{"id":17071,"date":"2015-10-08T23:56:58","date_gmt":"2015-10-08T22:56:58","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=17071"},"modified":"2015-10-08T23:56:58","modified_gmt":"2015-10-08T22:56:58","slug":"roger-godel-ou-de-lhumanisme-a-lhumain-par-andre-mirambel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/roger-godel-ou-de-lhumanisme-a-lhumain-par-andre-mirambel\/","title":{"rendered":"Roger Godel ou de l&rsquo;humanisme \u00e0 l&rsquo;humain par Andr\u00e9 Mirambel"},"content":{"rendered":"<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\" align=\"center\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">(Extrait de l\u2019ouvrage collectif d\u2019hommage : Roger Godel \u2013 De l\u2019humanisme \u00e0 l\u2019humain, \u00c9d. Les Belles Lettres, 1963) <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i><b>Andr\u00e9 Mirambel (1900-1970), est un hell\u00e9niste fran\u00e7ais. Il a enseign\u00e9 le grec moderne \u00e0 l&rsquo;\u00c9cole nationale des langues orientales vivantes (aujourd\u2019hui, l\u2019Inalco), \u00e9tablissement qu&rsquo;il a pr\u00e9sid\u00e9 de 1958 \u00e0 1969. Il a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu en 1965 \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie des Inscriptions et Belles lettres. Il est l&rsquo;auteur de plusieurs ouvrages dont un dictionnaire et une grammaire. <\/b><\/i><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab On ne doit, a dit Renan, jamais \u00e9crire que de ce qu&rsquo;on aime \u00bb ; qu&rsquo;il me soit permis d&rsquo;ajouter \u00e9galement \u00ab ne jamais \u00e9crire que de ceux qu&rsquo;on aime \u00bb ; ainsi se justifieront les lignes qui suivent. Leur seule intention est, en \u00e9voquant la pens\u00e9e et l&rsquo;action de Roger Godel, trop t\u00f4t arrach\u00e9 \u00e0 la science et \u00e0 l&rsquo;af\u00adfection de ses proches, de rendre \u00e0 l&rsquo;homme et au savant l&rsquo;hom\u00admage que lui doivent tous ceux qui l&rsquo;ont connu, mais en parti\u00adculier celui qui lui reste fid\u00e8lement attach\u00e9 par un demi-si\u00e8cle d&rsquo;admiration et d&rsquo;amiti\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Puissent ces lignes apporter, \u00e0 d\u00e9faut de consolation, du moins une respectueuse sympathie \u00e0 la douleur de l&rsquo;\u00e9pouse qui, plusieurs ann\u00e9es durant, partagea la vie et participa \u00e0 l\u2019\u0153uvre d&rsquo;un \u00eatre cher, dont le souvenir perp\u00e9tuera la pr\u00e9sence.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><a name=\"__DdeLink__3868_1114681459\"><\/a> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le jour de la rentr\u00e9e d&rsquo;octobre 1912, au lyc\u00e9e de Grenoble, deux jeunes \u00e9coliers franchissaient une porte de classe o\u00f9 devait avoir lieu, en quatri\u00e8me, leur premier cours de grec. Ces deux jeunes gens \u00e9taient Roger Godel et l&rsquo;auteur de ces lignes. Ce qui, pour beaucoup, est un fait banal, sans plus d&rsquo;importance que la premi\u00e8re le\u00e7on de n&rsquo;importe quelle mati\u00e8re, rev\u00eatait au contraire pour eux un relief particulier, aupr\u00e8s duquel tous les autres en\u00adseignements p\u00e2lissaient. Les deux \u00e9coliers se connaissaient d\u00e9j\u00e0 gr\u00e2ce \u00e0 une ann\u00e9e d&rsquo;\u00e9tudes communes. Une affinit\u00e9 de go\u00fbts les avait rapproch\u00e9s. Ce jour-l\u00e0, ils rayonnaient : la Gr\u00e8ce antique et le grec \u00e9taient pour eux une vocation, qui depuis longtemps prenait place dans leurs propos ; ils avaient persuad\u00e9 leurs p\u00e8res, parfois r\u00e9ticents, de les laisser r\u00e9pondre \u00e0 l&rsquo;appel imp\u00e9rieux d&rsquo;une langue dont ils avaient d\u00e9j\u00e0 appris, presque furtivement, les pre\u00admiers rudiments, et \u00e0 laquelle ils ne dissimulaient pas l&rsquo;ambition de consacrer leur existence. Pouvaient-ils pr\u00e9voir que la passion du grec ancien, qui alors les unissait, allait les conduire plus tard, par des voies diff\u00e9rentes, vers des probl\u00e8mes de l&rsquo;actuel \u2014 de l&rsquo;actuel hell\u00e9nique pour l&rsquo;un et pour l&rsquo;autre de l&rsquo;actuel humain ? Non, certes. Ce qu&rsquo;ils ne savaient pas encore, c&rsquo;est que le grec avec lequel ils prenaient contact allait marquer \u00e0 jamais leur pens\u00e9e d&rsquo;un \u00ab tu es graecitatis sacerdos in aeternum \u00bb et sceller d\u00e9sor\u00admais, sous le signe de l&rsquo;attique, leur amiti\u00e9. Ce qu&rsquo;ils savaient par contre, c&rsquo;est qu&rsquo;ils allaient enfin conna\u00eetre tout ce qui se cache<\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">derri\u00e8re les vingt-quatre signes allant de l&rsquo;alpha \u00e0 l&rsquo;om\u00e9ga. Tels sont mes premiers souvenirs d&rsquo;hell\u00e9nisme. Cinquante ans ont pas\u00ads\u00e9 ; mais, sans doute parce que mes d\u00e9buts dans le grec se trou\u00advent ins\u00e9parables de l&rsquo;image d&rsquo;un ami d&rsquo;\u00e9lite, ces souvenirs me semblent proches, malgr\u00e9 la succession et le nombre des \u00e9v\u00e9ne\u00adments qui aujourd&rsquo;hui m&rsquo;en s\u00e9parent : guerres, r\u00e9volutions, mena\u00adces et p\u00e9rils de toute sorte dans un monde enfi\u00e9vr\u00e9. Peut-\u00eatre aussi l&rsquo;hell\u00e9nisme est-il, pour ceux qui s&rsquo;y vouent, comme un viatique qui \u00e9chappe au temps, et qu&rsquo;on retrouve intact au soir de la vie ainsi qu&rsquo;aux premi\u00e8res ann\u00e9es de la jeunesse. La vie de Roger Godel fut une vie de devoir et d&rsquo;id\u00e9al. Sa mort fut celle d&rsquo;un sa\u00adge [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\"><sup>1<\/sup><\/a>], pareille \u00e0 celle des Sto\u00efciens de la Gr\u00e8ce Antique, de ceux dont la pens\u00e9e trouve jusqu&rsquo;au bout, sans se plaindre, le courage d&rsquo;interpr\u00e9ter la souffrance. Si l&rsquo;hell\u00e9nisme l&rsquo;a aid\u00e9 \u00e0 mourir, \u2014 cet hell\u00e9nisme dont il a si profond\u00e9ment v\u00e9cu et qu&rsquo;il a si bien servi \u2014 qui sait si l&rsquo;ultime \u00e9clair de sa lucidit\u00e9 ne l&rsquo;a pas report\u00e9 par un vertigineux retour vers cette premi\u00e8re initiation que nous e\u00fbmes sur les bancs du lyc\u00e9e de Grenoble, initiation aux grandes choses, aux belles choses, celles qui ne font jamais d\u00e9sesp\u00e9rer ?