{"id":17836,"date":"2018-09-01T13:39:04","date_gmt":"2018-09-01T12:39:04","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=17836"},"modified":"2018-09-01T13:39:04","modified_gmt":"2018-09-01T12:39:04","slug":"la-justice-interieure-les-croyances-par-rene-allendy","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-justice-interieure-les-croyances-par-rene-allendy\/","title":{"rendered":"La Justice int\u00e9rieure &#8211; Les croyances par Ren\u00e9 Allendy"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">(<em>Extrait de La justice int\u00e9rieure 1931<\/em>)<\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Il faut s&rsquo;attendre \u00e0 trouver dans les croyances religieuses une expression plus exacte encore du sentiment de justice, parce que celles-ci, \u00e9labor\u00e9es comme un r\u00eave collectif, avec les ressources infinies de l&rsquo;imagination, peuvent en toute libert\u00e9 satisfaire aux aspirations affectives des hommes sans \u00eatre alt\u00e9r\u00e9es par les difficult\u00e9s mat\u00e9rielles d&rsquo;une pratique quotidienne. C&rsquo;est en quelque sorte de r\u00e9alisation pure de l&rsquo;id\u00e9al inconscient de justice qu&rsquo;on doit trouver dans ces croyances, et leur \u00e9tude peut \u00eatre particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9latrice.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Les hommes, en effet, ont toujours tendance \u00e0 croire ce qu&rsquo;ils d\u00e9sirent. Ils commencent par se complaire aux images d&rsquo;un r\u00eave, puis, comme on l&rsquo;observe dans la psychologie des jeunes enfants, ils finissent par attribuer \u00e0 ce r\u00eave une r\u00e9alit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;ils ne distinguent bient\u00f4t plus l&rsquo;imaginaire qu&rsquo;ils ont souhait\u00e9 du r\u00e9el qu&rsquo;ils ont \u00e9prouv\u00e9. Il n&rsquo;est donc pas \u00e9tonnant que les hommes aient projet\u00e9, dans un au-del\u00e0 tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9 de leur vie actuelle, leurs r\u00eaves de justice insatisfaits ici-bas.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Mais les croyances \u00e0 la justice divine remplissent encore un autre but. L&rsquo;homme, issu d&rsquo;un monde sauvage, enfant\u00e9 sous le r\u00e9gime de la guerre implacable, a d\u00fb, pour s&rsquo;adapter \u00e0 la vie sociale, refouler profond\u00e9ment un grand nombre de ses tendances \u00e9go\u00efstes d&rsquo;origine : l\u00e0 est \u00e0 la fois le grand m\u00e9rite et la grande mis\u00e8re des hommes, et tout progr\u00e8s vers la paix ext\u00e9rieure implique une int\u00e9riorisation de la guerre, c&rsquo;est-\u00e0-dire un conflit intime d&rsquo;instincts. En r\u00e9alit\u00e9, l&rsquo;\u00eatre humain \u00e9prouve les plus grandes peines \u00e0 maintenir ses acquisitions dans cette voie et \u00e0 dompter ses impulsions asociales. Il lui faut fixer intens\u00e9ment sa libido sur ce but d&rsquo;organisation et d\u00e9tester intens\u00e9ment toutes les tendances perturbatrices de sa nature, tout comme il a pu ha\u00efr les s\u00e9vices exerc\u00e9s sur lui par autrui. L&rsquo;image des enfers o\u00f9 le crime est soumis \u00e0 des supplices affreux, cette \u00e9limination haineuse du mal, repr\u00e9sente en r\u00e9alit\u00e9, comme projet\u00e9e en un symbole cosmique, sa volont\u00e9 \u00e9perdue d&rsquo;adaptation. Ce n&rsquo;est pas seulement son d\u00e9sir de jouir \u00e9ternellement d&rsquo;une r\u00e9compense c\u00e9leste, sa soif de se voir cruellement veng\u00e9 de ses ennemis (les m\u00e9chants) ; c&rsquo;est encore l&rsquo;image freinatrice, \u00e9labor\u00e9e pour servir de contrepoids aux tentations mauvaises, et r\u00e9alisant, sous forme d&rsquo;angoisse et de terreur, le m\u00e9canisme d&rsquo;autopunition que nous avons en vue. De toute fa\u00e7on, \u00e0 en juger par leur caract\u00e8re excessif, on peut affirmer que les croyances religieuses sur la justice divine r\u00e9pondent \u00e0 des facteurs psychiques intenses.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Or, il est assez surprenant de constater que ces croyances, dans leur \u00e9volution, montrent moins de plasticit\u00e9 encore que les institutions sociales. Est-ce pr\u00e9cis\u00e9ment leur manque de contact avec des faits r\u00e9els et quotidiens, leur ind\u00e9pendance vis-\u00e0-vis de toute contrainte ou r\u00e9probation du milieu, leur \u00e9loignement, voire leur opposition \u00e0 la vie sociale est-ce l&rsquo;intensit\u00e9 exceptionnelle des facteurs affectifs qui y sont attach\u00e9s, leur caract\u00e8re essentiellement irrationnel ? Toujours est-il que celles-ci, pour un peuple particulier et \u00e0 un point de civilisation donn\u00e9, se montrent assez souvent en retard sur le niveau de perfectionnement atteint par les institutions judiciaires, traduisant une conception de la justice plus primitive et servant de refuge \u00e0 des aspirations archa\u00efques. On peut en effet distinguer, dans les croyances, diff\u00e9rents stades du sentiment de justice, et ces degr\u00e9s correspondent exactement \u00e0 ceux que nous avons reconnus dans les institutions, comme si religions et l\u00e9gislations suivaient une ligne de d\u00e9veloppement analogue, en rapport avec une \u00e9volution d\u00e9finie du psychisme humain.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">D&rsquo;abord, c&rsquo;est un fait remarquable que tous les hommes, des plus primitifs aux plus civilis\u00e9s, ont cru \u00e0 une survivance de l&rsquo;\u00e2me apr\u00e8s la mort du corps. On a dit que la mort, concept n\u00e9gatif, ne r\u00e9pond \u00e0 rien dans l&rsquo;esprit des hommes et que, tout naturellement, ils ne peuvent r\u00e9aliser intellectuellement ce que serait une cessation d\u00e9finitive de leur existence, mais pareille explication n&rsquo;\u00e9puise pas le probl\u00e8me. Il serait \u00e9trange qu&rsquo;une n\u00e9cessit\u00e9 biologique comme la mort, attach\u00e9e \u00e0 la vie comme son envers, agissant perp\u00e9tuellement sous l&rsquo;aspect du catabolisme, ne r\u00e9ponde strictement \u00e0 rien sur le plan psychique. Au contraire, les d\u00e9formations pathologiques qu&rsquo;on observe dans le d\u00e9sir d&rsquo;an\u00e9antissement, les vell\u00e9it\u00e9s de suicide ou les obsessions de la mort permettent de croire \u00e0 1&prime; existence d&rsquo;un v\u00e9ritable instinct de la mort [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\">1<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">]. D&rsquo;ailleurs les hommes poss\u00e8dent dans leur inconscient une repr\u00e9sentation qui peut correspondre \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de la mort, c&rsquo;est celle de la vie f\u0153tale, plus proche du grand myst\u00e8re de l&rsquo;origine et de la fin, toujours empreinte de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 solitaire et silencieuse, et d&rsquo;une ineffable douceur. On voit ces images pr\u00e9natales inspirer aussi bien les mythes collectifs du paradis perdu que certains r\u00eaves individuels survenant \u00e0 la veille d&rsquo;efforts p\u00e9nibles, car de m\u00eame qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;homme douloureux les religions font esp\u00e9rer le retour au paradis originel, de m\u00eame l&rsquo;instinct de l&rsquo;individu, fatigu\u00e9 par la vie, aspire \u00e0 retrouver dans son terme l&rsquo;\u00e9quivalent du bienheureux \u00e9tat f\u0153tal, toujours plus profond\u00e9ment, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;inconcevable renversement d&rsquo;existence.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">L&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une survie r\u00e9pond assur\u00e9ment \u00e0 toutes ces tendances, mais sur cette repr\u00e9sentation de b\u00e9atitude les hommes, peu \u00e0 peu (car l&rsquo;id\u00e9e de damnation n&rsquo;appara\u00eet qu&rsquo;apr\u00e8s une assez longue \u00e9laboration), et par antith\u00e8se ont greff\u00e9 leurs craintes, leurs angoisses de culpabilit\u00e9 ou de rancune, et finalement leur instinct de justice parce que l&rsquo;id\u00e9e de survie encadre mieux que toute autre le r\u00eave d&rsquo;une r\u00e9tribution supr\u00eame. La survie devient n\u00e9cessaire pour rationaliser les efforts et les souffrances de toute la cr\u00e9ation. Pour cette raison sans doute, les hommes y ont toujours cru, \u00e0 l&rsquo;exception de quelques esprits philosophiques modernes, assez distingu\u00e9s pour exprimer un doute de la raison, trop rares pour d\u00e9naturer la port\u00e9e de l&rsquo;aspiration instinctive commune. Or, ce qui nous int\u00e9resse ici, c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment que l&rsquo;instinct ou l&rsquo;intuition de l&rsquo;homme r\u00e9pugne nettement \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;an\u00e9antissement final et aspire \u00e0 une esp\u00e8ce de r\u00e9gulation post mortem. Ceci est le fait psychologique humain et universel dont nous devons partir. Quant \u00e0 savoir si cette croyance \u00e0 la survie, issue de l&rsquo;instinct, n&rsquo;y r\u00e9pond que d&rsquo;une mani\u00e8re illusoire, si cette aspiration psychique vers l&rsquo;au-del\u00e0 ne correspond \u00e0 aucune r\u00e9alit\u00e9, c&rsquo;est une question \u00e0 laquelle la science, cantonn\u00e9e dans le monde objectif et limit\u00e9e aux voies de la d\u00e9duction, tournant le dos, comme dit Bergson, \u00e0 l&rsquo;essence m\u00eame de la vie, est condamn\u00e9e \u00e0 ne pouvoir r\u00e9pondre, ni pour affirmer ni pour nier. Le savoir humain dispose encore des disciplines philosophiques, des sp\u00e9culations m\u00e9taphysiques ou de certains processus intuitifs auxquels il faut abandonner le probl\u00e8me, nous n&rsquo;avons pas \u00e0 nous y attarder ici.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Donc, pour justifier les souffrances actuelles, souvent senties comme imm\u00e9rit\u00e9es, les hommes ont cru \u00e0 un autre monde o\u00f9 les injustices seraient r\u00e9tablies et les r\u00f4les renvers\u00e9s, le mauvais riche devant \u00eatre tourment\u00e9 de mis\u00e8re et le bon mendiant combl\u00e9 de confort. En fait, l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une justice vraiment \u00e9quitable a \u00e9t\u00e9 aussi lente et aussi h\u00e9sitante \u00e0 s&rsquo;\u00e9laborer dans ce domaine des croyances qu&rsquo;elle l&rsquo;a \u00e9t\u00e9 dans celui des institutions et m\u00eame davantage.