{"id":16980,"date":"2015-07-20T15:11:45","date_gmt":"2015-07-20T14:11:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=16980"},"modified":"2015-09-18T18:10:34","modified_gmt":"2015-09-18T17:10:34","slug":"en-marge-dun-paradis-oublie-par-pascal-ruga","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/en-marge-dun-paradis-oublie-par-pascal-ruga\/","title":{"rendered":"En marge d&rsquo;un paradis oubli\u00e9 par Pascal Ruga"},"content":{"rendered":"<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\" align=\"center\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">(Extrait de Pascal Ruga &#8211; <em>Au temps des anges<\/em>. \u00c9ditions \u00catre Libre &amp; Aux sources du pr\u00e9sent. 2e \u00e9dition 1976)<br \/>\n<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>En ce temps-l\u00e0, J\u00e9sus prit la parole, et dit : \u00ab Je te loue, P\u00e8re, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as cach\u00e9 ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as r\u00e9v\u00e9l\u00e9es aux enfants ; oui, P\u00e8re, je te loue de ce que tel a \u00e9t\u00e9 ton bon plaisir. \u00bb<\/i><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"right\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">(<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>\u00c9vangile selon Saint Matthieu<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">, X I: 25)<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Ce qui ravit et surprend l&rsquo;esprit lorsqu&rsquo;il explo\u00adre en profondeur les souvenirs de son enfance, c&rsquo;est de d\u00e9couvrir dans les images qui revivent \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie de sa conscience, une fra\u00eecheur d&rsquo;\u00e2me qui n&rsquo;est pas soumise \u00e0 la vision de la texture habituelle des choses. C&rsquo;est plus qu&rsquo;une vision, plus qu&rsquo;une sensation ; \u00e0 vrai dire, c&rsquo;est inexpri\u00admable par le simple truchement du langage, et chacun peut comprendre et s&rsquo;ouvrir \u00e0 cela s&rsquo;il consent \u00e0 ne point le laisser se figer autour de quelques mots. Ce qui \u00e9tonne, c&rsquo;est de percevoir un climat qui \u00e0 premi\u00e8re vue paraissait cristallis\u00e9 dans le pass\u00e9, et pourtant il n&rsquo;est jamais semblable \u00e0 lui-m\u00eame ; toujours diff\u00e9rent de ce qu&rsquo;il fut, il continue de vivre en une recr\u00e9ation constante. Cette part plus ou moins secr\u00e8te d&rsquo;un souvenir d&rsquo;enfance rend celui-ci vivant, pr\u00e9sent, actuel. L&rsquo;erreur serait d&rsquo;avoir le d\u00e9sir de le revivre \u00e0 tout prix tel que nous l&rsquo;avons v\u00e9cu jadis ; ou de le repousser si sa r\u00e9surgence nous g\u00eane. Jamais les conditions d&rsquo;o\u00f9 il naquit autrefois ne se repro\u00adduiront, vouloir les renouveler serait manquer de sagesse.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Le vivant est spontan\u00e9it\u00e9, jeu d&rsquo;une cr\u00e9ation qui ne proc\u00e8de d&rsquo;aucune origine, d&rsquo;aucune fin, d&rsquo;aucun devenir ; il se manifeste sans corrompre les r\u00e9sultats de son action, car celle-ci n&rsquo;a pas de fin en soi et ne se limite \u00e0 aucun objet. L&rsquo;action r\u00e9elle, non seulement magnifie la vie, mais rend aussi t\u00e9moignage de l&rsquo;existant sans se soucier de poursuivre un but. L&rsquo;acte s&rsquo;int\u00e8gre au sein d&rsquo;une pl\u00e9nitude int\u00e9rieure qui rejoint cette valeur inexprimable de notre enfance. C&rsquo;est une action sans mobile qui nous d\u00e9livre de l&rsquo;illusion qu&rsquo;oc\u00adtroie tout d\u00e9sir de conqu\u00eate. Il n&rsquo;y a rien \u00e0 con\u00adqu\u00e9rir, et ce qui nous envahit comme une r\u00e9v\u00e9la\u00adtion n&rsquo;est que le retour de quelque chose qui ne demande pas \u00e0 \u00eatre atteint, car nous compre\u00adnons qu&rsquo;il nous avait toujours habit\u00e9s. Nous nous \u00e9veillons \u00e0 lui, nous savons qu&rsquo;il existe en nous, et si rien ne nous permet de le situer, nous le savons cependant pr\u00e9sent au c\u0153ur de la cr\u00e9ation ; et ainsi, d&rsquo;autant plus au c\u0153ur de tous les hommes, m\u00eame si la majorit\u00e9 de ceux-ci est endormie et lov\u00e9e dans l&rsquo;imbroglio de ses passions et de son ignorance. Cependant, un regain de calme dans le flux de nos pr\u00e9occupations passionnelles, peut nous inciter \u00e0 entendre l&rsquo;appel qui monte des profondeurs de notre \u00eatre, et souvent ce n&rsquo;est pas la logique ou la raison qui d\u00e9termine cette incli\u00adnation.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Cet appel de la voix maternelle, dont le g\u00e9\u00adnie s&rsquo;incarnait dans la certitude d&rsquo;une pr\u00e9sence g\u00e9ante, il n&rsquo;y avait rien dans le d\u00e9cor de nos pre\u00admi\u00e8res ann\u00e9es qui ne f\u00fbt baign\u00e9 de sa puissance. Elle \u00e9tait un oc\u00e9an de s\u00e9curit\u00e9 et d&rsquo;amour. M\u00eame l&rsquo;homme le plus alourdi par ses app\u00e9tits peut l&rsquo;entendre et en \u00e9prouver une d\u00e9chirante nos\u00adtalgie, comme si abruptement il d\u00e9couvrait l&rsquo;\u00e9ten\u00addue de sa mis\u00e8re. Le culte de la M\u00e8re que l&rsquo;on trouve dans la plupart de nos religions est un essai de r\u00e9ponse \u00e0 cette faim. Les m\u00e8res ont un pouvoir terrible sur leurs enfants qui en garde\u00adront les stigmates ind\u00e9l\u00e9biles tout au long de leur vie. Ce lien de chair, ce sang nourrissant qui \u00e9qui\u00adlibre (avant la premi\u00e8re angoisse de la venue au monde) la lente et silencieuse formation du f\u0153tus, la m\u00e8re en est l&rsquo;ordonnatrice et la pr\u00eatresse su\u00adpr\u00eame. Elle contient la vie, et elle a le pouvoir de la modeler avant de la donner. D\u00e8s que la souf\u00adfrance tient l&rsquo;homme sous sa loi et atteint son point culminant, l&rsquo;appel \u00e0 la m\u00e8re vient aux l\u00e8vres du patient ; c&rsquo;est le dernier refuge, le d\u00e9sir d&rsquo;un oubli secret dans la sereine inconscience du petit \u00eatre qu&rsquo;il fut autrefois, confi\u00e9 \u00e0 la tendre s\u00e9curit\u00e9 du giron maternel.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Mon souvenir le plus ancien n&rsquo;est presque pas une image, tant il est immerg\u00e9 dans les demi-limbes d&rsquo;un sentiment \u00e0 peine saisissable ; impres\u00adsion fugitive d&rsquo;un bien-\u00eatre intime fait de blanc et de rose, berceau de tendresse, mouvement \u00e0 peine esquiss\u00e9 que je suppose \u00eatre d&rsquo;\u00e9toffes clai\u00adres comme si toute ma vision du monde se r\u00e9sol\u00advait en un ciel de soie et de dentelles mouvantes. Je fausse d\u00e9j\u00e0 cette vision en essayant de la fixer dans une forme, car ce qui me s\u00e9duit en elle cha\u00adque fois que je tente de la renouveler, c&rsquo;est pr\u00e9ci\u00ads\u00e9ment une non-objectivation du r\u00e9el. Dans le milieu o\u00f9 je venais d&rsquo;ouvrir les yeux, peut-\u00eatre vivais-je d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 plus ou moins uniforme ; \u00e0 ma place au c\u0153ur d&rsquo;une cr\u00e9ation \u00e0 laquelle j&rsquo;appartenais enti\u00e8rement sans m&rsquo;opposer \u00e0 au\u00adcune de ses revendications. Dans ma qui\u00e8te incons\u00adcience je n&rsquo;\u00e9tais pas encore soumis aux tyranni\u00adques manifestations d&rsquo;un moi qui n&rsquo;allait pas tar\u00adder \u00e0 se former, et dont la fonction accumulative exigeait qu&rsquo;il se s\u00e9par\u00e2t des choses, afin de mieux les distinguer, \u2013 les marquer du sceau de la possession. \u00c0 moins de troubles exceptionnels, les premiers mois de la vie d&rsquo;un enfant sont d&rsquo;une nature particuli\u00e8rement privil\u00e9gi\u00e9e ; c&rsquo;est sans au\u00adcun doute le temps de notre vie o\u00f9 la souffrance est la moins intense ; o\u00f9 il suffit que nous ayons satisfait notre besoin de nourriture et de tendresse inconsciente, pour qu&rsquo;une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 repue nous garde dans le repos et la paix. Notre sommeil est un moite retour aux matrices originelles, aucune ambition ne nous meut, et nos d\u00e9sirs sont trop empreints de passivit\u00e9 animale pour que nous les distinguions. Le d\u00e9sir n&rsquo;est pas encore une id\u00e9e ; il est tout au plus une impulsion, et peu nous importe qu&rsquo;elle nous domine ou que nous la domi\u00adnions. L&rsquo;intellect ne tresse pas encore la m\u00e9moire affective dont l\u2019ego se sustentera. Nous sommes abandonn\u00e9s dans le vrai sens de ce mot, r\u00e9solu\u00adment abandonn\u00e9s au monde qui nous contient et que nous acceptons sans le savoir. Dans cette con\u00addition, nous pouvons aussi bien \u00eatre d\u00e9vor\u00e9s par une louve que nourris par elle. Quelle impor\u00adtance ! qu&rsquo;une de ces deux solutions soit pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e \u00e0 l&rsquo;autre, ne sommes-nous pas dans le domaine de l&rsquo;indiff\u00e9renci\u00e9 ? Ne sommes-nous pas au centre de l&rsquo;univers dans l&rsquo;instant m\u00eame qui nourrit la louve et l&rsquo;enfant ? L&rsquo;image du destin qui plus tard habillera notre moi n&rsquo;est pas encore \u00e0 demeure en nous, Que nous vivions ou que nous dispa\u00adraissions, n&rsquo;indique qu&rsquo;un d\u00e9placement d&rsquo;\u00e9quili\u00adbre, qu&rsquo;un transfert de force au-del\u00e0 de toute individuation, au-del\u00e0 de tout bien et de tout mal et de cette sensiblerie qui n&rsquo;est que d\u00e9sir pusilla\u00adnime de nous garder saufs, malgr\u00e9 l&rsquo;\u00e9vidence des formes p\u00e9rissables. Qui peut reprocher \u00e0 une louve de manger \u00e0 sa faim ? Qui peut trouver anormal que l&rsquo;homme ob\u00e9isse \u00e0 l&rsquo;imp\u00e9rieuse n\u00e9cessit\u00e9 de se nourrir ? N&rsquo;est-ce point folie que de vouloir vivre en dehors de notre condition humaine ? Et pourtant nous en faisons d\u00e9j\u00e0 des probl\u00e8mes, nous nous d\u00e9lectons de toutes nos complexions, avec d\u00e9lice nous prenons position pour ceci ou pour cela !