{"id":286,"date":"2009-03-11T00:00:00","date_gmt":"2009-03-11T00:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=286"},"modified":"2009-12-30T00:09:07","modified_gmt":"2009-12-29T23:09:07","slug":"le-temps-et-lesprance-par-patrick-lebail","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-temps-et-lesprance-par-patrick-lebail\/","title":{"rendered":"Le temps et l&rsquo;esp&eacute;rance par Patrick Lebail"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">(Extrait de L\u2019homme et la connaissance, \u00e9dition Le courrier du livre 1965)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je vous convie \u00e0 freiner un instant le courant de vos pens\u00e9es pour consid\u00e9rer lucidement votre situation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vous \u00eates ici, sur votre chaise, en cet instant o\u00f9 vous jetez un regard sur vous-m\u00eames. Il est 21 heures. Votre pass\u00e9 est derri\u00e8re vous : revivez votre arriv\u00e9e en bas de l&rsquo;escalier, sa mont\u00e9e, le passage du couloir, le moment o\u00f9 vous avez choisi votre chaise. Quant \u00e0 votre futur imm\u00e9diat, c&rsquo;est moi-m\u00eame qui m&rsquo;en trouve charg\u00e9 pour une heure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vous voici donc pos\u00e9s entre votre futur et votre pass\u00e9. Vous \u00eates \u00ab en situation \u00bb entre les temps r\u00e9volus et les temps \u00e0 venir, comme serait situ\u00e9 au milieu d&rsquo;un \u00e9lastique bien tendu le n\u0153ud que vous y auriez fait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est exactement l&rsquo;aspect o\u00f9 vous apparait, \u00e0 premi\u00e8re vue, le pr\u00e9sent. Il est pour nous \u00ab ce qui est ici \u00bb, mais \u00e9quilibre aussi entre deux tensions adverses : le pass\u00e9, qui s&rsquo;accroit sans cesse, et le futur, qui sur le plan cosmique est sans mesure et qui, pour nous, mortels, s&rsquo;amenuise continuellement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s que nous sommes devenus conscients d&rsquo;\u00eatre situ\u00e9s \u00e0 la jonction du futur et du pass\u00e9, il nous faut abandonner la conception simplifi\u00e9e qui nous fait voir dans le pr\u00e9sent un simple \u00e9quilibre statique, celui du n\u0153ud sur un \u00e9lastique. Tout est mouvement ! L&rsquo;existence est dynamique. Le temps nous emporte avec lui. L&rsquo;intuition qui assimile le pr\u00e9sent \u00e0 un \u00e9quilibre est trop vague : l&rsquo;\u00e9quilibre, c&rsquo;est la stabilit\u00e9, que nous ne trouvons ni en nous-m\u00eames, ni en dehors de nous. D\u00e9pouillons alors le pr\u00e9sent de son apparence d&rsquo;\u00e9quilibre. Ne se r\u00e9duit-il pas, d\u00e8s cette op\u00e9ration, \u00e0 un instant sans \u00e9paisseur, pr\u00e9lev\u00e9 sur une course dont la vitesse serait la seule r\u00e9alit\u00e9 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La vie nous apparait comme le lieu de notre existence, comme une route que nous parcourons en voyageurs toujours trop press\u00e9s. Dans notre sac, nous avons boucl\u00e9 notre mince bagage, quelques articles de pacotille : le souvenir et ses fleurs fan\u00e9es, l&rsquo;espoir qui nous tire en avant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;espoir ? C&rsquo;est bien plut\u00f4t vers le gouffre d&rsquo;un futur insondable que nous sommes conduits. Nous envisageons ce futur avec des sentiments contradictoires. Nous esp\u00e9rons que s&rsquo;y r\u00e9aliseront nos d\u00e9sirs, qu&rsquo;y disparaitront nos entraves. Nous y appr\u00e9hendons un inconnu vaguement redoutable, qui rec\u00e8le, en tout cas, notre terminaison. De m\u00eame, le pass\u00e9 n&rsquo;est pas chose morte, vieille lune, compte sold\u00e9 par quitus d\u00e9finitif. Il vit en nous, gonfl\u00e9 de nostalgies, habit\u00e9 de troubles secrets. Futurs et pass\u00e9 d\u00e9bordent de puissances \u00e9motives. Ce sont les moteurs de notre vie psychique profonde. Ils s&rsquo;y jouent dans l&rsquo;ambivalence: l&rsquo;espoir et l&rsquo;appr\u00e9hension, le regret et le soulagement, s&rsquo;y pr\u00e9sentent en couples que rien ne saurait dissocier. Les torsions et les d\u00e9tentes de notre affectivit\u00e9 font mouvoir nos jambes sur la route de la vie. Sans elles, nous resterions cois comme des brutes, assis par terre au milieu du chemin. Le pass\u00e9 et le futur sont les nappes o\u00f9 s&rsquo;alimentent les sources incontr\u00f4l\u00e9es qui jaillissent