{"id":17698,"date":"2018-02-03T17:30:56","date_gmt":"2018-02-03T16:30:56","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=17698"},"modified":"2018-02-03T17:30:56","modified_gmt":"2018-02-03T16:30:56","slug":"science-sagesse-titus-burkhardt","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/science-sagesse-titus-burkhardt\/","title":{"rendered":"Science sans sagesse par Titus Burkhardt"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"font-size: medium;\">Au cours des pages qui suivent, nous voudrions attirer l\u2019attention sur certaines failles qui \u2014 parfois colmat\u00e9es \u00e0 la h\u00e2te \u2014 se font jour dans le domaine des sciences modernes. Elles sont b\u00e9antes dans toutes les th\u00e9ories qui traitent du vivant, mais se manifestent \u00e9galement en physique, que l\u2019on consid\u00e8re pourtant g\u00e9n\u00e9ralement comme la plus fiable des sciences modernes.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span style=\"font-size: medium;\">Toutes les erreurs des sciences soi-disant \u201cexactes\u201d se ram\u00e8nent au fait que le type de pens\u00e9e commun \u00e0 ces sciences tend, au nom d\u2019une connaissance \u201cobjective\u201d du monde, \u00e0 \u00e9liminer au maximum le sujet humain comme s\u2019il n\u2019existait pas, alors que c\u2019est en lui, pourtant, que se d\u00e9ploie le monde ph\u00e9nom\u00e9nal. La r\u00e9duction de toutes les observations \u00e0 des formules math\u00e9matiques permet dans une large mesure de faire comme s\u2019il n\u2019existait pas, en effet, de sujet connaissant, mais simplement une r\u00e9alit\u00e9 \u201cobjective\u201d. On oublie d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment que la coh\u00e9rence logique du monde r\u00e9side dans le sujet lui-m\u00eame et que lui seul en est la garantie ; c\u2019est le sujet qui, \u00e0 condition de n\u2019\u00eatre pas con\u00e7u dans sa dimension de \u201cJe\u201d mais dans son essence spirituelle, est en fait le seul t\u00e9moin de toute r\u00e9alit\u00e9 objective.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Effectivement, la connaissance \u201cobjective\u201d du monde, c\u2019est-\u00e0-dire ind\u00e9pendante des impressions conditionn\u00e9es par le \u201cJe\u201d, et donc, en ce sens, \u201csubjectives\u201d, suppose <\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>a priori <\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\">certains crit\u00e8res immuables qui ne sauraient exister s\u2019il n\u2019y avait pas, dans le sujet lui-m\u00eame, command\u00e9 par le \u201cJe\u201d, un fond impartial, un t\u00e9moin qui transcende le Je, \u00e0 savoir pr\u00e9cis\u00e9ment le pur esprit. En derni\u00e8re analyse, la connaissance du monde suppose l\u2019unit\u00e9 sous-jacente du sujet connaissant, de sorte que l\u2019on pourrait dire de la science volontairement agnostique des temps modernes ce que disait Ma\u00eetre Eckhart des ath\u00e9es : \u201cPlus ils blasph\u00e8ment Dieu, plus ils le louent\u201d. Plus la science proclame l\u2019av\u00e8nement d\u2019un ordre exclusivement \u201cobjectif\u2019 des choses, plus elle manifeste l\u2019unit\u00e9 sous-jacente de l\u2019esprit. Elle le fait, certes, indirectement et inconsciemment, \u00e0 l\u2019encontre de ses propres principes, mais elle affirme pourtant, \u00e0 sa mani\u00e8re, ce qu\u2019elle s\u2019efforce de nier.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Dans la perspective scientifique moderne, le sujet humain dans sa totalit\u00e9, \u00e0 la fois sensibilit\u00e9, pens\u00e9e et esprit pur, est remplac\u00e9 par cet artifice qu\u2019est la pens\u00e9e math\u00e9matique. On en arrive \u00e0 \u00e9vacuer toute vision du monde, voire \u00e0 \u00e9mettre des doutes \u00e0 son propos : \u201cTout vrai progr\u00e8s de la science, a \u00e9crit un th\u00e9oricien contemporain [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\"><sup>1<\/sup><\/a>], consiste en ce qu\u2019elle se d\u00e9gage de plus en plus de la pure subjectivit\u00e9, qu\u2019elle fait ressortir de plus en plus clairement ce qui existe ind\u00e9pendamment de la pens\u00e9e humaine, quand bien m\u00eame le r\u00e9sultat n\u2019aurait plus qu\u2019une tr\u00e8s lointaine ressemblance avec ce que la perception originelle avait pris pour r\u00e9el\u201d. Il ne s\u2019agit donc pas seulement d\u2019\u00e9liminer la fragilit\u00e9 des observations individuelles, conditionn\u00e9e par les interf\u00e9rences sensorielles ou affectives; il faut \u00e9galement se d\u00e9faire de tout ce qui, \u00e0 titre \u201csubjectif\u2019, est inh\u00e9rent \u00e0 la perception humaine, \u00e0 savoir la synth\u00e8se des impressions multiples en une image. Tandis que, pour la cosmologie traditionnelle, la dimension m\u00e9taphorique constitue la vraie valeur du monde visible, son caract\u00e8re en tant que signe et symbole, au contraire, pour la science moderne, seul la sch\u00e9ma conceptuel auquel peuvent se ramener certains processus spatio-temporels poss\u00e8de une valeur cognitive. Cela vient du fait que la formule math\u00e9matique permet la plus grande g\u00e9n\u00e9ralisation possible sans abandonner la loi du nombre ; on peut donc toujours en faire la preuve sur le plan quantitatif. Mais c\u2019est justement pourquoi elle ne saisit pas toute la r\u00e9alit\u00e9 telle qu\u2019elle s\u2019offre \u00e0 nos sens. Elle effectue une sorte de tri, et tout ce que ce tri \u00e9limine est consid\u00e9r\u00e9 comme non-r\u00e9el par la science moderne. Font naturellement partie de cette exclusion tous les aspects purement qualitatifs des choses, c\u2019est-\u00e0-dire leurs propri\u00e9t\u00e9s qui, tout en \u00e9tant perceptibles par les sens, ne sont pas strictement mesurables, qualit\u00e9s qui, pour la cosmologie traditionnelle, sont les traces les plus authentiques des r\u00e9alit\u00e9s cosmiques, lesquelles recoupent la dimension quantitative et la transcendent. La science moderne ne fait pas seulement une impasse sur le caract\u00e8re cosmique des qualit\u00e9s pures, elle va jusqu\u2019\u00e0 mettre en doute l\u2019existence m\u00eame de ces propri\u00e9t\u00e9s, dans la mesure o\u00f9 elles se manifestent sur le plan physique. A ses yeux, par exemple, les couleurs n\u2019existent pas comme telles, mais sont seulement les impressions \u201csubjectives\u201d des diff\u00e9rents degr\u00e9s d\u2019oscillation de la lumi\u00e8re. \u201cUne fois admis le principe \u2014 \u00e9crit un repr\u00e9sentant de cette science [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\"><sup>2<\/sup><\/a>] \u2014 selon lequel les qualit\u00e9s per\u00e7ues ne peuvent \u00eatre con\u00e7ues comme propri\u00e9t\u00e9s des choses elles-m\u00eames, d\u00e8s lors la physique offre un syst\u00e8me enti\u00e8rement homog\u00e8ne et s\u00fbr de r\u00e9ponses aux questions concernant ce qui est r\u00e9ellement sous-jacent aux couleurs, aux sons, aux chaleurs, etc.