{"id":16925,"date":"2015-05-30T18:11:32","date_gmt":"2015-05-30T17:11:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=16925"},"modified":"2015-06-23T14:09:18","modified_gmt":"2015-06-23T13:09:18","slug":"lhomme-qui-cherche-a-se-penser-par-carlo-suares","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/lhomme-qui-cherche-a-se-penser-par-carlo-suares\/","title":{"rendered":"L&rsquo;homme qui cherche \u00e0 se penser par Carlo Suar\u00e8s"},"content":{"rendered":"<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\" align=\"center\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">(Extrait de <strong>Critique de la raison impure<\/strong> par Carlo Suar\u00e8s. \u00c9dition Stock 1955)<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\" align=\"center\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/lhomme-qui-se-pense-par-carlo-suares\/\">Chapitre Pr\u00e9c\u00e9dent<\/a>\u00a0\u00a0 <a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=16958\">Chapitre Suivant<\/a><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">a) <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><b>Action, \u00c9glise, Religion, Mythe. \u2013<\/b><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> En avril 1951, un g\u00e9n\u00e9ral am\u00e9ricain proclamait la n\u00e9cessit\u00e9 de faire la guerre \u00e0 la Chine, pour la \u00ab lib\u00e9rer \u00bb du commu\u00adnisme. Le m\u00eame jour, des producteurs sovi\u00e9tiques recevaient, \u00e0 Cannes, l&rsquo;interdiction de projeter un film sur la Chine, \u00ab lib\u00e9r\u00e9e \u00bb par le communisme. O\u00f9 que nous cherchions \u00e0 fuir \u00e0 la fois ces deux \u00ab lib\u00e9rations \u00bb, il nous est impossible de baser notre jugement sur des faits, grossi\u00e8\u00adrement d\u00e9form\u00e9s par la propagande. Il n&rsquo;existe plus d&rsquo;infor\u00admation que celle des faits-divers. \u00c9glises, \u00c9tats, partis poli\u00adtiques, groupements d&rsquo;affaires, se battent \u00e0 coup de men\u00adsonges, de statistiques truqu\u00e9es, d\u00e9non\u00e7ant leurs ennemis, taisant leurs propres crimes. Et, dans cette Babel, encore que nous ne cessions de maintenir notre esprit en suspens, mais parce que nous ne nous accordons pas le droit de demeurer en suspens, au-dessus et en-dehors de ce chaos, nous constatons tous les jours qu&rsquo;il nous est arriv\u00e9 d&rsquo;accorder cr\u00e9ance ici, de hausser les \u00e9paules aux nouvelles c\u00e2bl\u00e9es de l\u00e0, cependant qu&rsquo;un tel, que nous estimons, a pench\u00e9 en sens inverse. Il se trouve ainsi, qu&rsquo;au cours de ces quotidiennes provocations, nous n&rsquo;avons pas pu nous emp\u00eacher de les penser, c&rsquo;est-\u00e0-dire de les interpr\u00e9ter selon comment nous nous pensions nous-m\u00eames. Car, tandis que nous nous efforcions de demeurer suspendus, et, en m\u00eame temps, par solidarit\u00e9 humaine, de ne le demeurer que le temps d&rsquo;un jugement, il se trouve que le jugement \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, venu nous ne savons pas tr\u00e8s bien d&rsquo;o\u00f9. Nous nous sommes retrouv\u00e9s \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;un camp, en train de fourbir nos armes, non point parce que l&rsquo;ennemi manque de vertus, mais parce qu&rsquo;il les applique ailleurs et autrement. La jus\u00adtice, l&rsquo;honneur, la sinc\u00e9rit\u00e9, la fid\u00e9lit\u00e9 sont partout. Aveugles, elles vont o\u00f9 on les met. On les met l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;on abandonne son libre arbitre : aveugles elles nous aveuglent. Les vertus, fins en elles-m\u00eames, pr\u00e9sences en nous devenues pr\u00e9sence \u00e0 nous-m\u00eames, nient leur propre but et d\u00e9truisent le sens m\u00eame de l&rsquo;action qu&rsquo;elles \u00e9veillent en nous.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">On ne saurait, ici, trop m\u00fbrir. L&rsquo;indignation des uns, la peur, la haine, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat sordide, la froide cruaut\u00e9, la mauvaise foi des autres, seraient des \u00e9l\u00e9ments fort simples, s&rsquo;ils n&rsquo;\u00e9taient partag\u00e9s, mitig\u00e9s, confondus, emp\u00eatr\u00e9s par\u00adtout, dans ces cat\u00e9gories de la conscience que les psycho\u00adlogues, en les baptisant subconscient inconscient, ou autre chose, ont justifi\u00e9es. On ne saurait, disons-nous, trop m\u00fbrir, ici, en cherchant sa ligne de conduite, car il n&rsquo;est pas encore d\u00e9montr\u00e9 que le d\u00e9chirement int\u00e9rieur de l&rsquo;homme qui se veut homme ait une solution.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Claude Aveline, \u00e0 maintes reprises, nous a exprim\u00e9 l&rsquo;angoisse de l&rsquo;homme qui, sachant combien il est erron\u00e9 de juger les hommes en tant qu&rsquo;individus ou en tant que groupements \u2013 car les g\u00e9n\u00e9ralisations par lesquelles nous nous les repr\u00e9sentons sont toujours des sottises, souvent des crimes \u2013 se trouve cependant contraint de baser son action sur un jugement, sans quoi il n&rsquo;y aurait point d&rsquo;action. Cette angoisse, Aveline semble l&rsquo;aiguiller d\u00e8s lors, vers un combat, o\u00f9 l&rsquo;adversaire est moins tel homme ou tel groupement, que ces Institutions, encore mal d\u00e9finies, qui se forment on ne sait trop comment, \u00e0 la fa\u00e7on d&rsquo;une condensation, autour d&rsquo;id\u00e9es, de croyances, de mouvements politiques, sociaux, religieux : les \u00c9glises.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Dans \u00ab La Voie Libre \u00bb, Aveline, apr\u00e8s avoir not\u00e9 les maux et les dangers que le Capitalisme nous fait courir et qu&rsquo;il ne cessera de d\u00e9noncer, dit-il, jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du Capita\u00adlisme ou la sienne, \u00e9crit : <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Mais je dois revenir sur une autre question, dans la mesure o\u00f9 elle int\u00e9resse la Grande R\u00e9ponse \u00e0 ces dangers et \u00e0 ces maux&#8230; Il s&rsquo;agit du communisme. Non du communisme en soi, du socialisme d\u00e9fini par Marx, Engels, L\u00e9nine, et qui, avec plus ou moins de bonheur dans ses appli\u00adcations, viendra mettre fin \u00e0 la grande imposture capitaliste. Mais du communisme qui se manifeste sous nos yeux \u00e0 travers la politique de l&rsquo;U.R.S.S. des d\u00e9mocraties populaires, de ses partis. Le n\u00f4tre en t\u00eate, car, selon les propres termes de celui-ci, nous avons \u00e0 nous soucier d&rsquo;abord de ce qui se passe chez nous. Bref, d&rsquo;un communisme comme \u00c9glise, tel que j&rsquo;ai pu le d\u00e9crire en souhaitant avec chaleur qu&rsquo;il cess\u00e2t de l&rsquo;\u00eatre. Aucun principe, aucun argument s\u00e9rieux ne faisait obstacle, ne devrait encore faire obstacle \u00e0 cette mue, qui serait dans l&rsquo;ordre de la nature et de la raison<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\"><sup>1<\/sup><\/a>].<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Le proc\u00e8s de la politique du Kremlin n&rsquo;\u00e9tant pas dans le cadre de notre ouvrage, nous ne ferons que d\u00e9gager, de l&rsquo;essai d&rsquo;Aveline, quelques id\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales. R\u00e9sumons d&rsquo;abord la question en quelques mots. Un \u00c9tat puissant, l&rsquo;U.R.S.S. se trouve aujourd&rsquo;hui \u00e9tabli sur une base doctri\u00adnale. Cette doctrine, ce corps d&rsquo;id\u00e9es, fut \u00e9labor\u00e9 d&rsquo;abord par Marx et Engels, puis par L\u00e9nine, Trotsky, Boukharine, Plekhanof, etc, etc&#8230;, etc&#8230; Marx et Engels moururent avant d&rsquo;avoir vu l&rsquo;application de leurs th\u00e9ories, L\u00e9nine fort peu de temps apr\u00e8s. Il s&rsquo;agissait de ceci : la classe ouvri\u00e8re, le<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">prol\u00e9tariat, devait se proclamer l&rsquo;h\u00e9riti\u00e8re du pouvoir, \u00e0 la suite de certaines analyses, faites surtout par Marx, sur le Capital, la plus-value, et, en g\u00e9n\u00e9ral, les causes mat\u00e9rielles du processus de l&rsquo;Histoire. Et cette proclamation entra\u00eenait la prise r\u00e9volutionnaire du pouvoir, par un coup de force, puisqu&rsquo;il est de toute \u00e9vidence, que ceux qui d\u00e9tiennent le pouvoir ne le l\u00e2chent que contraints et forc\u00e9s. Cette r\u00e9volution n&rsquo;\u00e9tait possible, et n&rsquo;avait de signification, que sur une base internationale. Apr\u00e8s avoir pris le pouvoir dans le monde entier, le prol\u00e9tariat aurait proclam\u00e9 l&rsquo;av\u00e8nement d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 sans classes, et sans \u00c9tats. L\u2019\u00c9tat, d\u00e9fini comme la personnification d&rsquo;une minorit\u00e9 au pouvoir, devait dispara\u00eetre dans une soci\u00e9t\u00e9 communiste parvenue \u00e0 sa phase sup\u00e9rieure. La base \u00e9conomique de cette R\u00e9volu\u00adtion \u00e9tait la mise en commun des moyens de production.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">En effet, si l&rsquo;on mettait en commun tous les moyens de production de la plan\u00e8te et si l&rsquo;on distribuait cette produc\u00adtion, les probl\u00e8mes mat\u00e9riels seraient r\u00e9solus, tandis qu&rsquo;ils ne le seront jamais tant que les moyens de production appartiendront \u00e0 une minorit\u00e9 cherchant un profit personnel. La fonction humaine de la production est enti\u00e8rement fauss\u00e9e lorsque le but de la production est le b\u00e9n\u00e9fice d&rsquo;une minorit\u00e9. Se voyant menac\u00e9s dans leurs richesses, les grands Trusts qui, en 1918, avaient d\u00e9sar\u00e7onn\u00e9 les jeunes f\u00e9odaux allemands et japonais (qui les avaient concurrenc\u00e9s sur tous les march\u00e9s) d\u00e9clench\u00e8rent contre l&rsquo;U.R.S.S. \u00e0 l&rsquo;ombre de la censure, une guerre qui dura quatre ans de 1918 \u00e0 1922. L&rsquo;U.R.S.S. envahie de tous c\u00f4t\u00e9s se d\u00e9fendit comme seules s&rsquo;\u00e9taient battues les arm\u00e9es de la R\u00e9volution fran\u00e7aise. Le public fut \u00e0 peine inform\u00e9 de ces \u00ab incidents \u00bb qui se d\u00e9roulaient derri\u00e8re un \u00ab cordon sanitaire \u00bb lequel, de la Bal\u00adtique \u00e0 la Mer Noire, faisait le blocus de cette R\u00e9volution. Quoi qu&rsquo;il en soit, il fut av\u00e9r\u00e9, en 1922, que l&rsquo;U.R.S.S. n&rsquo;\u00e9tait pas battue, mais que, par contre, la R\u00e9volution \u00e9tait \u00e9touff\u00e9e en Pologne, en Autriche, en Hongrie, bref partout hors de l&rsquo;U.R.S.S., qui demeurait cern\u00e9e et boycott\u00e9e. Quel\u00adques ann\u00e9es plus tard, exactement au dixi\u00e8me anniversaire de la R\u00e9volution d&rsquo;Octobre, deux th\u00e8ses, forc\u00e9es par le tour qu&rsquo;avait pris l&rsquo;Histoire, s&rsquo;affront\u00e8rent parmi les dirigeants du nouvel \u00c9tat : Trotsky voulait, \u00e0 la mani\u00e8re des Arm\u00e9es de la R\u00e9publique, porter, par les armes, la R\u00e9volution en Europe. Il affirmait que le socialisme instaur\u00e9 dans un pays seulement, devenait du socialisme-national (ou du national-socialisme) et tournait le dos \u00e0 sa propre essence. Staline l&#8217;emporta sur lui, \u00e0 la t\u00eate d&rsquo;un groupe. La majorit\u00e9 qui les suivait jugeait que le pays, \u00e9puis\u00e9, avait un besoin urgent de reprendre des forces et que de nouvelles guerres met\u00adtraient en p\u00e9ril certain la R\u00e9volution. Trotsky, constatant qu&rsquo;il \u00e9tait \u00e9limin\u00e9 par une n\u00e9cessit\u00e9 historique, s&rsquo;enfuit et mourut en exil. \u00c0 la suite de ce drame, presque tous les th\u00e9oriciens de la R\u00e9volution, sinon tous, furent assassin\u00e9s. Il est inutile de rappeler les nombreux et myst\u00e9rieux proc\u00e8s qui accompagn\u00e8rent, et accompagnent encore, les ex\u00e9cutions de ceux qui ne sont pas dans la \u00ab ligne \u00bb du parti au pouvoir. Le chef de ce parti devint le successeur apostolique de la doctrine. \u00c0 la fa\u00e7on des Pharaons, qui effa\u00e7aient des monu\u00adments les noms de leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs, Staline parvint \u00e0 supprimer si bien le nom de Trotsky, que la nouvelle g\u00e9n\u00e9\u00adration l&rsquo;ignore.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Voit-on maintenant comment l\u2019\u00c9glise s&rsquo;est form\u00e9e ? Et voit-on pourquoi cette \u00c9glise, in\u00e9vitablement, fatalement constitu\u00e9e, est in\u00e9vitablement, fatalement, but et fin \u00e0 elle-m\u00eame ? Et Claude Aveline, qui souhaite avec chaleur qu&rsquo;elle cess\u00e2t de l&rsquo;\u00eatre, sur quoi s&rsquo;appuie-t-il lorsqu&rsquo;il d\u00e9clare qu&rsquo;aucun principe, qu&rsquo;aucun argument s\u00e9rieux ne faisaient obstacle \u00e0 cette mue ? Toute institution bas\u00e9e sur une<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">doctrine, du fait que cette doctrine suscite des inimiti\u00e9s autour d&rsquo;elle, doit n\u00e9cessairement choisir l&rsquo;interpr\u00e9tation qui la sauvegardera en tant qu&rsquo;institution. Aussit\u00f4t, il est \u00e9vi\u00addent que c&rsquo;est l&rsquo;institution qui importe : la doctrine n&rsquo;est plus l\u00e0 que pour l&rsquo;appuyer. Pour instaurer son pouvoir, une doctrine \u2013 surtout si elle est de libert\u00e9 \u2013 doit se servir de moyens qui s&rsquo;opposent \u00e0 ses fins. Arracher le pouvoir et conf\u00e9rer la libert\u00e9 sont deux actes de sens absolument contraire. Et le sens du pouvoir l&#8217;emporte aussit\u00f4t, car la perte du pouvoir serait la mort de la doctrine. C&rsquo;est le pouvoir qui est embray\u00e9 dans le r\u00e9el, dans l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement, dans les probl\u00e8mes \u00e0 r\u00e9soudre, non la doctrine. La doctrine \u00e9tait l\u00e0 d&rsquo;avance, pr\u00e9fabriqu\u00e9e, ignorante de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement qui sur\u00adgira\u00a0; en fait, aussit\u00f4t au pouvoir, elle n&rsquo;est plus au pouvoir, c&rsquo;est autre chose qui r\u00e8gne : la politique. Mais son pouvoir, aussit\u00f4t n\u00e9, a un nom, le nom de la doctrine. Il y avait l\u00e0, pr\u00e9alablement, une doctrine et un nom\u00a0; le nom est rest\u00e9.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Le nom, greff\u00e9 au pouvoir, interpr\u00e9tera tous les jours l&rsquo;\u00e9cri\u00adture de la doctrine. Le nom sera l&rsquo;interpr\u00e8te, et le pouvoir son ex\u00e9cuteur. Ainsi font Bonaparte au nom de la R\u00e9volution, le Vatican au nom de J\u00e9sus, Staline au nom de Marx. Le vice n&rsquo;est ni en J\u00e9sus, la R\u00e9volution ou Marx, il est dans la doctrine, dans le seul fait qu&rsquo;il y ait doctrine. Plus la doctrine est solide, serr\u00e9e, d\u00e9finie, plus elle ne sera que sa propre trahison, \u00e0 l&rsquo;instant m\u00eame o\u00f9 elle s&rsquo;instaurera. Et cela, Claude Aveline ne semble pas le voir, qui dit que son proc\u00e8s n&rsquo;est pas \u00ab du communisme en soi, du socialisme \u00ab\u00a0d\u00e9fini\u00a0\u00bb (c&rsquo;est nous qui soulignons) par Marx, Engels, L\u00e9nine. S&rsquo;il est adepte de cette doctrine, ainsi qu&rsquo;il l&rsquo;affirme, son jugement est vici\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but. Exprimer, ainsi que nous l&rsquo;avons fait plus haut, que si les moyens de production de l&rsquo;humanit\u00e9 \u00e9taient mis en commun, en vue de la distribution des biens de consommation, tous les probl\u00e8mes seraient<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">r\u00e9solus, cela n&rsquo;est pas une doctrine. Cela n&rsquo;est que constater de fa\u00e7on simple et \u00e9l\u00e9mentaire le fait que nos hommes d\u2019\u00c9tat, hommes d&rsquo;affaires, g\u00e9n\u00e9raux et sp\u00e9cialistes de toute sorte, s\u00e8ment la mis\u00e8re pour des fins qui leur sont propres. La doctrine commence avec la d\u00e9finition des moyens. Elle commence m\u00eame aussit\u00f4t que l&rsquo;on cherche \u00e0 d\u00e9finir quoi que ce soit. Lorsque Claude Aveline dit \u00ab capitalisme \u00bb, le contenu de ce mot n&rsquo;est pas du tout celui que lui accorde tel \u00e9conomiste de Washington ou de Londres. Il se d\u00e9finit, probablement, en fonction d&rsquo;une doctrine \u00e9labor\u00e9e par Marx il y a quelque quatre-vingt-dix ans. Ce \u00ab capitalisme \u00bb a \u00e9volu\u00e9 depuis, de fa\u00e7on \u00e0 \u00e9chapper \u00e0 toute d\u00e9finition et m\u00eame \u00e0 toute observation. Dans quelle mesure le stali\u00adnisme ne fut-il pas lui-m\u00eame prisonnier d&rsquo;un processus \u00e9co\u00adnomique qui a cristallis\u00e9 un \u00c9tat sur les n\u00e9cessit\u00e9s d&rsquo;un Capitalisme d\u2019\u00c9tat ? Aujourd&rsquo;hui, il n&rsquo;y a pas \u00ab un \u00bb capitalisme, il y a cent modes capitalistes en vigueur, qui s&rsquo;enchev\u00eatrent d&rsquo;une fa\u00e7on inextricable. Nous voici, ainsi que nous le montrions au d\u00e9but de cet ouvrage, devant des mots sans contenu r\u00e9el, objectif, stable.