e9ation ; le proc\u00e8s du monde des Id\u00e9es. La pens\u00e9e est action, dis-tu. Elle est donc, simultan\u00e9ment constatation et cr\u00e9ation. Je veux dire perception directe, donc irruption de. l&rsquo;incr\u00e9\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement dont la pr\u00e9sence m&rsquo;effriterait, moi, qui ne suis que mon pass\u00e9. Renversement de la notion de Connaissance. Celle-ci, l&rsquo;Id\u00e9e ne la p\u00e9n\u00e9trera jamais ; mais la Connaissance violera l&rsquo;id\u00e9ation, l&rsquo;assassinera. A noter que l&rsquo;id\u00e9ation est le moi.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">DAUMAL<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">L&rsquo;\u00c9ternit\u00e9 : oui, ce mot peut et doit \u00eatre d\u00e9pouill\u00e9 de tout caract\u00e8re m\u00e9taphysique ou mystique. L&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 ou adh\u00e9rence au pr\u00e9sent, consiste \u00e0 penser simplement, mais avec tout l&rsquo;\u00eatre, et non seulement avec la logique abstraite de l&rsquo;enten\u00addement : le pass\u00e9 n&rsquo;est plus ! le futur n&rsquo;est pas encore.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">La po\u00e9sie, affranchie de l&rsquo;individualisme peut donner un avant-go\u00fbt de l&rsquo;\u00e9ternel pr\u00e9sent. Telle, souvent, la po\u00e9sie d\u00e9sensibilisation de l&rsquo;univers de Paul Eluard. BOUSQUET nous rap\u00adpelait aussi de ces vers de Rimbaud :<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"center\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab Elle est retrouv\u00e9e <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"center\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Quoi ? L&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"center\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">C&rsquo;est la mer all\u00e9e <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"center\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Avec le soleil. \u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Mais c&rsquo;est jusqu&rsquo;ici la musique hindoue, absolument purg\u00e9e d&rsquo;individualisme, musique objective qui m&rsquo;a donn\u00e9 la saveur la plus proche de celle de l&rsquo;\u00e9ternel pr\u00e9sent. Le moi qui continue \u00e0 vivre en re\u00e7oit une intol\u00e9rable angoisse ; il cherche aussit\u00f4t \u00e0 expliquer par ses propres ressources, de peur de p\u00e9rir, cette adh\u00e9rence au pr\u00e9sent. Dans un \u00e9clair, c&rsquo;est tou\u00adjours cette explication qui se forme : j&rsquo;adh\u00e8re \u00e0 cet instant parce que j&rsquo;en ai l&rsquo;habitude je l&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 \u00e9prouv\u00e9, je le recon\u00adnais&#8230; Je me souviens de m&rsquo;\u00eatre trouv\u00e9 exactement dans la m\u00eame situation, faisant la m\u00eame chose, je me souviens de chaque petit d\u00e9tail et m\u00eame que j&rsquo;avais aussi le sentiment d&rsquo;angoisse, et le m\u00eame souvenir du m\u00eame instant&#8230; et ainsi ind\u00e9finiment. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne est bien connu des psychologues sous le nom de paramn\u00e9sie ou fausse reconnaissance. J&rsquo;ai rarement rencontr\u00e9 d&rsquo;hommes qui ne se souviennent pas de l&rsquo;avoir \u00e9prouv\u00e9. L&rsquo;adh\u00e9rence au pr\u00e9sent acquise par la disso\u00adlution consciente du moi aboutit au m\u00eame sentiment de pr\u00e9sence, d&rsquo;intimit\u00e9 avec le monde \u00e0 chaque instant mais alors cette conscience est durable et n&rsquo;est plus sujette \u00e0 l&rsquo;angoisse. L&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 c&rsquo;est la paramn\u00e9sie volontaire.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Des ph\u00e9nom\u00e8nes analogues, lorsque l&rsquo;explication en est transpos\u00e9e dans l&rsquo;ordre universel et en termes m\u00e9taphysiques, peuvent \u00eatre l&rsquo;origine de mythes tels que : la r\u00e9miniscence d&rsquo;une vie ant\u00e9rieure, le retour \u00e9ternel, etc&#8230;<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Parall\u00e8lement \u00e0 cette soudaine contraction du moi menac\u00e9 par le pr\u00e9sent, je tiens \u00e0 rappeler une angoisse que beaucoup de personnes ont \u00e9prouv\u00e9e dans leur enfance, sous forme de questions terrorisantes telles que : Comment se fait-il que je sois \u00ab\u00a0pr\u00e9cis\u00e9ment \u00bb moi ?. Et que le monde soit \u00ab justement \u00bb celui-ci\u00a0?&#8230; Et par quel hasard ne suis-je pas un autre\u00a0?&#8230; Et pourquoi mes parents sont-ils mes parents \u00e0 moi ?&#8230; Angoisses bien faciles \u00e0 observer chez l&rsquo;enfant identifi\u00e9 \u00e0 son pr\u00e9nom, si, en mani\u00e8re de plaisanterie on lui dit : tu n&rsquo;es pas Pierre, tu es Paul ; etc&#8230;<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le romantique allemand Jean-Paul \u00e9crit : \u00ab\u00a0Un matin, tout enfant, je me tenais sur le seuil de la maison et je regardais \u00e0 gauche, vers le b\u00fbcher, lorsque soudain me vint du ciel, comme un \u00e9clair, cette id\u00e9e : je suis un moi, qui d\u00e8s lors ne me quitte plus ; mon moi s&rsquo;\u00e9tait vu lui-m\u00eame pour la premi\u00e8re fois et pour toujours. \u00bb <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Et citant :<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>We are such stuff <\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>As dreams are made on, and our little life <\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Is rounded with a sleep<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab\u00a0Ces lignes de Shakespeare, \u00e9crit-il dans son journal, \u00bb ont fait jaillir de moi des livres entiers. \u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Si l&rsquo;on peut percevoir, \u00e9prouver ces deux exp\u00e9riences, on entre de plain-pied dans la dialectique du moi :<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">1\u00b0 r\u00e9-\u00e9voquer, r\u00e9-animer, faire surgir du royaume des morts l&rsquo;angoisse enfantine de la condensation du moi. (C&rsquo;est cette interrogation \u00e9perdue qui, pouss\u00e9e \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame, se heurte, aux confins du doute, \u00e0 la constatation il y a quelque chose ; et c&rsquo;est en cette interrogation, finalement priv\u00e9e d&rsquo;id\u00e9es, d&rsquo;ima\u00adges et de mots que l&rsquo;esprit suspendu en lui-m\u00eame, n&rsquo;est plus, dans ce silence sacr\u00e9, que la br\u00e8che par laquelle fait irruption, dans le monde des relations, l&rsquo;\u00e9ternel incr\u00e9\u00e9, cr\u00e9ant).<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">2\u00b0 Constater qu&rsquo;\u00e0 cet \u00e9ventrement de l&rsquo;esprit s&rsquo;opposent toujours le social qui n&rsquo;est qu&rsquo;accumulation et le moi qui n&rsquo;est qu&rsquo;accumulation. (Rien de ce qui est moi n&rsquo;est moi : le moi est le social en \u00e9tat d&rsquo;auto-n\u00e9gation.)<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">3\u00b0 Voir dans l&rsquo;exp\u00e9rience de Jean-Paul un cas-type de vampirisation de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 par le moi, lequel n&rsquo;est que son propre r\u00eave. (Le moi s&rsquo;est vu lui-m\u00eame dans l&rsquo;acte de conden\u00adser la conscience au sein d&rsquo;une cellule psychique, et est demeur\u00e9 tel en \u00e9tat d&rsquo;isolement, donc de r\u00eave ; cette prise de conscience, faite une fois pour toutes, a engendr\u00e9 et entretenu la capacit\u00e9 de faire jaillir de son identification avec la substance du r\u00eave, des livres entiers ; il suffit au temporel de se savoir r\u00eave pour capter et exploiter l&rsquo;incr\u00e9\u00e9, dans ce que l&rsquo;on appelle l\u2019\u0153uvre d&rsquo;art, etc&#8230;)<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">4\u00b0 La dialectique du moi doit n\u00e9cessairement aboutir \u00e0 un nouveau r\u00e8gne sur la plan\u00e8te, \u00e0 un humain int\u00e9gr\u00e9, et tel qu&rsquo;on ne peut l&rsquo;imaginer : \u00e0 une naissance&#8230;<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">DAUMAL<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Naissance = r\u00e9veil. (Peut-\u00eatre?)<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">BOUSQUET<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Un reproche : l&#8217;emploi d&rsquo;un mot comme naissance, bien qu&rsquo;il soit tout \u00e0 fait pertinent rend le lecteur m\u00e9fiant. Il est d&rsquo;un vocabulaire employ\u00e9 trop souvent \u00e0 des fins impures. Il faut \u00eatre en garde contre la vigilance psychanalytique de nos contemporains&#8230; qui, agissant en critiques litt\u00e9raires, d\u00e9c\u00e8lent \u00e0 travers l&#8217;emploi d&rsquo;un mot-image le contenu affectif d&rsquo;un esprit. (C&rsquo;est du moins ce qu&rsquo;ils croient faire\u00a0; et il n&rsquo;est pas dit qu&rsquo;il soit rigoureusement valable.) Naissance est le mot d&rsquo;un esprit empoisonn\u00e9 de mystique religieuse. Il charrie encore des images qui ne sont plus de toi. R\u00e9fl\u00e9chis-y bien. L&rsquo;id\u00e9alisme (au mauvais sens du mot) peut se r\u00e9fugier dans l&#8217;emploi d&rsquo;un mot.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je l&#8217;emploie dans son sens le plus strictement biologique. C&rsquo;est celui que redoutent le plus les mystiques et les psycha\u00adnalystes. Le surmoi de ceux-ci tend de plus en plus \u00e0 appeler \u00e0 sa rescousse un soi cosmique, atm\u00e2n et le reste de la gamme m\u00e9taphysique. Mais la dialectique du moi consid\u00e8re le moi comme une des phases de l&rsquo;\u00e9volution de la conscience (\u00e9volu\u00adtion dans le sens d\u00e9fini par DAUMAL), et constate qu&rsquo;il est une cellule psychique dont le processus vital est comparable \u00e0 celui d&rsquo;un \u0153uf qui aurait le pouvoir soit de p\u00e9trifier la coquille en \u00e9touffant sa vie, soit de permettre \u00e0 sa vie int\u00e9\u00adrieure de se d\u00e9velopper jusqu&rsquo;\u00e0 briser la coquille. Et il suffit de p\u00e9n\u00e9trer en ce processus (ce n&rsquo;est pas difficile) pour voir que cette Com\u00e9die Psychologique est une trag\u00e9die. Car si la conscience ne fabrique pas une coquille solide et dure, le germe int\u00e9rieur ne peut se d\u00e9velopper et si, \u00e0 maturit\u00e9, le renversement ne se produit pas, le germe meurt \u00e9touff\u00e9. Or ce renversement est impensable car le moi n&rsquo;est que coquille, c&rsquo;est-\u00e0-dire associations dans le sentiment inexorable de n&rsquo;\u00eatre que dissociations. Celle-ci est le je suis moi, lequel ne peut que s&rsquo;attribuer l&rsquo;universel au sein de son isolement, ce qui est absurde, ou se sentir prisonnier de l&rsquo;universel. Le moi qui se cogne \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame limite de l&rsquo;absurde ne peut en supporter le choc. Moment d\u00e9cisif. En un fragment de seconde, le drame est jou\u00e9 : si \u00e0 la dissociation se m\u00eale la peur, c&rsquo;est la psychose, la d\u00e9mence, etc&#8230; ; si la joie l&#8217;emporte, le moi se referme sur l&rsquo;instant arrach\u00e9 \u00e0 l&rsquo;intemporel et Pascal n&rsquo;ayant plus que son g\u00e9nie, reconstitue Pascal autour d&rsquo;une mis\u00e9rable feuille de papier o\u00f9 les mots joie, joie, pleurs de joie, Dieu d&rsquo;Abraham, d&rsquo;Isaac et de Jacob, etc&#8230;, etc&#8230; consacrent l&rsquo;aveu, le refus, le regret, le mythe, le souvenir, la poursuite du souvenir, la faillite.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il est difficile d&rsquo;admettre que se savoir au Paradis c&rsquo;est n&rsquo;y \u00eatre point, du fait que toute perception appartient au moi. Mais la conscience qui ne se per\u00e7oit qu&rsquo;en ce qu&rsquo;elle aban\u00addonne d&rsquo;elle-m\u00eame&#8230;<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">L&rsquo;homme ne retrouve en lui que le vide sur lequel il ouvre les yeux&#8230;<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">BOUSQUET<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">L&rsquo;homme retrouve en lui la totalit\u00e9 sur laquelle il ferme les yeux : le je n&rsquo;est que le t\u00e9lescopage du monde int\u00e9rieur et du monde ext\u00e9rieur ; il exprime les limites intellectuelles et spirituelles de l&rsquo;homme dans l&rsquo;investigation int\u00e9rieure, limites dont les yeux puisent un mod\u00e8le dans les dimensions qu&rsquo;ils imposent au monde cr\u00e9\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le moi c&rsquo;est le poteau-fronti\u00e8re entre ce qui est en nous et ce qui est ext\u00e9rieur \u00e0 nous.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Pascal s&rsquo;est servi en toute h\u00e2te de son Dieu comme d&rsquo;une massue pour assommer l&rsquo;indicible perception de ce quelque chose qui est l\u00e0 parce qu&rsquo;il a lieu. Il s&rsquo;est interdit, de ce fait, de voir le cela qui a lieu, jamais reconnaissable parce que toujours neuf : cela, c&rsquo;est-\u00e0-dire je et l&rsquo;univers de mes relations, au poteau-fronti\u00e8re dress\u00e9 comme tu dis, par le moi. Le d\u00e9ve\u00adloppement biologique de la coquille du moi est un fait d&rsquo;obser\u00advation simple : cette coquille se compose de tout ce que l&rsquo;on appelle exp\u00e9rience (sensations, perceptions, jugements, cr\u00e9a\u00adtions d&rsquo;automatismes, organisation des d\u00e9sirs, des besoins et de leur satisfaction, mise en ordre des \u00e9l\u00e9ments qui nous situent dans l&rsquo;espace et le temps et nous permettent d&rsquo;y agir en \u00eatres conscients et responsables). Une coquille inad\u00e9quate cr\u00e9e des arri\u00e9r\u00e9s mentaux, des d\u00e9linquants, des fous. Dire que l&rsquo;on est \u00ab contre \u00bb le moi serait dire une sottise. Les racines du moi se trouvent aussi bien dans les syst\u00e8mes nerveux sympathique et parasympathique que dans l&rsquo;abstraction conceptuelle. Tout ce \u00e0 quoi je peux penser, en moi et en-dehors de moi n&rsquo;est que moi pens\u00e9. Si cela n&rsquo;\u00e9tait ainsi, s&rsquo;il pouvait subsister un seul \u00e9l\u00e9ment de ma pens\u00e9e qui ne f\u00fbt moi, le probl\u00e8me de la Connaissance ne se poserait pas : cet \u00e9l\u00e9ment serait le seuil de la sagesse, on le conna\u00eetrait et les cent mille syst\u00e8mes religieux et philosophiques seraient tous d&rsquo;accord. \u00c0 cette pseudo-connaissance statique s&rsquo;opposera toujours l&rsquo;acte cr\u00e9ateur bouleversant, r\u00e9volutionnaire et spon\u00adtan\u00e9 qui transformera l&rsquo;\u00e9tat humain, en l&rsquo;arrachant aux d\u00e9fi\u00adnitions de lui-m\u00eame avec lesquelles le social l&rsquo;endort.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">BOUSQUET<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00c0 ce que je disais plus haut du poteau-fronti\u00e8re j&rsquo;ajoute : \u00e0 la lumi\u00e8re de ton texte : il faut bien avertir le lecteur que la suppression du je n&rsquo;est pas une mutilation. Le langage nous trahit : c&rsquo;est dig\u00e9rer le moi qu&rsquo;il faudrait dire, comme toutes les sensations fortes, au fond, le dig\u00e8rent, comme il est dig\u00e9r\u00e9 dans l&rsquo;op\u00e9ration d&rsquo;un esprit cr\u00e9ateur. O\u00f9 est le moi de Shakespeare ? O\u00f9 est le moi de Rimbaud\u00a0?<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">DAUMAL<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Tr\u00e8s bien. La digestion du moi dans l&rsquo;acte cr\u00e9ateur pr\u00e9\u00adfigure sa dissolution totale (sans toutefois, en g\u00e9n\u00e9ral, la r\u00e9aliser vraiment).