\u201d. L\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de ce syst\u00e8me, qu\u2019est-elle sinon le r\u00e9sultat d\u2019une r\u00e9duction des aspects qualitatifs de la nature \u00e0 leur expression quantitative ? La science moderne nous invite donc \u00e0 sacrifier une bonne partie de ce qui fait, pour nous, la r\u00e9alit\u00e9 du monde, et elle nous offre en contrepartie des sch\u00e9mas math\u00e9matiques dont le seul avantage consiste \u00e0 nous aider \u00e0 manipuler la mati\u00e8re sur son propre plan, celui de la stricte quantit\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le tri math\u00e9matique effectu\u00e9 sur la r\u00e9alit\u00e9 n\u2019\u00e9carte pas simplement les propri\u00e9t\u00e9s dites \u201csecondaires\u201d des choses perceptibles, telles que les couleurs, les odeurs, les saveurs, les sensations de chaud ou de froid, mais aussi et surtout ce que les philosophes grecs et les scolastiques appelaient la \u201cforme\u201d, c\u2019est-\u00e0-dire le \u201csceau\u201d qualitatif, l\u2019\u201cempreinte\u201d imprim\u00e9e par l\u2019essence unique d\u2019une \u00eatre ou d\u2019une chose. Pour la science moderne, la forme essentielle n\u2019existe pas. Comme l\u2019\u00e9crit un th\u00e9oricien de la science moderne [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\"><sup>3<\/sup><\/a>] : \u201cQuelques rares tenants de l\u2019aristot\u00e9lisme entretiennent peut-\u00eatre encore l\u2019id\u00e9e de pouvoir, gr\u00e2ce \u00e0 quelque illumination de l\u2019intelligence par le moyen de l&rsquo;<\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>intellectus agens, <\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\">entrer intuitivement en possession des concepts relatifs \u00e0 l\u2019essence des choses de la nature, mais ce n\u2019est l\u00e0 qu\u2019un beau r\u00eave&#8230; Les qualit\u00e9s essentielles des choses ne sont pas accessibles \u00e0 la contemplation, elles doivent \u00eatre d\u00e9couvertes au terme d\u2019un laborieux travail d\u2019investigation fond\u00e9 sur l\u2019exp\u00e9rience\u201d. A ces d\u00e9clarations, un Plotin, un Avicenne ou un saint Albert le Grand auraient r\u00e9pondu qu\u2019il n\u2019y a rien dans la nature d\u2019aussi manifeste que les essences (non pas les \u201cconcepts essentiels\u201d) des choses, puisqu\u2019elles se r\u00e9v\u00e8lent dans les formes essentielles. Il est \u00e9vident que l\u2019on ne saurait les d\u00e9couvrir au terme d\u2019un \u201claborieux travail d\u2019investigation\u201d, puisqu\u2019elles \u00e9chappent \u00e0 la mesure quantitative ; en revanche, l\u2019intuition spirituelle qui les saisit prend spontan\u00e9ment appui sur la perception sensible, mais aussi, dans une certaine mesure, sur l\u2019imagination, dans la mesure en effet o\u00f9 celle-ci synth\u00e9tise les impressions re\u00e7ues de l\u2019ext\u00e9rieur.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Du reste, qu\u2019est-ce donc que cette raison humaine qui cherche \u00e0 saisir les essences des choses par un \u201claborieux travail d\u2019investigation\u201d ? Ou bien cette raison est r\u00e9ellement capable d\u2019atteindre son but, ou bien elle ne l\u2019est pas. Que la raison humaine connaisse des limites, nous le savons, mais nous savons aussi qu\u2019elle est capable de concevoir des v\u00e9rit\u00e9s qui existent ind\u00e9pendamment des individus eux-m\u00eames et que se manifeste donc en elle une loi universelle sup\u00e9rieure \u00e0 ces derniers. Sans entrer dans des discussions philosophiques, on peut n\u00e9anmoins comparer le rapport qui existe entre l\u2019intelligence individuelle et sa source cognitive supra-humaine, le pur Esprit \u2014 d\u00e9fini par la cosmologie m\u00e9di\u00e9vale comme l&rsquo;<\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>intellectus agens <\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\">et, dans un sens plus large, comme l&rsquo;<\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>intellectus primus <\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\">\u2014, avec le rapport qui s\u2019\u00e9tablit entre le reflet et la source de lumi\u00e8re ; cette image rend mieux compte de la r\u00e9alit\u00e9 que ne saurait le faire n\u2019importe quelle d\u00e9finition philosophique, et d\u2019une mani\u00e8re plus compl\u00e8te. Le reflet est limit\u00e9 par le milieu dans lequel il se trouve ; or, dans le cas de la raison humaine, ce milieu est celui que constitue la facult\u00e9 de penser et de raisonner, et, dans un sens plus g\u00e9n\u00e9ral, la psych\u00e9 ; mais la nature de la lumi\u00e8re reste toujours la m\u00eame, ici ou l\u00e0, au niveau de sa source ou de son reflet, et il en est ainsi de l\u2019esprit, qui reste lui aussi le m\u00eame, quelles que soient les limites formelles qu\u2019un milieu donn\u00e9 peut lui conf\u00e9rer. Cependant, de par son essence, l\u2019esprit est enti\u00e8rement connaissance ; il a le pouvoir de se conna\u00eetre lui-m\u00eame et, dans la mesure o\u00f9 il prend conscience de lui-m\u00eame, il conna\u00eet \u00e9galement, fondamentalement, toutes les possibilit\u00e9s qui lui sont inh\u00e9rentes. C\u2019est l\u00e0 que se trouve l\u2019acc\u00e8s, non pas \u00e0 la structure mat\u00e9rielle des choses, en particulier et en d\u00e9tail, mais \u00e0 leurs \u201cessences\u201d.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Toute vraie connaissance cosmologique se fonde sur les aspects qualitatifs des choses, c\u2019est-\u00e0-dire sur les \u201cformes\u201d, dans la mesure o\u00f9 celles-ci sont les traces de l\u2019essence. C\u2019est pourquoi la cosmologie est \u00e0 la fois imm\u00e9diate et sp\u00e9culative car elle saisit les propri\u00e9t\u00e9s des choses d\u2019embl\u00e9e, sans d\u00e9tours et sans \u00e9mettre de doute, mais en les d\u00e9gageant des circonstances particuli\u00e8res de leur environnement, pour les consid\u00e9rer dans leur r\u00e9alit\u00e9 universelle, laquelle se manifeste simultan\u00e9ment \u00e0 diff\u00e9rents niveaux d\u2019existence. Par rapport \u00e0 la dimension \u201chorizontale\u201d de l\u2019existence mat\u00e9rielle, la dimension des propri\u00e9t\u00e9s cosmiques est de nature \u201cverticale\u201d, car elle \u00e9tablit un lien entre l\u2019inf\u00e9rieur et le sup\u00e9rieur, le transitoire et l\u2019\u00e9ternel. \u00c9tant donn\u00e9 cette fa\u00e7on de consid\u00e9rer les choses, l\u2019univers r\u00e9v\u00e8le d\u00e8s lors son unit\u00e9 intrins\u00e8que, tout en montrant du m\u00eame coup une multiplicit\u00e9 d\u2019aspects et de dimensions aux mille reflets changeants. Il n\u2019est pas rare que cette vision poss\u00e8de une certaine beaut\u00e9 po\u00e9tique, ce qui ne saurait porter pr\u00e9judice \u00e0 sa v\u00e9rit\u00e9, au contraire, car toute po\u00e9sie authentique porte en elle une pr\u00e9monition de l\u2019harmonie fondamentale du monde. C\u2019est dans ce sens que le Proph\u00e8te de l\u2019Islam a pu dire : \u201cCertes il y a une part de sagesse dans l\u2019art de la po\u00e9sie\u201d.