{"id":18266,"date":"2020-09-26T23:24:43","date_gmt":"2020-09-26T22:24:43","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=18266"},"modified":"2020-10-03T18:49:25","modified_gmt":"2020-10-03T17:49:25","slug":"la-metaphysique-du-ruissellement-de-nietzsche-a-trump-par-gary-lachman","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-metaphysique-du-ruissellement-de-nietzsche-a-trump-par-gary-lachman\/","title":{"rendered":"La m\u00e9taphysique du ruissellement : De Nietzsche \u00e0 Trump par Gary Lachman"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><i>Traduction libre<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Vers la fin de 1887 ou au d\u00e9but de 1888, le philosophe Friedrich Nietzsche \u2013 alors sans lecteur, malade et pratiquement inconnu \u2013 a eu une intuition qui, selon lui, allait d\u00e9terminer l&rsquo;histoire de l&rsquo;Europe et, par d\u00e9faut, celle du monde, pendant les deux cents ann\u00e9es \u00e0 venir. \u00ab\u00a0Ce que je raconte\u00a0\u00bb, \u00e9crivait-il dans ses carnets (qui, apr\u00e8s sa chute dans la folie en 1889, allait tragiquement tomber entre les mains de sa s\u0153ur aryenne, antis\u00e9mite et supr\u00e9matiste), \u00ab\u00a0c&rsquo;est l&rsquo;histoire des deux si\u00e8cles \u00e0 venir\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Je d\u00e9cris ce qui va arriver\u00a0\u00bb, poursuit-il, et ajoute de fa\u00e7on inqui\u00e9tante \u00ab\u00a0ce qui ne peut plus arriver autrement\u2026\u00a0\u00bb [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\"><sup>1<\/sup><\/a>]<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Qu&rsquo;est-ce qui \u00e9tait en route et qui ne pouvait s\u2019arr\u00eater ? C&rsquo;\u00e9tait, nous dit Nietzsche, \u00ab\u00a0<i>l&rsquo;av\u00e8nement du nihilisme\u00a0<\/i>\u00bb [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\"><sup>2<\/sup><\/a>] Nous allons bient\u00f4t aborder la question du nihilisme. Pour l&rsquo;instant, je veux me concentrer sur la pr\u00e9monition philosophique de Nietzsche et sur son sentiment que ce qu&rsquo;il a vu et dit \u00e0 ce sujet ne serait pas compris par ses contemporains, et encore moins accueilli par eux, mais qui pourrait, avec un peu de chance, parvenir aux oreilles d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration ult\u00e9rieure. Il faut attendre le mot de la fin pour savoir quel en est le rapport avec Trump.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>Un homme pr\u00e9matur\u00e9<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Nietzsche s&rsquo;est toujours consid\u00e9r\u00e9 comme un homme hors du temps \u2013 \u00e0 plus d&rsquo;un titre. L&rsquo;une de ses premi\u00e8res \u0153uvres s&rsquo;intitulait <i>Thoughts Out of Season<\/i>, ou, selon une autre traduction, <i>Untimely Thoughts <\/i>(<i>Consid\u00e9rations intempestives<\/i>). Les lecteurs de ses derniers ouvrages, tels que <i>L&rsquo;Ant\u00e9christ<\/i>, qui n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 qu&rsquo;apr\u00e8s sa d\u00e9pression d\u00e9finitive, peuvent d\u00e9celer l&rsquo;urgence avec laquelle il a pr\u00e9sent\u00e9 le premier \u2013 et finalement le seul \u2013 livre de ce qu&rsquo;il avait voulu \u00eatre \u2013 sans jamais y parvenir \u2013 son opus magnum, qu&rsquo;il a nomm\u00e9 <i>Revaluation of All Values <\/i>(<i>la R\u00e9\u00e9valuation de toutes les valeurs<\/i>).<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le titre original de ce chef-d&rsquo;\u0153uvre jamais achev\u00e9, <i>La volont\u00e9 de puissance<\/i>, a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 par sa s\u0153ur et utilis\u00e9 par elle lorsqu&rsquo;elle a pr\u00e9sent\u00e9 la grande collection de notes que Nietzsche a laiss\u00e9 derri\u00e8re lui apr\u00e8s son effondrement \u00e0 Turin comme le chef-d&rsquo;\u0153uvre d\u00e9membr\u00e9 qu&rsquo;il n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9. Ce non-livre, brillant comme tout ce que Nietzsche a jamais \u00e9crit mais qui n&rsquo;est en rien comparable \u00e0 <i>Ainsi parlait Zarathoustra<\/i> ou Le <i>cr\u00e9puscule des idoles<\/i>, est pass\u00e9 entre de nombreuses mains et a atteint un public de lecteurs sous plusieurs formes, y compris la forme insalubre que lui ont donn\u00e9 les pirates nazis, gr\u00e2ce \u00e0 sa s\u0153ur qui aimait Hitler [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\"><sup>3<\/sup><\/a>]. Nietzsche savait-il que ses jours de sant\u00e9 mentale \u00e9taient compt\u00e9s et qu&rsquo;il ne serait pas capable de fusionner les notes disjointes qui constituaient <i>La volont\u00e9 de puissance<\/i> en une solide articulation syst\u00e9matique de sa pens\u00e9e ? Le sentiment que le temps lui manquait l&rsquo;a-t-il oblig\u00e9 \u00e0 mettre un terme \u00e0 sa rh\u00e9torique et \u00e0 mettre tout ce qu&rsquo;il avait dans une maniaque explosion d&rsquo;\u00e9nergie cr\u00e9atrice qui produisit non seulement l&rsquo;<i>Ant\u00e9christ<\/i>, mais aussi sa derni\u00e8re critique de son ex-h\u00e9ros Wagner, ainsi que ce qui doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme l&rsquo;autobiographie la plus \u00e9trange jamais \u00e9crite, <i>Ecce Homo<\/i> ? Ses protestations dans cette tentative daimoniquement divine de raconter \u00ab\u00a0comment on devient ce qu&rsquo;on est\u00a0\u00bb, pour qu&rsquo;il ne soit pas confondu \u00ab\u00a0<i>avec ce que je ne suis pas !<\/i>\u00a0\u00bb\u00a0 le sugg\u00e8rent [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\"><sup>4<\/sup><\/a>]. La trag\u00e9die, comme tout lecteur de Nietzsche le sait, est que c&rsquo;est exactement ce qui lui est arriv\u00e9, \u00e0 plus d&rsquo;un titre.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Mais alors m\u00eame que sa sant\u00e9 mentale se dirigeait vers son cr\u00e9puscule, Nietzsche se consid\u00e9rait comme en <i>avance<\/i> sur son temps. Il n&rsquo;a pas \u00e9crit pour aujourd&rsquo;hui, ni m\u00eame pour demain. Comme il le dit dans l&rsquo;avant-propos de l&rsquo;<i>Ant\u00e9christ<\/i> \u2013 qui est une pr\u00e9sentation aussi compacte que possible de la pyrotechnie rh\u00e9torique de Nietzsche \u2013 \u00ab\u00a0C\u2019est seulement apr\u00e8s-demain qui m&rsquo;appartient\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Certains sont n\u00e9s \u00e0 titre posthume\u00a0\u00bb, nous dit-il, et il esp\u00e8rait que ses lecteurs le seront aussi ; il doutait, ce qui est compr\u00e9hensible, qu\u2019ils soient d\u00e9j\u00e0 vivants. [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\"><sup>5<\/sup><\/a>]<\/span><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ce sentiment d&rsquo;\u00eatre en avance sur son temps a conduit Nietzsche \u00e0 remarquer qu&rsquo;il pouvait \u00e9tablir son pronostic pour les deux prochains si\u00e8cles car il s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 perdu dans \u00ab\u00a0tous les labyrinthes de l&rsquo;avenir\u00a0\u00bb. Il nous dit alors qu&rsquo;il est \u00ab\u00a0un esprit d&rsquo;oiseau devin qui <i>regarde en arri\u00e8re<\/i> en racontant ce qui va venir\u00a0\u00bb[<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\"><sup>6<\/sup><\/a>]. Il ne voit pas seulement son approche irr\u00e9vocable, il l&rsquo;a v\u00e9cue d&rsquo;avance et l\u2019a travers\u00e9. Il peut nous dire ce qui est en route, ce que cela signifie et ce que nous pouvons en faire, car il est d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9 par l\u00e0. Comme un chaman, Nietzsche est le gu\u00e9risseur bless\u00e9 qui a eu la maladie que nous allons tous contracter prochainement, et il est ici pour nous dire comment nous pouvons non seulement y survivre, mais aussi devenir <i>plus sains<\/i> gr\u00e2ce \u00e0 elle.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Pourtant, Nietzsche ne peut qu&rsquo;esp\u00e9rer que ses lecteurs, ses vrais lecteurs, arrivent \u00e0 un moment donn\u00e9 dans le futur et se <i>tournent vers<\/i> ses \u00e9crits afin de comprendre leur pr\u00e9sent. Ils n&rsquo;\u00e9taient certainement pas nombreux \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 il \u00e9crivait. Il savait qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9crivait pas pour \u00ab\u00a0ceux pour qui il y a des oreilles qui \u00e9coutent aujourd&rsquo;hui\u00a0\u00bb[<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\"><sup>7<\/sup><\/a>]. Lorsque Zarathoustra descend du sommet de la montagne pour diffuser le message du surhomme, les habitants de la ville se moquent de lui. [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote8sym\" name=\"sdfootnote8anc\"><sup>8<\/sup><\/a>] \u00ab\u00a0Ils ne me comprennent pas\u00a0\u00bb, se lamente Zarathoustra. \u00ab\u00a0Je ne suis pas la bouche de ces oreilles.\u00a0\u00bb [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote9sym\" name=\"sdfootnote9anc\"><sup>9<\/sup><\/a>]<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Nietzsche savait que ce serait le cas. Dans <i>The Gay Science<\/i> (<i>Le gai savoir<\/i>), \u00e9crit juste avant <i>Zarathoustra<\/i>, il annonce pour la premi\u00e8re fois la r\u00e9v\u00e9lation qui est au c\u0153ur du message de Zarathoustra, \u00e0 savoir que \u00ab\u00a0Dieu est mort\u00a0\u00bb. Pourtant, le fou qui l&rsquo;annonce est accueilli avec le m\u00eame rire que celui qui accompagne les proclamations tout aussi mena\u00e7antes de Zarathoustra. \u00ab\u00a0Je suis venu trop t\u00f4t\u00a0\u00bb, se dit le fou, \u00ab\u00a0mon heure n&rsquo;est pas encore venue\u00a0\u00bb. Bien que l&rsquo;acte soit fait, sa r\u00e9alit\u00e9 n&rsquo;a pas encore atteint les gens, m\u00eame si ce sont eux qui ont commis ce g\u00e9nocide [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote10sym\" name=\"sdfootnote10anc\"><sup>10<\/sup><\/a>]. Ce formidable \u00e9v\u00e9nement, pense le fou de Nietzsche, \u00ab\u00a0est toujours en cours\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Les actes, bien qu\u2019accomplis, demandent encore du temps pour \u00eatre vus et entendus\u00a0 [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote11sym\" name=\"sdfootnote11anc\"><sup>11<\/sup><\/a>].<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Nietzsche a \u00e9crit ces mots en 1882. Au moment o\u00f9 j&rsquo;\u00e9cris, 2020, une ann\u00e9e turbulente, se dirige vers sa derni\u00e8re saison. Pr\u00e8s d&rsquo;un si\u00e8cle et demi s&rsquo;est \u00e9coul\u00e9 depuis que le fou de Nietzsche est entr\u00e9 sur le march\u00e9 avec sa lanterne allum\u00e9e sous le soleil du matin. Assez proche, peut-\u00eatre, des \u00ab\u00a0deux prochains si\u00e8cles\u00a0\u00bb de Nietzsche pour que tout ce qui est en route montre les signes \u00e9vidents de son arriv\u00e9e ?<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>Nihilisme<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le mot \u00ab\u00a0nihilisme\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9 par le romancier russe Ivan Turgenev et appara\u00eet pour la premi\u00e8re fois dans son roman <i>Fathers and Sons<\/i> (<i>P\u00e8res et fils<\/i>), publi\u00e9 en 1862. Le mot latin <i>nihil<\/i> signifie \u00ab\u00a0rien\u00a0\u00bb et le nihilisme est donc la croyance en rien. La question de savoir si cela signifie un <i>manque<\/i> de croyance en quelque chose ou une croyance<i> active<\/i> en rien reste discutable. L&rsquo;historien Jacques Barzun, distinguant la diff\u00e9rence entre le nihilisme et l&rsquo;anarchisme, avec lequel il est souvent confondu, a fait remarquer qu&rsquo;un \u00ab\u00a0vrai nihiliste ne croit en rien et ne fait rien \u00e0 ce sujet\u00a0\u00bb [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote12sym\" name=\"sdfootnote12anc\"><sup>12<\/sup><\/a>]. L&rsquo;anarchiste partage un manque de croyance dans les m\u00eames choses que rejette le nihiliste, mais contrairement \u00e0 son cousin moins motiv\u00e9, il veut certainement entreprendre quelque chose \u00e0 ce sujet. \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque de Turgenev, les anarchistes \u2013 ceux qui ne croyaient en aucun gouvernement \u2013 lan\u00e7aient des bombes sur les rois et les hommes politiques ; ils \u00e9taient les terroristes de leur temps. Un nihiliste au sens de Barzun n&rsquo;aurait jamais pris la peine de faire des efforts aussi inutiles, et aurait rejet\u00e9 l&rsquo;id\u00e9alisme apolitique de l&rsquo;anarchiste comme une illusion de plus.