{"id":16977,"date":"2015-07-13T04:39:53","date_gmt":"2015-07-13T03:39:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=16977"},"modified":"2015-09-11T02:23:58","modified_gmt":"2015-09-11T01:23:58","slug":"baudelaire-par-katia-barberian","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/baudelaire-par-katia-barberian\/","title":{"rendered":"Baudelaire par Katia Barb\u00e9rian"},"content":{"rendered":"<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">(Extrait de <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>L\u2019Univers de la Parapsychologie et de l\u2019\u00c9sot\u00e9risme, <\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Tome 2, \u00e9ditions Martinsart, 1976)<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Charles Baudelaire fait partie de ces \u00e9crivains dont l&rsquo;inscription litt\u00e9\u00adraire est telle que tout leur \u00eatre devient mythe. Il y a un mythe Baude\u00adlaire, comme il y a un mythe Rimbaud, un mythe Lautr\u00e9amont (encore que dans ce dernier cas, nous le verrons, c&rsquo;est plut\u00f4t l&rsquo;absence de vie qui le transforme en mythe). Mais si le mythe s&rsquo;impose, c&rsquo;est qu&rsquo;il existe \u00e0 partir de quelque chose qui ne se dit peut-\u00eatre pas imm\u00e9dia\u00adtement, qui ne se livre pas dans la facilit\u00e9. Mythe, parce que l&rsquo;\u00e9criture est, comme le dit Nietzsche, de leur sang, parce que l&rsquo;\u00e9criture se laisse traverser par une voix qui nous redonne \u00e0 \u00ab plus qu&rsquo;eux-m\u00eames \u00bb; d\u00e8s lors, cette \u00e9l\u00e9vation d&rsquo;un homme \u00e0 la hauteur du mythe nous oblige<\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"en-US\"> \u00e0<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> poser la question du pourquoi. Qu&rsquo;y a-t-il dans la parole de Baude\u00adlaire qui nous concerne tant que nous sommes pris, dans notre essence m\u00eame, au c\u0153ur de cette parole ? Quelle magie du verbe, de cette po\u00e9sie dont il ne suffit pas de faire l&rsquo;analyse litt\u00e9raire, parce que la cr\u00e9ation est beaucoup plus que la simple litt\u00e9ralit\u00e9? C&rsquo;est en ce sens, pr\u00e9cis\u00e9\u00adment, que le \u00ab mythe \u00bb de Baudelaire peut nous int\u00e9resser : image du po\u00e8te \u00ab maudit \u00bb, de la solitude, des ab\u00eemes, de la mort&#8230; Mais \u00e0 quoi renvoie ceci qui n&rsquo;est qu&rsquo;une image et qui, comme toute image, rel\u00e8ve de l&rsquo;apparence ?<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous essaierons donc de traverser le mythe, d&rsquo;en retenir les traits essentiels et de p\u00e9n\u00e9trer ainsi l&rsquo;univers baudelairien. Il conviendra, en premier lieu, de nous attarder sur la vie de l&rsquo;homme : cette vie qui fut br\u00e8ve, et marqu\u00e9e d&rsquo;\u00e9pisodes douloureux ; essayer aussi de comprendre les divers d\u00e9terminismes qui ont jou\u00e9. Baudelaire est inscrit dans une culture, il a re\u00e7u certaines influences, plus ou moins \u00e9videntes, et l\u2019\u0153uvre s&rsquo;organise \u00e0 partir de l\u00e0.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Notre investigation sera d\u00e8s lors une investigation de l\u2019\u0153uvre elle-m\u00eame : des <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Fleurs du Mal<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> aux <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Petits Po\u00e8mes en prose<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, ou aux <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Critiques litt\u00e9raires<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, l&rsquo;\u00e9criture baudelairienne ob\u00e9it \u00e0 une n\u00e9cessit\u00e9, le langage met en jeu sa propre m\u00e9taphysique.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Quelle est donc cette m\u00e9taphysique, quel chemin suit Baudelaire pour construire sa cosmologie ? Il semble que certains axes fondamen\u00adtaux puissent \u00eatre d\u00e9gag\u00e9s.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le premier serait pour nous le th\u00e8me de la dualit\u00e9 ; au centre des pr\u00e9occupations baudelairiennes, le conflit des oppos\u00e9s : bien-mal, esprit-corps, vie-mort, etc. L&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 m\u00eame des <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Fleurs du Mal<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> suffit \u00e0 nous montrer l&rsquo;essentialit\u00e9 de ce rapport. Par l\u00e0 m\u00eame, Baudelaire se rattache \u00e0 une tradition \u00e9sot\u00e9rique dont nous nous efforcerons de souligner la trace.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00c0 partir de cette pr\u00e9\u00e9minence de la dualit\u00e9, il est n\u00e9cessaire d&rsquo;intro\u00adduire une figure caract\u00e9ristique : celle du tombeau comme lieu m\u00e9dian. On a beaucoup parl\u00e9 de la tombe, obs\u00e9dante \u00e0 bien des \u00e9gards, dans l\u2019\u0153uvre de Baudelaire. Mais pourquoi cette insistance, sinon parce qu&rsquo;elle est un lieu charg\u00e9 de sens, un m\u00e9dium.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il reste \u00e0 envisager, en rapport avec la dualit\u00e9 et la figure du tombeau, ce que Baudelaire lui-m\u00eame nomme \u00ab correspondances \u00bb. Il y a ici un platonisme baudelairien, qui seul peut expliquer certains passages. Celui qui d\u00e9chiffre les correspondances, n&rsquo;est-ce pas l&rsquo;artiste ? N&rsquo;a-t-il pas un acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;ordre du monde, et une mani\u00e8re de cr\u00e9er qui l&rsquo;apparente au divin, au d\u00e9miurge ? Par l\u00e0 m\u00eame, nous ne serons pas \u00e9tonn\u00e9s de retrouver cette voyance cr\u00e9atrice, celle d&rsquo;un Blake ou d&rsquo;un Edgar Poe (pour citer l&rsquo;une des influences les plus marquantes de Baudelaire). Et tel est bien l&rsquo;\u00e9sot\u00e9risme de l&rsquo;art, ici de la litt\u00e9rature : il donne acc\u00e8s \u00e0 une surnature, parce qu&rsquo;il est reconnaissance des signes inscrits dans la mati\u00e8re.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Paradoxalement, nous terminerons l&rsquo;itin\u00e9raire baudelairien par une analyse du voyage. Le th\u00e8me du voyage est lui aussi fondamental dans la lecture baudelairienne : recherche constante d&rsquo;un ailleurs, d&rsquo;un autre monde, d&rsquo;une innocence par-del\u00e0 le Bien et le Mal. En ce sens, la structure \u00ab voyage \u00bb est privil\u00e9gi\u00e9e dans son univers.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>La vie r\u00e9elle<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous ne poss\u00e9dons pas, sur la jeunesse de Baudelaire, des documents nombreux et pr\u00e9cis. Il y a, bien s\u00fbr, les lettres qu&rsquo;adressait le coll\u00e9gien \u00e0<\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">sa famille, les t\u00e9moignages de ceux qui l&rsquo;entour\u00e8rent, les traces de cette enfance qu&rsquo;on peut retrouver dans la po\u00e9sie m\u00eame. Mais c&rsquo;est peu&#8230; Revenons donc sur la mat\u00e9rialit\u00e9 des faits.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Charles-Pierre Baudelaire na\u00eet le 9 avril 1821 \u00e0 Paris. Son p\u00e8re, Joseph-Fran\u00e7ois Baudelaire, n\u00e9 en 1759, a \u00e9pous\u00e9 en secondes noces<\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Caroline Dufays, de vingt-quatre ans sa cadette. Il mourra en 1827, alors que Caroline Dufays survivra \u00e0 son fils. Il faut signaler ici le go\u00fbt de Joseph-Fran\u00e7ois Baudelaire pour l&rsquo;art (il fut lui-m\u00eame peintre<\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">amateur) ; il \u00e9tait \u00e9galement li\u00e9 avec Condorcet et Cabanis. Charles avait six ans \u00e0 sa mort et, un an plus tard, Mme Baudelaire se remariait avec le chef de bataillon Jacques Aupick. Arr\u00eatons-nous un instant<\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">sur la personne de Mme Aupick : le rapport de Baudelaire \u00e0 sa m\u00e8re n&rsquo;est pas sans ambigu\u00eft\u00e9, elle ne l&rsquo;a certainement pas compris, elle qui n&rsquo;entendait rien \u00e0 la po\u00e9sie, \u00e0 la litt\u00e9rature, aux arts. \u00ab Il y a eu dans<\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">mon enfance une \u00e9poque d&rsquo;amour passionn\u00e9 pour toi ; \u00e9coute et lis sans peur. Je ne t&rsquo;ai jamais tant dit. [&#8230;] Je me souviens des quais qui \u00e9taient si tristes le soir [&#8230;] j&rsquo;\u00e9tais toujours vivant en toi ; tu \u00e9tais uniquement \u00e0 moi. Tu \u00e9tais \u00e0 la fois une idole et un camarade. \u00bb Ainsi \u00e9crivait Baudelaire \u00e0 sa m\u00e8re, le 6 mai 1861. Faut-il voir \u00e0 la lumi\u00e8re de ce passage le d\u00e9roulement de la vie du po\u00e8te, apr\u00e8s le mariage de 1828\u00a0? Aupick est nomm\u00e9 \u00e0 Lyon en 1832, et met son beau-fils \u00e0 la pension<\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Delorme, \u00ab sale, mal tenue et en d\u00e9sordre \u00bb; en octobre 1833, Baude\u00adlaire entre comme interne au Coll\u00e8ge royal de Lyon. Il parlera plus tard de \u00ab l&rsquo;atroce \u00e9ducation \u00bb que son beau-p\u00e8re a voulu lui faire donner. L\u00e0 encore, ambigu\u00eft\u00e9 du rapport Baudelaire-Aupick : la haine de Bau\u00addelaire fut assez tardive, elle ne date pas du remariage de sa m\u00e8re. Les Aupick reviennent \u00e0 Paris en 1836, et Charles entre au Lyc\u00e9e Louis-le-Grand ; il en sera renvoy\u00e9 en 1839. La vie parisienne de Baudelaire, ses liaisons peu avouables (cf. \u00e9pisode de Sarah, petite prostitu\u00e9e du<\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">quartier Latin), conduisent Aupick \u00e0 faire embarquer Charles sur un paquebot de la Compagnie de la mer du Sud ; mais Baudelaire n&rsquo;ira pas jusqu&rsquo;aux Indes, il s&rsquo;arr\u00eatera \u00e0 l&rsquo;\u00eele Maurice et rentrera en France en 1842.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Notons ici la rencontre la plus marquante de la vie de Baudelaire, dans la mesure o\u00f9 elle est l&rsquo;expression m\u00eame de cette dualit\u00e9 dont nous parlions ; Baudelaire s&rsquo;est \u00e9pris de Jeanne Duval, mul\u00e2tresse aper\u00e7ue en compagnie de Nadar. D&rsquo;elle, nous ne savons pas grand-chose ; les portraits sont contradictoires, et comment ne pas s&rsquo;\u00e9tonner ici de la co\u00efncidence entre cette ambigu\u00eft\u00e9, et celle qui est au c\u0153ur de l\u2019\u0153uvre po\u00e9tique ? Il est certain qu&rsquo;elle est une figure centrale de l&rsquo;\u00e9cri\u00adture baudelairienne.