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Si l\u2019on peut reprocher \u00e0 cette vision des choses d\u2019\u00eatre plus contemplative que pratique et de n\u00e9gliger les relations mat\u00e9rielles qui existent entre les choses \u2014 ce qui, en r\u00e9alit\u00e9, ne saurait \u00eatre un reproche \u2014, en revanche, on peut dire du scientisme moderne qu\u2019il vide le monde de toute son essence qualitative.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le \u201cgrand\u201d argument en faveur des sciences physiques modernes est de mettre en avant leur r\u00e9ussite technique ; cet argument p\u00e8se lourd aux yeux de la foule, mais compte peu pour les scientifiques, qui savent trop bien qu\u2019une d\u00e9couverte technique, bien souvent, se fonde sur des th\u00e9ories parfaitement insuffisantes ou m\u00eame totalement fausses. Le succ\u00e8s technique, comme preuve de v\u00e9rit\u00e9 au sens le plus profond, est pour le moins sujet \u00e0 caution, car une th\u00e9orie peut tr\u00e8s bien saisir la r\u00e9alit\u00e9 de la nature en fonction seulement de ce qu\u2019exige une certaine application technique, et n\u00e9anmoins ignorer compl\u00e8tement la v\u00e9ritable essence de cette r\u00e9alit\u00e9. C\u2019est d\u2019ailleurs ce qui se passe en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, et l\u2019on peut constater aujourd\u2019hui les cons\u00e9quences de plus en plus \u00e9videntes d\u2019une mauvaise ma\u00eetrise de la nature. Dans un premier temps, elle se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9es principalement sur le plan humain, en imposant \u00e0 l\u2019individu une forme de vie m\u00e9canis\u00e9e, contraire \u00e0 sa vraie nature ; par la suite, les inventions qui portent en elles davantage de non-savoir que de vrai savoir ont exerc\u00e9 leurs effets d\u00e9vastateurs dans tout le r\u00e8gne du vivant [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\"><sup>4<\/sup><\/a>] ; or si ce processus ne se poursuit pas tout bonnement jusqu\u2019\u00e0 ce que les fondements m\u00eames de la vie terrestre soient remis en question [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\"><sup>5<\/sup><\/a>], il faudra bien, \u00e0 un moment donn\u00e9, lorsque les cons\u00e9quences des interventions imprudentes sur la nature se seront accumul\u00e9es et auront acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 mutuellement le processus de d\u00e9gradation, pour \u00e9viter une catastrophe encore plus terrible, consentir des sacrifices sup\u00e9rieurs \u00e0 ceux que les hommes ont d\u00e9j\u00e0 consentis dans leur histoire pour la simple sauvegarde de leur existence [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\"><sup>6<\/sup><\/a>].<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Certains contesteront que la science en tant que telle est responsable de cette \u00e9volution. Et pourtant celle-ci est d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 inscrite dans la structure m\u00eame de la science moderne. Elle na\u00eet d\u2019une unilat\u00e9ralit\u00e9 li\u00e9e tout d\u2019abord au fait que, le monde des ph\u00e9nom\u00e8nes \u00e9tant infiniment multiple, toute science qui en traite est partielle. Mais surtout, le m\u00e9lange dangereux et explosif de savoir et de non-savoir qui caract\u00e9rise la science moderne est d\u00fb au fait qu\u2019elle ignore syst\u00e9matiquement toutes les dimensions de la r\u00e9alit\u00e9 qui ne sont pas strictement mat\u00e9rielles. Cet exclusivisme proprement inhumain de la science moderne est responsable des cassures qui se produisent en elle-m\u00eame et dont les effets dans le domaine technique sont autant de germes d\u2019une catastrophe future.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00c9tant donn\u00e9 que la conception purement math\u00e9matique des choses fait in\u00e9vitablement partie du caract\u00e8re sch\u00e9matique et en m\u00eame temps discontinu du nombre, elle n\u00e9glige tout ce qui, dans la trame infinie de la nature, est constitu\u00e9 de rapports fluctuants et continus ainsi que d\u2019\u00e9quilibres impond\u00e9rables. Mais il reste que la permanence et l\u2019\u00e9quilibre sont plus r\u00e9els qu<\/span><span style=\"font-size: medium;\">e<\/span><span style=\"font-size: medium;\"> l\u2019instabilit\u00e9 et le hasard ; ils sont aussi<\/span><i> <\/i><span style=\"font-size: medium;\">infiniment plus pr\u00e9cieux et, tout bonnement, absolument indispensables \u00e0 la vie.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"center\"><span style=\"font-size: medium;\">*<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Dans la physique moderne, l\u2019espace dans lequel se meuvent les astres, ainsi que l\u2019espace que parcourent les trajectoires des plus petits corpuscules connus, comme les \u00e9lectrons, est con\u00e7u comme totalement vide. Cette d\u00e9finition, bien que contraire \u00e0 toute logique et \u00e0 toute repr\u00e9sentation intuitive, est n\u00e9anmoins maintenue comme telle parce qu\u2019elle permet de repr\u00e9senter les relations spatio-temporelles entre les diff\u00e9rents corps ou corpuscules comme math\u00e9matiquement \u201cpures\u201d. En r\u00e9alit\u00e9, un \u201cpoint\u201d de mati\u00e8re \u201csuspendu\u201d dans le vide absolu serait totalement priv\u00e9 de toute relation avec tous les autres \u201cpoints\u201d de mati\u00e8re ; il serait pour ainsi dire suspendu dans le n\u00e9ant. On parle bien de \u201cchamps de force\u201d qui \u00e9tablissent des relations entre les corps, mais on ne dit pas ce qui sert de support \u00e0 ces champs de force. L\u2019espace totalement vide ne peut exister ; c\u2019est une simple abstraction, un concept arbitraire qui montre seulement jusqu\u2019o\u00f9 la pens\u00e9e purement math\u00e9matique peut s\u2019\u00e9garer lorsqu\u2019elle perd le contact avec la contemplation et l\u2019imagination.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Selon la cosmologie traditionnelle, l\u2019espace est uniform\u00e9ment rempli d\u2019\u00e9ther. Mais la physique moderne nie la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019\u00e9ther, depuis qu\u2019elle a constat\u00e9 qu\u2019il n\u2019oppose aucune r\u00e9sistance au mouvement de rotation du globe terrestre. Mais, ce faisant, on oublie justement que ce \u201ccinqui\u00e8me \u00e9l\u00e9ment\u201d, qui repr\u00e9sente le fondement de tous les modes d\u2019existence physiques, ne poss\u00e8de en lui-m\u00eame aucune propri\u00e9t\u00e9 physique particuli\u00e8re ; il constitue le vecteur permanent et indiff\u00e9renci\u00e9 de tous les contraires faits de grossi\u00e8re mati\u00e8re et ne saurait donc jamais faire opposition \u00e0 quoi que ce soit.