&#8230; Il nous importe sur\u00adtout d&rsquo;\u00eatre quelque chose en \u00e9vitant avec pru\u00addence de nous arr\u00eater \u00e0 la connaissance de ce que nous sommes r\u00e9ellement, car l&rsquo;illusion est notre chim\u00e8re bien-aim\u00e9e, notre soutien, notre compen\u00adsation ch\u00e9rie.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">L&rsquo;enfant qui vient de na\u00eetre, lui, n&rsquo;est RIEN ; il n&rsquo;est pas encore imbriqu\u00e9 dans notre monde fantastique de l&rsquo;\u00eatre et du non-\u00eatre, aucun tour\u00adment moral, aucun refoulement ne le contractent sur lui-m\u00eame, d\u00fbt-il na\u00eetre avec ce que l&rsquo;on appelle une h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 charg\u00e9e. Il est l\u00e0, merveilleusement abandonn\u00e9 \u00e0 notre pauvre pouvoir d&rsquo;adulte. Il peut donner souffrance si nous le perdons, \u2013 car de sa pr\u00e9sence nous en avions fait notre bien\u00a0; mais il ne sera que retourn\u00e9 au sein du grand jeu universel envers lequel aucun pouvoir n&rsquo;existe, si ce n&rsquo;est celui que de s&rsquo;y donner enti\u00e8rement. Peut-\u00eatre est-ce l\u00e0 tout le secret de la beaut\u00e9 de l&rsquo;enfant.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Je revois mes premiers souvenirs comme s&rsquo;ils avaient \u00e9t\u00e9 v\u00e9cus dans une autre vie, tant leur contenu m&rsquo;appara\u00eet lointain et presque irr\u00e9el. J&rsquo;y distingue difficilement le r\u00eave de la r\u00e9alit\u00e9, d&rsquo;ail\u00adleurs le r\u00eave est souvent plus pr\u00e8s du r\u00e9el que ne l&rsquo;est l&rsquo;\u00e9tat de veille. \u00c0 vrai dire, il ne s&rsquo;est pass\u00e9 dans cette p\u00e9riode de mon enfance aucun \u00e9v\u00e9ne\u00adment particulier, je la vois comme une simple fresque, tranquille et paisible, qui occupe l&rsquo;ar\u00adri\u00e8re-plan de ma m\u00e9moire. C&rsquo;est en vain que j&rsquo;y chercherais une grande peur, ou une angoisse devant l&rsquo;inconnu comme il est courant de la rencontrer chez un enfant de trois ans ; non que je n&rsquo;eusse pas d\u00e9j\u00e0 connu la peur, mais celle-ci devait \u00eatre si admirablement compens\u00e9e que je n&rsquo;en trouve aucune trace dans les divers faits dont je me souvienne. Je suis touch\u00e9 par l&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 d&rsquo;une gr\u00e2ce dont je sens qu&rsquo;elle fut totale, et que seul un petit enfant ou un sage peut pressentir, sinon vivre. Nous devons nous mettre \u00e0 la place de l&rsquo;enfant, pour qui tout va de soi et ne saurait \u00eatre mis en question, pour comprendre ce monde fabuleux. De ce monde, j&rsquo;en savoure la tonalit\u00e9 sans emphase, si justement \u00e9quilibr\u00e9e, que je n&rsquo;ai que faire de ce dernier mot. Les odeurs, les cou\u00adleurs, les sons, me p\u00e9n\u00e9traient sans que l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;y r\u00e9sister puisse me circonvenir. Bien plus tard, souvent je reconnaissais dans l&rsquo;odeur d&rsquo;un feu de chemin\u00e9e ou dans l&rsquo;\u00e9gr\u00e8nement d&rsquo;une cloche solitaire, le rappel de ces temps heureux, chaque<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">fois, je red\u00e9couvrais une tendresse lumineuse et tranquille. Ce leitmotiv de la joie fut au long de ma vie mon soutien le plus intime, mon acte de foi. Puisque cela avait \u00e9t\u00e9 et m&rsquo;illuminait encore malgr\u00e9 les cicatrices qui ensuite sillonn\u00e8rent ma condition d&rsquo;adulte, je me trouvais donc devant un \u00e9tat de r\u00e9v\u00e9lation dont je ne pouvais ignorer la pr\u00e9sence. R\u00e9v\u00e9lation \u00e0 laquelle jadis j&rsquo;\u00e9tais enti\u00e8\u00adrement abandonn\u00e9, et je sais que la souffrance d&rsquo;aujourd&rsquo;hui est n\u00e9e de la r\u00e9sistance \u00e0 cet aban\u00addon. J&rsquo;entends, malgr\u00e9 le brouillard du temps, les voix de ceux qui m&rsquo;ont nourri de leur tendresse ou que j&rsquo;ai aim\u00e9s ; elles ne se sont jamais tues ces voix \u00e9trangement ch\u00e9ries, je continue de les entendre, si \u00e9touff\u00e9es, si terriblement \u00e9loign\u00e9es soient-elles. Elles sont mon viatique, je n&rsquo;ai qu&rsquo;\u00e0 fermer les yeux pour que mon c\u0153ur les \u00e9coute et que ma vie s&rsquo;\u00e9claire de ce qu&rsquo;elles m&rsquo;ont donn\u00e9, je retrouve cet enfant, nous refaisons connais\u00adsance. Je sais que je ne suis plus semblable \u00e0 ce qu&rsquo;il \u00e9tait alors, mais quelque chose nous unit que je ne saurais traduire en aucun mot. C&rsquo;est un po\u00adtentiel de cr\u00e9ation qui me fait \u00e9crire ces lignes o\u00f9 ce quelque chose est singuli\u00e8rement illimit\u00e9, reli\u00e9 \u00e0 tout ce qui existe ; et si l&rsquo;enfant d&rsquo;autre\u00adfois est pr\u00e9sent, tous les enfants de notre terre le sont aussi, qu&rsquo;ils soient vivants ou morts.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Pendant une longue et triste p\u00e9riode, je l&rsquo;avais quelque peu oubli\u00e9, ou tout au moins je ne m&rsquo;en souvenais qu&rsquo;en surface sans trop lui pr\u00eater atten\u00adtion, bien qu&rsquo;il n&rsquo;ait jamais cess\u00e9 de me sourire et de m&rsquo;appeler ; mais je ne l&rsquo;entendais pas, le monde de violence et de sensation dans lequel j&rsquo;\u00e9tais pris m&#8217;emp\u00eachait de l&rsquo;entendre ; et voici, le temps s&rsquo;est effac\u00e9, une collaboration est n\u00e9e entre nous, un d\u00e9nominateur commun nous oriente, nous savons qu&rsquo;il est au c\u0153ur de ce tout auquel nous appartenons ; toute s\u00e9paration est d\u00e9sormais r\u00e9volue. Notre vie br\u00fble dans ce ciel d&rsquo;autrefois qui est aussi notre ciel d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Nous ne poursuivons plus le temps, il n&rsquo;y a pas deux ciels.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Nous participons \u00e0 mille et un jeux : pluie mul\u00adticolore des formes, des dieux, des hommes, de la vie, de la mort ; mais lorsque tout s&rsquo;apaise aux sources de la paix, une force indicible nous lib\u00e8re de tous les jeux. Nous pressentons un accomplis\u00adsement o\u00f9 tout ce qui est, tout ce qui fut, et tout ce qui sera, dispara\u00eet dans le grand ciel de v\u00e9rit\u00e9. Peut-\u00eatre est-ce cela \u00eatre libre. Certes, nous ne nions pas que la nature humaine soit une des composantes du jeu, qu&rsquo;elle est conditionn\u00e9e dans son mouvement par l&rsquo;imp\u00e9rieuse pr\u00e9sence des formes ; mais nous savons aussi que nous ne pouvons plus<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">juger de notre \u00eatre selon le principe lin\u00e9aire de notre nature biologique. \u00ab Je est un autre \u00bb, disait Arthur Rimbaud, dont le drame nous arrache \u00e0 l&rsquo;hypnose du faux confort de notre entit\u00e9 humaine situ\u00e9e dans un espace-temps d\u00e9termin\u00e9. Cet \u00ab au\u00adtre \u00bb, c&rsquo;est l&rsquo;annonciation que notre moi peut \u00eatre d\u00e9pass\u00e9, c&rsquo;est la perception en jet de lumi\u00e8re, que ce monde imm\u00e9diat des apparences dans lequel nous vivons, n&rsquo;offre qu&rsquo;une seule facette de la r\u00e9alit\u00e9. Nous savons aussi que nous sommes autre chose que cet amas de d\u00e9sirs et de passions dont l&rsquo;envahissante chronique meuble tous les faits et gestes de notre esp\u00e8ce ; autre chose, dont la vision \u00e9claire cet enfant de jadis pour qui les yeux se suffisaient \u00e0 eux-m\u00eames. L&rsquo;existant n&rsquo;\u00e9tait pas pourchass\u00e9 selon un d\u00e9sir particulier, rien ne nous isolait de sa pr\u00e9sence et nous \u00e9tions vivants au sein de son action. Cette acceptation permet\u00adtait une interp\u00e9n\u00e9tration au c\u0153ur des multiples apparences du r\u00e9el ; en lui se manifestait le jeu de vivre sans qu&rsquo;aucune s\u00e9gr\u00e9gation ne vienne heurter la tendresse unitive qui maintenait encore l&rsquo;enfant au berceau du monde, \u2013 comme le soleil s&rsquo;unit \u00e0 la fleur.