{"id":17672,"date":"2017-12-17T14:49:29","date_gmt":"2017-12-17T13:49:29","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=17672"},"modified":"2017-12-17T14:49:29","modified_gmt":"2017-12-17T13:49:29","slug":"gaston-berger-philosophe-homme-daction-l-j-delpech","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/gaston-berger-philosophe-homme-daction-l-j-delpech\/","title":{"rendered":"Gaston Berger, philosophe, homme d&rsquo;action par L.-J. Delpech"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">(Extrait de la revue des deux mondes. Janvier 1968)<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Gaston Berger [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\"><sup>1<\/sup><\/a>] est n\u00e9 le 1er octobre 1896 \u00e0 Saint-Louis du S\u00e9n\u00e9gal o\u00f9 son p\u00e8re \u00e9tait officier de tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais. Ce dernier, \u00c9tienne Berger, \u00e9tait alors \u00e2g\u00e9 de trente ans ; sa femme, \u00c9milie Rousseau, avait vingt-cinq ans. \u00c9tienne Berger \u00e9tait n\u00e9 lui-m\u00eame d&rsquo;un sous-officier qui avait \u00e9pous\u00e9 une femme du pays, Fatou Diagne.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00c9tienne Berger prit sa retraite \u00e0 Perpignan. Le divorce de ses parents obligea le jeune Gaston \u00e0 quitter le lyc\u00e9e au moment d&rsquo;entrer en classe de premi\u00e8re. C&rsquo;est alors que sa m\u00e8re et sa tante s&rsquo;install\u00e8rent \u00e0 Marseille et que, devant les n\u00e9cessit\u00e9s de la vie, le jeune Berger dut trouver un emploi dans une fabrique d&rsquo;huile.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">La guerre arrive. Gaston Berger s&rsquo;engage le jour de ses dix-huit ans, le 1<sup>er<\/sup> octobre 1914. Il reste cinq ans sous l&rsquo;uniforme, fait la campagne d&rsquo;Orient, revient officier avec la Croix de Guerre. D\u00e9mobilis\u00e9, il reprend sa place dans l&rsquo;\u00e9tablissement o\u00f9 il avait d\u00e9but\u00e9, lequel est devenu une fabrique d&rsquo;engrais. Son patron reconna\u00eet ses m\u00e9rites et admire le courage de ce jeune homme qui d\u00e9cide de r\u00e9entreprendre seul des \u00e9tudes difficiles ; il lui laisse volontiers du temps pour son travail personnel ; un jour viendra o\u00f9 il lui proposera de devenir son associ\u00e9 dans l&rsquo;affaire. Entre temps, Gaston Berger se marie et, devenu p\u00e8re de famille [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\"><sup>2<\/sup><\/a>], accepte l&rsquo;association. Le voici qui dirige le personnel de la maison, visite la client\u00e8le, court les routes de Provence comme s&rsquo;il avait trouv\u00e9 le chemin de sa vie.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Or, il le sait, le chemin de sa vie se trouve \u00e0 un autre carrefour. Son r\u00eave est d&rsquo;\u00eatre professeur de philosophie. Il d\u00e9cide donc de pr\u00e9parer les deux baccalaur\u00e9ats. Sur le conseil d&rsquo;amis, il va rendre visite au philosophe d&rsquo;Aix, Maurice Blondel, qui le dirige vers Ren\u00e9 Le Senne, alors professeur au Lyc\u00e9e Thiers de Marseille. Celui-ci constate aussit\u00f4t qu&rsquo;il n&rsquo;a pas devant lui un \u00e9l\u00e8ve ; il ne peut \u00eatre question de le\u00e7ons, mais le soir, apr\u00e8s le d\u00eener, d&rsquo;entretiens philosophiques. Ainsi devait na\u00eetre une amiti\u00e9 dont l&rsquo;Acad\u00e9mie des Sciences morales re\u00e7ut l&rsquo;\u00e9mouvant t\u00e9moignage lorsque, le 30 janvier 1956, Gaston Berger lut sa notice sur la vie et les travaux de Ren\u00e9 Le Senne auquel il succ\u00e8de: \u00ab Nous avons \u00e9t\u00e9 unis, lui et moi, pendant 25 ans, par les liens de l&rsquo;amiti\u00e9 la plus profonde et la plus vive &#8230; Il a \u00e9t\u00e9 mon premier ma\u00eetre : il est toujours mon mod\u00e8le \u00bb. Apr\u00e8s le baccalaur\u00e9at, Gaston Berger va suivre le cours de la vieille Facult\u00e9 aixoise, rue Gaston-de-Saporta, illustr\u00e9e nagu\u00e8re par Gassendi, et o\u00f9 enseigne un autre ma\u00eetre prestigieux, Maurice Blondel, sur lequel il pourra \u00e9crire : \u00ab Quand on a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 longtemps d&rsquo;une aide aussi compl\u00e8te et d&rsquo;un enseignement prolong\u00e9 par la conversation et la confiance, on a quelque scrupule \u00e0 isoler, pour en parler, tels ou tels points particuliers. Toute expression reste imparfaite, car elle semble limiter ce dont on voudrait, au contraire, montrer l&rsquo;\u00e9panouissement. \u00bb Sans \u00eatre pr\u00e9dominante, il semble que l&rsquo;influence du ma\u00eetre d&rsquo;Aix ait assez profond\u00e9ment marqu\u00e9 sa pens\u00e9e et resurgisse surtout dans sa derni\u00e8re forme : la prospective.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Apr\u00e8s une licence, rapidement et brillamment acquise, il pr\u00e9sente un dipl\u00f4me d\u2019\u00c9tudes sup\u00e9rieures consacr\u00e9 aux \u00ab Rapports entre les conditions de l&rsquo;intelligibilit\u00e9 et le probl\u00e8me de la contingence \u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">En 1926, avec quelques amis : Rocca, Urtin, l&rsquo;abb\u00e9 Bourgarel et le professeur Jacques Paliard, le principal disciple de Maurice Blondel, il fonde la Soci\u00e9t\u00e9 de Philosophie du Sud-Est qu&rsquo;il dote d&rsquo;un bulletin: <i>les \u00c9tudes philosophiques. <\/i>Ce bulletin devait devenir un jour la revue fran\u00e7aise ayant le plus de diffusion.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">L&rsquo;horizon philosophique de Berger s&rsquo;ouvre sur l&rsquo;Orient comme sur l&rsquo;Occident. Jacques Paliard, exposant fin 1927 \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 de Philosophie du Sud-Est, ses id\u00e9es sur \u00ab le refus de l&rsquo;alternative et le th\u00e8me de la simulation chez P. Val\u00e9ry \u00bb, Gaston Berger intervint pour faire un rapprochement entre le po\u00e8te de l&rsquo;intellect et les penseurs hindous : \u00ab Pour moi, je le rapprocherais plus volontiers \u2013 d\u00e9clare-t-il \u2013 des penseurs v\u00e9diques et des id\u00e9alistes hindous &#8230; Il r\u00e9ussit \u00e0 d\u00e9gager le sujet de l&rsquo;\u00e2me ; sur ce point, par la profondeur de son intuition, par la nettet\u00e9 de ses propositions connues, aussi par la beaut\u00e9 de l&rsquo;expression, il rejoint \u00c7ankara, les Upanishads et la Bhagavad-G\u00eet\u00e2. \u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Gaston Berger manifeste ainsi l&rsquo;ouverture de son esprit en faisant appel \u00e0 la tradition orientale pour compl\u00e9ter celle de l&rsquo;Occident ou se confronter avec elle. En tant que philosophe, il faudra attendre plus de vingt ans pour trouver une attitude semblable, par exemple chez l&rsquo;Allemand Jaspers.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">En 1931, il rencontre, par l&rsquo;interm\u00e9diaire de Mlle Charlotte Chabot, Henri Bergson qui achevait <i>Les deux Sources de la Morale<\/i> <i>et de la Religion, <\/i>et \u00e9tait rempli de pr\u00e9occupations mystique. Celui-ci aura une double influence sur Gaston Berger : il lui montrera l&rsquo;importance de la vie mystique et, corr\u00e9lativement, celle du Temps. Une autre source d&rsquo;information sera une s\u00e9rie de conf\u00e9rences donn\u00e9es \u00e0 Marseille \u00e0 partir de 1932 par le R.P. Marie-Eug\u00e8ne des Carmes sur la doctrine mystique et, en particulier, celle des grands ma\u00eetres du Carmel, sainte Th\u00e9r\u00e8se d&rsquo;Avila et saint Jean de la Croix.