{"id":17840,"date":"2018-09-01T13:40:18","date_gmt":"2018-09-01T12:40:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=17840"},"modified":"2018-09-01T13:40:18","modified_gmt":"2018-09-01T12:40:18","slug":"la-medecine-eclatee-par-pierre-erny","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-medecine-eclatee-par-pierre-erny\/","title":{"rendered":"La m\u00e9decine \u00e9clat\u00e9e par Pierre Erny"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">(Revue Le chant de la Licorne. N<\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><sup><span style=\"font-size: medium;\">o<\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> 21. 1988)<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i><b>Il y a la m\u00e9decine, et il y a les m\u00e9decines. L&rsquo;usage du pluriel est de plus en plus fr\u00e9quent. Il y a l\u00e0 sans conteste un ph\u00e9nom\u00e8ne significatif qui m\u00e9rite analyse, surtout quand il est question de m\u00e9decines \u00ab diff\u00e9rentes \u00bb, \u00ab autres \u00bb, \u00ab parall\u00e8les \u00bb, \u00ab douces \u00bb, \u00ab naturelles \u00bb, etc. Les malades, certes, ont toujours pris la libert\u00e9 de jouer sur plusieurs claviers th\u00e9rapeutiques \u00e0 la fois. La nouveaut\u00e9 de ces derni\u00e8res ann\u00e9es est que le corps m\u00e9dical lui-m\u00eame revendique massivement un plus grand droit \u00e0 la diversit\u00e9.<\/b><\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"center\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>***<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"center\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>CAT\u00c9GORIES POUR UNE CLASSIFICATION<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le probl\u00e8me de la pluralit\u00e9 des m\u00e9decines est somme toute tr\u00e8s ancien. A la question de savoir si l&rsquo;on peut gu\u00e9rir \u00e0 partir de pr\u00e9misses diff\u00e9rentes, Hippocrate semble d\u00e9j\u00e0 avoir r\u00e9pondu affirmativement : \u00ab Les contraires sont gu\u00e9ris par les contraires&#8230; La maladie est produite par les semblables et, par les semblables que l&rsquo;on fait prendre, le patient revient de la maladie \u00e0 la sant\u00e9&#8230; La fi\u00e8vre est supprim\u00e9e par ce qui la produit, et produite par ce qui la supprime&#8230; Ainsi de deux fa\u00e7ons oppos\u00e9es la sant\u00e9 se r\u00e9tablit \u00bb. Une fois le diagnostic \u00e9tabli, le m\u00e9decin, selon Hippocrate, a le choix entre trois attitudes : ou bien laisser faire la nature, cette natura medicatrix qui est \u00e0 elle-m\u00eame son meilleur rem\u00e8de, ou bien s&rsquo;opposer \u00e0 elle par la loi des contraires, ou bien l&rsquo;aider en se conformant \u00e0 la loi des semblables. Tout d\u00e9pend de la nature du mal et de la constitution du malade. Nous retrouvons tr\u00e8s clairement ces trois attitudes aujourd&rsquo;hui.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">C&rsquo;est en ethnologue int\u00e9ress\u00e9 par l&rsquo;\u00e9tude des syst\u00e8mes de pens\u00e9e que j&rsquo;aborderai ici cette question, et non en m\u00e9decin. Je proposerai pour d\u00e9buter une rapide incursion dans l&rsquo;ethnologie m\u00e9dicale.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>LE\u00c7ONS DE L&rsquo;ETHNOLOGIE<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Les soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles ont leurs m\u00e9decines \u00e0 elles, reposant sur des inductions et des d\u00e9ductions qui d\u00e9pendent de l&rsquo;image qu&rsquo;un groupe humain se fait de l&rsquo;homme et de la place qu&rsquo;il occupe dans le monde. Les raisonnements, les m\u00e9thodes et les techniques de m\u00e9decine populaire r\u00e9v\u00e8lent quasiment \u00e0 chaque fois l&rsquo;axe principal autour duquel s&rsquo;organise tout le syst\u00e8me mythique, religieux, moral et juridique des peuples concern\u00e9s. Quand le mal survient, les uns ont tendance \u00e0 chercher la cause en eux-m\u00eames, alors que les autres le projettent sur l&rsquo;entourage visible ou invisible, ce qui est hautement r\u00e9v\u00e9lateur de l&rsquo;orientation prise par la personnalit\u00e9 de base de chacun d&rsquo;eux. C&rsquo;est ainsi que l&rsquo;on aura par exemple :<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">\u2014 <span style=\"font-size: medium;\">des peuples o\u00f9 la maladie est expliqu\u00e9e principalement par l&rsquo;intervention d&rsquo;esprits qui viennent tourmenter et parfois m\u00eame poss\u00e9der les individus que, pour une raison ou une autre, ils ont choisis pour victimes ou dont ils souhaitent faire des m\u00e9diums ; pour le diagnostic, on privil\u00e9giera alors les techniques de voyance qui sont cens\u00e9es donner acc\u00e8s au monde invisible ; quant \u00e0 la th\u00e9rapie, elle consistera soit \u00e0 chasser ces esprits par des exorcismes, soit \u00e0 les apprivoiser par des rites et des incantations, de mani\u00e8re, \u00e0 la limite, \u00e0 les rendre utilisables pour le bien du groupe ;<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">\u2014 <span style=\"font-size: medium;\">des peuples o\u00f9 l&rsquo;accent est mis plut\u00f4t sur l&rsquo;action de personnes mal intentionn\u00e9es qui lancent mauvais sorts et mal\u00e9dictions ; d\u00e8s que quelqu&rsquo;un tombe malade, on se demande qui de l&rsquo;entourage agit en mal sur lui ; pour le diagnostic, on privil\u00e9gie les techniques qui sont cens\u00e9es donner acc\u00e8s au monde invisible interhumain (et non plus suprahumain comme pr\u00e9c\u00e9demment), donc l\u00e0 encore les techniques de voyance et de divination ; une fois le sorcier d\u00e9tect\u00e9, la th\u00e9rapie consiste \u00e0 neutraliser son action, \u00e0 lui renvoyer le mauvais sort par un effet boomerang ou \u00e0 se r\u00e9concilier avec lui ;<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">\u2014 <span style=\"font-size: medium;\">des peuples hant\u00e9s par la crainte du poison et ax\u00e9s sur la connaissance des antidotes ;<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">\u2014 <span style=\"font-size: medium;\">des peuples o\u00f9 l&rsquo;on estime que les maladies proviennent surtout du fait que les personnes qui en sont affect\u00e9es ou leur entourage se sont rendus coupables d&rsquo;une faute morale ou rituelle, ou de la violation consciente ou non d&rsquo;un interdit ; le diagnostic consiste en la d\u00e9termination de cette faute, la th\u00e9rapie en une d\u00e9culpabilisation et en une r\u00e9paration, par exemple au travers d&rsquo;un rituel de confession et de sacrifice ;<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">\u2014 <span style=\"font-size: medium;\">des peuples o\u00f9 le mal est attribu\u00e9 \u00e0 des agents pathog\u00e8nes qui s&rsquo;introduisent dans le corps, qu&rsquo;il faut an\u00e9antir ou extirper par des proc\u00e9d\u00e9s de succion, d&rsquo;aspiration ou d&rsquo;extraction.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il est clair que notre m\u00e9decine scientifique occidentale rel\u00e8ve assez nettement de cette derni\u00e8re orientation, avec ses microbes et ses virus. \u00c0 ses yeux, cependant, l&rsquo;introduction de ces agents rel\u00e8ve de causes purement physiques, chimiques ou biologiques et le probl\u00e8me du sens de la maladie n&rsquo;a donc gu\u00e8re lieu d&rsquo;\u00eatre pos\u00e9. Bien entendu, la plupart des m\u00e9decines reposent sur une combinaison de ces diff\u00e9rents aspects, avec cependant la pr\u00e9dominance assez nette de l&rsquo;un d&rsquo;entre eux.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Aux yeux de l&rsquo;ethnologie, qui est la science des diversit\u00e9s humaines, il n&rsquo;existe donc que des m\u00e9decines, toujours li\u00e9es \u00e0 des sensibilit\u00e9s, \u00e0 des syst\u00e8mes de pens\u00e9e et, en tant qu&rsquo;institutions, \u00e0 des syst\u00e8mes sociaux particuliers. Quand elle consid\u00e8re une culture donn\u00e9e, tout l&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 priori, en l&rsquo;occurrence tout ce qui touche de pr\u00e8s ou de loin \u00e0 la maladie, \u00e0 ses repr\u00e9sentations, aux soins, aux agents qui interviennent, officiels ou non, aux techniques et aux produits utilis\u00e9s, aux mani\u00e8res d&rsquo;observer et de raisonner, aux \u00e9motions et aux attitudes, bref \u00e0 tout ce, qui se ressent, se dit et se fait. L&rsquo;ethnologie n&rsquo;a pas de syst\u00e8me normatif ou d&rsquo;orthodoxie \u00e0 d\u00e9fendre. Elle \u00e9tudie ce qui est, tout ce qui est, sans exclusive, et non ce qui devrait \u00eatre. \u00c0 partir du moment o\u00f9 il y a pens\u00e9e et pratiques syst\u00e9matis\u00e9es face \u00e0 la maladie, il y a pour elle m\u00e9decine.