dans notre psychisme. Ils nous troublent, mais ils nous font avancer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et nous d\u00e9talons dans la vie, \u00e0 l&rsquo;exemple du coureur qui serpente \u00e0 toutes jambes sur les routes sinueuses d&rsquo;un paysage immobile. Il fuit un pass\u00e9 qui le talonne, il se pr\u00e9cipite vers un futur qui l&rsquo;attire, qui le fascine, qu&rsquo;il ne saurait \u00e9viter. Notre condition humaine r\u00e9alise le mouvement perp\u00e9tuel. Nous vivons exclusivement dans le temps. Le constater n&rsquo;est pas une abstraction philosophique. Jamais le coureur ne ralentit son allure, pour souffler un petit peu. Que notre vie se d\u00e9roule dans le temps, est, pour nous, une \u00e9vidence constante. C&rsquo;est un sentiment inn\u00e9, que justifie toute notre exp\u00e9rience. Il ne nous quitte pas plus que le battement de notre c\u0153ur, cette horloge naturelle qui nous \u00e9voque, par son rythme, la chute des grains de l&rsquo;universel sablier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S&rsquo;il est un lieu, pour nous, c&rsquo;est bien l&rsquo;impermanence. Douloureuse impermanence ! Nous, qui sommes assoiff\u00e9s de certitude et d&rsquo;accomplissement, nous abandonnons continuellement ce que nous avons acquis. Tout flue, tout se modifie. A chaque instant tout disparait, pour faire place \u00e0 un monde nouveau. Il entre en notre possession la dur\u00e9e d&rsquo;un \u00e9clair, et s&rsquo;an\u00e9antit d\u00e9finitivement l&rsquo;instant d&rsquo;apr\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On con\u00e7oit ais\u00e9ment que ceux qui raisonnent en m\u00eame temps qu&rsquo;ils ressentent, d\u00e9rivent de ce perp\u00e9tuel changement une sorte d&rsquo;\u00e9tourdissement, une m\u00e9lancolie aux cent visages : le <em>t\u00e6dium vit\u00e6 <\/em>classique, le <em>spleen<\/em> de l&rsquo;anglais romantique, l&rsquo;agnosticisme ou le d\u00e9sespoir. Nulle dialectique, en effet, ne peut mordre sur l&rsquo;impermanence du monde. Rien ne peut logiquement relier deux \u00e9v\u00e8nements, m\u00eame cons\u00e9cutifs. Il est impossible de les confronter, de les assigner \u00e0 comparaitre par devant nous. Ce sont des ombres \u00e9vanescentes ; \u00e0 peine apparus, ils sombrent dans l&rsquo;insubstantialit\u00e9. La course ne s&rsquo;arr\u00eate pas. Sa vitesse nous emporte, \u00e9berlu\u00e9s. Le pass\u00e9 nous pousse et le futur nous tire. Leur pression ne se rel\u00e2che pas. Suivant l&rsquo;expression du <em>Yoga-Vasishtha<\/em> [1] \u00ab Constell\u00e9s d&rsquo;une foule d&rsquo;imperfections, nous sommes \u00e9gaill\u00e9s dans le d\u00e9sert de la vie. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qu&rsquo;est devenu notre pr\u00e9sent ? Lamin\u00e9 entre futur et pass\u00e9, il ne manifeste aucune \u00e9paisseur \u00e0 proprement parler. C&rsquo;est un concept d&rsquo;allure math\u00e9matique, un passage \u00e0 la limite, qui donne z\u00e9ro. Il est extra-plat, ce coureur dans un paysage, que nous sommes ! Nous faisons figure de personnages d\u00e9coup\u00e9s dans du papier. Nous ne sommes pas plus mat\u00e9riels qu&rsquo;un mouvement de l&rsquo;air. Nous sommes aussi fugaces que le vent et que l&rsquo;ombre, qu&rsquo;une ris\u00e9e sur ces Eaux de la Vie dont nous parle le V\u00e9da.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, le fait m\u00eame de notre existence vient contredire les extr\u00eames o\u00f9 le pessimisme voudrait nous entrainer. Il y a quelque chose de faux dans l&rsquo;id\u00e9e de ce coureur d\u00e9nu\u00e9 de substance, ce personnage de dessin anim\u00e9, cette silhouette en papier japonais, ce mobile impalpable, purement cin\u00e9tique, d\u00e9pourvu de toute masse. Quel \u00e9trange m\u00e9canisme d\u00e9place-t-il donc ce rien sur la vaste plaine du monde ? Sans que- nous le sachions, son image nous obs\u00e8de. Elle est \u00e0 la fois vraie et fausse. Nous allons tenter de l&rsquo;exorciser.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;exorcisme du coureur, dont la fugacit\u00e9 nous inqui\u00e8te, requiert que la nature du Temps soit comprise. Nageurs essouffl\u00e9s sur l&rsquo;oc\u00e9an de la vie, nous voudrions bien aborder au rivage pour \u00eatre en mesure de nous s\u00e9cher. Seule une compr\u00e9hension v\u00e9ritable pourra nous faire reprendre pied.