{"id":18722,"date":"2021-10-05T20:11:50","date_gmt":"2021-10-05T19:11:50","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=18722"},"modified":"2021-10-05T20:13:53","modified_gmt":"2021-10-05T19:13:53","slug":"goethe-sur-la-science-par-jeremy-naydler","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/goethe-sur-la-science-par-jeremy-naydler\/","title":{"rendered":"Goethe sur la science par Jeremy Naydler"},"content":{"rendered":"<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\"><i>Traduction libre<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\"><b>La science moderne et notre rapport \u00e0 la nature<\/b><\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\">Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;un des plus grands obstacles auxquels se heurtent les personnes qui souhaitent d\u00e9velopper une relation plus intime avec la nature est, paradoxalement, l&rsquo;extraordinaire \u00ab\u00a0succ\u00e8s\u00a0\u00bb de la science dominante. Au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, nous avons appris \u00e0 nous m\u00e9fier de nos propres exp\u00e9riences imm\u00e9diates de la nature, car nous sommes \u00e9duqu\u00e9s dans la croyance que le monde n&rsquo;est pas vraiment tel que nous le vivons. La science nous a persuad\u00e9s que la \u00ab\u00a0vraie r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb est un monde plus ou moins abstrait derri\u00e8re le monde que nous percevons normalement \u2014 un monde d\u00e9pourvu des qualit\u00e9s telles que la chaleur, la couleur, le go\u00fbt, la duret\u00e9 ou la douceur, qui nous permettent de conna\u00eetre la nature et d&rsquo;entrer en relation avec elle dans notre vie ordinaire. Ce monde n&rsquo;est accessible qu&rsquo;aux experts et aux sp\u00e9cialistes qui ont suivi la formation n\u00e9cessaire pour voir \u00e0 travers l&rsquo;aspect qualitatif que la nature nous pr\u00e9sente, la sous-structure de particules et de processus essentiellement d\u00e9pourvus de qualit\u00e9, qui ne peuvent \u00eatre compris de mani\u00e8re ad\u00e9quate qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;aide de concepts math\u00e9matiques. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un domaine compos\u00e9 de choses telles que les protons, les neutrons et les \u00e9lectrons, les quarks, les leptons et les ondes de probabilit\u00e9, les g\u00e8nes et l&rsquo;ADN. La grande majorit\u00e9 des gens n&rsquo;en auront jamais la moindre exp\u00e9rience, car ils ne peuvent les rencontrer que dans des conditions de laboratoire, de mani\u00e8re tr\u00e8s indirecte. Et encore, seulement par des personnes qui ont suivi la formation requise pour interpr\u00e9ter les ph\u00e9nom\u00e8nes qu&rsquo;elles observent. Entre-temps, nous sommes tomb\u00e9s dans une sorte de paralysie dans notre rapport \u00e0 la nature. Nous n&rsquo;avons plus confiance en nos propres perceptions et nous pensons que pour voir le monde \u00ab\u00a0tel qu&rsquo;il est\u00a0\u00bb, il faut se soumettre aux disciplines ardues des sciences. Convaincus de l&rsquo;inf\u00e9riorit\u00e9 essentielle de notre exp\u00e9rience directe de la nature, nous avons appris \u00e0 renoncer au d\u00e9fi d&rsquo;approfondir cette exp\u00e9rience pour nous tourner vers les manuels et les encyclop\u00e9dies dans lesquels sont conserv\u00e9es les d\u00e9finitions, les classifications et les interpr\u00e9tations autoris\u00e9es de la nature.