{"id":16502,"date":"2015-04-15T22:27:10","date_gmt":"2015-04-15T21:27:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=16502"},"modified":"2015-05-29T17:26:02","modified_gmt":"2015-05-29T16:26:02","slug":"lhomme-qui-se-pense-par-carlo-suares","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/lhomme-qui-se-pense-par-carlo-suares\/","title":{"rendered":"L&rsquo;homme qui se pense par Carlo Suar\u00e8s"},"content":{"rendered":"<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\" align=\"center\"><span lang=\"fr-FR\">(Extrait de <strong>Critique de la raison impure<\/strong> par Carlo Suar\u00e8s. \u00c9dition Stock 1955)<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\" align=\"center\"><a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-solennelle-duperie-des-mots-sans-contenu-par-carlo-suares\/\">Chapitre Pr\u00e9c\u00e9dent<\/a>\u00a0\u00a0 <a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=16925\">Chapitre Suivant<\/a><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Puisqu&rsquo;il faut, au pr\u00e9alable, s&rsquo;entendre sur le sens des mots, disons que, selon nous, penser c&rsquo;est tout d&rsquo;abord pen\u00adser \u00e0 quelque chose. Nous tenons, avec Julien Benda, que c&rsquo;est fort mal analyser le processus de la pens\u00e9e, que de l&rsquo;imaginer mouvement continu. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>La \u00ab modification spiri\u00adtuelle \u00bb qu&rsquo;on nous donne comme pr\u00e9sidant \u00e0 la science, singuli\u00e8rement \u00e0 la science actuelle, est un mouvement qui passe, soit chez l&rsquo;individu, soit \u00e0 travers l&rsquo;histoire, d&rsquo;un arr\u00eat de l&rsquo;esprit \u00e0 un autre arr\u00eat ; elle est une modification par bonds, par pulsations, non par une continuit\u00e9 de mouvance, exempte de tout arr\u00eat<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\"><sup>1<\/sup><\/a>]. La pens\u00e9e est un discontinu de l&rsquo;attention, qui se pose successivement d&rsquo;une image \u00e0 une autre, d&rsquo;une id\u00e9e \u00e0 une autre, d&rsquo;un mot \u00e0 un autre. Il n&rsquo;y a de pens\u00e9e qu&rsquo;arr\u00eat\u00e9e, dit Benda : une pens\u00e9e mobile n&rsquo;est pas une pens\u00e9e, ajoute-t-il, du \u00ab moins scientifique \u00bb. Nous comprenons d&rsquo;autant moins cette r\u00e9serve chez Benda, que sa critique porte, non pas sur la pens\u00e9e scientifique qui n&rsquo;a jamais pr\u00e9tendu \u00e0 la mobilit\u00e9, mais sur une \u00e9cole philosophi\u00adque qui, depuis Bergson, a affirm\u00e9 que les concepts peuvent \u00eatre fluides, en un constant devenir. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Bien entendu, c&rsquo;est avec des concepts rigides, vu qu&rsquo;il n&rsquo;y en a pas d&rsquo;autres, que les bergsoniens op\u00e8rent, en tant qu&rsquo;ils \u00e9noncent des pens\u00e9es<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\"><sup>2<\/sup><\/a>], affirme Benda. Retenons donc que la r\u00e9serve pr\u00e9c\u00e9dente de Benda \u00e9tait une distraction. Le d\u00e9roulement d&rsquo;une pens\u00e9e peut \u00eatre extr\u00eamement rapide et donner l&rsquo;illu\u00adsion du mouvement, tout comme au cin\u00e9ma une succession d&rsquo;images. Mais il est \u00e9vident que la pens\u00e9e doit pouvoir s&rsquo;arr\u00eater \u00e0 tout instant, sur n&rsquo;importe quelle id\u00e9e (ou quelle association, ce qui est encore une id\u00e9e : l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un rapport entre deux ou plusieurs id\u00e9es) faute d&rsquo;\u00eatre incoh\u00e9rente. M\u00eame si je pense \u00ab fluidit\u00e9 \u00bb, cette pens\u00e9e est rigide parce qu&rsquo;elle est d\u00e9finissable. Si elle \u00e9tait elle-m\u00eame \u00ab fluide \u00bb, elle ne serait que vague, floue, ce qui m&rsquo;obligerait, soit \u00e0 m&rsquo;arr\u00eater pour la mieux examiner, soit \u00e0 me laisser glisser dans la sensation d&rsquo;un mouvement \u00e9motionnel, sensation fig\u00e9e que j&rsquo;aurais tort de confondre avec le mouvement lui-m\u00eame [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\"><sup>3<\/sup><\/a>].<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">R\u00e9sumons-nous en disant qu&rsquo;une pens\u00e9e est une repr\u00e9sen\u00adtation, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;action de rendre quelque chose pr\u00e9sent \u00e0 l&rsquo;esprit. \u00ab Se \u00bb penser, c&rsquo;est donc \u00eatre pr\u00e9sent \u00e0 soi-m\u00eame. Et si cette pr\u00e9sence \u00e0 soi s&rsquo;impose de fa\u00e7on si forte qu&rsquo;elle bannit de la conscience tout doute quant \u00e0 sa r\u00e9alit\u00e9 en tant<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">qu&rsquo;\u00eatre, la pens\u00e9e \u00ab je \u00bb \u2013 cette image que se fait l&rsquo;homme de lui-m\u00eame \u2013 s&rsquo;immobilise au point de ne pas se percevoir en tant que pens\u00e9e, ce qui ne veut pas dire qu&rsquo;elle n&rsquo;existe pas. Il n&rsquo;en est pas moins vrai que l&rsquo;homme \u00ab se \u00bb pense d&rsquo;autant plus fortement qu&rsquo;il le sait moins, ce qui l&rsquo;entra\u00eene \u00e0 des extravagances de toutes sortes. Nous allons examiner, avec deux exemples, deux \u00e9tapes de cette pr\u00e9sence \u00e0 soi, en fonction de la Connaissance dont la m\u00e9thode est notre objet. Le premier exemple sera celui d&rsquo;un homme qui se pense sans le savoir, dont nous disons qu&rsquo;il est \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de r\u00eave. Le deuxi\u00e8me exemple sera celui d&rsquo;hommes plong\u00e9s dans le mythe religieux. Dans un chapitre suivant, nous exami\u00adnerons le cas de quelques esprits pour qui l&rsquo;objet de la Connaissance est contenu dans ce <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">dict\u00e2t<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> de Bergson\u00a0: \u00ab\u00a0<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Si la philosophie n&rsquo;essayait pas de r\u00e9pondre \u00e0 ces ques\u00adtions : qui sommes-nous ? O\u00f9 allons-nous ? elle ne vaudrait pas une heure de peine<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\"><sup>4<\/sup><\/a>].<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">a) <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><b>La pr\u00e9sence \u00e0 soi \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de r\u00eave. \u2013 <\/b><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Encore que beaucoup de personnes r\u00eavent \u00e9veill\u00e9es, notre exemple sera celui d&rsquo;un r\u00eave endormi, tel qu&rsquo;il nous a \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">\u00ab J&rsquo;ai r\u00eav\u00e9 que je me trouvais sur une cha\u00eene de monta<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">g<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">nes sans aucune v\u00e9g\u00e9tation ; il n&rsquo;y avait partout que des pierres amoncel\u00e9es et des rochers parfois fort grands. Curieusement, je me d\u00e9pla\u00e7ais sans difficult\u00e9 sur ce paysage accident\u00e9, bien que je fusse sur des patins \u00e0 roulettes ; j&rsquo;allais et venais en tous sens, et dans un sentiment d&rsquo;angoisse de plus en plus p\u00e9nible, sachant qu&rsquo;il me fallait servir de l&rsquo;eau de fleur d&rsquo;oranger, que je n&rsquo;en avais point, et que je ne pouvais d\u00e9couvrir aucun arbre, aucune fleur, pas la moindre v\u00e9g\u00e9tation, malgr\u00e9 mes innombrables courses. Mon angoisse tournait au cauchemar, lorsque je fus devant le dragon que je devais servir. Il me dit alors, le plus tranquillement du monde : ne sais-tu pas que l&rsquo;eau de fleur d&rsquo;oranger s&rsquo;extrait des pierres ? \u2013 Ah, oui, c&rsquo;est vrai, r\u00e9pondis-je. Et je ne puis oublier le profond soulagement qui termina ainsi le r\u00eave. \u00bb<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">\u00c0 mon r\u00e9veil, commenta l&rsquo;auteur de ce r\u00eave, j&rsquo;appris qu&rsquo;au cours de ma sieste l&rsquo;on avait emball\u00e9 un moteur d&rsquo;auto sous ma fen\u00eatre, ce qui me donna aussit\u00f4t l&rsquo;explication de la situation saugrenue de mon personnage ; le bruit du moteur avait sugg\u00e9r\u00e9 celui des patins \u00e0 roulettes et le choix de ces patins, surmontant les obstacles les plus extraordinaires, \u00e9tait une excellente opposition \u00e0 la panne o\u00f9 se trouvait l&rsquo;auto : l&rsquo;image de moi-m\u00eame parcourant des mon\u00adtagnes en tous sens, exactement inverse de la situation