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Pour Turgenev, le nihilisme avait un contexte politique et social. Comme le sugg\u00e8re le titre de son roman, cela \u00e9tait li\u00e9 au conflit interg\u00e9n\u00e9rationnel entre les romantiques des ann\u00e9es 1840 (les p\u00e8res) et les \u00ab\u00a0hommes nouveaux\u00a0\u00bb (les fils) des ann\u00e9es 1860 [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote13sym\" name=\"sdfootnote13anc\"><sup>13<\/sup><\/a>]. Bazarov, le protagoniste de Turgenev, rejette l&rsquo;id\u00e9alisme de la g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9c\u00e9dente et nie la r\u00e9alit\u00e9 de toute valeur autre que celles appr\u00e9hend\u00e9es par la science \u2013 ce qui signifie en fait toute valeur, \u00e9tant donn\u00e9 qu&rsquo;en dehors des valeurs pratiques et utilitaires, qui peuvent \u00eatre quantifi\u00e9es et mesur\u00e9es, la science reconna\u00eet que les valeurs, au sens id\u00e9aliste, n&rsquo;existent pas. Cette \u00ab\u00a0foi\u00a0\u00bb dans ce qui ne peut \u00eatre connu que \u00ab\u00a0positivement\u00a0\u00bb \u2013 c&rsquo;est-\u00e0-dire quantitativement \u2013 serait ironiquement baptis\u00e9e \u00ab\u00a0positivisme\u00a0\u00bb, et serait associ\u00e9e aux id\u00e9es du fondateur de la sociologie, Auguste Comte. Dans <i>The Devils<\/i> (<i>Les poss\u00e9d\u00e9s<\/i>) publi\u00e9 une d\u00e9cennie apr\u00e8s <i>Fathers and Sons<\/i>, Dosto\u00efevski a dramatis\u00e9 les cons\u00e9quences du nihilisme des Hommes Nouveaux lorsque leurs id\u00e9es sont mises en pratique. \u00c0 la fin du roman, des corps sont \u00e9parpill\u00e9s \u00e0 gauche et \u00e0 droite et une ville est en flammes, tout cela \u00e0 cause des id\u00e9es \u00ab\u00a0progressistes\u00a0\u00bb positives des Hommes Nouveaux dans la ville.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>Valeurs anciennes et nouvelles<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Nietzsche connaissait le nihilisme russe ; il \u00e9tait un lecteur de Dosto\u00efevski. Mais sa notion de nihilisme \u00e9tait plus large que celle de Turgenev et ne permettait pas la r\u00e9ponse religieuse ou spirituelle que Dosto\u00efevski a explor\u00e9e dans son dernier roman, <i>Les fr\u00e8res Karamazov<\/i>. Nietzsche \u00e9tait conscient des dangers li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que, si rien n&rsquo;est \u00ab\u00a0vrai\u00a0\u00bb, au sens ancien et id\u00e9aliste de la V\u00e9rit\u00e9, alors tout est \u00ab\u00a0permis\u00a0\u00bb, et que Dosto\u00efevski a explor\u00e9e dans <i>Crime et Ch\u00e2timent<\/i>. Mais Nietzsche voyait aussi dans cette terrible \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb une occasion de cr\u00e9er de <i>nouvelles<\/i> valeurs.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Pourquoi a-t-on besoin de nouvelles valeurs ? Parce que, comme le croyaient les nihilistes, les anciennes n&rsquo;\u00e9taient plus cr\u00e9dibles. Mais Nietzsche n&rsquo;\u00e9tait pas d&rsquo;accord avec les nihilistes pour dire que <i>toutes<\/i> les valeurs \u00e9taient creuses. D&rsquo;o\u00f9 sa tentative de \u00ab\u00a0r\u00e9\u00e9valuation de toutes les valeurs\u00a0\u00bb. Pour dire les choses simplement, ce n&rsquo;est pas parce que les valeurs qui avaient jusqu&rsquo;alors inform\u00e9 et motiv\u00e9 la civilisation occidentale n&rsquo;\u00e9taient plus tenables \u2013 comme Nietzsche le croyait \u2013 que nous ne pouvions pas cr\u00e9er de nouvelles valeurs pour nous aider \u00e0 surmonter la catastrophe qu&rsquo;il voyait in\u00e9vitable. En fin de compte, pour Nietzsche, le nihilisme peut avoir un effet positif, en ce sens qu&rsquo;il peut d\u00e9barrasser le terrain des id\u00e9es d\u00e9pass\u00e9es et cr\u00e9er un espace pour un nouveau d\u00e9part. Sans que cela soit garantie.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>L&rsquo;\u00e9trange invit\u00e9<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Marx avait pr\u00e9venu qu&rsquo;un spectre hantait l&rsquo;Europe. Pour Nietzsche, ce spectre, le communisme, n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un \u00e9l\u00e9ment perturbateur de la f\u00eate. Le v\u00e9ritable esprit qui frappait \u00e0 la porte \u00e9tait le nihilisme. \u00ab\u00a0D&rsquo;o\u00f9 vient cet invit\u00e9 des plus troublants\u00a0?\u00a0\u00bb demande Nietzsche. Il est arriv\u00e9, dit Nietzsche, parce que \u00ab\u00a0les valeurs que nous avons eues jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent tirent ainsi leur cons\u00e9quence finale ; car le nihilisme repr\u00e9sente la conclusion logique ultime de nos grandes valeurs et id\u00e9aux&#8230;\u00a0\u00bb [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote14sym\" name=\"sdfootnote14anc\"><sup>14<\/sup><\/a>]<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">En bref, Nietzsche dit que la recherche m\u00eame de la v\u00e9rit\u00e9, tant au sens religieux que scientifique, que l&rsquo;Occident a consid\u00e9r\u00e9e comme l&rsquo;apog\u00e9e de la perfection, et l&rsquo;obligation d&rsquo;honn\u00eatet\u00e9 qui nous oblige \u00e0 lui ob\u00e9ir, ont abouti \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 paradoxale qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb au sens d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 \u00ab\u00a0objective\u00a0\u00bb exig\u00e9e par notre int\u00e9grit\u00e9 intellectuelle et spirituelle.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Comme Nietzsche, nous pouvons consid\u00e9rer Platon comme la source de cette recherche de la v\u00e9rit\u00e9, puisque sa philosophie a inspir\u00e9 \u00e0 la fois le christianisme qui a incarn\u00e9 la \u00ab\u00a0faim de v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb spirituelle et la science ult\u00e9rieure qui a recherch\u00e9 la v\u00e9rit\u00e9 physique sur l&rsquo;univers par le biais des math\u00e9matiques. Nietzsche dit que cette valeur supr\u00eame s&rsquo;est \u00e9branl\u00e9e. Notre honn\u00eatet\u00e9 m\u00eame nous oblige \u00e0 reconna\u00eetre que l&rsquo;objectif d&rsquo;atteindre le but de la V\u00e9rit\u00e9 nous a conduit \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 que ce but n&rsquo;existe pas, du moins pas dans le sens o\u00f9 nous l&rsquo;avions cru. Il n&rsquo;existe pas de \u00ab\u00a0monde sup\u00e9rieur\u00a0\u00bb, ni au sens platonique des formes id\u00e9ales, dont l&rsquo;ombre est le monde des sens, ni au sens chr\u00e9tien d&rsquo;un Dieu aimant qui donne un sens \u00e0 notre vie ici-bas.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je dois souligner que Nietzsche a accept\u00e9 l&rsquo;univers impie et d\u00e9nu\u00e9 de sens que la science de son temps introduisait activement dans la conscience occidentale, et que la science actuelle continue \u00e0 promouvoir comme la \u00ab\u00a0vraie\u00a0\u00bb vision des choses. Comme l&rsquo;a fait remarquer l&rsquo;astrophysicien Steven Weinberg, \u00ab\u00a0plus l&rsquo;univers semble compr\u00e9hensible, plus il semble \u00e9galement vain\u00a0\u00bb. Cette \u00e9valuation est partag\u00e9e par la majorit\u00e9 de ses coll\u00e8gues. Nietzsche \u00e9tait d&rsquo;accord pour dire que l&rsquo;univers n&rsquo;avait pas de sens, mais il pensait que nos vies n&rsquo;avaient pas \u00e0 l\u2019\u00eatre.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Pourtant, m\u00eame la \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb de la science, qui a tir\u00e9 le tapis sous toutes les \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9s sup\u00e9rieures\u00a0\u00bb, n&rsquo;est pas \u00e0 l&rsquo;abri de la \u00ab\u00a0d\u00e9valuation\u00a0\u00bb d\u00e9tect\u00e9e par Nietzsche. La science se fonde sur des \u00ab\u00a0faits\u00a0\u00bb, le type de connaissances mesurables et quantifiables qui ont inform\u00e9 le positivisme et les Hommes Nouveaux. Pourtant, Nietzsche insiste qu&rsquo;\u00ab\u00a0il n&rsquo;y a pas de faits\u00a0\u00bb. Ce que la science consid\u00e8re comme des faits sont des <i>interpr\u00e9tations<\/i>. Elles peuvent avoir une valeur pratique, c&rsquo;est-\u00e0-dire fonctionner, mais en fin de compte elles sont \u00ab\u00a0une sorte d&rsquo;erreur sans laquelle un certain type d&rsquo;animal se trouve dans l&rsquo;impossibilit\u00e9 de vivre\u00a0\u00bb [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote15sym\" name=\"sdfootnote15anc\"><sup>15<\/sup><\/a>] Comme le philosophe Bergson, le jeune contemporain de Nietzsche, le ferait valoir, l&rsquo;intellect est un organe au service de la vie [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote16sym\" name=\"sdfootnote16anc\"><sup>16<\/sup><\/a>]. Le travail de l&rsquo;intellect, selon Bergson, est de scanner le monde et de r\u00e9duire sa complexit\u00e9 \u00e0 une image bien revue qui nous permet d&rsquo;y survivre et d&rsquo;y agir. Il aurait convenu avec Nietzsche que dans le cas des faits, \u00ab\u00a0la valeur pour la <i>vie<\/i> est finalement d\u00e9cisive\u00a0\u00bb [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote17sym\" name=\"sdfootnote17anc\"><sup>17<\/sup><\/a>] La \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0r\u00e9v\u00e9l\u00e9e\u00a0\u00bb par la science, <i>ne nous dit pas<\/i> ce qu&rsquo;est \u00ab\u00a0r\u00e9ellement \u00bb le monde ; c&rsquo;est une <i>interpr\u00e9tation<\/i> qui <i>nous<\/i> permet de manipuler le monde \u00e0 notre meilleur avantage. Les \u00ab\u00a0faits\u00a0\u00bb que la science c\u00e9l\u00e8bre comme \u00e9tant la \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb sur le monde sont en r\u00e9alit\u00e9 des <i>falsifications<\/i> tr\u00e8s utiles, inform\u00e9es dans le but de r\u00e9duire la r\u00e9alit\u00e9 du monde \u00e0 la quantit\u00e9 qui peut nous \u00eatre utile.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">On peut se demander si \u00ab\u00a0la v\u00e9rit\u00e9 qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb est un coup de poing sur la t\u00eate. Car si elle est vraie, alors il doit y avoir, apr\u00e8s tout, une sorte de v\u00e9rit\u00e9 qu&rsquo;elle partage, et donc elle se r\u00e9fute elle-m\u00eame. Et si elle n&rsquo;est pas vraie \u2013 comme elle doit l&rsquo;\u00eatre s&rsquo;il n&rsquo;y a pas de v\u00e9rit\u00e9 \u2013 alors il n&rsquo;y a aucune raison d&rsquo;y pr\u00eater attention. Mais pour l&rsquo;instant, laissons ces probl\u00e8mes logiques de c\u00f4t\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>L&rsquo;oubli de l&rsquo;\u00catre<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Martin Heidegger, ainsi que Ludwig Wittgenstein, probablement le philosophe le plus influent du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, ont pris tr\u00e8s au s\u00e9rieux l&rsquo;annonce de l&rsquo;av\u00e8nement du nihilisme par Nietzsche. Heidegger \u00e9tait d&rsquo;accord avec Nietzsche sur le fait que Platon \u00e9tait la source du probl\u00e8me, mais sa r\u00e9ponse \u00e0 ce sujet \u00e9tait plut\u00f4t diff\u00e9rente de celle de Nietzsche. Quoi que nous puissions penser de ses id\u00e9es \u2013 et Nietzsche ne voulait rien d&rsquo;autre que de nous laisser guider par elles \u2013 nous devons admettre que Nietzsche est l&rsquo;un des philosophes, sinon <i>le<\/i> plus lisible. Peu le sont. Bergson, que nous avons mentionn\u00e9, en est un. Schopenhauer et Kierkegaard le sont aussi. Mais la plupart des philosophes ne sont pas captivants et les pires d\u00e9linquants \u00e0 cet \u00e9gard sont allemands \u2013 c&rsquo;est pourquoi Nietzsche est une telle exception. Il a m\u00eame dit qu&rsquo;il aurait souhait\u00e9 ne pas avoir \u00e9crit <i>Ainsi parlait Zarathustra<\/i> en allemand.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Heidegger tombe dans le camp des philosophes illisibles. L\u00e0 o\u00f9 Nietzsche distille ses id\u00e9es sous leur forme la plus compacte et invite souvent son lecteur \u00e0 compl\u00e9ter la pens\u00e9e, en utilisant une ponctuation qui exprime son sens autant que ses mots, Heidegger est souvent la prolixit\u00e9 m\u00eame, for\u00e7ant son lecteur \u00e0 avancer \u00e0 pas d&rsquo;escargot par son utilisation excentrique de mots autrement familiers et ses n\u00e9ologismes fr\u00e9quents, en contraste avec la danse exaltante de Nietzsche. Il est dommage que Nietzsche n&rsquo;ait pas \u00e9t\u00e9 assez pr\u00e9sent et assez<i> compos mentis<\/i> (<i>sain d\u2019esprit<\/i>) pour pouvoir commenter l&rsquo;interpr\u00e9tation de son \u0153uvre par Heidegger \u2013 ou m\u00eame celle de tant d&rsquo;autres. On soup\u00e7onne que son grand descendant philosophe \u00e9tait peut-\u00eatre de ceux dont Nietzsche craignait qu&rsquo;ils \u00ab\u00a0le confondent\u00a0\u00bb avec ce qu&rsquo;il \u00ab\u00a0n&rsquo;\u00e9tait pas\u00a0\u00bb, comme tant d&rsquo;autres l&rsquo;ont fait. Car, de ce que nous pouvons consid\u00e9rer comme le point de vue de Nietzsche, c&rsquo;est exactement ce qu&rsquo;a fait Heidegger.