<\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\">Les progr\u00e8s des connaissances scientifiques sp\u00e9cialis\u00e9es ont ainsi eu l&rsquo;effet impr\u00e9visible d&rsquo;encourager une paresse chronique en ce qui concerne notre observation quotidienne de la nature. Cela s&rsquo;applique non seulement aux non-scientifiques, mais aussi aux scientifiques eux-m\u00eames en dehors de leur domaine de sp\u00e9cialisation. Il existe aujourd&rsquo;hui une tendance g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e \u00e0 appliquer des concepts \u00e0 nos exp\u00e9riences de telle sorte que les exp\u00e9riences elles-m\u00eames sont effectivement min\u00e9es. Cela peut se produire soit parce que nous nous en remettons \u00e0 une agence sous-jacente imperceptible d\u00e9crite dans le manuel scientifique comme la v\u00e9ritable cause de ce que nous vivons, soit par le r\u00e9flexe conditionn\u00e9 qui nous fait transposer nos perceptions dans quelque chose de pr\u00e9d\u00e9fini et de pr\u00e9-classifi\u00e9. Avant de nous donner la possibilit\u00e9 d&rsquo;y entrer pleinement et de les faire n\u00f4tres, nous soumettons nos perceptions \u00e0 une norme qui est \u00e9trang\u00e8re \u00e0 notre exp\u00e9rience perceptive r\u00e9elle. Dans notre culture scientifique occidentale, nous avons atteint une situation dans laquelle il n&rsquo;y a plus d&rsquo;ouverture mentale aux ph\u00e9nom\u00e8nes, parce que nous sommes si pr\u00eats \u00e0 nous en remettre aux cat\u00e9gories pr\u00e9existantes de la science \u00e9tablie.<\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;abandon moderne par les individus de la responsabilit\u00e9 de leur perception de la nature a eu un impact n\u00e9gatif sur la mani\u00e8re dont l&rsquo;ensemble de notre culture interagit avec le monde naturel. Submerg\u00e9e par la quantit\u00e9, la complexit\u00e9 et l&rsquo;\u00e9clat de la connaissance scientifique, cette interaction est devenue de plus en plus ignorante et insensible. Voici donc un aspect de la relation entre la science et la crise \u00e9cologique contemporaine qui est crucial, mais qui est souvent n\u00e9glig\u00e9. Si nous ne l&rsquo;abordons pas, toute tentative de gu\u00e9rir notre environnement naturel bless\u00e9 a peu de chances de r\u00e9ussir. La resensibilisation de notre conscience quotidienne de la nature est devenue une t\u00e2che que la nature elle-m\u00eame nous impose. C&rsquo;est une t\u00e2che \u00e0 la fois plus profonde et d&rsquo;une plus grande port\u00e9e que la l\u00e9gislation politique, la strat\u00e9gie \u00e9conomique ou l&rsquo;intervention technologique. Elle est la cl\u00e9 du r\u00e9tablissement d&rsquo;une relation harmonieuse entre nous et le monde naturel.<\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\">Ce que Goethe avait \u00e0 dire il y a deux si\u00e8cles sur la nature et la science est, je crois, encore plus pertinent aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;il ne l&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9. En effet, il s&rsquo;agit d&rsquo;un probl\u00e8me qui touche de plus en plus la vie de chacun : il ne s&rsquo;agit pas simplement de la d\u00e9gradation de la nature, mais de la d\u00e9gradation de notre conscience de la nature. Goethe \u00e9tait profond\u00e9ment concern\u00e9 par la science. Mais il s&rsquo;int\u00e9ressait \u00e0 un aspect de la science qui, d\u00e9j\u00e0 \u00e0 son \u00e9poque, \u00e9tait rel\u00e9gu\u00e9 \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie de ce qui \u00e9tait g\u00e9n\u00e9ralement consid\u00e9r\u00e9 comme ayant une valeur de recherche : \u00e0 savoir, l&rsquo;intensification de notre exp\u00e9rience r\u00e9elle du monde vivant des qualit\u00e9s et des formes, jusqu&rsquo;\u00e0 un point o\u00f9 l&rsquo;on prend conscience de leur base spirituelle, par opposition \u00e0 leur base mat\u00e9rielle. Pour Goethe, il peut s&rsquo;agir d&rsquo;une perception aussi objective que l&rsquo;analyse des constituants chimiques d&rsquo;un corps, mais elle exige un entra\u00eenement non seulement de l&rsquo;esprit et des sens, mais aussi de l&rsquo;imagination et des sensibilit\u00e9s morales et esth\u00e9tiques de l&rsquo;\u00eatre humain, qu&rsquo;il utilisera dans ses recherches. Pour Goethe, la science est une m\u00e9thode d&rsquo;\u00e9veil de la conscience, mais elle ne peut fonctionner comme telle que si elle est mise en relation vivante avec toutes ses facult\u00e9s humaines. Aucune d&rsquo;entre elles n&rsquo;\u00e9tait exclue, mais toutes visaient \u00e0 insuffler de la vitalit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;acte de perception.