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Parmi les familier de la Soci\u00e9t\u00e9 de Philosophie du Sud-Est, on compte Ch. Serrus, professeur de philosophie au Lyc\u00e9e Thiers, qui s&rsquo;int\u00e9resse profond\u00e9ment \u00e0 l\u2019\u0153uvre de Husserl ; il pr\u00e9pare une th\u00e8se qu&rsquo;il soutiendra en 1934 sur le \u00ab parall\u00e9lisme logico-grammatical \u00bb. Il oriente la pens\u00e9e de Gaston Berger sur l\u2019\u0153uvre de Husserl, et celui-ci va bient\u00f4t, en Allemagne, prendre contact avec le fondateur de la ph\u00e9nom\u00e9nologie.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">En 1938, Gaston Berger prend une initiative hardie : il r\u00e9unit \u00e0 Marseille le Premier Congr\u00e8s des Soci\u00e9t\u00e9s de Philosophie de Langue fran\u00e7aise, qui rassemble 12 soci\u00e9t\u00e9s et plus de 200 participants. Il inaugure ainsi une tradition qui continue toujours, le XII<sup>e<\/sup> Congr\u00e8s ayant eu lieu en septembre 1966 \u00e0 Gen\u00e8ve. Pendant la p\u00e9riode qui pr\u00e9c\u00e9da la guerre, Gaston Berger se rend souvent en Allemagne pour visiter Edmond Husserl. Pour arriver \u00e0 suivre, \u00e0 Fribourg-en-Brisgau, quelques cours du penseur allemand, il ne craint pas de se rendre dans cette ville en avion particulier, avec son beau-fr\u00e8re, membre de l&rsquo;A\u00e9ro-club de Marseille. En effet, il a inscrit en Sorbonne deux th\u00e8ses de doctorat, dont la seconde est consacr\u00e9e \u00e0 Husserl. Apr\u00e8s la mort de celui-ci, il proposera \u00e0 L\u00e9on Brunschwig de transporter en France les manuscrits du philosophe. L\u00e9on Brunschwig ne donna aucune suite \u00e0 l&rsquo;affaire ; par contre, le Franciscain Van Breda devait r\u00e9cup\u00e9rer ces papiers pour l&rsquo;Universit\u00e9 belge de Louvain. La guerre survint. Gaston Berger fit courageusement son devoir. D\u00e9mobilis\u00e9, il pr\u00e9sente, le 23 mai 1941, ses th\u00e8ses devant la Facult\u00e9 d&rsquo;Aix. Sa th\u00e8se principale est intitul\u00e9e : \u00ab Recherches sur les conditions de la connaissance. Essai d&rsquo;une th\u00e9or\u00e9tique pure \u00bb. La th\u00e8se secondaire est consacr\u00e9e au \u00ab Cogito chez Husserl. \u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Voici comment un de ses \u00e9tudiants, Pierre-Andr\u00e9 Guastalla, rapporte l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement : \u00ab A la Facult\u00e9 des Lettres, cet apr\u00e8s-midi, th\u00e8ses de Berger : Th\u00e9orie de la connaissance et Cogito de Husserl ; de 1 h 30 \u00e0 6 heures avec, comme jury : Segond, Lachiez-Rey, Paliard, Maurice Blondel ; Brunschwig, assis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;eux, ne faisait pas partie du jury, parce que Juif. Maurice Blondel, 82 ans 1 \/2, \u00e0 moiti\u00e9 sourd, \u00e0 moiti\u00e9 aveugle, voix chevrotante, chantante, parle les yeux ferm\u00e9s. Acuit\u00e9 de pens\u00e9e de Segond qui ne bouge pas pendant toute la s\u00e9ance. Pas un mot, pas un geste ; l&rsquo;on sent son esprit pos\u00e9 sur Berger. La parole, pour lui, n&rsquo;est qu&rsquo;un interm\u00e9diaire de pens\u00e9e \u00e0 pens\u00e9e : il pense merveilleusement \u00bb. L&rsquo;auteur omet la pr\u00e9sence de Jean Wahl, et surtout il ne parle pas de la virtuosit\u00e9 <i>de <\/i>Gaston Berger qui r\u00e9pond avec la plus grande aisance aux questions des examinateurs. Vers 19 heures, le jury d\u00e9clare le candidat admis avec mention tr\u00e8s honorable et f\u00e9licitations. La th\u00e8se principale est consacr\u00e9e \u00e0 la th\u00e9or\u00e9tique qui est une discipline cherchant essentiellement \u00e0 comprendre la connaissance au moyen de l&rsquo;analyse intentionnelle. Son point de d\u00e9part est la corr\u00e9lation du Je <i>et <\/i>du monde. La t\u00e2che de <i>cette <\/i>discipline va donc \u00eatre de d\u00e9voiler ses exigences pour <i>se <\/i>constituer \u00e0 travers des plans successifs : le monde, la qualit\u00e9, l&rsquo;intention, la signification, la valeur <i>et <\/i>le jugement. Mais derri\u00e8re toutes ces op\u00e9rations, on d\u00e9couvre le <i>Je <\/i>transcendantal qui n&rsquo;est pas saisi, mais seulement affirm\u00e9. Il est simplicit\u00e9, nudit\u00e9. Il permet le double mouvement d&rsquo;engagement <i>et <\/i>de d\u00e9gagement. Ce dernier transforme la valeur des choses en s&rsquo;orientant sur la paix transcendantale. Il y a une action d\u00e9tach\u00e9e, lucide, sereine et d\u00e9tendue. Mais on n&rsquo;est pas seul dans l&rsquo;aventure. C&rsquo;est la coexistence d&rsquo;une multitude de moi qui enrichit chaque perspective de toutes les autres. La signification du monde est faite d&rsquo;un partage de valeurs, d&rsquo;une communication des consciences : le don de soi cr\u00e9e en nous la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, la compr\u00e9hension mutuelle. Enfin, au-dessus de tout, Gaston Berger met le sacrifice et le courage et, par l\u00e0, il introduit l&rsquo;id\u00e9e de Dieu sous le signe de l&rsquo;abn\u00e9gation. Certes, par la contemplation, on croirait s&rsquo;installer au point d&rsquo;arriv\u00e9e, mais c&rsquo;est par l&rsquo;action quotidienne qu&rsquo;on se rapproche du but, sans se persuader qu&rsquo;on l&rsquo;a atteint; et l&rsquo;auteur termine son \u0153uvre par cette citation de sainte Th\u00e9r\u00e8se : \u00ab Le v\u00e9ritable amour de Dieu ne consiste pas \u00e0 r\u00e9pandre des larmes, ni dans cette douceur et cette tendresse que nous d\u00e9sirons d&rsquo;ordinaire, parce qu&rsquo;elle nous console, mais \u00e0 servir le Seigneur dans la justice avec un m\u00e2le courage et avec humilit\u00e9. \u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">La th\u00e8se secondaire est une ex\u00e9g\u00e8se du \u00ab Cogito chez Husserl \u00bb, qui met en lumi\u00e8re l&rsquo;op\u00e9ration appel\u00e9e \u00ab r\u00e9duction ph\u00e9nom\u00e9nologique \u00bb, par laquelle sont mises entre parenth\u00e8ses les r\u00e9alit\u00e9s ; le jugement d&rsquo;objectivit\u00e9 nous d\u00e9voile alors le cogito et sa structure. Le cogito est con\u00e7u comme la condition m\u00eame du monde. Inversement, la constitution nous montre la gen\u00e8se du monde \u00e0 la lumi\u00e8re du cogito. C&rsquo;\u00e9tait la premi\u00e8re th\u00e8se d&rsquo;\u00e9tat fran\u00e7aise sur Husserl. Elle avait re\u00e7u, en manuscrit, l&rsquo;approbation totale de ce dernier avant sa mort. Il la consid\u00e9rait comme la meilleure \u00e9tude sur son \u0153uvre.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Peu apr\u00e8s sa soutenance, Gaston Berger quitte l&rsquo;industrie pour l&rsquo;enseignement. Il est nomm\u00e9 charg\u00e9 de cours, puis Ma\u00eetre de Conf\u00e9rences \u00e0 la Facult\u00e9 d&rsquo;Aix. Durant les dures ann\u00e9es de l&rsquo;occupation, tout en participant activement \u00e0 la r\u00e9sistance, il n&rsquo;interrompt pas ses recherches philosophiques. En 1941, il c\u00e9l\u00e8bre la m\u00e9moire de Bergson dans les \u00ab \u00c9tudes philosophiques \u00bb ; il participe \u00e9galement \u00e0 un ouvrage suisse en donnant une \u00e9tude sur\u00ab la r\u00e9flexion chez Bergson et chez Husserl \u00bb, o\u00f9 il r\u00e9unit et compare les deux ma\u00eetres qui lui ont ouvert le royaume du temps.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le 6 mars 1943, il fait une communication \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 de Philosophie du Sud-Est sur \u00ab Connaissance de la nuit \u00bb, qui est une m\u00e9ditation sur la pens\u00e9e de saint Jean de la Croix, \u00e0 l&rsquo;occasion du 4<sup>e<\/sup> centenaire de la naissance du grand docteur espagnol. En d\u00e9cembre de la m\u00eame ann\u00e9e, il \u00e9tudie \u00ab La connaissance des hommes \u00bb, o\u00f9 il esquisse le programme d&rsquo;une philosophie compl\u00e8te : \u00ab Le premier moment en serait proprement la connaissance des hommes ; le second pourrait s&rsquo;appeler philosophie de l&rsquo;esprit ; le troisi\u00e8me exposerait une philosophie des valeurs. D&rsquo;abord, l&rsquo;anthropologie purement naturelle, puis la th\u00e9or\u00e9tique qui d\u00e9gage le sujet transcendantal dans sa puret\u00e9 ; enfin l&rsquo;\u00e9panouissement de cette r\u00e9flexion pure, en morale, en logique et en esth\u00e9tique.