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">On peut se demander si \u00ab\u00a0le roi secret de la pens\u00e9e\u00a0\u00bb, comme l&rsquo;appelait Hannah Arendt, \u00e9l\u00e8ve et ma\u00eetresse de Heidegger, faisait de son mieux pour philosopher Nietzsche, comme Hegel, autre penseur allemand difficile, avait philosoph\u00e9 toute la philosophie avant lui [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote18sym\" name=\"sdfootnote18anc\"><sup>18<\/sup><\/a>]. Certains sp\u00e9cialistes de Nietzsche, comme Michael Tanner, ont reproch\u00e9 \u00e0 Heidegger d&rsquo;avoir adopt\u00e9 \u00ab\u00a0l&rsquo;opinion selon laquelle le \u201cvrai\u201d Nietzsche se trouve dans les carnets\u00a0\u00bb, une opinion, nous l&rsquo;avons vu, qui a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e et encourag\u00e9e par l&rsquo;odieuse s\u0153ur de Nietzsche [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote19sym\" name=\"sdfootnote19anc\"><sup>19<\/sup><\/a>]. Tanner affirme que cela a permis \u00e0 Heidegger de \u00ab\u00a0vendre sa propre philosophie comme d\u00e9rivant de Nietzsche tout en \u00e9tant critique \u00e0 son \u00e9gard\u00a0\u00bb, et c\u2019est qui exactement ce que fait Heidegger. [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote20sym\" name=\"sdfootnote20anc\"><sup>20<\/sup><\/a>]<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">L\u00e0 o\u00f9 Nietzsche croit avoir vu clair dans la fausset\u00e9 de la m\u00e9taphysique, que nous pouvons comprendre comme une sp\u00e9culation rationnelle sur le caract\u00e8re d&rsquo;un monde \u00ab\u00a0sup\u00e9rieur\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0au-del\u00e0 de\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0transphysique\u00a0\u00bb, comme l&rsquo;indique le pr\u00e9fixe grec \u00ab\u00a0meta\u00a0\u00bb, Heidegger surench\u00e9rit en incluant la notion de \u00ab\u00a0volont\u00e9 de puissance\u00a0\u00bb de Nietzsche comme la derni\u00e8re expression de la m\u00e9taphysique que Nietzsche voulait saper. Nietzsche pensait avoir \u00e9chapp\u00e9 aux limites et aux contraintes de la pens\u00e9e m\u00e9taphysique et que les nouvelles valeurs qu&rsquo;il pr\u00e9voyait allaient fournir aux hommes et aux femmes du \u00ab\u00a0monde post-m\u00e9taphysique\u00a0\u00bb l&rsquo;inspiration n\u00e9cessaire pour cr\u00e9er une nouvelle vision de l&rsquo;existence humaine. Selon Heidegger, Nietzsche s&rsquo;\u00e9tait dup\u00e9 lui-m\u00eame et \u00e9tait aveugle au fait \u2013 ce que Heidegger voyait bien s\u00fbr tr\u00e8s clairement \u2013 que ce qu&rsquo;il avait fait en r\u00e9alit\u00e9 \u00e9tait de mener la m\u00e9taphysique occidentale \u00e0 son terme.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Heidegger l&rsquo;explique dans son essai \u00ab\u00a0Le Mot de Nietzsche : \u201cDieu est mort\u201d \u00bb [\u00a0<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote21sym\" name=\"sdfootnote21anc\"><sup>21<\/sup><\/a>]. Bri\u00e8vement, pour Heidegger, la notion de Nietzsche selon laquelle \u00ab\u00a0la volont\u00e9 de puissance\u00a0\u00bb, qu&rsquo;il pr\u00e9sente comme la force motrice de la vie \u2013 une id\u00e9e qui a influenc\u00e9, entre autres, Alfred Adler et Adolf Hitler \u2013 proc\u00e8de par la cr\u00e9ation de valeurs, la maintient dans le domaine purement humain et maintient la perception du monde comme disponible. Pour Heidegger, cela signifie que Nietzsche, comme tous les philosophes avant lui, reste aveugle ou inattentif \u00e0 ce que Heidegger consid\u00e8re comme la pr\u00e9occupation fondamentale de la pens\u00e9e : la question de l&rsquo;\u00eatre.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>Un mauvais virage chez Platon<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Heidegger \u00e9tait d&rsquo;accord avec Nietzsche pour dire que la route emprunt\u00e9e par l&rsquo;Ouest depuis Socrate avait conduit \u00e0 l&rsquo;\u00e9trange invit\u00e9 qui se trouvait \u00e0 notre porte \u2013 ou, comme j&rsquo;esp\u00e8re le montrer bient\u00f4t, assis dans notre salon. Mais l\u00e0 o\u00f9 Nietzsche voyait la perte de l&rsquo;instinct et du contact avec les forces vitales de la vie par la mont\u00e9e du rationalisme socratique, Heidegger voyait quelque chose qu&rsquo;il estimait plus fondamental : la perte du contact avec l&rsquo;\u00eatre lui-m\u00eame. Qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;\u00eatre ? C&rsquo;est une bonne question, et Heidegger pensait que l&rsquo;Occident l&rsquo;avait perdue de vue lorsque la raison socratique a chass\u00e9 de sa place d&rsquo;honneur les philosophies mythopo\u00e9tiques des pr\u00e9socratiques. [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote22sym\" name=\"sdfootnote22anc\"><sup>22<\/sup><\/a>]<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Nous prenons conscience de l&rsquo;\u00eatre lorsque le fait de notre propre existence, ou celui de toute autre chose, nous surprend. \u00c7a n\u2019est pas une d\u00e9finition de l&rsquo;\u00eatre \u2013 c\u2019est indescriptible \u2013 mais une mani\u00e8re de reconnaissance quand nous nous en souvenons. Car pour Heidegger, la plupart du temps, nous ne nous en souvenons pas ; nous souffrons de ce qu&rsquo;il appelle \u00ab\u00a0l&rsquo;oubli de l&rsquo;\u00eatre\u00a0\u00bb. C&rsquo;est un diagnostic de l&rsquo;humanit\u00e9 moderne qu&rsquo;il a partag\u00e9 avec l\u2019enseignant \u00e9sot\u00e9rique Gurdjieff, qui, je dois le dire, peut parfois \u00eatre aussi illisible que Heidegger ; voyez son chef-d&rsquo;\u0153uvre monumental de digressions, de remarques entre-parenth\u00e8ses et de clauses d\u00e9pendantes, <i>R\u00e9cits de Belz\u00e9buth \u00e0 son petit-fils<\/i> [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote23sym\" name=\"sdfootnote23anc\"><sup>23<\/sup><\/a>]. Gurdjieff partageait \u00e9galement avec Heidegger la conviction que la seule m\u00e9thode infaillible pour dissiper notre oubli de l&rsquo;\u00eatre \u00e9tait d&rsquo;atteindre et de maintenir une conscience vive de la r\u00e9alit\u00e9 de notre mort. Nous pouvons dire que tous deux ont vu la vertu dans la remarque du Dr Johnson, souvent cit\u00e9e par Colin Wilson, selon laquelle \u00ab\u00a0la pens\u00e9e que l&rsquo;on sera pendu dans une quinzaine de jours concentre merveilleusement l&rsquo;esprit\u00a0\u00bb. Lorsque l&rsquo;esprit est ainsi concentr\u00e9, nous n&rsquo;oublions plus notre \u00eatre.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Heidegger pensait que notre oubli commen\u00e7ait lorsque l&rsquo;\u00catre \u2013 il met en capital le fait fondamental de l&rsquo;existence pour le distinguer de la pluralit\u00e9 des choses existantes, c&rsquo;est-\u00e0-dire des \u00ab\u00a0\u00eatres\u00a0\u00bb \u2013 a \u00e9t\u00e9 perdu de vue par Platon et les philosophes qui l&rsquo;ont suivi. Les philosophes pr\u00e9socratiques \u2013 Parm\u00e9nide, H\u00e9raclite, Emp\u00e9docle \u2013 ont tous connu une sorte de crainte primale face \u00e0 l&rsquo;existence. Leur r\u00e9ponse \u00e0 cette crainte \u00e9tait un sentiment d&rsquo;\u00e9merveillement, d&rsquo;\u00e9tonnement, qui a inspir\u00e9 leurs tentatives mythopo\u00e9tiques de saisir une partie de la pure \u00e9tranget\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre. On peut dire qu&rsquo;ils \u00e9taient fascin\u00e9s par la question \u00ab\u00a0Pourquoi y a-t-il quelque chose plut\u00f4t que rien\u00a0\u00bb, que des philosophes ult\u00e9rieurs, comme William James, posaient \u00e9galement et que des enfants curieux posent encore, au grand d\u00e9sarroi de parents perplexes. Le rationalisme de Socrate, transform\u00e9 en syst\u00e8me philosophique par Platon, a mis cette question de c\u00f4t\u00e9 et a cherch\u00e9 des explications rationnelles au monde. C&rsquo;est ainsi, selon Heidegger, qu&rsquo;a commenc\u00e9 le processus de ma\u00eetrise rationnelle du monde \u2013 la technologie \u2013 premi\u00e8re \u00e9tape du \u00ab\u00a0destin de l&rsquo;\u00eatre\u00a0\u00bb qui a conduit, selon Heidegger, \u00e0 la volont\u00e9 de puissance de Nietzsche, \u00e0 la fin de la m\u00e9taphysique et \u00e0 l&rsquo;av\u00e8nement du nihilisme.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>L&rsquo;\u00eatre inauthentique<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Heidegger a eu une \u00e9norme influence sur la philosophie du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, et il continue d&rsquo;exercer une grande influence aujourd&rsquo;hui. Au risque de simplifier, par souci de concision, on peut dire que son influence se manifeste dans deux courants diff\u00e9rents, qui d\u00e9coulent de sa pens\u00e9e. Le premier est l&rsquo;existentialisme. Kierkegaard, Dosto\u00efevski et Nietzsche sont g\u00e9n\u00e9ralement consid\u00e9r\u00e9s comme les \u00ab\u00a0p\u00e8res\u00a0\u00bb de l&rsquo;existentialisme, mais Heidegger l&rsquo;a fermement plac\u00e9 sur la carte philosophique et acad\u00e9mique, bien que, bien s\u00fbr, Heidegger ait ni\u00e9 \u00eatre existentialiste. Le deuxi\u00e8me courant, que nous aborderons sous peu, \u00e9tait le d\u00e9constructionnisme, et son compagnon de route, le postmodernisme.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">L&rsquo;existentialisme est le plus souvent associ\u00e9 au philosophe et romancier fran\u00e7ais Jean-Paul Sartre et a \u00e9t\u00e9 largement port\u00e9 \u00e0 l&rsquo;attention du public dans les ann\u00e9es qui ont suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les existentialistes de <i>la rive gauche<\/i> \u2013 Sartre, Simone De Beauvoir, Albert Camus et leurs nombreux parasites \u2013 \u00e9taient une sorte d&rsquo;anticipation sophistiqu\u00e9e de la Beat Generation des ann\u00e9es 1950, qui reprenait certaines de leurs attitudes (parmi lesquelles la promiscuit\u00e9, la consommation excessive d&rsquo;alcool et les pulls noires \u00e0 col roul\u00e9) et leur donnait une touche am\u00e9ricaine, bien que, \u00e0 n&rsquo;en pas douter, les existentialistes \u00e9taient d&rsquo;un cachet beaucoup plus intellectuel que Kerouac, Ginsberg et autres. Les existentialistes ont accept\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e que les valeurs de la p\u00e9riode d&rsquo;avant-guerre \u00e9taient creuses. Les \u00eatres humains vivaient dans un monde vide de sens, \u00ab\u00a0absurde\u00a0\u00bb, et les personnes qui refusaient de le reconna\u00eetre \u2013 que Sartre appelait \u00ab\u00a0<i>salauds<\/i>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0b\u00e2tards\u00a0\u00bb en fran\u00e7ais \u2013 \u00e9taient coupables de ce qu&rsquo;il appelait \u00ab\u00a0<i>mauvaise foi<\/i>\u00a0\u00bb, et vivaient \u00ab\u00a0inauthentiquement\u00a0\u00bb. C&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;ils se vautraient dans \u00ab\u00a0l&rsquo;oubli de l&rsquo;\u00eatre\u00a0\u00bb et acceptaient le monde faux, mais r\u00e9confortant des valeurs humaines, ignorant consciemment l&rsquo;id\u00e9e \u2013 connue de Sartre depuis un certain temps \u2013 que leur vie \u00e9tait \u00ab\u00a0fortuite\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire inutile.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">L&rsquo;essence de l&rsquo;existentialisme peut \u00eatre r\u00e9sum\u00e9e par la c\u00e9l\u00e8bre d\u00e9claration de Sartre selon laquelle, chez les \u00eatres humains, \u00ab\u00a0l&rsquo;existence pr\u00e9c\u00e8de l&rsquo;essence\u00a0\u00bb. Cela signifie que, contrairement \u00e0 une chaise ou \u00e0 un ordinateur, nous existons avant de savoir <i>pourquoi<\/i> nous sommes. Une chaise existe parce que quelqu&rsquo;un l&rsquo;a fabriqu\u00e9e pour remplir une fonction, tout comme l\u2019ordinateur. Quelle est notre fonction ? Selon Sartre et Cie, nous n&rsquo;en avons aucune. Notre existence n&rsquo;a aucune raison d&rsquo;\u00eatre. Nous sommes \u00ab\u00a0condamn\u00e9s \u00e0 \u00eatre libres\u00a0\u00bb, ce qui signifie que nous devons cr\u00e9er notre propre sens, ce que Nietzsche avait soulign\u00e9 un demi-si\u00e8cle plus t\u00f4t. Ceux qui refusent de relever ce d\u00e9fi souvent d\u00e9primant embrassent \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00eatre inauthentique\u00a0\u00bb, qui est une sorte de l\u00e2chet\u00e9 face \u00e0 notre propre existence inexplicable. Pour certains, Sartre lui-m\u00eame a exprim\u00e9 une bonne dose de mauvaise foi lorsqu&rsquo;il a tent\u00e9 de marier l&rsquo;existentialisme, qui met l&rsquo;accent sur la responsabilit\u00e9 de l&rsquo;individu de faire usage de sa libert\u00e9, d&rsquo;accepter le fardeau du choix, avec le marxisme, qui ne se soucie pas de l&rsquo;individu et de sa libert\u00e9, dans sa <i>Critique de la raison dialectique<\/i> [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote24sym\" name=\"sdfootnote24anc\"><sup>24<\/sup><\/a>]. En faveur de Sartre, on peut dire que son adh\u00e9sion au marxisme \u00e9tait davantage motiv\u00e9e par sa haine de la bourgeoise \u2013 Tous <i>salauds<\/i> \u2013 que par son appr\u00e9ciation du mat\u00e9rialisme dialectique.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>D\u00e9mant\u00e8lement de la m\u00e9taphysique occidentale<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">L&rsquo;autre courant issu de la pens\u00e9e sombre de Heidegger, le d\u00e9constructionnisme, a pris une autre voie. L\u00e0 o\u00f9 Sartre se concentrait sur l&rsquo;analyse ph\u00e9nom\u00e9nologique de l&rsquo;existence humaine pr\u00e9sent\u00e9e par Heidegger dans son chef-d&rsquo;\u0153uvre tronqu\u00e9 <i>L&rsquo;\u00catre et le Temps<\/i> \u2013 Sartre l&rsquo;a augment\u00e9 de son propre <i>l\u2019\u00catre et le N\u00e9ant<\/i> \u2013 les d\u00e9constructionnistes apr\u00e8s Sartre se sont concentr\u00e9s sur un autre aspect de la pens\u00e9e de Heidegger.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Pour att\u00e9nuer les effets du destin de l&rsquo;\u00catre vers le nihilisme, Heidegger pensait qu&rsquo;il fallait revenir au d\u00e9but de la philosophie occidentale et la d\u00e9manteler. L&rsquo;ancien enseignant de Heidegger, Edmund Husserl, le fondateur de la ph\u00e9nom\u00e9nologie \u2013 d&rsquo;o\u00f9 est n\u00e9 l&rsquo;existentialisme \u2013 a pris comme cri de guerre philosophique \u00ab\u00a0Aux choses elles-m\u00eames !