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>USAGES DU MOT M\u00c9DECINE<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">On peut classer sous cinq rubriques au moins les usages que le langage courant fait du mot m\u00e9decine quand celui-ci est employ\u00e9 au pluriel ; il peut en effet recouvrir :<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">\u2014 <span style=\"font-size: medium;\">des secteurs particuliers de la m\u00e9decine officielle : m\u00e9decine g\u00e9n\u00e9rale, l\u00e9gale, scolaire, sportive, du travail, etc. ;<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">\u2014 <span style=\"font-size: medium;\">des \u00ab m\u00e9decines \u00bb qui en fait se r\u00e9duisent \u00e0 des moyens de diagnostic ou \u00e0 des th\u00e9rapeutiques privil\u00e9gi\u00e9es dont le spectre d&rsquo;application est particuli\u00e8rement vaste : l&rsquo;ost\u00e9opathie, la chiropractie, la r\u00e9flexoth\u00e9rapie, l&rsquo;acupuncture, l&rsquo;auriculoth\u00e9rapie, la phytoth\u00e9rapie, l&rsquo;aromath\u00e9rapie. l&rsquo;oligoth\u00e9rapie, la celluloth\u00e9rapie, l&rsquo;isoth\u00e9rapie, les bioth\u00e9rapies, l&rsquo;hydroth\u00e9rapie, la thalassoth\u00e9rapie, la magn\u00e9toth\u00e9rapie, la chronoth\u00e9rapie, l&rsquo;iridologie, la radiesth\u00e9sie, l&rsquo;astrologie m\u00e9dicale, etc. ;<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">\u2014 <span style=\"font-size: medium;\">des m\u00e9decines reposant sur un raisonnement m\u00e9dical particulier : l&rsquo;allopathie, l&rsquo;hom\u00e9opathie, le n\u00e9ohippocratisme, l&rsquo;humorisme, le gal\u00e9nisme, la m\u00e9decine pastorienne, la naturopathie, le naturisme cartonien, la psychosomatique naturelle, les m\u00e9decines occultistes, etc. ;<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">\u2014 <span style=\"font-size: medium;\">des m\u00e9decines reposant sur une anthropologie particuli\u00e8re, compl\u00e8te et explicite, telle la m\u00e9decine anthroposophique ;<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\">\u2014 <span style=\"font-size: medium;\">des m\u00e9decines li\u00e9es \u00e0 d&rsquo;autres cultures et donc \u00e0 d&rsquo;autres syst\u00e8mes de pens\u00e9e : la siniatrie, la m\u00e9decine ayurv\u00e9dique, etc.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Pour s&rsquo;y retrouver dans ce champ immense des diff\u00e9rentes m\u00e9decines il faut en d\u00e9gager les structures sous-jacentes. Les cat\u00e9gories sont l\u00e0 : il faut les organiser. Notre tentative reposera sur l&rsquo;\u00e9tablissement de quelques grandes oppositions autour desquelles tout s&rsquo;articule.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>M\u00c9DECINE OFFICIELLE M\u00c9DECINES PARALL\u00c8LES<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Est officiel ce qui \u00e9mane d&rsquo;une autorit\u00e9 reconnue, constitu\u00e9e, publique, ce qui est organis\u00e9 par un pouvoir comp\u00e9tent, ou est notoire, connu de tous. On pourrait dire aussi m\u00e9decine universitaire, parfois m\u00e9decine d&rsquo;\u00c9tat. Quant \u00e0 l&rsquo;adjectif parall\u00e8le, il d\u00e9signe des voies qui vont dans la m\u00eame direction, mais en \u00e9voluant c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, sans se rencontrer, sans se recouper ; des voies qui poursuivent le m\u00eame objet, mais de mani\u00e8re officieuse, \u00e0 la limite ill\u00e9gale et clandestine. Les m\u00e9decines parall\u00e8les peuvent \u00eatre pratiqu\u00e9es par des personnes officiellement reconnues (docteurs en m\u00e9decine ou Heilpraktiker \u00e0 la mani\u00e8re allemande), elles peuvent m\u00eame faire l&rsquo;objet de remboursement de la part des caisses d&rsquo;assurances maladie, sans pour autant correspondre \u00e0 ce qui s&rsquo;enseigne dans les facult\u00e9s de m\u00e9decine et se fait dans les h\u00f4pitaux publics. On voit ainsi appara\u00eetre un certain nombre de contradictions. Les m\u00e9decins en arrivent \u00e0 appliquer des th\u00e9rapeutiques qu&rsquo;ils n&rsquo;ont jamais apprises ou sont oblig\u00e9s de se former selon des voies parall\u00e8les. Quant \u00e0 tous ceux qui exercent en marge de la l\u00e9galit\u00e9, les poursuites judiciaires dont ils peuvent \u00eatre l&rsquo;objet ne les emp\u00eachent en g\u00e9n\u00e9ral pas de pratiquer leur art. La reconnaissance leur vient en quelque sorte sociologiquement de la part du public, m\u00eame si la l\u00e9gislation ne suit pas.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>M\u00c9DECINE SAVANTE M\u00c9DECINE POPULAIRE<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Cette opposition ne recouvre nullement la premi\u00e8re. La m\u00e9decine officielle peut aller de pair avec une singuli\u00e8re inculture. \u00ab Savant \u00bb signifie ici simplement : qui repose sur un savoir, de pr\u00e9f\u00e9rence (mais non obligatoirement) \u00e9crit. La m\u00e9decine livresque du Moyen-\u00c2ge \u00e9tait tr\u00e8s savante sans pour autant \u00eatre scientifique au sens o\u00f9 l&rsquo;entendent nos contemporains. L&rsquo;adjectif \u00ab populaire \u00bb est beaucoup plus difficile \u00e0 cerner : il d\u00e9signe ce qui est issu du peuple, ce qui appartient en propre au peuple, ce qui est r\u00e9pandu dans le peuple, ce qui pla\u00eet au go\u00fbt du peuple ou ce qui s&rsquo;adresse aux cat\u00e9gories les moins favoris\u00e9es de la population. Les ethnologues ont \u00e9tudi\u00e9 de nombreux syst\u00e8mes m\u00e9dicaux qui se sont constitu\u00e9s en dehors de toute tradition savante \u00e9crite. Dans toute soci\u00e9t\u00e9, il convient de distinguer diff\u00e9rents niveaux du savoir : il y a ce que tout le monde sait, puis ce qui rel\u00e8ve de la comp\u00e9tence plus particuli\u00e8re de telle personne proche (les vieilles femmes jouent souvent un r\u00f4le important), enfin ce qui est du ressort du v\u00e9ritable sp\u00e9cialiste, reconnu comme tel : devin, voyant, chamane, herboriste, magn\u00e9tiseur, rebouteux, barreur, panseur de secret, exorciste, etc. Dans les soci\u00e9t\u00e9s m\u00eame les plus d\u00e9munies et apparemment les plus simples il y a toujours un savoir m\u00e9dical sp\u00e9cialis\u00e9 transmis selon des voies pr\u00e9cises, souvent li\u00e9 \u00e0 des secrets de famille ou de m\u00e9tier.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">On a beaucoup discut\u00e9 de l&rsquo;origine du savoir m\u00e9dical dit populaire dans nos cultures o\u00f9 tout passe de longue date par l&rsquo;\u00e9crit. Dans certains villages d&rsquo;Alsace, les gens avaient l&rsquo;habitude de faire b\u00e9nir \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise, \u00e0 la Pentec\u00f4te ou \u00e0 la Saint-Jean d&rsquo;\u00e9t\u00e9, des bouquets de plantes soigneusement compos\u00e9s, \u00e0 usage m\u00e9dicinal. Coutume populaire, dira-t-on \u00e0 juste titre. Or quand on \u00e9tudie la composition de ces bouquets, on s&rsquo;aper\u00e7oit qu&rsquo;ils suivent tr\u00e8s exactement certaines \u00e9num\u00e9rations de plantes venues des compilations de l&rsquo;Antiquit\u00e9, de Galien ou de Pline l&rsquo;Ancien, vulgaris\u00e9es par les monast\u00e8res du Moyen-\u00c2ge ou les herbiers de la Renaissance. Nous sommes donc l\u00e0 en pr\u00e9sence d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments d&rsquo;origine savante qui sont redevenus \u00ab populaires \u00bb. Mais les trait\u00e9s anciens ont eux-m\u00eames tr\u00e8s largement recueilli et syst\u00e9matis\u00e9 un savoir diffus dans la population. Par quelque bout que l&rsquo;on prenne la question, on en arrive tr\u00e8s vite \u00e0 des savoirs sp\u00e9cialis\u00e9s, autrement dit \u00e0 une m\u00e9decine qui d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre peut \u00eatre qualifi\u00e9e de savante, mais qu&rsquo;une fraction plus ou moins importante de la population sait int\u00e9grer en ses composantes les plus imm\u00e9diatement utiles, en les r\u00e9interpr\u00e9tant et en leur imprimant son cachet propre. Origine populaire et origine savante sont inextricablement entrem\u00eal\u00e9es. Un va-et-vient s&rsquo;instaure. La science d&rsquo;une \u00e9poque prolonge, syst\u00e9matise et parfois renverse le savoir empirique, puis retombe partiellement dans le peuple, se vulgarise et se popularise \u00e0 nouveau au point de devenir parfois m\u00e9connaissable.