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Ne souriez pas si je dis que ce village est pour moi d&rsquo;une substance savoureuse, et comprenez que je ne le puisse d\u00e9crire. Toute description ne peut qu&rsquo;alt\u00e9rer cette saveur. Je le porte dans l&rsquo;in\u00adtimit\u00e9 de mes r\u00eaves, il en est souvent le miel sacr\u00e9, un haut lieu de ma prime enfance, le premier dont je me souvienne. Peut-on demander \u00e0 un enfant de trois ans de d\u00e9crire un village o\u00f9 il fut parti\u00adculi\u00e8rement heureux ? Il ne comprendrait pas la n\u00e9cessit\u00e9 de notre pr\u00e9occupation. Pourquoi ? nous demanderait-il de sa voix claire ; et que pourrions-nous lui r\u00e9pondre qui ne soit l&rsquo;expres\u00adsion de notre confusion ? Non, je ne veux pas trahir cet enfant retrouv\u00e9. L&rsquo;ignoriez-vous ? Tant qu&rsquo;un enfant n&rsquo;est pas en souci d&rsquo;imiter les adul\u00adtes, il garde son secret, un secret innocent de lui-m\u00eame, une lumi\u00e8re qui ne se soucie pas de savoir ce qu&rsquo;elle est mais dont l&rsquo;existence \u00e9pouse la beaut\u00e9 de la fleur. Un secret bien vite enfoui sous les accumulations d&rsquo;un moi abusif, et l&rsquo;on ne trouvera plus tard, bien plus tard, que quelques po\u00e8tes pour poser de m\u00e9lancoliques questions \u00e0 son sujet.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Si je vous d\u00e9crivais ce village, je repousserais le secret de cet enfant. Ce lieu, je m&rsquo;interdirai m\u00eame de le situer g\u00e9ographiquement afin de ne pas vous \u00e9garer. Sa pr\u00e9sence est presque un mirage, il faut une patience monacale pour l&rsquo;ap\u00adprocher, pour qu&rsquo;il vienne et s&rsquo;\u00e9claire devant mon c\u0153ur en \u00e9veil. Parfois, la note subtile que<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">j&rsquo;attendais, s&rsquo;en d\u00e9tache, s&rsquo;isole et vient jusqu&rsquo;\u00e0 moi. Je la re\u00e7ois comme un oiseau de la gr\u00e2ce dans le creux de ma main ouverte et abandonn\u00e9e. Immobile, je l&rsquo;entoure de mon silence, sa pr\u00e9\u00adsence me br\u00fble ! Bient\u00f4t, ce sera une autre note, que j&rsquo;attendrai avec la m\u00eame patience. Peu \u00e0 peu ce village d&rsquo;\u00e9trange tendresse prend place dans la symphonie qui l&rsquo;attend. A-t-on jamais vu un village avec une telle gravit\u00e9 ? Quel \u00e9tait donc l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment qui soulevait la pu\u00e9rile vision d&rsquo;un enfant jusqu&rsquo;au plain-chant de la joie ; si ce n&rsquo;\u00e9tait cette force neuve qu&rsquo;aucune m\u00e9moire n&rsquo;avait nourrie, cette p\u00e9tulance vierge o\u00f9 le ciel se mirait sans trouble, cette ardeur de vivre que la connaissance de la mort n&rsquo;avait pas encore bless\u00e9e !&#8230; Ce village n&rsquo;est que le symbole d&rsquo;une fra\u00eecheur de perception, en lui-m\u00eame il n&rsquo;est rien,. c&rsquo;est parce qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 vu par un enfant qu&rsquo;il prend ici son relief.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Quarante-huit ans me s\u00e9parent de ces premiers souvenirs, ann\u00e9es o\u00f9 je n&rsquo;ai revu ce village que trois fois ; mais les froides photographies qui se grav\u00e8rent en moi par la suite sont si \u00e9trang\u00e8res \u00e0 ma premi\u00e8re vision, que je pourrais m&rsquo;enqu\u00e9rir si c&rsquo;est bien l\u00e0 le m\u00eame village. En fait, ce n&rsquo;est pas le m\u00eame village. Il est aujourd&rsquo;hui diff\u00e9rent de ce qu&rsquo;il \u00e9tait autrefois, comme ma perception serait nouvelle si je devais le revoir ; et si main\u00adtenant je d\u00e9sire qu&rsquo;il renaisse tel que je l&rsquo;ai connu, ce ne sera jamais le village de mon enfance qui surgira dans ma m\u00e9moire, mais celui qui na\u00eetra de l&rsquo;accord entre l&rsquo;enfant que j&rsquo;\u00e9tais et l&rsquo;adulte que je suis. D\u00e8s qu&rsquo;un souvenir se cristallise autour d&rsquo;une image, il meurt. Ce qui compte ce n&rsquo;est pas tant la fra\u00eecheur de perception de nos premi\u00e8res ann\u00e9es, mais celle qui passe en cet instant pr\u00e9cis. On ne peut parler d&rsquo;un pass\u00e9 sans que celui-ci ne se recr\u00e9e dans le pr\u00e9sent. La vie ne se manifeste que dans un jaillissement continu. En d\u00e9finitive, les notions que nous avons du pass\u00e9 et de l&rsquo;avenir ne sont que des abstractions voulues par notre d\u00e9sir de dur\u00e9e.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">L&rsquo;image est semblable au fleuve d&rsquo;H\u00e9raclite, mille fois recommenc\u00e9e, mille fois diff\u00e9rente \u00e0 l&rsquo;infini. Richesse bouleversante, l&rsquo;image nous happe, nous tient dans sa f\u00e9erie ou dans son horreur ; elle porte dans son int\u00e9riorit\u00e9 les mul\u00adtiples visages de sa propre r\u00e9demption. L&rsquo;image purifi\u00e9e est une image que nous aurons lib\u00e9r\u00e9e de nos affects, non pas d\u00e9sensibilis\u00e9e, mais d\u00e9li\u00advr\u00e9e des sensations cristallisatrices, qui en nous, tentent de l&rsquo;enrouler autour d&rsquo;elle-m\u00eame aux d\u00e9pens de son renouvellement vital. C&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 fausser une image que de la classer : subjective<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">ou objective. Une image n&rsquo;est pas s\u00e9par\u00e9e de l&rsquo;univers ; c&rsquo;est nous qui l&rsquo;isolons arbitrairement pour nous complaire en elle, \u00e0 moins que ce ne soit pour l&rsquo;abstraire et nous prot\u00e9ger de sa pos\u00adsible nocivit\u00e9. Deux extr\u00eames qui ne pourront que troubler et quelquefois bloquer l&rsquo;image jus\u00adqu&rsquo;au pathos obsessionnel. L&rsquo;image la plus pauvre de notre imagination garde au plus secret d&rsquo;elle-m\u00eame ce filigrane intime qui la maintient dans le mouvement de sa propre transcendance. Une pomme de C\u00e9zanne nous surprend plus par sa pr\u00e9sence d&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 que par l&rsquo;expression de sa valeur comestible. Plus une image appelle la sen\u00adsation, plus elle est vulgaire, plus elle se cristallise et finit par se st\u00e9r\u00e9otyper dans le chromo.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Quelque image que nous regardions, tout \u00e0 coup, ce n&rsquo;est plus le m\u00eame sapin, le m\u00eame \u00e9tang, la m\u00eame fourmi. Quelque chose semble s&rsquo;y ajouter<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">que l&rsquo;on d\u00e9couvre subitement, \u2013 un voile vient de se lever. Notre notion habituelle de temps se transforme ; nous ne voyons plus le sapin comme une manifestation de vie organique dans un temps limit\u00e9, nous le voyons au-del\u00e0 de sa forme appa\u00adrente, il rejoint dans l&rsquo;infini le tout qui le con\u00adtient et dont on ne peut plus l&rsquo;abstraire. Il en acquiert un regain de r\u00e9alit\u00e9 dans notre esprit et une plus forte r\u00e9sonance dans notre \u00e2me. Nous percevons, en une ferveur joyeuse, que nous ne sommes pas s\u00e9par\u00e9s de lui, qu&rsquo;une fraternit\u00e9 complexe et profonde nous unit \u00e0 sa pr\u00e9sence, \u2013 c&rsquo;est la fra\u00eecheur du premier regard. L&rsquo;univers aupa\u00adravant n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une bo\u00eete ferm\u00e9e dont les angles nous tenaient lieu de r\u00e9alit\u00e9. Maintenant, ce qui a surgi est indicible : un monde purifi\u00e9 de fron\u00adti\u00e8res vient de na\u00eetre.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Aucun mot ne peut nous donner cela. Tous les mots ne sont que des approximations. Notre or\u00adgueil est de vouloir op\u00e9rer un choix parmi eux, \u2013 nous ignorons qu&rsquo;ils nous choisissent !&#8230; Dans le po\u00e8me authentique, le mot n&rsquo;est jamais choisi, il surgit au sein d&rsquo;une signification qui le d\u00e9passe. Il est surpris, presque honteux de lui-m\u00eame, il n&rsquo;est qu&rsquo;un instrument. Derri\u00e8re lui, il y a le verbe, o\u00f9 le mouvement et l&rsquo;expression sont unis en une seule gerbe que le mot ne peut embrasser. Peut-\u00eatre la po\u00e9sie n&rsquo;est-elle qu&rsquo;un dernier atta\u00adchement ; ce qui impliquerait paradoxalement que le souci de la forme pour le po\u00e8te serait son dernier obstacle avant qu&rsquo;il ne parvienne au po\u00e8me pur, \u00e0 la vie pleine, non morcel\u00e9e.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Mais alors ! le fait d&rsquo;\u00e9crire un po\u00e8me, ou ce livre, n&rsquo;est-ce pas d\u00e9j\u00e0 les condamner ? Oui, sans conteste. Les grands po\u00e8tes et les proph\u00e8tes des<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">temps antiques le savaient. Ils ne ternissaient pas la vie qui jaillissait d&rsquo;eux en la momifiant dans l&rsquo;\u00e9criture, et si des textes nous furent transmis, souvent ce ne le fut que par la pi\u00e9t\u00e9 agissante de quelques disciples. Cependant, on peut consid\u00e9rer que l&rsquo;\u00e9criture est une n\u00e9cessit\u00e9 technique pour communiquer avec nos semblables, mais il s&rsquo;im\u00adpose que nous regardions ce mode d&rsquo;expression \u00e0 sa juste valeur, que nous comprenions qu&rsquo;il n&rsquo;est qu&rsquo;un cimeti\u00e8re de symboles fig\u00e9s. L&rsquo;odeur qui r\u00e8gne dans les grandes biblioth\u00e8ques rappelle les mus\u00e9es d&rsquo;histoire naturelle ; toute cette pens\u00e9e en conserve nous serre le c\u0153ur. On voudrait que dans ces salles o\u00f9 domine l&rsquo;effluve du ph\u00e9nol, pass\u00e2t de temps \u00e0 autre un enfant turbulent com\u00adme un torrent pr\u00e8s de sa source. Bien entendu, entre la vie momifi\u00e9e dans des livres et l&rsquo;homme qui les consulte, peut s&rsquo;\u00e9tablir une relation, un appel peut se faire entendre, s&rsquo;exprimer dans la vie par la vie, les symboles recr\u00e9\u00e9s au travers d&rsquo;un nouveau crible ; en d\u00e9finitive, ces derniers ne peuvent vivre qu&rsquo;en mourant constamment \u00e0 eux-m\u00eames.