{"id":17131,"date":"2015-11-25T19:08:26","date_gmt":"2015-11-25T18:08:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=17131"},"modified":"2015-11-25T19:08:26","modified_gmt":"2015-11-25T18:08:26","slug":"le-conte-populaire-par-jean-markale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-conte-populaire-par-jean-markale\/","title":{"rendered":"Le conte populaire par Jean Markale"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">(Revue Question De. No 57. Mai-Juin 1984)<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il fut un temps o<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00f9<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> tout r\u00e9cit d&rsquo;origine populaire \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme sous-production de l&rsquo;esprit humain, divertissement \u00e0 l&rsquo;usage des arri\u00e9r\u00e9s men\u00adtaux, r\u00eaverie tout juste propre \u00e0 faire peur aux enfants ou \u00e0 faire passer d&rsquo;interminables veill\u00e9es d&rsquo;hiver. Le Romantisme, par l&rsquo;int\u00e9r\u00eat qu&rsquo;il suscita autour du ph\u00e9nom\u00e8ne individuel par rapport \u00e0 l&rsquo;uni\u00adversel pr\u00each\u00e9 par les syst\u00e8mes classiques, inversa le jugement, parfois jusqu&rsquo;aux limites de la niaiserie. Mais l\u00e0 encore, m\u00eame si l&rsquo;on reconnaissait dans les r\u00e9cits d&rsquo;origine populaire, folklorique comme on commen\u00e7ait \u00e0 dire, l&rsquo;expression originale d&rsquo;un peu\u00adple ou d&rsquo;une certaine forme de civilisation, il ne serait venu \u00e0 personne l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;y chercher autre chose qu&rsquo;une formulation mineure et secondaire de la litt\u00e9rature. En fait, tous ceux qui se sont int\u00e9ress\u00e9s au folklore, d\u00e8s le <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">XIX<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">e si\u00e8cle, se sont essentiellement born\u00e9s \u00e0 la forme que celui-ci rev\u00eatait, et ils ont laiss\u00e9 de c\u00f4t\u00e9 sa signification r\u00e9elle, persuad\u00e9s qu&rsquo;ils \u00e9taient que son importance \u00e9tait toute relative. On s&rsquo;ing\u00e9nia ainsi \u00e0 op\u00e9\u00adrer des classements, des \u00e9tiquetages, d&rsquo;ailleurs fort utiles, mais qui relevaient de la simple mus\u00e9ologie. On fit des comparaisons entre les folklores des diff\u00e9rents pays, mais ces comparaisons visaient d&rsquo;abord \u00e0 mettre en lu\u00admi\u00e8re l&rsquo;ind\u00e9niable sup\u00e9riorit\u00e9 d&rsquo;une culture officielle, livresque, acad\u00e9mique, qui, dans une certaine mesure, avait pu b\u00e9n\u00e9ficier d&rsquo;un apport plus ou moins direct de la tradition populaire. En somme, les \u00e9rudits de chef-lieu de canton qui avaient pass\u00e9 leur vie \u00e0 collecter des r\u00e9cits populaires n&rsquo;\u00e9taient que des amateurs \u00e9clair\u00e9s, et leur travail n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un compl\u00e9ment d&rsquo;information pour la connaissance de la nature humaine.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><b><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">IMPOSSIBLE D&rsquo;EXPLIQUER<\/span><\/span><\/span><\/b><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs dans cette optique que les anthropologues de l&rsquo;\u00e9poque 1900 utilis\u00e8rent l&rsquo;immense moisson de contes, de r\u00e9cits et de po\u00e8mes qui \u00e9tait \u00e0 leur disposition. Cela ne fit que renforcer leur th\u00e9orie de la \u00ab mentalit\u00e9 primitive \u00bb si ch\u00e8re \u00e0 L\u00e9vy-Bruhl et aux fondateurs de la sociologie moderne. L&rsquo;accent \u00e9tait mis d&#8217;embl\u00e9e sur le caract\u00e8re social de ces r\u00e9cits, t\u00e9moignages incompara\u00adbles de collectivit\u00e9s sinon primitives, du moins \u00ab en voie de d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb. Et comme la Psychanalyse n&rsquo;a fait que se greffer sur la sociologie, les premi\u00e8res tentatives de Freud, tout en ouvrant des portes obstin\u00e9ment closes depuis des si\u00e8cles, ont gard\u00e9 un caract\u00e8re hyper-rationa\u00adliste : il s&rsquo;agissait avant tout de d\u00e9montrer l&rsquo;historicit\u00e9 des contes populaires, \u00e0 la seule diff\u00e9rence que l&rsquo;histoire des contes est une histoire fantasmatique et non r\u00e9elle dans les faits. Freud se nourrit de Frazer, mais s&rsquo;il pr\u00e9\u00adtend d\u00e9montrer la vie prodigieuse de l&rsquo;inconscient, il s&rsquo;ing\u00e9nie \u00e0 doter celui-ci d&rsquo;une rationalit\u00e9 \u00e0 toute \u00e9preu\u00adve : jamais la logique n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 plus v\u00e9n\u00e9r\u00e9e que dans <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">l\u2019\u0153uvre<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> de Freud, ce que n&rsquo;ont pas suffisamment vu ses d\u00e9\u00adtracteurs, apparemment les plus rationnels de tous les savants de l&rsquo;\u00e9poque. Et lorsque Jung a d\u00e9vi\u00e9 du sch\u00e9ma-type mis en place par Freud, celui-ci l&rsquo;a d\u00e9savou\u00e9, ce qui est bien caract\u00e9ristique du non-engagement du p\u00e8re de la Psychanalyse dans les domaines interdits de ce qu&rsquo;on appelle, faussement d&rsquo;ailleurs, l&rsquo;irrationnel. Car l&rsquo;irra\u00adtionnel n&rsquo;est pas une situation, n&rsquo;est pas un \u00e9tat, encore moins un dogme : c&rsquo;est simplement un jugement provi\u00adsoire de l&rsquo;esprit constatant l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;expliquer un fait, quelle que soit l&rsquo;origine de celui-ci, r\u00e9elle ou fantasmatique. Mais quoi qu&rsquo;il en soit, par le passage de l&rsquo;\u00e9tude synchronique des contes \u00e0 leur \u00e9tude diachroni\u00adque, sur le mod\u00e8le des \u00e9tudes de la Linguistique, on en est venu \u00e0 consid\u00e9rer que tout r\u00e9cit de tradition popu\u00adlaire orale rec\u00e8le des sch\u00e9mas de connaissances qui re\u00admontent parfois dans la nuit des temps. C&rsquo;est cela qui est important. C&rsquo;est ce qui fait que le conte populaire ne peut plus d\u00e9sormais \u00eatre confin\u00e9 dans un r\u00f4le de simple divertissement.