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>M\u00c9DECINE TRADITIONNELLE \/ M\u00c9DECINE SCIENTIFIQUE<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Cette opposition non plus ne recouvre pas les pr\u00e9c\u00e9dentes. Une m\u00e9decine peut \u00eatre tr\u00e8s savante sans \u00eatre scientifique, et traditionnelle sans \u00eatre populaire. Est traditionnel ce qui est fond\u00e9 sur une transmission par la parole et l&rsquo;exemple, de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration ou de ma\u00eetre \u00e0 disciple. Est scientifique au sens large ce qui rel\u00e8ve d&rsquo;une connaissance exacte, raisonn\u00e9e et approfondie, et dans un sens \u00e9troit ce qui rel\u00e8ve d&rsquo;un syst\u00e8me de connaissances ayant un objet d\u00e9termin\u00e9 et une m\u00e9thode propre, le tout fond\u00e9 sur des relations objectives et v\u00e9rifiables exprim\u00e9es par des lois.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Une m\u00e9decine traditionnelle se fonde sur l&rsquo;ascendant qu&rsquo;exercent le pass\u00e9 et ses repr\u00e9sentants. \u00ab Les anciens ont dit \u00bb, ou plus vulgairement \u00ab on a toujours fait ainsi \u00bb sont des aphorismes qui r\u00e9gissent toute pratique de ce genre. La m\u00e9decine scientifique, au contraire, repose sur une remise en cause constante des mani\u00e8res de penser de l&rsquo;observation et de l&rsquo;exp\u00e9rimentation. Ce qui compte, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9tat pr\u00e9sent de la recherche, et non ce qui est h\u00e9rit\u00e9 du pass\u00e9. Cela explique, par exemple, que dans la formation m\u00e9dicale telle qu&rsquo;elle est con\u00e7ue actuellement, l&rsquo;\u00e9tude des auteurs anciens ne joue pratiquement plus aucun r\u00f4le et que beaucoup de m\u00e9decins ont perdu toute notion de l&rsquo;\u00e9paisseur historique de leur pratique.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">L&rsquo;importance que rev\u00eat la tradition se fonde en g\u00e9n\u00e9ral sur une conception d&rsquo;ensemble de l&rsquo;homme et de son histoire, v\u00e9hicul\u00e9e par la plupart des mythes anciens. C&rsquo;est dans ses d\u00e9buts que selon eux l&rsquo;humanit\u00e9 a connu l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or, quand elle vivait dans la familiarit\u00e9, dans l&rsquo;intimit\u00e9 du monde divin et recevait de lui la r\u00e9v\u00e9lation de toutes les choses importantes pour sa vie, y compris ce qu&rsquo;il faut pour assurer sa sant\u00e9. Le cours de l&rsquo;histoire n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 que d\u00e9gradation et d\u00e9ch\u00e9ance, \u00e0 mesure que l&rsquo;on s&rsquo;\u00e9loignait des origines. La Tradition, qui a valeur sacrale, est alors la seule voie possible par laquelle puissent nous parvenir des bribes de cette r\u00e9v\u00e9lation primitive. Cette mani\u00e8re de voir est \u00e9trang\u00e8re \u00e0 notre mentalit\u00e9 moderne domin\u00e9e par l&rsquo;id\u00e9ologie du progr\u00e8s. Nos anc\u00eatres trouvaient leurs mod\u00e8les en arri\u00e8re, tandis que nous autres sommes tendus en avant. Ces deux orientations en sens contraire de la pens\u00e9e et de toute la vie se retrouvent logiquement au plan de la m\u00e9decine.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>M\u00c9DECINE EMPIRIQUE, M\u00c9DECINE SYST\u00c9MATIQUE ET R\u00c9FLEXIVE<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">L&rsquo;usage de la notion d&#8217;empirisme a \u00e9t\u00e9 m\u00e9dical avant d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 philosophique. On a trait\u00e9 d&rsquo;\u00ab empiriques \u00bb des th\u00e9rapeutes dont l&rsquo;art \u00ab se r\u00e9duisait \u00e0 avoir vu, \u00e0 se ressouvenir et \u00e0 comparer \u00bb (Encyclop\u00e9die de Diderot). Cette exp\u00e9rience commune et spontan\u00e9e s&rsquo;oppose \u00e9videmment \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rimentation scientifique, r\u00e9flexive et syst\u00e9matique.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il y aurait \u00e9norm\u00e9ment \u00e0 dire sur le caract\u00e8re soi-disant empirique des m\u00e9decines populaires ou traditionnelles. Il y a certes toujours eu exp\u00e9rience, voire exp\u00e9rimentation, mais celles-ci sont le plus souvent st\u00e9riles si elles ne suivent pas un fil conducteur, si elles ne s&rsquo;organisent pas autour d&rsquo;un axe, si elles ne se coulent pas dans une structure de pens\u00e9e. Ce qui \u00e9tonne dans des m\u00e9decines traditionnelles comme l&rsquo;acupuncture, l&rsquo;Ayurv\u00e9da ou la th\u00e9orie des signatures, c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment leur caract\u00e8re extraordinairement syst\u00e9matique. Comment supposer un seul instant que des corpus de connaissances aussi vastes, aussi pr\u00e9cis et aussi organis\u00e9s soient le fruit d&rsquo;un empirisme qui t\u00e2tonne au hasard ? A la base de toute m\u00e9decine il y a une anthropologie, un syst\u00e8me de pens\u00e9e, une logique\u00a0; le fait qu&rsquo;ils soient purement implicites, voire inconscients, n&rsquo;enl\u00e8ve rien \u00e0 leur pr\u00e9gnance, bien au contraire. L&rsquo;observation ethnologique de la mani\u00e8re dont fonctionnent les gu\u00e9risseurs \u00e0 travers le monde peut jeter quelque lumi\u00e8re sur la gen\u00e8se des syst\u00e8mes m\u00e9dicaux et les m\u00e9canismes qui entrent en jeu. R\u00eave, voyance et ph\u00e9nom\u00e8nes paranormaux jouent un r\u00f4le primordial. Les rem\u00e8des sont souvent r\u00e9v\u00e9l\u00e9s, re\u00e7us d&rsquo;en-haut d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre, et int\u00e9gr\u00e9s ensuite dans la pharmacop\u00e9e.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>M\u00c9DECINE UNIDIMENSIONNELLE \/ M\u00c9DECINES PLURIDIMENSIONNELLES<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Notre m\u00e9decine actuelle repose essentiellement sur des donn\u00e9es \u00e0 caract\u00e8re biologique et chimique. La difficult\u00e9 que la m\u00e9decine psychosomatique rencontre pour s&rsquo;imposer est significative ; on ne la reconna\u00eet souvent que du bout des l\u00e8vres. Quant \u00e0 la dimension proprement spirituelle de l&rsquo;homme, on n&rsquo;en parle que dans des cercles tr\u00e8s \u00e9troits, et souvent dans des perspectives fort diff\u00e9rentes. Des m\u00e9decines qui se qualifient parfois elles-m\u00eames d&rsquo;occultistes, un terme malheureusement ambigu, discernent en l&rsquo;homme toute une stratigraphie invisible, des corps subtils ayant leur anatomie et leur physiologie propres, des rayonnements relevant d&rsquo;autres formes de mat\u00e9rialit\u00e9, des auras, des organes demandant \u00e0 \u00eatre \u00e9veill\u00e9s, des perceptions extra-sensorielles, des liaisons, des correspondances et des influences qui ne peuvent \u00eatre d\u00e9cel\u00e9es par un regard ordinaire, mais sur lesquelles on peut agir et que l&rsquo;on peut exploiter \u00e0 des fins curatives. Ce qui se passe au plan purement organique et biochimique n&rsquo;est pas ni\u00e9, mais ce n&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;un plan parmi plusieurs autres, et pas forc\u00e9ment le plus important pour la recherche des causes. L&rsquo;attitude du m\u00e9decin ne sera \u00e9videmment pas la m\u00eame selon qu&rsquo;il ne voit en l&rsquo;homme qu&rsquo;une sorte d&rsquo;animal plus \u00e9volu\u00e9 et plus compliqu\u00e9 que les autres, ou selon qu&rsquo;il discerne en lui et inh\u00e9rente \u00e0 son \u00eatre une dimension qui rel\u00e8ve de l&rsquo;Absolu et de la Transcendance. On peut certes s&rsquo;\u00e9tonner de ce qu&rsquo;une m\u00e9decine qui s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e depuis si longtemps en milieu chr\u00e9tien soit une des plus plates et des plus unidimensionnelles que l&rsquo;humanit\u00e9 ait jamais pu concevoir.