<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Non, non. Je crains que ceci n&rsquo;ouvre la porte \u00e0 la confu\u00adsion. L&rsquo;acte cr\u00e9ateur, bouleversant et spontan\u00e9 est commu\u00adnion humaine dans un pr\u00e9sent qu&rsquo;aucun raisonnement n&rsquo;atteint.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">BOUSQUET<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous verrons toutefois que le pr\u00e9sent peut se laisser investir par un raisonnement qui, retrouvant son terme initial \u00e0 l&rsquo;issue de son d\u00e9veloppement, s&rsquo;est accompli sans \u00e9veiller le temps et a fait \u00e9pouser \u00e0 ce terme initial toutes les vertus de ce Pr\u00e9sent envelopp\u00e9, pris comme otage (tout ceci d&rsquo;ail\u00adleurs, dans le Mythe de la Belle au Bois dormant ; l&rsquo;homme vivant qui s&rsquo;approche de la femme endormie, qui va recr\u00e9er le recommencement du Temps dans le pr\u00e9sent).<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Tr\u00e8s important : \u00e0 v\u00e9rifier en po\u00e9sie. Je dis : en po\u00e9sie. Pour ne pas dire \u00ab\u00a0dans l&rsquo;expression po\u00e9tique \u00bb ce qui serait absurde \u00e9tant donn\u00e9 ma pens\u00e9e. Nous verrions l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment vivant et f\u00e9cond de la po\u00e9sie plus haut que dans l&rsquo;expression, ailleurs que dans cette activit\u00e9 de l&rsquo;esprit. Nous verrions comment la po\u00e9sie est faite par tous et non pas doit \u00eatre faite par tous, contresens qui a enfant\u00e9 des d\u00e9monstrations ridicules.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je m&rsquo;explique : il y a des \u00e9vocations, des formes d&rsquo;\u00e9vo\u00adcations plus exactement, des magies qui sont po\u00e9tiques. (C&rsquo;est Nelli qui me disait cela et qui ajoutait en riant : on pourrait en dresser la liste, une sorte de corpus, en tous cas d\u00e9sint\u00e9grer la po\u00e9sie en r\u00e9v\u00e9lant de quels mythes inconscients elle proc\u00e8de.)<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Oh. Bravo. C&rsquo;est important.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">BOUSQUET<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Nelli citait l&rsquo;exemple du Centaure dans Faust : De gr\u00e2ce mod\u00e8re ta course. Si tu ne peux pas t&rsquo;arr\u00eater, emporte-moi. Ce mouvement-l\u00e0, traduis-le en paroles fran\u00e7aises, russes, anglaises, la po\u00e9sie y restera intacte ; mets-le, convenablement transpos\u00e9, \u00e0 la sc\u00e8ne, au cin\u00e9ma, ou peut-\u00eatre m\u00eame imagine un objet \u00e0 fonctionnement symbolique (pour parler comme les surr\u00e9alistes) o\u00f9 il appara\u00eetrait, je crois qu&rsquo;il repr\u00e9sente le cadre o\u00f9 le pr\u00e9sent peut appara\u00eetre sous une figure de dur\u00e9e. Assimilable peut-\u00eatre \u00e0 cela (\u00e0 voir) l&rsquo;identit\u00e9 des contraires \u2013 et, toujours \u2013 du point de vue po\u00e9tique une image comme celle-ci de Rilke (<\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Une Cascade<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">).<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"center\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>O nymphe qui te v\u00eats<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"center\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>De ce qui te d\u00e9nude<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Image qui s\u00e8me en route le moi rationnel, le moi cr\u00e9ateur de temps pour en maintenir l&rsquo;attention intacte dans l&rsquo;appa\u00adrition d&rsquo;une beaut\u00e9 envelopp\u00e9e d&rsquo;une contradiction.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je jette ceci au galop, nous en reparlerons. Je ne te le dis que pour t&rsquo;indiquer quelle rigoureuse enqu\u00eate doit \u00eatre men\u00e9e dans la po\u00e9sie \u00e0 la lumi\u00e8re de tes id\u00e9es \u00e0 toi.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"center\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>LE \u00ab QUELQUE CHOSE \u00bb, LES OBJETS, L&rsquo;HUMAIN<\/b><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><br \/>\n<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">BOUSQUET<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Quand l&rsquo;homme ne trouve plus en lui que la possibilit\u00e9 pour les choses d&rsquo;\u00eatre ce qu&rsquo;elles sont&#8230; quand il ne sent en lui que la totalit\u00e9 de ce qui lui apparaissait comme une multi\u00adplicit\u00e9 \u00e0 vaincre ou \u00e0 dominer&#8230;<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Et ce pr\u00e9sent c&rsquo;est dans une sorte de po\u00e9sie au sens large qu&rsquo;il aura son image.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Les m\u00e9taphysiciens, ne se contentant pas de constater qu&rsquo;il y a des objets, pr\u00e9tendent constater que les objets sont. Ce commun point de d\u00e9part transforme aussit\u00f4t le verbe \u00eatre en substantif et le syst\u00e8me est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0. L&rsquo;intellect ne peut pas plus r\u00e9soudre le moi que les r\u00e8gles du jeu d&rsquo;\u00e9checs ne nous peuvent expliquer pour quelles raisons l&rsquo;on joue aux \u00e9checs.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">BOUSQUET<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Donner dans cet exercice harassant au cours duquel on parle au nom du moi, on le perd, on le retrouve afin que le syst\u00e8me achev\u00e9 suppose intact ce moi dont on a trois ou quatre fois ouvert le ventre par surcro\u00eet. Nous soutiendrons que la philosophie de Kant, plus qu&rsquo;aucune autre, nous a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 qu&rsquo;elle avait, elle, dans le monde mat\u00e9riel, toutes les routes de son syst\u00e8me ; elle nous a \u00e9clair\u00e9 le moi au centre d&rsquo;un univers de cat\u00e9gories, o\u00f9 il avait sa place comme un point lumineux, qui est un soleil dans le syst\u00e8me sid\u00e9ral. D&rsquo;o\u00f9 impossibilit\u00e9 de donner \u00e0 un d\u00e9veloppement philoso\u00adphique un point de d\u00e9part qui ne soit qu&rsquo;intellectuel. L\u2019\u0153il est prisonnier de l&rsquo;objet qu&rsquo;il voit, comme les lunettes font partie du monde mat\u00e9riel qu&rsquo;elles donnent comme contenu \u00e0 notre vision subjective. C&rsquo;est la philosophie de Kant. (En tant que n\u00e9gatrice de tous les syst\u00e8mes fond\u00e9s sur un t\u00e9lesco\u00adpage verbal de la pens\u00e9e et de la mati\u00e8re, et notamment de celui qui veut que la possibilit\u00e9 pour l&rsquo;homme d&rsquo;imaginer l&rsquo;\u00eatre compromette dans cette notion tout ce qui s&rsquo;insurge contre elle dans notre impossibilit\u00e9 de la limiter). (On devrait dire que la notion d&rsquo;\u00eatre nous \u00e9chappe parce que nous n&rsquo;en concevons que le commencement et qu&rsquo;il nous est impossible de lui donner des limites. Nous ne pouvons que l&rsquo;apercevoir). La philosophie de Kant, nous retenons ici qu&rsquo;elle a r\u00e9tabli la circulation entre le moi et l&rsquo;univers o\u00f9 il est compris, qu&rsquo;elle lui a enlev\u00e9 la tentation de dispara\u00eetre derri\u00e8re le raisonnement qu&rsquo;il \u00e9difie. Elle lui a donn\u00e9 pour limites les limites de ce qu&rsquo;il percevait, l&rsquo;a amen\u00e9 \u00e0 ne plus se d\u00e9couvrir que sous la forme d&rsquo;une pens\u00e9e du monde \u2013 laquelle ne devait pas se faire faute de jouer l&rsquo;homuncule dans les philosophies ult\u00e9\u00adrieures, soucieuses de moderniser \u00e0 tout prix l&rsquo;id\u00e9alisme de tous les temps.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">(Cher Jo\u00eb, peut-\u00eatre voulais-tu mettre l&rsquo;accent sur le droit que tu te donnais de b\u00e2tir un \u00e9quivalent panoramique d&rsquo;une philosophie syst\u00e9matique. Je l&rsquo;ai n\u00e9glig\u00e9 parce que tu peux l&rsquo;ajouter d&rsquo;un mot \u00e0 la note ci-dessus.)<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Mon \u00ab\u00a0\u00e9quivalent panoramique \u00bb comme tu l&rsquo;appelles si bien, je voudrais l&rsquo;esquisser en ne n\u00e9gligeant \u00e0 aucun instant d&rsquo;y projeter la lumi\u00e8re, ou plut\u00f4t la flamme du \u00ab\u00a0il y a quelque chose \u00bb, flamme destin\u00e9e \u00e0 br\u00fbler, \u00e0 d\u00e9truire toute consid\u00e9ration sur la transcendance. Observant ce \u00ab\u00a0il y a \u00bb, je ne vois que des mouvements qui, tour \u00e0 tour, donnent forme \u00e0 des objets et les d\u00e9truisent. (Un th\u00e9ologien \u2013 thomiste, je crois \u2013 s&rsquo;appliquait l&rsquo;autre jour \u00e0 me d\u00e9montrer que cette table est ; ce qui, pour lui \u00e9tait l&rsquo;\u00e9vidence m\u00eame, mais je lui proposai de scier successivement un pied apr\u00e8s l&rsquo;autre jusqu&rsquo;\u00e0 ne laisser qu&rsquo;un plateau et de me dire avec exactitude \u00e0 quel moment la table a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9e par l\u2019\u00catre&#8230;) Ainsi, le panorama du \u00ab\u00a0il y a \u00bb est enti\u00e8rement compos\u00e9 d&rsquo;\u00e9tats provisoires du mouvement (sous l&rsquo;apparence d&rsquo;objets) suscep\u00adtibles de ruptures brusques. L&rsquo;ensemble de ces apparitions et disparitions, de ces naissances et de ces morts, est une per\u00admanence (celle du \u00ab\u00a0il y a \u00bb) : la r\u00e9sultante permanente de tout ce qui n&rsquo;est pas permanent. La v\u00e9rit\u00e9 du \u00ab il y a \u00bb est une r\u00e9sultante, marqu\u00e9e du signe + (puisqu&rsquo;\u00ab il y a \u00bb) : la r\u00e9sultante positive des mouvements de ce qu&rsquo;il y a dans le \u00ab\u00a0il y a \u00bb. En somme tout, dans le \u00ab\u00a0il y a \u00bb tend vers le signe \u00ab moins \u00bb (destruction, mort) et l&rsquo;ensemble de ces \u00ab\u00a0moins \u00bb est un \u00ab\u00a0plus \u00bb. Il y a donc \u00e0 trouver un rapport, une relation variable entre ces deux signes contraires, au sein de chaque objet. Ce rapport est l&rsquo;essence de chaque objet (min\u00e9ral, v\u00e9g\u00e9tal, animal ou humain). Et je tiens pour certain que l&rsquo;homme dispose d&rsquo;un instrument de perception (son intelli\u00adgence) qui lui permet de discerner en lui-m\u00eame la relation mouvante (variable) du \u00ab\u00a0moins \u00bb (sa vie) et du \u00ab\u00a0plus \u00bb (sa mort) qu&rsquo;il porte en lui au cours de toute son existence. Cette relation variable n&rsquo;est autre que lui. Elle est son essence. Or l&rsquo;esprit humain, cherchant \u00e0 s&rsquo;identifier \u00e0 la permanence (au signe +) se voit pr\u00e9cipit\u00e9 tout au long de son existence vers ce qu&rsquo;il appelle la mort, dont l&rsquo;acte rendu final et triom\u00adphant de ce fait, devient l&rsquo;aboutissement du mouvement dia\u00adlectique m\u00e9connu, et qui \u00e9tait toujours l\u00e0. Tout le drame humain r\u00e9side dans la lutte des hommes contre leur propre essence.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">BOUSQUET<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Tout le drame humain r\u00e9side dans la lutte des hommes contre leur propre essence&#8230; je montrerai de quelle profon\u00addeur jaillit cette aspiration, en r\u00e9v\u00e9lant qu&rsquo;elle \u00e9tait exprim\u00e9e dans un passage de Saint-Augustin \u00ab Utnam, homo, Roma\u00adniane, sibi aptus sit \u00bb. Et le d\u00e9veloppement d&rsquo;une des id\u00e9es sous-entendues par la n\u00e9gation envelopp\u00e9e dans le souhait ci-dessus est pr\u00e9cis\u00e9ment cette esp\u00e8ce de vue panoramique. J&rsquo;entends reprendre ici une note qui m&rsquo;\u00e9tait venue \u00e0 l&rsquo;esprit sur le bonheur et la chasse au bonheur.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je me souviens que dans une premi\u00e8re version de ton \u00e9crit, tu avais d\u00e9clar\u00e9 : tous les hommes souffrent et vou\u00addraient ne plus souffrir, affirmation \u00e0 laquelle je ne pus me r\u00e9signer \u00e0 souscrire qu&rsquo;apr\u00e8s avoir, vingt pages plus loin, pris connaissance de cet aper\u00e7u du drame humain : tout le drame humain r\u00e9side dans la lutte&#8230; etc&#8230;<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00c0 entendre le mot souffrance au sens ordinaire qui met en jeu la totalit\u00e9 du bonheur objectif sous une forme n\u00e9gative, \u00e0 entendre le mot souffrance au sens g\u00e9n\u00e9ral qui suppose qu&rsquo;elle est la pens\u00e9e du bonheur, on peut soutenir que le pire \u00e9tat pour l&rsquo;homme c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9tat de non-souffrance, l&rsquo;\u00e9tat o\u00f9 le Temps se d\u00e9veloppe \u00e0 l&rsquo;image d&rsquo;une stabilit\u00e9 plus grande que le Temps, \u00e9tat o\u00f9 \u00ab l&rsquo;\u00eatre est comme le cancer de la dur\u00e9e \u00bb ; \u00e9tat de d\u00e9ch\u00e9ance qui a \u00e9t\u00e9 magnifiquement d\u00e9crit par Rainer Maria Rilke dans un po\u00e8me de \u00ab Vergers \u00bb que je ne peux r\u00e9sister au d\u00e9sir de transcrire en entier :<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Ce soir, quelque chose dans l&rsquo;air a pass\u00e9 <\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Qui fait pencher la t\u00eate <\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>On voudrait prier pour les prisonniers <\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Dont la vie s&rsquo;arr\u00eate<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Et on pense \u00e0 la vie arr\u00eat\u00e9e.<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>\u00c0 la vie qui ne bouge plus vers la mort <\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Et d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;avenir est absent<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>O\u00f9 il faut \u00eatre inutilement fort <\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Et triste, inutilement.<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>O\u00f9 tous les jours pi\u00e9tinent sur place <\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>O\u00f9 toutes les nuits tombent dans l&rsquo;ab\u00eeme <\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Et o\u00f9 la conscience de l&rsquo;enfance intime \u00e0 ce point s&rsquo;efface<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Qu&rsquo;on a le c\u0153ur trop vieux pour penser un enfant <\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Ce n&rsquo;est pas tant que la vie soit hostile<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Mais on lui ment<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Enferm\u00e9 dans le bloc d&rsquo;un sort immobile<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">. \u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Cet \u00e9tat o\u00f9 la vie ne nous fait pas souffrir, o\u00f9 elle ne se sert pas de nos infirmit\u00e9s pour nous rendre imaginable sa pl\u00e9nitude est l&rsquo;\u00e9tat dont l&rsquo;homme peut le plus difficilement se satisfaire. Il est celui dans lequel les religions occidentales pr\u00e9tendent nous faire trouver nos aises, et dans lequel certai\u00adnes disgr\u00e2ces physiques, celles qu&rsquo;apporte l&rsquo;\u00e2ge, pour ne citer que celles-l\u00e0, commenceraient \u00e0 faire un nid \u00e0 notre salut&#8230; j&rsquo;ai peu de chose \u00e0 dire apr\u00e8s avoir recopi\u00e9 l&rsquo;admirable po\u00e8me de Rilke qui marque bien le front extr\u00eame de la Pr\u00e9sence dans la Po\u00e9sie, qui suppose tout d&rsquo;un coup une immobilit\u00e9 ennemie d\u00e9velopp\u00e9e contre le Temps, \u00e0 la place de celle-l\u00e0 o\u00f9 le temps a atteint ses limites. Lutte d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de l&rsquo;essence, \u00e9touffe\u00adment de l&rsquo;essence dans un bonheur qui ne lui est pas appro\u00adpri\u00e9 ; parce qu&rsquo;il s&rsquo;oppose \u00e0 toutes les images vivantes du bonheur, parce que le bonheur est comme la tranquillit\u00e9 d&rsquo;un malheur qui a \u00e9puis\u00e9 toutes ses possibilit\u00e9s.