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Si nous comparons l&rsquo;eschatologie des diff\u00e9rentes civilisations et religions, nous pouvons distinguer trois degr\u00e9s sch\u00e9matiques. Au premier, le plus primitif, il n&rsquo;existe aucune justice, c&rsquo;est-\u00e0-dire aucune relation pr\u00e9cise et d\u00e9finie entre le sort dans l&rsquo;autre monde et les m\u00e9rites de cette vie. Au deuxi\u00e8me, les fautes sont punies et les bienfaits r\u00e9compens\u00e9s, mais les sanctions (les punitions surtout) sont d&rsquo;une s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 disproportionn\u00e9e : les dieux vengeurs sont f\u00e9roces. La responsabilit\u00e9 n&rsquo;est pas nettement personnelle. La peine subie ne sert qu&rsquo;\u00e0 satisfaire la col\u00e8re des dieux et ne profite en rien au coupable. Au troisi\u00e8me degr\u00e9, les dieux deviennent bons et compatissants ; la croyance se modifie pour proposer une sanction mod\u00e9r\u00e9e et utile \u00e0 l&rsquo;amendement ult\u00e9rieur du p\u00e9cheur. Ce dernier n&rsquo;est plus rejet\u00e9 sans espoir ; ses souffrances ont pour but de l&rsquo;adapter en vue d&rsquo;un retour \u00e0 la communaut\u00e9 des \u00e2mes bonnes. Les dieux peuvent m\u00eame dispara\u00eetre et tous les \u00eatres s&rsquo;acheminer, avec plus ou moins d&rsquo;errements, vers l&rsquo;unit\u00e9 finale.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Correspondant exactement aux aspects de la justice sociale dans ses institutions successives, ces stades \u00e9voluent du principe de l&rsquo;\u00e9limination haineuse du coupable \u00e0 celui de son amendement et de sa r\u00e9int\u00e9gration.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Ici s&rsquo;impose une remarque tout \u00e0 fait capitale : Nous avons dit qu&rsquo;une l\u00e9gislation donn\u00e9e refl\u00e8te tout un jeu d&rsquo;aspirations perfectionn\u00e9es ou arri\u00e9r\u00e9es qui coexistent, pour chaque soci\u00e9t\u00e9 humaine, dans l&rsquo;esprit des individus diff\u00e9rents qui la constituent, selon leur niveau moral. Il est naturel de trouver une complexit\u00e9 semblable dans les croyances religieuses \u00e0 un m\u00eame moment et dans un m\u00eame lieu : les individus les plus cultiv\u00e9s entretiennent des croyances d&rsquo;un stade plus \u00e9lev\u00e9 que les individus plus grossiers. Encore, quand il s&rsquo;agit d&rsquo;une l\u00e9gislation, on peut toujours, pour juger de son esprit g\u00e9n\u00e9ral, se r\u00e9f\u00e9rer aux lois promulgu\u00e9es et aux usages officiels. Il est plus difficile de prendre, un crit\u00e9rium dans le domaine religieux, m\u00eame en pr\u00e9sence d&rsquo;un dogme d&rsquo;\u00e9tat, parce que trop d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments affectifs, subjectifs, variables, viennent colorer ce dogme dans l&rsquo;\u00e2me des fid\u00e8les, et \u00e0 plus forte raison quand on ne dispose que d&rsquo;informations incompl\u00e8tes, comme pour les religions anciennes. Chaque peuple pr\u00e9sente, \u00e0 un moment donn\u00e9, des superstitions, des l\u00e9gendes populaires plus ou moins grossi\u00e8res, puis une croyance moyenne, g\u00e9n\u00e9rale, en quelque sorte officielle, enfin, pour les initi\u00e9s plus instruits, une th\u00e9ologie savante, une philosophie, un \u00e9sot\u00e9risme. Ces diff\u00e9rentes couches religieuses coexistent, superpos\u00e9es \u00e0 des niveaux diff\u00e9rents et il n&rsquo;est pas toujours facile de les distinguer. On peut, par exemple, d\u00e9crire les d\u00e9votions d&rsquo;une Bretonne illettr\u00e9e \u00e0 des saints qui ne sont m\u00eame pas canonis\u00e9s mais qui, moyennant un culte na\u00eff et ext\u00e9rieur, passent pour soutenir les proc\u00e8s ou faire retrouver les objets perdus, voire faire marier les filles qui plantent des aiguilles dans leur statue on n&rsquo;aura pas donn\u00e9 une id\u00e9e exacte de la religion catholique qui, pourtant, tol\u00e8re et int\u00e8gre ces pratiques. De m\u00eame trouvera-t-on de grandes diff\u00e9rences de profondeur et de valeur philosophique entre le dogme officiel d&rsquo;un cat\u00e9chisme et certains aspects de la th\u00e9ologie. Les arch\u00e9ologues n&rsquo;ont pas toujours suffisamment tenu compte de cet \u00e9l\u00e9mentaire bon sens, d&rsquo;o\u00f9 leurs diff\u00e9rences d&rsquo;appr\u00e9ciation ou d&rsquo;interpr\u00e9tation des croyances antiques. Si un arch\u00e9ologue des prochains mill\u00e9naires affirmait, d&rsquo;apr\u00e8s les documents retrouv\u00e9s, que notre \u00e9poque a cru \u00e0 un personnage c\u00e9leste passant par les chemin\u00e9es la nuit de No\u00ebl, ou a rendu un culte aux f\u00e9tiches sur les glaces-arri\u00e8re des autos, il d\u00e9naturerait \u00e9videmment d&rsquo;une mani\u00e8re profonde l&rsquo;esprit religieux de notre \u00e9poque avec de s\u00e9rieuses apparences de documentation scientifique. On ne saurait trop insister sur ce point. Il serait aussi d\u00e9loyal de prendre les grossi\u00e8res superstitions de quelques jaunes dits bouddhistes, pour les comparer \u00e0 la haute th\u00e9ologie chr\u00e9tienne, qu&rsquo;il le serait de mettre les purs enseignements du Bouddha de niveau avec les aberrations de quelques n\u00e8gres baptis\u00e9s, pris comme champions de l&rsquo;\u00e9glise. Et pourtant beaucoup d&rsquo;\u00e9crivains pieux ont commis cette improbit\u00e9 intellectuelle. Nous devrons nous en garder soigneusement.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Aussi bien, dans cette \u00e9tude, ce n&rsquo;est pas la religion moyenne d&rsquo;un grand peuple ou d&rsquo;une grande \u00e9poque qu&rsquo;il faut envisager, prise en bloc, pour entreprendre des comparaisons nationales. Il faut au contraire dissocier les \u00e9l\u00e9ments de croyance coexistants et les r\u00e9partir, selon leur niveau, sur l&rsquo;\u00e9chelle des concepts de justice que nous avons appris \u00e0 reconna\u00eetre. Nous verrons ainsi se s\u00e9rier les diff\u00e9rentes croyances humaines d&rsquo;une fa\u00e7on toute parall\u00e8le aux institutions judiciaires et nous en tirerons une nouvelle compr\u00e9hension du sentiment de justice.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Chez les primitifs, l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une r\u00e9tribution dans l&rsquo;au-del\u00e0 n&rsquo;est ni nette ni constante. Hobhouse cite de nombreux exemples \u00e0 l&rsquo;appui [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\">2<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">]. Le mort est cens\u00e9 passer dans le monde des esprits ou des d\u00e9mons. Ceci peut lui conf\u00e9rer un certain pouvoir magique sur les vivants au milieu desquels il continue \u00e0 \u00e9voluer, mais il se trouve, de la part des autres esprits, soumis \u00e0 toutes sortes de vicissitudes et de dangers. Les mauvais peuvent l&rsquo;attaquer et le tourmenter selon leur redoutable fantaisie : il ne leur \u00e9chappe que s&rsquo;il est suffisamment adroit ou averti. Le r\u00e9gime du plus fort joue enti\u00e8rement sur ce plan d&rsquo;existence comme il joue dans la vie terrestre des plus sauvages. Le mort, tel le \u00ab nouveau \u00bb brim\u00e9 au coll\u00e8ge, n&rsquo;a aucun droit \u00e0 faire valoir, aucune garantie d&rsquo;\u00eatre prot\u00e9g\u00e9 en vertu de m\u00e9rites quelconques. Il lui faut \u00eatre diplomate, savoir apaiser les mauvaises volont\u00e9s adverses par des cadeaux ou des formules magiques, au besoin prendre une fuite habile et d\u00e9pister leurs recherches. Il peut enfin \u2014 et ceci constitue, comme dans la vie sociale, une premi\u00e8re organisation m\u00e9thodique de la s\u00e9curit\u00e9 \u2014 se placer sous la protection d&rsquo;un g\u00e9nie puissant qui facilitera sa situation. On trouve d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 une relation possible entre les m\u00e9rites d\u00e9ploy\u00e9s et les avantages recueillis, c&rsquo;est-\u00e0-dire une justice en germe, mais qui n&rsquo;a rien de tr\u00e8s conforme \u00e0 notre id\u00e9e du bien et du mal, d&rsquo;abord parce que les proc\u00e9d\u00e9s sont plus magiques que moraux, ensuite parce que les esprits sont tous plus ou moins m\u00e9chants et que les meilleurs ne sont pas les plus forts.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Ce n&rsquo;est qu&rsquo;avec un certain progr\u00e8s de la civilisation qu&rsquo;on s&rsquo;accorde \u00e0 admettre une pr\u00e9\u00e9minence des entit\u00e9s bienfaisantes sur les autres, soit actuelle, soit \u00e0 venir (comme dans la lutte d&rsquo;Ormuz et d&rsquo;Ahriman ou dans le Jugement Dernier), mais l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une v\u00e9ritable r\u00e9compense ou punition pour les actions terrestres demeure longtemps embryonnaire. Beaucoup de peuples, d\u00e9j\u00e0 civilis\u00e9s, admettent que tous les morts, bons et m\u00e9chants, sont parqu\u00e9s p\u00eale-m\u00eale. C&rsquo;est g\u00e9n\u00e9ralement dans un lieu distant (en souvenir, a-t-on dit, des migrations qui se sont \u00e9loign\u00e9es des s\u00e9pultures ancestrales ou pour traduire la diff\u00e9rence d&rsquo;un tel \u00e9tat). C&rsquo;est une \u00eele, un souterrain ou une caverne, et cette croyance est la plus g\u00e9n\u00e9rale, soit parce qu&rsquo;il est d&rsquo;usage d&rsquo;enterrer les morts, soit en souvenir des cavernes primitives, soit en rappel de l&rsquo;ut\u00e9rus maternel qui pr\u00e9c\u00e8de la naissance comme l&rsquo;antichambre de l&rsquo;autre monde. Nous avons indiqu\u00e9 que, de toutes mani\u00e8res, l&rsquo;id\u00e9e de mort est li\u00e9e dans l&rsquo;inconscient des hommes aux repr\u00e9sentations pr\u00e9natales. D&rsquo;ailleurs, la mer \u00e0 franchir, l&rsquo;\u00eele entour\u00e9e d&rsquo;eau, le passage du fleuve infernal peuvent symboliser la situation aquatique du f\u0153tus et la naissance qui est une sortie de l&rsquo;eau. Il n&rsquo;est pas sans int\u00e9r\u00eat de rappeler que certains peuples (\u00c9gyptiens de premi\u00e8res p\u00e9riodes et surtout P\u00e9ruviens) enterrent leurs morts en position f\u0153tale et cousus dans une triple enveloppe.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Chez les \u00c9gyptiens primitifs, c&rsquo;est le Tuaou, ce domaine des ombres que le soleil parcourt pendant qu&rsquo;il fait nuit sur la terre des vivants : les \u00e2mes y errent, sans r\u00e9compense ni punition. Chez les H\u00e9breux, c&rsquo;est le Sh\u00e9ol, dont le nom se rattache \u00e9tymologiquement \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de creuser et o\u00f9 les \u00e2mes flottent dans une existence att\u00e9nu\u00e9e et inutile. L&rsquo;Had\u00e8s des Grecs (de la racine id, voir) signifie le lieu t\u00e9n\u00e9breux. Selon l&rsquo;Iliade, les morts, qu&rsquo;ils aient \u00e9t\u00e9 bons ou mauvais, m\u00e8nent dans ce s\u00e9jour souterrain une existence vaine, physiquement et intellectuellement r\u00e9duite, vid\u00e9e de souvenirs.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Naturellement le peuple romain, plus mat\u00e9rialiste et plus d\u00e9pourvu de sens m\u00e9taphysique que tous les autres, s&rsquo;est attard\u00e9 \u00e0 cette basse conception et s&rsquo;est assez peu pr\u00e9occup\u00e9 du sort des m\u00e2nes. Nous verrons que la description de Virgile ne traduit m\u00eame pas une croyance nationale.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Dans la plus vieille doctrine chinoise, le Jou-kiao, il n&rsquo;est gu\u00e8re question de l&rsquo;au-del\u00e0 et pourtant Confucius reconna\u00eet implicitement la survie en basant toute la morale sur le culte des anc\u00eatres.