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Si la science moderne admettait l\u2019existence de l\u2019\u00e9ther, peut-\u00eatre trouverait-elle la r\u00e9ponse \u00e0 la question de savoir si la lumi\u00e8re se propage en tant qu\u2019onde ou en tant qu\u2019\u00e9manation de mati\u00e8re. On sait que, selon le point de vue adopt\u00e9, les ph\u00e9nom\u00e8nes lumineux peuvent s\u2019expliquer selon l\u2019une ou l\u2019autre interpr\u00e9tation, mais la contradiction entre les deux subsiste. Il est d\u2019ailleurs probable que la propagation de la lumi\u00e8re ne s\u2019explique ni par l\u2019une, ni par l\u2019autre, et qu\u2019elle repose sur d\u2019autres motifs encore : \u00e0 savoir que la lumi\u00e8re est l\u2019\u00e9l\u00e9ment qui se rattache le plus directement possible \u00e0 l\u2019\u00e9ther et qui, pour cette raison, participe elle-m\u00eame de la nature de ce dernier, laquelle peut se d\u00e9finir comme un continuum indiff\u00e9renci\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Un continuum indiff\u00e9renci\u00e9 ne saurait se subdiviser en une s\u00e9rie d\u2019unit\u00e9s identiques ; m\u00eame s\u2019il emplit l\u2019espace, il ne peut se conformer \u00e0 une mesure progressive. Ce caract\u00e8re de continuum para\u00eet s\u2019exprimer \u00e9galement dans la vitesse de la lumi\u00e8re, sinon absolument du moins approximativement, dans la mesure o\u00f9 la lumi\u00e8re traverse l\u2019espace plus rapidement que tout autre mouvement ; sa vitesse repr\u00e9sente une valeur limite \u00e0 proprement parler.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">On sait que la physicien am\u00e9ricain A. Michelson a constat\u00e9, en 1881, au cours de plusieurs exp\u00e9riences, que la vitesse de la lumi\u00e8re ne variait pas, qu\u2019elle soit mesur\u00e9e dans le sens de rotation de la Terre ou dans le sens inverse. Cette donn\u00e9e apparemment absolue a plac\u00e9 les astronomes modernes devant l\u2019alternative suivante : soit admettre l\u2019immobilit\u00e9 de la Terre, et donc nier le syst\u00e8me h\u00e9liocentrique de l\u2019univers, soit rejeter les concepts habituels d\u2019espace et de temps. C\u2019est ce qui amena Einstein \u00e0 consid\u00e9rer justement l\u2019espace et le temps comme des grandeurs relatives, variables selon que l\u2019observateur reste au repos ou se d\u00e9place, tandis que seule la vitesse de la lumi\u00e8re demeure constante. Celle-ci \u00e9tant suppos\u00e9e rester partout et toujours la m\u00eame, ce sont l\u2019espace et le temps qui varieraient l\u2019un par rapport \u00e0 l\u2019autre, comme si l\u2019espace pouvait se r\u00e9tr\u00e9cir en faveur du temps, ou inversement.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">A premi\u00e8re vue, cette th\u00e9orie a quelque chose de s\u00e9duisant, car il semble plausible, en effet, que ce soit la lumi\u00e8re qui \u201cmesure\u201d, par son propre mouvement, l\u2019espace et le temps. Il est exact en effet que la lumi\u00e8re spirituelle \u201cmesure\u201d le cosmos et en \u201cd\u00e9ploie\u201d ainsi toutes les possibilit\u00e9s. Mais il ne s\u2019agit pas l\u00e0 de l\u2019ordre physique du monde, celui seul que la th\u00e9orie d\u2019Einstein prend en consid\u00e9ration. D\u2019o\u00f9 la simple question : comment se fait-il qu\u2019un mouvement, d\u00e9finissable uniquement par une certaine relation entre l\u2019espace et le temps, repr\u00e9sente \u00e0 son tour la mesure absolue de l\u2019espace et du temps ? L\u2019exp\u00e9rience sur la vitesse de la lumi\u00e8re qui a servi de fondement \u00e0 toute la th\u00e9orie devait n\u00e9cessairement prendre en compte dans ses calculs l\u2019espace et le temps tels qu\u2019ils s\u2019offrent \u00e0 notre exp\u00e9rience habituelle. Qu\u2019est-ce donc que ce fameux \u201cnombre constant\u201d cens\u00e9 exprimer la vitesse de la lumi\u00e8re ? On \u00e9crit pratiquement \u201c300000 kilom\u00e8tres \u00e0 la seconde\u201d, et l\u2019on admet que c\u2019est l\u00e0 une valeur qui, si elle ne s\u2019exprime pas n\u00e9cessairement partout de la m\u00eame mani\u00e8re, n\u2019en demeure pas moins constante \u00e0 travers tout l\u2019univers physique. Comment un mouvement poss\u00e9dant une vitesse parfaitement d\u00e9finie \u2014 et dont la d\u00e9finition sera toujours un rapport donn\u00e9 entre l\u2019espace et le temps \u2014 peut-il lui-m\u00eame \u00eatre pris pour la mesure quasi absolue de ces deux conditions de l\u2019\u00e9tat physique ? N\u2019y a-t-il pas l\u00e0 une confusion entre deux domaines de la r\u00e9alit\u00e9 ? Que la nature de la lumi\u00e8re soit fondamentale pour tout le r\u00e8gne physique, nous le croyons volontiers, et m\u00eame que le mouvement de la lumi\u00e8re repr\u00e9sente pour ainsi dire la mesure cosmique de ce monde, mais en quoi cela a-t-il \u00e0 voir avec un nombre, et qui plus est un nombre pr\u00e9cis ? [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\"><sup>7<\/sup><\/a>]<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">On nous dit que la r\u00e9alit\u00e9 n\u2019est pas n\u00e9cessairement conforme aux notions d\u2019espace et de temps qui nous sont inn\u00e9es ; mais en m\u00eame temps, on ne met pas un seul instant en doute le fait que l\u2019univers physique est conforme, lui, \u00e0 certaines formules math\u00e9matiques qui, apr\u00e8s tout, se fondent elles aussi sur des concepts axiomatiques qui nous sont inn\u00e9s. On nous dit que l\u2019espace et le temps varient selon que l\u2019observateur est immobile ou se d\u00e9place, et que, objectivement, la simultan\u00e9it\u00e9 ne peut exister. Mais les crit\u00e8res math\u00e9matiques \u2014 c\u2019est ce que l\u2019on affirme \u00e9galement \u2014 sont partout les m\u00eames. C\u2019est comme si le monde physique, qui ne repr\u00e9sente sans doute, tout en poss\u00e9dant sa propre logique, qu\u2019une r\u00e9alit\u00e9 conditionn\u00e9e, pouvait \u00eatre d\u00e9pass\u00e9 et saisi dans sa relativit\u00e9 par le pouvoir de la pens\u00e9e math\u00e9matique \u2014 non pas en vertu d\u2019une vision ou d\u2019une intuition purement spirituelle, mais \u00e0 l\u2019issue d\u2019un encha\u00eenement de formules purement math\u00e9matiques. Et comment se passe d\u00e8s lors l\u2019exploration moderne de l\u2019univers, dans la pratique ? L\u2019astronome qui calcule le nombre d\u2019ann\u00e9es de lumi\u00e8re qui nous s\u00e9parent de la n\u00e9buleuse situ\u00e9e dans la constellation d\u2019Androm\u00e8de, en se r\u00e9f\u00e9rant au d\u00e9calage des bandes sur le spectre, prend pour acquis, malgr\u00e9 tous ses concepts de relativit\u00e9, que la vitesse de la lumi\u00e8re est bien telle qu\u2019il la mesure sur la terre, et que la nature de la lumi\u00e8re, de m\u00eame que la nature de la mati\u00e8re, restent uniformes et homog\u00e8nes \u00e0 travers tout le monde visible ; bref, il prend pour acquis que la trame de l\u2019univers est identique, partout et pour toujours, \u00e0 celle de ce minuscule fragment que