<\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\"><b>Goethe en tant que scientifique<\/b><\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\">Goethe s&rsquo;est int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 un \u00e9ventail extraordinairement large de ph\u00e9nom\u00e8nes naturels. La min\u00e9ralogie, la g\u00e9ologie et la botanique \u00e9taient toutes des sujets d&rsquo;\u00e9tude intense \u00e0 la fin de sa vingtaine lorsque, s&rsquo;\u00e9tant install\u00e9 \u00e0 Weimar \u00e0 l&rsquo;invitation du duc Karl August, ses fonctions officielles incluaient la surveillance des mines locales, et sa r\u00e9sidence officielle \u00e9tait une Gartenhaus (maison de jardin) dans un parc en bordure de la ville. Il est typique de la personnalit\u00e9 de Goethe que ces circonstances de sa vie \u00e0 Weimar aient provoqu\u00e9 chez lui une fascination respectivement pour les roches et les plantes. Son int\u00e9r\u00eat pour les plantes fut encore stimul\u00e9 par sa connaissance des for\u00eats de Thuringe toutes proches, ainsi que par les herboristes qu&rsquo;il rencontra dans la campagne bois\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\">Cependant, la premi\u00e8re contribution s\u00e9rieuse de Goethe \u00e0 la science se situe dans le domaine de l&rsquo;anatomie \u2014 un sujet auquel il s&rsquo;int\u00e9ressait vivement depuis de nombreuses ann\u00e9es. Il s&rsquo;agit de la d\u00e9couverte, en 1784, de l&rsquo;os intermaxillaire de la m\u00e2choire humaine, dont l&rsquo;existence avait \u00e9t\u00e9 jusqu&rsquo;alors ni\u00e9e. Pour Goethe, il s&rsquo;agit d&rsquo;une d\u00e9couverte d&rsquo;une grande importance, car elle prouve qu&rsquo;il existe un mod\u00e8le anatomique de base que les \u00eatres humains partagent avec tous les autres animaux sup\u00e9rieurs, validant ainsi sa croyance intuitive en l&rsquo;unit\u00e9 sous-jacente de la nature. \u00c0 peu pr\u00e8s \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, Goethe \u00e9crivait sur le granit et poursuivait ses \u00e9tudes sur les plantes. Goethe avait une profonde admiration pour Linn\u00e9 et, tout au long des ann\u00e9es 1780 (alors qu&rsquo;il \u00e9tait \u00e2g\u00e9 d&rsquo;une trentaine d&rsquo;ann\u00e9es), il consultait constamment ses ouvrages. Cependant, le type d&rsquo;analyse minutieuse caract\u00e9ristique de la botanique linn\u00e9enne ne sera pas la voie de Goethe. En 1790, il produit son \u00e9tude classique, <i>La m\u00e9tamorphose des plantes<\/i>, dans laquelle il suit le d\u00e9veloppement de la plante \u00e0 travers des \u00e9tapes arch\u00e9typales de contraction et d&rsquo;expansion altern\u00e9es. Goethe tentait de voir au-del\u00e0 de l&rsquo;individu, et au-del\u00e0 de l&rsquo;esp\u00e8ce, des processus de croissance plus fondamentaux auxquels toutes les plantes participent. Cela ne veut pas dire que sa m\u00e9thode n&rsquo;\u00e9tait pas empirique, mais plut\u00f4t qu&rsquo;il s&rsquo;effor\u00e7ait d&rsquo;atteindre un type d&#8217;empirisme qui s&rsquo;int\u00e9ressait aux processus subtils et aux mod\u00e8les de d\u00e9veloppement dont la taxonomie traditionnelle ne s&rsquo;occupait gu\u00e8re.