{"id":21455,"date":"2026-07-29T17:05:25","date_gmt":"2026-07-29T16:05:25","guid":{"rendered":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=21455"},"modified":"2026-07-29T17:05:25","modified_gmt":"2026-07-29T16:05:25","slug":"la-philosophie-de-la-priere-par-george-pattison","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/la-philosophie-de-la-priere-par-george-pattison\/","title":{"rendered":"La Philosophie de la pri\u00e8re par George Pattison"},"content":{"rendered":"<p class=\"western\" align=\"justify\"><i><b>L\u2019\u00e9minent th\u00e9ologien George Pattison parle du sens de la pri\u00e8re dans le monde moderne et la mani\u00e8re dont elle nous conduit \u00e0 prendre conscience de notre n\u00e9ant essentiel.<\/b><\/i><\/p>\n<p align=\"center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"\" src=\"https:\/\/besharamagazine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Pattison-1-Banner-1000.jpg\" alt=\"Enso, Hanging scroll, ink on paper, Japan 19th century\" width=\"769\" height=\"353\" \/><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"center\">Enso, rouleau suspendu, encre sur papier, Japon, XIXe si\u00e8cle<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><i>George Pattison est th\u00e9ologien et pr\u00eatre anglican \u00e0 la retraite. Au cours d\u2019une brillante carri\u00e8re, il a \u00e9t\u00e9 professeur de th\u00e9ologie \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Glasgow ainsi que titulaire de la chaire Lady Margaret de th\u00e9ologie \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Oxford. Il a \u00e9galement occup\u00e9 des postes en Allemagne et au Danemark. Ses centres d\u2019int\u00e9r\u00eat vont de la philosophie existentielle, telle qu\u2019elle s\u2019exprime chez des auteurs comme Kant, Kierkegaard et Dosto\u00efevski, aux philosophies orientales ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019esth\u00e9tique du cin\u00e9ma et des arts visuels. Il a publi\u00e9 plus de vingt ouvrages. Son plus r\u00e9cent livre, <\/i><em><i>The Philosophy of Prayer<\/i><\/em><i>, sous-titr\u00e9 <\/i><em><i>Nothingness, Language and Hope<\/i><\/em><i> (<\/i><em><i>La philosophie de la pri\u00e8re\u00a0: le n\u00e9ant, le langage et l\u2019esp\u00e9rance<\/i><\/em><i>) <\/i>[<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\"><sup>1<\/sup><\/a>]<i>, explore la mani\u00e8re dont la pratique de la pri\u00e8re nous conduit au silence, \u00e0 la contemplation essentielle et \u00e0 une profonde compr\u00e9hension de notre n\u00e9ant existentiel. Il s\u2019est entretenu avec Jane Clark et Peter Huitson depuis son domicile en \u00c9cosse. L\u2019article est illustr\u00e9 par des repr\u00e9sentations du n\u00e9ant et de la r\u00e9alisation spirituelle r\u00e9alis\u00e9es par des artistes contemporains.<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"center\"><i>____________________<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>Jane\u00a0:<\/strong> Votre livre para\u00eet dans une collection intitul\u00e9e \u00ab Perspectives in Continental Philosophy \u00bb. Bien que vous \u00e9voquiez \u00e9galement des textes classiques comme <em>Le Nuage <\/em><em>d<\/em><em>\u2019Inconnaissance<\/em>, vous vous concentrez surtout sur des penseurs tels que Kant, Heidegger, Kierkegaard et Dosto\u00efevski. Est-ce parce que vous pensez qu\u2019ils ont quelque chose de particuli\u00e8rement pr\u00e9cieux \u00e0 dire sur la pri\u00e8re que l\u2019on ne retrouve pas, par exemple, dans la philosophie am\u00e9ricaine ou britannique ?<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>George\u00a0:<\/strong> La philosophie continentale \u2014 parfois appel\u00e9e aussi philosophie post-kantienne \u2014 est au c\u0153ur de mes travaux universitaires depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es. L\u2019une des raisons pour lesquelles elle m\u2019attire particuli\u00e8rement est qu\u2019elle exprime, selon moi, la mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale dont les \u00eatres humains appr\u00e9hendent le monde moderne. Elle met notamment en lumi\u00e8re ce que l\u2019on pourrait appeler la \u00ab subjectivit\u00e9 \u00bb et le r\u00f4le qu\u2019elle joue, non seulement dans la vie religieuse, mais dans l\u2019ensemble de l\u2019existence humaine.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>Jane\u00a0:<\/strong> Pourriez-vous d\u00e9velopper cette id\u00e9e ?<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>George\u00a0:<\/strong> Kant montre que notre connaissance du monde est enti\u00e8rement li\u00e9e \u00e0 la mani\u00e8re dont nous le regardons. Ce ne sont pas seulement les faits ext\u00e9rieurs, qu\u2019ils soient m\u00e9taphysiques ou empiriques, qui comptent ; notre esprit lui-m\u00eame contribue \u00e0 fa\u00e7onner ce que nous percevons du monde. Chez la g\u00e9n\u00e9ration qui suit Kant, cette subjectivit\u00e9 est interpr\u00e9t\u00e9e tant\u00f4t en termes d\u2019imagination, tant\u00f4t de sentiment ou de volont\u00e9. Elle peut \u00eatre individuelle, comme chez Kierkegaard, qui affirme que la subjectivit\u00e9 est la v\u00e9rit\u00e9, ou collective, comme dans la pens\u00e9e de Marx et de Hegel. Avec la notion marxienne de conscience de classe, qui d\u00e9termine notre mani\u00e8re de voir le monde, l\u2019histoire humaine entre \u00e9galement en jeu. Notre exp\u00e9rience du monde d\u00e9pend alors de notre place dans l\u2019histoire, de l\u2019h\u00e9ritage que nous recevons du pass\u00e9 et de la mani\u00e8re dont nous envisageons l\u2019avenir.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">Autrement dit, dans cette philosophie, le monde a \u00e9t\u00e9 radicalement humanis\u00e9. Il est ce que nous le voyons \u00eatre, ou ce que nous voulons qu\u2019il soit. Les \u00eatres humains ne se sentent plus contraints par une r\u00e9alit\u00e9 ext\u00e9rieure imp\u00e9n\u00e9trable ; ils pensent pouvoir cr\u00e9er leur propre monde.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">Ce ne sont d\u2019ailleurs pas seulement les philosophes qui pensent ainsi aujourd\u2019hui. La plupart des gens raisonnent largement dans ces cat\u00e9gories. Nous entendons sans cesse, \u00e0 la radio ou \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, des sportifs d\u00e9clarer\u00a0: \u00ab Mon histoire montre que chacun peut devenir ce qu\u2019il veut \u00eatre \u00bb. C\u2019est le grand principe moderne de l\u2019autonomie\u00a0: le sens de notre vie est celui que nous lui donnons. La c\u00e9l\u00e8bre formule de Sartre\u00a0: \u00ab Je suis la somme de mes actes \u00bb r\u00e9sonne constamment dans les entretiens et dans la litt\u00e9rature. Elle impr\u00e8gne notre conscience moderne. La tradition continentale s\u2019empare de cette question. Beaucoup de penseurs cherchent \u00e0 soutenir ce principe ; d\u2019autres en sont plus critiques, mais tous le prennent tr\u00e8s au s\u00e9rieux.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>Jane\u00a0:<\/strong> Pourtant, lorsqu\u2019il est question de pri\u00e8re, vous commencez votre livre par une critique de Kant. Vous remettez notamment en cause son id\u00e9e selon laquelle nous sommes les ma\u00eetres de notre propre destin\u00a0: en tant qu\u2019\u00eatres moraux, nous serions enti\u00e8rement responsables de nos actes et capables de manifester tout le bien qui est en nous sans avoir recours \u00e0 une force ext\u00e9rieure. C\u2019est pourquoi Kant ne voyait pas la pri\u00e8re d\u2019un bon \u0153il, puisqu\u2019elle nous place dans une position de passivit\u00e9 et semble impliquer une forme de faiblesse. Vous prenez clairement le contre-pied de cette position et affirmez que la pri\u00e8re a sa place dans la philosophie post-kantienne.