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>M\u00c9DECINE NATURELLE, CHIMIOTH\u00c9RAPIE<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Quand on parle de m\u00e9decine naturelle, c&rsquo;est essentiellement pour l&rsquo;opposer \u00e0 la chimioth\u00e9rapie, et secondairement \u00e0 des techniques telles que la radioth\u00e9rapie. L&rsquo;id\u00e9e majeure est, n\u00e9gativement, qu&rsquo;il ne convient pas d&rsquo;introduire dans le corps des substances ou de le soumettre \u00e0 des influences qui biologiquement lui sont \u00e9trang\u00e8res, et positivement, que l&rsquo;usage d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments qui correspondent \u00e0 son milieu originel est le plus appropri\u00e9 quand il faut r\u00e9tablir des \u00e9quilibres menac\u00e9s.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">L&rsquo;id\u00e9e de m\u00e9decine naturelle \u00e9tait tr\u00e8s courante au si\u00e8cle dernier d\u00e9j\u00e0 dans les pays de langue germanique. Mais c&rsquo;est surtout dans le sillage du mouvement \u00e9cologiste qu&rsquo;elle est devenue une id\u00e9e-force dans l&rsquo;opinion publique. Des recherches pr\u00e9cises, par exemple \u00e0 partir de la m\u00e9thode des cristallisations sensibles, ont montr\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 formule chimique identique, deux substances, l&rsquo;une extraite d&rsquo;un \u00eatre vivant et maintenue en \u00e9tat de vitalit\u00e9, l&rsquo;autre obtenue par synth\u00e8se chimique, n&rsquo;ont absolument pas le m\u00eame spectre d&rsquo;absorption. On en a conclu que l&rsquo;organisme int\u00e8gre avec moins de risques et plus d&rsquo;efficacit\u00e9 des rem\u00e8des d&rsquo;origine min\u00e9rale, v\u00e9g\u00e9tale ou animale proches de leur \u00e9tat de nature, plut\u00f4t que des produits morts, rendus inertes ou d\u00e9natur\u00e9s par toutes sortes d&rsquo;op\u00e9rations industrielles. Les uns stimulent, vitalisent et r\u00e9\u00e9quilibrent, les autres encombrent, surchargent et intoxiquent. Dans le domaine de l&rsquo;agriculture et de l&rsquo;alimentation, on emploie beaucoup, et non sans maladresse, l&rsquo;adjectif \u00ab biologique \u00bb, en jouant sur l&rsquo;opposition avec la chimie. L&rsquo;id\u00e9e est toujours qu&rsquo;il ne convient pas de perturber les proc\u00e8s vitaux par des interventions qui rel\u00e8vent d&rsquo;un autre ordre de r\u00e9alit\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>M\u00c9DECINES DOUCES, M\u00c9DECINES AGRESSIVES<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">La mode du moment consiste \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer la douceur de certaines m\u00e9decines. Des recherches pr\u00e9cises ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es sur l&rsquo;effet pathog\u00e8ne ou \u00ab iatrog\u00e8ne \u00bb de nombreux moyens de diagnostic et de traitement et de nombreuses institutions de soins. La boucle est boucl\u00e9e quand la m\u00e9decine en arrive \u00e0 \u00eatre elle-m\u00eame source de maladie. On sait bien, mais sans en tirer les conclusions qui s&rsquo;imposent, que de nombreux moyens utilis\u00e9s dans la pathologie la plus commune et la plus banale d\u00e9passent de tr\u00e8s loin les indications qui sont les leurs, un peu comme si on chassait les moustiques \u00e0 l&rsquo;artillerie lourde. Les organismes en viennent \u00e0 ne plus r\u00e9agir qu&rsquo;\u00e0 des doses massives ou, une fois surintoxiqu\u00e9s, \u00e0 ne plus r\u00e9agir du tout. Les ravages peuvent \u00eatre consid\u00e9rables \u00e0 long terme quand on se laisse fasciner par des r\u00e9sultats spectaculaires imm\u00e9diats ou quand le m\u00e9decin craint d&rsquo;\u00eatre accus\u00e9 de ne pas avoir fait le n\u00e9cessaire selon des normes passe-partout.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Une m\u00e9decine douce cherche \u00e0 obtenir un effet curatif r\u00e9el et ad\u00e9quat sans mettre l&rsquo;organisme en \u00e9tat de choc, sans provoquer des r\u00e9actions secondaires nocives, sans n\u00e9cessiter des convalescences interminables et installer des asth\u00e9nies chroniques, sans contrarier les processus de r\u00e9tablissement contenus dans la maladie elle-m\u00eame, consid\u00e9r\u00e9e dans la plupart des cas comme la r\u00e9action salutaire d&rsquo;un organisme qui cherche \u00e0 se lib\u00e9rer de ses toxines. A la fi\u00e8vre, par exemple, et plus g\u00e9n\u00e9ralement aux \u00e9pisodes aigus, on reconna\u00eetra habituellement une fonction positive qu&rsquo;il faut respecter. Tout est affaire de discernement : il y a fi\u00e8vre et fi\u00e8vre, maladie et maladie, et dans certains cas, il faut \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence employer les gros moyens.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Mais, comme disait d\u00e9j\u00e0 Hippocrate, la premi\u00e8re pr\u00e9occupation du m\u00e9decin doit \u00eatre de ne pas nuire (primum non nocere). La seconde sera de ne pas violenter la \u00ab nature \u00bb, y compris celle de la maladie elle-m\u00eame, mais d&rsquo;utiliser \u00e0 plein ses ressources.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>M\u00c9DECINE PROTH\u00c9SIQUE \/ M\u00c9DECINE D&rsquo;AUTOD\u00c9FENSE<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Cette opposition nous m\u00e8ne au c\u0153ur du sujet, l\u00e0 o\u00f9 jouent les raisonnements m\u00e9dicaux. Selon le sch\u00e9ma classique, de nombreuses maladies sont dues \u00e0 des agressions d&rsquo;agents pathog\u00e8nes. Or, face \u00e0 tout ennemi, on peut r\u00e9agir de deux mani\u00e8res : ou bien, par une intervention ext\u00e9rieure \u00e9nergique d&rsquo;ordre m\u00e9dicamenteux, radiologique ou autre, on cherchera \u00e0 d\u00e9truire ces agents et \u00e0 les rendre inoffensifs ; ou bien, on stimule l&rsquo;organisme dans ses r\u00e9actions immunitaires et d&rsquo;autod\u00e9fense afin que de lui-m\u00eame, il s&rsquo;oppose \u00e0 l&rsquo;agression et parvienne \u00e0 la neutraliser. Dans le premier cas, l&rsquo;action est purement palliative : tout se passe comme si on posait une proth\u00e8se chimique, comme si on \u00e9rigeait une barri\u00e8re artificielle visant \u00e0 prot\u00e9ger le corps, mais qui lui demeure ext\u00e9rieure et a tr\u00e8s souvent pour effet de l&rsquo;affaiblir du fait que ses r\u00e9actions ne sont plus sollicit\u00e9es. La seconde strat\u00e9gie vise au contraire \u00e0 fortifier l&rsquo;organisme, \u00e0 le mettre en \u00e9tat d&rsquo;alerte, \u00e0 augmenter ses ressources internes, \u00e0 renforcer et \u00e0 mobiliser ses moyens de dissuasion. L&rsquo;id\u00e9al sera de le maintenir dans un tel \u00e9tat de vitalit\u00e9 et de r\u00e9activit\u00e9 que toute agression soit d&rsquo;avance d\u00e9courag\u00e9e et vou\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec. Intervient ici la notion de m\u00e9decine de terrain. On d\u00e9finit le terrain, au sens m\u00e9dical, comme l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;un organisme, d&rsquo;un organe ou d&rsquo;un tissu quant \u00e0 sa r\u00e9sistance aux agents pathog\u00e8nes. On attribue \u00e0 Claude Bernard le c\u00e9l\u00e8bre aphorisme : \u00ab Le microbe n&rsquo;est rien, le terrain est tout \u00bb. Il est une mani\u00e8re d&rsquo;envisager l&rsquo;art de pr\u00e9venir et de gu\u00e9rir qui consiste essentiellement \u00e0 soigner le terrain et \u00e0 le mettre en \u00e9tat de r\u00e9sistance. Th\u00e9oriquement, tout le monde est sans doute d&rsquo;accord avec cela ; mais pratiquement, ce n&rsquo;est pas ce qu&rsquo;on fait.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>M\u00c9DECINE SYMPTOMATIQUE \/ M\u00c9DECINE DE FOND<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Une maladie s&rsquo;observe, se d\u00e9crit et se d\u00e9termine \u00e0 partir de ses sympt\u00f4mes. Ceux-ci sont la partie perceptible et observable du mal. Une fois qu&rsquo;ils ont disparu, on a l&rsquo;impression, subjectivement, d&rsquo;\u00eatre gu\u00e9ri. D&rsquo;o\u00f9 la tentation de s&rsquo;attaquer essentiellement au sympt\u00f4me pour l&rsquo;\u00e9liminer. On a de la fi\u00e8vre ? on la fait baisser artificiellement. On a mal \u00e0 la t\u00eate ? on prend de l&rsquo;aspirine. Une \u00e9ruption appara\u00eet ? on la fait avorter, etc.