<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Roger Godel \u00e9tait d&rsquo;un caract\u00e8re exceptionnel en m\u00eame temps qu&rsquo;un \u00e9l\u00e8ve d&rsquo;une rare qualit\u00e9. Indulgent aux faiblesses d&rsquo;autrui, exigeant pour lui-m\u00eame, serviable, sociable, il paraissait g\u00ean\u00e9 d&rsquo;une sup\u00e9riorit\u00e9 qui s&rsquo;imposait malgr\u00e9 lui sans conteste. Tout l&rsquo;int\u00e9ressait : les lettres, les sciences, les arts (je lui ai connu un beau talent de pianiste, et, parmi les ouvrages nombreux qu&rsquo;on lui doit, il en est un consacr\u00e9 \u00e0 la musique sous le titre <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Formes de la mu\u00adsique et musique int\u00e9rieure<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">,<\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i> Essai sur la cr\u00e9ation musicale<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, \u00e9crit en 1936). Sa rapidit\u00e9 \u00e0 apprendre, \u00e0 comprendre, \u00e9tonnait. Une puissance de labeur consid\u00e9rable lui permettait de mener de front plusieurs travaux, parmi les plus divers, et de se consacrer dans le m\u00eame temps \u00e0 de multiples activit\u00e9s. On admirait l&rsquo;\u00e9tendue de ses connaissances, et aussi la maturit\u00e9 de son esprit : il appor\u00adtait, aux choses et aux hommes, des r\u00e9flexions dignes d&rsquo;un adulte \u00e9clair\u00e9. Il devan\u00e7ait v\u00e9ritablement l&rsquo;exp\u00e9rience par une sorte de divination de ce qu&rsquo;il fallait dire ou penser. Il poss\u00e9dait d&rsquo;instinct l&rsquo;art d&rsquo;\u00e9crire : dans ses compositions, \u00e9galement dans ses propos les plus courants, il s&rsquo;exprimait nettement, voire avec \u00e9l\u00e9gance, mais sans recherche, soucieux, en tout, de ne formuler que le mot juste qui va droit au c\u0153ur m\u00eame du sujet. Le s\u00e9rieux de sa pen\u00ads\u00e9e n&rsquo;alt\u00e9rait pas une gaiet\u00e9 fonci\u00e8re, qui lui faisait aborder la vie avec confiance et avec la curiosit\u00e9 du chercheur convaincu qu&rsquo;il y a toujours en tout quelque chose \u00e0 trouver. Jamais chez lui de banalit\u00e9, de vulgarit\u00e9. Tout \u00e9tait simple et noble. Pour nous, il repr\u00e9sentait un type d&rsquo;\u00eatre sup\u00e9rieur, mais abordable, et dont le contact rass\u00e9r\u00e9nait. Sans le vouloir et sans la moindre affecta\u00adtion, il \u00e9tait l&rsquo;\u00ab exemple \u00bb, par le rayonnement de son intelligence et de sa bont\u00e9, l&rsquo;exemple que tous s&rsquo;accordaient \u00e0 reconna\u00eetre, ses condisciples comme ses ma\u00eetres. Dans nos exercices scolaires, il traduisait avec aisance les textes difficiles, latins et grecs, antici\u00adpant m\u00eame sur les programmes d&rsquo;une classe sup\u00e9rieure, tant il \u00e9tait avide de savoir, de progresser. Ses dissertations fran\u00e7aises donnaient \u00e0 penser, et bien souvent notre professeur ne r\u00e9sistait pas au d\u00e9sir de nous en lire des passages qui nous \u00e9difiaient. Ayant un jour \u00e0 traiter d&rsquo;une \u00e9vocation des cultes antiques dans une campagne romaine lors du christianisme grandissant, Roger Godel avait d\u00e9crit un vieux pr\u00eatre pa\u00efen sacrifiant devant un sanc\u00adtuaire \u00ab rest\u00e9 debout par un dernier miracle des dieux agonisants \u00bb. J&rsquo;ai toujours dans la m\u00e9moire cette belle phrase au rythme renanien : il y avait en Godel un po\u00e8te. Mais, par-dessus tout, chez lui, ce que nous admirions, ce que j&rsquo;admirais, c&rsquo;\u00e9tait sa connaissance si vaste et d\u00e9j\u00e0 profonde du monde antique, de l&rsquo;histoire grecque, de l&rsquo;histoire romaine, de l&rsquo;histoire m\u00eame de l&rsquo;\u00c9gypte, car, au seuil de la quatri\u00e8me, il avait assimil\u00e9 <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>l&rsquo;Histoire des Grecs<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>l&rsquo;Histoire des Romains<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> de Duruy, et les trois gros volu\u00admes de <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>l&rsquo;Histoire ancienne des peuples de l&rsquo;Orient<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> de Gaston Mas\u00adpero. D\u00e9j\u00e0, il \u00e9tait capable de s&rsquo;\u00e9lever du particulier \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e g\u00e9n\u00e9\u00adrale, \u00e0 propos d&rsquo;un petit fait rencontr\u00e9 en classe dans un texte ou chez lui au cours d&rsquo;une lecture particuli\u00e8re. Il savait presque atteindre \u00e0 une philosophie de l&rsquo;histoire, tant la civilisation gr\u00e9co-romaine et l&rsquo;\u00e9gyptologie lui \u00e9taient famili\u00e8res. Le pass\u00e9 m\u00e9diter\u00adran\u00e9en vivait en lui ; des conflits des peuples et des civilisations, des luttes des doctrines et des \u00e9coles, il d\u00e9gageait des id\u00e9es claires, retra\u00e7ant les mouvements de conqu\u00eate ou de pens\u00e9e des politi\u00adques ou des philosophes, caract\u00e9risant les faits d&rsquo;un jugement original. Et tout cela s&rsquo;exprimait dans des conversations famili\u00e8res, d&rsquo;o\u00f9 le p\u00e9dantisme \u00e9tait exclu. Roger Godel ne parlait pas, n&rsquo;\u00e9cri\u00advait pas pour briller. Il ignorait l&rsquo;art de se faire valoir. C&rsquo;\u00e9taient les choses qui, vues et pens\u00e9es par lui, rayonnaient en lui pour dif\u00adfuser ensuite tout naturellement leur clart\u00e9. Je n&rsquo;oublierai jamais, le soir apr\u00e8s la classe, nos promenades quotidiennes, que nos p\u00e8res nous imposaient afin de nous faire \u00ab prendre l&rsquo;air \u00bb. Tout en par\u00adcourant les vieux quartiers grenoblois aux b\u00e2tisses m\u00e9di\u00e9vales et aux ruelles si pittoresques, tout en longeant les quais de l&rsquo;Is\u00e8re d&rsquo;o\u00f9 l\u2019\u0153il d\u00e9couvre les cha\u00eenes neigeuses des grandes Alpes, j&rsquo;\u00e9cou\u00adtais, je questionnais Roger Godel, dont le regard bleu si lumi\u00adneux, souvent empreint d&rsquo;une douce et juv\u00e9nile malice, s&rsquo;\u00e9clairait d&rsquo;un feu int\u00e9rieur quand sa parole faisait revivre telles sc\u00e8nes de l&rsquo;Iliade, tels r\u00e9cits des tragiques ou des comiques, telles coutumes pharaoniques, mais la Gr\u00e8ce et le grec \u00e9taient ses sujets de pr\u00e9dilection&#8230; Ces ann\u00e9es du lyc\u00e9e de Grenoble sont celles o\u00f9 Roger Godel a le plus re\u00e7u, le plus acquis, o\u00f9 il a le plus accumul\u00e9 de connaissances, le plus assimil\u00e9, comme s&rsquo;il voulait, en quelque sorte, s&rsquo;int\u00e9grer \u00e0 la grandeur du pass\u00e9, se p\u00e9n\u00e9trer de l&rsquo;hell\u00e9nis\u00adme et de sa pl\u00e9nitude, sans quoi il lui aurait sembl\u00e9 que toute autre activit\u00e9 e\u00fbt \u00e9t\u00e9 caduque.