r\u00e9elle, \u00e9tait une fuite bien organis\u00e9e. Mais comme le bruit mena\u00e7ait \u00e0 tout instant de me r\u00e9veiller, je regrettais de n&rsquo;avoir pas d&rsquo;eau de fleur d&rsquo;oranger pour mieux lutter contre mon \u00e9nervement. Jusque l\u00e0 tout est assez simple, si l&rsquo;on s&rsquo;en tient \u00e0 l&rsquo;aspect descriptif du ph\u00e9nom\u00e8ne. Mais c&rsquo;est \u00e0 la fois sa simplicit\u00e9 et son extr\u00eame intensit\u00e9 qui me mirent sur la voie de la r\u00e9flexion. Tout d&rsquo;abord, je me dis que pour composer une fuite imaginaire si exactement oppos\u00e9e, dans tous ces \u00e9l\u00e9ments, \u00e0 ce que je ne voulais pas subir \u2013 le bruit du moteur \u2013 il fallait n\u00e9cessairement que je sache la v\u00e9rit\u00e9,<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">c&rsquo;est-\u00e0-dire que ce moteur cherchait \u00e0 me r\u00e9veiller. Je ne puis gu\u00e8re concevoir un inconscient et un subconscient \u00ab inconscients \u00bb, en train de fabriquer, \u00e0 l&rsquo;usage de ma conscience \u00ab consciente \u00bb un r\u00eave dont l&rsquo;effet est de la rendre \u00ab inconsciente \u00bb. Si j&rsquo;\u00e9vite de sp\u00e9culer sur ce ph\u00e9no\u00adm\u00e8ne, je suis contraint d&rsquo;admettre que \u00ab je savais \u00bb contre quoi luttait mon sommeil. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">\u00c0<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> la fa\u00e7on d&rsquo;enfants qui deman\u00addent qu&rsquo;on leur raconte des histoires pendant qu&rsquo;on leur fait avaler une soupe qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas envie d&rsquo;avaler, \u00ab je \u00bb me suis demand\u00e9 de \u00ab me \u00bb raconter une histoire de patins \u00e0 roulettes sur une cha\u00eene de montagnes. Le curieux est que j&rsquo;ai r\u00e9ussi. L&rsquo;histoire a tenu bon, avec difficult\u00e9, angoisse et dragon, mais elle a tenu, jusqu&rsquo;au moment o\u00f9 je pr\u00e9sume que le bruit a cess\u00e9. Comment cela a-t-il pu \u00eatre possible ? <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Par quel m\u00e9canisme me suis-je, moi, le dormeur, enrob\u00e9 dans ma propre histoire, jusqu&rsquo;\u00e0 n&rsquo;en \u00eatre qu&rsquo;un des per\u00adsonnages ? Je me suis pos\u00e9 maintes fois cette question, en \u00e9vitant toujours d&rsquo;y r\u00e9pondre par des sp\u00e9culations. Il a fallu que je me replonge souvent dans l&rsquo;\u00e9tat o\u00f9 \u00ab je \u00bb m&rsquo;\u00e9tais<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">trouv\u00e9 \u2013 ce qui m&rsquo;\u00e9tait facile gr\u00e2ce \u00e0 son intensit\u00e9 \u2013 pour me rendre compte que le processus n&rsquo;aurait pas r\u00e9ussi s&rsquo;il n&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 intense, et que cette intensit\u00e9 \u00e9tait due \u00e0 une fixit\u00e9 de pens\u00e9e, autrement dit \u00e0 une id\u00e9e fixe qui avait enti\u00e8rement absorb\u00e9 ma conscience. Cette id\u00e9e fixe, cette pens\u00e9e, \u00e9tait personnifi\u00e9e dans un \u00ab je \u00bb. Ce \u00ab je \u00bb \u00e9tait infiniment plus intense, plus pr\u00e9sent, plus perceptible qu&rsquo;il ne l&rsquo;est \u00e0 aucun moment de ma vie \u00e9veill\u00e9e. Il se trouvait l\u00e0 \u00e0 la fa\u00e7on d&rsquo;une omnipr\u00e9sence qui excluait toute auto-constatation. Il est donc inexact de dire \u00ab je \u00bb me d\u00e9pla\u00e7ais, \u00ab je \u00bb cherchais, \u00ab je \u00bb devais trouver de l&rsquo;eau de fleur d&rsquo;oranger, car, en dehors des all\u00e9es et venues, de l&rsquo;angoisse, des pierres, de la non-eau-de-fleur il n&rsquo;y avait rien. Il n&rsquo;y avait pas quelqu&rsquo;un en situation, en conditionnement. Il y avait un je-angoisse-pierres-pas-d&rsquo;eau-de-fleur-d&rsquo;oranger, si d\u00e9nu\u00e9 de tout autre \u00e9l\u00e9ment, qu&rsquo;\u00e0 la r\u00e9flexion je me rends compte que mon r\u00e9cit du r\u00eave est inexact : \u00ab je \u00bb ne me disais pas que \u00ab je \u00bb n&rsquo;avais pas de cette eau, ni que \u00ab je \u00bb ne pouvais d\u00e9couvrir aucun arbre, ni aucune fleur, ni aucune v\u00e9g\u00e9tation malgr\u00e9 mes innombrables courses. \u00ab Je \u00bb ne me disais rien, \u00ab je \u00bb ne commentais pas la situation ; \u00ab je \u00bb ne me disais pas, non plus, que si \u00ab je \u00bb ne trouvais pas cette eau, il m&rsquo;arriverait ceci ou cela, que, par exemple, le dragon me punirait : il n&rsquo;y avait, \u00e0 ce moment l\u00e0, pas m\u00eame de dra\u00adgon, celui-ci s&rsquo;est pr\u00e9sent\u00e9 brusquement, \u00e0 la fin du r\u00eave ; jusque l\u00e0 \u00ab je \u00bb n&rsquo;avais pas pens\u00e9 \u00e0 la personne que \u00ab je \u00bb devais servir, ni aux raisons que \u00ab je \u00bb pouvais avoir de la servir, ni aux dangers qui me menaceraient si \u00ab je \u00bb ne la servais pas. Il n&rsquo;y avait pas, dis-je, une conscience en condi\u00adtion, mais une conscience qui n&rsquo;\u00e9tait que la personnification d&rsquo;une condition angoiss\u00e9e.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">L&rsquo;examen de cet \u00e9tat m&rsquo;a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 un \u00ab je \u00bb \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de pens\u00e9e pure, d&rsquo;id\u00e9e fixe, un \u00ab je \u00bb silencieux \u00e0 la fa\u00e7on dont on imagine une \u00e2me en peine. Il ne se posait aucune question. Il \u00e9tait fabriqu\u00e9 en sorte qu&rsquo;aucune question ne p\u00fbt se poser. S&rsquo;il est vrai qu&rsquo;existait un probl\u00e8me (trouver de cette eau) rien n&rsquo;avait l&rsquo;aspect d&rsquo;un probl\u00e8me et rien n&rsquo;appe\u00adlait une solution. Je me rends compte de ceci : si ce \u00ab je \u00bb s&rsquo;\u00e9tait mis \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur la situation, il aurait aussit\u00f4t cess\u00e9 de se penser. S&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait \u00ab pens\u00e9 \u00bb dans le sens que l&rsquo;on donne habituellement \u00e0 cette fonction, il se serait examin\u00e9 dans ses rapports avec son action et avec son angoisse et n&rsquo;aurait plus \u00e9t\u00e9 la personnification pens\u00e9e de lui-m\u00eame. \u00ab Qui suis-je ? \u00bb indique d\u00e9j\u00e0 que l&rsquo;on n&rsquo;est plus l&rsquo;objet de cette interroga\u00adtion, que l&rsquo;on a cr\u00e9\u00e9 un observateur, un surmoi, apparem\u00adment objectif, apparemment d\u00e9tach\u00e9, capable de juger, d&rsquo;\u00e9valuer, de comparer, manipulant des valeurs, etc. Rien de tel ne s&rsquo;est produit dans mon r\u00eave. Ce \u00ab je \u00bb \u00e9tait l&rsquo;identi\u00adfication de la pens\u00e9e \u00ab je \u00bb. Et cette pens\u00e9e \u00e9tait une angoisse incapable de se poser en tant qu&rsquo;objet de sa propre pens\u00e9e. Cette derni\u00e8re observation n&rsquo;est point pour m&rsquo;\u00e9ton\u00adner, car nous savons, il est \u00e9tabli, qu&rsquo;une angoisse qui pense \u00ab autour \u00bb d&rsquo;elle-m\u00eame, c&rsquo;est-\u00e0-dire qui s&rsquo;examine, qui se donne des raisons et des explications n&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 plus angoisse.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Mais il est difficile de voir qu&rsquo;un \u00ab je \u00bb qui se pense, en sachant qu&rsquo;il se pense, n&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 plus lui. La \u00ab pens\u00e9e-autour \u00bb est une fausse perception. Se penser, sachant qu&rsquo;on se pense, est une fuite. Voil\u00e0 ma d\u00e9couverte, et que cette fuite aboutit \u00e0 des pens\u00e9es fausses, \u00e0 de fausses \u00e9vidences, \u00e0 des explications qui n&rsquo;ont pas plus de contenu que les pierres ne contiennent de l&rsquo;eau de fleur d&rsquo;oranger. L&rsquo;avantage de mon r\u00eave \u00e9tait sa na\u00efvet\u00e9. Car le \u00ab je \u00bb s&rsquo;y pensait sans le savoir, de sorte que l&rsquo;angoisse ne s&rsquo;y d\u00e9guisant pas, parvint \u00e0 cette admirable solution : \u00ab ne sais-tu pas que l&rsquo;eau de fleur<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">d&rsquo;oranger s&rsquo;extrait des pierres ? \u2013 Ah ! oui c&rsquo;est vrai \u00bb. Ce dialogue absurde m&rsquo;intrigua longtemps et m&rsquo;infligea une sorte d&rsquo;humiliation du fait que, en d\u00e9pit de mes raisons, ce \u00ab je \u00bb \u00e9tait bien moi et me le fait encore sentir, dans le souvenir d&rsquo;une angoisse r\u00e9ellement v\u00e9cue. Qu&rsquo;elle f\u00fbt dis\u00adsip\u00e9e, non par ce \u00ab Ah ! oui, c&rsquo;est