\u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">A la Lib\u00e9ration, il devient professeur \u00e0 la Facult\u00e9 d&rsquo;Aix. D\u00e9l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Information pour le Sud-Est, il est d\u00e9cor\u00e9 de la m\u00e9daille de la Lib\u00e9ration. Enfin, il fonde \u00e0 Marseille, avec le doyen Cornil, l&rsquo;Institut de Biom\u00e9trie et d&rsquo;Orientation professionnelle, d\u00e9pendant de la Facult\u00e9 de M\u00e9decine. Il devait bient\u00f4t abandonner ce poste.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Les activit\u00e9s de liaison de Gaston Berger devaient le conduire \u00e0 diriger, avec Marvin Farber, professeur \u00e0 Buffalo, la composition d&rsquo;un ouvrage comparatif : \u00ab La philosophie contemporaine en France et aux \u00c9tats-Unis \u00bb, o\u00f9 il traite \u00ab Exp\u00e9rience et transcendance \u00bb. Dans sa th\u00e8se principale, Berger s&rsquo;\u00e9tait pench\u00e9 sur le probl\u00e8me de l&rsquo;intersubjectivit\u00e9, en particulier dans un Appendice sur : \u00ab La Communication des consciences dans la ph\u00e9nom\u00e9nologie de Husserl \u00bb. Il y reviendra en 1949, au Congr\u00e8s de Mendoza, dans une communication sur la \u00ab Discussion des philosophes \u00bb, r\u00e9ponse implicite au radicalisme philosophique d&rsquo;un Edgar Wolf, qui avait tendance \u00e0 r\u00e9duire la philosophie d&rsquo;un auteur \u00e0 son temp\u00e9rament. Gaston Berger s&rsquo;efforce de chercher les possibilit\u00e9s de constituer une philosophie commune. Il d\u00e9gage alors une attitude compr\u00e9hensive, apr\u00e8s avoir \u00e9limin\u00e9 les types d&rsquo;erreurs particuli\u00e8rement fr\u00e9quents et graves, et il conclut que, dans cette perspective, les discussions traduisent un effort de compr\u00e9hension r\u00e9ciproque et non plus une intention pol\u00e9mique visant au triomphe d&rsquo;une th\u00e8se particuli\u00e8re. Les philosophes pourront ainsi donner l&rsquo;exemple d&rsquo;une amiti\u00e9 r\u00e9ciproque sinc\u00e8re qui puisera sa force dans un commun respect des valeurs absolues et des exp\u00e9riences singuli\u00e8res : \u00ab Ils pourront donner aux autres hommes \u2013 \u00e9crit-il \u2013 l&rsquo;exemple d&rsquo;une union qui ne soit ni celle impensable des contraires, ni celle insupportable de l&rsquo;unification dans l&rsquo;uniformit\u00e9, mais celle d&rsquo;une diversit\u00e9 respect\u00e9e et f\u00e9conde \u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">En 1949, il est nomm\u00e9 secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la Commission Fulbreith, et il s&rsquo;occupe des \u00e9changes universitaires France-Am\u00e9rique, tout en conservant son poste \u00e0 la Facult\u00e9 d&rsquo;Aix.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">D\u00e8s la parution des th\u00e8ses de son ma\u00eetre Ren\u00e9 Le Senne, Gaston Berger s&rsquo;\u00e9tait int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 la caract\u00e9rologie. En 1946, Le Senne publia un important trait\u00e9 consacr\u00e9 \u00e0 cette discipline. Mais Gaston Berger voulait lui donner des bases indiscutables, ce qui le conduisit \u00e0 mettre au point, de 1946 \u00e0 1950, le questionnaire qui porte son nom et qui avait \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli statistiquement sur un millier de cas. Une \u00e9tude de ce questionnaire, parue dans le \u00ab Travail humain \u00bb, en a hautement reconnu la valeur scientifique.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">La caract\u00e9rologie est une discipline cherchant, \u00e0 la suite d&rsquo;Heymans et Wirsma, \u00e0 expliquer un caract\u00e8re \u00e0 partir de trois facteurs principaux : l&rsquo;\u00e9motivit\u00e9, l&rsquo;activit\u00e9 et la rapidit\u00e9 de r\u00e9action, dont la pr\u00e9sence ou l&rsquo;absence et les combinaisons donnent huit types. Plus tard, Le Senne ajouta le champ de conscience. Gaston Berger devait montrer la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;autres ajouts : la popularit\u00e9 Mars-V\u00e9nus ; enfin, des facteurs de tendances en quatre directions principales. Ce sont : l&rsquo;avidit\u00e9, la tendresse, les int\u00e9r\u00eats sensoriels et la passion intellectuelle.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Cette derni\u00e8re l&rsquo;attirait particuli\u00e8rement et nous a valu des \u00e9tudes du plus haut int\u00e9r\u00eat sur Gide, Val\u00e9ry et Goethe. Le g\u00e9nie de Val\u00e9ry fut longtemps pour lui un v\u00e9ritable mod\u00e8le \u00e0 suivre. Plus tard, le d\u00e9veloppement de ses \u00e9tudes artistiques devait faire monter Goethe au podium.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">En 1950, il publie son \u00ab Trait\u00e9 pratique d&rsquo;analyse du caract\u00e8re \u00bb et son questionnaire.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">En 1954, il compl\u00e8te son \u0153uvre de caract\u00e9rologue par un petit ouvrage sur \u00ab Caract\u00e8re et personnalit\u00e9 \u00bb o\u00f9, apr\u00e8s avoir confront\u00e9 son point de vue avec celui des culturologues am\u00e9ricains, Linton et Kardiner, et esquiss\u00e9 une caract\u00e9rologie des situations, il termine par un chapitre sur le sujet transcendantal et la personne, o\u00f9 on lit : \u00ab J&rsquo;\u00e9tudiais des individus, je sais maintenant qu&rsquo;ils ne sont tels que par les sujets transcendantaux qui s&rsquo;y expriment. Cela leur conf\u00e8re une dignit\u00e9 particuli\u00e8re que j&rsquo;exprime en disant que ce sont des personnes. \u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il y aurait lieu de parler ici de son enseignement consacr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;esth\u00e9tique. G. Berger avait fait cr\u00e9er un \u00ab Certificat d&rsquo;esth\u00e9tique \u00bb \u00e0 la Facult\u00e9 d&rsquo;Aix ; il en assura la charge jusqu&rsquo;en 1953. Ses \u00e9crits portant sur cette discipline sont malheureusement rares. Il y a une communication \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;esth\u00e9tique sur \u00ab La psychologie du peintre \u00bb et un article sur \u00ab le temps chez Anouilh \u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le voici directeur de l&rsquo;Enseignement sup\u00e9rieur, en 1953, t\u00e2che redoutable, o\u00f9 ses qualit\u00e9s d&rsquo;homme d&rsquo;action et de penseur (en un mot sa forte personnalit\u00e9) vont lui permettre de renouveler cette v\u00e9n\u00e9rable institution, tout en faisant front \u00e0 d&rsquo;innombrables difficult\u00e9s. Il s&rsquo;agit \u00e0 la fois d&rsquo;adapter les Facult\u00e9s \u00e0 un monde en devenir acc\u00e9l\u00e9r\u00e9, et de faire face \u00e0 la pouss\u00e9e d\u00e9mographique. Une des id\u00e9es ma\u00eetresses de Gaston Berger concernant l&rsquo;Universit\u00e9 est la d\u00e9centralisation. Chaque Facult\u00e9 doit se d\u00e9velopper selon son g\u00e9nie propre, c&rsquo;est-\u00e0-dire selon les sp\u00e9cialit\u00e9s o\u00f9 elle a eu les ma\u00eetres les plus \u00e9minents comme la m\u00e9decine \u00e0 Montpellier, la psychologie \u00e0 Strasbourg&#8230; cela n&#8217;emp\u00eache pas des cr\u00e9ations toujours possibles. Il transforme les Facult\u00e9s de Lettres en Facult\u00e9s de Lettres et Sciences humaines, les Facult\u00e9s de Droit en Facult\u00e9s de Droit et de Sciences \u00e9conomiques, ce qui lui permet de b\u00e9n\u00e9ficier de personnel technique. Certains Instituts de Sciences, comme ceux de Nice, Nantes et Clermont sont transform\u00e9s en Facult\u00e9s. Gaston Berger cr\u00e9e, en 1957, aupr\u00e8s des Facult\u00e9s des Lettres et des Facult\u00e9s des Sciences, les Instituts de pr\u00e9paration \u00e0 l&rsquo;enseignement du Second degr\u00e9, qui ont pour mission de rassembler, en vue de l&rsquo;acquisition des titres habilitant \u00e0 l&rsquo;enseignement, les \u00e9l\u00e8ves professeurs. Il cr\u00e9e un troisi\u00e8me Cycle pour compl\u00e9ter la licence en Lettres et en Sciences ; celui-ci a pour objet de donner aux \u00e9tudiants des connaissances approfondies dans une sp\u00e9cialit\u00e9 et de les initier \u00e0 la recherche. 