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">La guerre de 1914 ! Roger Godel, comme son p\u00e8re et son fr\u00e8re, s&rsquo;engage. Son humanisme ne le d\u00e9tourne pas de l&rsquo;action : au con\u00adtraire, il l&rsquo;y pousse. Ses lettres \u2014 celles que j&rsquo;ai re\u00e7ues de lui entre 1914 et 1916 \u2014 sont enflamm\u00e9es du plus pur patriotisme. Elles refl\u00e8tent le m\u00eame enthousiasme que ses propos sur le des\u00adtin de Rome ou d&rsquo;Ath\u00e8nes, le long des quais de l&rsquo;Is\u00e8re. Un moment, on e\u00fbt pu croire \u00e0 un renoncement \u00e0 ses \u00e9tudes litt\u00e9raires. En 1916, le hasard d&rsquo;une permission me le fit rencontrer sous l&rsquo;uni\u00adforme. \u00ab Et l&rsquo;histoire grecque ? et le grec ? \u00bb, lui demandai-je. \u2014 \u00ab Oh, me r\u00e9pondit-il, l&rsquo;histoire grecque, elle est loin ! Je vais faire ma m\u00e9decine ! \u00bb. L&rsquo;abandon, en r\u00e9alit\u00e9, n&rsquo;\u00e9tait que provisoire. Je remarquai, plus tard, que ce jour-l\u00e0 il n&rsquo;avait toutefois pas inclus \u00ab le grec \u00bb dans cet \u00e9loignement ; le recul du temps, avec lequel on peut juger l\u2019\u0153uvre de Roger Godel, permet d&rsquo;affirmer qu&rsquo;il n&rsquo;y a eu rupture ni dans sa vie intellectuelle ni dans sa voca\u00adtion, mais \u00e9largissement, \u00e9panouissement. Le \u00ab changement \u00bb, dans une orientation envisag\u00e9e au d\u00e9part, est toujours complexe : chez certains, c&rsquo;est le fait d&rsquo;un esprit instable, versatile, superfi\u00adciel, qui se lasse vite et recule trop facilement devant l&rsquo;effort qu&rsquo;exige toute discipline. Chez d&rsquo;autres, c&rsquo;est un revirement sur\u00advenant apr\u00e8s constatation d&rsquo;une erreur de vocation. Tout autre fut le \u00ab changement \u00bb de voie que Roger Godel entreprit d\u00e9lib\u00e9\u00adr\u00e9ment, sans regret, apr\u00e8s une longue r\u00e9flexion accompagnant une action qu&rsquo;il avait voulue : le d\u00e9vouement \u00e0 une grande cause. C&rsquo;\u00e9tait, en ces ann\u00e9es de guerre 1914-1919, la d\u00e9fense de la patrie attaqu\u00e9e, et, avec elle, la d\u00e9fense de tout le patrimoine intellec\u00adtuel dont la France s&rsquo;honore et dont le monde entier reconna\u00eet le bienfait. Roger Godel, volontiers recueilli dans la solitude de la m\u00e9ditation et la compagnie des livres, \u00e9tait tout le contraire du \u00ab savant de cabinet \u00bb enferm\u00e9 dans sa \u00ab tour d&rsquo;ivoire \u00bb, images consacr\u00e9es par la banalit\u00e9 pour caract\u00e9riser \u2014 sinon caricaturer \u2014 l&rsquo;homme de pens\u00e9e pour qui la recherche prime l&rsquo;action. Toutes ses activit\u00e9s \u2014 voire de jeu ou de sport (la montagne parfois aussi le tentait) [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\"><sup>2<\/sup><\/a>] \u2014 s&rsquo;accompagnaient de pens\u00e9e, et bien souvent, alors qu&rsquo;il paraissait se d\u00e9lasser d&rsquo;un travail ardu par une diver\u00adsion badine, c&rsquo;est \u00e0 ces moments-l\u00e0 que son esprit fournissait l&rsquo;effort le plus intense, le plus f\u00e9cond, mais aussi le plus discret. La cause de la patrie, \u00e0 laquelle Roger Godel s&rsquo;\u00e9tait vou\u00e9 en de\u00advan\u00e7ant l&rsquo;appel des armes, ne tarda pas \u00e0 le conduire \u00e0 une cause plus \u00e9lev\u00e9e encore : la cause humaine. Cette cause, il s&rsquo;y consacre\u00adrait et il l&#8217;embellirait, comme il embellissait toutes les causes qu&rsquo;il d\u00e9fendait. La guerre lui faisait voir de pr\u00e8s la souffrance humaine, la lutte du mal et du bien, la laideur autant que la noblesse des humbles et des puissants, la servitude et la grandeur de la con\u00addition de l&rsquo;homme. Y avait-il l\u00e0 contradiction avec la vocation premi\u00e8re de l&rsquo;hell\u00e9nisme et des textes du pass\u00e9 ? Nullement. Cette vocation \u00e9tait, au fond, une pr\u00e9paration \u00e0 la vie et \u00e0 ses probl\u00e8\u00admes, une formation d&rsquo;esprit par une savante culture pour affron\u00adter le milieu humain, un pr\u00e9lude \u00e0 d&rsquo;autres recherches, biologiques et m\u00e9dicales, qui devaient lui livrer les secrets de la nature des \u00eatres, lui faire toucher du doigt leur mis\u00e8re, mais lui faire d\u00e9cou\u00advrir aussi les moyens de les sauver. C&rsquo;est avec une disposition toute pascalienne que Roger Godel, l&rsquo;humaniste, allait se pencher sur l&rsquo;humain. \u00ab Mis\u00e8re de l&rsquo;homme sans Dieu, grandeur de l&rsquo;hom\u00adme avec Dieu \u00bb, disait le philosophe distinguant, au beau milieu d&rsquo;une tradition scolastique raisonneuse, l&rsquo;esprit de finesse de l&rsquo;es\u00adprit g\u00e9om\u00e9trique, et d\u00e9couvrant les raisons du c\u0153ur qu&rsquo;ignore la raison, bien avant l&rsquo;intuition, l&rsquo;\u00e9lan vital bergsonien ou la cat\u00e9gorie de l&rsquo;id\u00e9al de Renan, \u2014 \u00ab mis\u00e8re de l&rsquo;homme sans l&rsquo;humanisme consolateur, grandeur de l&rsquo;homme qui n&rsquo;approfondit la mati\u00e8re que pour mieux conna\u00eetre l&rsquo;esprit \u00bb, pensait Roger Godel quand il opta pour la m\u00e9decine. Il eut raison. Savant universitaire, il e\u00fbt accompli, certes, la plus brillante carri\u00e8re et atteint aux gloires les plus hautes, mais la science m\u00e9dicale, pour son dommage, e\u00fbt \u00e9t\u00e9 priv\u00e9e de lui, et cette science aurait manqu\u00e9 \u00e0 son esprit. M\u00e9decin, il a pu et il a su rester hell\u00e9niste, humaniste, et le carac\u00adt\u00e8re profond de son savoir biologique et th\u00e9rapeutique en apporte la preuve : \u00ab Un homme convaincu de la valeur r\u00e9alisatrice inh\u00e9\u00adrente aux sciences biologiques et m\u00e9dicales, a-t-il \u00e9crit dans l&rsquo;un de ses <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Essais sur l&rsquo;Exp\u00e9rience Lib\u00e9ratrice<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, poursuit n\u00e9anmoins \u00e0 travers diverses disciplines scientifiques une plus haute synth\u00e8se \u00bb. Roger Godel est entr\u00e9 en m\u00e9decine, comme jadis il \u00e9tait entr\u00e9 en hell\u00e9nisme, \u00e0 la fa\u00e7on dont d&rsquo;autres entrent en religion. L&rsquo;hell\u00e9\u00adnisme lui avait appris \u00e0 se conna\u00eetre, mais cela ne lui suffisait pas : il voulait conna\u00eetre les hommes, par une curiosit\u00e9 toute scientifique sans doute, mais aussi et surtout pour donner et gu\u00e9\u00adrir, pour se prodiguer et trouver dans le d\u00e9vouement aux hom\u00admes la justification de son humanisme. La m\u00e9decine, comme la science et comme l&rsquo;art, est un apostolat : Roger Godel fut un ap\u00f4tre, un ap\u00f4tre de l&rsquo;Homme. Toute sa vie, depuis le lyc\u00e9e de Grenoble jusqu&rsquo;au souffle ultime, il fut hant\u00e9 par la question que posa Socrate pour la premi\u00e8re fois dans l&rsquo;histoire humaine \u00ab Qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;homme ?