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Cette derni\u00e8re constatation nous livre enfin une des cl\u00e9s de notre analyse : Aveline, en combattant une ortho\u00addoxie (une \u00c9glise) se r\u00e9v\u00e8le h\u00e9r\u00e9tique par rapport \u00e0 cette \u00c9glise, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il est en-dehors de cette \u00c9glise, mais dans le sein de cette Religion. Cette Religion s&rsquo;exprime par des doctrines, dont les mots n&rsquo;ont pas un contenu pr\u00e9cis, mais en fonction desquels Aveline \u00ab se \u00bb pense, pr\u00e9alable\u00adment \u00e0 l&rsquo;action qu&rsquo;il intente. Il y a pr\u00e9sence \u00e0 lui-m\u00eame, donc apparence, donc image, dont les \u00e9l\u00e9ments sont ceux d&rsquo;un corps de doctrine. Tout se passe comme si une doctrine a pomp\u00e9, happ\u00e9 une partie de son moi, lui a donn\u00e9 forme marxiste et l&rsquo;a pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 lui-m\u00eame, avec d&rsquo;autant plus d&rsquo;intensit\u00e9 que ce moi, qui se pense, n&rsquo;est pas lui : il est marxisme.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Nous voici serrant de plus en plus pr\u00e8s le fait religieux, ce qui nous fait aborder le deuxi\u00e8me essai de \u00ab La Voie Libre \u00bb, celui de Jean Cassou, et le troisi\u00e8me, celui de Martin-Chauffier.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Jean Cassou, avec son essai, s&rsquo;est attir\u00e9 le privil\u00e8ge de se voir vilipend\u00e9, tra\u00een\u00e9 dans la boue par les orthodoxes staliniens. L&rsquo;un d&rsquo;eux, un homme sinc\u00e8re et ayant un senti\u00adment tr\u00e8s vif de l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9, nous a dit : trois de ces \u00e9crivains m\u00e9ritent peut-\u00eatre une sorte d&rsquo;estime, mais Jean Cassou est ignoble.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Tandis qu&rsquo;Aveline ne met pas en cause le marxisme-l\u00e9ninisme; tandis que Martin-Chauffier voudrait int\u00e9grer l&rsquo;homme communiste afin de poser les fondements d&rsquo;une justice sociale\u00a0; tandis que Vercors, constatant avec tristesse que ses amis communistes ne veulent pas de sa collabo\u00adration, leur d\u00e9clare n\u00e9anmoins son in\u00e9branlable fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 leur action\u00a0; bref, tandis que la conscience de ces trois \u00e9cri\u00advains \u00ab se \u00bb pense et se d\u00e9finit, en tant qu&rsquo;\u00eatre social, en telle portion qu&rsquo;ils estiment devoir fixer, laquelle, bien que limit\u00e9e, chacune \u00e0 sa mani\u00e8re, les engage, leur dicte une action, leur assigne une position, leur inspire des jugements\u00a0; la conscience de Cassou, elle, brusquement et totalement indign\u00e9e, exc\u00e9d\u00e9e de ces discussions, de ces constatations, de ces explications, de ces mots, de ces mots, tout d&rsquo;un coup violemment intol\u00e9rante de tout jargon, de toute id\u00e9e, et m\u00eame ne voulant plus rien savoir, ne croyant plus \u00e0 rien <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>je ne proclame aucune foi<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\"><sup>2<\/sup><\/a>]\u00a0; renvoie les adversaires dos \u00e0 dos &#8230; <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>une \u00e9trange complicit\u00e9 unit l&rsquo;U.R.S.S. et les \u00c9tats-Unis<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\"><sup>3<\/sup><\/a>] &#8230; <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Choisir entre les deux blocs c&rsquo;est choisir entre deux mensonges<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\"><sup>4<\/sup><\/a>] et les d\u00e9crit tels qu&rsquo;ils lui appa\u00adraissent maintenant, non plus sous l&rsquo;aspect important et grave d&rsquo;hommes et d&rsquo;institutions qui manipulent le destin de l&rsquo;humanit\u00e9, mais comme des bouffons.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Les choses en sont venues<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">, dit-il, <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>\u00e0 un tel point qu&rsquo;en chacun de nos compagnons communistes de la veille nous trouvons aujourd&rsquo;hui un homme arm\u00e9 d&rsquo;une m\u00e9thode et m\u00fb par un comportement o\u00f9 nous reconnaissons les traits carac\u00adt\u00e9ristiques de la mentalit\u00e9 religieuse la plus primitive et la plus fanatique<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">&#8230; [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\"><sup>5<\/sup><\/a>] Ils en arrivent <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>au plus haut degr\u00e9 d&rsquo;hyst\u00e9rie mystique<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\"><sup>6<\/sup><\/a>]\u00a0; leur comportement est d\u00e9termin\u00e9, dict\u00e9 par les puissances supr\u00eames et infaillibles de leur \u00e9glise, dont les ordonnances, <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>en mati\u00e8re de litt\u00e9rature, d&rsquo;esth\u00e9tique, de cirque ou de m\u00e9t\u00e9orologie peuvent choquer votre raison et contredire toute l&rsquo;\u00e9volution de la civilisation humaine : il faut vous y soumettre sans restriction et abjurer solennellement vos erreurs<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\"><sup>7<\/sup><\/a>] &#8230; <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>et les points de ce pro\u00adgramme ne sauraient se formuler que dans le langage com\u00admuniste. Dans la liturgique phras\u00e9ologie communiste<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote8sym\" name=\"sdfootnote8anc\"><sup>8<\/sup><\/a>].<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Laissons l\u00e0 la description de ce qu&rsquo;est, selon Cassou, cette \u00c9glise de cirque. Martin-Chauffier lui dira tout \u00e0 l&rsquo;heure que cela n&rsquo;est pas une \u00c9glise. Dans les r\u00e9flexions que feront na\u00eetre en nous ce d\u00e9bat si vaste et si complexe, nous essaierons de d\u00e9velopper l&rsquo;objet de notre ouvrage. Du sein m\u00eame de cette angoisse de quatre \u00e9crivains, de quatre des hommes les plus dignes d&rsquo;estime de notre \u00e9poque, dont la conscience s&rsquo;est toujours voulue personnelle, int\u00e8gre et libre, et largement humaine dans le social, du sein de cette angoisse qui est la n\u00f4tre, peut-\u00eatre verrons-nous surgir quelque clart\u00e9. Car les d\u00e9bats sont \u00e0 peine amorc\u00e9s, et brouill\u00e9s d\u00e8s le d\u00e9but par leur objet m\u00eame : le capitalisme, le communisme. Nous avons indiqu\u00e9, \u00e0 propos de l&rsquo;essai de Claude Aveline, qu&rsquo;il est moins int\u00e9ressant de reprocher \u00e0 la politique d&rsquo;une Institution de s&rsquo;opposer \u00e0 la doctrine sur laquelle elle s&rsquo;appuie, que d&rsquo;aller rechercher dans l&rsquo;exis\u00adtence m\u00eame de toute doctrine, les raisons qui l&rsquo;obligeront \u00e0 s&rsquo;opposer \u00e0 elle-m\u00eame, \u00e0 son instauration. Or, une doctrine n&rsquo;est pas un produit naturel, comme un arbre ou une pierre. Une doctrine est le produit de la pens\u00e9e. Et l&rsquo;adh\u00e9sion \u00e0 une doctrine provient du besoin qu&rsquo;a l&rsquo;adepte de \u00ab se \u00bb penser. Pourquoi \u00e9prouve-t-il ce besoin ? Nous avons vu Descartes \u00ab se \u00bb penser, afin de vivre le plus agr\u00e9ablement possible. Nous verrons Sartre \u00ab se \u00bb penser en d\u00e9pit de lui-m\u00eame, et pouss\u00e9 par le philosophe en lui, afin de vivre de la fa\u00e7on la plus angoiss\u00e9e possible. Nous avons vu Descartes \u00ab se \u00bb penser parce qu&rsquo;il s&rsquo;est d\u00e9fini \u00ab chose \u00bb. Nous verrons Sartre d\u00e9clarer ne pas pouvoir \u00ab se \u00bb penser, parce que l&rsquo;\u00eatre de l&rsquo;homme est un n\u00e9ant, et, par ce biais, \u00ab se \u00bb pensant tout de m\u00eame, philosophe.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Voil\u00e0 le fond du d\u00e9bat. Penser, avons-nous \u00e9crit au d\u00e9but de cet ouvrage, en citant Julien Benda, c&rsquo;est penser \u00e0 quelque chose. Si je \u00ab me \u00bb pense, il faut bien que je \u00ab me \u00bb pense quelque chose, sans quoi je ne serais rien. Et ce quelque chose ne peut \u00eatre que quelque chose d&rsquo;ext\u00e9rieur \u00e0 moi-m\u00eame, sans quoi je ne pourrais pas l&rsquo;appr\u00e9hender. Je ne peux pas, en effet, me pr\u00e9senter \u00e0 moi-m\u00eame une repr\u00e9\u00adsentation de moi-m\u00eame, si cette repr\u00e9sentation n&rsquo;est pas objective \u00e0 mon esprit. Cette pens\u00e9e de moi-m\u00eame, je suis bien forc\u00e9 de la constituer avec des \u00e9l\u00e9ments. Et ces \u00e9l\u00e9\u00adments sont n\u00e9cessairement statiques, le temps que je puisse les voir. Mais, plus je r\u00e9fl\u00e9chis et m&rsquo;aper\u00e7ois que \u00ab je \u00bb ne suis pas telle ou telle identification en vertu de laquelle je \u00ab me \u00bb pensais sans le savoir (\u00e0 la fa\u00e7on du \u00ab moi \u00bb qui cherchait de l&rsquo;eau de fleur d&rsquo;oranger dans un r\u00eave, ou de l&rsquo;enfant au \u00ab pour-moi \u00bb instantan\u00e9) plus s&rsquo;ouvre en moi un gouffre int\u00e9rieur, qui est gouffre parce qu&rsquo;il est impensable.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Et, ayant rompu mes diverses et successives identifications avec tout le pensable, force m&rsquo;est de constater que l&rsquo;\u00eatre de cette conscience qui a, \u00e0 juste raison, refus\u00e9 de se reconna\u00eetre partout o\u00f9 elle se retrouvait, n&rsquo;est qu&rsquo;un n\u00e9ant \u00e0 soi-m\u00eame, \u00e0 tout jamais en fuite devant sa propre investi\u00adgation.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">C&rsquo;est l\u00e0 que commence le vertige et que s&rsquo;offrent, en mani\u00e8re de m\u00e9decine, ces prolongements de soi, ces identi\u00adfications avec un d\u00e9passement, ou avec un surpassement :<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">l&rsquo;un humain, l&rsquo;autre divin. Apparemment \u2013 et, comme nous nous interdisons de les situer, l&rsquo;on voudra ne prendre ceci que comme une tentative d&rsquo;\u00e9claircissement \u2013 Aveline et Vercors optent pour la premi\u00e8re m\u00e9decine, Martin\u00ad-Chauffier insiste pour les deux, Cassou les refuse toutes les deux. Il les refuse, parce qu&rsquo;\u00e0 chaque rejet d&rsquo;un quelque-chose en vertu de quoi il e\u00fbt pu se penser \u2013 ou s&rsquo;\u00e9tait pens\u00e9, pendant quelque temps \u2013 le non-quelque-chose r\u00e9sultant de cette op\u00e9ration, loin de lui donner le vertige, l&rsquo;amuse. Oui, l&rsquo;amuse. Et ce jeu, qui est un acte de cr\u00e9ation spon\u00adtan\u00e9e (\u00ab j&rsquo;ai un certain go\u00fbt de la cr\u00e9ation libre \u00bb) [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote9sym\" name=\"sdfootnote9anc\"><sup>9<\/sup><\/a>] est aussi un travail, et est certainement l&rsquo;action d&rsquo;une conscience r\u00e9volutionnaire. Mais le mot action n&rsquo;a plus le sens qu&rsquo;on lui donne en g\u00e9n\u00e9ral, parce qu&rsquo;on ne sait plus o\u00f9 ni comment d\u00e9finir cette action qui se veut incr\u00e9\u00e9e. Il emploie les mots \u00ab patriote \u00bb et \u00ab d\u00e9mocrate \u00bb, mais il n&rsquo;est ni patriote ni d\u00e9mocrate, c&rsquo;est son c\u0153ur qui l&rsquo;est : \u00ab tout c\u0153ur patriote et d\u00e9mocrate \u00e9pris d&rsquo;ind\u00e9pendance nationale, de justice sociale&#8230; \u00bb etc&#8230; [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote10sym\" name=\"sdfootnote10anc\"><sup>10<\/sup><\/a>] Il y a l\u00e0 plus qu&rsquo;une nuance, il y a un refus de syst\u00e9matisation. Et ces principes, qu&rsquo;il veut que l&rsquo;on cultive au fur et \u00e0 mesure que l&rsquo;on se bat pour eux \u00ab sont des principes de valeur humaine et universelle \u00bb [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote11sym\" name=\"sdfootnote11anc\"><sup>11<\/sup><\/a>]. Leur d\u00e9finition n&rsquo;ira gu\u00e8re plus loin, donc n&rsquo;aidera \u00e9videmment personne \u00e0 \u00ab se \u00bb penser. Ni \u00e0 penser la r\u00e9volution. Les th\u00e9ories pr\u00e9fabriqu\u00e9es ne sont pas des facteurs de r\u00e9volution.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">O\u00f9 en est, aujourd&rsquo;hui, le dogme fondamental de la doctrine marxiste : celui de la fonction historique du prol\u00e9tariat ? <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Les mouvements ouvriers constituaient le nerf m\u00eame et le cou\u00adrant, le d\u00e9veloppement des diverses nations. En s&rsquo;accomplis\u00adsant les mouvements ouvriers accomplissaient la nation, et leur composition et leur convergence tendaient \u00e0 l&rsquo;av\u00e8nement de la d\u00e9mocratie universelle et par cons\u00e9quent \u00e0 la paix du monde. Ils ne tendent plus aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;\u00e0 devenir, comme les nations m\u00eames des \u00ab\u00a0satellites \u00bb. On veut les persuader qu&rsquo;ils ne peu\u00advent plus se manifester que sous l&rsquo;effet de la propagande et de la police et par le secours, ou le contr\u00f4le, ou l&rsquo;oppression de l&rsquo;Arm\u00e9e Rouge. Et bien, il leur faut retrouver leur v\u00e9rit\u00e9. Il leur faut retrouver leurs sources r\u00e9volutionnaires. C&rsquo;est la premi\u00e8re condition \u00e0 r\u00e9aliser pour permettre \u00e0 toute nation de prendre conscience d&rsquo;elle-m\u00eame<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">&#8230; [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote12sym\" name=\"sdfootnote12anc\"><sup>12<\/sup><\/a>] <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Pour ce qui est de la cause de la r\u00e9volution, il peut para\u00eetre qu&rsquo;elle n&rsquo;ait rien \u00e0 gagner \u00e0 cet asservissement. Il peut para\u00eetre que si notre peuple a produit quelques r\u00e9volutions \u2013 assez retentissantes \u2013 au cours de son histoire, c&rsquo;est qu&rsquo;il les a voulues et faites et non pas qu&rsquo;il les a re\u00e7ues sous forme pr\u00e9fabriqu\u00e9e. Et c&rsquo;est que les faisant, il s&rsquo;effor\u00e7ait au plein d\u00e9veloppement de son caract\u00e8re, tendait \u00e0 son plus haut<\/i><\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>pouvoir cr\u00e9ateur, \u00e0 sa plus compl\u00e8te libert\u00e9<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote13sym\" name=\"sdfootnote13anc\"><sup>13<\/sup><\/a>].<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Ces pens\u00e9es sont de la plus haute importance. De m\u00eame qu&rsquo;un individu acquiert un sentiment de libert\u00e9 r\u00e9elle lors\u00adque, par le plein d\u00e9veloppement de son caract\u00e8re personnel, il se voit d\u00e9pouill\u00e9 de tous les \u00e9l\u00e9ments ext\u00e9rieurs (sociaux, religieux) dont il a reconnu qu&rsquo;ils cristallisaient sa con\u00adscience dans la mesure o\u00f9, paradoxalement, il n&rsquo;\u00e9tait pas lui-m\u00eame, mais l&rsquo;adepte de quelque doctrine\u00a0; de m\u00eame le peuple (et non telle ou telle classe du peuple, choisie, \u00e9lue, comme devant \u00eatre, comme \u00e9tant charg\u00e9e de mission r\u00e9volutionnaire) ; le peuple, tel qu&rsquo;il peut se retrouver lui-m\u00eame, brusquement conscient de sa libert\u00e9 sous le coup d&rsquo;\u00e9v\u00e9\u00adnements, et int\u00e9grant en son sein tous ceux qui se sentiront int\u00e9gr\u00e9s en lui, prol\u00e9taires ou marchandes des halles, employ\u00e9s ou tondeurs de chiens, le peuple r\u00e9volutionnaire sera le lieu et le r\u00e9ceptacle d&rsquo;une force spontan\u00e9e, inatten\u00addue, imp\u00e9rissable et cr\u00e9atrice. R\u00e9volution = Libert\u00e9 = Cr\u00e9a\u00adtion. Tel est, il nous semble, le sens que Cassou donne \u00e0 la R\u00e9volution. Depuis les philosophes du 18e qui avaient insuffl\u00e9 aux consciences ce sens de libert\u00e9 cr\u00e9atrice, auquel nous devons nos R\u00e9volutions, ce renouveau n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 senti. Cassou s&rsquo;est efforc\u00e9 de l&rsquo;exprimer, on le trouve ignoble, et personne n&rsquo;a compris ce qu&rsquo;il voulait dire. Nous admettons que cette prise de conscience, faite d&rsquo;infinies d\u00e9possessions, est difficile \u00e0 comprendre. Nos esprits ne savent proc\u00e9der que par accumulations, et la vraie R\u00e9volution leur appara\u00eet, par cons\u00e9quent, comme une id\u00e9e impossible \u00e0 concevoir. Elle l&rsquo;est, en effet, car ce que je con\u00e7ois aujourd&rsquo;hui, demain sera vieux devant l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement neuf, et de ce fait, m&#8217;emp\u00ea\u00adchera de voir cet \u00e9v\u00e9nement tel qu&rsquo;il sera dans sa r\u00e9alit\u00e9 et le r\u00e9volutionnaire que je m&rsquo;imaginerai toujours \u00eatre ne sera qu&rsquo;un th\u00e9oricien, un docteur, un m\u00e9taphysicien.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Et nous voici parvenus \u00e0 la querelle de Martin-Chauffier, dont l&rsquo;esprit aigu et la conscience in\u00e9branlable, pren\u00adnent le chemin inverse de celui de Cassou.