vrai \u00bb mais par la cessation du bruit sous ma fen\u00eatre, n&rsquo;att\u00e9nue en rien le fait que, pour ce \u00ab je \u00bb (qui, je me le redis, est encore moi dans le senti\u00adment que j&rsquo;en ai) il y a eu r\u00e9v\u00e9lation, intuition profonde, \u00e9vidence certaine que pierre = eau et que je l&rsquo;avais toujours su, \u00e0 la fa\u00e7on dont on enseigne qu&rsquo;une \u00e2me conna\u00eet Dieu mais, distraite d&rsquo;elle-m\u00eame, peut ne pas s&rsquo;en rendre compte. La f\u00e9licit\u00e9, qui me rendormit aussit\u00f4t, \u00e9tait, je m&rsquo;en sou\u00adviens, totale. Aussi totale et impensable que le \u00ab je \u00bb avait \u00e9t\u00e9 total et pens\u00e9. Aussi ind\u00e9composable que l&rsquo;\u00e9tait le \u00ab je \u00bb dans l&rsquo;\u00e9tat non-r\u00e9flexif o\u00f9 il se trouvait. Il y eut substitu\u00adtion, la f\u00e9licit\u00e9 ayant remplac\u00e9 le \u00ab je \u00bb. Il s&rsquo;agissait donc d&rsquo;un seul processus dont les deux aspects \u00e9taient li\u00e9s. J&rsquo;ai commenc\u00e9 par d\u00e9composer et admirer dans ses moindres d\u00e9tails, si minutieux, ce \u00ab je \u00bb qui s&rsquo;\u00e9tait donn\u00e9 un \u00ab en-soi \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire une fa\u00e7on d&rsquo;\u00eatre du dormeur, \u00ab pour lui \u00bb : s&rsquo;\u00e9tait fabriqu\u00e9. La cause, le fait, la r\u00e9alit\u00e9 du dormeur et du bruit, tout cela constituait, de toute \u00e9vidence, un \u00ab pour-soi \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire une fa\u00e7on d&rsquo;\u00eatre du dormeur, pour lui un agencement de sa conscience, pour ses fins. Quelqu&rsquo;un dormait, et \u00e9tait fatigu\u00e9, et avait besoin de dormir, et sa conscience mettait en \u0153uvre un \u00ab pour-soi \u00bb et se faisait absorber, \u00ab apparemment \u00bb tout enti\u00e8re dans ce \u00ab pour-soi \u00bb, s&rsquo;int\u00e9grait dans le r\u00eave. Mais ce n&rsquo;\u00e9tait pas un \u00e9tat heureux.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Ce r\u00eave \u00e9tait un pis-aller. C&rsquo;\u00e9tait le d\u00e9guisement provisoire et h\u00e2tif d&rsquo;un \u00e9tat de conflit, d&rsquo;une lutte intense. Le dormeur ne savait pas s&rsquo;il r\u00e9ussirait dans ses fins. Il y avait donc, plus que \u00ab d\u00e9sir \u00bb de sommeil, il y avait \u00ab volont\u00e9 \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire organisation du d\u00e9sir, et fort peu assur\u00e9e d&rsquo;elle-m\u00eame, incertaine quant \u00e0 sa force de r\u00e9sistance. En effet, l&rsquo;angoisse ne cessait d&rsquo;augmenter en intensit\u00e9. Le r\u00eaveur, parti sur ses<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">patins \u00e0 roulettes, dans une tentative de fuite faite de l&rsquo;annexion d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments \u00ab oppos\u00e9s \u00bb \u00e0 ceux qui constituaient son ennemi, n&rsquo;avait pas pu emporter dans ces espaces imagi\u00adnaires le \u00ab pour-soi \u00bb qu&rsquo;\u00e9tait sa conscience. Il n&rsquo;avait pas pu s&rsquo;offrir \u00ab pour soi \u00bb, un paysage riant o\u00f9 il aurait peut-\u00eatre retrouv\u00e9 une femme rencontr\u00e9e la veille, ou la r\u00e9alisation d&rsquo;un projet de vacances. La pens\u00e9e n&rsquo;avait donc pas pu se concentrer dans la satisfaction d&rsquo;un \u00ab pour-soi \u00bb, cette satisfaction \u00e9tant toujours \u00ab une constatation de soi \u00bb. Ou, plus exactement, une constatation de soi-\u00e9tant-r\u00e9alisation-de-\u00adpour-soi. Il ne pouvait pas exister une pens\u00e9e r\u00e9flexive de soi se constatant soi, parce que la conscience, au lieu d&rsquo;\u00eatre le pour-soi auquel elle aspirait au d\u00e9part, avait rencontr\u00e9 une opposition irr\u00e9ductible (en l&rsquo;esp\u00e8ce, le bruit du moteur) et avait \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9e de changer de nature, d&rsquo;\u00eatre l&rsquo;\u00ab \u00eatre \u00bb d&rsquo;un conflit. D&rsquo;un conflit qui, s&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 vu dans sa r\u00e9alit\u00e9, aurait \u00e9t\u00e9 un r\u00e9veil pur et simple. En effet, se dire : il y a un bruit de moteur qui m&#8217;emp\u00eache de dormir, c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 ne plus dormir. Donc, \u00e0 aucun moment, le dormeur n&rsquo;a le droit de se dire : il y a un bruit de moteur sous ma fen\u00eatre. Il pourrait, agen\u00e7ant autrement son r\u00eave, entendre un moteur imaginaire. \u00ab Ce \u00bb moteur, sous \u00ab sa \u00bb fen\u00eatre, pourrait encore \u00eatre r\u00eav\u00e9, \u00e0 condition que lui, le dormeur, ne soit pas ce qu&rsquo;il est, en train de vouloir dormir. En d&rsquo;autres termes, le pour-soi est oblig\u00e9, \u00ab pour soi \u00bb, de s&rsquo;inventer autre qu&rsquo;il n&rsquo;est et de \u00ab ne pas savoir comment il s&rsquo;est invent\u00e9 \u00bb. Car s&rsquo;il le savait, il se situerait tel qu&rsquo;il est, donc ne serait plus lui. En r\u00e9sum\u00e9, la \u00ab conscience pour soi \u00bb est satisfaite ; elle devient \u00ab conscience conflit \u00bb, et, en m\u00eame temps \u00bb conscience-non\u00ad-perception-\u00e9l\u00e9ments-du-conflit \u00bb, sans quoi elle changerait d&rsquo;\u00e9tat, elle serait \u00e9veill\u00e9e, ce qui serait le contraire d&rsquo;elle-m\u00eame, puisqu&rsquo;elle se veut dormant. Il y a donc hiatus de conscience. Il y a des trous, qui sont n\u00e9cessairement les \u00e9l\u00e9ments dont est fait ce \u00ab je \u00bb. Et peut-on s&rsquo;en \u00e9tonner, puisqu&rsquo;il dort ? Sans ces trous, le sommeil ne serait pas.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Ces associations qui manquent \u00ab sont \u00bb le sommeil. Mais, le bruit cessant, pourquoi le dragon ne lui dit-il pas qu&rsquo;il a, dans sa caverne, une bonne r\u00e9serve d&rsquo;eau de fleur d&rsquo;oranger, ou qu&rsquo;il n&rsquo;a plus soif, ou toute autre chose raisonnable qui r\u00e9duirait le conflit \u00e0 n\u00e9ant ? Parce que rien ne peut r\u00e9duire le conflit \u00e0 n\u00e9ant, si ce n&rsquo;est la constatation absurde qu&rsquo;il n&rsquo;a jamais exist\u00e9, que pierres et eau ont toujours \u00e9t\u00e9, de tous temps, une seule et m\u00eame chose. Toute autre r\u00e9ponse con\u00adserverait l&rsquo;opposition pierres-eau et constituerait de ce fait, une s\u00e9rie de probl\u00e8mes et de questions. La question : \u00ab ne savais-tu pas ? \u00bb la r\u00e9ponse \u00ab Ah ! oui c&rsquo;est vrai \u00bb, sont les seules qui pr\u00e9ludent \u00e0 un bon sommeil, profond, paisible, sans r\u00eaves. Pour absurdes qu&rsquo;elles puissent para\u00eetre dans la suite, \u00e0 une conscience dans un \u00e9tat sup\u00e9rieur, ce sont les seules qui remplissent leur but.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">b) <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><b>La pr\u00e9sence \u00e0 soi dans un mythe.<\/b><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> \u2013 <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Dans un paisible paysage sylvestre, au pied d&rsquo;une montagne, se trouvait, \u00e0 une heure de marche d&rsquo;une petite ville, un lac. Du c\u00f4t\u00e9 septen\u00adtrional de ce lac, un <\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>bocage<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i> abritait un sanctuaire. Dans le bosquet sacr\u00e9 se dressait un arbre sp\u00e9cial duquel, \u00e0 toute heure du jour, voire aux heures avanc\u00e9es de la nuit, un \u00eatre au lugubre visage faisait sa ronde. En main haute un glaive d\u00e9cha\u00een\u00e9, il paraissait chercher sans r\u00e9pit, de ses yeux inqui\u00adsiteurs, un ennemi prompt \u00e0 l&rsquo;attaquer. Ce personnage tragique \u00e9tait \u00e0 la fois pr\u00eatre et meurtrier, et celui qu&rsquo;il guettait sans rel\u00e2che devait t\u00f4t ou tard le mettre \u00e0 mort lui-m\u00eame afin d&rsquo;exer\u00adcer la pr\u00eatrise \u00e0 sa place. Telle \u00e9tait la loi du sanctuaire&#8230; <\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>\u00c0<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i> la jouissance de cette tenure pr\u00e9caire s&rsquo;attachait le titre de roi ; mais jamais t\u00eate couronn\u00e9e n&rsquo;a d\u00fb dormir d&rsquo;un sommeil aussi fi\u00e9vreux, hant\u00e9e de r\u00eaves aussi sanguinaires, car d&rsquo;un bout de l&rsquo;ann\u00e9e \u00e0 l&rsquo;autre, hiver, \u00e9t\u00e9, sous la pluie ou le soleil, il avait \u00e0 monter sa garde solitaire. Fermer, pour quelques br\u00e8ves secondes, sa paupi\u00e8re lass\u00e9e, c&rsquo;\u00e9tait mettre sa vie en jeu ; la moindre tr\u00eate de vigilance lui cr\u00e9ait un danger ; un minimum d\u00e9clin de ses forces corporelles, une imperceptible maladresse sur le terrain, un seul cheveu blanc visible au front, auraient suffi pour sceller son arr\u00eat de mort<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\"><sup>5<\/sup><\/a>].