l\u2019homme peut toucher. Quel singulier m\u00e9lange de confiance aveugle en l\u2019exp\u00e9rience de la physique et de m\u00e9fiance math\u00e9matique \u00e0 l\u2019\u00e9gard des donn\u00e9es imm\u00e9diates d\u2019espace et de temps ! Qu\u2019adviendrait-il si le postulat de la vitesse de la lumi\u00e8re, identique et finie, \u00e9tait mis en cause \u2014 ce qui pourrait bien se produire t\u00f4t ou tard \u2014, de sorte que le seul point d\u2019attache fixe de la th\u00e9orie einsteinienne se mettrait \u00e0 vaciller ? Toute la conception moderne de l\u2019univers \u2014 et pas seulement celle de Einstein \u2014 s\u2019\u00e9vanouirait du m\u00eame coup, comme un mirage\u2026 <\/span><span style=\"font-size: medium;\">[<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote8sym\" name=\"sdfootnote8anc\"><sup>8<\/sup><\/a>]<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Consid\u00e9rons une fois encore l\u2019ABC de la th\u00e9orie einsteinienne : l\u2019espace et le temps, affirme-t-elle, ne se mesurent <span style=\"font-size: medium;\">pas de la m\u00eame fa\u00e7on selon que l\u2019observateur est immobile ou se d\u00e9place ; seule est d\u00e9finitive la vitesse de la lumi\u00e8re. Donc cette vitesse doit poss\u00e9der en elle-m\u00eame sa propre mesure, sinon \u00e0 quoi pourrait-on la mesurer ? Son caract\u00e8re identique et fini est admis parce que, ainsi, \u201cle calcul tombe juste\u201d. Mais rien ne garantie en fait que la vitesse de la lumi\u00e8re n\u2019est pas diff\u00e9rente selon le r\u00e8gne cosmique dans lequel la vitesse se d\u00e9place. C\u2019est d\u2019ailleurs probablement ainsi que cela se passe, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019il n\u2019existe nulle part un \u00e9v\u00e9nement absolument identique \u00e0 lui-m\u00eame. Seul est constant et invariable l\u2019acte situ\u00e9 en dehors du temps, le \u201cfiat lux\u201d cr\u00e9ateur. Quant au mouvement de la lumi\u00e8re, il manifeste le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne par la \u201cvaleur limite\u201d de sa vitesse, mais d\u2019une mani\u00e8re approximative et avec toute la relativit\u00e9 propre au monde physique.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il est n\u00e9anmoins possible que toutes ces distances qui nous s\u00e9parent des astres, mesur\u00e9es en \u201cann\u00e9es de lumi\u00e8re\u201d, poss\u00e8dent une valeur tout aussi \u201csubjective\u201d que les calculs de n\u2019importe quelle cosmogonie \u201cd\u00e9pass\u00e9e\u201d, sans parler du fait que toute la connaissance que nous avons de la nature est conditionn\u00e9e par les limites de nos facult\u00e9s sensorielles.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Dans ce contexte, nous devons \u00e9galement mentionner ici la th\u00e9orie selon laquelle l\u2019espace o\u00f9 se meuvent les astres et les constellations, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019espace entier de l\u2019univers physique, ne serait pas l\u2019espace euclidien, mais un \u201cespace\u201d qui n\u2019admettrait pas le postulat d\u2019Euclide (\u201cPar un point du plan, on ne peut mener qu\u2019une seule parall\u00e8le \u00e0 une droite\u201d). Un \u201cespace\u201d d\u00e9fini de la sorte reflue en lui-m\u00eame et forme une courbe ind\u00e9finie. On pourrait voir dans cette th\u00e9orie une expression du caract\u00e8re ind\u00e9fini qui est justement le propre de l\u2019univers, en ce sens o\u00f9 il ne peut ni avoir une limite spatiale extr\u00eame, ni \u00eatre infini. Seul l\u2019absolu est infini. Les Anciens exprimaient le caract\u00e8re ind\u00e9fini de l\u2019espace en le comparant \u00e0 une sph\u00e8re dont le rayon \u00e9chappe \u00e0 toute mesure, et qui se trouve elle-m\u00eame contenue dans l\u2019esprit universel. Mais ce n\u2019est pas ainsi que l\u2019entendent les th\u00e9oriciens modernes lorsqu\u2019ils parlent d\u2019\u201cespace non euclidien\u201d. Il s\u2019agit pour eux d\u2019une conception rectifi\u00e9e de l\u2019espace ; l\u2019espace euclidien ne repr\u00e9senterait qu\u2019un cas particulier de l\u2019espace tel qu\u2019il est r\u00e9ellement, celui-ci \u00e9tant, certes, inhabituel \u00e0 concevoir, mais n\u00e9anmoins accessible \u00e0 une imagination bien entra\u00een\u00e9e. Rien de moins vrai que tout cela, et l\u2019on constate en v\u00e9rit\u00e9 une confusion singuli\u00e8re, dans cette th\u00e9orie, entre la spatialit\u00e9 r\u00e9elle et une sp\u00e9culation math\u00e9matique, sans doute d\u00e9riv\u00e9e de concepts g\u00e9om\u00e9triques, mais qui \u00e9chappe \u00e0 toute repr\u00e9sentation spatiale. En r\u00e9alit\u00e9, on ne peut se figurer l\u2019\u201cespace\u201d non-euclidien que d\u2019une mani\u00e8re indirecte, par rapport \u00e0 l\u2019espace euclidien, dans la mesure o\u00f9 les figures simples, \u00e0 deux dimension, de <\/span><span style=\"font-size: medium;\">l&rsquo;<\/span><span style=\"font-size: medium;\">\u201cespace\u201d non euclidien peuvent se rapporter \u00e0 un mod\u00e8le euclidien \u00e0 trois dimensions. Mais quand on d\u00e9passe deux dimensions, le rapport n\u2019est plus valable, et l\u2019on se trouve devant une structure math\u00e9matique dont les grandeurs portent les noms d\u2019\u00e9l\u00e9ments spatiaux, mais qui \u00e9chappent \u00e0 notre pouvoir de repr\u00e9sentation. Ici aussi, la logique inh\u00e9rente \u00e0 l\u2019imagination se trouve outrepass\u00e9e par des concepts purement math\u00e9matiques, dans l\u2019intention, ensuite, de violer l\u2019imagination r\u00e9troactivement. Tandis que la premi\u00e8re d\u00e9marche \u2014 d\u00e9passer l\u2019imagination par la math\u00e9matique \u2014 est, dans une certaine mesure, acceptable, la seconde, qui consiste \u00e0 faire violence \u00e0 l\u2019imagination par la math\u00e9matique, t\u00e9moigne de cette tendance d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9e auparavant \u00e0 faire d\u2019une facult\u00e9 mentale \u2014 le fait de penser en termes math\u00e9matiques \u2014 une cat\u00e9gorie absolue.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Conform\u00e9ment au sch\u00e9matisme math\u00e9matique, la mati\u00e8re elle-m\u00eame est con\u00e7ue comme un discontinuum, sans aucune coh\u00e9sion, \u00e9tant donn\u00e9 que les at<\/span><span style=\"font-size: medium;\">o<\/span><span style=\"font-size: medium;\">mes et les corpuscules qui les constituent sont encore plus isol\u00e9s dans l\u2019espace que ne le sont les astres. Car quelle que soit la conception de l\u2019atome en vigueur \u00e0 un moment donn\u00e9 \u2014 et les th\u00e9ories \u00e9mises \u00e0 ce sujet se succ\u00e8dent \u00e0 une rapidit\u00e9 d\u00e9concertante \u2014, il s\u2019agit toujours de syst\u00e8mes de \u201cpoints\u201d de mati\u00e8re ou d\u2019\u00e9nergie isol\u00e9s dans l\u2019espace. Mais comme le moyen qui permet d\u2019observer ces infimes particules \u2014 la lumi\u00e8re, essentiellement \u2014 repr\u00e9sente lui-m\u00eame un continuum, d\u2019embl\u00e9e surgit une contradiction entre une repr\u00e9sentation continue de la mati\u00e8re et une repr\u00e9sentation discontinue ; et si l\u2019on essaye de surmonter cette contradiction, on en arrive \u00e0 une situation sans issue, semblable \u00e0 celle o\u00f9 l\u2019acte de voir voudrait se voir lui-m\u00eame.