\u00a0\u00bb En substance, cela signifiait oublier tout ce que la philosophie croyait avoir appris jusqu&rsquo;alors sur le monde et tenter de l&rsquo;approcher sans pr\u00e9suppos\u00e9s, renoncer \u00e0 essayer d&rsquo;<i>expliquer<\/i> la r\u00e9alit\u00e9 et tenter simplement de la<i> d\u00e9crire<\/i>. C&rsquo;est cette strat\u00e9gie qui a conduit \u00e0 l&rsquo;\u00ab\u00a0ontologie fondamentale\u00a0\u00bb de Heidegger, l&rsquo;ontologie \u00e9tant l&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;\u00catre.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Dans le cas de Heidegger, il ne s&rsquo;agissait pas de revenir aux choses elles-m\u00eames, mais \u00e0 Anaximandre, H\u00e9raclite, Parm\u00e9nide et aux autres \u00ab\u00a0penseurs\u00a0\u00bb pr\u00e9socratiques \u2013 et non pas aux \u00ab\u00a0philosophes\u00a0\u00bb, une distinction importante pour Heidegger \u2013 qui n&rsquo;\u00e9taient pas infect\u00e9s par la fascination socratique pour la raison [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote25sym\" name=\"sdfootnote25anc\"><sup>25<\/sup><\/a>]. Si nous voulons nous souvenir de l&rsquo;\u00catre, nous devons revenir au moment o\u00f9 notre amn\u00e9sie s&rsquo;est install\u00e9e et essayer d&rsquo;attraper l&rsquo;oubli avant qu&rsquo;il ne s&rsquo;installe comme une habitude particuli\u00e8rement pernicieuse.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00c0 cette fin, Heidegger a parl\u00e9 de ce qu&rsquo;il a appel\u00e9 \u00ab\u00a0la destruction de la m\u00e9taphysique\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0la destruction de l&rsquo;histoire de l&rsquo;ontologie\u00a0\u00bb, le d\u00e9mant\u00e8lement de tout l&rsquo;\u00e9difice de la philosophie occidentale, son lent et laborieux d\u00e9mant\u00e8lement [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote26sym\" name=\"sdfootnote26anc\"><sup>26<\/sup><\/a>]. Cela devait \u00eatre l&rsquo;objet de la deuxi\u00e8me partie de \u00ab\u00a0<i>L&rsquo;\u00eatre et le temps<\/i>\u00a0\u00bb, que Heidegger finit par abandonner, reconnaissant peut-\u00eatre que la production d&rsquo;un autre tome obscur et lourd ajouterait plus \u00e0 l&rsquo;\u00e9difice m\u00eame qu&rsquo;il voulait d\u00e9truire. Plus tard, il a \u00e9crit des essais sur le langage, l&rsquo;art, la po\u00e9sie, la technique et a remplac\u00e9 la polarit\u00e9 de l&rsquo;\u00catre et du Temps par celle de l&rsquo;\u00ab\u00a0\u00e9claircie\u00a0\u00bb et de la \u00ab\u00a0pr\u00e9sence\u00a0\u00bb. <i>Lichtung<\/i>, \u00e9claircie ou, comme on le traduit parfois, \u00ab\u00a0ouverture\u00a0\u00bb, est l&rsquo;espace dans lequel la pr\u00e9sence \u2013 <i>Anwesenheit<\/i> \u2013 de l&rsquo;\u00catre peut appara\u00eetre. La v\u00e9rit\u00e9 pour Heidegger est <i>al?theia<\/i>, \u00ab\u00a0d\u00e9voilement\u00a0\u00bb, une r\u00e9v\u00e9lation des \u00ab\u00a0choses elles-m\u00eames\u00a0\u00bb, et non de la fa\u00e7on dont elles apparaissent lorsque nous les consid\u00e9rons comme \u00ab\u00a0utiles\u00a0\u00bb. [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote27sym\" name=\"sdfootnote27anc\"><sup>27<\/sup><\/a>]<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">C&rsquo;\u00e9tait le point de la destruction de l&rsquo;histoire de l&rsquo;ontologie pour ouvrir les portes de la perception de la philosophie occidentale, restaurer ce que le po\u00e8te Gottfried Benn appelait la \u00ab\u00a0vision primale\u00a0\u00bb, r\u00e9aliser l&rsquo;\u00e9tonnement radical face \u00e0 l&rsquo;\u00catre que les premiers penseurs ont connu, et rencontrer sa pr\u00e9sence, directement, sans interm\u00e9diaire, sans la carapace de mill\u00e9naires de concepts et de suppositions. [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote28sym\" name=\"sdfootnote28anc\"><sup>28<\/sup><\/a>]<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>D\u00e9construction des ensembles<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le philosophe fran\u00e7ais Jacques Derrida, le plus c\u00e9l\u00e8bre des partisans du mouvement philosophique et litt\u00e9raire connu sous le nom de d\u00e9constructionnisme, a repris cet aspect de la pens\u00e9e de Heidegger. Celui-ci a vu le jour dans les ann\u00e9es 1960 \u2013 tout comme le postmodernisme, avec lequel il est g\u00e9n\u00e9ralement alli\u00e9. En un peu plus d&rsquo;une d\u00e9cennie, les deux allaient pratiquement conqu\u00e9rir le monde universitaire, surtout aux \u00c9tats-Unis, o\u00f9 les universitaires sont r\u00e9guli\u00e8rement intimid\u00e9s par tout ce qui venait d&rsquo;Europe. Derrida a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 fortement influenc\u00e9 par Nietzsche.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le nom de \u00ab\u00a0d\u00e9constructionnisme\u00a0\u00bb devrait \u00e0 lui seul nous donner une id\u00e9e de ce dont il s&rsquo;agit. Comme Heidegger, Derrida veut d\u00e9manteler la philosophie occidentale, et comme Nietzsche, il convient que la recherche de la v\u00e9rit\u00e9 qui a engag\u00e9 la philosophie et d&rsquo;autres disciplines pendant des si\u00e8cles, est chim\u00e9rique. Mais Derrida va plus loin que les deux en sapant l&rsquo;id\u00e9e que la philosophie \u00e9tait \u00e0 tout moment un conduit par lequel la v\u00e9rit\u00e9 sur la r\u00e9alit\u00e9 pouvait atteindre la conscience humaine.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Heidegger a commenc\u00e9 sa destruction de la m\u00e9taphysique en abandonnant son engagement envers l&rsquo;approche philosophique de Husserl. Husserl aurait rejet\u00e9 l&rsquo;affirmation de Nietzsche selon laquelle la recherche de la v\u00e9rit\u00e9 s&rsquo;\u00e9branle elle-m\u00eame involontairement, m\u00eame si, bien s\u00fbr, dans ses derniers jours, il \u00e9tait constern\u00e9 par le type de tact r\u00e9ducteur que la science avait adopt\u00e9 \u2013 r\u00e9sultat du \u00ab\u00a0positivisme\u00a0\u00bb que l&rsquo;on appelle aujourd&rsquo;hui \u00ab\u00a0scientisme\u00a0\u00bb \u2013 et a expos\u00e9 ses pr\u00e9occupations dans son dernier ouvrage inachev\u00e9, <i>La crise des sciences europ\u00e9ennes et la ph\u00e9nom\u00e9nologie transcendantale<\/i>, publi\u00e9 en 1936, deux ans avant sa mort. Mais fondamentalement, Husserl croyait que le but de la philosophie est de comprendre l&rsquo;univers et de parvenir \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, et il pensait que sa m\u00e9thode ph\u00e9nom\u00e9nologique \u00e9tait un moyen d&rsquo;y parvenir. Oui, une \u00e9norme quantit\u00e9 de pr\u00e9suppositions et de suppositions sur la r\u00e9alit\u00e9 a obscurci notre vision, mais nous pouvons nettoyer nos portes de la perception gr\u00e2ce \u00e0 la ph\u00e9nom\u00e9nologie et voir clairement. Heidegger a rompu avec Husserl parce qu&rsquo;il pensait qu&rsquo;il conservait trop de l&rsquo;id\u00e9alisme de la philosophie traditionnelle, la m\u00e9taphysique m\u00eame que Nietzsche, puis Heidegger, voulaient surmonter.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Pourtant, m\u00eame si Heidegger a rejet\u00e9 la croyance de Husserl en la capacit\u00e9 de la ph\u00e9nom\u00e9nologie \u00e0 parvenir \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, libre de nos suppositions \u00e0 son sujet, il a conserv\u00e9 la croyance en ce qu&rsquo;il a appel\u00e9 la \u00ab\u00a0pr\u00e9sence\u00a0\u00bb, qui, comme nous l&rsquo;avons vu, \u00e9tait le nom qu&rsquo;il a donn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00catre dans ses travaux ult\u00e9rieurs. Cette \u00ab\u00a0pr\u00e9sence\u00a0\u00bb, cependant, n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverte par l&rsquo;approche de Husserl, mais par une sorte d&rsquo;\u00ab\u00a0\u00e9coute\u00a0\u00bb qui, \u00e0 bien des \u00e9gards, semble tr\u00e8s proche d&rsquo;une sorte de contemplation mystique ; Heidegger utilise m\u00eame le terme <i>Gelassenheit<\/i>, qui signifie une sorte de \u00ab\u00a0l\u00e2cher prise\u00a0\u00bb, et est associ\u00e9 avec le th\u00e9ologien allemand du XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, Meister Eckhart [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote29sym\" name=\"sdfootnote29anc\"><sup>29<\/sup><\/a>]. En bref, cela signifie que si nous laissons les choses \u00ab\u00a0\u00eatre\u00a0\u00bb \u2013 c&rsquo;est-\u00e0-dire si nous ne les voyons pas comme \u00e9tant l\u00e0 uniquement pour notre usage \u2013 elles nous \u00ab\u00a0parleront\u00a0\u00bb. C&rsquo;est aussi la raison pour laquelle une si grande partie des \u00e9crits ult\u00e9rieurs de Heidegger est ax\u00e9e sur la po\u00e9sie. Les po\u00e8tes, comme les philosophes pr\u00e9socratiques, ne cherchent pas \u00e0 expliquer le monde, mais \u00e0 y r\u00e9pondre. Pour Heidegger, le langage de la po\u00e9sie se rapproche davantage de la pr\u00e9sentation \u2013 \u00ab\u00a0pr\u00e9sence-r\u00a0\u00bb, si l&rsquo;on me permet un n\u00e9ologisme heideggerien \u2013 du monde que celui de l&rsquo;analyse philosophique. Le langage, pour Heidegger, est la maison de l&rsquo;\u00catre, et les po\u00e8tes en sont ses b\u00e2tisseurs.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>L&rsquo;absence de pr\u00e9sence<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Derrida commence aussi par Husserl, mais il va plus loin que Heidegger en niant m\u00eame la posture de \u00ab\u00a0pr\u00e9sence\u00a0\u00bb de cet apostat ph\u00e9nom\u00e9nologique. Il n&rsquo;y a pas de pr\u00e9sence dans le monde, nous disent Derrida et ses nombreuses \u00e9pigones, mais seulement une absence, ou, au mieux, une <i>diff\u00e9rance<\/i> qui, selon lui, fait toute la diff\u00e9rence. On peut dire que l\u00e0 o\u00f9 les existentialistes qui ont suivi Heidegger \u00e9taient pr\u00e9occup\u00e9s par \u00ab\u00a0l&rsquo;inauthenticit\u00e9\u00a0\u00bb qui accompagne \u00ab\u00a0l&rsquo;oubli de l&rsquo;\u00eatre\u00a0\u00bb, les d\u00e9constructionnistes, et leurs compagnons de route postmodernistes, ont d\u00e9cid\u00e9 qu&rsquo;il valait mieux oublier compl\u00e8tement l&rsquo;\u00catre. L&rsquo;\u00catre et son r\u00e9am\u00e9nagement plus po\u00e9tique en tant que \u00ab\u00a0pr\u00e9sence\u00a0\u00bb est simplement l\u2019objet illusoire, le plus r\u00e9cent, \u00e0 occuper les esprits toujours embrouill\u00e9s des philosophes. La recherche de l&rsquo;\u00catre et la mise \u00e0 disposition de la Pr\u00e9sence est une illusion.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Derrida arrive \u00e0 cette conclusion par le biais d&rsquo;une consid\u00e9ration linguistique. Si Heidegger croyait que la langue est la maison de l&rsquo;\u00catre, Derrida veut montrer que cette maison n&rsquo;existe tout simplement pas et qu&rsquo;au mieux, la langue est plut\u00f4t comme un vagabond itin\u00e9rant, plantant une tente ici et l\u00e0 et ne restant pas longtemps au m\u00eame endroit. Deux sources centrales pour cette vision sont les travaux du linguiste suisse Ferdinand de Saussure et un des premiers essais de Nietzsche, \u00ab\u00a0On Truth and Falsehood in an Extra-Moral Sense\u00a0\u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">L&rsquo;id\u00e9e de base de Saussure \u2013 si tant est qu&rsquo;elle en soit une \u2013 est que le langage fonctionne par diff\u00e9rence, c&rsquo;est-\u00e0-dire que la signification des mots ne s&rsquo;enracine pas dans les choses qu&rsquo;ils semblent nommer, mais dans les <i>diff\u00e9rences<\/i> entre les mots eux-m\u00eames. C&rsquo;est la source de la <i>diff\u00e9rance<\/i> de Derrida. Les choses sont le \u00ab\u00a0signifi\u00e9\u00a0\u00bb et les mots sont leurs \u00ab\u00a0signifiants\u00a0\u00bb, mais le sens que les mots semblent avoir ne d\u00e9pend pas des qualit\u00e9s et des caract\u00e9ristiques du signifi\u00e9 mais du contexte de tous les autres signifiants. Le langage, qui est un syst\u00e8me arbitraire de signes, et les mots que nous utilisons pour d\u00e9crire le monde, pourraient tous \u00eatre compl\u00e8tement diff\u00e9rents et remplir encore cette fonction tant que leurs utilisateurs s&rsquo;accordent sur les conventions du syst\u00e8me. Nous pourrions tous appeler le bleu \u00ab\u00a0vert\u00a0\u00bb et vice-versa, et tant que nous nous en tiendrons \u00e0 \u00e7a, il n\u2019y aura aucune diff\u00e9rence. Il s&rsquo;agit, bien s\u00fbr, d&rsquo;une vision de la langue tr\u00e8s diff\u00e9rente de celle de certains r\u00e9cits mystiques, comme la tradition juive de la Kabbale, qui consid\u00e8re la langue non seulement comme la maison de l&rsquo;\u00catre, mais aussi comme contenant les \u00e9nergies m\u00eames \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre dans la cr\u00e9ation du monde \u2013 du moins l&rsquo;alphabet h\u00e9breu en est-il ainsi dot\u00e9. Je soup\u00e7onne \u00e9galement qu&rsquo;aucun v\u00e9ritable po\u00e8te ne consid\u00e9rerait la langue qu&rsquo;il utilise pour r\u00e9v\u00e9ler le myst\u00e8re des choses comme n&rsquo;\u00e9tant rien d&rsquo;autre qu&rsquo;un syst\u00e8me arbitraire de signes conventionnels. Pourtant, Derrida via Saussure nous assure que c&rsquo;est le cas.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le d\u00e9constructionnisme soutient que la n\u00e9cessit\u00e9 du contexte pour que les signifiants puissent r\u00e9ellement signifier \u2013 pour qu&rsquo;ils fonctionnent \u2013 r\u00e9v\u00e8le une ambigu\u00eft\u00e9 fondamentale dans le langage. Nous savons qu&rsquo;un m\u00eame mot peut signifier diff\u00e9rentes choses dans diff\u00e9rents contextes, et combien il est facile pour nous de nous m\u00e9prendre les uns les autres \u00e0 cause de cela. (\u00ab\u00a0Ce n&rsquo;est <i>pas<\/i> ce que je voulais dire.