{"id":17806,"date":"2018-07-25T23:05:22","date_gmt":"2018-07-25T22:05:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=17806"},"modified":"2018-08-27T02:41:52","modified_gmt":"2018-08-27T01:41:52","slug":"naitre-connaitre-et-re-naitre-par-jacques-markale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/naitre-connaitre-et-re-naitre-par-jacques-markale\/","title":{"rendered":"Na\u00eetre, conna\u00eetre et re-na\u00eetre par Jean Markale"},"content":{"rendered":"<p align=\"right\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">J&rsquo;ai rev\u00eatu une multitude d&rsquo;aspects avant d&rsquo;acqu\u00e9rir ma forme d\u00e9finitive, il m&rsquo;en souvient tr\u00e8s clairement&#8230;<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"right\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">TALIESIN<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Chaque \u00eatre humain est amen\u00e9, un jour ou l&rsquo;autre, \u00e0 se confronter avec l&rsquo;id\u00e9e de la mort et, par cons\u00e9quent, \u00e0 se poser la question de savoir si la mort est une fin ou un passage. Les apparences plaident pour la premi\u00e8re solution. Pourquoi faut-il donc que l&rsquo;\u00eatre humain la refuse parfois avec violence et qu&rsquo;il imagine, contre toute logique rationnelle, que la deuxi\u00e8me solution est la bonne ? Pourquoi ce refus, m\u00eame s&rsquo;il est assorti de doutes? Pourquoi cette tentative qu&rsquo;on peut sentir d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e pour sortir de l&rsquo;impasse, du n\u00e9ant, et pour b\u00e2tir avec coh\u00e9rence des syst\u00e8mes selon lesquels la mort ne peut \u00eatre qu&rsquo;une autre naissance ? Il faut bien qu&rsquo;\u00e0 d\u00e9faut de preuves, il y ait de fortes pr\u00e9somptions en faveur d&rsquo;une quelconque survie. M\u00eame ceux qui consid\u00e8rent la mort comme une fin absolue de l&rsquo;\u00eatre sont amen\u00e9s \u00e0 se consoler dans la pens\u00e9e que le corps, se dissolvant dans la nature, participera \u00e0 une autre vie, mat\u00e9rielle, celle-l\u00e0, capable de prendre toutes les formes possibles. Cela tient sans doute au fait que le n\u00e9ant total est inimaginable. Dans ces conditions, on doit reconna\u00eetre que la vie, quelle que soit sa nature exacte, fait partie d&rsquo;un tout et doit trouver quelque part sa justification.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Il va sans dire que cette notion, qui n\u00e9cessite une r\u00e9flexion d&rsquo;ordre philosophique, m&rsquo;est rest\u00e9e tr\u00e8s longtemps \u00e9trang\u00e8re. J&rsquo;ai v\u00e9cu mes premi\u00e8res ann\u00e9es d&rsquo;existence dans une sorte de \u00ab confort \u00bb psychologique o\u00f9 l&rsquo;on n&rsquo;avait pas \u00e0 se poser de questions puisque tout \u00e9tait r\u00e9solu d&rsquo;office dans l&rsquo;adh\u00e9sion totale \u00e0 la Foi, telle que l&rsquo;\u00c9glise catholique romaine la r\u00e9pandait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Mon premier apprentissage de la mort, comme celui de la vie d&rsquo;ailleurs, je le dois \u00e0 ma grand-m\u00e8re. Un jour, je crois que j&rsquo;\u00e9tais tr\u00e8s jeune, sans pouvoir me rappeler exactement le temps, j&rsquo;en \u00e9tais venu \u00e0 poser des questions sur la vieillesse, ou le vieillissement, je ne sais plus, et ma grand-m\u00e8re m&rsquo;avait expliqu\u00e9 cet \u00e9tat comme \u00e9tant l&rsquo;aboutissement de la vie et l&rsquo;annonce d&rsquo;une disparition prochaine, d&rsquo;un retour aux origines, autrement dit la poussi\u00e8re. \u00ab Tout le monde meurt, t\u00f4t ou tard, mais nous ressusciterons apr\u00e8s le passage dans le monde du silence. \u00bb C&rsquo;est sans doute la plus ancienne formule m\u00e9taphysique \u2013 ou religieuse \u2013 que j&rsquo;aie entendue dans cette vie actuelle. Elle suffisait pour d\u00e9clencher des r\u00e9actions de la part d&rsquo;un jeune gar\u00e7on plong\u00e9 dans un quotidien qu&rsquo;on s&rsquo;effor\u00e7ait de rendre le plus exempt possible de soucis et illumin\u00e9 par une tendresse qui ne s&rsquo;est jamais d\u00e9mentie. Ce bonheur \u2013 car c&rsquo;en \u00e9tait un \u2013 suave et pour ainsi dire inconscient qui \u00e9tait le sien n&rsquo;\u00e9tait-il donc pas permanent ? Comme je ne pouvais pas, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, imaginer ma propre mort, j&rsquo;eus d\u00e8s lors la hantise de me retrouver un jour devant ma grand-m\u00e8re morte, de la voir dispara\u00eetre d\u00e9finitivement au fond d&rsquo;un trou noir, de ne plus jamais l&rsquo;entendre me parler de sa voix douce un peu malmen\u00e9e par les \u00e9preuves qu&rsquo;elle avait d\u00fb subir, de me trouver donc seul en face de moi-m\u00eame, sans cette tendresse, sans cet amour prodigieux qu&rsquo;elle me t\u00e9moignait \u00e0 chaque instant du jour et de la nuit. Avec le recul du temps, je ne peux aujourd&rsquo;hui que constater que l&rsquo;apprentissage de la vie passe d&rsquo;abord par l&rsquo;apprentissage de la mort. Mais on n&rsquo;en a pas conscience quand on se contente de regarder les papillons tourbillonner autour des fleurs d&rsquo;un jardin de banlieue, par une chaude soir\u00e9e d&rsquo;\u00e9t\u00e9&#8230;<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Nous allions \u00e0 la messe, bien s\u00fbr, mais pas seulement \u00e0 la messe, ma grand-m\u00e8re et moi, \u00e0 toutes les c\u00e9r\u00e9monies que le z\u00e8le du cur\u00e9 de la paroisse suscitait. Et elles ne manquaient pas, avant cette Seconde Guerre mondiale&#8230; J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 et \u00e9duqu\u00e9 selon les normes les plus strictes du catholicisme romain, dans le m\u00e9pris le plus complet des \u00ab pa\u00efens \u00bb, de ceux qui ne croyaient pas, et dans la plus grande d\u00e9fiance des \u00ab h\u00e9r\u00e9tiques \u00bb, ces horribles protestants qui avaient os\u00e9 d\u00e9fier l&rsquo;autorit\u00e9 de notre saint P\u00e8re le Pape qui, comme chacun sait, est le successeur de l&rsquo;ap\u00f4tre Pierre et le vicaire de Dieu sur cette terre de mis\u00e8res. Quant aux Musulmans, aux Hindouistes, aux Bouddhistes, inutile de pr\u00e9ciser que c&rsquo;\u00e9taient des pauvres gens qui ne pourraient jamais \u00eatre sauv\u00e9s puisqu&rsquo;ils n&rsquo;avaient pas eu acc\u00e8s \u00e0 la V\u00e9rit\u00e9, la seule, celle r\u00e9pandue de Rome, ex cathedra. L&rsquo;ironie du sort, c&rsquo;est que ma famille maternelle professait un ath\u00e9isme farouche, mais nous avions rompu les ponts avec ces gens-l\u00e0. J&rsquo;\u00e9tais donc un bon catholique, par tradition autant que par conviction. Car comment aurais-je pu douter un seul instant des enseignements de notre sainte M\u00e8re l&rsquo;\u00c9glise, puisqu&rsquo;ils m&rsquo;\u00e9taient transmis \u00e0 la lettre par ma grand-m\u00e8re, celle que j&rsquo;appellerai toujours ma \u00ab plus que m\u00e8re \u00bb, car c&rsquo;est \u00e0 elle que je dois tout, mes joies de vivre, mes \u00e9lans du c\u0153ur, mes convictions et, je ne l&rsquo;oublie pas, mes contradictions qui sont nombreuses. C&rsquo;est sans doute pour cela que j&rsquo;ai contract\u00e9 un premier mariage avec une femme issue d&rsquo;un milieu la\u00efque bon teint, et un second avec un pur produit du calvinisme le plus intransigeant. Ainsi va la vie. Ainsi vont les turbulences qui marquent les quelques ann\u00e9es que nous avons \u00e0 remplir pour pr\u00e9tendre frapper \u00e0 la porte de cet Autre Monde si richement d\u00e9crit par les vieilles l\u00e9gendes qui r\u00f4dent dans nos m\u00e9moires.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Quand nous allions \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise, ma grand-m\u00e8re ne manquait jamais de m&#8217;emmener dans une petite chapelle lat\u00e9rale o\u00f9 s&rsquo;\u00e9talait la longue liste des \u00ab enfants de la paroisse morts pour la France \u00bb. Le nom de mon oncle, son fils a\u00een\u00e9, mort \u00e0 dix-neuf ans, y figurait en bonne place. Ma grand-m\u00e8re murmurait une courte pri\u00e8re et je sais qu&rsquo;elle y mettait tout son c\u0153ur, toute sa foi. Le drame de ce fils tu\u00e9 dans une guerre absurde, comme toutes les guerres, l&rsquo;avait tellement marqu\u00e9e qu&rsquo;elle ne pouvait se r\u00e9soudre \u00e0 accepter une telle injustice. Pourtant, elle \u00e9tait r\u00e9sign\u00e9e, pr\u00eate \u00e0 accepter toutes les \u00e9preuves auxquelles Dieu la soumettait. Il avait d&rsquo;ailleurs bien fallu qu&rsquo;elle les support\u00e2t, \u00e0 la limite de l&rsquo;intol\u00e9rable. Et nous allions tr\u00e8s souvent au cimeti\u00e8re, sur la tombe de son fils et de son mari. Et elle me disait : \u00ab Ils nous voient, ils sont l\u00e0 pr\u00e8s de nous. Nous, nous ne les voyons pas, mais ils sont pr\u00e9sents. \u00bb J&rsquo;imaginais alors le visage de cet oncle et celui de ce grand-p\u00e8re que je ne connaissais que par des photographies d\u00e9j\u00e0 jaunies. Je les sentais au-dessus de nous, souriants, heureux de notre appel vers eux. Il devait y avoir, en ces moments privil\u00e9gi\u00e9s, de subtiles communications entre deux dimensions du monde. Oui, ils \u00e9taient l\u00e0, je ne pouvais pas en douter.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Ma grand-m\u00e8re vivait avec ses d\u00e9funts. Sans n\u00e9gliger aucunement les activit\u00e9s quotidiennes de l&rsquo;existence, elle y m\u00ealait sans cesse ceux qu&rsquo;elle avait aim\u00e9s, ceux qui l&rsquo;avaient aim\u00e9e. Si j&rsquo;analyse maintenant son comportement, j&rsquo;y vois assur\u00e9ment une grande certitude appuy\u00e9e sur une tradition celtique inh\u00e9rente \u00e0 ses origines. Fille des Landes de Lanvaux, dans une Bretagne int\u00e9rieure battue des vents venus de la mer mais qui restait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart de tous les courants perturbateurs de la civilisation, elle avait grandi dans la modestie, pour ne pas dire la pauvret\u00e9. Mais elle avait conserv\u00e9 cette richesse int\u00e9rieure qui \u00e9tait celle de ses anc\u00eatres. Depuis lors, j&rsquo;ai tent\u00e9 de remonter le temps \u00e0 la recherche de cette spiritualit\u00e9 celtique que ma grand-m\u00e8re incarnait : j&rsquo;y discerne une synth\u00e8se entre la foi catholique, appuy\u00e9e sur les \u00c9vangiles, et la certitude mystique h\u00e9rit\u00e9e de ces \u00e9poques o\u00f9 les h\u00e9ros se lan\u00e7aient \u00e9perdument sur les mers \u00e0 la recherche de l&rsquo;\u00eele des Pommiers.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Cette constatation, qui s&rsquo;impose \u00e0 mon esprit, a provoqu\u00e9 sa propre d\u00e9marche int\u00e9rieure : j&rsquo;en arrive \u00e0 penser que la Foi n&rsquo;est rien sans la Certitude. La Foi est une adh\u00e9sion sans r\u00e9serve \u00e0 une doctrine, ou plut\u00f4t \u00e0 un syst\u00e8me de valeurs impos\u00e9 du dehors. C&rsquo;est une soumission. Elle a ses avantages, car elle dispense de se poser des questions. Cette solution de facilit\u00e9, cette attitude somme toute rassurante, voire l\u00e9nifiante, est une d\u00e9mission de l&rsquo;esprit. Voil\u00e0 pourquoi je passe pour agnostique, voire anti-chr\u00e9tien aupr\u00e8s de personnes sinc\u00e8res qui ne consid\u00e8rent que mon refus de la chose \u00e9tablie une fois pour toutes, mon refus d&rsquo;une V\u00e9rit\u00e9 unique et officiellement proclam\u00e9e. Je me souviens d&rsquo;avoir eu une discussion sur ce sujet, un jour, avec un de mes coll\u00e8gues, au temps o\u00f9 j&rsquo;\u00e9tais professeur. Et devant mon \u00ab scepticisme \u00bb, ce coll\u00e8gue, catholique fervent, eut cette r\u00e9flexion \u00e9tonnante : \u00ab Alors, si ce que nous disent les pr\u00eatres est faux, il n&rsquo;y a plus qu&rsquo;\u00e0 se flinguer ! \u00bb Je m&rsquo;aper\u00e7us ce jour-l\u00e0 que, visiblement, cet homme ne croyait pas en Dieu, mais dans la parole des pr\u00eatres. Et, de nombreuses fois par la suite, j&rsquo;ai entendu ce genre d&rsquo;argumentation, ce qui n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 de nature \u00e0 me faire ranger du c\u00f4t\u00e9 de ceux \u00ab qui ont la foi \u00bb. Par contre, plus que jamais, je me trouvais engag\u00e9 dans une qu\u00eate de certitudes.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">En ai-je d\u00e9couvert ? Sans aucun doute. Il ne s&rsquo;agit pas seulement de na\u00eetre pour assumer pleinement sa vie, il faut se pr\u00e9parer \u00e0 re-na\u00eetre. Mais entre na\u00eetre et rena\u00eetre, et bien que cela soit un jeu de mots, il est n\u00e9cessaire de consacrer son temps \u00e0 conna\u00eetre. C&rsquo;est dans cet \u00e9tat d&rsquo;esprit que je me suis lanc\u00e9 dans l&rsquo;exploration de tout ce que la pens\u00e9e humaine a pu concevoir sur le probl\u00e8me de la destin\u00e9e, sur celui de la finalit\u00e9 de la vie. Je n&rsquo;ai pas la pr\u00e9tention de tout conna\u00eetre. J&rsquo;ai seulement la pr\u00e9tention de sentir dans ce que l&rsquo;esprit humain a pu concevoir, de pr\u00e9cieux itin\u00e9raires probablement inspir\u00e9s par des forces myst\u00e9rieuses qui se manifestent parfois sans qu&rsquo;on les suscite, des forces qu&rsquo;on peut qualifier de divines, mais qui sont en tout cas de nature transcendantale, quelles que soient les pr\u00e9f\u00e9rences id\u00e9ologiques qui se glissent sournoisement dans toute sp\u00e9culation m\u00e9taphysique ou religieuse. Et ces itin\u00e9raires, parfois sem\u00e9s d&#8217;emb\u00fbches et de contradictions, m\u00e8nent tous aux portes de l&rsquo;Autre Monde.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><b>1. La R\u00e9incarnation, pourquoi pas ?<\/b><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Il faut bien l&rsquo;avouer, toute d\u00e9marche intellectuelle, m\u00eame si elle s&rsquo;abrite derri\u00e8re un appareil scientifique pr\u00e9sentant des garanties d&rsquo;objectivit\u00e9, est conditionn\u00e9e par une exp\u00e9rience individuelle. Quand Archim\u00e8de, dans son bain, s&rsquo;est \u00e9cri\u00e9 : \u00ab Eur\u00eaka ! \u00bb la solution qu&rsquo;il d\u00e9couvrit \u00e0 ce moment-l\u00e0 se trouvait depuis fort longtemps dans les zones ombreuses de son Inconscient. Il n&rsquo;a fait que d\u00e9couvrir, au sens \u00e9tymologique, c&rsquo;est-\u00e0-dire faire surgir clairement ce qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 en lui. Mais cette histoire devenue l\u00e9gendaire prouve l&rsquo;importance de l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment personnel dans toute recherche, dans toute exploration du myst\u00e8re. La \u00ab madeleine \u00bb de Proust est devenue un lieu commun ; mais elle n&rsquo;en reste pas moins un exemple significatif : une simple sensation peut provoquer dans la conscience l&rsquo;\u00e9vocation de r\u00e9alit\u00e9s insoup\u00e7onnables au premier abord. Le tout est de savoir ce que sont exactement ces r\u00e9alit\u00e9s.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Comme tout le monde, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 des \u00ab r\u00e9miniscences \u00bb. Une arriv\u00e9e dans un lieu que je ne connaissais pas a souvent d\u00e9clench\u00e9 en moi une s\u00e9rie de souvenirs tr\u00e8s pr\u00e9cis, mais cependant diffus dans la mesure o\u00f9 ils ne concernaient pas qu&rsquo;un seul organe des sens, mais tous \u00e0 la fois, l&rsquo;odorat, ce sens tr\u00e8s \u00e9mouss\u00e9 dans le contexte de la civilisation moderne, constituant l&rsquo;une des composantes majeures. Il est vrai que le fonctionnement d&rsquo;un seul des organes des sens peut, dans certains cas, s&rsquo;\u00e9tendre aux autres organes. Ce sont les fameuses \u00ab Correspondances \u00bb tant de fois sugg\u00e9r\u00e9es par les po\u00e8tes, en particulier par Baudelaire : \u00ab Il est des parfums frais comme des chairs d&rsquo;enfants, doux comme les hautbois, verts comme les prairies&#8230; \u00bb Et il n&rsquo;est pas rare de \u00ab voir \u00bb le paysage \u00e9voqu\u00e9 par une symphonie, ou d&rsquo;entendre les bruits sugg\u00e9r\u00e9s par une peinture. Le processus reste toujours le m\u00eame : il y a d&rsquo;abord un \u00ab d\u00e9clic \u00bb, une sorte d&rsquo;ouverture qui s&rsquo;op\u00e8re dans la conscience, puis une contamination ; et tout le reste se d\u00e9roule comme un film dans un projecteur qu&rsquo;on ne peut arr\u00eater ou une bande magn\u00e9tique dans un magn\u00e9toscope en folie. On a souvent d\u00e9crit de tels \u00e9tats, et comme, scientifiquement, on ne peut que recourir \u00e0 une mati\u00e8re primitive (ce que Jean-Paul Sartre appelle la hyl\u00e9), support obligatoire de l&rsquo;action de reconnaissance (ce que Sartre appelle analogon), cela d\u00e9bouche sur la vision ou toute autre perception sensorielle. En psychologie exp\u00e9rimentale, il est d&rsquo;usage de nommer ces r\u00e9miniscences des ph\u00e9nom\u00e8nes d&rsquo;hypermn\u00e9sie ou de paramn\u00e9sie, soit des \u00e9tats de conscience o\u00f9, l&rsquo;attention \u00e9tant d\u00e9ficiente, l&rsquo;individu \u00ab d\u00e9croche \u00bb du r\u00e9el qui l&rsquo;entoure, perd la notion de temps et celle d&rsquo;espace, \u00e9tablit un foss\u00e9 imaginaire entre ce qu&rsquo;il voit et ce qu&rsquo;il ressent, ne reconna\u00eet plus comme r\u00e9el son environnement. En somme, une simple fatigue du cerveau serait la cause d&rsquo;une sorte de d\u00e9doublement. Balzac, dans <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Louis Lambert<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">, a remarquablement d\u00e9crit une exp\u00e9rience de ce genre.