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il est une autre mani\u00e8re de voir les choses. Le sympt\u00f4me, pour elle, n&rsquo;est qu&rsquo;un signe, un signal, un langage par lequel le corps cherche \u00e0 s&rsquo;exprimer. Mais comme tout est en tout, la cause est \u00e0 chercher du c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;un d\u00e9s\u00e9quilibre global. Faire taire le sympt\u00f4me sans plus, c&rsquo;est d\u00e9brancher la sonnette d&rsquo;alarme pour ne plus l&rsquo;entendre, sans aller voir pourquoi elle a sonn\u00e9. On appelle traitement de fond, par opposition \u00e0 traitement symptomatique, celui qui, se laissant guider par les sympt\u00f4mes et attentif \u00e0 leur langage, s&rsquo;attaque aux causes profondes et cherche \u00e0 r\u00e9tablir les \u00e9quilibres compromis.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Un m\u00e9decin qui travaille dans cette optique renverra volontiers son client \u00e0 une autom\u00e9dication guid\u00e9e pour la pathologie ordinaire et banale, afin de pouvoir se r\u00e9server \u00e0 un examen approfondi du cas avec anamn\u00e8se s\u00e9rieuse, \u00e9tude de la biographie et de l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9, examen clinique, morphologique, caract\u00e9rologique, \u00e9ventuellement graphologique, iridologique, radiesth\u00e9sique, chirologique, astrologique, essayant donc par des voies diverses et convergentes de bien situer o\u00f9 sont les points forts et les points faibles, les d\u00e9s\u00e9quilibres latents qu&rsquo;il faut corriger et compenser, les lignes de moindre r\u00e9sistance, les sources potentielles de troubles. \u00ab Il importe de savoir vers qu&rsquo;elle maladie tend chaque constitution \u00bb, disait d\u00e9j\u00e0 Hippocrate. Un homme comme le Dr Carton \u00e9tait pass\u00e9 ma\u00eetre en cet art. On dit des m\u00e9decins de l&rsquo;ancienne Chine que leurs clients ne les payaient que tant qu&rsquo;ils \u00e9taient en bonne sant\u00e9 : il est vrai que l&rsquo;examen traditionnel, des pouls notamment, leur donnait un puissant moyen de d\u00e9celer les d\u00e9s\u00e9quilibres organiques \u00e0 un stade o\u00f9 ils sont encore purement latents.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Dans ce cas, on ne va pas voir le m\u00e9decin quand on fait une bronchite ou une crise de foie, mais \u00e0 date fixe, pour faire avec lui le point sur ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 entre temps et sur l&rsquo;\u00e9volution que l&rsquo;on a pu observer, pour essayer de comprendre avec lui \u00ab ce que cela veut dire \u00bb, ce que cela r\u00e9v\u00e8le, et pour instaurer un traitement qui, par-del\u00e0 les \u00e9pisodes mineurs pris comme r\u00e9v\u00e9lateurs, aille au fond des choses. Le malade se sent alors davantage concern\u00e9 par ce qui lui arrive, a les moyens de se prendre en main \u00e0 long terme avec intelligence et sera moins dispos\u00e9 \u00e0 s&rsquo;ali\u00e9ner \u00e0 une m\u00e9decine purement ext\u00e9rieure.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>M\u00c9DECINE FONCTIONNELLE \/ M\u00c9DECINE H\u00c9RO\u00cfQUE<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">La m\u00e9decine universitaire est essentiellement hospitali\u00e8re, et c&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital que se fait l&rsquo;apprentissage du praticien. L&rsquo;accent, par la force des choses, est donc mis sur la pathologique, sur le d\u00e9sordre constitu\u00e9, sur l&rsquo;agression caract\u00e9ris\u00e9e, sur les troubles l\u00e9sionnels, en d&rsquo;autres termes sur les gros cas pour lesquels il faut vraiment utiliser les gros moyens. C&rsquo;est en ce sens qu&rsquo;on a pu parler de m\u00e9decine h\u00e9ro\u00efque.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Cette orientation a laiss\u00e9 dans l&rsquo;ombre un autre type de troubles, plus fr\u00e9quents, mais aussi plus diffus : aucune l\u00e9sion ne peut \u00eatre d\u00e9cel\u00e9e, et pourtant les gens sont mal portants, fatigu\u00e9s, \u00ab patraques \u00bb, atteints dans leur moral. Ils s&rsquo;entendent dire : \u00ab Ce n&rsquo;est rien \u00bb, \u00ab c&rsquo;est purement fonctionnel \u00bb, \u00ab c&rsquo;est nerveux \u00bb, alors qu&rsquo;ils souffrent r\u00e9ellement et que faute d&rsquo;\u00eatre guid\u00e9s ad\u00e9quatement et r\u00e9\u00e9duqu\u00e9s, le mal peut affectivement devenir grave.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Face \u00e0 ces perturbations mineures, mais r\u00e9elles, \u00e0 ces diminutions de tonus, \u00e0 ces comportements psycho-physiologiques d\u00e9rang\u00e9s, \u00e0 ces manifestations pr\u00e9 ou parapathologiques, \u00e0 ces simples d\u00e9r\u00e8glements, \u00e0 ces diath\u00e8ses, la m\u00e9decine des gros moyens est souvent d\u00e9munie et impuissante. Pire, si elle intervient sur le mode massif qui lui est habituel, elle risque fort d&rsquo;aggraver les choses \u00e0 longue \u00e9ch\u00e9ance. D&rsquo;o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une m\u00e9decine fonctionnelle beaucoup plus fine, plus qualitative, orient\u00e9e vers la compensation des carences, la r\u00e9gularisation des \u00e9changes, la catalyse des fonctions, plus attentive \u00e0 l&rsquo;aspect psychologique et social des troubles. La di\u00e9t\u00e9tique, la phytoth\u00e9rapie, l&rsquo;hom\u00e9opathie, l&rsquo;oligoth\u00e9rapie peuvent ici faire des merveilles. Les oligosols, par exemple, tels que les a mis au point le Dr J. M\u00e9n\u00e9trier sont essentiellement des catalyseurs, c&rsquo;est-\u00e0-dire des substances qui par leur pr\u00e9sence minime sont appel\u00e9es \u00e0 r\u00e9gulariser, \u00e0 faciliter, \u00e0 exalter, voire \u00e0 provoquer des \u00e9changes ioniques sans s&rsquo;int\u00e9grer directement \u00e0 la combinaison r\u00e9sultante.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>M\u00c9DECINE D&rsquo;ORGANES M\u00c9DECINE DE LA PERSONNE<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">La m\u00e9decine peut \u00eatre centr\u00e9e sur les entit\u00e9s abstraites que sont les maladies. On d\u00e9veloppera alors une nosographie tr\u00e8s pr\u00e9cise et des m\u00e9thodes de diagnostic extraordinairement raffin\u00e9es et co\u00fbteuses dans le but de classer un trouble concret dans une cat\u00e9gorie et de lui donner un nom. En regard, la th\u00e9rapeutique appara\u00eetra singuli\u00e8rement pauvre, pr\u00e9\u00e9tablie et passe-partout, telle entit\u00e9 morbide conduisant automatiquement vers tel type de rem\u00e8des. \u00c0 la limite, le m\u00e9decin devient inutile et son travail peut tout aussi bien \u00eatre fait par un ordinateur.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Avec la sp\u00e9cialisation m\u00e9dicale, un autre trait appara\u00eet. Chaque sous-syst\u00e8me organique, chaque organe m\u00eame tend \u00e0 \u00eatre examin\u00e9 et trait\u00e9 \u00e0 part, pour lui-m\u00eame, sans prendre en consid\u00e9ration l&rsquo;\u00e9conomie d&rsquo;ensemble, sans tenir suffisamment compte de ces relations entre organes et points du corps parfois tr\u00e8s lointains, que des physiologies plus subtiles, en Inde ou en Chine, ont bien mises en \u00e9vidence.