\u00a0\u00bb. Et c&rsquo;est pour y r\u00e9pondre qu&rsquo;il acquit, disait-il, \u00ab l&rsquo;instruction \u00e9pist\u00e9mologique applicable \u00e0 cette science de la nature humaine qu&rsquo;est la m\u00e9decine\u00a0\u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Depuis 1916, je n&rsquo;eus plus l&rsquo;occasion de revoir Roger Godel avant 1947 (trente ans, h\u00e9las !). Je savais seulement qu&rsquo;il avait fait en m\u00e9decine la brillante carri\u00e8re qui l&rsquo;avait fait d\u00e9signer, apr\u00e8s son internat, comme chef de clinique \u00e0 la Facult\u00e9 de M\u00e9\u00addecine de Paris, puis professeur \u00e0 la Facult\u00e9 fran\u00e7aise de m\u00e9de\u00adcine de Beyrouth, enfin M\u00e9decin-chef de l&rsquo;h\u00f4pital de la Compa\u00adgnie du Canal de Suez \u00e0 Isma\u00eflia. \u00c9trange rencontre de sa car\u00adri\u00e8re m\u00e9dicale venue, par une sorte de pr\u00e9destination, rejoindre la vocation premi\u00e8re de l&rsquo;\u00e9gyptologue et de l&rsquo;hell\u00e9niste ! C&rsquo;est au point o\u00f9 s&rsquo;affrontent des civilisations, \u2014 l&rsquo;Orient et la Gr\u00e8ce, l\u2019\u00c9gypte et l&rsquo;hell\u00e9nisme, puis le Jud\u00e9o-christianisme et l&rsquo;Islam, au\u00adjourd&rsquo;hui l&rsquo;Europe et le monde arabe \u2014 que le Docteur Godel va exercer sa science m\u00e9dicale, mais aussi ce que j&rsquo;appellerais son \u00ab \u00e9pist\u00e9mologie humaine\u00a0\u00bb. En ce carrefour des peuples, des insti\u00adtutions, des id\u00e9es, des philosophies et des religions, les malades les plus divers sont, entre ses mains, non des unit\u00e9s qu&rsquo;on soigne et qu&rsquo;on gu\u00e9rit, mais des parcelles d&rsquo;humanit\u00e9 dont la souffrance, puis l&rsquo;apaisement, jettent des lumi\u00e8res sur le probl\u00e8me que So\u00adcrate livrait aux penseurs dans l&rsquo;\u00e9ternelle attente d&rsquo;une solution. \u00c0 la mani\u00e8re socratique, Roger Godel a pratiqu\u00e9 lui aussi cette ma\u00efeutique des \u00e2mes : par le corps il atteint l&rsquo;esprit. Savoir, n&rsquo;est pas affirmer, c&rsquo;est questionner, enqu\u00eater sans cesse, c&rsquo;est faire participer tout un univers d&rsquo;humains \u00e0 la recherche, en uti\u00adlisant des t\u00e9moignages multiples. Nietzsche v\u00e9cut et pensa dans l&rsquo;attente du \u00ab surhomme \u00bb. Plus modeste, plus humain aussi, Roger Godel a pens\u00e9 et v\u00e9cu dans l&rsquo;attente, dans l&rsquo;espoir de la d\u00e9couverte, de la r\u00e9v\u00e9lation de l&rsquo;\u00ab homme\u00a0\u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il m&rsquo;a toujours sembl\u00e9 qu&rsquo;un rapprochement pouvait \u00eatre tent\u00e9 \u2014 au risque de surprendre \u2014 entre Roger Godel et Charles P\u00e9guy [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\"><sup>3<\/sup><\/a>]. Bien entendu, les formations s&rsquo;opposent, les caract\u00e8res des hommes aussi, et il est trop facile d&rsquo;insister sur les diff\u00e9\u00adrences. Mais les deux hommes ont eu au d\u00e9part la passion de la Gr\u00e8ce Antique, cette passion vivante qui n&rsquo;\u00e9carte pas du pr\u00e9sent et qui fait l&rsquo;immortalit\u00e9 de l&rsquo;humanisme. Les deux hommes ont v\u00e9cu pour de grandes causes qu&rsquo;ils ont \u00e9lev\u00e9es au sacerdoce. Tous deux ont sacrifi\u00e9 \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e, \u00e0 l&rsquo;esprit. Tous deux ont eu le m\u00e9pris du vulgaire, du m\u00e9diocre, du laid. Tous deux ont lutt\u00e9 contre tous les conformismes et toutes les \u00ab vanit\u00e9s des vanit\u00e9s\u00a0\u00bb. Tous deux ont compris, ont tent\u00e9 cette union du Vrai et du Beau, d&rsquo;o\u00f9 seu\u00adlement le Bien peut na\u00eetre. Tous deux ont eu, malgr\u00e9 les apparen\u00adces et une vue jet\u00e9e superficiellement, une unit\u00e9 dans ce qu&rsquo;on appellerait leur \u00ab conversion \u00bb : pour P\u00e9guy la mystique socialiste et dreyfusiste se prolonge dans la mystique chr\u00e9tienne et Jeanne d&rsquo;Arc, pour Roger Godel l&rsquo;hell\u00e9nisme et la d\u00e9votion \u00e0 l&rsquo;Id\u00e9e le m\u00e8nent \u00e0 la m\u00e9decine et au d\u00e9vouement \u00e0 l&rsquo;homme. Tous deux ont \u00e9prouv\u00e9, ont manifest\u00e9 la puissance d&rsquo;aimer. Comme tels ti\u00adtres de Graham Greene leur conviendraient : \u00ab <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">La puissance et la gloire<\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> \u00bb, \u00ab Le fond du probl\u00e8me \u00bb ! &#8230; Toutefois, la guerre de 1914 (la vraie, celle qui \u00e9tait sans \u00e9quivoque, celle qu&rsquo;on n&rsquo;aurait jamais d\u00fb refaire) a \u00e9t\u00e9 pour P\u00e9guy un ach\u00e8vement : elle a \u00e9t\u00e9 pour Roger Godel le point de d\u00e9part d&rsquo;un \u00e9lan nouveau. Elle a marqu\u00e9 pour l&rsquo;un et pour l&rsquo;autre, en tous cas, la fin d&rsquo;une \u00e9poque \u00e0 laquelle, dans leur pens\u00e9e, devait succ\u00e9der une \u00e8re nouvelle par la r\u00e9vision des valeurs.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je n&rsquo;ai pas qualit\u00e9 pour parler de l\u2019\u0153uvre proprement m\u00e9di\u00adcale de Roger Godel. D&rsquo;autres voix, plus autoris\u00e9es, n&rsquo;auront pas de peine \u00e0 le faire. Je signalerai seulement que son premier tra\u00advail, th\u00e8se de m\u00e9decine sur les <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Formes cliniques et \u00e9volutives de l&rsquo;insuffisance cardiaque au cours de la tuberculose pulmonaire<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, lui valut, en 1927, le prix de th\u00e8se. Ses travaux, \u00e9labor\u00e9s parfois en collaboration avec les docteurs Courcoux et Stephan, sur la tuberculose pulmonaire ou telles formes de maladies en \u00c9gypte (diab\u00e8te, fermentations) ou sur la m\u00e9decine grecque, s&rsquo;\u00e9chelon\u00adnent au cours d&rsquo;une trentaine d&rsquo;ann\u00e9es, mais alternent avec l\u2019\u0153uvre philosophique dont la source est hell\u00e9nique, et qui se compose d&rsquo;articles, d&rsquo;essais, d&rsquo;ouvrages importants. C&rsquo;est \u00e0 sa culture grecque que Roger Godel doit sa philosophie de la science m\u00e9di\u00adcale : elle concerne non seulement la technique propre du th\u00e9ra\u00adpeute, sa r\u00e9action devant la maladie, mais encore son comporte\u00adment devant le malade. La maladie n&rsquo;existe pas sans le malade, pas plus que n&rsquo;existent les religions sans les fid\u00e8les, ou les langues sans les sujets parlants. L&rsquo;objet propre de la m\u00e9decine est moins \u00ab la maladie \u00bb que le \u00ab malade \u00bb : si on saisit, par le malade, la maladie d&rsquo;une mani\u00e8re concr\u00e8te, on doit, par del\u00e0 la maladie, atteindre le malade, c&rsquo;est-\u00e0-dire un \u00e9tat de l&rsquo;homme ; le malade est d\u00e8s lors l&rsquo;aspect humain de la maladie. Le r\u00f4le m\u00eame de la m\u00e9decine n&rsquo;est-il pas plus grand, son champ n&rsquo;est-il pas plus vaste s&rsquo;il existe une psychologie, voire une sociologie de la maladie et du malade ? En cela, la science positive devient normative, et la gu\u00e9rison du corps conduit \u00e0 une \u00e9l\u00e9vation de l&rsquo;esprit. Tel est, semble-t-il, le principe directeur de la philosophie de la m\u00e9decine, selon la conception de Roger Godel. Bien des si\u00e8cles avant lui, Hippocrate de Cos [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\"><sup>4<\/sup><\/a>], qu&rsquo;il admirait et auquel il reconnaissait le m\u00e9rite immense d&rsquo;avoir fait de la m\u00e9decine une science de l&rsquo;hom\u00adme [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\"><sup>5<\/sup><\/a>], n&rsquo;avait-il pas inspir\u00e9 les philosophes qui disaient : \u00ab Rien n&rsquo;oppose la m\u00e9decine \u00e0 la Sagesse (c&rsquo;est-\u00e0-dire la philosophie) ; de fait la m\u00e9decine contient implicitement tout ce qui peut conduire \u00e0 la Sagesse&#8230; Ainsi donc amenez la m\u00e9decine \u00e0 la Sagesse et infusez la Sagesse dans la m\u00e9decine \u00bb [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\"><sup>6<\/sup><\/a>] ?