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">En 1842, Baudelaire est mis en possession de la fortune qui lui vient de son p\u00e8re ; il s&rsquo;installe alors dans l&rsquo;\u00eele Saint-Louis, et m\u00e8ne une vie insouciante de riche dandy cultivant ses go\u00fbts de luxe. Il contracte des dettes en achetant meubles et toiles de ma\u00eetres. La famille s&rsquo;alarme, une fois de plus, et engage une proc\u00e9dure en vue de la dation d&rsquo;un conseil judiciaire. Le tribunal civil d\u00e9signe \u00e0 cet effet Narcisse-D\u00e9sir\u00e9 Ancelle, notaire \u00e0 Neuilly. Le po\u00e8te subira cette d\u00e9ch\u00e9ance toute sa vie ; l\u00e0 encore, son rapport \u00e0 l&rsquo;argent sera douloureux ; les lettres \u00e0<\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Mme Aupick en portent t\u00e9moignage. Baudelaire se voit condamn\u00e9 \u00ab \u00e0 une double existence, contradictoire, une existence honor\u00e9e d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, odieuse et m\u00e9pris\u00e9e de l&rsquo;autre \u00bb. Toujours cette dualit\u00e9 au niveau du quotidien m\u00eame. Baudelaire tente de se suicider en juin 1845; assez vite r\u00e9tabli, il s\u00e9journe ensuite quelque temps chez ses parents. Nous avons not\u00e9, \u00e0 travers ce rappel de l&rsquo;enfance et de la jeunesse baudelairiennes, les points marquants de sa vie : rapport \u00e0 sa m\u00e8re, rencontre de Jeanne Duval, difficult\u00e9 de gestion mat\u00e9rielle.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Dans tous ces points, la dualit\u00e9 appara\u00eet comme la mal\u00e9diction propre de Baudelaire.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il conviendrait d&rsquo;ajouter les \u00e9pisodes politiques de la vie de Bau\u00addelaire, son engagement r\u00e9volutionnaire de 1848 ; il reviendra \u00e0 des sentiments aristocratiques apr\u00e8s le Coup d&rsquo;\u00c9tat. \u00ab Le 2 d\u00e9cembre m&rsquo;a physiquement d\u00e9politiqu\u00e9 \u00bb, \u00e9crit-il en 1852. On trouve trace de cette fi\u00e8vre r\u00e9volutionnaire dans quelques textes des <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Fleurs du Mal<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, et dans ses \u00e9crits critiques. Il est certain que le niveau politique n&rsquo;a pas une importance extr\u00eame chez Baudelaire, comme il en t\u00e9moignera lui-m\u00eame.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Passent \u00e9galement dans la vie de Baudelaire des femmes qui joueront un r\u00f4le plus ou moins marquant : la com\u00e9dienne Marie Daubrun, la Pr\u00e9sidente Mme Sabatier, qui inspireront l&rsquo;une et l&rsquo;autre d&rsquo;admirables po\u00e8mes. Nous n&rsquo;avons retenu, de la vie de Baudelaire, que les \u00e9v\u00e9\u00adnements et les rencontres qui peuvent nous aider \u00e0 d\u00e9chiffrer le lan\u00adgage du po\u00e8te ; il n&rsquo;est pas question de pr\u00e9tendre interpr\u00e9ter une \u0153uvre \u00e0 la lumi\u00e8re d&rsquo;une psychologie, ou r\u00e9ciproquement de tracer le visage de l&rsquo;homme \u00e0 partir de ses textes. Mais pour nous, dans les po\u00e8mes de Baudelaire comme dans ceux de Blake ou de Rimbaud, ce qui est en jeu, c&rsquo;est le rapport du langage et de ce qui l&rsquo;anime inti\u00admement, c&rsquo;est la situation de ce langage dans une tradition qui l&rsquo;\u00e9claire \u00e0 certains \u00e9gards. Notre vie de Baudelaire est donc pr\u00e9sent\u00e9e ici comme l&rsquo;un des horizons de r\u00e9f\u00e9rence possibles, sans plus ; en elle parlent, pour peu qu&rsquo;on y soit attentif, des questions qui sont fondamentales, principielles. Mais allons, laissons l\u00e0 M. Baudelaire, revenons aux textes, \u00e0 la mati\u00e8re des mots qui, en son temps, fit scandale. Pourquoi la mal\u00e9diction d&rsquo;une \u0153uvre et d&rsquo;un auteur ? Baudelaire mourra \u00e0 qua\u00adrante-six ans, le 31 ao\u00fbt 1867 ; lui, le c\u00e9l\u00e9brant \u00e0 la parole fascinante, mourra aphasique, retourn\u00e9 \u00e0 la nuit du discours au seuil du tombeau. Ultime mythologie ; la parole manque, derni\u00e8re \u00e9preuve de celui dont le langage fut lieu de noces&#8230; comme si la prof\u00e9ration de l&rsquo;\u00eatre devait un jour redevenir silence.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>\u00c9laboration et structure de l\u2019\u0153uvre<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Quand on \u00e9voque, par des r\u00e9f\u00e9rences litt\u00e9raires classiques, Baude\u00adlaire, on pense avant tout aux <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Fleurs du Mal<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, et le mythe dont nous parlions initialement s&rsquo;inaugure autour du titre. L&rsquo;ouvrage est effec\u00adtivement totalement r\u00e9v\u00e9lateur de la po\u00e9sie et de la pens\u00e9e baudelai\u00adriennes. Il sera, en ce sens, le point d&rsquo;appui de nos recherches.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il semble que Baudelaire ait compos\u00e9 les plus anciennes pi\u00e8ces du recueil autour de sa vingti\u00e8me ann\u00e9e, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque du voyage aux Mas\u00adcareignes ; et <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Les Nouvelles Fleurs du Mal<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> para\u00eetront au moment o\u00f9 il vient de perdre l&rsquo;usage de la parole. Ainsi Baudelaire a travaill\u00e9 \u00e0 cet ouvrage pendant un quart de si\u00e8cle, c&rsquo;est-\u00e0-dire pendant toute sa vie litt\u00e9raire.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">En 1845, Baudelaire manifeste publiquement le d\u00e9sir de publier un recueil de vers. Il est alors question d&rsquo;intituler celui-ci : <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Les Lesbiennes<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> (\u00e0 mettre en rapport avec la mode litt\u00e9raire de l&rsquo;\u00e9poque, par exemple <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>La Fragoletta<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> de Latouche, <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>La Fille aux Yeux d&rsquo;Or<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> de Balzac, <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Mademoi\u00adselle de Maupin<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> de Th\u00e9ophile Gautier) ; \u00e0 la fin de 1848, ce titre sera remplac\u00e9 par un autre : <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Les Limbes<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">. Comment comprendre ce nouveau titre ? Sans aucun doute, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cette r\u00e9gion voisine de l&rsquo;enfer que Dante visite en compagnie de Virgile au quatri\u00e8me chant de l&rsquo;Enfer. Nous pouvons trouver une confirmation de cette hypoth\u00e8se : en avril 1851, onze po\u00e8mes sont publi\u00e9s sous ce titre dans <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>le<\/i><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Messager de l&rsquo;Assembl\u00e9e<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> : il s&rsquo;agit des trois <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Spleen<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>L&rsquo;Id\u00e9al<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>La Mort des Artistes<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>La Mort des Amants<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, et des <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Hiboux<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">En 1855, le titre des <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Limbes<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> est abandonn\u00e9, et fait place aux <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Fleurs du Mal<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">; d&rsquo;autres po\u00e8mes se sont joints aux autres ; si nous avons soulign\u00e9 le titre initial, c&rsquo;est qu&rsquo;il t\u00e9moigne en effet de la tonalit\u00e9 de ces textes, du mysticisme baudelairien, de cette exploration d&rsquo;un univers pour en conqu\u00e9rir l&rsquo;Id\u00e9e, la forme.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">On peut dire que les grandes lignes du recueil sont \u00e9tablies.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">En 1857, le manuscrit des <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Fleurs du Mal<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> est remis \u00e0 Poulet-Malassis; <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Les Fleurs du Mal<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> sont mises en vente en juin 1857. L&rsquo;ouvrage sera saisi peu de temps apr\u00e8s, et Baudelaire sera contraint de retirer six pi\u00e8ces.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">En 1861, la seconde \u00e9dition des <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Fleurs du Mal<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> est enregistr\u00e9e dans le \u00ab Journal de la Librairie \u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00c0 partir de 1857, la plupart des grandes \u0153uvres du po\u00e8te sont en chantier. Baudelaire r\u00eave de s&rsquo;installer \u00e0 Honfleur aupr\u00e8s de sa m\u00e8re. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;en 1859 il compose le plus long po\u00e8me des <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Fleurs<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>le Voyage<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> (dans la seconde \u00e9dition). Il poursuit, par ailleurs, sa t\u00e2che de traduc\u00adtion : la d\u00e9couverte d&rsquo;Edgar Poe, en 1847, a \u00e9t\u00e9 capitale, non pas tant comme influence que comme reconnaissance (nous reviendrons sur ce point ult\u00e9rieurement).