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il nous faut \u00e9voquer ici la doctrine <\/span><span style=\"font-size: medium;\">traditionnelle<\/span><span style=\"font-size: medium;\"> de la mati\u00e8re originelle, la <\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>materia prima <\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\">[<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote9sym\" name=\"sdfootnote9anc\"><sup>9<\/sup><\/a>]<\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>. <\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\">Selon cette doctrine, la multiplicit\u00e9 du monde \u00e9mane de la mati\u00e8re originelle, qui se \u201cd\u00e9ploie\u201d progressivement gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u201caction immobile\u201d de l\u2019entit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ratrice ou de l\u2019esprit cr\u00e9ateur. Mais la mati\u00e8re originelle, la <\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>materia prima <\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\">elle-m\u00eame, n\u2019est pas perceptible ; \u00e0 l\u2019\u00e9tat indiff\u00e9renci\u00e9, elle est sous-jacente \u00e0 tous les \u00e9tats, \u00e0 toutes les formes diff\u00e9renciables ; en outre, ce principe s\u2019applique non seulement \u00e0 la mati\u00e8re originelle de tout l\u2019univers, visible ou invisible, mais aussi, dans un sens plus limit\u00e9, \u00e0 la mati\u00e8re dont est constitu\u00e9 le monde corporel et que les cosmologues du Moyen Age ont appel\u00e9e <\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>materia signata quantitate, <\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\">\u201cmati\u00e8re marqu\u00e9e par la quantit\u00e9\u201d. La <\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>materia <\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\">d\u2019un domaine ph\u00e9nom\u00e9nal donn\u00e9 est toujours une chose qui ne poss\u00e8de pas encore de configuration et qui, pour cette raison, ne peut \u00eatre d\u00e9sign\u00e9e par aucune des caract\u00e9ristiques s\u2019appliquant \u00e0 ce domaine. En somme, le monde diff\u00e9renciable se d\u00e9ploie entre deux p\u00f4les qui \u00e9chappent eux-m\u00eames \u00e0 toute connaissance diff\u00e9renci\u00e9e, le p\u00f4le de l\u2019entit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ratrice et le p\u00f4le de la mati\u00e8re originelle pure, de m\u00eame que le spectre des couleurs, par suite de la r\u00e9fraction de la lumi\u00e8re blanche, et donc incolore par d\u00e9finition, peut se manifester dans un milieu \u00e9galement incolore, c\u2019est-\u00e0-dire une goutte d\u2019eau ou un cristal.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">La science moderne, qui, malgr\u00e9 tout, malgr\u00e9 le pragmatisme dont elle fait preuve, est \u00e0 la recherche d\u2019une explication valable de l\u2019univers visible, compl\u00e8te et globale, qui croit trouver la raison ultime des choses dans une structure donn\u00e9e de la mati\u00e8re physique, la science moderne, donc, doit apporter la d\u00e9monstration que toute la richesse qualitative de l\u2019univers accessible aux sens repose sur la constellation changeante des corpuscules les plus infimes, que ceux-ci soient d\u00e9crits comme de v\u00e9ritables \u00e9l\u00e9ments mat\u00e9riels ou comme de simples points d\u2019\u00e9nergie. Cela signifie, en fait, que tous les faisceaux de propri\u00e9t\u00e9s sensibles dont le monde est constitu\u00e9, \u00e0 l\u2019exception peut-\u00eatre de l\u2019espace et du temps, devraient se r\u00e9duire, scientifiquement parlant, \u00e0 un certain nombre de mod\u00e8les atomiques dont les diff\u00e9rences tiendraient uniquement aux notions de nombre, de masse et de temps de r\u00e9volution des corpuscules. Il est clair que cette d\u00e9marche est vou\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chec, car, m\u00eame si les mod\u00e8les atomiques comportent toujours certains \u00e9l\u00e9ments qualitatifs \u2014 ne serait-ce que leur structure imaginaire dans l\u2019espace \u2014, il s\u2019agit toutefois d\u2019une r\u00e9duction de la qualit\u00e9 \u00e0 la quantit\u00e9, de la propri\u00e9t\u00e9 intrins\u00e8que au nombre ; or jamais la quantit\u00e9 ne pourra rendre compte du caract\u00e8re propre d\u2019une chose.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Dans son \u00e9crit <\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>De unita<\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>t<\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>e et uno, <\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\">Bo\u00e8ce \u00e9tablit un parall\u00e8le tr\u00e8s juste entre la \u201cforme\u201d d\u2019une chose, \u00e0 savoir son aspect qualitatif, et la lumi\u00e8re gr\u00e2ce \u00e0 laquelle on conna\u00eet l\u2019essence de la chose en question. Or, quand on \u00e9limine autant que faire se peut les aspects qualitatifs de l\u2019existence physique, dans l\u2019intention de mieux comprendre son fondement quantitatif, la mati\u00e8re pure, on agit exactement comme un homme qui \u00e9teindrait toutes les lumi\u00e8res pour mieux pouvoir scruter la nature de l\u2019obscurit\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">C\u2019est pourquoi la science moderne ne saisira jamais l\u2019essence de la mati\u00e8re, qui est \u00e0 la base de ce monde. Elle ne peut m\u00eame pas s\u2019en approcher, car l\u2019\u00e9limination progressive de toutes les caract\u00e9ristiques qualitatives au profit des d\u00e9finitions purement math\u00e9matiques de la structure mat\u00e9rielle l\u2019entra\u00eene jusqu\u2019\u00e0 un point limite o\u00f9 toute pr\u00e9cision se change en incertitude. C\u2019est d\u2019ailleurs ce qui s\u2019est d\u00e9j\u00e0 produit, de sorte que la physique atomique moderne remplace de plus en plus la logique math\u00e9matique par des statistiques et des calculs de probabilit\u00e9 ; l\u00e0 o\u00f9 elle est parvenue maintenant, m\u00eame la loi de cause \u00e0 effet semble s\u2019avouer vaincue ; la logique est mise en doute, et l\u2019on commence d\u00e9j\u00e0 \u00e0 se demander si la nature, en tant que ph\u00e9nom\u00e8ne essentiel, est d\u00e9termin\u00e9e ou ind\u00e9termin\u00e9e, <\/span><span style=\"font-size: medium;\">d\u00e9finie<\/span><span style=\"font-size: medium;\"> ou <\/span><span style=\"font-size: medium;\">ind\u00e9finie<\/span><span style=\"font-size: medium;\">, et si, dans <\/span><span style=\"font-size: medium;\">l\u2019hypoth\u00e8se<\/span><span style=\"font-size: medium;\"> du second cas, les lois naturelles, comme on les appelle, ne sont pas simplement des approximations statistiques. En r\u00e9alit\u00e9, il existe, entre le monde qualitativement diff\u00e9renci\u00e9 et la <\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>materia <\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\">indiff\u00e9renci\u00e9e, comme une zone de p\u00e9nombre, la zone du chaos. L\u2019ind\u00e9termin\u00e9 appartient au chaos, qui caract\u00e9rise aussi le d\u00e9s\u00e9quilibre entre ce qui appara\u00eet comme la cause et ce qui appara\u00eet comme l\u2019effet. Cette zone se distingue par les terribles dangers que la fission atomique cache en elle.