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>George\u00a0:<\/strong> C\u2019est exact. Pour \u00eatre juste envers Kant, il faut reconna\u00eetre qu\u2019il \u00e9tait un philosophe subtil et profond. Il admettait que, de bien des mani\u00e8res, nous ne nous cr\u00e9ons ni ne nous inventons nous-m\u00eames. Il reconnaissait que nous avons un corps, des sentiments et que nous vivons en soci\u00e9t\u00e9 ; nous ne nous inventons pas \u00e0 partir de rien. N\u00e9anmoins, il pensait que notre meilleure mani\u00e8re d\u2019\u00eatre consistait \u00e0 \u00eatre enti\u00e8rement actifs, un peu \u00e0 la mani\u00e8re de l\u2019id\u00e9al m\u00e9di\u00e9val de l\u2019<em>actus purus<\/em>, l\u2019acte pur. Selon lui, nous devrions \u00eatre la pure expression de la volont\u00e9 morale et chercher \u00e0 d\u00e9velopper au maximum notre activit\u00e9 rationnelle.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">Pour ma part, je suis davantage influenc\u00e9 par Kierkegaard et d\u2019autres penseurs qui diraient\u00a0: tout cela est tr\u00e8s bien, mais le fait est que nous ne nous sommes pas invent\u00e9s nous-m\u00eames. Pour reprendre une expression du th\u00e9ologien protestant <span style=\"color: #000080;\"><u><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Friedrich_Schleiermacher\">Friedrich Schleiermacher<\/a><\/u><\/span>, nous d\u00e9pendons absolument de Dieu, et notre vie nous est donn\u00e9e comme un don, comme quelque chose que nous recevons. Cela a des implications consid\u00e9rables que la tradition de l\u2019autonomie radicale ne reconna\u00eet pas.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">Schleiermacher reconnaissait que nous sommes actifs de multiples fa\u00e7ons. Lui-m\u00eame fut un homme d\u2019une activit\u00e9 extraordinaire\u00a0: il traduisit l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de Platon, participa activement \u00e0 la politique du nationalisme allemand ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9mancipation des Juifs, et s\u2019investit dans bien d\u2019autres domaines de la vie. Mais il soutenait aussi que notre point de d\u00e9part devait toujours \u00eatre le fait que nous ne sommes pas les cr\u00e9ateurs de notre propre \u00eatre\u00a0: nous sommes avant m\u00eame de commencer \u00e0 agir par nous-m\u00eames.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">\u00c0 un certain niveau, cette position me para\u00eet relever du simple bon sens. Comme chacun le sait, nous n\u2019avons jamais eu avec nos parents une conversation du genre\u00a0: \u00ab J\u2019aimerais exister ; faites donc le n\u00e9cessaire \u00bb. Nous nous \u00e9veillons \u00e0 une pleine conscience vers l\u2019\u00e2ge de cinq ans et nous r\u00e9alisons que nous venons de quelque part dont nous n\u2019avons aucune connaissance. Heidegger parle de \u00ab l\u2019\u00eatre-jet\u00e9 \u00bb (<em>Geworfenheit<\/em>). Nous faisons l\u2019exp\u00e9rience de nous-m\u00eames comme ayant \u00e9t\u00e9 \u00ab jet\u00e9s \u00bb dans le monde. Et nous voil\u00e0. Quelle \u00e9trange situation !<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>Jane\u00a0:<\/strong> Nous ne choisissons pas non plus nos caract\u00e9ristiques. Nous pouvons souhaiter devenir athl\u00e8te, musicien ou autre, mais cela ne signifie pas que nous en ayons les capacit\u00e9s. Nous sommes ce que nous sommes.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>George\u00a0:<\/strong> Exactement. Je pense qu\u2019aucune quantit\u00e9 d\u2019entra\u00eenement ne m\u2019aurait jamais permis de courir le 100\u00a0m\u00e8tres en moins de dix secondes. Bien s\u00fbr, il faut aussi s\u2019entra\u00eener, mais si l\u2019on ne poss\u00e8de pas ce don initial, cela ne se produira tout simplement pas.<\/p>\n<p align=\"center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"\" src=\"https:\/\/besharamagazine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Pattison-3-James-Turrell-Skyspace-700.jpg\" alt=\"James-Turrell-Skyspace\" width=\"421\" height=\"632\" \/><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"center\"><strong>Skyspace<\/strong>, de l\u2019artiste am\u00e9ricain James Turrell, une installation situ\u00e9e au <strong>Tremenheere Sculpture Gardens<\/strong>, en Cornouailles (Royaume-Uni). Photographie\u00a0: <strong>Karl Davies<\/strong>.<\/p>\n<h2 class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">La pri\u00e8re comme processus<\/span><\/span><\/h2>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>Peter\u00a0:<\/strong> Alors, quel est le lien entre tout cela et la pri\u00e8re ?<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>George\u00a0:<\/strong> La notion heidegg\u00e9rienne de \u00ab l\u2019\u00eatre-jet\u00e9 \u00bb signifie, de mani\u00e8re tr\u00e8s sch\u00e9matique, que nous nous r\u00e9veillons un jour et nous d\u00e9couvrons que nous sommes l\u00e0. Ensuite, il nous faut vivre du mieux possible en reconnaissant la r\u00e9alit\u00e9 de notre situation. Je pense que la pri\u00e8re repose sur le fait de voir cet \u00ab \u00eatre-jet\u00e9 \u00bb comme un don, quelque chose qui suscite la gratitude, l\u2019\u00e9merveillement, l\u2019amour et la louange. C\u2019est quelque chose d\u2019infiniment pr\u00e9cieux, qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre ch\u00e9ri. Et je pense que tout le vocabulaire de la pri\u00e8re d\u00e9coule, en un sens, de cette attitude\u00a0: le silence de la pri\u00e8re lorsque nous nous arr\u00eatons, lorsque nous nous ouvrons \u00e0 la grandeur et \u00e0 la sublimit\u00e9 de ce qui nous est donn\u00e9 avant toute conceptualisation, avant m\u00eame que nous ayons prononc\u00e9 le moindre mot.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>Jane\u00a0:<\/strong> L\u2019id\u00e9e centrale que vous d\u00e9veloppez dans votre livre est que, quelle que soit la mani\u00e8re dont nous commen\u00e7ons \u00e0 prier, cela nous conduit finalement \u00e0 comprendre cette d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Dieu \u2014 en fait, \u00e0 reconna\u00eetre notre n\u00e9ant existentiel. Pourtant, nous ne commen\u00e7ons pas n\u00e9cessairement par rechercher le vide ; nous pouvons commencer par demander des choses. Vous ne parlez donc pas seulement de la pri\u00e8re que l\u2019on fait dans un moment de crise, lorsqu\u2019on tombe dans un trou, par exemple, et que l\u2019on crie\u00a0: \u00ab Au secours ! Sauvez-moi ! \u00bb C\u2019est plut\u00f4t quelque chose dans lequel nous nous engageons sans cesse, encore et encore.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>George\u00a0:<\/strong> Les \u00e9crits chr\u00e9tiens sur la pri\u00e8re ont souvent \u00e9tabli une distinction fondamentale entre la pri\u00e8re de demande, d\u2019une part, et la contemplation, d\u2019autre part. Nombre de textes classiques affirment que la demande est la forme la plus \u00e9l\u00e9mentaire de la pri\u00e8re, puis que l\u2019on gravit progressivement les \u00e9chelons jusqu\u2019\u00e0 parvenir \u00e0 la contemplation directe de Dieu.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">Je ne ferais pas une distinction aussi tranch\u00e9e, car, pour pouvoir demander quoi que ce soit, il faut d\u00e9j\u00e0 avoir une certaine compr\u00e9hension de Dieu, ou de celui \u00e0 qui l\u2019on s\u2019adresse, comme \u00e9tant fondamentalement bienveillant \u00e0 notre \u00e9gard. Si nous n\u2019avons absolument aucune id\u00e9e de ce que nous faisons et que nous nous contentons de r\u00e9clamer sans cesse des choses, cela devient en quelque sorte d\u00e9nu\u00e9 de sens. En revanche, lorsqu\u2019il y a une v\u00e9ritable pri\u00e8re d\u2019intercession, c\u2019est parce que nous croyons que celui qui nous donne l\u2019\u00eatre est anim\u00e9 de bienveillance et de b\u00e9n\u00e9diction envers nous.