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><b><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">LE CONTE <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">V\u00c9HICULE<\/span><\/span><\/span><\/b><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Une <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u0153uvre<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> dite \u00ab folklorique \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire appartenant \u00e0 une \u00ab sagesse populaire \u00bb, un r\u00e9cit d&rsquo;aventures plus ou moins fantastiques ou merveilleuses, un chant d&rsquo;amour ou de mort, une invocation guerri\u00e8re ou magique, ces manifestations de l&rsquo;art verbal instinctif et collectif ne peuvent vivre que sous forme de nombreuses variantes qui, finalement, leur conf\u00e8rent leur sp\u00e9cificit\u00e9. Le fol\u00adklore est polystadial : chaque chant, chaque r\u00e9cit doit conserver diff\u00e9rentes couches historiques qui, par la tra\u00addition folklorique elle-m\u00eame, s&rsquo;ajoutent les unes aux au\u00adtres pour former une v\u00e9ritable Somme, incluant toutes les innovations dans des structures d\u00e9termin\u00e9es et assez stables. Dans ces conditions, il est vain de rechercher la date de composition d&rsquo;un conte : le conte est indatable par nature, et seule sa transcription peut prendre place dans une chronologie.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Car le langage, ce <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">q<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">ui inclut n\u00e9cessairement l&rsquo;art verbal des conteurs, est avant tout, comme l&rsquo;ont mis en \u00e9vi\u00addence L\u00e9vi-Strauss et les Structuralistes, un v\u00e9hicule de significations. Ce serait d&rsquo;ailleurs une erreur de croire qu&rsquo;il s&rsquo;agit seulement de significations rationnelles \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle scientifique. Avec son intuition \u00e9tonnante, Jean-Jacques Rousseau, dans son curieux et passionnant <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Dis\u00adcours sur l&rsquo;origine des langues<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">, lance cette affirmation que l&rsquo;on a toujours fait \u00ab du langage des premiers hom\u00admes des langages de g\u00e9om\u00e8tres \u00bb, alors que \u00ab nous voyons que ce furent des langues de po\u00e8tes\u00a0\u00bb. Et Rousseau for\u00admule un postulat fondamental : \u00ab Le langage figur\u00e9 fut le premier <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00e0<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> na\u00eetre, le sens propre fut trouv\u00e9 le dernier. \u00bb L&rsquo;anthropologie semble donner raison \u00e0 Rousseau : Les premiers hommes n&rsquo;avaient nul besoin de parler quand il s&rsquo;agissait d&rsquo;augmenter la puissance d&rsquo;un bras par 1&rsquo;acquisition d&rsquo;un caillou destin\u00e9 \u00e0 frapper de loin l&rsquo;animal qu&rsquo;il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 dangereux d&rsquo;affronter de pr\u00e8s. Le geste a eu tout de suite un but utilitaire, imm\u00e9diat, un but de survie. Cette survie \u00e9tant atteinte, c&rsquo;est-\u00e0-dire u<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">n<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">e fois satisfaite la triade des besoins fondamentaux de l&rsquo;huma\u00adnit\u00e9 (se nourrir, se prot\u00e9ger et procr\u00e9er), une place pou\u00advait \u00eatre donn\u00e9e aux rapports entre les \u00eatres, rapports de haine ou d&rsquo;amour, d&rsquo;indiff\u00e9rence ou de curiosit\u00e9. L\u00e0 est l&rsquo;origine du langage passionnel, qui n&rsquo;est pas n\u00e9ces\u00adsaire \u00e0 la survie imm\u00e9diate, mais qui devient la marque sp\u00e9cifique de l&rsquo;animal humain. Et comme le dit Benjamin P\u00e9ret dans son <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Anthologie des mythes, contes et l\u00e9gendes populaires d&rsquo;Am\u00e9rique<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">, \u00ab la pens\u00e9e po\u00e9tique appara\u00eet d\u00e8s l&rsquo;aurore de l&rsquo;humanit\u00e9, d&rsquo;abord sous la forme du lan\u00adgage, plus tard sous l&rsquo;aspect du mythe qui pr\u00e9figure la science, la philosophie, et constitue \u00e0 la fois le premier \u00e9tat de la po\u00e9sie et l&rsquo;axe autour duquel elle continue de tourner \u00e0 une vitesse ind\u00e9finiment acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e\u00a0\u00bb. Car si, selon Rousseau, ce sont les besoins qui ont provoqu\u00e9 le geste, ce sont les passions (au sens de ph\u00e9nom\u00e8nes psy\u00adcho-affectifs) qui ont provoqu\u00e9 le langage. Et un langage, pour \u00eatre accessible \u00e0 tous, a besoin d&rsquo;\u00eatre codifi\u00e9 : d&rsquo;o\u00f9 la naissance du mythe, <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">n\u0153ud<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> primordial autour duquel s&rsquo;articule toute expression.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><b><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">L&rsquo;APPARITION DES RITES<\/span><\/span><\/span><\/b><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Or l&rsquo;aspect po\u00e9tique, qui est, en derni\u00e8re analyse, celui du langage primitif, d\u00e9montre le pouvoir cr\u00e9ateur de ce langage. Po\u00e9sie \u00e9tant synonyme de cr\u00e9ation, on est bien oblig\u00e9 de constater que l&rsquo;\u00eatre humain, apr\u00e8s avoir satis\u00adfait ses besoins essentiels, imm\u00e9diats, a essay\u00e9 d&rsquo;influer sur son environnement. Se heurtant sans cesse \u00e0 une nature hostile, il l&rsquo;a combattue ou il l&rsquo;a domestiqu\u00e9e. Mais \u00e0 partir du moment o\u00f9 son action imm\u00e9diate a but\u00e9 contre l&rsquo;obstacle in\u00e9luctable de la mort, le mythe s&rsquo;est constitu\u00e9 pour aller au-del\u00e0 du visible, au-del\u00e0 du naturel, ou tout au moins de ce qui \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme naturel. Le mythe est en r\u00e9alit\u00e9 la codification pr\u00e9cise d&rsquo;une tentative pour \u00e9chapper au destin humain qui est de mourir. De l\u00e0 la naissance des religions, ou de la m\u00e9taphysique. De l\u00e0 l&rsquo;apparition des rites qui, \u00e0 l&rsquo;origine, proposaient une alliance entre la Nature et l&rsquo;Homme, alliance privil\u00e9gi\u00e9e par laquelle se dessinait une harmonie, une remise en cause fondamentale de la vie sur un plan d\u00e9j\u00e0 id\u00e9ologique.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Or, ces rites, il fallait bien les conserver, les transmettre. C&rsquo;est alors que le r\u00e9cit s&rsquo;est fait v\u00e9hicule de traditions. Le tout est de savoir le contenu de ces traditions, et de v\u00e9rifier si elles sont authentiques. Comme nous n&rsquo;avons pas les moyens techniques pour le faire, cette v\u00e9rification ne peut \u00eatre qu&rsquo;hypoth\u00e9tique. La seule certitude est que le langage, parvenu \u00e0 une forme \u00e9labor\u00e9e de r\u00e9cit, trans\u00admet quelque chose. Le conte populaire, tel qu&rsquo;il est actuel\u00adlement, m\u00eame dans ses aspects les plus contradictoires ou les plus alt\u00e9r\u00e9s, est, selon toute vraisemblance, ce qui nous reste d&rsquo;une lointaine \u00ab sagesse\u00a0\u00bb. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00c0<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> nous de d\u00e9coder le message qu&rsquo;il v\u00e9hicule.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><b><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">MAGIE OU RELIGION ?<\/span><\/span><\/span><\/b><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">De toute \u00e9vidence, le souci des soi-disant primitifs a \u00e9t\u00e9 de transmettre \u00e0 leurs descendants des recettes : pour mieux vivre, et aussi pour mieux mourir. Les anthropologues se sont essouffl\u00e9s \u00e0 essayer de savoir si les pre\u00admi\u00e8res manifestations humaines contre le destin subi avaient \u00e9t\u00e9 du domaine magique ou du domaine religieux. Les tenants du scientisme, tel qu&rsquo;on le concevait jusqu&rsquo;au milieu d<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">u XXe<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> si\u00e8cle, affirmaient que les pratiques magi\u00adques avaient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 toute organisation religieuse, par cons\u00e9quent tout dogme et toute conception th\u00e9ologique abstraite. L&rsquo;animisme a fait la joie des \u00e9tudiants en His\u00adtoire des Religions. Freud n&rsquo;a pas manqu\u00e9 de sauter \u00e0 pieds joints dans cette barque qui faisait pourtant eau de toutes parts, car cette proposition rationnelle n&rsquo;expli\u00adque rien. De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, les partisans de la Tradition ont affirm\u00e9 la pr\u00e9dominance de la R\u00e9v\u00e9lation, dogmati\u00adque ou mystique, supposant une divinit\u00e9 qui d\u00e9voile aux \u00eatres humains les grandes lignes d&rsquo;un projet dont ceux-ci sont suppos\u00e9s \u00eatre les artisans. Cette conception n&rsquo;expli\u00adque rien non plus, puisque se retrancher derri\u00e8re un Dieu qui parle ne constitue pas une preuve. En fait, il semble bien que ces deux positions extr\u00eames ne tiennent pas compte du facteur humain lui-m\u00eame : un long bal\u00adbutiement \u00e0 la recherche de r\u00e9alit\u00e9s profondes. Ces r\u00e9ali\u00adt\u00e9s ne sont certainement pas apparues d&rsquo;un coup. Mais elles n&rsquo;ont pas attendu un soi-disant \u00e2ge de raison de l&rsquo;humanit\u00e9 pour appara\u00eetre derri\u00e8re les brouillards de la superstition. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une fausse querelle, encore plus absurde que celle de <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">l\u2019\u0153uf<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> et de la poule. Ne consi\u00add\u00e9rer qu&rsquo;un seul aspect des choses n&rsquo;a jamais permis de reconstituer une totalit\u00e9, m\u00eame si Cuvier pr\u00e9tendait le contraire en dessinant ses monstres pr\u00e9historiques : car Cuvier avait des \u00e9l\u00e9ments de comparaisons, et l&rsquo;analogie peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e \u00e0 bon droit comme le raison\u00adnement anti-scientifique le plus utile \u00e0 la Science.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Un simple regard sur n&rsquo;importe quelle religion peut nous convaincre : les \u00e9l\u00e9ments magiques ne sont pas absents de la religion, m\u00eame si celle-ci s&rsquo;en d\u00e9fend avec \u00e9nergie. La messe catholique est un rituel de magie, et de nom\u00adbreuses traces en sont rest\u00e9es dans les assembl\u00e9es pro\u00adtestantes les plus hostiles \u00e0 la \u00ab superstition \u00bb, ne serait-ce que la pri\u00e8re commune, ou les cantiques. Chercher \u00e0 savoir d&rsquo;o\u00f9 viennent ces relents de magie, s&rsquo;ils ont \u00e9t\u00e9 emprunt\u00e9s \u00e0 des religions ant\u00e9rieures, c&rsquo;est une autre affaire, et bien secondaire dans le sujet qui nous occupe. L&rsquo;essentiel est de consid\u00e9rer la magie et la religion (au sens actuel du terme, et qui d\u00e9signe les grandes religions \u00e9tablies) comme deux aspects d&rsquo;une m\u00eame r\u00e9alit\u00e9. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00c0<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> ce compte, le caract\u00e8re antinomique se r\u00e9sorbe, et tout r\u00e9\u00adcit populaire qui v\u00e9hicule une tradition est aussi respec\u00adtable qu&rsquo;un livre fondamental comme la Bible ou le Qoran.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Car tout conte populaire int\u00e8gre des donn\u00e9es d&rsquo;observa\u00adtion concernant la lutte de l&rsquo;individu contre le Destin. En fait, il s&rsquo;agit presque toujours d&rsquo;une transgression d&rsquo;interdits. Le h\u00e9ros du conte populaire d\u00e9fie le temps, d\u00e9fie la soci\u00e9t\u00e9, d\u00e9fie la mort. Il lui arrive m\u00eame de d\u00e9fier Dieu. Cet aspect blasph\u00e9matoire n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs ressenti comme tel que dans le cadre qui est le n\u00f4tre, c&rsquo;est-\u00e0-dire celui d&rsquo;une religiosit\u00e9 teint\u00e9e d&rsquo;un christianisme passif, enti\u00e8rement vou\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ob\u00e9issance d&rsquo;un Dieu tout puissant. Il en a \u00e9t\u00e9 diff\u00e9remment dans d&rsquo;autres soci\u00e9t\u00e9s, m\u00eame des soci\u00e9t\u00e9s qui affirmaient leur christianisme, comme l&rsquo;Irlande de l&rsquo;\u00e2ge des Saints. On nous ra\u00adconte que saint Patrick je\u00fbnait contre Dieu afin d&rsquo;obte\u00adnir de celui-ci des faveurs qu&rsquo;il s&rsquo;obstinait \u00e0 refuser. D&rsquo;autres saints irlandais ont fait de m\u00eame, et il n&rsquo;y a pas de raison de douter des t\u00e9moignages de leurs pieux biographes : ils ne faisaient que remettre au go\u00fbt du jour une vieille coutume celtique pa\u00efenne, \u00e0 la fois juri\u00addique et magique, gr\u00e2ce \u00e0 laquelle le faible pouvait avoir raison du fort lorsqu&rsquo;il \u00e9tait certain de son bon droit. Dans ces conditions, o\u00f9 se trouve le foss\u00e9 qui s\u00e9pare la magie de la religion ?<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><b><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">LE PIVOT<\/span><\/span><\/span><\/b><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le pivot du conte populaire se r\u00e9sume toujours en une transgression, qu&rsquo;elle soit volontaire, ou qu&rsquo;elle soit in\u00adconsciente. L&rsquo;un des types les plus r\u00e9pandus de r\u00e9cits merveilleux concerne les aventures d&rsquo;un jeune homme, ou plut\u00f4t un jeune gar\u00e7on, qui quitte sa famille tr\u00e8s pauvre pour chercher fortune dans le vaste monde. G\u00e9\u00adn\u00e9ralement, c&rsquo;est le troisi\u00e8me fils, le plus jeune, et il suit exactement le m\u00eame chemin qu&rsquo;ont suivi ses deux a\u00een\u00e9s. Mais ceux-ci sont ou revenus sans avoir r\u00e9ussi, ou morts victimes de mal\u00e9fices, ou prisonniers d&rsquo;un enchan\u00adtement, ou encore perdus dans un monde ressemblant \u00e0 l&rsquo;\u00eele des Rieurs de l&rsquo;Odyss\u00e9e. Et, au cours du r\u00e9cit, on apprend que leur \u00e9chec est d\u00fb au fait qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas voulu, ou qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas su, transgresser certains interdits.