{"id":309,"date":"2009-04-07T00:00:00","date_gmt":"2009-04-07T00:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=309"},"modified":"2011-09-21T03:35:42","modified_gmt":"2011-09-21T02:35:42","slug":"religion-et-thosophie-par-pierre-dangkor","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/religion-et-thosophie-par-pierre-dangkor\/","title":{"rendered":"Religion et th\u00e9osophie par Pierre d&rsquo;Angkor"},"content":{"rendered":"<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\">(Revue Le Lotus Bleu. Juillet-Ao\u00fbt 1958)<\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\">Si l&rsquo;on consid\u00e8re depuis ses origines le pass\u00e9 religieux de l&rsquo;humanit\u00e9, l&rsquo;on constate qu&rsquo;elle s&rsquo;est toujours trouv\u00e9e divis\u00e9e en deux grandes cat\u00e9gories oppos\u00e9es : les agnostiques et les croyants. Les grandes religions historiques qui se succ\u00e9d\u00e8rent eurent toutes leurs sceptiques, leurs incr\u00e9dules. De nos jours, beaucoup de th\u00e9osophes \u00e9taient des agnostiques, des esprits areligieux. Ils ne sont venus \u00e0 la th\u00e9osophie que parce que leur esprit philosophique a \u00e9t\u00e9 \u00e9c\u0153ur\u00e9 par les insuffisances, ou effray\u00e9 par les dangers, que pr\u00e9sente une science purement mat\u00e9rialiste, ou parce que leur attention a \u00e9t\u00e9 attir\u00e9e par des ph\u00e9nom\u00e8nes parapsychiques ou paranormaux que la science officielle n&rsquo;explique pas. Quant aux croyants des diverses religions, sous l&#8217;empire de leur raison critique, analytique et discursive, ils ne tard\u00e8rent pas \u00e0 se diviser eux-m\u00eames, \u00e0 s&rsquo;opposer en sectes rivales, pr\u00e9tendant chacune \u00eatre dans la v\u00e9rit\u00e9, sectes o\u00f9 le fanatisme aveugle appara\u00eet toujours en rapport avec l&rsquo;\u00e9troitesse et l&rsquo;irrationalit\u00e9 des dogmes d\u00e9finis, la foi qui ne discute pas \u00e9tant alors la condition n\u00e9cessaire pour les faire accepter.<\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\"><span>Profond\u00e9ment mystique et religieux de nature, il est pourtant une question que je me suis toujours pos\u00e9e, depuis que j&rsquo;ai pris sur moi-m\u00eame de r\u00e9fl\u00e9chir librement sur ces probl\u00e8mes. Suis-je croyant d&rsquo;une religion et quelle est cette religion ? Un a<\/span><span>mi auquel je posais un jour la question pour son propre compte, me r\u00e9pondit : \u00ab Je crois \u00e0 l&rsquo;esprit de toutes les religions, mais \u00e0 la lettre d&rsquo;aucune \u00bb.<\/span><\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\">Mon ami \u00e9tait un esprit l\u00e9ger et tr\u00e8s superficiel et, dans sa bouche, ce n&rsquo;\u00e9tait l\u00e0 qu&rsquo;une boutade ou une \u00e9chappatoire. N\u00e9anmoins la pens\u00e9e m&rsquo;impressionna, car elle r\u00e9pondait \u00e0 mon \u00e9tat d&rsquo;\u00e2me, correspondait parfaitement \u00e0 mes sentiments intimes. Souvent je me suis demand\u00e9 depuis : \u00ab Suis-je Chr\u00e9tien, suis-je Bouddhiste ? \u00bb Je m&rsquo;interrogeais; plongeais pour y r\u00e9pondre au plus intime de moi-m\u00eame, de mes souvenirs, de mes doutes.