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">N&rsquo;accordons jamais \u00e0 un mot un sens absolu. Un mot, malgr\u00e9 la somme d&rsquo;affects qui l&rsquo;entoure, ne sera qu&rsquo;un artifice de ce qu&rsquo;il veut d\u00e9signer. Aussi l&rsquo;analyse psychologique d&rsquo;un mot d\u00e9passe-t-elle sans cesse le contenu de celui-ci, et dans une certaine mesure le d\u00e9truit. Ce qui est, se trouve ind\u00e9fectiblement hors des limites d&rsquo;un mot. Les mots ne peuvent exister que dans la relative suc\u00adcession qui les r\u00e9v\u00e8le \u00e0 chaque instant. Ils coexistent tout en se d\u00e9passant. Ils sont une danse. Seul le po\u00e8me spontan\u00e9 (toute po\u00e9sie authentique d&rsquo;ail\u00adleurs est spontan\u00e9e, c&rsquo;est-\u00e0-dire non analytique), peut les lib\u00e9rer de leurs tendances \u00e0 s&rsquo;agglom\u00e9rer autour d&rsquo;une id\u00e9e. Un mot isol\u00e9, abandonn\u00e9 \u00e0 sa dogmatique, ne peut \u00eatre qu&rsquo;un mot sans contenu r\u00e9el, un mot mort. D\u00e8s que nous nous accrochons \u00e0 un mot, nous nous d\u00e9truisons avec lui. Nous nous scl\u00e9rosons dans une croyance. Nous arr\u00eatons la vie, nous lui enlevons son \u00e9ternelle nourriture de v\u00e9rit\u00e9. Donc, nous ne devons jamais nous achopper \u00e0 un mot, mais consid\u00e9rer sans r\u00e9pit dans notre esprit, ce qui le d\u00e9passe.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Pour concr\u00e9tiser cette pens\u00e9e, prenons un exem\u00adple. Prenons le mot : Pri\u00e8re. Un homme, en se soumettant \u00e0 une \u00ab volont\u00e9 \u00bb qu&rsquo;il appelle divine, peut \u00eatre si absorb\u00e9 par l&rsquo;acte de prier, que par\u00adfois il en perd la notion de son moi. Selon une exp\u00e9rience mystique classique, il se perd en Dieu. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;absorption n&rsquo;est donc plus un dialogue entre Dieu et sa cr\u00e9ature, ou une simple requ\u00eate de cette derni\u00e8re. Nous devons alors bien admettre que le mot pri\u00e8re est d\u00e9pass\u00e9 dans son explication au profit d&rsquo;une valeur qui exigera un autre vocable, qui \u00e0 son tour se corrompra, et ainsi de suite. Le d\u00e9sir de s&rsquo;arr\u00eater \u00e0 un mot n&rsquo;est pas autre chose qu&rsquo;une peur, qu&rsquo;un besoin de s\u00e9curit\u00e9. L&rsquo;homme pr\u00e9f\u00e8re exploiter l&rsquo;affect qu&rsquo;il identifie \u00e0 un mot, afin de se sentir vivre en fonc\u00adtion d&rsquo;une sensation, plut\u00f4t que de se perdre hors de son cher moi. Les mots ont une force s\u00e9gr\u00e9gative dont les hommes nourrissent leur illusoire volont\u00e9 de puissance. \u00catre pour ou contre quoi que ce soit, voil\u00e0 la grande affaire qui les main\u00adtient dans le cycle des antagonismes, se liant ainsi dans leurs passions aux roues de la douleur et du plaisir hors de toute vraie libert\u00e9.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Si nous ne d\u00e9passons pas un mot sit\u00f4t que nous l&rsquo;avons prononc\u00e9, il se vide de la vie dont il est le symbole ; il n&rsquo;est plus qu&rsquo;un instrument sans \u00e2me qui se meurt. Un mot vivant est un mot qui se nie. Ce que l&rsquo;on nomme l&rsquo;inspiration n&rsquo;est pas autre chose que des mots qui se transmuent en d&rsquo;autres mots, sans effort. Ce non-effort est la marque de l&rsquo;authenticit\u00e9 d&rsquo;un univers dont ils sont le reflet. Nous avons une trop \u00e9vidente satis\u00adfaction \u00e0 nous projeter dans les termes. La v\u00e9rit\u00e9 est en poche !&#8230; Le devoir est accompli, et hardi ! donc, nous voil\u00e0 trop facilement satisfaits. Ayons le courage de nous dire qu&rsquo;aucun mot ne nous d\u00e9termine ; les mots ne sont que symboles. Ils sont n\u00e9cessaires, mais ne nous sont vraiment uti\u00adles que d\u00e9pouill\u00e9s des app\u00e9tits que nous accro\u00adchons \u00e0 leur signification. Nous serions \u00e9tonn\u00e9s de la synonymie qui relie tous les mots si nous avions simplement le courage de les voir tels qu&rsquo;ils sont (des \u00e0 peu pr\u00e8s, rien de plus) si au lieu de nous identifier continuellement \u00e0 eux, nous nous placions dans le silence qui les d\u00e9passe ; les r\u00e9sul\u00adtats en seraient surprenants, car aucun mot n&rsquo;\u00e9tant alors absolu, aucune id\u00e9e ne le serait.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Nommer, c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 situer quelque chose dans le miroir de notre \u00eatre. Prononcer les mots de r\u00e9el ou de Dieu, c&rsquo;est construire des abstractions o\u00f9 s&rsquo;\u00e9laborent les entit\u00e9s du moi et du non-moi. Aucun mot n&rsquo;exprime la v\u00e9rit\u00e9, la v\u00e9rit\u00e9 n&rsquo;\u00e9tant exprimable par aucun artifice. Quoi que nous fassions, presque toujours nous nommons en ob\u00e9issant \u00e0 un d\u00e9sir d&rsquo;identification. Nous pr\u00e9\u00adf\u00e9rons \u00eatre en situation dans le monde des solides sur lequel nous avons prise, plut\u00f4t que de n&rsquo;\u00eatre rien. Ce qui nous pousse \u00e0 conna\u00eetre en nommant, c&rsquo;est l&rsquo;angoisse.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Lorsque l&rsquo;enfant commence \u00e0 nommer les cho\u00adses, il \u00e9labore les pr\u00e9mices de son moi. Il d\u00e9couvre<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">qu&rsquo;il existe en situant les objets et en se distin\u00adguant d&rsquo;eux. Voil\u00e0 comment d\u00e9bute le p\u00e9riple des identifications et de toutes les peurs. Les mots naissent avec leur charge affective. Le moi est form\u00e9 par la peur, c&rsquo;est un jeu \u00e9tonnant en v\u00e9rit\u00e9 qu&rsquo;il faille prendre conscience de son moi avant de le d\u00e9passer, \u00e0 savoir encore qu&rsquo;il se d\u00e9passe !&#8230; Cependant le mot chez l&rsquo;enfant garde une \u00e9mou\u00advante fra\u00eecheur, il est si directement reli\u00e9 \u00e0 la vie instinctive qu&rsquo;il \u00e9pouse de cette derni\u00e8re la beaut\u00e9 animale. C&rsquo;est plus tard que le mot se corrompt, qu&rsquo;il s&rsquo;intellectualise, qu&rsquo;il devient morne r\u00e9p\u00e9tition de la m\u00e9moire, s\u00e8che nomenclature sans contenu, \u2013 ce qui ne signifie pas qu&rsquo;il soit d\u00e9nu\u00e9 d&rsquo;affect, mais il ne r\u00e9pond plus, c&rsquo;est un mot qui va mourir, qui est las, secr\u00e9tant l&rsquo;en\u00adnui. Chez l&rsquo;enfant, le mot existe en fonction d&rsquo;une ad\u00e9quacit\u00e9 \u00e0 la vie. L&rsquo;enfant est un \u00eatre qui vient \u00e0 peine de surgir du cosmos informul\u00e9 dont il est encore tout impr\u00e9gn\u00e9 ; ce qui donne \u00e0 ses pre\u00admiers balbutiements une saveur qui nous remue au plus profond de notre prison de vieux crabe adulte.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Le temps est une griffe qui d\u00e9chire tout ce qui a go\u00fbt d&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. Aujourd&rsquo;hui, je ne suis plus que le r\u00e9cipient obscur dans lequel s&rsquo;illuminait jadis une f\u00e9erie. Cette f\u00e9erie, je sais que le seul souvenir ne suffit pas \u00e0 la faire rena\u00eetre. Je ne cher\u00adcherai donc aucune image dans les d\u00e9dales de ma m\u00e9moire, \u00e0 moins qu&rsquo;elle ne soit donn\u00e9e, imm\u00e9diate, c&rsquo;est-\u00e0-dire non guett\u00e9e, \u2013 renouvel\u00e9e dans la trame intime d&rsquo;une vision que le temps n&#8217;empri\u00adsonne pas.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Je suis pos\u00e9 l\u00e0, comme un objet lourd et tenace, vivant presque en marge de mon si\u00e8cle dans une soci\u00e9t\u00e9 qui m&rsquo;ulc\u00e8re tant je souffre de son man\u00adque d&rsquo;amour. Pourtant le groupe social dans lequel s&rsquo;\u00e9panouissait cette enfance \u00e9tait tout aussi avide que celui auquel j&rsquo;appartiens aujourd&rsquo;hui et de ce fait, je d\u00e9couvre ceci ; je prends cons\u00adcience que ce manque d&rsquo;amour n&rsquo;existe que dans la mesure o\u00f9, par l&rsquo;effet d&rsquo;une discrimination provoqu\u00e9e par cette m\u00eame avidit\u00e9, je me suis mis en \u00e9tat d&rsquo;\u00eatre avide ! Je ne d\u00e9sire l&rsquo;amour qu&rsquo;au profit de mon d\u00e9sir. Ce n&rsquo;est point l&rsquo;amour. L&rsquo;amour ne peut exister dans sa pl\u00e9nitude que dans un non-choix. La coexistence de l&rsquo;amour et de la haine est un non-sens.