{"id":17872,"date":"2018-10-21T13:15:07","date_gmt":"2018-10-21T12:15:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=17872"},"modified":"2018-10-21T13:15:07","modified_gmt":"2018-10-21T12:15:07","slug":"la-justice-intereure-formes-pathologiques-du-sentiment-de-justice-par-rene-allendy","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-justice-intereure-formes-pathologiques-du-sentiment-de-justice-par-rene-allendy\/","title":{"rendered":"La justice int\u00e9reure &#8211; Formes pathologiques du sentiment de justice par Ren\u00e9 Allendy"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">(Extrait de La justice int\u00e9rieure 1931)<\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">En nous montrant des r\u00e9actions exag\u00e9r\u00e9es, les cas pathologiques nous permettent de mieux comprendre les m\u00e9canismes qui jouent \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat normal. Une telle \u00e9tude se montre particuli\u00e8rement \u00e9difiante en ce qui concerne les processus inconscients, dont on est toujours tent\u00e9 de m\u00e9conna\u00eetre l&rsquo;importance pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu&rsquo;on ne les sent pas op\u00e9rer en soi-m\u00eame. Dans les cas psychopathologiques, en effet, se r\u00e9v\u00e8le souvent une intensit\u00e9 \u00e9tonnante des m\u00e9canismes de r\u00e9pression et d&rsquo;autopunition. Ceux-ci, d\u00e9couverts par Freud, analys\u00e9s \u00e0 fond par Reik, ont vu \u00e9tendre leur domaine par Alexander. C&rsquo;est \u00e0 juste titre qu&rsquo;ils inspirent les travaux les plus r\u00e9cents des psychanalystes fran\u00e7ais : Hesnard et Laforgue leur ont consacr\u00e9 un rapport remarquable \u00e0 la V<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><sup><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">e<\/span><\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> Conf\u00e9rence des Psychanalystes de langue fran\u00e7aise (Paris, juillet 1930) [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\">1<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">]. Nous pensons, pour notre part, que, dans la compr\u00e9hension des n\u00e9vroses, ils pr\u00e9sentent une importance au moins \u00e9gale \u00e0 celle du complexe d&rsquo;\u0152dipe. On peut dire qu&rsquo;il n&rsquo;est pas de n\u00e9vrose dans laquelle les m\u00e9canismes d&rsquo;autopunition ne jouent un r\u00f4le de premier ordre. D&rsquo;ailleurs, en affirmant d\u00e9j\u00e0 que la n\u00e9vrose est le n\u00e9gatif d&rsquo;une perversion, Freud avait indiqu\u00e9 le caract\u00e8re r\u00e9pressif des processus n\u00e9vrotiques ; cependant l&rsquo;intensit\u00e9 de cette r\u00e9pression ne devait se montrer pleinement que plus tard, en particulier par l&rsquo;\u00e9tude de ce fait paradoxal et pourtant si r\u00e9pandu, que beaucoup d&rsquo;\u00eatres trouvent de la volupt\u00e9 \u00e0 souffrir et tendent spontan\u00e9ment vers la douleur, encore qu&rsquo;ils l&rsquo;ignorent souvent. Le masochisme s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 comme une tendance polymorphe, aux formes souvent dissimul\u00e9es, mais frappante par son extension et sa puissance.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Pour rester normal, l&rsquo;individu doit \u00e9quilibrer ses diverses directions instinctives, r\u00e9aliser l&rsquo;harmonie entre ses pulsions captatives ou agressives des instincts digestifs, oblatives et productrices des instincts sexuels, r\u00e9pressives et coop\u00e9ratives des instincts sociaux. Toute accentuation d&rsquo;un des trois groupes entra\u00eene des d\u00e9sordres d\u00e9termin\u00e9s. La pr\u00e9dominance digestive chez l&rsquo;adulte r\u00e9sulte toujours d&rsquo;une arri\u00e9ration ou d&rsquo;une r\u00e9gression dans l&rsquo;\u00e9volution de la sexualit\u00e9 ; il faut y voir la persistance d&rsquo;un \u00e9tat infantile ou un retour \u00e0 cet \u00e9tat. Quand l&rsquo;individu \u00e0 pr\u00e9dominance digestive ne compense pas par le frein des instincts sociaux, ses tendances agressives non r\u00e9prim\u00e9es le rendent pervers, cruel et l&rsquo;orientent vers le sadisme. Si une r\u00e9action morale se dessine mais demeure impuissante \u00e0 maintenir normalement les instincts d&rsquo;attaque et de destruction, ses efforts aboutissent le plus souvent \u00e0 un compromis qui est l&rsquo;obsession. On trouve, \u00e0 l&rsquo;analyse de tous les obs\u00e9d\u00e9s, des \u00e9l\u00e9ments particuli\u00e8rement puissants d&rsquo;instincts digestifs. Freud dit que chez l&rsquo;obs\u00e9d\u00e9, le moi lutte contre le surmoi et que ce dernier est mis en \u00e9chec. Nous dirions qu&rsquo;il y a insuffisance dans l&rsquo;action r\u00e9pressive des instincts sociaux. Si, au contraire, chez un arri\u00e9r\u00e9 affectif qui conserve des pulsions digestives non \u00e9volu\u00e9es, la r\u00e9pression en question s&rsquo;exag\u00e8re, elle aboutit \u00e0 un masochisme particulier dans lequel \u00ab le moi se soumet au sur-moi \u00bb (Freud) \u2014 un masochisme du type m\u00e9lancolique o\u00f9 le sujet s&rsquo;identifie \u00e0 l&rsquo;objet contre lequel est dirig\u00e9e la col\u00e8re du surmoi. Le masochisme \u00e9rotique rentre dans ce cadre.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Si maintenant nous envisageons les individus dont les tendances digestives ont \u00e9t\u00e9 transform\u00e9es au cours de l&rsquo;\u00e9volution infantile et chez qui les tendances sexuelles oblatives ont pu se d\u00e9velopper jusqu&rsquo;au niveau normal, nous trouvons encore deux cas : ou bien les instincts sociaux r\u00e9pressifs n&rsquo;entrent pas en conflit avec les pulsions sexuelles, et celles-ci s&rsquo;\u00e9panouissent si librement que le sujet est tent\u00e9 de d\u00e9passer, dans leur domaine, la tol\u00e9rance du milieu, enclin \u00e0 choquer l&rsquo;entourage ; ses tendances agressives \u00e9voluent enti\u00e8rement dans le sens de la libre rivalit\u00e9, non seulement sur le terrain sentimental, mais aussi professionnel (car on le dit quelquefois \u00ab arriviste \u00bb) ou encore intellectuel (et sa passion de libert\u00e9 lui fait prendre des allures de r\u00e9volte parmi la masse de ceux qui se soumettent \u00e0 l&rsquo;imitation gr\u00e9gaire) ; ce type instinctif est, en r\u00e9alit\u00e9, le moins n\u00e9vros\u00e9 qui soit. Ou bien on aboutit \u00e0 une quatri\u00e8me mani\u00e8re d&rsquo;\u00eatre : la r\u00e9pression sociale s&rsquo;exag\u00e8re pour refouler une sexualit\u00e9 puissante et il en r\u00e9sulte toutes sortes de d\u00e9viations ou d&rsquo;inhibitions : frigidit\u00e9, impuissance, inversion ; tel est le type des asc\u00e8tes, des ap\u00f4tres de la vertu, dont il vaut mieux en g\u00e9n\u00e9ral ne pas examiner de trop pr\u00e8s la conduite.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">On pourrait en r\u00e9alit\u00e9 faire correspondre ces quatre modes d&rsquo;\u00e9quilibre ou de d\u00e9s\u00e9quilibre instinctif, \u00e0 quatre temp\u00e9raments psychologiques. L&rsquo;exc\u00e8s des r\u00e9pressions m\u00e8nerait aux formes que Yung a d\u00e9crites comme introverties, Kretschmer comme schizothymiques, tandis que leur r\u00e9duction m\u00e8nerait \u00e0 la cyclothymie, \u00e0 l&rsquo;extraversion, \u00e0 la syntonie de Bleuler. Kretschmer pr\u00e9tend m\u00eame tirer, de la correspondance habituelle entre un certain comportement social et la forme g\u00e9n\u00e9rale du corps (pyknique ou asth\u00e9nique), un argument en faveur de l&rsquo;origine profond\u00e9ment biologique des instincts sociaux.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Nous-m\u00eames avons propos\u00e9 une classification des caract\u00e8res [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\">2<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">] selon laquelle un premier type, \u00e0 libido arri\u00e9r\u00e9e mais syntone, r\u00e9aliserait le mode de fixation digestive de l&rsquo;enfance\u00a0: ce serait un digestif \u00e0 sociabilit\u00e9 positive, recherchant les approbations ; les conflits inconscients de ce caract\u00e8re aboutiraient facilement \u00e0 l&rsquo;obsession. Un deuxi\u00e8me type \u00e0 sexualit\u00e9 bien d\u00e9velopp\u00e9e et sans inhibition sociale, donc extraverti, r\u00e9aliserait le caract\u00e8re du r\u00e9volt\u00e9 ; un troisi\u00e8me, \u00e0 sexualit\u00e9 \u00e9galement bien d\u00e9velopp\u00e9e mais avec r\u00e9pressions, introversion, schizothymie, se chargerait de tous ces refoulements sexuels que nous avons attribu\u00e9s au caract\u00e8re asc\u00e9tique. Le quatri\u00e8me type serait un arri\u00e9r\u00e9 du sentiment, \u00e0 pr\u00e9dominance captative, avec inhibitions marqu\u00e9es et r\u00e9tr\u00e9cissement du champ affectif ; il entrerait dans la cat\u00e9gorie des m\u00e9lancoliques.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Ainsi l&rsquo;absence de r\u00e9pressions, qu&rsquo;on pourrait appeler socialit\u00e9 positive, correspondrait \u00e0 un \u00e9largissement du champ des perceptions affectives, \u00e0 un contact vital plus intense et plus \u00e9tendu avec la r\u00e9alit\u00e9. Au contraire, l&rsquo;exc\u00e8s de r\u00e9pression par les instincts sociaux, ou socialit\u00e9 n\u00e9gative, m\u00e8nerait \u00e0 la disposition inverse, schizo\u00efde. Par l\u00e0, la socialit\u00e9, en tant que facteur de temp\u00e9rament psychologique, correspondrait aux qualit\u00e9s de plasticit\u00e9 ou d&rsquo;aplasticit\u00e9 que nous avons propos\u00e9es comme base de classification des temp\u00e9raments somatiques [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\">3<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">] et celles-ci, en vertu d&rsquo;une telle correspondance, r\u00e9pondraient aussi aux temp\u00e9raments psychologiques, soit dans leurs limites normales, soit dans le d\u00e9veloppement pathologique de leurs tendances fondamentales.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Les instincts sociaux, nous l&rsquo;avons vu, entrent tr\u00e8s t\u00f4t en action dans la vie de l&rsquo;individu. En r\u00e9alit\u00e9, quand le nourrisson r\u00e9prime le d\u00e9sir de mordre le sein maternel, au moment o\u00f9 ses dents poussent, les concessions sociales commencent. Il existe, dans l&rsquo;affectivit\u00e9 infantile, une phase sadique initiale qui doit \u00eatre liquid\u00e9e au sevrage et dont la t\u00e9nacit\u00e9 peut \u00eatre ult\u00e9rieurement compens\u00e9e par un masochisme s\u00e9v\u00e8re. Nous avons plusieurs fois, au cours des analyses, retrouv\u00e9 de pareils conflits, en rapports notamment avec la dentition [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\">4<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">], et opposant un sentiment de culpabilit\u00e9 et de r\u00e9probation aux premi\u00e8res impulsions captatives. De son c\u00f4t\u00e9, Rado pr\u00e9tend que la faim constitue chez le nourrisson la premi\u00e8re autopunition, c&rsquo;est-\u00e0-dire la premi\u00e8re r\u00e9pression des instincts \u00e9go\u00efstes par les instincts sociaux. Ainsi s&rsquo;expliqueraient le refus d&rsquo;aliments, si fr\u00e9quent dans les syndromes psychopathologiques, et toutes les vari\u00e9t\u00e9s d&rsquo;asc\u00e9tisme alimentaire. C&rsquo;est bien d&rsquo;un sevrage mal r\u00e9alis\u00e9 que datent les premi\u00e8res racines de tout masochisme, donc les premiers exc\u00e8s de la socialit\u00e9 r\u00e9pressive. Nos constatations cliniques, en pratique psychanalytique, ne nous laissent plus de doute sur ce point et c&rsquo;est pourquoi, en cela, nous nous \u00e9cartons de la th\u00e9orie freudienne d&rsquo;apr\u00e8s laquelle l&rsquo;autopunition proc\u00e9derait d&rsquo;un surmoi form\u00e9 seulement \u00e0 la p\u00e9riode \u0153dipienne de l&rsquo;enfance, par identification \u00e0 l&rsquo;id\u00e9al parental Nous estimons que cette th\u00e9orie doit \u00eatre vraie, mais qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas suffisante \u00e0 rendre compte de tous les faits et qu&rsquo;il est indispensable d&rsquo;admettre des instincts sociaux entrant en jeu tr\u00e8s pr\u00e9cocement. Sans doute, \u00e0 ces premiers conflits, le complexe d&rsquo;\u0152dipe vient ult\u00e9rieurement ajouter ses effets \u2014 non moins puissants d&rsquo;ailleurs \u2014 pour charger de culpabilit\u00e9, au moment o\u00f9 s&rsquo;\u00e9veille l&rsquo;\u00e9rotisme, l&rsquo;ancien amour parental, jusque-l\u00e0 pur de tout trouble. Alors s&rsquo;op\u00e8re le m\u00e9canisme qui doit habiller sous leur forme d\u00e9finitive les forces de r\u00e9pression qui jouent depuis l&rsquo;origine. L&rsquo;enfant r\u00e9alise le v\u0153u initial de prendre la place du p\u00e8re ou de la m\u00e8re, son mod\u00e8le naturel, mais ce n&rsquo;est plus pour jouir simplement de ses pr\u00e9rogatives ; c&rsquo;est maintenant pour incorporer sa s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 r\u00e9elle ou ses r\u00e9probations imaginaires. Le probl\u00e8me incestueux et les fortes barri\u00e8res sociales qu&rsquo;il suscite, emp\u00eachent l&rsquo;identification d&rsquo;\u00eatre totale. L&rsquo;individu reste, dans une part de son \u00eatre psychique, l&rsquo;enfant jaloux qu&rsquo;il \u00e9tait, tandis qu&rsquo;il devient, pour une autre part, le rival punisseur ; le conflit de ces deux parties commence \u00e0 travailler en lui-m\u00eame. Dans tout masochisme d&rsquo;adulte, nous retrouvons cette formation \u0153dipienne, conflit des instincts sociaux avec les instincts sexuels, mais il faut reconna\u00eetre que les tendances r\u00e9pressives commencent d\u00e8s les conflits du sevrage entre instincts sociaux et instincts digestifs, ceux-ci aussi primordiaux que leurs antagonistes.