<\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;ann\u00e9e suivante, Goethe publie son premier essai sur l&rsquo;optique, un sujet qui le pr\u00e9occupera toute sa vie et qui d\u00e9bouchera sur son \u00e9tude monumentale du ph\u00e9nom\u00e8ne des couleurs, <i>Zur Farbenlehre<\/i>, ou <i>La th\u00e9orie des couleurs<\/i> (publi\u00e9e int\u00e9gralement en 1810). Cette \u0153uvre, plus que tout autre de ses \u00e9crits scientifiques, lui a donn\u00e9 une place \u2014 quelque peu ambivalente \u2014 dans l&rsquo;histoire de la science, et reste l&rsquo;objet de vives controverses. Car elle est le mod\u00e8le d&rsquo;une pens\u00e9e scientifique totalement oppos\u00e9e \u00e0 celle de Newton, dont son <i>Optique<\/i> dominait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de Goethe. La diff\u00e9rence essentielle entre les m\u00e9thodes des deux hommes est que Newton cherche \u00e0 expliquer le ph\u00e9nom\u00e8ne de la couleur par les angles mesurables de r\u00e9frangibilit\u00e9 des rayons lumineux incolores, alors que Goethe ne souhaite pas r\u00e9duire le ph\u00e9nom\u00e8ne de la couleur \u00e0 ce qui est mesurable, mais incolore. Son approche consistait \u00e0 essayer de comprendre la couleur dans ses propres termes, et en fonction de l&rsquo;exp\u00e9rience que nous en faisons dans la nature. <i>Zur Farbenlehre<\/i> a toujours attir\u00e9 davantage les artistes qui travaillent avec la couleur que les scientifiques. Mais il attire \u00e9galement les scientifiques et les profanes non orthodoxes qui souhaitent d\u00e9velopper une approche qualitative de la nature, non moins rigoureuse que les m\u00e9thodes math\u00e9matiques des Newtoniens et de leurs descendants, mais qui s&rsquo;engagent \u00e0 rester fid\u00e8les \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience v\u00e9cue.<\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\"><i>Zur Farbenlehre<\/i> n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 bien accueilli par l&rsquo;establishment scientifique du vivant de Goethe, et les physiciens ult\u00e9rieurs ont souvent \u00e9t\u00e9 moins que sympathiques. Dans la seconde moiti\u00e9 du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, Du Bois-Reymond, par exemple, l&rsquo;a rejet\u00e9 comme \u00ab\u00a0le jouet mort-n\u00e9 d&rsquo;un dilettante autodidacte\u00a0\u00bb, tandis que Helmholtz, bien qu&rsquo;il ait compris que Goethe tentait de sauver la v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;exp\u00e9rience sensorielle directe, l&rsquo;a n\u00e9anmoins accus\u00e9 de ne pas comprendre ce qui constitue une explication scientifique. Dans son essai intitul\u00e9 \u00ab\u00a0<i>On the Natural-Scientific Works of Goethe<\/i>\u00a0\u00bb, Helmholtz fait un commentaire r\u00e9v\u00e9lateur : Puisque nous ne sommes jamais en mesure de percevoir les forces elles-m\u00eames, mais seulement leurs effets, il nous faut, dans toute explication, abandonner le domaine sensoriel et passer \u00e0 l&rsquo;imperceptible, qui est d\u00e9termin\u00e9 par les seuls concepts. [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\"><sup>1<\/sup><\/a>]<\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\">\u00c0 en juger par les r\u00e9actions des physiciens de l&rsquo;establishment, on peut penser que Goethe, dans son refus d&rsquo;abandonner le domaine sensoriel dans sa qu\u00eate de connaissances scientifiques, exer\u00e7ait sur eux une certaine fascination. Ils ne pouvaient pas l&rsquo;ignorer, car il repr\u00e9sentait un type d&rsquo;investigation scientifique qu&rsquo;ils avaient rejet\u00e9. Ils l&rsquo;avaient rejet\u00e9 afin de poursuivre ce qu&rsquo;ils savaient \u00eatre une connaissance unilat\u00e9rale de la nature, et ils estimaient n\u00e9cessaire de justifier le caract\u00e8re unilat\u00e9ral de leur approche en d\u00e9non\u00e7ant l&rsquo;homme qui repr\u00e9sentait l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, n\u00e9glig\u00e9, de l&rsquo;id\u00e9al scientifique. C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment le refus de Goethe d&rsquo;abandonner le domaine sensoriel qui a donn\u00e9 \u00e0 ses efforts scientifiques une fra\u00eecheur et une accessibilit\u00e9 qui manquaient \u00e0 leur science, et qui font d\u00e9faut \u00e0 tant de sciences contemporaines. Goethe poursuivait un type de connaissance que les \u00eatres humains peuvent revendiquer comme leur, un type de connaissance qui enrichit plut\u00f4t qu&rsquo;il n&rsquo;appauvrit l&rsquo;exp\u00e9rience humaine de la nature.