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Le Walhalla des vieilles mythologies scandinaves n&rsquo;est ouvert qu&rsquo;aux guerriers tu\u00e9s au combat. Ceux-ci passent leur \u00e9ternit\u00e9 \u00e0 guerroyer et \u00e0 boire, comme pendant leur vie, mieux log\u00e9s et confortablement servis par les Valkyries. Les autres morts sont cens\u00e9s errer autour de leurs s\u00e9pultures, entretenant quelques rapports magiques avec les vivants, ou bien ils passent dans le domaine de Hel, fille de Loki [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\">3<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">]. Il est quelquefois fait mention d&rsquo;un enfer glac\u00e9, le Nifelhem, mais l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une punition dans l&rsquo;au-del\u00e0 est presque inexistante.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Cette id\u00e9e se constitue lentement et avec quelques h\u00e9sitations. Peu \u00e0 peu, les \u00c9gyptiens imaginent, dans le Tuaou, une possibilit\u00e9 de vie \u00e9ternelle pour ceux qui ont bien observ\u00e9 le rituel et qui ont acquis une puissance magique par ce moyen, tandis que les autres vont \u00e0 l&rsquo;an\u00e9antissement d\u00e9finitif. Cette vie \u00e9ternelle d&rsquo;ailleurs, comme celle des h\u00f4tes du Walhalla, se borne \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter les actes et les situations de la vie terrestre. Chez les Grecs, l&rsquo;Odyss\u00e9e, post\u00e9rieure \u00e0 l&rsquo;Iliade, ajoute quelques d\u00e9tails dans ce sens : elle situe l&rsquo;Had\u00e8s au del\u00e0 de l&rsquo;Oc\u00e9an et dans un passage \u2014 dont on n&rsquo;est pas s\u00fbr d&rsquo;ailleurs qu&rsquo;il ne soit pas interpol\u00e9 \u2014 il est question des prairies couvertes d&rsquo;asphod\u00e8les (Champs-\u00c9lys\u00e9es) o\u00f9 les h\u00e9ros jouissent d&rsquo;un bonheur perp\u00e9tuel. Il est vraisemblable que les Champs-\u00c9lys\u00e9es sont inspir\u00e9s par les champs d&rsquo;ialou \u00e9gyptiens dont nous allons parler et refl\u00e8tent une tradition \u00e9trang\u00e8re ; il en serait de m\u00eame pour les \u00c9trusques chez qui il est sans doute question d&rsquo;un enfer oppos\u00e9 \u00e0 un paradis mais dont le dieu Charon, qui r\u00e9gnait sur les morts avec Mantus, fait trop nettement penser au Caron des Grecs.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">C&rsquo;est chez les H\u00e9breux qu&rsquo;on observe le mieux cette \u00e9laboration progressive de la croyance du deuxi\u00e8me stade. Ils partent du premier en n&rsquo;imaginant pas pour le p\u00e9ch\u00e9 d&rsquo;autre sanction qu&rsquo;une peine terrestre, ni pour la vertu d&rsquo;autre r\u00e9compense qu&rsquo;un avantage temporel dont le caract\u00e8re le plus net est d&rsquo;\u00e9chapper le plus possible \u00e0 l&rsquo;existence de l&rsquo;au-del\u00e0 ; c&rsquo;est, par exemple la prolongation de la vieillesse dans ce monde (Is., LXV, 20 ; Zach., VIII, 4), le fait d&rsquo;\u00e9viter la mort (Is., XXV, 8), ou m\u00eame la r\u00e9surrection, c&rsquo;est-\u00e0-dire le retour \u00e0 la vie terrestre (Is., XXVI, 19). Ces r\u00e9compenses ne concernent d&rsquo;ailleurs que la pi\u00e9t\u00e9, consid\u00e9r\u00e9e surtout comme sentiment patriotique. Les Juifs, en effet, avec leur nationalisme aigu, admettaient volontiers la sanction collective, dans ce monde, pour tous les enfants d&rsquo;Isra\u00ebl et sans souci des responsabilit\u00e9s individuelles. Au d\u00e9but, ils n&rsquo;imaginaient pour l&rsquo;avenir qu&rsquo;un triomphe national et tout terrestre pour les repr\u00e9sentants de la race pris en bloc.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Jusqu&rsquo;ici, il n&rsquo;est pas question de sanctions dans l&rsquo;au-del\u00e0. Dans le Pentateuque, de m\u00eame que dans Josu\u00e9, les Juges, les Rois, on ne distingue en aucune fa\u00e7on le sort des justes et des impies apr\u00e8s la mort. Il est seulement dit dans un passage des Rois que le d\u00e9shonneur peut suivre le coupable jusque dans le Sh\u00e9ol (III, Reg., II, 6-9). Les Psaumes esp\u00e8rent pour les bons un affranchissement de la tombe ou du Sh\u00e9ol (Ps., XVI, 9-11) tandis que les impies ne verront plus jamais la lumi\u00e8re et p\u00e9riront comme les aines animales (Ps., XLIX, 15-20, et LXXIII, 27). La conception d&rsquo;une immortalit\u00e9 individuelle s&rsquo;exprime en v\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;une fa\u00e7on fort obscure et tr\u00e8s contestable en images po\u00e9tiques. Parmi les proph\u00e8tes, Job mentionne la r\u00e9compense des justes dans l&rsquo;au-del\u00e0, Isa\u00efe y fait une allusion vague, J\u00e9r\u00e9mie ne dit rien de certain ; la seule indication claire est celle de Daniel : \u00ab\u00a0Et beaucoup de ceux qui dorment dans la terre s&rsquo;\u00e9veilleront, les uns pour la vie \u00e9ternelle, les autres pour la honte et le m\u00e9pris \u00e9ternel \u00bb (XII, 2). Au fur et \u00e0 mesure que l&rsquo;id\u00e9e messianique se pr\u00e9cise, on imagine un jugement final pour r\u00e9compenser on punir aussi bien les individus que les collectivit\u00e9s : les mauvais iront \u00e0 la g\u00e9henne subir des tourments physiques aussi bien que psychiques. \u00ab Leurs vers ne mourront pas, leur feu ne s&rsquo;\u00e9teindra pas et ils seront en horreur \u00e0 toute chair (Is., LXVI, 24). \u00bb Les Juifs impies passent plus ou moins longtemps en g\u00e9henne ; les gentils y demeurent. Quant au paradis, c&rsquo;est ou bien une division privil\u00e9gi\u00e9e du Sh\u00e9ol, ou bien la demeure c\u00e9leste de Mo\u00efse, \u00c9noch et Elie. On peut dire que d\u00e8s lors est pleinement r\u00e9alis\u00e9 le deuxi\u00e8me stade de croyance auquel le christianisme donnera un extr\u00eame d\u00e9veloppement.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Nous allons maintenant examiner quelques aspects de ce niveau de croyances dans diff\u00e9rentes civilisations. C&rsquo;est celui qui nous fournira les exemples les plus connus.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Le prototype para\u00eet s&rsquo;\u00eatre \u00e9labor\u00e9 en \u00c9gypte, \u00e0 la suite du Tuaou primitif. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;assez tardivement, apr\u00e8s le deuxi\u00e8me empire th\u00e9bain, qu&rsquo;appara\u00eet le mythe typique du jugement d&rsquo;Osiris pour les fautes commises pendant la vie. Tandis que le double reste dans le tombeau avec ses besoins presque physiques (nourriture, etc.), menant ainsi cette existence p\u00e2le et indiff\u00e9renci\u00e9e que nous avons d\u00e9j\u00e0 vue d\u00e9crite, l&rsquo;\u00e2me spirituelle part dans la Vall\u00e9e aux Douze Territoires subir son jugement. Si elle est d\u00e9clar\u00e9e pure, elle est admise dans des campagnes couvertes de f\u00e8ves en fleurs (champs d&rsquo;ialou) pour jouir d&rsquo;une vie immortelle dont les plaisirs sont la table, le jeu, la culture et l&rsquo;amour (les hommes ont toujours eu peu d&rsquo;imagination pour repr\u00e9senter le bonheur maximum). Si elle est impure, elle va, par les soins de R\u00e2, \u00eatre soumise \u00e0 mille supplices, en particulier \u00e0 celui du feu qui ne consume pas.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Il est certain que la description de l&rsquo;enfer par Virgile, au sixi\u00e8me chant de l&rsquo;En\u00e9ide, est une reproduction tout \u00e0 fait exacte des l\u00e9gendes \u00e9gyptiennes [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\">4<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">], \u0153uvre litt\u00e9raire d&rsquo;un po\u00e8te \u00e9rudit et nullement expression d&rsquo;une croyance nationale. Tous les d\u00e9tails du voyage des morts correspondent point pour point aux enseignements \u00e9gyptiens : Minos n&rsquo;est autre que Men\u00e8s, le premier roi d\u2019\u00c9gypte, le grand-juge. Rhadamante est R\u00e2 de l&rsquo;Amenti, le dieu qui punit ses ennemis. Les m\u00e9chants sont livr\u00e9s aux furies sans espoir d&rsquo;\u00e9vasion ; les bienheureux se divertissent sans fin dans des exercices et parades militaires.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Chez les Grecs, avec l&rsquo;Orphisme, s&rsquo;\u00e9labore l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une sanction pour les \u00e2mes des morts. Eschyle nous donne la description de terribles enfers. Pindare parle d&rsquo;une r\u00e9compense qui serait un retour \u00e0 la vie terrestre. Il n&rsquo;est pas dit que la mort puisse comporter un bonheur positif. L\u00e0 encore, il s&rsquo;agit surtout de r\u00e9cits de po\u00e8tes.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">En Asie, bien que ni le brahmanisme ni le bouddhisme ne comportent logiquement la possibilit\u00e9 de concevoir un enfer, puisque la sanction des m\u00e9rites d&rsquo;une vie se trouve dans les conditions d&rsquo;une vie ult\u00e9rieure, avec le principe des r\u00e9incarnations, l&rsquo;inconscient populaire, souvent trop primitif pour s&rsquo;adapter \u00e0 une telle doctrine religieuse, a imagin\u00e9 des supplices affreux dans l&rsquo;au-del\u00e0, comme on fait un mauvais r\u00eave sous l&rsquo;angoisse d&rsquo;une culpabilit\u00e9, et surtout a accept\u00e9 de croire \u00e0 ces barbares fantaisies. Un curieux ph\u00e9nom\u00e8ne religieux s&rsquo;est donc produit ; alors que le haut enseignement en \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 une croyance du troisi\u00e8me stade (nous l&rsquo;examinerons plus loin), une croyance plus primitive a reflu\u00e9 sous la pouss\u00e9e d&rsquo;un instinct collectif trop tourment\u00e9 et a pu marquer une r\u00e9gression r\u00e9elle puisque, m\u00eame dans le Code de Manou, on trouve d\u00e9crites vingt et une vari\u00e9t\u00e9s de supplices infernaux, appel\u00e9s Narakas ou Nirayas (XII, 16, 17). Tels sont : Tamistra, l&rsquo;obscurit\u00e9 ; Andhatamistra, les t\u00e9n\u00e8bres compl\u00e8tes ; Raurava, le lieu des hurlements o\u00f9 les violents sont br\u00fbl\u00e9s ; Maharaurava, le lieu des grands hurlements, o\u00f9 les impies sont br\u00fbl\u00e9s plus cruellement encore ; Kalasoutra, la trame de la mort ; Mahanaraka, le grand enfer ; Sanjivana, l&rsquo;enfer qui rend \u00e0 la vie et o\u00f9 ceux qui ont \u00e9t\u00e9 violents sont battus ; Avitchi, l&rsquo;enfer sans vague, dont le feu br\u00fble et fait craquer les os, pour ceux qui ont outrag\u00e9 leurs parents ; Tapana. l&rsquo;enfer br\u00fblant, pour les incendiaires ; Samapratapana, l&rsquo;enfer br\u00fblant compl\u00e8tement, pour les docteurs d&rsquo;impi\u00e9t\u00e9 ; Samghataka, l&rsquo;enfer de compression, pour les meurtriers d&rsquo;animaux ; Kakala, l&rsquo;enfer des corbeaux d\u00e9vorants ; Koudmala, l&rsquo;enfer des bourgeons, o\u00f9 les coupables sont enferm\u00e9s dans des sacs ; Poutinirittika, l&rsquo;enfer de l&rsquo;argile f\u00e9tide ; Lohasankou, la lance d&rsquo;airain ; Ritchisha, la po\u00eale \u00e0 frire ; Vishamapantana, la route raboteuse ; Kantakasalmati, les arbres \u00e9pineux ; Dipanadi, la rivi\u00e8re de flammes ; Asipatravana, la for\u00eat des feuilles-\u00e9p\u00e9es ; Lohatcharota, la cha\u00eene de fer.