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">On parle souvent de ces choses en les comparant \u00e0 la relation entre les parents et les enfants. Cette analogie peut \u00eatre trompeuse, mais il est vrai aussi que, dans une famille heureuse, lorsque les enfants demandent quelque chose \u00e0 leurs parents, ils ont au fond d\u2019eux la conviction que leurs parents leur donneront ce qui est le meilleur pour eux. Kierkegaard, notamment, est tr\u00e8s clair sur le fait que cela ne signifie pas que l\u2019on obtienne toujours ce que l\u2019on demande, car ce n\u2019est peut-\u00eatre pas ce qu\u2019il y a de mieux pour nous.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>Jane\u00a0:<\/strong> Lorsque vous dites que quelqu\u2019un peut ne pas vraiment savoir ce qu\u2019il fait et continuer malgr\u00e9 tout \u00e0 demander des choses, vous semblez sous-entendre que la pri\u00e8re doit s\u2019inscrire dans un cadre m\u00e9taphysique ou th\u00e9ologique. Comme si cela \u00e9tait n\u00e9cessaire pour que le processus nous conduise de la demande \u00e0 la prise de conscience de notre r\u00e9alit\u00e9 essentielle.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>George\u00a0:<\/strong> Je crois qu\u2019il est important de dire, tout d\u2019abord, que beaucoup de personnes prient sans aucune r\u00e9flexion philosophique ou m\u00e9taphysique. Elles prient avec une confiance spontan\u00e9e, une esp\u00e9rance spontan\u00e9e, une foi spontan\u00e9e. Et je pense que, pour elles comme pour tous ceux qui prient, la pri\u00e8re elle-m\u00eame renforce cette confiance, cette esp\u00e9rance et cette foi. Il n\u2019est donc nullement n\u00e9cessaire de philosopher \u00e0 ce sujet.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">Mais je pense aussi que, lorsque l\u2019on commence \u00e0 philosopher, on peut voir que ce processus implique certaines hypoth\u00e8ses concernant le type d\u2019\u00eatres que nous sommes \u2014 notamment ce n\u00e9ant existentiel dont nous venons de parler. Ce n\u2019est pas un savoir nouveau. On le trouve d\u00e9j\u00e0 dans le Psaume\u00a0100\u00a0: \u00ab Sachez que c\u2019est l\u2019\u00c9ternel qui est Dieu ! C\u2019est lui qui nous a faits, nous lui appartenons \u00bb. Nous ne nous sommes pas donn\u00e9s l\u2019existence.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>Jane\u00a0:<\/strong> Une chose qui m\u2019int\u00e9resse beaucoup est le ph\u00e9nom\u00e8ne de la pri\u00e8re s\u00e9culi\u00e8re, qui est remarquablement r\u00e9pandu. Pour vous donner un exemple, alors que je pr\u00e9parais cet entretien, je suis tomb\u00e9e sur un recueil de po\u00e8mes de Michel Faber dont le premier texte est une pri\u00e8re pour une mort sans souffrance, intitul\u00e9e <em>Of Old Age, In Our Sleep<\/em> (<em>De la vieillesse, dans notre sommeil<\/em>). Il commence ainsi\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"western\">\n<p style=\"padding-left: 80px;\">Bien qu\u2019il n\u2019y ait pas de Dieu, ne cessons pas de prier,<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote class=\"western\" style=\"padding-left: 40px;\">\n<p style=\"padding-left: 40px;\">car des paroles prononc\u00e9es avec solennit\u00e9 pourraient encore agir comme un charme [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\"><sup>2<\/sup><\/a>].<\/p>\n<\/blockquote>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">Plus loin dans le po\u00e8me, il r\u00e9affirme qu\u2019il ne croit ni en Dieu ni en aucune pr\u00e9sence transcendante. Et pourtant, il prie.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong><span style=\"font-size: medium;\">George\u00a0:<\/span><\/strong><span style=\"font-size: medium;\"> Je dirais plut\u00f4t les choses dans l\u2019autre sens\u00a0: prier, c\u2019est croire en Dieu. Ou, pour le dire autrement, ce en quoi nous croyons se r\u00e9v\u00e8le dans la mani\u00e8re dont nous prions. Lorsque les gens commencent \u00e0 prier, que ce soit dans une \u00e9glise ou dans l\u2019intimit\u00e9 de leur vie personnelle, toutes sortes d\u2019id\u00e9es sur Dieu sont \u00e0 l\u2019\u0153uvre, souvent h\u00e9rit\u00e9es de l\u2019enseignement traditionnel de l\u2019\u00c9glise\u00a0: Dieu comme P\u00e8re, Dieu comme Roi, toutes ces images qui fa\u00e7onnent les mots que nous employons et ce que nous demandons. Mais une part essentielle du processus de la pri\u00e8re consiste \u00e0 se d\u00e9pouiller progressivement de tous ces pr\u00e9suppos\u00e9s et \u00e0 laisser la pri\u00e8re elle-m\u00eame accomplir son \u0153uvre. <\/span><span style=\"font-size: medium;\">L<\/span><span style=\"font-size: medium;\">aisser le processus lui-m\u00eame guider la r\u00e9flexion th\u00e9ologique et philosophique.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">Il existe un tr\u00e8s ancien adage catholique\u00a0: <em>Lex orandi, lex credendi<\/em>, qui signifie\u00a0: \u00ab La loi de la pri\u00e8re est la loi de la foi \u00bb. Ainsi, si vous voulez savoir ce que quelqu\u2019un croit, ne lui demandez pas simplement quelles sont ses croyances, car il risque de vous donner une r\u00e9ponse tr\u00e8s intellectualis\u00e9e, peut-\u00eatre conforme \u00e0 ce qu\u2019il pense que votre culture attend de lui, ou au contraire destin\u00e9e \u00e0 la contredire. Mais si vous pouviez entendre comment il prie, cela vous en dirait beaucoup plus.<\/p>\n<p align=\"center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"\" src=\"https:\/\/besharamagazine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Pattison-4-Robert-Irwin-500.jpg\" alt=\"Untitled (1966), an installation by the American artist Robert Irwin\" width=\"328\" height=\"316\" \/><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"center\">\u00ab<em>Untitled<\/em> \u00bb (1966), une installation de l\u2019artiste am\u00e9ricain Robert Irwin (1928\u20132023). Photographie\u00a0: Joshua White \u2013 JWPictures.<\/p>\n<h2 class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">A<\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">mour et <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">C<\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">ontemplation<\/span><\/span><\/h2>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>Peter\u00a0:<\/strong> Vous parlez de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019abandonner les pr\u00e9suppos\u00e9s concernant la nature de celui \u00e0 qui nous adressons notre pri\u00e8re. Pensez-vous que cela implique \u00e9galement de renoncer \u00e0 nos attentes, c\u2019est-\u00e0-dire de prier dans l\u2019espoir d\u2019obtenir ce que nous demandons ?<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>George\u00a0:<\/strong> Oui. Tout \u00e0 fait. Il existe une id\u00e9e d\u00e9velopp\u00e9e par <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Fran%C3%A7ois_de_Sales\">Fran\u00e7ois de Sales<\/a>, \u00e9v\u00eaque fran\u00e7ais du d\u00e9but du XVII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle (qui fut ensuite canonis\u00e9), appel\u00e9e \u00ab l\u2019impossible possibilit\u00e9 \u00bb, reprise par <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/F%C3%A9nelon\">l\u2019archev\u00eaque F\u00e9nelon<\/a> \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration suivante. Elle peut se r\u00e9sumer ainsi\u00a0: imaginez qu\u2019\u00e0 la seconde suivante vous allez mourir et que vous savez avec certitude qu\u2019ensuite vous sombrerez soit dans le n\u00e9ant absolu, l\u2019an\u00e9antissement total, soit, pire encore, que vous irez en enfer pour y br\u00fbler \u00e9ternellement. Continueriez-vous malgr\u00e9 tout \u00e0 aimer Dieu ? Continueriez-vous \u00e0 croire, en cet instant, que Dieu est bon, mis\u00e9ricordieux et qu\u2019il est le dispensateur de tout bien et de tout don parfait ?