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Louis Lambert et le narrateur, qui est Balzac lui-m\u00eame, sont \u00e9l\u00e8ves au coll\u00e8ge des Oratoriens de Vend\u00f4me. Au cours d&rsquo;une promenade en un admirable paysage, Louis Lambert d\u00e9clare qu&rsquo;il a vu tout en r\u00eave la nuit pr\u00e9c\u00e9dente : \u00ab Il reconnut et le bouquet d&rsquo;arbres sous lequel nous \u00e9tions, et la disposition des feuillages, la couleur des eaux, les tourelles du ch\u00e2teau, les accidents, les lointains, enfin tous les d\u00e9tails du site qu&rsquo;il apercevait pour la premi\u00e8re fois. \u00bb Cette constatation am\u00e8ne Louis Lambert \u00e0 b\u00e2tir tout un syst\u00e8me th\u00e9orique : \u00ab Si le paysage n&rsquo;est pas venu vers moi, ce qui serait absurde \u00e0 penser, j&rsquo;y suis donc venu. Si j&rsquo;\u00e9tais ici pendant que je dormais dans mon alc\u00f4ve, ce fait ne constitue-t-il pas une s\u00e9paration compl\u00e8te entre mon corps et mon \u00eatre int\u00e9rieur ? N&rsquo;atteste-t-il pas je ne sais quelle facult\u00e9 locomotive de l&rsquo;esprit ou des effets \u00e9quivalant \u00e0 ceux de la locomotion du corps ? Or, si mon esprit et mon corps ont pu se quitter pendant le sommeil, pourquoi ne les ferais-je pas \u00e9galement divorcer ainsi pendant la veille ? Je n&rsquo;aper\u00e7ois pas de moyens termes entre ces deux propositions. \u00bb<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Balzac a \u00e9t\u00e9 hant\u00e9, surtout en ses d\u00e9buts romanesques, par le probl\u00e8me de la connaissance. Tr\u00e8s marqu\u00e9 par les th\u00e9ories de l&rsquo;illumin\u00e9 su\u00e9dois Swedenborg, et par les sp\u00e9culations occultistes de Saint-Martin, il a longtemps h\u00e9sit\u00e9 entre un spiritualisme presque mystique et un mat\u00e9rialisme qui ferait de la pens\u00e9e un fluide magn\u00e9tique. Il en est venu d&rsquo;ailleurs \u00e0 supposer que chacune de nos pens\u00e9es, une fois formul\u00e9e, quittait litt\u00e9ralement le corps et menait une existence autonome dans une autre dimension, un univers invisible. Mais il n&rsquo;a jamais v\u00e9ritablement tranch\u00e9 entre cette conception incontestablement mat\u00e9rialiste et la position spiritualiste de l&rsquo;existence de l&rsquo;\u00eatre int\u00e9rieur, autrement dit l&rsquo;\u00e2me, en dehors du corps, non seulement apr\u00e8s la mort, mais au cours de certains \u00e9tats de conscience, pendant le sommeil comme pendant des r\u00eaves \u00e9veill\u00e9s. Cette derni\u00e8re position peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme animiste, ou m\u00eame spirite, mais elle est conforme \u00e0 la probl\u00e9matique du chamanisme. On sait que les chamans provoquent volontairement cette s\u00e9paration entre l&rsquo;\u00e2me et le corps au cours de ce qu&rsquo;on appelle le ph\u00e9nom\u00e8ne de l&rsquo;extase : un chaman, pr\u00e9sent corporellement, envoie son \u00e2me dans l&rsquo;Autre Monde, notamment pour aller y chercher les \u00e2mes \u00e9gar\u00e9es de ceux qui, non initi\u00e9s \u00e0 ces techniques, ne savent pas r\u00e9int\u00e9grer leur corps, ce qui a pour cons\u00e9quence les maladies, la folie et la mort.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">J&rsquo;ai beaucoup \u00ab fr\u00e9quent\u00e9 \u00bb les romans de Balzac pendant ma jeunesse, et je dois avouer que des r\u00e9cits comme <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Louis Lambert<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> et <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>la Recherche de l&rsquo;Absolu<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">, avec l&rsquo;extraordinaire personnage de Balthazar Cla\u00ebs, m&rsquo;ont litt\u00e9ralement envo\u00fbt\u00e9. Ces ouvrages, consid\u00e9r\u00e9s comme s\u00e9rieux, ne faisaient d&rsquo;ailleurs que renforcer mon go\u00fbt pour certaines formes du merveilleux et du fantastique, d\u00e9j\u00e0 d\u00e9velopp\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t par la lecture des \u00e9tranges romans d&rsquo;Edgar Rice Burroughs, notamment ceux du cycle de John Carter sur la plan\u00e8te Mars. C&rsquo;est chez Burroughs que j&rsquo;ai d\u00e9couvert pour la premi\u00e8re fois la possibilit\u00e9 d&rsquo;une existence autonome de l&rsquo;\u00eatre int\u00e9rieur par rapport au corps. C&rsquo;est chez Burroughs que j&rsquo;ai pris conscience de la possibilit\u00e9 d&rsquo;un passage ailleurs, dans une autre plan\u00e8te et dans un autre corps, de cet \u00eatre int\u00e9rieur auquel je ne savais pas exactement quel nom donner, \u00e2me, esprit, ou encore double&#8230; Quant au personnage de Merlin l&rsquo;Enchanteur, pour lequel j&rsquo;ai toutes les faiblesses, il me ravissait. Ce don d&rsquo;ubiquit\u00e9 qu&rsquo;on lui pr\u00eate, ses d\u00e9doublements, ses m\u00e9tamorphoses, avaient de quoi me faire r\u00eaver. Mais ce n&rsquo;est que bien plus tard que j&rsquo;ai compris ce qu&rsquo;on pouvait d\u00e9duire de ces apparentes fantasmagories.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Car c&rsquo;est seulement \u00e0 partir d&rsquo;une confrontation r\u00e9elle entre les d\u00e9lires po\u00e9tiques et romanesques et les arguments de la philosophie que j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 m&rsquo;interroger sur ces probl\u00e8mes. Quand j&rsquo;\u00e9tais en classe Terminale, qu&rsquo;on appelait tout simplement \u00ab Philo \u00bb \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, je me suis senti oblig\u00e9 de prendre position vis-\u00e0-vis des doctrines qui m&rsquo;\u00e9taient propos\u00e9es, bien qu&rsquo;on m&rsquo;en dissuad\u00e2t au nom d&rsquo;une sacro-sainte objectivit\u00e9. A vrai dire, la Logique et la Psychologie ne m&rsquo;int\u00e9ressaient gu\u00e8re. Et si je trouvais la Morale pittoresque, j&rsquo;\u00e9tais par contre passionn\u00e9 pour le programme de M\u00e9taphysique, celui qui laissait d&rsquo;ailleurs indiff\u00e9rents mes condisciples. Je me souviens d&rsquo;avoir d\u00e9fendu les th\u00e8ses de Berkeley, cet id\u00e9alisme absolu qui confine \u00e0 l&rsquo;immat\u00e9rialisme. Partant de la c\u00e9l\u00e8bre formule de Descartes, \u00ab Je pense, donc je suis \u00bb, Berkeley en vient \u00e0 dire qu&rsquo;en dehors de la pens\u00e9e, aucune r\u00e9alit\u00e9 ne peut \u00eatre prouv\u00e9e, \u00e0 plus forte raison la r\u00e9alit\u00e9 de la mati\u00e8re qui n&rsquo;est que la projection ext\u00e9rioris\u00e9e de nos id\u00e9es, que celles-ci soient agr\u00e9ables ou d\u00e9sagr\u00e9ables, provoquant, dans ce dernier cas, l&rsquo;impression d&rsquo;impossibilit\u00e9, d&rsquo;impuissance devant les choses qui r\u00e9sistent. Diderot a dit de Berkeley que sa doctrine \u00e9tait la plus absurde qui f\u00fbt, mais qu&rsquo;il \u00e9tait impossible de d\u00e9montrer scientifiquement qu&rsquo;il avait tort. Car il est bien \u00e9vident que la pens\u00e9e prime tout et que la seule preuve de notre existence est celle de la pens\u00e9e. Si j&rsquo;affirme que la pens\u00e9e n&rsquo;existe pas, je prouve par l&rsquo;absurde que cette pens\u00e9e existe, puisque je formule ma pens\u00e9e. Et si la pens\u00e9e est la seule et unique preuve d&rsquo;une quelconque existence, on peut \u00e9videmment s&rsquo;engager tr\u00e8s loin dans les sp\u00e9culations sur le peu de r\u00e9alit\u00e9 du monde et m\u00eame des \u00eatres que l&rsquo;on voit, qu&rsquo;on imagine en face de soi.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">C&rsquo;est ainsi que j&rsquo;en vins \u00e0 consid\u00e9rer comme possible une certaine transmigration des \u00e2mes d&rsquo;un corps \u00e0 un autre, en passant par l&rsquo;\u00e9preuve de la mort et celle de la naissance. Certes, j&rsquo;avais entendu parler de la m\u00e9tempsycose, de ces passages continuels d&rsquo;existence en existence, de ces incarnations sous diverses formes y compris les formes animales. Je ne comprenais pas les modalit\u00e9s de ces migrations et je n&rsquo;osais m&rsquo;aventurer dans une certitude \u00e0 ce propos ; mais mon amour des animaux m&rsquo;incitait \u00e0 penser que les b\u00eates ont une \u00e2me, ce que je crois toujours, et que cette \u00e2me n&rsquo;est point tellement diff\u00e9rente de celle des humains. Ce sont les manifestations de cette \u00e2me qui sont rendues impossibles par l&rsquo;incapacit\u00e9 relative du cerveau des b\u00eates \u00e0 transmettre les informations venues de ce myst\u00e9rieux esprit qui anime toute vie. Certes, pour accepter une telle hypoth\u00e8se, il me fallait d\u00e9passer l&rsquo;objection bien connue des mat\u00e9rialistes qui mettent en \u00e9vidence que la pens\u00e9e, sans le langage, n&rsquo;existe pas, qu&rsquo;on ne peut avoir aucune preuve de l&rsquo;existence de la pens\u00e9e sans que celle-ci soit formul\u00e9e en un langage coh\u00e9rent permettant de se faire comprendre, non seulement par les autres, mais par soi-m\u00eame. Cela \u00e9quivalait \u00e0 me faire prendre conscience du probl\u00e8me fondamental qui se pose \u00e0 propos de la pens\u00e9e : la pens\u00e9e pr\u00e9c\u00e8de-t-elle le langage qui l&rsquo;exprime, ou bien la pens\u00e9e n&rsquo;est-elle pas suscit\u00e9e par le langage, quel que soit celui-ci, affectif ou d&rsquo;ordre intellectuel ? Mais les divers cris des animaux, le miaulement des chats en particulier, ne pouvaient s&rsquo;expliquer, pour moi, que par leur besoin d&rsquo;exprimer quelque chose qui se trouvait en eux, dans leur \u00eatre int\u00e9rieur. Et de quel droit pouvais-je traiter les animaux comme des inf\u00e9rieurs ?<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">C&rsquo;est l\u00e0 que la doctrine catholique m&rsquo;apparut comme abusive. D&rsquo;apr\u00e8s la Bible, ou du moins d&rsquo;apr\u00e8s les interpr\u00e9tations qu&rsquo;on a pu faire de la Bible, et notamment de la Gen\u00e8se, le monde a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 pour l&rsquo;homme et se trouve donc au service de l&rsquo;homme. En cons\u00e9quence directe, les animaux, comme les v\u00e9g\u00e9taux, sont des \u00eatres inf\u00e9rieurs soumis \u00e0 l&rsquo;homme et destin\u00e9s \u00e0 le servir comme des esclaves. La th\u00e9orie des \u00ab animaux-machines \u00bb de Descartes, la d\u00e9finition d&rsquo;une conscience d&rsquo;esp\u00e8ce qui serait celle des animaux, \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 de la conscience individuelle qui serait celle de l&rsquo;homme, je ne pouvais les admettre, pas plus que je ne pouvais accepter la \u00ab royaut\u00e9 \u00bb supr\u00eame de l&rsquo;homme sur la nature. Et c&rsquo;\u00e9tait pourtant l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 la r\u00e9flexion \u00e9cologique \u00e9tait encore inconnue, o\u00f9 la nature \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme in\u00e9puisable. Je me trouvais donc en porte \u00e0 faux vis-\u00e0-vis des dogmes r\u00e9pandus par l&rsquo;\u00c9glise et savamment r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s par les soci\u00e9t\u00e9s humaines. On m&rsquo;avait habitu\u00e9 \u00e0 dire que les humains mouraient, mais que les animaux crevaient, que les femmes accouchent, mais que les femelles d&rsquo;animaux mettent bas. Il fallait faire tr\u00e8s attention \u00e0 ne pas confondre ; sinon on aurait manqu\u00e9 de respect \u00e0 l&rsquo;ordre universel \u00e9tabli par Dieu, lequel a cr\u00e9\u00e9 l&rsquo;homme \u00e0 son image, mais non les animaux.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Cette question des animaux sans \u00e2me m&rsquo;a beaucoup perturb\u00e9 dans mon enfance et dans ma jeunesse. Aujourd&rsquo;hui, je ne peux admettre, en mon \u00e2me et conscience, comme on dit, que les animaux soient d\u00e9nu\u00e9s d&rsquo;\u00e2me. Il faut vraiment n&rsquo;avoir jamais vu vivre des b\u00eates pour croire encore \u00e0 la th\u00e9orie des animaux-machines. Que leurs possibilit\u00e9s d&rsquo;expression, que leurs facult\u00e9s d&rsquo;abstraction, que leur potentiel d&rsquo;invention soient r\u00e9duits, c&rsquo;est \u00e9vident. Mais cela ne fait que donner raison aux th\u00e8ses de Platon et aux th\u00e9ories r\u00e9incarnationnistes selon lesquelles l&rsquo;\u00e2me est issue du monde divin des id\u00e9es pures et a \u00e9t\u00e9 enferm\u00e9e, par quelque puissance mal\u00e9fique \u2013 le diable ou tous ses substituts \u2013 ou encore par suite d&rsquo;une faute \u2013 la r\u00e9volte de l&rsquo;Esprit contre lui-m\u00eame et ses multiples formulations \u2013, dans un corps de chair, v\u00e9ritable prison d&rsquo;o\u00f9 elle aspire \u00e0 sortir le plus t\u00f4t possible pour regagner les s\u00e9jours divins. Mais c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;interviendrait le jugement des \u00e2mes : l&rsquo;\u00eatre int\u00e9rieur qui aurait utilis\u00e9 son existence temporaire \u00e0 s&rsquo;enferrer davantage dans la mati\u00e8re se verrait infliger une descente encore pire dans l&rsquo;\u00e9chelle des existences. Cette vision s&rsquo;accorde parfaitement avec le sens moral qu&rsquo;on d\u00e9c\u00e8le au fond de chaque \u00eatre humain.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Je me persuadais alors que le Purgatoire dont on me mena\u00e7ait continuellement n&rsquo;\u00e9tait pas un vague s\u00e9jour dans un Autre Monde sillonn\u00e9 par les esprits des d\u00e9funts morts en \u00e9tat de p\u00e9ch\u00e9 v\u00e9niel, mais tout simplement une ou des existences ult\u00e9rieures destin\u00e9es \u00e0 la purification de cet \u00eatre int\u00e9rieur qui, je le comprenais fort bien, ne pouvait remonter \u00e0 la lumi\u00e8re divine que rev\u00eatu lui-m\u00eame de lumi\u00e8re, sans aucune trace d&rsquo;ombre sur les mains ou dans le c\u0153ur. Apr\u00e8s tout, ce n&rsquo;\u00e9tait pas contradictoire avec la doctrine catholique. Je me souciais peu de savoir que la th\u00e8se r\u00e9incarnationniste avait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9e officiellement par l&rsquo;\u00c9glise romaine au concile de Constantinople, en 543. Le motif de cette condamnation \u00e9tait avant tout le danger que faisait courir l&rsquo;id\u00e9e de la r\u00e9incarnation \u00e0 l&rsquo;attitude morale des fid\u00e8les : le fait de savoir qu&rsquo;on pouvait toujours se racheter dans une vie post\u00e9rieure pouvait en effet conduire \u00e0 un certain laxisme. Selon la vieille formule, \u00ab il sera toujours temps de se repentir quand on sentira venir la fin \u00bb. Mais la fin de quoi ?<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Une incompr\u00e9hension assez g\u00e9n\u00e9rale de la th\u00e9orie dite de la R\u00e9incarnation domine en Occident. Ce mot \u00ab r\u00e9incarnation \u00bb, souvent confondu avec \u00ab m\u00e9tempsycose \u00bb et m\u00eame avec \u00ab transmigration des \u00e2mes \u00bb, n&rsquo;a pas toujours la m\u00eame signification selon les \u00e9poques et les contextes culturels. La doctrine de Pythagore, reprise dans certaines conditions par Platon, par le n\u00e9o-platonisme et par la plupart des Gnostiques, suppose une chute primordiale de l&rsquo;esprit dans la mati\u00e8re et une lente ascension de l&rsquo;\u00e2me qui tente, au travers d&rsquo;existences successives, de retrouver sa puret\u00e9 originelle et sa fusion avec le divin. La pens\u00e9e hindoue, relay\u00e9e en partie par le Bouddhisme, suppose un cycle illimit\u00e9 de vies successives, cycle qui n&rsquo;a pas de commencement, qui n&rsquo;est aucunement la cons\u00e9quence d&rsquo;une chute, et auquel le bouddhisme pr\u00e9tend mettre fin par l&rsquo;\u00e9veil, comme l&rsquo;a fait le Bouddha historique. Et si, dans cette forme de r\u00e9incarnation, il n&rsquo;y a pas de \u00ab p\u00e9ch\u00e9 originel \u00bb, le contexte moral appara\u00eet n\u00e9anmoins tr\u00e8s important, puisqu&rsquo;il permet d&rsquo;atteindre rapidement, par d\u00e9tachement complet de l&rsquo;illusion de vivre, ou relativement t\u00f4t par maturation et attitude bienfaisante, la lib\u00e9ration d\u00e9finitive de l&rsquo;\u00eatre dans le divin. Quant aux types de r\u00e9incarnation chez les peuples dits \u00ab animistes \u00bb, ils sont extr\u00eamement divers ; et bien souvent, la notion de l&rsquo;entit\u00e9 amen\u00e9e \u00e0 prendre une nouvelle forme de vie varie du tout au tout, h\u00e9sitant m\u00eame parfois entre la r\u00e9incarnation individuelle et la r\u00e9incarnation collective. Et chacune des th\u00e8ses en pr\u00e9sence a ses arguments qui peuvent \u00eatre convaincants dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;on adh\u00e8re au mode de pens\u00e9e dans lequel elles s&rsquo;int\u00e8grent. Rien ne peut y \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme faux, puisque toutes ces th\u00e8ses partent de postulats par nature ind\u00e9montrables, qui suscitent, comme pour les math\u00e9matiques, des syst\u00e8mes absolument coh\u00e9rents et d&rsquo;une logique implacable.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Au fait, qu&rsquo;est-ce qui se r\u00e9incarne ? Les r\u00e9ponses \u00e0 cette unique question sont innombrables. Est-ce l&rsquo;\u00e2me au sens chr\u00e9tien du terme, le souffle vital, l&rsquo;\u00e9nergie vitale, le corps astral, le corps subtil, ou encore cette essence purement spirituelle que les Hindous appellent atman, qu&rsquo;on pourrait traduire maladroitement par le mot fran\u00e7ais soi, ou encore plusieurs \u00e9l\u00e9ments combin\u00e9s ? Dans la croyance populaire, il ne fait aucun doute que c&rsquo;est un \u00ab ensemble \u00bb, constitu\u00e9 d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments divers et acquis au cours des existences ant\u00e9rieures, qui s&rsquo;insinue dans un nouveau corps \u00e0 la naissance ou \u00e0 la conception d&rsquo;un autre \u00eatre vivant, humain ou animal. A partir de l\u00e0, on peut tout imaginer, et les exp\u00e9riences de parapsychologie n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 les derni\u00e8res \u00e0 alimenter le corpus des \u00ab certitudes \u00bb r\u00e9incarnationnistes. Le professeur Ian Stevenson \u00e9crivait \u00e0 ce propos, dans un article paru en 1960, en partant de la notion de composante psi d\u00e9signant une fonction psychique qui serait \u00e0 la base d&rsquo;une capacit\u00e9 parapsychique : \u00ab Chaque \u00eatre humain pourrait comprendre un corps physique et une composante psi. Apr\u00e8s la mort du corps physique d&rsquo;un individu, la composante psi pourrait mener une existence sans corps un certain temps. On peut supposer qu&rsquo;apr\u00e8s ce laps de temps la composante psi s&rsquo;unira \u00e0 un autre corps physique, et cela probablement le plus souvent pendant son d\u00e9veloppement embryonnaire. Il s&rsquo;ensuivrait que certains aspects de la composante psi influenceront la personnalit\u00e9 du nouvel \u00eatre humain et d\u00e9termineront sa mentalit\u00e9, sa conduite et les particularit\u00e9s de son corps physique. En admettant le principe d&rsquo;une survie, la r\u00e9incarnation en serait l&rsquo;une des formes. Elle concernerait soit la totalit\u00e9 des humains, soit seulement un nombre plus ou moins important de personnes. Pour les autres, il y aurait survie sans r\u00e9incarnation. D&rsquo;autre part, le concept de r\u00e9incarnation ne peut \u00eatre figur\u00e9 sans l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une survie apr\u00e8s la mort physique. L&rsquo;\u00e9vidence de la r\u00e9incarnation inclut n\u00e9cessairement celle de la survie, alors que le contraire est certainement inexact [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\">1<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">]. \u00bb C&rsquo;est peut-\u00eatre la meilleure synth\u00e8se possible de toutes les doctrines de la r\u00e9incarnation.