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><b><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">LA TRANSGRESSION ET&#8230;<\/span><\/span><\/span><\/b><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le plus jeune part donc sur la route, sans un sou, ou bien avec une bourse modeste que lui a remise son p\u00e8re ou sa m\u00e8re. Une premi\u00e8re \u00e9preuve se pr\u00e9sente : une vieille femme lui demande de l&rsquo;aider. Il accepte, et en r\u00e9compense, il re\u00e7oit un objet magique, ou simplement un conseil, une direction \u00e0 prendre. Il na pas conscience de la valeur du don, pas plus qu&rsquo;il n&rsquo;a agi dans un but int\u00e9ress\u00e9 en aidant la vieille femme. Mais d\u00e9sormais, il va \u00eatre confront\u00e9 \u00e0 de nouvelles \u00e9preuves, parfois p\u00e9ril\u00adleuses, et il ne pourra r\u00e9ussir \u00e0 les surmonter que parce qu&rsquo;il a l&rsquo;objet magique, ou parce qu&rsquo;il peut appeler \u00e0 son secours la personne qu&rsquo;il a aid\u00e9e. La signification est on ne peut plus claire : la rencontre avec la vieille femme \u00e9tait la premi\u00e8re \u00e9tape d&rsquo;une initiation, et comme dans toute initiation \u2013 c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00ab commencement \u00bb \u2013, chaque \u00e9l\u00e9ment est indispensable. Ses fr\u00e8res ayant rat\u00e9 la premi\u00e8re marche, ils n&rsquo;ont pu gravir l&rsquo;escalier. Lui, il le peut. On dit toujours que c&rsquo;est le premier pas qui co\u00fbte le plus. La sagesse populaire pr\u00e9tend ainsi qu&rsquo;une simple entr\u00e9e dans un syst\u00e8me de r\u00e9f\u00e9rence peut per\u00admettre l&rsquo;accomplissement du p\u00e9riple dans sa totalit\u00e9, compte-tenu des autres \u00e9preuves qui ne manquent pas d&rsquo;appara\u00eetre. Et quand ces \u00e9preuves sont accomplies, le h\u00e9ros \u00e9pouse g\u00e9n\u00e9ralement la princesse d&rsquo;un \u00e9trange pays, princesse \u00e0 laquelle il n&rsquo;a pas droit, puisqu&rsquo;il n&rsquo;est qu&rsquo;un roturier de la pire esp\u00e8ce, ce qui est surprenant quand on consid\u00e8re le caract\u00e8re conservateur de la so\u00adci\u00e9t\u00e9 rurale dont le conte est le t\u00e9moignage. Ce caract\u00e8re conservateur fait que chacun doit rester \u00e0 sa place : les rois entre eux, les paysans entre eux. Mais il y a trans\u00adgression. Peu importe que le h\u00e9ros se soit distingu\u00e9 par sa valeur, son intelligence ou son habilet\u00e9 : s&rsquo;il parvient \u00e0 la royaut\u00e9, c&rsquo;est bien par une sorte d&rsquo;usurpation. Cette usurpation, il l&rsquo;a pourtant cherch\u00e9e inconsciem\u00adment. Et il la doit \u00e0 des pouvoirs magiques qu&rsquo;on lui a donn\u00e9s ou dont il s&rsquo;est empar\u00e9 par une autre transgres\u00adsion. Et il ne pouvait en \u00eatre autrement, car une transgression d&rsquo;interdit entra\u00eene fatalement une transgression d&rsquo;un autre interdit : l&rsquo;exemple fameux du h\u00e9ros irlandais C\u00fbchulainn en est une preuve absolue. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00c0<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> partir du mo\u00adment o\u00f9 il est oblig\u00e9 de manger du chien, ce qui consti\u00adtue pour lui un interdit majeur (son nom contient le mot \u00ab chien \u00bb), il est amen\u00e9 par un jeu subtil provoqu\u00e9 par ses ennemis, \u00e0 transgresser tous les interdits qui lui sont propres, jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort. Certes, cet exemple va dans le sens de la d\u00e9ch\u00e9ance, dans un sens n\u00e9gatif. Mais le h\u00e9ros de conte populaire n&rsquo;est pas mieux loti. Trans\u00adgressant un premier interdit, il est amen\u00e9 \u00e0 en transgres\u00adser d&rsquo;autres, jusqu&rsquo;\u00e0 son triomphe, son apog\u00e9e. Alors commence la s\u00e9rie des interdits n\u00e9gatifs, et malheur \u00e0 lui s&rsquo;il lui arrive d&rsquo;en transgresser un seul, car il \u00ab commen\u00adcerait \u00bb la cha\u00eene de sa d\u00e9ch\u00e9ance. Plus que jamais, tout est dans tout, et r\u00e9ciproquement, comme aurait dit Al\u00adphonse Allais qui \u00e9tait loin d&rsquo;\u00eatre innocent.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><b><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">&#8230; L&rsquo;USURPATION<\/span><\/span><\/span><\/b><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Usurpation, transgression. Ce sont des synonymes de d\u00e9\u00adpassement. Toute magie est d\u00e9passement puisqu&rsquo;elle est lutte contre les fronti\u00e8res d&rsquo;un r\u00e9el impos\u00e9 par la nature. Le h\u00e9ros du conte populaire, d&rsquo;une fa\u00e7on ou d&rsquo;une autre, est amen\u00e9 au stade de ce d\u00e9passement. S&rsquo;il franchit la premi\u00e8re fronti\u00e8re, on peut \u00eatre assur\u00e9 qu&rsquo;il franchira les autres. Et rien ne lui sera impossible, ce qui \u00e9videm\u00adment donnera au r\u00e9cit cette allure merveilleuse et surna\u00adturelle qui demeure la caract\u00e9ristique essentielle du conte. Plus rien ne peut \u00eatre comme avant. Plus rien n&rsquo;est d\u00e9fi\u00adnitif : le h\u00e9ros s&#8217;embarque pour une navigation certes p\u00e9rilleuse, mais qui doit d\u00e9boucher sur l&rsquo;apparition de l&rsquo;\u00eele merveilleuse, l&rsquo;\u00eele des Pommiers, la Terre des F\u00e9es, o\u00f9 tout s&rsquo;accomplit selon des normes irrationnelles, parce que non conformes au quotidien. L&rsquo;irrationnel est trans\u00adgression. C&rsquo;est un mode op\u00e9ratoire qui donne \u00e0 l&rsquo;imp\u00e9\u00adtrant la possibilit\u00e9 de reculer au maximum les limites que la nature lui a impos\u00e9es. Libre \u00e0 chacun de nous de voir dans ces aventures de simples projections de l&rsquo;es\u00adprit, une recherche d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e d&rsquo;un Paradis perdu qui serait, selon les lois de la Psychanalyse, la r\u00e9miniscence de l&rsquo;\u00e9tat ut\u00e9rin, ou selon les hypoth\u00e8ses de Mirc\u00e9a Eliade, le retour aux temps primitifs, les temps de l&rsquo;Age d&rsquo;Or, moment des origines o\u00f9 les antinomies ne sont pas en\u00adcore discernables. Le fait est certain : par une action particuli\u00e8re, en vertu de \u00ab pouvoirs \u00bb myst\u00e9rieusement appris au cours de la qu\u00eate, le h\u00e9ros a gagn\u00e9 le moyen de parvenir \u00e0 l&rsquo;extase. Cela est de la magie.