{"id":17848,"date":"2018-09-14T03:18:43","date_gmt":"2018-09-14T02:18:43","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=17848"},"modified":"2018-09-14T03:18:43","modified_gmt":"2018-09-14T02:18:43","slug":"la-justice-interieure-les-raisons-par-rene-allendy","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-justice-interieure-les-raisons-par-rene-allendy\/","title":{"rendered":"La justice int\u00e9rieure &#8211; Les Raisons par Ren\u00e9 Allendy"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left;\" align=\"center\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">(<em>Extrait de La justice int\u00e9rieure 1931<\/em>)<br \/>\n<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">On r\u00e9p\u00e8te depuis longtemps que l&rsquo;homme est un \u00eatre de raison. Nous savons aujourd&rsquo;hui comment il faut l&rsquo;entendre : l&rsquo;homme ob\u00e9it beaucoup moins souvent \u00e0 des op\u00e9rations rationnelles pr\u00e9alables qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9prouve le besoin de justifier <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>a posteriori<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> son comportement au moyen d&rsquo;arguments logiques. Il agit d&rsquo;abord, comme toutes les cr\u00e9atures, avec la spontan\u00e9it\u00e9 instinctive de la vie, mais il cherche ensuite constamment \u00e0 se rassurer par des raisons. C&rsquo;est pour ce dernier trait qu&rsquo;il m\u00e9rite, dans la hi\u00e9rarchie du monde, une place particuli\u00e8re. Nous pouvons aller plus loin et pr\u00e9tendre que ce besoin caract\u00e9ristique de rationalisation r\u00e9sulte pr\u00e9cis\u00e9ment des conflits entre ses impulsions anarchiques et le frein social : l&rsquo;angoisse produite par ces tiraillements, en m\u00eame temps qu&rsquo;elle se traduit en mythes religieux, aspire \u00e0 se neutraliser par la dialectique. Nous connaissons le ph\u00e9nom\u00e8ne du point de vue pathologique : ainsi font beaucoup d&rsquo;ali\u00e9n\u00e9s pour expliquer \u00e0 toute force leurs soi-disant hallucinations, pour donner une apparence vraisemblable \u00e0 tout ce qu&rsquo;ils sentent d&rsquo;illusoire, mais dans les fronti\u00e8res de la normale ; ainsi proc\u00e8dent la plupart des po\u00e8tes pour incorporer leurs r\u00eaves \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 objective. Quand il arrive que les penseurs r\u00e9ussissent ainsi \u00e0 asseoir sur la logique une intuition profonde, c&rsquo;est une \u0153uvre g\u00e9niale qui voit le jour, et l&rsquo;angoisse m\u00eame des hommes devient le moteur de leurs progr\u00e8s. L&rsquo;homme se trouve donc destin\u00e9 \u00e0 un r\u00f4le de transformation ; sa mission consiste \u00e0 marier les donn\u00e9es imm\u00e9diates et subjectives de sa conscience avec des \u00e9l\u00e9ments objectifs, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 reconna\u00eetre et formuler des rapports, \u00e0 d\u00e9couvrir intellectuellement les lois de l&rsquo;Univers.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Sans doute, avant que ce r\u00e9sultat id\u00e9al soit atteint, les ratiocinations humaines s&rsquo;essaient longtemps en vain sur des observations erron\u00e9es ou des connaissances insuffisantes, et une r\u00e9flexion ult\u00e9rieure en d\u00e9couvre les erreurs ou les lacunes, mais ces d\u00e9ficiences m\u00eame refl\u00e8tent des tendances inconscientes en ce sens qu&rsquo;une tension affective trop forte emp\u00eache la raison de d\u00e9couvrir les points faibles de son \u00e9difice, aveugle la critique, rend \u00ab tabou \u00bb certaines repr\u00e9sentations. L&rsquo;histoire des doctrines morales pr\u00e9sente pour nous un double int\u00e9r\u00eat : d&rsquo;abord, par une s\u00e9rie de critiques et d&rsquo;objections d\u00e9truisant tous les syst\u00e8mes les uns apr\u00e8s les autres, et par \u00e9limination d&rsquo;hypoth\u00e8ses successives, nous y voyons un cheminement vers une v\u00e9rit\u00e9 plus approch\u00e9e, r\u00e9alisant certains stades ou plut\u00f4t capable de rev\u00eatir certaines tendances caract\u00e9ristiques ; ensuite nous trouvons dans chaque th\u00e9orie un effort pour justifier l&rsquo;inconscient devant le conscient, correspondant pr\u00e9cis\u00e9ment aux points les plus aigus du conflit entre l&rsquo;instinct social et les autres instincts, donc r\u00e9v\u00e9lateur des formes de ce conflit et capable, par l\u00e0, de nous \u00e9clairer sur le sentiment de justice au m\u00eame titre que le comportement des hommes ou leurs croyances intuitives. Assur\u00e9ment, les th\u00e9ories de la justice appartiennent \u00e0 la philosophie et n&rsquo;int\u00e9ressent que les esprits cultiv\u00e9s. Il n&rsquo;en est pas moins vrai que ces esprits essaient des syst\u00e8mes uniquement pour rationaliser leur soumission \u00e0 la morale courante, qui est un fait empirique et dont ils n&rsquo;ont presque jamais discut\u00e9 la valeur. Leurs pens\u00e9es sont des productions intellectuelles croissant sur une donn\u00e9e affective commune et propos\u00e9es en solution \u00e0 l&rsquo;inqui\u00e9tude commune. D&rsquo;ailleurs, il y a dans ces th\u00e9ories des graduations de qualit\u00e9 assez d\u00e9finies pour que le peuple n&rsquo;adopte pas des solutions diff\u00e9rentes de celles qui ont \u00e9t\u00e9 propos\u00e9es par les plus sages, seulement quelquefois avec un retard de plusieurs si\u00e8cles et toujours d&rsquo;une fa\u00e7on moins \u00e9labor\u00e9e.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Il nous faut donc admettre que la raison elle-m\u00eame, dans son travail d&rsquo;\u00e9laboration d&rsquo;une doctrine morale, reste d\u00e9termin\u00e9e par des impulsions inconscientes, et que derri\u00e8re les th\u00e9ories nous devons retrouver les tendances de l&rsquo;instinct de justice, mais nous verrons plus tard qu&rsquo;il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;une correspondance inverse ou compl\u00e9mentaire, la th\u00e9orie morale pr\u00e9tendant d&rsquo;autant plus \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence \u2013 transcendante ou logique \u2013 qu&rsquo;il importe de soutenir un instinct social moins fix\u00e9, moins assur\u00e9, et de lutter contre des tendances individuelles moins profond\u00e9ment polic\u00e9es ; au contraire, les progr\u00e8s de la socialisation, l&rsquo;extension et le perfectionnement de l&rsquo;id\u00e9e de solidarit\u00e9 sociale, comme aujourd&rsquo;hui, permettent au psychisme humain moins inquiet de regarder plus franchement le c\u00f4t\u00e9 instinctif du sentiment de justice, la part involontaire et irresponsable de la morale, enfin son caract\u00e8re relatif et incertain.