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Notre pr\u00e9sent n&rsquo;est assur\u00e9ment pas un n\u0153ud bien fixe au beau milieu d&rsquo;un \u00e9lastique. Sa nature est plut\u00f4t celle d&rsquo;une pierre lanc\u00e9e par une fronde. Elle parcourt rapidement son orbite, et r\u00e9v\u00e8le \u00e0 tout instant l&rsquo;\u00e9quilibre parfait des forces [2] diverses qui s&rsquo;exercent sur elle. Son mouvement n&rsquo;est r\u00e9ellement qu&rsquo;un autre aspect de l&rsquo;immobilit\u00e9 : d\u00e8s que nous cherchons \u00e0 cerner le temps par la dialectique, \u00e0 l&rsquo;enserrer dans les rets de la pure logique, nous aboutissons \u00e0 des paradoxes de ce genre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors nous sommes tent\u00e9s de sortir des difficult\u00e9s que suscite l&rsquo;invention d&rsquo;une d\u00e9finition pr\u00e9cise, en faisant appel \u00e0 une perspective g\u00e9n\u00e9rale qui nous \u00e9pargne d&rsquo;attaquer le probl\u00e8me de trop pr\u00e8s. Nous \u00e9non\u00e7ons que le Temps est le lieu des \u00e9v\u00e8nements, comme le paysage est le lieu des arbres, des routes, des maisons&#8230; bref, de tous les objets.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il serait donc, dans cette optique, le lieu de notre exp\u00e9rience, jalonn\u00e9 par les p\u00e9rip\u00e9ties de notre aventure terrestre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette vue est commode, mais nettement insuffisante. Elle est trop th\u00e9orique, trop sch\u00e9matique. Elle est arbitrairement d\u00e9pouill\u00e9e de ce mouvement du r\u00e9el qui habite si \u00e9loquemment en notre organisme. Notre vie n&rsquo;est pas une carte g\u00e9ographique, mais une exploration de l&rsquo;impr\u00e9visible. Inversons donc cette approche pour y injecter du dynamisme. Nous \u00e9vitons, pour ce faire, de poser a priori qu&rsquo;il existe des \u00e9v\u00e8nements distincts, localis\u00e9s dans un espace temporel mythique que nous inventons pour les besoins de cause. Prenons en main le rasoir d&rsquo;Occam et retranchons toute sp\u00e9culation. Exprimons plut\u00f4t que nous constatons une succession d&rsquo;\u00e9v\u00e8nements, ce qui nous pousse \u00e0 dire qu&rsquo;il existe un Temps. Les \u00e9v\u00e8nements ne sont-ils pas ce que nous ressentons directement, sans m\u00e9diation ? Le Temps, lui, n&rsquo;est qu&rsquo;une inf\u00e9rence. Il suffit de lui accorder la signification d&rsquo;un mouvement, celui qui accompagne la cascade des \u00e9v\u00e8nements, pour que s&rsquo;y trouve r\u00e9sum\u00e9 intuitivement et de fa\u00e7on fort suggestive tout le dynamisme de notre exp\u00e9rience, cet \u00e9coulement ph\u00e9nom\u00e9nal qui s&rsquo;impose si fortement \u00e0 nous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est avantageux d&rsquo;adopter cette position, car elle nous permet de consid\u00e9rer identiquement \u00e0 la fois les \u00e9v\u00e8nements \u00ab concrets \u00bb du monde \u00ab externe \u00bb et les \u00e9v\u00e8nements \u00ab immat\u00e9riels \u00bb de notre monde \u00ab interne \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous ne sommes plus oblig\u00e9s d&rsquo;en faire deux cat\u00e9gories distinctes. Nous r\u00e9int\u00e9grons dans le cadre universel des \u00c9v\u00e8nements les pens\u00e9es, les sensations, les tensions volitives, qui n&rsquo;ont pas d&rsquo;autre consistance que le mouvement de notre esprit. On pourrait dire que le Temps est la mati\u00e8re de nos pens\u00e9es, si son essence n&rsquo;\u00e9tait pas immat\u00e9rialit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous imaginons que nous percevons directement le Temps, en raison de notre pr\u00e9occupation permanente au sujet du pass\u00e9 et du futur. Notre pens\u00e9e vacille continuellement entre ces deux p\u00f4les antagonistes et d\u00e9lave ainsi le trait sans \u00e9paisseur qui est l&rsquo;instant pr\u00e9sent. Le Temps nous parait \u00eatre le reposoir des choses. Cela provient du jeu de notre imagination, de notre inqui\u00e9tude, de nos espoirs et de nos appr\u00e9hensions, qui nous font supputer mille \u00e9v\u00e8nements, soit r\u00e9volus, soit escompt\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le sentiment du Temps, qui parfois nous \u00e9treint, est uniquement la sensation d&rsquo;un tiraillement interne. C&rsquo;est le bousculement, le froissement incessant, de l\u00e9g\u00e8res tensions affectives, la houle des d\u00e9sirs subconscients. Que si nous d\u00e9pouillons le Temps de ces colorations, nous