<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">En 1860 para\u00eetront <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Les Paradis Artificiels<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> chez Poulet-Malassis; celui-ci devait \u00e9galement publier <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">les <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Opinions litt\u00e9raires<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> et <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">les<\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i> Curio\u00adsit\u00e9s esth\u00e9tiques<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> mais sa situation financi\u00e8re est d\u00e9sastreuse ; il fait faillite en 1862.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Baudelaire a donc une activit\u00e9 critique, et nous connaissons ses <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Salons<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> de 1846 et de 1859 : ils sont d&rsquo;une richesse in\u00e9puisable, tant par ce qu&rsquo;ils r\u00e9v\u00e8lent des artistes comme Delacroix ou Corot, que par ce qu&rsquo;ils r\u00e9v\u00e8lent de l&rsquo;esth\u00e9tique baudelairienne elle-m\u00eame. En m\u00eame temps, Baudelaire compose ses <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Po\u00e8mes en prose<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">. Dans la <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>D\u00e9dicace<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, il se place sous l&rsquo;invocation d&rsquo;Aloysius Bertrand, auteur du fameux <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Gaspard de la Nuit<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> \u00ab &#8230; l&rsquo;id\u00e9e m&rsquo;est venue de tenter quelque chose d&rsquo;analogue, et d&rsquo;appliquer \u00e0 la description de la vie moderne, ou plut\u00f4t d&rsquo;une vie moderne et plus abstraite, le proc\u00e9d\u00e9 qu&rsquo;il avait appliqu\u00e9 \u00e0 la peinture de la vie ancienne \u00bb. Ces po\u00e8mes sont en fait tr\u00e8s divers, et Baudelaire s&rsquo;\u00e9tait propos\u00e9 de les distribuer en diverses classes : <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>choses parisiennes<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>symboles et moralit\u00e9s<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>on\u00e9irocritie<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8230;<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Apparaissent ainsi les pr\u00e9occupations de l&rsquo;art baudelairien. \u00ab Dans certains \u00e9tats de l&rsquo;\u00e2me presque surnaturels, la profondeur de la vie se r\u00e9v\u00e8le tout enti\u00e8re dans le spectacle, si ordinaire qu&rsquo;il soit, qu&rsquo;on a sous les yeux. Il en devient le symbole. \u00bb <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Les Po\u00e8mes en prose<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> sont travers\u00e9s des m\u00eames th\u00e8mes que <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Les Fleurs du Mal<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">. Citons par exemple la fin de <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>L&rsquo;Invitation au Voyage<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">. \u00ab Ces tr\u00e9sors, ces meubles, ce luxe, cet<\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">ordre, ces parfums, ces fleurs miraculeuses, c&rsquo;est toi&#8230; Tu les conduis doucement vers la mer qui est, l&rsquo;Infini, tout en r\u00e9fl\u00e9chissant les profon\u00addeurs du ciel dans la limpidit\u00e9 de ta belle \u00e2me&#8230; \u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00c9laboration d&rsquo;une \u0153uvre, au cours d&rsquo;une vie litt\u00e9raire fort br\u00e8ve : et cependant, la force de la cr\u00e9ation baudelairienne nous fascine ; il s&rsquo;agit bien, comme le voulait l&rsquo;auteur, d&rsquo;un art de l&rsquo;envo\u00fbtement, d&rsquo;une sorcellerie \u00e9vocatoire qui conduit vers l&rsquo;infini toujours pr\u00e9sent au sein des po\u00e8mes. L&rsquo;art n&rsquo;est pas seulement un luxe de l&rsquo;imagination : il est une atteinte de l&rsquo;ordre par la travers\u00e9e de tous les oppos\u00e9s. Telle sera notre lecture.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>La dualit\u00e9<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">L&rsquo;exp\u00e9rience fondatrice des <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Fleurs du Mal<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, c&rsquo;est la dualit\u00e9. Arr\u00eatons-nous un instant sur l&rsquo;expression elle-m\u00eame : elle met en rapport deux oppos\u00e9s, non pas deux oppos\u00e9s de m\u00eame nature (le mal est un concept, les fleurs sont une mati\u00e8re), mais deux termes qu&rsquo;il faut interroger dans leur relation ; on dirait que Baudelaire fait surgir du mal, une chair palpitante et fascinante, comme si, pr\u00e9cis\u00e9ment, l&rsquo;\u00e9closion du mal \u00e9tait beaut\u00e9. N&rsquo;allons pas plus loin dans ce renversement; il rel\u00e8ve de l&rsquo;herm\u00e9tisme, et nous y reviendrons ult\u00e9rieurement.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">L&rsquo;adresse au lecteur des <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Fleurs du Mal<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> appara\u00eet dans la lumi\u00e8re de la dualit\u00e9. L&rsquo;\u00e2me descend, lentement, dans une sorte de jouissance, vers les t\u00e9n\u00e8bres.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab Chaque jour vers l&rsquo;Enfer nous descendons d&rsquo;un pas, <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Sans horreur, \u00e0 travers des t\u00e9n\u00e8bres qui puent.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ainsi qu&rsquo;un d\u00e9bauch\u00e9 pauvre qui baise et mange<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le sein martyris\u00e9 d&rsquo;une antique catin,<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous volons au passage un plaisir clandestin<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Que nous pressons bien fort comme une vieille orange. \u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Cette dualit\u00e9 est en elle-m\u00eame une curieuse alchimie, dont le d\u00e9nouement appara\u00eetra plus tard. Soulignons ici l&rsquo;allusion alchimique faite par Baudelaire :<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab Sur l&rsquo;oreiller du mal c&rsquo;est Satan Trism\u00e9giste <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Qui berce longuement notre esprit enchant\u00e9, <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Et le riche m\u00e9tal de notre volont\u00e9<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Est tout vaporis\u00e9 par ce savant chimiste. \u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il est clair que nous commen\u00e7ons par la mise en rapport des oppos\u00e9s, et que cette exp\u00e9rience de la scission ne cessera pas. Elle sera v\u00e9cue parfois comme une exaltation du mal (et en ce sens, il y aura chez Lautr\u00e9amont un \u00e9cho privil\u00e9gi\u00e9 de Baudelaire), parfois comme un arrachement \u00e0 la mati\u00e8re, synonyme de pesanteur et d&rsquo;enlisement. Est-ce \u00e0 dire que ce dualisme pr\u00e9sent\u00e9 comme opposition de deux valeurs \u2013 Bien-Mal \u2013 est en fait l&rsquo;antinomie irr\u00e9ductible et originelle de l&rsquo;Esprit et de la Mati\u00e8re ? R\u00e9pondre affirmativement, c&rsquo;est inscrire la po\u00e9sie de Baudelaire dans le v\u00e9cu du po\u00e8te : comme s&rsquo;il \u00e9tait lui-m\u00eame le lieu d&rsquo;un d\u00e9chirement tragique, fascin\u00e9 par les ab\u00eemes de la chair, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;extr\u00eame de sa d\u00e9composition, mais d\u00e9sireux d&rsquo;une<\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">forme au-del\u00e0 du sensible. Rappelons l&rsquo;un des titres partiels des <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Fleurs du Mal<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> : <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Spleen et Id\u00e9al<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">D\u00e8s le po\u00e8me <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>B\u00e9n\u00e9diction<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, Baudelaire pr\u00e9sente le po\u00e8te comme maudit : \u00ab Sa m\u00e8re \u00e9pouvant\u00e9e et pleine de blasph\u00e8mes Crispe ses poings vers Dieu&#8230; \u00bb Il rencontre la cruaut\u00e9, forme du mal, comme contre-partie de cet \u00e9tat privil\u00e9gi\u00e9 :<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8230; \u00ab Et mes ongles, pareils aux ongles des harpies, <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Sauront jusqu&rsquo;\u00e0 son c\u0153ur se frayer un chemin.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026<span style=\"font-size: medium;\">.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Comme un tout jeune oiseau qui tremble et qui palpite,<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">J&rsquo;arracherai ce c\u0153ur tout rouge de son sein,<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Et, pour rassasier ma b\u00eate favorite,<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je le lui jetterai par terre avec d\u00e9dain ! \u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous trouverions cette m\u00eame dualit\u00e9, qui para\u00eet s&rsquo;attacher au po\u00e8te comme son destin m\u00eame, dans <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>L&rsquo;Albatros<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> :<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab Le Po\u00e8te est semblable au prince des nu\u00e9es <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Qui hante la temp\u00eate et se rit de l&rsquo;archer ; <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Exil\u00e9 sur le sol au milieu des hu\u00e9es,<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ses ailes de g\u00e9ant l&#8217;emp\u00eachent de marcher. \u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">On peut d\u00e8s lors s&rsquo;interroger sur la mani\u00e8re dont le po\u00e8te vit la dualit\u00e9 : est-il saisi d&rsquo;une sorte de vertige devant la fascination qu&rsquo;exercent sur lui l&rsquo;ab\u00eeme, le crime, la nuit ? Ce vertige demeurera ambigu : il glisse vers l&rsquo;enfer dans une sorte de jouissance d\u00e9chirante, mais par ailleurs la souffrance est son lot.