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Cher Jo\u00eb, la lecture de ta note \u00e9veille en moi un tel four\u00admillement de certitudes que j&rsquo;aurais du mal \u00e0 te dire par quelles associations l&rsquo;expression cause premi\u00e8re m&rsquo;appara\u00eet tout \u00e0 coup sotte dans ses implications. Car si cette cause n&rsquo;\u00e9tait sans cesse son propre renouvellement&#8230; si cette soi-disant cause premi\u00e8re n&rsquo;\u00e9tait ici, en ce moment&#8230; Et puis, non. Il n&rsquo;y a pas de causes. Une cause c&rsquo;est quelque chose. Je br\u00fble, j&rsquo;incendie cause dans le il y a. Et \u2013 \u00e9coute bien \u2013 la dur\u00e9e s&rsquo;oppose au temps. Mon esprit ne voit pas de dur\u00e9e. Mon esprit se per\u00e7oit intermittent. Il passe d&rsquo;une pens\u00e9e \u00e0 l&rsquo;autre. Entre l&rsquo;une et l&rsquo;autre, du fait que je ne sais o\u00f9 il est, il n&rsquo;est pas. Est-ce clair ? Et j&rsquo;ajoute ceci qui est peut-\u00eatre trop simple pour les philosophes : ces successions d&rsquo;intermittences tombent en syn\u00adcope toutes les nuits. Pourquoi, au r\u00e9veil, l&rsquo;esprit ne prati\u00adquerait-il pas, comme une saine gymnastique, la paramn\u00e9sie volontaire de DAUMAL ? Pourquoi ne reconna\u00eetrait-il pas ce qu&rsquo;il ne connait pas encore, ce qui aiguiserait ses facult\u00e9s et surtout sa facult\u00e9 de se rendre compte de ce qu&rsquo;il veut ? Se rendre compte de ce qu&rsquo;il veut serait se rendre compte de ce qu&rsquo;il est \u00e0 ce moment-l\u00e0. Et de ce que son essence (en mouvement) est \u00e0 ce moment-l\u00e0. Et s&rsquo;il ne se vide pas de sa dur\u00e9e, comment peut-il adh\u00e9rer au temps ? Ne lui suffit-il pas de savoir que chacun de nous contient, est, la totalit\u00e9 de la succession ind\u00e9\u00adfinie de ce qui n&rsquo;a jamais pu commencer ? Chaque objet, chaque grain de sable du fait qu&rsquo;il est l\u00e0, n&rsquo;indique-t-il pas qu&rsquo;il contient, qu&rsquo;il est, la totalit\u00e9 de tous les temps, la succes\u00adsion ind\u00e9finie de la permanence du il y a ? Et cette r\u00e9sultante, n&rsquo;est-elle pas sa propre int\u00e9gration ? Mais l&rsquo;on aspire \u00e0 un bonheur imaginaire.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">BOUSQUET<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">La sensibilit\u00e9, enfant du Temps, d\u00e9vorant le Temps dans l&rsquo;exercice de sa puissance la plus haute : voil\u00e0 ce que tu trou\u00adveras en creusant l&rsquo;id\u00e9e de bonheur. Et qui te conduirait par d&rsquo;autres chemins \u00e0 la dissolution du moi.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Les hommes aspirent au bonheur, dira-t-on. Affirmation bien peu philosophique, le bonheur n&rsquo;\u00e9tant que le plus vague des mots vagues, et pouvant se d\u00e9finir seulement comme l&rsquo;\u00e9tat auquel aspirent tous les hommes. Voil\u00e0 encore un ensemble de ces utopies dont on ne peut que d\u00e9crire, de son mieux, le contenu. Notre bonheur, le plus souvent, appara\u00eet dans l&rsquo;op\u00e9ration qui nous d\u00e9poss\u00e8de de nous-m\u00eames au seuil de l&rsquo;activit\u00e9 que nous avons choisie. Quand nous agissons sur les choses jusqu&rsquo;\u00e0 les douer du pouvoir qui nous \u00e9tait donn\u00e9 sur elles, jusqu&rsquo;\u00e0 nous sentir, en elles agir et comme cr\u00e9\u00e9 en vue d&rsquo;un sort s\u00e9par\u00e9 de nous par toute l&rsquo;\u00e9paisseur de la mati\u00e8re, quand nous obtenons un objet longtemps souhait\u00e9 et dont la possession ne pourrait pas \u00eatre pens\u00e9e dans l&rsquo;id\u00e9e que nous nous faisions de nous-m\u00eames, c&rsquo;est notre bonheur de nous reporter de notre existence dans l&rsquo;existence de ces choses ou dans la possession de cet objet, de nous plonger \u00e0 travers eux dans l&rsquo;oubli de l&rsquo;\u00eatre que nous \u00e9tions jusqu&rsquo;\u00e0 en sentir le moi \u00e9clater sur son contenu affectif, et se voir pour ainsi dire, par ce contenu affectif, cr\u00e9\u00e9 du dehors&#8230; et cr\u00e9\u00e9 uniquement pour les besoins de la cause, cr\u00e9\u00e9 dans sa dissolution prochaine.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je ne peux que passer tr\u00e8s rapidement sur ces indications, et regretter de ne pouvoir analyser ici le bonheur particulier dont l&rsquo;amour est le principe. On verrait comment dans la lumi\u00e8re particuli\u00e8re de l&rsquo;amour le bonheur est de cr\u00e9er le moi, mais de ne le cr\u00e9er qu&rsquo;afin de mieux le d\u00e9truire, comme on met \u00e0 nu la victime avant de l&rsquo;\u00e9lever sur l&rsquo;autel o\u00f9 elle sera sacrifi\u00e9e. (Le bonheur d&rsquo;\u00eatre aim\u00e9, c&rsquo;est de sentir que ce n&rsquo;\u00e9tait pas le premier venu qu&rsquo;il fallait \u00e0 cet amour, que ce n&rsquo;\u00e9tait pas le premier venu qu&rsquo;il voulait dissoudre.) Et pr\u00e9cis\u00e9ment, dans l&rsquo;amour le moi au sein de ce bonheur d&rsquo;\u00eatre plus que jamais un moi, devance le processus de dissolution en dig\u00e9rant le temps, en disant : toujours, en compromettant un avenir qui ne lui appartient pas, pour mieux figurer l&rsquo;intensit\u00e9 de ce qui l&#8217;emplit de menace de le d\u00e9sint\u00e9grer, en pr\u00e9tendant m\u00eame annexer et dig\u00e9rer le pass\u00e9, comme il appara\u00eet dans la jalousie r\u00e9trospective.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Comme tous les mots du langage symbolique, bonheur a un sens statique et un sens dynamique, un sens d&rsquo;\u00e9tat et un sens d&rsquo;acte. Au premier sens, le bonheur est un \u00e9tat dans lequel l&rsquo;homme esp\u00e8re pouvoir se reposer enfin : il exprime une aspiration au sommeil, \u00e0 la mort. Le sens dynamique appara\u00eet dans les expressions : \u00ab\u00a0agir, danser, marcher, \u00e9crire avec bonheur \u00bb, \u00ab\u00a0faire un geste heureux \u00bb, etc. Ce bonheur actif, celui de la cr\u00e9ation po\u00e9tique, ne se conna\u00eet pas comme \u00e9tat : il est le sens dynamique de tout acte d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9, au sens tr\u00e8s fort de ce mot.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Peut-\u00eatre donc ai-je introduit avec bonheur le mot bon\u00adheur, puisque t&rsquo;ayant fait pr\u00e9ciser que le bonheur, dans le sens que nous donnons \u00e0 ce mot, ne se conna\u00eet pas comme \u00e9tat, mais je m&rsquo;aper\u00e7ois qu&rsquo;il est grand temps de dire que la dialectique du moi ne peut aboutir en aucun cas \u00e0 son an\u00e9an\u00adtissement confessionnel : Le moi, \u00e0 qui je rapportais tout autrefois, doit \u00eatre an\u00e9anti pour jamais (F\u00e9n\u00e9lon). La pi\u00e9t\u00e9 chr\u00e9tienne an\u00e9antit le moi humain (Pascal citant Cousin) &#8230; Ces an\u00e9antissements se d\u00e9finissent \u00e9tats (de gr\u00e2ce, de b\u00e9ati\u00adtude, de saintet\u00e9, etc&#8230;) dans la perception d&rsquo;une dur\u00e9e an\u00e9an\u00adtie par sa propre fixit\u00e9 au sein d&rsquo;une immuable perfection. Il est utile de relever en passant que ces mots n&rsquo;ont aucun contenu et expriment de ce fait fid\u00e8lement le moi vid\u00e9 de son contenu que proposent les religions en vue de l&rsquo;apaisement d\u00e9finitif qu&rsquo;elles parviennent souvent \u00e0 obtenir.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Mais je reviens \u00e0 mon panorama.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Apr\u00e8s y avoir vu des objets en \u00e9quilibre entre le + et le &#8211; je me demande : a) quels sont les rapports qu&rsquo;entretiennent ce morceau de fer et le + universel, cet arbre, cet homme, et ce + ? et : b) quels sont les rapports que les objets entretiennent les uns avec les autres ?<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">(je suis \u00e0 la recherche de l&rsquo;\u00e9volution du subjectif dans la nature : \u00e0 cet effet je pr\u00e9senterai mes objets \u00e0 la fa\u00e7on d&rsquo;un dessin anim\u00e9 ; n&rsquo;ai-je pas amorc\u00e9 une Com\u00e9die\u00a0?)<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Voici un morceau de fer propre, dur, bien en \u00e9quilibre. Mais la rouille l&rsquo;attaque. La duret\u00e9 du fer n&rsquo;y peut rien. La rouille le ronge.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Maintenant voici H2 et voici O, chacun bien en \u00e9quilibre. Je les fais se rencontrer, ils sont pr\u00e9cipit\u00e9s l&rsquo;un dans l&rsquo;autre et perdus \u00e0 eux-m\u00eames en tant qu&rsquo;hydrog\u00e8ne et oxyg\u00e8ne : voici de l&rsquo;eau.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">R\u00e9sum\u00e9 : un \u00e9quilibre statique est sans d\u00e9fense.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Maintenant voici une cellule vivante. L&rsquo;amibe absorbe, assimile et rejette les d\u00e9chets. Naissance de l&rsquo;\u00e9quilibre dyna\u00admique. L&rsquo;organisme vivant est un lieu d&rsquo;\u00e9changes. En examiner les propri\u00e9t\u00e9s fondamentales : r\u00e9action aux agents ext\u00e9rieurs ; digestion et nutrition ; augmentation de masse ; dissociation interne par division ; r\u00f4le du noyau. Naissance de trois carac\u00adt\u00e8res : d\u00e9placements, adaptabilit\u00e9, adaptation.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Voil\u00e0 la dialectique install\u00e9e dans la solution positive du il y a, solution insoluble pour l&rsquo;\u00eatre vivant-mourant qui en est le lieu.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le panorama s&rsquo;\u00e9largit. Voici des fonctions, permettant des \u00e9changes de plus en plus intenses, au fur et \u00e0 mesure que nous examinons des organismes qui sont de plus en plus \u00e9volu\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 leurs cellules de plus en plus sp\u00e9cialis\u00e9es. En d&rsquo;autres termes, nous voyons des organismes de plus en plus adaptables, gr\u00e2ce \u00e0 une organisation de plus en plus adapt\u00e9e. Et, tout de suite, afin que nous comprenions ce drame vie-mort en spectateurs participants, qu&rsquo;apparaisse l&rsquo;antinomie, la contradiction essentielle entre adaptation et adaptabilit\u00e9 !<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Voici, au sein des organismes, se poursuivre sans arr\u00eat la guerre des deux \u00e9quilibres, guerre qu&rsquo;un hasard, peut-\u00eatre, arr\u00eate en telle esp\u00e8ce ou telle autre, en faveur d&rsquo;un compromis. L&rsquo;arr\u00eat d\u00e9finit l&rsquo;esp\u00e8ce dans sa sp\u00e9cification, dans le cercle magique de ses possibilit\u00e9s, qu&rsquo;en aucun cas elle ne pourra franchir&#8230;<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">DAUMAL<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Au sujet de l&rsquo;\u00e9quilibre, il serait peut-\u00eatre utile de rappeler que le d\u00e9terminisme dialectique commence d\u00e9j\u00e0, dans la science moderne, \u00e0 supplanter le m\u00e9canisme pur et simple. La notion de loi statistique est d\u00e9j\u00e0 un acheminement vers la loi dialec\u00adtique ; elle ne l&rsquo;est pas encore en ce sens qu&rsquo;elle doit faire appel \u00e0 une ind\u00e9termination des ph\u00e9nom\u00e8nes \u00e9l\u00e9mentaires, \u00e0 la base de tout ph\u00e9nom\u00e8ne global. Ainsi, soient deux corps A et B qui se combinent pour en donner un troisi\u00e8me ; la r\u00e9action entre A et B ne se fait pas d&rsquo;un bloc, tout d&rsquo;un coup. Chaque atome de A peut se comporter, vis-\u00e0-vis des atomes de B qu&rsquo;il rencontre, d&rsquo;une multitude de fa\u00e7ons diff\u00e9rentes ; et rien ne peut faire pr\u00e9voir comment il se comportera\u00a0; mais ici joue la loi des grands nombres (comme dans les jeux de hasard) ; justement \u00e0 cause de cette ind\u00e9termination apparente il n&rsquo;y aura pas plus d&rsquo;atomes qui se seront comport\u00e9s de telle fa\u00e7on que d&rsquo;atomes qui se seront comport\u00e9s de telle autre, et la r\u00e9action totale aboutira \u00e0 un \u00e9quilibre constant (je sch\u00e9matise beaucoup l&rsquo;exemple).<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">La r\u00e9action globale, d\u00e9finie par une esp\u00e8ce v\u00e9g\u00e9tale ou animale aboutit \u00e0 un \u00e9quilibre qui varie entre deux limites : le degr\u00e9 d&rsquo;adaptation de l&rsquo;esp\u00e8ce et son degr\u00e9 d&rsquo;adaptabilit\u00e9. Il est certain que nous sommes encore loin de pouvoir situer ces points limites pour les esp\u00e8ces : les chevaux d&rsquo;Eberfeld n&rsquo;ont acquis leur c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 que parce qu&rsquo;ils furent un des premiers cas connus d&rsquo;intelligence scolaire chez les animaux (1953). Je connais un chien qui sait \u00e9peler des mots de six lettres et soustraire des nombres de deux chiffres. Des tests pratiqu\u00e9s sur des souris, des poissons, des singes, des \u00e9l\u00e9\u00adphants, voire des fourmis et des abeilles, nous d\u00e9montrent aujourd&rsquo;hui que si par raison nous entendons la facult\u00e9 de juger et d&rsquo;agir par raisonnement et non par simples associations ou par instinct, il est faux qu&rsquo;elle s&rsquo;appuie sur des prin\u00adcipes. Le mot instinct n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs invent\u00e9 que pour donner une apparence faussement intelligible \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne inex\u00adpliqu\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">BOUSQUET<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">L&rsquo;on retrouve ici une pens\u00e9e h\u00e9g\u00e9lienne qu&rsquo;il me tarde de te faire conna\u00eetre. Pour Hegel l&rsquo;absolu c&rsquo;est la Raison qui se personnifie dans l&rsquo;homme en passant par tous les degr\u00e9s suc\u00adcessifs de l&rsquo;inorganique et du vivant. La raison n&rsquo;est plus une facult\u00e9 humaine, un ensemble de principes, de r\u00e8gles, suivant lesquels nous pensons les choses. Elle est le code selon lequel l&rsquo;\u00eatre se produit, se constitue, s&rsquo;\u00e9panouit. Elle est \u00e0 la fois facult\u00e9 subjective et r\u00e9alit\u00e9 objective. Elle est en nous comme essence et norme de pens\u00e9e. Elle est dans les choses comme essence et loi de leur \u00e9volution. L&rsquo;Absolu qui est cette raison ainsi entendue n&rsquo;est plus transcendant par rapport aux choses. Il est le processus m\u00eame qui les fait appara\u00eetre, processus intelligible, enti\u00e8rement intelligible dis-je, dans la mesure o\u00f9 la raison suit en nous le m\u00eame chemin que les choses ont suivi pour se traduire \u00e0 travers elle : c&rsquo;est cela la dialectique, et quelque chose de plus, bien entendu.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le processus dialectique est intelligible parce que nous pouvons l&rsquo;observer en nous et hors de nous. La raison nous permet de relier nos observations en fonction de la dialectique commune aux faits observ\u00e9s et \u00e0 la raison elle-m\u00eame. Ainsi la raison n&rsquo;est ni d\u00e9ductive ni inductive mais mouvement se per\u00adcevant tel \u00e0 travers ses stades dans la nature.