{"id":16959,"date":"2015-07-07T02:23:53","date_gmt":"2015-07-07T01:23:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=16959"},"modified":"2015-07-07T02:23:53","modified_gmt":"2015-07-07T01:23:53","slug":"reflexions-allant-du-simple-au-complexe-par-carlo-suares","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/reflexions-allant-du-simple-au-complexe-par-carlo-suares\/","title":{"rendered":"R\u00e9flexions allant du simple au complexe par Carlo Suar\u00e8s"},"content":{"rendered":"<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\" align=\"center\"><span lang=\"fr-FR\">(Extrait de <strong>Critique de la raison impure<\/strong> par Carlo Suar\u00e8s. \u00c9dition Stock 1955)<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\" align=\"center\"><span lang=\"fr-FR\"><a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/introduction-a-la-logique-de-lirrationnel-par-carlo-suares\/\">Chapitre Pr\u00e9c\u00e9dent<\/a>\u00a0\u00a0 Chapitre Suivant<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Apr\u00e8s avoir pos\u00e9 l&rsquo;impensable, et d\u00e9cid\u00e9 de tenir constamment pr\u00e9sentes en mon esprit les limites de la pen\u00ads\u00e9e, j&rsquo;ai pos\u00e9 le pensable dans le monde discontinu des objets et de l&rsquo;exp\u00e9rience. La premi\u00e8re tentation qui s&rsquo;offre \u00e0 la pens\u00e9e est de chercher le rapport entre le il y a impen\u00adsable et les objets pens\u00e9s. Je rejette aussit\u00f4t cette folle gymnastique, l&rsquo;ayant critiqu\u00e9e ad nauseam. Entre une pen\u00ads\u00e9e ayant un contenu (l&rsquo;objet) et un impensable que je refuse de remplir de ma propre pr\u00e9sence, il n&rsquo;y a rien. J&rsquo;ai d\u00e9finitivement rejet\u00e9 dans le domaine de la divagation les philosophies et les th\u00e9ologies. Toutes sans exception, posent un fini-discontinu concevable, et un pseudo infini de r\u00eave, et s&rsquo;imaginent se constituer en ponts, entre un mode et l&rsquo;autre, vers la Connaissance. Tenant toujours pr\u00e9sente en mon esprit cette illusion, je ne vois pas pourquoi mon intel\u00adligence, qui est une dissociation, ne pourrait pas percevoir, examiner, comprendre, le processus de cette dissociation. Je ne vois pas pourquoi il me faudrait aller chercher tant de religions extraordinaires, au lieu de me rendre compte de la nature de ma pens\u00e9e. Si le discontinu, la dissociation de l&rsquo;espace et du temps, se posent \u00e0 la fois comme objets et comme pens\u00e9e, je ne vois pas pourquoi la pens\u00e9e ne pourrait pas se penser elle-m\u00eame, dans la relation entre les termes dissoci\u00e9s, relation qui n&rsquo;est autre qu&rsquo;elle-m\u00eame. Au lieu de<\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">poser ma conscience en bloc, en une entit\u00e9 compos\u00e9e de deux p\u00f4les oppos\u00e9s, en face d&rsquo;une pseudo entit\u00e9 inexistante, d\u00e9nomm\u00e9e \u00e0 tort \u00ab concept \u00bb, puisqu&rsquo;on ne la con\u00e7oit pas, dont on veut se persuader qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas contradictoire dans sa nature, je ne vois pas pourquoi la pens\u00e9e ne pourrait pas \u00eatre simplement le t\u00e9moin, le spectateur de son propre processus. Qui dit processus, dit d\u00e9j\u00e0 dissociation, puisque le mot implique une \u00e9volution en train de se faire, une dur\u00e9e, une \u00ab chose \u00bb. D\u00e8s lors, je n&rsquo;ai plus d&rsquo;objection \u00e0 me consi\u00add\u00e9rer, apr\u00e8s Descartes, \u00ab une chose qui pense \u00bb; car ma pens\u00e9e s&rsquo;appliquera \u00e0 cette \u00ab chose \u00bb, assise en ce moment \u00e0 une table, en train d&rsquo;\u00e9crire, et n&rsquo;aura aucune tendance \u00e0 d\u00e9brayer dans des Perfections Absolues.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">(Il est \u00e9vident que cette \u00ab chose \u00bb, qui r\u00e9pond \u00e0 mon nom, n&rsquo;est pas simplement une \u00ab chose qui pense \u00bb. Elle sent son corps, celui-ci a faim ou est rassasi\u00e9, est fatigu\u00e9 ou repos\u00e9, ses glandes \u00e0 s\u00e9cr\u00e9tion interne fonctionnent ou non\u00a0; cette \u00ab chose \u00bb est le lieu de toutes les \u00e9motions conce\u00advables et inconcevables&#8230; etc&#8230; Pour le moment, ne faisons pas la part de ce qui est conscient et de ce qui, apparemment ne l&rsquo;est pas, de ce qui est pens\u00e9 et de ce qui, apparemment ne l&rsquo;est pas : il nous faut d&rsquo;abord nettoyer la pens\u00e9e, en tant qu&rsquo;instrument de travail, de ses impuret\u00e9s impensables).