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab Soyez b\u00e9ni, mon Dieu, qui donnez la souffrance <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Comme un divin rem\u00e8de \u00e0 nos impuret\u00e9s <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Et comme la meilleure et la plus pure essence <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Qui pr\u00e9pare les forts aux saintes volupt\u00e9s !&#8230;<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026<span style=\"font-size: medium;\">&#8230;<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je sais que la douleur est la noblesse unique<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">O\u00f9 ne mordront jamais la Terre et les Enfers \u00bb &#8230;<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous pouvons en ce sens relier l&rsquo;exp\u00e9rience de la dualit\u00e9, par la souffrance, \u00e0 un th\u00e8me chr\u00e9tien : celui du p\u00e9ch\u00e9 originel. Le conflit des oppos\u00e9s est l&rsquo;envers d&rsquo;une perte : celle de l&rsquo;unit\u00e9, ou de l&rsquo;innocence inaugurale. Un changement est survenu \u00e0 la source m\u00eame de la vie. On a parl\u00e9, \u00e0 propos de Baudelaire, de \u00ab jans\u00e9nisme aggrav\u00e9 \u00bb : et il est vrai que l&rsquo;influence du p\u00e9ch\u00e9 originel explique la dualit\u00e9, ou duplicit\u00e9, oui se d\u00e9couvre en tout homme. Ainsi s&rsquo;effectue ce glisse\u00adment vers le monde inf\u00e9rieur, que l&rsquo;homme suit dans la conscience de sa chute, degr\u00e9 par degr\u00e9. Il y a l\u00e0 quelque chose d&rsquo;irr\u00e9m\u00e9diable, parce qu&rsquo;inscrit au commencement du temps ; rappelons d&rsquo;ailleurs le titre de ce po\u00e8me <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>L&rsquo;Irr\u00e9m\u00e9diable\u00a0<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"en-US\">:<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8230; \u00ab Parti de l&rsquo;azur et tomb\u00e9<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Dans un Styx bourbeux et plomb\u00e9 <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">O\u00f9 nul \u0153il du ciel ne p\u00e9n\u00e8tre ; \u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il convient de relier la conscience du d\u00e9chirement, de la scission au c\u0153ur de l&rsquo;\u00eatre m\u00eame, \u00e0 la temporalit\u00e9. La dualit\u00e9 existe parce que le p\u00e9ch\u00e9 originel est perte de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 et installation dans le temps. La mati\u00e8re, c&rsquo;est \u00e0 la fois le mal, et le temps ; le devenir ne saurait \u00eatre qu&rsquo;une d\u00e9composition, et nous savons bien, en particulier \u00e0 travers le th\u00e8me de l&rsquo;ennui, que la dur\u00e9e baudelairienne est douloureuse, qu&rsquo;elle est enlisement travers\u00e9 parfois de signes t\u00e9moignant d&rsquo;un autre monde. L\u00e0 aussi, ambigu\u00eft\u00e9 de la notion du temps chez Baude\u00adlaire : il est \u00e0 la fois le signe d&rsquo;un devenir sans fin, mais aussi, et surtout, une fausse \u00e9ternit\u00e9, le d\u00e9ploiement a perte de vue d&rsquo;un m\u00eame paysage humain. C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9rosion, mais une \u00e9rosion qui n&rsquo;en finira pas d&rsquo;\u00eatre ce qu&rsquo;elle est. Il n&rsquo;y a pas de fin aux transformations, aux glissements, aux pertes de soi dans la lourdeur des chairs. Le temps est donc fardeau paralysant, et c&rsquo;est en ce sens qu&rsquo;on trouve chez Baudelaire \u00ab le v\u0153u inf\u00e2me et d\u00e9go\u00fbtant, mais sinc\u00e8re \u00bb, de toujours dormir.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le temps, perte de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, perte de l&rsquo;innocence, introduit la scission de l&rsquo;essence et de l&rsquo;apparence. Nous avons vu l&rsquo;influence chr\u00e9tienne sur la pens\u00e9e baudelairienne : mais cette influence s&rsquo;accompagne d&rsquo;un platonisme qui nous para\u00eet, contrairement \u00e0 l&rsquo;opinion de divers commentateurs, \u00e9vident. C&rsquo;est en termes platoniciens que Baudelaire pense le rapport de l&rsquo;\u00e2me et du corps, ou encore de l&rsquo;id\u00e9e et du sensible. Le texte le plus significatif a cet \u00e9gard est <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>L&rsquo;Irr\u00e9m\u00e9diable<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> (cf. plus haut).<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab Une Id\u00e9e, une Forme, un \u00catre <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Parti de l&rsquo;azur et tomb\u00e9<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Dans un Styx bourbeux et plomb\u00e9 (&#8230;)<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">\u2026<span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"en-US\">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Un navire pris dans le p\u00f4le,<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Comme en un pi\u00e8ge de cristal,<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Cherchant par quel d\u00e9troit fatal<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il est tomb\u00e9 dans cette ge\u00f4le ; \u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il y a l\u00e0 le vocabulaire platonicien de l&rsquo;\u00e2me \u00ab tomb\u00e9e \u00bb dans un corps-prison, tradition \u00e9sot\u00e9rique affirmant par l\u00e0 m\u00eame une ind\u00e9\u00adpendance du spirituel qu&rsquo;il s&rsquo;agit de reconqu\u00e9rir au terme du voyage. En m\u00eame temps, et c&rsquo;est cela qui confirme le platonisme baudelairien, la \u00ab mati\u00e8re est tiss\u00e9e d&rsquo;Id\u00e9al \u00bb, elle existe dans sa participation \u00e0 un monde \u00e9id\u00e9tique. Nous en trouverions la trace dans le po\u00e8me intitul\u00e9 <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Une Charogne<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00a0;<\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> il se cl\u00f4t ainsi :<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab Alors, \u00f4 ma beaut\u00e9 ! dites \u00e0 la vermine<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Qui vous mangera de baisers,<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Que j&rsquo;ai gard\u00e9 la forme et l&rsquo;essence divine<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">De mes amours d\u00e9compos\u00e9es ! \u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il y a Id\u00e9e de toute chose ; comment ne pas rappeler ce dialogue o\u00f9<\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Socrate est interrog\u00e9 sur ce dont il y a Id\u00e9e : \u00ab Y a-t-il une id\u00e9e du pou, une id\u00e9e du cheveu ? \u2014 Oui, car ce qui fait que toute chose est, c&rsquo;est l&rsquo;Id\u00e9e, elle est le fondement de l&rsquo;\u00catre, et toute m\u00e9ditation de la Mati\u00e8re conduit \u00e0 son d\u00e9voilement \u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous n&rsquo;en sommes encore qu&rsquo;\u00e0 la douleur de la scission :<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">dualit\u00e9 Bien-Mal,<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> \u00c9ternit\u00e9-Temps,<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Esprit- Mati\u00e8re,<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Id\u00e9e-Sensible,<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Essence-Apparence,<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">et il faut approfondir, avec Baudelaire, l&rsquo;ab\u00eeme de la s\u00e9paration et du<\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">multiple.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>Le tombeau comme lien m\u00e9dian<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le platonisme de Baudelaire se lit pour nous \u00e0 travers la d\u00e9non\u00adciation obs\u00e9dante de la dualit\u00e9. Le corps est une tombe. Il est alors important de d\u00e9couvrir cette figure du tombeau comme figure domi\u00adnante de l&rsquo;\u00e9criture baudelairienne. La tombe, c&rsquo;est \u00e0 la fois le corps, mais c&rsquo;est aussi ce vers quoi le corps est entra\u00een\u00e9 comme sa destination derni\u00e8re. Il est certain que la po\u00e9sie de Baudelaire est po\u00e9sie du gouffre, du puits, de la profondeur vertigineuse ; et, en ce sens, nous devons relier Baudelaire \u00e0 ce qui l&rsquo;a litt\u00e9rairement influenc\u00e9. On trouve un \u00e9cho des romans noirs du XVIIIe si\u00e8cle, de toute une imagerie fan\u00adtastique qui r\u00e9pond \u00e0 la fascination du po\u00e8te. Il y a une exploration de ce qui grouille dans la mati\u00e8re putr\u00e9fi\u00e9e, d&rsquo;un univers obscur et cepen\u00addant anim\u00e9 de forces irr\u00e9sistibles. Nous connaissons l&rsquo;impact du livre d&rsquo;Aloysius Bertrand, <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Gaspard de la Nuit<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">; il est d&rsquo;autres influences, ant\u00e9rieures, et dont nous ne pr\u00e9ciserons pas les particularit\u00e9s : le seul point important, c&rsquo;est qu&rsquo;elles sont \u00e0 l&rsquo;origine d&rsquo;un univers t\u00e9n\u00e9breux, o\u00f9 la mort est pr\u00e9sente comme apoth\u00e9ose de tous les mal\u00e9fices cos\u00admiques.