<\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\">Outre ses travaux sur la couleur, qui l&rsquo;occupent \u00e0 partir des ann\u00e9es 1790, Goethe continue \u00e0 \u00e9tudier et \u00e0 \u00e9crire sur l&rsquo;ost\u00e9ologie, l&rsquo;anatomie compar\u00e9e, la g\u00e9ologie, la botanique, la zoologie et, plus tard, la m\u00e9t\u00e9orologie. Il a \u00e9galement beaucoup \u00e9crit sur la m\u00e9thodologie scientifique, sur laquelle porte mon livre <i>Goethe on Science<\/i>. Pour Goethe, tous ces travaux n&rsquo;\u00e9taient en aucun cas un simple passe-temps ou un loisir p\u00e9riph\u00e9rique. Il faisait partie int\u00e9grante de sa fa\u00e7on d&rsquo;\u00eatre dans le monde, une fa\u00e7on d&rsquo;\u00eatre dans laquelle il cherchait toujours \u00e0 \u00e9tendre son \u00e9treinte avec la nature en intensifiant son exp\u00e9rience et en approfondissant sa compr\u00e9hension. Vers la fin de sa vie, Goethe a \u00e9crit : <i>Depuis plus d&rsquo;un demi-si\u00e8cle, je suis connu comme po\u00e8te, dans mon pays et sans doute aussi \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger ; en tout cas, on m&rsquo;a permis de passer pour tel. Mais le fait que je me sois occup\u00e9 activement et tranquillement de la Nature dans tous ses ph\u00e9nom\u00e8nes g\u00e9n\u00e9raux et organiques, en poursuivant constamment et passionn\u00e9ment des \u00e9tudes s\u00e9rieusement formul\u00e9es, cela n&rsquo;est pas aussi connu, et encore moins reconnu<\/i>. [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\"><sup>2<\/sup><\/a>]<\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\">Le savant Goethe est encore peu connu, mais il se peut que nous commencions \u00e0 prendre conscience de l&rsquo;importance de sa contribution.<\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\"><b>Goethe et la conscience troubl\u00e9e de la science moderne<\/b><\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\">Il est int\u00e9ressant de noter qu&rsquo;avec l&rsquo;effondrement du paradigme newtonien au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les travaux scientifiques de Goethe ont re\u00e7u une attention beaucoup plus sympathique de la part des physiciens qu&rsquo;au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Des physiciens tels que Walter Heitler, Carl Friedrich von Weis\u00e4cker et Werner Heisenberg ont tous \u00e9crit sur Goethe, Heisenberg en particulier \u00e9tant conscient que la voix de Goethe est presque la conscience troubl\u00e9e du scientifique moderne. Dans son essai \u00ab\u00a0Sur l&rsquo;histoire de l&rsquo;interpr\u00e9tation physique de la nature\u00a0\u00bb, Heisenberg \u00e9crit que la base du progr\u00e8s scientifique depuis l&rsquo;\u00e9poque de Newton a impliqu\u00e9 un sacrifice de la \u00ab\u00a0compr\u00e9hension vivante et imm\u00e9diate\u00a0\u00bb, et admet que c&rsquo;\u00e9tait la v\u00e9ritable raison de la lutte acharn\u00e9e de Goethe contre l&rsquo;optique physique de Newton et ses enseignements sur la couleur. Il poursuit : <i>Il serait superficiel de n\u00e9gliger cette lutte comme \u00e9tant sans importance, il y a une bonne raison pour qu&rsquo;un des hommes les plus \u00e9minents utilise tout son pouvoir pour combattre la r\u00e9alisation de l&rsquo;optique de Newton. On ne peut reprocher \u00e0 Goethe qu&rsquo;un manque de coh\u00e9rence. Non seulement il aurait d\u00fb combattre les vues de Newton, mais il aurait