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Le comportement moral, d\u00e8s son apparition, implique n\u00e9cessairement le sentiment de justice comme r\u00e8gle et comme mobile. Il est impossible de s\u00e9parer l&rsquo;un de l&rsquo;autre. Dans la mesure o\u00f9 un certain mode d&rsquo;action ou de r\u00e9action est fix\u00e9 par l&rsquo;usage, il se constitue en loi, et l&rsquo;individu est pr\u00eat \u00e0 s&rsquo;y soumettre ou \u00e0 en b\u00e9n\u00e9ficier tant qu&rsquo;il est en vigueur, ou \u00e0 r\u00e9agir violemment quand il est transgress\u00e9 \u00e0 ses d\u00e9pens. Ceci n&rsquo;exige d&rsquo;ailleurs aucune part d&rsquo;intelligence ni de r\u00e9flexion et s&rsquo;applique aussi bien \u00e0 la vie instinctive de l&rsquo;animal. Ainsi c&rsquo;est l&rsquo;usage biologique, chez les mammif\u00e8res, que les femelles allaitent leurs petits ; cet usage se trouve profond\u00e9ment incorpor\u00e9 \u00e0 l&rsquo;instinct de l&rsquo;esp\u00e8ce et correspond \u00e0 des d\u00e9terminations psychiques non seulement chez les m\u00e8res, mais sans doute \u00e9galement chez les nouveau-n\u00e9s. Il faut observer avec quelle violence le nourrisson humain proteste quand il ne re\u00e7oit pas la nourriture convoit\u00e9e, l&rsquo;intensit\u00e9 de ses cris et de sa col\u00e8re, quand son besoin n&rsquo;est pas imm\u00e9diatement satisfait, ou quand la qualit\u00e9 du lait ne lui convient pas. Son indignation montre que, dans sa conscience obscure, il compte sur une alimentation parfaite comme sur un droit absolu et que toute irr\u00e9gularit\u00e9, r\u00e9elle ou subjective, est ressentie par lui comme une violation de la r\u00e8gle, donc une injustice contre laquelle il r\u00e9agit avec la plus extr\u00eame violence. Ceci d&rsquo;ailleurs n&rsquo;est pas un exemple fortuit. Les recherches psychanalytiques ont montr\u00e9 que le sentiment de justice chez l&rsquo;adulte est d\u00e9termin\u00e9 par les r\u00e9actions affectives \u00e0 l&rsquo;allaitement et au sevrage d\u00e8s le d\u00e9but de la vie. Sans doute, les cris du nourrisson insatisfait, o\u00f9 s&rsquo;expriment toutes les capacit\u00e9s initiales de haine, ne pr\u00e9sentent pas un caract\u00e8re moral au sens habituel du mot ; c&rsquo;est plut\u00f4t les soins \u00e0 la prog\u00e9niture qui paraissent rev\u00eatir un tel caract\u00e8re ; pourtant, on peut admettre que ces cris seraient la r\u00e9action \u00e0 un droit insatisfait et comporteraient d\u00e9j\u00e0 quelque notion de justice. Les \u00e9tudes entreprises r\u00e9cemment sur les troubles de l&rsquo;affectivit\u00e9 en rapport avec les excitations digestives (Alexander, Jones, etc.) montrent p\u00e9remptoirement que les concepts d&rsquo;ordre, de r\u00e9partition, de mesure, s&rsquo;\u00e9laborent dans les premi\u00e8res sensations des t\u00e9t\u00e9es. D&rsquo;ailleurs, on observe qu&rsquo;avec une \u00e9ducation m\u00e9thodique, le nourrisson finit par se plier docilement \u00e0 la discipline d&rsquo;un allaitement r\u00e9gulier ; il apprend \u00e0 ne plus manifester d&rsquo;exigences en dehors des heures \u00e9tablies. Il accepte donc la r\u00e8gle qui lui garantit en quelque sorte la s\u00e9curit\u00e9 de l&rsquo;avenir et c&rsquo;est l\u00e0, en somme, le commencement de la justice.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">La morale, cette adh\u00e9sion du comportement \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de justice, commence bien avant que la raison ne s&rsquo;en aper\u00e7oive. On ne l&rsquo;observe pas seulement chez le nourrisson humain, mais chez les animaux. La plupart des gens ignorent les m\u0153urs animales, soit parce qu&rsquo;ils ne les ont pas observ\u00e9es du tout et qu&rsquo;ils les imaginent selon certains pr\u00e9jug\u00e9s, soit parce qu&rsquo;ils les ont mal observ\u00e9es, \u00e0 travers des conventions incompr\u00e9hensives ; mais les sp\u00e9cialistes ont not\u00e9 des remarques extr\u00eamement importantes dans ce sens et auxquelles il faut bien nous reporter. Darwin donne des exemples tr\u00e8s nets de sens moral chez les b\u00eates\u00a0: attachement aux petits, recherche de la soci\u00e9t\u00e9 des semblables ; sentiments de sympathie r\u00e9ciproque et surtout conduite de solidarit\u00e9 allant jusqu&rsquo;au sacrifice : on ne peut pas souhaiter d&rsquo;actes moraux mieux caract\u00e9ris\u00e9s. La morale, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;\u00e9tablissement de m\u0153urs profitables \u00e0 la collectivit\u00e9, est li\u00e9e \u00e0 la vie sociale et avant tout \u00e0 la vie de la famille, cellule sociale. La famille \u00e0 son tour a pour fondement la g\u00e9n\u00e9ration, de sorte qu&rsquo;en d\u00e9finitive c&rsquo;est la fonction reproductrice, exigeant la coop\u00e9ration d&rsquo;individus de sexe oppos\u00e9 pour la procr\u00e9ation et les soins aux petits, qui suscite les premi\u00e8res manifestations altruistes.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Il n&rsquo;est pas \u00e9tonnant, dans ces conditions, que la notion de r\u00e8gle, de devoir et corr\u00e9lativement de droit, apparaisse tr\u00e8s t\u00f4t chez les animaux. Chaque individu du groupe ethnique a droit \u00e0 une certaine protection, au b\u00e9n\u00e9fice d&rsquo;une certaine solidarit\u00e9, moyennant des sacrifices correspondants : ceci constitue, d\u00e8s le plan de l&rsquo;inconscient, la base du contrat social. Chaque transgression menace l&rsquo;ordre ambiant et appelle une r\u00e9action de redressement. Les animaux se vengent entre eux des offenses re\u00e7ues ; ils se vengent m\u00eame quelquefois des hommes, et on a cit\u00e9 des cas de chevaux, d&rsquo;\u00e9l\u00e9phants, ayant accompli des agressions, d&rsquo;apparence m\u00fbrement \u00e9labor\u00e9es, contre des conducteurs qui avaient \u00e9t\u00e9 cruels ou injustes envers eux. Certains serpents de l&rsquo;Afrique du Sud attaquent, quelquefois apr\u00e8s un tr\u00e8s long d\u00e9lai, l&rsquo;homme qui a essay\u00e9 de les exterminer auparavant, et celui-l\u00e0 seul. Abel Rey observe fort justement que la vengeance ne saurait constituer un acte moral ni social, et qu&rsquo;on ne peut pas en faire d\u00e9river la justice collective, mais il faut bien reconna\u00eetre qu&rsquo;elle existe en puissance dans l&rsquo;instinct, comme r\u00e9action \u00e0 une offense, et que la civilisation s&rsquo;est seulement born\u00e9e \u00e0 transformer cette impulsion par d\u00e9l\u00e9gation et codification. Lorsqu&rsquo;un enfant, irrit\u00e9 par la r\u00e9sistance d&rsquo;un objet, commence \u00e0 le battre et \u00e0 le pi\u00e9tiner, on peut parler de vengeance, et pourtant c&rsquo;est un produit du sentiment de justice: \u00ab Je souffre \u00e0 cause de toi ; tu dois souffrir \u00e0 cause de moi \u00bb ; c&rsquo;est, dans le sens n\u00e9gatif, une affirmation primitive de solidarit\u00e9 effective. L&rsquo;effort pour renverser les r\u00f4les, pour devenir agresseur au lieu de rester victime, implique, par r\u00e9versibilit\u00e9, une r\u00e9ciprocit\u00e9 solidaire dont on a pu faire le fondement de la morale.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">La morale est donc avant tout instinctive et inconsciente. Certains auteurs vers\u00e9s dans la psychologie des b\u00eates n&rsquo;h\u00e9sitent pas \u00e0 parler de l&rsquo;id\u00e9e de justice chez l&rsquo;animal. \u00ab Les singes, dit Hachet-Souplet, ont certainement l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;injustice de leur condition de prisonniers. Le fait de les tenir captifs est pour eux un \u00ab grief \u00bb qui, de jour en jour, les rend plus hostiles \u00e0 l&rsquo;homme, plus mornes, plus d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\">1<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">]. \u00bb (Notons en passant cette alternance de haine et de d\u00e9sespoir.) Et il ajoute que les singes \u00e9lev\u00e9s en libert\u00e9 peuvent s&rsquo;attacher \u00e0 l&rsquo;homme d&rsquo;une r\u00e9elle amiti\u00e9, mais qu&rsquo;il faut toujours se d\u00e9fier d&rsquo;un coup de dent des autres qui souffrent \u00ab moralement \u00bb du manque d&rsquo;ind\u00e9pendance et se vengent par ce moyen de leurs oppresseurs.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Naturellement, il y a loin de pareils comportements \u2013 m\u00eame s&rsquo;ils impliquent le sentiment de justice \u2013 \u00e0 la conception d&rsquo;une doctrine morale, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration intellectuelle de l&rsquo;id\u00e9e de justice. En pareil mati\u00e8re, le fait a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de longtemps les premi\u00e8res \u00e9bauches de th\u00e9orie ; la conduite ne d\u00e9pend gu\u00e8re de la doctrine, mais la doctrine cherche toujours \u00e0 justifier la conduite et en d\u00e9pend par ce moyen. C&rsquo;est ce que nous allons maintenant examiner.