\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Oh, <i>vraiment<\/i> ?\u00a0\u00bb) C&rsquo;est cet aspect du d\u00e9constructionnisme qui s&rsquo;est r\u00e9pandu comme une tra\u00een\u00e9e de poudre dans les d\u00e9partements de critique litt\u00e9raire : l&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;auteur est la derni\u00e8re personne \u00e0 m\u00eame de savoir de quoi traite r\u00e9ellement son travail, et que le travail du critique d\u00e9constructionniste, \u00e9tait de trouver le fil incertain \u2013 l&rsquo;<i>aporie<\/i> \u2013 dans un texte et de le tirer, de sorte que son sens apparent s&rsquo;effiloche. Bient\u00f4t, les professeurs de critique litt\u00e9raire montr\u00e8rent avec quelle cr\u00e9ativit\u00e9 ils pouvaient d\u00e9m\u00ealer un certain nombre de classiques, principalement ceux de la s\u00e9rie <i>Dead White European Males<\/i> (<i>expression qui signifie en anglais\u00a0: un homme dont l&rsquo;importance et les talents peuvent avoir \u00e9t\u00e9 exag\u00e9r\u00e9s parce qu&rsquo;il appartenait \u00e0 un sexe et \u00e0 un groupe ethnique historiquement dominant NDT<\/i>) qui \u00e9taient \u00e9galement attaqu\u00e9s par d&rsquo;autres milieux. Le fait qu&rsquo;aucun de ces critiques ou de leurs compagnons de voyage n&rsquo;ait produit de classiques que leurs coll\u00e8gues auraient pu d\u00e9m\u00ealer a peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 rarement mentionn\u00e9, ce qui est compr\u00e9hensible. Tout comme le fait que les ambigu\u00eft\u00e9s du langage \u00e9taient bien connues de nombreux \u00e9crivains, po\u00e8tes et philosophes avant eux.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">La vision conventionnelle de la langue a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 exprim\u00e9e dans une m\u00e9diation pr\u00e9coce de Nietzsche sur le caract\u00e8re m\u00e9taphorique essentiel des mots. En substance, une m\u00e9taphore repr\u00e9sente autre chose ; c&rsquo;est une fa\u00e7on picturale de d\u00e9crire le monde, elle pr\u00e9sente une image, et est donc plus proche de la po\u00e9sie que de la prose bien que, bien s\u00fbr, notre prose soit travers\u00e9e de m\u00e9taphores, dont la plupart ne sont pas reconnues en tant que telles. Et c&rsquo;est d&rsquo;ailleurs l&rsquo;argument de Nietzsche. Je dis que le visage d&rsquo;une jolie femme a \u00ab\u00a0fleuri\u00a0\u00bb et qu&rsquo;un homme a \u00ab\u00a0br\u00fbl\u00e9\u00a0\u00bb de col\u00e8re. Une personne \u00e0 l&rsquo;esprit tr\u00e8s litt\u00e9ral demanderait \u00e0 voir les p\u00e9tales et les cendres. Nous n&rsquo;y pensons m\u00eame pas car nous ne sommes plus surpris par la correspondance entre l&rsquo;image et la beaut\u00e9 et la col\u00e8re sur lesquelles nous voulons attirer l&rsquo;attention. Ces m\u00e9taphores sont devenues des conventions, tout comme \u00ab\u00a0l&rsquo;eau sous le pont\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0ne laisser aucune pierre non retourn\u00e9e\u00a0\u00bb. Nous ne reconnaissons plus leur caract\u00e8re pictural.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Cela am\u00e8ne Nietzsche \u00e0 conclure que les mots ne sont pas des \u00e9tiquettes que l&rsquo;on colle sur les choses, ce qui, ce faisant, nous permet de les \u00ab\u00a0conna\u00eetre\u00a0\u00bb et de les \u00ab\u00a0expliquer\u00a0\u00bb. Ce sont des <i>m\u00e9taphores<\/i> pour les choses qui en v\u00e9rit\u00e9 \u2013 ce mot encore \u2013 n&rsquo;ont pas d&rsquo;autre rapport avec le monde que celui de la pratique, ce qui est le cas de toutes nos autres fausset\u00e9s [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote30sym\" name=\"sdfootnote30anc\"><sup>30<\/sup><\/a>]. Comme les \u00ab\u00a0faits\u00a0\u00bb de la science, les mots sont des falsifications n\u00e9cessaires et utiles, qui contribuent \u00e0 notre \u00ab\u00a0volont\u00e9 de puissance\u00a0\u00bb sur le monde. Le langage nous permet de manipuler le monde, mais il ne nous dit rien sur la r\u00e9alit\u00e9 du monde. Les lecteurs du roman de Sartre, <i>La naus\u00e9e<\/i>, se souviendront de la g\u00eane qu&rsquo;\u00e9prouve son protagoniste \u00e0 la vue de la racine d&rsquo;un arbre ou d&rsquo;une poign\u00e9e de porte \u00e0 la main [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote31sym\" name=\"sdfootnote31anc\"><sup>31<\/sup><\/a>]. Les mots qu&rsquo;il avait jusqu&rsquo;alors utilis\u00e9s pour comprendre le monde ont gliss\u00e9 des choses, un peu comme si la colle qui les fixait s&rsquo;\u00e9tait \u00e9vapor\u00e9e. Les choses sont maintenant lib\u00e9r\u00e9es de nos cat\u00e9gories, de la grille verbale que nous leur imposons pour, en quelque sorte, les maintenir en place. Leur pure \u00ab\u00a0isness (\u00eatret\u00e9)\u00a0\u00bb demeure, leur brutale actualit\u00e9, d\u00e9pouill\u00e9e de la familiarit\u00e9 r\u00e9confortante que leur conf\u00e8re le langage. \u00ab\u00a0J&rsquo;ai dit avec les autres : l&rsquo;oc\u00e9an <i>est<\/i> vert, cette tache blanche l\u00e0-haut <i>est<\/i> une mouette&#8230; puis soudain l&rsquo;existence s&rsquo;est d\u00e9voil\u00e9e.\u00a0\u00bb Nous pouvons vivre quelque chose de semblable si nous prenons un mot et le r\u00e9p\u00e9tons sans cesse. Bient\u00f4t, ce qui se passe, c&rsquo;est que son sens semble se dissoudre et qu&rsquo;il devient simplement un son dans notre bouche. C&rsquo;est ce que Nietzsche dit de ce que sont \u00ab r\u00e9ellement \u00bb les mots.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le protagoniste de Sartre conna\u00eet la v\u00e9rit\u00e9 : les mots sont \u00ab\u00a0un ensemble de signes<i> presque<\/i> enti\u00e8rement arbitraires, fabriqu\u00e9s par nous afin de sauvegarder la vie et l&rsquo;esp\u00e8ce\u00a0\u00bb [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote32sym\" name=\"sdfootnote32anc\"><sup>32<\/sup><\/a>]. La langue, pour Nietzsche, m\u00eame \u00e0 ce stade pr\u00e9coce, est une \u00ab\u00a0arm\u00e9e mobile de m\u00e9taphores\u00a0\u00bb et les v\u00e9rit\u00e9s sont \u00ab\u00a0des illusions dont on a oubli\u00e9 qu&rsquo;elles sont ce qu&rsquo;elles sont\u00a0\u00bb, un peu comme des pi\u00e8ces de monnaie qui ont \u00e9t\u00e9 us\u00e9es par l&rsquo;usage et qui maintenant \u00ab\u00a0ne comptent que comme du m\u00e9tal, et plus du tout comme des pi\u00e8ces de monnaie\u00a0\u00bb [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote33sym\" name=\"sdfootnote33anc\"><sup>33<\/sup><\/a>] Les mots, comme les faits, sont pour Nietzsche des <i>interpr\u00e9tations<\/i>. Il n&rsquo;y a pas de r\u00e9alit\u00e9 objective conforme \u00e0 laquelle ils se r\u00e9f\u00e8rent et qui nous permette de mesurer leur exactitude. D&rsquo;o\u00f9 le dicton d\u00e9constructionniste selon lequel \u00ab\u00a0il n&rsquo;y a que le texte\u00a0\u00bb, et que tous les textes sont ouverts \u00e0 une interpr\u00e9tation infinie. En d&rsquo;autres termes, tout va.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>Le vide du postmodernisme<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Cette notion d&rsquo;absence de pr\u00e9sence ou d&rsquo;\u00ab\u00a0essence\u00a0\u00bb des choses est au c\u0153ur du postmodernisme, m\u00eame si, par d\u00e9finition, les postmodernistes eux-m\u00eames nieraient que le postmodernisme ait un c\u0153ur, c&rsquo;est-\u00e0-dire une essence. En effet, pendant la br\u00e8ve p\u00e9riode o\u00f9 j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 \u00e9tudiant dipl\u00f4m\u00e9 au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, on ne pouvait pas condamner plus s\u00e9v\u00e8rement un postmoderniste que de le qualifier d&rsquo;\u00ab\u00a0essentialiste\u00a0\u00bb, pour des raisons qui seront expos\u00e9es plus loin. C&rsquo;est ce caract\u00e8re apparemment auto-effa\u00e7able qui rend le postmodernisme \u00ab\u00a0r\u00e9sistant \u00e0 la d\u00e9finition\u00a0\u00bb, de la m\u00eame mani\u00e8re que certains tissus peuvent \u00eatre rendus \u00ab\u00a0hydrofuges\u00a0\u00bb. \u00c9tant donn\u00e9 que plus d&rsquo;un commentateur a soulign\u00e9 que la d\u00e9finition du postmodernisme est \u00ab\u00a0une industrie acad\u00e9mique mineure en soi\u00a0\u00bb, je ne propose pas ici d&rsquo;ajouter \u00e0 cette main-d&rsquo;\u0153uvre [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote34sym\" name=\"sdfootnote34anc\"><sup>34<\/sup><\/a>]. Tout d&rsquo;abord, le modernisme, l&rsquo;h\u00f4te auquel son parasite \u00ab\u00a0post\u00a0\u00bb s&rsquo;est fermement attach\u00e9, est lui-m\u00eame ouvert \u00e0 de nombreuses interpr\u00e9tations et d\u00e9finitions.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Dans son sens le plus simple, on peut comprendre par modernisme le passage g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;une vision religieuse \u00e0 une vision scientifique du monde qui s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9 au d\u00e9but du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, bien qu&rsquo;il ait commenc\u00e9 avec Copernic un si\u00e8cle plus t\u00f4t. La \u00ab\u00a0valeur mon\u00e9taire\u00a0\u00bb, comme dirait William James, de ce changement \u00e9tait que l&rsquo;esprit humain, pendant des mill\u00e9naires, tenu en \u00e9chec et frein\u00e9 par les illusions et les superstitions de la religion, \u00e9tait d\u00e9sormais capable de d\u00e9couvrir la v\u00e9rit\u00e9 sur le monde, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 sans entrave de ce que nous connaissons aujourd&rsquo;hui sous le nom de science. Le postmodernisme, on peut le dire, du moins dans ce contexte \u2013 son caract\u00e8re prot\u00e9iforme a de nombreuses applications \u2013 s&rsquo;est mis en marche lorsqu&rsquo;il est apparu que les billets \u00e0 ordre sur lesquels la modernit\u00e9 avait compt\u00e9 rebondissaient \u00e0 la banque [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote35sym\" name=\"sdfootnote35anc\"><sup>35<\/sup><\/a>]. Bien s\u00fbr, beaucoup le savaient en cours de route : Goethe, Blake et, comme nous l&rsquo;avons vu, Nietzsche en faisaient partie. Mais les ch\u00e8ques sans provision ont commenc\u00e9 \u00e0 s&rsquo;accumuler apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, lorsque l&rsquo;id\u00e9e que le \u00ab\u00a0monde moderne\u00a0\u00bb et les \u00ab\u00a0grands r\u00e9cits\u00a0\u00bb qui l&rsquo;informaient ne semblaient plus offrir le genre de s\u00e9curit\u00e9 et de finalit\u00e9 qu&rsquo;ils avaient promis.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Une autre partie de la \u00ab\u00a0condition postmoderne\u00a0\u00bb \u2013 titre d&rsquo;un livre de Jean-Fran\u00e7ois Lyotard qui annon\u00e7ait la fin des \u00ab\u00a0grands r\u00e9cits\u00a0\u00bb et mettait le postmodernisme sur la carte philosophique \u2013 est l&rsquo;id\u00e9e que la simulation de la r\u00e9alit\u00e9 a pris le relais de l&rsquo;original. Nous sommes devenus une \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 du spectacle\u00a0\u00bb, dans laquelle, comme nous le dit Jean Baudrillard, la repr\u00e9sentation de la r\u00e9alit\u00e9 a usurp\u00e9 ce qu&rsquo;elle repr\u00e9sente. De moins en moins, nous faisons l&rsquo;exp\u00e9rience de la r\u00e9alit\u00e9 sans aucune forme de repr\u00e9sentation \u2013 l&rsquo;omnipr\u00e9sent smartphone en est le meilleur exemple \u2013 avec le r\u00e9sultat bizarre que la forme de divertissement la plus populaire \u00e0 l&rsquo;aube de la troisi\u00e8me d\u00e9cennie du XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle est la \u00ab\u00a0t\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb. Ici, la r\u00e9alit\u00e9, sans fioriture, sans artifice et directement de votre foyer au mien, retient captifs des millions de \u00ab\u00a0t\u00e9l\u00e9spectateurs\u00a0\u00bb qui, en g\u00e9n\u00e9ral, souffrent de l&rsquo;oubli de la \u00ab\u00a0vraie r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb qui a troubl\u00e9 Heidegger. Il existe m\u00eame des \u00e9missions de t\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9 sur les personnes qui regardent la t\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9. Et dans nos efforts pour profiter de cet <i>ersatz<\/i> de r\u00e9alit\u00e9, nous enrichissons nos repr\u00e9sentations avec des am\u00e9liorations telles que la \u00ab\u00a0haute d\u00e9finition\u00a0\u00bb (HD) et la \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9 virtuelle\u00a0\u00bb (RV), alors que la r\u00e9alit\u00e9 r\u00e9elle de tous les jours souffre de n\u00e9gligence. [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote36sym\" name=\"sdfootnote36anc\"><sup>36<\/sup><\/a>]<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>La r\u00e9alit\u00e9 est \u00e0 saisir<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ainsi, alors que les \u00e9tudiants universitaires des d\u00e9partements de sciences humaines ont \u00e9t\u00e9 nourris \u00e0 la cuill\u00e8re pendant des d\u00e9cennies avec un r\u00e9gime d\u00e9constructeur et postmoderne, la \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 soumise au m\u00eame type de d\u00e9mant\u00e8lement sur le plan int\u00e9rieur. Ou peut-\u00eatre que dans ce cas, le terme de <i>substitution<\/i> est appropri\u00e9. Dans les deux cas, cependant, le \u00ab\u00a0point essentiel\u00a0\u00bb est que la r\u00e9alit\u00e9 est mall\u00e9able. Elle est \u00e0 saisir. Nous <i>cr\u00e9ons<\/i> la r\u00e9alit\u00e9, soit \u00e0 un niveau culturel \u00e0 grande \u00e9chelle, \u00e9tant donn\u00e9 que, pour le postmodernisme et ses compagnons de route, la r\u00e9alit\u00e9 est relative \u00e0 une culture donn\u00e9e, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;elle est produite<i> historiquement<\/i> ; soit au niveau micro-culturel des \u00e9missions de t\u00e9l\u00e9vision. Dans les deux cas, la notion d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 stable, fixe, objective, accessible \u00e0 la perception humaine et susceptible d&rsquo;\u00eatre connue, qui est r\u00e9elle et vraie pour toutes les cultures \u00e0 tout moment, est devenue pour beaucoup d&rsquo;entre nous \u00ab\u00a0<i>si XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle\u00a0\u00bb.