d\u00fb dire que l&rsquo;ensemble de la physique, de l&rsquo;optique, de la m\u00e9canique et de la th\u00e9orie de la gravitation de Newton \u00e9tait l&rsquo;\u0153uvre du diable<\/i>. [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\"><sup>3<\/sup><\/a>]<\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\">Pour Heisenberg, il n&rsquo;y a pas de conflit entre le fait d&rsquo;accepter les r\u00e9sultats de la physique moderne et de \u00ab\u00a0suivre la mani\u00e8re de Goethe de contempler la nature\u00a0\u00bb. Car les deux voies sont moins oppos\u00e9es que compl\u00e9mentaires. Dans le monde de la biologie, la r\u00e9ception de Goethe au vingti\u00e8me si\u00e8cle a g\u00e9n\u00e9ralement manqu\u00e9 de ce degr\u00e9 de largeur d&rsquo;esprit. Sir Charles Sherrington, dans son essai \u00ab\u00a0<i>Goethe on Nature and on Science<\/i>\u00a0\u00bb \u00e9crit dans les ann\u00e9es 1940 (quelques ann\u00e9es seulement apr\u00e8s que Heisenberg ait \u00e9crit ses r\u00e9flexions sur Goethe), donne un verdict assez typique sur <i>la M\u00e9tamorphose des plantes<\/i> de Goethe : <i>Or, l&rsquo;\u00e9tude du d\u00e9veloppement d&rsquo;une plante, ou d&rsquo;un animal, consiste essentiellement \u00e0 suivre son d\u00e9veloppement cellulaire. La th\u00e9orie cellulaire n&rsquo;existait pas encore \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de Goethe&#8230; Lorsque, plus tard, les progr\u00e8s de la botanique ont permis d&rsquo;obtenir des faits pertinents sur la question, on a constat\u00e9 que la th\u00e9orie n&rsquo;\u00e9tait pas confirm\u00e9e. Elle est donc tomb\u00e9e dans la triste cat\u00e9gorie des suppositions infortun\u00e9es<\/i>. [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\"><sup>4<\/sup><\/a>]<\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\">Cela n&rsquo;a pas emp\u00each\u00e9 certains biologistes plus r\u00e9cents, oppos\u00e9s \u00e0 la tendance r\u00e9ductionniste end\u00e9mique de la biologie moderne, de se prononcer ouvertement en faveur de Goethe. Parmi eux, on peut citer Agnes Arber, Adolf Portmann et Brian Goodwin. Ce ne sont pas les d\u00e9couvertes ou les \u00ab\u00a0th\u00e9ories\u00a0\u00bb sp\u00e9cifiques de Goethe qui les attirent, mais plut\u00f4t la mani\u00e8re dont il a men\u00e9 ses recherches. Par-dessus tout, c&rsquo;est la m\u00e9thodologie de Goethe qui reste son h\u00e9ritage durable pour nous. Et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 cause de cette m\u00e9thodologie que les scientifiques se sentent soient oblig\u00e9s de le rejeter comme un po\u00e8te qui s&rsquo;est ridiculis\u00e9 en s&rsquo;occupant de choses qui d\u00e9passaient ses comp\u00e9tences, ou qu&rsquo;ils soient irr\u00e9sistiblement attir\u00e9s par lui en tant que pionnier d&rsquo;une science holistique et qualitative de la nature. Il vaut la peine de citer Portmann ici, car il exprime succinctement le r\u00f4le d&rsquo;inspiration que Goethe peut jouer aujourd&rsquo;hui. \u00c0 la fin de son essai sur \u00ab\u00a0Goethe et le concept de m\u00e9tamorphose\u00a0\u00bb, Portmann \u00e9crit : <i>Il est grand temps de red\u00e9couvrir l&rsquo;exemplarit\u00e9 d&rsquo;une tentative telle que celle que Goethe nous a donn\u00e9e dans sa <\/i>M\u00e9tamorphose des plantes<i> &#8230; Le d\u00e9veloppement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 de la recherche biologique dans le sens du g\u00e9nie g\u00e9n\u00e9tique, qui explore le domaine visible pour ma\u00eetriser les processus de la nature \u2014 ce d\u00e9veloppement in\u00e9luctable entra\u00eenera un appauvrissement effrayant de notre rapport \u00e0 la nature si nous ne commen\u00e7ons pas imm\u00e9diatement \u00e0 prendre \u00e0 c\u0153ur la valeur d&rsquo;une vaste exp\u00e9rience avec la forme vivante pour la culture de l&rsquo;\u00e2me. De nouvelles formes