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">L&rsquo;homme n&rsquo;a vraisemblablement commenc\u00e9 \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur la justice qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;occasion de certaines disputes \u00e9trang\u00e8res auxquelles il assistait en arbitre, et dans lesquelles il h\u00e9sitait \u00e0 prendre parti. Il a pu y r\u00e9fl\u00e9chir aussi \u00e0 l&rsquo;occasion de conflits int\u00e9rieurs entre des impulsions contraires : impulsion individuelle \u00e0 attaquer et impulsion sociale \u00e0 s&rsquo;abstenir, par exemple. Du malaise est n\u00e9e la conscience morale. D\u00e8s lors, certains hommes, pr\u00e9cis\u00e9ment les plus d\u00e9velopp\u00e9s et les plus intelligents, ont \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9s par le caract\u00e8re extraordinairement imp\u00e9rieux de leur tendance \u00e0 observer les r\u00e8gles du milieu, par l&rsquo;intensit\u00e9 de leurs remords apr\u00e8s une transgression, par la t\u00e9nacit\u00e9 obs\u00e9dante de ces remords en d\u00e9pit de leur d\u00e9sir d&rsquo;y \u00e9chapper, par leur extr\u00eame sensibilit\u00e9 \u00e0 la moindre approbation ou d\u00e9sapprobation de leurs semblables, m\u00eame \u00e9loign\u00e9s, occasionnels, voire m\u00e9prisables, par leur malaise inexplicable et insurmontable \u00e0 enfreindre la loi pour un profit \u00e9go\u00efste, m\u00eame avec la certitude de l&rsquo;impunit\u00e9. Aujourd&rsquo;hui, nous savons quelles profondes racines l&rsquo;habitude plonge dans l&rsquo;inconscient et combien la volont\u00e9 a de peine \u00e0 r\u00e9sister aux obscures tendances de l&rsquo;instinct, en d\u00e9pit de tout raisonnement, mais l&rsquo;homme n&rsquo;a pris connaissance de son inconscient que tout r\u00e9cemment, et aujourd&rsquo;hui encore des gens, pourtant cultiv\u00e9s, se refusent \u00e0 admettre en eux des tendances qui ne soient pas enti\u00e8rement contr\u00f4l\u00e9es. En cette m\u00e9connaissance de sa v\u00e9ritable nature psychique, l&rsquo;homme a d\u00fb chercher d&rsquo;autres explications, et c&rsquo;est toute l&rsquo;histoire des doctrines morales. Quand il a voulu s&rsquo;expliquer le caract\u00e8re imp\u00e9ratif de ses instincts sociaux, il n&rsquo;a pu les concevoir que comme \u00e9manant de quelque chose d&rsquo;ext\u00e9rieur \u00e0 lui et de tout-puissant. Il leur a donc attribu\u00e9 une origine surnaturelle. D&rsquo;ailleurs une telle explication de ses devoirs, en satisfaisant sa raison, avait du m\u00eame coup l&rsquo;avantage d&rsquo;asseoir ses droits sur une base absolue et imprescriptible. Il a donc attribu\u00e9 aux dieux et \u00e0 leur volont\u00e9 son id\u00e9al de justice, transf\u00e9rant ainsi sur une image cosmique l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;autorit\u00e9 r\u00e9gulatrice exp\u00e9riment\u00e9e dans l&rsquo;enfance au contact du p\u00e8re et plus tard au contact du chef. Le respect des commandements divins venait ainsi compl\u00e9ter la discipline familiale et sociale sous forme d&rsquo;une confirmation toute-puissante, ou quelquefois d&rsquo;un recours supr\u00eame contre les injustices de ce monde. Ici, la th\u00e9orie intellectuelle ne se s\u00e9parait pas de l&rsquo;intuition religieuse.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Les commandements imp\u00e9ratifs, formul\u00e9s d&rsquo;une mani\u00e8re plus indiscutable pour neutraliser plus fortement des impulsions plus violentes, ont pu prendre un caract\u00e8re obsessionnel. Nous savons aujourd&rsquo;hui que l&rsquo;id\u00e9e obsessionnelle remplit ce r\u00f4le de contrepoids, r\u00e9sultant d&rsquo;un effort du sur-moi ou instinct social et pr\u00e9sentant les plus grandes analogies avec le dogme religieux [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\">2<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">]. De cette mani\u00e8re, des prescriptions purement hygi\u00e9niques, comme l&rsquo;interdiction de certains aliments, la prescription de certains je\u00fbnes ou certaines ablutions, ont pu rev\u00eatir un aspect disproportionn\u00e9 et terrifiant, leur transgression paraissant l&rsquo;\u00e9quivalent du crime le plus abominable. Nous voyons aujourd&rsquo;hui certaines personnes pieuses et mal \u00e9quilibr\u00e9es, pour avoir communi\u00e9 sans \u00eatre parfaitement \u00e0 jeun (par exemple si elles craignent d&rsquo;avoir aval\u00e9 une goutte d&rsquo;eau), souffrir d&rsquo;autant de scrupules qu&rsquo;il serait l\u00e9gitime d&rsquo;en \u00e9prouver apr\u00e8s un crime odieux. Pour beaucoup de catholiques pratiquants, manger de la viande le Vendredi-Saint semble m\u00e9riter plus s\u00fbrement l&rsquo;enfer que de tuer p\u00e8re et m\u00e8re. Le fanatisme est un inconv\u00e9nient habituel des morales religieuses.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">D&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, on peut dire que les commandements r\u00e9v\u00e9l\u00e9s par un dieu ne diff\u00e8rent pas essentiellement des \u00ab tabous \u00bb primitifs, attribu\u00e9s aux g\u00e9nies et constituant, aux plus bas degr\u00e9s des civilisations humaines, la premi\u00e8re \u00e9bauche de morale sociale. Dans aucun cas, le discernement de l&rsquo;intelligence humaine entre le bien et le mal n&rsquo;est sollicit\u00e9. L&rsquo;ordre \u00e9mane de la volont\u00e9 plus ou moins fantaisiste des puissances sup\u00e9rieures et demeure indiscutable ; il comporte d&rsquo;ailleurs plus d&rsquo;interdictions que de recommandations. Le seul progr\u00e8s, dans cet ordre de morale, ne peut \u00eatre obtenu que selon la valeur plus universelle des pr\u00e9ceptes, leur plus r\u00e9elle utilit\u00e9 au bien commun et \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 collective. Il semble que le caract\u00e8re surnaturel des lois morales refl\u00e8te seulement une difficult\u00e9 plus grande de l&rsquo;individu \u00e0 s&rsquo;y adapter et convient aux soci\u00e9t\u00e9s les moins polic\u00e9es, du moins en profondeur. C&rsquo;est en tout cas un stade typique et primitif dans l&rsquo;\u00e9volution des id\u00e9es morales. \u00c0 ce stade, le commandement r\u00e9v\u00e9l\u00e9 est toujours intransgressible, ne comportant aucun amendement. La responsabilit\u00e9 est envisag\u00e9e dans tous les cas sans limitation ni degr\u00e9 ; elle est li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;acte accompli et non aux intentions. On distingue peu de graduation dans la culpabilit\u00e9, la moindre inobservation ritu\u00e9lique paraissant aussi condamnable que l&rsquo;acte le plus pr\u00e9judiciable \u00e0 autrui. Dans la Bible, les commandements que Dieu inscrit sur les deux tables de pierre, sur le Sina\u00ef, prescrivent d&rsquo;adorer le seul dieu jaloux (<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Exode<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">, XXXIV, 14), de manger du pain sans levain (I8), de consacrer par le sacrifice le premier-n\u00e9 m\u00e2le du b\u00e9tail et des enfants (celui-ci devant \u00eatre rachet\u00e9 par un animal) (19-20), de se reposer le septi\u00e8me jour (21), d&rsquo;observer les f\u00eates (22), de se pr\u00e9senter devant Dieu trois fois par an (23). Les Tables se terminent ainsi sans qu&rsquo;il soit question des rapports sociaux. Ceux-ci sont envisag\u00e9s ailleurs et leur prescription est encore attribu\u00e9e \u00e0 Dieu : \u00ab Le Seigneur a dit \u00e0 Mo\u00efse, dans les plaines de Moab, le long du Jourdain, vis-\u00e0-vis de J\u00e9richo : &#8230; Si quelqu&rsquo;un frappe avec le fer&#8230;, etc. \u00bb (<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Nombres<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">, XXXV, I-I6) et par la bouche du Seigneur se trouvent promulgu\u00e9es les lois de talion du type primitif que <a href=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-justice-interieure-les-institutions-par-rene-allendy\/\">nous avons pass\u00e9es en revue<\/a>.