<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je viens de me poser \u00ab chose \u00bb connaissable. Et deux m\u00e9thodes didactiques se pr\u00e9sentent \u00e0 moi, toutes deux vala\u00adbles. Je puis, concentrant mon attention sur le comporte\u00adment humain, et mettant en \u00e9vidence la contradiction, qui, dans la conscience humaine, devient tragique, montrer qu&rsquo;elle se retrouve partout dans la nature, qu&rsquo;elle ob\u00e9it toujours \u00e0 une seule loi, \u00e0 une seule n\u00e9cessit\u00e9\u00a0; je puis chercher \u00e0 d\u00e9ga\u00adger cette loi, en allant du complexe au simple. Mais je puis \u00e9galement passer du simple au complexe, et commencer par d\u00e9finir le comportement, dans ses rapports avec le \u00ab il y a \u00bb, des objets les plus faciles \u00e0 examiner. C&rsquo;est par cette seconde m\u00e9thode que je commence.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je tiens en ma main un objet en fer, en partie d\u00e9vor\u00e9 par la rouille, et un galet poli par l&rsquo;usure, que j&rsquo;ai trouv\u00e9s au bord de la rivi\u00e8re. Ces objets sont tous deux tr\u00e8s durs et r\u00e9sistants. Je cherche aussit\u00f4t \u00e0 d\u00e9finir ce que sont les objets. Je me dis qu&rsquo;un objet est un \u00e9tat discontinu et pro\u00advisoire d&rsquo;\u00e9quilibre. Il est discontinu, limit\u00e9, occupe une place dans l&rsquo;espace\u00a0; et provisoire, car je sais que rien ne dure : je le sais par exp\u00e9rience, ainsi que par mes connaissances acquises. Les astres les plus consid\u00e9rables naissent et meu\u00adrent, apparaissent et disparaissent. En v\u00e9rit\u00e9, les physiciens m&rsquo;apprennent que l&rsquo;Univers manifest\u00e9 a eu un commence\u00adment, il n&rsquo;y a que deux milliards d&rsquo;ann\u00e9es, et je puis logiquement admettre qu&rsquo;il aura une fin&#8230; Je me suis d\u00e9j\u00e0 dit que cet \u00e9tat de non-manifestation serait encore du \u00ab il y a \u00bb. Je me dis tout cela, sachant fort bien que je ne puis le comprendre. Je ne m&rsquo;en servirai, par cons\u00e9quent, qu&rsquo;\u00e0 la fa\u00e7on dont les math\u00e9maticiens se servent de certains signes, comme <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: large;\">?<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, cet \u00ab infini \u00bb, indispensable dans certains calculs, mais que la r\u00e9solution de l&rsquo;\u00e9quation doit \u00e9liminer. Je me dis donc, de la fa\u00e7on la plus banale, que l&rsquo;indestructible \u00ab il y a \u00bb n&rsquo;est fait que d&rsquo;objets destructibles. Ces objets sont, tous, dans un \u00e9tat d&rsquo;\u00e9quilibre provisoire. Mais ces \u00e9quilibres ont des vertus fort diff\u00e9rentes, qui vont de l&rsquo;\u00e9quilibre rigide et inanim\u00e9 de mon objet en fer et de mon galet, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9tat \u00e9minemment vuln\u00e9rable d&rsquo;un enfant nouveau-n\u00e9. En partant de ces constatations tout \u00e0 fait \u00e9videntes et simples, si je puis comprendre le comportement de ces \u00e9quilibres provisoires en fonction du \u00ab il y a \u00bb, peut-\u00eatre pourrai-je me faire une id\u00e9e ad\u00e9quate de ce qu&rsquo;est un \u00eatre humain, cet \u00ab objet \u00bb,<\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">cette \u00ab chose \u00bb, dont l&rsquo;\u00e9tat provisoire d&rsquo;\u00e9quilibre est si diff\u00e9rent de celui d&rsquo;un morceau de fer.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je reprends mon objet en fer et mon galet, et je me demande si cette forme tr\u00e8s dure d&rsquo;\u00e9quilibre ne peut pas m&rsquo;apprendre d\u00e9j\u00e0 quelque chose. Le fer est d\u00e9vor\u00e9 par la rouille. Tout dur qu&rsquo;il soit, il est le jouet des circonstances, le lieu, sans d\u00e9fense, de toutes les combinaisons chimiques que le hasard provoquera en lui. Il m&rsquo;est commode ici, de proc\u00e9der \u00e0 une abstraction. J&rsquo;abstrais de cet objet en fer, de son \u00e9tat d&rsquo;\u00e9quilibre, la notion que cet objet r\u00e9siste, \u00e0 sa fa\u00e7on, aux changements