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00c0 l&rsquo;autre bout, nous avons l&rsquo;id\u00e9e selon laquelle l&rsquo;homme est un, en lui tout est en tout et tout r\u00e9agit sur tout. Ce n&rsquo;est pas la maladie qu&rsquo;il faut voir, mais la personne malade dans son idiosyncrasie, dans son unicit\u00e9 absolue, dans la particularit\u00e9 de sa constitution, de son histoire, de sa vocation, de son destin. Ce qui compte, ce n&rsquo;est pas de trouver un nom \u00e0 son trouble pour lui appliquer un traitement standard, mais de rep\u00e9rer les sympt\u00f4mes dans toute leur finesse pour trouver le rem\u00e8de sp\u00e9cifique que les hom\u00e9opathes ont appel\u00e9 le simillimum. Un traitement que l&rsquo;on applique sans voir l&rsquo;\u00e9conomie d&rsquo;ensemble risque de nuire \u00e0 une fonction voisine. Un trouble que l&rsquo;on fait dispara\u00eetre localement risque de ressurgir en plus grave ailleurs. Un trouble que l&rsquo;on traite sur un plan purement physique \u00e9tait peut-\u00eatre porteur d&rsquo;un message urgent relevant d&rsquo;un autre niveau et qui va ainsi passer inaper\u00e7u. En traitant l&rsquo;homme abstraitement et partiellement, on ne peut obtenir que des gu\u00e9risons apparentes, \u00e0 moins que la personne, dans sa triple dimension organique, psychique et spirituelle trouve en elle la force pour r\u00e9tablir l&rsquo;\u00e9quilibre par ses propres moyens, non pas gr\u00e2ce, mais malgr\u00e9 les m\u00e9dications-alibi qu&rsquo;on lui aura appliqu\u00e9es. Une m\u00e9decine de la personne est n\u00e9cessairement une m\u00e9decine holistique, consid\u00e9rant l&rsquo;\u00eatre dans sa totalit\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>M\u00c9DECINE POUR LAQUELLE LA MALADIE A UN SENS \/ M\u00c9DECINE POUR LAQUELLE LA MALADIE N&rsquo;A PAS DE SENS<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Si tomber malade est du m\u00eame ordre que recevoir une tuile sur la t\u00eate, si c&rsquo;est attraper par hasard, sans qu&rsquo;on sache pourquoi, un microbe ou un virus, la maladie est \u00e9videmment d\u00e9pourvue de toute signification humaine. Agression gratuite, elle est purement et simplement un mal. Elle fait partie de l&rsquo;absurde de la vie. Elle est une ennemie qu&rsquo;il faut combattre implacablement.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Si au contraire, on admet que la maladie, ou du moins certaines maladies, nous apprennent toujours quelque chose sur nous-m\u00eames, qu&rsquo;elles sont un langage qu&rsquo;il faut apprendre \u00e0 \u00e9couter et \u00e0 d\u00e9crypter, qu&rsquo;elles nous renseignent sur la mani\u00e8re dont nous nous traitons nous-m\u00eames et dont nous sommes ins\u00e9r\u00e9s dans notre milieu, qu&rsquo;elles nous r\u00e9v\u00e8lent quelque chose de notre destin, qu&rsquo;elles mettent le doigt sur nos probl\u00e8mes les plus intimes, ceux dont nous n&rsquo;avons pas une conscience claire et qui, faute de pouvoir se dire, se somatisent ; si d&rsquo;autre part, on admet que leurs manifestations ext\u00e9rieures et symptomatiques indiquent qu&rsquo;un processus positif d&rsquo;auto-d\u00e9fense, d&rsquo;auto-r\u00e9gulation et d&rsquo;auto-\u00e9quilibration est le plus souvent en cours une fois que l&rsquo;organisme est trop perturb\u00e9 ou trop intoxiqu\u00e9 pour se permettre une vie normale, en ce cas les choses prennent un tout autre relief. La maladie n&rsquo;est plus alors une ennemie \u00e0 abattre, une intruse \u00e0 chasser \u00e0 tout prix, mais une amie, une sorte de ma\u00eetre int\u00e9rieur dont il faut soutenir et favoriser le travail. Elle ne nous est pas \u00e9trang\u00e8re ; elle fait partie de nous-m\u00eames. Elle rel\u00e8ve peut-\u00eatre m\u00eame de la meilleure part de notre \u00eatre. Elle est indice de vitalit\u00e9, signe que notre organisme est encore capable de r\u00e9agir.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">On pourrait dire en d&rsquo;autres termes qu&rsquo;il y a des m\u00e9decines qui agissent contre la maladie et il en est qui agissent dans le sens que la maladie nous indique. Contrecarrer un processus curatif qui se met en route naturellement, couper des \u00e9pisodes aigus qui peuvent \u00eatre des moyens extr\u00eamement puissants de d\u00e9sintoxication et d&rsquo;\u00e9limination, o\u00f9 le corps en quelque sorte br\u00fble ses d\u00e9chets, c&rsquo;est prendre le risque \u00e9norme de voir le terrain se d\u00e9grader un peu plus, c&rsquo;est obliger le mal \u00e0 se trouver d&rsquo;autres exutoires peut-\u00eatre beaucoup plus graves ou \u00e0 envahir sournoisement l&rsquo;ensemble du corps pour aboutir finalement \u00e0 ces \u00e9tats de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence organique que sont la tuberculose, les scl\u00e9roses, le diab\u00e8te ou le cancer.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Certes, le probl\u00e8me du sens que la maladie peut rev\u00eatir est des plus complexes. Celui-ci n&rsquo;est pas seulement \u00e0 chercher sur le plan organique, mais aussi psychologique et spirituel, et souvent sur les trois \u00e0 la fois. Tout ce qui se passe dans l&rsquo;\u00e2me et dans l&rsquo;esprit a un r\u00e9pondant et une r\u00e9sonnance physiques. Une question non r\u00e9gl\u00e9e sur un plan parasite l&rsquo;ensemble des autres plans, et \u00e9touffer une des dimensions de notre \u00eatre, c&rsquo;est fatalement nous mutiler. Les causes r\u00e9elles peuvent se situer ailleurs que l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;on croit, et pr\u00e9tendre tout r\u00e9gler par des interventions m\u00e9dicamenteuses ne revient alors qu&rsquo;\u00e0 dresser un \u00e9cran de fum\u00e9e.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">La maladie nous saisit dans notre totalit\u00e9. Elle est un \u00e9l\u00e9ment d\u00e9terminant de notre destin. Si ce dernier a un sens, elle doit en avoir un aussi. Si par contre nous pensons que la vie est absurde, il n&rsquo;y a \u00e9videmment aucune raison de penser que la maladie ne le soit pas aussi. Nous sommes l\u00e0 devant un probl\u00e8me de Weltanschauung. Ce n&rsquo;est pas un hasard si c&rsquo;est dans notre type de civilisation que la maladie est per\u00e7ue comme un non-sens et qu&rsquo;est n\u00e9e, peut-\u00eatre pour la premi\u00e8re fois dans l&rsquo;histoire, une m\u00e9decine aux yeux de laquelle, pr\u00e9cis\u00e9ment, la recherche du sens n&rsquo;a pas de sens.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>M\u00c9DECINE-ART &#8211; M\u00c9DECINE-SCIENCE<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Au sens ancien, art d\u00e9signait un ensemble de connaissances et de r\u00e8gles d&rsquo;action dans un domaine particulier, ou un m\u00e9tier exigeant des aptitudes pr\u00e9cises, et non seulement un savoir, de la part de ceux qui l&rsquo;exercent. Art pouvait m\u00eame d\u00e9signer ces aptitudes elles-m\u00eames : l&rsquo;adresse, l&rsquo;habilet\u00e9, la perspicacit\u00e9, le discernement, le tact, l&#8217;empathie. Le m\u00e9decin \u00e9tait \u00ab un homme de l&rsquo;art \u00bb qui, se fondant sur tout un ensemble de sciences, savait en faire un usage tr\u00e8s personnel et tr\u00e8s personnalis\u00e9. L&rsquo;art r\u00e9side dans le passage \u00e0 l&rsquo;application. Le c\u00f4t\u00e9 \u00ab artiste \u00bb \u00e9tait plus d\u00e9velopp\u00e9 dans certaines sp\u00e9cialit\u00e9s comme la chirurgie. Le m\u00e9decin \u00e9tait donc bien plus qu&rsquo;un simple homme de science. Savoir-faire et savoir-\u00eatre \u00e9taient essentiels \u00e0 sa fonction. Puis est venue une \u00e9poque o\u00f9 l&rsquo;on a tellement insist\u00e9 sur le c\u00f4t\u00e9 scientifique de la m\u00e9decine qu&rsquo;on a pr\u00e9tendu en faire une science pour elle-m\u00eame. En parler comme d&rsquo;un art \u00e9tait alors per\u00e7u comme d\u00e9pr\u00e9ciatif. Avec l&rsquo;irruption de la g\u00e9ographie et de la sociologie m\u00e9dicales sous forme d&rsquo;\u00e9pid\u00e9miologie, le malade dans son individualit\u00e9 tend \u00e0 se perdre dans les s\u00e9ries statistiques. Les visages s&rsquo;effacent devant des analyses biochimiques, des images histologiques, microbiologiques ou radiologiques. Quand la statistique gagne la th\u00e9rapeutique elle-m\u00eame, avec ce haut degr\u00e9 de performance que permet l&rsquo;informatique, l&rsquo;art m\u00e9dical perd largement sa raison d&rsquo;\u00eatre mais n&rsquo;oublie-t-on pas que toute extension de la technique exige, pour rester humaine, un suppl\u00e9ment d&rsquo;\u00e2me, selon la belle expression de Henri Bergson ?<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>M\u00c9DECINE &#8211; ANTIM\u00c9DECINE<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">D\u00e9j\u00e0 au si\u00e8cle dernier a exist\u00e9 en m\u00e9decine un courant que l&rsquo;on qualifiait de nihiliste, selon lequel seul l&rsquo;organisme peut se r\u00e9tablir de lui-m\u00eame, de sorte que toute intervention \u00e9tait au mieux inutile. La m\u00e9decine arrivait ainsi \u00e0 se nier elle-m\u00eame. On pourrait mentionner diverses r\u00e9surgences contemporaines de cette opinion. Quand on est malade, dira-t-on, il n&rsquo;y a rien d&rsquo;autre \u00e0 faire sinon \u00e0 se mettre au repos absolu, au chaud et \u00e0 la di\u00e8te. En beaucoup de cas, ce conseil n&rsquo;a certes rien d&rsquo;absurde, les malades autant que la S\u00e9curit\u00e9 Sociale n&rsquo;auraient qu&rsquo;\u00e0 y gagner.