81 doctorats du troisi\u00e8me Cycle ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s dans les Facult\u00e9s des Sciences, 107 dans celles des Lettres. Dans la m\u00eame perspective, les Centres de Recherche sont multipli\u00e9s dans les Facult\u00e9s des Lettres : on en compte actuellement 40, r\u00e9partis en 12 Facult\u00e9s. En 1955, il cr\u00e9e \u00ab Les professeurs associ\u00e9s \u00bb. Il s&rsquo;agit de personnalit\u00e9s \u00e9minentes fran\u00e7aises ou \u00e9trang\u00e8res qui, sans \u00eatre pourvues forc\u00e9ment de dipl\u00f4mes, pourront, durant un temps d\u00e9termin\u00e9, donner un enseignement dans les Facult\u00e9s. Enfin, en 1958, Gaston Berger cr\u00e9e la Licence de Sociologie.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">La liaison Universit\u00e9-Industrie est une de ses pr\u00e9occupations majeures. Elle se r\u00e9alisa sur le plan scientifique avec la fondation d&rsquo;instituts de Science appliqu\u00e9e, dont le premier a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Lyon en 1957 et qui, chose unique en France, poss\u00e9dait un service psychotechnique, lequel permettait, durant la premi\u00e8re ann\u00e9e, d&rsquo;orienter les \u00e9tudiants vers une des \u00e9coles qui la composent : physique appliqu\u00e9e, \u00e9lectronique, m\u00e9tallurgie, chimie biologique, etc. On a, d&rsquo;ailleurs, tout lieu de croire qu&rsquo;avec l&rsquo;esprit retardataire de l&rsquo;enseignement en France, sous la double influence des professeurs et surtout de l&rsquo;administration, ce service cet actuellement en veilleuse&#8230; Un deuxi\u00e8me Institut a \u00e9t\u00e9 ouvert \u00e0 Toulouse, en octobre dernier.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">En 1958, Gaston Berger int\u00e8gre d\u00e9finitivement la promotion sup\u00e9rieure du travail \u00e0 l&rsquo;Enseignement sup\u00e9rieur. Dans la circulaire qui l&rsquo;organise, il d\u00e9clare : \u00ab La France se doit, plus qu&rsquo;\u00e0 un autre moment, depuis le d\u00e9but de la r\u00e9volution industrielle, de faire un gigantesque effort dans le domaine de la formation des hommes. Cet effort, nous l&rsquo;avons entrepris, nous sommes r\u00e9solus \u00e0 le poursuivre \u00bb. La circulaire mentionne l&rsquo;existence de Centres \u00e0 Aix, Bordeaux, Clermont, Grenoble, Lille, Lyon, Mulhouse, Nancy, Nantes, Reims et Toulouse. En 1959, on annonce la cr\u00e9ation de nouveaux centres \u00e0 Alger, Besan\u00e7on, Poitiers et Strasbourg. On ne peut que louer cette initiative, tout en regrettant que les Sciences humaines n&rsquo;y aient aucune part. La psychologie a son mot \u00e0 dire dans la promotion sup\u00e9rieure du travail ; pourtant, les examens psychologiques pr\u00e9conis\u00e9s dans une circulaire sont rest\u00e9s, jusqu&rsquo;ici, lettre morte.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Mais le sort des hommes dont il est responsable, c&rsquo;est-\u00e0-dire des professeurs de Facult\u00e9, occupe constamment Gaston Berger. Dans une conf\u00e9rence faite au Centre universitaire m\u00e9diterran\u00e9en de Nice, il d\u00e9finit la triple fonction de l&rsquo;Enseignement sup\u00e9rieur : former des ma\u00eetres, poursuivre des recherches, enfin \u00eatre en contact avec le grand public qu&rsquo;il doit informer des progr\u00e8s de ses disciplines par des conf\u00e9rences de haute vulgarisation.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Plein de sollicitude pour les probl\u00e8mes de liaison et de communication, Gaston Berger cr\u00e9e \u00e0 Paris, boulevard Saint-Germain, un Centre universitaire international o\u00f9 peuvent se rencontrer les professeurs des Facult\u00e9s fran\u00e7aises et \u00e9trang\u00e8res. Dans le m\u00eame sens et \u00e0 la m\u00eame fin, il cr\u00e9e en 1956 la Revue de l&rsquo;Enseignement sup\u00e9rieur. Un de ses soucis \u00e9tait que l&rsquo;Universit\u00e9 ne se laiss\u00e2t pas d\u00e9passer par le devenir acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 des connaissances. Dans un article de la <i>Revue des Deux Mondes <\/i>de f\u00e9vrier 1957, on lit : \u00ab Quand on songe \u00e0 la mani\u00e8re dont se transmettent aujourd&rsquo;hui les connaissances et les m\u00e9thodes et qu&rsquo;on \u00e9voque la vitesse avec laquelle le monde se transforme, on ne peut manquer d&rsquo;\u00eatre confondu. Un professeur de 50 ans transmet \u00e0 ses \u00e9l\u00e8ves, qui s&rsquo;en serviront dix ou quinze ans plus tard, des connaissances qu&rsquo;il a lui-m\u00eame re\u00e7ues vingt-cinq ou trente ans auparavant. La p\u00e9riode de communication du savoir est ainsi d&rsquo;une quarantaine d&rsquo;ann\u00e9es, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;elle est deux fois plus longue que celle qui mesure les grandes transformations dues \u00e0 l&rsquo;homme. Le m\u00e9decin qui a aujourd&rsquo;hui 50 ans n&rsquo;a pas entendu parler, pendant ses \u00e9tudes, ni des antibiotiques, ni des radio-isotopes, ni de la chirurgie du c\u0153ur.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab Nous savons bien que nos professeurs, nos ing\u00e9nieurs, nos m\u00e9decins, ont g\u00e9n\u00e9ralement assez de conscience professionnelle, et qu&rsquo;ils ont conserv\u00e9 assez de curiosit\u00e9 pour se tenir au courant. Peut-on pr\u00e9tendre cependant que nos institutions les y aient aid\u00e9s ? Oserait-on m\u00eame affirmer qu&rsquo;ils ont tous r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 la fatigue ou au d\u00e9couragement, \u00e0 l&rsquo;usure, et qu&rsquo;ils sont tous rest\u00e9s des inventeurs ? \u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a name=\"__DdeLink__651_615557346\"><\/a> C&rsquo;est en tant que cr\u00e9ateur des institutions \u2013 n&rsquo;avait-il pas \u00e9crit : \u00ab l&rsquo;Administration elle-m\u00eame doit devenir une cr\u00e9ation \u00bb \u2013 que Gaston Berger a voulu aider les membres de l&rsquo;Enseignement sup\u00e9rieur \u00e0 se mettre au courant, en leur accordant une ann\u00e9e sur sept pour le faire : l&rsquo;ann\u00e9e sabbatique qui serait uniquement consacr\u00e9e \u00e0 des stages et \u00e0 des travaux d&rsquo;information.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">H\u00e9las ! il avait compt\u00e9 sans un pays o\u00f9 la dictature des comptables est un des vices les plus nocifs du syst\u00e8me, et o\u00f9 la comptabilit\u00e9 est confondue avec la direction, comme l&rsquo;a \u00e9crit Veraldi. Qu&rsquo;importe que l&rsquo;intelligence fran\u00e7aise soit en retard et doive utiliser des moyens de fortune pour maintenir son niveau : le ministre des Finances a refus\u00e9 le projet.