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Ces supplices ont lieu sous la terre ou dans une r\u00e9gion \u00e9loign\u00e9e vers le Sud. Le principe des r\u00e9incarnations a emp\u00each\u00e9 de les consid\u00e9rer comme absolument \u00e9ternels, mais ils ne durent jamais moins de plusieurs si\u00e8cles et peuvent atteindre un kalpa ou un manvantara, c&rsquo;est-\u00e0-dire des centaines de millions d&rsquo;ann\u00e9es, apr\u00e8s quoi, selon cette croyance populaire, les damn\u00e9s renaissent dans des corps d&rsquo;animaux.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">La m\u00eame croyance a atteint le bouddhisme, apr\u00e8s avoir obscurci le brahmanisme, conservant \u00e0 peu pr\u00e8s les m\u00eames descriptions, sous les m\u00eames noms [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\">5<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">], et m\u00eame une secte japonaise le Gio-do , a admis l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 absolue de ces enfers.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">En Chine, entre la p\u00e9riode de Confucius qui ne parlait pas des r\u00e9compenses dans l&rsquo;au-del\u00e0, et l&rsquo;enseignement bouddhiste qui, sous sa forme pure, croit \u00e0 un amendement du coupable, se place la doctrine interm\u00e9diaire du Tao par laquelle Lao-Tseu introduit la croyance \u00e0 l&rsquo;immortalit\u00e9 comme r\u00e9compense du m\u00e9rite. On lui attribue d&rsquo;ailleurs le livre <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Kan-Ying-Pien<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">, c&rsquo;est-\u00e0-dire le <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Trait\u00e9 des R\u00e9compenses et des Peines<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">. Encore faut-il ajouter que, comme chez les Juifs, cette immortalit\u00e9 est plus mat\u00e9rielle que spirituelle, puisqu&rsquo;il est question de certains personnages qui, tel Mathusalem, auraient v\u00e9cu des si\u00e8cles de leur vie terrestre.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">On voit combien toutes ces croyances s&rsquo;apparentent \u00e0 la tradition de l&rsquo;enfer qui nous est la plus famili\u00e8re, parce qu&rsquo;enseign\u00e9e \u00e0 notre enfance et admise par un grand nombre de nos contemporains sous la forme de l&rsquo;enseignement chr\u00e9tien.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Il est curieux de noter combien cette conception, partie du point qu&rsquo;avait atteint chez les Juifs l&rsquo;id\u00e9e des sanctions post-mortem, a \u00e9volu\u00e9 lentement et progressivement. En effet, on n&rsquo;y trouve que peu d&rsquo;allusions dans les \u00e9crits de la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration chr\u00e9tienne : Luc, dans une parabole (XVI, 22-23), dit que le mendiant mort est port\u00e9 dans le sein d&rsquo;Abraham tandis que le mauvais riche est br\u00fbl\u00e9 et tourment\u00e9 dans l&rsquo;enfer. Mathieu (XXV, 41-46) parle du feu \u00e9ternel pr\u00e9par\u00e9 par le diable et oppose ce ch\u00e2timent \u00e0 la vie \u00e9ternelle du juste. Jean (III, 36) promet la vie \u00e9ternelle \u00e0 qui croit au Fils : \u00ab Les autres ne verront pas la vie et la col\u00e8re de Dieu est sur eux. \u00bb Marc (IX, 43-46) reprend l&rsquo;expression d&rsquo;Isa\u00efe (XLVI, 24) concernant le feu qui ne s&rsquo;\u00e9teint pas et les vers qui ne p\u00e9rissent pas. L&rsquo;Apocalypse (XX 9-15) parle du lac de feu aux tourments \u00e9ternels. Partout, ce ne sont qu&rsquo;allusions vagues, comme \u00e0 une croyance populaire, sinon figures po\u00e9tiques. De m\u00eame le caract\u00e8re \u00e9ternel de ces peines n&rsquo;est indiqu\u00e9 que de fa\u00e7on obscure et contestable. La fa\u00e7on dont l&rsquo;enfer rendra ses prisonniers au jour du Jugement, mais pour mieux les reprendre ensuite, para\u00eet vraiment m\u00e9taphorique.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">C&rsquo;est avec les Conciles que l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;enfer a \u00e9t\u00e9 dogmatis\u00e9e : les p\u00e9cheurs doivent subir une peine afflictive et de caract\u00e8re expiatoire (Concile de Latran, 1215, de Lyon, 1274). En outre de la peine du dam, peine morale r\u00e9sultant de la s\u00e9paration du dieu, les p\u00e9cheurs doivent subir une peine des sens, qui est le supplice du feu, et encore d&rsquo;un feu mat\u00e9riel. L&rsquo;\u00c9glise ne permet pas le doute sur ce point et la Sacr\u00e9e P\u00e9nitencerie, interrog\u00e9e sur le fait de savoir si l&rsquo;on peut absoudre un p\u00e9nitent qui n&rsquo;admet qu&rsquo;un feu m\u00e9taphorique, r\u00e9pondit n\u00e9gativement, et cela le 30 avril 1890. Dans ces conditions l&rsquo;action du feu sur l&rsquo;\u00e2me immat\u00e9rielle devient assez difficile \u00e0 comprendre. \u00ab Des donn\u00e9es de la R\u00e9v\u00e9lation, explique un dictionnaire th\u00e9ologique, nous pouvons seulement conclure \u00e0 l&rsquo;existence d&rsquo;un feu myst\u00e9rieux qui sera pour les r\u00e9prouv\u00e9s un instrument de supplice [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\">6<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">]. \u00bb<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">D&rsquo;ailleurs l&rsquo;\u00c9glise tol\u00e8re l&rsquo;adjonction, \u00e0 ce canevas, de toutes sortes de fantaisies. Nous avons trouv\u00e9, entre les mains d&rsquo;une fillette de sept ans, un Cat\u00e9chisme en Images publi\u00e9 \u00e0 Paris (s. d.), \u00e0 la Maison de la Bonne Presse, et portant l&rsquo;imprimatur de l&rsquo;Archev\u00each\u00e9 de Paris en date du 19 f\u00e9vrier 1919. Ce livre repr\u00e9sentait l&rsquo;enfer avec un texte explicatif : \u00ab Un feu d\u00e9vorant est la peine commune \u00e0 tous les damn\u00e9s, mais chacun d&rsquo;eux souffre des peines appropri\u00e9es aux p\u00e9ch\u00e9s qu&rsquo;il a commis. Les impudiques sont frapp\u00e9s cruellement par les d\u00e9mons ou d\u00e9chir\u00e9s par des animaux f\u00e9roces. Les envieux sont enlac\u00e9s, piqu\u00e9s, d\u00e9chir\u00e9s par de monstrueux reptiles. Les gourmands et les ivrognes sont d\u00e9vor\u00e9s par une faim et une soif cruelles, repus du fiel du dragon et du venin de l&rsquo;aspic. Les col\u00e8res et les vindicatifs s&rsquo;entre-d\u00e9chirent et s&rsquo;arrachent les cheveux. Les paresseux sont perc\u00e9s avec des pointes enflamm\u00e9es, piqu\u00e9s par des scorpions et clou\u00e9s dans des brasiers \u00e9ternels, etc. \u00bb. Ce luxe de d\u00e9tails sadiques rappelle singuli\u00e8rement les enfers de l&rsquo;Inde et de la Chine. Faut-il les consid\u00e9rer comme l\u00e9gende populaire ou comme croyance officielle quand ils sont consign\u00e9s dans un cat\u00e9chisme de l&rsquo;Archev\u00each\u00e9 destin\u00e9 aux \u00e9coles ? Ces d\u00e9tails, d&rsquo;ailleurs, n&rsquo;ont rien de plus incroyable en soi que le feu \u00e9ternel du dogme.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Il est remarquable en tout cas que le c\u00f4t\u00e9 monstrueux de l&rsquo;enfer soit surtout soulign\u00e9 dans l&rsquo;enseignement religieux destin\u00e9 aux jeunes enfants. Je me rappelle avoir entendu, \u00e0 neuf ans, un sermon sur ce sujet. Apr\u00e8s avoir d\u00e9taill\u00e9 lentement et savamment ce que pouvait \u00eatre le supplice du feu pour la victime, le pr\u00e9dicateur, satisfait de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 silencieuse de son jeune auditoire, ajoutait \u00e0 peu pr\u00e8s ceci : \u00ab Ce tourment, si \u00e9pouvantable qu&rsquo;on ne saurait l&rsquo;imaginer sans fr\u00e9mir pendant une seconde, dure pendant l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. Savez-vous ce qu&rsquo;est l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 ? Imaginez un mur de bronze \u00e9pais comme cette maison et un oiseau venant tous les cent ans l&rsquo;effleurer de son aile : quand le mur sera compl\u00e8tement us\u00e9 par l&rsquo;aile de l&rsquo;oiseau, l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 n&rsquo;aura pas encore commenc\u00e9. \u00bb<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Il semble que dans l&rsquo;enseignement chr\u00e9tien l&rsquo;id\u00e9e de justice divine prend son aspect le plus monstrueux, pr\u00e9cis\u00e9ment en raison de l&rsquo;affirmation brutalement mat\u00e9rielle (et non plus all\u00e9gorique) des peines promises, compl\u00e9t\u00e9e par la \u00ab r\u00e9surrection des corps \u00bb et surtout en raison de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 absolue d&rsquo;un ch\u00e2timent pour une faute n\u00e9cessairement limit\u00e9e. Ici, les kalpas et les manvantaras indiens sont largement d\u00e9pass\u00e9s.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Pareille disproportion \u2014 pour laquelle l&rsquo;\u00c9glise n&rsquo;a jamais pu proposer de rationalisation satisfaisante \u2014 confirme surabondamment le caract\u00e8re purement vindicatif du ch\u00e2timent. Dieu se venge et, comme il est tout-puissant, sa vengeance est illimit\u00e9e. D&rsquo;ailleurs le terme de \u00ab vengeance divine \u00bb est couramment employ\u00e9 en style religieux. Cette conception r\u00e9alise parfaitement le type du deuxi\u00e8me stade de croyance en raison de sa cruaut\u00e9 disproportionn\u00e9e, son inutilit\u00e9 totale et surtout en raison d&rsquo;un de ses caract\u00e8res accessoires dont nous allons maintenant parler : la non-limitation de la responsabilit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;individu.