<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">C\u2019est une \u00ab impossible possibilit\u00e9 \u00bb parce que, m\u00eame dans une telle situation, aucun de nous ne saurait r\u00e9ellement ce qui va arriver ensuite. Et, pour Fran\u00e7ois de Sales comme pour F\u00e9nelon, un Dieu d\u2019amour n\u2019agirait jamais ainsi. Il s\u2019agit donc d\u2019une sorte d\u2019\u00e9preuve extr\u00eame destin\u00e9e \u00e0 mettre \u00e0 nu notre motivation dans la pri\u00e8re. Prions-nous uniquement par int\u00e9r\u00eat personnel ou par un amour pur de Dieu ? Cette id\u00e9e remonte \u00e0 la l\u00e9gende de la mystique musulmane Rabia, rapport\u00e9e en Occident par les Crois\u00e9s. Elle \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9e comme une femme un peu folle parcourant le port de Bassorah, une torche enflamm\u00e9e dans une main et un seau d\u2019eau dans l\u2019autre, afin d\u2019incendier le paradis et d\u2019\u00e9teindre les flammes de l\u2019enfer.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>Jane\u00a0:<\/strong> On lui attribue un po\u00e8me qui est lui-m\u00eame une sorte de pri\u00e8re et qui se traduit ainsi\u00a0:<\/p>\n<blockquote class=\"western\">\n<p style=\"padding-left: 80px;\">\u00d4 Dieu !<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote class=\"western\" style=\"padding-left: 40px;\">\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Si je T\u2019adore par crainte de l\u2019enfer, br\u00fble-moi en enfer !<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote class=\"western\" style=\"padding-left: 40px;\">\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Si je T\u2019adore par d\u00e9sir du Paradis,<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote class=\"western\" style=\"padding-left: 40px;\">\n<p style=\"padding-left: 40px;\">ferme-moi les portes du Paradis.<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote class=\"western\" style=\"padding-left: 40px;\">\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Mais si je T\u2019adore pour Toi seul,<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote class=\"western\" style=\"padding-left: 40px;\">\n<p style=\"padding-left: 40px;\">ne me refuse pas Ta beaut\u00e9 \u00e9ternelle [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\"><sup>3<\/sup><\/a>].<\/p>\n<\/blockquote>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>George\u00a0:<\/strong> Oui. Nous n\u2019aimons pas Dieu parce que nous craignons un ch\u00e2timent ou parce que nous esp\u00e9rons une r\u00e9compense, mais simplement parce que Dieu suscite notre amour. En d\u00e9finitive, c\u2019est la seule v\u00e9ritable raison.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>Peter\u00a0:<\/strong> Vous parlez d\u2019amour, et vous dites que la contemplation est affaire d\u2019amour. Dans votre livre, vous citez <em>Le Nuage d\u2019Inconnaissance\u00a0<\/em>: \u00ab L\u2019\u00e2me, lorsqu\u2019elle est restaur\u00e9e par la gr\u00e2ce, devient pleinement capable de comprendre Dieu pleinement par l\u2019amour \u00bb. Cela suppose une conception de Dieu comme amour \u2014 de Dieu nous transformant en amour, nous faisant participer \u00e0 sa propre nature. Nous sommes cr\u00e9\u00e9s \u00e0 l\u2019image de Dieu et, d\u2019une certaine mani\u00e8re, l\u2019acte de pri\u00e8re nous rend toujours davantage semblables \u00e0 Lui.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>George\u00a0:<\/strong> Oui, c\u2019est exact. Kierkegaard utilise une image qu\u2019il n\u2019a pas invent\u00e9e lui-m\u00eame, mais que l\u2019on retrouve \u00e0 plusieurs reprises dans la tradition chr\u00e9tienne. L\u2019archev\u00eaque F\u00e9nelon, dont je viens de parler, y recourt lui aussi, tout comme Ma\u00eetre Eckhart, et je pense qu\u2019elle remonte probablement \u00e0 des sources bien plus anciennes. C\u2019est l\u2019image de la mer. Kierkegaard fait remarquer que, lorsque la mer est agit\u00e9e et d\u00e9cha\u00een\u00e9e, elle ne refl\u00e8te rien. Mais lorsqu\u2019elle est parfaitement calme, elle offre un reflet parfait du soleil. Le soleil semble alors descendre dans la mer, qui \u00e0 la fois le refl\u00e8te et devient transparente \u00e0 sa lumi\u00e8re.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">Le soleil est ici une m\u00e9taphore de la lumi\u00e8re divine. Cela signifie qu\u2019au sommet \u2014 ou au plus profond \u2014 de la pri\u00e8re, selon la mani\u00e8re dont on pr\u00e9f\u00e8re l\u2019envisager, l\u2019\u00e2me devient paisible et immobile ; elle est alors capable de recevoir \u00e0 nouveau tout ce que Dieu lui donne. Au lieu de chercher \u00e0 se cr\u00e9er elle-m\u00eame, au lieu de vouloir imposer son propre projet, elle s\u2019ouvre enti\u00e8rement \u00e0 ce qui lui est offert. Elle le re\u00e7oit, elle l\u2019accueille avec une acceptation totale, et c\u2019est en ce sens qu\u2019elle est recr\u00e9\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>Peter\u00a0:<\/strong> Oui, je crois que c\u2019est exactement cela. Et cela s\u2019accorde parfaitement avec toute la tradition chr\u00e9tienne et avec l\u2019id\u00e9e de la r\u00e9surrection.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>George\u00a0:<\/strong> Et bien s\u00fbr, il existe le ph\u00e9nom\u00e8ne inverse, bien connu de tous les satiristes\u00a0: celui de la personne qui cherche sans cesse \u00e0 se mettre en valeur, \u00e0 imposer sa personnalit\u00e9 \u00e0 tous ceux qui l\u2019entourent. Plus elle s\u2019efforce de le faire, plus elle r\u00e9v\u00e8le son vide et sa superficialit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"\" src=\"https:\/\/besharamagazine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Pattison-5-Ad-Reinhardt-500.jpg\" alt=\"Cross by the American artist Ad Reinhardt (1913\u20131967)\" width=\"376\" height=\"365\" \/><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"center\">\u00ab <em>Cross<\/em> \u00bb, de l\u2019artiste am\u00e9ricain Ad Reinhardt (1913\u20131967). Ce tableau fut offert \u00e0 son ami Thomas Merton, qui d\u00e9clara \u00e0 son sujet\u00a0: \u00ab C\u2019est un excellent petit tableau. Il affirme qu\u2019une seule chose est n\u00e9cessaire, et c\u2019est vrai ; mais cette unique chose n\u2019est nullement \u00e9vidente pour celui qui ne prend pas la peine de regarder \u00bb [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote4sym\" name=\"sdfootnote4anc\"><sup>4<\/sup><\/a>].<\/p>\n<h2 class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le non-savoir<\/span><\/span><\/h2>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>Jane\u00a0:<\/strong> Dans votre livre, un chapitre est intitul\u00e9 \u00ab Le non-savoir \u00bb et un autre \u00ab Le myst\u00e8re \u00bb. Vous y laissez entendre que la pri\u00e8re nous conduit \u00e0 un point o\u00f9 nous pouvons accueillir le fait de ne pas savoir, ou, peut-\u00eatre plus exactement, accueillir l\u2019inconnaissabilit\u00e9 du divin. Pourriez-vous nous en dire davantage ?<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong><span style=\"font-size: medium;\">George\u00a0:<\/span><\/strong><span style=\"font-size: medium;\"> J\u2019exerce le minist\u00e8re pastoral \u00e0 titre professionnel depuis l\u2019\u00e2ge de vingt-sept ans. Or, dans notre culture, on suppose \u2014 ou du moins on a longtemps suppos\u00e9 \u2014 que les membres du clerg\u00e9 ont les r\u00e9ponses aux questions religieuses. Les gens pensent, et peut-\u00eatre l\u2019\u00c9glise le leur a-t-elle enseign\u00e9, qu\u2019il existe une forme d\u2019expertise professionnelle en ces mati\u00e8res et que, si quelqu\u2019un vient poser des questions sur la pri\u00e8re, sur lui-m\u00eame ou sur Dieu, alors les membres du clerg\u00e9 devraient avoir des r\u00e9ponses. Mais en r\u00e9alit\u00e9, ils ne les ont pas.