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je me suis empar\u00e9 des notions adaptation et adaptabilit\u00e9 comme pouvant illustrer le th\u00e8me du drame dialectique \u00e0 tra\u00advers les esp\u00e8ces. On pourrait, en dramaturge, choisir d&rsquo;autres symboles, ou en po\u00e8te, briser les symboles au moyen de leur contenu&#8230; trouver l&rsquo;indicible expression tr\u00e8s aigu\u00eb, qui an\u00e9an\u00adtisse les mots \u00e0 leur passage&#8230;<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">BOUSQUET<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Voil\u00e0 en effet o\u00f9 tu ne peux t&rsquo;aventurer que par les moyens d&rsquo;une exp\u00e9rience mystique, donc po\u00e9tique.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Est\u00e8ve est venu hier. Nous n&rsquo;avons parl\u00e9 que de toi. Il se trouve qu&rsquo;il me charge de te dire que ce que tu \u00e9cris devrait te conduire \u00e0 une expression parfois lyrique (voir Nietzsche, dit-il). Il dit, en somme, ce qu&rsquo;il m&rsquo;est arriv\u00e9 de te dire moi-m\u00eame.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Beau de trouver l&rsquo;unit\u00e9 d&rsquo;une manifestation \u00e0 travers plu\u00adsieurs esprits. Je ne te dirai jamais assez combien ton activit\u00e9 actuelle me passionne. Tu auras, toi, quarante ans, puis cin\u00adquante, puis soixante et tu \u00e9criras encore. Tu devrais rendre \u00e0 ton activit\u00e9 philosophique sa v\u00e9ritable qualit\u00e9 de dialogue. Ton erreur (et ta grandeur) c&rsquo;est de croire qu&rsquo;une exp\u00e9rience comme la tienne peut se communiquer \u00e0 travers un seul livre. Il faudrait recommencer l&rsquo;exp\u00e9rience inutile de Voie Libre, avec un manifeste de toi et battre le rappel des po\u00e8tes.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il faut : ou faire une note avec ce que je te faisais observer au commencement de ces papiers en citant Nelli qui m&rsquo;a vrai\u00adment \u00e9clair\u00e9 ce d\u00e9bat sur la po\u00e9sie, ou, partout o\u00f9 j&rsquo;ai men\u00adtionn\u00e9 la po\u00e9sie, la mentionner comme l&rsquo;activit\u00e9 directe o\u00f9 le tout de nos id\u00e9es sur la Pr\u00e9sence s&rsquo;exprime et se fait invention d&rsquo;un langage, nous r\u00e9servant une possibilit\u00e9 de mise en \u0153uvre totale dans le domaine politique&#8230; le faire dans une note serait encore pr\u00e9matur\u00e9, et comme un g\u00e2chage. Je t&rsquo;en parlerai tout au long, de fa\u00e7on \u00e0 faire tiennes toutes mes id\u00e9es. DAUMAL, d&rsquo;ailleurs, doit d\u00e9j\u00e0 voir o\u00f9 je veux en venir.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Tu vois le sens large du mot Po\u00e9sie. Po\u00e9sie activit\u00e9 de l&rsquo;esprit. Langage direct quand les expos\u00e9s ne sont, en atten\u00addant, que des vues panoramiques auxquelles correspondent \u2013 fatalement \u2013 un nouvel \u00e9tat de ton esprit. \u00c0 rapprocher de ce que je disais : le temps fait explosion comme dans toute activit\u00e9 sur-passionnelle, sc\u00e8ne de rupture entre des amants ou coup de foudre : tout ce qui semble ramasser en un instant la totalit\u00e9 d&rsquo;une dur\u00e9e. On peut chanter&#8230; respirer dans la nuit, dans tous les murmures de l&rsquo;univers, parler dans le bruit de la mer, dans les rafales du vent&#8230; cr\u00e9er. Po\u00e9sie.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">L&rsquo;intuition de ceci appara\u00eet dans la volont\u00e9 de conna\u00eetre. Conna\u00eetre c&rsquo;est donner pour totalit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;univers un corps de v\u00e9rit\u00e9 qui aurait puis\u00e9 sa transparence dans l&rsquo;illusion que nous sommes un individu. Le moi, souvent d\u00e9tourn\u00e9 d&rsquo;ailleurs de sa mission, n&rsquo;\u00e9tant que la direction impos\u00e9e \u00e0 la recherche.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je pourrais dire, au contraire, afin de confirmer ces d\u00e9fi\u00adnitions, que la volont\u00e9 de tout ceci r\u00e9v\u00e8le l&rsquo;intuition de la connaissance ; que donner pour totalit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;univers un corps de v\u00e9rit\u00e9 c&rsquo;est puiser dans la transparence de la connaissance l&rsquo;opacit\u00e9 qui d\u00e9montre quelle illusion c&rsquo;est de se croire un indi\u00advidu. Nul ne sait mieux que toi, cher Jo\u00eb, que nos \u00e9crits n&rsquo;ont pour toute origine qu&rsquo;une sorte de d\u00e9sint\u00e9gration interne en vertu de laquelle un je ne sais quoi d&rsquo;intemporel fait pression. Je te l&rsquo;ai r\u00e9v\u00e9l\u00e9, et le jour et le lieu o\u00f9 cela a commenc\u00e9 de se produire. Peut-\u00eatre s&rsquo;agit-il de ce verbe \u00eatre dont, comme tu dis, nous pouvons conna\u00eetre le commencement mais jamais la fin. Et cela que Pascal a trahi avec son Dieu et la jouissance qu&rsquo;il en a ressentie, cela qui construisit l\u2019\u0153uvre de Proust sur la recherche minutieuse des \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;une dur\u00e9e escamot\u00e9e, cela me fera recommencer jusqu&rsquo;\u00e0 ma mort des exp\u00e9riences inutiles et qu&rsquo;aucun manifeste, aucun rappel ne sauveraient du d\u00e9sastre. Car je te r\u00e9v\u00e8le que le g\u00e9nie est la trahison de cela : comment peut-on sans rougir proposer le g\u00e9nie comme \u00e9tape vers cela ? Le g\u00e9nie (pas celui qui est une longue patience : le vrai) peut en effet \u00eatre une \u00e9tape, au cours de la d\u00e9sint\u00e9gration du moi, mais \u00e0 partir de laquelle \u2013 Nietzsche, Van Gogh \u2013 s&rsquo;allonge aussi la voie de la d\u00e9mence.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Or cette exp\u00e9rience (ce n&rsquo;en est pas une : si l&rsquo;on s&rsquo;en tenait \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience, sa transcendance n&rsquo;y serait d\u00e9j\u00e0 plus), qui rend bavard par un processus de prolif\u00e9ration interne (que Proust a bien connu), il se trouve que, dans sa nouveaut\u00e9, dans son caract\u00e8re d&rsquo;incr\u00e9ation \u2013 le seul que l&rsquo;on puisse attribuer \u00e0 l&rsquo;intemporel \u2013 elle n&rsquo;a aucun talent. Il y a l\u00e0 un ne pas savoir, lequel, s&rsquo;il se maintient vivant, doit n\u00e9cessairement sacrifier l&rsquo;individu qui fait quelque chose. Tout cela tu le sais en vertu d&rsquo;une exp\u00e9rience inverse de la mienne (car la mort-vie nous a frapp\u00e9s en sens oppos\u00e9s). Aussi cherches-tu \u00e0 op\u00e9rer un sauvetage de mes pens\u00e9es flottantes en les recueil\u00adlant dans des havres construits par des philosophes, Kant, Hegel, que sais-je. Je t&rsquo;en serai toujours reconnaissant, car n&rsquo;ai-je pas moi-m\u00eame appel\u00e9 au secours ?<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Et alors, patiemment, en \u00e9colier, je me remets \u00e0 la con\u00adfection de mon panorama, qui constitue une sorte d&rsquo;accumulation de Raison. Et lorsque celle-ci, sous sa propre pression, \u00e9clate en aspiration lyrique, tu me tends la main et l&rsquo;on reprend le fil.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je disais donc que les esp\u00e8ces animales se situent sur une \u00e9chelle double, dont les branches s&rsquo;\u00e9loignent ind\u00e9finiment : la non-sp\u00e9cialisation de plus en plus grande du germe, la sp\u00e9cialisation de plus en plus grande des cellules, des tissus, de tout ce qu&rsquo;organise l&rsquo;organisme. Ceci \u00e9tant les innombrables champs de bataille de la guerre des deux \u00e9quilibres. Guerre entretenue par les rapports des esp\u00e8ces entre elles : elles ont besoin les unes des autres parce qu&rsquo;elles s\u2019entre-d\u00e9vorent. D&rsquo;o\u00f9 une perp\u00e9tuelle tendance vers l&rsquo;adaptation et une perp\u00e9tuelle tendance inverse, vers l&rsquo;adaptabilit\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">L&rsquo;homme se tient en d\u00e9s\u00e9quilibre sur les deux extr\u00e9mit\u00e9s de la double \u00e9chelle divergente, qui ne cessent de s&rsquo;\u00e9loigner l&rsquo;une de l&rsquo;autre. Si le f\u0153tus humain passe par tous les stades animaux c&rsquo;est parce qu&rsquo;il ne s&rsquo;y arr\u00eate pas. Ce germe assume (admettons-le pour les besoins de mon drame : je simplifie) successivement les caract\u00e8res d&rsquo;un poisson, puis d&rsquo;un cheval, puis d&rsquo;un singe, puis na\u00eet humain. Tout se passe comme si le germe vivant \u00e9tait unique et ne demeure poisson, cheval, singe, qu&rsquo;en naissant avant terme. Les esp\u00e8ces sont des germes demeur\u00e9s : happ\u00e9s par l&rsquo;\u00e9quilibre statique qui sacrifie les possi\u00adbles possibles, pour les possibles r\u00e9alis\u00e9s. En ce sens, on peut dire que l&rsquo;humain est la lutte contre le temps. Et l&rsquo;on voit comment les soci\u00e9t\u00e9s nous font violence pour nous faire na\u00eetre dans le pass\u00e9, en nous injectant une conscience brahmanique, h\u00e9bra\u00efque ou chr\u00e9tienne, qui date de plusieurs si\u00e8cles, (ceci \u00e0 titre d&rsquo;exemple). La guerre des deux \u00e9quilibres, en fonction de laquelle je classe les esp\u00e8ces, se prolonge entre la soci\u00e9t\u00e9 et l&rsquo;individu que je suis, la soci\u00e9t\u00e9 me d\u00e9finissant dans une esp\u00e8ce qu&rsquo;elle invente, fran\u00e7aise ou turque, bouddhiste ou chr\u00e9tienne, cherchant \u00e0 m&rsquo;amputer de tout ce que je veux igno\u00adrer en moi de possibles, et \u00e0 me d\u00e9finir dans le cercle magique d&rsquo;une perception de moi-m\u00eame qui m&rsquo;interdirait de la d\u00e9passer du fait qu&rsquo;elle me d\u00e9passe en m&rsquo;englobant dans une cat\u00e9gorie. En me d\u00e9signant, la soci\u00e9t\u00e9 me d\u00e9pouille de ce que je suis, car je ne suis que ce que je pourrai \u00eatre tout \u00e0 l&rsquo;heure.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Si une esp\u00e8ce est le germe demeur\u00e9, par contre l&rsquo;humain n&rsquo;est rien s&rsquo;il n&rsquo;est le germe retard\u00e9 : retard\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 cet instant actuel que je vis ou plut\u00f4t que je fais \u00e9clater par une naissance que, sit\u00f4t advenue, je nie en faveur de cette nouvelle naissance de l&rsquo;instant qui s&rsquo;offre \u00e0 ma nouvelle n\u00e9gation. Je reconnais que ce jeu est difficile et qu&rsquo;il consiste plut\u00f4t \u00e0 s&rsquo;apercevoir \u00e0 tout instant qu&rsquo;on l&rsquo;a mal jou\u00e9. Et peut-\u00eatre est-ce dans la notion tr\u00e8s exacte de la quasi-impossibilit\u00e9 o\u00f9 l&rsquo;on se trouve de retrouver en soi les \u00e9l\u00e9ments de la dur\u00e9e que r\u00e9side, en fait, la cr\u00e9ation\u00a0? Et si je ne me d\u00e9finis, que suis-je si ce n&rsquo;est ma constante interrogation suspendue muette en elle-m\u00eame et se suppliant de ne se point r\u00e9pondre?<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Voil\u00e0 o\u00f9 se condamne le je suis moi. C&rsquo;est une adaptation. Et voil\u00e0 o\u00f9 il triomphe sur sa condamnation. Car si je n&rsquo;\u00e9tais pleinement adapt\u00e9 \u00e0 ce moment-ci, adh\u00e9rant aux nuan\u00adces subtiles que m&rsquo;offrent l&rsquo;expression de ce visage, l&rsquo;intona\u00adtion de cette voix, le gris du ciel, les probl\u00e8mes quotidiens \u00e0 r\u00e9soudre, je serais, inconsciemment en train de r\u00eaver mes id\u00e9es. Mais si, tirant des conclusions, je m&rsquo;expliquais tout cela, le prochain changement ne me retrouverait plus. Il ne retrouverait que des id\u00e9es. D&rsquo;o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9, non pas de d\u00e9truire ou dig\u00e9rer ou an\u00e9antir le moi, mais de le restituer \u00e0 ses intermittences. Et, d&rsquo;une intermittence \u00e0 l&rsquo;autre, retrouvant sa palpitation, il peut enfin mourir-vivre et, \u00e0 la fois, \u00eatre et n&rsquo;\u00eatre pas. L&rsquo;adaptabilit\u00e9 brise d&rsquo;instant en instant l&rsquo;adap\u00adtation.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Cet \u00e9clatement du subjectif dans l&rsquo;immanence de l&rsquo;incr\u00e9\u00e9 est la raison d&rsquo;\u00eatre humaine. \u00c9clatement par perception : connaissance.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Et si je n&rsquo;ai pas encore parl\u00e9 de libert\u00e9 c&rsquo;est que, vue dialectiquement, elle est extravagante. Ici, mon panorama me ram\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;amibe. La comparant au morceau de fer, je dis qu&rsquo;elle poss\u00e8de une certaine libert\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire une certaine capacit\u00e9 de d\u00e9fendre son \u00e9quilibre particulier.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">BOUSQUET<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Bien.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Me voici amen\u00e9 \u00e0 r\u00e9sumer en un paragraphe l&rsquo;\u00e9volution du subjectif \u00e0 travers la nature. Je ne puis, \u00e0 celle-ci, attribuer aucune finalit\u00e9 ; elle est + quelque chose, et c&rsquo;est tout ce que je peux en dire : le reste est descriptif. Mais, cherchant \u00e0 d\u00e9crire un agr\u00e9gat vivant, je peux dire qu&rsquo;il est anim\u00e9 vers une d\u00e9fense de son \u00e9quilibre propre. D&rsquo;o\u00f9 la cr\u00e9ation d&rsquo;organismes de plus en plus aptes \u00e0 s&rsquo;adapter aux circonstances, de fa\u00e7on \u00e0 asseoir leur \u00e9quilibre. Deux voies sont possibles et, en fait, existent : la victoire d\u00e9finitive de l&rsquo;\u00e9quilibre statique est celle des termiti\u00e8res ; la victoire d\u00e9finitive de l&rsquo;\u00e9quilibre en perp\u00e9tuelle rupture d&rsquo;\u00e9quilibre est celle de l&rsquo;homme \u2013 je suis tent\u00e9 de dire : du Fils de l&rsquo;Homme, en langage symbolique : peut-\u00eatre expliquerai-je un jour pourquoi. Or il est \u00e9vident que le subjectif est intimement p\u00e9tri de tout ce qui compose l&rsquo;\u00e9quilibre particulier de l&rsquo;agr\u00e9gat ; il est \u00e9vident qu&rsquo;en fin de compte c&rsquo;est l&rsquo;homme qui d\u00e9truit les termiti\u00e8res et non les termites qui gagnent ; il est \u00e9vident que l&rsquo;homme, \u00e9tant la personnification, malgr\u00e9 lui, de la mise en d\u00e9route des automatismes accumul\u00e9s par la dur\u00e9e, il est \u00e9vident que l&rsquo;homme, sujet, lutte avec acharnement pour conserver cet \u00e9quilibre enfin acquis, mais au prix d&rsquo;un perp\u00e9tuel arrachement, au prix de la d\u00e9faite du vainqueur. Infiniment plastique et mall\u00e9able, le sujet, ayant \u00e9gar\u00e9 en cours de combat, les armes qui l&rsquo;eussent prot\u00e9g\u00e9 dans la d\u00e9faite de ses possibles possibles, se trouve \u00eatre le lieu de r\u00e9actions propres et devient esp\u00e8ce \u00e0 lui-m\u00eame, avant de le savoir, de sorte que sa libert\u00e9 est devenue cela m\u00eame qui l&rsquo;encha\u00eene.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">BOUSQUET<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Bravo. C&rsquo;est un coup de th\u00e9\u00e2tre que je croyais \u00eatre seul \u00e0 pr\u00e9voir. Cette marche \u00e0 l&rsquo;\u00e9toile. Fin de la libert\u00e9 \u00e9tant un bien. Mais je suis si heureux de me trouver en toi. Il me sem\u00adblait que mon regard m&rsquo;ouvrait les portes d&rsquo;une vie \u00e9trang\u00e8re \u00e0 toute surprise. Toute apparition d&rsquo;une cr\u00e9ature ou d&rsquo;un objet nouveau pr\u00e9venait un de mes souhaits, me l&rsquo;inspirait tout accompli, me semblait-il&#8230;<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">En faisant le jeu des \u00e9v\u00e9nements j&rsquo;\u00e9tais devenu la chair de la volont\u00e9 qui s&rsquo;accomplissait en eux.