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Qu&rsquo;est-ce donc qui se pourrit en moi et main\u00adtient vivace ma souffrance comme un sombre sacrifice dont je ne puis \u00e9viter le myst\u00e8re ? Pour\u00adquoi tendrai-je \u00e0 percer ce myst\u00e8re ? Dois-je aboutir \u00e0 quelque chose ? Vais-je de nouveau me per\u00addre aux confins de mille d\u00e9sirs ? Cependant, qu&rsquo;est-ce qui m&rsquo;arr\u00eate et tourne autour de mon c\u0153ur comme un oiseau sacr\u00e9 ? Cet oiseau de silence veut-il m&rsquo;avertir, afin que je ne laisse \u00e9chapper aucun mot de ma qu\u00eate, que je ne ter\u00adnisse point cela qui me tient immobile ? Veut-il me dire qu&rsquo;en cela pr\u00e9cis\u00e9ment rien ne change ? Un grand vent d&rsquo;acceptation me submerge, je vois l&rsquo;homme que je suis dans ce qu&rsquo;il est, dans ce qu&rsquo;il fut, dans ce qu&rsquo;il sera dans la vie et dans la mort, \u2013 homme \u00e0 qui importent peu ces cat\u00e9gories, il sait qu&rsquo;aucune ne le r\u00e9v\u00e8le dans sa nature propre. N&rsquo;est-ce point recevoir l&#8217;empreinte d&rsquo;un Dieu secret ? N&rsquo;est-ce point sentir le sceau imprim\u00e9 dans ma chair, d&rsquo;une force qui me projette hors du temps dans l&rsquo;immobile pr\u00e9sence de mon indicible r\u00e9alit\u00e9, comme un gouffre au bord d&rsquo;un gouffre ? Un vertige qui ne m&rsquo;appartient pas en propre et qui me guide hors de moi-m\u00eame en d\u00e9pit de mes fixations ? Cela agit en moi presque \u00e0 mon insu, et il ne saurait \u00eatre question de m&rsquo;en d\u00e9faire ; \u00e0 l&rsquo;\u00e9gal de ma souffrance je m&rsquo;y abandonne. Ce n&rsquo;est pas un acte volontaire, c&rsquo;est la d\u00e9couverte d&rsquo;une \u00e9vidence, une d\u00e9cantation de plus en plus subtile de tout ce qui me tirait en bas, c&rsquo;est une cruci\u00adfixion de la dur\u00e9e ; une urgence pour laquelle on voudrait prier, mais prier qui ? Il n&rsquo;y a rien \u00e0 prier !&#8230; La tendresse unit l&rsquo;aim\u00e9 \u00e0 celui qui aime sans que l&rsquo;un ne se distingue de l&rsquo;autre.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Au temps lointain de cette enfance, je ne priais pas, et pourtant tout m&rsquo;\u00e9tait donn\u00e9. Rien n&rsquo;\u00e9tait demand\u00e9 \u00e0 ce royaume de lumi\u00e8re dont je sens encore en moi le calme et la force infuse. De ce royaume j&rsquo;\u00e9tais le prince innocent, le d\u00e9miurge enfant pour qui tout vient de na\u00eetre \u00e0 chaque<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">instant, \u2013 sans d&rsquo;ailleurs qu&rsquo;il s&rsquo;en souci\u00e2t. \u00c0 chaque pas se levait un flot d&rsquo;images, sit\u00f4t lev\u00e9es, sit\u00f4t d\u00e9faites \u2013 aucune d&rsquo;elles ne cherchant \u00e0 pr\u00e9valoir sur l&rsquo;autre. Tout \u00e9tait accept\u00e9. Chaque chose avait une bonne odeur de b\u00eate sauvage, et accomplissait docilement son destin sans \u00eatre s\u00e9par\u00e9e d&rsquo;un \u00ab Principe Premier \u00bb dont elle se sentait inconsciemment en m\u00eame temps cr\u00e9ature et cr\u00e9atrice. Le canevas des relations n&rsquo;avait pas la duret\u00e9 de ce monde d&rsquo;angles et d&rsquo;agressions qui ensuite fut si longtemps mon hypnose majeure. Aucun \u00e9change ne pr\u00e9sidait \u00e0 l&rsquo;\u00e9change ; alter\u00adnativement, presque sans transition, les larmes succ\u00e9daient aux rires avec la capricieuse douceur d&rsquo;un jour d&rsquo;avril dont on ne sait trop bien si l&rsquo;on doit en aimer les nuages ou les ond\u00e9es, les bleus tendres, ou les rayons primesautiers et malicieux de notre vieux et bon soleil qui rayonne en plein ciel. Chaque action \u00e9tait neuve, aim\u00e9e pour elle-m\u00eame, je ne cherchais pas \u00e0 la garder comme un avare garde son tr\u00e9sor. Rien n&rsquo;appartenait \u00e0 rien, et tout appartenait \u00e0 tout. Le d\u00e9sir d&rsquo;\u00eatre ne m&#8217;em\u00adportait pas dans l&rsquo;enfer de son devenir. La vie \u00e9tait une harpe, o\u00f9 le musicien, l&rsquo;instrument, et l&rsquo;harmonie qui en fusait, formaient une seule et unique r\u00e9alit\u00e9.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Je suis tent\u00e9 de d\u00e9finir le fait d&rsquo;\u00eatre adulte, comme l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;envo\u00fbtement d&rsquo;une action ; c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;elle nous affecte, qu&rsquo;elle nous empri\u00adsonne dans la r\u00e9alisation de son but. Notre soif de poss\u00e9der veut voir en chaque action une utilisa\u00adtion absolue, nous n&rsquo;imaginons pas qu&rsquo;elle puisse servir \u00e0 autre chose qu&rsquo;\u00e0 la satisfaction de nos d\u00e9sirs les plus imm\u00e9diats. Il est commun pour l&rsquo;homme qu&rsquo;il cherche \u00e0 isoler chacun de ses actes, qu&rsquo;il cherche \u00e0 le domestiquer, \u00e0 le soumettre \u00e0 son pouvoir afin d&rsquo;alimenter le cort\u00e8ge de ses app\u00e9tits ; mais il ne tardera pas \u00e0 souffrir de ses limites, il sentira obscur\u00e9ment que la vie ne peut \u00eatre qu&rsquo;une simple satisfaction de ses app\u00e9tits.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Nous ne comprenons pas la fonci\u00e8re gratuit\u00e9 de l&rsquo;acte. Qu&rsquo;avons-nous donc perdu de si pr\u00e9\u00adcieux pour que cette ignorance soit si puissante au c\u0153ur des hommes ? Nous subordonnons l&rsquo;acte au fruit qu&rsquo;il nous donne, mais nous ne savons pas le voir en lui-m\u00eame, nous ne savons pas nous d\u00e9tacher de lui, nous lib\u00e9rer de lui.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Bien que le mythe du paradis perdu puisse avoir autant une valeur d&rsquo;appel qu&rsquo;une valeur de pr\u00e9sence, il n&rsquo;en reste pas moins qu&rsquo;il n&rsquo;est et ne peut \u00eatre qu&rsquo;un pur symbole. Cela dit, il est clair que le symbole de la connaissance dans ce mythe avait pour t\u00e2che de nous faire comprendre le pro\u00adcessus de corruption de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;innocence ; ce qui est d\u00e9j\u00e0 une gageure, la connaissance \u00e9tant uti\u00adlis\u00e9e ici \u00e0 des fins qui la nient. L&rsquo;innocence d&rsquo;avant la fameuse faute n&rsquo;est pas \u00e0 comprendre. Certes ! la connaissance \u00e9tait toujours pr\u00e9sente dans le fruit d\u00e9fendu, mais elle n&rsquo;avait toute sa valeur pl\u00e9ni\u00e8re que vue par les yeux de l&rsquo;inno\u00adcence. Elle \u00e9tait vue sans que le d\u00e9sir de l&rsquo;utiliser ne tourment\u00e2t l&rsquo;homme, car celui-ci n&rsquo;\u00e9tait pas s\u00e9par\u00e9 de Dieu ; il en \u00e9tait le pur mouvement, l&rsquo;innocence \u00e9tait cette Pr\u00e9sence si enti\u00e8re en lui-m\u00eame, qu&rsquo;il ne s&rsquo;en distinguait pas. Seuls des \u00eatres corrompus peuvent se poser des questions au sujet de ce qui concerne l&rsquo;innocence. L&rsquo;innocent n&rsquo;est pas heurt\u00e9, il est \u00e0 sa place dans la cr\u00e9ation sans qu&rsquo;une seule pens\u00e9e de propri\u00e9t\u00e9 le fr\u00f4le. Il n&rsquo;est pas une volont\u00e9 d&rsquo;\u00eatre, il EST, rien de plus. Rien n&rsquo;est appr\u00e9hend\u00e9 dans sa dur\u00e9e, il n&rsquo;y a point de devenir et cependant toutes les formes insuffl\u00e9es<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">d&rsquo;esprit divin sont \u00e0 chaque instant nouvelles. La mort et la vie ne sont pas encore s\u00e9par\u00e9es. La mort n&rsquo;est qu&rsquo;une valeur transitoire de renouvelle\u00adment au sein d&rsquo;une cr\u00e9ation qui jaillit \u00e9ternelle\u00adment, et en qui se rejoignent la fin et le commen\u00adcement. Dans le cr\u00e9puscule chante d\u00e9j\u00e0 l&rsquo;aurore. Tout est empreint d&rsquo;une saveur que notre langage d&rsquo;homme est bien impuissant \u00e0 exprimer. Ce que dans ce mythe l&rsquo;on appela la faute, fut le premier acte o\u00f9 l&rsquo;homme s&rsquo;identifia \u00e0 lui-m\u00eame. Il vio\u00adlenta le sens profond et impersonnel de la connais\u00adsance, en en faisant SA connaissance. Ainsi, la terre et le ciel furent s\u00e9par\u00e9s, comme disent les Chinois. De ce premier drame naquit l&rsquo;ignorance de notre nature propre. Nous nous \u00e9tions s\u00e9par\u00e9s de Dieu en fonction d&rsquo;un pouvoir accumulatif que nous allions d\u00e9sormais poursuivre sans cesse. Notre enfer n&rsquo;est pas ailleurs. Se prenant \u00e0 son propre jeu, le monde des hommes ne fut bient\u00f4t plus que bruit et fureur, victoires et d\u00e9faites, plaisirs et souffrances. L&rsquo;histoire devint l&rsquo;\u00e9cran lamentable de nos perversit\u00e9s. Non seulement nous avions perdu l&rsquo;innocence, mais la connais\u00adsance elle-m\u00eame, dont nous esp\u00e9rions qu&rsquo;elle ferait de nous des dieux, fut pervertie en un vul\u00adgaire objet de possession. Or la connaissance r\u00e9elle n&rsquo;est assimilable \u00e0 aucune possession ; elle est la vision m\u00eame des choses sans que rien ne les s\u00e9pare, elle est pure relation. L&rsquo;homme, h\u00e9las ! ne pouvait que la corrompre dans sa signification r\u00e9elle ; elle devenait un moyen d&rsquo;affirmation de la personne ; elle \u00e9tait utilis\u00e9e comme un objet par l&rsquo;homme pour l&rsquo;homme. La sacro-sainte pro\u00adpri\u00e9t\u00e9 se d\u00e9veloppa dans ses multiples aspects, et en contre-partie, la grande destruction \u00e9tablit son empire de folie et d&rsquo;ombre. On ne se maintient qu&rsquo;en d\u00e9truisant, tout objet n&rsquo;existe plus que pour la bouche avide du d\u00e9sir. Tout s&rsquo;\u00e9tablit dans la dur\u00e9e. Se pr\u00e9server !