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">En m\u00eame temps, et malgr\u00e9 cette activit\u00e9 forcen\u00e9e, la pens\u00e9e ne perd pas ses droits. Chaque ann\u00e9e, Gaston Berger prononce l&rsquo;allocution inaugurale de la Soci\u00e9t\u00e9 de Philosophie du Sud-Est ; chaque ann\u00e9e, il prend la parole \u00e0 Nice, au Centre Universitaire m\u00e9diterran\u00e9en et au Centre de Sciences politiques. Pr\u00e9sident de la Soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise de Philosophie, il ne manque presque jamais une s\u00e9ance. Innombrables sont les manifestations qu&rsquo;il pr\u00e9side, en m\u00eame temps qu&rsquo;il y participe activement : les Congr\u00e8s des Soci\u00e9t\u00e9s de Philosophie de Langue fran\u00e7aise de Grenoble (1954), Toulouse (1956), Aix-en-Provence (1957), Paris (1959), le Symposium de Ph\u00e9nom\u00e9nologie de Royaumont, les S\u00e9minaires internationaux de Caract\u00e9rologie de 1956 et 1959. Durant ce dernier s\u00e9minaire, devait \u00eatre fond\u00e9e la Soci\u00e9t\u00e9 internationale de Caract\u00e9rologie, et cr\u00e9\u00e9e la revue \u00ab Caract\u00e9rologie \u00bb. Devenu, \u00e0 la mort de Raymond Bayer, directeur de l&rsquo;Institut international de Philosophie, il organise des colloques et des rencontres \u00e0 Ath\u00e8nes, en 1957 ; \u00e0 Varsovie, o\u00f9 se confrontent la pens\u00e9e de l&rsquo;Est et celle de l&rsquo;Ouest, en 1958. Enfin, en 1959, \u00e0 Mysore, aux Indes, la pens\u00e9e de l&rsquo;Orient et celle de l&rsquo;Occident se sont rencontr\u00e9es sous sa pr\u00e9sidence.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">A quoi il faut ajouter les Journ\u00e9es blondeliennes de 1952, organis\u00e9es \u00e0 la Facult\u00e9 d&rsquo;Aix ; les Journ\u00e9es cybern\u00e9tiques de Marseille en 1956 &#8230; Il ne faut pas omettre non plus de signaler de multiples activit\u00e9s : la pr\u00e9sidence du Comit\u00e9 de l\u2019Encyclop\u00e9die fran\u00e7aise o\u00f9 il succ\u00e9da \u00e0 Lucien Febvre. Sous sa direction, furent publi\u00e9s les neuf derniers volumes. Il participa effectivement au 17<sup>e<\/sup> : \u00ab Philosophie et Religion \u00bb et au 20<sup>e<\/sup> : \u00ab Le monde en devenir \u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il y aurait aussi \u00e0 parler de l&rsquo;accueil de Gaston Berger, toujours chaleureux et attentif, de sa compr\u00e9hension \u00e0 la fois intellectuelle et effective des probl\u00e8mes de chacun. Au d\u00e9but de la direction \u00e0 l&rsquo;Enseignement sup\u00e9rieur, une certaine d\u00e9fiance se dessinait du c\u00f4t\u00e9 des scientifiques. Il eut t\u00f4t fait de la dissiper. Et son nom est pour beaucoup le rappel de l&rsquo;homme qui a su comprendre tant de chercheurs marginaux que les structures officielles rejettent ou bien confinent dans des situations qu&rsquo;ils ont depuis longtemps d\u00e9pass\u00e9es. C&rsquo;est en cela que Berger est irrempla\u00e7able.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">D\u00e8s 1949, le probl\u00e8me du temps pr\u00e9occupe Gaston. Berger et il fait au Congr\u00e8s de Philosophie de Neufch\u00e2tel, une premi\u00e8re communication sur \u00ab La Libert\u00e9 et le Temps \u00bb, suivie l&rsquo;ann\u00e9e suivante d&rsquo;une autre communication \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise de Philosophie sur \u00ab L&rsquo;Approche ph\u00e9nom\u00e9nologique du probl\u00e8me du temps \u00bb. Il devait d&rsquo;ailleurs consacrer \u00e0 cette question encore quatre articles.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">A la suite de Husserl, dont il utilise la m\u00e9thode, il arrive \u00e0 admettre que le temps est une structure particuli\u00e8re de certains \u00eatres dont l&rsquo;essence est de devenir. En effet, le ph\u00e9nom\u00e8ne qui sugg\u00e8re le plus g\u00e9n\u00e9ralement l&rsquo;id\u00e9e de temps est le changement. \u00c9coutons les battements d&rsquo;un m\u00e9tronome : les sons se suivent l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rents les uns des autres, accol\u00e9s par paires. Comment se pr\u00e9sente chacune d&rsquo;elles ? Je remarque, dit-il, que je n&rsquo;ai ni l&rsquo;un sans l&rsquo;autre, ni l&rsquo;un avec l&rsquo;autre. Pourtant, ils ne sont ni associ\u00e9s, comme le veut la psychologie classique, ni organis\u00e9s ensemble, ainsi que le veut Bergson. Il est m\u00eame inexact de parler ici de passage ou de transition, car je ne puis suivre par la pens\u00e9e la transformation d&rsquo;un contenu dans un autre : \u00e0 vrai dire, rien ne s&rsquo;\u00e9coule \u00e0 quoi puisse convenir le terme de \u00ab temps \u00bb. Ce qui m&rsquo;est donn\u00e9 c&rsquo;est, lorsque B arrive, la conscience que A est ce qui vient de dispara\u00eetre, ce qui vient de mourir. L&rsquo;exp\u00e9rience du devenir aux yeux de Gaston Berger, est l&rsquo;\u00e9preuve de la mort, l&rsquo;absurdit\u00e9 d\u00e9finitive qui annule les significations. Le devenir n&rsquo;est pas l&rsquo;\u00e9lan vers la pl\u00e9nitude de l&rsquo;\u00eatre, mais fuite d&rsquo;un contenu de conscience qui ne peut se soutenir. Le pr\u00e9sent seul est la donn\u00e9e fondamentale o\u00f9 l&rsquo;action efficace s&rsquo;accomplit. Rien dans l&rsquo;exp\u00e9rience ne correspond \u00e0 l&rsquo;avenir et le pass\u00e9 est privation. Le temps n&rsquo;est donc ni une forme de la sensibilit\u00e9, ni une loi de la nature, mais une construction humaine, construction collective d&rsquo;une repr\u00e9sentation \u00e0 laquelle ne correspond aucune r\u00e9alit\u00e9, mais qui nous d\u00e9livre de la solitude et permet une action commune. Le temps, dans sa nature v\u00e9ritable, est un mythe.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Gaston Berger s&rsquo;int\u00e9resse naturellement au d\u00e9veloppement des Sciences. Il avait pass\u00e9 son P.C.N. en 1935. Aussi la lecture de la th\u00e8se d&rsquo;un jeune ma\u00eetre, F. Meyer, soutenue en 1954 : \u00ab Probl\u00e9matique de l&rsquo;\u00e9volution \u00bb, o\u00f9 l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration des ph\u00e9nom\u00e8nes biologiques comme celle de l&rsquo;histoire est d\u00e9montr\u00e9e statistiquement et repr\u00e9sent\u00e9e graphiquement, ach\u00e8ve de le convaincre du fait que si le temps est un mythe, l&rsquo;avenir est op\u00e9ratoire. Il est ce que l&rsquo;ensemble du monde va faire. Aussi, le 12 novembre 1955, sa conf\u00e9rence inaugurale \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;Etudes philosohiques du Sud-Est a-t-elle pour titre : \u00ab L&rsquo;homme et ses probl\u00e8mes dans le monde de demain. Essai d&rsquo;anthropologie prospective \u00bb. Son but sera \u00ab de chercher \u00e0 montrer, \u00e0 titre d&rsquo;exemple, quels aspects de la situation de l&rsquo;homme de demain il est possible d&rsquo;apercevoir d\u00e8s aujourd&rsquo;hui. On s&rsquo;appliquera ainsi \u00e0 d\u00e9terminer en quel sens et dans quelle mesure la transformation profonde des situations influera sur la position, et peut-\u00eatre sur la solution, des probl\u00e8mes philosophiques traditionnels \u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Quels moyens seront mis en \u0153uvre ? Ils s&rsquo;appuieront sans doute \u00e0 des statistiques, mais le comptage aura \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d&rsquo;une analyse de type sp\u00e9cial, attentive \u00e0 d\u00e9gager les structures profondes des ph\u00e9nom\u00e8nes. Les r\u00e9sultats obtenus devront ensuite \u00eatre mis en \u0153uvre par une combinatoire o\u00f9 l&rsquo;imagination jouera un r\u00f4le, dont la th\u00e9orie kantienne du sch\u00e9matisme fournit une premi\u00e8re esquisse. Par la voie de cette combinatoire, la route \u00e9tait ouverte pour la cybern\u00e9tique.