<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Essayons d&rsquo;esquisser maintenant les traits essentiels de cette \u00ab Sagesse \u00bb telle qu&rsquo;elle se d\u00e9gage des ouvrages d&rsquo;hell\u00e9nisme de Roger Godel.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous noterons tout d&rsquo;abord que rien dans ces ouvrages ne se rencontre ayant l&rsquo;apparence d&rsquo;un trait\u00e9, d&rsquo;un syst\u00e8me. C&rsquo;est une pens\u00e9e discursive, qui se traduit sous forme soit de monolo\u00adgue, soit de dialogue, qui parfois se pla\u00eet aux digressions agr\u00e9a\u00adbles et aux interm\u00e8des, et qui vise moins \u00e0 d\u00e9montrer qu&rsquo;\u00e0 sug\u00adg\u00e9rer la recherche d&rsquo;un \u00e9tat de bonheur. On retrouve, dans le d\u00e9veloppement de la pens\u00e9e si nuanc\u00e9e de Roger Godel, une sorte de dialectique qui rappelle la m\u00e9thode socratique et celle de cer\u00adtains trait\u00e9s de Platon, ses mod\u00e8les dans l&rsquo;art de penser et de s&rsquo;exprimer. L\u2019\u0153uvre comprend une douzaine de publications [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\"><sup>7<\/sup><\/a>]. Sans qu&rsquo;on pr\u00e9tende la soumettre \u00e0 un plan rigoureux, on peut y distinguer quelques th\u00e8mes majeurs comme autant d&rsquo;\u00e9tapes o\u00f9, pour ainsi dire, l&rsquo;auteur fait le point de ses exp\u00e9riences suc\u00adcessives.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le probl\u00e8me de l&rsquo;homme a hant\u00e9, peut-on dire, Roger Godel toute sa vie. C&rsquo;est ce probl\u00e8me fondamental qui rend compte de ses orientations, de ses recherches ; aussi est-ce \u00e0 lui qu&rsquo;il ra\u00adm\u00e8ne toutes questions. Sa culture hell\u00e9nique le pousse \u00e0 le poser et \u00e0 lui faire admettre qu&rsquo;il ne saurait le poser en dehors d&rsquo;elle. Ceci explique pourquoi l<\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>a Recherche d&rsquo;une foi<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> \u2014 l&rsquo;un des tous premiers ouvrages publi\u00e9s par Roger Godel \u2014 se pr\u00e9sente com\u00adme une m\u00e9thode plut\u00f4t que comme une simple discipline ou une position mystique. Du plan humain au plan cosmique, tout doit s&rsquo;ordonner en fonction de la mesure de l&rsquo;utilit\u00e9, de la r\u00e8gle, de l&rsquo;\u00e9quit\u00e9, car le monde appartient au r\u00e8gne de l&rsquo;esprit (p. 87). Si \u00ab foi \u00bb signifie \u00ab adh\u00e9sion \u00bb profonde, totale, \u00ab reconnaissance d&rsquo;un id\u00e9al sup\u00e9rieur \u00bb et \u00ab r\u00e8glement de la conduite en cons\u00e9\u00adquence \u00bb, celui qui cherche la foi ne sera satisfait que lorsqu&rsquo;il aura r\u00e9alis\u00e9 le triomphe de l&rsquo;\u00ab harmonie \u00bb sur la \u00ab dysharmonie\u00a0\u00bb. Ce passage, encore, le pr\u00e9cise (p. 86) : \u00ab Qu&rsquo;\u00e0 chacun, dans la pleine mesure de ses aptitudes, il soit permis de participer au bien commun&#8230; Une destin\u00e9e particuli\u00e8re exprime la totalit\u00e9 de son g\u00e9nie si elle appara\u00eet clairement ordonn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;ensemble social, si elle s&rsquo;est accomplie \u00e0 la fois selon sa propre perfec\u00adtion et selon un ordre d\u00e9fini\u00a0\u00bb. La foi que recherche Roger Godet n&rsquo;est ni un \u00ab Credo \u00bb ou une s\u00e9rie de prescriptions, ni un renon\u00adcement au monde ou \u00e0 la vie terrestre : c&rsquo;est, au contraire, l&rsquo;expression la plus compl\u00e8te et la mieux ordonn\u00e9e de la vie. Telle est la raison pour laquelle Roger Godel, cherchant sa foi, se tourne vers la Gr\u00e8ce. \u00ab Tout homme qui r\u00e9fl\u00e9chit d\u00e9couvre un jour la Gr\u00e8ce \u00bb, \u00e9crit Pierre Jouguet au d\u00e9but de la <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Pr\u00e9face<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> par laquelle s&rsquo;ouvre le livre. Par la pens\u00e9e grecque, en effet, la vie rev\u00eat un sens dont le principe est en elle-m\u00eame. D\u00e9j\u00e0 Roger Godel notait (p. 26-27) chez les Grecs la \u00ab vision du monde \u00e0 la fois analytique et intuitivement synth\u00e9tique, la conception d&rsquo;un \u00ab Univers Un \u00bb&#8230; exactement \u00e9quilibr\u00e9 dans son unit\u00e9 absolue \u00bb (p. 59). Mais, ce qui frappe \u2014 sans \u00e9tonner \u2014, c&rsquo;est de constater chez lui le parall\u00e9lisme entre l&rsquo;adh\u00e9sion \u00e0 la science et l&rsquo;adh\u00e9sion \u00e0 la vie (cet objet de la science), \u00e9galement \u00e0 l&rsquo;esth\u00e9tique de la science que cette derni\u00e8re tire de son objet. Il nous suffira de rapprocher l&rsquo;un de l&rsquo;autre ces deux passages (p. 26) : \u00ab Cette adh\u00e9sion \u00e9troite, en vertu de laquelle l&rsquo;esprit humain s&rsquo;ins\u00e8re dans la structure du monde et en retour&#8230; organise le monde selon sa propre structure&#8230; n&rsquo;est-elle pas le motif secret de tout attachement intime \u00e0 la vie ? \u00bb et (p. 63) : \u00ab Cette physionomie esth\u00e9tique de la science naissante, cette alliance en elle de la joie contemplative et de la curiosit\u00e9 pragmatique convertie en passion de la d\u00e9couverte, voil\u00e0 qui nous fait le mieux conna\u00eetre la signification de l&rsquo;esprit philosophique et nous r\u00e9v\u00e8les peut-\u00eatre le secret de ses origines\u00a0\u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">La <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Le\u00e7on de Platon<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> ne tarde pas. \u00c0 peine pos\u00e9 le probl\u00e8me de l&rsquo;homme, la premi\u00e8re r\u00e9ponse qui se pr\u00e9sente est celle de Platon. <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>La Recherche d&rsquo;une foi<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> est suivie (p. 105 et suiv.) de <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Figures et images sur la jeunesse de Platon<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, annon\u00e7ant C<\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>it\u00e9s et Univers de Platon<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">. Apr\u00e8s avoir rappel\u00e9 les pages o\u00f9 Thucydide dresse le tableau magistral de la Cit\u00e9 ath\u00e9nienne en proie aux luttes partisanes qui \u00e0 la fin du Ve si\u00e8cle compromettent si gravement l\u2019\u0153uvre de la D\u00e9mocratie des grands jours, Roger Godel nous montre Platon jeune homme, \u00e0 la recherche lui aussi d&rsquo;une foi et attir\u00e9 