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Voici la querelle : apr\u00e8s avoir parl\u00e9 de <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>l&rsquo;opposition fon\u00addamentale entre le christianisme providentiel et le marxisme ath\u00e9e<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote14sym\" name=\"sdfootnote14anc\"><sup>14<\/sup><\/a>] et violemment pris \u00e0 parti <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>les diacres de la nou\u00advelle \u00e9glise<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote15sym\" name=\"sdfootnote15anc\"><sup>15<\/sup><\/a>], Martin-Chauffier, se reprenant, reconna\u00eet que <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>ce terme de \u00ab nouvelle \u00e9glise \u00bb est tenu par les desservants pour \u00ab un slogan \u00e9cul\u00e9 \u00bb<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">, et reconna\u00eet lui-m\u00eame volontiers <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas r\u00e9ellement ici d&rsquo;une nouvelle \u00e9glise, d&rsquo;une nouvelle religion, mais d&rsquo;un culte idol\u00e2tre qui d\u00e9nature par ses pratiques et par sa liturgie, la pens\u00e9e marxiste-l\u00e9niniste, laquelle se suffit fort bien \u00e0 elle-m\u00eame, sans ces parodies du sacr\u00e9<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">. R<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>endons \u00e0 Claude Aveline l&rsquo;hommage de l&rsquo;invention<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> \u2013 continue Martin-Chauffier \u2013 <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>c&rsquo;est dans son essai de l&rsquo;Heure du Choix : les \u00c9glises et l&rsquo;Homme, qu&rsquo;il a, le premier, trait\u00e9 ce rapprochement entre l\u2019\u00c9glise catholique, l&rsquo;\u00e9glise communiste et l&rsquo;\u00e9glise capitaliste<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Il en a trait\u00e9 en anticl\u00e9rical et en ath\u00e9e&#8230; et a ouvert les voies \u00e0 Jean Cassou, ath\u00e9e d&rsquo;aussi bon teint, qui, dans \u00ab Esprit \u00bb, a donn\u00e9, du comportement des \u00e9glises, une d\u00e9finition parente de celle d&rsquo;Aveline (comment en irait-il autrement ?)<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>N&rsquo;en d\u00e9plaise \u00e0 l&rsquo;un et \u00e0 l&rsquo;autre \u2013 ils ne l&rsquo;apprennent pas aujourd&rsquo;hui \u2013 cette d\u00e9finition accentu\u00e9e par Cassou qui, visiblement, s&rsquo;inspire surtout du communisme devenu stalinien, si elle vise aussi l\u2019\u00c9glise catholique, n&rsquo;en atteint qu&rsquo;une repr\u00e9sentation toute ext\u00e9rieure, et n\u00e9glige les r\u00e9alit\u00e9s de la vraie religion : \u00ab Une \u00c9glise <\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">\u2013 \u00e9crit Jean Cassou \u2013<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i> impose des dogmes, et lorsqu&rsquo;elle proclame un fait, ce fait prend l&rsquo;allure d&rsquo;un dogme et ne saurait \u00eatre soumis \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude critique&#8230; Une \u00c9glise prohibe le libre examen, et, pour plus de s\u00fbret\u00e9, \u00e9tend son autorit\u00e9 \u00e0 tous les domaines, y compris la biologie, la peinture et sans doute le cirque et le jardinage. Dans son anxieux souci de puissance, elle se fait totalitaire. Par ses associations, ses patronages, ses<\/i><\/span><\/span><\/span><i> <\/i><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>bulles et bulletins, par toute une m\u00e9canique de formules et de c\u00e9r\u00e9monies, elle se r\u00e9pand dans tous les milieux, influence les comportements priv\u00e9s et publics et forme de chaque individu qui tombe sous sa coupe un homme nouveau, d&rsquo;un seul tenant, d&rsquo;une seule pi\u00e8ce, et dont chaque r\u00e9action deviendra calcul\u00e9e et attendue&#8230; \u00bb Sans doute Cassou ignore-t-il&#8230; la \u00ab libert\u00e9 des enfants de Dieu qui, en dehors des dogmes \u2013 explication des Saintes \u00c9critures \u2013 conservent leur libre arbitre en philosophie, en politique, en sociologie, comme en peinture et en jardinage, et ne se privent pas d&rsquo;en user. Comment imaginer le catholique \u00ab\u00a0d&rsquo;un seul tenant, d&rsquo;une seule pi\u00e8ce\u00a0\u00bb, quand on en trouve dans tous les camps, quelle que soit, dans l&rsquo;ordre terrestre, la question disput\u00e9e ou l&rsquo;entreprise offerte ? Je sais bien qu&rsquo;en \u00e9crivant cette d\u00e9finition, dont je ne cite que le d\u00e9but, Cassou pensait \u00e0 cette artificielle ossature religieuse autour de laquelle se construit le nouveau temple, comme s&rsquo;il \u00e9tait besoin d&rsquo;une Rome quand elle n&rsquo;est gardienne d&rsquo;aucune v\u00e9rit\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9e<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">\u2026<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Martin-Chauffier condamne \u00e0 fond et sans r\u00e9serves le capitalisme. En revanche, il ne fait que critiquer <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>le commu\u00adnisme, et notamment le parti communiste fran\u00e7ais, dans ses modalit\u00e9s, ses proc\u00e9d\u00e9s, ses m\u00e9thodes, non point dans ses doctrines ni dans ses fins. Je continue \u00e0 penser, dit-il, qu&rsquo;une forme nouvelle de civilisation, h\u00e9riti\u00e8re des valeurs anciennes et tourn\u00e9e vers le progr\u00e8s, vivante enfin, ne peut se passer de l&rsquo;apport \u00e9conomique et social fourni par le marxisme. Si, \u00e0<\/i><\/span><\/span><\/span><i> <\/i><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>la libert\u00e9 de l&rsquo;homme et \u00e0 sa dignit\u00e9, suffisent \u2013 pourvu qu&rsquo;elles soient appliqu\u00e9es \u2013 les d\u00e9finitions lentement \u00e9labor\u00e9es<\/i><\/span><\/span><\/span><i> <\/i><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>par des si\u00e8cles de disputes constructives entre le christianisme et ce que j&rsquo;appelle le rationalisme (particuli\u00e8rement les recher\u00adches des philosophes du 18e si\u00e8cle) (bien qu&rsquo;il y ait aussi un<\/i><\/span><\/span><\/span><i> <\/i><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>rationalisme chr\u00e9tien et un rationalisme marxiste), il en va tout autrement de la justice sociale dont les fondements m\u00eames n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 pos\u00e9s<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote16sym\" name=\"sdfootnote16anc\"><sup>16<\/sup><\/a>].<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Et, pour compl\u00e9ter les pi\u00e8ces de ce proc\u00e8s, citons enfin cette courte d\u00e9claration de Cassou\u00a0: <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Je consens \u00e0 me d\u00e9cla\u00adrer chr\u00e9tien en tant que souscrivant aux maximes de l\u2019\u00c9vangile<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote17sym\" name=\"sdfootnote17anc\"><sup>17<\/sup><\/a>].<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Le fond de ce d\u00e9bat m\u00e9ritait qu&rsquo;on ne le laiss\u00e2t pas dans l&rsquo;ombre. Qu&rsquo;importe au public des positions moins d\u00e9finies que d\u00e9crites et moins d\u00e9crites que vaguement \u00e9prouv\u00e9es en tant que cons\u00e9quences d&rsquo;adh\u00e9sions psychiques et mentales \u00e0 quelque religion dont tout ce que l&rsquo;on dit<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">\u00e9chappe \u2013 et veut \u00e9chapper \u2013 au jugement ? Si Cassou, se laissant parfois entra\u00eener par le plaisir de sa plume, d\u00e9crit des hommes \u00ab d&rsquo;un seul tenant, d&rsquo;une seule pi\u00e8ce \u00bb, Martin\u00ad-Chauffier triomphe sans peine en lui montrant que les Catholiques ne sont pas ainsi faits. Il n\u00e9glige toutefois de nous dire qu&rsquo;ils partagent ce privil\u00e8ge avec n&rsquo;importe quel \u00eatre humain, quelque primitif, sauvage et stupide qu&rsquo;il puisse \u00eatre, et m\u00eame avec un nombre consid\u00e9rable d&rsquo;ani\u00admaux. Tout animal susceptible d&rsquo;\u00eatre dress\u00e9 subit une imposition \u00ab bien-faire \u00bb, \u00ab mal-faire \u00bb, et s&rsquo;y conforme<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">dans la mesure o\u00f9 elle sait se rendre persuasive \u2013 par le sucre et le fouet. Le psychisme le plus \u00e9l\u00e9mentaire est accessible \u00e0 la notion d&rsquo;une opposition bien-mal et, aussit\u00f4t, n&rsquo;est plus \u00ab d&rsquo;un seul tenant, d&rsquo;une seule pi\u00e8ce \u00bb, mais de deux tenants, de deux pi\u00e8ces. Et Martin-Chauffier nous montre que, sur ce point, un psychisme des plus complexes \u2013 le sien \u2013 n&rsquo;est pas autrement construit : par division. Sa premi\u00e8re et meilleure moiti\u00e9, celle qui emporte avec elle<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> l&rsquo;identification, le moi-Martin-Chauffier, ressemble \u00e0 s&rsquo;y tromper \u00e0 celle de Descartes : \u00ab retenant constamment la religion en laquelle Dieu m&rsquo;a fait la gr\u00e2ce d&rsquo;\u00eatre instruit d\u00e8s mon enfance&#8230; \u00bb Avec cette diff\u00e9rence cependant, et qui compte, que Descartes dit retenir sa religion, mais que Martin-Chauffier d\u00e9clare \u00eatre retenu par elle, avoir abdiqu\u00e9 en elle son libre-arbitre, et l&rsquo;avoir confi\u00e9 \u00e0 un interpr\u00e8te. Son \u00ab Pour le reste \u00bb (voyez Descartes), sa seconde moiti\u00e9, il se sent ensuite libre de la laisser aller o\u00f9 bon lui semble et se comporter \u00e0 son gr\u00e9. Cette libert\u00e9 consiste \u00e0 voir les choses telles qu&rsquo;elles ne sont pas : au Communiste il accorde une sorte de surintendance sur l&rsquo;organisation strictement mat\u00e9rielle du monde, dont le Communiste ne saurait que faire\u00a0; quant \u00e0 l&rsquo;\u00c9glise, il veut se persuader que son Royaume n&rsquo;est pas de ce monde, ce qui est si manifestement en contradiction avec les faits, que ce point de vue serait h\u00e9r\u00e9tique si Martin-Chauffier n&rsquo;\u00e9chappait par ce biais \u00e0 l&rsquo;excommunication.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Retenant tout de suite, en cette affaire, ce qui nous<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">importe \u2013 la perception de soi par opposition \u00e0 la connaissance de soi \u2013 notons que, dans cette conscience coup\u00e9e en deux, la perception de soi, l&rsquo;identification, se d\u00e9gage de la partie o\u00f9 n&rsquo;existe pas de libre arbitre. Libre arbitre veut dire d&rsquo;abord pens\u00e9e, puis libert\u00e9, puis jugement bas\u00e9 sur cette libert\u00e9 de pens\u00e9e. Ainsi Martin-Chauffier nous r\u00e9v\u00e8le qu&rsquo;il \u00ab se \u00bb pense l\u00e0 o\u00f9 il ne pense pas, que son \u00eatre est engag\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 lui ne l&rsquo;est pas. Il nous revient qu&rsquo;au cours d&rsquo;un entretien avec un ami sur le conditionnement de l&rsquo;esprit, Martin-Chauffier se leva dramatiquement de sa chaise, et, marchant avec agitation, s&rsquo;\u00e9cria : \u00ab Vous ne me convaincrez pas, et si vous y parveniez, vous commettriez un meurtre \u00bb. Il ne nous en voudra certainement pas de r\u00e9v\u00e9ler ce moment si bouleversant d&rsquo;une conscience humaine. Ce Chr\u00e9tien sait sans doute que la mort corporelle illustr\u00e9e par le mythe de J\u00e9sus n&rsquo;est pas douleur; que les larmes et la sueur de sang et l&rsquo;effroi devant le calice de mort sont ceux de l&rsquo;ab\u00eeme vrai, du seul ab\u00eeme qui soit : la mort de la conscience. Un dieu crucifi\u00e9, souffrant mille morts physiques, tel est le mythe pa\u00efen\u00a0; un dieu mourant, lan\u00e7ant le cri de d\u00e9tresse d&rsquo;une conscience priv\u00e9e d&rsquo;elle-m\u00eame, voil\u00e0 le sens du mythe chr\u00e9tien. Mais, l\u00e0 encore, Martin-Chauffier nous montre qu&rsquo;une conscience adulte et \u00e9volu\u00e9e jusqu&rsquo;aux limites du complexe, se comporte de la m\u00eame fa\u00e7on qu&rsquo;une conscience \u00e9l\u00e9mentaire. Le Martin-Chauffier-pour-moi\u00ad-catholique se sent pris de vertige \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il pourrait ne pas \u00eatre lui, tout comme un enfant se met \u00e0 pleurer si on lui dit : tu n&rsquo;es pas Jean, tu n&rsquo;es pas Marie. Descartes le dit : ses mots \u00ab instruit d\u00e8s mon enfance \u00bb ne laissent aucun doute sur la continuit\u00e9 de cette identification. Descartes, Martin-Chauffier \u00ab sont \u00bb litt\u00e9ralement la conscience qui r\u00e9sulte d&rsquo;un impensable en fonction duquel ils s&rsquo;imaginent se penser. Pour comprendre ce stratag\u00e8me de la conscience, nous n&rsquo;avons qu&rsquo;\u00e0 nous r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 l&rsquo;impensable cause du r\u00eave qui nous a servi d&rsquo;exemple : cette cause \u00e9tait un bruit sous la fen\u00eatre du dormeur, et \u00e9tait impensable sous peine d&rsquo;\u00e9veil.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Cette cause, impensable, donc impens\u00e9e (pr\u00e9cisons : con\u00adsciemment impensable, donc consciemment impens\u00e9e) avait engendr\u00e9 une conscience qui \u00ab se \u00bb pensait en tant que n\u00e9cessit\u00e9, \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat pur, d&rsquo;un pour-moi en qu\u00eate d&rsquo;eau de fleur d&rsquo;oranger. Ici, chez Descartes et Martin-Chauffier, l&rsquo;impensable est l&rsquo;Impensable tout court. C&rsquo;est le myst\u00e8re de l&rsquo;existence de l&rsquo;Univers. Mieux : c&rsquo;est l&rsquo;imp\u00e9n\u00e9trable constatation que quelque chose existe. Mieux encore : c&rsquo;est l&rsquo;impensable \u00ab il y a \u00bb. Et aussit\u00f4t, venant en h\u00e2te au secours du penseur, qui refuse de mourir au seuil de cet impensable, le mot Dieu, fait de rien, vide de sens et de contenu, \u00ab situe \u00bb<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">le penseur, qui, faute d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments r\u00e9els \u00e0 la pens\u00e9e, en est r\u00e9duit \u00e0 ne se situer que par rapport \u00e0 soi-m\u00eame, d&rsquo;o\u00f9 la notion \u00ab je suis \u00bb.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">S&rsquo;il est vrai que ce qui se con\u00e7oit bien s&rsquo;\u00e9nonce claire\u00adment, ce qui ne se con\u00e7oit pas du tout s&rsquo;\u00e9nonce avec l&rsquo;ex\u00adtr\u00eame l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 d&rsquo;un esprit vide. On a consacr\u00e9 des milliards de mots \u00e0 la th\u00e9ologie, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 la science de l&rsquo;incon\u00adcevable. De l&rsquo;inconcevable par d\u00e9finition. L&rsquo;esprit humain s&rsquo;est tortur\u00e9 de toutes les mani\u00e8res pour donner les preuves de l&rsquo;existence de l&rsquo;inconcevable \u2013 existence qui tombe sous le sens \u2013 mais en l&rsquo;appelant Dieu, ce qui le fait \u00e9chapper au sens le plus recherch\u00e9, le moins saisissable. Curieuse com\u00e9die philosophique, qui fait prof\u00e9rer une, deux, trois, dix preuves de l&rsquo;existence de \u00ab Dieu \u00bb, dont les d\u00e9finitions \u2013 Perfection Absolue, \u00catre Supr\u00eame, Cause Premi\u00e8re et autres mots sans contenu \u2013 ne se con\u00e7oivent pas, sans quoi on concevrait Dieu. On demande \u00e0 Descartes, \u00e0 Martin-\u00adChauffier : Dieu existe-t-il ? Ils r\u00e9pondent oui. On demande \u00e0 un Communiste, \u00e0 Jean-Paul Sartre : Dieu existe-t-il ? Ils r\u00e9pondent non. Mais les uns et les autres savent que ce mot est inconcevable. On se demanderait alors \u00e0 quoi ils jouent, si, malgr\u00e9 eux, on ne voyait clair \u00e0 travers leur jeu.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">On nous rapportait r\u00e9cemment qu&rsquo;un lecteur de l&rsquo;organe du gouvernement sovi\u00e9tique, la \u00ab Pravda \u00bb de Moscou, ayant \u00e9crit \u00e0 ce journal pour demander si la croyance en Dieu est compatible avec le fait d&rsquo;\u00eatre communiste, avait re\u00e7u, comme r\u00e9ponse, dans les colonnes de ce quotidien, une mani\u00e8re de sermon o\u00f9 le r\u00e9dacteur lui d\u00e9montrait que si ce lecteur croyait en Dieu, c&rsquo;est qu&rsquo;il ne croyait pas assez en la Science, et lui reprochait son manque de foi. Si ce r\u00e9dacteur \u00e9tait communiste selon le v\u0153u de Martin-Chauf\u00adfier, il aurait r\u00e9pondu : \u00ab nous sommes une entreprise de travaux publics, une coop\u00e9rative de production et distribution\u00a0; votre question ne nous concerne pas\u00a0; il est absurde de nous l&rsquo;adresser \u00bb. Mais s&rsquo;il ne r\u00e9pond pas ainsi, c&rsquo;est parce que la doctrine marxiste-l\u00e9niniste et ses fins, avec lesquelles Martin-Chauffier d\u00e9clare \u00eatre d&rsquo;accord, ne sont pas, elles, du tout d&rsquo;accord avec Martin-Chauffier. Il voudrait les \u00ab int\u00e9grer \u00bb, elles voudraient le \u00ab liquider \u00bb. Il voudrait que \u00ab les d\u00e9finitions lentement \u00e9labor\u00e9es par des si\u00e8cles de disputes constructives entre le Christianisme&#8230; etc&#8230; \u00bb soient compagnons de route d&rsquo;une \u00ab justice sociale dont les fondements m\u00eames n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 pos\u00e9s \u00bb\u00a0; elles voudraient que ces d\u00e9finitions id\u00e9alistes qui, pour emprunter une appr\u00e9\u00adciation de Marx sur Hegel, \u00ab marchent sur la t\u00eate \u00bb, soient totalement renvers\u00e9es et remplac\u00e9es par une conception dialectique (sans cesse en mouvement), mat\u00e9rialiste, exp\u00e9\u00adrimentale, scientifique, de l&rsquo;homme et de sa place dans l&rsquo;Univers. Il y a l\u00e0 deux structures de pens\u00e9e qui ne pourront jamais s&rsquo;accoupler. Martin-Chauffier pense \u00eatre d&rsquo;accord avec la th\u00e9orie du marxisme et non avec ceux qui appliquent cette th\u00e9orie. Reprenons donc l&rsquo;Anti-D\u00fchring [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote18sym\" name=\"sdfootnote18anc\"><sup>18<\/sup><\/a>], c&rsquo;est-\u00e0-dire les fondements m\u00eames du marxisme philosophique.