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">La Bible nous fournit un exemple typique de cette conception o\u00f9 croyance religieuse et id\u00e9e morale se confondent en une m\u00eame impression d&rsquo;\u00e9vidence imp\u00e9rative et surnaturelle. Il faut une civilisation tr\u00e8s avanc\u00e9e pour que l&rsquo;homme commence \u00e0 discuter et \u00e0 dissocier ces \u00e9l\u00e9ments, lorsque les instincts asociaux sont suffisamment domestiqu\u00e9s pour que toute crainte d&rsquo;explosion soit \u00e9cart\u00e9e. L&rsquo;homme ose alors critiquer, comme humains, ses sentiments de justice et de moralit\u00e9 ; il se permet de quitter le point d&rsquo;appui divin et absolu pour se risquer aux lumi\u00e8res moins rassurantes de sa raison. On atteint ici un deuxi\u00e8me aspect des doctrines morales qu&rsquo;on peut appeler rationaliste. Remarquons bien qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas tant d&rsquo;exclure de la conduite ce qui est irrationnel et de prendre pour r\u00e8gle unique le seul raisonnement que de trouver des arguments logiques, satisfaisants pour une critique intelligente, \u00e0 un comportement approuv\u00e9 par tous, sanctionn\u00e9 par l&rsquo;habitude et senti a priori comme bon. Il s&rsquo;agit simplement de trouver des motifs raisonnables \u00e0 ce qu&rsquo;on a coutume de faire. Il n&rsquo;en est pas moins vrai que la substitution du crit\u00e9rium logique \u00e0 l&rsquo;imp\u00e9ratif surnaturel marque un important affranchissement de l&rsquo;esprit. Entre ces deux stades il existe une diff\u00e9rence aussi grande qu&rsquo;entre la psychologie d&rsquo;un obs\u00e9d\u00e9, astreint par une force invincible, quelquefois absurde, \u00e0 accomplir certains actes, et l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;un homme normal capable de discuter la conduite \u00e0 prendre. Il se peut d&rsquo;ailleurs que l&rsquo;obs\u00e9d\u00e9 et le normal diff\u00e8rent beaucoup moins dans leur conduite effective que dans la mani\u00e8re dont ils se sentent pouss\u00e9s \u00e0 agir, mais m\u00eame pour une conduite identique et si le libre arbitre n&rsquo;est qu&rsquo;illusoire, c&rsquo;est encore un grand progr\u00e8s.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><a name=\"_GoBack\"><\/a> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Les philosophes de l&rsquo;antiquit\u00e9 (et les Grecs sont les seuls \u00e0 avoir \u00e9mis une pens\u00e9e originale) ont cherch\u00e9 \u00e0 asseoir la morale sur la raison. Ainsi \u00c9picure part de la recherche du plaisir comme mobile d&rsquo;action et, constatant que tout plaisir n&rsquo;est <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">p<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">as <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">\u00e9<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">galement bon \u00e0 <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">prendre, i<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">l <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">p<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">ose une hi\u00e9rarchie des satisfactions telle que la plus \u00e9lev\u00e9e, la plus ad\u00e9quate \u00e0 l&rsquo;id\u00e9al moral et la plus compatible avec le bien des autres, procure les jouissances les plus grandes. De cette mani\u00e8re \u00ab le juste est \u00e9loign\u00e9 de tout trouble ; l&rsquo;injuste est rempli du trouble le plus grand [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\">3<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">] \u00bb. Chez Pythagore et chez Platon, cette id\u00e9e d&rsquo;harmonie n\u00e9cessaire au bonheur trouve son d\u00e9veloppement maximum : le juste qui r\u00e9alise l&rsquo;ordre s&rsquo;approche du Bien et trouve le bonheur. \u00ab La justice ne s&rsquo;arr\u00eate pas aux actions ext\u00e9rieures de l&rsquo;homme. Elle en regarde l&rsquo;int\u00e9rieur, ne permettant \u00e0 aucune partie de l&rsquo;\u00e2me de faire quelque chose qui lui soit \u00e9tranger ni d&rsquo;intervertir leurs fonctions. Elle veut&#8230; que toujours il juge et nomme juste toute action qui fait na\u00eetre et entretient en lui ce bel ordre, qu&rsquo;au contraire il appelle injuste l&rsquo;acte qui le d\u00e9truit. [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\">4<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">] \u00bb Platon ne veut pas admettre que les m\u00e9chants puissent \u00eatre heureux et les bons mis\u00e9rables, car les bons sont aim\u00e9s des dieux et \u00e0 la fin tout travaille pour le Bien avec eux, tandis que le destin m\u00e8ne in\u00e9vitablement les p\u00e9cheurs \u00e0 la ruine. Lucr\u00e8ce exprime la m\u00eame id\u00e9e en d&rsquo;autres termes : \u00ab L&rsquo;homme injuste et violent s&rsquo;enlace lui-m\u00eame dans ses propres filets. L&rsquo;iniquit\u00e9 retombe presque toujours sur son auteur et il n&rsquo;y a plus de paix ni de tranquillit\u00e9 pour celui qui a viol\u00e9 le pacte commun de la paix. Quand m\u00eame il serait cach\u00e9 aux dieux et aux hommes, il doit \u00eatre dans des alarmes continuelles que son forfait ne soit d\u00e9couvert, car on dit qu&rsquo;il s&rsquo;est trouv\u00e9 bien des gens qui, en songe ou dans le d\u00e9lire de la maladie, se sont accus\u00e9s eux-m\u00eames et ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des crimes qui avaient \u00e9t\u00e9 tenus secrets pendant longtemps [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\">5<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">]. \u00bb<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">C&rsquo;est donc un calcul bien fait qui doit d\u00e9cider les hommes \u00e0 opter pour le Bien et la justice. La m\u00eame th\u00e8se a \u00e9t\u00e9 reprise, dans les temps modernes, par les cart\u00e9siens, puis par les <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">utilitaristes<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> anglais : pour Hobbes, l&rsquo;homme se trouve bien de l&rsquo;autorit\u00e9 sociale et, pour cela, il lui sacrifie de ses pr\u00e9tentions et c&rsquo;est la conduite la plus utile \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 qui finit par pr\u00e9valoir ; Bentham pr\u00e9tend faire l&rsquo;arithm\u00e9tique du plaisir, traitant celui-ci en quantit\u00e9 et d\u00e9couvrant que le plus juste est celui qui a le mieux calcul\u00e9 son plaisir ; Stuart Mill pense que l&rsquo;altruisme et les sentiments moraux r\u00e9sultent seulement d&rsquo;habitudes, d&rsquo;associations d&rsquo;id\u00e9es, de transferts d&rsquo;\u00e9motions et que nous finissons par aimer la justice pour elle-m\u00eame comme l&rsquo;avare aime l&rsquo;argent : une conduite juste nous donne donc satisfaction.