par Socrate : \u00ab Devant un tel d\u00e9sastre de l&rsquo;esprit, tout homme de bonne volont\u00e9 se replie d&rsquo;abord sur le meilleur de lui-m\u00eame&#8230; Dans l&rsquo;approfondissement de cette recherche se\u00adcr\u00e8te, il trouvera bien la formule de salut ! Mais le salut ne descend pas vers ceux qui l&rsquo;implorent par de pieuses paroles. Il se livre aux hommes r\u00e9solus, \u00e0 ceux-l\u00e0 qui se montrent ar\u00addents \u00e0 l&rsquo;acqu\u00e9rir \u00bb (<\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Figures et images sur la jeunesse de Platon<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, p. 148). D&rsquo;o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 de \u00ab revenir&#8230; aux valeurs \u00e9prouv\u00e9es, \u00e9ternelles \u00bb (id. p. 149). L&rsquo;\u00e9vocation historique d&rsquo;un Platon \u00e9clai\u00adrant progressivement sa pens\u00e9e par le contact avec les sages et l&rsquo;exp\u00e9rience politique, se concr\u00e9tise \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran dans les Images et dialogues cin\u00e9matographiques (\u00ab Platon au cin\u00e9ma \u00bb, a \u00e9crit P. Jouguet dans la Revue du Caire), pour pr\u00e9coniser (c&rsquo;\u00e9tait en pleine guerre) l&rsquo;union intime et n\u00e9cessaire de la philosophie et de la vraie politique, et pour revendiquer le No\u00fbs comme prin\u00adcipe fondamental de toute soci\u00e9t\u00e9 humaine.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>La Lib\u00e9ration de l&rsquo;Homme<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">. Cette \u00e9tape est constitu\u00e9e par trois s\u00e9ries d&rsquo;\u00e9tudes dont la premi\u00e8re ne voit le jour qu&rsquo;apr\u00e8s une \u00e9laboration d&rsquo;une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es, qui la s\u00e9pare des <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Images et dialogues<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> : c&rsquo;est tout d&rsquo;abord l&rsquo;ensemble des <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Essais<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> touchant l&rsquo;exp\u00e9rience lib\u00e9ratrice, o\u00f9 le probl\u00e8me central, envisag\u00e9 sous de multiples aspects, conduit \u00e0 des explorations du biologique et du psychique, sortes de notes qui sont le fruit de nombreuses m\u00e9ditations. En bref \u2014 et c&rsquo;est l&rsquo;originalit\u00e9 de ces <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Essais<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> \u2014 il s&rsquo;agit, comme le remarque Mircea Eliade dans sa <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Pr\u00e9face<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> de l&rsquo;ouvrage (p. 7-8), de prolonger le domaine de l&rsquo;investigation scientifique en ajoutant \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude des \u00ab conditionnements \u00bb de l&rsquo;homme (objet de la science depuis le XIXe si\u00e8cle), celle d&rsquo;une exp\u00e9rience \u00ab non conditionn\u00e9e \u00bb. Pour Roger Godel, la m\u00e9thodo\u00adlogie du physicien moderne est analogue \u00e0 celle du sage de l&rsquo;Inde \u00ab d\u00e9livr\u00e9 dans la vie \u00bb, en ce qu&rsquo;il pense la mati\u00e8re imper\u00adsonnellement. La philosophie hell\u00e9nique incite \u00e0 ce rapproche\u00adment, car, soucieuse d&rsquo;unit\u00e9, elle jette un pont entre l&rsquo;homme de science d&rsquo;aujourd&rsquo;hui qui recherche \u00ab le substrat cach\u00e9 sous la diversit\u00e9 des figures \u00bb (p. 293) et la philosophie indoue qui \u00ab r\u00e9alise dans sa puret\u00e9 absolue la nature originelle de la cons\u00adcience \u00bb (p. 67). Ce qu&rsquo;on retiendra de ce livre si attachant, si troublant m\u00eame, qui touche \u00e0 tant de choses et de disciplines (philosophies et religions compar\u00e9es, psychologie sociale, philo\u00adsophie de la science, etc.), c&rsquo;est l&rsquo;effort pour rattacher \u00e0 la science le domaine que le positivisme de jadis lui refusait, et pour faire de la \u00ab m\u00e9taphysique \u00bb (au sens \u00e9tymologique du ter\u00adme) la succession de la physique en lui conf\u00e9rant une base r\u00e9a\u00adliste.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le compl\u00e9ment \u00e0 ces <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Essais<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> est donn\u00e9 par <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Un compagnon de Socrate<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, dialogue <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>sur l&rsquo;exp\u00e9rience lib\u00e9ratrice<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, o\u00f9 le sage \u00e9claire le probl\u00e8me socratique, dissipe la confusion et permet d&rsquo;atteindre l&rsquo;\u00ab \u00e9clairement par quoi toutes op\u00e9rations mentales acqui\u00e8rent un sens \u00bb (p. 11). On voit ainsi comment entendre certaines notions, celles notamment d&rsquo;\u00ab impersonnalit\u00e9 \u00bb et de \u00ab personnalit\u00e9 \u00bb, de \u00ab conscience \u00bb et de \u00ab pens\u00e9e \u00bb. L&rsquo;\u00e9clairement dont il est question, et qui est pr\u00e9sent\u00e9 comme un but supr\u00eame, est \u00ab la conscience m\u00eame \u00e0 sa source \u00bb ; autour d&rsquo;elle \u00ab la pens\u00e9e ordonne le jeu de ses formes \u00bb. Le rapprochement tent\u00e9 entre Sagesse indienne et Sagesse socratique a pour effet de compl\u00e9\u00adter et d&rsquo;\u00e9clairer l&rsquo;une par l&rsquo;autre, mais pour une fin identique la recherche de l&rsquo;immuable, de l&rsquo;indivisible, de l&rsquo;\u00e9ternel.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00c0 la troisi\u00e8me phase de la lib\u00e9ration de l&rsquo;homme correspond une \u00e9tude, <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Vie et r\u00e9novation<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, dans laquelle il est examin\u00e9 \u00e0 quelles conditions, en partant de la structure biologique, on peut acc\u00e9der \u00e0 la lib\u00e9ration. Par plans successifs, par domaines s\u00e9ri\u00e9s (de la biologie, science de la vie, \u00e0 la m\u00e9decine, science de l&rsquo;homme), par clivages m\u00e9thodiques, se construit une \u00e9pist\u00e9mo\u00adlogie \u00e0 travers les sciences contemporaines. Elle oriente l&rsquo;\u00e9tude vers le \u00ab moi \u00bb centre d&rsquo;int\u00e9gration, au sens qu&rsquo;a pris ce mot dans la neurophysiologie : \u00ab le pouvoir d&rsquo;absorber dans l&rsquo;unit\u00e9 assimilatrice de la pluralit\u00e9 des donn\u00e9es \u00bb (p. 33). Le c\u00f4t\u00e9 pro\u00adprement scientifique \u00e9chappe au non-sp\u00e9cialiste, mais les conclu\u00adsions restent accessibles. La plus importante, peut-\u00eatre, qui re\u00adjoint les m\u00e9thodes (aujourd&rsquo;hui renouvel\u00e9es) de sciences comme la psychologie, la sociologie, l&rsquo;histoire des religions, la linguisti\u00adque, est, dans la recherche de l&rsquo;\u00ab objectif \u00bb, la participation plus intime du sujet \u00e0 l&rsquo;objet. Sur ce point et sur cette attitude, Roger Godel aura \u00e9t\u00e9, en m\u00e9decine, un pr\u00e9curseur. Sa m\u00e9dita\u00adtion sur la Sagesse l&rsquo;aura conduit \u00e0 d\u00e9couvrir, dans une r\u00e9no\u00advation des m\u00e9thodes et des fins de la biologie, les moyens d&rsquo;y parvenir.