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Mais pour pousser son analyse, Gaston Berger revient \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience quotidienne. Sur ce plan, on distingue le temps existentiel et le temps op\u00e9ratoire. Le premier est celui de notre vie sentimentale et, qu&rsquo;on le veuille ou non, il est sous-tendu par l&rsquo;angoisse de la mort que l&rsquo;homme s&rsquo;efforce d&rsquo;esquiver, par le divertissement pascalien, la r\u00e9signation sto\u00efcienne, la foi ou le sacrifice. Le temps op\u00e9ratoire, lui, est orient\u00e9 uniquement vers l&rsquo;action et son analyse r\u00e9v\u00e8le un certain nombre de d\u00e9terminations : il y a d&rsquo;abord le projet, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;on r\u00e9fl\u00e9chit sur ce qu&rsquo;il faut faire et qu&rsquo;on d\u00e9cide ce qu&rsquo;il faut faire ; puis la quantit\u00e9 \u2013 une action demande un certain temps \u2013 la consistance, le temps n&rsquo;est pas mall\u00e9able \u00e0 l&rsquo;infini, il r\u00e9siste ; exemple : \u00ab Les journ\u00e9es n&rsquo;ont jamais que 24 heures \u00bb. Mais quelle est la mesure du temps op\u00e9ratoire, sinon le travail ? \u00ab Mon projet n&rsquo;exige pas seulement que des t\u00e2ches pr\u00e9cises soient pr\u00e9vues et accomplies, il demande qu&rsquo;elles le soient dans un certain ordre. Enfin, toute action doit \u00eatre commenc\u00e9e, poursuivie et conclue. Ici, la caract\u00e9rologie nous apprendra pourquoi tel homme ne sait pas commencer, pourquoi tel autre part brusquement et s&rsquo;arr\u00eate vite, pourquoi d&rsquo;autres encore, sans abandonner leur travail, sont incapables de l&rsquo;achever.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">En dernier lieu, il faut noter que le temps op\u00e9ratoire est intersubjectif. Il n&rsquo;intervient pas seulement pour coordonner les vitesses de mes propres actions, mais pour permettre l&rsquo;action en groupe.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ceci conduit Gaston Berger \u00e0 la notion d&rsquo;attitude prospective dont on a vu les caract\u00e9ristiques. Ajoutons que cette attitude, reli\u00e9e aux id\u00e9es sur le temps de Berger, est aussi loin de l&rsquo;utopie que de la programmation. Il s&rsquo;agit, en effet, d&rsquo;une attitude intuitive et coll\u00e9giale orient\u00e9e vers l&rsquo;avenir et qui s&rsquo;oppose, par un sondage vers le futur, \u00e0 une dialectique comme le marxisme. L&rsquo;attitude prospective n&rsquo;est pas dans le devenir, mais dans l&rsquo;imm\u00e9diat ; on pourrait dire qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une position qui n&rsquo;est pas sans ressembler \u00e0 une conversion.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ce terme de prospective, il l&rsquo;avait emprunt\u00e9 \u00e0 Maurice Blondel comme nous l&rsquo;avons montr\u00e9 [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\"><sup>3<\/sup><\/a>], mais il devait lui donner toute son extension et constituer sous ce vocable une discipline nouvelle. La rencontre du docteur Gras, ancien collaborateur de Carrel, conduisit \u00e0 la constitution d&rsquo;un \u00ab Centre de prospective \u00bb qui se pr\u00e9sente comme un \u00ab groupe constitu\u00e9 pour l&rsquo;\u00e9tude des causes techniques, scientifiques, \u00e9conomiques et sociales qui acc\u00e9l\u00e8rent l&rsquo;\u00e9volution du monde moderne et pour la pr\u00e9vision des situations qui pourraient d\u00e9couler de leurs influences conjugu\u00e9es \u00bb. Ce centre s&rsquo;exprimait dans la revue <i>Prospective <\/i>que Berger anima vigoureusement jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort, y publiant un certain nombre d&rsquo;articles remarquables. Mais depuis la mort de son fondateur, le Centre a rapidement d\u00e9clin\u00e9 et le docteur Gras l&rsquo;a quitt\u00e9. Certes, on trouve des noms illustres et sympathiques dans son Conseil d&rsquo;Administration, mais pas un philosophe, et surtout pas un philosophe ayant v\u00e9cu la pens\u00e9e du directeur de l&rsquo;Enseignement sup\u00e9rieur, ce qui est une lacune consid\u00e9rable. Certains mauvais esprits accusent la prospective d&rsquo;\u00eatre une entreprise destin\u00e9e \u00e0 donner une bonne conscience \u00e0 certains patrons, voire \u00e0 certains technocrates. On ne peut approuver cette affirmation, mais il faut reconna\u00eetre que la revue <i>Prospective, <\/i>qui para\u00eet au compte-gouttes, correspond de moins en moins \u00e0 la pens\u00e9e de G. Berger. Il ne suffit pas de prendre une \u00e9tiquette : il est plus difficile de participer \u00e0 un esprit.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">C&rsquo;est peut-\u00eatre la fascination produite chez lui par le probl\u00e8me du temps qui a orient\u00e9 la pens\u00e9e de Gaston Berger vers la parapsychologie, particuli\u00e8rement la t\u00e9l\u00e9pathie et la pr\u00e9monition. Quoiqu&rsquo;il n&rsquo;ait jamais exprim\u00e9 officiellement son avis, il avait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s frapp\u00e9 par des communications t\u00e9l\u00e9pathiques spontan\u00e9es qu&rsquo;il avait eues avec son p\u00e8re, alors que celui-ci habitait Perpignan et lui Marseille. Plus tard, il s&rsquo;int\u00e9ressa \u00e0 l&rsquo;astrologie et avait pr\u00e9vu, le recteur Bayen l&rsquo;a \u00e9crit, sa mort accidentelle et publique. Sur notre conseil, il avait \u00e9t\u00e9 voir le professeur Rhine, \u00e0 la Duke University de la Caroline du Nord, o\u00f9 on avait test\u00e9 ses facult\u00e9s extra-sensorielles. Pourtant, lorsque Abellio a introduit la ph\u00e9nom\u00e9nologie dans la parapsychologie, Gaston Berger est rest\u00e9 silencieux ; il semble aussi avoir ignor\u00e9 les travaux de Gerda Walther sur la ph\u00e9nom\u00e9nologie de la mystique et de la parapsychologie. On a toutes raisons de croire que son attitude \u00e9tait de prudence et qu&rsquo;il ne voulait pas heurter l&rsquo;esprit universitaire fran\u00e7ais, de plus en plus hostile \u00e0 la parapsychologie, quand le monde entier, y compris les chercheurs sovi\u00e9tiques, en constate la validit\u00e9. On peut dire qu&rsquo;apr\u00e8s la th\u00e9or\u00e9tique et la caract\u00e9rologie, le probl\u00e8me du temps et la prospective sont des id\u00e9es fondamentales de Gaston Berger.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Au total, il a \u00e9t\u00e9 un de ces philosophes, hommes d&rsquo;action, dont la tradition remonte \u00e0 Platon ; il est entr\u00e9, en m\u00eame temps, dans une voie nouvelle, celle du philosophe chef d&rsquo;entreprise, voie qu&rsquo;avait pr\u00e9vue l\u2019Anglais Whitehead d\u00e8s 1932, dans son livre \u00ab Aventure d&rsquo;id\u00e9es \u00bb. Dans cette voie, Gaston Berger s&rsquo;est trouv\u00e9 avec cet autre homme d&rsquo;action et penseur que fut Joseph Wilbois.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Essayons d&rsquo;entrevoir les derni\u00e8res pr\u00e9occupations de Gaston Berger. L&rsquo;augmentation du nombre des \u00e9tudiants l&rsquo;exaltait, mais l&rsquo;inqui\u00e9tait aussi, \u00e0 cause du manque de ma\u00eetres. Il ne concevait pas qu&rsquo;il f\u00fbt possible, en quelques ann\u00e9es, de multiplier par deux ou par trois le nombre des chaires ou des ma\u00eetres de conf\u00e9rences. Il \u00e9tait, sur ce point, en conflit amical avec son pr\u00e9d\u00e9cesseur Donzelot. Aussi cherchait-il \u00e0 imaginer d&rsquo;autres proc\u00e9d\u00e9s et \u00e0 profiter de toutes les techniques modernes : magn\u00e9tophone, cin\u00e9ma, radio, t\u00e9l\u00e9vision. Sa pens\u00e9e \u00e9tait en harmonie avec celle d&rsquo;Henri Laugier qui, dans ses conf\u00e9rences comme dans ses articles, a souvent attir\u00e9 l&rsquo;attention des pouvoirs publics sur les immenses ressources que peuvent donner \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 le cin\u00e9ma, la radio, la t\u00e9l\u00e9vision.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">A la suite du professeur Laugier, et dans le cadre de l&rsquo;all\u00e8gement des programmes, il s&rsquo;\u00e9tait attach\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation d&rsquo;une encyclop\u00e9die de m\u00e9thodologie concr\u00e8te, supprimant dans les donn\u00e9es de l&rsquo;enseignement des sciences et des techniques, tout ce qui est purement descriptif, qui fait appel \u00e0 la m\u00e9moire, sans profit pour la formation de l&rsquo;esprit et qui encombre tous les manuels \u00e0 tous les degr\u00e9s de l&rsquo;enseignement. L&rsquo;important \u00e9tant de conserver seulement un petit nombre d&rsquo;exemples concrets sur lesquels les \u00e9l\u00e8ves sont invit\u00e9s \u00e0 suivre pas \u00e0 pas les progr\u00e8s de la pens\u00e9e des hommes de science, en route vers les d\u00e9couvertes. Cela seul est formateur d&rsquo;esprit, et particuli\u00e8rement de l&rsquo;esprit scientifique de toutes les disciplines.