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Il faut donc bien s&rsquo;entendre sur ce qu&rsquo;on appelle, en psychanalyse, complexe de castration. D&rsquo;une part, la clinique montre que les tendances r\u00e9pressives se traduisent presque toujours par des images \u2014 souvent symboliques mais non moins souvent directes \u2014 de castration. Nous avons vu d&rsquo;ailleurs l&rsquo;importance des id\u00e9es de castration dans le comportement des hommes, mais nous pensons que l&rsquo;expression sexuelle n&rsquo;est ici que l&rsquo;enveloppe finale de tendances r\u00e9pressives plus g\u00e9n\u00e9rales, comme une derni\u00e8re couche de peinture qui donnerait son apparence superficielle \u00e0 une mati\u00e8re bien plus fondamentale. Autrement dit, l&rsquo;inconscient exprimerait dans la langue sexuelle des id\u00e9es bien plus g\u00e9n\u00e9rales, bien plus abstraites : toute id\u00e9e de r\u00e9pression se traduirait par une image de mutilation sexuelle de la m\u00eame fa\u00e7on que, dans la bouche des Francs-Ma\u00e7ons, toute conception philosophique se voile sous un terme de ma\u00e7onnerie. Inversement, l&rsquo;\u00e9tude psychanalytique des dents nous a montr\u00e9 une r\u00e9versibilit\u00e9 possible dans le sens habituel de l&rsquo;expression, l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une insuffisance sexuelle remontant par exemple \u00e0 la repr\u00e9sentation digestive d&rsquo;une chute dentaire. Il existe l\u00e0, entre ces organes \u00e9minemment digestifs que sont les dents et les fonctions sexuelles, une relation symbolique qui inspire des r\u00eaves ou des obsessions notamment et qui semble indiquer plus qu&rsquo;une analogie po\u00e9tique, mais une ontogen\u00e8se de l&rsquo;id\u00e9e de castration, remontant aux r\u00e9pressions digestives. En outre, la pratique psychanalytique montre que les femmes peuvent pr\u00e9senter un complexe de castration aussi net que les hommes n\u00e9vros\u00e9s, avec images de mutilation ; or, les explications qu&rsquo;on a l&rsquo;habitude de proposer (d\u00e9sir d\u00e9\u00e7u des avantages virils, masochisme sexuel li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de blessure sanglante, etc.) ne nous paraissent pas suffisantes \u00e0 rendre compte de l&rsquo;intensit\u00e9 et de la fr\u00e9quence de ce complexe paradoxal, si l&rsquo;on n&rsquo;admet pas une sensibilisation pr\u00e9alable, une sorte de pr\u00e9-castration contemporaine du sevrage, peut-\u00eatre m\u00eame de la naissance, si l&rsquo;on adopte les id\u00e9es de Rank.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Il est en tous cas certain que pour l&rsquo;inconscient, apr\u00e8s le stade \u0153dipien, toute r\u00e9pression s&rsquo;associe \u00e0 une image de castration. D&rsquo;ailleurs, ce rapport peut arriver jusqu&rsquo;\u00e0 la conscience : mot latin castigatio signifie \u00e0 la fois bl\u00e2me, punition, castration et action de tailler (les arbres, par exemple). Il y a plusieurs degr\u00e9s dans cette s\u00e9rie de significations : on peut distinguer une castration sexuelle et une castration sociale. Dans les n\u00e9vroses, la castration proprement sexuelle ne se montre intense que quand le gar\u00e7on, au moment des conflits \u0153dipiens, a souhait\u00e9 la suppression des relations conjugales du p\u00e8re. La plupart des impuissances reconnaissent pour origine psychique un renversement de ce genre.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Un de nos malades, par exemple, vient se faire analyser pour impuissance. On retrouve ses \u00e9motions infantiles : p\u00e8re autoritaire, m\u00e8re tr\u00e8s douce, ayant failli mourir des suites d&rsquo;un accouchement, quand le sujet avait sept ou huit ans. \u00c0 ce moment, le malade a form\u00e9 inconsciemment le v\u0153u de supprimer la virilit\u00e9 meurtri\u00e8re : il a cordialement ha\u00ef son p\u00e8re, comprenant que celui-ci \u00e9tait responsable des dangers courus par sa m\u00e8re. Puis, sous la pression des instincts sociaux, il s&rsquo;est r\u00e9concili\u00e9 avec son p\u00e8re, mais en retournant sur lui-m\u00eame le v\u0153u de castration, seule fa\u00e7on de le neutraliser et de faire cesser l&rsquo;\u00e9tat de guerre. Il est donc devenu impuissant, non seulement dans sa vie sexuelle, mais encore dans sa vie sociale, se montrant incapable de prendre une d\u00e9cision, de diriger une affaire, de conduire une voiture, de r\u00e9ussir quoi que ce soit. Nous ne croyons pas qu&rsquo;une m\u00e9dication, tonique, glandulaire ou autre, ni des agents physiques auraient suffi \u00e0 gu\u00e9rir ce cas d&rsquo;impuissance qui n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un processus d&rsquo;autopunition s&rsquo;\u00e9tendant \u00e0 toutes les activit\u00e9s du sujet. Au contraire l&rsquo;analyse, en provoquant une d\u00e9charge affective, a permis de r\u00e9duire ces sympt\u00f4mes n\u00e9vrotiques, \u00e0 l&rsquo;exclusion de toute autre th\u00e9rapeutique. D\u00e8s qu&rsquo;on commence \u00e0 examiner sous cet angle des malades qu&rsquo;on est habitu\u00e9 \u00e0 traiter selon une \u00e9tiologie somatique, on fait des d\u00e9couvertes bien troublantes \u2014 et nous reviendrons sur ce point.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">La fa\u00e7on implacable dont le n\u00e9vros\u00e9 peut se condamner \u00e0 la castration, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec sur tous les plans, peut atteindre des proportions effrayantes. Voici ce que nous \u00e9crivait un malade :<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">\u00ab\u00a0Ce sont des inhibitions particuli\u00e8res d&rsquo;une intensit\u00e9 accrue qui se succ\u00e8dent dans tous les domaines durant trois \u00e0 quatre jours sans r\u00e9pit : dans le sommeil, le travail, les promenades, le repos, accompagn\u00e9s d&rsquo;un sentiment de m\u00e9lancolie et de d\u00e9couragement profonds. Comme ces \u00e9checs se renouvellent l&rsquo;un apr\u00e8s l&rsquo;autre de fa\u00e7on tr\u00e8s \u00e9vidente, mon exasp\u00e9ration est parfaitement l\u00e9gitime.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Ces \u00e9checs et ces inhibitions, apr\u00e8s examen attentif, rev\u00eatent nettement la forme des obsessions. Je vais vous citer quelques petits exemples qui l&rsquo;\u00e9tablissent, je pense, amplement : 1\u00b0 le soir, d&rsquo;habitude, il m&rsquo;est impossible de lire plus de dix minutes dans mon lit. Une fois je m&rsquo;aper\u00e7ois que je lisais depuis environ une heure. Sit\u00f4t que je prends conscience de ce fait et malgr\u00e9 mes efforts, je commence \u00e0 \u00e9prouver non pas de la fatigue, mais une difficult\u00e9 soudaine \u00e0 continuer. Je suis oblig\u00e9 de m&rsquo;arr\u00eater et de jeter le livre ; 2\u00b0 le matin j&rsquo;entends parfois le coup de sonnette du domestique qui arrive. Cela ne m&#8217;emp\u00eache pas de dormir. S&rsquo;il m&rsquo;arrive de penser : \u00ab Tiens j&rsquo;ai le sommeil excellent \u00bb, aussit\u00f4t je m&rsquo;agiterai dans mon lit sans raison et je ne pourrai plus reposer ; 3\u00b0 je m&rsquo;applique \u00e0 un travail que j&rsquo;\u00e9prouve du plaisir \u00e0 accomplir. Je me rends compte qu&rsquo;il s&rsquo;accomplit avec aisance et brusquement je subis un arr\u00eat. Il me devient infiniment p\u00e9nible d&rsquo;exprimer des pens\u00e9es et des phrases pr\u00eates qui s&rsquo;alignaient dans ma t\u00eate.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Dans ces trois cas l&rsquo;obsession est consciente ou inconsciente, selon que je me dirais \u00ab je ne pourrais pas continuer \u00bb, ou que je me bornerai \u00e0 le pressentir. L&rsquo;effet sera le m\u00eame, malaise, angoisse et r\u00e9alisation de ce que je redoutais de voir survenir.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Car \u00e0 la base de mes obsessions, il y a la peur, une peur latente et g\u00e9n\u00e9rale dans les moindres comme dans les plus grandes choses. Peur irraisonn\u00e9e et bizarre : peur de manifester ma personnalit\u00e9, de m&rsquo;affirmer, de d\u00e9ployer mon activit\u00e9. Quand il m&rsquo;arrive de me f\u00e2cher, je m&rsquo;arr\u00eate malgr\u00e9 moi; j&rsquo;att\u00e9nue ma col\u00e8re, comme si j&rsquo;\u00e9tais surpris, effray\u00e9 de ma propre col\u00e8re.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Une autre remarque s&rsquo;impose aussi au sujet des obsessions. Elles surviennent violemment quand je suis en voie de r\u00e9ussite ou dans les cas o\u00f9 j&rsquo;escompte une grande satisfaction. Alors ce n&rsquo;est plus l&rsquo;inhibition ordinaire, mais le conflit entre la volont\u00e9 d&rsquo;arriver \u00e0 mes fins et l&rsquo;opposition tr\u00e8s vive que je ressens. Ce conflit se r\u00e9sout, bien entendu, par le triomphe de l&rsquo;inhibition et le plus souvent, par une crise de d\u00e9pression qui a une forte r\u00e9percussion sur mon caract\u00e8re.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">O\u00f9 le d\u00e9sir se manifeste avec le plus d&rsquo;intensit\u00e9, c&rsquo;est dans les questions sentimentales. L\u00e0 surtout je connais les \u00e9checs les plus cruels provenant de moi, malgr\u00e9 des d\u00e9buts encourageants. Je m&rsquo;arrange, je ne sais comment, pour me montrer irritable, susceptible, maladroit. Je n&rsquo;ose rien entreprendre, ou j&rsquo;entreprends si mal que je perds ce que j&rsquo;avais acquis auparavant. Cela ne peut \u00eatre mis sur le compte de la timidit\u00e9, car s&rsquo;il m&rsquo;arrive de rencontrer sans m&rsquo;y attendre la personne \u00e0 laquelle je tiens, je me montre tout autre, vraiment naturel et \u00e0 mon avantage.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Pour mieux illustrer ce qui pr\u00e9c\u00e8de, je recours \u00e0 l&rsquo;exemple suivant : je me trouve avec une jeune fille qui m&rsquo;est sympathique et \u00e0 laquelle je ne crois pas \u00eatre indiff\u00e9rent. Instinctivement je lui prends la main. Elle se laisse faire, c&rsquo;est tout. La fois suivante je me promets d&rsquo;\u00eatre plus entreprenant. J&rsquo;attends anxieusement le moment favorable, avec la crainte anticip\u00e9e d&rsquo;un \u00e9chec. Si je surmonte cette peur qui est aussi forte que le d\u00e9sir est grand, j&rsquo;esquisserai le m\u00eame geste, mais sans conviction, comme quelque chose de contraint et d&rsquo;artificiel. Puis je m&rsquo;arr\u00eaterai de moi-m\u00eame, comme fatigu\u00e9 de l&rsquo;effort fourni et tout \u00e0 fait incapable de pers\u00e9v\u00e9rer.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Cette inhibition tr\u00e8s puissante je l&rsquo;\u00e9prouve chaque fois que je me trouve au seuil d&rsquo;une r\u00e9alisation quelconque.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">N&rsquo;est-ce pas de l&rsquo;obsession, ou plut\u00f4t une d\u00e9fense inconsciente de r\u00e9ussir ? Chacun de mes \u00e9lans est contrecarr\u00e9 par une force contraire qui m&rsquo;arr\u00eate, me tire en arri\u00e8re. Ce qui fait que je me trouve dans le dilemme suivant : ou \u00e9touffer mes tendances, mes \u00e9lans, mes d\u00e9sirs, ou bien m&rsquo;exposer aux luttes avec moi-m\u00eame, aux d\u00e9faites cuisantes. J&rsquo;aurais opt\u00e9 pour la premi\u00e8re alternative si je pouvais n&rsquo;avoir pas d&rsquo;activit\u00e9 \u00e0 d\u00e9penser, de sentiments \u00e0 \u00e9pancher, mais malheureusement j&rsquo;en ai. Je passe mon temps \u00e0 vouloir, trop vouloir sans pouvoir r\u00e9aliser, non par impuissance naturelle, inn\u00e9e (cela aurait \u00e9t\u00e9 une consolation) mais par pure obsession. Je peux agir par intermittences, par mesures, demi-mesures, r\u00e9ussir un petit peu, puis \u00e9prouver des inhibitions d&rsquo;une intensit\u00e9 variable. Ce qui me rend fou d&rsquo;exasp\u00e9ration.