<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">En effet, pour les postmodernistes et ses divers alli\u00e9s, elle est devenue un objet de m\u00e9pris. L&rsquo;\u00ab\u00a0essentialisme\u00a0\u00bb, la notion selon laquelle, contre la d\u00e9construction et le postmodernisme \u2013 et d&rsquo;ailleurs Sartre et certains existentialistes \u2013 les choses, y compris nous-m\u00eames, ont une essence, une nature, qui n&rsquo;est pas produite historiquement ou culturellement, est consid\u00e9r\u00e9e comme la source d&rsquo;une sorte d&rsquo;\u00ab\u00a0imp\u00e9rialisme m\u00e9taphysique\u00a0\u00bb, une expression de la volont\u00e9 de puissance, de dominer. C&rsquo;est une expression de la \u00ab\u00a0structure du discours\u00a0\u00bb eurocentrique, \u00ab\u00a0phallogocentrique\u00a0\u00bb, domin\u00e9e par les hommes blancs morts (voir plus haut, NDT), qui a opprim\u00e9 tous les discours alternatifs, certainement depuis Platon, du moins c&rsquo;est ce qu&rsquo;on nous dit.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le postmodernisme et le d\u00e9constructionnisme \u00e9taient l\u00e0 pour d\u00e9manteler cet \u00e9difice et mener l&rsquo;Ouest dans une direction g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 gauche. L&rsquo;ironie ici est que le postmodernisme et le d\u00e9constructionnisme \u2013 qui peuvent tous deux \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme inform\u00e9s par une sorte de <i>recidivus<\/i> marxiste \u2013 ont leurs racines dans les \u00ab\u00a0hommes de droite\u00a0\u00bb, et non de gauche [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote37sym\" name=\"sdfootnote37anc\"><sup>37<\/sup><\/a>]. Ni Nietzsche ni Heidegger n&rsquo;\u00e9taient en aucune fa\u00e7on des gauchistes, bien que, comme l&rsquo;a soulign\u00e9 Allan Bloom, c&rsquo;est exactement le changement \u2013 ou la distorsion \u2013 qu&rsquo;ils ont subi lorsque le d\u00e9constructionnisme et le postmodernisme ont pris le contr\u00f4le des campus am\u00e9ricains, avec une certaine aide de l&rsquo;\u00e9cole de Francfort [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote38sym\" name=\"sdfootnote38anc\"><sup>38<\/sup><\/a>]. Derrida \u00e9tait marxiste, comme d&rsquo;autres \u00e0 l&rsquo;issue de \u00ab\u00a0mai 68\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0quasi r\u00e9volution\u00a0\u00bb qui a paralys\u00e9 Paris au plus fort de cette d\u00e9cennie turbulente. Les slogans qui ont inspir\u00e9 cette \u00e9ruption, \u00ab\u00a0L&rsquo;imagination au pouvoir\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Prenez vos d\u00e9sirs pour des r\u00e9alit\u00e9s\u00a0\u00bb, allaient bient\u00f4t se retrouver dans les programmes des cours de litt\u00e9rature et de philosophie une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es plus tard [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote39sym\" name=\"sdfootnote39anc\"><sup>39<\/sup><\/a>]. Mais ce que les hommes de 68, qui sont devenus les \u00ab\u00a0radicaux titulaires\u00a0\u00bb des ann\u00e9es 70 et 80, ne savaient pas, c&rsquo;est que leur d\u00e9construction de ce qu&rsquo;ils consid\u00e9raient comme une r\u00e9alit\u00e9 oppressive ne m\u00e8nerait pas \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0progressiste\u00a0\u00bb qu&rsquo;ils visaient, mais \u00e0 quelque chose de tout \u00e0 fait oppos\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Car si la r\u00e9alit\u00e9 est \u00e0 saisir, on ne sait pas qui va la saisir.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>La f\u00eate est finie<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le premier effet de ce d\u00e9mant\u00e8lement de la v\u00e9rit\u00e9 et de la r\u00e9alit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 un sentiment de lib\u00e9ration. C&rsquo;\u00e9tait la f\u00eate dans les d\u00e9partements de philosophie et de critique litt\u00e9raire, et les \u00e9tudiants l&rsquo;ont rapidement fait descendre dans la rue. Les scientifiques ont peut-\u00eatre secou\u00e9 la t\u00eate \u2013 s&rsquo;ils en \u00e9taient conscients \u2013 mais ils avaient eux-m\u00eames v\u00e9cu quelque chose de similaire concernant, pour \u00eatre honn\u00eate, un niveau de choses plus fondamental, avec la \u00ab\u00a0r\u00e9volution quantique\u00a0\u00bb du d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Malgr\u00e9 cela, dans les ann\u00e9es 70 et 80, la science avait embrass\u00e9 son propre chaos, sous la forme de la \u00ab\u00a0th\u00e9orie du chaos\u00a0\u00bb puis de la \u00ab\u00a0complexit\u00e9\u00a0\u00bb, tandis que la forme \u00ab\u00a0anarchique\u00a0\u00bb de la science de Paul Feyerabend rivalisait avec certaines productions moins compr\u00e9hensibles de Derrida par pure excentricit\u00e9. Mais les manigances des particules \u00e9l\u00e9mentaires ne semblaient pas empi\u00e9ter sur le monde social et politique comme le faisaient les id\u00e9es radicales \u00e9mergeant des d\u00e9partements de sciences humaines.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Pourtant, une fois que les premi\u00e8res c\u00e9l\u00e9brations se sont tues et que la poussi\u00e8re d\u00e9constructive s&rsquo;est install\u00e9e, les esprits \u00e9veill\u00e9s ont remarqu\u00e9 quelque chose. Le d\u00e9mant\u00e8lement avait d\u00e9gag\u00e9 un grand espace et les briques de ce qui l&rsquo;avait occup\u00e9 jadis \u00e9taient \u00e9parpill\u00e9es, certaines en piles bien ordonn\u00e9es, d&rsquo;autres en tas al\u00e9atoires. Ce travail \u00e9tait termin\u00e9. Mais rien ne semblait se mettre en place \u00e0 sa place. Certains ont affirm\u00e9 que c&rsquo;\u00e9tait comme cela devait \u00eatre ; les \u00ab\u00a0grands r\u00e9cits\u00a0\u00bb avaient disparu, et il \u00e9tait temps que les histoires plus locales soient entendues. Mais beaucoup d&rsquo;entre eux se sont mis \u00e0 parler les uns sur les autres, \u00e0 s&rsquo;interrompre, \u00e0 se disputer ou, le plus souvent, \u00e0 se crier dessus. Le processus de lib\u00e9ration semble s&rsquo;\u00eatre transform\u00e9 en un processus de d\u00e9sint\u00e9gration, les r\u00e9cits jusqu&rsquo;alors opprim\u00e9s se faisant concurrence pour attirer l&rsquo;attention et dominer. La d\u00e9construction, pourrait-on dire, \u00e9tait la d\u00e9construction des d\u00e9constructeurs.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Cela n&rsquo;aurait pas d\u00fb \u00eatre surprenant. Ni le d\u00e9constructionnisme ni le postmodernisme, quelle que soit leur forme, ne poss\u00e8dent quoi que ce soit de positif \u2013 au sens g\u00e9n\u00e9ral du terme, pas celui de \u00ab\u00a0positivisme\u00a0\u00bb. Ils sont par essence \u2013 in\u00e9vitables, j&rsquo;en ai peur \u2013 sans contenu. Le postmodernisme signifie simplement ce qui vient apr\u00e8s le modernisme. Et on ne peut rien d\u00e9construire \u00e0 partir de rien. Pour d\u00e9monter quelque chose, il faut d&rsquo;abord le construire.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Au moment o\u00f9 le parti postmoderne se transformait en un lendemain quelque peu d\u00e9courageant, une ambiance de m\u00e9fiance g\u00e9n\u00e9rale s&rsquo;\u00e9tait empar\u00e9e de l&rsquo;esprit populaire. Une \u00ab\u00a0herm\u00e9neutique de la suspicion\u00a0\u00bb, comme l&rsquo;avait appel\u00e9e le philosophe Paul Ric\u0153ur, s&rsquo;\u00e9tait install\u00e9e, un cynisme qui, dans son d\u00e9sir de ne pas se laisser prendre, soumettait tout \u00e0 un doute. Mais l&rsquo;esprit populaire avait aussi consenti \u00e0 une sorte de fatalisme m\u00e9content, convaincu que l&rsquo;individu est \u00e0 la merci de forces qui lui \u00e9chappent, dans le monde et en lui-m\u00eame, ce que le postmodernisme et le d\u00e9constructionnisme ont r\u00e9p\u00e9t\u00e9 \u00e0 maintes reprises. L&rsquo;individu en tant que tel n&rsquo;existait plus ; il n&rsquo;est plus qu&rsquo;un espace vide dans lequel op\u00e8rent des \u00ab\u00a0forces sociales\u00a0\u00bb vagues mais omnipotentes. Ironiquement, ce soup\u00e7on de sources autrefois fiables \u00e9tait alli\u00e9 \u00e0 un esprit si ouvert \u00e0 une vari\u00e9t\u00e9 de \u00ab\u00a0th\u00e9ories du complot\u00a0\u00bb qu&rsquo;il \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 avaler pratiquement n&rsquo;importe quel r\u00e9cit \u00ab\u00a0alternatif\u00a0\u00bb, tant qu&rsquo;il contredisait celui qui \u00e9tait \u00ab\u00a0officiel\u00a0\u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>M\u00e9taphysique du ruissellement<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il semblait qu&rsquo;au cours de la deuxi\u00e8me d\u00e9cennie du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, le plus \u00e9trange des invit\u00e9s que Nietzsche ait vu \u00e9tait en route, et \u00e9tait effectivement arriv\u00e9, peut-\u00eatre un peu en avance sur le calendrier ; mais apr\u00e8s tout, nous vivons dans des temps acc\u00e9l\u00e9r\u00e9s. Le nihilisme des hauteurs m\u00e9taphysiques rar\u00e9fi\u00e9es du sommet de la montagne de Nietzsche semblait s&rsquo;\u00eatre r\u00e9pandu dans les basses terres de la vie quotidienne, dans un processus que j&rsquo;appelle \u00ab\u00a0ruissellement m\u00e9taphysique\u00a0\u00bb [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote40sym\" name=\"sdfootnote40anc\"><sup>40<\/sup><\/a>]. Il est pass\u00e9 de Nietzsche, qui, \u00e9crivant pour apr\u00e8s-demain, avertissait qu&rsquo;il \u00e9tait en route, \u00e0 Heidegger qui l&rsquo;a pris comme point de d\u00e9part de sa \u00ab\u00a0d\u00e9construction de l&rsquo;histoire de l&rsquo;ontologie\u00a0\u00bb. Ce projet a \u00e9t\u00e9 heureusement absorb\u00e9 et poursuivi avec enthousiasme par les d\u00e9constructionnistes et les postmodernistes, qui l&rsquo;ont pr\u00each\u00e9 \u00e0 des \u00e9tudiants qui l&rsquo;ont aval\u00e9 comme du lait maternel et qui ont \u00e9largi la cible pour inclure pratiquement toute la culture occidentale. Ainsi commen\u00e7a ce que Jacques Barzun appela \u00ab\u00a0la grande chute\u00a0\u00bb, la d\u00e9valorisation de la tradition intellectuelle et culturelle occidentale parce que \u00ab\u00a0la civilisation occidentale doit s&rsquo;en aller\u00a0\u00bb [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote41sym\" name=\"sdfootnote41anc\"><sup>41<\/sup><\/a>], tandis qu&rsquo;au m\u00eame moment, par un \u00e9trange processus d&rsquo;osmose facilit\u00e9 par cette myst\u00e9rieuse entit\u00e9 qu&rsquo;est le <i>Zeitgeist<\/i>, pratiquement les m\u00eames id\u00e9es devenaient de rigueur dans la culture et la conscience populaires, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que la r\u00e9alit\u00e9 soit tellement att\u00e9nu\u00e9e qu&rsquo;il faut maintenant la chercher \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. La repr\u00e9sentation a pris le dessus sur le repr\u00e9sent\u00e9. La simulation a remplac\u00e9 l&rsquo;original.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>Trump entre en jeu \u2013 Finalement<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Et qu&rsquo;est-ce que Trump a \u00e0 voir avec tout cela, demandez-vous ? Patient lecteur, je vais vous le dire. Il est le simulacre qui a remplac\u00e9 la r\u00e9alit\u00e9, l&rsquo;un des nouveaux hommes nouveaux qui font un r\u00e9el usage politique de l&rsquo;id\u00e9e que la r\u00e9alit\u00e9 est \u00e0 prendre [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote42sym\" name=\"sdfootnote42anc\"><sup>42<\/sup><\/a>]. Il est entr\u00e9 dans l&rsquo;espace vid\u00e9 par les d\u00e9constructionnistes et les postmodernistes et a fait la transition de la t\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 la Vraie Chose. Il a franchi le point de contr\u00f4le ontologique entre le faux et le vrai tout en occupant les deux c\u00f4t\u00e9s simultan\u00e9ment. Je suis s\u00fbr qu&rsquo;il n&rsquo;a jamais entendu parler de postmodernisme, de d\u00e9constructionnisme, de nihilisme, de Nietzsche, de Heidegger ou de toute autre personne que j&rsquo;ai mentionn\u00e9e. Mais il adh\u00e8re \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que ce que nous appelons la v\u00e9rit\u00e9 est une interpr\u00e9tation, un mensonge destin\u00e9 \u00e0 nous aider \u00e0 manipuler le monde \u00e0 notre meilleur avantage, et il a op\u00e9r\u00e9 avec \u00e7a.