<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Ce lac est le lac de N\u00e9mi, non loin de Rome ; ce sanctuaire celui de Diane Nemorensis, et ce culte n&rsquo;est pas l&rsquo;invention d&rsquo;un cauchemar : ces pr\u00eatres ont exist\u00e9 dans l&rsquo;antiquit\u00e9.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">L&rsquo;on sait qu&rsquo;\u00e0 la recherche de l&rsquo;explication de ce curieux usage, Frazer fut amen\u00e9 \u00e0 compiler, en douze volumes, une \u00e9norme documentation sur les sorcelleries, les magies et les religions, \u00e0 travers les \u00e2ges et les continents. Ce tableau d&rsquo;une humanit\u00e9 aveugle et sanglante est effarant. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>La d\u00e9so\u00adlante histoire de la sottise et de l&rsquo;erreur humaine que nous avons d\u00e9roul\u00e9e dans ce livre, nous fournit-elle une conclu\u00adsion plus g\u00e9n\u00e9rale, une le\u00e7on, un espoir quelconque, un encouragement ?<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> se demande Frazer \u00e0 la fin de son ouvrage. Et sa conclusion est que, consid\u00e9rant l&rsquo;identit\u00e9 des besoins de l&rsquo;homme de tous temps, en tous lieux, et la diversit\u00e9 des moyens adopt\u00e9s pour les satisfaire, <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>nous serons peut-\u00eatre, alors, dispos\u00e9s \u00e0 conclure que la marche de la pens\u00e9e dans sa forme \u00e9lev\u00e9e, autant qu&rsquo;il nous est possible de la retracer, s&rsquo;est dirig\u00e9e en g\u00e9n\u00e9ral de la magie \u00e0 la science \u00e0 travers la reli\u00adgion&#8230; Dans la magie l&rsquo;homme d\u00e9pend de ses propres forces, pour faire face aux difficult\u00e9s et aux dangers qui le guettent de tous c\u00f4t\u00e9s. Il compte sur l&rsquo;existence, dans la nature, d&rsquo;un certain ordre \u00e9tabli sur lequel il peut se reposer avec certitude, et qu&rsquo;il peut faire servir \u00e0 ses fins. Quand son erreur se dis\u00adsipe&#8230; il s&rsquo;abandonne&#8230; \u00e0 la merci de certains \u00eatres supr\u00eames<\/i><\/span><\/span><\/span><i> <\/i><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>mais invisibles&#8230; C&rsquo;est ainsi que chez les esprits les plus perspicaces la magie c\u00e8de graduellement le pas \u00e0 la religion&#8230; <\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>\u00c0<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i> la longue, cette explication, \u00e0 son tour, devient inadmissible ; car elle pr\u00e9suppose que la succession des ph\u00e9nom\u00e8nes naturels n&rsquo;est pas d\u00e9termin\u00e9e par des lois immuables, mais qu&rsquo;elle laisse place \u00e0 une certaine variabilit\u00e9 et irr\u00e9gularit\u00e9 ; l&rsquo;observation plus attentive ne confirme point ce postulat&#8230; C&rsquo;est ainsi que les esprits les plus avis\u00e9s&#8230; reviennent \u00e0 l&rsquo;ancien point de vue de la magie, en pr\u00e9supposant explicitement ce que la magie n&rsquo;avait admis qu&rsquo;implicitement, \u00e0 savoir une r\u00e9gularit\u00e9 inflexi\u00adble dans l&rsquo;ordre des ph\u00e9nom\u00e8nes naturels&#8230; Bref, la religion, regard\u00e9e comme une explication de la nature, est d\u00e9tr\u00f4n\u00e9e par la science&#8230; En derni\u00e8re analyse, la magie, la religion et la science ne sont que des th\u00e9ories de la pens\u00e9e ; et, de m\u00eame que la science a d\u00e9log\u00e9 ses devanci\u00e8res, ainsi sera-t-elle peut-\u00eatre supplant\u00e9e par une hypoth\u00e8se meilleure&#8230;, etc<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">. [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\"><sup>6<\/sup><\/a>].<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">C&rsquo;est en effet une hypoth\u00e8se meilleure qui attire notre attention, ou plut\u00f4t une nouvelle \u00ab th\u00e9orie de la pens\u00e9e \u00bb bas\u00e9e sur le fait, aujourd&rsquo;hui \u00e9vident, qu&rsquo;aucune \u00ab explica\u00adtion de la nature \u00bb n&rsquo;est de nature \u00e0 nous satisfaire. Il est \u00e0 peine n\u00e9cessaire de relever que, pour un esprit reli\u00adgieux de notre \u00e9poque, les lois de la nature, quelles qu&rsquo;elles soient, inflexibles ou ind\u00e9termin\u00e9es sont celles m\u00eames que Dieu lui donne, ce qui r\u00e9duit \u00e0 n\u00e9ant la conclusion de Frazer.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">L&rsquo;univers est myst\u00e9rieusement l&rsquo;expression d&rsquo;une formule math\u00e9matique, qui \u00e9chappe \u00e0 toute repr\u00e9sentation possible. Pour les hommes du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle qui plac\u00e8rent leur foi dans le mythe scientifique, tout le monde ext\u00e9rieur devait devenir, un jour, pensable, de fa\u00e7on \u00e0 apaiser d\u00e9fini\u00adtivement la faim qu&rsquo;a l&rsquo;homme de conna\u00eetre, comme si la seule \u00e9nigme de l&rsquo;homme \u00e9tait autre que lui-m\u00eame, puisque, s&rsquo;il se connaissait, et puisqu&rsquo;il est le lieu de ce qu&rsquo;il conna\u00eet et de ce qu&rsquo;il ne conna\u00eet pas, il \u00ab serait \u00bb connaissance. Comment ces hommes ont-ils pu supposer qu&rsquo;une conscience se r\u00e9soudrait elle-m\u00eame dans la connaissance totale de ce qu&rsquo;elle est, en offrant \u00e0 sa raison discursive une \u00ab explica\u00adtion \u00bb de l&rsquo;Univers ? Aussi bien, Frazer n&rsquo;explique rien. Le mythe des pr\u00eatres de N\u00e9mi, vu \u00e0 travers le mythe scientifi\u00adque, ne nous r\u00e9v\u00e8le pas la nature des \u00ab besoins de l&rsquo;homme \u00bb qui, selon Frazer (et il se peut qu&rsquo;il ait raison) \u00ab est identi\u00adque en tous temps, en tous lieux \u00bb. Si ces besoins sont de \u00ab se reposer avec certitude \u00bb sur la nature, comment inter\u00adpr\u00e9ter le choix libre et tragique d&rsquo;une situation o\u00f9 un homme doit, \u00e0 toute heure du jour et de la nuit, tendre ses facult\u00e9s pour n&rsquo;\u00eatre pas assassin\u00e9 ? I<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">l<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> y a l\u00e0 une contradiction, un absurde, qui justifient la surprise de Frazer et appellent des conclusions moins d\u00e9cevantes que les siennes. Si cet absurde est inh\u00e9rent \u00e0 des besoins de l&rsquo;homme, o\u00f9 le situer, o\u00f9 les situer, \u00e0 notre \u00e9poque ? De quels noms les appeler ? Sommes-nous, s\u00e9rieusement, cette fiction : des civilis\u00e9s, affranchis et de cet absurde et de ces besoins ? Ou plut\u00f4t, un comporte\u00adment ne nous semble-t-il absurde que tant que nous n&rsquo;en connaissons pas les mobiles ? Et ne peut-il \u00eatre, au contraire, la repr\u00e9sentation v\u00e9cue d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 trop profonde pour se laisser contenir dans des associations rationnellement \u00e9vi\u00addentes ? (De m\u00eame que le r\u00eave, pr\u00e9c\u00e9demment d\u00e9crit n&rsquo;\u00e9tait saugrenu qu&rsquo;en apparence.)<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Examinons les personnages du drame, leurs r\u00f4les, le d\u00e9cor, les accessoires, la mise en sc\u00e8ne.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Diane Nemorensis, d&rsquo;abord, nouvelle incarnation de la Diane taurique dont le rite sanglant voulait que tout \u00e9tranger d\u00e9barquant sur la rive f\u00fbt sacrifi\u00e9 \u00e0 son autel [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\"><sup>7<\/sup><\/a>]. Install\u00e9 \u00e0 N\u00e9mi, son culte changea d&rsquo;aspect. L&rsquo;association Diane-sang ne se maintint, mythiquement, que dans le per\u00adsonnage Diane-chasseresse, et les sacrifices humains eurent \u00e0 la fois comme bourreaux et victimes, ses propres pr\u00eatres. Le rite \u00e9tait le suivant : <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>dans l&rsquo;enceinte du sanctuaire de N\u00e9mi se dressait un certain arbre dont aucune branche ne devait \u00eatre cass\u00e9e. Seul, un esclave fugitif pouvait essayer de casser un de ses rameaux. La r\u00e9ussite de cette tentative lui permettait d&rsquo;attaquer le pr\u00eatre en combat singulier et, s&rsquo;il arri\u00advait \u00e0 le tuer, il r\u00e9gnait \u00e0 sa place, sous le titre de Roi du Bois (Rex Nemorensis). Selon l&rsquo;opinion des anciens, la branche fatidique \u00e9tait le Rameau d&rsquo;Or <\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>qu\u2019\u00c9n\u00e9e<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>, par ordre de la Sibylle, cueillit avant d&rsquo;entreprendre son p\u00e9rilleux voyage au pays des ombres.