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Dans tous ces syst\u00e8mes, naturellement, les ch\u00e2timents prennent une valeur de premier ordre. L&rsquo;individu est consid\u00e9r\u00e9 comme libre de choisir sa conduite et la certitude d&rsquo;une punition doit l&rsquo;\u00e9carter du crime. La p\u00e9nalit\u00e9 appara\u00eet comme extr\u00eamement utile, agissant contre les coupables dans le sens du destin et donnant \u00e0 la raison de solides arguments pour \u00e9viter les fautes. La crainte du ch\u00e2timent est un appui pour la morale.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">A ces syst\u00e8mes rationalistes peut \u00eatre rattach\u00e9e, d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, la morale orientale, brahmaniste et bouddhiste. Ici, les ch\u00e2timents humains sont compl\u00e9t\u00e9s par la croyance aux r\u00e9incarnations et au Karma dont nous avons parl\u00e9, et le Bouddha nous donne la clef de la morale dans ses Quatre V\u00e9rit\u00e9s en nous enseignant que la cause de tout le mal se trouve dans l&rsquo;incompr\u00e9hension et l&rsquo;ignorance, donc que la connaissance doit mener au bien et \u00e0 la justice. Cette connaissance lib\u00e9ratrice est sans doute plus qu&rsquo;une compr\u00e9hension intellectuelle, mais elle est aussi cela, et toute l&rsquo;\u00e9cole bouddhiste du Sud vise en somme \u00e0 constituer une morale sur la raison. De la m\u00eame mani\u00e8re Spinoza recherche la b\u00e9atitude dans la clart\u00e9 de la conscience (la nature et la raison \u00e9tant dirig\u00e9es dans le m\u00eame sens ; les passions \u00e9tant des erreurs), et Leibnitz dans le fait d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 l&rsquo;instinct par la rationalit\u00e9 de la conduite (l&rsquo;homme devant \u00eatre guid\u00e9 par le plaisir de sentir sa conduite en accord avec les lois rationnelles contenues en principe dans les faits).<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Telles sont les morales rationalistes. Si l&rsquo;on y r\u00e9fl\u00e9chit bien, la raison pr\u00e9tend, un peu comme la r\u00e9v\u00e9lation, \u00e0 une valeur absolue en ce sens que, parfaitement conduite, elle doit mener \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence ; elle doit d\u00e9couvrir une loi plus ou moins transcendante comme l&rsquo;harmonie pythagoricienne ou une \u00e9quation math\u00e9matique. L&rsquo;homme peut donc aspirer \u00e0 comprendre ce fondement de morale et de justice, mais c&rsquo;est pour le percevoir comme une entit\u00e9 sup\u00e9rieure \u00e0 lui, qui l&rsquo;enveloppe et le d\u00e9borde m\u00eame s&rsquo;il y participe, \u00e0 laquelle il doit se conformer, mais sur laquelle il ne saurait agir. Ce n&rsquo;est plus une divinit\u00e9 qui affirme sa volont\u00e9 toute-puissante, mais un principe premier, rigoureux et immuable comme le Nombre ; ce ne sont plus les d\u00e9crets ind\u00e9termin\u00e9s, capricieux peut-\u00eatre, d&rsquo;un \u00ab dieu jaloux \u00bb, avec ses complaisances ou ses ressentiments, mais une r\u00e8gle immanente, une n\u00e9cessit\u00e9 fatale incluse dans l&rsquo;univers, un principe incompr\u00e9hensible, infini, \u00e9ternel comme l&rsquo;entendait H. Spencer, c&rsquo;est-\u00e0-dire une r\u00e9f\u00e9rence encore plus absolue qu&rsquo;un dieu personnel.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Du moins, c&rsquo;est cet id\u00e9al que les morales rationalistes ont poursuivi. Elles ont voulu d\u00e9duire la justice d&rsquo;un Bien id\u00e9al con\u00e7u par la Raison sous une formule universelle et ind\u00e9pendante des exp\u00e9riences particuli\u00e8res. Elles n&rsquo;ont jamais pu exprimer cette formule, ni \u00e9tablir l&rsquo;existence r\u00e9elle d&rsquo;un pareil id\u00e9al. Aussi leurs arguments sont-ils rest\u00e9s pr\u00e9caires et, faute de tenir un but positif, ont d\u00fb insister sur des interdictions n\u00e9gatives. Faute de trouver la Raison, il a fallu donner des raisons particuli\u00e8res. Les interdictions ont donc \u00e9t\u00e9 d\u00e9duites de sanctions, les unes physiques, comme les troubles de sant\u00e9 cons\u00e9cutifs \u00e0 la d\u00e9bauche (mais les plus sobres ne sont pas les mieux portants), les autres l\u00e9gales (mais souvent inop\u00e9rantes), d&rsquo;autres encore vraiment morales et r\u00e9sultant de la r\u00e9probation de l&rsquo;entourage (mais si fr\u00e9quemment mal inform\u00e9 et injuste). Aucune de ces sanctions m\u00eame n&rsquo;a pris de valeur certaine, de sorte qu&rsquo;en d\u00e9finitive la Raison n&rsquo;a pas trouv\u00e9 d&rsquo;argument vraiment d\u00e9cisif pour faire r\u00e9gner la justice et le bien. Les morales rationalistes doivent donc se contenter de conclure avec Marc-Aur\u00e8le que \u00ab s&rsquo;il y a des dieux, le sage doit recevoir r\u00e9compense de sa sagesse, mais s&rsquo;il n&rsquo;y en a pas, cela ne doit pas l&#8217;emp\u00eacher de faire son devoir \u00bb.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Quand les philosophes abandonnent la Raison, ils ne trouvent plus, comme \u00e9l\u00e9ment personnel pour expliquer leur d\u00e9sir de justice et leurs obligations morales, qu&rsquo;une tendance sentimentale, c&rsquo;est-\u00e0-dire non plus une entit\u00e9 m\u00e9taphysique, mais une donn\u00e9e simplement humaine, sans valeur universelle. C&rsquo;est \u00e0 cette solution que se sont ralli\u00e9s les philosophes du <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">XVIII<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><sup><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">e<\/span><\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> si\u00e8cle. Malgr\u00e9 cette r\u00e9duction d&rsquo;id\u00e9al qui marque un troisi\u00e8me aspect, plus critiqu\u00e9, des doctrines morales, quelques-uns ont voulu reporter sur le sentiment la v\u00e9n\u00e9ration retir\u00e9e aux principes transcendants : \u00ab Conscience, conscience, s&rsquo;\u00e9crie Rousseau, instinct divin, immortelle et c\u00e9leste voix, guide assur\u00e9 d&rsquo;un \u00eatre ignorant et born\u00e9 mais intelligent et libre, juge infaillible du bien et du mal qui rend l&rsquo;homme semblable \u00e0 Dieu <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">[<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\"><sup>6<\/sup><\/a>]<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> ! \u00bb Pour les uns, la nature est bonne et c&rsquo;est elle qui m\u00e8ne \u00e0 la vertu par une inspiration du <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">c\u0153ur<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> (Hume), un instinct de bienveillance (Hutcheson), un sentiment de sympathie (Adam Smith) . Pour les autres, comme Schopenhauer, la nature est mauvaise et la morale doit nier la r\u00e9alit\u00e9 du monde physique. Comme le type de r\u00e9alit\u00e9 est dans le moi de chacun et que les autres \u00eatres apparaissent comme de m\u00eame nature que ce moi, il en r\u00e9sulte chez tous une piti\u00e9 universelle et on respecte la justice pour ne pas souffrir du malheur d&rsquo;autrui ou pour m\u00e9riter son estime. \u00ab Voil\u00e0, dit d&rsquo;Holbach, ce qui constitue le repos de la bonne conscience, qui n&rsquo;est que l&rsquo;assurance de m\u00e9riter l&rsquo;affection et l&rsquo;estime des \u00eatres avec qui on vit, et l&rsquo;id\u00e9e de sa propre sup\u00e9riorit\u00e9 sur les m\u00e9chants que l&rsquo;on voit tourment\u00e9s par leurs vices et les jouets continuels de leurs tristes folies [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\">7<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">]. \u00bb Et reprenant les consid\u00e9rations de Lucr\u00e8ce, mais au nom du sentiment et de la conscience et non des craintes objectives, cet auteur dit ailleurs : \u00ab Par une loi constante de la nature, le m\u00e9chant ne peut jamais jouir d&rsquo;un