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il \u00e9tait bien pr\u00e9par\u00e9 pour ce travail. Il y a d&rsquo;abord son apprentissage comme star de la t\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9 dans le cadre, fort \u00e0 propos, d&rsquo;une \u00e9mission appel\u00e9e <i>The Apprentice<\/i> (<i>L\u2019apprenti<\/i>), dans laquelle il a embauch\u00e9 et licenci\u00e9 et a port\u00e9 l&rsquo;impressionnant pardessus, comme il le fait aujourd&rsquo;hui. Mais m\u00eame avant cela, il avait absorb\u00e9 une philosophie de vie qui avait pour base la croyance que la <i>r\u00e9alit\u00e9 est ce que nous en faisons<\/i>. Comme je le souligne dans mon livre <i>Dark Star Rising : Magic and Power in the Age of Trump<\/i>, l&rsquo;apprentissage de Trump s&rsquo;est fait sous la tutelle du plus grand penseur positif d&rsquo;Am\u00e9rique, le r\u00e9v\u00e9rend Norman Vincent Peale, dont Trump a suivi les sermons depuis son enfance et dont le livre, <i>The Power of Positive Thinking<\/i> (<i>Le pouvoir de la pens\u00e9e positive<\/i>), lui a enseign\u00e9 le secret de la r\u00e9ussite. Cela peut se r\u00e9sumer \u00e0 un dicton que l&rsquo;on soup\u00e7onne que Trump r\u00e9p\u00e8te comme un mantra : \u00ab\u00a0Les faits n&rsquo;ont pas d&rsquo;importance. Les attitudes sont plus importantes que les faits\u00a0\u00bb[<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote43sym\" name=\"sdfootnote43anc\"><sup>43<\/sup><\/a>] Et l&rsquo;axiome fondamental de la \u00ab\u00a0pens\u00e9e positive\u00a0\u00bb de Peale est celui qu&rsquo;il partage avec un certain nombre de philosophies de la Nouvelle Pens\u00e9e qui garantissent \u00e0 leurs adeptes la ma\u00eetrise de la vie : nous cr\u00e9ons la r\u00e9alit\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il est douteux que Nietzsche aurait appr\u00e9ci\u00e9 ce lien \u2013 il a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 d\u00e9tourn\u00e9 \u00e0 de nombreuses reprises \u2013 mais ce que nous avons ici, je pense, est une expression vulgaire de son insight du caract\u00e8re \u00ab\u00a0faux\u00a0\u00bb ou tout au moins interpr\u00e9tatif des faits. Comme je l&rsquo;ai soulign\u00e9, c\u2019\u00e9tait la base pour les philosophes qui ont suivi l&rsquo;exemple de Nietzsche, mais leur influence se limitait principalement au monde universitaire ou culturel, et n&rsquo;avait que peu d&rsquo;effet sur l&rsquo;homme ou la femme de la rue. Mais avec l&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;\u00ab\u00a0post-truth (apr\u00e8s-v\u00e9rit\u00e9)\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0faits alternatifs\u00a0\u00bb, l&rsquo;id\u00e9e que les faits sont en r\u00e9alit\u00e9 des interpr\u00e9tations de la r\u00e9alit\u00e9 qui nous permettent de la manipuler au mieux, a pris le devant de la sc\u00e8ne.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Permettez-moi de r\u00e9p\u00e9ter que Trump n&rsquo;a probablement jamais entendu parler de Nietzsche et de la m\u00e9taphysique qui l&rsquo;a troubl\u00e9 au sommet de sa montagne, ni des ravins et des crevasses philosophiques par lesquels celle-ci est descendu jusqu\u2019\u00e0 atteindre nos t\u00e9l\u00e9viseurs et nos diffusions sur Twitter aujourd&rsquo;hui. Mais il semble qu&rsquo;il ait involontairement mais habilement profit\u00e9 du vide \u00e9pist\u00e9mologique qui s&rsquo;est install\u00e9 dans le sillage du postmodernisme et du d\u00e9constructionnisme. Et jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, rien n&rsquo;a emp\u00each\u00e9 son utilisation cr\u00e9ative de la v\u00e9rit\u00e9 et de la r\u00e9alit\u00e9, parce que la v\u00e9rit\u00e9 et la r\u00e9alit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 priv\u00e9es de tout pouvoir d\u2019action, en \u00e9tant elles-m\u00eames devenues inutiles.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je dois \u00e9galement mentionner que dans <i>Dark Star Rising<\/i>, je montre aussi comment il y a des raisons de croire que les partisans de Trump, qui ont un go\u00fbt pour une forme plus punk de \u00ab\u00a0pens\u00e9e positive\u00a0\u00bb, ce qu&rsquo;on appelle la \u00ab\u00a0magie du chaos\u00a0\u00bb, ont utilis\u00e9 l&rsquo;internet lui-m\u00eame pour l&rsquo;aider \u00e0 entrer en fonction, permettant \u00e0 la repr\u00e9sentation de la r\u00e9alit\u00e9 de devenir le v\u00e9ritable article. Je ne peux pas raconter cette histoire ici \u2013 les lecteurs peuvent la trouver dans le livre \u2013 mais comme la \u00ab\u00a0pens\u00e9e positive\u00a0\u00bb et le postmodernisme, la croyance fondamentale au c\u0153ur de la magie du chaos est que la r\u00e9alit\u00e9 est mall\u00e9able [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote44sym\" name=\"sdfootnote44anc\"><sup>44<\/sup><\/a>]. Elle est \u00e0 saisir. Je sugg\u00e8re \u00e9galement dans le livre que, bien qu&rsquo;il n&rsquo;ait tr\u00e8s probablement jamais entendu parler de la magie du chaos, Trump semble avoir une affinit\u00e9 naturelle pour celle-ci. Au moins, il aime cr\u00e9er le chaos.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>Et maintenant ?<\/b><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Et maintenant, que ferons-nous ? D&rsquo;abord, nous pouvons revenir \u00e0 Nietzsche et examiner la strat\u00e9gie qu&rsquo;il a propos\u00e9e pour aider ses lecteurs \u00e0 d\u00e9passer le d\u00e9sert du nihilisme. [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote45sym\" name=\"sdfootnote45anc\"><sup>45<\/sup><\/a>] Il l&rsquo;a vu venir. Nous y sommes. Souvenez-vous qu&rsquo;il a \u00e9crit pour <i>apr\u00e8s<\/i>-demain, ce qui, je le sugg\u00e8re s\u2019adresse \u00e0 nous. Il savait que ce ne serait pas une partie de plaisir et qu&rsquo;il faudrait peut-\u00eatre des si\u00e8cles pour que les retomb\u00e9es de la mort de Dieu \u2013 ou de toute autre source ext\u00e9rieure de sens et de but \u2013 se stabilisent et permettent \u00e0 toute sorte de r\u00e9ponse cr\u00e9ative de se manifester. Nous n&rsquo;avons pas besoin d&rsquo;accepter son emploi de temps et il n&rsquo;y a pas de temps comme le pr\u00e9sent. Et si la mort de Dieu ne nous trouble peut-\u00eatre pas de la m\u00eame mani\u00e8re qu&rsquo;elle a troubl\u00e9 une g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9c\u00e9dente \u2013 nous nous contentons d&rsquo;annoncer sa probable inexistence sur les panneaux publicitaires des bus \u2013 le vide spirituel qu&rsquo;il a cr\u00e9\u00e9 demeure. [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote46sym\" name=\"sdfootnote46anc\"><sup>46<\/sup><\/a>]<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Pourtant, nous pouvons nous aussi \u00eatre des \u00ab\u00a0hommes pr\u00e9coces\u00a0\u00bb et reconna\u00eetre que le fait qu&rsquo;une forme populaire de nihilisme informe notre culture signifie que ceux d&rsquo;entre nous qui en sont conscients sont d\u00e9j\u00e0, dans une certaine mesure, au-del\u00e0, en ce sens qu&rsquo;une personne qui se sait malade a de meilleures chances de se r\u00e9tablir que celle qui ne le sait pas. Et en fait, il existe, provenant de diverses sources, tout un ensemble de travaux visant pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 le faire. J\u2019en ai parl\u00e9 dans quelques uns dans mes livres. [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote47sym\" name=\"sdfootnote47anc\"><sup>47<\/sup><\/a>] La situation n&rsquo;est donc peut-\u00eatre pas aussi mauvaise qu&rsquo;elle en a l&rsquo;air. Nietzsche n&rsquo;est pas le seul \u00e0 avoir cherch\u00e9 une \u00ab\u00a0r\u00e9\u00e9valuation des valeurs\u00a0\u00bb. D&rsquo;autres l&rsquo;ont \u00e9galement fait. Quand le fou de Nietzsche a annonc\u00e9 la mort de Dieu, il a vite compris qu&rsquo;il \u00e9tait venu trop t\u00f4t. Bien qu\u2019il l\u2019ait fait, peu de gens \u00e9taient pr\u00eats \u00e0 en appr\u00e9cier la v\u00e9ritable signification. Nous n&rsquo;avons pas besoin d&rsquo;un fou dans un march\u00e9 annon\u00e7ant la mort du nihilisme. Mais il se peut que sa disparition soit en cours et que, dans certains milieux, elle ait d\u00e9j\u00e0 eu lieu. Ce n&rsquo;est peut-\u00eatre qu&rsquo;une question de temps avant que la nouvelle ne se r\u00e9pande.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"right\">Londres, ao\u00fbt 2020<\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p>_________________________________________________________________________________________________________________________________<\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a> Friedrich Nietzsche <i>The Will to Power<\/i> (<i>La Volont\u00e9 de puissance<\/i>) traduit par Walter Kaufman et R. J. Hollingdale (New York : Random House, 1967) p. 3.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a> Ibid.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote3\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a><span style=\"color: #000080;\"> On trouve un excellent compte rendu d&rsquo;Elisabeth F\u00f6rster-Nietzsche et de son influence sur la carri\u00e8re posthume de Nietzsche dans le livre de H.F. Peters <i>Zarathustra\u2019s Sister<\/i> (New York : Marcus Wiener Publishing, 1985).<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote4\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a> Friedrich Nietzsche <i>Ecce Homo<\/i> (Harmondsworth, UK : Penguin Books, 1979) p. 33.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote5\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a> Friedrich Nietzsche <i>Twilight of the Idols<\/i> et <i>The Anti-Christ<\/i> traduits par R.J. Hollingdale (Harmondsworth, UK : Penguin Books, 1977) p. 114.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote6\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\">6<\/a> Nietzsche 1967 p.3.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote7\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote7anc\" name=\"sdfootnote7sym\">7<\/a> Nietzsche 1977 p. 114.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote8\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote8anc\" name=\"sdfootnote8sym\">8<\/a> <i>\u00dcbermensch<\/i> en allemand, souvent mal traduit par \u00ab\u00a0surhomme\u00a0\u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote9\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote9anc\" name=\"sdfootnote9sym\">9<\/a> Friedrich Nietzsche <i>Ainsi parl\u00e9 Zarathoustra<\/i> traduit par R.J. Hollingdale (Londres : Penguin Books, 1969) p. 47.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote10\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote10anc\" name=\"sdfootnote10sym\">10<\/a> Friedrich Nietzsche <i>The Gay Science<\/i> traduit par Walter Kaufmann (New York : Vintage Books, 1974) p. 182.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote11\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote11anc\" name=\"sdfootnote11sym\">11<\/a> Ibid.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote12\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote12anc\" name=\"sdfootnote12sym\">12<\/a> Jacques Barzun <i>From Dawn to Decadence<\/i> (New York : Harper Collins, 2000) p. 630.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote13\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote13anc\" name=\"sdfootnote13sym\">13<\/a> Gary Lachman <i>The Return of Holy Russia<\/i> (Rochester, VT : Inner Traditions, 2020) p. 242.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote14\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote14anc\" name=\"sdfootnote14sym\">14<\/a> Nietzsche 1967 pp. 3-4.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote15\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote15anc\" name=\"sdfootnote15sym\">15<\/a> Ibid. p. 272.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote16\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote16anc\" name=\"sdfootnote16sym\">16<\/a> Henri Bergson <i>Mind-Energy<\/i> (<i>L&rsquo;\u00e9nergie spirituelle<\/i>) (Londres : The Macmillan Company, 1920) pp. 47.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote17\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote17anc\" name=\"sdfootnote17sym\">17<\/a> Ibid.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote18\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote18anc\" name=\"sdfootnote18sym\">18<\/a> George Steiner <i>Lessons of the Masters<\/i> (Cambridge, MA : Harvard University Press, 2003) p. 83.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote19\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote19anc\" name=\"sdfootnote19sym\">19<\/a> Michael Tanner <i>Nietzsche<\/i> (Oxford : Oxford University Press, 1994) p. 5<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote20\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote20anc\" name=\"sdfootnote20sym\">20<\/a> On peut se demander si le fait que la s\u0153ur de Nietzsche \u00e9tait une partisane enthousiaste du national-socialisme et que sa version de <i>La volont\u00e9 de puissance<\/i> \u00e9tait celle promue par les journalistes nazis a un rapport quelconque avec le fait que Heidegger \u00e9tait \u00e9galement un enthousiaste nazi de la premi\u00e8re heure, bien qu&rsquo;il ait perdu assez rapidement le go\u00fbt du national-socialisme, devenant un <i>persona non grata<\/i> philosophique pour les Hitl\u00e9riens d\u00e8s 1934.