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">L&rsquo;\u00e9ternel humain. C&rsquo;est un retour \u00e0 la Gr\u00e8ce, <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Une Gr\u00e8ce secr\u00e8te<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8230;, celle, a dit Andr\u00e9 Malraux, qui \u00ab repose au c\u0153ur de tous les hommes d&rsquo;Occident \u00bb : d\u00e9roulement d&rsquo;images, \u00ab instants de lumi\u00e8re \u00e9clairant notre r\u00eave et notre r\u00e9veil \u00bb et livrant \u00ab une secr\u00e8te signification de la vie \u00bb. Qu&rsquo;on ne s&rsquo;y trompe pas. Le lecteur n&rsquo;a pas sous les yeux, ici, un guide, m\u00eame savant, des sites arch\u00e9ologiques et des paysages. C&rsquo;est un essai, je dirais plus, c&rsquo;est une analyse et une synth\u00e8se de la spiritualit\u00e9 grecque, celle \u00e0 laquelle l&rsquo;hell\u00e9nisme antique est parvenu, mais qui lui survit toujours et que l&rsquo;homme moderne retrouve d&rsquo;autant mieux qu&rsquo;il en ressent le besoin (\u00ab Tu ne me chercherais pas si tu ne m&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 trouv\u00e9 \u00bb, dira plus tard la foi chr\u00e9tienne). S&rsquo;il est vrai que \u00ab le temp\u00e9rament des Hell\u00e8nes comporte une singuli\u00e8re inclination \u00e0 transformer en figures visibles et puissantes les exp\u00e9\u00adriences de la vie spirituelle \u00bb (p. 114), n&rsquo;est-il pas loisible de retrouver, \u00e0 notre tour, par del\u00e0 les si\u00e8cles, la spiritualit\u00e9 grec\u00adque \u00e0 travers ses figures ? Douze chapitres s&rsquo;y emploient, qui retracent successivement l&rsquo;inspiration (les Gr\u00e2ces et les Muses), l&rsquo;\u00e9veil de la nature ou plut\u00f4t l&rsquo;adaptation de l&rsquo;homme \u00e0 la nature (les \u00ab Petits Myst\u00e8res \u00bb de l&rsquo;Ilissos), l&rsquo;initiation aux lois natu\u00adrelles (D\u00e9m\u00e9ter), la connaissance de soi (Delphes), l&rsquo;harmonie cosmique (Zeus \u00e0 Olympie), la lib\u00e9ration par les myst\u00e8res, la gen\u00e8se de l&rsquo;esprit scientifique (Milet, la Grande Gr\u00e8ce), le myst\u00e8re de la nature humaine (Hippocrate). Dans ce cort\u00e8ge majestueux des \u00e9vocations et des analyses, nous voyons l\u2019\u0153uvre des hom\u00admes \u00e0 l\u2019\u0153uvre des dieux confondue, mais avec la perspective d&rsquo;un m\u00eame but : conna\u00eetre, percer le myst\u00e8re, non pour d\u00e9truire la nature, mais pour mieux en assurer l&rsquo;ordre. <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>La Gr\u00e8ce secr\u00e8te<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, qui met \u00e0 l\u2019\u0153uvre de Roger Godel le point final, appara\u00eet comme son testament spirituel. Je d\u00e9tacherai volontiers du dernier cha\u00adpitre, traitant d&rsquo;Hippocrate de Cos (p. 174), ces sentences, qui nous frappent plus encore, aujourd&rsquo;hui que Roger Godel n&rsquo;est plus : <\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab\u00a0La sagesse et l&rsquo;amour \u00e9clairent l&rsquo;esprit du chercheur\u00a0\u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab\u00a0L&rsquo;attrait de la v\u00e9rit\u00e9 aim\u00e9e pour elle-m\u00eame \u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab\u00a0L&rsquo;amour de l&rsquo;homme \u00e0 secourir et de la science \u00e0 acqu\u00e9rir \u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab\u00a0Une grande ambition de faire r\u00e9gner l&rsquo;harmonie envahit la m\u00e9decine \u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab\u00a0L&rsquo;amour de la vie communique \u00e0 ceux qui en appren\u00adnent la loi une initiation \u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Roger Godel a eu cinquante ans de vie profonde, de vie riche, de vie g\u00e9n\u00e9reuse. Il a travers\u00e9 notre monde \u00e0 un moment peut-\u00eatre o\u00f9 la science a \u00e9t\u00e9 le plus s\u00e9v\u00e8re pour elle-m\u00eame, bou\u00adleversant ses r\u00e9sultats, r\u00e9visant ses m\u00e9thodes, doutant des v\u00e9ri\u00adt\u00e9s d&rsquo;hier, d\u00e9j\u00e0 d\u00e9passant celles d&rsquo;aujourd&rsquo;hui \u00e0 peines \u00e9tablies pour construire celles, provisoires elles aussi, de demain. \u00c0 tous ces mouvements de pens\u00e9e, \u00e0 tous ces drames de la connaissance, il a particip\u00e9, et il a marqu\u00e9 chacun d&rsquo;eux par l&rsquo;\u00e9crit. Sa double vocation d&rsquo;hell\u00e9niste et de m\u00e9decin lui a conf\u00e9r\u00e9 le privil\u00e8ge d&rsquo;avoir connu le plus d&rsquo;humanit\u00e9, et acquis une exp\u00e9\u00adrience de l&rsquo;homme des plus \u00e9tendues \u00e0 la fois dans le temps \u2014 de la Gr\u00e8ce antique \u00e0 notre \u00e9poque \u2014 et dans l&rsquo;espace social et intellectuel des contemporains, depuis la mis\u00e8re des tranch\u00e9es et de l&rsquo;h\u00f4pital jusqu&rsquo;\u00e0 la sublime Sagesse. Il a \u00e9t\u00e9 le type repr\u00e9\u00adsentatif de l&rsquo;humaniste du XXe si\u00e8cle, d&rsquo;un si\u00e8cle dur, cruel, cyni\u00adque, trop enclin au mal sous le pr\u00e9texte du bien. Mais, anticon\u00adformiste l\u00e0 encore comme toujours, Roger Godel a su prouver, par son exemple, que le bien n&rsquo;est pas un vain mot. Trop sou\u00adcieux des valeurs \u00e9ternelles, il est all\u00e9 tout naturellement de l&rsquo;Humanisme \u00e0 l&rsquo;Humain.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"right\">\u00a0<span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Andr\u00e9 MIRAMBEL<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">________________________________________________________________<\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a> D\u00e9j\u00e0 dans une \u00e9tude p\u00e9n\u00e9trante (Synth\u00e8ses, n\u00b0 125, octobre 1956) Marie-Magdeleine Davy \u00e9crivait (pp. 385-386) : \u00ab Le Docteur Godel est un sage, et il irradie cette sagesse dans sa vie et dans ses \u0153uvres. Il ouvre devant nous un univers nouveau. Cet univers qu&rsquo;il d\u00e9crit n&rsquo;est pas clos. L&rsquo;homme peut y \u00eatre introduit par l&rsquo;exercice et sa d\u00e9couverte est telle qu&rsquo;elle change imm\u00e9diatement ses rapports envers lui-m\u00eame et le monde. Toute sa vie se trouve transform\u00e9e. Gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;\u00e9thique sup\u00e9rieure qui d\u00e9sormais le guide, l&rsquo;homme entre en con\u00adtact avec l&rsquo;universel \u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a> Dans ses <i>Essais sur l&rsquo;Exp\u00e9rience Lib\u00e9ratrice<\/i>, le chapitre XIII s&rsquo;intitule <i>Le lumineux et le profane sur la montagne<\/i> (p. 237-253) et (p. 339) le chapitre est compl\u00e9t\u00e9 par une note : <i>Variations sur le th\u00e8me de l&rsquo;alpinisme<\/i>.