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">L&rsquo;on sait en effet que le manifeste du communisme fut sign\u00e9 par Marx et Engels\u00a0; quant \u00e0 l&rsquo;Anti-D\u00fchring : <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>la conception expos\u00e9e dans ce livre ayant, pour la part de beau\u00adcoup la plus grande, \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e et d\u00e9velopp\u00e9e par Marx,<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00e9crit Engels dans sa pr\u00e9face \u00e0 la seconde \u00e9dition du 23 sep\u00adtembre 1885<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>, et pour la moindre part seulement par moi, il allait de soi que je n&rsquo;\u00e9crivisse pas cet expos\u00e9 \u00e0 son insu. Je lui ai lu le manuscrit tout entier avant l&rsquo;impression : pour le deuxi\u00e8me chapitre de la partie consacr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie politique (sur l&rsquo;histoire critique), il fut \u00e9crit par Marx.<\/i><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Nous voici donc, avec l&rsquo;Anti-D\u00fchring, aux sources de cette pens\u00e9e. Elle est (s&rsquo;il faut, pour la situer, employer des mots barbares en vogue de nos jours) plus ph\u00e9nom\u00e9nologique et plus existentialiste que ne le sont les trait\u00e9s de nos nou\u00adveaux m\u00e9taphysiciens. Elle se trouve exactement au point de rupture de toute la philosophie dite id\u00e9aliste, l\u00e0 o\u00f9 Hegel l&rsquo;avait conduite et o\u00f9 Marx et Engels l&rsquo;ont renvers\u00e9e. Ils se sont empar\u00e9s du mouvement abstrait contenu dans \u00ab <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>La Ph\u00e9nom\u00e9nologie de l&rsquo;Esprit<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00bb et l&rsquo;ont plong\u00e9 dans&#8230; le ph\u00e9nom\u00e8ne tout court. Afin de bien saisir l&rsquo;opposition irr\u00e9\u00adductible de cette pens\u00e9e et de ce que l&rsquo;on appelle le ratio\u00adnalisme chr\u00e9tien, il nous faudra ici la r\u00e9sumer quelque peu\u00a0; puis indiquer comment, parall\u00e8lement \u00e0 cette ligne de pens\u00e9e, s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9 un existentialisme chr\u00e9tien, \u00e9mo\u00adtionnel, n\u00e9o-romantique, avec Kierkegaard et Heidegger (apparent\u00e9 \u00e0 Dosto\u00efevsky) ; suivre cette double ligne jusque chez Sartre, \u00e0 travers sa tentative d&rsquo;ontologie ph\u00e9nom\u00e9no\u00adlogique; revenir enfin aux positions que Cassou et Martin\u00ad-Chauffier occupent : l&rsquo;un par rapport aux \u00c9vangiles, alors que souscrivant \u00e0 leurs maximes, il consent, sans Dieu, \u00e0 se d\u00e9clarer chr\u00e9tien\u00a0; l&rsquo;autre par rapport aux dogmes de l\u2019\u00c9glise, alors qu&rsquo;il d\u00e9clare que les fondements m\u00eames de la justice sociale n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 pos\u00e9s. Laissons donc de c\u00f4t\u00e9, pour l&rsquo;instant, cet aspect de leur querelle et r\u00e9sumons ce qui vient d&rsquo;\u00eatre expos\u00e9, en nous souvenant de ce que nous \u00e9crivions plus haut, \u00e0 propos des pr\u00eatres de Nemi.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Nous disions que le Croyant est celui qui se per\u00e7oit en tant qu&rsquo;\u00e9l\u00e9ment d&rsquo;une repr\u00e9sentation dont le th\u00e8me est l&rsquo;existence d&rsquo;une vie transcendante, qu&rsquo;il ne conna\u00eet pas, mais dont il s&rsquo;imagine qu&rsquo;elle peut \u00eatre capt\u00e9e par le tru\u00adchement d&rsquo;objets (pain, vin, reliques, etc.) et de gestes (rituels) et ensuite absorb\u00e9e (par attouchements, absorp\u00adtion ou formules). Il y a l\u00e0, toujours, transfert imaginaire<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">de vitalit\u00e9. Les objets et les symboles du culte sont cens\u00e9s prendre sur eux, en eux, par les soins d&rsquo;un clerg\u00e9, la partie transcendante du Croyant et la conduire dans une transcen\u00addance absolue, ce transfert \u00e9tant, de ce fait, une substitution de souffrance. Il r\u00e9sulte de cette analyse qu&rsquo;il n&rsquo;existe pas de religion organis\u00e9e, qui ne soit idol\u00e2tre et f\u00e9tichiste. Elles le sont de fa\u00e7ons plus ou moins grossi\u00e8res mais elles le sont toutes. En conclusion, le Communisme n&rsquo;est donc ni une religion, ni une \u00e9glise, puisque \u00e0 tort ou \u00e0 raison, il ne confie qu&rsquo;\u00e0 la raison le soin de d\u00e9brouiller nos probl\u00e8mes.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Il n&rsquo;est que trop vrai que l&rsquo;application d&rsquo;une fa\u00e7on de penser devient doctrine, qu&rsquo;une doctrine devient politique, qu&rsquo;une politique devient force polici\u00e8re, coercition et le reste. Nous avons assez comment\u00e9 ce processus \u00e0 propos de l&rsquo;essai de Claude Aveline, pour n&rsquo;y plus revenir. Mais ce fa\u00e7onnement, ce conditionnement des individus en vue d&rsquo;une fin qui n&rsquo;est plus qu&rsquo;une fin \u00e0 elle-m\u00eame, qui, de plus en plus abstraite, anonyme et inhumaine, n&rsquo;est qu&rsquo;une s\u00e9rie de moyens en voie d&rsquo;auto-destruction (les moyens \u00e9tant \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 de la fin). Si nous voulons l&rsquo;examiner tel qu&rsquo;il est, pourquoi le brouillons-nous en l&rsquo;appelant religion, ou pseudo-religion, ou idol\u00e2trie ? Ce n&rsquo;est que par extension, en employant une fa\u00e7on de parler peu propre \u00e0 des \u00e9crivains que l&rsquo;on peut dire \u00ab le culte de Staline \u00bb ou \u00ab l&rsquo;idol\u00e2trie autour des photos de Staline \u00bb, \u00e0 la fa\u00e7on dont on parle de culte ou d&rsquo;idol\u00e2trie autour de stars de cin\u00e9ma ou de coureurs cyclistes. Qu&rsquo;un Staline soit, chez lui, le star des stars, ne change rien \u00e0 sa nature, en aucune fa\u00e7on transcendante, de star\u00a0; que les staliniens s&rsquo;accordent pour parler le m\u00eame jargon et r\u00e9p\u00e9ter les m\u00eames slogans, ce fait, dans la mesure o\u00f9 il existe, ne devient pas religion : il est un conditionnement en vue d&rsquo;une fin\u00a0; et nous verrons qu&rsquo;en derni\u00e8re analyse, un condi\u00adtionnement de cette sorte, ou d&rsquo;une sorte analogue est le r\u00e9sultat que se proposent toutes les civilisations, telles qu&rsquo;on nous enseigne qu&rsquo;elles doivent \u00eatre, par d\u00e9finition. Aussi bien devons-nous soigneusement examiner ce que nous entendons par civilisations, et remettre en question la valeur du processus d&rsquo;accumulation et de conditionnement qui, comme un fleuve d\u00e9pose ses alluvions, constitue ce que l&rsquo;on appelle patrimoine social, culture, etc&#8230; en tous lieux et \u00e0 toutes les \u00e9poques.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"center\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">**<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">b) <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><b>De Engels \u00e0 Sartre en passant par Kierkegaard et<\/b><\/span><\/span><\/span><b> <\/b><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><b>Heidegger<\/b><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">. \u2013 Friedrich Engels (1820-1895) est loin de recevoir de nos jours l&rsquo;hommage correspondant \u00e0 son apport r\u00e9el dans le domaine de la pens\u00e9e. J. Molitor, dans une intro\u00adduction au tome II de \u00ab <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>La Sainte Famille<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00bb [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote19sym\" name=\"sdfootnote19anc\"><sup>19<\/sup><\/a>], ouvrage paru sous le nom de Marx, mais auquel avait collabor\u00e9 Engels, \u00e9crit : <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>une fois de plus, il apparut que, dans leur association, Marx occupait la premi\u00e8re place et qu&rsquo;Engels s&rsquo;effa\u00e7ait trop volontiers, par exc\u00e8s de modestie.<\/i><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Il est fort rare de voir figurer le nom de Engels, aujour\u00add&rsquo;hui, dans un de nos ouvrages de philosophie, cependant qu&rsquo;en U.R.S.S. la succession apostolique Marx-L\u00e9nine-Sta\u00adline, invent\u00e9e et impos\u00e9e \u00e0 coup de simplifications, s&rsquo;accom\u00admode de ne se baser sur aucune pens\u00e9e que nous puissions saisir ou m\u00eame d\u00e9couvrir, dans le cadre de nos \u00e9tudes. Il nous faut donc revenir aux origines, en tenant largement compte de l&rsquo;\u00e9tat de la pens\u00e9e, et de la science au milieu du si\u00e8cle dernier.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">L&rsquo;Anti-D\u00fchring est la critique d&rsquo;un syst\u00e8me philoso\u00adphique pr\u00e9sent\u00e9 par un certain D\u00fchring, dont le nom aurait sans doute disparu sans Engels. Cet ouvrage se trouve donc fort encombr\u00e9 par l&rsquo;expos\u00e9 du syst\u00e8me qu&rsquo;il critique, mais son int\u00e9r\u00eat n&rsquo;en est pas moindre pour cela, au contraire :<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">1\u00b0 M. D\u00fchring&#8230; <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>traite de toutes les choses possibles et de quelques autres encore&#8230;<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00e9crit Engels\u00a0; il y a, chez ce dernier, un effort constant de maintenir la pens\u00e9e dans le pensable, dans le r\u00e9el, par une analyse aigu\u00eb de tout ce qui est id\u00e9o\u00adlogique, c&rsquo;est-\u00e0-dire de tous les concepts s&rsquo;exprimant en des mots sans contenu\u00a0; 2\u00b0 Engels n&rsquo;a pas pour but d&rsquo;opposer au \u00ab\u00a0syst\u00e8me \u00bb de M. D\u00fchring un autre syst\u00e8me, mais d&rsquo;op\u00adposer aux conceptions abstraites d&rsquo;une id\u00e9ologie pure, pr\u00e9\u00adtendant d\u00e9gager la r\u00e9alit\u00e9 non pas d&rsquo;elle-m\u00eame mais de sa repr\u00e9sentation, une fa\u00e7on de penser scientifique et impartiale. Lorsqu&rsquo;un id\u00e9ologue de cette esp\u00e8ce \u2013 \u00e9crit en substance Engels \u2013 construit une morale et un droit (et d\u00e9finit la libert\u00e9 de l&rsquo;homme) non en les tirant de la situation sociale r\u00e9elle des hommes qui l&rsquo;entourent, mais en les d\u00e9dui\u00adsant de concepts, les mat\u00e9riaux dont il se sert ne contiennent que quelques maigres d\u00e9bris de r\u00e9alit\u00e9, m\u00eal\u00e9s \u00e0 des \u00ab id\u00e9es \u00bb emprunt\u00e9es et \u00e0 des lubies personnelles. \u00ab Hegel \u00bb \u2013 pr\u00e9cise Engels \u2013 <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>fut le premier qui exposa exactement le rapport entre libert\u00e9 et n\u00e9cessit\u00e9. Pour lui la libert\u00e9 consiste \u00e0 comprendre la n\u00e9cessit\u00e9. \u00ab La n\u00e9cessit\u00e9 n&rsquo;est aveugle qu&rsquo;au\u00adtant qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas comprise \u00bb. Ce n&rsquo;est pas dans le r\u00eave d&rsquo;une action ind\u00e9pendante des lois de la nature que consiste la libert\u00e9, mais dans la connaissance de ces lois, et dans la possi\u00adbilit\u00e9, ainsi donn\u00e9e, de les faire agir syst\u00e9matiquement en vue de fins d\u00e9termin\u00e9es. Cela est vrai aussi bien des lois du monde ext\u00e9rieur que de celles qui r\u00e9gissent l&rsquo;existence corporelle et intellectuelle de l&rsquo;homme \u2013 deux ordres de lois que nous pouvons s\u00e9parer tout au plus dans la pens\u00e9e, mais non dans la r\u00e9alit\u00e9. La libert\u00e9 de la volont\u00e9 n&rsquo;est donc pas autre chose que la capacit\u00e9 de se d\u00e9cider en connaissance de cause. Il en<\/i><\/span><\/span><\/span><i> <\/i><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>r\u00e9sulte que plus libre est le jugement d&rsquo;un homme concernant une question d\u00e9termin\u00e9e, plus grande est la n\u00e9cessit\u00e9 qui d\u00e9ter\u00admine la teneur de ce jugement&#8230;<\/i><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">On voit combien cette conception de la libert\u00e9 \u2013 donc<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">de l&rsquo;homme \u2013 est aux antipodes de la notion m\u00e9taphysique et chr\u00e9tienne, que Martin-Chauffier voudrait fixer en tant que valeur permanente. Ici, la conscience humaine est un processus de la nature qui, par action r\u00e9flexive sur l&rsquo;ensemble des lois de la nature se conna\u00eet du fait qu&rsquo;elle se per\u00e7oit dans son conditionnement et en tant que conditionnement\u00a0; l\u00e0, la conscience \u00e9mane de sa pseudo-notion, extratempo\u00adrelle, d&rsquo;elle-m\u00eame, en tant qu&rsquo;\u00e2me immortelle, etc&#8230; Ici, il y a adh\u00e9rence au mouvement du monde, \u00e0 tout instant, dans une mesure limit\u00e9e par l&rsquo;\u00e9tat de la science \u00e0 cet instant-l\u00e0, et perception de la relativit\u00e9 de l&rsquo;homme\u00a0; l\u00e0, il y a un absolu humain, d\u00e9fini divin, et inconcevable\u00a0; ici la pens\u00e9e s&rsquo;applique au pensable, l\u00e0 les postulats de son ratio\u00adnalisme sont irrationnels. Qu&rsquo;est-ce \u00e0 dire sinon que la con\u00adscience de l&rsquo;\u00eatre limit\u00e9 et conditionn\u00e9, enferm\u00e9 dans le cadre de sa pens\u00e9e, ici ne sent pas l&rsquo;angoisse de sa tragique<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">aventure, et l\u00e0 en souffre ? Et comment s&rsquo;\u00e9tonner \u2013 la position marxiste \u00e9tant valable \u2013 de la floraison de ces existentialismes d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s, chr\u00e9tiens ou m\u00e9taphysiquement ath\u00e9es, sombrant dans la confusion ? En v\u00e9rit\u00e9, l&rsquo;esprit de confusion a \u00e9galement envahi l&rsquo;autre d\u00e9riv\u00e9e de la pens\u00e9e marxiste, celle dite r\u00e9volutionnaire.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Cette double d\u00e9viation dans des culs-de-sac provient, selon nous, du fait qu&rsquo;au temps de Hegel, d&rsquo;Engels, de Marx, la psychologie n&rsquo;existait pas encore en tant que science. Ces philosophes avaient d\u00e9couvert une loi profonde de la nature, celle de la contradiction existant dans les choses et les ph\u00e9nom\u00e8nes eux-m\u00eames, une contradiction qui constamment se pose et se r\u00e9sout. D\u00e8s que la contradiction<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">cesse, la vie cesse aussi, la mort intervient, dit Engels. La connaissance de cette contradiction en mouvement est le but de toutes les sciences et voir dans l&rsquo;histoire l&rsquo;\u00e9volution m\u00eame de l&rsquo;humanit\u00e9 selon un mouvement dont sa mission est de reconna\u00eetre les lois est le propre du mat\u00e9rialisme marxiste. Selon ces philosophes, la pens\u00e9e elle-m\u00eame ob\u00e9it \u00e0 cette loi de contradiction interne, que l\u2019\u0153uvre de Hegel avait pour but de prouver. Engels, en faisant sienne cette conception, s&rsquo;imaginait couvrir tous les domaines de la connaissance, du fait qu&rsquo;il ne voyait dans l&rsquo;homme qu&rsquo;une \u00ab existence corporelle \u00bb et une \u00ab existence intellectuelle \u00bb.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Ces deux aspects, nous le savons aujourd&rsquo;hui, donnaient de cet agr\u00e9gat psycho-physiologique qu&rsquo;est l&rsquo;homme un aspect erron\u00e9. Car c&rsquo;est la psych\u00e9, non la pens\u00e9e, qui ob\u00e9it \u00e0 la loi du mouvement contradictoire. C&rsquo;est la psych\u00e9 qui, apr\u00e8s avoir cherch\u00e9 \u00e0 sauver le n\u00e9ant de son existence en s&rsquo;asso\u00adciant, sous le nom d&rsquo;\u00e2me, \u00e0 des concepts impensables, rev\u00eatus de tabous religieux, subit aujourd&rsquo;hui ce qu&rsquo;en chimie a subi l&rsquo;atome, et cesse d&rsquo;exister en tant qu&rsquo;\u00e9l\u00e9ment<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">ind\u00e9composable. L&rsquo;erreur d&rsquo;Engels et de Marx \u2013 in\u00e9vitable pour l&rsquo;\u00e9poque \u2013 fut de croire, apr\u00e8s Hegel, qu&rsquo;il peut<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">exister une pens\u00e9e anim\u00e9e d&rsquo;un mouvement contradictoire. Ils confondent constamment pens\u00e9e et conscience. \u00c0 leur suite, les marxistes, jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour, confondent l&rsquo;homme et la pens\u00e9e, m\u00e9prisent la psychologie au lieu de l&rsquo;\u00e9tablir sur des bases r\u00e9volutionnaires [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote20sym\" name=\"sdfootnote20anc\"><sup>20<\/sup><\/a>] ; quant \u00e0 la conscience, devenue \u00ab malheureuse \u00bb, elle cherche en vain \u00e0 se d\u00e9passer elle-m\u00eame en accumulant des contradictions verbales, dont elle veut nous persuader que parce qu&rsquo;elles sont n\u00e9o-h\u00e9g\u00e9liennes elles ont un sens. Mais, malgr\u00e9 leur erreur, ni Marx ni Engels ne tombent jamais dans celle de Hegel, de D\u00fchring, de Sartre, qui consiste \u00e0 accorder \u00e0 la pens\u00e9e philosophique, abstraite, une valeur quelconque. Ils voudraient en finir avec les philosophies\u00a0; ils les d\u00e9clarent inutiles\u00a0; ils leur nient tout pouvoir de connaissance, du fait qu&rsquo;elles ne s&rsquo;expriment for\u00adc\u00e9ment qu&rsquo;en cat\u00e9gories logiques. Ranger, classer les objets de la pens\u00e9e, voil\u00e0 le premier pas de toute philosophie. Or, une philosophie, comme celle de Hegel, qui veut prouver que la pens\u00e9e est un mouvement, s&rsquo;imagine que la formule logique de ce mouvement, non seulement l&rsquo;explique mais l&rsquo;implique. Et si elle implique le mouvement, elle devient m\u00e9thode absolue. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Mais, demande Marx, qu&rsquo;est-ce donc que cette m\u00e9thode absolue ? L&rsquo;abstraction du mouvement. Qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;abstraction du mouvement ? Le mouvement \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat abstrait. Qu&rsquo;est-ce que le mouvement \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat abstrait ? La formule purement logique du mouvement ou le mouvement de la raison pure\u00a0? \u00c0 se poser, \u00e0 s&rsquo;opposer, \u00e0 se composer, \u00e0 se formuler comme th\u00e8se, antith\u00e8se, synth\u00e8se, ou bien encore \u00e0 s&rsquo;affirmer, \u00e0 se nier, \u00e0 nier sa n\u00e9gation<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote21sym\" name=\"sdfootnote21anc\"><sup>21<\/sup><\/a>].<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Voici, \u00e0 titre d&rsquo;exemple, un petit divertissement auquel se livre cette abstraction de nos jours : <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Nous avions d\u00e9fini dans notre introduction<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">, \u00e9crit Sartre dans <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>l&rsquo;\u00ab \u00catre et le N\u00e9ant \u00bb<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> (p. 85) <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>la conscience comme \u00ab un \u00eatre pour lequel il est dans son \u00eatre question de son \u00eatre en tant que cet \u00eatre implique un \u00eatre autre que lui \u00bb. Mais apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9lucidation de la conduite interrogative, nous savons \u00e0 pr\u00e9sent que cette formule peut aussi s&rsquo;\u00e9crire : \u00ab la conscience est un \u00eatre pour lequel il est dans son \u00eatre conscience du n\u00e9ant de son \u00eatre \u00bb<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Le mot \u00ab \u00eatre \u00bb \u00e9tant l&rsquo;essence m\u00eame de l&rsquo;abstraction, on se demande pourquoi la pens\u00e9e se contorsionne, se tourne et se retourne, s&rsquo;affirme et se nie avec tant d&rsquo;ardeur, si ce<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">n&rsquo;est pour adh\u00e9rer \u00e0 lui jusqu&rsquo;\u00e0 se persuader que les cat\u00e9\u00adgories logiques ont quelque part une existence myst\u00e9rieuse\u00adment intemporelle. Si l&rsquo;on ne s&rsquo;exprimait que pour dire quelque chose, on pourrait simplement dire qu&rsquo;il n&rsquo;existe pas de conscience qui ne soit toujours impliqu\u00e9e dans quel\u00adque relation, de sorte que venant \u00e0 \u00e9lucider sa nature toute relative et constitu\u00e9e uniquement de ses rapports, la conscience se trouve forc\u00e9e de constater qu&rsquo;elle n&rsquo;existe pas en soi. Ne pas exister en soi, tel serait le sens de ce \u00abn\u00e9ant\u00bb. Mais, en vertu d&rsquo;une s\u00e9rie de n\u00e9gations de n\u00e9gations, Sartre voudrait nous faire penser \u00e0 une \u00ab conscience \u00bb pour laquelle il est \u00ab conscience \u00bb du n\u00e9ant de son \u00eatre. Non content de \u00ab d\u00e9finir \u00bb (il nous dit qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une d\u00e9finition) conscience par conscience, il voudrait encore que conscience soit conscience de n\u00e9ant, comme si conscience de n\u00e9ant n&rsquo;\u00e9tait pas \u00ab quelque chose \u00bb. Or, contrairement \u00e0 ce que pourrait sugg\u00e9rer cette gymnastique, et gr\u00e2ce \u00e0 un retour bergsonien de \u00ab pens\u00e9e fluide \u00bb Sartre \u00e9crit : <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>la cr\u00e9ation est un concept \u00e9vanescent qui ne peut exister que par son mou\u00advement<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote22sym\" name=\"sdfootnote22anc\"><sup>22<\/sup><\/a>] (mais comment une \u00e9vanescence peut-elle \u00eatre concept, et un concept sans objet\u00a0?) et ajoute que <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>la conscience, comme n\u00e9antisation de l&rsquo;\u00eatre appara\u00eet&#8230; comme un stade d&rsquo;une progression vers l&rsquo;immanence de la causalit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire vers l&rsquo;\u00eatre cause de soi<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote23sym\" name=\"sdfootnote23anc\"><sup>23<\/sup><\/a>]. Ce qui, dans l\u2019interpr\u00e9tation la plus favorable n&rsquo;a pas de sens, car un \u00ab \u00eatre cause de soi\u00a0\u00bb est impensable. On pourrait aussi bien dire n&rsquo;importe quoi : que le n\u00e9ant est un \u00eatre en progression vers sa propre cause, ou que la cause du n\u00e9ant de l&rsquo;\u00eatre est l&rsquo;\u00eatre n\u00e9antisant sa cause, ou se livrer \u00e0 toute autre jonglerie de mots agissant sur l&rsquo;esprit \u00e0 la fa\u00e7on de formules magiques jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9tourdissement, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;extase. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Une fois que la raison est parvenue \u00e0 se poser en th\u00e8se<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> \u2013 ironise Marx au sujet de cette autre victime de Hegel, Proudhon \u2013 <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>cette th\u00e8se, cette pens\u00e9e, oppos\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame, se d\u00e9double en deux pens\u00e9es contradictoires, le positif et le n\u00e9gatif, le oui et le non. La lutte de ces deux \u00e9l\u00e9ments antagonistes renfer\u00adm\u00e9s dans l&rsquo;antith\u00e8se, constitue le mouvement dialectique. Le oui devenant non, le non devenant oui, le oui devenant \u00e0 la fois oui et non, le non devenant \u00e0 la fois non et oui, les con\u00adtraires se balancent, se neutralisent, se paralysent. La fusion de ces deux pens\u00e9es contradictoires constitue une pens\u00e9e nou\u00advelle qui en est la synth\u00e8se. Cette pens\u00e9e nouvelle se d\u00e9roule encore en deux pens\u00e9es contradictoires, qui se fondent \u00e0 leur tour en une nouvelle synth\u00e8se. De ce travail d&rsquo;enfantement na\u00eet un groupe de pens\u00e9es. Ce groupe de pens\u00e9es suit le m\u00eame mouvement dialectique qu&rsquo;une cat\u00e9gorie simple, et a pour anti\u00adth\u00e8se un groupe contradictoire. De ces deux groupes de pen\u00ads\u00e9es na\u00eet un nouveau groupe de pens\u00e9es, qui en est la synth\u00e8se. De m\u00eame que du mouvement dialectique des cat\u00e9gories sim\u00adples na\u00eet le groupe, de m\u00eame du mouvement dialectique des groupes na\u00eet la s\u00e9rie, et du mouvement dialectique des s\u00e9ries na\u00eet le syst\u00e8me tout entier. Appliquez cette m\u00e9thode aux cat\u00e9gories de l&rsquo;\u00e9conomie politique et vous aurez la logique et la m\u00e9taphysique de l&rsquo;\u00e9conomie politique..<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">. [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote24sym\" name=\"sdfootnote24anc\"><sup>24<\/sup><\/a>].<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Appliquez-la \u00e0 la psychologie et vous aurez la m\u00e9taphy\u00adsique de la psychologie.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>L&rsquo;homme ordinaire ne croit rien avancer d\u2019extraordinaire en disant qu&rsquo;il y a des pommes et des poires<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">, \u00e9crit ailleurs Marx [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote25sym\" name=\"sdfootnote25anc\"><sup>25<\/sup><\/a>]. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Mais le philosophe, en exprimant cette existence de fa\u00e7on sp\u00e9culative, a dit quelque chose d&rsquo;extraordinaire. Il a fait un miracle : de l&rsquo;entit\u00e9 rationnelle, irr\u00e9elle, le fruit, il a produit les entit\u00e9s naturelles r\u00e9elles, les pommes, les poires, etc&#8230; En d&rsquo;autres termes : de sa propre intelligence abstraite qu&rsquo;il se repr\u00e9sente ext\u00e9rieurement \u00e0 lui-m\u00eame comme un sujet absolu, ici le fruit, il a tir\u00e9 ces fruits, et dans toute existence qu&rsquo;il \u00e9nonce, il accomplit un acte cr\u00e9ateur. Le philosophe sp\u00e9\u00adculatif, cela va de soi, ne peut accomplir cette cr\u00e9ation continue qu&rsquo;en intercalant, comme \u00e9tant de sa propre invention, des propri\u00e9t\u00e9s reconnues par nous comme appartenant r\u00e9ellement \u00e0 la pomme, \u00e0 la poire, etc&#8230; en donnant les noms des choses r\u00e9elles \u00e0 ce que la raison abstraite peut seule cr\u00e9er, c&rsquo;est-\u00e0-dire aux formules rationnelles abstraites : en d\u00e9clarant enfin que sa propre activit\u00e9, par laquelle il passe de la repr\u00e9sentation pomme \u00e0 la repr\u00e9sentation poire, est l&rsquo;activit\u00e9 m\u00eame du sujet absolu, le fruit. Cette op\u00e9ration, on l&rsquo;appelle, en langage sp\u00e9\u00adculatif, comprendre la substance comme sujet, comme proc\u00e8s int\u00e9rieur, comme personne absolue, et cette compr\u00e9hension constitue le caract\u00e8re essentiel de la m\u00e9thode h\u00e9g\u00e9lienne<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Ces observations sont tr\u00e8s importantes et nous \u00e9clai\u00adrent sur le processus de toute conscience personnelle associ\u00e9e \u00e0 la pens\u00e9e. Que Marx et Engels identifient leur conscience et leur pens\u00e9e, mais s&rsquo;attachent avec rigueur \u00e0 ne penser que le pensable\u00a0; \u00e0 ne manipuler que des mets ayant un contenu r\u00e9el, d\u00e9signant le ph\u00e9nom\u00e8ne lui-m\u00eame, cette identification ne provoque aucun transfert d&rsquo;eux-m\u00eames, de leur moi, dans aucune repr\u00e9sentation mystique, mythique, sp\u00e9culative de l&rsquo;existence. Ils ne \u00ab se \u00bb pensent pas au cours de cette action : ils pensent tout simplement. Mais que Hegel, D\u00fchring, Proudhon ou Sartre \u00e9rigent leur raison en cat\u00e9go\u00adries et, par le truchement de concepts plus ou moins \u00ab \u00e9va\u00adnescents \u00bb se livrent \u00e0 une pseudo-cr\u00e9ation sp\u00e9culative, voici que leur pens\u00e9e, cessant de s&rsquo;appliquer au pensable, s&#8217;empare de leur \u00eatre subjectif et le transporte dans une m\u00e9taphysique d&rsquo;eux-m\u00eames par laquelle ils ne cessent de \u00ab se \u00bb penser, tout en ne le sachant pas, tout en s&rsquo;en d\u00e9fendant. Sartre refuse de \u00ab se \u00bb penser gar\u00e7on de caf\u00e9 ou autre chose, mais confie \u00e0 sa raison philosophique le soin de se\u00ad-penser-ne-se-pensant-pas, ce qui installe le moi-Sartre, ou plut\u00f4t le pour-moi-Sartre dans un \u00e9tat d&rsquo;autant plus invuln\u00e9rable qu&rsquo;il ne cesse d&rsquo;appara\u00eetre \u00e0 ses propres yeux sous les d\u00e9guisements multiformes, in\u00e9puisables, du monde ext\u00e9rieur. Marx l&rsquo;a vu de fa\u00e7on p\u00e9n\u00e9trante : ces philosophes sp\u00e9culatifs, en d\u00e9clarant que leur propre activit\u00e9, par laquelle ils passent d&rsquo;une repr\u00e9sentation \u00e0 l&rsquo;autre est l&rsquo;activit\u00e9 m\u00eame du monde ph\u00e9nom\u00e9nologique absolu (abstraction rendue taboue par le mot \u00ab \u00eatre \u00bb), transforment leur langage sp\u00e9\u00adculatif en \u00ab personne \u00bb et reconstituent en somme le Mys\u00adt\u00e8re du Verbe incarn\u00e9.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Il n&rsquo;est gu\u00e8re n\u00e9cessaire de s&rsquo;aventurer tr\u00e8s loin dans le volumineux trait\u00e9 de Sartre pour voir comment se produit le miracle. En adoptant d\u00e8s le d\u00e9but, en guise de termes contradictoires, \u00ab <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>le fini et l&rsquo;infini<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00bb, ou mieux, \u00ab <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>l&rsquo;infini dans le fini<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00bb pour remplacer l&rsquo;\u00eatre et le para\u00eetre, Sartre situe sa pens\u00e9e sur une opposition irr\u00e9elle du fait que les deux termes qui la composent ne se rencontrent jamais. En effet, le fini est pensable, l&rsquo;infini ne l&rsquo;est pas. L&rsquo;infini n&rsquo;est qu&rsquo;un signe. Ce signe \u00e9chappe \u00e0 toute repr\u00e9sentation. Ce n&rsquo;est donc pas un concept ayant un contenu. Pour l&rsquo;ap\u00adpr\u00e9hender Sartre se rendra, lui-m\u00eame, de plus en plus \u00e9va\u00adnescent, et, de guerre lasse, au bout de trois-cent-vingt-cinq mille mots, plongera dans cette pens\u00e9e impensable, et tendra les bras \u00e0 Descartes en invoquant <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>la teneur m\u00e9taphysique de toute r\u00e9v\u00e9lation intuitive de l&rsquo;\u00eatre<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote26sym\" name=\"sdfootnote26anc\"><sup>26<\/sup><\/a>].<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Nous avons vu plus haut le trop c\u00e9l\u00e8bre cogito se r\u00e9sumer en la tautologie: \u00ab je \u00bb (suis une chose qui) \u00ab pense, donc je suis \u00bb (une chose qui pense). S&rsquo;il n&rsquo;est que d&rsquo;intro\u00adduire dans sa pens\u00e9e des parenth\u00e8ses n\u00e9antisantes pour deve\u00adnir un philosophe illustre, Sartre, lui, se rendrait immortel en se n\u00e9antisant corps et biens. L&rsquo;on ne voit pas pourquoi ce th\u00e9ologien, qui, par la gr\u00e2ce de l&rsquo;intuition m\u00e9taphysique, situe l&rsquo;infini dans le fini, le noum\u00e8ne dans le ph\u00e9nom\u00e8ne, l&rsquo;en-soi dans le pour-soi, l&rsquo;immanence de l&rsquo;\u00eatre-cause-en-soi dans la conscience, se refuse \u00e0 admettre la vertu de reliques, la distribution d&rsquo;indulgences, la pr\u00e9sence de Dieu dans les sacrements. Il n&rsquo;y a l\u00e0 que des nuances de langage. Mais peut-\u00eatre croit-il \u00e0 la valeur absolue de certains mots, \u00e0 l&rsquo;exclusion de tous les autres.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Si l&rsquo;on prenait les mots les plus abstraits de Hegel pour ce qu&rsquo;ils sont, et non pour la repr\u00e9sentation de quelque chose dont ils ne seraient que l&rsquo;expression, on dirait, apr\u00e8s lui, que l&rsquo;\u00eatre pur, \u00e9tant abstraction pure est n\u00e9ant, non pas en s&rsquo;imaginant dire qu&rsquo;il existe un \u00eatre pur, lequel est pur n\u00e9ant, mais en disant r\u00e9ellement que les mots \u00ab \u00eatre pur \u00bb \u00e9tant une abstraction pure, sont un n\u00e9ant, du fait qu&rsquo;ils ne repr\u00e9sentent rien et qu&rsquo;on ne peut les concevoir. On en inf\u00e9rerait que parler de ce qui ne se con\u00e7oit pas : de l&rsquo;\u00eatre, du n\u00e9ant, de l&rsquo;en-soi, \u00ab et de quelque autres choses encore \u00bb n&rsquo;est que bavardage. Si Sartre avait choisi comme termes d&rsquo;opposition, non pas le fini et l&rsquo;infini (termes qui se sont impos\u00e9s \u00e0 lui du fait que pr\u00e9alablement, il s&rsquo;\u00e9tait propos\u00e9 de r\u00e9soudre le probl\u00e8me humain en philosophe, par l&rsquo;\u00e9tude d&rsquo;une \u00ab science de l&rsquo;\u00eatre \u00bb, ce qui impliquait d\u00e9j\u00e0 un sys\u00adt\u00e8me) ; si, disons-nous, Sartre s&rsquo;en \u00e9tait tenu \u00e0 des notions simples, en opposition r\u00e9elle entre elles, comme, par exemple, le mouvement et la r\u00e9sistance au mouvement \u2013 ou masse \u2013 sa pens\u00e9e aurait eu la possibilit\u00e9 de s&rsquo;appuyer \u00e0 la science physique, dans son stade actuel, et de pousser plus loin les recherches de Marx et Engels sur le mouvement contradictoire, vital, dont ils affirmaient qu&rsquo;il est l&rsquo;essence m\u00eame de tout ce qui est, qu&rsquo;ils ont appel\u00e9 dialectique, et que l&rsquo;\u00e9tat des connaissances \u00e0 leur \u00e9poque ne leur a pas permis de rechercher dans la psych\u00e9. Or c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 ces recherches qu&rsquo;est consacr\u00e9e la deuxi\u00e8me partie de notre ouvrage. Nous y reprenons certains d\u00e9veloppements de notre \u00ab <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Com\u00e9die Psychologique <\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">\u00bb [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote27sym\" name=\"sdfootnote27anc\"><sup>27<\/sup><\/a>], en les mettant au point. Mais, comme il nous semble utile de nous servir des expressions \u00ab pour-moi \u00bb, \u00ab pour-soi \u00bb, d&rsquo;abord parce qu&rsquo;elles sont faciles \u00e0 appr\u00e9hender (ainsi qu&rsquo;on l&rsquo;a vu dans le cas de la conscience-pour-moi-poup\u00e9e de l&rsquo;enfant, et dans le cas du r\u00eave) et ensuite parce qu&rsquo;elles nous situent par rapport aux philosophies qui se succ\u00e8dent depuis environ un si\u00e8cle, nous sommes oblig\u00e9s d&rsquo;insister d&rsquo;abord sur la critique de la cat\u00e9gorie dite \u00ab en-soi \u00bb que, depuis Hegel, la philo\u00adsophie sp\u00e9culative, oppose au \u00ab pour-soi \u00bb.