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Une id\u00e9e tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9e dans l&rsquo;Ancien Testament admet la punition d&rsquo;un interm\u00e9diaire : \u00e0 la col\u00e8re de Dieu qui exigeait du sang frais, on sacrifiait des animaux pour n&rsquo;avoir pas \u00e0 payer de son propre sang \u2014 ou bien on sacrifiait des prisonniers, des esclaves ou des enfants (sacrifice d&rsquo;Abraham). Quand on ne les tuait pas, on les ch\u00e2trait et quand on ne les ch\u00e2trait pas, on les circoncisait. Cette id\u00e9e de tricher sur le paiement, de tromper le cr\u00e9ancier ou de faire payer les autres est sp\u00e9cifiquement juive. Elle s&rsquo;\u00e9panouit dans la conception messianique. Avoir fait payer \u00e0 Dieu lui-m\u00eame (ou \u00e0 son fils) les p\u00e9ch\u00e9s des hommes, tel est le triomphe de la ruse s\u00e9mitique, la bonne affaire par excellence. En v\u00e9rit\u00e9, l&rsquo;id\u00e9e est si excessive qu&rsquo;elle n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue que par \u00e9tapes et apr\u00e8s toutes sortes de rationalisations : le Messie annonc\u00e9 n&rsquo;est d&rsquo;abord qu&rsquo;un lib\u00e9rateur politique pour la nation opprim\u00e9e, le chef attendu pour la r\u00e9volte esp\u00e9r\u00e9e. Comme envoy\u00e9 de Dieu, il doit \u00eatre un mod\u00e8le de perfection et de puissance. On attend de lui tout le bien possible, y compris qu&rsquo;il obtiendra de Dieu, le jour de la lib\u00e9ration, une sorte d&rsquo;amnistie pour les p\u00e9cheurs. Si l&rsquo;on regarde du c\u00f4t\u00e9 historique, il n&rsquo;est pas s\u00fbr que J\u00e9sus n&rsquo;ait pas \u00e9t\u00e9 choisi comme chef ou inspirateur d&rsquo;une faction nationaliste pour attenter \u00e0 la domination romaine : on a pr\u00e9tendu que son entr\u00e9e triomphale \u00e0 J\u00e9rusalem aurait eu cette signification ; les Juifs esp\u00e9raient qu&rsquo;il \u00e9tait enfin le lib\u00e9rateur annonc\u00e9 par les proph\u00e8tes. L&rsquo;\u00e9chec possible d&rsquo;un coup de main aurait justifi\u00e9 sa condamnation peu de temps apr\u00e8s par les autorit\u00e9s romaines, par ailleurs assez indiff\u00e9rentes aux mouvements religieux. Pilate n&rsquo;aurait pas cru que le royaume \u00e0 \u00e9tablir \u00e9tait purement c\u00e9leste : <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">l\u2019infamante<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> inscription Rex Judaeorum, la d\u00e9rision de la couronne et du sceptre, auraient aussi \u00e9t\u00e9 un avertissement pour des imitateurs possibles. Les pers\u00e9cutions des chr\u00e9tiens, Juifs r\u00e9volt\u00e9s contre C\u00e9sar, auraient pris \u00e0 Rome une signification intense, de m\u00eame que les incendies allum\u00e9s aux anniversaires de la prise du Temple de J\u00e9rusalem, en vengeance contre l&rsquo;Empire et peut-\u00eatre faussement attribu\u00e9s \u00e0 N\u00e9ron. Si l&rsquo;on pouvait admettre que J\u00e9sus ait \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 la t\u00eate d&rsquo;une r\u00e9volte politique manqu\u00e9e, on comprendrait que ses partisans, ceux qui croyaient \u00e0 son intervention messianique, aient eu l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;en attendre le Royaume C\u00e9leste, une fois perdu l&rsquo;espoir de restauration nationale.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">\u00c0 vrai dire, l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;expiation, par J\u00e9sus, des p\u00e9ch\u00e9s des hommes, telle qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 surtout d\u00e9velopp\u00e9e par saint Anselme et saint Thomas, parce qu&rsquo;il fallait \u00e0 Dieu une victime, m\u00eame innocente, pour \u00e9puiser sa col\u00e8re, n&rsquo;a pas rencontr\u00e9 une adh\u00e9sion universelle dans la chr\u00e9tient\u00e9. Ab\u00e9lard, par exemple, voulait voir dans cette mort de J\u00e9sus une simple invitation au repentir. Il n&rsquo;est pas moins vrai que cette conception de justice substitutive se retrouve \u00e0 tout moment dans l&rsquo;\u00c9glise catholique. Certains saints auraient fait le v\u0153u de prendre \u00e0 leur compte une partie des souffrances impos\u00e9es aux \u00e2mes coupables. Beaucoup de fid\u00e8les pensent qu&rsquo;ils peuvent faire de m\u00eame par une d\u00e9pense et soulager ces \u00e2mes avec des messes, m\u00eame celles qui sont destin\u00e9es aux peines infinies de l&rsquo;enfer. \u00ab Quelques-uns ont pens\u00e9, dit le <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Dictionnaire apolog\u00e9tique<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> (l. c.), en ce qui concerne les damn\u00e9s, que les suffrages de l&rsquo;\u00c9glise pouvaient n&rsquo;\u00eatre pas d\u00e9nu\u00e9s de tout effet, mais tous sont d&rsquo;accord pour affirmer qu&rsquo;apr\u00e8s le jugement dernier, il n&rsquo;est plus de recours possible contre la justice de Dieu&#8230; \u00bb En tout cas, l&rsquo;efficacit\u00e9 est consid\u00e9r\u00e9e comme certaine pour des condamnations moindres et il appara\u00eet que les plus riches ou les plus puissants sur la terre sont encore favoris\u00e9s dans l&rsquo;au-del\u00e0, puisqu&rsquo;ils peuvent compter sur l&rsquo;effort des autres comme sur un adoucissement \u00e0 leur responsabilit\u00e9. De m\u00eame, les indulgences d\u00e9livr\u00e9es par le Vatican s&rsquo;\u00e9tendent du titulaire \u00e0 ses parents et \u00e0 ses descendants qui ne sont pas encore n\u00e9s. Ceci est assez conforme \u00e0 l&rsquo;esprit juda\u00efque qui faisait p\u00e2tir d&rsquo;une mal\u00e9diction les g\u00e9n\u00e9rations suivantes. \u00c0 ce niveau de croyance, il est juste que les enfants paient pour les parents, comme il est juste de solder son crime par une amende. \u00c0 un autre point de vue, le dogme de la gr\u00e2ce donne \u00e0 la justice divine un tel caract\u00e8re que la valeur de la responsabilit\u00e9 individuelle s&rsquo;en trouve encore att\u00e9nu\u00e9e. Ici, la tradition chr\u00e9tienne rejoint l&rsquo;eschatologie musulmane : le salut de chacun, l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;\u00e9rotique paradis, reste soumis au bon plaisir d&rsquo;Allah, sup\u00e9rieur \u00e0 tout principe de justice.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Cependant, il serait injuste de m\u00e9conna\u00eetre les efforts tent\u00e9s par l&rsquo;\u00c9glise pour s&rsquo;\u00e9lever \u00e0 un stade plus \u00e9lev\u00e9 de l&rsquo;id\u00e9al de justice.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Tout d&rsquo;abord, l&rsquo;id\u00e9e messianique de r\u00e9demption a pu abriter la croyance consolante en un Dieu compatissant \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame, jusqu&rsquo;au sacrifice de lui-m\u00eame, et singuli\u00e8rement diff\u00e9rent du vieux J\u00e9hovah buveur de sang. Cet aper\u00e7u, creus\u00e9 tout \u00e0 coup \u00e0 travers la rude carapace de l&rsquo;Ancien Testament, a permis \u00e0 des conceptions religieuses d&rsquo;un ordre beaucoup plus \u00e9lev\u00e9 de se greffer sur le vieux tronc traditionnel, sorte d&rsquo;\u00e9sot\u00e9risme subtil qui devait entrer dans le dogme. Dieu devient ainsi, en la personne du Fils, l&rsquo;image de l&rsquo;amour absolu et du sacrifice total. On ne comprendrait certes pas la coexistence de l&rsquo;enfer cruel avec cette conception \u00e9lev\u00e9e, si l&rsquo;on cherchait quelque logique dans le domaine tout sentimental de la religion.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Un compromis a \u00e9t\u00e9 cherch\u00e9 et trouv\u00e9 avec le purgatoire, id\u00e9e \u00e9labor\u00e9e par Orig\u00e8ne, formul\u00e9e par Gr\u00e9goire le Grand, mais rejet\u00e9e par l&rsquo;\u00c9glise grecque comme \u00e9trang\u00e8re aux \u00c9vangiles. Il permet de proportionner la peine au d\u00e9lit et tend \u00e0 se substituer pratiquement \u00e0 l&rsquo;enfer, qui se trouverait r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 des cas tout \u00e0 fait exceptionnels. Un pr\u00eatre plein d&rsquo;esprit disait derni\u00e8rement \u00e0 ce sujet : \u00ab Nous sommes oblig\u00e9s de croire \u00e0 l&rsquo;enfer, puisqu&rsquo;on nous l&rsquo;enseigne, mais il faut bien esp\u00e9rer qu&rsquo;il n&rsquo;y a personne dedans, sauf le diable \u00bb ; il ajoutait : \u00ab Peut-\u00eatre aussi Judas. \u00bb<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">On n&rsquo;a pas beaucoup essay\u00e9 de d\u00e9crire les souffrances du purgatoire et on peut les imaginer plus spirituelles que physiques. Ces souffrances perdent aussi une partie de leur caract\u00e8re de vengeance divine, puisqu&rsquo;elles servent au coupable \u00e0 regretter ses fautes et \u00e0 s&rsquo;amender en vue de son acc\u00e8s final au paradis. Avec le purgatoire, l&rsquo;id\u00e9e de justice divine atteint le troisi\u00e8me stade de perfectionnement. Au fur et \u00e0 mesure que cette \u00e9volution se r\u00e9alise, l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;enfer appara\u00eet comme plus odieuse et des efforts sont entrepris pour la rejeter. Certains protestants ont repris l&rsquo;Apocatastase ou Restauration universelle d&rsquo;Orig\u00e8ne s&rsquo;appuyant sur quelques P\u00e8res de l&rsquo;\u00c9glise, ils admettent que les r\u00e9prouv\u00e9s sont destin\u00e9s non \u00e0 des souffrances \u00e9ternelles, mais \u00e0 une destruction finale, tandis que seuls les justes re\u00e7oivent la vie \u00e9ternelle. Ceci est la th\u00e9orie de l&rsquo;immortalit\u00e9 conditionnelle. Des th\u00e9ologiens orthodoxes m\u00eame ont essay\u00e9 d&rsquo;att\u00e9nuer l&rsquo;horreur de la damnation : Mgr de Pressy, au XVIII<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><sup><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">e<\/span><\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> si\u00e8cle, admet que toutes ces peines, si douloureuses qu&rsquo;elles soient, doivent encore \u00eatre supportables et pr\u00e9f\u00e9rables au n\u00e9ant.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Cependant, en promulguant un dogme intangible \u00e0 chaque crise de doute religieux et en affirmant son infaillibilit\u00e9 d\u00e9finitive, l&rsquo;\u00c9glise a pu \u00e9viter des schismes qui auraient affaibli sa puissance, mais elle s&rsquo;est interdit d&rsquo;\u00e9voluer.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Il n&rsquo;en est pas de m\u00eame dans les autres religions et pour cela nous voyons se d\u00e9velopper dans beaucoup d&rsquo;entre elles un enseignement plus \u00e9lev\u00e9 destin\u00e9 \u00e0 satisfaire les aspirations plus nobles des esprits avanc\u00e9s et o\u00f9, en particulier, la conception d&rsquo;une sanction divine rev\u00eat les caract\u00e8res les plus parfaits que nous lui connaissions au troisi\u00e8me stade : elle ne constitue plus la vengeance d&rsquo;un Dieu courrouc\u00e9, mais un amendement utile au coupable ; elle ne d\u00e9pend que de sa responsabilit\u00e9 personnelle et tend \u00e0 son salut final, car tous les \u00eatres sont solidaires et tous doivent \u00eatre sauv\u00e9s \u00e0 la fin.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">D\u00e8s que l&rsquo;homme poursuit un id\u00e9al semblable dans ses m\u00e9ditations religieuses, il en arrive presque n\u00e9cessairement \u00e0 la m\u00eame solution que nous retrouverons partout enseign\u00e9e \u00e0 ce stade, moins comme l&rsquo;\u00e9cho d&rsquo;une tradition commune que comme le produit d\u00e9fini d&rsquo;un certain degr\u00e9 d&rsquo;aspirations spirituelles, selon des constantes humaines. L&rsquo;homme pense alors que les in\u00e9galit\u00e9s d&rsquo;une vie doivent \u00eatre d\u00e9termin\u00e9es par quelque chose d&rsquo;ant\u00e9rieur, et probablement par des vies pr\u00e9c\u00e9dentes, le principe spirituel se r\u00e9incarnant plusieurs fois. De m\u00eame les m\u00e9rites actuellement acquis am\u00e8nent l&rsquo;\u00e2me \u00e0 revivre ult\u00e9rieurement dans des conditions plus favorables, donc avec plus de bonheur ; ainsi se r\u00e9alisent \u00e0 la fois au-del\u00e0 de la mort et pourtant sur la terre m\u00eame (comme avec la r\u00e9surrection de la chair) les effets de la justice supr\u00eame. Quant au but vers lequel tendent ces r\u00e9incarnations successives, la solution qui s&rsquo;impose, selon cet id\u00e9al de solidarit\u00e9 et de paix, c&rsquo;est l&rsquo;union finale de toutes les \u00e2mes individuelles, devenues parfaites, en une \u00e2me universelle et divine. L&rsquo;homme finit par d\u00e9couvrir en lui le dieu qu&rsquo;il a cherch\u00e9 ailleurs.