ext\u00e9rieurs, ainsi qu&rsquo;\u00e0 la d\u00e9com\u00adposition int\u00e9rieure, qui feraient que cet objet ne serait plus cet objet. J&rsquo;appellerai cette r\u00e9sistance, le pour-soi de cet objet en fer. Je suppose que ce pour-soi est compl\u00e8tement d\u00e9nu\u00e9 de conscience. Du moins, c&rsquo;est ainsi que je l&rsquo;imagine. Je n&rsquo;imagine pas qu&rsquo;il existe une \u00e9nergie consciente, inh\u00e9\u00adrente \u00e0 ce morceau de fer ou \u00e0 ce galet, qui s&rsquo;efforce de maintenir ces objets dans leur int\u00e9grit\u00e9. J&rsquo;imagine, au con\u00adtraire, qu&rsquo;il y a d&rsquo;autant-moins de conscience en un objet que celui-ci est plus homog\u00e8ne dans sa constitution. En particulier, \u00e0 l&rsquo;examen, mon galet r\u00e9v\u00e8le, lorsque je le casse, un grain tr\u00e8s fin et identique en toutes ses parties. Une pierre moins dure aurait \u00e9t\u00e9 davantage malmen\u00e9e de l&rsquo;ext\u00e9\u00adrieur, une pierre moins homog\u00e8ne se serait d\u00e9sint\u00e9gr\u00e9e par l&rsquo;existence, en elle, de deux ou plusieurs \u00e9quilibres diff\u00e9\u00adrents dans leurs pour-soi. Ce dernier cas est celui de mon objet en fer. En effet, je le constate h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne : il se com\u00adpose de fer et de rouille. Le pour-soi fer et le pour-soi rouille, ou fer oxyd\u00e9, sont chimiquement en opposition, d&rsquo;o\u00f9 la d\u00e9sint\u00e9gration. J&rsquo;en conclus que plus le pour-soi d&rsquo;un objet est homog\u00e8ne, simple, uniforme, \u00e9l\u00e9mentaire, mieux cet objet est pour-soi, non d\u00e9sint\u00e9gr\u00e9. Ce pour-soi id\u00e9al est donc n\u00e9cessairement inerte. Or, \u00e0 cause de son inertie m\u00eame, il est sans d\u00e9fense. Cette contradiction fondamentale des \u00e9quilibres provisoires du mouvement est la premi\u00e8re grande loi qui se d\u00e9gage de leur simple observation. L&rsquo;on voit com\u00adbien est brouill\u00e9 le jugement des philosophes, avec l&rsquo;inven\u00adtion d&rsquo;un en-soi, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;une \u00ab identit\u00e9 \u00bb primitive des contradictions non encore \u00e9volu\u00e9es, qui sont cach\u00e9es dans une chose. L\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;on ne sait pas voir la contradiction, l&rsquo;on imagine, dans les objets une phase involu\u00e9e, primitive, o\u00f9, au lieu de la contradiction, se trouve une \u00ab identit\u00e9 \u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Cette \u00ab identit\u00e9 \u00bb m\u00e9taphysique, par suite d&rsquo;une sorte de miracle, se transforme brusquement en un pour-soi, dont la nature est aussi diff\u00e9rente de celle de l&rsquo;en-soi que le nombre est diff\u00e9rent de l&rsquo;infini. Des sauts brusques, des mutations existent en effet dans la nature : voyez cet \u0153uf que couve la poule, et constatez, \u00e0 quelque temps de l\u00e0, qu&rsquo;il est bris\u00e9, qu&rsquo;il n&rsquo;y a plus d\u2019\u0153uf, mais un poussin et des fragments de coquille\u00a0; mais n&rsquo;en concluez pas qu&rsquo;\u00e0 la for\u00admation de l\u2019\u0153uf, tout au d\u00e9but, il y avait identit\u00e9 entre le germe du poussin et la coquille. En v\u00e9rit\u00e9, l&rsquo;en-soi n&rsquo;existe pas. Il n&rsquo;existe dans aucun objet, dans aucun ph\u00e9nom\u00e8ne, dans aucun concept.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il n&rsquo;existe pas, parce que ce qui existe se d\u00e9finit n\u00e9ces\u00adsairement dans ses relations avec le il y a, dans un syst\u00e8me de coordonn\u00e9es. Et il n&rsquo;existe pas plus de conscience-en-soi que d&rsquo;objet-en-soi. Car, m\u00eame si, \u00e0 la remorque des m\u00e9ta\u00adphysiciens, nous nous proposions de sp\u00e9culer sur une con\u00adscience cosmique, immanente, absolue, divine, nous serions oblig\u00e9s de dire qu&rsquo;une telle conscience n&rsquo;existe pas, du fait que, irr\u00e9futablement, existe un il y a. Une \u00ab conscience divine \u00bb (ces mots sont all\u00e9goriques) devrait forc\u00e9ment se situer dans ses rapports avec le il y a\u00a0; et se situer dans sa relation avec ma constatation \u00ab il y a \u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Du simple sait de ma constatation \u00ab il y a \u00bb, s&rsquo;il existe une \u00ab conscience divine \u00bb, elle est n\u00e9cessairement une con\u00adscience pour-soi, et non une conscience en-soi.