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"center\"><span style=\"font-family: Times\\ New\\ Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">*<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Quand on prend les anciennes cosmogonies \u00e0 la lettre, et non dans un sens symbolique, elles paraissent effectivement na\u00efves et ing\u00e9nues, mais les th\u00e9ories modernes sur l\u2019origine du monde, elles, sont franchement absurdes, non pas \u00e0 cause de leur repr\u00e9sentation math\u00e9matique, mais en raison de l\u2019inconscience avec laquelle leur auteurs se posent en t\u00e9moins impartiaux et d\u00e9tach\u00e9s du devenir cosmique, m\u00eame s\u2019ils admettent par ailleurs, express\u00e9ment ou tacitement, que l\u2019esprit humain lui-m\u00eame n\u2019est qu\u2019un produit de ce devenir. Si cela \u00e9tait vrai, quel rapport existe-t-il donc entre cette n\u00e9buleuse primordiale, ce tourbillon de mati\u00e8re dont on veut faire d\u00e9river l\u2019univers, la vie, les hommes, et ce petit miroir mental qui \u00e9met des hypoth\u00e8ses, se perd en conjectures \u2014 car l\u2019esprit ne saurait faire plus \u2014 et pr\u00e9tend retrouver en lui la logique de toute chose ? Comment l\u2019effet peut-il juger de sa propre cause ? Mais s\u2019il existe des lois immuables de la nature \u2014 les lois de la causalit\u00e9, du nombre, de l\u2019espace et du temps \u2014 et qu\u2019il existe aussi en nous quelque chose qui a le droit de dire \u201cceci est vrai, ceci est faux\u201d, o\u00f9 donc est le garant de la v\u00e9rit\u00e9 ? Est-ce l\u2019objet de la connaissance ou le sujet connaissant ? Notre esprit n\u2019est-il donc qu\u2019un peu d\u2019\u00e9cume sur les vagues de l\u2019oc\u00e9an cosmique, ou bien existe-t-il au fond de lui un t\u00e9moin intemporel de la r\u00e9alit\u00e9 ?<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Plus d\u2019un partisan des th\u00e9ories modernes r\u00e9pondra sans doute qu\u2019il s\u2019occupe exclusivement de la r\u00e9alit\u00e9 physique et objective et qu\u2019il refuse de se prononcer sur le domaine subjectif, se d\u00e9clarant ainsi partisan du cart\u00e9sianisme classique, qui d\u00e9finit l\u2019esprit et la mati\u00e8re comme deux r\u00e9alit\u00e9s subordonn\u00e9es l\u2019une \u00e0 l\u2019autre par la Providence, mais parfaitement distinctes en fait l\u2019une de l\u2019autre. Cette conception comporte une parcelle de v\u00e9rit\u00e9, mais elle est fausse dans son unilat\u00e9ralit\u00e9. C\u2019est bien le dualisme cart\u00e9sien qui, en tout \u00e9tat de cause, a pr\u00e9par\u00e9 les esprits \u00e0 faire abstraction de tout ce qui n\u2019est pas de nature physique, comme si l\u2019homme lui-m\u00eame n\u2019\u00e9tait pas la preuve vivante de la complexit\u00e9 du r\u00e9el, organis\u00e9 en d\u2019innombrables strates ou modes d\u2019existence.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"center\"><span style=\"font-size: medium;\">*<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">L\u2019homme de l\u2019Antiquit\u00e9 qui se repr\u00e9sentait la terre comme une \u00eele entour\u00e9e par l\u2019oc\u00e9an primordial et le ciel comme une coupole protectrice pos\u00e9e par-dessus, ou l\u2019homme du Moyen Age qui se figurait les cieux comme des cercles concentriques \u00e9chelonn\u00e9s depuis le centre de la terre jusqu\u2019\u00e0 la sph\u00e8re de l\u2019esprit divin, englobant toute chose et ne connaissant plus de limite propre, ces hommes se trompaient certainement sur les v\u00e9ritables relations r\u00e9gnant dans l\u2019univers physique. En revanche, ils \u00e9taient parfaitement conscients d\u2019un fait beaucoup plus important, \u00e0 savoir que le monde mat\u00e9riel ne repr\u00e9sente pas toute la r\u00e9alit\u00e9, qu\u2019il est entour\u00e9 et p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 par une r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 la fois plus vaste et plus subtile, laquelle est \u00e0 son tour contenue dans l\u2019esprit ; directement ou indirectement, ils savaient \u00e9galement que l\u2019immensit\u00e9 de l\u2019univers n\u2019est rien par rapport \u00e0 l\u2019Infini.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">L\u2019homme sait aujourd\u2019hui que la terre n\u2019est qu\u2019une boule anim\u00e9e d\u2019un mouvement multiforme et vertigineux qui court sur un ab\u00eeme insondable, attir\u00e9e et domin\u00e9e par les forces qu\u2019exercent sur elle d\u2019autres corps c\u00e9lestes, incomparablement plus grands et situ\u00e9s \u00e0 des distances inimaginables ; il sait que la terre o\u00f9 il vit n\u2019est qu\u2019un grain de poussi\u00e8re par rapport au soleil, et que le soleil lui-m\u00eame n\u2019est qu\u2019un grain au milieu de myriades d\u2019autres astres incandescents ; il sait aussi que tout cela bouge. Une simple irr\u00e9gularit\u00e9 dans cet encha\u00eenement de mouvements sid\u00e9raux, l\u2019interf\u00e9rence d\u2019un astre \u00e9tranger dans le syst\u00e8me plan\u00e9taire, une d\u00e9viation de la trajectoire normale du soleil, ou tout autre incident cosmi\u00adque, suffirait pour faire vaciller la terre au cours de sa r\u00e9volu\u00adtion, pour troubler la succession des saisons, modifier l\u2019atmo\u00adsph\u00e8re et d\u00e9truire l\u2019humanit\u00e9. L\u2019homme aujourd\u2019hui sait par ailleurs que le moindre atome renferme des forces qui, si elles \u00e9taient d\u00e9cha\u00een\u00e9es, pourraient provoquer sur terre une confla\u00adgration plan\u00e9taire presque instantan\u00e9e. Tout cela, l\u2019\u201cinfiniment petit\u201d et l\u2019\u201cinfiniment grand\u201d, appara\u00eet, du point de vue de la science moderne, comme un m\u00e9canisme d\u2019une complexit\u00e9 inimaginable, dont le fonctionnement est d\u00fb \u00e0 des forces aveugles.