<\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\">Depuis ma plus tendre enfance j&rsquo;ai toujours eu et conserv\u00e9 le culte fervent de l&rsquo;adorable figure de J\u00e9sus, figure historique et symbolique \u00e0 la fois de tout le drame humain, c&rsquo;est-\u00e0-dire du drame de tout homme soumis \u00e0 la loi de la souffrance et de la mort, pr\u00e9lude n\u00e9cessaire \u00e0 sa r\u00e9surrection triomphante. D&rsquo;autre part, depuis que je l&rsquo;ai connue aussi, j&rsquo;ai admir\u00e9 profond\u00e9ment toute la sagesse du Bouddha, lequel nous a donn\u00e9 la solution du probl\u00e8me de la vie et de la mort, d\u00e9voil\u00e9 la cause de la souffrance, montr\u00e9 le moyen d&rsquo;y mettre fin et d&rsquo;atteindre \u00e0 la b\u00e9atitude infinie (Nirv\u00e2na). Je me suis toujours consid\u00e9r\u00e9 depuis lors comme l&rsquo;aspirant-disciple de J\u00e9sus et de Bouddha, ces deux p\u00f4les humano-divins de l&rsquo;Amour et de la Sagesse (Le mot de philosophie ne peut-il se traduire \u00e9galement par sagesse de l&rsquo;amour et amour de la sagesse ?) Pourtant, puis-je me dire Chr\u00e9tien ou Bouddhiste ?<\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\"><span><em>Non<\/em><\/span><span>, au sens strictement orthodoxe de ces d\u00e9signations : car, en d\u00e9pit des apparences, c&rsquo;est-\u00e0-dire des contingences de la naissance et du milieu social, auxquelles chacun demeure soumis par son destin particulier, je n&rsquo;appartiens effectivement \u00e0 aucune \u00c9glise, n&rsquo;en suivant pas les rites, n&rsquo;en acceptant pas les dogmes, interpr\u00e9t\u00e9s selon la lettre \u00e9troite impos\u00e9e par l&rsquo;autorit\u00e9 officielle.<\/span><\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\"><span><em>Oui<\/em><\/span><span>, si j&rsquo;envisage le sens profond des enseignements, tel que nous l&rsquo;a transmis la tradition \u00e9sot\u00e9rique, imm\u00e9moriale, de l&rsquo;Esprit.<\/span><\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\"><span>Si je me refuse \u00e0 une appartenance plus formelle, c&rsquo;est parce qu&rsquo;il m&rsquo;appara\u00eet comme un fait indiscutable que les hommes ont, par leur incompr\u00e9hension,<\/span><span> inconsciemment d\u00e9form\u00e9, alt\u00e9r\u00e9, trahi, les enseignements des deux grands Ma\u00eetres que j&rsquo;ai cit\u00e9s. En Occident, les docteurs Chr\u00e9tiens, s&rsquo;appuyant sur quelques textes scripturaires, pr\u00e9sum\u00e9s authentiques et miraculeusement pr\u00e9serv\u00e9s de toute erreur, se sont crus autoris\u00e9s \u00e0 \u00e9difier au cours des \u00e2ges une immense superstructure sur les enseignements primitifs, superstructure \u00e0 laquelle ils ont pr\u00e9tendu attribuer la m\u00eame autorit\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 la parole du Ma\u00eetre. Les \u00c9vangiles eux-m\u00eames du reste, en d\u00e9pit de leur grandeur spirituelle et morale incontestable, ne peuvent plus pr\u00e9tendre aujourd&rsquo;hui \u00e0 la stricte rigueur historique qu&rsquo;on leur reconnaissait jadis. Le pr\u00e9tendre serait m\u00e9conna\u00eetre tous les travaux de la critique historique et ex\u00e9g\u00e9tique moderne. Conform\u00e9ment au caract\u00e8re traditionnel des \u00e9crits orientaux, les \u00c9vangiles sont un m\u00e9lange complexe de faits et d&rsquo;intentions morales inspir\u00e9 \u00e0 leurs auteurs par le souci majeur du salut des hommes, de la r\u00e9demption humaine. Selon toute vraisemblance donc, sous le voile mi-historique, mi-l\u00e9gendaire, ils cachent derri\u00e8re l&rsquo;affabulation litt\u00e9rale du r\u00e9cit un sens symbolique profond qui est le drame de l&rsquo;homme, le drame de la destin\u00e9e humaine, dont J\u00e9sus, par sa vie et sa mort, est comme la personnification historique, la plus auguste et la plus tragique<\/span><span> [1]. \u00c9crits d&rsquo;ailleurs longtemps apr\u00e8s la mort du Ma\u00eetre, les \u00c9vangiles subirent fortement l&rsquo;influence hell\u00e9no-Chr\u00e9tienne de Saint Paul, dont les \u00c9pitres sont ant\u00e9rieurs \u00e0 leur r\u00e9daction. Or Saint Paul emploie manifestement un langage \u00e0 clef, un langage initiatique. Il parle du \u00ab Myst\u00e8re Chr\u00e9tien \u00bb qu&rsquo;il se refuse \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler aux Chr\u00e9tiens ordinaires, parce qu&rsquo;il ne peut \u00eatre compris, dit-il, que par les \u00ab parfaits \u00bb. \u00c9crivant \u00e0 l&rsquo;\u00c9glise de Corinthe, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 des Chr\u00e9tiens baptis\u00e9s et confirm\u00e9s dans la foi, ne s&rsquo;excuse-t-il pas de ne pouvoir leur r\u00e9v\u00e9ler le myst\u00e8re, parce que trop petits enfants dans la foi on ne peut leur donner encore que du lait et non des viandes solides ? Or, \u00ab quiconque est au lait \u00bb, dit-il, \u00ab n&rsquo;a pas l&rsquo;exp\u00e9rience de la parole de v\u00e9rit\u00e9 \u00bb<\/span><span> [2]. J\u00e9sus lui-m\u00eame ne disait-il pas \u00e0 ses disciples : \u00ab Il vous a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de conna\u00eetre les myst\u00e8res du Royaume de Dieu, mais pour ceux du dehors tout arrive en paraboles \u00bb ?<\/span><span> [3] Tel est bien le fondement m\u00eame de la tradition \u00e9sot\u00e9rique. Mais que sait encore l&rsquo;\u00c9glise romaine d&rsquo;aujourd&rsquo;hui de cette tradition dont elle a perdu la clef, ou dont elle affecte d&rsquo;ignorer l&rsquo;existence, alors que l&rsquo;\u00c9glise orientale, nous dit Boris Mouravieff, en a conserv\u00e9 la connaissance.<\/span><\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\">\u2014 <span>Quant aux doctrines du Bouddhisme, on sait qu&rsquo;apr\u00e8s la mort du Ma\u00eetre, les sectes du grand et du petit v\u00e9hicule se livr\u00e8rent aussit\u00f4t au jeu vari\u00e9 des interpr\u00e9tations qui s&rsquo;oppos\u00e8rent et se diversifi\u00e8rent dans toute l&rsquo;Asie, en sorte qu&rsquo;il semble que dans ces deux grands exemples historiques, pour le Bouddhisme comme pour le Christianisme, la V\u00e9rit\u00e9 primitivement enseign\u00e9e. par le Ma\u00eetre initiateur transcende en fait les orthodoxies qui, dans la suite, pr\u00e9tendirent la d\u00e9finir et soit perdue par elles.<\/span><\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\"><span>Cette V\u00e9rit\u00e9 est-elle perdue pour autant ? Non, mais elle ne para\u00eet pouvoir \u00eatre saisie que par \u00ab le petit nombre \u00bb de ceux qui suivent le \u00ab sentier direct \u00bb du Bouddhisme, la \u00ab voie \u00e9troite \u00bb de l&rsquo;\u00c9vangile. Quoi qu&rsquo;il en soit, dissimul\u00e9e derri\u00e8re la lettre, elle se d\u00e9couvre dans l&rsquo;esprit profond de tous les grands enseignements.<\/span><span> La V\u00e9rit\u00e9 est une, mais ses aspects fragmentaires s&rsquo;en trouvent refl\u00e9t\u00e9s partout. Des aspects lumineux s&rsquo;en d\u00e9couvrent dans le Brahmanisme, le Bouddhisme, le Zoroastrianisme, le Tao\u00efsme Chinois, la Sagesse de l&rsquo;\u00c9gypte et de la Gr\u00e8ce dans leurs Myst\u00e8res, l&rsquo;Herm\u00e9tisme, la Kabbale juive, etc. Quand ce ne furent pas l&rsquo;ignorance et les superstitions qui alt\u00e9r\u00e8rent ou d\u00e9grad\u00e8rent la pure v\u00e9rit\u00e9, ce furent les vices et les passions des hommes, comme dans les folies orgiaques des Bacchanales, des Saturnales, ou certains cultes d&rsquo;Orient. Pour \u00e9chapper \u00e0 une corruption, aussi grande, le Christianisme n&rsquo;en subit pas moins, lui aussi, ainsi que je l&rsquo;ai dit, la fatalit\u00e9 commune d&rsquo;une alt\u00e9ration, d&rsquo;une d\u00e9formation croissante, de l&rsquo;enseignement originel<\/span><span> [4].