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">S\u2019il existe des r\u00e9ponses \u2014 et je ne suis d\u2019ailleurs pas certain que le sch\u00e9ma de la question et de la r\u00e9ponse soit la meilleure analogie \u2014 alors ce sont les r\u00e9ponses de Dieu. C\u2019est donc \u00e0 Dieu qu\u2019il faut les demander, et non au clerg\u00e9 ni \u00e0 qui que ce soit d\u2019autre. Je pense que les membres du clerg\u00e9, en particulier, doivent beaucoup apprendre \u00e0 l\u00e2cher prise. Mais cela vaut pour nous tous. Nous devons nous retrouver les uns les autres dans cet espace du non-savoir, dans ce lieu de vuln\u00e9rabilit\u00e9 et de d\u00e9pendance.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">\u00c0 un moment du livre, je parle de solidarit\u00e9, et c\u2019est \u00e9galement quelque chose de tout \u00e0 fait fondamental. En tant qu\u2019\u00eatres humains dans notre relation \u00e0 Dieu, nous sommes, pour reprendre une expression un peu us\u00e9e, tous embarqu\u00e9s dans la m\u00eame aventure, et cela de mani\u00e8re tr\u00e8s profonde. \u00c0 une \u00e9poque de ma vie, je me suis beaucoup int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 la philosophie du yoga. Mais une chose m\u2019a toujours laiss\u00e9 quelque peu mal \u00e0 l\u2019aise\u00a0: l\u2019id\u00e9e, que l\u2019on trouve dans certaines introductions au yoga, selon laquelle les \u00eatres humains arrivent dans cette vie \u00e0 des stades de d\u00e9veloppement diff\u00e9rents. Certains seraient destin\u00e9s, en raison de leur karma, \u00e0 demeurer \u00e0 un niveau relativement bas ; d\u2019autres seraient \u00e0 mi-chemin ; d\u2019autres encore feraient partie d\u2019une sorte d\u2019\u00e9lite spirituelle pr\u00eate \u00e0 acc\u00e9der pleinement \u00e0 l\u2019illumination. Je ne peux pas accepter cette id\u00e9e, car je pense que, devant Dieu, devant la r\u00e9alit\u00e9 et la v\u00e9rit\u00e9 fondamentales de notre existence, nous sommes tous \u00e0 peu pr\u00e8s au m\u00eame endroit. Pour reprendre une vieille expression \u00e9cossaise, nous sommes tous \u00ab les enfants de Jock Tamson \u00bb. Nous souffrons ensemble, nous prions ensemble et nous cherchons ensemble un monde meilleur. Nous le faisons en tant qu\u2019individus, mais nous le faisons aussi ensemble.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>Jane\u00a0:<\/strong> Nous retrouvons cette m\u00eame id\u00e9e dans la tradition mystique islamique que Peter et moi connaissons bien. Ibn\u00a0\u2018Arabi, par exemple, parle de cette connaissance de notre d\u00e9pendance absolue comme d\u2019un fondement ultime. Il reconna\u00eet qu\u2019il existe des diff\u00e9rences entre les \u00eatres humains, ou entre les saints\u00a0: ils poss\u00e8dent des degr\u00e9s divers de connaissance ou de compr\u00e9hension. Mais, pour lui, la caract\u00e9ristique essentielle d\u2019un saint est la r\u00e9alisation de sa d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard du R\u00e9el.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>George\u00a0:<\/strong> Oui, et il est int\u00e9ressant de constater que quelques \u00e9tudes ont, au fil des ann\u00e9es, compar\u00e9 Kierkegaard \u00e0 Ibn \u2018Arabi, ou plus largement au soufisme. Ils partagent l\u2019id\u00e9e que la servitude envers Dieu et l\u2019adoration sont, en quelque sorte, inscrites dans la nature humaine. Par cons\u00e9quent, si nous pensons que le but de l\u2019existence est de maximiser notre autonomie, notre ma\u00eetrise ou nos r\u00e9ussites, alors nous nous engageons sur une voie compl\u00e8tement erron\u00e9e. Cette voie conduit in\u00e9vitablement \u00e0 une impasse, \u00e0 moins que nous ne red\u00e9couvrions que ce n\u2019est pas pour cela que nous sommes ici et que nous ne revenions \u00e0 cet \u00e9tat de servitude et d\u2019adoration.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>Peter\u00a0:<\/strong> Est-ce cela que vous entendez par l\u2019humilit\u00e9, \u00e0 laquelle vous consacrez le dernier chapitre du livre ? Vous dites qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 \u00ab d\u00e9valoris\u00e9e \u00bb dans le monde moderne et qu\u2019il est n\u00e9cessaire de la retrouver et de la comprendre dans son sens le plus essentiel, c\u2019est-\u00e0-dire comme la reconnaissance de notre n\u00e9ant.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>George\u00a0:<\/strong> Oui, exactement. L\u2019humilit\u00e9 est une attitude fondamentale envers la vie, envers les autres \u00eatres humains et envers Dieu. \u00c0 cela s\u2019ajoute l\u2019id\u00e9e de r\u00e9v\u00e9rence. Albert Schweitzer a d\u00e9velopp\u00e9 une \u00e9thique qu\u2019il appelait la \u00ab r\u00e9v\u00e9rence pour la vie \u00bb, et je trouve cette expression magnifique. Elle implique une disposition \u00e0 s\u2019incliner devant le myst\u00e8re et la merveille de la r\u00e9alit\u00e9 qui nous entoure. Je pense que cette id\u00e9e est magnifiquement exprim\u00e9e dans <em>Les Fr\u00e8res Karamazov<\/em> de Dosto\u00efevski par le starets Zosime, qui incarne tout ce qu\u2019il y a de meilleur dans la spiritualit\u00e9 orthodoxe orientale (m\u00eame si certains le jugent quelque peu non<i> <\/i>orthodoxe \u2014 mais d\u2019une mani\u00e8re orthodoxe, pourrait-on dire).<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">Zosime raconte l\u2019histoire de son fr\u00e8re a\u00een\u00e9, Markel, qui, comme il sied aux romans du XIX<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle, est en train de mourir de la phtisie. Markel avait \u00e9t\u00e9 ath\u00e9e. Il avait tourn\u00e9 le dos \u00e0 la religion. Mais, dans les derniers jours de sa vie, il commence \u00e0 la red\u00e9couvrir, d\u2019une mani\u00e8re tr\u00e8s diff\u00e9rente de celle dans laquelle il avait \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9. Il se met \u00e0 parler aux oiseaux et aux fleurs qui l\u2019entourent, demandant pardon aux cr\u00e9atures du monde. Sa m\u00e8re lui dit\u00a0: \u00ab Tu es fou, tu ne leur as fait aucun mal. Pourquoi leur demandes-tu pardon ? \u00bb Mais, pour lui, c\u2019est une merveilleuse expression de la r\u00e9v\u00e9rence pour la vie et de sa participation \u00e0 la totalit\u00e9 du vivant. Il \u00e9prouve le besoin de demander pardon parce que, jusqu\u2019aux derniers jours de son existence, il n\u2019avait jamais r\u00e9ellement appr\u00e9ci\u00e9 tout cela. Ce passage \u00e9voque pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui rend notre vie digne d\u2019\u00eatre v\u00e9cue. Imaginez un monde sans chant d\u2019oiseaux. C\u2019est une part immens\u00e9ment importante de notre exp\u00e9rience du monde.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>Peter\u00a0:<\/strong> Vous \u00e9voquez \u00e9galement dans votre livre la joie de vivre, telle que l\u2019a formul\u00e9e le philosophe fran\u00e7ais <a href=\"https:\/\/plato.stanford.edu\/entries\/levinas\/\">Emmanuel Levinas<\/a>.