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Et pourtant, l\u2019homme d \u2019aujourd\u2019hui vit et agit comme si le d\u00e9roulement normal et habituel des rythmes de la nature lui \u00e9tait garanti. Il ne pense, en effet, ni aux ab\u00eemes du monde intersid\u00e9ral, ni aux forces terribles que renferme cha\u00adque corpuscule de mati\u00e8re. Avec des yeux d\u2019enfant, il regarde au-dessus de lui la vo\u00fbte c\u00e9leste avec le soleil et les \u00e9toiles, mais le souvenir des th\u00e9ories astronomiques l\u2019emp\u00eache d\u2019y voir des signes de Dieu. Le ciel a cess\u00e9 de repr\u00e9senter pour lui la manifestation naturelle de l\u2019esprit qui englobe le monde et l\u2019\u00e9claire. Le savoir universitaire s\u2019est substitu\u00e9 en lui \u00e0 cette vision \u201cna\u00efve\u201d et profonde des choses. Non qu\u2019il ait mainte\u00adnant conscience d\u2019un ordre cosmique sup\u00e9rieur, dont l\u2019homme serait aussi partie int\u00e9grante. Non. Il se sent comme abandonn\u00e9, priv\u00e9 d\u2019appui solide face \u00e0 ces ab\u00eemes qui n\u2019ont plus aucune commune mesure avec lui-m\u00eame. Car rien ne lui rappelle plus d\u00e9sormais que tout l\u2019univers, en d\u00e9finitive, est contenu en lui-m\u00eame, non pas dans son \u00eatre individuel, certes, mais dans l\u2019esprit qui est en lui et qui, en m\u00eame temps, le d\u00e9passe, lui et tout l\u2019univers visible.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><strong><em>Extrait de Science moderne et Sagesse Traditionnelle, 1986<\/em><\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\">_____________________________________________________________<\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a><span style=\"font-size: medium;\">\u0002 James Jeans, <\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>Die neuen Grundlagen der Naturerkenntnis, <\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\">Stuttgart 1935.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a><span style=\"font-size: medium;\">\u0002 B. Bavink, <\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>Hauptfragen der heutigen Naturphilosophie, <\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\">Berlin 1928.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote3\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a><span style=\"font-size: medium;\">\u0002 Josef Geiser, <\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>Allgemeine Philosophie des Seins und der Natur, <\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\">Munster i.W. 1915.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote4\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a><span style=\"font-size: medium;\">\u0002 Il est r\u00e9v\u00e9lateur \u00e0 cet \u00e9gard que, aujourd\u2019hui pour la premi\u00e8re fois, la puret\u00e9 de la terre, de l\u2019eau et de l\u2019air se trouve gravement menac\u00e9e. La puret\u00e9 de ces \u00e9l\u00e9ments, qui se r\u00e9g\u00e9n\u00e8re toujours d\u2019elle-m\u00eame, est l\u2019expression de l\u2019\u00e9quilibre naturel, et c\u2019est pourquoi, chez tous les peuples anciens, la terre, l\u2019eau, l\u2019air et le feu \u00e9taient des \u00e9l\u00e9ments sacr\u00e9s.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote5\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a><span style=\"font-size: medium;\">\u0002 Ce qui peut \u00e9galement se produire ind\u00e9pendamment des dangers de la fission atomique.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote6\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\">6<\/a><span style=\"font-size: medium;\">\u0002 S\u2019il devait arriver que les gouvernements soient oblig\u00e9s de limiter les naissances, cela constituerait une atteinte \u00e0 la vie priv\u00e9e et aux libert\u00e9s plus grave que tout ce qu\u2019ont pu imaginer les tyrannies les plus perverses.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote7\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote7anc\" name=\"sdfootnote7sym\">7<\/a><span style=\"font-size: medium;\">\u0002 Voir l\u2019excellente critique de la th\u00e9orie einsteinienne par Maurice Ollivier in <\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>Physique moderne et r\u00e9alit\u00e9, \u00c9ditions<\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\"> du C\u00e8dre, Paris.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote8\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote8anc\" name=\"sdfootnote8sym\">8<\/a> Ces lignes \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 \u00e9crites lorsque parut un article du savant espagnol Julio Palacios (<i>El hundimiento de una teoria<\/i>, in <i>ABC<\/i>, Madrid, novembre 1962), o\u00f9 nous avons appris que, selon la revue de soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine d\u2019optique, Wallace Kantor, de la Western University of California, a prouv\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re irr\u00e9futable, \u00e0 la suite de plusieurs exp\u00e9riences, que la vitesse de la lumi\u00e8re n\u2019\u00e9tait pas constante au sens einsteinien, mais qu\u2019elle diminuait ou augmentait selon le mouvement de la source de lumi\u00e8re. La th\u00e9orie d\u2019Einstein se trouve du m\u00eame coup priv\u00e9e de tout fondement, quand bien m\u00eame il faudra encore longtemps avant de voir ses \u00e9lucubrations dispara\u00eetre des manuels, et plus longtemps encore avant que l\u2019on en tire les conclusions qui s\u2019imposent. Il faudra bien pourtant se rendre compte que la relativit\u00e9 de l\u2019existence spatio-temporelle \u2014 qui rel\u00e8ve sans aucun doute d\u2019un point de vue plus \u00e9lev\u00e9 \u2014 ne peut trouver de justification dans un \u00e9l\u00e9ment comme la vitesse de la lumi\u00e8re, qui appartient \u00e0 l\u2019existence elle-m\u00eame. Avec le recul historique, la th\u00e9orie d\u2019Einstein appara\u00eetra peut-\u00eatre comme le pendant de la philosophie existentialiste qui, \u00e0 l\u2019aide d\u2019analyses hyperlogiques, entend d\u00e9montrer que la logique n\u2019est pas valable.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Autre d\u00e9ni de la th\u00e9orie einsteinienne: les calculs du docteur Harlan Smith, de l\u2019Universit\u00e9 du Texas, relatifs \u00e0 certains corps c\u00e9lestes \u201cquasi-stellaires\u201d qui, situ\u00e9s \u00e0 une distance d\u2019un billion d\u2019ann\u00e9es de lumi\u00e8re et poss\u00e9dant des diam\u00e8tres d\u2019au moins 1000 ann\u00e9es de lumi\u00e8re, pr\u00e9sentent une pulsation lumineuse de 13 ans environ.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote9\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote9anc\" name=\"sdfootnote9sym\">9<\/a><span style=\"font-size: medium;\"> Voir notre ouvrage sur l\u2019alchimie <\/span><span style=\"font-size: medium;\"><i>[Alchimie, <\/i><\/span><span style=\"font-size: medium;\">trad. fran\u00e7aise cit\u00e9e].<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au cours des pages qui suivent, nous voudrions attirer l\u2019attention sur certaines failles qui \u2014 parfois colmat\u00e9es \u00e0 la h\u00e2te \u2014 se font jour dans le domaine des sciences modernes. 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