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Dans l&rsquo;\u00ab en soi\u00a0\u00bb<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">, \u00e9crit Engels [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote28sym\" name=\"sdfootnote28anc\"><sup>28<\/sup><\/a>], <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>consiste chez Hegel l&rsquo;identit\u00e9 primitive des contradictions non encore \u00e9volu\u00e9es qui sont cach\u00e9es dans une chose, dans un ph\u00e9nom\u00e8ne, dans un concept\u00a0; dans le \u00ab pour soi\u00a0\u00bb, se manifestent la distinction et la s\u00e9paration de ces \u00e9l\u00e9ments cach\u00e9s et commence leur conflit. Il faut donc nous repr\u00e9senter l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;immobilit\u00e9 primitive comme une unit\u00e9 de mati\u00e8re et de force m\u00e9canique, et le passage au mouvement comme s\u00e9paration et opposition de ces deux \u00e9l\u00e9ments. Ce que nous avons gagn\u00e9 \u00e0 la chose, ce n&rsquo;est pas la preuve de la r\u00e9alit\u00e9 de ce fantastique \u00e9tat primitif, mais seulement la possibilit\u00e9 de le comprendre sous la cat\u00e9gorie h\u00e9g\u00e9lienne de \u00ab en-soi\u00a0\u00bb, et de comprendre sa cessation tout aussi fantastique sous la cat\u00e9gorie \u00ab pour-soi \u00bb. Hegel, \u00e0 l&rsquo;aide<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Mais c&rsquo;est Jean-Paul Sartre qui se pr\u00e9cipite \u00e0 notre secours, en mobilisant St-Anselme et Descartes : <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Si l&rsquo;\u00eatre des ph\u00e9nom\u00e8nes ne se r\u00e9sout pas en un ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;\u00eatre<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">, \u00e9crit-il [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote29sym\" name=\"sdfootnote29anc\"><sup>29<\/sup><\/a>], <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>et si pourtant nous ne pouvons rien \u00ab dire \u00bb sur l&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;en consultant ce ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;\u00eatre, le rapport exact qui unit le ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;\u00eatre \u00e0 l&rsquo;\u00eatre du ph\u00e9nom\u00e8ne doit \u00eatre \u00e9tabli avant tout. Nous pourrons le faire plus ais\u00e9ment si nous consid\u00e9rons que l&rsquo;ensemble des remarques pr\u00e9c\u00e9dentes a \u00e9t\u00e9 directement inspir\u00e9 par l&rsquo;intuition r\u00e9v\u00e9lante du ph\u00e9no\u00adm\u00e8ne d&rsquo;\u00eatre. En consid\u00e9rant non l&rsquo;\u00eatre comme condition du d\u00e9voilement, mais l&rsquo;\u00eatre comme apparition qui peut \u00eatre fix\u00e9e en concepts, nous avons compris tout d&rsquo;abord que la connais\u00adsance ne pouvait \u00e0 elle seule rendre raison de l&rsquo;\u00eatre, c&rsquo;est-\u00e0-dire que l&rsquo;\u00eatre du ph\u00e9nom\u00e8ne ne pouvait se r\u00e9duire au ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;\u00eatre. En un mot, le ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;\u00eatre est \u00ab ontologique \u00bb au sens o\u00f9 l&rsquo;on appelle \u00ab ontologique \u00bb la preuve de Saint-Anselme et de Descartes. Il est un appel d&rsquo;\u00eatre\u00a0; il exige, en tant que ph\u00e9nom\u00e8ne, un fondement qui soit transph\u00e9nom\u00e9nal. Le ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;\u00eatre exige la transph\u00e9nom\u00e9nalit\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre. Cela ne veut pas dire que l&rsquo;\u00eatre soit cach\u00e9 \u00ab derri\u00e8re \u00bb les ph\u00e9nom\u00e8nes (nous avons vu que le ph\u00e9nom\u00e8ne ne peut pas masquer l&rsquo;\u00eatre) ni que le ph\u00e9nom\u00e8ne soit une apparence qui renvoie \u00e0 un \u00eatre distinct (c&rsquo;est \u00ab\u00a0en tant qu&rsquo;apparence \u00bb que le ph\u00e9nom\u00e8ne est, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il s&rsquo;indique sur le fondement de l&rsquo;\u00eatre). Ce qui est impliqu\u00e9 par les consid\u00e9rations qui pr\u00e9\u00adc\u00e8dent, c&rsquo;est que l&rsquo;\u00eatre du ph\u00e9nom\u00e8ne, quoique coextensif au ph\u00e9nom\u00e8ne, doit \u00e9chapper \u00e0 la condition ph\u00e9nom\u00e9nale \u2013 qui est de n&rsquo;exister que pour autant qu&rsquo;on se r\u00e9v\u00e8le \u2013 et que, par cons\u00e9quent, il d\u00e9borde et fonde la connaissance qu&rsquo;on en prend<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Voil\u00e0. Si Engels avait rencontr\u00e9 chez Hegel une expli\u00adcation aussi claire non pas de l&rsquo;\u00ab en-soi \u00bb, de l&rsquo;\u00ab \u00eatre du ph\u00e9nom\u00e8ne \u00bb, ou de la \u00ab transph\u00e9nom\u00e9nalit\u00e9 \u00bb \u2013 car ces mots n&rsquo;ont pas plus de contenu, ou de sens, que la \u00ab perfection absolue \u00bb de Descartes \u2013 mais de la disposition d&rsquo;esprit particuli\u00e8re aux philosophes sp\u00e9culatifs, il aurait moins cri\u00adtiqu\u00e9 leurs \u00e9crits que leur comportement. Leur point de d\u00e9part est toujours, sous quelque nom qu&rsquo;elle se pr\u00e9sente \u2013 acceptation d&rsquo;une transcendance r\u00e9v\u00e9l\u00e9e, ou r\u00e9v\u00e9lation d&rsquo;une transcendance accept\u00e9e \u2013 une interpr\u00e9tation pseudo-pensable de l&rsquo;impensable. Celui-ci, par le truchement d&rsquo;\u00ab intuitions \u00bb, de \u00ab r\u00e9v\u00e9lations \u00bb, ou d&rsquo;\u00ab intuitions r\u00e9v\u00e9lantes \u00bb, et gr\u00e2ce \u00e0 une succession de tautologies, de \u00ab concepts \u00e9vanescents \u00bb, ou de renversements de propositions (identit\u00e9, chez Hegel et Sartre, de l&rsquo;\u00eatre et du n\u00e9ant, assaisonn\u00e9es de nuances \u00e9vanescentes) s&#8217;em\u00adpare de la conscience du philosophe, et, l&rsquo;entra\u00eenant dans une repr\u00e9sentation de cirque aussi compliqu\u00e9e que possible, avec prestidigitation, exercices sur la corde raide, \u00e9quilibrisme et jongleries de toutes sortes, lui d\u00e9montre par cette activit\u00e9 que si ce philosophe \u00ab pense \u00bb la transcen\u00addance, c&rsquo;est que la transcendance se pense en lui. Tel \u00e9tait le but de Hegel, tel est celui de Sartre. Au cogito de la \u00ab chose qui pense \u00bb \u00e9tait accoupl\u00e9e, le doublant de tout son prestige, une \u00e2me immortelle : ce m\u00eame infini dans le fini de Sartre, \u00e2me-dans-chose. Et tandis que chez Descartes la \u00ab chose \u00bb implique la transcendance, chez Sartre, suivant le stratag\u00e8me facile, de n\u00e9gation de n\u00e9gation, pratiqu\u00e9 ad nau\u00adseam \u00e0 la remorque de Hegel, la transcendance implique la \u00ab chose \u00bb. La tautologie renvers\u00e9e et \u00ab transph\u00e9nom\u00e9nali\u00ads\u00e9e \u00bb devient : je pense un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00ab transph\u00e9nom\u00e9na\u00adlis\u00e9 \u00bb, donc la \u00ab transph\u00e9nom\u00e9nalisation \u00bb du ph\u00e9nom\u00e8ne me pense. Ou : la preuve de ce que je dis est que ce que je dis me prouve. Plus simplement, Descartes s&rsquo;imagine que la perfection absolue existe du fait qu&rsquo;il la pense. Le malheur,<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">(nous l&rsquo;avons vu) est que, pour un philosophe, penser et concevoir sont deux ph\u00e9nom\u00e8nes distincts, et m\u00eame oppos\u00e9s, et m\u00eame ennemis. Leurs efforts tendent \u00e0 s&rsquo;\u00e9liminer mutuel\u00adlement. C&rsquo;est dans cette com\u00e9die, et l\u00e0 seulement, qu&rsquo;il faut chercher et trouver ce mouvement contradictoire de la pen\u00ads\u00e9e : je pense ce que je ne con\u00e7ois pas (la transcendance, Dieu, etc&#8230;) donc ce que je ne con\u00e7ois pas me pense (je suis transcendance, \u00e2me immortelle, etc&#8230;).<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"center\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><b>CONCLUSIONS CRITIQUES ET CRITIQUE<br \/>\nFONDAMENTALE DE LA CIVILISATION<br \/>\nDITE CHR\u00c9TIENNE<\/b><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Nous n&rsquo;avons cess\u00e9, depuis le d\u00e9but de cet ouvrage, de rechercher les causes de la crise actuelle. Nous avons com\u00admenc\u00e9 par \u00e9tablir que notre monde social est d&rsquo;une com\u00adplexit\u00e9 telle qu&rsquo;il \u00e9chappe \u00e0 notre repr\u00e9sentation. Nous avons ensuite montr\u00e9 que la science contemporaine nous r\u00e9v\u00e8le un Univers qui \u00e9chappe aussi \u00e0 toute repr\u00e9sentation. Nous avons constat\u00e9 ainsi l&rsquo;existence d&rsquo;un Impensable, dont le seuil ne pourra jamais \u00eatre franchi par notre raison, du fait qu&rsquo;en celle-ci l&rsquo;espace-temps est dissoci\u00e9. Mais nous avons vu la conscience humaine s&rsquo;associer \u00e0 cette dissocia\u00adtion en affirmant l&rsquo;identit\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre et du penser. Cette<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">erreur, pour naturelle qu&rsquo;elle soit \u2013 puisque, pour se conna\u00eetre, l&rsquo;homme ne dispose que de sa pens\u00e9e \u2013 a engendr\u00e9, au cours des si\u00e8cles, par les religions et les philosophies, une confusion extraordinaire, en orientant la recherche de la Connaissance vers l&rsquo;Inconnaissable, et la pens\u00e9e vers l&rsquo;impen\u00adsable, au lieu de la pousser r\u00e9solument \u00e0 critiquer son instru\u00adment d&rsquo;investigation : l&rsquo;impure association pens\u00e9e-conscience d&rsquo;\u00eatre. Ayant \u00e9tabli qu&rsquo;il est inutile de se lamenter sur la crise profonde qui met en question aujourd&rsquo;hui, la survi\u00advance de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine\u00a0; qu&rsquo;il serait plus profitable de chercher \u00e0 penser juste, au lieu de se livrer \u00e0 des sp\u00e9culations sur des mots n&rsquo;ayant aucun contenu\u00a0; nous avons analys\u00e9, en une s\u00e9rie de sondages, des fa\u00e7ons de \u00ab penser \u00bb, allant du r\u00eave endormi au r\u00eave \u00e9veill\u00e9 de croyants et de philosophes, et sommes parvenus aux conclusions suivantes : 1\u00b0 les esprits les plus subtils tombent dans le travers de \u00ab penser \u00bb ce qu&rsquo;ils ne con\u00e7oivent pas\u00a0; 2\u00b0 plus ou moins consciemment, le contenu de ces fausses pens\u00e9es n&rsquo;est autre que le penseur, dans sa pr\u00e9sence \u00e0 lui-m\u00eame. En d&rsquo;autres termes : chaque fois que l&rsquo;homme s&rsquo;imagine penser l&rsquo;impensable, ce n&rsquo;est que lui-m\u00eame qu&rsquo;il con\u00e7oit. S&rsquo;il se con\u00e7oit, c&rsquo;est qu&rsquo;il se d\u00e9finit par associations. Ce sont ses associations qui le ren\u00addent pr\u00e9sent \u00e0 lui-m\u00eame. Plus il se n\u00e9antise lui-m\u00eame, plus il se per\u00e7oit. Moins il existe, plus il se sent exister. \u00c0 l&rsquo;extr\u00eame de cette perception nous avons vu, en qu\u00eate d&rsquo;eau de fleur d&rsquo;oranger, une conscience se percevant \u00ab soi \u00bb, \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;id\u00e9e fixe, ob\u00e9issant \u00e0 une n\u00e9cessit\u00e9 absolue, sans libert\u00e9 aucune, du fait qu&rsquo;elle s&rsquo;est conditionn\u00e9e et fix\u00e9e, en se recouvrant elle-m\u00eame de t\u00e9n\u00e8bres, en vue de prot\u00e9ger son sommeil. Cette conscience, nous l&rsquo;avons vue \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat simple n&rsquo;\u00eatre que le refus de penser le pensable. Car le pensable, s&rsquo;il \u00e9tait pens\u00e9, assassinerait, projetterait dans le n\u00e9ant cette conscience-recherche-d&rsquo;eau-de-fleur-d&rsquo;oranger. Et nous avons vu Descartes se prot\u00e9ger soigneusement contre cette disparition de lui-m\u00eame, en se pr\u00e9fabriquant dans ses moindres d\u00e9tails. Nous avons vu Martin-Chauffier, au seuil de sa propre destruction, refuser de penser le pensable. Et enfin Sartre, dans sa volont\u00e9 de se penser impensable, de ne mourir \u00e0 soi-m\u00eame qu&rsquo;\u00e0 condition de se voir mourir (ce qui veut dire ne mourir point) se jeter, tout ph\u00e9nom\u00e9nologiste qu&rsquo;il soit, dans une r\u00e9v\u00e9lation transph\u00e9nom\u00e9nologique.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Ainsi, \u00e0 la recherche de la cause profonde de la crise que traverse l&rsquo;humanit\u00e9, et dans le simple d\u00e9sir de trouver,<\/span> <span lang=\"fr-FR\">au milieu de l&rsquo;extr\u00eame confusion de notre \u00e9poque, des mots simples ayant un contenu r\u00e9el, nous avons \u00e9t\u00e9 amen\u00e9s \u00e0 constater que plus l&rsquo;\u00eatre humain est pr\u00e9sent \u00e0 lui-m\u00eame, plus il pense faux. Et, \u00e0 bien consid\u00e9rer cette contradiction, nous pensons qu&rsquo;il y a lieu de se demander si elle n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 amen\u00e9e par une \u00e9volution, par une maturation de la con\u00adscience au cours de ces derniers mill\u00e9naires, \u00e0 partir de l&rsquo;instant o\u00f9 l&rsquo;aventure chr\u00e9tienne a bris\u00e9 les limites que les mythes pr\u00e9c\u00e9dents avaient assign\u00e9es \u00e0 l&rsquo;homme. Si cette hypoth\u00e8se a quelque fondement, il se pourrait que, pour dangereuse qu&rsquo;elle soit, notre crise soit une crise de crois\u00adsance et que, en vue de bien la comprendre, il serait utile d&rsquo;essayer de d\u00e9gager de leur fatras religieux ces valeurs \u00e9vang\u00e9liques qu&rsquo;invoque Cassou et auxquelles Martin-Chauf\u00adrier semble ne pas accorder tant de vertu. Nous souffrons certainement d&rsquo;une \u00e9quivoque en ce qui concerne la per\u00adsonne humaine. Si cette personne peut n&rsquo;avoir point de limi\u00adtes (\u00ab soyez parfaits comme le P\u00e8re est parfait \u00bb), la Connaissance consisterait \u00e0 n\u00e9antiser nos limites, c&rsquo;est-\u00e0-dire tout ce par quoi nous pouvons nous concevoir, donc tout ce qui peut nous situer par rapport \u00e0 l&rsquo;impensable. La Connaissance totale, absolue, serait un \u00e9tat de perception de tout ce qui n&rsquo;est pas Connaissance, de tout ce qui constitue la substance m\u00eame d&rsquo;une conscience qui se conditionne elle-m\u00eame afin de se percevoir elle-m\u00eame. On reviendrait \u00e0 dire ceci : que penser le pensable, serait un r\u00e9veil o\u00f9 ce penseur n&rsquo;existerait plus. Ne plus se situer en fonction de l&rsquo;impensable, serait d\u00e9passer le stade des repr\u00e9sentations religieuses. Par contre, avoir la foi, serait refuser l&rsquo;aboutissement de la foi. Croire en J\u00e9sus serait refuser d&rsquo;accomplir J\u00e9sus. L&rsquo;\u00e9quivoque au sujet de la personne a fix\u00e9 la r\u00e9v\u00e9lation, engendr\u00e9 le sacr\u00e9, situ\u00e9 l&rsquo;humain en de\u00e7\u00e0 du divin, exp\u00e9di\u00e9 J\u00e9sus au Ciel, neutralis\u00e9 sa proclamation de l&rsquo;unit\u00e9 humaine et divine, ni\u00e9 qu&rsquo;il ait jet\u00e9 les fondements de la justice sociale, et rabaiss\u00e9 trop de Chr\u00e9tiens au niveau de ces civilisations primitives o\u00f9 il suf\u00adfisait de manger son dieu pour s&rsquo;assurer une vie \u00e9ternelle.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Les anciens Mexicains, <\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00e9crit James George Frazer,<\/span><span lang=\"fr-FR\"><i> d\u00e8s avant l&rsquo;arriv\u00e9e des missionnaires chr\u00e9tiens, \u00e9taient familiers avec la doctrine de la transsubstantiation et l&rsquo;appliquaient dans les rites solennels de leur religion. Ils croyaient que leurs pr\u00eatres en consacrant le pain, pouvaient en faire une transfor\u00admation contenant substantiellement le corps de leur dieu, de sorte que tous ceux qui mangeaient du pain consacr\u00e9 entraient en communion mystique avec la divinit\u00e9 en recevant eux-m\u00eames une portion de la substance divine<\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">&#8230; [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote30sym\" name=\"sdfootnote30anc\"><sup>30<\/sup><\/a>].<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>\u00c0 la f\u00eate du solstice d&rsquo;hiver, les Azt\u00e8ques tuaient d&rsquo;abord en effigie leur dieu Huitzilopochti, et le mangeaient ensuite<\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">&#8230; [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote31sym\" name=\"sdfootnote31anc\"><sup>31<\/sup><\/a>].