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ces consid\u00e9rations ont comme cons\u00e9quence l&rsquo;\u00e9limina\u00adtion du probl\u00e8me de la Connaissance, en faveur de la simple constatation de ce qu&rsquo;il y a, dans le il y a. La recherche de la Connaissance pose toujours un point fixe dans l&rsquo;esprit, d\u00e9nomm\u00e9 : en-soi, transcendance, Absolu, Atman, \u00e2me immortelle, ou autrement\u00a0; qui n&rsquo;a de parfait que sa qualit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre parfaitement inconcevable\u00a0; et c&rsquo;est du fait que cette Connaissance totale se pose, que l&rsquo;ignorance existe. En v\u00e9rit\u00e9, la pens\u00e9e, en cr\u00e9ant un point fixe illusoire, au sein de l&rsquo;\u00e9norme il y a, sans cesse en mouvement, aux lendemains impr\u00e9visibles, p\u00e9trie des morts de tout ce qu&rsquo;il y a, ne fait qu&rsquo;ob\u00e9ir \u00e0 son caract\u00e8re essentiel d&rsquo;\u00e9quilibre provisoire, \u00e9mi\u00adnemment simple et statique. Ce caract\u00e8re est celui des corps simples. Les lois qui r\u00e9gissent ces corps r\u00e9gissent aussi la pens\u00e9e. La pens\u00e9e n&rsquo;existe pas \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat pur. Il n&rsquo;y a de pens\u00e9e que de quelque chose : objet, ou pour-soi du pen\u00adseur. La pens\u00e9e est aussi incapable de mouvement int\u00e9rieur qu&rsquo;un morceau de fer, qu&rsquo;un galet. Une pens\u00e9e est incapable de se modifier : tout changement de pens\u00e9e est une autre pens\u00e9e. La pens\u00e9e est incapable d&rsquo;adh\u00e9rer au mouvement du il y a. Toute personne dont la structure psychique doit sa stabilit\u00e9 \u00e0 une pens\u00e9e ou \u00e0 un syst\u00e8me de pens\u00e9es est d\u00e9bray\u00e9e, en \u00e9tat d&rsquo;auto-destruction.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"center\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>\u00c0 LA RECHERCHE D&rsquo;UNE ALL\u00c9GORIE<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Depuis l&rsquo;\u00e9quilibre statique et sans d\u00e9fense d&rsquo;un mor\u00adceau de fer ou d&rsquo;une pierre, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9quilibre statique (et d\u00e9bray\u00e9, derri\u00e8re ses syst\u00e8mes de d\u00e9fense) de l&rsquo;id\u00e9e fixe \u00ab je suis \u00bb, la nature nous offre toutes les gradations possi\u00adbles du pour-soi. Le pour-soi est toujours r\u00e9sistance : r\u00e9sis\u00adtance au changement. Le pour-soi est donc masse. La masse est la contradiction fondamentale de notre Univers, dans sa constitution. Dans un des premiers chapitres de cet ouvrage, elle a \u00e9t\u00e9 d\u00e9finie, conform\u00e9ment \u00e0 la physique contempo\u00adraine, r\u00e9sistance \u00e0 un changement de vitesse. Or, la plus grande r\u00e9sistance possible \u00e0 un changement de vitesse n&rsquo;est autre que la plus grande vitesse possible. Cette vitesse est celle de la lumi\u00e8re : seule la lumi\u00e8re peut r\u00e9sister \u00e0 un changement de vitesse. Une vitesse inf\u00e9rieure peut \u00eatre acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e ou diminu\u00e9e, celle de la lumi\u00e8re est une constante. Un objet qui serait emport\u00e9 \u00e0 une vitesse tendant vers celle de la lumi\u00e8re, tendrait \u00e0 dispara\u00eetre en tant qu&rsquo;objet, son volume devenant de plus en plus petit. Rejoignant la lumi\u00e8re, son pour-soi cesserait donc d&rsquo;exister en tant que tel. La plus grande masse possible ne serait plus que de l&rsquo;\u00e9nergie.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Parvenu \u00e0 ce point de mes m\u00e9ditations, je vois bien que j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 cr\u00e9\u00e9 dans mon esprit toute une all\u00e9gorie. Le sachant, je n&rsquo;ai point \u00e0 m&rsquo;en d\u00e9fendre ni \u00e0 me l&rsquo;interdire. J&rsquo;\u00e9prouve au contraire le besoin de la poursuivre, afin de<\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">me repr\u00e9senter de mon mieux le th\u00e8me de son action : j&rsquo;ai le sentiment qu&rsquo;il me sera plus facile, ainsi, de le retrouver en moi-m\u00eame. Je suis certain d&rsquo;en retrouver en moi-m\u00eame les \u00e9l\u00e9ments dans leurs relations r\u00e9ciproques, qu&rsquo;il m&rsquo;appar\u00adtiendra de d\u00e9finir : il y a le pour-soi de mon corps, le pour-moi psychologique, et cette r\u00e9sistance double et absolument contradictoire, qui me semble encore quelque peu myst\u00e9\u00adrieuse, sont l\u00e0, je le sais\u00a0; et je sais que chaque \u00eatre humain est le lieu de leur action r\u00e9ciproque, transform\u00e9e, sans qu&rsquo;il sache comment et pourquoi, en un horrible conflit.