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">J&rsquo;envie sinc\u00e8rement les gens born\u00e9s, m\u00e9diocres et normaux qui vont tout droit devant eux, sans ressentir les fatigues et les vicissitudes continuelles, les entraves que je connais.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Aujourd&rsquo;hui je suis arriv\u00e9 \u00e0 cette certitude qu&rsquo;il m&rsquo;est impossible de bien faire sciemment et consciemment quoi que ce soit. La volont\u00e9 d\u00e9termin\u00e9e de m&rsquo;appliquer suscite en moi une force oppos\u00e9e d&rsquo;inhibition. Plus la volont\u00e9 est forte, plus la r\u00e9sistance est grande. Si par contre, je m&rsquo;adonne nonchalamment \u00e0 une besogne, sans id\u00e9e de la continuer, par exemple si j&rsquo;\u00e9cris en prenant une position tr\u00e8s incommode ou en choisissant un moment inopportun pour ce travail, il peut m&rsquo;arriver de r\u00e9ussir. Ce succ\u00e8s aura naturellement une limite, celle du moment o\u00f9 je m&rsquo;apercevrai que cela va trop bien et que je suis pr\u00e8s d&rsquo;arriver au but. La finale du travail alors pr\u00e9sentera des difficult\u00e9s soudaines qui g\u00e2cheront celui-ci et arr\u00eateront net ce qui s&rsquo;annon\u00e7ait ais\u00e9 et excellent. Mais ce contretemps n&#8217;emp\u00eache pas que je sois arriv\u00e9 \u00e0 un r\u00e9sultat relatif que je n&rsquo;aurais jamais pu atteindre avec pr\u00e9m\u00e9ditation.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Il semblerait ainsi, non seulement que je ne doive pas envisager le succ\u00e8s, mais qu&rsquo;il me soit d\u00e9fendu d&rsquo;accomplir quelque chose simplement avec satisfaction. Le mauvais moment que je choisis, l&rsquo;incertitude, et je dirai m\u00eame, l&rsquo;angoisse avec laquelle j&rsquo;entreprends un travail, me sont pour ainsi dire n\u00e9cessaires pour me faire oublier l&rsquo;obsession.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Si je m&rsquo;avisais de vouloir nettement, virilement, l&rsquo;obsession se manifesterait dans toute son ampleur et de fa\u00e7on aigu\u00eb, me rendant impossible toute entreprise.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">L\u00e9g\u00e8re ou angoissante, la peur se manifeste sous forme d&rsquo;une obsession constante qui me limite, me retient, me d\u00e9tourne de la bonne voie ; qui m&rsquo;enl\u00e8ve la m\u00e9moire d&rsquo;un vers que je connais bien, embrouille des id\u00e9es claires, des r\u00e9solutions faciles, suscite brusquement ma timidit\u00e9; qui m&#8217;emp\u00eache d&rsquo;avancer en mer, quoique je nage, en m&rsquo;inspirant des doutes sur mes capacit\u00e9s, ou plut\u00f4t en me faisant oublier les mouvements n\u00e9cessaires. Ce qui fait que tous les d\u00e9butants et ceux qui avaient commenc\u00e9 plus mal que moi, me d\u00e9passent pour me laisser piteusement au m\u00eame point.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Si cela survenait seulement dans le domaine de la natation, je ne me plaindrais pas. Malheureusement l&rsquo;obsession d&rsquo;impuissance et d&rsquo;arr\u00eat est g\u00e9n\u00e9rale. Je demeure constamment en arri\u00e8re, incapable d&rsquo;agir et d&#8217;employer mon activit\u00e9 que je sais s\u00e9rieuse, consid\u00e9rable, et qui est encha\u00een\u00e9e par des r\u00e9sistances mentales.\u00a0\u00bb<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Naturellement, il ne suffit pas de savoir qu&rsquo;on subit un m\u00e9canisme inconscient pour en \u00eatre lib\u00e9r\u00e9. La gu\u00e9rison exige non seulement la reconnaissance de toutes les causes successives du sentiment de culpabilit\u00e9 (c&rsquo;est-\u00e0-dire de conflit avec les instincts sociaux), en remontant jusqu&rsquo;aux difficult\u00e9s du sevrage, mais surtout leur d\u00e9charge affective par les r\u00e9sistances et le transfert. Ce n&rsquo;est pas non plus en s&rsquo;intensifiant que les m\u00e9canismes inconscients deviennent conscients.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">\u00c0 l&rsquo;analyse, on constate que, parmi les cas psychopathiques d&rsquo;auto punition, le plus grand nombre proc\u00e8de par retournement de la situation ou de l&rsquo;intention coupable, et nous allons d&rsquo;abord examiner ce processus. Si l&rsquo;on peut dire, d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, que le sens moral r\u00e9sulte d&rsquo;une capacit\u00e9 \u00e0 se mettre \u00e0 la place d&rsquo;autrui, on trouve dans le retournement en question une exag\u00e9ration de cette possibilit\u00e9 qui aboutit \u00e0 l&rsquo;identification, dont Freud dit qu&rsquo;elle est la forme la plus primitive d&rsquo;attachement \u00e0 un objet. L&rsquo;identification, en effet, est le produit de l&rsquo;amour (l&rsquo;enfant qui d\u00e9sire \u00e9perdument une locomotive ou un cheval imagine dans ses jeux qu&rsquo;il est locomotive ou cheval), mais \u00e9galement de la haine refoul\u00e9e. Dans ce cas, l&rsquo;ancien agresseur (en fait ou en intention) prend la place de l&rsquo;attaqu\u00e9, avec tous les inconv\u00e9nients que cette situation comporte, de telle sorte que la r\u00e9alisation du souhait primitif de rivalit\u00e9 devienne en m\u00eame temps une punition. Freud cite le cas d&rsquo;une petite fille qui contracte le m\u00eame sympt\u00f4me morbide que sa m\u00e8re, par exemple une toux p\u00e9nible, ce sympt\u00f4me exprimant le d\u00e9sir hostile de prendre la place de la m\u00e8re, combin\u00e9 \u00e0 un sentiment de culpabilit\u00e9 : \u00ab\u00a0Tu voulais \u00eatre la m\u00e8re ; tu l&rsquo;es maintenant par le fait, du moins, que tu \u00e9prouves la m\u00eame souffrance qu&rsquo;elle. \u00bb C&rsquo;est le m\u00e9canisme complet de la formation de sympt\u00f4mes hyst\u00e9riques [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\">5<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">]. Ce qu&rsquo;il y a de coupable dans l&rsquo;identification veut \u00eatre neutralis\u00e9 par ce qu&rsquo;il y a de p\u00e9nible.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Charles Baudouin, de Gen\u00e8ve, nous communique \u00e0 ce sujet, une observation toute semblable de toux nerveuse.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><b>OBSERVATION 441<\/b><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">D***, 37 ans, outre une constipation opini\u00e2tre qui la tourmentait au premier chef, pr\u00e9sentait accessoirement de l&rsquo;insomnie et une toux nerveuse. Ce sont ces deux sympt\u00f4mes qui nous occuperont ici.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Il faut savoir que chez elle le motif je suis exclue, \u00e9tait pr\u00e9dominant. Elle a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s jalouse d&rsquo;une petite s\u0153ur, de trois ans plus jeune, qu&rsquo;elle consid\u00e9rait en intruse. Au coll\u00e8ge, elle pensait que \u00ab personne ne l&rsquo;aimait \u00bb ; elle se trouvait laide. Il y avait l\u00e0 une tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8re \u00e9bauche du syst\u00e8me pers\u00e9cution. Elle se sent observ\u00e9e ; elle \u00ab pense trop \u00e0 ce qu&rsquo;on peut penser d&rsquo;elle. \u00bb<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Mais ce motif \u00ab je suis exclue \u00bb, comme il arrive commun\u00e9ment, \u00e9tait li\u00e9 \u00e0 celui des curiosit\u00e9s interdites (la v\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;enfant est exclu), et tout d&rsquo;abord de curiosit\u00e9s relatives \u00e0 la naissance. D\u00e8s la troisi\u00e8me s\u00e9ance de l&rsquo;analyse, Dora apporte un r\u00eave d&rsquo;exclusion qui ne laisse aucun doute \u00e0 cet \u00e9gard : Dans ce r\u00eave \u00ab il y a un lit, mais elle n&rsquo;est pas dans le lit ; un m\u00e9decin plaisante avec sa m\u00e8re, mais on ne plaisante pas avec elle, car elle est trop s\u00e9rieuse ; elle le regrette \u00bb. Dans un second \u00e9pisode du r\u00eave, \u00ab quelqu&rsquo;un parle de la limitation des naissances \u00bb.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Or il devait appara\u00eetre clairement, au cours de l&rsquo;analyse, que les sympt\u00f4mes insomnie et toux \u00e9taient construits tous deux sur ce syst\u00e8me, et pr\u00e9sentaient entre eux une solidarit\u00e9 bien curieuse. Il est commode, on le sait, de se repr\u00e9senter un sympt\u00f4me nerveux comme une formation de compromis entre un d\u00e9sir r\u00e9put\u00e9 coupable et une intervention du \u00ab surmoi \u00bb pour punir ce d\u00e9sir. Dans le cas pr\u00e9sent, on serait tent\u00e9 de dire que les deux \u00e9l\u00e9ments : d\u00e9sir et moralit\u00e9, \u00e9taient dissoci\u00e9s et localis\u00e9s respectivement sur chacun des deux sympt\u00f4mes, ce qui isolait avec une clart\u00e9 singuli\u00e8re le moment de l&rsquo;intervention morale. Voici comment :<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Tout d&rsquo;abord (24<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><sup><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">e<\/span><\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> s\u00e9ance), l&rsquo;exclusion se pr\u00e9senta en relation avec la curiosit\u00e9 insatisfaite sur les rapports intimes des parents. C&rsquo;est ce qui se manifeste dans un r\u00eave assez transparent \u00e0 l&rsquo;analyse : \u00ab Un train, mais je n&rsquo;\u00e9tais pas dans le train. (Cf. dans le r\u00eave pr\u00e9c\u00e9dent : Un lit, mais je n&rsquo;\u00e9tais pas dans le lit.) Dans le train il y avait mon fr\u00e8re et ma s\u0153ur. Le train \u00e9tait encombr\u00e9. Je ne pouvais pas bien les voir&#8230; Ensuite, pr\u00e8s d&rsquo;un lit. Je vois le bois du lit du c\u00f4t\u00e9 des pieds&#8230; \u00bb. Au cours des associations de cette m\u00eame s\u00e9ance, relevons celle-ci, int\u00e9ressante pour le sympt\u00f4me insomnie. \u00ab Une fois, la veille de No\u00ebl (motif : myst\u00e8re de la naissance) j&rsquo;avais peine \u00e0 m&rsquo;endormir. Mon p\u00e8re dit ; \u00ab Il faut tout de suite dormir parce qu&rsquo;on entend d\u00e9j\u00e0 les grelots du p\u00e8re No\u00ebl \u00bb.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Aussit\u00f4t apr\u00e8s, les souvenirs se pr\u00e9cipitent. Dora se souvient (26<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><sup><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">e<\/span><\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> s\u00e9ance) s&rsquo;\u00eatre quelquefois, dans son enfance, endormie tard, parce que son p\u00e8re et sa m\u00e8re, dans la chambre voisine, causaient entre eux de choses intimes, la croyant endormie. En m\u00eame temps, elle avait conscience qu&rsquo;il \u00e9tait coupable d&rsquo;\u00e9couter ; elle ne voulait pas \u00e9couter. Puis cela se compl\u00e8te encore (29<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><sup><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">e<\/span><\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> s\u00e9ance)\u00a0: Il lui arrivait d&rsquo;avoir peur, la nuit, des voleurs ; elle se r\u00e9veillait avant minuit et allait dormir avec sa m\u00e8re, tandis que son p\u00e8re n&rsquo;\u00e9tait pas encore couch\u00e9. Cela avait commenc\u00e9 vers sept ans. Vers douze-quatorze ans, il lui arrivait encore de se lever la nuit, et d&rsquo;\u00e9couter \u00e0 la porte de ses parents : \u00ab Je ne voyais rien, mais je savais tr\u00e8s bien ce qui se passait entre eux. \u00bb<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">De plus en plus l&rsquo;insomnie s&rsquo;av\u00e9rait comme une expression de la curiosit\u00e9 interdite. Mais Dora se souvint aussi que lorsqu&rsquo;elle pr\u00eatait ainsi l&rsquo;oreille, et qu&rsquo;elle avait mauvaise conscience, elle se mettait \u00e0 tousser expr\u00e8s, pour avertir honn\u00eatement ses parents qu&rsquo;elle \u00e9tait \u00e9veill\u00e9e, et pour qu&rsquo;ils ne fissent et ne disent rien qu&rsquo;elle ne d\u00fbt entendre. Cette toux s&rsquo;\u00e9tait ensuite fix\u00e9e en toux nerveuse, comme le d\u00e9sir de rester \u00e9veill\u00e9e s&rsquo;\u00e9tait fix\u00e9 en insomnie. Tandis que ce dernier sympt\u00f4me exprimait la pouss\u00e9e instinctive, l&rsquo;autre marquait le r\u00e9veil de l&rsquo;instance s\u00e9v\u00e8re (du \u00ab surmoi\u00a0\u00bb). Cette toux \u00e9tait le chant du coq de saint Pierre.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Peu apr\u00e8s ce moment de l&rsquo;analyse, les deux sympt\u00f4mes commenc\u00e8rent \u00e0 c\u00e9der, solidairement, tout comme, solidairement, ils s&rsquo;\u00e9taient install\u00e9s.