<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> Notons ces importantes associations : l&rsquo;esclave fugitif \u00e0 la conqu\u00eate d&rsquo;un Rameau d&rsquo;Or, <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">embl\u00e8me<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> de mort-vaincue, \u00e9tait contradictoirement, amen\u00e9 \u00e0 infliger la mort au vainqueur-sur-la-mort en fonction. Il acqu\u00e9rait ainsi une libert\u00e9-dans-la-mort, puisque d&rsquo;esclave non menac\u00e9 de mort, il devenait Roi-\u00e0-assassiner. Frazer ne semble pas avoir retenu que ces pr\u00eatres pr\u00e9f\u00e9raient la mort \u00e0 l&rsquo;esclavage, et, pr\u00e9c\u00e9dant la mort, une p\u00e9riode de royaut\u00e9, m\u00eame pr\u00e9caire. Voici que cette histoire devient moins absurde en ce qui concerne les pr\u00eatres, mais nous les montre sous un aspect en tous points oppos\u00e9 \u00e0 ces personnages sinistres imagin\u00e9s par Frazer ; elle est encore inexpliqu\u00e9e en ce qui concerne les n\u00e9cessit\u00e9s du culte ; continuons donc son examen.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Deux personnages mythiques, \u00e0 N\u00e9mi, attirent l&rsquo;attention de l&rsquo;auteur. L&rsquo;un est Virbius, fils d&rsquo;Hippolyte. Hippolyte, ainsi qu&rsquo;on le sait, amoureux d&rsquo;Art\u00e9mis (ou Diane), d\u00e9daignant de ce fait l&rsquo;amour des mortelles, fut, \u00e0 la suite d&rsquo;une vengeance de Ph\u00e8dre, jet\u00e9 au bas de son char et tu\u00e9 par ses chevaux. Le corps du jeune h\u00e9ros fut recueilli par Diane, ramen\u00e9 \u00e0 la vie par ses soins (avec le concours d&rsquo;Esculape) et Hippolyte v\u00e9cut dans le bois sacr\u00e9 de N\u00e9mi, o\u00f9 il eut un fils : Virbius.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Le deuxi\u00e8me habitant mythique du bois d&rsquo;Aricie est la nymphe <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">\u00c9g\u00e9rie<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">, personnification d&rsquo;une source qui tombait en cascade dans le lac. Cette source \u00e9tait miraculeuse ; elle poss\u00e9dait des vertus curatives, et, dans la r\u00e9gion, l&rsquo;on assure m\u00eame aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;elle les a toujours. On a retrouv\u00e9, dans les bains sacr\u00e9s qui l&rsquo;entouraient, des restes de nombreux ex-voto. C&rsquo;est \u00e0 <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">\u00c9g\u00e9rie<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> que fut confi\u00e9e, par Diane, la garde d&rsquo;Hippolyte ressuscit\u00e9.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Le culte de Diane, en tant que Vesta, comportait l&rsquo;entre\u00adtient, par des Vestales, d&rsquo;un feu perp\u00e9tuel. Selon la symbo\u00adlique que nous avons esquiss\u00e9e dans un ouvrage pr\u00e9c\u00e9\u00addent [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote8sym\" name=\"sdfootnote8anc\"><sup>8<\/sup><\/a>] les symboles feu et sang appartiennent \u00e0 la m\u00eame cat\u00e9gorie, masculine, dynamique. Le feu est, symbolique\u00adment, une exaltation, une transfiguration du sang : en quel\u00adque sorte un sang purifi\u00e9 et purificateur. S&rsquo;il s&rsquo;attache \u00e0 la Diane Nemorensis, dont l&rsquo;origine est sanglante, c&rsquo;est que cette Diane s&rsquo;est \u00e9lev\u00e9e, s&rsquo;est spiritualis\u00e9e. Et comment en douter ? N&rsquo;a-t-elle pas voulu et obtenu la R\u00e9surrection du pur h\u00e9ros Hippolyte ? Nous reconnaissons ici de tr\u00e8s grands <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">th\u00e8mes<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">, dont l&rsquo;importance est encore consid\u00e9rable aujourd&rsquo;hui. Ces <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">th\u00e8mes<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> vivent et prolif\u00e8rent encore dans ce que nous avons convenu d&rsquo;appeler l&rsquo;inconscient collectif. Et qu&rsquo;il s&rsquo;agisse, dans ce culte de Diane Nemorensis, non pas de sorcellerie, de magie, de sauvagerie, mais du Mythe prodi\u00adgieux dans lequel l&rsquo;humanit\u00e9 se d\u00e9bat encore (comme \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;un cauchemar dont elle ne peut ou ne veut se r\u00e9veiller) nous en avons encore pour preuve l&rsquo;existence, \u00e0 N\u00e9mi, de ces deux p\u00f4les f\u00e9minins : Diane-feu et <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">\u00c9g\u00e9rie-eau.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Le culte de Diane \u00e9tait si r\u00e9pandu dans l&rsquo;antiquit\u00e9, qu&rsquo;il a r\u00e9sist\u00e9 aux si\u00e8cles, tout en changeant de nom : la f\u00eate de Diane \u00e9tait c\u00e9l\u00e9br\u00e9e le 13 ao\u00fbt. Elle ne s&rsquo;est d\u00e9plac\u00e9e que de quarante-huit heures, en s&rsquo;appelant f\u00eate de Marie. Cer\u00adtes, Diane, contrairement \u00e0 Marie, n&rsquo;\u00e9tait pas la seule d\u00e9esse dans le ciel. L\u00e0 n&rsquo;est point l&rsquo;important ; ce qui nous semble \u00eatre la cl\u00e9 du myst\u00e8re de son culte est qu&rsquo;\u00e0 travers lui \u00e9tait le cu<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">l<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">te d&rsquo;un myst\u00e8re plus important, psychiquement : celui de la mort et de la r\u00e9surrection d&rsquo;un personnage masculin. Virbius \u00e9tait, selon Frazer, un esprit de l&rsquo;arbre sacr\u00e9 et le<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">pr\u00eatre \u2013 le Roi du Bois \u2013 personnifiait cet arbre : vraisemblablement un ch\u00eane. Il est possible que le Rameau d&rsquo;Or f\u00fbt du gui, selon la th\u00e8se de cet auteur. De tr\u00e8s anciennes tradi\u00adtions repr\u00e9sentaient la vie du ch\u00eane comme \u00e9tant dans le gui, ce qui expliquerait pourquoi il fallait casser une branche de cette plante parasite avant de tuer le souverain-pr\u00eatre identifi\u00e9 \u00e0 l&rsquo;arbre : on lui retirait d&rsquo;avance une partie de sa vitalit\u00e9. Vu ainsi, sous l&rsquo;angle de l&rsquo;anthropologiste, ce culte n&rsquo;\u00e9tait donc qu&rsquo;un ramassis de superstitions et l&rsquo;homme moderne est tout pr\u00eat \u00e0 accepter l&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;homme d&rsquo;il y a quelques si\u00e8cles r\u00eavait. Car (peut-on dire <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">aujourd\u2019hui<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">) il n&rsquo;y avait, en fait, pas de Diane, ni d&rsquo;Hippolyte, ni de Virbius, ni <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">d\u2019\u00c9g\u00e9rie<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">, mais un bois, une source, et un arbre autour duquel on s&rsquo;\u00e9gorgeait. Il y avait un mythe, dont la force d&rsquo;envo\u00fbtement \u00e9tait telle, que des hommes et des femmes jouaient \u00e0 la fois leur bonheur et leurs vies dans des r\u00f4les que leur assignait ce drame. D&rsquo;imaginaire, celui-ci devenait r\u00e9el, r\u00e9ellement v\u00e9cu, dans la douleur et le sang. Pour ces personnages, pr\u00eatres, vestales ou simples fid\u00e8les, leurs \u00ab je \u00bb \u00e9taient perceptibles \u00e0 eux-m\u00eames en tant qu&rsquo;identifications avec leurs r\u00f4les. Nous les voyons situ\u00e9s aussi en <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">de\u00e7\u00e0<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> d&rsquo;une vue objective d&rsquo;eux-m\u00eames, que l&rsquo;\u00e9tait notre personnage de r\u00eave, d\u00e9crit pr\u00e9c\u00e9demment, sur ses patins \u00e0 roulettes. Et c&rsquo;est bien ainsi, en effet, que nous voulions les montrer.