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous savons, gr\u00e2ce au Dr Einstein, que l&rsquo;Univers n&rsquo;est pas un probl\u00e8me mais une \u00e9quation math\u00e9matique, une \u00e9quation qui pose et contient tout le il y a, y compris nous-m\u00eames (accompagn\u00e9s de ce qu&rsquo;il nous plaisait d&rsquo;appeler transcendance mais qui n&rsquo;est que la r\u00e9solution de l&rsquo;\u00e9quation, forc\u00e9ment contenue dans l&rsquo;\u00e9quation, car si l&rsquo;\u00e9quation n&rsquo;avait pas de solution elle serait irr\u00e9elle, mais si elle \u00e9tait r\u00e9solue elle n&rsquo;existerait plus). Il y a, dans l&rsquo;acceptation de ce fait, perception de la contradiction entre l&rsquo;\u00e9quation et sa r\u00e9solution. Cette perception, projet\u00e9e dans sa propre conscience, est sa propre r\u00e9solution. L&rsquo;acceptation du il y a, en tant qu&rsquo;\u00e9quation, est l&rsquo;acceptation de sa r\u00e9solution, en tant qu&rsquo;elle est contenue dans l&rsquo;\u00e9quation (sans quoi celle-ci serait irr\u00e9elle) et en tant qu&rsquo;elle la d\u00e9fait, puisqu&rsquo;elle la r\u00e9sout.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Cette perception, \u00e9minemment logique est \u00e9minemment irrationnelle, puisqu&rsquo;elle pose notre conscience comme une variable math\u00e9matique. Une variable \u00e9chappe \u00e0 la loi d&rsquo;iden\u00adtit\u00e9, puisque A y demeure A, tout en n&rsquo;\u00e9tant pas \u00e9gal \u00e0 lui-m\u00eame, et \u00e0 la loi de causalit\u00e9, car le processus d&rsquo;une \u00e9quation en voie de r\u00e9solution n&rsquo;a ni cause ni effet. Si l&rsquo;\u00e9quation n&rsquo;\u00e9tait pas r\u00e9solue, il n&rsquo;y aurait rien, rien n&rsquo;existerait : le il y a est sa solution. Si l&rsquo;\u00e9quation \u00e9tait r\u00e9solue, il n&rsquo;y aurait plus rien : l&rsquo;\u00e9quation, qui est le il y a, serait dis\u00adsoute. Je suis contraint d&rsquo;accepter ces deux raisons contra\u00addictoires, et ce n&rsquo;est que leur ensemble qui puisse, \u00e0 la fois, me faire accepter le il y a et le mouvement du il y a, dans l&rsquo;action r\u00e9ciproque des \u00e9tat fugitifs d&rsquo;\u00e9quilibre de tout ce qu&rsquo;il y a.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je sais bien que la solution assume l&rsquo;aspect d&rsquo;un ph\u00e9no\u00adm\u00e8ne que l&rsquo;on appelle vie. Mais ce mot est, en d\u00e9pit de ses fausses apparences, un des plus vagues qui soit, et certai\u00adnement un des plus myst\u00e9rieux. Il a \u00e9t\u00e9 employ\u00e9 de toutes les mani\u00e8res. J\u00e9sus (et d&rsquo;autres) ont dit \u00ab je suis la Vie \u00bb\u00a0; des religions proclament que \u00ab la Vie est Une \u00bb\u00a0; qu&rsquo;il existe \u00ab\u00a0une Vie \u00e9ternelle \u00bb\u00a0; par ailleurs, des hommes de science nous parlent de \u00ab la vie des m\u00e9taux \u00bb\u00a0; etc&#8230;, etc&#8230; le mot vie a \u00e9t\u00e9 employ\u00e9 pour d\u00e9signer tout et rien, l&rsquo;Univers et moi-m\u00eame\u00a0; ses fronti\u00e8res sont partout et nulle part\u00a0; en somme, sauf pour des questions d&rsquo;ordre pratique, ce mot me semble inutile.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Mais je vois, sans difficult\u00e9, que l&rsquo;araign\u00e9e \u00e0 l&rsquo;aff\u00fbt au coin de sa toile ou l&rsquo;homme d&rsquo;affaires \u00e0 l&rsquo;aff\u00fbt derri\u00e8re ses t\u00e9l\u00e9phones, pr\u00eats elle et lui, \u00e0 foncer sur leur proie, se comportent tout autrement que mon objet en fer de tout \u00e0 l&rsquo;heure, ou mon galet. Dire que ces comportements impliquent un \u00e9l\u00e9ment appel\u00e9 \u00ab conscience \u00bb \u2013 ou instinct de l&rsquo;esp\u00e8ce chez l&rsquo;araign\u00e9e, ou sens \u00e9gocentrique de jouissance et de possession chez l&rsquo;homme