reconnaissons ais\u00e9ment, derri\u00e8re leur manteau, la simple et parfaite continuit\u00e9 du flot des choses, des vaguelettes de notre esprit. Leur coul\u00e9e ne pr\u00e9sente ni faille ni soubresaut. Il est inutile d&rsquo;\u00e9voquer un temps qui soit distinct des \u00eatres. C&rsquo;est un concept inutile, qui ne sert qu&rsquo;\u00e0 nous angoisser. Nous avons avantage \u00e0 l&rsquo;\u00e9liminer, car il n&rsquo;explique rien et complique tout. Bornons-nous plut\u00f4t \u00e0 constater la mouvante transformation de toutes choses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, nous nous interrogeons. Quel est donc leur mouvement, ou pour mieux dire, leur mouvance ? Quelle est cette infinie plasticit\u00e9 des \u00eatres ? Pourquoi sont-ils insaisissables \u00e0 la mani\u00e8re de Prot\u00e9e ? Nous avons jet\u00e9 le temps par-dessus bord, mais nous voulons conserver les \u00e9v\u00e8nements, \u00ab ce qui arrive \u00bb, pour ne pas verser dans l&rsquo;absurde, ni dans la fiction pure. Nous venons de lever toute une arm\u00e9e de nouvelles perplexit\u00e9s. Sans un Temps, arrive-t-il donc quelque chose ? OU sont pass\u00e9s des \u00e9v\u00e8nements qui n&rsquo;ont plus, semble-t-il, de substance ? Hors du Temps, y a-t-il quelque chose qui change ? En \u00f4tant le Temps, n&rsquo;avons-nous pas coup\u00e9 ce fil qui symbolise \u00e0 nos yeux l&rsquo;ordre du monde ? Ne risquons-nous pas d&rsquo;y introduire un chaos qui le ram\u00e8ne d\u00e9finitivement dans la zone de l&rsquo;inexplicable ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La question peut d&rsquo;autant plus se poser que l&rsquo;analyse v\u00e9dantique a ruin\u00e9 les notions si claires, et pourtant si fausses, sur lesquelles reposent la plupart de nos convictions inn\u00e9es. Objets distincts, \u00e9v\u00e8nements, spectateur et spectacle, mouvement, devenir et causalit\u00e9, tout a \u00e9t\u00e9 balay\u00e9 par la bombe qu&rsquo;ont magistralement lanc\u00e9e les anciens instructeurs du Vedanta. Son explosion a d\u00e9finitivement \u00e9branl\u00e9 nos certitudes na\u00efves. Pour l&rsquo;homme qui suit la voie du Vedanta, une investigation rationnelle, honn\u00eate et p\u00e9n\u00e9trante, a fissur\u00e9 tout ce qu&rsquo;il pensait savoir sur le monde lorsqu&rsquo;il ne l&rsquo;avait pas vraiment consid\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De cette bombe, il est facile d&rsquo;analyser l&rsquo;explosif. Voici le verdict du chimiste. Le pass\u00e9 n&rsquo;est plus. Le futur n&rsquo;est pas encore. Le pr\u00e9sent n&rsquo;a pas d&rsquo;\u00e9paisseur. Tout ce qui rel\u00e8ve du Temps est inexistant, illusoire et futile. La cons\u00e9quence ne s&rsquo;en fait pas attendre. Notre voyageur dans la vie, c&rsquo;est-\u00e0-dire nous-m\u00eame, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 r\u00e9duit \u00e0 un coureur infiniment diaphane. Or, voici que ce coureur disparait, qu&rsquo;il se volatilise. Circonstance tr\u00e8s grave, il sort tr\u00e8s discr\u00e8tement, sans le moindre bruit, sans que rien ne soit chang\u00e9 ! Nous ne pouvons en \u00eatre surpris : il avait d\u00e9j\u00e0 perdu toute substance, il \u00e9tait devenu plus mince que du papier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pens\u00e9e profonde des grands maitres va plus loin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle ne nous quitte heureusement pas en chemin. Elle ne nous assigne, comme statut, ni l&rsquo;erreur, ni le n\u00e9ant. Le Temps est assur\u00e9ment rejet\u00e9 comme une conception illusoire et dangereuse. Le Temps, les \u00c9v\u00e9nements, la Causalit\u00e9, sont tous d\u00e9pouill\u00e9s de leur apparente v\u00e9rit\u00e9. C&rsquo;est au profit d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 plus ample, qui les englobe et les explique, et dont ils constituent seulement quelques-uns des aspects.