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Mais, si l&rsquo;on veut condescendre \u00e0 examiner les mythes anciens en hommes impliqu\u00e9s dans tout ce qui est humain, l&rsquo;on ne voit plus pourquoi la mort et la r\u00e9surrection d&rsquo;Osi\u00adris, <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">d\u2019Hippolyte<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> ou de maints autres dieux ou h\u00e9ros est essentiellement diff\u00e9rente de celle de J\u00e9sus, ni pourquoi l&rsquo;id\u00e9e que ces dieux revivent dans des arbres ou dans du pain et du vin, est tant\u00f4t superstition tant\u00f4t v\u00e9rit\u00e9. L&rsquo;on s&rsquo;est constamment appliqu\u00e9, \u00e0 cet effet, \u00e0 rabaisser les mythes anciens, \u00e0 leur retirer tout sens du divin, \u00e0 les d\u00e9mon\u00e9tiser. Il nous semble toutefois que ces r\u00eaves \u00e9taient parfois plus sains et moins cruels que ceux des religions de notre \u00e9po\u00adque, dont les r\u00eaves ne prennent que trop souvent l&rsquo;aspect de ceux de toxicomanes. Il y a, des uns aux autres, l&rsquo;espace entre ne pas savoir et ne pas vouloir se r\u00e9veiller.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Ce n&rsquo;est pas le mythe de la mort et de la r\u00e9surrection d&rsquo;Hippolyte qui semble pu\u00e9ril et sauvage \u00e0 nos folkloristes, mais le transfert de la vie d&rsquo;Hippolyte \u00e0 Virbius, de la vie de Virbius \u00e0 celle d&rsquo;un ch\u00eane et enfin \u00e0 un rameau de gui. Peut-\u00eatre oublient-ils que lorsqu&rsquo;on \u00ab croit \u00bb \u00e0 de tels trans\u00adferts, on les appelle sacrements. Quant \u00e0 l&rsquo;identification des pr\u00eatres au Rameau d&rsquo;Or, cette op\u00e9ration psychique est la plus constante et la plus g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de notre \u00e9poque. L&rsquo;indi\u00advidu le plus mis\u00e9rable devient \u00ab quelque chose \u00bb aussit\u00f4t qu&rsquo;il s&rsquo;identifie \u00e0 un drapeau, \u00e0 un monument comm\u00e9mora\u00adtif, \u00e0 une \u00e9quipe de football, \u00e0 un coureur cycliste, \u00e0 un acteur de cin\u00e9ma, \u00e0 un simple mot en \u00ab isme \u00bb, d\u00e9pourvu de sens. On transfert ce que l&rsquo;on voudrait \u00eatre (et que l&rsquo;on n&rsquo;est pas), afin de le r\u00eaver, et l&rsquo;on transfert \u00e9galement ce que l&rsquo;on est (et que l&rsquo;on ne voudrait pas \u00eatre), soit sur un dieu qui prend la souffrance pour lui, soit sur un voisin (capita\u00adliste ou communiste) que l&rsquo;on rend responsable de tous les maux. Ces transferts, dans un sens ou l&rsquo;autre, finissent n\u00e9cessairement dans le sang. Les pr\u00eatres de N\u00e9mi, plus hon\u00adn\u00eates que ceux de notre \u00e9poque, prenaient du moins les risques pour eux seuls.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Nous avons&#8230; d\u00e9crit la pratique de la mise \u00e0 mort du dieu chez les peuples de chasseurs, de bergers et d&rsquo;agriculteurs<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> ; \u00e9crit Frazer [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote9sym\" name=\"sdfootnote9anc\"><sup>9<\/sup><\/a>] <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>et nous avons essay\u00e9 d&rsquo;expliquer les motifs qui ont conduit les hommes \u00e0 adopter une coutume aussi curieuse. Il reste \u00e0 remarquer un aspect de la coutume. On reporte quelquefois sur le dieu mourant les malheurs et les p\u00e9ch\u00e9s accumul\u00e9s de tout le peuple, et il est cens\u00e9 les emporter pour toujours, laissant le peuple innocent et heureux. L&rsquo;id\u00e9e que nous pouvons faire passer notre culpabilit\u00e9 et nos souf\u00adfrances \u00e0 quelque autre cr\u00e9ature, qui les portera pour nous, est famili\u00e8re \u00e0 l&rsquo;esprit sauvage. Elle provient d&rsquo;une confusion tr\u00e8s naturelle entre ce qui est physique et ce qui est mental ; entre la mat\u00e9rialit\u00e9 et l&rsquo;immat\u00e9rialit\u00e9. Parce qu&rsquo;il est possible de faire passer une charge de bois, ou de pierres, de notre dos sur celui d&rsquo;un autre, le sauvage s&rsquo;imagine qu&rsquo;il est possible, aussi, de faire passer \u00e0 un autre, qui le portera \u00e0 sa place, le fardeau de ses douleurs et de ses chagrins. Il agit d&rsquo;apr\u00e8s cette id\u00e9e ; et le r\u00e9sultat en est un nombre infini de stratag\u00e8mes fort peu aimables destin\u00e9s \u00e0 se d\u00e9barrasser sur un autre, de la peine qu&rsquo;on ne tient pas \u00e0 supporter soi-m\u00eame. Bref, des races qui se trouvent \u00e0 un \u00e9chelon peu \u00e9lev\u00e9 de culture intellectuelle et sociale comprennent et pratiquent couramment le principe de la souffrance par substitution. Dans les pages qui suivent, nous illustrerons la th\u00e9orie et la pratique, telles qu&rsquo;on les trouve chez les sauvages dans leur simplicit\u00e9 sans voile, d\u00e9pouill\u00e9es des raffinements de la m\u00e9taphysique et des subtilit\u00e9s th\u00e9ologiques.<\/i><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">L&rsquo;humour froid de Frazer pour ses contemporains ne man\u00adque pas d&rsquo;une certaine tristesse.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Le transfert sur un dieu \u00e9tait en g\u00e9n\u00e9ral accompagn\u00e9 d&rsquo;une \u00ab communion \u00bb destin\u00e9e \u00e0 faire b\u00e9n\u00e9ficier le fid\u00e8le du sacrifice du dieu : <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>les Azt\u00e8ques pratiquaient, avant la d\u00e9couverte et la conqu\u00eate du Mexique par les Espagnols, la coutume de manger, en sacrement, du pain comme \u00e9tant le corps du dieu&#8230; Le jour de leur communion solennelle avec la d\u00e9it\u00e9, les Mexicains refusaient de manger tout autre aliment que le pain consacr\u00e9 qu&rsquo;ils adoraient comme la chair et les os m\u00eame de leur dieu, et voil\u00e0 pourquoi, jusqu&rsquo;\u00e0 midi, ils ne devaient rien boire, pas m\u00eame de l&rsquo;eau. Ils craignaient sans<\/i><\/span><\/span><\/span><i> <\/i><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>doute<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> \u2013 ajoute Frazer gravement \u2013 <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>de souiller la portion de leur dieu qu&rsquo;ils avaient dans leur estomac par le contact avec des choses ordinaires<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote10sym\" name=\"sdfootnote10anc\"><sup>10<\/sup><\/a>].<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Sans doute&#8230; mais pour quelles raisons ? Le \u00ab je \u00bb des croyants, en tous temps, en tous lieux, est si profond\u00e9ment identifi\u00e9 \u00e0 des transferts et des communions de cet ordre qu&rsquo;il se sentirait mourir si l&rsquo;on venait brusquement \u00e0 le per\u00adsuader, qu&rsquo;il, ce \u00ab je \u00bb, n&rsquo;est pas cela, mais \u00ab autre chose \u00bb. Il ne se per\u00e7oit qu&rsquo;en tant qu&rsquo;\u00e9l\u00e9ment d&rsquo;une repr\u00e9sentation dont le <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">th\u00e8me<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> est l&rsquo;existence d&rsquo;une vie (\u00e9ternelle, infinie, etc&#8230;) qui le d\u00e9passe, qu&rsquo;il ne conna\u00eet donc pas, mais qu&rsquo;il s&rsquo;imagine capter (dans des reliques, du pain, du vin, une branche d&rsquo;arbre) et s&rsquo;approprier par une op\u00e9ration magique (attouchement, absorption, etc.). La pens\u00e9e qui accompagne cet acte supprime, pour une <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">br\u00e8ve<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> dur\u00e9e, l&rsquo;antinomie qui<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">l&rsquo;a provoqu\u00e9e. Mais le propre de la pens\u00e9e \u00e9tant le discon\u00adtinu, cette heureuse abolition du conflit (ne sais-tu pas que l&rsquo;eau s&rsquo;extrait des pierres ? \u2013 Ah ! oui c&rsquo;est vrai) cesse avec l&rsquo;op\u00e9ration rituelle de sorte que le croyant se trouve dans l&rsquo;obligation de la r\u00e9p\u00e9ter, d&rsquo;autant plus souvent que sa pens\u00e9e est plus instable. Si, par un effort constant dans la cr\u00e9ation d&rsquo;une id\u00e9e fixe, le fid\u00e8le parvient \u00e0 s&rsquo;identifier jour et nuit \u00e0 l&rsquo;image qu&rsquo;il se fait d&rsquo;une vie \u00e9ternelle, il assume au jugement g\u00e9n\u00e9ral toutes les vertus. Et, \u00e0 ce compte-l\u00e0, on voit combien il est injuste de ne pas accorder la saintet\u00e9 aux souverains-pontifes du culte de Diane \u00e0 N\u00e9mi. Car, parfaitement conscients et logiques avec leur v\u00e9rit\u00e9, ils retenaient que leur identification avec la vie \u00e9ternelle sym\u00adbolis\u00e9e dans le Rameau d&rsquo;Or ne se pouvait maintenir que par une pens\u00e9e constante, sans cesse sur le qui-vive, dont l&rsquo;arr\u00eat, f\u00fbt-il momentan\u00e9, ou la faiblesse, f\u00fbt-elle \u00e0 peine percep\u00adtible par une l\u00e9g\u00e8re intermittence mentale, entra\u00eenaient la d\u00e9ch\u00e9ance et la mort. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">\u00c0<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> leurs yeux, ils n&rsquo;\u00e9taient dignes de vivre qu&rsquo;\u00e0 la fa\u00e7on de ces flammes entretenues par les Ves\u00adtales, et faisaient <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">v\u0153u<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> de se laisser assassiner aussit\u00f4t que leur force ne serait plus leur seul soutien. Sans doute r\u00eavaient-ils, comme on r\u00eave toute religion. Mais, du moins, ce r\u00eave n&rsquo;avait-il fabriqu\u00e9 ni refuges, ni consolations, ni absolutions. Il nous appara\u00eet comme \u00e9tant encore dans l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;angoisse et d&rsquo;incertitude qui caract\u00e9rise la bonne foi.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"center\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">***<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Ces deux exemples illustrent l&rsquo;\u00e9tat de conscience de la tr\u00e8s grande majorit\u00e9 des hommes.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Dans un premier stade, la conscience, encore infantile, est le produit d&rsquo;une contradiction qui est fort loin de s&rsquo;\u00eatre r\u00e9v\u00e9l\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame. La perception du moi est, nous l&rsquo;avons vu, d&rsquo;autant plus intense que le moi ne se pr\u00e9sente pas<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">devant lui-m\u00eame, dans un \u00e9tat r\u00e9flexif. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">\u00c0<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;id\u00e9e fixe, nous l&rsquo;avons suivi dans des courses extravagantes, \u00e0 la recherche de l&rsquo;impossible, sans qu&rsquo;il se soit jamais arr\u00eat\u00e9 devant son propre spectacle comme devant un miroir. L&rsquo;iden\u00adtification de l&rsquo;\u00eatre et du moi ne s&rsquo;est pas encore faite : il y a identifications successives de l&rsquo;\u00eatre et d&rsquo;une s\u00e9rie ininter\u00adrompue de pour-moi. La petite fille qui veut une poup\u00e9e est enti\u00e8rement conscience de \u00ab pour-moi-poup\u00e9e \u00bb. Elle n&rsquo;a conscience de soi que selon les besoins, les plaisirs, les cha\u00adgrins du pour-moi. La poup\u00e9e se casse, il y a privation, rupture de ce pour-moi : le pour-moi pleure. On lui pr\u00e9sente une autre distraction, voici un autre pour-moi, qui rit de voir Guignol, qui est \u00ab Guignol \u00bb. Il passe de l\u00e0 \u00e0 \u00eatre pour-\u00admoi-go\u00fbter, et ainsi de suite. Lorsque le pour-moi n&rsquo;\u00e9prouve ni plaisir ni d\u00e9plaisir ni besoin, il est vide et s&rsquo;ennuie dans le vague. On doit, sans arr\u00eat, lui pr\u00e9senter quelque objet-d&rsquo;\u00eatre, sans quoi il s&rsquo;abandonne \u00e0 des r\u00eaveries, s&rsquo;identifie \u00e0 elles, dans un monde imaginaire qui, selon les cas, a des points de contacts avec la r\u00e9alit\u00e9 ou n&rsquo;en a pas. La conscience du r\u00eave \u00e9veill\u00e9 rejoint celle du r\u00eave endormi.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">(Il nous faut pr\u00e9ciser que nous ne consid\u00e9rons ici qu&rsquo;un mode de r\u00eave, celui dont la fonction est de prot\u00e9ger le sommeil. Certains r\u00eaves sont des \u00e9missions, parfois extr\u00eamement lucides, de couches profondes de la conscience, \u00e0 l&rsquo;usage de couches \u00e0 fleur de raison, qui en images, symboles et paraboles \u2013 le seul langage qui soit disponible, encore que parfois l&rsquo;on se r\u00e9veille avec un mot qui a pu traverser les barrages \u2013 leur transmettent, si l&rsquo;on s&rsquo;applique \u00e0 les comprendre, des enseignements, voire des r\u00e9v\u00e9lations. D&rsquo;autres r\u00eaves sont des perceptions r\u00e9elles, sursensorielles, car, il arrive que le dormeur \u00ab sorte de son corps \u00bb plus ou moins consciemment. D&rsquo;autres r\u00eaves sont pr\u00e9monitoires. Etc&#8230; etc&#8230; R\u00e9p\u00e9tons que notre \u00e9tude concerne la conscience et ne touche \u00e0 l&rsquo;immense domaine du r\u00eave que sous un angle d\u00e9fini.)<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Ce monde imaginaire des enfants a la m\u00eame fonction que le r\u00eave-pour-moi : une fonction de protection. Le pour-moi infantile se \u00ab sait \u00bb (sans le savoir) fragile. L&rsquo;enfant ne dit pas \u00ab je suis \u00bb, ni m\u00eame \u00ab je suis moi \u00bb. Il dit : je suis Jean, je suis Marie. Dites-lui, en mati\u00e8re de plaisanterie : non, tu n&rsquo;es pas Jean, tu n&rsquo;es pas Marie, il est d\u00e9rout\u00e9, il a peur, il pleure. Et c&rsquo;est qu&rsquo;en effet, il n&rsquo;est pas encore un moi, il n&rsquo;est conscient que par associations. Il est la con\u00adscience de ces associations. Il est la conscience qui r\u00e9sulte de combinaisons psychiques (semblables aux combinaisons chimiques) dont les \u00e9l\u00e9ments constituent un nouveau corps, le pour-moi de l&rsquo;instant. L&rsquo;enfant \u00ab est \u00bb Jean-pour-moi\u00adpour-Jean. De m\u00eame, notre r\u00eaveur de tout \u00e0 l&rsquo;heure \u00e9tait eau-de-fleur-d&rsquo;oranger-pour-moi- pour-eau-de-fleur-d&rsquo;oran\u00adger. Jean, pour l&rsquo;enfant, est son id\u00e9e fixe, qui lui sert, d&rsquo;ailleurs, \u00e0 fixer ses id\u00e9es. Jetez-y un doute, et ce monde des id\u00e9es, en formation, se sent vaciller, est saisi de panique.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Cette terreur survient quand m\u00eame, un jour, o\u00f9, spon\u00adtan\u00e9ment, l&rsquo;enfant, dans une sorte de vertige, se demande comment il se fait qu&rsquo;il soit pr\u00e9cis\u00e9ment lui, pourquoi le monde n&rsquo;est pas un autre, par quelle hallucinante co\u00efnci\u00addence ses parents sont les siens, et sent se lever en lui le gouffre de l&rsquo;angoisse essentielle, le d\u00e9sarroi vital des ques\u00adtions sans r\u00e9ponses, bref, la Connaissance b\u00e9nie. Aussit\u00f4t, son milieu, ses parents, son \u00e9cole, ses a\u00een\u00e9s, ses pr\u00eatres, se jettent sur lui et \u00e9touffent la voix divine de l&rsquo;impensable, avec du cat\u00e9chisme, du scoutisme, du conformisme : la morale et son cort\u00e8ge de vertus, si l&rsquo;enfant s&rsquo;adapte, le fa\u00e7onnent \u00e0 l&rsquo;image de ce qu&rsquo;il n&rsquo;est pas. Son pour-moi d&rsquo;en\u00adfant sage et bien-pensant, trouve dans de complaisantes<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">absolutions la satisfaction de son int\u00e9r\u00eat : il se fixe. Il se fixe car il se d\u00e9finit. Il se d\u00e9finit par toutes les explications dont on a assomm\u00e9 son angoisse. Son milieu, ses parents, son \u00e9cole, ses a\u00een\u00e9s, ses pr\u00eatres, se sont conjugu\u00e9s pour lui offrir r\u00e9ponse \u00e0 tout. Chaque r\u00e9ponse \u00e9tait une brique. Les briques ont fait des murs. Le pour-moi, emmur\u00e9, ne verra jamais plus, gr\u00e2ce au ciel, s&rsquo;ouvrir l&rsquo;ab\u00eeme devant lui.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Le r\u00eave individuel est devenu Mythe, <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">\u00c9glise<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">, Religion. Plus l&rsquo;individu sera emmur\u00e9 dans les d\u00e9finitions de lui-m\u00eame, moins il sera isol\u00e9, puisque ces d\u00e9finitions sont collectives. Plus il se dira : je suis fran\u00e7ais (am\u00e9ricain ou chinois), catholique (bouddhiste ou juif), commer\u00e7ant (capitaine ou balayeur), p\u00eacheur \u00e0 la ligne (ou collectionneur de timbres-poste), etc&#8230;, plus il aura la notion \u00ab moi \u00bb. Notion erron\u00e9e. Ce qui s&rsquo;est produit, en r\u00e9alit\u00e9, est ceci : le pour-moi spon\u00adtan\u00e9 de l&rsquo;enfant, \u00e0 tout instant, devenait \u00ab autre chose \u00bb, du fait qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une succession de pour-moi diff\u00e9\u00adrents, (la petite fille pleurait parce qu&rsquo;elle avait cass\u00e9 sa poup\u00e9e : deux minutes plus tard, riant \u00e0 Guignol, elle n&rsquo;avait pas \u00ab oubli\u00e9 \u00bb, elle n&rsquo;\u00e9tait plus pour-moi-finie-poup\u00e9e, elle \u00e9tait pour-moi-Guignol ; les chagrins d&rsquo;enfants ne durent que si l&rsquo;enfant, livr\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame, y tombe, pour ainsi dire, sans pouvoir se ramasser tout seul). Les pour-moi de l&rsquo;enfant, \u00e0 peine reli\u00e9s les uns aux autres, ont \u00e9t\u00e9 fix\u00e9s en une demi-douzaine de pour-moi permanents, nationalit\u00e9, religion, \u00e9tat-civil, condition sociale, fonctions, go\u00fbts et divertisse\u00adments, dont le point de rencontre provoque la notion \u00ab je suis moi\u00a0\u00bb. Sous une apparence d&rsquo;adulte, l&rsquo;individu adapt\u00e9 n&rsquo;est pas parvenu \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat r\u00e9flexif, son soi-disant moi n&rsquo;est qu&rsquo;un assemblage fixe de plusieurs pour-moi.