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote21\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote21anc\" name=\"sdfootnote21sym\">21<\/a> Martin Heidegger <i>The Question Concerning Technology<\/i> traduit par William Lovitt (New York : Harper Perennial, 1977) pp.53-112.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote22\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote22anc\" name=\"sdfootnote22sym\">22<\/a> Je dois souligner que Nietzsche a pris l&rsquo;\u00catre comme une autre des falsifications que nous avons impos\u00e9es \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, qui pour lui est dans un \u00e9tat de devenir constant, un flux H\u00e9raclit\u00e9en plut\u00f4t qu&rsquo;un \u00e9quilibre Parm\u00e9nidien. C&rsquo;est, on peut le dire, l&rsquo;erreur fondamentale qui rend la vie vivable, \u00ab\u00a0la volont\u00e9 supr\u00eame de puissance\u00a0\u00bb. Nietzsche 1967 p. 330<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote23\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote23anc\" name=\"sdfootnote23sym\">23<\/a> Je dois ajouter qu&rsquo;il y a de bonnes raisons de croire que les deux ont cr\u00e9\u00e9 des difficult\u00e9s pour leurs lecteurs comme une sorte de \u00ab\u00a0strat\u00e9gie d&rsquo;enseignement\u00a0\u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote24\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote24anc\" name=\"sdfootnote24sym\">24<\/a> Voir le long essai de Colin Wilson \u00ab\u00a0Anti-Sartre\u00a0\u00bb dans <i>Below the Iceberg<\/i> (San Bernardino, CA : Borgo Press, 1998).<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote25\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote25anc\" name=\"sdfootnote25sym\">25<\/a> Voir, par exemple, Martin Heidegger <i>Early Greek Thinking : The Dawn of Western Philosophy<\/i> traduit par David Farrell Krell et Frank A. Capuzzi (New York : Harper &amp; Row, 1984).<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote26\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote26anc\" name=\"sdfootnote26sym\">26<\/a> Martin Heidegger <i>Being and Time<\/i> traduit par John Macquarrie et Edward Robinson (New York : Harper &amp; Row, 1962) p. 44.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote27\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote27anc\" name=\"sdfootnote27sym\">27<\/a> Martin Heidegger <i>Basic Writings<\/i> traduit par David Farrell Krell (New York : Harper &amp; Row, 1977) p. 370.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote28\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote28anc\" name=\"sdfootnote28sym\">28<\/a> Gottfried Benn <i>Prose Essays Poems various translators<\/i> (New York : Continuum, 1987) pp. 17-25. Heidegger \u00e9tait un lecteur de la po\u00e9sie de Benn ; comme Heidegger, Benn fut un des premiers enthousiastes du national-socialisme, mais encore une fois comme Heidegger, il avait chang\u00e9 d&rsquo;avis en 1934.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote29\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote29anc\" name=\"sdfootnote29sym\">29<\/a> Gary Lachman <i>The Secret Teachers of the Western World<\/i> (New York : Tarcher Penguin, 2015) p. 223. L&rsquo;accent mis par Meister Eckhart sur ce qu&rsquo;il a appel\u00e9 <i>Istigkeit<\/i>, \u00ab\u00a0is-ness (\u00e9tret\u00e9)\u00a0\u00bb, est \u00e9galement tr\u00e8s proche du \u00ab\u00a0souvenir de l&rsquo;\u00eatre\u00a0\u00bb de Heidegger. Curieusement, Aldous Huxley, dans <i>The Doors of Perception (Les portes de la perception), son r\u00e9cit de son exp\u00e9rience sous l&rsquo;influence de la mescaline, parle d&rsquo;<\/i><i>Istigkeit lorsqu&rsquo;il essaie de communiquer l&rsquo;impact de la pure \u00ab\u00a0isness (\u00e9tret\u00e9)\u00a0\u00bb de tout ce qu&rsquo;il a vu. Cette m\u00eame \u00ab\u00a0isness (\u00e9tret\u00e9)\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 ressentie par Sartre, au cours de sa propre exp\u00e9rience avec la mescaline, comme mena\u00e7ante. Huxley l&rsquo;a trouv\u00e9 b\u00e9atifique. Nous pouvons dire que dans ce cas, Huxley \u00e9tait plus Heideggerien que Sartre.<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote30\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote30anc\" name=\"sdfootnote30sym\">30<\/a> J.P. Stern <i>Nietzsche<\/i> (Londres : Fontana, 1978) p. 136.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote31\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote31anc\" name=\"sdfootnote31sym\">31<\/a> Jean-Paul Sartre <i>Nausea<\/i> traduit par Robert Baldick (Harmondsworth, UK : Penguin Books, 1975) p. 13. Il faut souligner que la \u00ab\u00a0crise de la langue\u00a0\u00bb exprim\u00e9e ici avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 v\u00e9cue par le po\u00e8te autrichien Hugo Von Hofmannsthal et d&rsquo;autres \u00e0 Vienne en <i>fin de si\u00e8cle<\/i>. Voir la \u00ab\u00a0Lettre de Lord Chandos\u00a0\u00bb de Hofmannsthal dans <i>The Lord Chandos Letter and Other Writings traduit par Joel Rotenberg (New York : New York Review Books, 2005).<\/i><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote32\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote32anc\" name=\"sdfootnote32sym\">32<\/a> Stern. p. 133.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote33\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote33anc\" name=\"sdfootnote33sym\">33<\/a> Friedrich Nietzsche \u00ab\u00a0On Truth and Falsehood in an Extra-moral Sense\u00a0\u00bb traduit par Walter Kaufmann dans <i>The Portable Nietzsche<\/i> (New York : Penguin Books, 1977) p. 46-47.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote34\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote34anc\" name=\"sdfootnote34sym\">34<\/a> Robert C. Solomon et Kathleen M. Higgins <i>What Nietzsche Really Said<\/i> (New York : Schocken Books, 2000) p. 42.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote35\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote35anc\" name=\"sdfootnote35sym\">35<\/a> De l\u2019avis g\u00e9n\u00e9ral, le postmodernisme a commenc\u00e9 comme une \u00e9cole d&rsquo;architecture. Voir Robert Venturi, Denise Scot Brown, Steven Izenour <i>Learning From Las Vegas<\/i> (Cambridge, MA : MIT Press, 1972). L&rsquo;id\u00e9e \u00e9tait d&rsquo;oublier les lignes \u00e9pur\u00e9es et les surfaces plates et non ornement\u00e9es du style moderniste du Bauhaus \u2013 qui \u00e9tait lui-m\u00eame une r\u00e9action contre la sur-ornementation des b\u00e2timents monumentaux ant\u00e9rieurs \u2013 et de s&rsquo;inspirer du m\u00e9lange kitsch et tape-\u00e0-l&rsquo;\u0153il des styles que l&rsquo;on trouve \u00e0 Las Vegas et dans d&rsquo;autres \u00ab\u00a0attractions en bord de route\u00a0\u00bb telles que les restaurants des ann\u00e9es 1950. Le modernisme de haut vol \u00e9tait de sortie, et un go\u00fbt \u00ab\u00a0populaire\u00a0\u00bb plus accessible \u00e9tait \u00e0 la mode.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote36\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote36anc\" name=\"sdfootnote36sym\">36<\/a> Il convient \u00e9galement de noter que la \u00ab\u00a0repr\u00e9sentation\u00a0\u00bb, au sens o\u00f9 des groupes particuliers sont \u00e9galement \u00ab\u00a0repr\u00e9sent\u00e9s\u00a0\u00bb dans les m\u00e9dias, est \u00e9galement une motivation centrale. La raison d&rsquo;\u00eatre de nombreux programmes est pr\u00e9cis\u00e9ment cela, l&rsquo;intrigue, la narration et d&rsquo;autres \u00e9l\u00e9ments essentiels semblant \u00eatre pr\u00e9sents comme v\u00e9hicule pour cela. Nous ne devons pas non plus ignorer le narcissisme qui est flatt\u00e9 par la t\u00e9l\u00e9 r\u00e9alit\u00e9 qui fait de \u00ab\u00a0vous\u00a0\u00bb la star de l&rsquo;\u00e9mission. Les c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s ne sont pas diff\u00e9rentes de \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb devrions recevoir notre juste part de l&rsquo;attention et des \u00e9loges qu&rsquo;elles re\u00e7oivent.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote37\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote37anc\" name=\"sdfootnote37sym\">37<\/a> En ce sens que pour Marx, les \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9s\u00a0\u00bb et les \u00ab\u00a0valeurs\u00a0\u00bb n&rsquo;\u00e9taient pas absolues ou objectives, mais un produit de la guerre des classes et utilis\u00e9 par la bourgeoise pour maintenir les ouvriers en place.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote38\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote38anc\" name=\"sdfootnote38sym\">38<\/a> Allan Bloom <i>The Closing of the American Mind<\/i> (New York : Simon and Schuster, 1987). On peut d\u00e9battre de la nature postmoderne de Nietzsche. Voir Solomon et Higgins, pp. 41-43 ; \u00e9galement Wilson 1998 p. 116. Dans les deux cas, on fait valoir que le d\u00e9constructionnisme et le postmodernisme n&rsquo;ont pas le c\u00f4t\u00e9<i> cr\u00e9atif<\/i> de la philosophie de Nietzsche. Il voulait \u00ab\u00a0r\u00e9evaluer toutes les valeurs\u00a0\u00bb. Le d\u00e9constructionnisme et le postmodernisme nient la r\u00e9alit\u00e9 des valeurs.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote39\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote39anc\" name=\"sdfootnote39sym\">39<\/a> Gary Lachman <i>Turn Off Your Mind : The Mystic Sixties and the Dark Side of the Age of Aquarius<\/i> (New York : Disinformation Co.) p. 46 sur la fa\u00e7on dont cela est li\u00e9 \u00e0 la \u00ab\u00a0renaissance occulte\u00a0\u00bb g\u00e9n\u00e9rale de cette d\u00e9cennie.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote40\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote40anc\" name=\"sdfootnote40sym\">40<\/a> Gary Lachman <i>Dark Star Rising : Magick and Power in the Age of Trump<\/i> (New York : Tarcher Perigee, 2018) pp. XV-XVI.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote41\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote41anc\" name=\"sdfootnote41sym\">41<\/a> Barzun 2000.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote42\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote42anc\" name=\"sdfootnote42sym\">42<\/a> Un autre est Vladimir Poutine. Voir Gary Lachman <i>Dark Star Rising : Magick and Power in the Age of Trump<\/i> (New York : Tarcher Perigee, 2018) pp. 138-148.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote43\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote43anc\" name=\"sdfootnote43sym\">43<\/a> Norman Vincent Peale <i>The Power of Positive Thinking<\/i> (Londres : Vermillion, 1990) p. 14. La citation est en fait du psychiatre Karl Menninger.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote44\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote44anc\" name=\"sdfootnote44sym\">44<\/a> Lachman 2018 pp. 47-49.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote45\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote45anc\" name=\"sdfootnote45sym\">45<\/a> Et nous devons nous rappeler que nous ne sommes pas oblig\u00e9s d&rsquo;accepter sa vision des choses. Personnellement, je ne crois pas que l&rsquo;univers et ses habitants, nous en particulier, soient d\u00e9nu\u00e9s de sens. Mais je comprends pourquoi Nietzsche le croit.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote46\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote46anc\" name=\"sdfootnote46sym\">46<\/a><span style=\"color: #000080;\"><a class=\"western\" href=\"https:\/\/humanism.org.uk\/campaigns\/successful-campaigns\/atheist-bus-campaign\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\"> https:\/\/humanism.org.uk\/campaigns\/successful-campaigns\/atheist-bus-campaign\/<\/a><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote47\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote47anc\" name=\"sdfootnote47sym\">47<\/a> Gary Lachman Lost <i>Knowledge of the Imagination (Edimbourg, Royaume-Uni : Floris Books, 2017) et <\/i><i>Beyond the Robot : The Life and Work of Colin Wilson<\/i> (New York : Tarcher Perigee, 2016).<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Traduction libre Vers la fin de 1887 ou au d\u00e9but de 1888, le philosophe Friedrich Nietzsche \u2013 alors sans lecteur, malade et pratiquement inconnu \u2013 a eu une intuition qui, selon lui, allait d\u00e9terminer l&rsquo;histoire de l&rsquo;Europe et, par d\u00e9faut, celle du monde, pendant les deux cents ann\u00e9es \u00e0 venir. \u00ab\u00a0Ce que je raconte\u00a0\u00bb, \u00e9crivait-il [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":18221,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1488],"tags":[1499,1496,1495,1497,859,1410,402,1498,290,149],"class_list":["post-18266","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-lachman-gary","tag-deconstructionnisme","tag-derrida","tag-heidegger","tag-modernisme","tag-nietzsche","tag-nihilisme","tag-philosophie","tag-postmodernisme","tag-sartre","tag-sens"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.0 - 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