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il y a m\u00e9decine dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;on croit qu&rsquo;il est possible d&rsquo;intervenir, soit, selon les uns, pour contrecarrer le processus morbide, soit, selon les autres, pour l&rsquo;aider dans son travail, le mener \u00e0 terme et \u00e9ventuellement le h\u00e2ter. Sinon, nous sommes sur le terrain de l&rsquo;antim\u00e9decine, un terme qui n&rsquo;a pas eu le m\u00eame succ\u00e8s qu&rsquo;antipsychiatrie, mais qui recouvre un courant de pens\u00e9e tout \u00e0 fait r\u00e9el. Moli\u00e8re l&rsquo;avait admirablement cern\u00e9 dans son <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Malade Imaginaire<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"> : \u00ab La nature, d&rsquo;elle-m\u00eame, quand nous la laissons faire, se tire doucement du d\u00e9sordre o\u00f9 elle est tomb\u00e9e. C&rsquo;est notre inqui\u00e9tude, c&rsquo;est notre impatience qui g\u00e2te tout, et presque tous les hommes meurent de leurs rem\u00e8des, et non pas de leurs maladies&#8230; Lorsqu&rsquo;un m\u00e9decin vous parle d&rsquo;aider, de secourir, de soulager la nature, de lui \u00f4ter ce qui lui nuit et lui donner ce qui lui manque&#8230;, il vous dit justement le roman de la m\u00e9decine. Mais quand vous venez \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 et \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience, vous ne trouvez rien de tout cela, et il en est comme de ces beaux songes qui ne vous laissent au r\u00e9veil que le d\u00e9plaisir de les avoir crus \u00bb. (III, 3).<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>CONCLUSION<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ces quelques oppositions, qu&rsquo;on pourrait multiplier et qui se recouvrent partiellement, permettent, me semble-t-il, d&rsquo;introduire un peu de clart\u00e9 dans un champ d&rsquo;\u00e9tude complexe et mouvant, d\u00e9termin\u00e9 non seulement par les d\u00e9couvertes de la science et les progr\u00e8s de la technologie, mais aussi par les pressions de l&rsquo;\u00e9conomie, les r\u00e9actions de l&rsquo;opinion publique et les ph\u00e9nom\u00e8nes de mode. On pourrait passer en revue les diff\u00e9rentes \u00ab m\u00e9decines \u00bb pour voir comment ces crit\u00e8res s&rsquo;appliquent \u00e0 chacune et dresser ainsi un tableau comparatif. Il s&rsquo;en d\u00e9gagerait sans doute la constatation qu&rsquo;en gros nous sommes en pr\u00e9sence de deux grands courants m\u00e9dicaux, de deux tendances majeures, de deux logiques antith\u00e9tiques.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous avons d&rsquo;une part une m\u00e9decine non seulement scientifique, mais scientiste, n\u00e9e avec le positivisme il y a deux si\u00e8cles, grande pourfendeuse de mythes anciens, qui par m\u00e9thode ne retient que ce qui s&rsquo;observe et se calcule, qui a profit\u00e9 de l&rsquo;extraordinaire essor qu&rsquo;ont connu les sciences positives, qui a envahi l&rsquo;Universit\u00e9 et l&rsquo;h\u00f4pital, qui dispose donc de tous les grands moyens, mais \u00e0 qui l&rsquo;\u00c9tat reproche son co\u00fbt et face \u00e0 laquelle le public se sent de plus en plus mal \u00e0 l&rsquo;aise, alors qu&rsquo;il ne peut se passer d&rsquo;elle. Le patient a le sentiment qu&rsquo;on lui applique des traitements qui ne correspondent pas \u00e0 sa vraie nature, qui lui demeurent ext\u00e9rieurs, qui ne vont pas au fond des choses, qui ne l&rsquo;\u00e9clairent pas quant au sens de son mal. \u00c9voluant dans un univers dur et agressif de machines et de techniques impersonnelles, il a l&rsquo;impression qu&rsquo;on le prend lui-m\u00eame comme une machine qu&rsquo;on r\u00e9pare, qui n&rsquo;a pas voix au chapitre et qu&rsquo;on consid\u00e8re sous le seul rapport du corps et du rendement.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous avons d&rsquo;autre part des m\u00e9decines tr\u00e8s diversifi\u00e9es, exigeant de la part du praticien beaucoup d&rsquo;intuition et de savoir-faire, aux moyens r\u00e9duits, ne n\u00e9gligeant pas les donn\u00e9es r\u00e9centes de la science et de la technique sans pour autant abandonner les pratiques anciennes souvent peu co\u00fbteuses, mais attach\u00e9es surtout \u00e0 la d\u00e9tection des causes profondes qui peuvent se situer \u00e0 des plans tr\u00e8s divers, visibles et invisibles, \u00e0 partir du moment o\u00f9 l&rsquo;on consid\u00e8re la nature humaine dans toute sa complexit\u00e9, selon ces images de l&rsquo;homme que nous transmettent les traditions anciennes, attach\u00e9es ensuite \u00e0 d\u00e9clencher des processus curatifs qui viennent de l&rsquo;int\u00e9rieur, qu&rsquo;il faut soutenir, stimuler, \u00e9veiller, h\u00e2ter, mais auxquels il ne faut jamais se substituer de l&rsquo;ext\u00e9rieur tant qu&rsquo;ils ont quelque chance de viabilit\u00e9. Des m\u00e9decines donc qui pr\u00e9tendent prendre l&rsquo;homme malade dans sa totalit\u00e9 pour amener avec finesse, subtilit\u00e9, douceur, intuition et art la nature qui seule gu\u00e9rit \u00e0 faire son \u0153uvre.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">La juxtaposition et l&rsquo;interf\u00e9rence de ces diff\u00e9rents courants, de ces diff\u00e9rentes tendances, pratiques et conceptions, constitue aujourd&rsquo;hui un fait de soci\u00e9t\u00e9 majeur. C&rsquo;est l&rsquo;une des expressions sans doute les plus significatives de notre civilisation actuelle et de son pluralisme foncier. Les mentalit\u00e9s s&rsquo;en accommodent facilement, mais les institutions ne suivent pas toujours. D&rsquo;o\u00f9 un certain nombre de discordances, de tiraillements, voire de conflits. Qui dit pluralit\u00e9, et \u00e0 fortiori pluralisme (qui est la pluralit\u00e9 \u00e9rig\u00e9e en syst\u00e8me), dit alternatives, donc choix, information, discernement, jugement, libert\u00e9, tout un encha\u00eenement d&rsquo;op\u00e9rations difficiles. Les choses se compliquent autant pour les malades que pour ceux qui sont charg\u00e9s de les soigner. On comprend facilement qu&rsquo;une sorte d&rsquo;officialisation du pluralisme rencontre des r\u00e9sistances consid\u00e9rables, et puisse \u00eatre per\u00e7ue comme dangereuse. La fonction m\u00e9dicale a certes toujours \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement lourde : longueur des \u00e9tudes, responsabilit\u00e9s, astreintes de l&rsquo;exercice quotidien, \u00e9volution rapide du savoir et des techniques, contact permanent avec les mis\u00e8res de la condition humaine&#8230; L&rsquo;\u00e9clatement de la m\u00e9decine intervient au moment o\u00f9 sur de multiples plans, son image se d\u00e9value, et les deux ph\u00e9nom\u00e8nes ne sont pas sans relations l&rsquo;un avec l&rsquo;autre. Libert\u00e9 et pesanteur s&rsquo;accentuent \u00e0 la fois. Les temps d&rsquo;\u00e9largissement et de restructuration sont par la force des choses aussi des temps de crise.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: large;\"><span lang=\"fr-CA\"><i><b>Pierre Erny est n\u00e9 en 1933 \u00e0 Colmar. Il a \u00e9t\u00e9 professeur d\u2019ethnologie \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Marc Bloch de Strasbourg, apr\u00e8s avoir enseign\u00e9 au Burkina Faso, au Congo et au Rwanda. Il est sp\u00e9cialis\u00e9 en ethnologie de l\u2019\u00e9ducation et en anthropologie religieuse. Il est l\u2019auteur de plusieurs livres. <\/b><\/i><\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(Revue Le chant de la Licorne. No 21. 1988) Il y a la m\u00e9decine, et il y a les m\u00e9decines. L&rsquo;usage du pluriel est de plus en plus fr\u00e9quent. Il y a l\u00e0 sans conteste un ph\u00e9nom\u00e8ne significatif qui m\u00e9rite analyse, surtout quand il est question de m\u00e9decines \u00ab diff\u00e9rentes \u00bb, \u00ab autres \u00bb, \u00ab [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":17691,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1460],"tags":[],"class_list":["post-17840","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-erny-pierre"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.5 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>La m\u00e9decine \u00e9clat\u00e9e par Pierre Erny - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-medecine-eclatee-par-pierre-erny\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"La m\u00e9decine \u00e9clat\u00e9e par Pierre Erny - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"(Revue Le chant de la Licorne. No 21. 