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">En tout cas, la composante psi se retrouve sous des aspects divers dans les th\u00e8ses r\u00e9incarnationnistes de toutes les \u00e9poques et de toutes les civilisations. Et elle appara\u00eet clairement lors des exp\u00e9riences parapsychologiques de tous ordres, y compris les r\u00eaves, les visions et les transes, avec ou sans intervention ext\u00e9rieure, d&rsquo;un op\u00e9rateur ou d&rsquo;un m\u00e9dium. Si Balzac vivait \u00e0 notre \u00e9poque, il aurait fait du \u00ab double \u00e9th\u00e9rique \u00bb de Louis Lambert une composante psi. Et c&rsquo;en est une \u00e9videmment, comme peuvent l&rsquo;\u00eatre les apparitions de \u00ab fant\u00f4mes \u00bb et autres personnages surgis de l&rsquo;Autre Monde et que l&rsquo;on s&rsquo;obstine, parfois sans succ\u00e8s, \u00e0 identifier. Cette composante psi, les Grecs la connaissaient parfaitement ; mais, dans un premier temps, ils en faisaient ces \u00ab visages de n\u00e9ant \u00bb dont sont peupl\u00e9s leurs Enfers. Il faudra attendre Platon pour qu&rsquo;elle soit reconnue comme une entit\u00e9 r\u00e9elle, capable d&rsquo;autonomie et de libert\u00e9, capable donc de choisir sa destin\u00e9e dans l&rsquo;Autre Monde ou sa r\u00e9incarnation dans ce monde-ci. Dans son all\u00e9gorie de la Caverne, Platon la situe tr\u00e8s exactement dans le corps de ces prisonniers encha\u00een\u00e9s le dos \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e et qui ne voient du monde r\u00e9el, celui de l&rsquo;ext\u00e9rieur, que les reflets lumineux sur la paroi d&rsquo;en face. L&rsquo;image est saisissante et elle est probablement juste quand on consid\u00e8re le peu d&rsquo;informations que transmet \u00e0 nos sens notre cerveau alors qu&rsquo;il serait, dans certaines conditions, capable de nous en fournir bien davantage. Ce qui expliquerait aussi nos r\u00e9miniscences, ces bizarres \u00e9tats de conscience qui nous permettent parfois de sentir des \u00eatres, des choses ou des \u00e9v\u00e9nements se rattachant \u00e0 un pass\u00e9 plus ancien que notre propre naissance. Ces r\u00e9miniscences ont \u00e9t\u00e9 observ\u00e9es, sans qu&rsquo;on puisse les expliquer, \u00e0 toutes les p\u00e9riodes de l&rsquo;histoire humaine, m\u00eame si bon nombre d&rsquo;observateurs les ont rejet\u00e9es comme fantaisies de l&rsquo;imaginaire ou constructions intellectuelles r\u00e9sultant d&rsquo;une concentration d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments \u00e9pars recueillis par notre sensibilit\u00e9.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Il n&rsquo;est donc pas \u00e9tonnant de constater que les doctrines r\u00e9incarnationnistes ont fleuri un peu partout dans le monde, dans les soci\u00e9t\u00e9s dites civilis\u00e9es et dans celles qu&rsquo;on persiste \u00e0 croire \u00ab primitives \u00bb. Chez les \u00c9gyptiens, chez les Indiens, chez les Perses, surtout apr\u00e8s le triomphe du mazd\u00e9isme, chez les Grecs de la p\u00e9riode hell\u00e9nistique, il a exist\u00e9 des enseignements sur la r\u00e9incarnation, et m\u00eame chez certains Juifs du temps de J\u00e9sus, notamment les Pharisiens, si l&rsquo;on en croit Flavius Jos\u00e8phe. Par contre, elle semble avoir \u00e9t\u00e9 inconnue chez les Assyro-Babyloniens, et aussi chez les Celtes, contrairement aux id\u00e9es re\u00e7ues et qui proviennent de faux documents druidiques \u00e9labor\u00e9s \u00e0 la fin du XVIII<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><sup><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">e<\/span><\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> si\u00e8cle et r\u00e9percut\u00e9s par certains \u00e9sot\u00e9ristes du XIX<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><sup><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">e<\/span><\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> si\u00e8cle [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\">2<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">]. Cette croyance en une r\u00e9incarnation possible s&rsquo;est \u00e9tendue partout, aussi bien \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des diff\u00e9rents courants du Christianisme, sans parler des h\u00e9r\u00e9sies, comme le Catharisme, et m\u00eame dans certains cas chez les mystiques et les penseurs \u00e9sot\u00e9ristes de l&rsquo;Islam. C&rsquo;est dire que cette conception particuli\u00e8re de l&rsquo;apr\u00e8s-vie ne peut \u00eatre m\u00e9pris\u00e9e et qu&rsquo;elle constitue l&rsquo;une des grandes options philosophiques de l&rsquo;humanit\u00e9.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Il y a plus. Il y a tous les t\u00e9moignages r\u00e9sultant d&rsquo;exp\u00e9riences volontaires ou non au cours desquelles des individus ont \u00e9t\u00e9 amen\u00e9s \u00e0 revivre certains \u00e9v\u00e9nements du pass\u00e9 dans des conditions assez extraordinaires pour qu&rsquo;on puisse se poser s\u00e9rieusement la question de savoir s&rsquo;il s&rsquo;agit de rappels de vies ant\u00e9rieures. Ces t\u00e9moignages sont parfois d\u00e9routants, car ils d\u00e9fient toute explication logique. Bien s\u00fbr, un choix, pour ne pas dire un tri, est n\u00e9cessaire entre tous ces r\u00e9cits spontan\u00e9s ou provoqu\u00e9s. Certains d&rsquo;entre eux forcent la suspicion, car ils ne font qu&rsquo;op\u00e9rer la synth\u00e8se entre des \u00e9l\u00e9ments culturels qui, un jour ou l&rsquo;autre, ont envahi l&rsquo;esprit de l&rsquo;individu en proie \u00e0 ces rappels. Et puis, comment se fait-il que tant de personnes, apparemment sinc\u00e8res, se reconnaissent bien davantage dans des personnages c\u00e9l\u00e8bres de l&rsquo;Histoire que dans des pauvres gens d&rsquo;une autre \u00e9poque ? On ne peut m\u00eame plus d\u00e9nombrer ceux qui ont pr\u00e9tendu, avec le plus grand s\u00e9rieux, qu&rsquo;ils \u00e9taient des r\u00e9incarnations de Jeanne d&rsquo;Arc, de Napol\u00e9on ou de Jules C\u00e9sar. Ce genre de t\u00e9moignages fait plut\u00f4t du tort aux partisans de la th\u00e9orie r\u00e9incarnationniste.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Mais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ces cas qui ne sont m\u00eame pas douteux, on d\u00e9couvre des exp\u00e9riences tout \u00e0 fait extraordinaires et qu&rsquo;on ne peut jamais qualifier de co\u00efncidences. Un exemple bien connu est celui d&rsquo;une simple servante anglaise qui parlait tr\u00e8s mal sa langue maternelle, qui n&rsquo;\u00e9tait jamais sortie de son pays, qui n&rsquo;avait jamais eu de contacts avec des gens cultiv\u00e9s et qui, un beau jour, se mit \u00e0 parler en h\u00e9breu et dans plusieurs langues de l&rsquo;Antiquit\u00e9. Voici de quoi se poser des questions, m\u00eame sans \u00eatre soi-m\u00eame un partisan convaincu de la r\u00e9incarnation. M\u00e9moire ancestrale ? Possession du cerveau de cette femme par un esprit \u2014 ou par des esprits \u2014, c&rsquo;est-\u00e0-dire par une entit\u00e9 invisible, une composante psi, r\u00f4dant tout pr\u00e8s et intervenant de cette sorte comme peuvent intervenir des fant\u00f4mes, ou, pourquoi pas, des anges ou des d\u00e9mons ? Apr\u00e8s tout, les cas de possession diabolique sont de m\u00eame nature ; et rien ne prouve que cette femme ait \u00e9t\u00e9 la r\u00e9incarnation d&rsquo;un \u00eatre ayant v\u00e9cu une ou plusieurs vies successives dans une lointaine Antiquit\u00e9.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Il est impossible de citer les multiples cas qui ont \u00e9t\u00e9 observ\u00e9s de fa\u00e7on scientifique et qui concernent des personnes, surtout des enfants, qui reconnaissent, sans les avoir jamais vus, des endroits o\u00f9 ils auraient v\u00e9cu ant\u00e9rieurement. Le plus fort, c&rsquo;est qu&rsquo;ils d\u00e9crivent ces lieux \u00e0 des observateurs impartiaux, sans y \u00eatre r\u00e9ellement all\u00e9s eux-m\u00eames, fait absolument prouv\u00e9 dans les enqu\u00eates r\u00e9alis\u00e9es \u00e0 ce sujet. Et quand ils se mettent \u00e0 parler de caract\u00e9ristiques physiques ou morales d&rsquo;individus dont ils ignorent l&rsquo;existence mais qui, apr\u00e8s v\u00e9rification, se r\u00e9v\u00e8lent r\u00e9els ou morts depuis longtemps, on est en droit de se montrer \u00e9branl\u00e9. Certes, encore une fois, cela ne prouve pas le ph\u00e9nom\u00e8ne de la r\u00e9incarnation, mais tendrait \u00e0 prouver l&rsquo;existence de cette composante psi capable de se lancer hors du corps, mais aussi hors du temps et de l&rsquo;espace, autrement dit l&rsquo;existence de cette composante psi en dehors de tout v\u00e9hicule corporel. Si ce n&rsquo;est pas l\u00e0 la \u00ab survie \u00bb, elle y ressemble bien. Mais, effectivement, sur le plan de la logique pure, rien ne s&rsquo;oppose \u00e0 ce que ces exp\u00e9riences soient les cons\u00e9quences d&rsquo;une m\u00e9morisation subite d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments contenus dans les zones les plus obscures de cette composante psi.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">On d\u00e9bouche alors sur un tout autre probl\u00e8me, celui de la m\u00e9moire. En admettant les r\u00e9incarnations successives de l&rsquo;\u00eatre int\u00e9rieur, celui qui est imp\u00e9rissable et qui, subissant d&rsquo;innombrables m\u00e9tamorphoses, s&rsquo;enrichit \u2014 ou s&rsquo;appauvrit \u2014 d&rsquo;exp\u00e9riences nouvelles, on ne comprend pas pourquoi la plupart des gens ne se rappellent rien de leurs vies ant\u00e9rieures, sauf quelques bribes, quelques r\u00e9miniscences dans des circonstances exceptionnelles. Les Grecs avaient pr\u00e9vu l&rsquo;objection : les d\u00e9funts qui devaient re-na\u00eetre, et d&rsquo;ailleurs quelques autres en arrivant dans les Enfers, devaient obligatoirement boire l&rsquo;eau du L\u00e9th\u00e9, l&rsquo;eau de l&rsquo;oubli. Ce d\u00e9tail mythologique rend compte d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 et explique cette \u00e9trange absence de souvenirs. Voltaire s&rsquo;en moque \u00e0 propos du cart\u00e9sianisme et surtout du platonisme, lorsqu&rsquo;il raconte que les \u00eatres humains, selon Descartes et Leibniz, savent tout \u00e0 leur naissance, mais doivent pourtant aller tout r\u00e9apprendre \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole. Il est vrai que Voltaire est un irr\u00e9v\u00e9rencieux personnage doubl\u00e9 d&rsquo;un m\u00e9cr\u00e9ant. Mais son contemporain et n\u00e9anmoins ennemi Jean-Jacques Rousseau nous a laiss\u00e9 un t\u00e9moignage int\u00e9ressant de re-naissance sans m\u00e9moire. Entendons-nous, il s&rsquo;agit du retour \u00e0 la conscience d&rsquo;un homme qui est rest\u00e9 un certain temps \u00e9vanoui. Ce n&rsquo;est pas une N.D.E., mais une exp\u00e9rience de retour riche en d\u00e9tails significatifs. Dans <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>les R\u00eaveries d&rsquo;un promeneur solitaire<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">, Rousseau raconte en effet un accident qu&rsquo;il a subi. Alors qu&rsquo;il herborisait dans la banlieue de Paris, un chien l&rsquo;a renvers\u00e9 et le choc l&rsquo;a assomm\u00e9. Le voici qui revient \u00e0 la vie : \u00ab La nuit s&rsquo;avan\u00e7ait. J&rsquo;aper\u00e7us le ciel, quelques \u00e9toiles et un peu de verdure. Cette premi\u00e8re sensation fut un moment d\u00e9licieux. Je ne me sentais encore que par l\u00e0 [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\">3<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">] Je naissais dans cet instant \u00e0 la vie, et il me semblait que je remplissais de ma l\u00e9g\u00e8re existence tous les objets que j&rsquo;apercevais. Tout entier au moment pr\u00e9sent, je ne me souvenais de rien ; je n&rsquo;avais nulle notion distincte de mon individu, pas la moindre id\u00e9e de ce qui venait de m&rsquo;arriver ; je ne savais ni qui j&rsquo;\u00e9tais ni o\u00f9 j&rsquo;\u00e9tais ; je ne sentais ni mal, ni crainte, ni inqui\u00e9tude. Je voyais couler mon sang comme j&rsquo;aurais vu couler un ruisseau, sans songer seulement que ce sang m&rsquo;appart\u00eent en aucune sorte. Je sentais dans tout mon \u00eatre un calme ravissant, auquel, chaque fois que je me le rappelle, je ne trouve rien de comparable dans toute l&rsquo;activit\u00e9 des plaisirs connus. \u00bb Rousseau a r\u00e9ellement bu l&rsquo;eau du L\u00e9th\u00e9. Et, incapable de m\u00e9moriser quoi que ce soit, dans un premier temps, il se contente de vivre l&rsquo;instant pr\u00e9sent. Or, la question qui se pose est celle-ci : \u00e0 notre naissance dans cette vie actuelle, perdons-nous tout souvenir des vies ant\u00e9rieures pour nous consacrer pleinement \u00e0 cette existence qui nous accueille ? La m\u00e9moire est la facult\u00e9 de m\u00e9moriser tel ou tel fait \u00e0 un moment donn\u00e9, quand on en a besoin. Cela n&#8217;emp\u00eache pas le fond de la m\u00e9moire de conserver intacts tous les \u00e9l\u00e9ments qui y sont enregistr\u00e9s. N&rsquo;en serait-il pas de m\u00eame en cas de r\u00e9incarnation ?<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">D&rsquo;autres facteurs peuvent entrer en ligne de compte. De plus en plus, on se penche sur ce qu&rsquo;on appelait autrefois la m\u00e9moire ancestrale, ou encore l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9. Nous savons tr\u00e8s bien que nous portons en nous l&rsquo;histoire de l&rsquo;esp\u00e8ce, ce qui serait en quelque sorte la justification scientifique d&rsquo;un p\u00e9ch\u00e9 originel commis par Adam et Eve et r\u00e9percut\u00e9 sur l&rsquo;ensemble de leurs descendants. Nous savons que la gestation de l&rsquo;enfant dans le ventre maternel restitue int\u00e9gralement le d\u00e9veloppement de l&rsquo;\u00eatre primitif qui, au cours d&rsquo;une lente \u00e9volution, a men\u00e9 \u00e0 l&rsquo;homme d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Nous savons que l&rsquo;histoire individuelle est li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;histoire de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, mais qu&rsquo;elle prend sa source dans l&rsquo;histoire de la vie elle-m\u00eame, ce qui, une fois de plus, nous fait revenir \u00e0 la description biblique de la cr\u00e9ation de l&rsquo;homme par Iaveh, \u00ab \u00e0 son image \u00bb, le tout \u00e9tant contenu dans l&rsquo;un, et l&rsquo;humanit\u00e9 \u00e0 venir \u00e9tant d\u00e9j\u00e0 en pr\u00e9sence potentielle dans Adam, l&rsquo;Homme Rouge, et dans celle qui, tir\u00e9e symboliquement de sa c\u00f4te, allait devenir la m\u00e8re primitive, \u00c8ve, la matrice originelle bient\u00f4t remplac\u00e9e par la Vierge M\u00e8re, celle qui n&rsquo;a pas d&rsquo;\u00e2ge, et qui se trouve, dans toutes les traditions, \u00e0 l&rsquo;aube des temps. Nous savons maintenant que tout \u00eatre anim\u00e9 comporte dans ses cellules, ou plus exactement dans ses g\u00e8nes, un v\u00e9ritable programme digne des ordinateurs les plus sophistiqu\u00e9s. Nous savons qu&rsquo;il existe un code g\u00e9n\u00e9tique que l&rsquo;on s&rsquo;efforce actuellement de d\u00e9chiffrer et qui pourra peut-\u00eatre nous donner des solutions \u00e0 de nombreux probl\u00e8mes. Mais, ce que nous ignorons, c&rsquo;est l&rsquo;origine de ce code g\u00e9n\u00e9tique, et si, oui ou non, il a une finalit\u00e9 quelconque. C&rsquo;est dire que la m\u00e9moire qui est au fond de chaque individu, qu&rsquo;il soit humain, animal ou v\u00e9g\u00e9tal, est un myst\u00e8re total. Et pourtant, nous savons que cette m\u00e9moire existe quels qu&rsquo;en soient la cause, le fonctionnement et le but.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Dans ces conditions, le processus de la r\u00e9incarnation n&rsquo;est pas plus absurde que d&rsquo;autres processus constat\u00e9s et d\u00fbment r\u00e9pertori\u00e9s par les sciences dites exactes. Le fait que certains individus, \u00e0 certains moments et selon certaines circonstances qui demeurent encore inexplicables, se mettent tout \u00e0 coup \u00e0 extraire de leur m\u00e9moire des \u00e9l\u00e9ments qui peuvent faire penser \u00e0 la possibilit\u00e9 d&rsquo;une vie ant\u00e9rieure, est tout \u00e0 fait int\u00e9ressant et m\u00eame passionnant. Le tout est de mesurer la fiabilit\u00e9 de ces \u00ab m\u00e9morisations \u00bb, et de d\u00e9finir s&rsquo;il s&rsquo;agit de rappels biologiques inh\u00e9rents \u00e0 l&rsquo;esp\u00e8ce ou \u00e0 la pesanteur h\u00e9r\u00e9ditaire, ou de substrats appartenant \u00e0 cette composante psi, appelons-la ainsi, qui semble constituer la charpente m\u00eame de ce que les spiritualistes de tous bords font recouvrir du terme \u00ab \u00e2me \u00bb. La doctrine chr\u00e9tienne parle d&rsquo;une \u00e2me unique, et elle insiste sur le fait qu&rsquo;il ne faut donc pas la \u00ab g\u00e2cher \u00bb dans notre vie actuelle, parce que nous n&rsquo;avons \u00e9galement qu&rsquo;une seule vie sur terre.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">D&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, la spiritualit\u00e9 occidentale, qu&rsquo;elle soit grecque, romaine, celtique, germanique, puis chr\u00e9tienne et musulmane, insiste sur le caract\u00e8re individuel de cette \u00e2me, cr\u00e9\u00e9e par Dieu et destin\u00e9e, sinon \u00e0 subir des \u00e9preuves, du moins \u00e0 accomplir un certain plan universel, cosmique m\u00eame, qui est le myst\u00e9rieux plan divin auquel font allusion toutes les traditions religieuses et que sous-tendent tous les textes mythologiques. Mais il ne faut pas n\u00e9gliger la conception orientale de cette \u00e2me, qui est beaucoup moins individuelle que collective, l&rsquo;atman n&rsquo;\u00e9tant en fait qu&rsquo;une parcelle du divin, parcelle non cr\u00e9\u00e9e mais s\u00e9par\u00e9e, et qui n&rsquo;aspire qu&rsquo;\u00e0 r\u00e9int\u00e9grer l&rsquo;unit\u00e9 primitive dans un quelconque nirv\u00e2na, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans une totalit\u00e9 de non-conscience (et non pas d&rsquo;inconscience). L&rsquo;\u00e2me de la m\u00e9taphysique orientale est collective, tandis que l&rsquo;\u00e2me occidentale est individuelle, et cela par nature. C&rsquo;est l\u00e0 que r\u00e9side le divorce entre la pens\u00e9e orientale et la pens\u00e9e occidentale, et ce divorce, qui repr\u00e9sente deux syst\u00e8mes de pens\u00e9e contradictoires, me para\u00eet inconciliable, n&rsquo;en d\u00e9plaise \u00e0 tous les tenants du syncr\u00e9tisme qui affirment que tout est pareil et que les seules diff\u00e9rences sont d&rsquo;ordre terminologique. Je m&rsquo;inscris en faux contre ce syncr\u00e9tisme que je serais tent\u00e9 de qualifier de \u00ab syncr\u00e9tinisme \u00bb. Je crois fermement et absolument que les pens\u00e9es orientale et occidentale sont inconciliables et qu&rsquo;elles repr\u00e9sentent chacune une interpr\u00e9tation de l&rsquo;univers. Je ne dis pas que l&rsquo;une est meilleure que l&rsquo;autre, je dis simplement qu&rsquo;elles sont antinomiques.