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pr\u00e9sence de l&rsquo;Univers est certaine. Le Vedanta ne songe pas \u00e0 la nier, mais il nie que l&rsquo;Univers change. L&rsquo;Univers bouge et se plisse, peut-\u00eatre, mais sans se transformer. Son \u00e9quilibre est aussi constant que celui de la pierre dans son orbite. La substance de l&rsquo;Univers est \u00e9ternelle ; elle est immuable aussi. Des \u00e9nergies inconnaissables s&rsquo;y jouent librement, pour modifier sans arr\u00eat la face du monde et notre \u00e2me aussi, qui se trouve avec lui en parfaite continuit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout se transforme, mais rien ne change. L&rsquo;eau devient glace ou vapeur : elle ne cesse pas d&rsquo;\u00eatre de l&rsquo;eau. Notre conscience se fait joie, tristesse ou indiff\u00e9rence sans changer pour cela de nature. Les m\u00eames atomes circulent entre le sol, les plantes, les animaux et les hommes, sans faire autre chose qu&rsquo;entrer en diff\u00e9rentes combinaisons. Des m\u00eames touches d&rsquo;un piano on peut tirer toutes les musiques. Un danseur [3], en ses diverses attitudes, est toujours le m\u00eame danseur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous ne devons pas nous angoisser parce que nous projetons d&rsquo;\u00e9vacuer le Temps. Nous ne perdons rien de valable en abandonnant l&rsquo;impermanence. Ce \u00e0 quoi nous renon\u00e7ons, c&rsquo;est \u00e0 notre malaise ou notre d\u00e9sespoir. Nous acqu\u00e9rons en contre-partie des certitudes sans prix : une permanence intemporelle plus v\u00e9ridique ; l&rsquo;arri\u00e8re-plan d&rsquo;une ultime stabilit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Notre esprit s&rsquo;affole des images qu&rsquo;il engendre lui-m\u00eame. Au prime abord, notre vie nous apparait comme un faisceau de dynamismes orient\u00e9s, un \u00e9coulement dans un canal qui nous m\u00e8ne au grand d\u00e9versoir de la mort. Mais en ce canal rien ne s&rsquo;\u00e9coule. Les eaux de la vie sont in\u00e9puisables, parce que jamais nul ne les diminue en y venant puiser.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est possible de parvenir \u00e0 une v\u00e9ritable acceptation de l&rsquo;impermanence. Cette acceptation consiste \u00e0 la comprendre, puis \u00e0 la rejeter comme une d\u00e9pouille s\u00e8che dont nous rev\u00eatons l&rsquo;\u00e9clat d&rsquo;une immuable R\u00e9alit\u00e9. Notre h\u00e9ritage n&rsquo;est pas le nihilisme, l&rsquo;agnosticisme, le d\u00e9sespoir. Il est d\u00e9tachement, c&rsquo;est-\u00e0-dire d\u00e9passement. On retrouve ici le sens de l&rsquo;invocation upanishadique [4]:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Conduis-nous des t\u00e9n\u00e8bres \u00e0 la lumi\u00e8re,<br \/>\n\u00ab Conduis-nous de la mort \u00e0 l&rsquo;immortalit\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque nous sommes agripp\u00e9s d&rsquo;une main \u00e0 l&rsquo;espoir, de l&rsquo;autre \u00e0 la nostalgie, notre lot est frayeur, d\u00e9sirs fous, mordante r\u00e9collection du pass\u00e9. La crispation sur le Temps ne peut que nous d\u00e9cevoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il nous faut, pour vivre en paix, ne plus nous sentir impliqu\u00e9s dans les choses, conqu\u00e9rir notre ind\u00e9pendance. Ceci oblige \u00e0 tenter d&rsquo;apercevoir, sous l&rsquo;enveloppe fascinante dont les pare notre esprit, leur unique et splendide substance : le R\u00e9el, qui est intime, en m\u00eame temps qu&rsquo;il est infini. Comme l&rsquo;\u00e9crit Gaudap\u00e2da [5]: \u00ab Il est pris pour les choses de ce monde \u00bb. Elles en sont le voile, qu&rsquo;il nous appartient de soulever.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une voie pour ce faire est la r\u00e9flexion sur ce Temps si myst\u00e9rieux. Elle nous aide \u00e0 prendre quelque altitude pour survoler nos mis\u00e8res, \u00e0 conqu\u00e9rir de l&rsquo;ind\u00e9pendance, \u00e0 mieux apercevoir la v\u00e9rit\u00e9 du monde. La seule illusion y aura finalement \u00e9t\u00e9 d&rsquo;avoir pens\u00e9 \u00eatre asservis, alors que de toute \u00e9ternit\u00e9 nous sommes purs, sans limites et lib\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le pr\u00e9sent qui nous p\u00e8se, la destin\u00e9e qui nous effraie, l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 qui \u00e9treint notre \u00e2me, le poids si lourd du pass\u00e9 : autant de fant\u00f4mes qui peuvent s&rsquo;\u00e9vanouir en fum\u00e9e impalpable. Il suffit de vraiment comprendre que le Temps n&rsquo;a pas d&rsquo;essence. C&rsquo;est un vocable. C&rsquo;est la d\u00e9nomination g\u00e9n\u00e9rique que nous appliquons aux modifications sans fin qui se jouent sur la face d&rsquo;un univers unique, lui-m\u00eame continuum sans faille, ni d\u00e9but, ni fin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sa draperie bouge l\u00e9g\u00e8rement. Le souffle irr\u00e9sistible des \u00e9nergies divines en agite majestueusement