1988) Il y a la m\u00e9decine, et il y a les m\u00e9decines. L&rsquo;usage du pluriel est de plus en plus fr\u00e9quent. Il y a l\u00e0 sans conteste un ph\u00e9nom\u00e8ne significatif qui m\u00e9rite analyse, surtout quand il est question de m\u00e9decines \u00ab diff\u00e9rentes \u00bb, \u00ab autres \u00bb, \u00ab [&hellip;]\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-medecine-eclatee-par-pierre-erny\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2018-09-01T12:40:18+00:00\" \/>\n<meta property=\"og:image\" content=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/Pierre-Erny.jpg\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:width\" content=\"163\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:height\" content=\"175\" \/>\n\t<meta property=\"og:image:type\" content=\"image\/jpeg\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"3e mill\u00e9naire\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"3e mill\u00e9naire\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"36 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\\\/\\\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"Article\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/la-medecine-eclatee-par-pierre-erny\\\/#article\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/la-medecine-eclatee-par-pierre-erny\\\/\"},\"author\":{\"name\":\"3e mill\u00e9naire\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/b692dacff720a5344a6190bc714397eb\"},\"headline\":\"La m\u00e9decine \u00e9clat\u00e9e par Pierre Erny\",\"datePublished\":\"2018-09-01T12:40:18+00:00\",\"mainEntityOfPage\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/la-medecine-eclatee-par-pierre-erny\\\/\"},\"wordCount\":7216,\"image\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/la-medecine-eclatee-par-pierre-erny\\\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2018\\\/01\\\/Pierre-Erny.jpg\",\"articleSection\":[\"Erny Pierre\"],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/la-medecine-eclatee-par-pierre-erny\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/la-medecine-eclatee-par-pierre-erny\\\/\",\"name\":\"La m\u00e9decine \u00e9clat\u00e9e par Pierre Erny - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/la-medecine-eclatee-par-pierre-erny\\\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/la-medecine-eclatee-par-pierre-erny\\\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2018\\\/01\\\/Pierre-Erny.jpg\",\"datePublished\":\"2018-09-01T12:40:18+00:00\",\"author\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/b692dacff720a5344a6190bc714397eb\"},\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/la-medecine-eclatee-par-pierre-erny\\\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/la-medecine-eclatee-par-pierre-erny\\\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/la-medecine-eclatee-par-pierre-erny\\\/#primaryimage\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2018\\\/01\\\/Pierre-Erny.jpg\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/wp-content\\\/uploads\\\/2018\\\/01\\\/Pierre-Erny.jpg\",\"width\":163,\"height\":175},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/la-medecine-eclatee-par-pierre-erny\\\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"La m\u00e9decine \u00e9clat\u00e9e par Pierre Erny\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/#website\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/\",\"name\":\"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\",\"description\":\"L&#039;Homme en devenir\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/b692dacff720a5344a6190bc714397eb\",\"name\":\"3e mill\u00e9naire\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/author\\\/scoussa\\\/\"}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"La m\u00e9decine \u00e9clat\u00e9e par Pierre Erny - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-medecine-eclatee-par-pierre-erny\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"La m\u00e9decine \u00e9clat\u00e9e par Pierre Erny - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","og_description":"(Revue Le chant de la Licorne. No 21. 1988) Il y a la m\u00e9decine, et il y a les m\u00e9decines. L&rsquo;usage du pluriel est de plus en plus fr\u00e9quent. Il y a l\u00e0 sans conteste un ph\u00e9nom\u00e8ne significatif qui m\u00e9rite analyse, surtout quand il est question de m\u00e9decines \u00ab diff\u00e9rentes \u00bb, \u00ab autres \u00bb, \u00ab [&hellip;]","og_url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-medecine-eclatee-par-pierre-erny\/","og_site_name":"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","article_published_time":"2018-09-01T12:40:18+00:00","og_image":[{"width":163,"height":175,"url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/Pierre-Erny.jpg","type":"image\/jpeg"}],"author":"3e mill\u00e9naire","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"3e mill\u00e9naire","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"36 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"Article","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-medecine-eclatee-par-pierre-erny\/#article","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-medecine-eclatee-par-pierre-erny\/"},"author":{"name":"3e mill\u00e9naire","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/b692dacff720a5344a6190bc714397eb"},"headline":"La m\u00e9decine \u00e9clat\u00e9e par Pierre Erny","datePublished":"2018-09-01T12:40:18+00:00","mainEntityOfPage":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-medecine-eclatee-par-pierre-erny\/"},"wordCount":7216,"image":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-medecine-eclatee-par-pierre-erny\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/Pierre-Erny.jpg","articleSection":["Erny Pierre"],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-medecine-eclatee-par-pierre-erny\/","url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-medecine-eclatee-par-pierre-erny\/","name":"La m\u00e9decine \u00e9clat\u00e9e par Pierre Erny - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-medecine-eclatee-par-pierre-erny\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-medecine-eclatee-par-pierre-erny\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/Pierre-Erny.jpg","datePublished":"2018-09-01T12:40:18+00:00","author":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/b692dacff720a5344a6190bc714397eb"},"breadcrumb":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-medecine-eclatee-par-pierre-erny\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-medecine-eclatee-par-pierre-erny\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-medecine-eclatee-par-pierre-erny\/#primaryimage","url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/Pierre-Erny.jpg","contentUrl":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/Pierre-Erny.jpg","width":163,"height":175},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-medecine-eclatee-par-pierre-erny\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"La m\u00e9decine \u00e9clat\u00e9e par Pierre Erny"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#website","url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/","name":"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","description":"L&#039;Homme en devenir","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/b692dacff720a5344a6190bc714397eb","name":"3e mill\u00e9naire","url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/author\/scoussa\/"}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17840","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=17840"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17840\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media\/17691"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=17840"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=17840"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=17840"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}