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Dans tous les endroits du monde, il y avait mon regard qui m&rsquo;attendait nu comme un Dieu. On aurait dit que ma vie br\u00fblait en lui de m&rsquo;appartenir. Ah ! le chemin que je quittais savait mieux que moi le chemin que j&rsquo;allais prendre. j&rsquo;extrais ces lignes de <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>En attendant la dame blanche<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">. Est-ce assez la n\u00e9gation de la libert\u00e9\u00a0? Donc, nous sommes d&rsquo;accord.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">L&rsquo;on a \u00e9crit trop de sottises sur la n\u00e9cessit\u00e9 de la sp\u00e9cia\u00adlisation et les avantages qu&rsquo;auraient les soci\u00e9t\u00e9s humaines \u00e0 se conformer \u00e0 celles des termites&#8230; mais un pr\u00e9ambule s&rsquo;im\u00adpose. Le voici : l\u2019\u00e9quilibre moyen en lequel s&rsquo;installe une esp\u00e8ce tr\u00e9buche chez les m\u00e2les dans la direction dynamique, chez les femelles dans la direction statique. Le m\u00e2le est centrifug\u00e9, la femelle est centrip\u00e8te. Le r\u00f4le et l&rsquo;influence du m\u00e2le dans telle ou telle soci\u00e9t\u00e9 expriment le degr\u00e9 de p\u00e9n\u00e9tration du mouve\u00adment dialectique dans cette soci\u00e9t\u00e9. Les soci\u00e9t\u00e9s des abeilles, des fourmis, des termites sont des soci\u00e9t\u00e9s femelles. Dans le vol nuptial de la reine des abeilles, la dialectique est assassin\u00e9e en la personne du m\u00e2le. Soci\u00e9t\u00e9s purement fonctionnelles.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">(J&rsquo;ai souvent pens\u00e9 : assassinat du Verbe&#8230; rapprochement des mots Verbe, Parole, dialectique, qui, par ailleurs, se rap\u00adportent au langage&#8230; n&rsquo;est-ce pas significatif d&rsquo;une constante de symboles dans l&rsquo;esprit\u00a0?)<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Un sujet d&rsquo;\u00e9tude : comment, dans les soci\u00e9t\u00e9s humaines, le sexe a \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9 au rythme des saisons, \u00e0 l&rsquo;\u00e9quilibre de la nature.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">DAUMAL<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">J&rsquo;oublie toujours de vous parler d&rsquo;un curieux livre d&rsquo;occul\u00adtisme o\u00f9, en langage mythique il y a des lumi\u00e8res de v\u00e9rit\u00e9s&#8230; (la Tot\u00e9misation est un rite d&rsquo;individualisation, marquant le d\u00e9but de la p\u00e9riode historique des moi. Si l&rsquo;\u00e9volution se pour\u00adsuit ainsi, l&rsquo;homme deviendra insecte, sp\u00e9cialis\u00e9 \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame). C&rsquo;est donc dans les conclusions le contre-pied de ceci. Mais il y a l\u00e0 un peu de la juste Apocalypse.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Des sociologues diront : depuis les temps historiques les plus recul\u00e9s, les hommes se sp\u00e9cialisent de plus en plus : soit par formation de castes, soit par adaptation \u00e0 des techniques diverses. De nos jours, bien que le machinisme tende \u00e0 trans\u00adformer l&rsquo;ouvrier en simple man\u0153uvre non sp\u00e9cialis\u00e9, une foule de m\u00e9tiers subsistent o\u00f9 les sp\u00e9cialistes ne vont qu&rsquo;en se multi\u00adpliant. Il est vrai que les forces d&rsquo;inertie, de retardement, tant sociales, qu&rsquo;individuelles s&rsquo;expriment ainsi. \u00c0 la limite, cette \u00e9volution aboutirait \u00e0 la fourmili\u00e8re. \u00c0 notre \u00e9poque o\u00f9 l&rsquo;homme commence \u00e0 s&rsquo;\u00e9veiller, la tendance de l&rsquo;insecte r\u00e9agit fortement\u00a0; elle s&rsquo;exprime par le genre de rationalisation qui r\u00e8gne aux U.S.A. Le machinisme, ici, n&rsquo;est qu&rsquo;un pr\u00e9texte : il n&rsquo;est pas encore d\u00e9montr\u00e9 que des hommes sachant tout faire&#8230; universellement d\u00e9velopp\u00e9s (L\u00e9nine) dussent \u00eatre inca\u00adpables de se servir de machines. \u00c0 vrai dire, notre malheu\u00adreuse civilisation ne peut, elle, que servir les machines. Si elle ne sacrifie pas l&rsquo;insecte \u00e0 l&rsquo;homme, tant pis pour elle.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">BOUSQUET<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il serait peut-\u00eatre bon de montrer au passage comment le darwinisme a err\u00e9 en consid\u00e9rant uniquement ce qui ne devait \u00eatre que des cons\u00e9quences et des cons\u00e9quences toutes secondaires d&rsquo;une \u00e9volution plus haute. Il a tout regard\u00e9 sous le jour du naturaliste et non du penseur.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Les entomologistes consid\u00e8rent une termiti\u00e8re comme un organisme, dont les cellules mobiles construisent le corps d&rsquo;une mati\u00e8re plus dure que le ciment. Cela me semble si vrai que, pour d\u00e9truire une termiti\u00e8re, il suffit de s&#8217;emparer de sa reine. Celle-ci, apparemment, ne fait que pondre ; toutefois, aussit\u00f4t qu&rsquo;elle est retir\u00e9e, la termiti\u00e8re devient comme folle, et cela instantan\u00e9ment. Il y a, imagine-t-on, entre la reine et ses&#8230; cellules sujettes&#8230; un r\u00e9seau qui nous \u00e9chappe, \u00e9quivalent \u00e0 notre syst\u00e8me nerveux. Il y aurait l\u00e0 un conte \u00e0 faire, \u00e0 la Wells ou \u00e0 la Poe : des hommes construisent leurs maisons, leurs cit\u00e9s, leurs lois et institutions, leurs id\u00e9ologies et leurs religions. Tout cela, visible et invisible, est plus dur que le ciment. Plus l&rsquo;\u00e9difice durcit et se complique, plus ces hommes travaillent \u2013 le travail devenant but-en-soi \u2013 et sont intelligents, c&rsquo;est-\u00e0-dire capables d&rsquo;aller et venir au sein d&rsquo;un monde extr\u00eamement complexe. Et voici que l&rsquo;intelligence devient, elle aussi fonctionnelle (la termiti\u00e8re est intelligente). De ce fait elle a conscience d&rsquo;\u00eatre et devient philosophie. Mais, quel\u00adque part, cach\u00e9 au fond d&rsquo;un sanctuaire secret, un magicien a cr\u00e9\u00e9 un centre nerveux reli\u00e9 aux ventres et aux sexes de tous les individus. C&rsquo;est un colossal monstre vivant, \u00e0 l&rsquo;image de la reine des termites, un ventre-sexe mille fois \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle naturelle. Ce monstre ayant drain\u00e9 toutes les consciences conf\u00e8re \u00e0 chaque individu, soulag\u00e9 d&rsquo;autant, le sentiment qu&rsquo;il a d&rsquo;exister. Ce conte mettrait en relief ceci : la transcendance est ce qui, se connaissant, tend \u00e0 ne pas se conna\u00eetre et ne se connaissant pas, tend \u00e0 le savoir&#8230; ou quelque chose d&rsquo;ana\u00adlogue.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">BOUSQUET<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Dans une version pr\u00e9c\u00e9dente, tu parlais d&rsquo;aboutissement humain, et c&rsquo;\u00e9tait l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;on pouvait t&rsquo;accrocher. D&rsquo;apr\u00e8s les h\u00e9g\u00e9liens la dualit\u00e9 doit durer, consid\u00e9r\u00e9e qu&rsquo;elle est comme l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment moteur. Sa r\u00e9solution doit en \u00eatre toujours possible et toujours diff\u00e9r\u00e9e. Mais la r\u00e9solution que tu en voies suppose comme un \u00e9clatement actif du monde du temps, et enveloppe la r\u00e9alit\u00e9 pr\u00e9sente d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 possible o\u00f9 toutes les condi\u00adtions r\u00e9gissant celle-ci seront invent\u00e9es. Cela me va \u00e0 moi. Mais l&rsquo;Id\u00e9e de Hegel, dernier terme de l&rsquo;\u00e9volution, ne r\u00e9v\u00e9lait-elle pas par l\u00e0 qu&rsquo;elle pouvait \u00eatre saisie comme la fixit\u00e9, le p\u00f4le d&rsquo;or sans l&rsquo;existence duquel le mouvement ne serait pas\u00a0?<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Cher Jo\u00eb, te voil\u00e0, chien de chasse, poursuivant la p\u00e9nurie de mes mots dans leurs derniers retranchements. Ta question est cruciale, d\u00e9finitive. Elle m&rsquo;oblige \u00e0 rechercher dans l&rsquo;\u00e9v\u00e9\u00adnement qui fut, et est toujours, l&rsquo;indicible choc de&#8230; comment dire&#8230; du temps et de la dur\u00e9e, la continuelle, la graduelle, l&rsquo;inexorable destruction de celle-ci par la vision de ce qu&rsquo;elle contient \u2013 non pas dans l&rsquo;Univers \u2013 dans moi, qui, participant au quelque chose et \u00e9tant ce quelque chose ne puis me concevoir ni comme Principe ni comme Fin. En d&rsquo;autres termes (si je parviens \u00e0 me comprendre) il s&rsquo;agit bel et bien de d\u00e9cla\u00adrer nulle cette fin, ce finis coronat opus que Hegel voulait orgueilleusement offrir en cadeau \u00e0 l&rsquo;Univers. Je vois la fin de l&rsquo;Id\u00e9e comme maturation de l&rsquo;homme, ces mots fin, aboutis\u00adsement, n&rsquo;ayant de sens que par rapport au contenu de l&rsquo;id\u00e9e dans sa repr\u00e9sentation, qui est l&rsquo;id\u00e9e. Car si l&rsquo;id\u00e9e n&rsquo;est pas repr\u00e9sentation et celle-ci son propre contenu dont il appartient \u00e0 la raison de se r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 elle-m\u00eame les \u00e9l\u00e9ments, elle n&rsquo;est que projection imaginative, inconsciente, mythique, de ce con\u00adtenu priv\u00e9 de sa substance. Je ne d\u00e9mordrai pas de cela. Et comment ce contenu pourrait-il soudain devenir autre chose que son corps de dur\u00e9e ? Et celui-ci, en vertu de quels exor\u00adcismes pourrait-il soudain se rajeunir au point de n&rsquo;\u00eatre plus, condition essentielle pour que l&rsquo;incr\u00e9\u00e9 du temps r\u00e9volutionne la dur\u00e9e, ses repr\u00e9sentations et ses \u0153uvres ? Et par quels subterfuges esp\u00e8re-t-on \u00eatre r\u00e9volutionnaire si l&rsquo;on ne se laisse d&rsquo;abord ainsi r\u00e9volutionner ? En cette fin de l&rsquo;Id\u00e9e permanente et la d\u00e9couverte de l&rsquo;intermittence de l&rsquo;id\u00e9e r\u00e9side \u00e0 la foi l&rsquo;intemporel et le temporel sans cesse bris\u00e9, \u00e9puis\u00e9 par sa propre cr\u00e9ation non pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9e mais certaine, de ce fait, d&rsquo;\u00eatre la r\u00e9sultante r\u00e9elle de ce qu&rsquo;il y a, sous son signe positif.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je crois discerner dans l&rsquo;exp\u00e9rience philosophique un pro\u00adcessus semblable \u00e0 celui de l&rsquo;exp\u00e9rience mystique. L&rsquo;exp\u00e9rience philosophique \u00e9tant plus mentale qu&rsquo;\u00e9motionnelle recompose le moi autour d&rsquo;un pseudo-absolu spatial ; la mystique, \u00e9tant centr\u00e9e sur le p\u00f4le \u00e9motionnel \u00e9ternise la dur\u00e9e. Ces deux projections du moi, je ne suis pas qualifi\u00e9 pour les juger : essentiellement elles tombent \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ce que j&rsquo;ai \u00e0 dire. Tu vois\u00a0? Cela nous ram\u00e8ne \u00e0 la po\u00e9sie. Dans le sens que tu m&rsquo;as appris \u00e0 l&rsquo;envisager, le plus large, le moins litt\u00e9raire, le plus pr\u00e9s de l&rsquo;amour qui soit. Celui o\u00f9 l&rsquo;on r\u00eave le r\u00e9el, peut-\u00eatre\u00a0?\u2026<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">BOUSQUET<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Quel beau chapitre sur la dissolution du moi dans l&rsquo;amour : la pr\u00e9sence de la femme aim\u00e9e est la r\u00e9alit\u00e9 du r\u00eave : non pas la r\u00e9alit\u00e9 s&rsquo;opposant au r\u00eave mais la n\u00e9gation de la r\u00e9alit\u00e9 qui s&rsquo;opposait au r\u00eave dans l&rsquo;apparition de ce r\u00eave. Et r\u00e9sultat : toute la r\u00e9alit\u00e9 environnante se nie, s&rsquo;efface.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous verrons comment un \u00eatre \u00e0 travers toute sa vie sub\u00adjective tend \u00e0 objectiver ses donn\u00e9es dans l&rsquo;impersonnel ; que penser le monde ce soit le pousser vers sa v\u00e9rit\u00e9, afin qu&rsquo;\u00e0 la limite la connaissance totale se poursuive \u00e0 travers une disso\u00adlution du moi. Si bien que comprendre le monde, c&rsquo;est abolir en lui, \u00e0 travers la connaissance qu&rsquo;on a puis\u00e9e et qu&rsquo;on lui a fait prendre de sa v\u00e9rit\u00e9, abolir, dis-je, toute diff\u00e9rence entre le subjectif et l&rsquo;objectif.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il y a des confirmations terribles dans le domaine de la sensualit\u00e9. Comme si nos entrailles et notre sexe savaient que la fin du moi est le commencement de l&rsquo;\u00eatre. J&rsquo;ai h\u00e2te que tu saches comment je parviens moi-m\u00eame au m\u00eame point&#8230; par l&rsquo;enseignement de la sensation. Tout reviendrait \u00e0 cr\u00e9er une m\u00e9thode de se d\u00e9personnaliser dans l&rsquo;exercice de la pens\u00e9e la plus haute, comme nous d\u00e9personnalise la sensation la plus organique : jouir de la vision de l&rsquo;\u00eatre f\u00e9minin particulier qui nous pr\u00e9cipite dans la t\u00e9n\u00e8bre fr\u00e9missante du non-moi apporte un surcro\u00eet au d\u00e9lire dionysiaque d&rsquo;an\u00e9antissement du moi. Le moi se nie jusqu&rsquo;\u00e0 ne reconna\u00eetre l&rsquo;existence que dans un moi ext\u00e9rieur, refus\u00e9 ; le moi n&rsquo;est plus que ce qui r\u00e8gne sur le non-moi que nous devenons et l&rsquo;exclut. Toutes les aberra\u00adtions sexuelles ne sont que des enseignes sur ce chemin. Retour \u00e0 l&rsquo;enfance, \u00e0 l&rsquo;ut\u00e9rus.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">SUAR\u00c8S<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le moi physiologique ?&#8230; En fin de compte et comme l&rsquo;origine de toute id\u00e9e est sensorielle, le lieu o\u00f9 le moi peut valablement se percevoir, est-ce le corps ?&#8230; Contrairement \u00e0 l&rsquo;enseignement traditionnel de l&rsquo;Inde, doit-il dire, non pas : je ne suis pas ceci, je ne suis pas cela&#8230; mais : je suis ceci, je suis cela ?&#8230; Je suis corps, je suis sensation ?&#8230; La volupt\u00e9 laisse-t-elle un r\u00e9sidu ou au contraire le moi est-il un r\u00e9sidu\u00a0?&#8230; S&rsquo;attarde-t-elle \u00e0 un souvenir, ou au contraire d\u00e9passe-t-elle l&rsquo;exp\u00e9rience\u00a0?&#8230; Cherche-t-elle \u00e0 se r\u00e9p\u00e9ter ou le d\u00e9sir cherche-t-il \u00e0 s&rsquo;an\u00e9antir dans un absolu de non-jouissance\u00a0?&#8230; Le plaisir ne serait-il qu&rsquo;une sensation favorable se transformant instan\u00adtan\u00e9ment en son propre souvenir ?&#8230; Et jusqu&rsquo;\u00e0 quel point le moi n&rsquo;est-il qu&rsquo;une non-co\u00efncidence entre sensation et percep\u00adtion ?&#8230; Et pourquoi est-on heureux, \u00e0 la premi\u00e8re co\u00efncidence que l&rsquo;on peut inventer, de se sentir convi\u00e9 par l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement \u00e0 partager son \u00e9vidence?\u2026<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">BOUSQUET<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Tous mes livres \u00e0 moi sont une trans-objectivation du subjectif \u2013 et c&rsquo;est ainsi que j&rsquo;ai d\u00e9pass\u00e9 les co\u00efncidences qui ne sont que de la pens\u00e9e ext\u00e9rioris\u00e9e. Tu te rappelles la cou\u00adleuvre, quand tu venais \u00e0 la ville. Madeleine se demande si c&rsquo;est bon ou mauvais signe. Voil\u00e0 l&rsquo;irruption du subjectif. Elle n&rsquo;\u00e9tait que la vie d&rsquo;un lieu, ce dont notre pens\u00e9e ne pouvait constituer qu&rsquo;un reflet.