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>George\u00a0:<\/strong> Levinas se consid\u00e9rait avant tout comme un philosophe juif et revendiquait ce qui a souvent \u00e9t\u00e9 per\u00e7u, tant positivement que n\u00e9gativement, comme le caract\u00e8re \u00ab mat\u00e9rialiste \u00bb de la pens\u00e9e juive. Il estimait que la vie religieuse commence avec la vie humaine et que celle-ci est remplie de plaisirs naturels dont il faut jouir. Sa philosophie est profond\u00e9ment anti-asc\u00e9tique. Il ne s\u2019agit pas de d\u00e9tacher l\u2019esprit du corps, mais plut\u00f4t de rendre gr\u00e2ce pour tout ce que la vie incarn\u00e9e nous apporte et d\u2019en faire un bon usage. Cela renvoie \u00e0 l\u2019id\u00e9al biblique de chacun assis sous sa vigne et son figuier\u00a0: ces biens sont l\u00e0 pour \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9s et pour enrichir la vie humaine. J\u2019ai lu, il y a de nombreuses ann\u00e9es, dans l\u2019une des anthologies de Victor Gollancz, un dicton rabbinique qui disait en substance que nous devrions r\u00e9pondre, au Jour du Jugement, de chaque plaisir licite dont nous n\u2019avons pas joui.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">Bien entendu, il y a l\u00e0 un risque de voir surgir d\u2019immenses d\u00e9bats \u00e9thiques et politiques sur ce qui constitue un plaisir licite ou non. Toutes ces discussions sont parfaitement l\u00e9gitimes. Mais il est essentiel qu\u2019au milieu de ces d\u00e9bats nous ne perdions jamais de vue les v\u00e9rit\u00e9s premi\u00e8res et fondamentales concernant ce que nous sommes.<\/p>\n<p align=\"center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"\" src=\"https:\/\/besharamagazine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Pattison-6-dsh-become-7.jpg\" alt=\"Typestract by the British artist and monk Dom Sylvester Hou\u00e9dard\" width=\"371\" height=\"539\" \/><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"center\"><em>Typestract<\/em> de l\u2019artiste britannique et moine Dom Sylvester Hou\u00e9dard (1924\u20131992), c\u00e9l\u00e9brant No\u00ebl\u00a01991. Image tir\u00e9e de <em>The Kiss: The Beshara Talks of Dom Sylvester Hou\u00e9dard <\/em><em>[<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote5sym\" name=\"sdfootnote5anc\"><sup>5<\/sup><\/a>]<\/em>.<\/p>\n<h2 class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">Nommer Dieu<\/span><\/span><\/h2>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>Jane\u00a0:<\/strong> Vous dites que l\u2019acte de prier ne consiste pas \u00e0 accumuler des m\u00e9rites, des connaissances ou quoi que ce soit d\u2019autre, mais qu\u2019il est plut\u00f4t un lent d\u00e9pouillement, un abandon progressif de nos id\u00e9es pr\u00e9con\u00e7ues, de nos d\u00e9sirs et de toutes les images et id\u00e9es que nous entretenons \u00e0 propos du divin.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>George\u00a0:<\/strong> Oui. Je pense que le processus de la pri\u00e8re \u2014 lorsqu\u2019il ne s\u2019agit pas simplement d\u2019un acte ponctuel ou de cinq minutes pass\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9glise, mais d\u2019un cheminement qui se poursuit au fil du temps, parfois durant des ann\u00e9es \u2014 consiste \u00e0 apprendre ce que nous voulons r\u00e9ellement demander dans la pri\u00e8re, ou ce que nous avons v\u00e9ritablement besoin d\u2019y demander. Pour moi, cela signifie aller toujours plus \u00e0 l\u2019essentiel, jusqu\u2019\u00e0 ce que notre attention se concentre de plus en plus sur l\u2019unique chose n\u00e9cessaire. Je pense qu\u2019il existe sans doute, sur ce point, diff\u00e9rents temp\u00e9raments spirituels, et que, pour certaines personnes, il s\u2019agit au contraire d\u2019un mouvement d\u2019ouverture toujours plus vaste. Mais ce n\u2019est pas ma voie.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong><span style=\"font-size: medium;\">Jane\u00a0:<\/span><\/strong><span style=\"font-size: medium;\"> Dans le chapitre intitul\u00e9 <\/span><em><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab Les mots \u00bb<\/span><\/em><span style=\"font-size: medium;\">, vous poussez cette r\u00e9flexion jusque dans le langage lui-m\u00eame. Vous expliquez que celui-ci peut devenir de plus en plus simple, de plus en plus essentiel, au point que la pri\u00e8re puisse se r\u00e9duire \u00e0 un seul mot r\u00e9p\u00e9t\u00e9 continuellement.<\/span><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>George\u00a0:<\/strong> Cette id\u00e9e vient en r\u00e9alit\u00e9 du trait\u00e9 m\u00e9di\u00e9val anglais <em>Le Nuage d\u2019Inconnaissance<\/em>, qui est tr\u00e8s explicite sur ce point. C\u2019est un ouvrage extr\u00eamement pratique, r\u00e9dig\u00e9 par un auteur anonyme qui, me semble-t-il, s\u2019adressait \u00e0 des personnes se disant\u00a0: \u00ab Toute cette th\u00e9ologie et cette m\u00e9taphysique sont fort int\u00e9ressantes, mais qu\u2019est-ce que je suis cens\u00e9 faire concr\u00e8tement ? \u00bb Le conseil qu\u2019il leur donne est simple\u00a0: prenez un seul mot et servez-vous-en comme d\u2019un marteau pour traverser tous les obstacles qui se dressent entre vous et Dieu. Un marteau n\u2019est sans doute pas l\u2019outil le plus \u00e9l\u00e9gant ni le plus raffin\u00e9, mais il permet de se frayer un passage.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">En r\u00e9alit\u00e9, cette pratique s\u2019inscrit dans une tr\u00e8s longue tradition chr\u00e9tienne. Pensons \u00e0 la Pri\u00e8re de J\u00e9sus, si importante chez les P\u00e8res et les M\u00e8res du d\u00e9sert\u00a0: \u00ab Seigneur J\u00e9sus-Christ, aie piti\u00e9 de moi, p\u00e9cheur \u00bb. Un petit ouvrage que j\u2019utilise depuis de nombreuses ann\u00e9es explique que l\u2019on commence par r\u00e9citer la formule enti\u00e8re, puis qu\u2019avec le temps elle se condense progressivement jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il ne reste plus qu\u2019un seul mot, peut-\u00eatre \u00ab Seigneur \u00bb ou \u00ab J\u00e9sus \u00bb. Toute l\u2019attention finit alors par converger vers cette unique r\u00e9alit\u00e9\u00a0: cet unique appel adress\u00e9 \u00e0 Celui qui nous appelle.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">Je n\u2019aborde pas vraiment cette question dans mon livre, mais je pense que cette pratique repose sur une compr\u00e9hension plus profonde de ce que signifie \u00eatre appel\u00e9 par son nom. Il existe une tradition importante dans l\u2019\u00c9glise d\u2019Orient \u2014 et je soup\u00e7onne qu\u2019on retrouve quelque chose de semblable dans la tradition islamique \u2014 selon laquelle Dieu appelle chacun de nous \u00e0 l\u2019existence comme une personne unique, et non simplement comme un repr\u00e9sentant de l\u2019esp\u00e8ce humaine. Chacun re\u00e7oit un nom, et Dieu l\u2019appelle par ce nom.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>Peter\u00a0:<\/strong> Associeriez-vous cela au fait que, dans le bapt\u00eame chr\u00e9tien, une personne re\u00e7oit son nom ?<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>George\u00a0:<\/strong> Oui, absolument. C\u2019est par le don d\u2019un nom que nous sommes appel\u00e9s \u00e0 entrer en relation avec Dieu, et c\u2019est aussi dans un nom que Dieu se r\u00e9v\u00e8le. C\u2019est ainsi que la tradition chr\u00e9tienne centr\u00e9e sur le nom de J\u00e9sus comprend cette r\u00e9alit\u00e9. Dans la tradition juive, il y a le Nom myst\u00e9rieux de Dieu, que seul le grand pr\u00eatre pouvait prononcer le Jour des Expiations. Cela montre que le point d\u2019\u00e9quilibre sur lequel repose toute la relation entre Dieu et le monde r\u00e9side dans cet \u00e9change de noms.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">Mais le nom n\u2019est \u00e9videmment pas qu\u2019une simple combinaison de voyelles et de consonnes. Certes, il prend cette forme sonore particuli\u00e8re, mais, dans son essence, il est l\u2019adresse que l\u2019un fait \u00e0 l\u2019autre. Nous invoquons Dieu par son nom parce que nous-m\u00eames sommes appel\u00e9s par notre nom.