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Dans nos observations personnelles, nous retrouvons par exemple le cas d&rsquo;un jeune homme obs\u00e9d\u00e9 par la crainte de mourir jeune et par l&rsquo;id\u00e9e que, dans ces conditions, rien ne valait plus la peine d&rsquo;\u00eatre entrepris. L&rsquo;analyse a constat\u00e9 que son p\u00e8re \u00e9tait mort jeune, quand le malade avait lui-m\u00eame six ans et qu&rsquo;il en \u00e9tait r\u00e9sult\u00e9 pour lui l&rsquo;avantage d&rsquo;occuper toute la tendresse de sa m\u00e8re veuve. Il apparut comme \u00e9vident que cette mort paternelle, r\u00e9pondant \u00e0 une joie que les instincts sociaux sentaient digne de r\u00e9probation, avait suscit\u00e9 l&rsquo;obsession de la mort pr\u00e9matur\u00e9e et de l&rsquo;impuissance \u00e0 agir (castration sociale).<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Ces cas morbides font comprendre que, comme reliquat des difficult\u00e9s inh\u00e9rentes au complexe \u0153dipien, les hommes normaux puissent accepter assez volontiers d&rsquo;\u00eatre punis pour les fautes de leurs p\u00e8res. Ce principe de justice primitive et toute instinctive, est admis par exemple dans la Bible, toutes les souffrances des hommes n&rsquo;\u00e9tant que l&rsquo;expiation \u00e9quitable de crimes commis par les a\u00efeux, ou par le grand a\u00efeul Adam. \u00ab Les parents ont mang\u00e9 les raisins verts, est-il \u00e9crit, et les dents des enfants ont \u00e9t\u00e9 agac\u00e9es. \u00bb L&rsquo;enfant n&rsquo;accepte le ch\u00e2timent que parce qu&rsquo;il se sent coupable d&rsquo;avoir voulu d\u00e9tr\u00f4ner le p\u00e8re, ou le rival.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Il n&rsquo;est pas de meilleure illustration de la loi du talion et de la mani\u00e8re dont elle est inscrite au fond de l&rsquo;instinct humain, que les observations psychanalytiques. Nous empruntons encore \u00e0 Charles Baudouin deux observations in\u00e9dites :<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><b>OBSERVATION 250<\/b><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Pauline, dont j&rsquo;ai parl\u00e9 d\u00e9j\u00e0 un autre point de vue dans mon \u00e9tude sur <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>la R\u00e9gression<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\">6<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">], pr\u00e9sentait une paralysie hyst\u00e9rique de la partie droite de la face. Ce sympt\u00f4me \u00e9tait richement surd\u00e9termin\u00e9, et il fut tr\u00e8s int\u00e9ressant de le voir c\u00e9der, de s\u00e9ance en s\u00e9ance [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\">7<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">], au fur et \u00e0 mesure que chaque cause d\u00e9terminante \u00e9tait touch\u00e9e par l&rsquo;analyse. Ainsi, par ce sympt\u00f4me, Pauline s&rsquo;identifiait \u00e0 la m\u00e8re d&rsquo;un petit ami d&rsquo;enfance, car celle-ci \u00e9tait d\u00e9figur\u00e9e par un \u00e9rysip\u00e8le \u00e0 la joue ; en immobilisant les muscles de la face, elle r\u00e9alisait en outre son d\u00e9sir d&rsquo;immobiliser le temps, de ne pas vieillir et d&rsquo;effacer les rides. Le sympt\u00f4me \u00e9tait apparu le jour m\u00eame o\u00f9 Pauline avait 28 ans (motif de l&rsquo;\u00e2ge). Peu avant elle avait, de sa propre main, tir\u00e9 devant le miroir les muscles de cette partie de la face pour se rendre compte d&rsquo;une d\u00e9monstration de chirurgie esth\u00e9tique lue dans un journal de mode, etc., etc. Mais nous nous arr\u00eaterons ici \u00e0 l&rsquo;une des d\u00e9terminantes, celle o\u00f9 le m\u00e9canisme de punition appara\u00eet le mieux : Pauline avait une s\u0153ur plus jeune (motif de l&rsquo;\u00e2ge) dont elle \u00e9tait, comme se doit, fort jalouse. Un jour, en la portant, elle l&rsquo;avait naturellement laiss\u00e9e tomber ; la t\u00eate avait frapp\u00e9 tr\u00e8s fort. En une autre occasion, la jeune s\u0153ur, en voulant sauter, \u00e9tait tomb\u00e9e sur la figure, et s&rsquo;\u00e9tait endommag\u00e9 le front, le nez et la joue. Les deux \u00e9pisodes, associ\u00e9s et \u00e9voqu\u00e9s l&rsquo;un par l&rsquo;autre, paraissent bien avoir \u00e9t\u00e9 confondus par l&rsquo;inconscient, comme si Pauline se sentait responsable aussi du second accident. Ainsi, elle devait se punir d&rsquo;avoir d\u00e9figur\u00e9 sa s\u0153ur, et ne pouvait mieux y parvenir qu&rsquo;en se d\u00e9figurant elle-m\u00eame. C&rsquo;est le m\u00e9canisme du talion.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">On remarquera que cette punition frappait du m\u00eame coup la d\u00e9terminante pr\u00e9c\u00e9dente : cette pouss\u00e9e de coquetterie qui avait inspir\u00e9 \u00e0 Pauline la sc\u00e8ne devant le miroir. Cette sc\u00e8ne r\u00e9cente avait m\u00eame d\u00fb raviver les anciens sentiments de culpabilit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la s\u0153ur : \u00ab Tu veux \u00eatre belle, mais tu n&rsquo;as pas craint de d\u00e9figurer ta s\u0153ur ; tu veux para\u00eetre plus jeune, mais cela ne signifie-t-il pas prendre la place de ta s\u0153ur plus jeune ? ce qui est une jalousie coupable, etc. \u00bb C&rsquo;est du moins ainsi ou \u00e0 peu pr\u00e8s qu&rsquo;on pourrait r\u00e9sumer une partie du travail inconscient qui \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;origine du sympt\u00f4me.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><b>OBSERVATION 539<\/b><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Dans ce cas, nous pouvons isoler plus nettement le m\u00e9canisme du talion. Nelly (40 ans) pr\u00e9sentait, parmi d&rsquo;autres sympt\u00f4mes plus douloureux, une curieuse difficult\u00e9 \u00e0 marcher, inexplicable par des causes physiques. D\u00e9j\u00e0 enfant, les promenades \u00e9taient pour elle un cauchemar ; dans les derni\u00e8res ann\u00e9es elle se voyait contrainte de faire presque toutes ses courses en voiture.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Or elle avait une s\u0153ur a\u00een\u00e9e, que d&rsquo;ailleurs elle aimait beaucoup, et qu&rsquo;elle imitait sur bien des points, par ses go\u00fbts, son caract\u00e8re, etc. (identification). Il apparut bient\u00f4t que le sympt\u00f4me proc\u00e9dait lui aussi de cette identification. Car la s\u0153ur, depuis l&rsquo;enfance, \u00e9tait impotente \u00e0 la suite d&rsquo;un accident. Ceci n&rsquo;est rien encore, mais Nelly m&rsquo;apprit ensuite que cet accident \u00e9tait survenu \u00e0 la s\u0153ur tandis que celle-ci \u00e9tait en s\u00e9jour hors de la maison paternelle, et l&rsquo;on avait expliqu\u00e9 l&rsquo;accident par le manque de surveillance, au cours de ce s\u00e9jour. Mais pourquoi cette absence de la maison ? Parce que la m\u00e8re attendait alors un nouvel enfant : pr\u00e9cis\u00e9ment Nelly. Celle-ci, qui avait maintes fois entendu raconter cette histoire, se sentait confus\u00e9ment responsable, \u2014 par le seul fait de sa naissance ! \u2014 du malheur de sa s\u0153ur. Ce dont, inconsciemment, elle avait d\u00e9cid\u00e9 de se punir pour la vie en s&rsquo;infligeant une infirmit\u00e9 semblable.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">On pressent bien, d&rsquo;ailleurs, que la surd\u00e9termination jouait, et que des causes plus courantes s&rsquo;ajoutaient \u00e0 celle-l\u00e0. L&rsquo;identification \u00e0 la s\u0153ur a\u00een\u00e9e \u00e9tait d\u00e9j\u00e0, par elle-m\u00eame, marqu\u00e9e de cette culpabilit\u00e9 banale qui frappe le complexe d\u2019\u0152dipe, et notamment le d\u00e9sir de prendre la place de la m\u00e8re (ou de la s\u0153ur qui lui sert de substitut) et devait \u00eatre punie de quelque mani\u00e8re. Mais la situation nette et violente cr\u00e9\u00e9e par l&rsquo;accident de la s\u0153ur avait eu sans nul doute une influence toute pr\u00e9pond\u00e9rante dans le choix du mode de ch\u00e2timent.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Le talion n\u00e9vrotique ne joue pas seulement pour les culpabilit\u00e9s envers les membres de la famille ou les personnes qui ont tenu un r\u00f4le dans l&rsquo;enfance. Une fois constitu\u00e9, il peut s&rsquo;\u00e9tendre \u00e0 toutes les circonstances analogues, et jouer son r\u00f4le dans toutes les rivalit\u00e9s de la vie adulte. Beaucoup de suicides par jalousie ou d\u00e9ception amoureuse prennent, sans doute possible, la signification d&rsquo;une impulsion homicide primitivement dirig\u00e9e contre la personne concurrente puis retourn\u00e9e contre le sujet.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Par ces issues pathologiques, on peut comprendre que le conflit des pulsions digestives ou sexuelles avec la tendance r\u00e9pressive des instincts sociaux, produise une angoisse extr\u00eamement p\u00e9nible. Il s&rsquo;ensuit que la r\u00e9alisation de la punition, m\u00eame quand elle demeure tout \u00e0 fait inconsciente, apporte une d\u00e9tente marqu\u00e9e. Beaucoup de malheureux, tortur\u00e9s par ces complexes de culpabilit\u00e9 n\u00e9vrotique, se trouvent condamn\u00e9s \u00e0 osciller entre deux alternatives : r\u00e9ussir et \u00eatre angoiss\u00e9s ou sortir de l&rsquo;angoisse \u00e0 la faveur d&rsquo;un malheur actuel et r\u00e9el. Aussi ces malades savent-ils aller, avec toute la s\u00fbret\u00e9 de l&rsquo;instinct, vers tout ce qui doit \u00eatre p\u00e9nible pour eux : \u00e9chec, humiliation, accident, maladie. Une sorte de fatalit\u00e9 int\u00e9rieure les condamne \u00e0 manquer toutes les bonnes occasions, \u00e0 se donner en toutes circonstances le maximum de peines et d&rsquo;obligations, \u00e0 tomber toujours sur les pires \u00e9ventualit\u00e9s. En m\u00eame temps, on peut constater que les infortunes les d\u00e9livrent momentan\u00e9ment de l&rsquo;angoisse et, d&rsquo;autant qu&rsquo;un malheur conscient et connu est plus supportable qu&rsquo;une angoisse obscure, ils d\u00e9sirent obscur\u00e9ment leur malchance comme une d\u00e9tente et, tout en s&rsquo;en plaignant am\u00e8rement, ils le supportent avec une sorte de fiert\u00e9 satisfaite. Ils sont destin\u00e9s \u00e0 \u00eatre les aventuriers du malheur ou les h\u00e9ros de la honte.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Un ancien r\u00e9cit humoristique de Pologne raconte qu&rsquo;une vieille paysanne se confessait toutes les semaines de tromper son mari et encourait chaque fois les reproches les plus sanglants du pr\u00eatre. Or, la chose durait depuis tant de temps et la paysanne \u00e9tait devenue si vieille qu&rsquo;un jour enfin le pr\u00eatre e\u00fbt un doute. Il finit par lui faire avouer que ces infid\u00e9lit\u00e9s \u00e9taient pass\u00e9es depuis trente ans, et comme il ne comprenait pas cette obstination \u00e0 s&rsquo;en accuser, la femme expliqua : \u00ab C&rsquo;est si bon de se souvenir ! \u00bb L&rsquo;histoire pourrait \u00eatre vraie car elle a une valeur profond\u00e9ment humaine. Il est exact que le masochisme des instincts sociaux arrive \u00e0 transf\u00e9rer la jouissance de la faute d\u00e9sir\u00e9e \u00e0 la punition subie. Tout l&rsquo;attrait du p\u00e9ch\u00e9 d\u00e9fendu et impossible se reporte sur la punition, toujours accessible \u00e0 peu de frais, exempte des r\u00e9probations sociales, digne au contraire de m\u00e9riter piti\u00e9 ou admiration. Il y a des enfants qui aiment \u00e0 \u00eatre fouett\u00e9s ou qui se complaisent \u00e0 r\u00eaver de fess\u00e9es, comme faisait Jean-Jacques Rousseau ; il y a des femmes qui d\u00e9couvrent aux brutalit\u00e9s de l&rsquo;amant jaloux la m\u00eame saveur qu&rsquo;\u00e0 une infid\u00e9lit\u00e9 id\u00e9ale ; il y a des religieux qui pr\u00e9f\u00e8rent la flagellation ou la caresse du cilice aux jouissances sensuelles que ces pratiques sont destin\u00e9es \u00e0 combattre et \u00e0 remplacer. Naturellement, les substitutions masochistes exigent une forte charge de culpabilit\u00e9 pour \u00eatre consenties dans la r\u00e9alit\u00e9, en pleine conscience ; la plupart des humains se contentent de les imaginer, ce qui ne change rien au processus. Le renversement permet de vivre le r\u00eave coupable tout en m\u00e9ritant l&rsquo;attendrissement des hommes ou de Dieu, en qualit\u00e9 de victime ou de saint, ce qui revient au m\u00eame.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Le n\u00e9vros\u00e9 peut avoir des ambitions plus modestes que la couronne des martyrs. Il peut se condamner \u00e0 \u00eatre obscur\u00e9ment pauvre, \u00e0 perdre sans \u00e9clat ce qu&rsquo;il a p\u00e9niblement gagn\u00e9, comme tous ceux que d\u00e9vore la passion du jeu. Il semble que cette n\u00e9vrose r\u00e9sulte sp\u00e9cialement d&rsquo;un conflit portant sur les instincts digestifs, d&rsquo;une sorte de condamnation de la possessivit\u00e9 initiale. Le joueur est \u00e0 la fois d\u00e9vor\u00e9 du d\u00e9sir de gagner la fortune sans plus d&rsquo;efforts qu&rsquo;un nourrisson attendant sa subsistance, et tenaill\u00e9 par le besoin masochiste de perdre ce qu&rsquo;il poss\u00e8de. En contemplant les foules qui hantent champs de courses et salles de jeu, on peut appr\u00e9cier l&rsquo;\u00e9tendue de cette mal\u00e9diction. La soci\u00e9t\u00e9 a d&rsquo;ailleurs cr\u00e9\u00e9 des d\u00e9bouch\u00e9s \u00e0 tous les masochismes : \u00e0 ceux qui veulent \u00eatre des saints elle a pr\u00e9par\u00e9 des clo\u00eetres ; aux joueurs elle procure des loteries et des paris mutuels, des banques et des tripots.