bonheur pur dans le monde. Ses richesses, son pouvoir ne le garantissent pas contre lui-m\u00eame ; dans les moments lucides que ses passions lui laissent, s&rsquo;il rentre dans son int\u00e9rieur, c&rsquo;est pour essuyer les reproches d&rsquo;une conscience troubl\u00e9e par les peintures affreuses que l&rsquo;imagination lui pr\u00e9sente. \u00bb<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Tous ces moralistes du sentiment n&rsquo;ont pas imm\u00e9diatement renonc\u00e9 \u00e0 la valeur des ch\u00e2timents objectifs. Leur position \u00e0 ce point de vue est incertaine : ils cherchent plus ou moins \u00e0 les justifier. Ainsi La Mettrie croit \u00e0 une morale naturelle toute int\u00e9ress\u00e9e et il nous voit \u00ab semblables \u00e0 ces Ixion du Christianisme qui n&rsquo;aiment Dieu et n&#8217;embrassent tant de chim\u00e9riques vertus que parce qu&rsquo;ils craignent l&rsquo;enfer [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote8sym\" name=\"sdfootnote8anc\">8<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">] \u00bb. Helv\u00e9tius explique le remords, ce produit direct du sentiment de justice, par un effet de notre sensibilit\u00e9 mais aussi par une repr\u00e9sentation du ch\u00e2timent possible. C&rsquo;est admettre que la punition comporte une efficacit\u00e9 utile. Cependant l&rsquo;id\u00e9al sentimental pr\u00e9conis\u00e9 par ces philosophes devait dans la suite mener \u00e0 l&rsquo;id\u00e9al romantique de bont\u00e9 et de pardon purificateur, jusqu&rsquo;\u00e0 la r\u00e9habilitation, sous la figure de Jean Valjean, de tous les coupables et de tous les proscrits. On en suit les traces jusqu&rsquo;au n\u00e9o-romantisme moral de Tolsto\u00ef.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Toute la morale du sentiment repose sur le fait empirique qu&rsquo;il existe chez les \u00eatres humains un sentiment du juste et de l&rsquo;injuste. \u00ab Plus j&rsquo;ai vu, dit Voltaire, des hommes diff\u00e9rents par le climat. les m\u0153urs, le langage, les lois, le culte et par la mesure de leur intelligence, et plus j&rsquo;ai remarqu\u00e9 qu&rsquo;ils ont tous le m\u00eame fonds de morale&#8230; Il m&rsquo;a donc paru que cette id\u00e9e du juste et de l&rsquo;injuste leur \u00e9tait n\u00e9cessaire puisque tous s&rsquo;accordent en ce point d\u00e8s qu&rsquo;ils peuvent agir et raisonner. [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote9sym\" name=\"sdfootnote9anc\">9<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">] \u00bb Comme le fait de l&rsquo;obligation morale est patent, il s&rsquo;ensuit qu&rsquo;un tel fondement moral doit poss\u00e9der une valeur certaine. C&rsquo;est la premi\u00e8re fois que nous le voyons constitu\u00e9 par une r\u00e9alit\u00e9 empirique, mais cette explication est-elle suffisante ? Elle a le d\u00e9faut de ne pas souligner comme il conviendrait le caract\u00e8re vraiment obs\u00e9dant du sentiment de justice. Au contraire, cette particularit\u00e9 a paru capitale <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">\u00e0<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> Kant et lui a inspir\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e de ses imp\u00e9ratifs cat\u00e9goriques. C&rsquo;est par un singulier artifice qu&rsquo;il pr\u00e9tend faire entrer ces donn\u00e9es psychologiques imm\u00e9diates et a priori dans le domaine de la raison pure. Il estime que l&rsquo;id\u00e9e du devoir a pour nous la m\u00eame \u00e9vidence que les axiomes math\u00e9matiques et il attribue \u00e0 la volont\u00e9 cette tendance \u00e0 agir dans le sens moral. Aujourd&rsquo;hui, nous avons appris \u00e0 reconna\u00eetre l&rsquo;intuition <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">\u00e0 <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">c\u00f4t\u00e9 de la raison d\u00e9ductive, m\u00eame dans les math\u00e9matiques, et si Kant avait \u00e9t\u00e9 familiaris\u00e9 avec cette notion, il aurait d\u00fb convenir que ses imp\u00e9ratifs cat\u00e9goriques pr\u00e9sentent toute la spontan\u00e9it\u00e9 et toute l&rsquo;\u00e9vidence imm\u00e9diate de l&rsquo;intuition. On peut donc appeler morale intuitive la conception des kantiens et comme l&rsquo;intuition se trouve aussi proche du sentiment qu&rsquo;\u00e9loign\u00e9e de la raison, on peut, avec Abel Rey, la rapprocher de la morale sentimentale [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote10sym\" name=\"sdfootnote10anc\">10<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">]. Son trait essentiel consiste \u00e0 regarder l&rsquo;obligation morale comme un principe universel, a priori, cat\u00e9gorique, et non comme un r\u00e9sultat, \u00e0 la mani\u00e8re de Stuart Mill, Darwin, Spencer, qui le font d\u00e9pendant du milieu, r\u00e9sultant de l&rsquo;exp\u00e9rience pass\u00e9e, modifiable par l&rsquo;exp\u00e9rience future, relatif au pays et \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Le syst\u00e8me de Kant apporte cette pr\u00e9cision que, si la morale est affaire de sentiment, c&rsquo;est en grande partie d&rsquo;un sentiment \u00e0 forme intuitive qu&rsquo;il s&rsquo;agit. Il admet plus formellement encore que la sanction se trouve dans la conscience de l&rsquo;homme, mais comme il est manifeste que seules les consciences d\u00e9licates sont capables d&rsquo;en \u00eatre affect\u00e9es, il est oblig\u00e9 d&rsquo;admettre la p\u00e9nalit\u00e9 comme r\u00e9mun\u00e9ration et m\u00eame de d\u00e9fendre la peine de mort. Kant va encore plus loin et en arrive \u00e0 postuler, comme cons\u00e9quence logique de sa Raison pure, une sanction compl\u00e9mentaire dans l&rsquo;au-del\u00e0.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Cependant, pour \u00eatre tout \u00e0 fait d\u00e9pourvues d&rsquo;obscurit\u00e9, les doctrines morales devaient s&rsquo;efforcer de comprendre la nature profonde de ce <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">sentiment<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> ou de cette intuition qui, pour \u00eatre d&rsquo;une constatation empirique, n&rsquo;en rev\u00eataient pas moins un aspect myst\u00e9rieux, susceptible d&rsquo;abriter trop de superstitions. De cet effort sont n\u00e9es les morales sociologique et \u00e9volutionniste qui ont g\u00e9n\u00e9ralement cours aujourd&rsquo;hui. Elles ont voulu faire du besoin de justice une n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;adaptation sociale, un ph\u00e9nom\u00e8ne psychique li\u00e9 \u00e0 la vie collective. Comparant l&rsquo;organisation dans les corps vivants et dans les soci\u00e9t\u00e9s, les philosophes y ont vu un caract\u00e8re g\u00e9n\u00e9ral de la vie dont la solidarit\u00e9 serait la cons\u00e9quence imm\u00e9diate et en quelque sorte m\u00e9canique. Il suffit de reconna\u00eetre la solidarit\u00e9 comme un aspect biologique pour faire de la morale une cons\u00e9quence directe de l&rsquo;existence. Le besoin de justice perd d\u00e8s lors de son occulte transcendance pour devenir le produit d\u00e9termin\u00e9 des conditions d&rsquo;\u00e9volution ; il se r\u00e9duit \u00e0 un simple instinct et en ceci consiste le nouveau point de vue de la morale dite scientifique.