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il suffirait, dans un premier moment, de relever deux \u00ab titres \u00bb des <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Fleurs du Mal<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> : <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Le Vampire<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Le Poss\u00e9d\u00e9<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, pour \u00e9voquer le monde du roman noir dont nous parlions. Il y a l\u00e0 un tableau t\u00e9n\u00e9breux, dont des gravures de l&rsquo;\u00e9poque pourraient \u00eatre l&rsquo;illustration :<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab Le soleil s&rsquo;est couvert d&rsquo;un cr\u00eape. Comme lui, <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">O Lune de ma vie ! Emmitoufle-toi d&rsquo;ombre ;<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Dors ou fume \u00e0 ton gr\u00e9 ; sois muette, sois sombre,<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Et plonge tout enti\u00e8re au gouffre de l&rsquo;Ennui ;<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">\u2026<span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"en-US\">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Sois ce que tu voudras, nuit noire, rouge aurore; <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il n&rsquo;est pas une fibre en tout mon corps tremblant<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Qui ne crie : O mon cher Belz\u00e9buth, je t&rsquo;adore ! \u00bb (<\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Le Poss\u00e9d\u00e9<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">)<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Nombreux sont les po\u00e8mes qui concernent le caveau, la mort sous son aspect le plus mat\u00e9riel, la d\u00e9composition.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab Dans les caveaux d&rsquo;insondable tristesse<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">O\u00f9 le Destin m&rsquo;a d\u00e9j\u00e0 rel\u00e9gu\u00e9 ; \u00bb&#8230; (<\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Les T\u00e9n\u00e8bres<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">)<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il faut ici introduire le personnage qui fut le plus marquant dans la vie de Baudelaire : Edgar Allan Poe. Cette marque, nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9, ne rel\u00e8ve pas de la pure et simple influence litt\u00e9raire ; en Poe, Baudelaire a reconnu son semblable, leurs univers \u00e9taient de m\u00eame nature, ouverts \u00e0 l&rsquo;\u00e9trange, \u00e0 l&rsquo;horrible, \u00e0 la cruaut\u00e9, au monstrueux. Baudelaire a connu l\u2019\u0153uvre de Poe, vraisemblablement, en 1847. Et l\u2019\u0153uvre de traduction qu&rsquo;il entreprit ensuite fut une recr\u00e9ation de ce qui lui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 familier. On peut parler d&rsquo;identification. \u00ab La premi\u00e8re fois que j&rsquo;ai ouvert un livre de lui, j&rsquo;ai vu, avec \u00e9pouvante et ravissement, non seulement des sujets r\u00eav\u00e9s par moi, mais aussi des phrases pen\u00ads\u00e9es par moi, \u00e9crites par lui vingt ans auparavant. \u00bb Myst\u00e8re de cette rencontre du double : Baudelaire en est saisi, et il y a l\u00e0, \u00e0 notre sens, mati\u00e8re \u00e0 r\u00e9flexion. Dans la pr\u00e9face aux <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Nouvelles Histoires extraordi\u00adnaires<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, Baudelaire \u00e9crit ceci : \u00ab C&rsquo;est \u00e0 la fois par la po\u00e9sie et \u00e0 travers la po\u00e9sie, par et \u00e0 travers la musique, que l&rsquo;\u00e2me entrevoit les splendeurs situ\u00e9es derri\u00e8re le tombeau. \u00bb L&rsquo;univers de Poe est effectivement un univers s\u00e9pulcral, et ceci nous ram\u00e8ne \u00e0 ce th\u00e8me privil\u00e9gi\u00e9 du tom\u00adbeau comme lieu m\u00e9dian. Dans une tradition \u00e9sot\u00e9rique, on peut dire que la tombe symbolise le passage, le moyen terme entre deux univers; la transformation qui s&rsquo;y effectue est transmutation. Mais l\u00e0 encore, il faut insister sur l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 du lieu : il est \u00e0 la fois cette attente d&rsquo;un ailleurs, cette alchimie obscure dont nous pressentons les op\u00e9rations, et la prison \u00ab o\u00f9 n&rsquo;entre jamais un rayon rose et gai \u00bb, hors d&rsquo;atteinte. Cette obsession de la tombe est donc produite \u00e0 partir de la m\u00eame exp\u00e9rience de dualit\u00e9 ; la tombe est lieu de m\u00e9ditation sur le rapport de l&rsquo;essence et de l&rsquo;apparence, de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 et du temps. Elle est symbole, c&rsquo;est-\u00e0-dire possibilit\u00e9 d&rsquo;une jonction de deux univers ; mais la jonction nous est encore interdite, car nous pensons la tombe comme ce \u00ab puits profond, symbolique G\u00e9henne, o\u00f9 tr\u00f4ne la d\u00e9bauche, immonde et sombre reine. Un escalier sans fin tourne dans ses parois : le chemin qu&rsquo;on y fait ne se fait pas deux fois ; l&rsquo;amour tombe \u00e9touff\u00e9 dans l&rsquo;air qui s&rsquo;en exhale&#8230; \u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il y a l\u00e0 ce premier acc\u00e8s \u00e0 la tombe, comme pur et simple lieu de la chute. Mais, et c&rsquo;est l\u00e0 la m\u00e9diumnit\u00e9 de la tombe, un th\u00e8me s&rsquo;impose, dans <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">l\u2019\u0153uvre<\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> de Baudelaire comme dans celle de Poe : celui du mort vivant. La pens\u00e9e perdue dans la tombe. Et cette permanence est souvent pens\u00e9e comme une torture :<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab Et dites-moi s&rsquo;il est encore quelque torture<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Pour ce vieux corps sans \u00e2me et mort parmi les morts ? \u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ainsi ce fragment \u00e9voquant une figurine d&rsquo;Ernest Christophe :<\/span><\/span><\/p>\n<ul>\n<li>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Elle pleure, insens\u00e9, parce qu&rsquo;elle a v\u00e9cu ! <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Et parce qu&rsquo;elle vit ! Mais ce qu&rsquo;elle d\u00e9plore <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Surtout, ce qui la fait fr\u00e9mir jusqu&rsquo;aux genoux <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">C&rsquo;est que demain, h\u00e9las, il faudra vivre encore ! <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Demain ! apr\u00e8s-demain ! et toujours comme nous ! \u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il y a donc l\u00e0 une appr\u00e9hension de l&rsquo;immortalit\u00e9 de l&rsquo;\u00e2me par sa phase d&rsquo;ombre : le poids de la vie est tel que le po\u00e8te saisit la survie comme une \u00e9ternisation de la souffrance. La tombe symbolise effectivement cette \u00e9ternisation : il faudra arriver \u00e0 se lib\u00e9rer de la tombe elle-m\u00eame, refuser d&rsquo;\u00eatre pour jamais l&rsquo;ange d\u00e9chu qui est celui de la dualit\u00e9. Nous comprenons bien le sens de cette m\u00e9ditation constante de la mort : elle est \u00e9nigme, mais \u00e9nigme d\u00e9chiffrable pour qui la regarde en face. La regarder en face, c&rsquo;est pr\u00e9senter <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Une Charogne<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, et aller jusqu&rsquo;au bout du tableau dans toute son horreur.<\/span><\/span><\/p>\n<ul>\n<li>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Lorsque tu dormiras, ma belle t\u00e9n\u00e9breuse, <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Au fond d&rsquo;un monument construit en marbre noir, <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Et lorsque tu n&rsquo;auras pour alc\u00f4ve et manoir <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Qu&rsquo;un caveau pluvieux et qu&rsquo;une fosse creuse ;<\/span><\/span><\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Quand la pierre, opprimant ta poitrine peureuse<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Et tes flancs qu&rsquo;assouplit un charmant nonchaloir,<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Emp\u00eachera ton <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">c\u0153ur<\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> de battre et de vouloir,<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Et tes pieds de courir leur course aventureuse, \u00bb&#8230;<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"right\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">(<\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Remords Posthume<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">)<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">La m\u00e9ditation de la mort a partie li\u00e9e avec le corps de l&rsquo;amour, avec le corps de Jeanne, ce corps qui est lui aussi tombe et vertige infini. Et la dualit\u00e9 r\u00e9siste, malgr\u00e9 la certitude d&rsquo;une permanence des formes. La Beaut\u00e9, dont l&rsquo;autre nom est le Bien, se donne comme fascination du Mal ; il faut traverser la tombe pour exister ailleurs que dans la d\u00e9chirure.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><b><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Les \u00ab Correspondances \u00bb<\/span><\/span><\/b><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous avons inscrit pr\u00e9c\u00e9demment un Baudelaire platonicien : telle est en effet la trame intime de la po\u00e9sie baudelairienne. Il nous para\u00eet n\u00e9cessaire, dans cette perspective, de donner une lecture du po\u00e8me, <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Correspondances<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, bien que (ou justement, parce que) il soit l&rsquo;un des plus c\u00e9l\u00e8bres.<\/span><\/span><\/p>\n<ul>\n<li>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">La Nature est un temple o\u00f9 de vivants piliers <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Laissent parfois sortir de confuses paroles\u00a0; <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">L&rsquo;homme y passe \u00e0 travers des for\u00eats de symboles<\/span><\/span><\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Qui l&rsquo;observent avec des regards familiers.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Comme de longs \u00e9chos qui de loin se confondent <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Dans une t\u00e9n\u00e9breuse et profonde unit\u00e9,<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Vaste comme la nuit et comme la clart\u00e9,<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Les parfums, les couleurs et les sons se r\u00e9pondent.