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Mais il est des psychopathes plus humbles encore qui ne veulent dorer leur infortune d&rsquo;aucune aur\u00e9ole ni m\u00eame d&rsquo;aucun espoir, et qui cherchent dans le m\u00e9pris m\u00eame des autres hommes, \u00e0 la fois leur jouissance et leur punition : tous ceux qui s&rsquo;exhibent dans des situations humiliantes ou douloureuses, \u00ab paillasses \u00bb des tr\u00e9teaux forains, boxeurs souvent battus, avaleurs de crapauds, pitres de salons ou de rues ou, plus mis\u00e9rables encore dans l&rsquo;\u00e9chelle des valeurs sociales, prostitu\u00e9es expos\u00e9es aux devantures des bouges, criminels tra\u00eenant des tribunaux aux prisons. Pour ceux-l\u00e0 aussi la soci\u00e9t\u00e9 a pr\u00e9par\u00e9 des places, dans les bordels et dans les bagnes.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Voici encore une observation :<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Fernand est un jeune homme domin\u00e9 par le complexe spectaculaire. Les tendances de \u00ab voir \u00bb comme celles de \u00ab se montrer \u00bb (qui sont toujours solidaires) qui d\u00e8s l&rsquo;origine jou\u00e9 chez lui un grand r\u00f4le. Un trauma infantile qui a laiss\u00e9 de fortes traces et qui se complique de culpabilit\u00e9, a eu lieu \u00e0 la suite d&rsquo;une sc\u00e8ne o\u00f9 Fernand, vers cinq ou six ans, avait trouv\u00e9 bon, lors de jeux en pleins champs, de se d\u00e9shabiller et de faire se d\u00e9shabiller deux petites filles. Il les avait renvoy\u00e9es \u00e0 la maison dans cet \u00e9tat, tandis qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait prudemment rhabill\u00e9. Les petites avaient \u00e9t\u00e9 s\u00e9v\u00e8rement punies (fouett\u00e9es), et il ne l&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9. Il lui restait \u00e0 se punir lui-m\u00eame, et comme souvent en pareil cas, \u00e0 y employer toute sa vie.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Fernand souffrait d&rsquo;abord d&rsquo;un sympt\u00f4me typique, l&rsquo;ecz\u00e9ma nerveux, qui a pu \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 en bien d&rsquo;autres cas comme un compromis entre le d\u00e9sir spectaculaire (la peau rouge, voyante) et la volont\u00e9 de s&rsquo;en punir (la peau laide et douloureuse). Cette interpr\u00e9tation g\u00e9n\u00e9rale cadrait fort bien avec le cas particulier.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">En outre, sur le plan du caract\u00e8re, des manifestations bien int\u00e9ressantes se d\u00e9veloppaient dans le m\u00eame sens. Le complexe spectaculaire se prolongeait ici par celui du h\u00e9ros. Fernand, depuis l&rsquo;adolescence, \u00e9tait travaill\u00e9 de l&rsquo;ambition de faire de grandes choses, et plusieurs s\u00e9ances d&rsquo;associations libres ne furent qu&rsquo;un d\u00e9fil\u00e9 des grands hommes qu&rsquo;il e\u00fbt voulu devenir. Or on sait que le h\u00e9ros se doit d&rsquo;\u00eatre expos\u00e9 (le motif de l&rsquo;Aussetzung, d\u00e9gag\u00e9 par Rank, \u00e0 qui nous devons de belles \u00e9tudes sur ce th\u00e8me du h\u00e9ros). Mais c&rsquo;est l\u00e0 devons-nous remarquer, un terme tr\u00e8s synth\u00e9tique qui signifie \u00e0 la fois \u00ab expos\u00e9 aux regards \u00bb et \u00ab expos\u00e9 aux dangers \u00bb. La seconde signification s&rsquo;accentue au d\u00e9triment de la premi\u00e8re lorsque pr\u00e9dominent les tendances d&rsquo;autopunition [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote8sym\" name=\"sdfootnote8anc\">8<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">] \u2014 ce qui \u00e9tait bien le cas chez Fernand. C&rsquo;est alors que le complexe du h\u00e9ros se mue en celui du martyr.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">La formation intellectuelle de ce sujet s&rsquo;est trouv\u00e9e ainsi dirig\u00e9e par le d\u00e9sir de professer des id\u00e9es qui le distinguent, mais aussi dont il ait \u00e0 souffrir. Il fut pouss\u00e9 de la sorte vers des id\u00e9es r\u00e9volutionnaires ; celles-ci lui valurent m\u00eame une condamnation s\u00e9v\u00e8re par le tribunal de M&#8230;, condamnation qu&rsquo;il accueillit avec une sorte de joie et qu&rsquo;il n&rsquo;e\u00fbt pas voulu voir all\u00e9ger. Ces manifestations qui imposaient le respect et qui avaient en fait une certaine grandeur, se rattachaient curieusement, du point de vue psychanalytique, au m\u00eame syst\u00e8me que la manifestation beaucoup plus humble repr\u00e9sent\u00e9e par l&rsquo;ecz\u00e9ma ; la peau rouge et les id\u00e9es rouges n&rsquo;\u00e9taient pas sans parent\u00e9. La d\u00e9mangeaison douloureuse de la peau et l&rsquo;ambition du martyre, \u00e9taient comme la traduction en deux langages d&rsquo;une m\u00eame recherche. Et il fallait, une fois de plus, reconna\u00eetre cette impressionnante unit\u00e9 que l&rsquo;analyse \u00e9tablit sans cesse, par les courts-circuits les plus impr\u00e9vus, entre des manifestations fort disparates et de valeur fort in\u00e9gale. Il n&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pas vain de remarquer, \u00e0 cette occasion, que les deux manifestations, dans d&rsquo;autres cas, viennent \u00e0 se combiner en une seule : que l&rsquo;on songe au cilice et \u00e0 la flagellation des asc\u00e8tes, ou si l&rsquo;on veut remonter au mythe (o\u00f9 l&rsquo;on trouve les symboles les plus \u00e9loquents de nos grands complexes), que l&rsquo;on se souvienne du motif de la tunique de Nessus, qui \u00e0 la fin de la l\u00e9gende d&rsquo;Hercule, vient s&rsquo;int\u00e9grer pr\u00e9cis\u00e9ment dans le motif du h\u00e9ros. (Charles BAUDOUIN, <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Obs.<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> 487).<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Les exemples de ce genre ne manquent pas et peuvent prendre des formes tr\u00e8s diff\u00e9rentes\u00a0: Parmi nos propres malades, nous pouvons citer le cas d&rsquo;un homme de trente-cinq ans qui, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9, dans son enfance, le mod\u00e8le du bon \u00e9l\u00e8ve \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole et du gar\u00e7on ob\u00e9issant dans sa famille, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9, pendant la guerre, un h\u00e9ros d&rsquo;intr\u00e9pidit\u00e9, d\u00e9daignant balles et mitraille, commen\u00e7a subitement \u00e0 d\u00e9r\u00e9gler sa vie. Mari\u00e9, d&rsquo;une situation moyenne, il prit une ma\u00eetresse pour laquelle il contracta un demi-million de dettes en six mois, signant des ch\u00e8ques sans provision et risquant, de ce fait, des condamnations pour escroquerie et la prison. Au m\u00eame moment il attrapait de fr\u00e9quentes contraventions au sujet de sa voiture. Il s&rsquo;agissait d&rsquo;un complexe \u0153dipien fortement censur\u00e9 (la soumission infantile cachant une r\u00e9volte refoul\u00e9e) avec troubles de sevrage tr\u00e8s marqu\u00e9s, en sorte que l&rsquo;inconduite apparaissait comme une agression tardive contre les siens, une tentative pour r\u00e9cup\u00e9rer les privations du sevrage (la famille a d\u00fb payer les dettes) en m\u00eame temps qu&rsquo;un intense besoin d&rsquo;autopunition. Les dettes \u00e9taient d&rsquo;ailleurs contract\u00e9es dans un \u00e9tat d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 extr\u00eamement p\u00e9nible et toute r\u00e9pression accueillie comme une br\u00e8ve d\u00e9tente : il \u00e9prouvait le besoin de s&rsquo;injurier, de s&rsquo;humilier, de demander pardon \u00e0 tout le monde ; il s&rsquo;arrangeait m\u00eame inconsciemment pour ne jamais profiter de l&rsquo;intimit\u00e9 avec sa ma\u00eetresse, rempla\u00e7ant les entrevues amoureuses par des menaces de suicide et d\u00e9veloppant un \u00e9tat d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 qui rend\u00eet n\u00e9cessaire un s\u00e9jour en maison de sant\u00e9.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Les cas les plus typiques ne sont pas toujours ceux qui rev\u00eatent une allure intens\u00e9ment pathologique. Nous avons eu l&rsquo;occasion de soigner une prostitu\u00e9e qui s&rsquo;\u00e9tait sp\u00e9cialis\u00e9e dans la flagellation. Elle se laissait fouetter pour cinq cents francs dans une maison fr\u00e9quent\u00e9e par les sadiques. Elle tenait tant \u00e0 sa condition qu&rsquo;elle avait refus\u00e9 d&rsquo;\u00e9pouser un gar\u00e7on qui \u00e9tait devenu son amant, qu&rsquo;elle pr\u00e9tendait aimer, et qui lui offrait une situation relativement inesp\u00e9r\u00e9e. Comme la plupart de ces femmes, elle \u00e9tait compl\u00e8tement frigide. \u00c9tant enfant, elle avait beaucoup aim\u00e9 son p\u00e8re et non moins d\u00e9test\u00e9 sa m\u00e8re, puis elle s&rsquo;\u00e9tait progressivement d\u00e9tach\u00e9e de cette fixation paternelle vers l&rsquo;\u00e2ge de dix ans, lors de la naissance d&rsquo;une petite s\u0153ur. Elle se rappelait avoir re\u00e7u de son p\u00e8re quelques fess\u00e9es, quand elle se montrait trop agressive envers sa m\u00e8re. \u00c0 l&rsquo;\u00e2ge de dix-neuf ans, elle avait eu une aventure tr\u00e8s sentimentale, dans laquelle elle avait mis beaucoup d&rsquo;espoir pour trouver \u00e0 la fin une am\u00e8re d\u00e9ception, quand son ami l&rsquo;abandonna avec un enfant. Sa frigidit\u00e9 s&rsquo;accentua alors et elle s&rsquo;adonna \u00e0 la prostitution, comme la plupart de ses semblables, dans le but d&rsquo;\u00e9viter des souffrances sentimentales : donner son corps \u00e0 tout venant para\u00eet un moyen de ne donner son c\u0153ur \u00e0 personne. C&rsquo;est aussi un moyen de couper les ponts qui relient au pass\u00e9, un moyen de d\u00e9savouer la famille et de nier l&rsquo;amour, enfin une sorte de vengeance sur les hommes, dans le domaine affectif et inconscient, en leur prenant une valeur : l&rsquo;argent et en ne leur rendant rien qui vaille, c&rsquo;est-\u00e0-dire rien de sentimental. En ce qui concerne plus sp\u00e9cialement notre malade, son masochisme \u00e9tait un rappel de la situation infantile chez ses parents : elle se soumettait \u00e0 la tenanci\u00e8re de l&rsquo;\u00e9tablissement (image de la m\u00e8re ha\u00efe) en acceptant les coups (symbole de l&rsquo;amour renvers\u00e9 par autopunition) ; le client repr\u00e9sentait l&rsquo;image ambivalente du p\u00e8re. Il faut noter qu&rsquo;elle s&rsquo;\u00e9tait fait une id\u00e9e sadique de l&rsquo;amour, lorsqu&rsquo;elle \u00e9tait toute petite, d&rsquo;o\u00f9 sa frigidit\u00e9 ; elle l&rsquo;avait d&rsquo;abord craint comme une chose cruelle, puis avait fini par le d\u00e9sirer obscur\u00e9ment sous cette forme. La flagellation \u00e9tait ainsi devenue l&rsquo;\u00e9quivalent de l&rsquo;inceste d\u00e9fendu, en m\u00eame temps que la punition d&rsquo;un tel crime.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Parmi les psychanalystes fran\u00e7ais, Laforgue a bien analys\u00e9 le processus d&rsquo;\u00e9rotisation de la souffrance et de l&rsquo;angoisse en indiquant les ressemblances des affres et de la volupt\u00e9. On sait depuis longtemps que la peur, variante de l&rsquo;angoisse, peut devenir un moyen de satisfaction \u00e9rotique, comme c&rsquo;est manifestement le cas pour la client\u00e8le de certains spectacles terrifiants. Ainsi la n\u00e9vrose m\u00eame, avec ses sympt\u00f4mes anxieux, ses phobies, peut comporter une volupt\u00e9 sp\u00e9cifique et satisfaire non seulement aux exigences des instincts sociaux, mais encore partiellement, des besoins sensuels et \u00e9rotiques, ce qui rend encore plus insidieux et plus ais\u00e9 le compromis masochiste entre le plaisir d\u00e9fendu et le ch\u00e2timent, plus ardue encore la cure.