d&rsquo;affaires \u2013 n&rsquo;explique rien. L&rsquo;intervention du mot \u00ab conscience \u00bb n&rsquo;est pas une \u00e9lucidation du ph\u00e9nom\u00e8ne. En fait, le mot \u00ab conscience \u00bb est encore plus vague et plus mal d\u00e9fini que le mot \u00ab vie \u00bb. Et mon all\u00e9gorie n&rsquo;a aucunement besoin de sp\u00e9culations sur le degr\u00e9 d&rsquo;inconscience ou de lucidit\u00e9 d&rsquo;une r\u00e9action. Que mon morceau de fer se fasse d\u00e9truire par la rouille, il m&rsquo;importe peu de penser qu&rsquo;il n&rsquo;en sait rien. Ce qui m&rsquo;int\u00e9resse, c&rsquo;est de voir comment son \u00e9quilibre est rompu par l&rsquo;intervention d&rsquo;un autre \u00e9quilibre (celui de la rouille) et d\u00e9vor\u00e9 par lui. De m\u00eame, il m&rsquo;importe peu de me demander si l&rsquo;homme d&rsquo;affaires est conscient de ce qu&rsquo;il fait, lorsqu&rsquo;il r\u00e9alise dans sa matin\u00e9e un gros b\u00e9n\u00e9fice\u00a0; et de me dire que s&rsquo;il \u00e9tait con\u00adscient de la signification r\u00e9elle et de la port\u00e9e de son acte, il ne le commettrait pas. Mais il m&rsquo;int\u00e9resse de rechercher comment et pourquoi le pour-soi se trouve, chez lui, amen\u00e9 \u00e0 agir contre la vie de l&rsquo;esp\u00e8ce, alors que l&rsquo;araign\u00e9e se conforme \u00e0 un instinct de conservation de l&rsquo;esp\u00e8ce.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ces r\u00e9flexions me portent \u00e0 ne consid\u00e9rer la conscience que comme un ph\u00e9nom\u00e8ne de relations. De m\u00eame qu&rsquo;il n&rsquo;y a de pens\u00e9e que de quelque chose, il n&rsquo;y a de conscience que de quelque chose. Il ne peut pas exister de conscience-en-\u00adsoi : 1\u00b0 parce que, \u00e0 cause m\u00eame du il y a, toute conscience doit se poser par rapport \u00e0 lui\u00a0; 2\u00b0 si la conscience ne se pose pas par rapport \u00e0 quelque chose, elle ne se per\u00e7oit pas. La<\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">conscience, telle qu&rsquo;elle existe \u2013 ou n&rsquo;existe pas \u2013 dans l&rsquo;\u00e9tat de sommeil profond \u00e9chappe m\u00eame \u00e0 la d\u00e9finition de Sartre : la conscience est un \u00eatre pour lequel il est dans son \u00eatre conscience du n\u00e9ant de son \u00eatre. La conscience peut \u00eatre n\u00e9ant tout court, absence totale d&rsquo;elle-m\u00eame, et pour\u00adtant donner une preuve <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">a posteriori<\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> de son bon fonctionne\u00adment. Ainsi il arrive que, dormant profond\u00e9ment, l&rsquo;on se r\u00e9veille en sursaut, \u00e0 l&rsquo;heure exacte que l&rsquo;on avait fix\u00e9e pour se lever\u00a0; aussit\u00f4t, l&rsquo;on consulte sa montre, et l&rsquo;on constate l&rsquo;heure avec \u00e9tonnement. La conscience compl\u00e8te\u00adment n\u00e9antis\u00e9e (\u00e0 elle-m\u00eame, donc en tant que conscience, donc n\u00e9antis\u00e9e vraiment) a ainsi d\u00e9montr\u00e9 \u00e0 la conscience consciente qu&rsquo;il peut lui arriver d&rsquo;\u00eatre plus lucide qu&rsquo;elle.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Dans des cas d&rsquo;hypnose, des sujets peuvent se comporter de fa\u00e7on apparemment normale mais ne se souviennent de rien au r\u00e9veil. Des cas de double ou triple personnalit\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9s depuis fort longtemps. Les cas d&rsquo;amn\u00e9sie \u00e0 la suite de chocs sont bien connus. Par ailleurs, la psychologie exp\u00e9\u00adrimentale nous a r\u00e9v\u00e9l\u00e9, chez les animaux, une organisation de la conscience, plus profonde et plus souple \u00e0 la fois, qu&rsquo;on ne le pensait, aussi bien chez des individus que dans les esp\u00e8ces. L&rsquo;observation scientifique de la vie des insectes est de date r\u00e9cente. La soci\u00e9t\u00e9 des pingouins semble comporter des \u00e9l\u00e9ments psychologiques que l&rsquo;on n&rsquo;attribuait jusqu&rsquo;ici qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;homme. Les prodigieuses migrations des anguilles et des saumons n&rsquo;ont pas encore trouv\u00e9 d&rsquo;explications. Les hypoth\u00e8ses les plus prudentes sur ce que l&rsquo;on appelle l&rsquo;instinct, se heurtent \u00e0 des forces inconnues qui semblent