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Cela est vrai jusqu&rsquo;au saint, jusqu&rsquo;au h\u00e9ros, ces deux p\u00f4les de l&rsquo;adaptation. (L&rsquo;inadapt\u00e9, lui, peut \u00eatre saint et h\u00e9ros, mais l&rsquo;\u00e9tant sans se le dire et sans qu&rsquo;on le dise, sans le savoir et sans qu&rsquo;on le sache, il ne l&rsquo;est, en fait, pas, puisqu&rsquo;il \u00e9chappe aux mots saintet\u00e9 et h\u00e9ro\u00efsme ; il \u00e9chappe aux comparaisons, aux d\u00e9finitions, aux \u00e9chelles de grandeur, du fait qu&rsquo;il ne se situe pas). Et nous avons vu, en effet, agissant comme en \u00e9tat d&rsquo;hypnose, les pr\u00eatres de Nemi, \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 de ces sortes de brutes hagardes imagin\u00e9es par Frazer, \u00eatre \u00e0 la fois h\u00e9ros et saints, et remplir des fonctions sacr\u00e9es, qui, si le Mythe de Diane \u00e9tait encore divin, nous plongeraient dans l&rsquo;adoration.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"center\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">***<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Nous venons de d\u00e9crire succinctement l&rsquo;\u00e9tat de l&rsquo;homme qui se pense, et avons, par des exemples, illustr\u00e9 ceci, que nous \u00e9crivions (dans le paragraphe pr\u00e9c\u00e9dant le r\u00e9cit du r\u00eave) : une pens\u00e9e est une repr\u00e9sentation, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;action de rendre quelque chose pr\u00e9sent \u00e0 l&rsquo;esprit ; \u00ab se \u00bb penser c&rsquo;est donc \u00eatre pr\u00e9sent \u00e0 soi-m\u00eame. Et, plus loin, nous avons pr\u00e9cis\u00e9 que l&rsquo;homme \u00ab se \u00bb pense d&rsquo;autant plus fortement qu&rsquo;il le sait moins. Nous avons vu, dans tous les cas, que ce qui est rendu pr\u00e9sent \u00e0 l&rsquo;esprit est un pour-moi, qui se fait et se d\u00e9fait au gr\u00e9 du r\u00eave ou des rencontres de l&rsquo;enfant, qui se fait sans se d\u00e9faire, dans un mythe, ainsi que chez l&rsquo;adulte adapt\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire m\u00e9diocre. Dans le chapitre qui suit, nous examinerons une \u00e9tape sup\u00e9rieure de la Connaissance, celle de l&rsquo;homme qui cherche \u00e0 se penser. Nous choisirons, \u00e0 cet effet, deux exemples. Le premier sera celui de quatre \u00e9crivains fran\u00e7ais qui, dans un volume r\u00e9cent [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote11sym\" name=\"sdfootnote11anc\"><sup>11<\/sup><\/a>] ont exprim\u00e9 leur inqui\u00e9tude devant cer\u00adtains \u00e9v\u00e9nements, et cherch\u00e9 \u00e0 se penser dans le d\u00e9veloppement de cette action (de m\u00eame qu&rsquo;ils ont toujours cherch\u00e9 \u00e0 se penser dans l&rsquo;action, au cours de la guerre, de la R\u00e9sistance et de la Lib\u00e9ration). Notre deuxi\u00e8me exem\u00adple sera celui d&rsquo;un homme qui cherche \u00e0 se penser dans la r\u00e9flexion philosophique : nous ferons de notre mieux pour \u00e9lucider, en quelques pages, quelques th\u00e8mes fondamentaux de la position philosophique, fort complexe, de Jean-Paul Sartre. Nous terminerons ainsi la premi\u00e8re partie de notre ouvrage.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\" align=\"center\"><a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-solennelle-duperie-des-mots-sans-contenu-par-carlo-suares\/\">Chapitre Pr\u00e9c\u00e9dent<\/a>\u00a0\u00a0 <a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=16925\">Chapitre Suivant<\/a><\/p>\n<p>___________________________________________________________________<\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>De Quelques Constantes de l\u2019Esprit Humain.<\/i> Ouvrage cit\u00e9, p. 19.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Ouvrage cit\u00e9, p. 92.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote3\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">En fait, l&rsquo;\u00e9motion n&rsquo;existe que si je la reconnais. Ainsi, je puis faire, sans \u00e9motion, une ascension difficile en montagne, et n&rsquo;\u00e9prouver qu&rsquo;ensuite un vertige insupportable, etc. Mais ceci d\u00e9passe notre cadre.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote4\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">J. Benda, ouvrage cit\u00e9, p. 194 (en note).<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote5\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">James-George Frazer. \u00ab <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Le Rameau d&rsquo;Or<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00bb. \u00c9dition abr\u00e9g\u00e9e, traduite en fran\u00e7ais par Lady Frazer. Er. Genther, p. 5.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote6\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\">6<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Ouvrage cit\u00e9, p. 661-662 (Frazer).<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote7\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote7anc\" name=\"sdfootnote7sym\">7<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Ouvrage cit\u00e9, p. 6. Nos citations suivantes, concernant le culte de Diane \u00e0 N\u00e9mi, proviennent du m\u00eame ouvrage.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote8\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote8anc\" name=\"sdfootnote8sym\">8<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">C. Suar<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">\u00e8<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">s : \u00ab <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Le Mythe Jud\u00e9o-Chr\u00e9tien<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00bb, d&rsquo;apr\u00e8s la Gen\u00e8se et les \u00c9vangiles selon Matthieu et Jean. Au Cercle du Livre, 1950.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote9\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote9anc\" name=\"sdfootnote9sym\">9<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Ouvrage cit\u00e9, p. 459.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote10\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote10anc\" name=\"sdfootnote10sym\">10<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Ouvrage cit\u00e9, p. 459.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote11\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote11anc\" name=\"sdfootnote11sym\">11<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">\u00ab <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>La Voie Libre<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00bb, par Claude Aveline, Jean Cassou, Louis Mar\u00adtin-Chauffier, Vercors. Chez Flammarion, 1950.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans un premier stade, la conscience, encore infantile, est le produit d&rsquo;une contradiction qui est fort loin de s&rsquo;\u00eatre r\u00e9v\u00e9l\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame. La perception du moi est, nous l&rsquo;avons vu, d&rsquo;autant plus intense que le moi ne se pr\u00e9sente pas devant lui-m\u00eame, dans un \u00e9tat r\u00e9flexif. \u00c0 l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;id\u00e9e fixe, nous l&rsquo;avons suivi dans des courses extravagantes, \u00e0 la recherche de l&rsquo;impossible, sans qu&rsquo;il se soit jamais arr\u00eat\u00e9 devant son propre spectacle comme devant un miroir. L&rsquo;iden\u00adtification de l&rsquo;\u00eatre et du moi ne s&rsquo;est pas encore faite : il y a identifications successives de l&rsquo;\u00eatre et d&rsquo;une s\u00e9rie ininter\u00adrompue de pour-moi. 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