<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Dans les pays riverains de la M\u00e9diterran\u00e9e orientale, les rites les plus c\u00e9l\u00e8bres et les plus r\u00e9pandus, ont eu pour objet, selon Frazer, la mort et la r\u00e9surrection (se produisant chaque ann\u00e9e) d&rsquo;un dieu. Celui-ci s&rsquo;appelait Osiris, Tam\u00admouz, Adonis ou Atys, selon les pays. <\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>Le culte d&rsquo;Adonis<\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">, \u00e9crit-il, <\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>\u00e9tait en honneur chez les peuples s\u00e9mitiques de Baby\u00adlone et de Syrie, et les Grecs le leur ont emprunt\u00e9 d\u00e8s le VIIe si\u00e8cle av. J.C. Le vrai nom du dieu \u00e9tait Tammouz, l&rsquo;ap\u00adpellation d&rsquo;Adonis est simplement le s\u00e9mitique Adon \u00ab sei\u00adgneur \u00bb, titre d&rsquo;honneur que ses adorateurs lui adressaient. Mais les Grecs, par un malentendu, convertirent le titre d&rsquo;honneur en nom propre<\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\"> [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote32sym\" name=\"sdfootnote32anc\"><sup>32<\/sup><\/a>].<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Le dieu Atys \u00e9tait \u00e0 la Phrygie ce qu&rsquo;Adonis \u00e9tait \u00e0 la Syrie&#8230; Les l\u00e9gendes et les rites des deux dieux se ressem\u00adblaient tellement que les Anciens eux-m\u00eames les identifiaient<\/i><\/span><i> <\/i><span lang=\"fr-FR\"><i>quelquefois&#8230; La naissance d&rsquo;Atys, comme celle de beaucoup d&rsquo;autres h\u00e9ros, passait pour avoir \u00e9t\u00e9 miraculeuse. Sa m\u00e8re, Mana, \u00e9tait une vierge<\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">&#8230; [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote33sym\" name=\"sdfootnote33anc\"><sup>33<\/sup><\/a>].<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Quand nous nous souviendrons de la fr\u00e9quence et de l&rsquo;adresse avec lesquelles l\u2019\u00c9glise a su greffer la nouvelle foi sur le tronc antique du paganisme, nous en concevrons l&rsquo;id\u00e9e que la c\u00e9l\u00e9bration pascale du Christ mort et ressuscit\u00e9, \u00e9tait entr\u00e9e sur une c\u00e9l\u00e9bration similaire de l&rsquo;Adonis mort et res\u00adsuscit\u00e9, qui, comme nous avons lieu de le croire, s&rsquo;ex\u00e9cutait, durant la m\u00eame saison en Syrie. Le type, cr\u00e9\u00e9 par les artistes grecs, de la d\u00e9esse inconsolable, portant son amant dans les bras, ressemble, et a peut-\u00eatre servi de mod\u00e8le, \u00e0 la Piet\u00e0 de l&rsquo;art chr\u00e9tien&#8230; \u00c0 cet \u00e9gard, une mention c\u00e9l\u00e8bre de saint G\u00e9r\u00f4me pourrait \u00eatre significative. Il nous dit que Bethl\u00e9em&#8230; \u00e9tait ombrag\u00e9 d&rsquo;un bosquet appartenant \u00e0 Adonis<\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">&#8230;<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">N&rsquo;oublions pas que Beth-Lehem veut dire, en h\u00e9breu, maison de pain, qu&rsquo;Adonis \u00e9tait l&rsquo;\u00ab esprit du bl\u00e9 \u00bb, que J\u00e9sus aurait dit \u00ab je suis le pain de vie \u00bb et que ses adorateurs le mangent sous la forme d&rsquo;une ostie faite de farine de bl\u00e9. Les emprunts faits par le dieu J\u00e9sus au dieu Mithra sont au moins aussi importants. Les deux religions ont \u00e9t\u00e9 longtemps en concurrence et, sous certains aspects, c&rsquo;est Mithra qui l&rsquo;a emport\u00e9, en subsistant sous le nom de J\u00e9sus.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Notre f\u00eate de No\u00ebl, <\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">\u00e9crit Frazer,<\/span><span lang=\"fr-FR\"><i> conserve un reste instructif de la longue lutte\u00a0; l\u2019\u00c9glise semble l&rsquo;avoir emprunt\u00e9e directement \u00e0 sa rivale pa\u00efenne. Dans le calendrier Julien, on regardait le 25 d\u00e9cembre comme le solstice d&rsquo;hiver et la nativit\u00e9 du soleil&#8230; Le rituel de la nativit\u00e9, tel qu&rsquo;on le c\u00e9l\u00e9\u00adbrait, semble-t-il, en Syrie et en \u00c9gypte, \u00e9tait remarquable. Les fid\u00e8les se retiraient dans certains sanctuaires secrets, d&rsquo;o\u00f9 ils sortaient \u00e0 minuit, avec un cri strident : \u00ab La Vierge a enfant\u00e9. La lumi\u00e8re croit \u00bb. Les \u00c9gyptiens repr\u00e9sentaient m\u00eame le nouveau-n\u00e9 par l&rsquo;image d&rsquo;un petit enfant qu&rsquo;ils montraient, le jour de son anniversaire, \u00e0 ses adorateurs, au solstice d&rsquo;hiver. La Vierge qui avait ainsi con\u00e7u et qui mettait au jour un enfant le 25 d\u00e9cembre \u00e9tait la grande d\u00e9esse orientale que les S\u00e9mites appelaient la Vierge c\u00e9leste ou simplement la D\u00e9esse c\u00e9leste&#8230; Les \u00c9vangiles ne disent rien sur le jour de la naissance du Christ, aussi l\u2019\u00c9glise primitive ne la c\u00e9l\u00e9brait-elle pas&#8230; \u00e0 la fin du troisi\u00e8me ou au d\u00e9but du quatri\u00e8me si\u00e8cle, l\u2019\u00c9glise Occidentale&#8230; adopta&#8230; le 25 d\u00e9cembre, et l\u2019\u00c9glise d&rsquo;Orient se rangea plus tard \u00e0 cette d\u00e9cision. Le changement ne fut pas introduit \u00e0 Antioche avant l&rsquo;ann\u00e9e 375 de notre \u00e8re&#8230;<\/i><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Vue objectivement et sans passion, l\u2019\u00c9glise romaine appara\u00eet, en 1950, comme ayant fait un retour visible au paganisme. La Vierge Marie que, jusqu&rsquo;ici, l&rsquo;on h\u00e9sitait encore \u00e0 introniser en sa v\u00e9ritable nature de d\u00e9esse vit en chair et en os, pour Rome, depuis 1950, dans un ciel que l&rsquo;astronomie ne conna\u00eet pas. Astart\u00e9, vierge et m\u00e8re, a repris son corps, son visage, sa demeure et ses fonctions. \u00c0 la proclamation de ce nouveau dogme, il nous revient qu&rsquo;un esprit catholique fort intelligent et cultiv\u00e9, s&rsquo;en inqui\u00e9ta et interrogea en la mati\u00e8re un P\u00e8re dominicain, dont l&rsquo;opinion fait autorit\u00e9. Celui-ci r\u00e9pondit\u00a0: \u2013 Ne croyez-vous pas d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l&rsquo;existence du Corps Glorieux du Christ\u00a0? Croire \u00e0 deux Corps Glorieux au lieu d&rsquo;un, ne change rien. \u2013 Ah, oui c&rsquo;est vrai, r\u00e9pondit l&rsquo;autre. Et l&rsquo;on n&rsquo;en parla plus. Ainsi avait r\u00e9pondu le dragon \u00e0 notre r\u00eaveur\u00a0: \u2013 Ne sais-tu pas que l&rsquo;eau de fleur d&rsquo;oranger s&rsquo;extrait des pierres ? \u2013 Ah oui, c&rsquo;est vrai avait constat\u00e9 le dormeur. Et, ayant admis une absurdit\u00e9, pourquoi ne pas en admettre deux ? Le subterfuge mental du P\u00e8re dominicain \u00e9tait le mot \u00ab Glorieux \u00bb, vague \u00e0 dessein, magique, surnaturel. Ayant admis qu&rsquo;un corps devient \u00ab Glorieux \u00bb, il n&rsquo;est plus n\u00e9cessaire de lui accorder un contenu pensable, de l&rsquo;accompagner d&rsquo;une repr\u00e9sentation quelconque; il \u00e9chappe au concevable\u00a0; en d&rsquo;autres termes l&rsquo;on ne pense plus \u00e0 ce que l&rsquo;on dit. L&rsquo;on ne pense plus du tout. Car on sait que ce corps mat\u00e9riel n&rsquo;a pas pu trouver de place dans l&rsquo;Univers tel qu&rsquo;il est. Aussi bien, avons-nous vu, au sujet de ce dogme, de nombreux et savants commentaires d\u00e9velopper des consid\u00e9rations philoso\u00adphiques et th\u00e9ologiques fort compliqu\u00e9es, s&rsquo;\u00e9lever jusqu&rsquo;aux sommets du symbolisme, identifier la Vierge Marie \u00e0 la sub\u00adstance cosmique \u00e9ternelle, etc&#8230; et d&rsquo;autant mieux passer ainsi sous silence le fait tout cru de cette femme en suspens quelque part, entre une plan\u00e8te et l&rsquo;autre, ou debout sur la lune, telle que l&rsquo;ont repr\u00e9sent\u00e9e ses iconographes.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Ne revenons pas, ici, sur le mot Dieu. Nous avons assez vu qu&rsquo;il n&rsquo;a pas de contenu\u00a0; et que si on lui en accorde un, ce contenu \u00e9tant une repr\u00e9sentation, une imagerie de l&rsquo;im\u00adpensable, est pa\u00efen par d\u00e9finition. Le processus psychique de ce r\u00eave est curieusement identique \u00e0 lui-m\u00eame \u00e0 travers les \u00e2ges et les continents. Sous son aspect mythique, le culte du dieu J\u00e9sus peut se r\u00e9sumer, \u00e0 quelques nuances pr\u00e8s, dans les mots m\u00eames que Frazer consacre \u00e0 Osiris, \u00e0 la fois Souverain et Juge des morts, et dieu du bl\u00e9 :<\/span> <span lang=\"fr-FR\"><i>En pla\u00e7ant leurs morts dans la tombe, ils (les anciens \u00c9gyptiens) les confiaient \u00e0 la garde de celui qui pouvait trans\u00adformer leur poussi\u00e8re en vie \u00e9ternelle, comme il faisait jaillir la semence du sol. Les effigies d&rsquo;Osiris bourr\u00e9es de bl\u00e9, que l&rsquo;on a trouv\u00e9es dans des tombeaux \u00e9gyptiens, fournissent un t\u00e9moignage \u00e9loquent et non \u00e9quivoque de cette foi. Elles \u00e9taient \u00e0 la fois un embl\u00e8me et un instrument de r\u00e9surrection. Ainsi, de la germination du grain, les anciens \u00c9gyptiens tiraient un pr\u00e9sage d&rsquo;immortalit\u00e9 humaine. Ils ne sont pas le seul peuple \u00e0 avoir \u00e9chafaud\u00e9 les m\u00eames esp\u00e9rances si \u00e9lev\u00e9es sur des fondements aussi fragiles. Un dieu qui nourrissait ainsi son peuple des lambeaux de son propre corps durant cette vie, et qui lui offrait la promesse d&rsquo;une \u00e9ternit\u00e9 de f\u00e9licit\u00e9 dans un monde meilleur \u00e0 venir, tenait naturellement le premier rang dans ses affections<\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\"> [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote34sym\" name=\"sdfootnote34anc\"><sup>34<\/sup><\/a>].<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"center\"><span lang=\"fr-FR\">* *<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Rien ne pouvait mieux trahir J\u00e9sus que d&rsquo;en faire un dieu et ses pr\u00e9ceptes que d&rsquo;en faire un culte. L&rsquo;on a profit\u00e9 du fait que son langage \u00e9tait symbolique, pour ne garder que le symbole et le vider de son contenu. L&rsquo;on a exploit\u00e9<\/span> <span lang=\"fr-FR\">sa faiblesse culturelle \u2013 car, pouvait-il analyser, ainsi que nous le faisons de nos jours, les mobiles secrets de la psych\u00e9\u00a0? \u2013 pour donner un sens concret, litt\u00e9ral, barbare \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 simple et d&rsquo;ordre naturel qu&rsquo;en rabbi, il avait appris \u00e0 expri\u00admer \u00e0 la fa\u00e7on juive, en se servant des mots all\u00e9goriques de la Thora. Cette d\u00e9formation religieuse de la v\u00e9rit\u00e9 a donn\u00e9 lieu \u00e0 une prestigieuse repr\u00e9sentation mythique sur les col\u00adlines de J\u00e9rusalem qui, malgr\u00e9 son \u00e9clat, n&rsquo;a que la valeur d&rsquo;un r\u00eave. \u00c0 travers ce r\u00eave, \u2013 \u00e0 la fa\u00e7on dont la r\u00e9alit\u00e9 est n\u00e9antis\u00e9e par lui \u2013 la v\u00e9rit\u00e9 de ce drame de conscience est renvers\u00e9e, retourn\u00e9e, cach\u00e9e par l&rsquo;interpr\u00e9tation mythique qui s&rsquo;oppose rigoureusement \u00e0 elle. Cette opposition se tra\u00adduit par une analogie, par une sorte de ressemblance, de m\u00eame que nous avons vu plus haut les patins \u00e0 roulettes d&rsquo;un r\u00eaveur rappeler d&rsquo;autant mieux le bruit du moteur qu&rsquo;ils en \u00e9loignaient la conscience. Le mythe est une repr\u00e9senta\u00adtion de la v\u00e9rit\u00e9, ayant pour but de la cacher. Ce but est inconscient chez les sujets o\u00f9 a lieu l&rsquo;exp\u00e9rience spirituelle \u2013 fussent-ils un Bouddha, un J\u00e9sus \u2013 mais devient, pour la religion qui se fonde sur eux, une foi p\u00e9trie de mauvaise foi. En voici la raison : un Bouddha, un J\u00e9sus (de nos jours, un Shr\u00ee Aurobindo, un R\u00e2mana Maharshi), au contact de ce que nous avons appel\u00e9 l&rsquo;impensable myst\u00e8re vivant du \u00ab il y a \u00bb (\u00ab il y a \u00bb un Univers, et cela m\u00eame est imp\u00e9n\u00e9\u00adtrable) ont, du seul fait qu&rsquo;ils ont \u00e9prouv\u00e9, senti, per\u00e7u ce quelque chose, engendr\u00e9 dans leur conscience une identifi\u00adcation \u00ab je suis \u00bb : je suis la Voie\u00a0; je suis la V\u00e9rit\u00e9, la Vie\u00a0; moi et le P\u00e8re nous sommes un\u00a0; Shiva, Mah\u00e2deva, Toi et moi en Toi etc&#8230; etc&#8230; Or cette identification qui, pour les ouail\u00adles, est la preuve des preuves, le miracle des miracles, n&rsquo;est, selon la th\u00e8se que nous d\u00e9velopperons dans la seconde partie de notre ouvrage, que le t\u00e9moignage d&rsquo;une faillite partielle : la faillite sur le seuil, le \u00ab je suis&#8230; \u00bb quelle que soit la suite du discours, \u00e9tant toujours l&rsquo;affirmation d&rsquo;un pour-moi. Et plus la faillite se produit de justesse, avec une vision claire de la r\u00e9alit\u00e9, mieux elle trahit cette vision. Ainsi, sur le point de s&rsquo;\u00e9veiller, notre r\u00eaveur \u00e9changerait ses patins \u00e0 roulettes contre des images se rapprochant de plus en plus de la r\u00e9a\u00adlit\u00e9, jusqu&rsquo;\u00e0, peut-\u00eatre, r\u00eaver tout \u00e9veill\u00e9 que l&rsquo;auto dont le moteur le d\u00e9range l&#8217;emporte au loin. Tant qu&rsquo;il y a identification, il y a r\u00eave. Chez J\u00e9sus l&rsquo;identification est \u00e9vidente.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Elle ne vacille, la conscience ne se situe en dehors d&rsquo;elle-m\u00eame dans une position r\u00e9flexive et angoiss\u00e9e, qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;appro\u00adche de la mort, lorsque la \u00ab volont\u00e9 du P\u00e8re \u00bb s&rsquo;oppose \u00e0 la conscience du pour-moi, laquelle, sur la croix, se retrouve toute seule, abandonn\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame. C&rsquo;est sur cette erreur, sur cette identification, que se pr\u00e9cipitent comme des cor\u00adbeaux, comme des vautours, les pour-moi assoiff\u00e9s d&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, tandis que si l&rsquo;on veut accorder son prix \u00e0 son exp\u00e9rience dramatique il faut au contraire \u00e9liminer tous les \u00e9l\u00e9ments de son r\u00eave et rechercher avec passion ce que cet homme a, en fait, voulu dire, au prix de sa vie. C&rsquo;est ici que l&rsquo;on se heurte<\/span> <span lang=\"fr-FR\">\u00e0 la passion contraire, des Chr\u00e9tiens en g\u00e9n\u00e9ral et de l&rsquo;\u00e9glise romaine en particulier, qui ne cesse d&rsquo;\u00e9riger en dogmes, en tabous sacr\u00e9s, en interpr\u00e9tations d&rsquo;\u00e9critures \u00ab saintes \u00bb, l&rsquo;\u00e9quivalent saugrenu des patins \u00e0 roulettes, et d&rsquo;eau de fleur d&rsquo;oranger extraite des pierres. Voici, en quelques rapides citations, ce qu&rsquo;il faut cacher \u00e0 tout prix :<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">&#8230; <i>nous te lapidons pour un blasph\u00e8me, et parce que toi, qui es un homme, tu te fais Dieu. J\u00e9sus leur r\u00e9pondit : n&rsquo;est-il pas \u00e9crit dans votre loi : J&rsquo;ai dit : Vous \u00eates des dieux ?&#8230; <\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">(jean X, 34.)<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Et n&rsquo;appelez personne sur la terre votre p\u00e8re\u00a0; car un seul est votre P\u00e8re, celui qui est dans les cieux<\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">. (Matt. XXIII, 9.)<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">.<i>.. que tous soient un, comme toi, p\u00e8re, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu&rsquo;eux aussi soient un en nous<\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">&#8230; (Jean XVII, 21.)<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">S&rsquo;il est vrai qu&rsquo;il y a chez J\u00e9sus, un sentiment d&rsquo;identi\u00adfication avec le \u00ab P\u00e8re \u00bb, c&rsquo;est trahir cet esprit \u00e9minemment h\u00e9bra\u00efque que lui attribuer la notion d&rsquo;une diff\u00e9rence de nature entre lui et les autres hommes. Yhwh est son P\u00e8re \u00e0 la fa\u00e7on dont il est dit, dans l&rsquo;exode : \u00ab Isra\u00ebl est mon fils, mon premier-n\u00e9 \u00bb. J\u00e9sus per\u00e7oit cette filiation en tant qu&rsquo;il demande \u00e0 tout \u00eatre humain de s&rsquo;identifier au mouvement de l&rsquo;\u00ab esprit \u00bb qui souffle o\u00f9 il veut, et non \u00e0 la densit\u00e9, ou r\u00e9sistance au mouvement. Malgr\u00e9 son langage all\u00e9gorique, il y a l\u00e0 une v\u00e9rit\u00e9 r\u00e9volutionnaire qui s&rsquo;oppose aux \u00ab fils de la M\u00e8re \u00bb et, en g\u00e9n\u00e9ral, aux mythes statiques de l&rsquo;Asie\u00a0; il y a l\u00e0 une position dialectique, anti-m\u00e9taphysique, un appel \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9 humaine int\u00e9grant le divin, rejetant d&rsquo;avance toute \u00e9glise, dans l&rsquo;opposition.