&#8230; se pr\u00e9server \u00e0 tout prix, par la violence, par la ruse, peu importe, mais la grande affaire est de se pr\u00e9server. Aux cata\u00adclysmes naturels, comme s&rsquo;ils ne nous suffisaient pas, nous ajoutons par notre tragique m\u00e9prise nos propres catastrophes, guerres, r\u00e9volutions, crimes sur tous les plans. Moins nous voulons mourir, plus nous mourons. Les naissances et les morts deviennent une ronde infernale. \u00c0 quelle folie ob\u00e9issons-nous, pour que nous nous perdions avec tant de conviction passionn\u00e9e dans les ab\u00eemes qu&rsquo;ouvrent sous nos pieds nos luttes sans espoir ? Folie d&rsquo;autant plus insolite, qu&rsquo;au d\u00e9part, selon les m\u00eames sources mythiques, cette lutte fut assum\u00e9e par celui qui fut appel\u00e9 \u00ab Le plus beau des anges \u00bb. Pourquoi \u00e9tait-il le plus beau des anges ? Qui a op\u00e9r\u00e9 cette premi\u00e8re diff\u00e9rencia\u00adtion, si ce n&rsquo;est le jeu que se donne Dieu lui-m\u00eame ? Et savons-nous bien garder toute mesure avec nos questions ? Qui questionne ? Qui r\u00e9\u00adpond ? N&rsquo;est-ce point alimenter notre d\u00e9mence ? Sommes-nous les inquisiteurs de l&rsquo;univers ? Re\u00adconnaissons la pauvret\u00e9 des mots et les limites de nos recherches. Bien qu&rsquo;il semble impossible d&rsquo;\u00e9puiser l&rsquo;angoisse qui nous serre de pr\u00e8s, notre condition humaine nous rend impudents et fron\u00addeurs ; nous sommes de race questionneuse et soupirons sans cesse vers l&#8217;empyr\u00e9e. Par le tru\u00adchement de tous les mythes nous voulons des r\u00e9\u00adponses. La cr\u00e9ation n&rsquo;est-elle pas d\u00e9j\u00e0 une divi\u00adsion que nous introduisons au sein du divin par le concept tout humain que nous en avons ? \u00c0 moins qu&rsquo;elle ne soit le premier \u00e9l\u00e9ment d&rsquo;un jeu que Dieu se joue \u00e0 lui-m\u00eame, et dans lequel il se meut en une complexion inexplicable : Un et Mul\u00adtiple. Notre difficult\u00e9 c&rsquo;est d&rsquo;accepter ce jeu ; et n&rsquo;oublions pas que nous introduisons la notion de jeu dans un domaine proprement ind\u00e9finissable, \u2013 nous savons qu&rsquo;un mot n&rsquo;est toujours qu&rsquo;un mot, un \u00e0 peu pr\u00e8s symbolique de ce que nous sentons obscur\u00e9ment vivre dans les profon\u00addeurs. Sommes-nous vraiment bien en mesure de rechercher une justification \u00e0 cette cr\u00e9ation ? Ne d\u00e9passons-nous pas les bornes de ce qui nous est d\u00e9volu ? Il est un moment o\u00f9 l&rsquo;\u00e9cho seul r\u00e9pond \u00e0 nos questions. Qui serait assez fou pour tenter de justifier l&rsquo;acte de vivre ? Ce que nous appe\u00adlons la cr\u00e9ation n&rsquo;a que faire de notre logique. Des mots comme : vivre, Dieu, r\u00e9el, sont des mots qui ne correspondent en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 aucune de nos images mentales. Nous pouvons forger des mythes et encore des mythes, mais en dernier ressort nous savons qu&rsquo;un mot n&rsquo;est qu&rsquo;un symbole vide de substance. Les mots ne sont que des conventions, des points de rep\u00e8re qui nous permettent de communiquer, nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 dit, nous le savons. Tous les grands symboles des religions tra\u00additionnelles de notre plan\u00e8te dont se repaissent les hommes, ne sont encore que des images par les\u00adquelles ils adoucissent leur angoisse.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Prenons un exemple d&rsquo;interpr\u00e9tation de cer\u00adtains symboles dans le christianisme. Prenons les symboles divins du P\u00e8re, de la M\u00e8re et du Fils ; essayons de les consid\u00e9rer sans nous attacher aux fixations d&rsquo;un conformisme religieux cr\u00e9\u00e9 pour le plus humain des asservissements : le d\u00e9sir d&rsquo;\u00eatre prot\u00e9g\u00e9.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Selon le mythe du paradis perdu, Dieu est le P\u00e8re des cr\u00e9atures, g\u00e9niteur d&rsquo;Adam et d&rsquo;Eve. Sa cr\u00e9ation est pure, gratuite, inexplicable \u00e0 l&rsquo;hom\u00adme non adamique pour qui toute cr\u00e9ation doit ob\u00e9ir \u00e0 une n\u00e9cessit\u00e9. Dieu ne cr\u00e9e pas pour !\u2026 mais parce que cela est dans sa nature de le faire. Dans l\u2019\u00c9den, rien n&rsquo;est encore corrompu, tout est dans les mains de \u00ab Hywh \u00bb, et le fruit de la Connaissance ne trouble pas l&rsquo;\u00e9quanime exis\u00adtence de ce premier couple en qui Dieu veut bien se reconna\u00eetre. Il ne se passe rien parce que rien n&rsquo;est choisi contre rien. Les dualit\u00e9s existantes : homme et femme, bien et mal, chaud et froid, etc., sont assez pures pour ne pas buter contre elles-m\u00eames. Elles sont jeu divin. \u00c0 ce degr\u00e9, l&rsquo;in\u00adtelligence cr\u00e9atrice s&rsquo;identifie \u00e0 sa cr\u00e9ation. Ainsi de P\u00e8re elle devient M\u00e8re. C&rsquo;est la premi\u00e8re grande dualit\u00e9 du jeu o\u00f9 l&rsquo;acte s&rsquo;assume en une r\u00e9alit\u00e9 passive : \u00ab Que Ta volont\u00e9 soit faite \u00bb. Cependant, n&rsquo;oublions pas que nous sommes dans le domaine des symboles, et que si les mots de P\u00e8re et M\u00e8re surgissent dans notre pens\u00e9e, ils ne peuvent \u00eatre encore que l&rsquo;expression de nos pro\u00adjections humaines. En fait, le r\u00e9el est inexplica\u00adble, et nous avons l&rsquo;intime certitude que nous ne l&rsquo;atteindrons jamais avec des mots. Dans la me\u00adsure o\u00f9 notre connaissance n&rsquo;est qu&rsquo;une pour\u00adsuite, elle se pervertira ind\u00e9fectiblement ; et il faudra bien que nous d\u00e9passions la dualit\u00e9 : P\u00e8re-M\u00e8re, pour savoir que toute dualit\u00e9 (bien qu&rsquo;elle apparaisse \u00e0 l&rsquo;homme sous l&rsquo;angle d&rsquo;une vision presque fatale), n&rsquo;en n&rsquo;est pas moins illusoire, car elle est constamment travers\u00e9e par une valeur unifiante qui la nie. L&rsquo;intelligence r\u00e9elle est la prise de conscience qui d\u00e9c\u00e8le cette valeur. C&rsquo;est un pur mouvement sans mobiles. Conna\u00eetre, ce n&rsquo;est pas vouloir ; c&rsquo;est \u00eatre dans la non-identit\u00e9. Conna\u00eetre pour devenir est une forme de l&rsquo;igno\u00adrance. Si nous comprenons ceci, nous compren\u00addrons pourquoi l&rsquo;enfant n&rsquo;avait pas de place dans le jardin d\u2019\u00c9den. Eve n&rsquo;enfantait pas parce que tout pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e9tait enfant de Dieu. Chaque objet participait de cette puret\u00e9 originelle, l&rsquo;es\u00adprit divin \u00e9tait visible partout, rien n&rsquo;\u00e9tait s\u00e9par\u00e9. Il n&rsquo;y avait pas d&rsquo;attachement au processus d&rsquo;exis\u00adtence, car toute conscience de ce qui participe de l&rsquo;\u00e9ternel survole le devenir que conditionne la fixation \u00e0 l&rsquo;existence. Adam et Eve avant la faute (prenons garde au pi\u00e8ge de cette chrono\u00adlogie ! &#8230;), \u00e9taient vraiment les enfants de Dieu, des anges ; \u00e9manation du divin, ils repr\u00e9sentaient ce qui existe toujours au plus profond de l&rsquo;\u00e2me de la cr\u00e9ature. Seulement ceci ne peut \u00eatre que le symbole de notre pressentiment ; en fait, la majorit\u00e9 des hommes est engag\u00e9e en des dualit\u00e9s si puissantes, qu&rsquo;elle songe bien plus \u00e0 se \u00ab sau\u00adver \u00bb qu&rsquo;\u00e0 s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 ce qui d\u00e9passe sa condi\u00adtion. Ali\u00e9n\u00e9 par le choix, soumis aux forces dualisantes qui en d\u00e9coulent, l&rsquo;homme s&rsquo;identifie aux \u00e9l\u00e9ments multiples de la cr\u00e9ation en perdant le fil conducteur qui lui permettrait de comprendre et de sentir le plan divin. Alors ne nous \u00e9tonnons pas que la notion de ce qui est laid et de ce qui est beau f\u00fbt d\u00e9j\u00e0 toute charg\u00e9e du corrosif de la destruction, lorsque l&rsquo;on nous initia \u00e0 la r\u00e9volte \u00ab du plus beau des anges \u00bb. Dans ce mythe, une conscience op\u00e9rait un choix, et ce choix don\u00adnait naissance \u00e0 l&rsquo;ignorance. Une partie se s\u00e9pa\u00adrait du tout pour s&rsquo;identifier \u00e0 elle-m\u00eame, et c&rsquo;est exactement cela qui permit en une logique impla\u00adcable qu&rsquo;Adam et Eve fussent chass\u00e9s du paradis terrestre. \u00c0 la formation de cette dualit\u00e9 s&rsquo;en ajouta une autre : De l&rsquo;ob\u00e9issance ou de la non-ob\u00e9issance \u00e0 Dieu est n\u00e9e la dualit\u00e9 du bien et du mal. C&rsquo;\u00e9tait le chemin qui devait nous amener \u00e0 la conception d&rsquo;un Dieu personnel, qui n&rsquo;est en somme que la projection de notre identification au p\u00e8re. Du juda\u00efsme et des religions qui s&rsquo;y rattachent, se d\u00e9veloppa peu \u00e0 peu une formi\u00addable barri\u00e8re de culpabilit\u00e9 fermant la porte \u00e0 cette puret\u00e9 unitive que nous apercevons maintenant comme \u00e9tant vraiment l&rsquo;une des formes de notre int\u00e9gration au r\u00e9el (bien que celui-ci ne proc\u00e8de d&rsquo;aucun aspect particulier, puisque rien ne le divise) mais nous sommes ici au centre de probl\u00e8mes pour lesquels le paradoxe est in\u00e9\u00advitable.