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Toutes les m\u00e9thodes modernes l&rsquo;int\u00e9ressaient. Il avait soutenu la cr\u00e9ation de films de physiologie destin\u00e9s \u00e0 suppl\u00e9er les travaux pratiques, difficiles \u00e0 faire ex\u00e9cuter \u00e0 de trop nombreux \u00e9tudiants. Il <span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">s&rsquo;<\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">\u00e9tait r\u00e9joui de l&rsquo;installation de la t\u00e9l\u00e9vision dan<\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">s<\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"> le grand amphith\u00e9\u00e2tre de la Facult\u00e9 de M\u00e9decine ; il<\/span> avait \u00e9t\u00e9 tent\u00e9 par les m\u00e9thodes automatiques de correction de copies et il avait essay\u00e9 d&rsquo;orienter les constructeurs de machines pour obtenir des possibilit\u00e9s plus souples que celles actuellement utilis\u00e9es.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Venons-en au probl\u00e8me final : quelle \u00e9tait la croyance ultime de Gaston Berger ? Pour cela, retournons un peu en arri\u00e8re. Au cours de sa th\u00e8se, le d\u00e9gagement du sujet appara\u00eet comme corr\u00e9latif de son engagement. N&rsquo;a-t-il pas dirig\u00e9 une th\u00e8se sur le \u00ab D\u00e9gagement \u00bb ?<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">L&rsquo;acte de r\u00e9fl\u00e9chir, d&rsquo;ailleurs, est d\u00e9j\u00e0 une op\u00e9ration de d\u00e9gagement. Or, que signifie-t-elle ? La relation du sujet au monde se d\u00e9tend : le Je \u00e9chappe \u00e0 ce qu&rsquo;il y a de relatif dans toute relation : il se pose comme absolu en se posant comme transcendantal. Donnons alors \u00e0 ce mouvement son vrai nom : il dessine une conversion. Celle-ci est \u00e9videmment d&rsquo;ordre philosophique, puisqu&rsquo;elle co\u00efncide avec la r\u00e9flexion qui d\u00e9couvre le sujet mais, comme l&rsquo;engagement, le d\u00e9gagement s&rsquo;exprime dans l&rsquo;existence : il devient alors d\u00e9tachement dans le d\u00e9sint\u00e9ressement moral et la conversion religieuse. C&rsquo;est pourquoi l&rsquo;Essai de th\u00e9or\u00e9tique pure s&rsquo;ach\u00e8ve sur un chapitre dont le titre est plut\u00f4t celui d&rsquo;une introduction. C&rsquo;est pourquoi, dans le tome XVII de l&rsquo;Encyclop\u00e9die, Gaston Berger tient \u00e0 \u00e9crire lui-m\u00eame les pages sur \u00ab la Ph\u00e9nom\u00e9nologie transcendantale \u00bb et les pages sur la Vie mystique \u2013 celles-ci \u00e9tant explicitement mises en continuit\u00e9 avec celles-l\u00e0.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">On ne saurait trop insister sur ces derniers faits : ce qu&rsquo;il y a de plus essentiel dans la religion, prolonge, en quelque sorte, ce qu&rsquo;il y a de plus essentiel \u00e0 la philosophie. Dans sa th\u00e8se, la r\u00e9flexion a pos\u00e9 le sujet hors du monde et, par l\u00e0, comme absolu. Mais l&rsquo;est-il vraiment ? Autrement dit, est-il vraiment lib\u00e9r\u00e9 de sa relation au monde ? Sa situation rappelle alors celle du Moi cart\u00e9sien qui d\u00e9couvre l&rsquo;existence de Dieu dans la conscience de sa propre finitude : toutefois, l&rsquo;exp\u00e9rience de nos limites unit ici la m\u00e9taphysique \u00e0 la morale et \u00e0 la religion. En effet, un renoncement total ne peut avoir qu&rsquo;une raison absolue&#8230; Il faut que ce soit \u00e0 Dieu m\u00eame que je vienne offrir le d\u00e9roulement infini de mes aventures singuli\u00e8res.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Quinze ans plus tard, Gaston Berger poursuit son id\u00e9e : \u00ab La r\u00e9flexion philosophique rationnelle, en affirmant la r\u00e9alit\u00e9 de Dieu hors du monde, ne nous met pas en sa pr\u00e9sence. Dieu est certain, mais demeure cach\u00e9. Nous ne savons ni o\u00f9 il est, ni comment l&rsquo;atteindre, et nous-m\u00eames, qui sommes assur\u00e9s d&rsquo;exister, ne savons pas encore ce que nous sommes. Venus au monde sans raison, ou pour une raison qui nous \u00e9chappe, promis \u00e0 une destin\u00e9e sur laquelle rien ne nous \u00e9claire, ne nous saisissant que par la r\u00e9flexion, que pour nous projeter devant nos propres yeux en un reflet qui nous trahit, pris entre un monde auquel nous ne pouvons plus nous confier et un Absolu que nous n&rsquo;atteignons pas, nous sommes plong\u00e9s, \u00e0 notre mani\u00e8re de philosophes, dans la nuit obscure dont parlent les mystiques \u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Et c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il nous faut maintenant rester, prenant les mystiques pour guides, afin de vivre \u00e0 notre mani\u00e8re de philosophe, ce total d\u00e9tachement qui suppose la pr\u00e9sence de Dieu, serait-ce au-del\u00e0 de toute conscience claire et distincte. Pr\u00e9sence d&rsquo;un Dieu immanent ou d&rsquo;un Dieu transcendant ? Sans doute, Gaston Berger eut-il refus\u00e9 l&rsquo;alternative, renvoyant \u00e0 cette formule qu&rsquo;il a r\u00e9p\u00e9t\u00e9e presque mot pour mot dans les deux articles de l\u2019Encyclop\u00e9die pour exprimer <i>et <\/i>le sens de la recherche ph\u00e9nom\u00e9nologique <i>et <\/i>celui <i>de <\/i>la qu\u00eate mystique : \u00ab Nous sommes embarqu\u00e9s pour un voyage qui doit nous conduire l\u00e0 o\u00f9 nous sommes d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9s sans <i>le <\/i>savoir \u00bb. Immanence, puisque le Dieu cach\u00e9 est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 : transcendance pourtant, s&rsquo;il le faut d\u00e9couvrir au-del\u00e0 de ce que nous nommons la Nature. \u00ab Spinozisme du Livre V de l\u2019\u00c9thique \u00bb, c&rsquo;est ce que nous d\u00e9clare Suzanne Delorme, \u00e9crivant : \u00ab Gaston Berger \u00e9tait avant tout spinoziste et ce qu&rsquo;il cherchait, c&rsquo;\u00e9tait retrouver par-del\u00e0 le temps l\u2019\u00c9ternit\u00e9 au sens de Spinoza \u00bb. Oui, dans un sens, mais il n&rsquo;aurait pas dit : \u00ab Deus Sive Natura.\u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">On a d\u00e9j\u00e0 fait remarquer que, d\u00e8s 1932, Gaston Berger suivait \u00e0 Marseille les conf\u00e9rences donn\u00e9es par un des ma\u00eetres de la mystique carm\u00e9litaine, le R.P. Marie-Eug\u00e8ne. Il ne cessera d&rsquo;\u00e9tudier saint Jean de la Croix et les derni\u00e8res lignes de sa th\u00e8se principale sont une citation de sainte Th\u00e9r\u00e8se.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab D&rsquo;autre part, \u00e9crit Henri Gouhier (mais est-ce bien d&rsquo;autre part ?), \u00e0 ses yeux, en effet, la spiritualit\u00e9 d&rsquo;Extr\u00eame-Orient <i>et <\/i>celle de la pi\u00e9t\u00e9 chr\u00e9tienne ne suivent pas deux lignes parall\u00e8les qui attendraient l&rsquo;infini pour se rejoindre &#8230; quelles que soient les diff\u00e9rences historiques et les vari\u00e9t\u00e9s d&rsquo;exp\u00e9riences, tout se passe pour la philosophie r\u00e9flexive comme s&rsquo;il n&rsquo;y avait qu&rsquo;une seule voie, sur laquelle elle rencontre les t\u00e9moins de la m\u00eame conversion. Ce point de vue n&rsquo;est donc pas celui de Maurice Blondel, dont la pens\u00e9e ne doit vraiment rien aux sagesses <i>de <\/i>l&rsquo;Inde, ni celui de Bergson qui discerne en elles une philosophie incompl\u00e8te.