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il est des parfums frais comme des chairs d&rsquo;enfants, <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Doux comme les hautbois, verts comme les prairies, <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">\u2013 <span style=\"font-size: medium;\">Et d&rsquo;autres, corrompus, riches et triomphants,<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ayant l&rsquo;expansion des choses infinies,<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Comme l&rsquo;ambre, le musc, le benjoin et l&rsquo;encens,<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Qui chantent les transports de l&rsquo;esprit et des sens. \u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il para\u00eet difficile, \u00e0 la lecture de ce po\u00e8me, de nier le platonisme bau\u00addelairien. La dualit\u00e9 que vit l&rsquo;individu, dans sa chair m\u00eame, renvoie \u00e0 une m\u00e9taphysique ; il appartient au po\u00e8te de d\u00e9chiffrer les symboles, donc de mettre en relation les deux niveaux de la r\u00e9alit\u00e9. On a l&rsquo;impression, en approchant de ce texte, que Baudelaire nous pr\u00e9sente la nature comme un oracle : elle est ce temple dans lequel parle le dieu, mais qui sera capable d&rsquo;interpr\u00e9ter le discours divin ? La plupart passent, inattentifs au principe, au fondement ; ils vivent la mati\u00e8re sans la savoir reli\u00e9e \u00e0 autre chose qu&rsquo;elle. Ici est introduite la \u00ab t\u00e9n\u00e9breuse et profonde unit\u00e9 \u00bb dont nous savions bien qu&rsquo;elle \u00e9tait l&rsquo;horizon de cette exploration. Il existe un lien entre l&rsquo;infini et le fini, bien pressenti \u00e0 travers la sensualit\u00e9 m\u00eame.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il convient de relier ce po\u00e8me \u00e0 <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>L&rsquo;Invitation au Voyage<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> : le platonisme baudelairien, s&rsquo;il est constant, appara\u00eet plus clairement dans certains textes (cf. \u00e9galement <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>\u00c9l\u00e9vation<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>La Vie ant\u00e9rieure<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>La Beaut\u00e9<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>L&rsquo;Id\u00e9al<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">,<\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i> l&rsquo;Hymne \u00e0 la Beaut\u00e9<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>L &lsquo;Aube spirituelle<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">).<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab L\u00e0, tout n&rsquo;est qu&rsquo;ordre et beaut\u00e9, <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Luxe, calme et volupt\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026<span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">..<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Tout y parlerait<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00c0<\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> l&rsquo;\u00e2me en secret<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Sa douce langue natale. \u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le platonisme baudelairien se lit \u00e9galement \u00e0 travers une certaine id\u00e9e de la beaut\u00e9 comme ordre ; et par l\u00e0 m\u00eame, nous retrouverions un pythagorisme baudelairien. Il doit y avoir un ordre dans la diversit\u00e9, une architecture divine existe : c&rsquo;est en ce sens qu&rsquo;il faut penser aux textes esth\u00e9tiques de Baudelaire, \u00e0 son go\u00fbt pour Delacroix. Baudelaire a l&rsquo;intuition de ce dynamisme num\u00e9ral qui ne cesse de se manifester dans le moindre mouvement. \u00ab Le nombre est une traduction de l&rsquo;espace \u00bb, dit-il. Mais au-del\u00e0 de l&rsquo;espace sensible, lieu d&rsquo;apparition des objets dans leur diversit\u00e9, il faut revenir \u00e0 une harmonie lisible, pour qui sait lire, dans ces correspondances sensuelles de parfums, de couleurs et de sons : correspondance horizontale, pourrions-nous dire, par rapport \u00e0 une autre correspondance, verticale, et qui en est l&rsquo;origine. C&rsquo;est ainsi que nous approchons peu \u00e0 peu de cette id\u00e9e, plus ou moins explicit\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, de la force id\u00e9ale qui a pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 l&rsquo;agencement du tout ; en d&rsquo;autres termes, nous entrevoyons une unit\u00e9, parce que la mati\u00e8re laisse pressentir, en elle-m\u00eame, cette unit\u00e9. Rappelons le po\u00e8me <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>L&rsquo;Aube spirituelle<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> :<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab Quand chez les d\u00e9bauch\u00e9s l&rsquo;aube blanche et vermeille <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Entre en soci\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;Id\u00e9al rongeur,<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Par l&rsquo;op\u00e9ration d&rsquo;un myst\u00e8re vengeur<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Dans la brute assoupie un ange se r\u00e9veille.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Des Cieux Spirituels l&rsquo;inaccessible azur,<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Pour l&rsquo;homme terrass\u00e9 qui r\u00eave encore et souffre. <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">S&rsquo;ouvre et s&rsquo;enfonce avec l&rsquo;attirance du gouffre. \u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il y a donc \u00ab correspondance \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire r\u00e9ponse d&rsquo;un monde \u00e0 l&rsquo;autre, r\u00e9ponse d&rsquo;une vie \u00e0 l&rsquo;autre. Cette correspondance est encore un myst\u00e8re : elle est ce qui ne se d\u00e9couvre qu&rsquo;au terme des explorations<\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">les plus contradictoires. Baudelaire parlait \u00ab d&rsquo;op\u00e9rer une cr\u00e9ation par la logique des contraires \u00bb. Nous retrouvons ici cette alchimie qui ouvrait <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Les Fleurs du Mal<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> ; la correspondance de l&rsquo;id\u00e9e et de la mati\u00e8re n&rsquo;est pas statique ; elle est un mouvement sans cesse remis en question parce que l&rsquo;homme est ce qu&rsquo;il est. Ses pressentiments d&rsquo;unit\u00e9 sont parfois d&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e8res vertiges, il ne d\u00e9chiffre les signes que pour mieux les oublier. Ainsi, nous revenons sur la dualit\u00e9, elle nous accompagne sans cesse, parce qu&rsquo;elle est l&rsquo;itin\u00e9raire du po\u00e8te, parce qu&rsquo;elle resurgit encore comme dualit\u00e9 dans la saisie m\u00eame de l&rsquo;unit\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il est une correspondance dont peut-\u00eatre l&rsquo;importance n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 suffisamment soulign\u00e9e : c&rsquo;est celle de la vie et de la mort. La difficult\u00e9 est en un sens de comprendre que la correspondance appara\u00eet souvent chez Baudelaire comme renversement, possibilit\u00e9 d&rsquo;\u00e9change (Dieu-Satan ; Bien-Mal ; Beaut\u00e9-Laideur, etc&#8230;). Mais cette correspondance des contraires est un th\u00e8me \u00e9sot\u00e9rique, que nous trouvons dans le monde des gnostiques et des occultistes.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab T\u00eate \u00e0 t\u00eate sombre et limpide <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Qu&rsquo;un <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">c\u0153ur<\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> devenu son miroir ! <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Puits de v\u00e9rit\u00e9, clair et noir, <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">O\u00f9 tremble une \u00e9toile livide. \u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il faudra passer de la notion des contraires entendus comme contra\u00addictoires \u00e0 une notion des contraires comme identit\u00e9. Mais ce sera le terme du voyage&#8230; Il est clair, en tout cas, que la m\u00e9ditation baude\u00adlairienne de la mort s&rsquo;inscrit dans cette correspondance de la vie et de mort. Il y a d&rsquo;ailleurs un double acc\u00e8s \u00e0 cette correspondance : d&rsquo;une part, la mort pourrait appara\u00eetre comme l&rsquo;extr\u00eame de l&rsquo;horreur de la vie (elle est grouillement mal\u00e9fique de l&rsquo;inconnu ou de l&rsquo;insoutenable), d&rsquo;autre part la mort doit \u00eatre une immortalit\u00e9 de l&rsquo;\u00e2me, une permanence de l&rsquo;\u00eatre qui assure que toute dualit\u00e9 sera r\u00e9sorb\u00e9e dans le rassemble\u00adment unitaire La mort, c&rsquo;est la nuit r\u00e9v\u00e9latrice d&rsquo;une v\u00e9ritable clart\u00e9. Trame platonicienne de l&rsquo;univers baudelairien, donc : il est une harmo\u00adnie dont nous ne connaissons que le reflet.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><b><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">L&rsquo;art ou la magie<\/span><\/span><\/b><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">L&rsquo;itin\u00e9raire baudelairien nous a conduit jusqu&rsquo;\u00e0 ce pressentiment de l&rsquo;unit\u00e9, qui est d\u00e9chirement des apparences, reconqu\u00eate d&rsquo;un ordre au-del\u00e0 de la diversit\u00e9. Nous ne pr\u00e9tendons pas qu&rsquo;il y ait repos dans une \u00e9ternit\u00e9 sans faille, effacement de la dualit\u00e9 dans une pl\u00e9nitude donn\u00e9e. Baudelaire atteint sa propre forme par l&rsquo;\u00e9criture, et l&rsquo;\u00e9criture n&rsquo;est jamais qu&rsquo;un laissez-passer. Il convient donc de revenir sur la<\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">conception baudelairienne de l&rsquo;art. Qu&rsquo;en est-il de cette magie parti\u00adculi\u00e8re qui est celle du po\u00e8te ou du peintre ? Quel d\u00e9miurge appara\u00eet sous les traits du po\u00e8te ?