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Et voici, en termes simples, la traduction de cette position :<\/span> <span lang=\"fr-FR\"><i>Mais moi, je vous dis de ne pas r\u00e9sister au m\u00e9chant&#8230; Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, b\u00e9nissez ceux qui vous maudissent, faites du bien \u00e0 ceux qui vous ha\u00efssent&#8230; Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle r\u00e9compense m\u00e9ritez-vous ?&#8230; Et si vous saluez seulement vos fr\u00e8res, que faites-vous d&rsquo;extraordinaire\u00a0?<\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">&#8230; (Matt. V, 39, 44, 48.)<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Que l&rsquo;\u00e9glise de Rome fasse savoir \u00e0 Moscou qu&rsquo;elle entend appliquer ces pr\u00e9ceptes, et que les Chr\u00e9tiens aient assez foi en leur dieu pour miser sur son enseignement, quoi qu&rsquo;il puisse arriver.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Mais revenons au sermon sur la montagne :<\/span> <span lang=\"fr-FR\"><i>Ne vous inqui\u00e9tez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous serez v\u00eatus&#8230; Regardez les oiseaux du ciel : ils ne s\u00e8ment ni ne moissonnent, et ils n&rsquo;amassent rien dans des greniers&#8230; Et pourquoi vous inqui\u00e9ter au sujet du v\u00eatement ? Consid\u00e9rez comment croissent les lis des champs : ils ne travaillent ni ne filent&#8230; Ne vous inqui\u00e9tez donc point, et ne dites pas : que mangerons-nous? Que boirons-nous ? de quoi serons-nous v\u00eatus ? Car toutes ces choses, ce sont les pa\u00efens qui les recherchent..<\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">. etc&#8230;, etc&#8230; (Matt. VI, 25\/32.)<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Que cette civilisation dite chr\u00e9tienne se d\u00e9clare donc ouvertement pa\u00efenne, et que les vrais Chr\u00e9tiens puissent se retrouver croyants ou incroyants&#8230; <\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>Si je ne fais pas les \u0153uvres de mon P\u00e8re, ne me croyez pas. Mais si je les fais, quand m\u00eame vous ne me croirez point, croyez \u00e0 ces \u0153uvres<\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\">&#8230; (Jean, X, 37\/38.)<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Et voici enfin un passage, si admirable dans sa na\u00efvet\u00e9 po\u00e9tique\u00a0; si total dans sa conception de l&rsquo;unit\u00e9 humaine \u00e0 la fois spirituelle et mat\u00e9rielle\u00a0; si pr\u00e9cis dans ses pr\u00e9ceptes (car non seulement ce que nous faisons au plus petit d&rsquo;entre nous, c&rsquo;est \u00e0 J\u00e9sus que nous le faisons, mais ce que nous<\/span> <span lang=\"fr-FR\">omettons de lui donner, c&rsquo;est \u00e0 J\u00e9sus que nous le refusons, et l&rsquo;on voit \u00e0 quel point le renversement de cette proposi\u00adtion rejette dans l&rsquo;hypocrisie les \u0153uvres dites charitables) ; que nous pensons ne pas pouvoir mieux faire, pour conclure notre critique de la pens\u00e9e impure, que de le citer en entier, comme exemple de pens\u00e9e pure, incomparablement. L&rsquo;h\u00e9si\u00adtation que nous pourrions \u00e9prouver \u00e0 recopier une page si connue des \u00c9vangiles tombe d&rsquo;elle-m\u00eame, si nous nous sou\u00advenons de notre ami Martin-Chauffier, ce Chr\u00e9tien qui d\u00e9clare que les bases d&rsquo;une justice sociale n&rsquo;ont pas encore \u00e9t\u00e9 pos\u00e9es.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Lorsque le Fils de l&rsquo;homme viendra dans sa gloire, avec tous les anges, il s&rsquo;assi\u00e9ra sur le tr\u00f4ne de sa gloire. Toutes les nations seront assembl\u00e9es devant lui. Il s\u00e9parera les uns d&rsquo;avec les autres, comme le berger s\u00e9pare les brebis d&rsquo;avec les boucs\u00a0; et il mettra les brebis \u00e0 sa droite et les boucs \u00e0 sa gauche. Alors le roi dira \u00e0 ceux qui seront \u00e0 sa droite : Venez, vous qui \u00eates b\u00e9nis de mon P\u00e8re\u00a0; prenez possession du royaume qui vous a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9 d\u00e8s la fondation du monde. Car j&rsquo;ai eu faim, et vous m&rsquo;avez donn\u00e9 \u00e0 manger; j&rsquo;ai eu soif, et vous m&rsquo;avez donn\u00e9 \u00e0 boire\u00a0; j&rsquo;\u00e9tais \u00e9tranger, et vous m&rsquo;avez recueilli\u00a0; j&rsquo;\u00e9tais nu, et vous m&rsquo;avez v\u00eatu\u00a0; j&rsquo;\u00e9tais malade, et vous m&rsquo;avez visit\u00e9\u00a0; j&rsquo;\u00e9tais en prison, et vous \u00eates venus vers moi. Les justes lui r\u00e9pondront : Seigneur, quand t&rsquo;avons-nous vu avoir faim, et t&rsquo;avons-nous donn\u00e9 \u00e0 manger ou avoir soif, et t&rsquo;avons-nous donn\u00e9 \u00e0 boire ? Quand t&rsquo;avons-nous vu \u00e9tranger, et t&rsquo;avons-nous recueilli\u00a0; ou nu, et t&rsquo;avons-nous v\u00eatu ? Quand t&rsquo;avons-nous vu malade ou en prison, et sommes-nous all\u00e9s vers toi\u00a0? Et le roi leur r\u00e9pondra : Je vous le dis en v\u00e9rit\u00e9, toutes les fois que vous avez fait ces choses \u00e0 l&rsquo;un de ces plus petits de mes fr\u00e8res, c&rsquo;est \u00e0 moi que vous les avez faites. Ensuite il dira \u00e0 ceux qui seront \u00e0 sa gauche : Retirez-vous de moi, mau\u00addits\u00a0; allez dans le feu \u00e9ternel qui a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9 pour le diable et pour ses anges&#8230; Car j&rsquo;ai eu faim, et vous ne m&rsquo;avez pas donn\u00e9 \u00e0 manger\u00a0; j&rsquo;ai eu soif, et vous ne m&rsquo;avez pas donn\u00e9 \u00e0 boire\u00a0; j&rsquo;\u00e9tais \u00e9tranger, et vous ne m&rsquo;avez pas recueilli\u00a0; j&rsquo;\u00e9tais nu, et vous ne m&rsquo;avez pas v\u00eatu\u00a0; j&rsquo;\u00e9tais malade et en prison, et vous ne m&rsquo;avez pas visit\u00e9. Ils r\u00e9pondront aussi : Seigneur, quand t&rsquo;avons-nous vu ayant faim, ou ayant soif ou \u00e9tranger, ou nu, ou malade, ou en prison, et ne t&rsquo;avons-nous pas assist\u00e9 ? Et il leur r\u00e9pondra : Je vous le dis en v\u00e9rit\u00e9, toutes les fois que vous n&rsquo;avez pas fait ces choses \u00e0 l&rsquo;un de ces plus petits, c&rsquo;est \u00e0 moi que vous ne les avez pas faites. Et ceux-ci iront au ch\u00e2timent \u00e9ternel, mais les justes \u00e0 la vie \u00e9ternelle.<\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\"> (Matt XXV, 31\/46.)<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/lhomme-qui-se-pense-par-carlo-suares\/\">Chapitre Pr\u00e9c\u00e9dent<\/a>\u00a0\u00a0 <a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=16958\">Chapitre Suivant<\/a><br \/>\n<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">_________________________________________________________<\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Ouvrage cit\u00e9, p. 15\/16.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Ouvrage cit\u00e9, p. 82.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote3\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Ouvrage cit\u00e9, p. 87.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote4\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Ouvrage cit\u00e9, p. 89.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote5\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Ouvrage cit\u00e9, p. 62.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote6\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\">6<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Ouvrage cit\u00e9, p. 63.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote7\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote7anc\" name=\"sdfootnote7sym\">7<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Ouvrage cit\u00e9, p. 64.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote8\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote8anc\" name=\"sdfootnote8sym\">8<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Ouvrage cit\u00e9, p. 68.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote9\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote9anc\" name=\"sdfootnote9sym\">9<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">P. 80.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote10\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote10anc\" name=\"sdfootnote10sym\">10<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">P. 60.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote11\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote11anc\" name=\"sdfootnote11sym\">11<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">P. 70.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote12\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote12anc\" name=\"sdfootnote12sym\">12<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">P. 91\/92.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote13\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote13anc\" name=\"sdfootnote13sym\">13<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">P. 66.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote14\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote14anc\" name=\"sdfootnote14sym\">14<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">P. 115.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote15\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote15anc\" name=\"sdfootnote15sym\">15<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">P. 124, 125, 126.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote16\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote16anc\" name=\"sdfootnote16sym\">16<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">P. 136\/137.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote17\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote17anc\" name=\"sdfootnote17sym\">17<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">P. 71.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote18\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote18anc\" name=\"sdfootnote18sym\">18<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">M.-E. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Duhring bouleverse la Science<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> (Anti-Duhring), par Fr. Engels.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote19\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote19anc\" name=\"sdfootnote19sym\">19<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">V. \u0152uvres compl\u00e8tes de Marx, publi\u00e9es par Alfred Costes, \u00e9di\u00adtion 1927.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote20\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote20anc\" name=\"sdfootnote20sym\">20<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">V. notre essai de psychologie dialectique (<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>La Com\u00e9die Psycho\u00adlogique<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">).<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote21\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote21anc\" name=\"sdfootnote21sym\">21<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Karl Marx : \u00ab <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Mis\u00e8re de la Philosophie<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00bb.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote22\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote22anc\" name=\"sdfootnote22sym\">22<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">P. 681.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote23\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote23anc\" name=\"sdfootnote23sym\">23<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">P. 714.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote24\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote24anc\" name=\"sdfootnote24sym\">24<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Mis\u00e8re de la Philosophie<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote25\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote25anc\" name=\"sdfootnote25sym\">25<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>La Sainte Famille<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">, tome III.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote26\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote26anc\" name=\"sdfootnote26sym\">26<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">P. 695.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote27\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote27anc\" name=\"sdfootnote27sym\">27<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">\u00ab <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>La Com\u00e9die Psychologique<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00bb, chez Jos\u00e9 Corti, 1932, \u00e9puis\u00e9.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote28\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote28anc\" name=\"sdfootnote28sym\">28<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>Anti-D\u00fchring<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote29\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote29anc\" name=\"sdfootnote29sym\">29<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">\u00ab <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>L\u2019\u00catre et le N\u00e9ant<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00bb, p. 15\/16.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote30\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote30anc\" name=\"sdfootnote30sym\">30<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">\u00ab <\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>Le Rameau d&rsquo;Or<\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\"> \u00bb, \u00e9d. abr\u00e9g\u00e9e, p. 460.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote31\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote31anc\" name=\"sdfootnote31sym\">31<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">\u00ab <\/span><span lang=\"fr-FR\"><i>Le Rameau d&rsquo;Or<\/i><\/span><span lang=\"fr-FR\"> \u00bb, \u00e9d. abr\u00e9g\u00e9e, p. 461.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote32\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote32anc\" name=\"sdfootnote32sym\">32<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">P. 305.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote33\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote33anc\" name=\"sdfootnote33sym\">33<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">P. 328.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote34\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote34anc\" name=\"sdfootnote34sym\">34<\/a>\u0002 <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">P. 361\/2.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si je \u00ab me \u00bb pense, il faut bien que je \u00ab me \u00bb pense quelque chose, sans quoi je ne serais rien. 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Mais, plus je r\u00e9fl\u00e9chis et m'aper\u00e7ois que \u00ab je \u00bb ne suis pas telle ou telle identification en vertu de laquelle je \u00ab me \u00bb pensais sans le savoir (\u00e0 la fa\u00e7on du \u00ab moi \u00bb qui cherchait de l'eau de fleur d'oranger dans un r\u00eave, ou de l'enfant au \u00ab pour-moi \u00bb instantan\u00e9) plus s'ouvre en moi un gouffre int\u00e9rieur, qui est gouffre parce qu'il est impensable.","og_url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/lhomme-qui-cherche-a-se-penser-par-carlo-suares\/","og_site_name":"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","article_published_time":"2015-05-30T17:11:32+00:00","article_modified_time":"2015-06-23T13:09:18+00:00","og_image":[{"width":135,"height":182,"url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/suares4.jpg","type":"image\/jpeg"}],"author":"3e mill\u00e9naire","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"3e mill\u00e9naire","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"78 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"Article","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/lhomme-qui-cherche-a-se-penser-par-carlo-suares\/#article","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/lhomme-qui-cherche-a-se-penser-par-carlo-suares\/"},"author":{"name":"3e mill\u00e9naire","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5"},"headline":"L&rsquo;homme qui cherche \u00e0 se penser par Carlo Suar\u00e8s","datePublished":"2015-05-30T17:11:32+00:00","dateModified":"2015-06-23T13:09:18+00:00","mainEntityOfPage":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/lhomme-qui-cherche-a-se-penser-par-carlo-suares\/"},"wordCount":15544,"image":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/lhomme-qui-cherche-a-se-penser-par-carlo-suares\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2013\/04\/suares4.jpg","keywords":["connaissance de soi","processus du moi"],"articleSection":["Suar\u00e8s Carlo"],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/lhomme-qui-cherche-a-se-penser-par-carlo-suares\/","url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/lhomme-qui-cherche-a-se-penser-par-carlo-suares\/","name":"L'homme qui cherche \u00e0 se penser par Carlo Suar\u00e8s - 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