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Sans doute la n\u00e9vrose, comme n\u00e9gatif d&rsquo;une perversion, constitue un effort d&rsquo;adaptation sociale, puisqu&rsquo;elle s&rsquo;efforce de convertir un \u00e9l\u00e9ment r\u00e9pr\u00e9hensible en un \u00e9l\u00e9ment pitoyable, glorieux ou innocent. Mais cet effort peut \u00eatre inefficace et la transformation insuffisante : c&rsquo;est ainsi que le masochisme d&rsquo;autopunition peut mener \u00e0 la d\u00e9linquance et \u00e0 la criminalit\u00e9. Le but inconscient est alors moins la faute en soi que la punition l\u00e9gale qui s&rsquo;ensuivra. Les instincts sociaux de r\u00e9pression jouent assez pour punir mais pas assez pour faire servir la punition \u00e0 l&rsquo;approbation de l&rsquo;entourage \u00e9tendu (car certains malfaiteurs trouvent de l&rsquo;admiration chez leurs semblables). De m\u00eame qu&rsquo;un d\u00e9sir censur\u00e9 qui n&rsquo;est pas suffisamment \u00e9labor\u00e9 par le r\u00eave se r\u00e9sout en cauchemar, de m\u00eame une impulsion condamnable, mal transform\u00e9e par les instincts sociaux, aboutit au crime. Les criminels sont des saints ou des h\u00e9ros rat\u00e9s. \u00c0 ce point de vue, il faudrait \u00e9tudier la psychologie de grands criminels qui comme ce Bonnot, de c\u00e9l\u00e8bre m\u00e9moire, tiennent \u00e0 la fois du h\u00e9ros et de la canaille, jouant leur vie en exploits sensationnels contre les forces sociales, m\u00e9ritant la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 par leur carri\u00e8re et une certaine admiration par leur courage. Certains h\u00e9ros de guerre fourniraient des types interm\u00e9diaires entre ces bandits, certains aventuriers notoires et les gloires les plus reconnues. Il faudrait \u2014 n&rsquo;en d\u00e9plaise aux \u00e2mes bien pensantes \u2014 comparer, sous l&rsquo;analyse scientifique, le masochisme de la carm\u00e9lite \u00e0 celui de la prostitu\u00e9e, et l&rsquo;on d\u00e9couvrirait sans doute de troublantes parent\u00e9s.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Il est des cas o\u00f9 le criminel le plus d\u00e9testable se montre en m\u00eame temps si d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 mat\u00e9riellement, si d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 expier le ch\u00e2timent pour la r\u00e9alisation de sa pure haine (et si nous entendons par puret\u00e9 l&rsquo;absence de tout calcul des r\u00e9alit\u00e9s mat\u00e9rielles, nous pourrons dire que la haine pure est aussi rare que le pur amour, qu&rsquo;elle peut d&rsquo;ailleurs doubler) \u2014 qu&rsquo;on ne sait s&rsquo;il doit \u00eatre condamn\u00e9 sans piti\u00e9 pour son cynisme ou absous pour sa fatale irresponsabilit\u00e9. Mme Marie Bonaparte a donn\u00e9 \u00e0 ce sujet une \u00e9tude du plus haut int\u00e9r\u00eat sur le cas de Mme Lefebvre [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote9sym\" name=\"sdfootnote9anc\">9<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">], cette femme qui, en 1927, sans la moindre provocation, tua froidement sa bru enceinte de cinq mois parce qu&rsquo;elle \u00e9tait jalouse de l&rsquo;affection de son fils, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9, dans l&rsquo;enfance, jalouse de l&rsquo;affection de son p\u00e8re et trouva, dans sa prison, un tel apaisement aux angoisses qui l&rsquo;avaient tortur\u00e9e avant le crime que sa sant\u00e9 physique m\u00eame en ressentit une grande am\u00e9lioration. Les rapports des experts sur la responsabilit\u00e9 de cette femme ont \u00e9t\u00e9 des plus contradictoires, ce qui montre la gravit\u00e9 du probl\u00e8me soulev\u00e9.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Alexander et Staub ont donn\u00e9 une magistrale \u00e9tude du criminel n\u00e9vropathique, partant de cette d\u00e9couverte que Freud fit, il y a longtemps d\u00e9j\u00e0, du criminel par sentiment de culpabilit\u00e9. \u00ab Son sentiment de culpabilit\u00e9 ant\u00e9rieur, disent-ils, provient de d\u00e9sirs inconscients qui sont beaucoup plus s\u00e9v\u00e8rement jug\u00e9s et punis par son sur-moi que le d\u00e9lit r\u00e9el. Il souffre donc d&rsquo;une angoisse plus forte devant sa propre instance morale, qui est particuli\u00e8rement s\u00e9v\u00e8re, que devant le tribunal humain ou social. Et la punition r\u00e9elle est pour lui un gain. \u00bb On doit donc en conclure que ces d\u00e9linquants sont hypermoraux, quand bien m\u00eame des tendances archa\u00efques criminelles sont rest\u00e9es actives dans leur inconscient.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Il est bien difficile de dire o\u00f9 cesse le c\u00f4t\u00e9 psychopathique de la criminalit\u00e9, si tant est qu&rsquo;il existe une criminalit\u00e9 normale. En r\u00e9alit\u00e9, la limite est impossible \u00e0 tracer, car il existe chez tous un conflit inconscient. Alexander et Staub disent encore : \u00ab L&rsquo;\u00e9norme importance m\u00e9dico-l\u00e9gale de ces cas saute aux yeux. Une grande partie de ces individus qui agissent n\u00e9vropathiquement, ou mieux : sont agis par des motifs inconscients ou par le besoin de punition, finissent t\u00f4t ou tard par avoir affaire avec la justice et le code. Leur franche d\u00e9limitation des vrais criminels est une des grandes t\u00e2ches de la psychanalyse. Si elle veut la remplir, elle devra tout d&rsquo;abord se frayer un chemin vers la salle d&rsquo;audience, par dessus le dos des experts psychiatres patent\u00e9s ou bien au moyen de la formation analytique des juges. Seulement alors, la juridiction s&rsquo;\u00e9loignera de l&rsquo;esprit des proc\u00e8s moyen\u00e2geux de sorcellerie, que rappellent encore tant de proc\u00e8s modernes, alors que le feu crois\u00e9 des questions du juge et du procureur tendent \u00e0 arracher au pr\u00e9venu qui a agi par motifs inconscients, des motifs conscients. \u00bb<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Comme l&rsquo;expose fort bien Odier dans son analyse critique de la th\u00e8se ci-dessus [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote10sym\" name=\"sdfootnote10anc\">10<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">], certains conflits ne peuvent aboutir qu&rsquo;\u00e0 deux solutions : criminalit\u00e9 ou n\u00e9vrose. La solution d\u00e9pend d&rsquo;un facteur constitutionnel : \u00ab Sans dispositions autoplastiques, pas de n\u00e9vrose ; sans pulsions expansives, pas de criminalit\u00e9 \u00bb.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Cette analyse m\u00e8ne \u00e0 des conclusions nouvelles quant \u00e0 la valeur des sanctions. Pour le criminel n\u00e9vropathique et masochiste qui agit par sentiment de culpabilit\u00e9, la punition l\u00e9gale devient le motif essentiel, la cause finale du crime. Dans ces conditions, le b\u00e9n\u00e9fice social des sanctions est des plus probl\u00e9matiques. On peut m\u00eame dire avec ces auteurs que \u00ab la punition n&rsquo;a psychologiquement aucun sens et est sociologiquement nuisible \u00bb. D\u00e9j\u00e0 Nietzsche avait d\u00e9clar\u00e9 que le ch\u00e2timent endurcit le criminel et retarde le d\u00e9veloppement du sentiment de culpabilit\u00e9 [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote11sym\" name=\"sdfootnote11anc\">11<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">].<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Le soulagement de la culpabilit\u00e9 par la prison est assez comparable \u00e0 l&rsquo;apaisement de l&rsquo;angoisse par le sympt\u00f4me somatique de conversion hyst\u00e9rique (paralysie, c\u00e9cit\u00e9, aphonie, etc.) dont Laforgue et Hesnard disent qu&rsquo;il r\u00e9alise un compromis entre la satisfaction libidinale d\u00e9fendue et la punition (corporelle). \u00ab Lorsqu&rsquo;on reconstitue, disent-ils, la psychog\u00e9n\u00e8se du sympt\u00f4me hyst\u00e9rique, on s&rsquo;aper\u00e7oit que son apparition a soulag\u00e9 le malade, lui a donn\u00e9 une r\u00e9elle s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, pour la raison qu&rsquo;il prenait aux yeux de l&rsquo;int\u00e9ress\u00e9 la valeur d&rsquo;une punition effective, r\u00e9alis\u00e9e, impliquant que le corps, tenu pour responsable, payait ostensiblement, expressivement, la faute issue du conflit fondamental [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote12sym\" name=\"sdfootnote12anc\">12<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">] \u00bb, et Mme Sokolnicka remarque que les malades qui arrivent \u00e0 r\u00e9aliser ces sympt\u00f4mes de conversion sont pr\u00e9cis\u00e9ment ceux qui se d\u00e9barrassent le plus compl\u00e8tement de leur angoisse psychique.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Nous avons d\u00e9j\u00e0 vu que le masochisme de culpabilit\u00e9 peut aboutir, plus loin encore que les sympt\u00f4mes purement fonctionnels de l&rsquo;hyst\u00e9rie, \u00e0 des maladies v\u00e9ritablement organiques, comme si l&rsquo;inconscient avait la propri\u00e9t\u00e9 de modifier profond\u00e9ment l&rsquo;organisme et d&rsquo;y cr\u00e9er des l\u00e9sions. D\u00e9j\u00e0, les exp\u00e9riences de suggestion nous ont montr\u00e9 la plasticit\u00e9 du corps aux repr\u00e9sentations psychiques puisqu&rsquo;on peut faire rougir la peau, faire sourdre quelques gouttes de sang, modifier les s\u00e9cr\u00e9tions, la r\u00e9gulation thermique (Deutsch), mais c&rsquo;est un domaine nouveau qu&rsquo;aborde la psychanalyse en recherchant les d\u00e9terminantes psychiques d&rsquo;un grand nombre de maladies organiques. Les recherches de Groddek, Maeder, etc., ont ouvert cette voie de recherches : les r\u00e9sultats ont \u00e9t\u00e9 si riches qu&rsquo;on peut se demander si toute affection ne proc\u00e8de pas d&rsquo;un double facteur : psychique, (cr\u00e9ant un lien de moindre r\u00e9sistance et une pr\u00e9disposition morbide sp\u00e9cifique) et somatique, chimique, bact\u00e9riologique, parasitaire, on devrait dire mat\u00e9riel, si ce mot avait quelque valeur quand il s&rsquo;agit de la vie. Nous pensons m\u00eame, devant le d\u00e9terminisme si pr\u00e9cis qui appara\u00eet souvent sur le plan psychique, que les explications courantes des maladies restent extr\u00eamement primaires et illusoires. Nous avons dit ailleurs [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote13sym\" name=\"sdfootnote13anc\">13<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">] combien il nous para\u00eet absurde de penser, avec les Pasteuriens, qu&rsquo;on devient tuberculeux parce qu&rsquo;on a \u00e9t\u00e9 touch\u00e9 par des bacilles de Koch, venus par contagion, quand on constate \u00e0 quel point les tuberculeux sont des gens qui, dans leur inconscient, ne veulent plus vivre et se condamnent \u00e0 la mort. Pendant sept ann\u00e9es de pratique, au Dispensaire antituberculeux du XVII<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><sup><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">e<\/span><\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> arrondissement, nous avons souvent fait l&rsquo;exp\u00e9rience de demander \u00e0 ces malades ce qu&rsquo;ils comptaient faire, une fois gu\u00e9ris, et nous avons constat\u00e9 qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient pas de projets ni de d\u00e9sirs \u00e0 formuler. Leur maladie \u00e9tait comme un refuge, un moyen d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 certaines obligations, quelquefois un moyen de tyrannie ou de vengeance, mais toujours doubl\u00e9 d&rsquo;une auto punition. Quand on a ainsi constat\u00e9 \u00e0 quel point beaucoup de tuberculeux r\u00e9v\u00e8lent une volont\u00e9 inconsciente de suicide et avec quelle s\u00fbret\u00e9 d&rsquo;instinct ils marchent \u00e0 la mort, exploitant toutes les occasions de s&rsquo;aggraver, on peut sourire des rem\u00e8des soi-disant sp\u00e9cifiques des m\u00e9decins qui n&rsquo;ont pas encore soup\u00e7onn\u00e9 que la vie puisse avoir un aspect psychique, tant Pasteur leur a fait oublier la force vitale. Inversement, ces malades sont tr\u00e8s sensibles \u00e0 toute intervention psychoth\u00e9rapique dirig\u00e9e contre leurs m\u00e9canismes inconscients.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Il est, en dehors des tuberculeux, un grand nombre de malades dont l&rsquo;inconscient appelle la maladie et qui ne veulent absolument pas gu\u00e9rir. Freud l&rsquo;a indiqu\u00e9 explicitement pour les n\u00e9vroses : \u00ab Chez certains sujets, dit-il, pr\u00e9domine non la volont\u00e9 de gu\u00e9rir mais le besoin d&rsquo;\u00eatre malades&#8230; Il s&rsquo;agit d&rsquo;un sentiment de culpabilit\u00e9 qui trouve sa satisfaction dans la maladie et ne veut pas renoncer au ch\u00e2timent, cet \u00e9l\u00e9ment jouant un r\u00f4le d\u00e9cisif dans la gravit\u00e9 d&rsquo;une affection n\u00e9vrotique [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote14sym\" name=\"sdfootnote14anc\">14<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">]. \u00bb<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Nous pensons qu&rsquo;on peut r\u00e9ellement rechercher cet \u00e9l\u00e9ment \u00e0 la base de toutes les maladies. Ceci est presque \u00e9vident pour celles qui ont un caract\u00e8re \u00ab nerveux \u00bb bien marqu\u00e9 : ces dyspepsies polymorphes, paradoxales, d\u00e9pendant des ennuis ou des distractions de la journ\u00e9e, ces gastrites chroniques qui s&rsquo;aggravent pour une pur\u00e9e de pommes de terre, mais qui supportent le homard et le poivre, ces ent\u00e9rocolites irr\u00e9guli\u00e8res, ces constipations p\u00e9riodiques qui accompagnent ou remplacent des crises d&rsquo;avarice financi\u00e8re ou affective, maladies-punitions par lesquelles le patient ach\u00e8te le droit de tyranniser l&rsquo;entourage ou de mettre les m\u00e9decins en \u00e9chec (attitude fr\u00e9quente des femmes frigides).