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><b><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">UN RITUEL NARRATIF<\/span><\/span><\/span><\/b><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">De m\u00eame que les r\u00e9cits \u00e9piques, ou mythologiques, des anciennes civilisations nous livrent les \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;un ri\u00adtuel \u00e0 composantes magico-religieuses, les contes popu\u00adlaires sont vraisemblablement les versions narratis\u00e9es de pratiques c\u00e9r\u00e9monielles. Les aventures du jeune <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">h\u00e9ros<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> pauvre qui, \u00e0 la suite de diverses \u00e9preuves, parvient \u00e0 \u00e9pouser la fille du roi, sont en r\u00e9alit\u00e9 identiques \u00e0 <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">la<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> qu\u00eate du jeune Perceval, \u00ab Perceval le Niais \u00bb, lorsqu&rsquo;il se lance sur le chemin du \u00ab Ch\u00e2teau des Merveilles \u00bb, autrement dit le Graal. Les armes miraculeuses qui ne manquent jamais leur but, le chaudron in\u00e9puisable, la trompe avec laquelle on peut appeler l&rsquo;\u00eatre surnaturel secourable, le manteau d&rsquo;invisibilit\u00e9, le fruit de v\u00e9rit\u00e9, la baguette magique, la parole miraculeuse, tout cela ap\u00adpartient au h\u00e9ros qui a su franchir la premi\u00e8re \u00e9tape, la plus importante puisqu&rsquo;elle conditionne toutes les autres. Gr\u00e2ce \u00e0 cet outil merveilleux, le h\u00e9ros saura trouver la sortie du labyrinthe dans lequel il se trouve engag\u00e9. Ce sont donc incontestablement des symboles, des points de rep\u00e8re, encore qu&rsquo;il faille s&rsquo;interroger sur le sens du mot \u00ab symbole \u00bb. L&rsquo;objet n&rsquo;est en fait que l&rsquo;aspect visible, concret, d&rsquo;une d\u00e9marche d&rsquo;ordre spirituel, un peu comme la manipulation d&rsquo;un alchimiste n&rsquo;est que le prolonge\u00adment mat\u00e9riel d&rsquo;un concept v\u00e9cu par l&rsquo;op\u00e9rateur. Il en est de m\u00eame pour la \u00ab parole \u00bb, la formule que le h\u00e9ros doit prononcer pour que s&rsquo;accomplisse le miracle, c&rsquo;est-\u00e0-dire la chose inexplicable et admirable qui fera de lui un triomphateur.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous sommes \u00e9videmment en pleine magie. Le h\u00e9ros est un op\u00e9rateur qui, gr\u00e2ce \u00e0 des \u00ab secrets \u00bb, peut influer sur le destin. Il est le manipulateur qui d\u00e9range un ordre du monde fix\u00e9 de fa\u00e7on immuable et qui se r\u00e9v\u00e8le tout \u00e0 coup parfaitement muable. La Science contemporaine \u00e9nonce des hypoth\u00e8ses semblables quant au r\u00f4le de l&rsquo;ADN dans les ph\u00e9nom\u00e8nes biologiques : la cellule vi\u00advante serait programm\u00e9e, mais il existerait dans chaque cellule une part de libert\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire de possibilit\u00e9 de mutation. Au lieu d&rsquo;un d\u00e9terminisme rigoureux qui semble l&rsquo;h\u00e9ritage des fatalismes religieux de l&rsquo;ancien temps, la Science contemporaine pr\u00e9conise l&rsquo;Ind\u00e9cidable, le r\u00e9\u00adf\u00e9rant \u00e9tant immuable et le r\u00e9f\u00e9r\u00e9 parfaitement capable de modifier le contenu de sa propre programmation. Comprenne qui pourra, mais le h\u00e9ros du conte populaire, tout en n&rsquo;ayant fait aucune \u00e9tude de biologie ou de phy\u00adsique nucl\u00e9aire, est \u00e0 m\u00eame de modifier la trajectoire qui avait \u00e9t\u00e9 fix\u00e9e pour lui. Il \u00e9tait pauvre, destin\u00e9 \u00e0 croupir dans sa m\u00e9diocrit\u00e9, tout juste bon \u00e0 accomplir son devoir de reproduction. Et voil\u00e0 qu&rsquo;un beau jour, il abolit le temps, l&rsquo;espace, les normes, voil\u00e0 qu&rsquo;il d\u00e9truit les forces des t\u00e9n\u00e8bres, qu&rsquo;il lutte contre les oppressions, qu&rsquo;il renverse les donn\u00e9es de la morale et de la l\u00e9gitimit\u00e9, voil\u00e0 qu&rsquo;il fait appara\u00eetre des \u00e9nergies nouvelles, per<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">m<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">ettant ainsi au monde de se r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer par lui et \u00e0 travers lui. Serait-il le d\u00e9miurge ?<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le probl\u00e8me est l\u00e0. Le h\u00e9ros de conte populaire en bou\u00adleversant un ordre apparent des choses, agit comme un d\u00e9miurge mythique, comme un enchanteur Merlin provoquant le destin et le n\u00e9antisant. Il est sorcier. D&rsquo;ail\u00adleurs, bien souvent, dans ce type de conte, le h\u00e9ros est aid\u00e9 par un \u00eatre extraordinaire, f\u00e9e, sorci\u00e8re ou sorcier, apparaissant sous forme humaine ou sous forme ani\u00admale, vieille femme \u00e9dent\u00e9e et hideuse qui se r\u00e9v\u00e8le bien\u00adt\u00f4t \u00eatre une radieuse princesse, <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">g\u00e9ant<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> ou nain, ombre \u00e9vanescente ou voix dans la nuit. D&rsquo;apr\u00e8s le contexte, il est certain que ce personnage adjuvant n&rsquo;est que le dou\u00adble inconscient du h\u00e9ros. Cela tendrait \u00e0 d\u00e9montrer que tout est contenu dans l&rsquo;esprit humain et qu&rsquo;aucun ma\u00eetre n&rsquo;a \u00e0 apprendre quoi que ce soit \u00e0 un disciple, sinon \u00e0 faire surgir de la zone ombreuse ce qui ne demande qu&rsquo;\u00e0 \u00eatre mis en pleine lumi\u00e8re.