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">En r\u00e9alit\u00e9, cette notion d&rsquo;instinct ne se d\u00e9gage pas imm\u00e9diatement avec toute la clart\u00e9 d\u00e9sirable, les auteurs n&rsquo;ayant pas nettement distingu\u00e9 le psychisme inconscient du conscient, ni aper\u00e7u tout de suite l&rsquo;extr\u00eame importance de cet inconscient. On les voit pourtant y arriver plus ou moins. Auguste Comte, par exemple, d\u00e9duit de l&rsquo;\u00e9tude des soci\u00e9t\u00e9s et des organismes la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un consensus universel entre tous les \u00e9l\u00e9ments associ\u00e9s ; d\u00e8s lors, les obligations altruistes et le sentiment de justice repr\u00e9senteraient cette tendance en action chez l&rsquo;homme ; le remords serait le malaise d&rsquo;une inadaptation. H. Spencer consid\u00e8re de m\u00eame les r\u00e8gles morales comme les lois d&rsquo;adaptation des \u00e9l\u00e9ments au tout ; ce qui contrarie cette adaptation serait senti comme un mal si intens\u00e9ment que l&rsquo;individu en arriverait \u00e0 accepter son propre sacrifice. Ces conceptions tendent \u00e0 \u00e9liminer la part de l&rsquo;individu dans le comportement moral au b\u00e9n\u00e9fice du seul g\u00e9nie de l&rsquo;esp\u00e8ce, c&rsquo;est-\u00e0-dire de l&rsquo;instinct. L&rsquo;\u00e9cole des n\u00e9o-criticistes kantiens a voulu r\u00e9agir et admettre une tendance personnelle de l&rsquo;homme : Renouvier veut que la conscience morale r\u00e9sulte d&rsquo;un double facteur : influence du milieu social et naturel sur l&rsquo;individu et r\u00e9flexion consciente de l&rsquo;individu, c&rsquo;est-\u00e0-dire conception par son intelligence d&rsquo;un id\u00e9al moral ; il y aurait l\u00e0 r\u00e9action consciente et subjective aux donn\u00e9es en quelque sorte inconscientes et objectives de l&rsquo;exp\u00e9rience. Une telle r\u00e9action, en se cultivant, arriverait m\u00eame , constituer, comme dans l&rsquo;id\u00e9e de Rauh, un art de la conduite. Durkheim de son c\u00f4t\u00e9 critique la valeur des ph\u00e9nom\u00e8nes sociaux, admettant qu&rsquo;il en existe de pathologiques et que ceux qu&rsquo;on peut consid\u00e9rer comme normaux sont toujours relatifs <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">\u00e0<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> une phase de d\u00e9veloppement. Seuls, les philosophes naturalistes comme Darwin ont os\u00e9 accepter l&rsquo;instinct comme source et fondement de la morale.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Les morales sociologiques, en expliquant leurs obligations par des \u00e9l\u00e9ments variables et relatifs, restent tr\u00e8s embarrass\u00e9es pour justifier rationnellement la n\u00e9cessit\u00e9 objective d&rsquo;une morale. Les moralistes \u00ab anarchistes \u00bb comme Guyau, \u00c9lis\u00e9e Reclus, dans leur conception de morale sans obligations ni sanctions, doivent bien admettre qu&rsquo;une morale purement positive n&rsquo;a gu\u00e8re de raisons de co\u00efncider avec les r\u00e8gles courantes de conduite, de nature toute instinctive, et qu&rsquo;il y a lieu d&rsquo;\u00e9liminer certains \u00ab pr\u00e9jug\u00e9s du bien \u00bb ou \u00ab pr\u00e9jug\u00e9s du mal \u00bb ; il leur faut aussi avouer qu&rsquo;une telle morale scientifique est incapable de r\u00e9soudre tous les probl\u00e8mes de l&rsquo;action pratique. Pour rendre compte du besoin de justice et de l&rsquo;aspiration au bien, ils doivent invoquer un pouvoir int\u00e9rieur, une influence exerc\u00e9e par les id\u00e9es sur les actions, un caract\u00e8re toujours plus social de nos plaisirs et de nos douleurs (admettant comme un fait que l&rsquo;altruisme est en voie de d\u00e9veloppement), une sorte d&rsquo;amour du risque dans l&rsquo;action (initiative morale) et dans la pens\u00e9e (conception d&rsquo;un id\u00e9al).<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Les syst\u00e8mes modernes nous entra\u00eenent de plus en plus loin des certitudes transcendantes r\u00e9clam\u00e9es par les morales primitives. Les th\u00e9ories pr\u00e9c\u00e9dentes n&rsquo;ayant pu r\u00e9sister \u00e0 la critique, nous perdons d\u00e9finitivement toute possibilit\u00e9 d&rsquo;une justification objective, ext\u00e9rieure \u00e0 l&rsquo;individu, de l&rsquo;obligation morale. Il en r\u00e9sulte une v\u00e9ritable crise caract\u00e9ris\u00e9e par une chute dans les relativit\u00e9s subjectives et telle que les moralistes en sont r\u00e9duits, pour la premi\u00e8re fois, \u00e0 douter de la valeur des sanctions p\u00e9nales. La justice sociale perd de sa signification au point de vue individuel, car l&rsquo;expiation n&rsquo;a plus raison d&rsquo;\u00eatre ; elle doit se borner au r\u00f4le de d\u00e9fense sociale, mettant \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart le criminel dangereux, s&rsquo;effor\u00e7ant de l&rsquo;adapter \u00e0 quelque utilisation profitable ou de le rendre, apr\u00e8s amendement, \u00e0 la vie commune. En s&rsquo;approchant de la base instinctive, la morale moderne a pu consentir \u00e0 recevoir des lumi\u00e8res de la psychologie compar\u00e9e et apprendre par exemple que, chez l&rsquo;animal, le meilleur dressage s&rsquo;obtient par une stimulation agr\u00e9able et non par la terreur, et que chez tout animal en voie d&rsquo;instruction selon la bonne m\u00e9thode, une correction r\u00e9pressive donn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;une erreur ou d&rsquo;un manquement produit les plus d\u00e9sastreux effets [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote11sym\" name=\"sdfootnote11anc\">11<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">]. Il y a l\u00e0 des enseignements \u00e0 tirer non seulement pour l&rsquo;\u00e9ducation du jeune enfant \u2013 qui n&rsquo;a pas le m\u00eame sens que nous du devoir et de la justice \u2013 mais encore pour le traitement du d\u00e9linquant, et sur ce dernier point les enqu\u00eates de la psychologie criminelle corroborent par des faits les r\u00e9sultats d\u00e9plorables de la plupart des peines \u00e0 caract\u00e8re expiatoire. De toute fa\u00e7on, il se confirme que si la justice sociale peut agir d&rsquo;une mani\u00e8re morale sur le coupable, c&rsquo;est par le moyen de l&rsquo;\u00e9ducation. Par l\u00e0, la crise th\u00e9orique de la morale explique le malaise qui p\u00e8se actuellement au sujet des p\u00e9nalit\u00e9s judiciaires et inspire des projets de r\u00e9forme selon un esprit radicalement nouveau.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Ainsi, pour expliquer et motiver la conduite humaine, la r\u00e9v\u00e9lation surnaturelle est plus ou moins compl\u00e8tement abandonn\u00e9e comme illusoire. Ensuite, la raison s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e insuffisante. Il a paru arbitraire de l&rsquo;identifier \u00e0 la nature comme r\u00e8gle, puisqu&rsquo;elle n&rsquo;est qu&rsquo;une partie limit\u00e9e de nous-m\u00eames ; par ailleurs, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat ou le plaisir n&rsquo;ont jamais pu rendre compte sans artifice des actions d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9es. Le sentiment est donc rest\u00e9 l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment le plus valable, mais il ne peut \u00eatre enti\u00e8rement satisfaisant tant qu&rsquo;on l&rsquo;envisage dans son aspect conscient. Comme tel, on a voulu le faire tendre d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment et presque volontairement vers les fins de la vie, mais quelles fins ? L&rsquo;int\u00e9r\u00eat particulier est trop \u00e9troit pour expliquer l&rsquo;altruisme ; l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral est trop difficile \u00e0 concilier avec le pr\u00e9c\u00e9dent ; le bonheur est trop variable selon les individus ; la perfection individuelle et le progr\u00e8s de l&rsquo;humanit\u00e9, selon la conception nietzsch\u00e9enne, sacrifient sans piti\u00e9 tout obstacle et choquent pr\u00e9cis\u00e9ment certains sentiments ; la charit\u00e9 universelle d&rsquo;un Tolsto\u00ef, renon\u00e7ant \u00e0 tous les droits pour l&rsquo;amour, tourne le dos \u00e0 tout le mouvement de la civilisation ; la solidarit\u00e9 sociale entre trop souvent en conflit avec les sentiments de la conscience individuelle. Si l&rsquo;on fait du sentiment moral un imp\u00e9ratif cat\u00e9gorique sans motif explicite et connu, on lui retire pr\u00e9cis\u00e9ment son c\u00f4t\u00e9 conscient, pour le diriger du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;intuition et de l&rsquo;instinct.