<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Nous avons vu, pendant la guerre, arriver au front de ces dyspeptiques habitu\u00e9s \u00e0 des r\u00e9gimes compliqu\u00e9s et persuad\u00e9s qu&rsquo;ils ne tarderaient pas \u00e0 mourir de l&rsquo;alimentation des tranch\u00e9es. La pr\u00e9sence d&rsquo;un danger \u00e9vident d\u00e9rivait imm\u00e9diatement leur besoin d&rsquo;autopunition ; l&rsquo;angoisse r\u00e9elle, normale, rempla\u00e7ait l&rsquo;angoisse n\u00e9vrotique et ils gu\u00e9rissaient de leur dyspepsie en peu de jours quand ils n&rsquo;\u00e9taient pas tu\u00e9s par les Allemands. On comprend que des esprits chagrins aient besoin de la guerre ; il est seulement regrettable que la pol\u00e9moth\u00e9rapie ne soit pas d&rsquo;application strictement individuelle et sp\u00e9ciale pour eux. On dit que beaucoup de sympt\u00f4mes hyst\u00e9riques gu\u00e9rissent de m\u00eame par la cravache, beaucoup de sinistroses par l&rsquo;\u00e9lectrocution, beaucoup de maux de dents sur le paillasson du dentiste. Nous nous confessons ici, \u00e9tant encore \u00e9tudiant et rempla\u00e7ant un confr\u00e8re en province, d&rsquo;avoir lard\u00e9 de pointes de feu une patiente maussade qui se plaignait de voir son rhumatisme aggrav\u00e9 par toutes les m\u00e9dications normales et d&rsquo;avoir obtenu, par cette punition intentionnelle, ce que les proc\u00e9d\u00e9s l\u00e9nifiants n&rsquo;avaient pu r\u00e9aliser : une am\u00e9lioration inesp\u00e9r\u00e9e. Nous n&rsquo;avons pas continu\u00e9 dans cette voie, mais il est certain qu&rsquo;elle satisfait bien des malades : on comprend mieux la vogue des sinapismes, v\u00e9sicatoires et autres rem\u00e8des r\u00e9pugnants en honneur dans le peuple. Il est des gens qui ont besoin de saign\u00e9es et de purgations am\u00e8res, d&rsquo;autres besoin de brutalit\u00e9s ou d&rsquo;insolences : chacun finit d&rsquo;ailleurs par trouver le m\u00e9decin qui lui convient. On peut se demander si la plupart des malades n&rsquo;ont pas besoin de leur maladie.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Nous avons publi\u00e9 un cas d&rsquo;ecz\u00e9ma des mains, ayant r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 tout traitement sp\u00e9cial pendant dix ans et gu\u00e9ri par l&rsquo;analyse [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote15sym\" name=\"sdfootnote15anc\">15<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">]. Par cette affection, la malade r\u00e9solvait un conflit actuel : continuer sa profession de harpiste contre le d\u00e9sir de son mari ou c\u00e9der \u00e0 ce dernier, mais \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re-plan se trouvaient toutes sortes d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments tels que : punition des mains criminelles \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du p\u00e8re qu&rsquo;elles avaient menac\u00e9 (p\u00e9riode adulte), punition des mains coupables de d\u00e9sirs masturbatoires (pubert\u00e9), renoncement \u00e0 l&rsquo;effort, au travail (sevrage).<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Le sentiment de culpabilit\u00e9 m\u00e8ne \u00e0 toutes sortes de destructions et tend \u00e0 la mort. En analysant l&rsquo;inconscient, on ne tarde pas \u00e0 trouver, le plus souvent, une aspiration \u00e0 la mort, aussi paradoxale \u00e0 premi\u00e8re vue que le masochisme simple. Freud rattache les instincts de la mort aux instincts d&rsquo;agression et explique que ces derniers puissent s&rsquo;accumuler sur le sur-moi : \u00ab Moins l&rsquo;homme est agressif vers l&rsquo;ext\u00e9rieur, plus il est agressif contre son moi [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote16sym\" name=\"sdfootnote16anc\">16<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">]. \u00bb En r\u00e9alit\u00e9, Freud consid\u00e8re ces instincts de la mort comme la tendance \u00e0 tuer, laquelle peut se retourner contre le sujet. Nous pensons qu&rsquo;il existe un instinct de la mort qui est une tendance primitive \u00e0 mourir, inh\u00e9rente \u00e0 toute vie (comme une direction vers la fin supr\u00eame de la vie), pr\u00e9figur\u00e9e par la b\u00e9atitude f\u0153tale dans le sein maternel et consistant en un \u00e9largissement de la libido sexuelle tel que l&rsquo;individu en arrive \u00e0 souhaiter sa fusion dans l&rsquo;univers. Un pareil instinct aurait pour effet d&rsquo;aspirer \u00e0 la mort comme au repos et au soulagement devant toute \u00e9preuve trop dure. Ce ne serait la \u00ab fantaisie de retour au sein maternel \u00bb que par analogie ; essentiellement, ce serait la h\u00e2te vers le but final. Il faut bien admettre que l&rsquo;\u00e9nergie qui entra\u00eene la vie dans son cycle, la poussant toujours vers de nouveaux stades et de nouvelles exp\u00e9riences, doit continuer son impulsion jusqu&rsquo;au terme ultime, donc tendre \u00e0 la mort. Ce but pourrait devenir conscient en cas d&rsquo;angoisse et inspirer le suicide, toujours souhait\u00e9 comme un refuge. L&rsquo;instinct de la mort pourrait donc entrer en jeu pour calmer le sentiment de culpabilit\u00e9 et ici interviendrait une sorte d&rsquo;\u00e9rotisation de la mort, prolongement logique de l&rsquo;\u00e9rotisation de l&rsquo;angoisse, au sujet de laquelle nous avons d&rsquo;ailleurs suppos\u00e9 des connexions sp\u00e9ciales entre l&rsquo;amour et la mort [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote17sym\" name=\"sdfootnote17anc\">17<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">]. Ainsi faudrait-il comprendre le v\u0153u de mourir ou le d\u00e9sir de suicide non seulement comme un souhait de mort retourn\u00e9, mais encore comme une tendance plus positive et plus fondamentale. Les deux acceptions sont loin de s&rsquo;exclure : elles se doublent comme crime et ch\u00e2timent, selon le m\u00e9canisme compensateur de tous les processus d&rsquo;autopunition.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Partout, jusqu&rsquo;ici, nous avons vu le retournement de la situation former le m\u00e9canisme de neutralisation que les instincts sociaux opposent \u00e0 la culpabilit\u00e9 des autres instincts. Ce processus est de beaucoup le plus r\u00e9pandu et le plus simple, mais on peut en observer d&rsquo;autres, g\u00e9n\u00e9ralement plus dangereux pour l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 psychique des individus.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Le d\u00e9placement consiste \u00e0 rattacher \u00e0 un acte banal tout le sentiment de culpabilit\u00e9 \u00e9prouv\u00e9, en oubliant la faute r\u00e9elle. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il faut interpr\u00e9ter ces cas de scrupules d\u00e9plac\u00e9s ou d&rsquo;auto-accusations absurdes : nous avons eu, dans notre r\u00e9giment, en 1914, un mobilis\u00e9 qui, en pleine crise m\u00e9lancolique, s&rsquo;accusait de m\u00e9riter la fusillade pour \u00eatre arriv\u00e9 en retard \u00e0 l&rsquo;appel, demandait pardon \u00e0 tout le monde et sollicitait d&rsquo;\u00eatre rapidement ex\u00e9cut\u00e9. Nous n&rsquo;avons pas eu le loisir d&rsquo;\u00e9tudier alors quelle pouvait \u00eatre sa vraie culpabilit\u00e9, mais par la suite l&rsquo;analyse de n\u00e9vroses obsessionnelles et de crises de scrupules nous a toujours montr\u00e9 les instincts sociaux en conflit avec la sexualit\u00e9.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Nous avons publi\u00e9 l&rsquo;observation psychanalytique d&rsquo;une obsession chez une femme de vingt-sept ans, consistant en une peur constante de m\u00e9riter l&rsquo;enfer, tant\u00f4t pour les fautes les plus banales, tant\u00f4t sans savoir pourquoi. L&rsquo;analyse a montr\u00e9 qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un souhait d&rsquo;autopunition et d&rsquo;un sentiment de culpabilit\u00e9 (d\u00e9sir incestueux refoul\u00e9, d\u00e9sir masturbatoire combattu, jalousie contre un jeune fr\u00e8re, hostilit\u00e9 contre la m\u00e8re). La peur de la sexualit\u00e9 correspondait en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 la peur de l&rsquo;enfer et s&rsquo;y substituait en raison du sentiment de culpabilit\u00e9 ; elle se rattachait \u00e0 des repr\u00e9sentations sadiques et \u00e0 un refus de la f\u00e9minit\u00e9 (fixations homosexuelles, d\u00e9sir d&rsquo;\u00eatre un homme, peur d&rsquo;accepter une attitude passive, peur d&rsquo;une exp\u00e9rience affective douloureuse, en souvenir de l&rsquo;attachement malheureux au p\u00e8re). Enfin le refus d&rsquo;\u00eatre femme se reliait au d\u00e9sir de dominer et de poss\u00e9der et \u00e0 la r\u00e9gression de la libido vers un mode possessif par suite des difficult\u00e9s du sevrage. L&rsquo;obsession ne disparut d&rsquo;ailleurs que le jour o\u00f9 la malade comprit ce dernier point et accepta le sevrage analytique (la fin du traitement) [<\/span><\/span><\/span><sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote18sym\" name=\"sdfootnote18anc\">18<\/a><\/span><\/span><\/span><\/sup><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">].<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Chez beaucoup de n\u00e9vros\u00e9s de ce genre, nous avons vu le d\u00e9placement de la culpabilit\u00e9 s&rsquo;op\u00e9rer sur la masturbation, le sujet en arrivant \u00e0 croire qu&rsquo;il avait commis l\u00e0 un crime inexpiable pour lequel tous les malheurs \u00e9taient m\u00e9rit\u00e9s, mais l&rsquo;objet du d\u00e9placement peut \u00eatre extr\u00eamement vari\u00e9 : la plupart des phobies et des obsessions s&rsquo;expliquent ainsi \u00e0 l&rsquo;analyse par une culpabilit\u00e9 d\u00e9plac\u00e9e. En tous cas, quand le d\u00e9placement n&rsquo;est plus justifiable par les id\u00e9es courantes, par l&rsquo;\u00e9ducation, la religion, un syst\u00e8me philosophique, son absurdit\u00e9 exige une esp\u00e8ce d&rsquo;abdication du jugement, une faillite de la raison qui trahit souvent une d\u00e9sagr\u00e9gation grave et nous introduit alors dans le domaine des psychoses. Tel est le cas des \u00e9tats m\u00e9lancoliques et hypochondriaques.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">On peut en dire autant d&rsquo;un autre m\u00e9canisme : la projection, dont nous avons parl\u00e9 au chapitre pr\u00e9c\u00e9dent, en citant la jalousie de l&rsquo;\u00e9poux qui accuse son partenaire de commettre l&rsquo;adult\u00e8re quand lui-m\u00eame en combat l&rsquo;envie. La projection atteint son plein d\u00e9veloppement dans la parano\u00efa et les d\u00e9lires dits de pers\u00e9cution. Il faut \u00e0 ce sujet consulter les observations psychanalytiques de Flournoy, Hesnard, de Saussure, Schiff et autres d&rsquo;apr\u00e8s lesquelles il appara\u00eet que, dans ces cas, les tendances refoul\u00e9es sont souvent, non toujours, des tendances homosexuelles empreintes d&rsquo;un fort narcissisme. La responsabilit\u00e9 du sujet se projette sur un pers\u00e9cuteur ext\u00e9rieur qui co\u00efncide parfois avec l&rsquo;objet du d\u00e9sir sexuel mais qui en est encore, d&rsquo;autres fois, un d\u00e9riv\u00e9 : les j\u00e9suites, les francs-ma\u00e7ons, etc.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Il arrive que la personnalit\u00e9 consciente rejette ses tendances coupables comme \u00e9manant de l&rsquo;ext\u00e9rieur. Le malade pr\u00e9tend qu&rsquo;on le fait parler, penser, agir, malgr\u00e9 lui. Ce processus (altruisation de Hesnard, s\u00e9gr\u00e9gation de Pichon) constitue les \u00ab syndromes d&rsquo;automatisme mental \u00bb de Clerambault, les \u00ab syndromes d&rsquo;action ext\u00e9rieure \u00bb de Claude, en un mot les d\u00e9lires d&rsquo;influence. Le malade explique ainsi d&rsquo;une fa\u00e7on satisfaisante pour sa conscience morale les tendances antisociales qui, mal refoul\u00e9es, font des irruptions dans sa personnalit\u00e9 consciente.