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Tu vas comprendre maintenant pourquoi j&rsquo;insiste pour une action collective, distribu\u00e9e selon ce que chacun repr\u00e9\u00adsente. Si g\u00e9niale que soit ta d\u00e9monstration elle convaincra peut-\u00eatre l&rsquo;homme mais ne le changera pas : Reconna\u00eetre la puissance formidable du d\u00e9sir int\u00e9rieur \u00e0 la chastet\u00e9 n&rsquo;a jamais oblig\u00e9 un homme \u00e0 rester chaste : tu te souviens du temps o\u00f9 les co\u00efncidences m&rsquo;obs\u00e9daient : je comprends depuis peu qu&rsquo;elles revenaient \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne tr\u00e8s simple qui consistait en ceci : tout d&rsquo;un coup, ma pens\u00e9e, la domination de ma vie int\u00e9rieure, se perdait dans le coup d&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;un objet dont je devenais tout entier la pens\u00e9e : la pr\u00e9sence, devant moi d&rsquo;une roche verte, pleine du souvenir d&rsquo;un manteau aim\u00e9, faisait \u00e9chouer toutes les pr\u00e9visions, et contre toute vraisemblance, jurait \u00e0 ma place, par exemple, que la personne \u00e0 qui appar\u00adtenait le manteau vert n&rsquo;allait pas tarder \u00e0 venir. L&rsquo;important n&rsquo;\u00e9tait pas la valeur de pronostic applicable \u00e0 la vie d&rsquo;un homme, moi, et pouvant \u00eatre tourn\u00e9 au b\u00e9n\u00e9fice de son bon\u00adheur : c&rsquo;\u00e9tait le ph\u00e9nom\u00e8ne lui-m\u00eame qui importait par la d\u00e9couverte qu&rsquo;il faisait en mon nom de l&rsquo;univers inconnu o\u00f9 il pouvait se donner comme tel. Combien de temps m&rsquo;a-t-il fallu pour m&#8217;emplir de cette certitude, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que la tenant pour indiscutable, j&rsquo;aie pu progresser \u00e0 mon tour.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Or cette donn\u00e9e mystique \u00e9tait communicable par la po\u00e9sie. Sans g\u00e9n\u00e9ralisation pr\u00e9matur\u00e9e, sans \u00e9dification d&rsquo;un syst\u00e8me : des hommes gagn\u00e9s \u00e0 cette constatation \u00e9l\u00e9men\u00adtaire s&rsquo;enveloppaient dans mon devenir.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Car c&rsquo;est en ceci que tout cela a sa coh\u00e9rence : il faut, avant tout, envelopper les hommes dans ton devenir. Tu sais combien c&rsquo;est difficile&#8230; Mais pour cela tous les moyens sont bons. Magie po\u00e9tique, ruse. Vois au verso de la page suivante une bonne id\u00e9e qui me vient.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">(SUAR\u00c8S 1953)<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je tairai cette id\u00e9e que je n&rsquo;ai pas suivie. \u00c0 vingt ann\u00e9es de distance, je vois bien que je n&rsquo;en avais pas le choix. D\u00e9j\u00e0 je savais ne poss\u00e9der ni moyens ni fins, ni devenir. Et que \u00ab cela \u00bb n&rsquo;enveloppera jamais personne.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"center\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>\u00c9PILOGUE <\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"center\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>Lettre de BOUSQUET \u00e0 SUAR\u00c8S &#8211; Juin 1938<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Carcassonne, lundi. <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Mon cher Jo\u00eb,<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Laisse-moi d&rsquo;abord t&#8217;embrasser au sortir de cette fr\u00e9n\u00e9sie hideuse. Il y a de tout dans mon \u00e9lan d&rsquo;affection : de la d\u00e9livrance (la partie la plus importante de mon travail est finie)\u00a0; du soulagement (j&rsquo;ai failli mourir)\u00a0; de la reconnaissance. Mon manuscrit n\u00b0 1 est achev\u00e9\u00a0; et j&rsquo;esp\u00e8re que \u00ab <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>L&rsquo;ombre aux mains roses<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> \u00bb verra le jour en octobre. On en pensera ce qu&rsquo;on voudra, jamais je ne me suis aussi \u00e9perdument moqu\u00e9 de l&rsquo;opinion des indiff\u00e9rents. Ce livre contient pour moi, sous une forme coh\u00e9rente, la v\u00e9rit\u00e9 \u2014 ma v\u00e9rit\u00e9. Je pourrai toujours y revenir. Il me guidera. Il n&rsquo;y aura plus dans ma vie une heure perdue maintenant que je pourrai, avec des hommes comme toi, me rapporter \u00e0 cette exp\u00e9rience.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">La premi\u00e8re partie de mon deuxi\u00e8me livre \u00ab <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Le passeur s&rsquo;est endormi<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> \u00bb est tap\u00e9e. Je corrige les derniers chapitres pendant que l&rsquo;on tape la seconde. Des fragments de ce livre para\u00eetront dans les revues qui m&rsquo;ont demand\u00e9 de l&rsquo;encre pendant que je ferai les services de <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>l&rsquo;Ombre aux mains roses<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">. Enfin, apr\u00e8s ces deux jours de r\u00e9pit que je me donne. j&rsquo;ach\u00e8verai <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Iris et Petite-fum\u00e9e<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> qui attendait justement que mes certitudes aient m\u00fbri dans l&rsquo;\u00e9laboration des deux \u00e9crits que je t&rsquo;ai cit\u00e9s.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le 12 juillet, je vais reprendre mon activit\u00e9 cr\u00e9atrice. Il faut que j&rsquo;aille vite, car \u2014 entre nous \u2014 mes r\u00e9actions dans les crises de fi\u00e8vre deviennent molles, il faut que je me pr\u00e9pare \u00e0 partir, je ne compte pas sur une dur\u00e9e sup\u00e9rieure \u2014 en admettant que j&rsquo;aie de la chance \u00e0 deux ou trois ans : c&rsquo;est plus qu&rsquo;il n&rsquo;en faut pour mon livre de critique et pour le volume po\u00e9tique qui doit couronner mon \u0153uvre. J&rsquo;esp\u00e8re fermement ne pas mourir avant. Si la mort me surprend, tout le travail ant\u00e9rieur sera perdu. Car de m\u00eame que <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>l&rsquo;Ombre aux mains <\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>roses <\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00e9claire le rendez-vous d&rsquo;un soir d&rsquo;hiver, mon livre de critique jettera de la lumi\u00e8re sur les \u00e9crits que j&rsquo;ach\u00e8ve.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">C&rsquo;est cet \u00e9t\u00e9 que je vais jeter les bases de mon livre d&rsquo;essais. Il tracera les limites du monde moral o\u00f9 j&rsquo;aurai v\u00e9cu : Portrait d&rsquo;Est\u00e8ve, Toi, notre rencontre : un long essai sur ton <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u0153uvre<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">, le r\u00f4le des peintres dans ma vie. La po\u00e9sie de Paul Eluard. Enfin, notre \u00e9poque : Paulhan, dont les <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>fleurs de Tarbes<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> contiennent, apr\u00e8s s\u00e9rieux examen, des sources cach\u00e9es. Michaux : ceux qui ont compris. J&rsquo;ai compris. Et je sais que comprendre, c&rsquo;est, avant tout, reconna\u00eetre ce qu&rsquo;on doit se d\u00e9fendre d&rsquo;interroger; et, en ce qui me concerne, m&rsquo;enfermer dans les limites de cette affirmation. L&rsquo;homme n&rsquo;est que l&rsquo;ombre de ses actions. La vie n&rsquo;est pas en nous : elle nous blesse pour nous diriger et nous la con\u00adnaissons avec une douleur dont nous n&rsquo;avons que les ans pour nous gu\u00e9rir&#8230; Tu es peut-\u00eatre le seul dans ce monde \u00e0 tout \u00e0 fait me com\u00adprendre\u00a0; le seul avec qui je serais heureux d&rsquo;entamer un long et profond \u00e9change d&rsquo;id\u00e9es : il faudra bien, en effet, et parce que ce qui nous a rapproch\u00e9s se servait de nous, entamer une longue correspondance de questions et de r\u00e9ponses, soigneusement relue, discut\u00e9e dans un milieu d&rsquo;amis vrais et purs\u00a0; et que nous publierons en volume, sans nom d&rsquo;auteur, avec une pr\u00e9face d&rsquo;un homme tr\u00e8s bien. Penses-y. Cela pour\u00adrait former la substance de notre vie intellectuelle toute l&rsquo;ann\u00e9e 1938-39\u00a0; qu&rsquo;en dis-tu ? Et tu pourrais, d\u00e8s maintenant, penser aux sujets que nous avons \u00e0 d\u00e9battre. De chaque lettre, le destinataire bifferait impitoyable\u00adment ce qui para\u00eetrait impur ou suspect de redite.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il serait inutile de supprimer le moi si le but de cette op\u00e9ration \u00e9tait de le retrouver sous une autre forme. Il faut consacrer toutes ses forces \u00e0 dissoudre le lien tress\u00e9 entre les faits par l&rsquo;occasion que nous leur \u00e9tions de se rapprocher. J&rsquo;ai compris que ma vie \u00e9tait la vie de ma blessure avant d&rsquo;\u00eatre la mienne et que la route \u00e0 suivre pour m&rsquo;\u00e9loigner du moi \u00e9tait dans une conscience profonde de cette catastrophe dont mon instinct de conservation \u00e9difiait lentement l&rsquo;oubli. Il y a, vois-tu, un parti immense \u00e0 tirer du hasard, une hygi\u00e8ne morale \u00e0 dresser avec lui puisque c&rsquo;est lorsqu&rsquo;il appara\u00eet que la vie garde son caract\u00e8re en \u00e9vi\u00adtant de porter les traits dont l&rsquo;a rev\u00eatue notre fa\u00e7on <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">h<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">abituelle de la conna\u00eetre.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> ne t&rsquo;\u00e9cris pas plus longuement aujourd&rsquo;hui. Je veux, avant de m&rsquo;endormir, corriger quelques pages de mon dernier cahier. Je ne suis pas enti\u00e8rement lib\u00e9r\u00e9, et n&rsquo;ai voulu que pousser devant toi, et, dans une grande embrassade affectueuse, mon premier soupir de d\u00e9livrance. J&rsquo;allais oublier de te dire que, depuis ma derni\u00e8re lettre, avec l&rsquo;envie folle d&rsquo;en finir avec mes livres, j&rsquo;ai eu deux crises de fi\u00e8vre, dont une terrible et une g<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">i<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">ngivite suppur\u00e9e qui a failli m&#8217;emporter, l&rsquo;infection ayant gagn\u00e9 le voile du palais, ce qui entra\u00eene dans tous les cas un <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">pronostic<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> mortel. Dis-toi que l&rsquo;on m&rsquo;a veill\u00e9, avec discr\u00e9tion d&rsquo;ailleurs, la femme qui sur\u00adveillait mon sommeil de fi\u00e9vreux s&rsquo;\u00e9tant install\u00e9e dans le corridor. Et, comme ma pendule s&rsquo;\u00e9tait arr\u00eat\u00e9e, personne n&rsquo;ayant pens\u00e9 \u00e0 la remonter, sais-tu qu&rsquo;elle est entr\u00e9e \u00e0 pas de loup, ouvrant la porte qu&rsquo;elle avait laiss\u00e9e entreb\u00e2ill\u00e9e, parce qu&rsquo;un bruit l&rsquo;avait intrigu\u00e9e\u00a0; et qu&rsquo;elle m&rsquo;a trouv\u00e9 \u00e0 quatre heures du matin, un cahier aux doigts, essayant de mettre sur pied \u00ab <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>L&rsquo;ombre aux mains roses<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> \u00bb parce que, sentant venir la fin, je voulais que ce livre paraisse.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00c0<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> bient\u00f4t, Jo\u00eb, embrasse pour moi Nadine. Pense \u00e0 moi,<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"right\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ton ami <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">J<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">o\u00eb.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"center\"><b><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Lettre de C. SUAR<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00c8<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">S &#8211; 6 <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ao\u00fbt<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> 1938<\/span><\/span><\/span><\/b><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Bien cher Jo\u00eb,<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">L&rsquo;exc\u00e8s de d\u00e9sir de te r\u00e9pondre m&rsquo;a emp\u00each\u00e9 jusqu&rsquo;ici de le faire. J&rsquo;\u00e9tais trop certain de ne disposer d&rsquo;aucun moyen d&rsquo;expression et de te d\u00e9cevoir <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">[<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\"><sup>1<\/sup><\/a>]<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">. L&rsquo;id\u00e9e de ta mort possible, ta h\u00e2te \u00e0 jeter sur cette plan\u00e8te le plus que tu peux de toi avant de t&rsquo;en aller, m&rsquo;ont mis dans une esp\u00e8ce de langueur aride, car l&rsquo;\u00e9change de vues que tu me proposes est, de tout ce qu&rsquo;il me serait possible d&rsquo;\u00e9crire, ce \u00e0 quoi je tiendrais le plus, et je ne pourrais cependant m&rsquo;y r\u00e9soudre sans un certain apaisement au sujet de ta sant\u00e9, dont j&rsquo;ai moralement besoin, et ensuite l&rsquo;assurance d&rsquo;une certaine r\u00e9gularit\u00e9 dans nos \u00e9changes \u00e0 laquelle tu m&rsquo;as si peu habitu\u00e9 jusqu&rsquo;ici que je n&rsquo;y crois pas encore. Si ton intention est s\u00e9rieuse, je voudrais que ta lettre et celle-ci soient d\u00e9j\u00e0 le d\u00e9but de cette corres\u00adpondance destin\u00e9e \u00e0 \u00ab un \u00e9change d&rsquo;id\u00e9es \u00bb (j&#8217;emploie tes mots pour le moment, mais je d\u00e9teste les \u00ab id\u00e9es \u00bb, et toi aussi). Je suis si vid\u00e9 en ce moment que je ne sais si je sais \u00e9crire. Il me faudra du temps et une d\u00e9tente pour retrouver un minimum de spontan\u00e9it\u00e9. Cependant, j&rsquo;ai toujours pens\u00e9 que nous avions quelque chose \u00e0 faire en collaboration et tes notes non sign\u00e9es qui figurent dans ma \u00ab <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Com\u00e9die Psychologique<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> \u00bb, dans lesquelles ta recherche et ta vision viennent se joindre aux miennes, en t\u00e9moignent. Nous f\u00fbmes ensuite boulevers\u00e9s et stup\u00e9faits par la mort d&rsquo;Est\u00e8ve qui nous retirait b\u00eatement l&rsquo;\u00e9pine dorsale qui devait nous sou\u00adtenir. Tu devais venir \u00e0 Paris, nous devions entreprendre tous ensemble une <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u0153uvre<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> qui aurait port\u00e9 ce qu&rsquo;en jargon on appelle la \u00ab conscience philosophique \u00bb au del\u00e0 des limites h\u00e9g\u00e9liennes ou marxistes qu&rsquo;on veut encore lui fixer. Livr\u00e9s \u00e0 nous-m\u00eames, nous avons toi et moi une f\u00e2cheuse tendance \u00e0 laisser croire que nous d\u00e9lirons. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00c9riger<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> en architecture une philosophie n&rsquo;est pas notre m\u00e9tier, n&rsquo;\u00e9tant pas notre d\u00e9sir. Il ne nous reste donc, en effet, qu&rsquo;\u00e0 \u00e9changer nos pens\u00e9es et je sais bien, en apprenant \u00e0 la fois que tu as failli mourir et que tu voudrais entreprendre cette correspondance, que je ne suis en aucune fa\u00e7on pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 subir la douleur de ta disparition et qu&rsquo;\u00e0 cette angoisse affective s&rsquo;ajoute la crainte d&rsquo;un d\u00e9sespoir possible si Bousquet et Suar\u00e8s se quittaient pour toujours en laissant incr\u00e9\u00e9e leur <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u0153uvre<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> commune.