appartenir, non aux esp\u00e8ces, \u00e0 la plan\u00e8te. L&rsquo;\u00eatre humain, qui para\u00eet si \u00e9loign\u00e9, par son \u00e9volution physiologique du stade purement animal, y tombe si le milieu l&rsquo;y pousse\u00a0; le cas \u00e9tudi\u00e9 aux Indes, de deux fillettes, vol\u00e9es et \u00e9lev\u00e9es par une louve, qui se comportaient \u00e0 la fa\u00e7on des loups, flairaient \u00e0 des kilom\u00e8tres les charognes dont elles se nourrissaient, couraient tr\u00e8s rapidement \u00e0 quatre pattes, hurlaient la nuit \u00e0 heures fixes, et dont les visages immobiles ignoraient le sourire, etc&#8230;, etc&#8230; a montr\u00e9 que l&rsquo;influence du milieu peut mettre en \u00e9chec les caract\u00e8res h\u00e9r\u00e9ditaires les plus solide\u00adment \u00e9tablis. Quant au monde des microbes, c&rsquo;est un des plus d\u00e9routants par son extr\u00eame capacit\u00e9 de se d\u00e9fendre, de s&rsquo;adapter, de se transformer, de se retourner, de survivre, contre tout ce que la science peut inventer pour le com\u00adbattre.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Peut-on, du haut en bas de l&rsquo;\u00e9chelle du il y a, parler de \u00ab conscience \u00bb sans inventer un mot pour chaque \u00e9chelon, ou plut\u00f4t une s\u00e9rie de mots pour chaque \u00e9tat de chaque \u00e9chelon\u00a0? Et, d\u00e8s lors, \u00e0 quoi bon\u00a0? <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00c0<\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> quoi bon cr\u00e9er du<\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab surconscient \u00bb, du \u00ab sous-conscient \u00bb, du \u00ab subconscient \u00bb de la conscience consciente et de l\u2019inconscient individuel ou collectif\u00a0? Que quelques-uns de ces mots aient une utilit\u00e9 pratique, de classement, c&rsquo;est possible, encore que l&rsquo;on puisse se demander si toutes ces couches stratifi\u00e9es de conscience existent ailleurs que dans les th\u00e9ories des psycha\u00adnalystes et si les explications qui en r\u00e9sultent n&rsquo;ont pas pour effet de lancer la connaissance de l&rsquo;homme sur de fausses pistes. Un des sympt\u00f4mes de ce danger est la conception m\u00e9taphysique \u00e0 laquelle aboutissent les diff\u00e9rentes \u00e9coles de psychanalyse. Le sur-moi rejoint le moi cosmique, Atman, l&rsquo;\u00e2me \u00e9ternelle et toute la gamme des mots sans contenu. Si les psychanalystes ont recours \u00e0 lui, c&rsquo;est que la d\u00e9compo\u00adsition du moi en pi\u00e8ces d\u00e9tach\u00e9es et sa recomposition sur des bases explicatives, loin de r\u00e9v\u00e9ler son processus contra\u00addictoire, le camoufle et le fige dans une repr\u00e9sentation. Le sur-moi est un pour-moi d\u00e9guis\u00e9 en \u00e9l\u00e9ment absolu, ind\u00e9\u00adcomposable et, par d\u00e9finition \u00e9chappe \u00e0 tout examen, puis\u00adque quel que soit l&rsquo;observateur, il s&rsquo;installe au-dessus de lui, en tant qu&rsquo;observateur de l&rsquo;observateur. Et si celui-ci fait mine de gravir encore un \u00e9chelon, le sur-moi le gagne de vitesse et lui fait signe d&rsquo;encore plus haut. D&rsquo;altitude en altitude, on en arrive \u00e0 une conscience cosmique.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il fut un temps o\u00f9 des \u00e9l\u00e9ments de g\u00e9om\u00e9trie, comme les propri\u00e9t\u00e9s des triangles, faisaient partie de la Science Sacr\u00e9e et n&rsquo;\u00e9taient enseign\u00e9es qu&rsquo;\u00e0 des initi\u00e9s, dans les sanctuaires des Temples. On s&rsquo;imaginait que conna\u00eetre les lois qui r\u00e9gissent les triangles semblables, c&rsquo;\u00e9tait recevoir la r\u00e9v\u00e9lation d&rsquo;une partie du Grand Myst\u00e8re. Sans doute \u00e9tait-ce vrai en un sens, mais le Grand Myst\u00e8re n&rsquo;a pas tard\u00e9 \u00e0 se reconstituer tout entier un peu plus loin, juste <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">au-del\u00e0<\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> des th\u00e9or\u00e8mes sur les triangles. La m\u00eame illusion a rempli d&rsquo;\u00e9moi les contemporains de Galil\u00e9e, puis ceux des hommes de science qui d\u00e9couvraient le monde physico-chimique, la biologie, la physiologie, et enfin la psychologie. Mais chaque fois le myst\u00e8re rebondissait et l&rsquo;on se retrouvait