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><b><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00c9VOQUER<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> DES FORCES<\/span><\/span><\/span><\/b><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Car au fond, le magicien n&rsquo;a d&rsquo;autre pouvoir que celui d&rsquo;\u00e9voquer des forces qui existent \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat latent dans la conscience \u2013 ou plut\u00f4t l&rsquo;inconscience \u2013 du sujet. Le magicien n&rsquo;est qu&rsquo;un accoucheur. Il n&rsquo;est jamais cr\u00e9ateur. Il est le catalyseur des forces en pr\u00e9sence. Il ne participe aucunement \u00e0 la m\u00e9tamorphose qui ne concerne que le h\u00e9ros. Mais sans lui, cette m\u00e9tamorphose ne se ferait pas. Ainsi en est-il du chaman. Ainsi en devait-il \u00eatre du druide. Ainsi en est-il du \u00ab sorcier \u00bb ou du personnage f\u00e9erique des contes populaires : il n&rsquo;est jamais le h\u00e9ros, mais tout en restant dans l&rsquo;ombre, il manipule les ficelles d&rsquo;un subtil jeu dans lequel s&rsquo;effectue la mutation du monde. Encore une fois, il faut affirmer que toutes ces transformations qu&rsquo;apporte le conte dans une soci\u00e9t\u00e9 rurale \u00e9minemment conservatrice, sont autant de trans\u00adgressions <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">qui<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> conduisent \u00e0 une \u00e9volution en profondeur des esprits et de la mati\u00e8re m\u00eame du conflit. Car le conflit est permanent entre l&rsquo;\u00eatre et la nature qui l&rsquo;enserre. L&rsquo;\u00eatre ne peut sortir de sa gangue qu&rsquo;en bri\u00adsant celle-ci. D&rsquo;o\u00f9 le merveilleux, et dans une dimension plus profane, le fantastique, qui est son substitut ratio\u00adnalis\u00e9. On a beau dire que de telles aventures se sont d\u00e9roul\u00e9es dans des temps pass\u00e9s, dans <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">un<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i> illo tempore<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> des origines, personne n&rsquo;est dupe : de telles merveilles pourraient appara\u00eetre dans notre monde contemporain. Mais avons-nous suffisamment de force pour les susci\u00adter ? Et existe-t-il des magiciens capables de les provoquer ?<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><b><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">FANTASME OU <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">R\u00c9ALIT\u00c9<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> ?<\/span><\/span><\/span><\/b><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">La r\u00e9f\u00e9rence a un <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>illo tempore<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> est pratique dans le sens o\u00f9 se d\u00e9culpabilise ainsi l&rsquo;esprit humain face \u00e0 la Science et \u00e0 la rationalit\u00e9 de la civilisation dans laquelle il se manifeste. Mais \u00e0 y r\u00e9fl\u00e9chir, cette r\u00e9f\u00e9rence n&rsquo;est qu&rsquo;un pr\u00e9texte, et de mauvais go\u00fbt. Le symbole, dont on met en \u00e9vidence la permanence et la force potentielle ne serait-il alors qu&rsquo;un masque dont on affuble des r\u00e9a\u00adlit\u00e9s autrement agissantes et autrement convaincantes ? D&rsquo;abord, le symbole est un moyen terme, interjet\u00e9 entre deux \u00e9l\u00e9ments contradictoires. Ensuite, le symbole est polys\u00e9mique, ce qui fait peut-\u00eatre son charme po\u00e9tique, mais qui contribue <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00e0 <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">le rendre parfois inaccessible si l&rsquo;on ne poss\u00e8de pas la clef de l&rsquo;\u00e9nigme. Un conte populaire, bourr\u00e9 de symboles, est aussi incompr\u00e9hensible qu&rsquo;une th\u00e8se ontologique employant un jargon de sp\u00e9cialistes chevro<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">nn\u00e9<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">s. Pourtant, le symbole n&rsquo;est qu&rsquo;une image, une simple image ayant toutes les vertus du concret et toutes les nuances de l&rsquo;incertitude.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">On peut se poser une question essentielle : le symbole traduit-il un fantasme inh\u00e9rent \u00e0 la nature humaine, parfaitement universel et r\u00e9pandu dans le monde entier, comme l&rsquo;histoire <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">d\u2019\u0152dipe<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> tendrait \u00e0 nous le faire croire, ou est-il la transcription cod\u00e9e d&rsquo;une exp\u00e9rience indivi\u00adduelle pr\u00e9sent\u00e9e comme m\u00e9morable et exemplaire ? <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">La r\u00e9ponse \u00e0 cette question est primordiale. Car si le symbole est un fantasme, le conte qui le v\u00e9hicule n&rsquo;est qu&rsquo;une histoire \u00e0 dormir debout, seulement r\u00e9v\u00e9latrice des d\u00e9sirs inassouvis de l&rsquo;\u00eatre humain \u00e0 la recherche du Paradis perdu \u2013 ou futur. Alors, on peut affirmer sans risque d&rsquo;erreur que le conte n&rsquo;a aucune valeur magique et qu&rsquo;il ne peut servir en rien \u00e0 notre recherche pas\u00adsionn\u00e9e d&rsquo;un Graal, quelle que soit la nature de celui-ci. Le conte ne serait qu&rsquo;un amusement, comme on l&rsquo;a cru pendant tant de si\u00e8cles. Le conte est le miroir de l&rsquo;\u00e2me, sans plus.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Mais si le conte v\u00e9hicule une s\u00e9rie d&rsquo;exp\u00e9riences indivi\u00adduelles m\u00e9moris\u00e9es sous forme de constat cod\u00e9, donc sous forme de symboles rep\u00e9rables et <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">d\u00e9chiffrables<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> sous le manteau des fioritures po\u00e9tiques, sa vertu \u2013 au sens \u00e9tymologique \u2013 s&rsquo;en trouve singuli\u00e8rement r\u00e9habilit\u00e9e. Alors, le Christ, sortant de son tombeau, et surtout de son linceul sans le d\u00e9plier, comme semblent le prouver les savantes \u00e9tudes faites sur le saint Suaire de Turin, devient une r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 laquelle on ne peut \u00e9chapper. Ce\u00adpendant, le r\u00e9cit de sa r\u00e9surrection, rempli de merveilleux incompr\u00e9hensible, bourr\u00e9 de symboles plus ou moins accessibles, est \u00e0 l &lsquo;image d&rsquo;un conte populaire dont il a toutes les caract\u00e9ristiques.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le merveilleux ainsi mis en cause ne serait-il que la m\u00e9morisation d&rsquo;un fait authentique, si incroyable qu&rsquo;on en a fait un symbole ? Mirc\u00e9a Eliade a dit quelque part que \u00ab si les symboles ne sont pas des symboles, il faut chercher tr\u00e8s souvent leur origine au niveau de ce qu&rsquo;on appelle le surnaturel \u00bb. Or le \u00ab Surnaturel \u00bb, c&rsquo;est tout simplement de l&rsquo;irrationnel. O\u00f9 est la limite entre les faits r\u00e9els irrationnels, c&rsquo;est-\u00e0-dire qui ne s&rsquo;expliquent pas \u2013 actuellement \u2013 par la raison, et les faits surnaturels dont les contes populaires se font les t\u00e9moins. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">L\u2019\u0153uvre<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> enti\u00e8re de Mirc\u00e9a Eliade est consacr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude des symboles, mais le c\u00e9l\u00e8bre \u00ab historien des religions \u00bb n&rsquo;est rien moins qu&rsquo;ambigu lorsqu&rsquo;il essaye de d\u00e9finir le sym\u00adbole par rapport \u00e0 des faits primaires qui sont dus \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience individuelle. Il suffit de s&rsquo;int\u00e9resser au Cha\u00admanisme vu \u00e0 travers Eliade pour se convaincre de <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">cette <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">ambigu\u00eft\u00e9.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><b><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">LA TRANSE<\/span><\/span><\/span><\/b><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Quand un chaman accomplit le \u00ab voyage \u00bb, soit pour d\u00e9couvrir ce qu&rsquo;il y a dans l&rsquo;Autre Monde, soit pour ramener de cet Autre Monde l&rsquo;\u00e2me d&rsquo;un malade ou d&rsquo;un fou, il entre en transe. Apr\u00e8s \u00eatre sorti de cette transe, le chaman pr\u00e9tend avoir \u00ab fait le voyage\u00a0\u00bb. Et il d\u00e9crit ce voyage sous forme de r\u00e9cit. Le conte populaire ne serait-il pas la transcription de ce r\u00e9cit, revu et corrig\u00e9 par ce qu&rsquo;on appelle la \u00ab sagesse populaire \u00bb. Or le cha\u00adman est un magicien, comme l&rsquo;\u00e9tait le druide, la plupart du temps transcrit en latin par le terme magus. Le mage, le sorcier, le devin sont des sp\u00e9cialisations sacerdotales qui nous conduisent des religions \u00e9tablies aux supersti\u00adtions de villages. Mais le rapport est ind\u00e9niable. En lan\u00adgue ga\u00e9lique d&rsquo;Irlande, le mot drui, \u00ab druide \u00bb, est devenu, par \u00e9volution, draoi \u00e0 l&rsquo;heure actuelle. Et il signifie \u00ab sor\u00adcier\u00a0\u00bb. La sagesse populaire sait tr\u00e8s bien que le sorcier est le successeur des druides. Elle sait \u00e9galement que le pr\u00eatre catholique \u00ab fait des tours de physique \u00bb, et que si un pr\u00eatre ne fait pas ces tours de physique, ce n&rsquo;est pas un bon pr\u00eatre. Cette sagesse populaire, ce \u00ab folklore \u00bb, sait aussi que les contes sont les \u00e9vangiles du peuple <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">[<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\"><sup>1<\/sup><\/a>]<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">. Sinon, il y a bien longtemps qu&rsquo;elle aurait renonc\u00e9 \u00e0 les transmettre aux g\u00e9n\u00e9rations futures. Ce n&rsquo;est pas pour rien que les conteurs populaires prennent soin de pr\u00e9ciser les lieux de l&rsquo;action qu&rsquo;ils d\u00e9crivent, les m\u00e9canismes du merveilleux et les r\u00e9sultats qui s&rsquo;op\u00e8rent. Et ils ajoutent g\u00e9n\u00e9ralement qu&rsquo;ils en \u00e9taient les t\u00e9moins. Pourquoi mentiraient-ils ?<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><b><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">MAGIE <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">SP\u00c9CULATIVE<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> OU <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">OP\u00c9RATOIRE<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> ?<\/span><\/span><\/span><\/b><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Car toutes les histoires rapport\u00e9es dans les contes sont consid\u00e9r\u00e9es comme vraies. Elles sont en somme \u00ab paroles d&rsquo;\u00e9vangile \u00bb et le doute n&rsquo;est pas permis \u00e0 leur propos. Une analyse interne rigoureuse nous ferait d&rsquo;ailleurs appara\u00eetre que toutes ces histoires se d\u00e9roulent selon une logique implacable, une logique qui est propre \u00e0 l&rsquo;univers du conte. Et, de m\u00eame que les <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00c9p\u00eetres<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> de saint Paul sont l&rsquo;aspect th\u00e9orique, sp\u00e9culatif, de la religion chr\u00e9tienne primitive, tandis que les <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00c9vangiles<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> en sont l&rsquo;aspect concret, incarn\u00e9, op\u00e9ratoire, les contes populai\u00adres sont les <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00c9vangiles<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> de la magie tandis que le \u00ab grand \u00bb ou le \u00ab petit Albert \u00bb, ainsi que \u00ab l&rsquo;Agrippa \u00bb en sont les <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00c9p\u00eetres.<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> C&rsquo;est au magicien d&rsquo;interpr\u00e9ter et d&rsquo;utiliser l&rsquo;Agrippa, toujours difficile d&rsquo;acc\u00e8s pour le commun des mortels. Les images contenues dans les r\u00e9cits sont d&rsquo;une transmission et d&rsquo;une compr\u00e9hension plus ais\u00e9es : elles s&rsquo;adressent \u00e0 la sensibilit\u00e9. Et elles sont les images de la v\u00e9rit\u00e9. Libre \u00e0 nous de croire ou de ne pas croire, et sur\u00adtout d&rsquo;op\u00e9rer la subtile distinction entre ce qui est vrai et ce qui est r\u00e9el, distinction que ne pose jamais l&rsquo;audi\u00adteur d&rsquo;un conte, pas plus d&rsquo;ailleurs que celui de <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">l\u2019\u00c9vangile<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> du jour. Il ne reste plus au conteur que de sous-entendre, \u00e0 la fin de son r\u00e9cit, des paroles du genre \u00ab faites comme lui \u00bb, et la similitude entre le conte et <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">l\u2019\u00c9vangile<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> est parfaite.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">C&rsquo;est en ce sens que le conte populaire a \u00e9t\u00e9 volontaire\u00adment d\u00e9pr\u00e9ci\u00e9 et calomni\u00e9 : il repr\u00e9sente assur\u00e9ment une \u00ab contre-culture \u00bb, et les tenants de l&rsquo;orthodoxie avaient toutes les raisons de s&rsquo;en m\u00e9fier. Mais lorsque la qualifi\u00adcation d&rsquo;enfantillage ne suffisait plus ou que la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>illo tempore<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> \u00e9tait trop vague, il fallait lui donner une connotation inqui\u00e9tante, d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;apparition d&rsquo;une morale ajout\u00e9e, toujours conformiste dans ses conclusions, et le r\u00f4le imparti \u00e0 des \u00eatres class\u00e9s comme diaboliques. D\u00e8s que les composantes magiques \u00e9mergent quelque part, la religion officielle les nie, ou les d\u00e9nature. C&rsquo;est un probl\u00e8me de fond, puisque la religion pr\u00e9\u00adtend soumettre l&rsquo;homme \u00e0 l&rsquo;ordre divin tandis que la magie propose \u00e0 l&rsquo;homme de modifier, en bien comme en mal, cet ordre divin. Mais le h\u00e9ros de conte populaire ne se soumet jamais passivement \u00e0 l&rsquo;ordre divin : m\u00eame si, ayant r\u00e9ussi ses \u00e9preuves, il atteint un stade de confor\u00admit\u00e9 avec cet ordre, celui-ci n&rsquo;est jamais comme avant, et le h\u00e9ros est responsable de cette mutation. Le conte populaire permet \u00e0 l&rsquo;\u00eatre humain, dissimul\u00e9 derri\u00e8re le h\u00e9ros, de modifier un syst\u00e8me que la religion lui propo\u00adsait comme immuable.