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Cela dit, et bien que je n&rsquo;aie jamais n\u00e9glig\u00e9 de m&rsquo;informer le mieux possible sur la pens\u00e9e orientale, je suis un occidental convaincu de l&rsquo;\u00eatre et d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 mener jusqu&rsquo;au bout les termes de cette sp\u00e9culation occidentale tels qu&rsquo;ils apparaissent dans le Christianisme, le Juda\u00efsme et l&rsquo;Islam, ces trois religions dites monoth\u00e9istes, aussi bien que dans les traditions plus anciennes de cette Europe qui a vu se succ\u00e9der bien des formulations m\u00e9taphysiques ou th\u00e9ologiques. Par ma naissance et par mon \u00e9ducation, peut-\u00eatre aussi par le code g\u00e9n\u00e9tique qui m&rsquo;habite sans que je le sache, je ne peux raisonner valablement qu&rsquo;en occidental. C&rsquo;est ce que j&rsquo;ai toujours essay\u00e9 de faire et c&rsquo;est ce que j&rsquo;esp\u00e8re continuer \u00e0 faire tant que l&rsquo;Esprit me guidera sur ces chemins p\u00e9rilleux de la sp\u00e9culation intellectuelle.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Donc, en tant qu&rsquo;occidental imbu de rationalisme, en tant que produit des \u00ab humanit\u00e9s classiques \u00bb, je ne peux agir autrement qu&rsquo;en confrontant les donn\u00e9es de tous les probl\u00e8mes qui se posent. Et parmi ces donn\u00e9es, je ne peux non plus passer sous silence celles qui me viennent de mon exp\u00e9rience personnelle, pour ne pas dire individuelle. Car j&rsquo;ai v\u00e9cu une exp\u00e9rience de m\u00e9morisation d&rsquo;une vie pass\u00e9e, et elle est assez sp\u00e9ciale. Il ne s&rsquo;agit pas en effet d&rsquo;une visualisation, ni d&rsquo;un appel aux sens g\u00e9n\u00e9ralement mis \u00e0 contribution pour ce genre de m\u00e9morisation, mais d&rsquo;un simple v\u00e9cu de mon enfance et de mon adolescence qui s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9, beaucoup plus tard, lorsque je l&rsquo;ai analys\u00e9 froidement, riche d&rsquo;informations que je ne soup\u00e7onnais m\u00eame pas au moment de ce v\u00e9cu.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">J&rsquo;\u00e9cris ces lignes \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de soixante-deux ans. Mais je me souviens parfaitement aujourd&rsquo;hui de certains malaises subis dans mon enfance et mon adolescence jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de dix-neuf ans. Ces malaises se produisaient tr\u00e8s souvent, selon une fr\u00e9quence que je n&rsquo;ai pas remarqu\u00e9e. Ils sont tr\u00e8s difficiles \u00e0 d\u00e9crire puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit essentiellement de sensations. J&rsquo;avais l&rsquo;impression que ma t\u00eate gonflait, enflait. Je n&rsquo;avais pas vraiment mal, mais cette sensation me faisait geindre et pleurer. Tout enfant, chaque fois que j&rsquo;avais ces \u00ab crises \u00bb, car c&rsquo;en \u00e9taient r\u00e9ellement, ma grand-m\u00e8re s&rsquo;inqui\u00e9tait et me demandait ce que j&rsquo;avais. Apparemment, il n&rsquo;y avait rien d&rsquo;anormal sur mon visage ou sur l&rsquo;ensemble de ma t\u00eate. Mais, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de moi-m\u00eame, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;Enfer, un enfer subtil, hallucinant, terrifiant. J&rsquo;entendais ma grand-m\u00e8re me questionner, me parler, me redresser lorsque j&rsquo;\u00e9tais allong\u00e9. Je l&rsquo;entendais, mais j&rsquo;\u00e9tais incapable de r\u00e9pondre, de dire quoi que ce soit pour expliquer mon trouble. D&rsquo;ailleurs, aurais-je pu l&rsquo;expliquer avec des mots ? Cela durait un certain temps, qui me paraissait tr\u00e8s long et de plus en plus insupportable. Et puis, brusquement, tout cessait, et je ne ressentais plus rien. J&rsquo;\u00e9tais comme auparavant, sans souffrance, sans angoisse, sans changement ext\u00e9rieur. Et, g\u00e9n\u00e9ralement, je m&rsquo;endormais tranquillement, paisiblement, sans m&rsquo;en rendre compte, dans une certaine b\u00e9atitude de l&rsquo;esprit.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Ces malaises, je le r\u00e9p\u00e8te, ont cess\u00e9 aux environs de mes dix-neuf ans. Je me suis efforc\u00e9 de les oublier, les rangeant dans la cat\u00e9gorie des troubles psychiques de l&rsquo;enfance prolong\u00e9e. Mais, un jour, j&rsquo;ai lu quelque chose qui m&rsquo;a fait resurgir tout cela avec une nettet\u00e9 \u00e9tonnante : la description des impressions d&rsquo;un homme qui avait re\u00e7u une balle dans la t\u00eate et qui s&rsquo;en \u00e9tait sorti. La m\u00eame chose. Alors, les d\u00e9clics se sont produits : je me suis aper\u00e7u que j&rsquo;avais souffert dans mon enfance et mon adolescence, et jusqu&rsquo;\u00e0 ma dix-neuvi\u00e8me ann\u00e9e, les impressions qui avaient \u00e9t\u00e9 celles de mon oncle, le fils a\u00een\u00e9 de ma grand-m\u00e8re, tu\u00e9 en 1916, au cours de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, d&rsquo;une balle dans la t\u00eate qui l&rsquo;avait conduit \u00e0 une agonie de plusieurs jours, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de dix-neuf ans. Or, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 par ma grand-m\u00e8re qui, sur la fin de sa vie, m&rsquo;a murmur\u00e9 : \u00ab Tu sais, je t&rsquo;ai aim\u00e9 encore plus que mes fils. \u00bb<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">\u00c9trange. Les nombreux t\u00e9moignages sur de possibles r\u00e9incarnations insistent tous sur les naissances qui se produisent dans une famille \u00e0 la suite d&rsquo;une perte d&rsquo;un \u00eatre cher, g\u00e9n\u00e9ralement d&rsquo;un enfant. Et ces t\u00e9moignages tendent \u00e0 faire penser que la nouvelle naissance est en fait une r\u00e9incarnation de l&rsquo;\u00eatre disparu. Le motif de cette r\u00e9incarnation appara\u00eet alors clairement : le disparu n&rsquo;a pas pu accomplir ce qu&rsquo;il devait accomplir ; il doit revenir pour achever ce qu&rsquo;il avait tout juste commenc\u00e9. Et, habituellement, on constate que ce re-n\u00e9 poss\u00e8de certaines caract\u00e9ristiques physiques de celui qu&rsquo;il est cens\u00e9 r\u00e9incarner, caract\u00e9ristiques qui peuvent \u00e9galement s&rsquo;\u00e9tendre aux aptitudes intellectuelles, psychologiques et morales, aussi bien qu&rsquo;aux troubles et aux maladies \u00e9prouv\u00e9s par le disparu. Or, je sais que mon oncle, qui, dans sa jeunesse, avait \u00e9t\u00e9 un joueur acharn\u00e9 de rugby, avait eu des ennuis \u00e0 un genou pour un m\u00e9nisque d\u00e9plac\u00e9. Je n&rsquo;ai jamais jou\u00e9 au rugby, n&rsquo;\u00e9tant pas particuli\u00e8rement sportif, mais j&rsquo;ai eu moi-m\u00eame un m\u00e9nisque d\u00e9plac\u00e9 et quelques maladies b\u00e9nignes qui avaient \u00e9t\u00e9 celles de mon oncle. Co\u00efncidences ? Cette prise de conscience ayant eu lieu apr\u00e8s la disparition de ma grand-m\u00e8re, je n&rsquo;ai jamais pu v\u00e9rifier dans le d\u00e9tail les concordances qui auraient pu s&rsquo;imposer ; mais les malaises que j&rsquo;ai \u00e9prouv\u00e9s pendant dix-neuf ans, et qui \u00e9taient ceux qu&rsquo;a subis tragiquement mon oncle, me semblent un argument qui ne peut \u00eatre n\u00e9glig\u00e9. Je n&rsquo;en conclus rien. Je me pose la question : suis-je le re-n\u00e9 de mon oncle, destin\u00e9 \u00e0 accomplir ce que lui-m\u00eame, par suite de circonstances qui lui \u00e9chappaient, n&rsquo;a pas pu mener \u00e0 bien ?<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Jamais, en cette vie, je ne trouverai la r\u00e9ponse. Mais la question m\u00e9ritait d&rsquo;\u00eatre pos\u00e9e. Il y a tant de choses que nous ignorons et qui sont pourtant \u00e0 port\u00e9e de notre compr\u00e9hension. Cette exp\u00e9rience m&rsquo;a donn\u00e9 au moins le sentiment que la r\u00e9incarnation, loin d&rsquo;\u00eatre une projection pure et simple de notre angoisse de la mort, \u00e9tait peut-\u00eatre une possibilit\u00e9.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><b>2. R\u00e9surrection ou Re-Naissance ?<\/b><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">On a dit que toute r\u00e9incarnation supposait que la survie puisse \u00eatre une r\u00e9alit\u00e9, mais que la r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;une survie ne supposait pas forc\u00e9ment la r\u00e9incarnation. La r\u00e9incarnation doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une des formes possibles de survie apr\u00e8s la mort physique. Il peut donc y avoir d&rsquo;autres formes de survie. C&rsquo;est ce que nous enseigne le Christianisme tout entier b\u00e2ti sur la r\u00e9surrection de J\u00e9sus-Christ, le troisi\u00e8me jour apr\u00e8s sa mort sur le Golgotha. C&rsquo;est la pierre angulaire de tout le Christianisme, l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement sans lequel la foi chr\u00e9tienne serait sans objet, r\u00e9duite \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de vague doctrine religieuse au milieu de tant d&rsquo;autres superstitions \u00e0 rel\u00e9guer au magasin des accessoires d&rsquo;un th\u00e9\u00e2tre qui \u00e9voquerait davantage le c\u00e9l\u00e8bre Grand-Guignol d&rsquo;autrefois que la non moins c\u00e9l\u00e8bre mais plus s\u00e9rieuse Com\u00e9die-Fran\u00e7aise. Or, quelque jugement qu&rsquo;on puisse porter sur le Christianisme et surtout sur ce qu&rsquo;on en a fait depuis vingt si\u00e8cles, il ne semble pas que ce soit une simple farce imagin\u00e9e par quelque esprit d\u00e9lirant d\u00e9sireux de se faire un nom dans l&rsquo;Histoire.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Car il y a des faits. Vers les ann\u00e9es 30 du premier si\u00e8cle de notre \u00e8re, un individu qu&rsquo;on a dit \u00eatre Juif, mais qui \u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 Galil\u00e9en, ce qui n&rsquo;est pas tout \u00e0 fait identique, du nom de I\u00e9shoua \u2014 dont nous avons fait J\u00e9sus \u2014, a group\u00e9 autour de lui des adeptes, a parcouru la Palestine en pr\u00eachant une doctrine reposant sur l&rsquo;amour universel, et a fini par \u00eatre condamn\u00e9 par les Romains au supplice de la croix en tant qu&rsquo;agitateur politique nuisible \u00e0 l&rsquo;ordre romain auquel \u00e9tait soumise la Palestine. Ces faits ne nous sont connus que par recoupements successifs et tardifs, car le seul document historique \u00e0 peu pr\u00e8s contemporain qui e\u00fbt pu \u00eatre valable, l\u2019\u0153uvre du Juif Flavius Jos\u00e8phe, a \u00e9t\u00e9 \u00ab caviard\u00e9 \u00bb, comme on dit en jargon journalistique, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00ab censur\u00e9 \u00bb pour cette p\u00e9riode pr\u00e9cise du r\u00e9cit. On a consid\u00e9r\u00e9 ce \u00ab caviardage \u00bb comme une escroquerie des premiers Chr\u00e9tiens voulant dissimuler la v\u00e9rit\u00e9, \u00e0 savoir que J\u00e9sus n&rsquo;\u00e9tait pas ressuscit\u00e9 mais qu&rsquo;on avait enlev\u00e9 son corps pour faire croire \u00e0 sa r\u00e9surrection. Mais ce qu&rsquo;on oublie, c&rsquo;est que ce \u00ab caviardage\u00a0\u00bb pouvait \u00eatre aussi bien une escroquerie des ennemis de J\u00e9sus qui \u00e9taient fort nombreux et agissants, surtout dans les milieux officiels juifs, escroquerie destin\u00e9e \u00e0 supprimer toute preuve de la r\u00e9surrection r\u00e9elle de J\u00e9sus. Les deux th\u00e8ses se tiennent parfaitement. Mais je m&rsquo;\u00e9tonne qu&rsquo;on n&rsquo;ait jamais mis en avant la seconde.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Le probl\u00e8me d\u00e9licat concerne les \u00c9vangiles qui ne sont pas fiables historiquement, ayant \u00e9t\u00e9 compos\u00e9s tr\u00e8s tardivement, certainement pas avant 120, d&rsquo;apr\u00e8s des t\u00e9moignages oraux d\u00e9j\u00e0 d\u00e9form\u00e9s par une doctrine en pleine \u00e9laboration. De plus, les quatre \u00c9vangiles retenus par l&rsquo;\u00c9glise romaine, qui se pr\u00e9tend d\u00e9positaire de la V\u00e9rit\u00e9 absolue, sont confus et bien souvent contradictoires ou pleins d&rsquo;incoh\u00e9rences, ce qui prouve sans discussion possible les triturations et les interpolations qu&rsquo;ils ont subies afin d&rsquo;accorder les \u00e9v\u00e9nements avec la doctrine. Seul, le quatri\u00e8me \u00c9vangile, celui attribu\u00e9 \u00e0 Jean, le plus jeune des disciples et, parmi ceux-ci, l&rsquo;unique t\u00e9moin de la Crucifixion, para\u00eet contenir des \u00e9l\u00e9ments susceptibles d&rsquo;authenticit\u00e9 parce que provenant d&rsquo;une source diff\u00e9rente des trois autres et vraisemblablement moins alt\u00e9r\u00e9e.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;ergoter sur les circonstances de la vie de J\u00e9sus. Je laisse le soin aux libres penseurs d&rsquo;ironiser sur la conception et la naissance de J\u00e9sus le Nazor\u00e9en (et non pas de Nazareth). C&rsquo;est tr\u00e8s facile, d&rsquo;autant plus que le monde hell\u00e9nistique qui \u00e9tait celui de l&rsquo;\u00e9poque, \u00e9tait riche en naissances divines miraculeuses, en particulier celle du dieu Mithra, n\u00e9 lui aussi dans une grotte, mais de la roche elle-m\u00eame, c&rsquo;est-\u00e0-dire de la Terre M\u00e8re et Vierge, naissance qu&rsquo;on situait d&rsquo;ailleurs le 24 ou le 25 d\u00e9cembre. Je leur laisse \u00e9galement la lourde t\u00e2che d&rsquo;expliquer que J\u00e9sus a fait semblant de mourir sur la Croix, qu&rsquo;il \u00e9tait simplement drogu\u00e9, et qu&rsquo;il suffisait de lui administrer un contre-poison pour qu&rsquo;il p\u00fbt ressusciter. Les variantes de cette histoire sont bien connues : les disciples ont enlev\u00e9 le corps de J\u00e9sus pour faire croire qu&rsquo;il \u00e9tait ressuscit\u00e9, et ils ont fait agir un sosie (certains disent son fr\u00e8re jumeau) \u00e0 sa place. Tous ces faiseurs de romans sont aussi habiles, semble-t-il, que les r\u00e9dacteurs des \u00c9vangiles. Le malheur, pour eux, c&rsquo;est que tout en pr\u00e9tendant d\u00e9tenir la v\u00e9rit\u00e9 scientifique absolue, ils sont incapables de prouver quoi que ce soit, pas plus que les tenants de la v\u00e9rit\u00e9 th\u00e9ologique. Sur ce plan-l\u00e0, les adversaires peuvent \u00eatre renvoy\u00e9s dos \u00e0 dos.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Beaucoup d&rsquo;obscurit\u00e9s \u00e9maillent cet ensemble. Il est \u00e0 peu pr\u00e8s certain que le corps de J\u00e9sus a \u00e9t\u00e9 retir\u00e9 du tombeau, qu&rsquo;il a donc \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9, on ne sait par qui, peut-\u00eatre par les Romains d\u00e9sireux d&rsquo;\u00e9viter des p\u00e8lerinages sur la tombe d&rsquo;un martyr, peut-\u00eatre par certains disciples (mais lesquels ?) qui, d\u00e9\u00e7us par la mort de J\u00e9sus, auraient voulu effectivement faire croire \u00e0 sa r\u00e9surrection. Mais ce rapt du cadavre de J\u00e9sus ne modifie en rien la r\u00e9surrection de J\u00e9sus, car celle-ci se situe sur un tout autre plan. En effet, dans cette histoire, tous les commentateurs, les Chr\u00e9tiens comme les ath\u00e9es, s&rsquo;enferrent dans leurs sp\u00e9culations soi-disant rationalistes : ils veulent \u00e0 tout prix que ce soit le corps mort de J\u00e9sus qui ait retrouv\u00e9 la vie. Or, il est tout \u00e0 fait possible de supposer que J\u00e9sus, s&rsquo;il a r\u00e9ellement ressuscit\u00e9 (et rien ne s&rsquo;oppose formellement \u00e0 cette r\u00e9alit\u00e9), a rev\u00eatu un autre corps, non pas un corps mortel, mais un corps glorieux. L&rsquo;\u00c9glise romaine devrait d&rsquo;ailleurs y penser lorsqu&rsquo;elle fait gloser sur le \u00ab corps glorieux \u00bb du Christ, au lieu de pr\u00f4ner, comme elle l&rsquo;a fait pendant des si\u00e8cles, le linceul de Turin, autrement dit le \u00ab Saint Suaire \u00bb, lequel est reconnu officiellement, depuis peu il est vrai, comme un faux tr\u00e8s habile de la fin du XIII<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><sup><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">e<\/span><\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> si\u00e8cle, \u0153uvre d&rsquo;un peintre qui a sign\u00e9 lui-m\u00eame une confession dont l&rsquo;\u00c9glise connaissait parfaitement l&rsquo;existence. \u00c0 force de vouloir imposer des croyances sans en v\u00e9rifier le bien-fond\u00e9, sans poser les probl\u00e8mes de fond qu&rsquo;elles suscitent, on atteint \u00e0 la caricature.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">J&rsquo;ai dit que le seul texte susceptible d&rsquo;\u00eatre tenu pour s\u00fbr \u00e9tait le quatri\u00e8me \u00c9vangile, celui qui n&rsquo;est pas synoptique, celui qui est \u00e0 part, le seul que retenaient les Cathares, l&rsquo;\u00c9vangile de la tradition de Jean, du disciple que J\u00e9sus aimait, et qui \u00e9tait probablement le plus jeune, donc le pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, de tous ceux qui suivaient J\u00e9sus. Reprenons cet \u00c9vangile \u00e0 la fin, au moment o\u00f9 J\u00e9sus mort a \u00e9t\u00e9 enseveli dans le tombeau donn\u00e9 par Joseph d&rsquo;Arimathie, disciple secret du ma\u00eetre, \u00e9tant donn\u00e9 la haute situation qu&rsquo;il occupait tant aupr\u00e8s des Juifs que des Romains, et qui n&rsquo;en \u00e9tait pas moins l&rsquo;ami de Ponce Pilate.