de science de la nature sont n\u00e9cessaires, une science de la nature qui ne soit pas un p\u00e2le reflet de la science actuelle, mais qui conduise \u00e0 une exp\u00e9rience approfondie du royaume des formes vivantes et fasse de la nature pour nous une v\u00e9ritable maison<\/i>. [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\"><sup>5<\/sup><\/a>]<\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est l&rsquo;engagement de Goethe en faveur d&rsquo;une revitalisation de notre perception du monde, afin que nous nous retrouvions \u00e0 nouveau chez nous au sein de la nature au lieu de l&rsquo;\u00e9tudier comme si nous \u00e9tions des extraterrestres d&rsquo;une autre plan\u00e8te, qui constitue sa principale contribution \u00e0 la science et, plus largement, \u00e0 notre culture scientifique actuelle en difficult\u00e9.<\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\"><b>La science goeth\u00e9enne comme voie de d\u00e9veloppement spirituel<\/b><\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\">Telle que la con\u00e7oit Goethe, la science est autant un chemin int\u00e9rieur de d\u00e9veloppement spirituel qu&rsquo;une discipline visant \u00e0 accumuler des connaissances sur le monde physique. Plut\u00f4t que de se contenter de faire de nouvelles d\u00e9couvertes et de proposer de nouvelles th\u00e9ories sur la base de techniques d&rsquo;observation physique toujours plus raffin\u00e9es, le but de la science est, pour Goethe, d&rsquo;ouvrir les yeux et l&rsquo;esprit de celui qui observe la nature \u00e0 ce qui est spirituellement \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre dans les ph\u00e9nom\u00e8nes physiques observ\u00e9s, ou \u00e0 la racine de ceux-ci. Elle implique donc non seulement un entra\u00eenement rigoureux de nos facult\u00e9s d&rsquo;observation et de r\u00e9flexion, mais aussi d&rsquo;autres facult\u00e9s humaines qui peuvent nous mettre en phase avec la dimension spirituelle qui sous-tend et interp\u00e9n\u00e8tre le physique : des facult\u00e9s telles que le sentiment, l&rsquo;imagination et l&rsquo;intuition. La science, telle que Goethe l&rsquo;a con\u00e7ue et pratiqu\u00e9e, a pour but supr\u00eame d&rsquo;\u00e9veiller le sentiment d&rsquo;\u00e9merveillement par un \u00ab\u00a0regard contemplatif\u00a0\u00bb (Anschauung), dans lequel le scientifique en viendrait \u00e0 \u00ab\u00a0voir Dieu dans la nature, la nature en Dieu\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\">Une telle exp\u00e9rience ne d\u00e9pend pas du fait que l&rsquo;observateur ait accumul\u00e9 de grandes quantit\u00e9s de connaissances. Elle ne repose pas non plus sur le d\u00e9ploiement d&rsquo;instruments scientifiques \u00e9labor\u00e9s. Pour Goethe, l&rsquo;\u00eatre humain est \u00ab\u00a0l&rsquo;instrument le plus puissant et le plus exact\u00a0\u00bb si nous prenons la peine d&rsquo;affiner suffisamment notre sensibilit\u00e9. Cela signifie que la pratique de la science goeth\u00e9enne n&rsquo;est pas n\u00e9cessairement l&rsquo;apanage des sp\u00e9cialistes et des experts, mais qu&rsquo;elle est ouverte \u00e0 tous ceux qui cherchent \u00e0 approfondir leur relation \u00e0 la nature.<\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;un point de vue goeth\u00e9en, la crise \u00e9cologique est avant tout une crise de notre relation \u00e0 la nature. La mesure dans laquelle la nature a besoin d&rsquo;\u00eatre gu\u00e9rie correspond directement \u00e0 la mesure dans laquelle notre conscience de la nature est malade. L&rsquo;approche goeth\u00e9enne de la nature repose sur le d\u00e9veloppement de la conscience humaine vers une perception plus saine des forces cr\u00e9atrices et formatrices de la nature, et vers des degr\u00e9s d&rsquo;accord toujours plus subtils avec elles. Goethe nous montre une voie dans laquelle la