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">Je pense que c\u2019est quelque chose de tr\u00e8s fondamental que l\u2019on retrouve dans d\u2019autres contextes. Si vous avez d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 confront\u00e9 \u00e0 une urgence m\u00e9dicale et que des secouristes vous prennent en charge, vous les entendrez demander\u00a0: \u00ab Comment s\u2019appelle-t-il ? \u00bb Puis ils diront\u00a0: \u00ab George, restez avec nous. George, tenez bon \u00bb. Dans ces moments critiques, il est essentiel que celui qui vous soigne puisse vous appeler par votre nom. Il arrive m\u00eame que l\u2019on soit, au sens propre, ramen\u00e9 \u00e0 la vie parce que quelqu\u2019un nous appelle par notre nom.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">Ce sont parmi les instants les plus intenses de notre existence, ceux o\u00f9 notre \u00eatre se concentre dans sa plus simple expression. Prenons un exemple plus heureux\u00a0: lorsque deux personnes sont profond\u00e9ment amoureuses, le moment o\u00f9 l\u2019une prononce, pour la premi\u00e8re fois face \u00e0 face, le nom de l\u2019autre est un moment d\u2019une immense intimit\u00e9. Dans bien des couples, chacun poss\u00e8de un petit nom que seuls les deux connaissent. Il y a dans cette appellation une proximit\u00e9 particuli\u00e8re ; toute la relation semble s\u2019y condenser.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>Peter\u00a0:<\/strong> Pensez-vous que cela fasse \u00e9cho \u00e0 la pratique soufie consistant \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter certains noms de Dieu, afin, si je comprends bien, d\u2019en r\u00e9aliser les qualit\u00e9s en soi-m\u00eame ?<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>George\u00a0:<\/strong> Oui, je crois qu\u2019il existe une profonde parent\u00e9 entre ces deux approches. Il y a quelque chose de tr\u00e8s puissant \u2014 et de tr\u00e8s f\u00e9cond \u2014 dans le fait de prononcer les noms de Dieu. Dans la tradition islamique, cela trouve son expression classique dans les \u00ab Plus Beaux Noms \u00bb, tels qu\u2019Al-Ghazali les pr\u00e9sente dans son ouvrage <em>Les Quatre-vingt-dix-neuf plus beaux noms de Dieu <\/em><em>[<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote6sym\" name=\"sdfootnote6anc\"><sup>6<\/sup><\/a>]<\/em>.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">Le th\u00e9ologien philosophe occidental a g\u00e9n\u00e9ralement tendance \u00e0 parler des attributs de Dieu, comme s\u2019il s\u2019agissait des propri\u00e9t\u00e9s d\u2019une substance. Nous demandons\u00a0: \u00ab Qu\u2019est-ce qu\u2019un arbre ? \u00bb Et nous r\u00e9pondons en \u00e9num\u00e9rant ses attributs\u00a0: il poss\u00e8de des racines, un tronc, des branches, des feuilles, produit des graines, etc. Les philosophes ont tendance \u00e0 parler de Dieu de la m\u00eame mani\u00e8re\u00a0: quels sont ses attributs ? La puissance, la bont\u00e9, l\u2019omniscience, et ainsi de suite. Tout cela est vrai. Mais penser Dieu \u00e0 partir de ses noms nous fait entrer dans une tout autre dimension, beaucoup plus existentielle, parce que cela nous introduit dans cet espace o\u00f9 chacun appelle et est appel\u00e9.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>Peter\u00a0:<\/strong> Un espace d\u2019intimit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>George\u00a0:<\/strong> Oui, tout \u00e0 fait.<\/p>\n<p align=\"center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"\" src=\"https:\/\/besharamagazine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Pattison-7-Emerging-from-choas-600.jpg\" alt=\"Emerging From Chaos 3 by the British artist Sandra Hill\" width=\"428\" height=\"347\" \/><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"center\">\u00ab <em>Emerging From Chaos\u00a03<\/em> \u00bb, \u0153uvre de l\u2019artiste britannique Sandra Hill, inspir\u00e9e de ses recherches sur le <em>Hiranyagarbha<\/em>, le germe d\u2019or ou matrice cosmique de la cosmologie hindoue. Image\u00a0: Sandra Hill.<\/p>\n<h2 class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">M<\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">ots et <\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">S<\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><span style=\"font-size: medium;\">ilence<\/span><\/span><\/h2>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>Jane\u00a0:<\/strong> Vous disiez tout \u00e0 l\u2019heure que l\u2019acte m\u00eame de prier nous instruit sur le but de la pri\u00e8re, que l\u2019on apprend en pratiquant. Si l\u2019on comprend la pri\u00e8re comme un appel r\u00e9ciproque, cela signifie-t-il qu\u2019il y a toujours une r\u00e9ponse \u00e0 notre appel ?<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>George\u00a0:<\/strong> Je r\u00e9pondrais d\u2019abord qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est l\u2019inverse\u00a0: nous appelons parce que nous avons d\u2019abord \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s. Le mot \u00ab vocation \u00bb, tr\u00e8s utilis\u00e9 \u00e0 propos de la vie religieuse, est souvent employ\u00e9 de mani\u00e8re assez vague, voire creuse. Pourtant, dans la tradition spirituelle fran\u00e7aise, il exprime une id\u00e9e tr\u00e8s pr\u00e9cise\u00a0: certaines personnes se sentent attir\u00e9es vers la d\u00e9votion. Elles ne savent g\u00e9n\u00e9ralement pas pourquoi et, au d\u00e9part, cela se manifeste sous la forme de ce qu\u2019elles appellent un <em>attrait<\/em>. C\u2019est comparable \u00e0 l\u2019attirance que nous pouvons \u00e9prouver pour certaines personnes sans pouvoir l\u2019expliquer ; il y a simplement quelqu\u2019un aupr\u00e8s de qui nous d\u00e9sirons \u00eatre.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">De la m\u00eame mani\u00e8re, certaines personnes ressentent spontan\u00e9ment une attirance pour la religion ou pour la spiritualit\u00e9 ; elles sentent simplement qu\u2019elles veulent lui faire une place dans leur existence. Puis, \u00e0 mesure qu\u2019elles avancent sur ce chemin, elles d\u00e9couvrent qu\u2019elles ne sont pas simplement attir\u00e9es\u00a0: elles sont appel\u00e9es. Appel\u00e9es vers une direction, une t\u00e2che, une mani\u00e8re particuli\u00e8re de vivre.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>Jane\u00a0:<\/strong> Au-del\u00e0 m\u00eame de cette pri\u00e8re r\u00e9duite \u00e0 un seul mot, il y a aussi l\u2019id\u00e9e que Dieu \u2014 ou la R\u00e9alit\u00e9 \u2014 \u00e9chappe \u00e0 toute qualification et \u00e0 toute conceptualisation. Arrive un point o\u00f9 plus rien ne peut \u00eatre dit. Il ne reste que le silence. C\u2019est une intuition que Wittgenstein, l\u2019un des philosophes dont vous parlez dans votre livre, a formul\u00e9e de fa\u00e7on c\u00e9l\u00e8bre. Pour lui, il existe une limite au-del\u00e0 de laquelle le langage cesse de pouvoir dire quoi que ce soit, et nous nous trouvons simplement devant un myst\u00e8re indicible. Mais vous proposez une compr\u00e9hension plus nuanc\u00e9e de la relation entre les mots et le silence. Si je vous comprends bien, elle repose sur l\u2019id\u00e9e que le langage, tout comme notre existence, nous est donn\u00e9 ; ce n\u2019est pas une invention de notre part.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>George\u00a0:<\/strong> Oui, en effet. Une question int\u00e9ressante est de savoir quels textes sur la mystique Wittgenstein connaissait r\u00e9ellement. En 1903, Gustav Landauer [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote7sym\" name=\"sdfootnote7anc\"><sup>7<\/sup><\/a>] publia une traduction allemande de textes essentiels de Ma\u00eetre Eckhart. Landauer \u00e9tait \u00e9galement proche du th\u00e9oricien du langage Fritz Mauthner, dont les trois volumes des <em>Contributions \u00e0 une critique du langage<\/em> parurent entre 1901 et 1903 [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote8sym\" name=\"sdfootnote8anc\"><sup>8<\/sup><\/a>]. Les interrogations sur le langage, la mystique et ce qui d\u00e9passe le langage \u00e9taient donc tr\u00e8s pr\u00e9sentes dans la Vienne de Wittgenstein.