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je ne suis pas de ton avis quant au tour impersonnel que tu proposes de donner \u00e0 cette correspondance. Tout d&rsquo;abord, il n&rsquo;est pas certain que le r\u00e9sultat en soit bon et publiable : ne sacrifions donc pas le naturel de cet \u00e9change \u00e0 une intention quelle qu&rsquo;elle soit. D&rsquo;ailleurs l&rsquo;intention d&rsquo;\u00eatre impersonnel ne supprimerait pas le moi, c&rsquo;est tout juste si elle le recouvrirait d&rsquo;une feuille de vigne. Laissons plut\u00f4t cette partie honteuse se comporter \u00e0 sa fa\u00e7on. Nommons ceux que nous avons \u00e0 nommer, y compris nous-m\u00eames. Remarque que cela nous \u00e9pargnerait \u00e9ventuellement la pr\u00e9face obligatoire, l&#8217;embarras de l&rsquo;ami qui l&rsquo;aurait \u00e0 faire et la position un peu ridicule de ceux qui se cachent en le disant. Quant \u00e0 trouver des sujets, des questions, ou des r\u00e9ponses \u00e0 des ques\u00adtions non pos\u00e9es, ta lettre m&rsquo;en fournit d\u00e9j\u00e0 tant que j&rsquo;en suis presque embarrass\u00e9. Je ne puis imaginer de meilleur point de d\u00e9part \u00e0 ce que nous avons \u00e0 dire, et, en g\u00e9n\u00e9ral, \u00e0 la connaissance de soi et de l&rsquo;homme, que la r\u00e9alit\u00e9 de l&rsquo;actuel. L&rsquo;essentiel est dit dans ta lettre peut-\u00eatre mieux que tu ne l&rsquo;eusses fait en l&rsquo;y voulant mettre. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00c0<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> mon tour, en y relevant ce qui ME touche le plus, j&rsquo;irai \u00e0 l&rsquo;essentiel, plus vite que je ne le mettrais dans une s\u00e9rie de questions. \u00ab Quelle est la fonction de la conscience, du <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">c\u0153ur<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">, du cerveau, de la main, dans ce monde invivable de fous homicides ? \u00bb Voil\u00e0 ce que je te demanderais, en termes \u00e9tudi\u00e9s et ing\u00e9nieux. Mais, du fait de se trouver pos\u00e9e, cette question sur les rapports de l&rsquo;agir et du penser rebondirait dans une abstraction o\u00f9 l&rsquo;illu\u00adsion de penser n&rsquo;aurait pour effet, pendant ce temps, que de nous dispenser d&rsquo;agir. L&rsquo;abstraction proviendrait de ce que poser une question c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 s&rsquo;en abstraire. \u00ab Je \u00bb pose la question et ceci m\u00eame m&rsquo;autorise \u00e0 n&rsquo;aller pas plus loin dans les raisons que j&rsquo;ai de me la poser et que je suis cens\u00e9 rechercher. Pour te rendre concret ce que j&rsquo;entends, je te dirai que Descartes (qui m&rsquo;attendrit \u00e0 la mani\u00e8re dont me touche la premi\u00e8re locomotive) ne s&rsquo;est certainement pas dout\u00e9 du d\u00e9sir intense qu&rsquo;il avait de se prouver sa p\u00e9rennit\u00e9 en tant que moi ni du conditionnement de sa pens\u00e9e par ce d\u00e9sir. \u00ab Je pense, donc la pens\u00e9e est distincte du corps \u00bb n&rsquo;est que le pr\u00e9texte d&rsquo;un moi qui, redoutant de n&rsquo;\u00eatre point immortel, trouve dans cette peur fondamentale la facult\u00e9 de tenir pour \u00e9vidente et objective une constatation purement subjective dont, jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort, il ne devinera jamais le contenu. Cette constatation est la mat\u00e9rialisation d&rsquo;un r\u00eave fait de peur et d&rsquo;avidit\u00e9 (peur de n&rsquo;\u00eatre point l&rsquo;\u00eatre, avidit\u00e9 de durer). L&rsquo;\u00e9pouvante primordiale de la conscience du moi, d\u00e9sempar\u00e9e, nue, isol\u00e9e, a la facult\u00e9 de s&rsquo;enrober dans l&rsquo;apparence d&rsquo;un fait naturel qu&rsquo;elle se donne l&rsquo;illusion de constater, l&rsquo;instrument de la duperie \u00e9tant l&rsquo;intellect. Dans cette com\u00e9die que se jouent nos secrets d\u00e9sirs, je place en bloc, en vrac et sans vouloir y trouver de nuances ni d&rsquo;att\u00e9nuantes, les religions, m\u00e9taphysiques, \u00e9thiques, philosophies, psychologies et id\u00e9ologies. Ceci pour commencer par mettre tout le monde d&rsquo;accord sur le fait que nous parlons d&rsquo;autre chose.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Qu&rsquo;on l\u00e8ve les bras au ciel sur l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;une telle table rase ! Je sais bien, lorsque tu m&rsquo;\u00e9cris : \u00ab j&rsquo;ai compris que ma vie \u00e9tait la vie m\u00eame de ma blessure avant d&rsquo;\u00eatre la mienne et que la route \u00e0 suivre pour m&rsquo;\u00e9loigner du moi \u00e9tait une conscience profonde de cette catastrophe dont mon instinct de conservation \u00e9difiait lentement l&rsquo;oubli \u00bb, je sais que tu tiens l\u00e0 un langage de v\u00e9rit\u00e9 et de connaissance, et que ta pens\u00e9e, \u00e0 ce moment-l\u00e0, engendr\u00e9e par tout ce qui conditionne une vie mais deve\u00adnant l&rsquo;auto-r\u00e9v\u00e9lation de ce conditionnement, se trouve libre d&rsquo;\u00eatre limit\u00e9e, universelle d&rsquo;\u00eatre individuelle. Je sais que cette auto-perception, non du moi (attention \u00e0 l&#8217;emb\u00fbche), mais du processus vital qui, selon les cas, devient le moi ou sa propre connaissance, je sais qu&rsquo;elle ne peut jamais se produire avec le secours des religions, m\u00e9taphysiques, \u00e9thiques, philo\u00adsophies, psychologies ou id\u00e9ologies, ni avec rien. Et c&rsquo;est bien cela qui en rend si difficile l&rsquo;\u00e9lucidation. Aux yeux de la plupart des personnes, nous pouvons passer pour des r\u00eaveurs d\u00e8s l&rsquo;instant que nous ne faisons qu&rsquo;ouvrir les yeux sur la r\u00e9alit\u00e9 la plus objective qui soit.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ne nous laissons donc pas tenter par le plaisir de pr\u00e9senter avec m\u00e9thode cette&#8230; comment l&rsquo;appellerai-je ?&#8230; cette connaissance, mais laissons-la se d\u00e9gager de notre correspondance, de m\u00eame que le mat\u00e9rialisme dialectique r\u00e9sulte de <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">l\u2019\u0153uvre<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> de Marx plut\u00f4t qu&rsquo;il n&rsquo;y est d\u00e9fini. <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">L&rsquo;extr\u00eame difficult\u00e9 de nous faire entendre, je la mets \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve tout instant avec ceux de nos amis qui nous aiment le mieux et qui nous t\u00e9moignent cette affection avec le plus de constance. Je pense \u00e0 Cassou en ce moment et \u00e0 plusieurs longues conversations que j&rsquo;ai eues avec lui au cours de ces derniers dix-huit mois. Je commen\u00e7ai par lui pr\u00e9\u00adsenter, pour \u00ab Europe \u00bb, un essai qui s&rsquo;intitulait \u00ab <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">L\u2019\u00c9tat<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> c&rsquo;est eux \u00bb, dans lequel je m&rsquo;effor\u00e7ais de montrer l&rsquo;impudeur avec laquelle les puis\u00adsances d&rsquo;argent, qui sont <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">l\u2019\u00c9tat<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> r\u00e9el mais non apparent, agissant mais occulte, veulent nous donner \u00e0 entendre qu&rsquo;elles sont la Nation. Cette usurpation, fruit de leur exp\u00e9rience de Valmy o\u00f9 <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">l\u2019\u00c9tat<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> \u00e9migr\u00e9 fut battu aux cris de Vive la Nation est bien une des farces les plus scandaleuses de notre temps. Bien que Cassou par\u00fbt assez go\u00fbter mon expos\u00e9, je le retirai presque aussit\u00f4t, par un scrupule qu&rsquo;il me f\u00fbt impossible de justifier sans me ranger \u00e0 ses yeux parmi ceux qui refusent les combats. Mais je m&rsquo;\u00e9tais aper\u00e7u que si cet essai pouvait, \u00e0 ma satisfaction, trouver sa place dans un ensemble o\u00f9 j&rsquo;aurais au pr\u00e9alable bien montr\u00e9 mon point de d\u00e9part, isol\u00e9, il avait tout l&rsquo;air de se pr\u00eater \u00e0 des combats que je trouve imaginaires. Ce point de d\u00e9part consiste \u00e0 v\u00e9rifier ma propre intelligence : est-elle partisane ou lucide, le simple pr\u00e9texte de d\u00e9sirs inconscients ou une vision du r\u00e9el ? Cette question para\u00eet fondamentale ceux qui voient \u00e0 quel point sont subjectives les pens\u00e9es qui se sont cru le plus objectives (je t&rsquo;ai donn\u00e9 l&rsquo;exemple de Descartes). Mais la per\u00adception peut-elle se porter sur la mati\u00e8re m\u00eame dont elle est faite ? <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab\u00a0Il faut, m&rsquo;\u00e9cris-tu, consacrer toutes ses forces \u00e0 dissoudre le lien tress\u00e9 entre les faits par l&rsquo;occasion que nous leur \u00e9tions de se rapprocher \u00bb. Tel est le point de d\u00e9part dont je parle. Je ne te chicanerai pas, pour le moment, le mot dissoudre bien qu&rsquo;il ouvre les portes \u00e0 toutes les triche\u00adries. (Qui se donne comme but de dissoudre ce lien, si ce n&rsquo;est ce lien sous un nouveau masque et ce nouveau moi, que veut-il sauver ? Cette remarque, tu la formules toi-m\u00eame \u00e0 chaque instant et n&rsquo;est-ce pas l\u00e0 que nous nous retrouvons ?) Or, sans me permettre d&rsquo;interpr\u00e9ter la pens\u00e9e de Cassou, je crois que si, pour lui, nous ne sommes, en effet, que l&rsquo;occasion qu&rsquo;ont des faits de se rapprocher, il nierait que cette occasion p\u00fbt se dissoudre par un ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;auto-r\u00e9v\u00e9lation. Il nous donnerait le choix entre l&rsquo;action conditionn\u00e9e partisane et la tour d&rsquo;ivoire, et c&rsquo;est bien ce qui arriva \u00e0 la suite de cet essai retir\u00e9, lorsqu&rsquo;\u00e0 sa place je lui pr\u00e9sentai je ne sais plus quel texte que j&rsquo;intitulai, je crois, \u00ab Intro\u00adduction \u00e0 une \u00e9thique \u00bb, o\u00f9 j&rsquo;eus la na\u00efvet\u00e9 d&#8217;employer le mot \u00ab objectivit\u00e9 \u00bb. Cette tentative donna lieu \u00e0 une discussion de deux heures au cours d&rsquo;un d\u00e9jeuner t\u00eate \u00e0 t\u00eate \u00e0 Montparnasse, il y <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">a <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">plus d&rsquo;un an de cela (et qui me donne aujourd&rsquo;hui l&rsquo;occasion de maudire mon inca\u00adpacit\u00e9 de noter une conversation s\u00e9rieuse, faute de m\u00e9moire).<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab Tu pr\u00e9tends te pencher sur le monde objectivement, me disait-il \u00e0 peu pr\u00e8s, comme si tu \u00e9tais autre chose qu&rsquo;un des \u00e9l\u00e9ments du conflit. \u00bb \u00ab Et toi, disais-je, dans ce combat que tu livres tous les jours, tu aban\u00addonnes \u00e0 chaque tournant du chemin un peu de l&rsquo;essentiel et tu finis dans une guerre civile o\u00f9 personne ne sait plus pourquoi il se bat. \u00bb C&rsquo;\u00e9tait encore \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 le front populaire se donnait l&rsquo;illusion de pouvoir r\u00e9former <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">l\u2019\u00c9tat.<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Pour ma part, je n&rsquo;attendais d\u00e9j\u00e0 plus rien d&rsquo;une lutte politique qui s&rsquo;\u00e9puisait dans des escarmouches quotidiennes faute de miser sur la seule r\u00e9alit\u00e9. La v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 double visage des valeurs \u00e9thiques et des faits \u00e9conomiques \u00e9tait constamment trahie sous le pr\u00e9texte de barricades urgentes \u00e0 \u00e9lever contre la pouss\u00e9e du fascisme. En vue d&rsquo;un succ\u00e8s tactique tout alli\u00e9 provisoire \u00e9tait bon, m\u00eame l&rsquo;ennemi de la veille et du lendemain. Luttant pour des fins discordantes, les \u00e9l\u00e9ments de cette nouvelle arm\u00e9e n&rsquo;\u00e9taient plus, tels que je les voyais, que les r\u00e9actions de leurs propres ennemis. Je ne voyais plus ni communistes ni fascistes mais des anti-fascistes et des anti-communistes, ces \u00ab anti \u00bb n&rsquo;\u00e9tant que les oppos\u00e9s des images que chacun se faisait de l&rsquo;autre, c&rsquo;est-\u00e0-dire des n\u00e9gatifs d&rsquo;id\u00e9es abstraites de clich\u00e9s, d&rsquo;images immobiles maladroitement compos\u00e9es de mots d&rsquo;ordre qu&rsquo;aucune absurdit\u00e9 ne par\u00advenait \u00e0 d\u00e9monter. Nous pataugions \u00e0 un tel point dans le bourbier des \u00ab faux patriotiques \u00bb que, lorsque je fis remarquer \u00e0 Cassou l&rsquo;ing\u00e9niosit\u00e9 de l&rsquo;inconscience qui fit choisir comme mots d&rsquo;ordre par le fascisme les trois mots les plus propres \u00e0 assommer l&rsquo;humain d&rsquo;un coup : Croire, Ob\u00e9ir, Combattre, il me r\u00e9pondit que tout d\u00e9pendait de ce que l&rsquo;on croyait, de \u00e0 qui l&rsquo;on ob\u00e9issait et de pourquoi l&rsquo;on combattait. J&rsquo;en fus extr\u00eamement afflig\u00e9 et le lui dis. Je me souviens d&rsquo;avoir employ\u00e9 les mots \u00ab valeurs mortes \u00bb. Il me dit que ces valeurs \u00e9taient brandies par des hommes bien vivants, arm\u00e9s de mitrailleuses et de bombes et que je pouvais bien les d\u00e9clarer mortes mais que c&rsquo;est moi qui le serais le jour o\u00f9 des nazis me tortureraient. Je ne pus en disconvenir. Il me dit qu&rsquo;il fallait donc, par n&rsquo;importe quel moyen, emp\u00eacher la main-mise mat\u00e9rielle de ces gens \u2014 et de ceux des leurs qui sont parmi nous \u2014 sur tout ce \u00e0 quoi nous tenons, ces moyens fussent-ils les compromis les plus hasardeux, et qu&rsquo;il n&rsquo;y aurait point de risque \u00e0 cela car le but historique atteint transformerait \u00e0 son tour ceux qui nous auraient aid\u00e9s \u00e0 l&rsquo;atteindre, en faisant tomber celles de leurs limitations qui les s\u00e9paraient de nous. Ce point de vue me sembla trop th\u00e9orique. M\u00eame la peur des tortures physiques est incapable de me persuader de l&rsquo;efficacit\u00e9 dune action au cours de laquelle on abandonne ce pour quoi on lutte afin de le sauver. Je suis tout \u00e0 fait certain que le seul moyen \u00e0 employer en vue d&rsquo;une fin est cette fin elle-m\u00eame, et quelque reconnaissance que j&rsquo;aie pour ceux qui combattent avec d&rsquo;autres m\u00e9thodes, je ne croirai jamais \u00e0 leur victoire, d\u00fbt-elle apparemment se produire et m&rsquo;\u00e9pargner des tortures. La vie qui r\u00e9sulte du lieu g\u00e9om\u00e9trique appel\u00e9 Suar\u00e8s n&rsquo;a de sens que si elle cesse de s&rsquo;identifier \u00e0 son conditionnement, non point que le conditionnement puisse cesser, mais l&rsquo;identification, car c&rsquo;est l&rsquo;iden\u00adtification, non le conditionnement qui cr\u00e9e la dualit\u00e9, ce combat des contraires, dont l&rsquo;un engendre l&rsquo;autre et que je trouve st\u00e9rile. Il me sembla, au cours de cette conversation, que Cassou et moi, conditionn\u00e9s \u00e0 peu pr\u00e8s d&rsquo;une m\u00eame mani\u00e8re, n&rsquo;\u00e9tions s\u00e9par\u00e9s que de l&rsquo;image qu&rsquo;il se faisait de tout ce qui \u00e9tait pour nous unir. Ainsi notre camaraderie se trou\u00advait d\u00e9chir\u00e9e par deux r\u00e9alit\u00e9s diff\u00e9rentes\u00a0; moi jugeant que son action, faute de s&rsquo;appuyer sur les valeurs essentielles mais utilisant au jour le jour celles que lui offraient les vicissitudes des combats, ne pouvait, en aucun cas, instaurer finalement ce pour quoi il combattait, mais dont la vertu lui semblait si peu efficace qu&rsquo;il ne cessait de la secourir par des compromis et des trahisons quotidiennes\u00a0; lui consid\u00e9rant mon ent\u00eatement comme une mati\u00e8re d&rsquo;\u00e9vasion dans une abstraction sans contact avec les contingences. \u00ab je veux, disais-je, centrer toutes mes facult\u00e9s sur une v\u00e9rit\u00e9 que je n&rsquo;ai pas assez dite. \u00bb \u00ab Tu l&rsquo;as d\u00e9j\u00e0 dite, me r\u00e9pondit-il, et cela suffit\u00a0; tu es un Rabbi, voil\u00e0 ce que tu es\u00a0; lorsque tu as dit ce que tu voulais dire, tu le recommences\u00a0; \u00e0 la parabole du palmier tu ajoutes celle du chameau et puis tu en chercheras une autre. \u00bb Il avait raison quant au Rabbi et tort quant \u00e0 l&rsquo;abstraction. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> ne suis jamais plus accroch\u00e9 \u00e0 l&rsquo;actuel que dans l&rsquo;apparence de l&rsquo;abstrait et c&rsquo;est ce point que je tiens encore et encore \u00e0 montrer, parce qu&rsquo;il n&rsquo;y a que cela que je trouve, en fin de compte, utile, et ceci int\u00e9resse, mon cher Jo\u00eb, ta position autant que la mienne. Trop de m\u00e9taphysiciens et de mystiques ont jet\u00e9 des malentendus mortels sur le langage de la r\u00e9alisation humaine pour nous permettre de rel\u00e2cher notre obstination \u00e0 demander justice pour elle.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Peut-\u00eatre, aujourd&rsquo;hui, les conditions historiques, nous permettent-elles d&rsquo;\u00e9claircir nos id\u00e9es. Plusieurs mois s&rsquo;\u00e9coul\u00e8rent sur cette conversa\u00adtion avec Cassou, et nous ne la repr\u00eemes que cette ann\u00e9e aux vacances de P\u00e2ques qui nous r\u00e9unirent fortuitement \u00e0 Saint-Rapha\u00ebl. Je ne veux pas te donner la liste des d\u00e9sillusions et des amertumes, des incertitudes et des h\u00e9sitations qui l&rsquo;envahissaient. Elles ne m&rsquo;appartiennent pas et d&rsquo;ailleurs sont faites de nuances au cours d&rsquo;une action qui continue, au jour le jour, \u00e0 s&rsquo;associer au \u00ab moindre mal \u00bb faute de ne franchement s&rsquo;armer que du \u00ab plus grand bien \u00bb. \u00ab Mais que faire ? \u00bb me dit-il. Le Rabbi lui r\u00e9pondit que de m\u00eame que Joseph chez Pharaon interpr\u00e9tait les r\u00eaves et transformait l&rsquo;\u00e9conomie du pays, nous devons mettre \u00e0 nu les causes psychologiques du chaos humain et ses causes \u00e9conomiques. Lucidit\u00e9 double, et obstin\u00e9e dans sa pr\u00e9cision : le monde change mais chacun trouve pr\u00e9texte \u00e0 ne se point modifier. Soit qu&rsquo;on refuse de bouger ou qu&rsquo;on n&rsquo;accepte de bouger que dans une direction particuli\u00e8re, chacun est un centre de r\u00e9sistance dans le flux mouvant de la vie, chacun n&rsquo;est qu&rsquo;une personnification d&rsquo;id\u00e9es et d&rsquo;int\u00e9r\u00eats, alors qu&rsquo;en r\u00e9alit\u00e9, chacun, Jo\u00eb, n&rsquo;est que la vie d&rsquo;une blessure et l&rsquo;ignore. Et cet aveugle\u00adment psychologique quant \u00e0 la nature de ce qu&rsquo;on est, aveugle absolu\u00adment quant \u00e0 la nature de ce qu&rsquo;on voit.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Mais je m&rsquo;en vais terminer mon petit r\u00e9cit afin de te montrer la curieuse contradiction o\u00f9 tombent les combattants des meilleures causes. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> cherchais l&rsquo;occasion d&rsquo;illustrer mon point de vue, lorsqu&rsquo;elle se pr\u00e9\u00adsenta sous la forme d&rsquo;un livre intitul\u00e9 \u00ab <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Le Sort du Capitalisme<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> \u00bb, par Louis Marli<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">o<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">, que tu as certainement entendu nommer comme un des hommes les plus repr\u00e9sentatifs du capitalisme fran\u00e7ais. J&rsquo;ai le plaisir de le conna\u00eetre personnellement et de l&rsquo;estimer. C&rsquo;est un homme d\u00e9bon\u00adnaire et de bonne volont\u00e9, mais qui semble loin de se douter que ses id\u00e9es sont celles d&rsquo;une blessure (ou d&rsquo;un pansement ou d&rsquo;un calmant), avant d&rsquo;\u00eatre les siennes. Il prend la perception dont est susceptible cette personnification pour une vue objective des choses, le r\u00eave d&rsquo;une plaie qui s&rsquo;ignore pour la r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te, la protection pour l&rsquo;expression de la raison. Cette d\u00e9marche de la pens\u00e9e et de l&rsquo;\u00e9motion \u00e9tant celle de chacun (exploiteur ou exploit\u00e9, puissant ou faible), je me laissai aller \u2014 dans une chronique que je proposai \u00e0 Cassou pour \u00ab Europe \u00bb \u00e0 employer le \u00ab nous \u00bb dans l&rsquo;expression de mon d\u00e9sir de lucidit\u00e9. Cassou objecta \u00e0 cette forme, estimant, lui, voir clair, et nous avec lui, faisant en somme profession d&rsquo;objectivit\u00e9, et en m\u00eame temps de foi en l&rsquo;absolue v\u00e9rit\u00e9 de sa cause. Ainsi, d&rsquo;une part, il se sait et se dit conditionn\u00e9, d&rsquo;autre part, il a la certitude que ce conditionnement-l\u00e0, de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0 de la barricade, entra\u00eene comme cons\u00e9quence, le privil\u00e8ge d&rsquo;une lucidit\u00e9 objective ! Cette contradiction est si forte qu&rsquo;en lisant ceci tu pourrais croire, \u00e0 un renversement de positions si tu ne savais que cette cristallisation de l&rsquo;Id\u00e9e est, depuis que l&rsquo;homme cherche \u00e0 prendre contact avec lui-m\u00eame, la barri\u00e8re qu&rsquo;oppose \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 la perception de la v\u00e9rit\u00e9. En effet, il ne semble pas qu&rsquo;on ait encore propos\u00e9 \u00e0 la pens\u00e9e de se fondre \u00e0 la perception sans la repr\u00e9senter. Au lieu d&rsquo;\u00eatre le mouvement m\u00eame de la perception, la pens\u00e9e s&rsquo;imagine fonctionner lorsqu&rsquo;elle manipule des id\u00e9es \u00e0 la mani\u00e8re dont un ma\u00e7on manipule des briques. Mais h\u00e9las, aussit\u00f4t qu&rsquo;appara\u00eet l&rsquo;id\u00e9e que je m&rsquo;en fais, la perception s&rsquo;arr\u00eate en admettant m\u00eame qu&rsquo;elle ait \u00e9t\u00e9 authentique. Car chaque id\u00e9e ou chaque repr\u00e9sentation vient se greffer \u00e0 la blessure-qui-s&rsquo;ignore, \u00e0 ce moi qui ne peut s&#8217;emp\u00eacher de faire que cette perception devienne \u00ab ma \u00bb perception et l&rsquo;id\u00e9e que je m&rsquo;en fais le d\u00e9guisement de sa Terreur ou de son avidit\u00e9. Cet envo\u00fbtement n&rsquo;est jamais en d\u00e9faut, il nous d\u00e9finit et nous n&rsquo;en sommes que le jeu, un jeu qui ne consiste qu&rsquo;\u00e0 tricher.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je refis ma chronique pour \u00ab Europe \u00bb en \u00e9vitant tout ce qui pou\u00advait distraire le lecteur du sujet que je traitais. Et \u00e0 propos de cette chronique, je te dirai qu&rsquo;il ne m&rsquo;est pas difficile de me rendre compte qu&rsquo;en mettant le doigt sur la cause de nos conflits \u00e9conomiques et sociaux je m&rsquo;\u00e9loigne des groupements et des partis. J&rsquo;assistai tout r\u00e9cemment \u00e0 une r\u00e9union pour la d\u00e9fense de la culture pr\u00e9sid\u00e9e par Th\u00e9odore Dreiser et au cours de laquelle je dus entendre sans broncher que l&rsquo;U.R.S.S. est une d\u00e9mocratie et Staline un philosophe. Peut-\u00eatre est-ce vrai, mais peut-\u00eatre aussi ne l&rsquo;est-ce point. Ce que j&rsquo;en puis dire est que des t\u00e9moi\u00adgnages tr\u00e8s dignes d&rsquo;attention portent \u00e0 des conclusions contraires et qu&rsquo;autour des proc\u00e8s de Moscou la voix qui trouva le plus d&rsquo;accents de v\u00e9rit\u00e9 fut, \u00e0 mon avis, celle de Trotsky. Mais sommes-nous des dispen\u00adsateurs de dipl\u00f4mes ? Aragon qui parlait disait \u00ab nous \u00bb, ce \u00ab nous \u00bb \u00e9tant accept\u00e9 ou subi par des partisans qui n&rsquo;eussent pas accept\u00e9 un \u00ab nous \u00bb qui dout\u00e2t de la clart\u00e9 de leur jugement et de l&rsquo;excellence de leur cause, ou des moyens qu&rsquo;ils employaient pour la faire triompher. J&rsquo;\u00e9prouvai la g\u00eane d&rsquo;un imposteur involontaire et appliquai \u00e0 cette assem\u00adbl\u00e9e, le jugement bouffon que Julien Green portait l&rsquo;autre jour sur quelqu&rsquo;un qu&rsquo;il trouvait \u00ab profond\u00e9ment frivole \u00bb. Alors que j&rsquo;estimais voir clairement les rouages secrets du capitalisme fonctionner sous les masques des d\u00e9mocraties, alors que je savais leurs chefs les plus paci\u00adfistes responsables des guerres et des cruaut\u00e9s que chacun \u00e9tait l\u00e0 pour stigmatiser, chacun, d\u00e9sireux d&rsquo;avoir, dans la prochaine guerre le plus d&rsquo;alli\u00e9s possibles, M. Roosevelt, le roi d&rsquo;Angleterre ou le Grand Turc, et n&rsquo;ayant d&rsquo;autre souci que batailles \u00e0 livrer, \u00e9vitait d&rsquo;entrer dans un examen des causes qui l&rsquo;e\u00fbt oblig\u00e9 \u00e0 condamner ceux dont ils esp\u00e9raient l&rsquo;appui. Il n&rsquo;e\u00fbt pas \u00e9t\u00e9 de bon ton, dans cette assembl\u00e9e, de rendre \u00ab les trois grandes d\u00e9mocraties \u00bb responsables des crimes des <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00c9tats<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> totalitaires, par leur politique de restriction de la production, et de profit. Je me serais pr\u00e9cipit\u00e9 hors de la salle si Cassou ne devait parler. Son allocu\u00adtion fut tr\u00e8s belle. Encore une fois j&rsquo;admirai la vivacit\u00e9 de son esprit et le rayonnement de son amour. Mais le Rabbi sortit en bougonnant : Cassou, comme les autres, avait \u00e9vit\u00e9 la zone dangereuse de la v\u00e9rit\u00e9.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Telle est la fin de mon histoire, Jo\u00eb, que j&rsquo;ai voulu te rapporter aussi fid\u00e8lement que j&rsquo;ai pu car elle \u00e9claire le centre m\u00eame de mes pr\u00e9occu\u00adpations. De m\u00eame qu&rsquo;avec Cassou, je ne cesse avec obstination d&rsquo;insister sur la n\u00e9cessit\u00e9 de mettre au point tous les jours, \u00e0 chaque heure, avec minutie et constance, l&rsquo;instrument de perception (nous), sans quoi l&rsquo;action de cet instrument (qui par son adh\u00e9sion \u00e0 une id\u00e9e, \u00e0 une foi, \u00e0 un point de vue, \u00e0 un objet quelconque qui fixe son esprit s&rsquo;imagine s&rsquo;\u00eatre assez mis au point pour agir utilement), est st\u00e9rile et cruellement frivole, de m\u00eame, et avec le m\u00eame ent\u00eatement, insist\u00e9-je aupr\u00e8s de toi, ainsi que je l&rsquo;ai toujours fait sur la n\u00e9cessit\u00e9 de projeter cette vision sur tout ce qui la conditionne. Ce ne sont point l\u00e0 des querelles mais des \u00e9changes, destin\u00e9s dans mon esprit \u00e0 nous aider \u00e0 \u00e9tablir entre nous une coop\u00e9ration aussi f\u00e9conde que possible.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Je t&#8217;embrasse bien affectueusement,<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"right\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Jo<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"center\"><b><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">(1953)<\/span><\/span><\/span><\/b><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><i><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Les semaines passaient. La r\u00e9ponse de Bousquet ne venait toujours pas. \u00ab As-tu renonc\u00e9 \u00e0 notre projet ? \u00bb, lui \u00e9crivit Suar\u00e8s. \u00ab Non, non, Jo\u00eb (de Carcassonne, le 3 d\u00e9c. 38) : Une longue r\u00e9ponse est commenc\u00e9e que tu recevras dans peu de jours. Ta lettre m&rsquo;a fait plaisir parce qu&rsquo;elle devance la mienne, et me dit \u00e0 quel point j&rsquo;\u00e9tais attendu : j&rsquo;en suis au point que je t&rsquo;avais promis d&rsquo;atteindre : lib\u00e9r\u00e9 apr\u00e8s trois livres \u00e9crits, pris par l&rsquo;\u00e9diteur, distribu\u00e9s en revues, apr\u00e8s une nouvelle distribution de mon travail critique et un rythme de travail quotidien impos\u00e9 enfin \u00e0 ma vie \u2014 appuy\u00e9 sur l&rsquo;expulsion violente des 2\/3 des habitu\u00e9s de ma chambre.<\/span><\/span><\/span><\/i><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><i><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Cela n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 sans mal. J&rsquo;ai failli mourir en juillet. Et cette menace m&rsquo;a oblig\u00e9 de mettre de l&rsquo;ordre dans ma vie : Cette ann\u00e9e appartient \u00e0 l&rsquo;exploration morale, \u00e0 la mise au point de tout ce qui nous int\u00e9resse. Si le temps n&rsquo;existe pas pour moi, c&rsquo;est qu&rsquo;il est ma chair. Et tu verras ce que j&rsquo;ai pu soulever. \u00bb<\/span><\/span><\/span><\/i><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><i><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Mais Suar\u00e8s dut entreprendre un long voyage. Puis ce fut la guerre et la s\u00e9paration&#8230; <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">l\u2019\u0153uvre<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> qui devait se faire ne se trouve, en fin de compte, faite que de ce qui l&rsquo;avait amorc\u00e9e.<\/span><\/span><\/span><\/i><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><i><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Quant \u00e0 Cassou, son point de vue est aujourd&rsquo;hui profond\u00e9ment modifi\u00e9\u00a0; il en sera question dans la \u00ab Critique de la Raison Impure \u00bb.<\/span><\/span><\/span><\/i><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">_____________________________________________________<\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Je ne sais plus si je continuerai \u00e0 \u00e9crire pour mon plaisir. Ainsi, \u00e0 46 ans, j&rsquo;en suis \u00e0 me demander si je serai \u00e9crivain !<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ainsi, d&rsquo;une part, il se sait et se dit conditionn\u00e9, d&rsquo;autre part, il a la certitude que ce conditionnement-l\u00e0, de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0 de la barricade, entra\u00eene comme cons\u00e9quence, le privil\u00e8ge d&rsquo;une lucidit\u00e9 objective ! Cette contradiction est si forte qu&rsquo;en lisant ceci tu pourrais croire, \u00e0 un renversement de positions si tu ne savais que cette cristallisation de l&rsquo;Id\u00e9e est, depuis que l&rsquo;homme cherche \u00e0 prendre contact avec lui-m\u00eame, la barri\u00e8re qu&rsquo;oppose \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 la perception de la v\u00e9rit\u00e9. En effet, il ne semble pas qu&rsquo;on ait encore propos\u00e9 \u00e0 la pens\u00e9e de se fondre \u00e0 la perception sans la repr\u00e9senter. 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Car chaque id\u00e9e ou chaque repr\u00e9sentation vient se greffer \u00e0 la blessure-qui-s'ignore, \u00e0 ce moi qui ne peut s'emp\u00eacher de faire que cette perception devienne \u00ab ma \u00bb perception et l'id\u00e9e que je m'en fais le d\u00e9guisement de sa Terreur ou de son avidit\u00e9. 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