\u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Quel est donc le secret de Gaston Berger ? Si on s&rsquo;adresse \u00e0 son \u0153uvre, on trouve, dans sa th\u00e9or\u00e9tique, six citations consacr\u00e9es \u00e0 la philosophie hindoue et particuli\u00e8rement aux Upanishads. Ce rapprochement entre Husserl et le Vedanta a d&rsquo;ailleurs inspir\u00e9 un int\u00e9ressant article du docteur Jean Reboul dans la \u00ab Revue de M\u00e9taphysique et Morale \u00bb (1959). Berger semble donc chercher son inspiration dans l\u2019Hindouisme. Par contre, dans le temps harcelant de sa vie parisienne, lorsqu&rsquo;il lui est enfin permis de se r\u00e9fugier dans son cabinet de travail, sa r\u00e9flexion se poursuit sous le regard myst\u00e9rieusement inexpressif d&rsquo;un grand Bouddha accroupi sur une fleur de lotus. Enfin, nous savons que Gaston Berger s&rsquo;est tr\u00e8s t\u00f4t int\u00e9ress\u00e9 aux diverses formes de yoga, avec le sentiment de leur convergence, que ce soit par l&rsquo;amour, par l&rsquo;action ou par la connaissance; il s&rsquo;agit toujours de la m\u00eame union et du m\u00eame Dieu. Allant plus loin, on a toutes les raisons de croire que Gaston Berger acceptait sur ce point les id\u00e9es de Ren\u00e9 Gu\u00e9non, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;existence d&rsquo;une tradition perp\u00e9tuelle et unanime r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par les dogmes et les rites des diverses religions, mais UNE dans son exp\u00e9rience transcendantale. Berger y trouvait peut-\u00eatre la satisfaction de ses pr\u00e9occupations intellectuelles, rejoignant ici le philosophe italien Evola, et le grand historien anglais, Toynbee.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Dans un livre d\u00e9sormais fameux : \u00ab Tristes Tropiques \u00bb, Claude L\u00e9vi-Strauss ne voit dans notre avenir qu&rsquo;une marche vers la stagnation et la mort : \u00ab La civilisation, prise dans son ensemble, peut \u00eatre d\u00e9crite comme un m\u00e9canisme prodigieusement complexe, o\u00f9 nous serions tent\u00e9s de voir la chance qu&rsquo;a notre univers de survivre, si sa fonction n&rsquo;\u00e9tait de fabriquer ce que les physiciens appellent de l&rsquo;entropie, c&rsquo;est-\u00e0-dire de l&rsquo;inertie. \u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">A cela, Berger r\u00e9pond, dans sa derni\u00e8re conf\u00e9rence sur l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;avenir, en d\u00e9clarant : \u00ab Loin de vieillir, l&rsquo;humanit\u00e9 devient progressivement de plus en plus jeune. Qu&rsquo;est-ce en effet que vieillir ? C&rsquo;est d&rsquo;abord avoir chaque jour un peu moins de possibilit\u00e9s. Chacun de nos actes, parce qu&rsquo;il est un engagement, est aussi une limitation. Tout choix d\u00e9truit ce que nous aurions pu \u00eatre en choisissant autrement. Mais notre monde est, au contraire, plus riche chaque jour de possibilit\u00e9s nouvelles. Il est aussi de plus en plus capable de restituer ce que l&rsquo;on croyait perdu. \u00catre vieux, c&rsquo;est avoir choisi : l&rsquo;humanit\u00e9 moderne est toujours \u00e0 la veille de choisir.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Vieillir, c&rsquo;est aussi se durcir, se scl\u00e9roser. Or, le Monde moderne accro\u00eet sans cesse sa souplesse, sa disponibilit\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Vieillir, c&rsquo;est se prot\u00e9ger, avoir construit peu \u00e0 peu son abri, maison ou coquille. Or, il faut avoir le courage de le reconna\u00eetre : notre monde est de plus en plus pr\u00e9caire. Tout y est sans cesse remis en question.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Vieillir, c&rsquo;est aussi s&rsquo;isoler du monde, diminuer ses \u00e9changes, ralentir son activit\u00e9. Ici, l&rsquo;\u00e9vidence du rajeunissement est encore plus manifeste. Nos informations ne cessent de cro\u00eetre, nos \u00e9changes de se pr\u00e9cipiter, nos contacts de se multiplier &#8230; \u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Et l&rsquo;on comprend que l&rsquo;homme qui \u00e9crivait ces lignes, magnifiques de confiance en l&rsquo;avenir de l&rsquo;humanit\u00e9, \u00e9tait celui qui, un jour de septembre 1947, dans un Congr\u00e8s de Philosophie \u00e0 Bruxelles, s&rsquo;\u00e9tait \u00e9cri\u00e9, r\u00e9pondant \u00e0 un interlocuteur l&rsquo;accusant d&rsquo;id\u00e9alisme : \u00ab Puisque vous reconnaissez que j&rsquo;ai les pieds sur terre, rien ne m&#8217;emp\u00eachera d&rsquo;avoir la t\u00eate dans le ciel ! \u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"right\">L-.J. DELPECH<\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p align=\"justify\">Extrait du site de <a href=\"http:\/\/www.revuedesdeuxmondes.fr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">la revue des deux mondes<\/a><\/p>\n<p align=\"justify\">_________________________________________________________________<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a>\u0002 On peut consulter sur la vie et l\u2019\u0153uvre de Gaston Berger : Suzanne Delorme : \u00ab In memoriam Gaston Berger \u00bb, revue de Synth\u00e8se, juillet-d\u00e9cembre 1960, le n<sup>o<\/sup> 7 de la revue \u00ab Prospective 1961 \u00bb et le num\u00e9ro d&rsquo;octobre-d\u00e9cembre 1961 des \u00c9tudes philosophiques: Henri Gouhier : \u00ab Notice sur la vie et les travaux de Gaston Berger \u00bb, lue \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie des Sciences morales, le 12 novembre 1962 ; l&rsquo;hommage \u00e0 Gaston Berger, de la Facult\u00e9 de Dakar (1962) et celui de la Facult\u00e9 d&rsquo;Aix (1962); enfin, B. Ginesty : \u00ab Prospection spirituelle et engagement prospectif. Essai pour une lecture de Gaston Berger \u00bb (Editions Ouvri\u00e8res, 1966). Ouvrages de G. Berger: \u00ab Recherches sur la th\u00e9orie de la connaissance \u00bb, P.U.F., 1941 ; \u00ab Le Cogito chez Husserl \u00bb, Aubier, 1941 ; \u00ab Trait\u00e9 pratique d&rsquo;analyse du caract\u00e8re \u00bb, P.U.F., 1950 ; \u00ab Caract\u00e8re et personnalit\u00e9 \u00bb, P.U.F., 1954; \u00ab Ph\u00e9nom\u00e9nologie du temps et prospective \u00bb, P.U.F., 1962 ; \u00ab L&rsquo;homme moderne et son \u00e9ducation \u00bb, P.U.F., 1963.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a>\u0002 Son fils a\u00een\u00e9 devait devenir le chor\u00e9graphe M. B\u00e9jart.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote3\">\n<p><span style=\"font-size: small;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span style=\"font-size: medium;\">Bonde<\/span>l<span style=\"font-size: medium;\"> et Berger : \u00ab Prospective \u00bb<\/span> <span style=\"font-size: medium;\">n\u00b0 7 (1961).<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(Extrait de la revue des deux mondes. Janvier 1968) Gaston Berger [1] est n\u00e9 le 1er octobre 1896 \u00e0 Saint-Louis du S\u00e9n\u00e9gal o\u00f9 son p\u00e8re \u00e9tait officier de tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais. Ce dernier, \u00c9tienne Berger, \u00e9tait alors \u00e2g\u00e9 de trente ans ; sa femme, \u00c9milie Rousseau, avait vingt-cinq ans. \u00c9tienne Berger \u00e9tait n\u00e9 lui-m\u00eame d&rsquo;un sous-officier [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":9185,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[725,558],"tags":[1408,279,1366,402,159],"class_list":["post-17672","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-delpech-l-j","category-portrait","tag-husserl","tag-mysticisme","tag-phenomenologie","tag-philosophie","tag-temps"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.5 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Gaston Berger, philosophe, homme d&#039;action par L.-J. 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