les plis. L&rsquo;amplitude de ce mouvement d\u00e9passe notre entendement. Quand nous tentons de le consid\u00e9rer, la t\u00eate nous tourne. La pens\u00e9e cosmique qu&rsquo;il manifeste est un vin trop capiteux pour nous. Nos \u00e9tourdissements se traduisent par d&rsquo;innombrables divagations philosophiques et religieuses, qui fabulent sur le Temps, le devenir, la pr\u00e9destination, la cr\u00e9ation et l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. Nous devrions pourtant avoir la t\u00eate plus solide et comprendre que rien de cette pens\u00e9e ne nous est proprement \u00e9tranger : nous sommes, apr\u00e8s tout, un des plis de la grande draperie. Rien ne devrait nous \u00e9pouvanter, dans un contact familier avec la conscience supr\u00eame, ind\u00e9finiment cr\u00e9atrice. La transformation du monde s&rsquo;y d\u00e9roule en pleine lumi\u00e8re. Nul myst\u00e8re inqui\u00e9tant ni sombre ne s&rsquo;y trouve cach\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les choses sont simples, leur essence n&rsquo;\u00e9volue pas. Rien ne nait, rien ne meurt. Le continuum vivant reste entier. Ceux que nous avons aim\u00e9s n&rsquo;\u00e9taient que des rayons particuli\u00e8rement brillants de la lumi\u00e8re universelle. Nous avons \u00e9t\u00e9 surpris de reconna\u00eetre en eux son clair reflet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette lumi\u00e8re, nous affirme le Vedanta, nous n&rsquo;en avons jamais \u00e9t\u00e9 priv\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La conclusion est claire : il n&rsquo;y a pas d&rsquo;impermanence. Le pass\u00e9 ne s&rsquo;accroit pas, le futur ne s&rsquo;amenuise pas. Le pass\u00e9 ne nous fuit pas, le futur ne se rue pas \u00e0 notre rencontre. Il existe seulement une <em>pure intemporalit\u00e9<\/em>. On ne peut m\u00eame dire qu&rsquo;il y ait un pr\u00e9sent, ni surtout un \u00ab pr\u00e9sent permanent \u00bb. Seul est \u00e9vident un reflet mouvant de la pl\u00e9nitude de l&rsquo;\u00eatre. Une action, que nous appelons divine, en \u00e9merge inlassablement et le module selon tous les aspects du monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce dernier n&rsquo;est autre qu&rsquo;une ris\u00e9e qui se propage sur un insondable oc\u00e9an. L&rsquo;\u00e9nigme qu&rsquo;il nous pose se r\u00e9sout au sein d&rsquo;un d\u00e9tachement v\u00e9ritable, qui nous \u00e9l\u00e8ve au-dessus de sa fascination. De m\u00eame, pour comprendre le mouvement d&rsquo;un fleuve, il en faut apercevoir l&rsquo;eau. Le d\u00e9tachement viendra de lui-m\u00eame lorsque nous verrons clairement la sublime simplicit\u00e9 des choses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous substituerons aux crispations de l&rsquo;espoir, la d\u00e9tente de l&rsquo;esp\u00e9rance : l&rsquo;esp\u00e9rance, qui est attitude de foi, qui n&rsquo;est attente de rien, qui se satisfait de toutes choses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le coureur dans la vie, qui nous ressemble comme un fr\u00e8re, avait tout l&rsquo;air de s&rsquo;\u00eatre fondu dans le n\u00e9ant. Bien an contraire, il s&rsquo;est int\u00e9gr\u00e9 dans une totalit\u00e9. Il s&rsquo;est finalement aper\u00e7u qu&rsquo;il faisait partie du paysage. Nul pouvoir n&rsquo;aurait \u00e9t\u00e9 capable de l&rsquo;en arracher. Il acquiert, par l\u00e0 m\u00eame, des dimensions infinies, celles de l&rsquo;univers entier. Il s&rsquo;est r\u00e9concili\u00e9 avec sa propre substance. Il a compris que l&rsquo;union du coureur avec le paysage est aussi indissoluble que celle du spectateur avec le spectacle. Il n&rsquo;y a pas, \u00e0 proprement parler, de spectateur qui confronte un spectacle. C&rsquo;est une conception commode durant la course [6] mais elle est insuffisante. Ils sont unis dans la R\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans cet esprit, la M\u00e2nd\u00fbkya-Upanishad affirme que l&rsquo;homme assagi devient origine, devient r\u00e9sorption, devient universel. En ses propres termes, du m\u00eame coup \u00e9lucid\u00e9s : \u00ab Il participe au Soi par le Soi, celui qui d\u00e9tient cette connaissance. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous sommes maintenant en possession de la formulation la meilleure : <em>le Temps est ce qui manifeste la R\u00e9alit\u00e9<\/em>. Nous comprenons qu&rsquo;il soit insaisissable. M\u00eame quand nous en avons compris la nature par l&rsquo;effort de notre pens\u00e9e, nous ne pouvons nous en abstraire par un simple geste de la raison. En notre \u00e9tat actuel, c&rsquo;est le Temps qui nous alimente ; cela durera aussi longtemps que nous vivrons en lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Son flot bouillonne sans rel\u00e2che sur nos rives. Nous sommes un des canaux par lesquels se rue le d\u00e9bordement des \u00e9nergies divines. C&rsquo;est le milieu superfluide o\u00f9 nous nageons. Nous y trouvons, par une alchimie subtile, tous les \u00e9l\u00e9ments de notre conservation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La Chandogya-Upanishad nous parle [7] du grand arbre qui tire de la terre ses sucs nourriciers et se r\u00e9jouit d&rsquo;en vivre. Nous aussi, nous sommes des arbres, \u00e0 la complexe ramure. C&rsquo;est dans le Temps que nous sommes plant\u00e9s. Nous en tirons notre vie, combien mouvante, la fontaine de nos pens\u00e9es, et l&rsquo;esp\u00e9rance d&rsquo;y trouver le vrai. Le Temps est notre substance m\u00eame, celle de notre corps comme celle de nos pens\u00e9es. Il n&rsquo;est pas notre destructeur, mais notre habile et divin constructeur. Nous l&rsquo;appelons de noms divers : puissance divine ou m\u00e2y\u00e2, l&rsquo;Illusion cr\u00e9atrice. Nous y baignons comme le poisson \u00e9volue dans l&rsquo;eau, comme l&rsquo;oiseau s&rsquo;appuie sur l&rsquo;air.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette immersion poss\u00e8de m\u00eame la seule permanence que nous puissions rep\u00e9rer dans le monde. Elle est celle du jaillissement par lequel le Temps nous porte et nous cr\u00e9e. Cependant, le m\u00e9ditant peut quelquefois traverser les flots de son torrent. L&rsquo;horloge de son souffle ralentit \u00e0 mesure qu&rsquo;il s&rsquo;apaise. Son c\u0153ur bat calmement, sans mesurer la succession d&rsquo;aucune pens\u00e9e. L&rsquo;\u00e9clairage int\u00e9rieur cro\u00eet en lui et fait peu \u00e0 peu p\u00e2lir la pr\u00e9sence d&rsquo;un monde o\u00f9 il se sent de moins en moins impliqu\u00e9. Ces rythmes naturels rejoignent la pulsation qui fait \u00e9voluer sourdement l&rsquo;univers, et le m\u00e9ditant avec lui. Il se condense en une pr\u00e9sence plus vaste, dont l&rsquo;aspect temporel se dissipe \u00e0 mesure que sa concentration s&rsquo;intensifie. Un effort ultime place l&rsquo;adepte au-del\u00e0 du plan du sensible. \u00c9lev\u00e9 hors du temps, il voit alors couler la transformation des choses, sans toutefois y participer. C&rsquo;est en lui qu&rsquo;il d\u00e9couvre l&rsquo;infini, intemporel et simple. Le Temps n&rsquo;en est qu&rsquo;un visage, celui qui rend sans limite la vari\u00e9t\u00e9 des possibles. Sa r\u00e9alit\u00e9 n&rsquo;est autre que la Conscience impersonnelle, dont l&rsquo;\u00e9vidence l&rsquo;envahit totalement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette m\u00e9ditation d\u00e9passe nos capacit\u00e9s. Nous restons baign\u00e9s dans les flots du Temps, m\u00eame si notre analyse et notre intuition nous ont montr\u00e9 qu&rsquo;en lui nous trouvons seulement l&rsquo;espoir, tandis qu&rsquo;en dehors de lui r\u00e9side notre esp\u00e9rance. Cependant, nous sommes inali\u00e9nablement \u00ab capables d&rsquo;immortalit\u00e9 \u00bb [8]. Il nous suffit, pour en \u00eatre dignes, de savoir ne pas nous opposer au flot du Temps, de consentir \u00e0 nous y abandonner comme \u00e0 l&rsquo;expression de la puissance divine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je vous propose donc de faire v\u00f4tre cette maxime du Veda :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab K\u00e2lah k\u00e2le m\u00e2m nayati \u00bb<br \/>\n\u00ab Le Temps me conduit dans le Temps \u00bb.<\/p>\n<p>[1] 1-26-41.<br \/>\n[2] gravitation, force centrifuge, force de Coriolis, magn\u00e9tisme&#8230;<br \/>\n[3] Shiva !<br \/>\n[4] Brihad-\u00e2ranyaka Upanishad, 1-3-28.<br \/>\n[5] M\u00e2nd\u00fbkya K\u00e2rik\u00e2, 2-19.<br \/>\n[6] par exemple, pendant l&rsquo;effort du yoga.<br \/>\n[7] 6-11-1.<br \/>\n[8] Mandukya-K\u00e2rik\u00e2, 4-92.