gu\u00e9rison de la nature et de nous-m\u00eames est implicite dans l&rsquo;\u00ab\u00a0empirisme d\u00e9licat\u00a0\u00bb qu&rsquo;il \u00e9pouse. Il s&rsquo;agit essentiellement d&rsquo;un chemin de r\u00e9v\u00e9rence, et non d&rsquo;un chemin de manipulation et de contr\u00f4le. C&rsquo;est une voie dans laquelle les \u00eatres humains peuvent redevenir entiers dans une exp\u00e9rience de la nature qui s&rsquo;ouvre au sacr\u00e9, et qui devient ainsi le moyen par lequel la nature elle-m\u00eame est resanctifi\u00e9e. Par-dessus tout, la voie scientifique de Goethe est une voie qui reste fid\u00e8le \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience humaine, et qui cherche moins \u00e0 passer de l&rsquo;exp\u00e9rience \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e ou \u00e0 la th\u00e9orie qu&rsquo;\u00e0 intensifier l&rsquo;exp\u00e9rience en tant que telle. C&rsquo;est par cette intensification de notre exp\u00e9rience de la nature que sa dimension spirituelle se r\u00e9v\u00e8le.<\/p>\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\"><b>Cet article est une version \u00e9dit\u00e9e de <\/b><i><b>l&rsquo;introduction \u00e0 Goethe sur la science<\/b><\/i><b> (<\/b><span lang=\"en-US\"><i><b>Introduction to Goethe on Science<\/b><\/i><\/span><span lang=\"en-US\"><b>)<\/b><\/span><b>. (Edinburgh : Floris Books, 1996) par Jeremy Naydler.<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">____________________________________________________________________<\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\" style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a> H. von Helmholtz, \u00ab\u00a0<i>On the Natural-Scientific Works of Goethe<\/i>\u00a0\u00bb cit\u00e9 dans Fred Amrine, \u00ab\u00a0<i>Goethe&rsquo;s Science in the Twentieth Century<\/i>\u00a0\u00bb, dans Alexej Ugrinsky, <i>Goethe in the Twentieth Century<\/i> (New York : Hofstra University, 1987) p.88.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote2\" style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a> \u00ab\u00a0L&rsquo;auteur relate l&rsquo;histoire de ses \u00e9tudes botaniques (<span lang=\"en-US\">The Author Relates the History of His Botanical Studies)<\/span>\u00a0\u00bb traduit dans Bertha Mueller, <i>Goethe&rsquo;s Botanical Writings<\/i>, (Honolulu, University of Hawaii Press, 1952), p.164.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote3\" style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a> Werner Heisenberg, \u00ab\u00a0On the History of the Physical Interpretation of Nature\u00a0\u00bb in <i>Philosophic Problems of Nuclear Science<\/i> (Londres, Faber and Faber, 1952), r\u00e9\u00e9dit\u00e9 sous le titre <i>Philosophic Problems of Quantum Physics<\/i> (Woodbridge, Connecticut, Ox Bow Press, 1979).<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote4\" style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a> Sir Charles Sherrington, <i>Goethe on Nature and on Science<\/i>, (Cambridge University Press, 1949) p.22.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote5\">\n<p class=\"western\" style=\"text-align: justify;\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a> Adolf Portmann, &lsquo;Goethe and the Concept of Metamorphosis&rsquo; in Fred Amrine, <i>Goethe and the Scientists : a Reappraisal<\/i> (Dordrecht, D. Reidel Publishing Co., 1987), pp.144-45.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Traduction libre La science moderne et notre rapport \u00e0 la nature Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;un des plus grands obstacles auxquels se heurtent les personnes qui souhaitent d\u00e9velopper une relation plus intime avec la nature est, paradoxalement, l&rsquo;extraordinaire \u00ab\u00a0succ\u00e8s\u00a0\u00bb de la science dominante. 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