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">En g\u00e9n\u00e9ral, pareille doctrine n&rsquo;est accessible qu&rsquo;aux esprits les plus cultiv\u00e9s d&rsquo;une civilisation. Elle fait l&rsquo;objet d&rsquo;un \u00e9sot\u00e9risme sp\u00e9cial et se transmet aux initi\u00e9s sous forme de mythes symboliques.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">En \u00c9gypte, avec les progr\u00e8s de la culture aux p\u00e9riodes avanc\u00e9es, s&rsquo;est form\u00e9 un centre initiatique qui, avec les myst\u00e8res d&rsquo;Isis, a r\u00e9pandu dans tout le monde antique la consolation de sa haute croyance : Osiris, le Bien, la source premi\u00e8re de toutes les \u00e2mes, dans sa lutte contre Typhon, le Mal, la Mati\u00e8re, se trouve d\u00e9membr\u00e9 en morceaux \u00e9pars. Isis, la Connaissance, r\u00e9ussit \u00e0 faire l&rsquo;union de ces parties et le dieu ressuscite. Il est facile d&rsquo;y voir le secret de la r\u00e9incarnation, fondement de la nouvelle justice. Dans son <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Trait\u00e9 d&rsquo;Isis et d&rsquo;Osiris<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\">7<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">], Plutarque, qui \u00e9tait all\u00e9 s&rsquo;initier dans les centres n\u00e9opythagoriciens d&rsquo;Alexandrie, r\u00e9v\u00e8le en partie la signification symbolique du mythe et indique son identit\u00e9 fonci\u00e8re avec la fable grecque de Dyonisius.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Pindare avait d\u00e9j\u00e0 exprim\u00e9 la possibilit\u00e9, pour une \u00e2me, de revenir sur la terre, et les myst\u00e8res grecs o\u00f9 Bacchus \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9 d\u00e9chir\u00e9 par les Bacchantes puis ressuscit\u00e9 par Demeter, trouv\u00e8rent dans l&rsquo;Hellade des esprits fort distingu\u00e9s pour les comprendre. L&rsquo;id\u00e9e de la r\u00e9incarnation s&rsquo;y r\u00e9pandit ; les dialogues de Platon ne laissent aucun doute \u00e0 ce sujet. \u00ab Il y a un retour \u00e0 la vie, dit le Ph\u00e9don ; les vivants naissent des morts ; les \u00e2mes des morts survivent et un sort, meilleur pour les bonnes et pire pour les mauvaises, les attend [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote8sym\" name=\"sdfootnote8anc\">8<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">]. \u00bb Jusqu&rsquo;\u00e0 Platon, en effet, l&rsquo;immortalit\u00e9 de l&rsquo;\u00e2me ne fut jamais, en Gr\u00e8ce, philosophiquement expos\u00e9e ; elle \u00e9tait latente dans les rites orphiques. Pour confirmer les d\u00e9clarations de Platon sur les bienheureux r\u00e9sultats de l&rsquo;initiation, nous avons toute une s\u00e9rie de t\u00e9moignages du VI<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><sup><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">e<\/span><\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> si\u00e8cle \u00e0 la fin du paganisme, qui s&rsquo;\u00e9chelonnent pendant une dur\u00e9e de dix si\u00e8cles et proclament en termes presque identiques l&rsquo;esp\u00e9rance et la foi des adeptes [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote9sym\" name=\"sdfootnote9anc\">9<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">].<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">En Asie, avec le Brahmanisme (avatars) et le Bouddhisme, nous voyons le principe de la r\u00e9incarnation, comme sanction et comme processus d&rsquo;\u00e9volution, constituer d\u00e8s l&rsquo;origine le noyau de tout l&rsquo;enseignement religieux. Il ne s&rsquo;agit plus ici d&rsquo;un \u00e9sot\u00e9risme, m\u00eame tr\u00e8s clair, tir\u00e9 de mythes all\u00e9goriques, mais d&rsquo;une id\u00e9e philosophique explicite.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Selon cette conception, avons-nous vu, la conscience universelle est en voie de formation. Elle se r\u00e9alisera quand toutes les \u00e2mes individuelles seront r\u00e9unies en un organisme psychique collectif, aussi sup\u00e9rieur \u00e0 chacune d&rsquo;elles que l&rsquo;homme aux cellules isol\u00e9es qui composent son corps. Il s&rsquo;ensuit que Dieu n&rsquo;est pas distinct des \u00eatres, mais que chaque \u00eatre est une partie de Dieu, et Dieu une synth\u00e8se future des \u00eatres. Le panth\u00e9isme devient la conclusion in\u00e9vitable d&rsquo;une pareille conception. Les dieux perdent de leur signification en s&rsquo;int\u00e9riorisant dans l&rsquo;homme. Avec le Bouddhisme, ils disparaissent compl\u00e8tement et nous avons une religion sans dieu, dont l&rsquo;objet n&rsquo;est qu&rsquo;une id\u00e9e m\u00e9taphysique.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">La loi inflexible, pr\u00e9cise, automatique, en vertu de laquelle chaque existence successive est d\u00e9termin\u00e9e par les existences ant\u00e9rieures, s&rsquo;appelle loi de Karma (ou d&rsquo;action). C&rsquo;est seulement la s\u00e9rie totale des vies qui d\u00e9termine le sort d\u00e9finitif de l&rsquo;\u00e2me et celui-ci n&rsquo;a qu&rsquo;une direction et une issue : l&rsquo;Union finale.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">La responsabilit\u00e9 est strictement individuelle : \u00ab La puret\u00e9 et l&rsquo;impuret\u00e9 appartiennent \u00e0 chacun ; personne ne peut purifier un autre [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote10sym\" name=\"sdfootnote10anc\">10<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">]. \u00bb<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Il existe une proportionnalit\u00e9 raisonnable entre les crimes et les sanctions, presque un talion, \u00e9tant donn\u00e9 que l&rsquo;offenseur doit se retrouver, au cours d&rsquo;une autre vie, en pr\u00e9sence de l&rsquo;offens\u00e9 et dans une situation inverse, \u2014 mais ici le mal s&rsquo;\u00e9teint par le pardon, non par la vengeance. En outre, l&rsquo;homme est jug\u00e9 sur ses intentions, non sur ses actes, ce qui donne au probl\u00e8me de la responsabilit\u00e9 plus de subtilit\u00e9 que tout autre principe : \u00ab Celui qui agit en pla\u00e7ant toutes ses actions dans l&rsquo;\u00c9ternel, abandonnant l&rsquo;attachement (la passion, l&rsquo;\u00e9go\u00efsme), n&rsquo;est pas plus affect\u00e9 par le p\u00e9ch\u00e9 que la feuille de lotus par l&rsquo;eau [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote11sym\" name=\"sdfootnote11anc\">11<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">]. \u00bb<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">La loi de Karma s&rsquo;effectue selon un m\u00e9canisme naturel : l&rsquo;homme entretient, pendant sa vie, des aspirations, des d\u00e9sirs, qui deviennent, dans une autre vie et en vertu de leur fixation, des capacit\u00e9s ; il entretient des pens\u00e9es qui deviennent des tendances, des intentions qui deviennent des actes, des exp\u00e9riences qui deviennent de la sagesse. Imprim\u00e9es dans l&rsquo;\u00e2me, ces potentialit\u00e9s s&rsquo;\u00e9laborent apr\u00e8s la mort et orientent la naissance suivante, en vertu d&rsquo;une simple affinit\u00e9, vers les circonstances et le milieu qui y correspondent le plus exactement.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Cette s\u00e9rie de renaissances n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pas ind\u00e9finie. Il arrive un moment o\u00f9 l&rsquo;homme \u00e9puise le d\u00e9sir, la passion qui l&rsquo;encha\u00eene aux \u00eatres et aux choses ; son d\u00e9tachement le lib\u00e8re de la \u00ab roue des renaissances \u00bb. Le seul moyen d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rer cette lib\u00e9ration est donc d&rsquo;\u00e9teindre le d\u00e9sir : \u00ab Sans attachement, accomplis constamment l&rsquo;\u0153uvre qui est ton devoir, car c&rsquo;est en agissant avec abn\u00e9gation que l&rsquo;homme atteint vraiment la supr\u00eame sagesse [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote12sym\" name=\"sdfootnote12anc\">12<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">] \u00bb. Ainsi est atteint le but ultime, l&rsquo;union \u00e0 la conscience universelle (Yoga ou Nirvana). Le Nirvana (\u00e9tymologiquement : sans bois, sans combustible, \u00e9teint) n&rsquo;est pas une annihilation de l&rsquo;\u00eatre au sein de la b\u00e9atitude universelle, mais annihilation de tout ce qui est individualit\u00e9 particuli\u00e8re, c&rsquo;est-\u00e0-dire limitation. Beaucoup d&rsquo;orientalistes, \u00e9duqu\u00e9s dans une religion plus grossi\u00e8re, ont confondu la vie de l&rsquo;esprit avec la vie de la forme et l&rsquo;ont d\u00e9crit comme une sorte de non-\u00eatre. C&rsquo;est en r\u00e9alit\u00e9 une participation \u00e0 la conscience universelle, percevant tout ce qui se passe dans chaque cr\u00e9ature, avec un sentiment d&rsquo;universalit\u00e9, d&rsquo;ubiquit\u00e9, de simultan\u00e9it\u00e9 et de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 absolues.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Il est \u00e9vident, comme nous l&rsquo;avons signal\u00e9, que, sous leur forme originale et pure, ces doctrines ne sauraient comporter d&rsquo;enfer au sens que nous donnons \u00e0 ce mot. Un certain \u00e9sot\u00e9risme a utilis\u00e9 le nom d&rsquo;Avitchi pour d\u00e9signer l&rsquo;\u00e9tat spirituel de ceux que leurs mauvaises intentions ont rejet\u00e9s hors du courant d&rsquo;\u00e9volution qui entra\u00eene leur groupe ou leur esp\u00e8ce ; il ne comporte qu&rsquo;un retard \u00e0 leur int\u00e9gration. Quant aux sept talas sanscrits, c&rsquo;est un terme m\u00e9taphysique pour d\u00e9signer les forces de r\u00e9sistance qui s&rsquo;opposent \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution g\u00e9n\u00e9rale sur un plan d\u00e9termin\u00e9. On y retrouve bien la m\u00eame id\u00e9e que dans le mot Satan qui signifie en h\u00e9breu l&rsquo;obstacle, ou le mot Diabolos qui signifie en grec : jet\u00e9 en travers, mais le tala reste dans le domaine des pures abstractions.