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Je n&rsquo;appelle pas le souvenir de cette enfance,<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">je vis avec lui, et parfois, il m&rsquo;engloutit dans ses profondeurs sans que ma pens\u00e9e ait eu le temps d&rsquo;en sugg\u00e9rer un \u00e9pisode. Ce n&rsquo;est que dans un \u00e9tat d&rsquo;extr\u00eame passivit\u00e9 que j&rsquo;y acc\u00e8de le plus facilement. Cet \u00e9tat, je ne le cherche pas, il s&rsquo;im\u00adpose \u00e0 moi sous la forme d&rsquo;un abandon plus ou moins impersonnel de mes pr\u00e9occupations habi\u00adtuelles. Il se pr\u00e9sente souvent comme une lente chute dans une demi-veille obscure et bienfai\u00adsante. Incontestablement je quitte quelque chose, ou plut\u00f4t, j&rsquo;ai le sentiment que plus rien ne m&rsquo;ac\u00adcroche. C&rsquo;est un voyage dans un infini particulier o\u00f9 le grain grossier de mes conditionnements ne me blesse plus. Puis, une fois ce tunnel de calme et d&rsquo;abandon travers\u00e9, voici que peu \u00e0 peu des images naissent ; elles apparaissent comme la r\u00e9v\u00e9lation d&rsquo;un temps tr\u00e8s ancien de l&rsquo;amour, elles sont nimb\u00e9es d&rsquo;une qualit\u00e9 de lumi\u00e8re pro\u00adprement indicible. Une porte s&rsquo;ouvre sur un monde qui, \u00e0 premi\u00e8re vue, peut para\u00eetre magi\u00adque, et le miracle, c&rsquo;est que ce monde existe !&#8230; continue d&rsquo;exister !&#8230; Ce n&rsquo;est pas un \u00ab paradis perdu \u00bb, comme nous pourrions le croire de prime abord. Rien n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 perdu et rien ne pourra se perdre. Cela est dans la nature des choses, car en elles rien n&rsquo;existe qui ne se prolonge d\u00e9j\u00e0 au-del\u00e0 des formes transitoires qu&rsquo;elles nous pro\u00adposent ; mais nous savons que nous ne vivons pas en regard de cette lointaine enfance ; ou tout au moins, ce que nous appelons vivre n&rsquo;est qu&rsquo;un succ\u00e9dan\u00e9, une sorte de pourrissement de la vie. Cette gr\u00e2ce naturelle qui \u00e9tait propre \u00e0 l&rsquo;enfant que nous avons tous \u00e9t\u00e9, ne nous a jamais quitt\u00e9s, puisque nous la percevons dans le pr\u00e9sent de notre existence malgr\u00e9 cette vie adulte qui nous \u00e9crase et nous rive \u00e0 elle comme le boulet au for\u00e7at.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Plus nous d\u00e9sirons nous d\u00e9barrasser de notre condition d&rsquo;adulte, plus elle nous p\u00e8se. Nous pres\u00adsentons que dans les vains efforts que nous fai\u00adsons pour nous en lib\u00e9rer, il y a une loi fonda\u00admentale de la vie que nous ne comprenons pas. Non que nous ne tentions pas de voir la r\u00e9alit\u00e9 de notre \u00eatre ; mais entre l&rsquo;intellect qui essaye de nous la faire percevoir et l&rsquo;\u00e9tat de r\u00e9ceptivit\u00e9 de notre sensibilit\u00e9, il y a un ab\u00eeme qui ne peut \u00eatre combl\u00e9 que par l&rsquo;union de ces deux valeurs. Toute pens\u00e9e que nous ne SENTONS pas au niveau de sa compr\u00e9hension n&rsquo;est pas une pen\u00ads\u00e9e r\u00e9elle, mais simple jeu de l&rsquo;intellect. Peut-\u00eatre est-ce notre obstacle majeur ! Rien ne sert de nous ent\u00eater sur un obstacle avec le d\u00e9sir de nous en d\u00e9livrer, nous ne faisons ainsi que le fortifier.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Et maintenant, assez de logique, assez de ce stuc maussade qui veut que nous expliquions sans arr\u00eat l&rsquo;inexplicable. Oui, bien entendu, nous n&rsquo;al\u00adlons jamais \u00e0 l&rsquo;essentiel, nous pr\u00e9f\u00e9rons nous lais\u00adser ficeler par les mille d\u00e9tours de notre dialecti\u00adque ; l&rsquo;acte qui permettrait que celle-ci explose comme un gigantesque final d&rsquo;apocalypse, nous ne l&rsquo;accomplissons pas parce que la logique est la plus s\u00fbre justification de notre ch\u00e8re entit\u00e9. La logique permet que nous nous maintenions au c\u0153ur d&rsquo;une conqu\u00eate qui suffit \u00e0 \u00e9moustiller notre raison d&rsquo;\u00eatre, assez toutefois pour ne pas nous laisser d\u00e9p\u00e9rir dans la sombre et secr\u00e8te insatis\u00adfaction qui nous ronge comme une maladie incon\u00adnue. Nous n&rsquo;osons pas nous abandonner dans ce vide, et les relations nous semblent presque aussi fatales que l&rsquo;existence de la personne que nous incarnons. Pouvons-nous perdre pied une bonne fois, nous abandonner \u00e0 toutes les morts, et ainsi, ce qui nous tient se d\u00e9jetterait et se puri\u00adfierait en une vaste d\u00e9tente ?<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Une fois de plus nous voici li\u00e9s \u00e0 une question, et il ne faut plus de questions !&#8230; il ne faut plus<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">de questions\u00a0!\u2026<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Dans cette premi\u00e8re enfance, rien ne prend la forme d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement, car aucune image ne<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">se superpose et ne se pr\u00e9f\u00e8re \u00e0 une autre. C&rsquo;est un \u00e9tat qui se situe sur un autre plan que celui de la connaissance telle que l&rsquo;envisage notre intellect. C&rsquo;est un monde que nous n&rsquo;avons pas su maintenir, et que la soci\u00e9t\u00e9 a d\u00e9truit en par\u00adtie. Pourtant l&rsquo;or merveilleux de notre vie d&rsquo;en\u00adfant est toujours \u00e0 port\u00e9e d&rsquo;\u00e2me, mais nous pr\u00e9\u00adf\u00e9rons vivre \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie de notre r\u00e9alit\u00e9 plut\u00f4t que de nous abandonner r\u00e9solument \u00e0 cette pr\u00e9sence. Nous vivons \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie, parce que toutes les sensations par lesquelles nous nous diff\u00e9rencions, tous nos app\u00e9tits, tout ce que nous appelons nos activit\u00e9s semble \u00eatre l\u00e0 et nulle part ailleurs ; alors qu&rsquo;en fait, nous ne sommes crisp\u00e9s que sur des apparences. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 la suite d&rsquo;une somme d&rsquo;exp\u00e9riences et des souf\u00adfrances qui en r\u00e9sultent, que nos yeux se dessil\u00adlent, et que nous n&rsquo;accordons plus la m\u00eame importance \u00e0 ce qui auparavant prenait la pre\u00admi\u00e8re place dans nos pr\u00e9occupations imm\u00e9dia\u00adtes. Nous nous rendons \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence qu&rsquo;on ne poss\u00e8de qu&rsquo;en d\u00e9truisant, et en d\u00e9truisant l&rsquo;on se d\u00e9truit. C&rsquo;est le seul aboutissement de toute passion. En somme, le probl\u00e8me de la vie est une recherche d&rsquo;\u00e9quilibre entre la destruction et la cr\u00e9ation. Jusqu&rsquo;o\u00f9 nous identifions-nous \u00e0 ce grand jeu appel\u00e9 vie ? Jusqu&rsquo;o\u00f9 devons-nous soutenir les n\u00e9cessit\u00e9s organiques qui font que<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">nous existons en tant que forme ? \u00c0 vrai dire, nous n&rsquo;atteignons le centre de notre \u00eatre que par une tentative d&rsquo;harmoniser nos antagonismes. Aucune int\u00e9gration n&rsquo;est possible tant qu&rsquo;un antagonisme dualise en nous la vision que nous avons de l&rsquo;univers. La souffrance est n\u00e9e de la dualit\u00e9. Tant qu&rsquo;il y a de la souffrance, il y a morcellement, s\u00e9paration, r\u00e9sistance. G\u00e9n\u00e9rale\u00adment, nous appelons cela vivre !&#8230; Et alors, si vraiment se pose en nous la question de savoir pourquoi nous souffrons, nous ne tarderons pas \u00e0 en rechercher les causes lointaines et secr\u00e8tes.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">La grande d\u00e9couverte, la r\u00e9v\u00e9lation cl\u00e9, c&rsquo;est que le moi peut \u00eatre d\u00e9pass\u00e9. Le moi est notre prison, et tant qu&rsquo;il nous agglom\u00e8re autour de ses cristallisations successives, il se durcit et se d\u00e9veloppe \u00e0 l&rsquo;\u00e9gal de ces monstrueux animaux pr\u00e9historiques jusqu&rsquo;\u00e0 la rupture d&rsquo;\u00e9quilibre o\u00f9 tout recommence. Ce que nous appelons la mort n&rsquo;est peut-\u00eatre en fin de compte qu&rsquo;une forme de sagesse organique, l&rsquo;\u00e9puisement d&rsquo;une forme.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Dans la prime enfance le moi est \u00e0 peine for\u00admul\u00e9. L&rsquo;\u00e9quilibre entre les choses et le petit enfant est un \u00e9quilibre naturel. Ce n&rsquo;est point un \u00e9quilibre voulu, poursuivi, construit ; c&rsquo;est la r\u00e9sultante d&rsquo;un accord spontan\u00e9 avec les choses, une valeur inali\u00e9nable de notre r\u00e9alit\u00e9 pro\u00adfonde. Cette valeur, nous ne la poss\u00e9dons pas comme un objet, elle nous traverse sans se pr\u00e9oc\u00adcuper de ce qui, en nous, cherche \u00e0 se manifester dans l&rsquo;affirmation d&rsquo;une entit\u00e9.