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Deux traductions contemporaines rendent compte des nuances et des pr\u00e9cisions contenues dans le texte, dont les plus anciennes versions, il importe de le dire, sont en langue grecque. L&rsquo;une de ces traductions est celle dite de la Bible de J\u00e9rusalem ; la seconde est celle d&rsquo;Andr\u00e9 Chouraqui. On sait que c&rsquo;est Marie de Magdala qui vient au tombeau \u00ab le premier jour de la semaine \u00bb, soit le jour du Sabbat. Elle trouve le tombeau vide et se pr\u00e9cipite chez Pierre et Jean, leur annon\u00e7ant qu&rsquo;on a vol\u00e9 le corps de J\u00e9sus. Les deux disciples courent au tombeau. Jean n&rsquo;entre pas dans le tombeau, se contentant de regarder par la porte [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\">4<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">]. Pierre entre et constate la disparition du corps. Jean entre alors et le texte signale qu&rsquo;il crut, sous-entendu \u00ab que le Christ \u00e9tait ressuscit\u00e9 \u00bb. Puis Pierre et Jean s&rsquo;en vont, laissant inexplicablement toute seule Marie de Magdala qui, sans que les \u00c9vangiles le reconnaissent, \u00e9tait l&rsquo;une des plus fid\u00e8les adeptes du Ma\u00eetre.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Voici la suite, selon la traduction de la Bible de J\u00e9rusalem : \u00ab Marie se tenait pr\u00e8s du tombeau, au-dehors, tout en pleurs. Or, tout en pleurant, elle se pencha vers l&rsquo;int\u00e9rieur du tombeau et elle voit deux anges, en v\u00eatements blancs, assis l\u00e0 o\u00f9 avait repos\u00e9 le corps de J\u00e9sus, l&rsquo;un \u00e0 la t\u00eate et l&rsquo;autre aux pieds. Ceux-ci lui disent : \u00ab Femme, pourquoi pleures-tu ? \u00bb Elle leur dit : \u00ab Parce qu&rsquo;on a enlev\u00e9 mon Seigneur, et je ne sais pas o\u00f9 on l&rsquo;a mis. \u00bb Ayant dit cela, elle se retourna et elle voit J\u00e9sus qui se tenait l\u00e0, mais elle ne savait pas que c&rsquo;\u00e9tait J\u00e9sus. J\u00e9sus lui dit : \u00ab Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? \u00bb Le prenant pour le jardinier, elle lui dit : \u00ab Seigneur, si c&rsquo;est toi qui l&rsquo;as emport\u00e9, dis-moi o\u00f9 tu l&rsquo;as mis et je l&rsquo;enl\u00e8verai. \u00bb J\u00e9sus lui dit : \u00ab Marie ! \u00bb Se retournant, elle lui dit en h\u00e9breu\u00a0: \u00ab Rabbouni ! \u00bb \u2014 ce qui veut dire : \u00ab Ma\u00eetre \u00bb. J\u00e9sus lui dit : \u00ab Ne me touche pas, car je ne suis pas mont\u00e9 vers le P\u00e8re. Mais va trouver mes fr\u00e8res et dis-leur : \u00ab Je monte vers mon P\u00e8re et votre P\u00e8re, vers mon Dieu et votre Dieu. \u00bb Marie de Magdala vient annoncer aux disciples qu&rsquo;elle a vu le Seigneur et qu&rsquo;il a dit cela.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Le but de l&rsquo;h\u00e9bra\u00efsant Andr\u00e9 Chouraqui a \u00e9t\u00e9 de retrouver, sous le texte probablement grec \u00e0 l&rsquo;origine des \u00c9vangiles, la pens\u00e9e s\u00e9mite qui anime ce message. Dans sa traduction, il reprend donc les noms h\u00e9breux ou aram\u00e9ens des personnages, ce qui leur donne parfois une dimension que nous n&rsquo;avons pas coutume de remarquer dans les autres versions, trop romanis\u00e9es pour rendre compte d&rsquo;un \u00e9tat d&rsquo;esprit qui \u00e9tait celui de la Palestine au premier si\u00e8cle de notre \u00e8re. Voici donc le m\u00eame passage dans la traduction de Chouraqui : \u00ab Cependant Miri\u00e2m se tient hors du s\u00e9pulcre et pleure. Donc, en pleurant, elle se penche dans le s\u00e9pulcre. Elle contemple deux messagers en blanc, assis, l&rsquo;un \u00e0 la t\u00eate, l&rsquo;autre aux pieds, l\u00e0 o\u00f9 gisait le corps de I\u00e9shoua. Ils lui disent : \u00ab Femme, pourquoi pleures-tu ? \u00bb Elle leur dit : \u00ab Ils ont enlev\u00e9 mon Ad\u00f4n, et je ne sais o\u00f9 ils l&rsquo;ont d\u00e9pos\u00e9. \u00bb Disant cela, elle se tourne en arri\u00e8re et contemple I\u00e9shoua debout, ne sachant pas que c&rsquo;\u00e9tait I\u00e9shoua. I\u00e9shoua lui dit : \u00ab Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? \u00bb Elle, croyant que c&rsquo;\u00e9tait le jardinier, lui dit : \u00ab Ad\u00f4n, si c&rsquo;est toi qui l&rsquo;as retir\u00e9 de l\u00e0, dis-moi o\u00f9 tu l&rsquo;as d\u00e9pos\u00e9 : je l&rsquo;enl\u00e8verai. \u00bb I\u00e9shoua lui dit : \u00ab Miri\u00e2m ! \u00bb Elle, se tournant, lui dit en h\u00e9breu : \u00ab Rabbouni ! \u00bb \u2014 c&rsquo;est-\u00e0-dire : \u00ab Mon Rabbi ! \u00bb I\u00e9shoua lui dit : \u00ab Ne me touche pas ! Non, je ne suis pas encore mont\u00e9 chez le P\u00e8re. Va vers mes fr\u00e8res et, dis leur : \u00ab\u00a0Je monte chez mon P\u00e8re et votre P\u00e8re, mon \u00c9lohim et votre \u00c9lohim.\u00a0\u00bb Miri\u00e2m de Magdala vient et annonce aux adeptes : \u00ab J&rsquo;ai vu l&rsquo;Ad\u00f4n ! \u00bb et ce qu&rsquo;il lui avait dit. \u00bb<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Je pense que ce court r\u00e9cit de Jean est le plus beau texte jamais \u00e9crit sur cette terre. C&rsquo;est \u00e0 la fois le chant de vie le plus \u00e9tonnant et le chant d&rsquo;amour le plus \u00e9mouvant. Est-ce une exacte transcription d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue ou la cristallisation de tous les d\u00e9sirs de l&rsquo;humanit\u00e9 ? Il semble que ce t\u00e9moignage, car c&rsquo;en est un de toute fa\u00e7on, s&rsquo;il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 invent\u00e9 pour les besoins de la cause, e\u00fbt \u00e9t\u00e9 beaucoup plus riche en merveilleux et moins avare d&rsquo;explications. Car, ici, tout est \u00e9nigme, tout pose question, \u00e0 commencer par l&rsquo;amour absolu de Marie de Magdala pour son \u00ab rabbouni \u00bb. On a beau avoir voulu escamoter le personnage de la Magdal\u00e9enne, il est bien l\u00e0, et \u00e0 un moment crucial du processus de la R\u00e9demption. Les autres \u00e9vang\u00e9listes pr\u00e9cisent que c&rsquo;\u00e9tait celle de qui J\u00e9sus avait chass\u00e9 les sept d\u00e9mons, ce qui fait ricaner les d\u00e9tracteurs du Christianisme qui s&#8217;empressent de traiter Marie, sinon de folle, du moins de n\u00e9vros\u00e9e, pour ne pas dire, en conformit\u00e9 avec le pass\u00e9 de courtisane qu&rsquo;on lui suppose, une nymphomane. La composante sensuelle du personnage de la Magdal\u00e9enne n&rsquo;est pas niable, m\u00eame si les commentateurs chr\u00e9tiens ont tout fait pour la masquer ou l&rsquo;ignorer, on ne comprend toujours pas pourquoi. En effet, l&rsquo;attitude de Marie appara\u00eet \u00e9loquente : an\u00e9antie par la mort de J\u00e9sus, elle revient au tombeau pour y manifester son d\u00e9sespoir ; stup\u00e9faite de la disparition du corps, elle se sent priv\u00e9e de tout lien avec son \u00ab rabbouni \u00bb, et elle pleure. Il lui faut la pr\u00e9sence physique de J\u00e9sus et elle est pr\u00eate, si on lui dit o\u00f9 est le corps, \u00e0 aller le chercher, t\u00e9moignage irr\u00e9futable de son attachement passionn\u00e9 pour J\u00e9sus. Et la r\u00e9flexion de J\u00e9sus : \u00ab Ne me touche pas ! \u00bb en dit long sur les rapports qui devaient exister entre J\u00e9sus et Marie. On ne peut l&rsquo;ignorer, et l&rsquo;on ne voit pas tr\u00e8s bien ce qu&rsquo;il y a de choquant ou m\u00eame d&rsquo;ind\u00e9cent dans cet amour qui semble absolu et probablement tr\u00e8s pur : les mystiques chr\u00e9tiens, surtout les femmes, parlent un langage sensuel autrement plus audacieux quand ils d\u00e9crivent leurs extases dans l&rsquo;union avec le divin. Il reste que ce r\u00e9cit constitue l&rsquo;une des plus belles sc\u00e8nes d&rsquo;amour qui se puisse imaginer, racont\u00e9e avec une simplicit\u00e9 de moyens qui sublime cet amour : le nom de Miri\u00e2m prononc\u00e9 par I\u00e9shoua, le terme respectueux mais tendre (et possessif, puisqu&rsquo;il signifie \u00ab mon ma\u00eetre \u00bb) de Rabbouni, tout est exprim\u00e9 dans ce dialogue r\u00e9duit \u00e0 sa plus simple expression.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Et c&rsquo;est une femme qui est le premier \u00eatre vivant \u00e0 rencontrer le Christ vainqueur de la mort. Sur le plan symbolique, le d\u00e9tail a son importance. En quelque sorte, Marie de Magdala est un autre visage de Marie, m\u00e8re de J\u00e9sus, donc de la Vierge universelle, la D\u00e9esse des Commencements honor\u00e9e depuis des mill\u00e9naires, qui pr\u00e9side \u00e0 cette re-naissance de J\u00e9sus et qui, en termes purement symboliques, le rend \u00e0 la lumi\u00e8re, accouche litt\u00e9ralement de J\u00e9sus-autre. Car J\u00e9sus est bel et bien autre tout en \u00e9tant lui-m\u00eame : la Magdal\u00e9enne ne le reconna\u00eet pas tout de suite ; elle le prend pour le jardinier. C&rsquo;est le son de la voix, l&rsquo;appel plein de tendresse de I\u00e9shoua \u00e0 Miri\u00e2m qui provoque cette reconnaissance, et elle est d&rsquo;ordre affectif. On peut alors supposer que J\u00e9sus n&rsquo;a pas le m\u00eame corps que celui qui a \u00e9t\u00e9 inhum\u00e9 dans le tombeau. Certes, plus tard, il fera toucher ses plaies \u00e0 Thomas. Mais ce sont des marques qui ne peuvent s&rsquo;effacer, puisque ce nouveau corps de J\u00e9sus, ce corps glorieux qui n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pas encore dans son \u00e9tat d\u00e9finitif puisqu&rsquo;il n&rsquo;est pas encore mont\u00e9 vers le P\u00e8re, ne peut \u00eatre que la synth\u00e8se de toute la personnalit\u00e9 de J\u00e9sus, de sa vie pass\u00e9e, de ses joies, de ses souffrances, de tous les \u00e9l\u00e9ments qui se sont cristallis\u00e9s autour du ph\u00e9nom\u00e8ne vital qu&rsquo;on appellerait volontiers la composante psi de cet \u00eatre exceptionnel.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Ce n&rsquo;est pas la premi\u00e8re fois qu&rsquo;on parle du d\u00e9membrement d&rsquo;un dieu, de sa mort et de sa r\u00e9surrection ou de sa re-naissance. Il en \u00e9tait ainsi en \u00c9gypte avec Isis, rassemblant les restes d\u00e9membr\u00e9s d&rsquo;Osiris et lui redonnant la vie. Il en \u00e9tait ainsi, dans tout le Proche-Orient et m\u00eame dans l&rsquo;ensemble de l&rsquo;Empire romain, avec la mort annuelle d&rsquo;Attys \u2014 ou Adonis, ce qui nous renvoie naturellement au terme s\u00e9mite ad\u00f4n, \u00ab seigneur \u00bb, ce jeune dieu ressuscit\u00e9 \u2014 ou re-n\u00e9 \u2014 par la D\u00e9esse-M\u00e8re, qu&rsquo;elle soit Cyb\u00e8le, Art\u00e9mis ou Aphrodite-V\u00e9nus, de toute fa\u00e7on, celle qu&rsquo;on v\u00e9n\u00e9rait \u00e0 \u00c9ph\u00e8se, l\u00e0 o\u00f9 la l\u00e9gende chr\u00e9tienne placera la maison soi-disant habit\u00e9e par la Vierge Marie et l&rsquo;ap\u00f4tre Jean. La pr\u00e9sence d&rsquo;une femme, dont la fonction maternelle est inh\u00e9rente \u00e0 la nature, s&rsquo;imposait donc pour que J\u00e9sus acqu\u00eet sa nouvelle naissance.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Car il s&rsquo;agit d&rsquo;une re-naissance beaucoup plus que d&rsquo;une r\u00e9surrection, ce qui expliquerait d&rsquo;ailleurs un possible enl\u00e8vement du corps plac\u00e9 dans le tombeau. On sait que l&#8217;empereur Julien l&rsquo;Apostat fut assassin\u00e9 par un Chr\u00e9tien parce qu&rsquo;il avait affirm\u00e9 avoir retrouv\u00e9 le v\u00e9ritable tombeau du Christ bien loin de J\u00e9rusalem. Le tombeau du Christ, mais de quel Christ, ou plut\u00f4t de quel corps? Le corps glorieux de J\u00e9sus, vu par Marie de Magdala et par les ap\u00f4tres, n&rsquo;\u00e9tait s\u00fbrement pas le corps mortel qu&rsquo;on avait d\u00e9pos\u00e9 dans le tombeau de Joseph d&rsquo;Arimathie et que des inconnus \u2014 Juifs, Romains ou disciples z\u00e9lotes partisans d&rsquo;un Messie uniquement temporel ? \u2014 ont enlev\u00e9, sans doute pour le d\u00e9poser dans un autre tombeau plus ou moins secret. Cette hypoth\u00e8se n&rsquo;alt\u00e8re en rien la r\u00e9alit\u00e9 de la r\u00e9apparition de J\u00e9sus sous forme humaine, le matin du troisi\u00e8me jour, bien au contraire\u00a0: car s&rsquo;il est difficile de croire qu&rsquo;un corps mort et d\u00e9j\u00e0 entr\u00e9 dans un processus de dissociation puisse retrouver sa force vitale, il est beaucoup plus acceptable de croire qu&rsquo;une entit\u00e9 spirituelle parvenue \u00e0 un tr\u00e8s haut degr\u00e9 de perfection puisse se mat\u00e9rialiser et appara\u00eetre dans ce que, faute de mieux, on doit appeler un \u00ab corps glorieux \u00bb.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Tr\u00e8s longtemps, on a entretenu la confusion entre r\u00e9incarnation, r\u00e9surrection et re-naissance. Ce sont pourtant trois concepts fondamentalement diff\u00e9rents. La r\u00e9surrection, qui serait la r\u00e9animation d&rsquo;un cadavre r\u00e9ellement mort, est une absurdit\u00e9. La r\u00e9incarnation, qui est le passage de l&rsquo;\u00e2me (ou de la composante psi) dans un autre corps par le moyen d&rsquo;une conception et d&rsquo;une naissance parfaitement normales et naturelles, est une possibilit\u00e9 qui ne peut \u00eatre ni\u00e9e. La renaissance, au sens large du terme, qui est la mat\u00e9rialisation d&rsquo;une \u00e2me (ou de la composante psi) ayant atteint un haut degr\u00e9 d&rsquo;\u00e9volution, est une probabilit\u00e9 qui peut encore moins \u00eatre ni\u00e9e. D&rsquo;autant que cette mat\u00e9rialisation peut se jouer sur diff\u00e9rents plans : aussi bien dans la dimension de notre univers terrestre que dans d&rsquo;autres dimensions, celles de l&rsquo;Autre Monde ou des Autres Mondes qui peuvent tr\u00e8s bien exister sans que nous en ayons la connaissance sensible.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">C&rsquo;est dans cette optique qu&rsquo;il faut consid\u00e9rer l&rsquo;Ascension de J\u00e9sus. Comment imaginer un corps humain normal se d\u00e9sint\u00e9grant brutalement et passant ailleurs, sinon dans une \u0153uvre de Science-Fiction ? Par contre, on peut admettre sans difficult\u00e9 que J\u00e9sus, rev\u00eatu de son corps glorieux, ayant termin\u00e9 sa mission aupr\u00e8s de ses disciples, ait eu le pouvoir de s&rsquo;effacer du monde sensible pour aller vers le P\u00e8re, pour atteindre un univers qui est un autre plan de conscience, un univers que d\u00e9crivent abondamment les r\u00e9cits mythologiques et qu&rsquo;on situe toujours ailleurs et pourtant tout pr\u00e8s. On se souviendra utilement du don d&rsquo;invisibilit\u00e9 qui caract\u00e9rise les Tuatha D\u00e9 Danann : ils se voient entre eux, mais ne sont pas vus par les humains, sauf quand ils se mat\u00e9rialisent et se pr\u00e9sentent \u00e0 eux. Mais, m\u00eame invisibles, ils sont l\u00e0, pr\u00e8s des humains. Ce sont ces derniers qui sont aveugles, parce que, comme disent certains textes orientaux, ils n&rsquo;ont pas encore r\u00e9ussi \u00e0 faire fonctionner le \u00ab troisi\u00e8me \u0153il \u00bb, celui de la conscience suprasensible.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Tout le monde a entendu parler de <\/span><\/span><\/span><a href=\"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/beethoven-bach-mozart-ou-rosemary-brown-un-reportage-de-joel-andre\/\"><span style=\"color: #0563c1;\"><u><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Rosemary Brown<\/span><\/span><\/u><\/span><\/a><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">, cette femme m\u00e9dium n\u00e9e \u00e0 Londres, et qui durant toute sa vie a \u00e9t\u00e9 capable de recevoir les communications de l&rsquo;au-del\u00e0, en particulier de Franz Liszt et d&rsquo;autres compositeurs qui lui dictaient des \u0153uvres, lesquelles, selon l&rsquo;avis des musicologues les plus avertis, ne sont jamais des \u00ab faux \u00bb mais des cr\u00e9ations originales qui ne peuvent avoir \u00e9t\u00e9 compos\u00e9es que par les auteurs en question. Le cas de Rosemary Brown a \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9 et pass\u00e9 au crible de la critique la plus exigeante, et il faut bien reconna\u00eetre qu&rsquo;il laisse perplexe. Or, Rosemary, qui a \u00e9crit un certain nombre d&rsquo;ouvrages pour communiquer les messages qu&rsquo;elle a re\u00e7us de ces personnages de l&rsquo;au-del\u00e0, fait dire ceci \u00e0 Franz Liszt, \u00e0 propos de la r\u00e9incarnation et de la re-naissance sous un aspect mat\u00e9riel : \u00ab Le dernier stade est un \u00e9tat de conscience c\u00e9leste o\u00f9 l&rsquo;\u00e2me n&rsquo;est pas int\u00e9ress\u00e9e par l&rsquo;apparence, mais par l&rsquo;\u00eatre. Les \u00e2mes dans cet \u00e9tat ont perdu tout int\u00e9r\u00eat pour la repr\u00e9sentation corporelle individuelle, sentant que cette forme ext\u00e9rieure n&rsquo;est plus n\u00e9cessaire. Certains de ces niveaux tr\u00e8s \u00e9volu\u00e9s sont impr\u00e9cis puisque l\u00e0, les \u00e2mes n&rsquo;ont plus besoin de s&rsquo;assurer une forme ext\u00e9rieure. \u00bb Mais cet \u00e9tat de conscience, toujours d&rsquo;apr\u00e8s ce qu&rsquo;aurait dit Liszt, ne peut \u00eatre atteint qu&rsquo;apr\u00e8s une longue \u00e9volution qui ne saurait \u00eatre la m\u00eame pour tous : \u00ab il y a une sorte de perception de l&rsquo;\u00e2me. Lorsqu&rsquo;une \u00e2me est pr\u00e8s d&rsquo;une autre, elle la reconna\u00eet en percevant sa pr\u00e9sence et elle peut identifier l&rsquo;atmosph\u00e8re d&rsquo;une personne. Cela se produit apr\u00e8s un tr\u00e8s long d\u00e9lai. Cela peut prendre de nombreuses ann\u00e9es. Aussi il n&rsquo;est pas question d&rsquo;\u00eatre soudain projet\u00e9 d&rsquo;un certain \u00e9tat de conscience dans un autre si totalement diff\u00e9rent que l&rsquo;\u00e2me s&rsquo;y sentirait mal \u00e0 l&rsquo;aise et hors de son \u00e9l\u00e9ment [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\">5<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">]. \u00bb Il est bien entendu que ces \u00ab r\u00e9v\u00e9lations \u00bb n&rsquo;ont d&rsquo;autre caution que l&rsquo;apparente bonne foi de Rosemary Brown. Mais elles permettent de projeter certaines lueurs sur les ph\u00e9nom\u00e8nes d&rsquo;apparitions et autres mat\u00e9rialisations de personnes connues comme d\u00e9funtes et se manifestant aupr\u00e8s de quelques privil\u00e9gi\u00e9s.