<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous avons comment\u00e9, au d\u00e9but de notre analyse, l&rsquo;adresse <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Au Lecteur<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> qui pr\u00e9sente clairement \u00ab l&rsquo;\u00e9tat de po\u00e9sie \u00bb comme privil\u00e9gi\u00e9 dans l&rsquo;exploration des extr\u00eames. La po\u00e9sie est alchimie, certes ; et le premier po\u00e8me des <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>F<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>l<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>eurs du Mal<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> est intitul\u00e9 <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>B\u00e9n\u00e9diction<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> : la bont\u00e9 du dire&#8230; Quelle gr\u00e2ce, alors, est celle du po\u00e8me ?<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab Lorsque, par un d\u00e9cret des puissances supr\u00eames, <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le Po\u00e8te appara\u00eet en ce monde <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">ennuy\u00e9<\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> (&#8230;)<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026<span style=\"font-size: medium;\"><br \/>\nPourtant, sous la tutelle invisible d&rsquo;un Ange, <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">L&rsquo;Enfant d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9 s&rsquo;enivre de soleil, (&#8230;)<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Vers le Ciel, o\u00f9 son <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u0153il<\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> voit un tr\u00f4ne splendide, <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le Po\u00e8te serein l\u00e8ve ses bras pieux,<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Et les vastes \u00e9clairs de son esprit lucide<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Lui d\u00e9robent l&rsquo;aspect des peuples furieux : [&#8230;]<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je sais que vous gardez une place au Po\u00e8te <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Dans les rangs bienheureux des saintes L\u00e9gions, <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Et que vous l&rsquo;invitez \u00e0 l&rsquo;\u00e9ternelle f\u00eate <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Des Tr\u00f4nes, des Vertus, des Dominations. \u00bb&#8230;<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">C&rsquo;est marquer clairement l&rsquo;origine divine du don po\u00e9tique ; et co<\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">m<\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">ment ne pas, ici encore, faire le lien entre la description du po\u00e8te dans <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>B\u00e9n\u00e9diction<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> et dans <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>L&rsquo;Albatros<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, avec la pr\u00e9sentation platonicienne du philosophe au Livre VII de <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>La R\u00e9publique<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> ? Le prisonnier qui commence l&rsquo;ascension vers le soleil du bien, et se lib\u00e8re du monde fictif de la caverne, sera \u00e0 son retour l&rsquo;objet des railleries, des haines de tous. Comme <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>L&rsquo;Albatros<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> \u00ab maladroit et honteux \u00bb, incapable de s&rsquo;habituer \u00e0 la pesanteur terrestre, le po\u00e8te voyant ne distinguera pas les faits et les choses comme les autres. Cette voyance lui vient de la contempla\u00adtion du bien : d\u00e9sormais, il verra toute chose \u00e0 la lumi\u00e8re de l&rsquo;id\u00e9e.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Mais cette b\u00e9n\u00e9diction a l&rsquo;apparence d&rsquo;une mal\u00e9diction : et telle est bien la d\u00e9chirure de la vie baudelairienne&#8230; \u00e0 tel point que le po\u00e8te arrive parfois \u00e0 vivre la mal\u00e9diction comme telle, donc \u00e0 se laisser engloutir par l&rsquo;opacit\u00e9 cr\u00e9\u00e9e par les autres.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous parlions pr\u00e9c\u00e9demment d&rsquo;alchimie ; on trouve explicitement dans les po\u00e8mes baudelairiens des termes alchimiques. Mais essayons de d\u00e9passer le vocabulaire lui-m\u00eame : relier po\u00e9sie et alchimie, c&rsquo;est affirmer que le po\u00e8te fait mat\u00e9riellement <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u0153uvre<\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> de cr\u00e9ation, que la fusion des contraires engendre un cosmos, un or pur. Et le po\u00e8te est le seul pour qui la co\u00efncidence des contraires appara\u00eetra :<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l&rsquo;ab\u00eeme,<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">O<\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> Beaut\u00e9 ? Ton regard, infernal et divin, <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Verse confus\u00e9ment le bienfait et le crime,<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Et l&rsquo;on peut pour cela te comparer au vin. [&#8230;]<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ? [&#8230;]<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Tu s\u00e8mes au hasard la joie et les d\u00e9sastres, [&#8230;]<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Tu marches sur des morts, Beaut\u00e9, dont tu te moques ;<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">De tes bijoux l&rsquo;Horreur n&rsquo;est pas le moins charmant, [&#8230;]<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">De Satan ou de Dieu, qu&rsquo;importe ? \u00bb&#8230; (<\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Hymne <\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>\u00e0<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i> la Beaut\u00e9<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">)<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il faut dire, alors, que la contemplation obstin\u00e9e d&rsquo;un univers t\u00e9n\u00e9\u00adbreux doit r\u00e9aliser l&rsquo;alchimie des contraires. Telle serait l&rsquo;\u00e9closion de ces <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Fleurs du Mal<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> : l&rsquo;or des alchimistes. Le verbe dont la voix po\u00e9tique est r\u00e9ceptacle est verbe cr\u00e9ateur, logos qui engendre l&rsquo;univers. On peut noter la connaissance que Baudelaire eut de Swedenborg, et retrouver quelques traces de cet \u00e9sot\u00e9risme dans l\u2019\u0153uvre elle-m\u00eame.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il y a une gr\u00e2ce po\u00e9tique : elle est en un sens proche, pour Baude\u00adlaire, de la gr\u00e2ce chr\u00e9tienne, et cependant il ne faut pas n\u00e9gliger l&rsquo;aspect grec de sa pens\u00e9e (notamment dans sa conception de la n\u00e9cessit\u00e9 et l&rsquo;harmonie). Cette gr\u00e2ce po\u00e9tique est une gr\u00e2ce du regard ; et nous pouvons ici rapprocher Baudelaire et William Blake ; il est un univers de l&rsquo;imagination fantastique qui leur est commun. Des multiples visages du sensible surgira la forme essentielle. \u00c0 cet \u00e9gard, relati\u00advement \u00e0 la puissance de la pens\u00e9e, citons une phrase de Baudelaire: &#8230; \u00ab J&rsquo;ai pens\u00e9 bien souvent que les b\u00eates malfaisantes et d\u00e9go\u00fbtantes n&rsquo;\u00e9taient peut-\u00eatre que la vivification, corporification, \u00e9closion \u00e0 la vie mat\u00e9rielle, des mauvaises pens\u00e9es de l&rsquo;homme. \u00bb La magie po\u00e9tique, c&rsquo;est donc la puissance m\u00eame de la pens\u00e9e, qui peut \u00eatre magie noire ou magie blanche : \u00e0 un certain moment, elles ne font qu&rsquo;un. Mais cette magie du verbe est aussi, et surtout, la capacit\u00e9 de retrouver un \u00e9tat perdu, une innocence qui fut celle de la nature, donc de l&rsquo;origine. D&rsquo;o\u00f9 le retour fr\u00e9quent de l&rsquo;ange dans les po\u00e8mes baudelairiens : il y a une ang\u00e9lisation par la po\u00e9sie, comme il y a chez Swedenborg une ang\u00e9\u00adlisation par la pri\u00e8re. L&rsquo;homme d\u00e9chir\u00e9 par la dualit\u00e9 est lav\u00e9 de ses souillures. \u00ab Je pr\u00e9f\u00e8re consid\u00e9rer cette condition anormale de l&rsquo;esprit comme une v\u00e9ritable gr\u00e2ce, comme un miroir magique o\u00f9 l&rsquo;homme est invit\u00e9 \u00e0 se voir en beau, c&rsquo;est-\u00e0-dire tel qu&rsquo;il devrait et pourrait \u00eatre : une esp\u00e8ce d&rsquo;excitation ang\u00e9lique. \u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">L&rsquo;\u00e9tat po\u00e9tique est donc tendu entre b\u00e9n\u00e9diction et mal\u00e9diction, comme il l&rsquo;est entre nature et surnature ; il y a une surnaturalisation, chez Baudelaire, chez Delacroix ou chez Poe. La perception de la r\u00e9alit\u00e9 devient perception \u00e9id\u00e9tique : il n&rsquo;est pas sans importance que Baudelaire ait \u00e9crit <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Les Paradis Artificiels<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, en leur donnant comme sous-titre <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Du vin et du haschich compar\u00e9s comme moyens de multi\u00adplication de l&rsquo;individualit\u00e9<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">. L&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;\u00eatre est exp\u00e9rience du rapport de mon \u00eatre \u00e0 l&rsquo;\u00eatre en tant qu&rsquo;\u00eatre : il y a l\u00e0 un devenir cosmique de l&rsquo;individu, que Baudelaire et ses amis ont pu chercher \u00e0 travers la drogue. L&rsquo;exp\u00e9rience mystique et l&rsquo;exp\u00e9rience hallucinog\u00e8ne sont proches, nous le savons. L&rsquo;exp\u00e9rience po\u00e9tique est une exp\u00e9rience mystique, Baudelaire le montre clairement \u00e0 plusieurs reprises. En ce sens, le titre du po\u00e8me consacr\u00e9 aux grands peintres visionnaires est significatif : <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Les Phares<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">; ils sont \u00e0 la fois le regard qui traverse l&rsquo;appa\u00adrence pour ne laisser \u00eatre que l&rsquo;essentiel, et la clart\u00e9 qui peut nous donner la voyance.