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">Nous savons qu\u2019il \u00e9tait profond\u00e9ment immerg\u00e9 dans la culture de son \u00e9poque \u2014 sa musique, son architecture, ses arts visuels \u2014 et il est donc tr\u00e8s probable qu\u2019il connaissait Ma\u00eetre Eckhart. Les philosophes se sont rarement int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 cette question, mais je pense qu\u2019il y aurait l\u00e0 un passionnant travail d\u2019histoire culturelle \u00e0 entreprendre.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">Pour ma part, je ne tracerais pas une fronti\u00e8re aussi rigide entre le langage et le silence. Je crois que cela vaut d\u2019ailleurs pour les trois religions abrahamiques \u2014 le juda\u00efsme, le christianisme et l\u2019islam \u2014 qui accordent toutes une place primordiale \u00e0 la Parole. Apr\u00e8s tout, le grand prologue de l\u2019\u00c9vangile selon saint Jean commence ainsi\u00a0: \u00ab Au commencement \u00e9tait le Verbe ; le Verbe \u00e9tait aupr\u00e8s de Dieu, et le Verbe \u00e9tait Dieu \u00bb [<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote9sym\" name=\"sdfootnote9anc\"><sup>9<\/sup><\/a>].<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">Dans cette perspective, le silence est soit l\u2019attente de la parole \u2014 l\u2019attente qu\u2019elle advienne \u2014 soit sa r\u00e9sonance, son prolongement, une fois qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9e. Affirmer la primaut\u00e9 de la parole ne signifie nullement qu\u2019il faille parler sans cesse. Peut-\u00eatre n\u2019honorons-nous v\u00e9ritablement la parole qu\u2019en lui laissant beaucoup d\u2019espace \u2014 beaucoup de silence \u2014 afin qu\u2019elle puisse \u00eatre entendue dans toute sa v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>Peter\u00a0:<\/strong> Comme le silence qui survient \u00e0 la fin d\u2019une performance vraiment exceptionnelle.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>George\u00a0:<\/strong> Oui. Apr\u00e8s un grand concert, lorsque le dernier accord s\u2019\u00e9teint \u2014 qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un pianissimo ou d\u2019un triple forte \u2014, il y a ce moment suspendu avant les applaudissements. Si le public applaudit aussit\u00f4t, c\u2019est g\u00e9n\u00e9ralement mauvais signe\u00a0: cela signifie qu\u2019il n\u2019a pas vraiment \u00e9cout\u00e9. Mais lorsqu\u2019un silence s\u2019installe, un v\u00e9ritable recueillement\u2026 voil\u00e0 le moment essentiel !<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><strong>Jane\u00a0:<\/strong> George, c\u2019est une magnifique fa\u00e7on de conclure notre entretien. Merci infiniment d\u2019avoir accept\u00e9 de nous parler, et nous souhaitons \u00e0 votre livre tout le succ\u00e8s qu\u2019il m\u00e9rite. Nous l\u2019avons lu avec un immense plaisir.<\/p>\n<p align=\"center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"\" src=\"https:\/\/besharamagazine.org\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Pattison-8-abhay-k-shunyata-03-the-culturium-500.jpg\" alt=\"Shunyata-eka (1) by the Indian artists Adhay K.\" width=\"382\" height=\"378\" \/><\/p>\n<p class=\"western\" align=\"center\">\u00ab <em>Shunyata-eka (1)<\/em> \u00bb, \u0153uvre de l\u2019artiste indien Abhay K., pr\u00e9sent\u00e9e dans <a href=\"https:\/\/www.theculturium.com\/abhay-k-shunyata\/\">l\u2019exposition<\/a> <strong>Shunyata<\/strong><strong> | <\/strong><strong>Emptiness<\/strong>, au Bihar Museum (Inde), du 1 au 10 octobre 2024.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\">George Pattison a donn\u00e9 en 2017 la conf\u00e9rence Beshara intitul\u00e9e <strong>\u00ab Nothingness and Gratitude \u00bb<\/strong> (<em>Le n\u00e9ant et la gratitude<\/em>). La conf\u00e9rence est disponible en vid\u00e9o sur <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=ZV-gIAsrABI&amp;t=1s\">YouTube<\/a> ; le site de Beshara en propose \u00e9galement <a href=\"https:\/\/beshara.org\/media-beshara-lectures-21\/\">la transcription<\/a>.<\/p>\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium;\">Entretien original publi\u00e9 en 2024\u00a0: <\/span><span style=\"color: #000080;\"><u><a href=\"https:\/\/besharamagazine.org\/metaphysics-spirituality\/george-pattison-the-philosophy-of-prayer\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"font-size: medium;\">https:\/\/besharamagazine.org\/metaphysics-spirituality\/george-pattison-the-philosophy-of-prayer\/<\/span><\/a><\/u><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\">______________________________<\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a> <strong>George Pattison<\/strong>, <em>The Philosophy of Prayer<\/em>, Fordham University Press, 2024.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a> <strong>Michel Faber<\/strong>, <em>Undying<\/em>, Canongate Books, 2017.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote3\">\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a> <strong>Charles Upton<\/strong>, <em>The Doorkeeper of the Heart<\/em>, Pir Press, 2003, p.\u00a047.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote4\">\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote4anc\" name=\"sdfootnote4sym\">4<\/a> Cit\u00e9 dans <strong>Roger Lipsey<\/strong>, <em>Angelic Mistakes: The Art of Thomas Merton<\/em>, Echo Point Books, 2006, p.\u00a020.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote5\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote5anc\" name=\"sdfootnote5sym\">5<\/a> <strong>Dom Sylvester Hou\u00e9dard<\/strong>, <em>The Kiss: the Beshara Talks of Dom Sylvester Hou\u00e9dard<\/em>, Beshara Publications, 2023.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote6\">\n<p class=\"western\" align=\"justify\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote6anc\" name=\"sdfootnote6sym\">6<\/a> <strong>Al-Ghazali<\/strong>, <em>The Ninety-Nine Beautiful Names of God<\/em>, trad. D. Burrell et N. Daher, The Islamic Texts Society, 1992.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote7\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote7anc\" name=\"sdfootnote7sym\">7<\/a> <strong>Gustav Landauer<\/strong>, <em>Skepsis und Mystik: Versuche im Anschluss an Mauthners Sprachkritik<\/em>, E. Fleischel, 1903.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote8\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote8anc\" name=\"sdfootnote8sym\">8<\/a> <strong>Fritz Mauthner<\/strong>, <em>Beitr\u00e4ge zu einer Kritik der Sprache<\/em>, J. G. Cotta, 1901-1903.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote9\">\n<p class=\"sdfootnote-western\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote9anc\" name=\"sdfootnote9sym\">9<\/a> <em>Le Nouveau Testament<\/em>, Jean\u00a01,1.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les \u00e9crits chr\u00e9tiens sur la pri\u00e8re ont souvent \u00e9tabli une distinction fondamentale entre la pri\u00e8re de demande, d\u2019une part, et la contemplation, d\u2019autre part. Nombre de textes classiques affirment que la demande est la forme la plus \u00e9l\u00e9mentaire de la pri\u00e8re, puis que l\u2019on gravit progressivement les \u00e9chelons jusqu\u2019\u00e0 parvenir \u00e0 la contemplation directe de Dieu. 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