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote3\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a> Voir sur P\u00e9guy, parmi de nombreuses \u00e9tudes, d&rsquo;abord J\u00c9R\u00d4ME et JEAN THARAUD, <i>Notre Cher P\u00e9guy<\/i> (1926) et BERNARD GUYON, <i>P\u00e9guy<\/i> (1960). Je rel\u00e8ve dans le premier ouvrage (t. I, p. 245) : \u00ab Il voulait ramener le bonheur dans le monde par la restauration du travail&#8230; C&rsquo;\u00e9tait une religion du salut temporel&#8230; Il fallait commencer la r\u00e9vo\u00adlution du monde par la r\u00e9volution de soi-m\u00eame \u00bb, et (t. II, p. 128) : \u00ab Un saint m\u00e9rite sa saintet\u00e9. Il est le r\u00e9sultat d&rsquo;une lutte h\u00e9ro\u00efque pour se d\u00e9passer lui-m\u00eame \u00bb : remplacez \u00ab saint \u00bb par \u00ab sage \u00bb et \u00ab saintet\u00e9 \u00bb par \u00ab sagesse \u00bb, et vous rejoindrez le Godel de \u00ab <i>l&rsquo;exp\u00e9rience lib\u00e9ratrice<\/i> \u00bb. \u2014 Dans l&rsquo;ouvrage de B. Guyon je note (p. 263) : pour P\u00e9guy, \u00ab il n&rsquo;y a qu&rsquo;un combat, celui qui assure le salut par la libert\u00e9 \u00e9crit par la gr\u00e2ce \u00bb. Plus haut (p. 30), B. Guyon \u00e9crit : \u00ab\u00a0P\u00e9guy est entr\u00e9 dans le socialisme comme on entre en religion. Son engagement fut la r\u00e9ponse \u00e0 une vocation \u00bb, et p. 34 : \u00ab Le but final qui doit per\u00admettre d&rsquo;atteindre la cit\u00e9 harmonieuse, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9panouissement spirituel de chaque individu \u00bb. Nous sommes bien pr\u00e8s ici des \u00ab <i>Cit\u00e9s et univers de Platon<\/i> \u00bb selon Roger Godel qui rappelle (p. 57) ce pr\u00e9cepte de Platon dans les <i>Lois<\/i> : \u00ab Le bonheur, la perfection humaine&#8230; tel est le but du l\u00e9gislateur \u00bb, et qui, par ailleurs, avait \u00e9crit (Avant-propos des <i>Essais<\/i> pr\u00e9cit\u00e9s, p. 37) : \u00ab L&rsquo;exp\u00e9rience lib\u00e9ratrice, en effet, loin d&rsquo;exclure l&rsquo;homme de son humanit\u00e9, l&rsquo;y confirme en la r\u00e9alisant \u00bb, P\u00e9guy disait (<i>Feuillets<\/i>, 10, 11 mai 1895, cit\u00e9s par B. Guyon, p. 35) : \u00ab L&rsquo;universel affranchissement intellectuel est \u2014 comme condition pr\u00e9alable n\u00e9cessaire \u2014 mat\u00e9riel ; il ne doit pas s&rsquo;arr\u00eater avant que tous les hommes re\u00e7oivent, en fait, l&rsquo;\u00e9ducation int\u00e9grale \u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote4\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a> Voir l&rsquo;article de Roger Godel dans la Presse M\u00e9dicale du 20 septembre 1958 (66e ann\u00e9e, n\u00b0 64, pp. 1447-1449) sur <i>Hippocrate de Cos et l&rsquo;\u00e9veil de l&rsquo;esprit scientifique en m\u00e9decine<\/i>.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote5\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a> \u00ab C&rsquo;est l\u00e0, \u00e9crit Roger Godel (ibidem) une \u00e9volution absolu\u00adment nouvelle propre \u00e0 l&rsquo;hell\u00e9nisme, une discipline ignor\u00e9e des civi\u00adlisations les plus brillantes du temps pass\u00e9. \u00bb<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote6\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\">6<\/a> Cf. R. GODEL. <i>L&rsquo;\u00e9veil de l&rsquo;esprit scientifique chez les m\u00e9decins de l&rsquo;\u00e9cole d&rsquo;Hippocrate<\/i> (Travaux du IVe Congr\u00e8s International de M\u00e9decine N\u00e9o-Hippocratique, t. II, p. 108, Ath\u00e8nes, 1958).<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote7\">\n<p class=\"sdfootnote-western\" align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote7anc\" name=\"sdfootnote7sym\">7<\/a> <i>L&rsquo;Homme et son G\u00e9nie<\/i> (1937) ; <i>Recherche d&rsquo;une foi<\/i> (1937\u00ad-1940) ; <i>Cit\u00e9s et Univers de Platon<\/i> (dialogues et images cin\u00e9matogra\u00adphiques) (1940-1944) ; <i>Les portes d&rsquo;Ishtar<\/i> (1942) ; <i>Essais sur l&rsquo;exp\u00e9rience lib\u00e9ratrice<\/i> (1952) ; <i>Socrate et le Sage Indien<\/i> (1953) ; <i>Terre de Socrate<\/i> (1955) ; <i>Socrate et Diotime<\/i> (1955) ; <i>Platon \u00e0 H\u00e9liopolis d\u2019\u00c9gypte<\/i> (1956) ; <i>Un compagnon de Socrate<\/i>, <i>Dialogues sur l&rsquo;exp\u00e9rience lib\u00e9ratrice<\/i> (1956) ; <i>La Sagesse selon les Traditions indienne et Socratique<\/i> (1957) ; <i>Vie et r\u00e9novation<\/i>, <i>De la biologie \u00e0 la m\u00e9decine vers la con\u00adnaissance de soi<\/i> (1957) ; <i>F\u00e9minit\u00e9 des d\u00e9esses grecques<\/i> (1960) ; <i>Une Gr\u00e8ce secr\u00e8te<\/i>&#8230; (1960).<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Roger Godel \u00e9tait d&rsquo;un caract\u00e8re exceptionnel en m\u00eame temps qu&rsquo;un \u00e9l\u00e8ve d&rsquo;une rare qualit\u00e9. Indulgent aux faiblesses d&rsquo;autrui, exigeant pour lui-m\u00eame, serviable, sociable, il paraissait g\u00ean\u00e9 d&rsquo;une sup\u00e9riorit\u00e9 qui s&rsquo;imposait malgr\u00e9 lui sans conteste. Tout l&rsquo;int\u00e9ressait : les lettres, les sciences, les arts (je lui ai connu un beau talent de pianiste, et, parmi les ouvrages nombreux qu&rsquo;on lui doit, il en est un consacr\u00e9 \u00e0 la musique sous le titre Formes de la mu\u00adsique et musique int\u00e9rieure, Essai sur la cr\u00e9ation musicale, \u00e9crit en 1936). Sa rapidit\u00e9 \u00e0 apprendre, \u00e0 comprendre, \u00e9tonnait. Une puissance de labeur consid\u00e9rable lui permettait de mener de front plusieurs travaux, parmi les plus divers, et de se consacrer dans le m\u00eame temps \u00e0 de multiples activit\u00e9s. On admirait l&rsquo;\u00e9tendue de ses connaissances, et aussi la maturit\u00e9 de son esprit : il appor\u00adtait, aux choses et aux hommes, des r\u00e9flexions dignes d&rsquo;un adulte \u00e9clair\u00e9&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":13310,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[67],"tags":[],"class_list":["post-17071","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-r-godel"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.5 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Roger Godel ou de l&#039;humanisme \u00e0 l&#039;humain par Andr\u00e9 Mirambel - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/roger-godel-ou-de-lhumanisme-a-lhumain-par-andre-mirambel\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Roger Godel ou de l&#039;humanisme \u00e0 l&#039;humain par Andr\u00e9 Mirambel - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Roger Godel \u00e9tait d&#039;un caract\u00e8re exceptionnel en m\u00eame temps qu&#039;un \u00e9l\u00e8ve d&#039;une rare qualit\u00e9. 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