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vous \u00eates ici, sur votre chaise, en cet instant o\u00f9 vous jetez un regard sur vous-m\u00eames. Il est 21 heures. Votre pass\u00e9 est derri\u00e8re vous : revivez votre arriv\u00e9e en bas de l&rsquo;escalier, sa mont\u00e9e, le passage du couloir, le moment o\u00f9 vous avez choisi votre chaise. Quant \u00e0 votre futur imm\u00e9diat, c&rsquo;est moi-m\u00eame qui m&rsquo;en trouve charg\u00e9 pour une heure. Vous voici donc pos\u00e9s entre votre futur et votre pass\u00e9. Vous \u00eates \u00ab en situation \u00bb entre les temps r\u00e9volus et les temps \u00e0 venir, comme serait situ\u00e9 au milieu d&rsquo;un \u00e9lastique bien tendu le n\u0153ud que vous y auriez fait.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[230],"tags":[187,37,123],"class_list":["post-286","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-p-lebail","tag-advaita","tag-conscience","tag-unite"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.0 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Le temps et l&rsquo;esp&eacute;rance par Patrick Lebail - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-temps-et-lesprance-par-patrick-lebail\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Le temps et l&rsquo;esp&eacute;rance par Patrick Lebail - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Vous \u00eates ici, sur votre chaise, en cet instant o\u00f9 vous jetez un regard sur vous-m\u00eames. 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Vous \u00eates \u00ab en situation \u00bb entre les temps r\u00e9volus et les temps \u00e0 venir, comme serait situ\u00e9 au milieu d'un \u00e9lastique bien tendu le n\u0153ud que vous y auriez fait.","og_url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-temps-et-lesprance-par-patrick-lebail\/","og_site_name":"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","article_published_time":"2009-03-11T00:00:00+00:00","article_modified_time":"2009-12-29T23:09:07+00:00","author":"3e mill\u00e9naire","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"3e mill\u00e9naire","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"20 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"Article","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-temps-et-lesprance-par-patrick-lebail\/#article","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-temps-et-lesprance-par-patrick-lebail\/"},"author":{"name":"3e mill\u00e9naire","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5"},"headline":"Le temps et l&rsquo;esp&eacute;rance par Patrick Lebail","datePublished":"2009-03-11T00:00:00+00:00","dateModified":"2009-12-29T23:09:07+00:00","mainEntityOfPage":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-temps-et-lesprance-par-patrick-lebail\/"},"wordCount":3965,"commentCount":0,"keywords":["Advaita","Conscience","Unit\u00e9"],"articleSection":["Lebail Patrick"],"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"CommentAction","name":"Comment","target":["https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-temps-et-lesprance-par-patrick-lebail\/#respond"]}]},{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-temps-et-lesprance-par-patrick-lebail\/","url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-temps-et-lesprance-par-patrick-lebail\/","name":"Le temps et l&rsquo;esp&eacute;rance par Patrick Lebail - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#website"},"datePublished":"2009-03-11T00:00:00+00:00","dateModified":"2009-12-29T23:09:07+00:00","author":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5"},"breadcrumb":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-temps-et-lesprance-par-patrick-lebail\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-temps-et-lesprance-par-patrick-lebail\/"]}]},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/le-temps-et-lesprance-par-patrick-lebail\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Le temps et l&rsquo;esp&eacute;rance par Patrick Lebail"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#website","url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/","name":"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","description":"L&#039;Homme en devenir","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5","name":"3e mill\u00e9naire","url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/author\/admin\/"}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/286","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=286"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/286\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=286"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=286"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=286"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}