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><b><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">LE CHARME<\/span><\/span><\/span><\/b><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">C&rsquo;est donc une v\u00e9ritable magie op\u00e9ratoire qui est \u00e0 l&rsquo;honneur dans la plupart des r\u00e9cits de la tradition populaire. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00c0<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> vrai dire, il y a m\u00eame une \u00ab comptabilisation \u00bb des moyens \u00e0 utiliser, puisque compte et conte proviennent tous deux de la m\u00eame souche, autrement dit le verbe latin computare, mot dans lequel r\u00e9f\u00e9rence formelle est faite \u00e0 la pens\u00e9e, au calcul, au d\u00e9roulement d&rsquo;op\u00e9rations. L&rsquo;accent est mis sur l&rsquo;action humaine, en accord avec le proverbe bien connu : \u00ab aide-toi, le Ciel t&rsquo;aidera. \u00bb<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Car la magie est action humaine, alors que le fait reli\u00adgieux suppose une action divine. Contrairement \u00e0 ce qu&rsquo;on pense g\u00e9n\u00e9ralement, l&rsquo;acte magique ne consiste pas \u00e0 r\u00e9veiller des forces invisibles, mais \u00e0 les utiliser \u00e0 son profit. En dernier ressort, c&rsquo;est l&rsquo;op\u00e9rateur, donc l&rsquo;homme \u2013 et dans notre sujet le h\u00e9ros du conte \u2013 qui est le deus ex machina. Et si on a vu, \u00e0 bon droit, certaines pratiques chamaniques dans les contes populaires europ\u00e9ens, on peut aussi y discerner la croyance fondamen\u00adtale des Celtes, \u00e0 savoir la puissance de l&rsquo;\u00eatre humain, puissance th\u00e9oriquement sans limite puisque effet imm\u00e9\u00addiat de la volont\u00e9. C&rsquo;est aussi le Libre-Arbitre absolu, qui a constitu\u00e9, aux premiers temps du Christianisme, la doctrine p\u00e9lagienne. Celle-ci, c&rsquo;est incontestable, s&rsquo;est for\u00adg\u00e9e dans un creuset qui n&rsquo;\u00e9tait rien moins que celtique : le druide, c&rsquo;est-\u00e0-dire le repr\u00e9sentant de la classe sacer\u00addotale, a tout pouvoir, non seulement sur les \u00eatres, mais sur les choses. Et il fait ob\u00e9ir la nature, il la transforme, il l&rsquo;utilise. Il est peut-\u00eatre p\u00e9rilleux d&rsquo;affirmer que les contes populaires rec\u00e8lent des \u00e9l\u00e9ments druidiques, cela, nous n&rsquo;en avons aucune preuve formelle, mais il est vrai\u00adsemblable de le supposer.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Or le druidisme, d&rsquo;apr\u00e8s ce qu&rsquo;on peut en savoir, est non seulement une religion solidement \u00e9tablie, un syst\u00e8me de philosophie et une institution, mais encore une magie \u00e0 la fois sp\u00e9culative et op\u00e9ratoire. Ce n&rsquo;est pas par hasard si le mot druide est traduit, chez les auteurs latins, par le mot magus. Il n&rsquo;y a pas \u00e0 s&rsquo;\u00e9tonner de voir le h\u00e9ros d&rsquo;un conte populaire se servir d&rsquo;une \u00e9p\u00e9e qui ne manque jamais son coup, ou d&rsquo;une serviette qui procure abon\u00addance de nourriture et de boisson, ou d&rsquo;une formule qui permet de changer d&rsquo;aspect. On en voit bien d&rsquo;autres dans les r\u00e9cits \u00e9piques irlandais ou gallois, qui sont le miroir de l&rsquo;\u00e9tat ant\u00e9rieur de la tradition celtique. Quand le \u00ab dieu \u00bb Gwyddion, pour sauver les guerriers bretons du d\u00e9sastre, les \u00ab enchante \u00bb sous forme d&rsquo;arbres <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">[<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\"><sup>2<\/sup><\/a>]<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">, il accomplit un acte de magie. Les r\u00e9miniscences de cet acte magique se retrouvent dans le Macbeth de Shakespeare, et on en reconna\u00eet une explication rationalis\u00e9e dans un c\u00e9l\u00e8bre passage de Tite-Live, quand un consul romain et son arm\u00e9e sont victimes de l&rsquo;\u00e9trange chute des arbres d&rsquo;une for\u00eat. S&rsquo;il y a de la magie, m\u00eame d\u00e9guis\u00e9e et historicis\u00e9e, dans des textes consid\u00e9r\u00e9s comme des documents, pourquoi ne pas reconna\u00eetre cette magie dans des r\u00e9cits d&rsquo;aventures merveilleuses ?<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il reste que le conte, par lui-m\u00eame, poss\u00e8de sa propre valeur magique. Il en est ainsi pour toute <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u0153uvre<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"> d&rsquo;art, pour tout po\u00e8me qui, avant d&rsquo;\u00eatre un objet litt\u00e9raire, est incantation, charme. Bien des commentateurs ont dit \u00eatre \u00ab charm\u00e9s \u00bb par les contes de l&rsquo;ancien temps. N&rsquo;est-ce pas un aveu ?\u00a0\u00bb<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\">_____________________________________________________________<\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">C&rsquo;est dans cet esprit que Claude Seignolle a pu intituler un de ses ouvrages \u00ab <\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>les <\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>\u00c9vangiles<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i> du Diable<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"> \u00bb, le personnage du Diable \u00e9tant une sorte de symbole, ou m\u00eame d&rsquo;all\u00e9gorie, d\u00e9signant l&rsquo;acte de transgression.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">J. Markale, l<\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\"><i>es grands Bardes gallois<\/i><\/span><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-FR\">, \u00e9d. Picollec, 1981, p. 74-81.<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Car tout conte populaire int\u00e8gre des donn\u00e9es d&rsquo;observa\u00adtion concernant la lutte de l&rsquo;individu contre le Destin. En fait, il s&rsquo;agit presque toujours d&rsquo;une transgression d&rsquo;interdits. Le h\u00e9ros du conte populaire d\u00e9fie le temps, d\u00e9fie la soci\u00e9t\u00e9, d\u00e9fie la mort. Il lui arrive m\u00eame de d\u00e9fier Dieu. 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