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab C&rsquo;est un cri r\u00e9p\u00e9t\u00e9 par mille sentinelles,<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Un ordre renvoy\u00e9 par mille porte-voix ;<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">C&rsquo;est un phare allum\u00e9 sur mille citadelles,<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Un appel de chasseurs perdus dans les grands bois !<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Car c&rsquo;est vraiment, Seigneur, le meilleur t\u00e9moignage <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Que nous puissions donner de notre dignit\u00e9 <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Que cet ardent sanglot qui roule d&rsquo;\u00e2ge en \u00e2ge <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Et vient mourir au bord de votre \u00e9ternit\u00e9 ! \u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><b><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le voyage<\/span><\/span><\/b><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous terminerons cet itin\u00e9raire baudelairien sous le signe du voyage : est-ce \u00e0 dire qu&rsquo;il n&rsquo;y a pr\u00e9cis\u00e9ment pas de fin, que le port n&rsquo;est effec\u00adtivement que le lieu des d\u00e9parts, infiniment, et que la seule \u00e9ternit\u00e9 est celle de l&rsquo;\u00e9ternel recommencement ? Il est vrai que le th\u00e8me du voyage caract\u00e9rise \u00e0 bien des titres Baudelaire. Mais nous voudrions tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment le relier \u00e0 ce qui semble en \u00eatre le fondement : l&rsquo;id\u00e9e de vie ant\u00e9rieure. En ce sens, nous rel\u00e8verons deux textes : <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>\u00c9l\u00e9vation<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> et <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>La Vie ant\u00e9rieure<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le premier de ces po\u00e8mes d\u00e9crit le voyage mystique de l&rsquo;\u00e2me, ceci dans un contexte que nous avons d\u00e9termin\u00e9 comme platonicien.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab Au-dessus des \u00e9tangs, au-dessus des vall\u00e9es, <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Des montagnes, des bois, des nuages, des mers <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Par del\u00e0 le soleil, par del\u00e0 les \u00e9thers<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Par del\u00e0 les confins des sph\u00e8res \u00e9toil\u00e9es,<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Mon esprit tu te meus avec agilit\u00e9 [\u2026]<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">\u2026<span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"en-US\">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides ; <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Va te purifier dans l&rsquo;air sup\u00e9rieur,<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Et bois, comme une pure et divine liqueur,<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le feu clair qui remplit les espaces limpides [&#8230;]<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">\u2026<span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"en-US\">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">[Heureux] Celui dont les pensers, comme des alouettes,<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Vers les dieux le matin prennent un libre essor, <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">\u2014 <span style=\"font-size: medium;\">Qui plane sur la vie, et comprend sans effort<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le langage des fleurs et des choses muettes ! \u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Voyage de l&rsquo;\u00e2me vers une patrie qui \u00e9tait la sienne, avant qu&rsquo;elle ne soit emprisonn\u00e9e dans un corps. Ainsi peut-elle d\u00e9chiffrer \u00ab le langage des fleurs et des choses muettes \u00bb : les hi\u00e9roglyphes sont accessibles \u00e0 l&rsquo;\u00e2me, parce qu&rsquo;elle est de m\u00eame nature qu&rsquo;eux. En ce sens, le voyage est toujours, chez Baudelaire, un retour aux sources : par ce voyage, l&rsquo;\u00e2me se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre sagesse et savoir, clairvoyante par essence.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Plus explicite encore est le titre du second po\u00e8me <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>La Vie ant\u00e9rieure<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> :<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab J&rsquo;ai longtemps habit\u00e9 sous de vastes portiques <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Que les soleils marins teignaient de mille feux, <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Et que leurs grands piliers, droits et majestueux, <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Les houles, en roulant les images des cieux, <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">M\u00ealaient d&rsquo;une fa\u00e7on solennelle et mystique<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Les tout-puissants accords de leur riche musique <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Aux couleurs du couchant <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">refl\u00e9t\u00e9<\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> par mes yeux.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">C&rsquo;est l\u00e0 que j&rsquo;ai v\u00e9cu dans les volupt\u00e9s calmes,<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Au milieu de l&rsquo;azur, des vagues, des splendeurs [&#8230;] \u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Image d&rsquo;un ordre accessible \u00e0 l&rsquo;\u00e2me, conception d&rsquo;une harmonie engendr\u00e9e par un principe architectural : tel est bien le sens de ces r\u00e9miniscences. Le voyage est, semble-t-il, une exploration de la m\u00e9moire, de ce dont l&rsquo;\u00e2me \u00e9tait porteuse, dans l&rsquo;oubli quotidien de l&rsquo;id\u00e9e.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">C&rsquo;est \u00e0 partir du m\u00eame horizon que nous lisions <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>L&rsquo;Invitation au Voyage<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">: r\u00e9miniscence et retour que nous trouvons dans le po\u00e8me en prose du <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Spleen de Paris<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> qui porte le m\u00eame titre.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab &#8230; Et quand, fatigu\u00e9s par la houle et gorg\u00e9s des produits de l&rsquo;Orient, ils rentrent au port natal, ce sont encore mes pens\u00e9es enrichies qui reviennent de l&rsquo;Infini vers toi. \u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Cette travers\u00e9e de la dualit\u00e9 nous conduit ici au d\u00e9voilement d&rsquo;une surnature par la gr\u00e2ce de la po\u00e9sie. Celui qui s&rsquo;est perdu dans le mal,<\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">dans la pourriture, dans les t\u00e9n\u00e8bres, celui-l\u00e0 \u00e9merge \u00e0 une nouvelle identit\u00e9; <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>L&rsquo;Invitation au Voyage<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> est donc invitation \u00e0 une nouvelle lecture de la r\u00e9alit\u00e9 : invitation vers un ailleurs qui est la mesure de l&rsquo;ici, invitation vers une \u00e9tranget\u00e9 qui nous est cependant pays natal. <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Les Fleurs du Mal<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> apparaissent, d&rsquo;abord dans l&rsquo;identit\u00e9 de tous les oppos\u00e9s, ensuite dans une \u00c9l\u00e9vation au-dessus de tous les dualismes. En ce sens, on peut parler de mysticisme baudelairien : le myst\u00e8re d&rsquo;une unicit\u00e9 retrouv\u00e9e \u00e0 travers la mal\u00e9diction d&rsquo;un discours qu&rsquo;on a voulu trouver obsc\u00e8ne ou immoral ; le mythe du po\u00e8te maudit est au <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">c\u0153ur<\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> de <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">l\u2019\u0153uvre<\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> elle-m\u00eame. Mais au-del\u00e0 du mythe restait \u00e0 d\u00e9voiler la raret\u00e9 d&rsquo;une parole exacte, exacte parce qu&rsquo;elle se mesure \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"right\"><a name=\"__DdeLink__2973_1827543641\"><\/a> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">KATIA BARBERIAN<\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Qu&rsquo;y a-t-il dans la parole de Baude\u00adlaire qui nous concerne tant que nous sommes pris, dans notre essence m\u00eame, au c\u0153ur de cette parole ? Quelle magie du verbe, de cette po\u00e9sie dont il ne suffit pas de faire l&rsquo;analyse litt\u00e9raire, parce que la cr\u00e9ation est beaucoup plus que la simple litt\u00e9ralit\u00e9? C&rsquo;est en ce sens, pr\u00e9cis\u00e9\u00adment, que le \u00ab mythe \u00bb de Baudelaire peut nous int\u00e9resser : image du po\u00e8te \u00ab maudit \u00bb, de la solitude, des ab\u00eemes, de la mort&#8230; Mais \u00e0 quoi renvoie ceci qui n&rsquo;est qu&rsquo;une image et qui, comme toute image, rel\u00e8ve de l&rsquo;apparence ?<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":17042,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[922],"tags":[],"class_list":["post-16977","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-poesie-et-spiritualite"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.0 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Baudelaire par Katia Barb\u00e9rian - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/baudelaire-par-katia-barberian\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Baudelaire par Katia Barb\u00e9rian - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Qu&#039;y a-t-il dans la parole de Baude\u00adlaire qui nous concerne tant que nous sommes pris, dans notre essence m\u00eame, au c\u0153ur de cette parole ? 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