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Nous avons pu gu\u00e9rir en trois mois d&rsquo;analyse une femme qui entendait des voix et commen\u00e7ait \u00e0 les interpr\u00e9ter en soup\u00e7onnant les voisins ou en se demandant s&rsquo;il n&rsquo;existait pas une conjuration contre elle. Ces voix l&rsquo;injuriaient, lui faisaient des reproches ou des menaces absurdes, disant par exemple qu&rsquo;on allait tuer son enfant ou la d\u00e9noncer \u00e0 la police pour des affaires de passeport. Elle put gu\u00e9rir en comprenant que, si ces reproches ne s&rsquo;appliquaient pas \u00e0 une culpabilit\u00e9 actuelle de sa part, ils correspondaient du moins \u00e0 une culpabilit\u00e9 pass\u00e9e (elle avait pens\u00e9 \u00e0 un avortement pendant sa grossesse) et m\u00eame \u00e0 une culpabilit\u00e9 infantile (jalousie \u00e0 la naissance d&rsquo;un petit fr\u00e8re, etc.).<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Lorsque la culpabilit\u00e9 provoque une capitulation totale devant la vie, un renoncement \u00e0 toute activit\u00e9 ext\u00e9rieure, \u00e0 toute sensibilit\u00e9 pour le milieu, nous trouvons la schizophr\u00e9nie qui est \u00e0 la fois une destruction de la personnalit\u00e9, donc une punition, en m\u00eame temps qu&rsquo;un oubli de la r\u00e9alit\u00e9 et une fuite dans les d\u00e9sirs du r\u00eave.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Ainsi, d&rsquo;un bout \u00e0 l&rsquo;autre de la pathologie, des maladies organiques aux troubles mentaux, nous retrouvons, insidieusement cach\u00e9 derri\u00e8re toute souffrance, le m\u00eame complexe de culpabilit\u00e9 qui implique un consentement inconscient au malheur, un appel \u00e0 la douleur, et il nous appara\u00eet \u00e0 la fin que ce masochisme si paradoxal est peut-\u00eatre la plus r\u00e9pandue, la plus constante des tendances humaines. On peut se demander si toutes les maladies n&rsquo;en proc\u00e8dent pas dans une certaine mesure, si tout fl\u00e9chissement de l&rsquo;organisme ou du psychisme ne suppose pas, comme condition n\u00e9cessaire et le plus souvent suffisante, une abdication tacite de la pleine volont\u00e9 de vivre, de ce moteur essentiel que Freud appelle principe de plaisir et que la philosophie hindoue nomme Tahna, la soif de vivre. Il y a des si\u00e8cles que les philosophes chinois du Tao pr\u00e9tendent que la maladie atteint seulement l&rsquo;homme en passant par le plan psychique (le Khi), et la vieille th\u00e9orie de la force vitale impliquait cette r\u00e9gulation psychique, mais la psychanalyse d\u00e9couvre aujourd&rsquo;hui que le sentiment de justice, inspirant et mesurant la culpabilit\u00e9, r\u00e9git d&rsquo;une fa\u00e7on obscure et fatale l&rsquo;implacable condamnation des hommes par eux-m\u00eames.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">R\u00e9pressions sociales, ch\u00e2timents, tortures, crimes, vengeances, croyances terrifiantes, m\u00e9ditations douloureuses, remords, infirmit\u00e9s, maladies, n\u00e9vroses et folies, toute la gamme des angoisses humaines n&rsquo;est le plus souvent qu&rsquo;une r\u00e9alisation de ce verdict int\u00e9rieur op\u00e9rant sur l&rsquo;individu m\u00eame ou projet\u00e9 sur autrui : L&rsquo;humanit\u00e9, dans son incessant cri de douleur, subit une expiation immense, cosmique, infinie.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Nous avons vu de quels conflits inconscients sort cet enfer : la cause appara\u00eet \u00e0 l&rsquo;analyse dans une interf\u00e9rence d&rsquo;instincts diff\u00e9rents. \u00c0 l&rsquo;examen scientifique nous avons un peu compris comment les hommes souffrent ; maintenant, nous aurons bien le droit de chercher en synth\u00e8se \u2014 c&rsquo;est-\u00e0-dire philosophiquement et intuitivement \u2014 pourquoi tant de mis\u00e8re.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\">_____________________________________________<\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p class=\"sdfootnote\" align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Les m\u00e9canismes d&rsquo;autopunition<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> (Deno\u00ebl et Steele, 1931).<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<p class=\"sdfootnote\" align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Cf. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Le Probl\u00e8me de la Destin\u00e9e<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> (N.R.F., 1927), p. 67-75, et <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Hygi\u00e8ne mentale<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">, t. XXIV, n<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><sup><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">o<\/span><\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> 3 (mars 1929).<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote3\">\n<p class=\"sdfootnote\" align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Les Temp\u00e9raments<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">, Paris (Vigot), 1922.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote4\">\n<p class=\"sdfootnote\" align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>\u00c9l\u00e9ments affectifs en rapport avec la dentition<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Rev. franc. de Psychanalyse<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">, 1<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><sup><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">er<\/span><\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> juillet 1927.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote5\">\n<p class=\"sdfootnote\" align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">FREUD. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Essais de Psychanalyse<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">. Paris (Payot), 1927, p. 127.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote6\">\n<p class=\"sdfootnote\" align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\">6<\/a> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">BAUDOIN. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>La R\u00e9gression et les ph\u00e9nom\u00e8nes de recul en psychologie<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">. (<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Journal de Psychologie<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">, Paris, novembre-d\u00e9cembre 1928).<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote7\">\n<p align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote7anc\" name=\"sdfootnote7sym\">7<\/a> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">Cette r\u00e9solution exceptionnellement rapide (11 s\u00e9ances) d&rsquo;un sympt\u00f4me assez complexe s&rsquo;explique, je pense, du fait que ce sympt\u00f4me \u00e9tait de fixation toute r\u00e9cente (quelques jours) lorsque l&rsquo;analyse fut entreprise.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote8\">\n<p align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote8anc\" name=\"sdfootnote8sym\">8<\/a><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> Renforc\u00e9es plus ou moins, comme toujours, par des tendances \u00ab\u00a0masochistes \u00bb.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote9\">\n<p align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote9anc\" name=\"sdfootnote9sym\">9<\/a> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Revue fran\u00e7. de Psychanalyse<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">, 1<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><sup><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">er<\/span><\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> juillet 1927.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote10\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote10anc\" name=\"sdfootnote10sym\">10<\/a> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Revue fran\u00e7aise de psychanalyse<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">. 3<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><sup><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">e<\/span><\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> ann\u00e9e, n<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><sup><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">o<\/span><\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> 3 (1929), P. 539.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote11\">\n<p align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote11anc\" name=\"sdfootnote11sym\">11<\/a><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> NIETZSCHE. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>La g\u00e9n\u00e9alogie de la morale<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">. Paris, 1900, p. 132.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote12\">\n<p align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote12anc\" name=\"sdfootnote12sym\">12<\/a><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> Rapport \u00e0 la V<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><sup><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">e<\/span><\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> conf\u00e9rence des psychanalystes fran\u00e7ais. Paris (juin 1930), p. 26.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote13\">\n<p align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote13anc\" name=\"sdfootnote13sym\">13<\/a> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Orientation des id\u00e9es m\u00e9dicales<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">. Paris (Sans-Pareil), 1929.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote14\">\n<p align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote14anc\" name=\"sdfootnote14sym\">14<\/a> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Essais de Psychanalyse<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">. Paris 1927, p. 219-220.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote15\">\n<p align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote15anc\" name=\"sdfootnote15sym\">15<\/a> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Revue fran\u00e7. de Psychanalyse<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">, 2<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><sup><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">e<\/span><\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> ann\u00e9e, n<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><sup><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">o<\/span><\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> 2 (1928).<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote16\">\n<p align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote16anc\" name=\"sdfootnote16sym\">16<\/a><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> FREUD. <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Essais de psychanalyse<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">. Paris (Payot), 1927, p. 224.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote17\">\n<p align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote17anc\" name=\"sdfootnote17sym\">17<\/a> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>\u00c9volution psychiatrique<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">, II<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><sup><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">e<\/span><\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> s\u00e9rie, n<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><sup><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">o<\/span><\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> 1 (octobre 1929).<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote18\">\n<p align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote18anc\" name=\"sdfootnote18sym\">18<\/a> <span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"><i>Revue fran\u00e7. de Psychanalyse<\/i><\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">, II<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><sup><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">e<\/span><\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> ann\u00e9e, n<\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><sup><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\">o<\/span><\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><span lang=\"fr-CA\"> 2 (1929).<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(Extrait de La justice int\u00e9rieure 1931) En nous montrant des r\u00e9actions exag\u00e9r\u00e9es, les cas pathologiques nous permettent de mieux comprendre les m\u00e9canismes qui jouent \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat normal. 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