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Il ne s&rsquo;agit pas ici d&rsquo;\u00e9voquer des \u00ab apparitions \u00bb comme celles qui ont \u00e9t\u00e9 consign\u00e9es et officialis\u00e9es par l&rsquo;\u00c9glise romaine, concernant principalement la Vierge Marie. Ces \u00ab apparitions \u00bb rel\u00e8vent essentiellement du mysticisme religieux. Elles sont des prises de conscience, par des \u00eatres humains dou\u00e9s d&rsquo;une sensibilit\u00e9 particuli\u00e8re, d&rsquo;\u00e9nergies sup\u00e9rieures auxquelles ces \u00eatres humains donnent des formes qui correspondent \u00e0 leur propre niveau socioculturel\u00a0: Sans mettre en doute la r\u00e9alit\u00e9 de ces \u00ab apparitions \u00bb, elles ne sont cependant pas des mat\u00e9rialisations, des re-naissances, mais plut\u00f4t des \u00ab reconnaissances \u00bb, des conjonctions entre des forces spirituelles par nature invisibles et des perceptions sensibles. Il est impossible de ranger dans ces cat\u00e9gories d&rsquo;apparitions la pr\u00e9sence de J\u00e9sus aupr\u00e8s de Marie de Magdala, pr\u00e8s du tombeau vide. D&rsquo;apr\u00e8s le contexte, \u00e0 condition qu&rsquo;on veuille bien faire confiance au r\u00e9cit attribu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ap\u00f4tre Jean, J\u00e9sus est r\u00e9ellement pr\u00e9sent, quelle que soit la nature exacte de son corps glorieux, devant la Magdal\u00e9enne \u00e9perdue d&rsquo;amour.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">En partant du principe qu&rsquo;un d\u00e9funt \u2014 ou tout au moins sa composante psi, mais il est plus commode d&#8217;employer le terme \u00ab d\u00e9funt \u00bb \u2014 ait la possibilit\u00e9 de se r\u00e9incarner ou de re-na\u00eetre, de se mat\u00e9rialiser dans certaines circonstances, on peut supposer en effet qu&rsquo;un certain nombre d&rsquo;entit\u00e9s ayant atteint un haut degr\u00e9 d&rsquo;\u00e9volution peuvent s&rsquo;incarner ou se mat\u00e9rialiser et partager la vie du commun des mortels, dans le but notamment d&rsquo;aider les vivants, de leur donner des conseils, des orientations diverses, voire des marques d&rsquo;affection et des compensations en cas de torts caus\u00e9s ant\u00e9rieurement. Et on peut \u00e9galement supposer que certains d\u00e9funts reviennent et revivent une autre vie parce qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas pu mener \u00e0 bien la mission qui leur \u00e9tait d\u00e9volue dans un plan universel qu&rsquo;on pourrait appeler les \u00ab desseins secrets de Dieu \u00bb, plan qui nous \u00e9chappe peut-\u00eatre mais qui est pr\u00e9sent en chaque \u00eatre vivant.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Le cas de J\u00e9sus est tr\u00e8s clair : il fallait qu&rsquo;il persuad\u00e2t les disciples, qu&rsquo;on nous pr\u00e9sente d&rsquo;ailleurs comme des sceptiques, et qui en sont rest\u00e9s trop souvent \u00e0 la notion de Messie temporel, que le but de la vie \u00e9tait de vaincre la mort, non pas en l&rsquo;\u00e9vitant, mais en la vivant, puisque cette exp\u00e9rience se r\u00e9v\u00e8le n\u00e9cessaire pour atteindre un \u00e9tat sup\u00e9rieur de l&rsquo;existence. Donc, il \u00e9tait indispensable que J\u00e9sus se manifest\u00e2t apr\u00e8s sa mort pour prouver \u00e0 ses disciples que la survie existait et qu&rsquo;il d\u00e9pendait de chaque \u00eatre humain de la r\u00e9aliser le mieux possible. D&rsquo;o\u00f9 la formule chr\u00e9tienne bien connue : \u00ab Vivez dans le Christ \u00bb, qui n&rsquo;est qu&rsquo;une d\u00e9formation maladroite d&rsquo;une formule autrement exaltante : Soyez tous des Christ. Car c&rsquo;est l\u00e0 l&rsquo;essentiel du message de J\u00e9sus. En prouvant la r\u00e9alit\u00e9 de sa re-naissance, il signifiait \u00e0 tous que la nature humaine est destin\u00e9e \u00e0 re-na\u00eetre.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Mais J\u00e9sus n&rsquo;a pas donn\u00e9 de d\u00e9tails sur l&rsquo;apr\u00e8s-vie, \u00e0 moins que l&rsquo;on ait fait dispara\u00eetre ce qu&rsquo;il avait dit \u00e0 ce sujet. Il a pourtant prononc\u00e9 une parole importante : \u00ab Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon P\u00e8re. \u00bb En clair, cela signifie que les modalit\u00e9s de l&rsquo;Autre Monde appartiennent \u00e0 chacun des \u00eatres humains qui constituent le fameux \u00ab sein d&rsquo;Abraham \u00bb, ou mieux encore la \u00ab Communion des Saints \u00bb. Si les diables et autres monstres infernaux qui assaillent le mourant sont des projections de ses propres turpitudes, les anges et le bonheur du s\u00e9jour paradisiaque sont \u00e9galement les cons\u00e9quences de nos actes. L\u00e0-dessus, la plupart des traditions religieuses sont en parfait accord.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">L&rsquo;\u00c9glise primitive attendait le retour imminent du Christ, la Parousie. C&rsquo;est donc que le concept de nouvelle mat\u00e9rialisation de J\u00e9sus \u00e9tait pr\u00e9sent dans l&rsquo;esprit des premiers disciples et de leurs premiers successeurs. Mais si ce concept \u00e9tait partag\u00e9 par l&rsquo;ensemble des fid\u00e8les, c&rsquo;est qu&rsquo;il correspondait \u00e0 une notion plus ancienne, celle qu&rsquo;on voit exprim\u00e9e dans l&rsquo;Iliade ou l&rsquo;Odyss\u00e9e par exemple, ou dans les r\u00e9cits mythologiques irlandais : les dieux, ou les personnages dou\u00e9s de pouvoirs divins, peuvent appara\u00eetre aux humains et participer \u00e0 leur vie active. Quand Diarmaid et Grainn\u00e9, poursuivis par les Fiana, sont en grand danger, Oengus, le v\u00e9n\u00e9rable ma\u00eetre de Brug na Boyne, se pr\u00e9sente \u00e0 eux et les d\u00e9robe \u00e0 la vue des autres humains. Autrement dit, ce concept de parousie n&rsquo;est pas sp\u00e9cifique du Christianisme : il appartient \u00e0 la tradition universelle, ce qui supposerait d&rsquo;ailleurs, \u00e0 l&rsquo;origine, un acte fondateur, qu&rsquo;on peut appeler une r\u00e9v\u00e9lation, celle-ci \u00e9tant transmise de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration par des moyens mn\u00e9motechniques appropri\u00e9s, l&rsquo;imagerie symbolique des sch\u00e9mas mythologiques. Rappelons que J\u00e9sus n&rsquo;est pas venu sur terre pour innover, mais, selon sa propre expression, \u00ab pour accomplir les \u00c9critures \u00bb.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Admettons donc la r\u00e9incarnation, la r\u00e9surrection et\/ou la re-naissance. Dans l&rsquo;imaginaire populaire, qui rend compte de l&rsquo;inconscient collectif et du substrat culturel des peuples, elle prend toujours des formes concr\u00e8tes et concerne des circonstances d\u00e9finies. Un conte populaire bien connu, et dont on poss\u00e8de de nombreuses versions, est celui du vivant qui rend les derniers devoirs \u00e0 un d\u00e9funt et que celui-ci r\u00e9compense en l&rsquo;aidant dans des cas d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s. La version la plus explicite est occitane. C&rsquo;est l&rsquo;histoire de Jean de Calais, un jeune homme sans souci mais g\u00e9n\u00e9reux, qui, un jour, voyant le cadavre d&rsquo;un homme laiss\u00e9 sans s\u00e9pulture, le fait enterrer religieusement et paie les dettes qu&rsquo;il avait laiss\u00e9es. Il ne se contente d&rsquo;ailleurs pas de cet acte charitable : en passant devant le cimeti\u00e8re, il va se recueillir sur la tombe du d\u00e9funt. \u00ab Il \u00e9tait agenouill\u00e9 sur la fosse et r\u00e9citait ses pri\u00e8res, quand un grand oiseau blanc se posa sur la grande croix du cimeti\u00e8re. Et le grand oiseau blanc se mit \u00e0 parler : \u00ab Jean de Calais, je suis l&rsquo;\u00e2me du pauvre mort que tu as fait enterrer ici. Tu m&rsquo;as fait grand service, Jean de Calais, et sache que je ne l&rsquo;oublierai pas [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\">6<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">]. \u00bb<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Effectivement, au cours d&rsquo;une s\u00e9rie d&rsquo;aventures, Jean de Calais est tir\u00e9 de situations catastrophiques par le grand oiseau blanc, jusqu&rsquo;\u00e0 la crise finale o\u00f9 l&rsquo;oiseau blanc, pour prix de ses services, demande la moiti\u00e9 de l&rsquo;enfant de Jean de Calais. Le h\u00e9ros ne peut qu&rsquo;ob\u00e9ir et tire son \u00e9p\u00e9e pour partager son enfant en deux. Alors le grand oiseau blanc l&rsquo;arr\u00eate dans son geste, lui d\u00e9clare que c&rsquo;\u00e9tait une \u00e9preuve \u00e0 laquelle il le soumettait, et qu&rsquo;il peut maintenant se consid\u00e9rer quitte de toute redevance envers lui. \u00ab Et le grand oiseau blanc s&rsquo;envola. On ne l&rsquo;a jamais revu depuis ce temps-l\u00e0. \u00bb Il est probable que l&rsquo;\u00e2me du d\u00e9funt, ayant accompli sa mission et s&rsquo;\u00e9tant d\u00e9gag\u00e9e du d\u00e9sir d&rsquo;appara\u00eetre sous une forme corporelle, s&rsquo;en \u00e9tait all\u00e9e vers ces r\u00e9gions inconnues que Platon appelle le Monde des Id\u00e9es pures.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Il arrive aussi que cette r\u00e9surrection \/ re-naissance soit assortie d&rsquo;\u00e9preuves en apparence insurmontables et compl\u00e8tement aberrantes au regard de la logique habituelle, surtout quand elle concerne le h\u00e9ros de l&rsquo;histoire, pr\u00e9sent\u00e9 comme un mod\u00e8le, un exemple significatif du processus de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration d\u00e9clench\u00e9 par la probl\u00e9matique vie-mort ou mort-vie. C&rsquo;est le cas pr\u00e9sent\u00e9 dans un tr\u00e8s beau conte breton armoricain dont il existe plusieurs versions, qui sont autant de variations sur le m\u00eame th\u00e8me. Il s&rsquo;agit des aventures d&rsquo;un chasseur errant, du nom de Yann, qui loue ses services \u00e0 qui veut l&#8217;employer. Un homme en rouge (le diable, bien entendu !) l&rsquo;engage, moyennant cinq sous qu&rsquo;il doit toujours conserver dans sa poche, pour \u00eatre le gardien de son bois. Mais c&rsquo;est un bois un peu bizarre : \u00ab Il y avait beaucoup de gibier dans ce bois, et Yann se disait qu&rsquo;il ne manquerait pas de nourriture. Seulement, le bois semblait n&rsquo;avoir pas de fin. Il avait beau marcher dans toutes les directions, aller toujours plus loin, il n&rsquo;arrivait pas \u00e0 sortir du bois. Il ne rencontrait ni habitation, ni \u00eatre humain. \u00bb Il est \u00e9vident que Yann se trouve dans l&rsquo;Autre Monde, mais il n&rsquo;est pas habitu\u00e9 \u00e0 cet Autre Monde et n&rsquo;y distingue rien, obnubil\u00e9 qu&rsquo;il est par les sensations recueillies pendant sa vie terrestre. Voil\u00e0 qui corrobore tous les t\u00e9moignages de NDE concernant l&rsquo;inadaptation \u00e0 un nouvel \u00e9tat de conscience.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Cependant, un jour, Yann s&rsquo;engage dans \u00ab une grande avenue dont les c\u00f4t\u00e9s \u00e9taient remplis de belles fleurs aux parfums d\u00e9licieux et o\u00f9 les oiseaux de la for\u00eat semblaient s&rsquo;\u00eatre tous r\u00e9unis pour chanter et voltiger \u00bb. Persuad\u00e9 qu&rsquo;il s&rsquo;agit du domaine du ma\u00eetre de la for\u00eat, il poursuit son chemin et parvient dans un ch\u00e2teau d\u00e9sert, avec \u00ab un bon feu dans le foyer \u00bb, et \u00ab un agneau qui y cuisait \u00e0 la broche \u00bb. C&rsquo;est un \u00e9pisode classique dans les r\u00e9cits mythologiques, et on en trouverait d&rsquo;innombrables exemples. Yann mange et boit tranquillement. Mais \u00ab quand il eut fini, il aper\u00e7ut avec stupeur une main prendre un chandelier sur la table. On ne voyait absolument que la main. Yann se demanda s&rsquo;il ne r\u00eavait pas. Mais la main lui fit signe de la suivre. Il examina soigneusement cette main et reconnut que ce devait \u00eatre une main de femme, tr\u00e8s fine et soign\u00e9e, avec de belles bagues \u00e0 ses doigts. Il se leva et suivit la main. Tenant toujours le chandelier, la main le conduisit dans une chambre tr\u00e8s spacieuse o\u00f9 il y avait un beau lit. Puis elle posa le chandelier sur la table et disparut \u00bb.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Jusqu&rsquo;ici tout va bien. Yann se couche et s&rsquo;endort. Mais il est r\u00e9veill\u00e9 au milieu de la nuit par le bruit que font \u00ab trois personnes de grande taille, \u00e0 la mine affreuse, et qui jouaient aux cartes. Prudemment, Yann se cacha du mieux qu&rsquo;il put sous les draps \u00bb. Cela ne l&#8217;emp\u00eache pas d&rsquo;\u00eatre \u00ab senti \u00bb et rep\u00e9r\u00e9 par les \u00eatres d\u00e9moniaques. Ils se saisissent de lui, le font cuire dans une marmite, le d\u00e9coupent en morceaux et le d\u00e9vorent \u00e0 belles dents. Puis ils quittent les lieux. \u00ab D\u00e8s qu&rsquo;ils furent partis, une t\u00eate de femme et une main entr\u00e8rent dans la chambre. On ne voyait que la t\u00eate et la main. La t\u00eate et la main cherch\u00e8rent d&rsquo;abord sur la table, puis dessous, et dans tous les recoins de la chambre. La main finit par retrouver un fragment d&rsquo;os, pas plus gros que le petit doigt&#8230; La main se mit \u00e0 frotter cet os avec un onguent qu&rsquo;elle avait, et, \u00e0 mesure qu&rsquo;elle frottait, l&rsquo;os se recouvrait de chair, et bient\u00f4t les membres apparurent et le corps de Yann se reconstituait, si bien qu&rsquo;il se retrouva complet et aussi sain qu&rsquo;avant. \u00bb<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">R\u00e9surrection ou renaissance ? Il est difficile de trancher. La seule chose certaine, c&rsquo;est que le petit morceau d&rsquo;os repr\u00e9sente r\u00e9ellement la fameuse \u00ab composante psi \u00bb qui peut re-na\u00eetre, en tout cas reprendre forme dans un nouveau corps cr\u00e9\u00e9 de toutes pi\u00e8ces gr\u00e2ce \u00e0 cet \u00ab onguent magique \u00bb qui n&rsquo;est autre que l&rsquo;\u00e9nergie cosmique et divine qui circule dans l&rsquo;univers et \u00e0 laquelle on peut attribuer des noms divers. Puis la t\u00eate d\u00e9clare \u00e0 Yann : \u00ab Tu as encore deux nuits \u00e0 passer comme celle-ci. Mais garde ton courage et ne t&rsquo;effraie de rien, m\u00eame si ce que tu vois et ce que tu subis te paraissent terrifiants. Quand tu auras subi ces trois \u00e9preuves, les monstres perdront tout pouvoir sur ce ch\u00e2teau et sur tous ceux qui y sont sous leur domination. Gr\u00e2ce \u00e0 toi, nous serons d\u00e9livr\u00e9s. Nous sommes nombreux ici, sous des formes tr\u00e8s diff\u00e9rentes. Et si tu veux, tu pourras alors m&rsquo;\u00e9pouser, car je suis une princesse victime de la vengeance d&rsquo;un enchanteur. Tu vois, tu as d\u00e9j\u00e0 permis que ma t\u00eate apparaisse. \u00bb<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">La symbolique de ce conte semble tr\u00e8s claire : le h\u00e9ros, qui est mort, doublement mort puisqu&rsquo;il est dans l&rsquo;Autre Monde et qu&rsquo;il vient d&rsquo;\u00eatre d\u00e9membr\u00e9 et absorb\u00e9 par les monstres, est pourtant celui par qui seront sauv\u00e9es les autres \u00e2mes qui gisent ici sous des formes diverses. Il s&rsquo;agit en fait de vaincre les d\u00e9mons, les projections des pens\u00e9es n\u00e9gatives ; il s&rsquo;agit de n\u00e9antiser le Purgatoire ou l&rsquo;Enfer, de d\u00e9truire le mal et de restituer l&rsquo;\u00eatre dans sa puret\u00e9 originelle, par un sacrifice, une \u00e9preuve sanglante et terrifiante, qui dure trois nuits, l&rsquo;\u00e9quivalent de trois vies. Et pour ce faire, l&rsquo;intervention d&rsquo;une femme est n\u00e9cessaire, celle de la Princesse, bien entendu, puisque c&rsquo;est un lieu commun des contes populaires, qui n&rsquo;est autre que l&rsquo;image de la D\u00e9esse-M\u00e8re, autrement dit de la Vierge Marie, repr\u00e9sent\u00e9e dans l&rsquo;\u00c9vangile de Jean par Marie de Magdala. Les \u00e9preuves sont l&rsquo;apprentissage de la mort. Mais cette mort est la source absolue de la vie nouvelle qui doit s&rsquo;instaurer. Le personnage de Yann joue ici le r\u00f4le du Christ : il se sauve lui-m\u00eame, il triomphe de la mort, mais dans le m\u00eame acte, il sauve la Femme initiatrice (Marie de Magdala, bien s\u00fbr !) et toutes les autres \u00e2mes enferm\u00e9es dans les fantasmes d\u00e9moniaques que suscitent les forces n\u00e9gatives, celles que le Christianisme recouvre du nom de Satan.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Ainsi en est-il. Les deux nuits suivantes, Yann est encore d\u00e9membr\u00e9 et d\u00e9vor\u00e9 par les \u00eatres fantastiques qui sont les ma\u00eetres du ch\u00e2teau. \u00c0 chaque fois, la Princesse reconstitue le corps de Yann \u00e0 partir d&rsquo;un petit morceau d&rsquo;os en le frottant avec son onguent. Mais, la seconde nuit, la Princesse est visible jusqu&rsquo;\u00e0 la ceinture, et la troisi\u00e8me nuit, elle est enti\u00e8re, plus belle que toutes les autres femmes du monde. \u00ab Et en m\u00eame temps, on vit surgir de partout des hommes et des femmes de toute condition. Ils venaient remercier Yann de les avoir d\u00e9livr\u00e9s. Puis ils s&rsquo;en all\u00e8rent dans toutes les directions pour retourner dans leur pays. Quant \u00e0 Yann, il \u00e9pousa la Princesse et demeura dans le ch\u00e2teau [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\">7<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">]. \u00bb Car il y a plusieurs demeures dans la maison de mon P\u00e8re.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Il peut para\u00eetre choquant ou sacril\u00e8ge de mettre en parall\u00e8le ce conte fantastique de la tradition populaire bretonne et l&rsquo;admirable sc\u00e8ne du dimanche de P\u00e2ques relat\u00e9e par l&rsquo;ap\u00f4tre Jean. Ren\u00e9 Laurentin, sp\u00e9cialiste des miracles en tous genres, thurif\u00e9raire de toute nouvelle \u00ab apparition \u00bb, m&rsquo;a fait le m\u00eame genre de r\u00e9flexion en public, devant les cam\u00e9ras de la T\u00e9l\u00e9vision, parce que j&rsquo;osais comparer la \u00ab fable \u00bb de la naissance de Mithra et la \u00ab r\u00e9alit\u00e9 historique \u00bb de la naissance de J\u00e9sus \u00e0 Bethl\u00e9em. Ren\u00e9 Laurentin est pr\u00eatre catholique, ce que je ne suis pas. Mais il sait tr\u00e8s bien au fond de lui-m\u00eame \u2014 nous en avons parl\u00e9 depuis \u2014 que je ne suis pas si \u00e9loign\u00e9 de lui que certaines personnes aux vues \u00e9troites peuvent penser. Le \u00ab merveilleux \u00bb n&rsquo;est pas la caract\u00e9ristique du soi-disant paganisme, car \u00e0 ce compte, les fondements m\u00eames du Christianisme seraient inexistants si l&rsquo;on s&rsquo;avisait d&rsquo;en soustraire les \u00e9l\u00e9ments qui \u00e9chappent \u00e0 la Logique classique, ce que, malheureusement, ont trop tendance \u00e0 faire certains pr\u00eatres contemporains, plus proches du petit p\u00e8re Combes que de saint Jean de la Croix et du cur\u00e9 d&rsquo;Ars. Ce n&rsquo;est pas une question de foi, mais de certitude. Il y a bien longtemps que j&rsquo;ai abandonn\u00e9 la foi pour acqu\u00e9rir la certitude que J\u00e9sus \u00e9tait apparu r\u00e9ellement \u00e0 la Magdal\u00e9enne, m\u00eame si cet \u00e9pisode de l&rsquo;histoire humaine demeure myst\u00e9rieusement enfoui dans les brumes tenaces qui emp\u00eachent notre pauvre esprit de s&rsquo;ouvrir \u00e0 l&rsquo;Esprit.