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Il est assez singulier que les religions de l&rsquo;Inde, si avanc\u00e9es, ne nous montrent pas les traces historiques d&rsquo;un stade de croyance plus primitif, comme il appara\u00eet ailleurs. Il est possible que ces id\u00e9es aient \u00e9t\u00e9 import\u00e9es et, dans ce sens, un certain nombre d&rsquo;auteurs pensent, d&rsquo;apr\u00e8s diverses traces et notamment des constatations philologiques, que l&rsquo;Inde aurait \u00e9t\u00e9 fortement influenc\u00e9e \u00e0 l&rsquo;origine par une immigration celtique. Les Celtes, Kymris ou Gaillis, paraissent d&rsquo;ailleurs avoir habit\u00e9 presque toute l&rsquo;Europe \u00e0 une \u00e9poque recul\u00e9e, et il n&rsquo;est pas sans int\u00e9r\u00eat de mentionner \u00e0 ce sujet l&rsquo;opinion de Diog\u00e8ne de La\u00ebrce, selon laquelle la philosophie celtique aurait constitu\u00e9 une des principales sources de la philosophie grecque. Or, d&rsquo;une part, il est connu que les Druides poss\u00e9daient d&rsquo;importants coll\u00e8ges d&rsquo;enseignement religieux comme Al\u00e9sia ou Bibracte (Autun) ; que cet enseignement \u00e9tait purement oral, non sans doute pour constituer des exercices de m\u00e9moire, comme pr\u00e9tend C\u00e9sar [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote13sym\" name=\"sdfootnote13anc\">13<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">], mais pour des raisons plus \u00e9sot\u00e9riques, puisque les Druides devaient prononcer le serment de cacher leur culte aux \u00e9trangers. Il fut donc relativement facile \u00e0 C\u00e9sar, puis \u00e0 Claude et Tib\u00e8re, d\u2019\u00ab abolir enti\u00e8rement la religion des Druides [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote14sym\" name=\"sdfootnote14anc\">14<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">] \u00bb. L\u2019\u0153uvre de destruction fut d&rsquo;ailleurs parachev\u00e9e par les moines qui br\u00fbl\u00e8rent en Irlande des monceaux de manuscrits runiques. Mais les hymnes bardiques (d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9s par Lucain, Diodore de Sicile, Ammien Marcellin) ont pu \u00eatre plus ou moins conserv\u00e9s par la tradition et recueillis plus tard. On y trouve la tradition d&rsquo;une sorte d&rsquo;\u00c9den \u00e0 quatre fleuves, Flath&rsquo; innis, l&rsquo;\u00eele bienheureuse, et d&rsquo;une \u00eele froide infernale, Ifurin, o\u00f9 l&rsquo;\u00e2me r\u00e9prouv\u00e9e tournoie sans cesse sur la plaine mar\u00e9cageuse, sans jamais voir les vall\u00e9es verdoyantes [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote15sym\" name=\"sdfootnote15anc\">15<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">]. On y trouve aussi mentionn\u00e9s les trois cycles d&rsquo;existence : Abred, cercle de migration des \u00e2mes, Gwynfid, cercle de f\u00e9licit\u00e9 et Ceugant, cercle divin, mais surtout le barde Tal\u00e9sin parle de la r\u00e9incarnation en termes non \u00e9quivoques. Dans son po\u00e8me <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Cad Godden<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">, il d\u00e9clare : \u00ab J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 vip\u00e8re dans le lac, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 couleuvre sur la montagne, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 \u00e9l\u00e9phant dans l&rsquo;Inde, lion d&rsquo;Afrique, puis chien et mouton \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat domestique et l&rsquo;homme m&rsquo;a communiqu\u00e9 une partie de son intelligence et de sa vie. J&rsquo;ai habit\u00e9 ensuite une \u00e9toile, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 pr\u00eatre, puis pasteur, enfin roi un long temps s&rsquo;est \u00e9coul\u00e9 ; j&rsquo;ai dormi dans deux mille mondes, je me suis agit\u00e9 dans cent cercles [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote16sym\" name=\"sdfootnote16anc\">16<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">] \u00bb.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Il serait disproportionn\u00e9 d&rsquo;allonger ici cette \u00e9num\u00e9ration, mais il est int\u00e9ressant pour notre \u00e9tude d&rsquo;observer que le troisi\u00e8me degr\u00e9 de croyance sur la justice dans l&rsquo;au-del\u00e0, en particulier sous la forme de r\u00e9incarnation, a pu d\u00e8s l&rsquo;antiquit\u00e9 exister chez un nombre consid\u00e9rable de peuples, on pourrait dire chez tous ceux qui avaient atteint un certain degr\u00e9 de civilisation.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Dans cette continuit\u00e9, la religion jud\u00e9o-chr\u00e9tienne marque une rupture, du moins sous sa forme dogmatique, cristallis\u00e9e sur l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;enfer \u00e9ternel. En Europe, en effet, l&rsquo;\u00c9glise, jalouse de son pouvoir temporel, a maintenu son unit\u00e9 au moyen de dogmes intransigeants, les d\u00e9fendant par le fer et par le feu avec une intol\u00e9rance jamais \u00e9gal\u00e9e ailleurs dans l&rsquo;histoire des religions. Il s&rsquo;est m\u00eame produit, en raison de son existence politique, ce fait tout \u00e0 fait exceptionnel que l&rsquo;\u00c9glise s&rsquo;est efforc\u00e9e par tous les moyens d&rsquo;imposer et de propager son enseignement, alors que toutes les autres religions r\u00e9servaient soigneusement le leur.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Comme cons\u00e9quence, un \u00e9sot\u00e9risme s&rsquo;est constitu\u00e9 secr\u00e8tement en Europe d\u00e8s la fin du Moyen Age, ressuscitant la vieille initiation \u00e9gyptienne et l&rsquo;adaptant aux s\u00e9culaires aspirations de l&rsquo;\u00e2me celte, mais toujours hors de l&rsquo;\u00c9glise et souvent contre elle. C&rsquo;est l\u00e0, dans cette libert\u00e9 spirituelle relative, mais voil\u00e9e sous un symbolisme imp\u00e9n\u00e9trable aux inquisitions eccl\u00e9siastiques, qu&rsquo;il faut chercher les plus hautes formes de croyance \u00e0 la justice divine.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><a name=\"_GoBack\"><\/a> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Il est infiniment probable que le mysticisme celtique a pu s&rsquo;infiltrer dans les initiations de la Chevalerie qui commencent au <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">V<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">III<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><sup><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">e<\/span><\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> si\u00e8cle, et dont nous ne savons plus rien, mais dont le rituel compliqu\u00e9 que nous lui connaissons \u00e0 son d\u00e9clin, au XV<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><sup><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">e<\/span><\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> si\u00e8cle, donne \u00e0 penser qu&rsquo;elle visait plus haut qu&rsquo;\u00e0 d\u00e9livrer un brevet militaire, sorte de permis de conduire un cheval. On pourrait d&rsquo;ailleurs trouver dans les romans de la Table Ronde une mythologie symbolique, comme on en trouvera plus tard dans le Roman de la Rose.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Les Croisades ont mis l&rsquo;\u00e9lite intellectuelle de toute l&rsquo;Europe en contact avec un Orient o\u00f9, sans doute, n&rsquo;\u00e9taient pas compl\u00e8tement perdues les hautes id\u00e9es religieuses de l&rsquo;antiquit\u00e9, plus ou moins incorpor\u00e9es au gnosticisme. L&rsquo;ordre du Temple, qui se fonda au XII<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><sup><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">e<\/span><\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> si\u00e8cle, pendant l&rsquo;apog\u00e9e de la Chevalerie et comme une institution filiale de celle-ci, comportait aussi une initiation. Nous savons qu&rsquo;\u00e0 la fin du <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">XIII<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><sup><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">e<\/span><\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> si\u00e8cle, il comptait quinze mille membres et \u00e9tait devenu une association internationale assez puissante pour s&rsquo;opposer au Pape et l&rsquo;inqui\u00e9ter. Nous savons aussi qu&rsquo;en France, \u00e0 l&rsquo;instigation de Philippe le Bel, les Chevaliers du Temple furent un jour emprisonn\u00e9s sous d&rsquo;odieuses inculpations d&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie, que l&rsquo;Inquisiteur de France en br\u00fbla une soixantaine apr\u00e8s leur avoir fait avouer, dans d&rsquo;horribles tortures, tout ce que voulaient les bourreaux, enfin que leurs biens, qui \u00e9taient immenses, furent confisqu\u00e9s au profit de l&rsquo;\u00c9glise et du Roi. Nous ignorons tout de leurs pr\u00e9tendues h\u00e9r\u00e9sies. mais la Rose-Croix et la Ma\u00e7onnerie pr\u00e9tendent en avoir sauv\u00e9 la tradition, et l\u00e0 la l\u00e9gende d&rsquo;Hiram rappelle par certains c\u00f4t\u00e9s le mythe osirien. On trouve, dans le rituel ma\u00e7onnique, des allusions \u00e0 la r\u00e9incarnation, mais voil\u00e9es en termes de construction (comme en termes de politique dans la <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>R\u00e9publique<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> de Platon).<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Mais c&rsquo;est l&rsquo;Herm\u00e9tisme qui, sous le symbole de la fabrication de l&rsquo;or et en termes d&rsquo;alchimie, pr\u00e9tend le plus directement r\u00e9nover la tradition \u00e9gyptienne de Thot, sauv\u00e9e par Herm\u00e8s Trism\u00e9giste. L&rsquo;\u00e9puration de la mati\u00e8re vile, la production du Phoenix qui ressuscite, se rapportent sans doute possible \u00e0 la destin\u00e9e des \u00e2mes, comme vraisemblablement tous les autres : le Trait\u00e9 de Lambsprinck, par exemple, mentionne explicitement que ses symboles d\u00e9signent l&rsquo;esprit, l&rsquo;\u00e2me et le corps ; la Table d&rsquo;\u00c9meraude, si on l&rsquo;interpr\u00e8te selon les clefs num\u00e9riques, sugg\u00e8re nettement la r\u00e9incarnation avant l&rsquo;Union d\u00e9finitive. Le symbolisme des nombres, vieil h\u00e9ritage des secrets pythagoriciens, entretenu par les gnostiques, adopt\u00e9 m\u00eame par certains P\u00e8res de l&rsquo;\u00c9glise, s&rsquo;\u00e9panouit surtout dans la kabbale, cet \u00e9sot\u00e9risme juif qui appara\u00eet tout \u00e0 coup en Espagne, et o\u00f9 le juda\u00efsme, f\u00e9cond\u00e9 indirectement par les Croisades, r\u00e9alise son troisi\u00e8me degr\u00e9 de croyance. Il est tr\u00e8s significatif que les hi\u00e9roglyphes du Tarot, b\u00e2tis sur les lettres h\u00e9bra\u00efques et les nombres correspondants, soit promen\u00e9 dans toute l&rsquo;Europe par ces myst\u00e9rieux boh\u00e9miens, gypsies ou \u00e9gyptiens, sous le nom de <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Livre de Thot<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">. Tous ces courants se m\u00ealent, se combinent, se divisent, se d\u00e9veloppent ou s&rsquo;alt\u00e8rent, feignant de se rapprocher de la foi officielle ou s&rsquo;en \u00e9loignant profond\u00e9ment, permettant \u00e0 l&rsquo;id\u00e9alisme celte de revivre intens\u00e9ment. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs celui-ci qui inspire la Renaissance, rafra\u00eechi aux sources hell\u00e9niques et dirig\u00e9 contre l&rsquo;esprit latin ; c&rsquo;est encore lui qui entrera, comme une composante, dans le mouvement antiromain de la R\u00e9forme.