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Il faut donc prendre pour base le sentiment inconscient ou instinct. La morale empirique, traditionnelle, la seule qui, selon Abel Rey [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote12sym\" name=\"sdfootnote12anc\">12<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">], pr\u00e9sente quelque valeur parce qu&rsquo;elle existe comme un fait, se trouve transmise par le milieu humain et li\u00e9e \u00e0 la vie sociale ; elle est donc de nature instinctive. Ses impulsions sont p\u00e9remptoires, non parce que leur mobile en est purement rationnel comme aurait voulu Kant, mais plut\u00f4t purement inconscient. Darwin est le premier \u00e0 avoir parl\u00e9 d&rsquo;instinct : \u00ab Notre sens moral ou notre conscience, \u00e9crit-il dans la <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Descendance de l&rsquo;Homme<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">, se compose d&rsquo;un sentiment essentiellement complexe, bas\u00e9 sur les instincts sociaux, encourag\u00e9 et dirig\u00e9 par l&rsquo;approbation de nos semblables, r\u00e9gl\u00e9 par la raison, par l&rsquo;int\u00e9r\u00eat et, dans des temps plus r\u00e9cents, par de profonds sentiments religieux, renforc\u00e9s par l&rsquo;instruction et l&rsquo;habitude. \u00bb Et Littr\u00e9, pr\u00e9c\u00e9dant Freud, \u00e9crivait en 1870 : \u00ab \u00c0 mesure que l&rsquo;enfant se d\u00e9veloppe, son organisation, tant visc\u00e9rale que c\u00e9r\u00e9brale, dispos\u00e9e conform\u00e9ment \u00e0 la sexualit\u00e9, le pr\u00e9pare peu \u00e0 peu \u00e0 la vie altruiste [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote13sym\" name=\"sdfootnote13anc\">13<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">]. \u00bb C&rsquo;est dans cette voie qu&rsquo;il nous faut rechercher l&rsquo;origine du sentiment de justice.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: left;\" align=\"center\">_____________________________________________________________________<\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">HACHET-SOUPLET. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>De l&rsquo;animal \u00e0 l&rsquo;enfant<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Paris (Alcan), 1913, p. 49.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<p class=\"sdfootnote\" align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">THEODOR REIK. <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Dogme et id\u00e9es obsessionnelles<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">. Conf. au Groupe d&rsquo;\u00c9tud. Phil. et Scientif. F\u00e9vrier 1927.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote3\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Ap. DIOG\u00c8NE DE LAERCE, X.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote4\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">PLATON. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Republ<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">., IV.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote5\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">LUCR<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">\u00c8<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">C<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">E<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">,, V, 1250 et suiv.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote6\">\n<p align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\">6<\/a><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> Jean-Jacques ROUSSEAU. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>\u00c9mile<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">, IV.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote7\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote7anc\" name=\"sdfootnote7sym\">7<\/a> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">D\u2019Holbach. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Morale universelle<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote8\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote8anc\" name=\"sdfootnote8sym\">8<\/a> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">\u0152. Phil., t. I, p. 124.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote9\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote9anc\" name=\"sdfootnote9sym\">9<\/a> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Le Philosophe ignorant<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">, XXXI.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote10\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote10anc\" name=\"sdfootnote10sym\">10<\/a> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Abel REY. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Logique et Morale<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">, 4<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><sup><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">e<\/span><\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> \u00e9dit. Paris, 1916.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote11\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote11anc\" name=\"sdfootnote11sym\">11<\/a> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">HACHET-SOUPLET. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>De l&rsquo;animal \u00e0 l&rsquo;enfant<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Paris (Alcan), 1913, p. 142.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote12\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote12anc\" name=\"sdfootnote12sym\">12<\/a> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Abel REY. <\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Logique et Morale<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">. Paris (Rieder), 1916, p. 795-796.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote13\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote13anc\" name=\"sdfootnote13sym\">13<\/a> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Revue de Philosophie positive<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">. Janvier 1870.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(Extrait de La justice int\u00e9rieure 1931) On r\u00e9p\u00e8te depuis longtemps que l&rsquo;homme est un \u00eatre de raison. Nous savons aujourd&rsquo;hui comment il faut l&rsquo;entendre : l&rsquo;homme ob\u00e9it beaucoup moins souvent \u00e0 des op\u00e9rations rationnelles pr\u00e9alables qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9prouve le besoin de justifier a posteriori son comportement au moyen d&rsquo;arguments logiques. 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Nous savons aujourd&rsquo;hui comment il faut l&rsquo;entendre : l&rsquo;homme ob\u00e9it beaucoup moins souvent \u00e0 des op\u00e9rations rationnelles pr\u00e9alables qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9prouve le besoin de justifier a posteriori son comportement au moyen d&rsquo;arguments logiques. 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