l&rsquo;esprit alourdi de repr\u00e9sentations, de connaissances, de techniques, d&rsquo;inventions dans un monde \u00e9chappant d&rsquo;autant plus \u00e0 la connaissance que l&rsquo;on y d\u00e9versait plus de connaissances. Nos esprits sont remplis de tout ce qu&rsquo;ils ont int\u00e9gr\u00e9. Et main\u00adtenant, en surplus, en surcharge, voici encore toutes les mythologies, de toutes les \u00e9poques, qui se bousculent pour occuper une place dans nos psych\u00e9s. Si ce n&rsquo;est Diane elle-m\u00eame c&rsquo;est son complexe, si ce n&rsquo;est Mithra, c&rsquo;est son symbole. Tout y est, la croix, le triangle, l&rsquo;\u00e9toile, le rond, le carr\u00e9, le pointu. Il para\u00eet que spontan\u00e9ment chacun de nous fabrique tous les symboles du monde. C&rsquo;est sans doute vrai, je n&rsquo;en veux point douter. Il ne nous manque plus, \u00e0 la remorque de nos philosophes, que de cr\u00e9er une psychanalyse ph\u00e9nom\u00e9nologique, \u00e0 moins que nous ne pr\u00e9f\u00e9rions une psy\u00adchanalyse ontologique, ou une m\u00e9taphysique ph\u00e9nom\u00e9nolo\u00adgique, ou une m\u00e9taphysique ontologico-ph\u00e9nom\u00e9nologique\u00a0; pour arracher \u00e0 Isis son dernier voile. Or comme ce voile est \u00e9pais de toute l&rsquo;\u00e9paisseur de nos d\u00e9couvertes, il ne nous restera, plut\u00f4t, qu&rsquo;\u00e0 les rejeter.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Et j&rsquo;en reviens \u00e0 l&rsquo;all\u00e9gorie que je veux me raconter. Il me sera difficile de trouver, \u00e0 cet effet, des mots \u00e9chap\u00adpant \u00e0 ma propre critique, des mots ayant un contenu r\u00e9el, et qui ne rel\u00e8veront d&rsquo;aucun syst\u00e8me. D&rsquo;une fa\u00e7on prudente, et fort h\u00e9sitante, mon choix s&rsquo;arr\u00eatera sur les mots masse et rayonnement. J&rsquo;essayerai de les suivre et de voir s&rsquo;ils sont capables de me dire ce que j&rsquo;ai \u00e0 me dire. Ce sera une all\u00e9\u00adgorie, dis-je, une histoire, peut-\u00eatre une \u00e9pop\u00e9e, et certai\u00adnement un drame, le drame de la conscience humaine pri\u00adsonni\u00e8re du il y a.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span lang=\"fr-FR\"><a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/introduction-a-la-logique-de-lirrationnel-par-carlo-suares\/\">Chapitre Pr\u00e9c\u00e9dent<\/a>\u00a0\u00a0 Chapitre Suivant<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je ne vois pas pourquoi il me faudrait aller chercher tant de religions extraordinaires, au lieu de me rendre compte de la nature de ma pens\u00e9e. Si le discontinu, la dissociation de l&rsquo;espace et du temps, se posent \u00e0 la fois comme objets et comme pens\u00e9e, je ne vois pas pourquoi la pens\u00e9e ne pourrait pas se penser elle-m\u00eame, dans la relation entre les termes dissoci\u00e9s, relation qui n&rsquo;est autre qu&rsquo;elle-m\u00eame. Au lieu de poser ma conscience en bloc, en une entit\u00e9 compos\u00e9e de deux p\u00f4les oppos\u00e9s, en face d&rsquo;une pseudo entit\u00e9 inexistante, d\u00e9nomm\u00e9e \u00e0 tort \u00ab concept \u00bb, puisqu&rsquo;on ne la con\u00e7oit pas, dont on veut se persuader qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas contradictoire dans sa nature, je ne vois pas pourquoi la pens\u00e9e ne pourrait pas \u00eatre simplement le t\u00e9moin, le spectateur de son propre processus.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":13461,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[70],"tags":[37,317],"class_list":["post-16959","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-c-suares","tag-conscience","tag-contradiction"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.5 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>R\u00e9flexions allant du simple au complexe par Carlo Suar\u00e8s - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/reflexions-allant-du-simple-au-complexe-par-carlo-suares\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"R\u00e9flexions allant du simple au complexe par Carlo Suar\u00e8s - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Je ne vois pas pourquoi il me faudrait aller chercher tant de religions extraordinaires, au lieu de me rendre compte de la nature de ma pens\u00e9e. 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