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><b>3. Les messagers de l&rsquo;Autre Monde<\/b><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Il y a tant de myst\u00e8res, tant d&rsquo;\u00e9nigmes dans notre monde. La beaut\u00e9 d&rsquo;une fleur est un myst\u00e8re ; son parfum est une \u00e9nigme. Dans un po\u00e8me attribu\u00e9 \u00e0 Taliesin, barde gallois du VI<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><sup><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">e<\/span><\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> si\u00e8cle, se trouve une accumulation de certitudes \u00e9nonc\u00e9es par l&rsquo;auteur pr\u00e9sum\u00e9 :<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">\u00ab <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Je sais combien nombreux sont les vents, les ruisseaux,<\/i><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>je connais la largeur de la terre et son \u00e9paisseur,<\/i><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>je sais pourquoi une vache est cornue,<\/i><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>pourquoi une \u00e9pouse est aimante,<\/i><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>pourquoi le lait est blanc,<\/i><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>pourquoi le houx est vert&#8230;<\/i><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>mais personne ne sait pourquoi les entrailles du soleil sont rouges<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote8sym\" name=\"sdfootnote8anc\">8<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">].\u00bb<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Il faut toujours reconna\u00eetre ce qu&rsquo;on ne sait pas. Et le moins qu&rsquo;on puisse dire, c&rsquo;est qu&rsquo;on sait tr\u00e8s peu de chose. Mais il importe \u00e9galement de reconna\u00eetre ce que l&rsquo;on sait. Les entrailles du soleil sont-elles vraiment rouges ? Peut-\u00eatre, mais qu&rsquo;est-ce que cela change \u00e0 notre destin\u00e9e ? Il existe des questions auxquelles on ne peut apporter de r\u00e9ponse. Pourtant, je dirai que si les entrailles du soleil sont rouges, c&rsquo;est pour une raison et que cette raison nous concerne tous, parce qu&rsquo;elle concerne l&rsquo;univers tout entier, et que nous sommes tous, que nous l&rsquo;acceptions ou non, partie int\u00e9grante de cet univers. Plus que jamais, le destin d&rsquo;un \u00eatre individuel est li\u00e9 au destin de la totalit\u00e9. Plus que jamais, la formule des Cathares selon laquelle le monde id\u00e9al de la lumi\u00e8re, c&rsquo;est-\u00e0-dire le Paradis, ne sera pas r\u00e9alis\u00e9 tant qu&rsquo;il restera une seule \u00e2me \u00e0 sauver, me para\u00eet une \u00e9vidence. Car rien n&rsquo;est inutile, rien de ce qui est cr\u00e9\u00e9 ne peut \u00eatre d\u00e9cr\u00e9\u00e9. Sur un plan th\u00e9ologique, il est inconcevable que Dieu puisse n\u00e9antiser une cr\u00e9ature qui \u00e9mane de lui, car alors, il se renie lui-m\u00eame. C&rsquo;est sans doute la seule justification de l&rsquo;existence du Mal, qu&rsquo;on le consid\u00e8re comme un principe abstrait ou comme un personnage rev\u00eatu des oripeaux de Satan. Pr\u00e9tendre que Dieu puisse an\u00e9antir quoi que ce soit de sa cr\u00e9ation est le blasph\u00e8me supr\u00eame au-del\u00e0 duquel il n&rsquo;y a plus que n\u00e9ant absolu, en vertu du principe, qui semble bien \u00e9tabli, que rien ne se cr\u00e9e, mais que rien ne se perd. Il en va tout autrement des changements de formes ou d&rsquo;\u00e9tats. Et c&rsquo;est dans cette probl\u00e9matique que s&rsquo;ins\u00e8rent les myst\u00e8res de l&rsquo;apr\u00e8s-vie.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Car rien ne se perd. Le corps d&rsquo;un d\u00e9funt est restitu\u00e9 \u00e0 la totalit\u00e9, se trouve engag\u00e9 dans une s\u00e9rie de m\u00e9tamorphoses et de renaissances qui conduisent \u00e0 des restructurations et \u00e0 des variances de puissance \u00e9nerg\u00e9tique. Mais l&rsquo;esprit, la pens\u00e9e, qui sont par nature irr\u00e9ductibles \u00e0 la mati\u00e8re, m\u00eame s&rsquo;ils en d\u00e9pendent dans une certaine mesure ? En vertu du m\u00eame principe, l&rsquo;esprit (ou l&rsquo;\u00e2me, ou la composante psi) ne peut se perdre puisqu&rsquo;il a une existence r\u00e9v\u00e9l\u00e9e et autonome et qu&rsquo;il ne d\u00e9pend de la mati\u00e8re que pour sa manifestation dans une dimension donn\u00e9e qui est celle de la vie terrestre. Donc, il y a tout lieu d&rsquo;admettre que cet esprit, quelle que soit sa nature, perdure apr\u00e8s la mort physique. Dans quel \u00e9tat et dans quelles conditions ? C&rsquo;est l\u00e0 o\u00f9 les sp\u00e9culations peuvent se donner libre cours.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Une histoire \u00e9trange figure dans la quatri\u00e8me branche du Mabinogi gallois. Lleu Llaw Gyffes, le fils du magicien divin Gwyddyon, a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 par tra\u00eetrise du fait de l&rsquo;adult\u00e8re de son \u00e9pouse Boddeuwedd. Mais Gwyddyon ne peut pas croire que Lleu soit mort d\u00e9finitivement. Il part \u00e0 sa recherche et parcourt toutes les provinces de Gwynedd et de Powys. Un jour, il s&rsquo;arr\u00eate chez un paysan, et celui-ci lui raconte qu&rsquo;une de ses truies accomplit tous les jours un trajet qui demeure inconnu et qu&rsquo;elle ne rentre que le soir rejoindre les autres cochons. Le lendemain, Gwyddyon suit la truie et se retrouve bient\u00f4t dans une vall\u00e9e, aupr\u00e8s d&rsquo;une rivi\u00e8re. L\u00e0, la truie s&rsquo;arr\u00eate sous un arbre et se met \u00e0 manger. \u00ab Gwyddyon vint sous l&rsquo;arbre et regarda ce que mangeait la truie. Il vit que c&rsquo;\u00e9tait de la chair pourrie et des vers. Il leva la t\u00eate vers le haut de l&rsquo;arbre et aper\u00e7ut un aigle au sommet. \u00c0 chaque fois que l&rsquo;aigle se secouait, il laissait tomber des vers et de la chair en d\u00e9composition que mangeait la truie. \u00bb Et Gwyddyon, se persuadant que l&rsquo;aigle est en r\u00e9alit\u00e9 un aspect provisoire de Lleu Llaw Gyffes, chante des incantations, ce qui redonne \u00e0 l&rsquo;aigle son apparence primitive, celle du beau jeune homme qu&rsquo;est Lleu Llaw Gyffes.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">L\u00e0 encore, le symbolisme appara\u00eet tr\u00e8s clair. L&rsquo;aigle repr\u00e9sente l&rsquo;\u00e2me ou la composante psi de Lleu Llaw Gyffes, et cette \u00e2me perdure tandis que la chair d\u00e9compos\u00e9e tombe sur le sol. Il est probable que si Gwyddyon n&rsquo;avait pas agi pour en quelque sorte \u00ab remonter le temps \u00bb et redonner vie \u00e0 Lieu, celui-ci se serait envol\u00e9 pour de bon dans le ciel et ne serait jamais r\u00e9apparu d\u00e9sormais en un autre \u00e9tat de conscience qui lui aurait permis de ne plus d\u00e9sirer rev\u00eatir une forme concr\u00e8te. Et ce fait signifie aussi qu&rsquo;il existe un lien entre les vivants et les d\u00e9funts, lien sans lequel Gwyddyon n&rsquo;aurait jamais retrouv\u00e9 la trace de son fils. Et ce lien s&rsquo;exprime de diff\u00e9rentes mani\u00e8res selon les civilisations. Mais il existe, et les exp\u00e9riences m\u00e9diumniques, surtout celles qui sont contr\u00f4l\u00e9es scientifiquement, sont l\u00e0 pour fournir non des preuves, mais des indications pr\u00e9cieuses quant \u00e0 l&rsquo;\u00e9tablissement de rapports entre les \u00eatres charnels et les \u00eatres spirituels, m\u00eame si ces relations s&rsquo;op\u00e8rent sans recours \u00e0 la mat\u00e9rialisation.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Passons sur les rituels religieux qui tentent d&rsquo;\u00e9tablir des communications entre les vivants et les saints d\u00fbment r\u00e9pertori\u00e9s. Passons sur ces s\u00e9ances de magie, de n\u00e9cromancie o\u00f9 interf\u00e8rent les plus louches pulsions de l&rsquo;\u00eatre humain. Passons sur les transes m\u00e9diumniques qui valent ce qu&rsquo;elles valent, qui permettent parfois d&rsquo;\u00e9tranges et surprenants contacts, mais qui se r\u00e9v\u00e8lent dangereuses quand elles sont syst\u00e9matiques. Passons sur les r\u00eaves, dont les composantes sont complexes et qui peuvent ne rien signifier d&rsquo;autre qu&rsquo;une mauvaise digestion. D&rsquo;une tout autre nature sont les rapports parfaitement subtils que chaque \u00eatre humain peut entretenir avec un \u00eatre disparu et auquel il \u00e9tait li\u00e9 par des liens affectifs. \u00ab Ils sont l\u00e0 et ils nous voient \u00bb, disait ma grand-m\u00e8re en parlant de ses disparus. Et m\u00eame si elle se trompait dans ses identifications, elle ressentait, j&rsquo;en suis persuad\u00e9, une pr\u00e9sence pr\u00e8s d&rsquo;elle d&rsquo;un \u00eatre cher qu&rsquo;elle n&rsquo;avait jamais cess\u00e9 d&rsquo;aimer, qu&rsquo;elle n&rsquo;avait jamais oubli\u00e9, et qui, peut-\u00eatre, de son c\u00f4t\u00e9, n&rsquo;avait de cesse d&rsquo;entrer en communication, ne f\u00fbt-ce que sur ce plan affectif, avec elle. L&rsquo;amour \u2014 avec ses nuances \u2014 est le plus fort des liens qui existent entre les \u00eatres. Si, dans le cadre de la vie terrestre, un individu passe son temps \u00e0 rechercher la compagnie de ceux qu&rsquo;il aime, comment ne pas supposer qu&rsquo;un d\u00e9funt, non encore d\u00e9gag\u00e9 de toutes les attaches terrestres, n&rsquo;ait point le constant d\u00e9sir d&rsquo;entrer en contact avec ceux qu&rsquo;il a d\u00fb quitter. Si J\u00e9sus est apparu en premier \u00e0 Marie de Magdala, ce n&rsquo;est peut-\u00eatre pas sans raison.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Il s&rsquo;agit donc de pr\u00e9sences. Bien s\u00fbr, il ne faut pas tomber dans le pi\u00e8ge qui est commun aux tenants du spiritisme, voyant des esprits partout, et aux d\u00e9vots superstitieux qui sentent des diables s&rsquo;agiter constamment autour d&rsquo;eux. Ce qui peut conduire aussi bien au fanatisme et aux b\u00fbchers de l&rsquo;Inquisition qu&rsquo;\u00e0 la douce folie d&rsquo;un certain Alexandre Berbiguier de Terre-Neuve du Thym, brave citoyen de Paris au XIX<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><sup><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">e<\/span><\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> si\u00e8cle, qui, harcel\u00e9 par les \u00ab farfadets \u00bb, n&rsquo;avait rien trouv\u00e9 de mieux que de les enfermer dans des bouteilles. La recette \u00e9tait tr\u00e8s simple, et c&rsquo;est M. Berbiguier lui-m\u00eame qui nous la livre dans un des nombreux \u00e9crits qu&rsquo;il a laiss\u00e9s sur ce sujet : \u00ab Lorsque je les sens, pendant la nuit, marcher et sauter sur mes couvertures, je les d\u00e9soriente en leur jetant du tabac dans les yeux ; ils ne savent plus alors o\u00f9 ils sont. Ils tombent comme des mouches sur ma couverture. Le lendemain matin, je ramasse bien soigneusement ce tabac avec une carte et je les vide dans mes bouteilles o\u00f9 je mets du vinaigre et du poivre. Je cachette la bouteille avec de la cire d&rsquo;Espagne&#8230; \u00bb Pauvres farfadets&#8230; Dire que M. Berbiguier voulait faire don de sa collection de bouteilles remplies de farfadets au Mus\u00e9um d&rsquo;Histoire naturelle o\u00f9 elles auraient \u00e9t\u00e9 rejoindre les glorieuses reconstitutions de Buffon ! Mais les \u00ab farfadets \u00bb sont des esprits farceurs. D&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;honorable M. Berbiguier, \u00ab ils s&rsquo;introduisent comme bon leur semble dans toutes les maisons, se glissent dans les meubles les plus soigneusement ferm\u00e9s ; ils ont m\u00eame l&rsquo;adresse de se placer entre la jarreti\u00e8re et la culotte. Ils se procurent l&rsquo;agr\u00e9ment d&rsquo;\u00eatre \u00e0 toute heure du jour et de la nuit dans les appartements, d&rsquo;assister au lever et au coucher des dames, d&rsquo;\u00eatre t\u00e9moins de tout ce qu&rsquo;elles font et disent dans le secret ; de contribuer souvent, par des attouchements qui n&rsquo;appartiennent qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poux l\u00e9gitime, \u00e0 porter les femmes \u00e0 des actions qui les rendent coupables envers leurs maris \u00bb. Au Moyen Age, on appelait ces \u00ab farfadets \u00bb des incubes, ou encore des succubes quand ils \u00ab importunaient \u00bb les hommes. Il faut seulement croire qu&rsquo;il y avait beaucoup de puces chez M. Berbiguier. C&rsquo;est du moins ce qu&rsquo;on peut esp\u00e9rer avant de consid\u00e9rer ce brave homme comme un fou.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Ce n&rsquo;est l\u00e0 que plaisanteries, dira-t-on. Et pourquoi ces \u00ab pr\u00e9sences \u00bb n&rsquo;auraient-elles pas envie de plaisanter, puisque, surgissant d&rsquo;un monde terrestre h\u00e9riss\u00e9 de comportements et de sentiments qu&rsquo;elles n&rsquo;ont pas encore oubli\u00e9s, elles se trouvent en manque et veulent, par tous les moyens, satisfaire leurs envies ? La question est plus s\u00e9rieuse qu&rsquo;on ne pense, et il est bien certain qu&rsquo;il est tr\u00e8s difficile de se d\u00e9barrasser de ses habitudes. Dans son film <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Orph\u00e9e<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">, Jean Cocteau a pris soin de nous montrer les d\u00e9funts, dans le d\u00e9cor d\u00e9cadent des ruines de Saint-Cyr, en train de vaquer aux occupations qu&rsquo;ils avaient lorsqu&rsquo;ils se trouvaient de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9. La sc\u00e8ne est hallucinante, surtout lorsque l&rsquo;on voit Orph\u00e9e, qui est vivant, passer au travers d&rsquo;un vitrier qui, son mat\u00e9riel sur le dos, persiste \u00e0 appeler le client d&rsquo;une voix monocorde et sans espoir. Et ces exemples, comiques ou s\u00e9rieux, ne font que mettre en garde contre ces pr\u00e9sences qui, sans qu&rsquo;on le sache, peuvent se r\u00e9v\u00e9ler n\u00e9gatives. Car si les personnes que l&rsquo;on a aim\u00e9es sont suppos\u00e9es r\u00f4der de fa\u00e7on invisible autour de nous, pourquoi ne pas supposer \u00e9galement que ceux qui nous ha\u00efssent ne cherchent pas \u00e0 satisfaire leur ressentiment \u00e0 notre encontre, plong\u00e9s qu&rsquo;ils sont dans un \u00ab enfer \u00bb de haine, qui est l&rsquo;aspect n\u00e9gatif de l&rsquo;amour ? L&rsquo;imagerie populaire a fourni bien des exemples d&rsquo;illustrations montrant l&rsquo;\u00eatre humain encadr\u00e9 d&rsquo;un \u00ab bon \u00bb ange aux ailes blanches et d&rsquo;un \u00ab mauvais \u00bb diable aux ailes noires.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Tout le monde n&rsquo;est pas m\u00e9dium, ni \u00ab voyant \u00bb, ni \u00ab clairvoyant \u00bb. Tout le monde ne distingue pas forc\u00e9ment les \u00ab auras \u00bb qui \u00e9manent de chacun d&rsquo;entre nous et qui sont des r\u00e9alit\u00e9s physiques autant que psychiques. Tout le monde n&rsquo;a pas le don de \u00ab double vue \u00bb. Dans la tradition bretonne, ce don de \u00ab double vue \u00bb est r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 ceux qui, lors de leur bapt\u00eame, sont entr\u00e9s deux fois dans l&rsquo;\u00e9glise paroissiale en traversant le cimeti\u00e8re. Cela para\u00eet obscur, mais c&rsquo;est tr\u00e8s simple : un bapt\u00eame, autrefois, devait se faire dans les trois premiers jours apr\u00e8s la naissance de l&rsquo;enfant, et, par cons\u00e9quent, la m\u00e8re ne pouvait y assister. Le p\u00e8re, accompagn\u00e9 du parrain et de la marraine, laquelle prenait en charge l&rsquo;enfant, partait donc de bonne heure de son village pour aller au centre paroissial. Mais le chemin \u00e9tait parfois tr\u00e8s long, et, de plus, il \u00e9tait parsem\u00e9 d&rsquo;auberges o\u00f9 il \u00e9tait d&rsquo;usage de f\u00eater l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. On arrivait fatalement en retard \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise, et le recteur avait \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 pour d&rsquo;autres devoirs. Il fallait donc ressortir de l&rsquo;\u00e9glise, aller attendre \u00e0 l&rsquo;auberge de la place, et entrer une nouvelle fois dans l&rsquo;\u00e9glise. Et l&rsquo;on ne pouvait entrer dans les \u00e9glises, en ces temps anciens, qu&rsquo;en traversant le cimeti\u00e8re. C&rsquo;est ce double cheminement \u00e0 travers le monde des morts qui donnait \u00e0 l&rsquo;enfant cette facult\u00e9 de voir, au-del\u00e0 des r\u00e9alit\u00e9s quotidiennes, un Autre Monde o\u00f9 les d\u00e9funts lui faisaient des signes qu&rsquo;il pouvait comprendre ou interpr\u00e9ter. Cette tradition, qui n&rsquo;est certes pas d\u00e9nu\u00e9e d&rsquo;humour, en dit cependant tr\u00e8s long sur la familiarit\u00e9 de certaines soci\u00e9t\u00e9s rurales avec le monde de la mort. De nos jours, les cimeti\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9s du pourtour de l&rsquo;\u00e9glise et exil\u00e9s bien loin, l\u00e0 o\u00f9 la Mort peut se faire oublier. Mais, elle, elle n&rsquo;oublie pas.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Je n&rsquo;ai pas \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9 selon cette m\u00e9thode, et je n&rsquo;ai pas donc acquis le don de double vue. Des mediums, \u00e0 qui je n\u2019avais rien demand\u00e9, m&rsquo;ont cependant r\u00e9v\u00e9l\u00e9 qu&rsquo;ils me voyaient toujours accompagn\u00e9 par des \u00eatres qui semblaient me prot\u00e9ger, notamment une vieille femme pleine de tendresse, qui est s\u00fbrement ma grand-m\u00e8re, et un homme \u00e9trange, une sorte de pr\u00eatre de l&rsquo;ancien temps, un druide peut-\u00eatre, empreint de sagesse et de lumi\u00e8re. Une femme, que je pense avoir r\u00e9ellement des dons de clairvoyance, m&rsquo;a dit un jour que j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 de ceux qui accompagnaient J\u00e9sus&#8230; D&rsquo;autres m&rsquo;ont mis en garde contre l&rsquo;environnement granitique qui est le mien et m&rsquo;ont conseill\u00e9 d&rsquo;aller me retremper dans l&rsquo;atmosph\u00e8re du calcaire. Mais tous \u00e9taient d&rsquo;accord sur un point : j&rsquo;\u00e9tais entour\u00e9 et prot\u00e9g\u00e9 par des \u00eatres qui paraissaient m&rsquo;aimer avec une incommensurable tendresse.