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">On ne s&rsquo;abandonne au r\u00e9el que par une accep\u00adtation de ce qui est, mais cela est d&rsquo;une grande difficult\u00e9, nous ne pouvons y parvenir qu&rsquo;en nous abstenant de tout jugement. C&rsquo;est le seul chemin pour que la trag\u00e9die s&rsquo;\u00e9loigne de l&rsquo;orbite habituelle de notre vision, car nous savons main\u00adtenant que si grave \u00e9tait-elle, selon l&rsquo;interpr\u00e9ta\u00adtion de nos passions, elle ne pouvait \u00eatre qu&rsquo;un \u00e9l\u00e9ment du grand jeu dont elle n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un attri\u00adbut transitoire. Elle se d\u00e9roulait devant notre \u00e2me comme une \u00e9charpe d&rsquo;image. Elle joue dans ce jeu dont le pouvoir n&rsquo;est pas d&rsquo;\u00eatre ou de ne pas \u00eatre, il n&rsquo;est rendu \u00e0 sa libert\u00e9 que par un acte de gratuit\u00e9 totale. Seule une prise de cons\u00adcience du jeu profond permet \u00e0 la souffrance de dispara\u00eetre l&rsquo;homme ne se situe plus alors dans l&rsquo;action insens\u00e9e de son activit\u00e9 par laquelle il se d\u00e9truit.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">L&rsquo;enfant adore naturellement, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il ignore sa candide adoration. Il adore avec ce m\u00eame naturel qu&rsquo;il donne au jeu sans trop bien distinguer l&rsquo;objet m\u00eame de son adoration du con\u00adtexte universel ; sans trop bien se distinguer lui-m\u00eame de cet univers dont il est une parcelle vivante. Plus tard, nous d\u00e9couvrirons qu&rsquo;il y avait dans notre enfance quelque chose qui savait au-del\u00e0 de notre esp\u00e8ce ; mais nous n&rsquo;aurons que l&rsquo;intellect pour nous faire appr\u00e9hender ce quel\u00adque chose, et c&rsquo;est encore lui qui nous r\u00e9v\u00e9lera que le vrai savoir ne s&rsquo;incarne que par l&rsquo;immola\u00adtion du d\u00e9sir de comprendre. D\u00e9sir qui ne se r\u00e9f\u00e8re toujours qu&rsquo;\u00e0 une m\u00e9morisation, car ne pouvant partir de rien, son d\u00e9part est d\u00e9j\u00e0 une d\u00e9pendance. Le vrai savoir ne se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 nous que si nous reconnaissons pleinement l&rsquo;illusion de notre affirmation. C&rsquo;est une source de sagesse retrouv\u00e9e au c\u0153ur de toutes les choses ; en elle tous les antagonismes se r\u00e9sorbent. Source dont le cristal d&rsquo;amour n&rsquo;a jamais cess\u00e9 de couler, mais nous ne l&rsquo;entendons pas, tant notre moi parade dans les innombrables agitations de la foire des hommes.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">Chez le tout petit enfant, le moi n&rsquo;\u00e9tant pas encore form\u00e9, ce savoir lui est donn\u00e9 au-del\u00e0 de nos concepts habituels. Le domaine des exp\u00e9\u00adriences du moi n&rsquo;est pas encore r\u00e9alis\u00e9 en lui. Il ne peut y avoir exp\u00e9rience que lorsque le moi manifeste sa pr\u00e9sence ; c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment cette<\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">informulation du moi qui donne \u00e0 l&rsquo;enfant une telle ad\u00e9quacit\u00e9 au monde, lui conf\u00e8re cette gr\u00e2ce qui nous \u00e9meut parfois jusqu&rsquo;aux larmes sans que nous sachions pourquoi. Cette beaut\u00e9 enfantine, je me souviens que ce fut l&rsquo;une des premi\u00e8res \u00e9nigmes qui se pr\u00e9senta \u00e0 ma pens\u00e9e d&rsquo;adolescent. En ce temps o\u00f9 je me nourrissais de questions, la beaut\u00e9 de l&rsquo;enfant m&rsquo;\u00e9mouvait d\u00e9j\u00e0 comme la pr\u00e9sence d&rsquo;un secret que nous avions perdu. Je me surprenais \u00e0 me demander pourquoi la beaut\u00e9 de l&rsquo;enfant est passag\u00e8re, et je fr\u00e9missais devant la d\u00e9cr\u00e9pitude de la vieil\u00adlesse !&#8230; Je ne savais pas encore que la beaut\u00e9 est un \u00e9l\u00e9ment de la relation dont le myst\u00e8re transcende aussi bien les formes de l&rsquo;enfant que celles du vieillard ; je ne pouvais savoir que les formes ext\u00e9rieures n&rsquo;\u00e9taient encore qu&rsquo;une con\u00advention arbitraire et transitoire de la sensation esth\u00e9tique. En ce temps, je m&rsquo;identifiais trop \u00e0 l&rsquo;aspect p\u00e9riph\u00e9rique de la beaut\u00e9 pour en trou\u00adver la pure signification. Depuis, j&rsquo;ai su que la beaut\u00e9 ne se limite pas au seul objet qui la repr\u00e9\u00adsente, elle le d\u00e9passe toujours. Limiter la beaut\u00e9 au seul objet qui l&rsquo;exprime, c&rsquo;est la d\u00e9truire, car elle ne supporte la coercition d&rsquo;aucun cadre, d&rsquo;au\u00adcune forme. Elle est relation harmonieuse de la partie au tout, en elle se brisent toutes r\u00e9sistan\u00adces. Beaucoup commettent la folie de vouloir saisir la beaut\u00e9, mais leurs mains se referment sur les cendres de la destruction. La beaut\u00e9 n&rsquo;est pas \u00e0 saisir, il suffirait de nous y abandonner pour qu&rsquo;elle nous habite ; pour elle, nous ne sommes qu&rsquo;un simple temple d&rsquo;accueil. Elle est une force d&rsquo;\u00e9clairement et d&rsquo;\u00e9veil, et la moindre parcelle de l&rsquo;univers la rec\u00e8le ; mais elle n&rsquo;est jamais isol\u00e9e, car nous ne pourrons jamais la distraire de la communion irradiante qu&rsquo;elle exerce sur les choses. Elle est surtout pr\u00e9sente l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;innocence la chante et la loue sans le savoir, \u2013 c&rsquo;est-\u00e0-dire sans d\u00e9j\u00e0 diviser par un acte de conscience ce qui n&rsquo;a aucune raison de l&rsquo;\u00eatre. C&rsquo;est pour cela que la beaut\u00e9 magnifie l&rsquo;enfant d&rsquo;une fa\u00e7on si directe qu&rsquo;elle semble vouloir provoquer en nous le choc supr\u00eame de sa r\u00e9v\u00e9lation. L&rsquo;homme ne devrait jamais oublier que les enfants sont r\u00e9ellement \u00ab Le sel de la terre \u00bb. Comprendre l&rsquo;enfant, c&rsquo;est retrouver l&rsquo;image d&rsquo;une valeur harmonieuse, r\u00e9conciliatrice, valeur que nous avons perdue en acc\u00e9dant \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat adulte. Malheur \u00e0 l&rsquo;homme par qui l&rsquo;enfant souf\u00adfre, il n&rsquo;attisera ainsi que le feu de sa propre souffrance. L&rsquo;\u00e9ducation de l&rsquo;enfant restera pour les hommes le probl\u00e8me le plus crucial et le plus pressant.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au temps lointain de cette enfance, je ne priais pas, et pourtant tout m&rsquo;\u00e9tait donn\u00e9. Rien n&rsquo;\u00e9tait demand\u00e9 \u00e0 ce royaume de lumi\u00e8re dont je sens encore en moi le calme et la force infuse. De ce royaume j&rsquo;\u00e9tais le prince innocent, le d\u00e9miurge enfant pour qui tout vient de na\u00eetre \u00e0 chaque instant, \u2013 sans d&rsquo;ailleurs qu&rsquo;il s&rsquo;en souci\u00e2t. \u00c0 chaque pas se levait un flot d&rsquo;images, sit\u00f4t lev\u00e9es, sit\u00f4t d\u00e9faites \u2013 aucune d&rsquo;elles ne cherchant \u00e0 pr\u00e9valoir sur l&rsquo;autre. Tout \u00e9tait accept\u00e9. Chaque chose avait une bonne odeur de b\u00eate sauvage, et accomplissait docilement son destin sans \u00eatre s\u00e9par\u00e9e d&rsquo;un \u00ab Principe Premier \u00bb dont elle se sentait inconsciemment en m\u00eame temps cr\u00e9ature et cr\u00e9atrice. Le canevas des relations n&rsquo;avait pas la duret\u00e9 de ce monde d&rsquo;angles et d&rsquo;agressions qui ensuite fut si longtemps mon hypnose majeure. Aucun \u00e9change ne pr\u00e9sidait \u00e0 l&rsquo;\u00e9change ; alter\u00adnativement, presque sans transition, les larmes succ\u00e9daient aux rires avec la capricieuse douceur d&rsquo;un jour d&rsquo;avril dont on ne sait trop bien si l&rsquo;on doit en aimer les nuages ou les ond\u00e9es, les bleus tendres, ou les rayons primesautiers et malicieux de notre vieux et bon soleil qui rayonne en plein ciel. Chaque action \u00e9tait neuve, aim\u00e9e pour elle-m\u00eame, je ne cherchais pas \u00e0 la garder comme un avare garde son tr\u00e9sor. Rien n&rsquo;appartenait \u00e0 rien, et tout appartenait \u00e0 tout. Le d\u00e9sir d&rsquo;\u00eatre ne m&#8217;em\u00adportait pas dans l&rsquo;enfer de son devenir. 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Aucun \u00e9change ne pr\u00e9sidait \u00e0 l'\u00e9change ; alter\u00adnativement, presque sans transition, les larmes succ\u00e9daient aux rires avec la capricieuse douceur d'un jour d'avril dont on ne sait trop bien si l'on doit en aimer les nuages ou les ond\u00e9es, les bleus tendres, ou les rayons primesautiers et malicieux de notre vieux et bon soleil qui rayonne en plein ciel. Chaque action \u00e9tait neuve, aim\u00e9e pour elle-m\u00eame, je ne cherchais pas \u00e0 la garder comme un avare garde son tr\u00e9sor. Rien n'appartenait \u00e0 rien, et tout appartenait \u00e0 tout. Le d\u00e9sir d'\u00eatre ne m'em\u00adportait pas dans l'enfer de son devenir. 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