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Sans chercher quelles croyances pr\u00e9cises appartiennent \u00e0 chacun de ces mouvements, nous devons constater en eux un intense bouillonnement de pr\u00e9occupations m\u00e9taphysiques, plus ou moins rattach\u00e9es aux initiations antiques et nous amenant jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque actuelle o\u00f9 le principe d&rsquo;une justice extra-terrestre par la r\u00e9incarnation devient la croyance de millions de mystiques r\u00e9pandus dans le monde : spirites, th\u00e9osophes, anthroposophes, occultistes, rosicruciens, etc. Il n&rsquo;est pas jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;Islam qui ne propose son \u00e9sot\u00e9risme soufi. Les innombrables sectaires de la Christian Science nient l&rsquo;existence positive du Mal, ce qui revient, qu&rsquo;ils le veuillent ou non, \u00e0 nier le diable et l&rsquo;enfer. Ce serait m\u00e9conna\u00eetre singuli\u00e8rement l&rsquo;esprit profond de notre \u00e9poque que d&rsquo;en juger par l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit antim\u00e9taphysique des laboratoires. Vue du c\u00f4t\u00e9 humain collectif, en quelque sorte populaire, elle est profond\u00e9ment spiritualiste et mystique : les masses croient comme toujours \u00e0 la justice dans l&rsquo;au-del\u00e0 ; ce qui est particulier, c&rsquo;est que la majorit\u00e9 \u2014 ou presque \u2014 en est arriv\u00e9e \u00e0 y croire sous la forme d&rsquo;un amendement profitable et d&rsquo;une harmonie bienfaisante.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Ce r\u00e9sultat, c&rsquo;est-\u00e0-dire le passage \u00e0 ce degr\u00e9 sup\u00e9rieur de croyance, est d\u00fb \u00e0 une rationalisation plus parfaite. Les hommes rejettent l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;enfer comme injuste aux yeux de leur raison. Pourtant ils n&rsquo;\u00e9liminent pas l&rsquo;angoisse ni ce sentiment de culpabilit\u00e9 qui les habite, et ceux-ci doivent trouver, dans les repr\u00e9sentations de l&rsquo;au-del\u00e0 d&rsquo;autres \u00e9quivalents. La forme change, mais le contenu subsiste. Aujourd&rsquo;hui, on redoute les larves du monde astral, les forces noires, les esprits malfaisants ou encore ce terrible \u00ab Gardien du Seuil \u00bb (l&rsquo;inconscient auquel il faudrait faire face apr\u00e8s la mort) et que certains voient en r\u00eave sous l&rsquo;aspect d&rsquo;un dragon \u00e9cailleux. Instinctivement, l&rsquo;homme transforme en terreur l&rsquo;angoisse de ses conflits intimes avec le sentiment de justice ; il trouve \u00e0 cette transformation un certain adoucissement, la terreur \u00e9tant encore plus pr\u00e8s de la volupt\u00e9.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Toutefois, c&rsquo;est dans la raison qu&rsquo;il cherche refuge.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\">____________________________________________________<\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p class=\"sdfootnote\" align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Cf. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>L&rsquo;Instinct de la mort<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> in <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>L&rsquo;\u00c9volution psychiatrique<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">, II<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><sup><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">e<\/span><\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> s\u00e9rie, n<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><sup><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">o<\/span><\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> 1. Paris (Chahine), 1929.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">HOBHOUSE (<\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Morals in evolution<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">. <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">London 1915), p. 432.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote3\">\n<p class=\"sdfootnote\" align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Les noms Hell, Hole signifient caverne, comme Infernus exprime un lieu bas.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote4\">\n<p class=\"sdfootnote\" align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">AMELINEAU. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Enfer \u00e9gyptien et enfer virgilien<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> (Publicat. de l&rsquo;\u00c9cole Prat. des Hautes \u00c9tudes). Paris, 1914.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote5\">\n<p class=\"sdfootnote\" align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Cf. RIOTOR et LEOFANTI. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Les enfers bouddhistes<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">. Paris, 1895, et BURNOUF. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Introd. \u00e0 l&rsquo;Hist. du Bouddhisme indien<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote6\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\">6<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Dict. apolog\u00e9t. de la foi cathol<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">. Paris, 1910, fasc. V.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote7\">\n<p align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote7anc\" name=\"sdfootnote7sym\">7<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Voir l&rsquo;excellente traduction de MARIO MEUNIER. Paris, 1924.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote8\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote8anc\" name=\"sdfootnote8sym\">8<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span style=\"font-size: medium;\">Idem, p. 98.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote9\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote9anc\" name=\"sdfootnote9sym\">9<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">MARIO MEUNIER. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Le Ph\u00e9don de Platon<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Paris, 1922, p. 115. (2) Idem, p. 98.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote10\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote10anc\" name=\"sdfootnote10sym\">10<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Dhammapada<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">, XV, XII, 165.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote11\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote11anc\" name=\"sdfootnote11sym\">11<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Bhagavad-Gita, V, I0.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote12\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote12anc\" name=\"sdfootnote12sym\">12<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Bhagavad-Gita, III, 19.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote13\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote13anc\" name=\"sdfootnote13sym\">13<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">C\u00e9sar. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>De bello gallico<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">, VI, 14.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote14\">\n<p align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote14anc\" name=\"sdfootnote14sym\">14<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Cf. SU\u00c9TONE, Claude, 15, et PLINE XXX, 4-13.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote15\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote15anc\" name=\"sdfootnote15sym\">15<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">MACPHERSON. <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Introduction to History of Britannia<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, London; 1773.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote16\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote16anc\" name=\"sdfootnote16sym\">16<\/a><sup>\u0002<\/sup> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Myvryan. <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Archeology of Wales<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">, by OWEN JONES, Londres, 1801-1807, t. I, p. 56-76.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(Extrait de La justice int\u00e9rieure 1931) Il faut s&rsquo;attendre \u00e0 trouver dans les croyances religieuses une expression plus exacte encore du sentiment de justice, parce que celles-ci, \u00e9labor\u00e9es comme un r\u00eave collectif, avec les ressources infinies de l&rsquo;imagination, peuvent en toute libert\u00e9 satisfaire aux aspirations affectives des hommes sans \u00eatre alt\u00e9r\u00e9es par les difficult\u00e9s mat\u00e9rielles [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":17843,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1456],"tags":[309,1459,18,17],"class_list":["post-17836","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-allendy-rene","tag-croyance","tag-enfer","tag-reincarnation","tag-survie"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.0 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>La Justice int\u00e9rieure - Les croyances par Ren\u00e9 Allendy - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-justice-interieure-les-croyances-par-rene-allendy\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"La Justice int\u00e9rieure - Les croyances par Ren\u00e9 Allendy - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"(Extrait de La justice int\u00e9rieure 1931) Il faut s&rsquo;attendre \u00e0 trouver dans les croyances religieuses une expression plus exacte encore du sentiment de justice, parce que celles-ci, \u00e9labor\u00e9es comme un r\u00eave collectif, avec les ressources infinies de l&rsquo;imagination, peuvent en toute libert\u00e9 satisfaire aux aspirations affectives des hommes sans \u00eatre alt\u00e9r\u00e9es par les difficult\u00e9s mat\u00e9rielles [&hellip;]\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-justice-interieure-les-croyances-par-rene-allendy\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2018-09-01T12:39:04+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/justice-e1535805337838.jpg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"250\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"165\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"3e mill\u00e9naire\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"3e mill\u00e9naire\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"50 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"Article\",\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-justice-interieure-les-croyances-par-rene-allendy\/#article\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-justice-interieure-les-croyances-par-rene-allendy\/\"},\"author\":{\"name\":\"3e mill\u00e9naire\",\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/b692dacff720a5344a6190bc714397eb\"},\"headline\":\"La Justice int\u00e9rieure &#8211; 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