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">C&rsquo;est l\u00e0 tout ce que je retiens de ces \u00ab r\u00e9v\u00e9lations \u00bb. Car je me sens en effet rempli de l&rsquo;amour de ceux qui ne sont plus. Je ne saurais expliquer pourquoi j&rsquo;ai cette certitude, mais je l&rsquo;ai. Je ne peux concevoir la vie sans que mon existence d&rsquo;aujourd&rsquo;hui ne soit reli\u00e9e \u00e0 l&rsquo;existence des autres, ceux qui sont effectivement vivants aupr\u00e8s de moi, ou tout au moins contemporains, et ceux qui ont d\u00e9j\u00e0 franchi la barri\u00e8re qui nous s\u00e9pare de l&rsquo;Autre Monde. J&rsquo;ai dit et r\u00e9p\u00e9t\u00e9 ce qui m&rsquo;attache \u00e0 ma grand-m\u00e8re. Je sais qu&rsquo;elle est l\u00e0, pr\u00e8s de moi, qu&rsquo;elle me guide dans des moments difficiles, qu&rsquo;elle me soumet \u00e0 des \u00e9preuves lorsque celles-ci sont n\u00e9cessaires, qu&rsquo;elle me juge s\u00e9v\u00e8rement quand je m&rsquo;\u00e9carte du plan qui m&rsquo;est d\u00e9volu. Cela ne va pas sans pleurs ni grincements de dents, ni sans heurts. Les \u00eatres qui nous entourent silencieusement, invisiblement, ne nous laissent rien passer. Ils sont nos censeurs vigilants. Le tout est de savoir les \u00e9couter et de comprendre le message qu&rsquo;ils nous transmettent. Mais dans cette \u00e9trange complicit\u00e9, qui n&rsquo;est jamais complaisante, je ressens les fl\u00e8ches aiguis\u00e9es d&rsquo;un amour qui ne se d\u00e9mentira jamais. En d\u00e9finitive, je suis persuad\u00e9 que c&rsquo;est l&rsquo;amour, sous toutes ses formes, qui lie les \u00eatres entre eux, qu&rsquo;ils soient dans ce monde ou ailleurs. L&rsquo;amour est indestructible. La l\u00e9gende de Tristan et Yseult en est la preuve : une ronce unit le tombeau de Tristan et celui d&rsquo;Yseult, une ronce, pleine de piquants, tortueuse, agressive, mais vivace, tenace, et qui s&rsquo;accroche pour l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. Voil\u00e0 une belle image, un beau symbole, et c&rsquo;est la clef de toute relation entre des \u00eatres int\u00e9rieurs pour qui l&rsquo;apparence c\u00e8de le pas devant la r\u00e9alit\u00e9 supr\u00eame.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Mais cette relation joue dans les deux sens : les d\u00e9funts ont besoin de nous ; ils s&rsquo;adressent \u00e0 nous pour nous demander ce qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas pu accomplir durant leur existence ; ils nous demandent notre amour, notre aide, voire notre compassion. Car \u00ab ils sont l\u00e0, et ils nous voient \u00bb. J&rsquo;ai v\u00e9cu une exp\u00e9rience de ce genre, voici quelques ann\u00e9es et qui concerne une femme, la m\u00e8re d&rsquo;un de mes filleuls, avec laquelle j&rsquo;\u00e9tais li\u00e9 d&rsquo;une amiti\u00e9 sinc\u00e8re et totalement d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e. \u00c0 la suite de certains \u00e9v\u00e9nements douloureux, cette femme a cru bon de mettre fin \u00e0 ses jours dans des circonstances assez atroces. Je n&rsquo;ai pas \u00e0 juger cet acte, m\u00eame s&rsquo;il m&rsquo;attriste profond\u00e9ment. Mais le fait est l\u00e0 : Micheline s&rsquo;est donn\u00e9 la mort. Or, pendant plusieurs semaines, Micheline s&rsquo;est pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 moi chaque nuit, au milieu de brouillards qui m&#8217;emp\u00eachaient de la voir nettement, et elle me parlait dans un langage que je ne comprenais pas. Et cela a dur\u00e9 tant que je ne me suis pas d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 faire quelque chose, \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 ces demandes incompr\u00e9hensibles. J&rsquo;avais fini par deviner cet appel angoiss\u00e9 : j&rsquo;ai enfin vu qu&rsquo;elle me tendait d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment la main pour que je puisse l&rsquo;aider \u00e0 \u00e9merger d&rsquo;un effroyable mar\u00e9cage dont elle ne parvenait pas \u00e0 mesurer la profondeur. J&rsquo;ai fait ce qui \u00e9tait en mon pouvoir. D\u00e8s cet instant, elle n&rsquo;est plus revenue me hanter. Je me suis rendu compte qu&rsquo;elle \u00e9tait enfin lib\u00e9r\u00e9e de quelque chose et qu&rsquo;elle avait pris son essor. O\u00f9 ? Je l&rsquo;ignore. Tout ce que je peux dire, c&rsquo;est que, plong\u00e9e dans un Autre Monde hostile, elle a eu besoin de moi. J&rsquo;ai r\u00e9pondu par un geste d&rsquo;amiti\u00e9 affectueuse, et le n\u0153ud qui l&rsquo;enserrait s&rsquo;est d\u00e9fait.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">On dira que cette exp\u00e9rience est pure subjectivit\u00e9, que c&rsquo;est une projection de mes fantasmes, que j&rsquo;aime jouer au \u00ab sauveur \u00bb du monde, que c&rsquo;est une preuve de parano\u00efa. On sait que les cimeti\u00e8res sont remplis de gens irrempla\u00e7ables. Et pourtant, on les a tous remplac\u00e9s, du moins dans la vie sociale, car un \u00eatre humain n&rsquo;est jamais rempla\u00e7able puisqu&rsquo;il est unique, puisque c&rsquo;est un individu qui n&rsquo;aura jamais son identique. Je pense \u00e0 cette autre femme, curieux personnage qu&rsquo;un ministre de l&rsquo;Int\u00e9rieur (voici un certain temps !) m&rsquo;avait jet\u00e9e entre les pattes pour sonder mes opinions et en rendre compte \u00e0 qui de droit. Au bout de quelques verres, et envahie d&rsquo;un immense \u00e9lan d&rsquo;amiti\u00e9, elle m&rsquo;avait tout avou\u00e9, et je savais quel \u00e9tait son r\u00f4le. J&rsquo;ai eu avec elle une relation exceptionnelle, l\u00e0 aussi une relation d&rsquo;amiti\u00e9 et d&rsquo;affection hors du commun. Depuis qu&rsquo;elle est morte, tu\u00e9e dans un accident que je soup\u00e7onne d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 provoqu\u00e9 (on la jugeait encombrante, semble-t-il !), elle reste toujours pr\u00e9sente pr\u00e8s de moi et me guide parfois sur des sentiers difficiles. Subjectivit\u00e9 encore et toujours ! Mais je sais que Marie-Paule est pr\u00e8s de moi, en train d&rsquo;accomplir une action qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas eu le temps d&rsquo;achever durant son existence, et que peut-\u00eatre je dois accomplir \u00e0 sa place. Mais je sais aussi qu&rsquo;en \u00e9change, elle me prot\u00e8ge et qu&rsquo;elle est attentive \u00e0 tout ce qui m&rsquo;arrive. Je pourrais multiplier les exemples de cette sorte.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Nous recevons tous des messages. Mais ou nous ne savons pas les d\u00e9chiffrer, ou nous ignorons que ce sont des messages issus de l&rsquo;Autre Monde. Et pourtant, comme le chante si magnifiquement Baudelaire, \u00ab la Nature est un Temple o\u00f9 de vivants piliers \/ Laissent parfois sortir de confuses paroles \u00bb. Avons-nous la clef qui nous permette de transcrire ces paroles ? L\u2019\u00c9vangile de Jean nous met en face de nous-m\u00eames. Apr\u00e8s la r\u00e9surrection (ou re-naissance) de J\u00e9sus, quelques-uns des disciples sont r\u00e9unis sur le lac de Tib\u00e9riade pour p\u00eacher. \u00ab Ils sortent et montent en bateau. Cette nuit-l\u00e0, ils ne prennent rien. De grand matin, I\u00e9shoua se tient sur le rivage. Cependant les adeptes ne savent pas que c&rsquo;est I\u00e9shoua \u00bb (trad. Chouraqui).<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Car la trag\u00e9die de la nature r\u00e9side bien dans ce verset de l&rsquo;\u00c9vangile de Jean : Ils ne savent pas que c&rsquo;est I\u00e9shoua. Le philosophe grec Lucien de Samosate, que d&rsquo;aucuns consid\u00e8rent trop rapidement comme un sceptique irr\u00e9v\u00e9rencieux, se livre \u00e0 une curieuse description du dieu gaulois Ogma-Ogmios, identifi\u00e9 avec l&rsquo;H\u00e9rakl\u00e8s grec. Cet \u00e9trange dieu, qui incarne la force, est repr\u00e9sent\u00e9 comme un vieillard \u00ab qui attire un grand nombre d&rsquo;hommes attach\u00e9s par les oreilles et ayant pour liens des cha\u00eenettes d&rsquo;or et d&rsquo;ambre qui ressemblent \u00e0 de tr\u00e8s beaux colliers. En d\u00e9pit de leurs faibles liens, ils n&rsquo;essaient pas de fuir, bien que cela leur soit facile ; loin de r\u00e9sister, de se raidir et de se renverser en arri\u00e8re, ils suivent tous, gais et contents, leur conducteur, le couvrant de louanges, cherchant tous \u00e0 l&rsquo;atteindre et, en voulant le devancer, desserrent la corde comme s&rsquo;ils \u00e9taient \u00e9tonn\u00e9s de se voir d\u00e9livr\u00e9s. Ce qui me parut le plus singulier, je vais vous le dire imm\u00e9diatement. Le peintre, qui ne savait o\u00f9 placer le d\u00e9but des cha\u00eenes \u2014 car la main droite tient d\u00e9j\u00e0 la massue et la gauche l&rsquo;arc \u2014, a perfor\u00e9 le bout de la langue et la fait attirer les hommes qui suivent ; le dieu se retourne vers eux en souriant \u00bb (<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>H\u00e9rakl\u00e8s<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">, I, 7). Cette sc\u00e8ne extraordinaire, qu&rsquo;Albert D\u00fcrer a visualis\u00e9e dans une de ses gravures, est une admirable conclusion \u00e0 toute discussion sur les messages de l&rsquo;Autre Monde. Car c&rsquo;est le dieu de l&rsquo;\u00e9loquence qui parle et qui, selon l&rsquo;expression de Lucien de Samosate, accomplit tous les exploits dont on le cr\u00e9dite et y fait participer tous les hommes. Et le dieu de l&rsquo;\u00e9loquence, l&rsquo;Ogmios celtique qui est l&rsquo;Ogma irlandais, c&rsquo;est le symbole du Verbe. Nous voici revenus \u00e0 l&rsquo;\u00c9vangile de Jean : \u00ab Ent\u00eate, lui, le logos et le logos, lui pour \u00c9lohim, et le logos, lui \u00c9lohim. Lui ent\u00eate pour \u00c9lohim. Tout devient par lui ; hors de lui, rien de ce qui advient ne devient. En lui la vie \u2014 la vie et la lumi\u00e8re des hommes. La lumi\u00e8re luit dans la t\u00e9n\u00e8bre, et la t\u00e9n\u00e8bre ne l&rsquo;a pas saisie \u00bb (trad. Chouraqui). Le Logos, le Verbe, la Parole, trois termes pour d\u00e9signer le souffle vital qui vient d&rsquo;en haut. Mais ce qui est en bas est comme ce qui est en haut.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><a name=\"_GoBack\"><\/a> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">La description d&rsquo;Ogmios par Lucien de Samosate est une v\u00e9ritable fable ; mais elle a le m\u00e9rite de fixer le sch\u00e9ma des relations subtiles qui existent entre le visible et l&rsquo;invisible, entre les humains et le monde myst\u00e9rieux qu&rsquo;on situe dans l&rsquo;apr\u00e8s-vie. Il est certain que chacun de nous re\u00e7oit des messages venus de l\u00e0-bas. Pour moi, c&rsquo;est une certitude absolue, ce qui d\u00e9bouche \u00e9videmment sur une autre certitude, celle d&rsquo;un Autre Monde, quelles que soient sa forme et sa situation dans le Temps et dans l&rsquo;Espace un Autre Monde en perp\u00e9tuel devenir dont chacun de nous est l&rsquo;acteur privil\u00e9gi\u00e9. La mort n&rsquo;est qu&rsquo;une naissance \u00e0 un nouvel \u00e9tat de conscience, une porte qu&rsquo;on ouvre pour d\u00e9couvrir d&rsquo;autres paysages. Je n&rsquo;ai tant senti cette r\u00e9alit\u00e9 profonde que dans le sanctuaire de Newgrange, quand le soleil de l&rsquo;hiver vient caresser la matrice originelle, au c\u0153ur m\u00eame de l&rsquo;ombre. Le soleil, cette lumi\u00e8re, cette chaleur soudaine, cette image de la Femme \u00e9ternelle qui veille sur les vivants et les morts, la D\u00e9esse des Commencements, ou plut\u00f4t des perp\u00e9tuels recommencements&#8230; Alors, on comprend que tout est possible et que rien n&rsquo;est jamais d\u00e9finitif dans cet univers que nous connaissons \u00e0 peine et dont nous avons parfois peur de franchir les limites.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">\u00c0 quoi bon cette peur ? \u00ab J&rsquo;ai jou\u00e9 dans la nuit, j&rsquo;ai dormi dans l&rsquo;aurore \u00bb, dit le barde Taliesin. C&rsquo;est au fond des tertres, dans cet \u00e9trange monde du sidh, c&rsquo;est-\u00e0-dire de la \u00ab paix \u00bb, que notre visage se rafra\u00eechit aux sources vives de la lumi\u00e8re.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"right\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Sainte-Anne d&rsquo;Auray, 1990.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"right\">(Extrait de \u00ab\u00a0<em>Les myst\u00e8res de l&rsquo;apr\u00e8s-vie<\/em>\u00ab\u00a0)<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"right\">__________________________________________<\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a><sup>\u0002<\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> Cit\u00e9 par Hans Bender, <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>R\u00e9incarnation et Parapsychologie<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">, dans le symposium sur <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>la<\/i><\/span><\/span><\/span> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>R\u00e9incarnation<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">, \u00e9dit\u00e9 par Carl-A. Keller, Berne, \u00e9d. Peter Lang, 1986, p. 86.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<p align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a><sup>\u0002<\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> Je me permets d&rsquo;insister sur ce point : je n&rsquo;ai jamais d\u00e9couvert dans les textes celtiques les plus anciens la moindre allusion \u00e0 une doctrine \u00e9labor\u00e9e sur la r\u00e9incarnation. Le texte de C\u00e9sar sur ce sujet a \u00e9t\u00e9 mal compris, car C\u00e9sar dit que les \u00ab \u00e2mes sont immortelles et qu&rsquo;elles passent, apr\u00e8s la mort, dans un autre corps \u00bb. Mais le contexte signifie que ce sera dans un Autre Monde, ce qui est parfaitement conforme \u00e0 toutes les traditions irlandaises concernant l&rsquo;univers du sidh. Quelques cas de r\u00e9incarnation sont signal\u00e9s, mais ils concernent des personnages exceptionnels qui ont une mission \u00e0 remplir. Par contre, les cas de m\u00e9tamorphoses, la plupart du temps symboliques, sont innombrables. Voir J. Markale, <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>le Druidisme<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">, Paris, Payot, 2<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><sup><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">e<\/span><\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> \u00e9d., 1989.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote3\">\n<p align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a><sup>\u0002<\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> On peut comparer cet autre extrait des <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>R\u00eaveries<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> : \u00ab\u00a0De quoi jouit-on dans une pareille situation ? De rien d&rsquo;ext\u00e9rieur \u00e0 soi, de rien sinon de soi-m\u00eame et de sa propre existence ; tant que cet \u00e9tat dure, on se suffit \u00e0 soi-m\u00eame, comme Dieu. Le sentiment de l&rsquo;existence d\u00e9pouill\u00e9 de toute autre affection est par lui-m\u00eame un sentiment pr\u00e9cieux de contentement et de paix, qui suffirait seul pour rendre cette existence ch\u00e8re et douce \u00e0 qui saurait \u00e9carter de soi toutes les impressions sensuelles et terrestres qui viennent sans cesse nous distraire, et en troubler ici-bas la douceur. \u00bb<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote4\">\n<p align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Une th\u00e8se fort int\u00e9ressante fait de Jean un pr\u00eatre, ce qui, au regard de la loi juive, lui interdit, sous peine de souillure, d&rsquo;entrer dans un endroit o\u00f9 repose un cadavre. Cela justifierait le fait qu&rsquo;arriv\u00e9 le premier, il n&rsquo;entre pas avant que Pierre, qui n&rsquo;\u00e9tait pas pr\u00eatre et ne craignait pas la souillure, lui ait confirm\u00e9 la disparition du cadavre.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote5\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Rosemary Brown, <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>En communication avec l&rsquo;au-del\u00e0<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">, Paris, J&rsquo;ai Lu, 1974, pp. 109-110.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote6\">\n<p align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\">6<\/a><sup>\u0002<\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> J. Markale, <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Contes de la Mort<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">, pp. 239-240.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote7\">\n<p align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote7anc\" name=\"sdfootnote7sym\">7<\/a><sup>\u0002<\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> J. Markale, <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Contes de la Mort<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">, pp. 371-376. Ce conte a \u00e9t\u00e9 recueilli vers 1880 Pluzunet (C\u00f4tes-d&rsquo;Armor) par Fran\u00e7ois-Marie Luzel.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote8\">\n<p align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote8anc\" name=\"sdfootnote8sym\">8<\/a><sup>\u0002<\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> J. Markale, <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>les Grands Bardes gallois<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">, Paris, J. Picollec, 1981, pp. 70-71.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&rsquo;ai rev\u00eatu une multitude d&rsquo;aspects avant d&rsquo;acqu\u00e9rir ma forme d\u00e9finitive, il m&rsquo;en souvient tr\u00e8s clairement&#8230; TALIESIN Chaque \u00eatre humain est amen\u00e9, un jour ou l&rsquo;autre, \u00e0 se confronter avec l&rsquo;id\u00e9e de la mort et, par cons\u00e9quent, \u00e0 se poser la question de savoir si la mort est une fin ou un passage. 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