<\/span><\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\"><span>Cette d\u00e9formation, due, d\u00e8s l&rsquo;abord aux pr\u00e9jug\u00e9s juifs concernant le Messie, fut surtout aggrav\u00e9e, dans la suite : 1\u00b0 par l&rsquo;atmosph\u00e8re de trouble et d&rsquo;abattement caus\u00e9e par la mort ignominieuse du Ma\u00eetre bien-aim\u00e9 <\/span><span>\u2014 mort qu&rsquo;il fallait expliquer et justifier ; 2\u00b0 par l&rsquo;\u00e9motion et l&rsquo;exaltation mystiques qui furent cons\u00e9cutives aux ph\u00e9nom\u00e8nes d&rsquo;ordre occulte que repr\u00e9sent\u00e8rent les apparitions psychiques qui suivirent cette mort. Ph\u00e9nom\u00e8nes d&rsquo;ordre psychique, dis-je, mais qui furent aussit\u00f4t transpos\u00e9s sur le plan miraculeux. D\u00e8s lors, du fait m\u00eame de l&rsquo;exaltation mystique qui en r\u00e9sulte, exaltation soigneusement entretenue et r\u00e9chauff\u00e9e au cours des si\u00e8cles, la surench\u00e8re continua et la majoration de la doctrine poursuivit sa marche en avant dans la d\u00e9finition, progressive jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours, de dogmes transcendantaux d\u00e9battus et proclam\u00e9s au sein d&rsquo;assembl\u00e9es tumultueuses (V. la liste des conciles et leurs d\u00e9cisions). On pr\u00e9tendit ne reconna\u00eetre en la personne du Christ qu&rsquo;un rapport unique entre Dieu et le monde, alors que ce rapport entre le Divin et l&rsquo;Humain se pose pour tout homme puisque tout homme prend conscience de l&rsquo;infini en lui en d\u00e9pit de la limitation de ses perceptions sensibles. On pr\u00e9tendit voir dans le Christ J\u00e9sus \u00ab le fils unique de Dieu \u00bb, alors que le Ma\u00eetre Lui-m\u00eame, auquel les pharisiens reprochaient de se dire \u00ab fils de Dieu \u00bb, leur riposta en les accusant d&rsquo;ignorer leurs propres \u00c9critures et en leur citant la parole biblique. \u00ab Vous \u00eates des Dieux ; vous \u00eates tous des fils du Tr\u00e8s-Haut \u00bb<\/span><span> [5]. Tout en revendiquant avoir re\u00e7u une mission sp\u00e9ciale de son p\u00e8re, J\u00e9sus n&rsquo;entendait donc pas se distinguer <\/span><span><em>essentiellement <\/em><\/span><span>des autres hommes, ses fr\u00e8res.<\/span><\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\"><span>Quoi qu&rsquo;il en soit, il est de fait que, pas plus que les autres grandes religions, le Christianisme ne para\u00eet avoir rapproch\u00e9 de fa\u00e7on sensible le gros de l&rsquo;humanit\u00e9 de cette perfection dont nous parle l&rsquo;\u00c9vangile. L&rsquo;homme est un \u00eatre concret, individuel et libre. Ce n&rsquo;est pas une direction globale, gr\u00e9gaire, qui peut mener l&rsquo;individu \u00e0 cette perfection. Ce n&rsquo;est pas non plus la contrainte d&rsquo;une foi impos\u00e9e obligatoirement. Aussi voyons-nous, au cours de l&rsquo;Histoire, l&rsquo;esprit philosophique ne jamais perdre ses droits. A leurs risques et p\u00e9rils, \u00ab les h\u00e9r\u00e9tiques \u00bb affront\u00e8rent pers\u00e9cutions et anath\u00e8mes. Plus tard, ce furent les P\u00e8res de l&rsquo;\u00c9glise eux-m\u00eames qui s&rsquo;efforc\u00e8rent, dans la mesure du possible, de concilier les doctrines de Platon et d&rsquo;Aristote avec les rigueurs du dogme d\u00e9fini. N\u00e9anmoins il fallut attendre les temps modernes pour permettre \u00e0 une pens\u00e9e vraiment libre de se d\u00e9gager suffisamment de l&#8217;emprise th\u00e9ologique<\/span><span> pour ne plus tabler que sur le seul pouvoir de la raison, celle-ci, tirant tant de donn\u00e9es subjectives, qu&rsquo;objectives et exp\u00e9rimentales, ses constructions philosophiques, souvent oppos\u00e9es et contradictoires. Aussi l&rsquo;homme risque-t\u2019il fort de se perdre dans la jungle \u00e9paisse des doctrines et le fouillis des contradictions, qu&rsquo;\u00e9veillent les incertitudes de sa pens\u00e9e discursive, h\u00e9sitant sans cesse entre le pour et le contre alternativement pr\u00e9sent\u00e9s dans les syst\u00e8mes oppos\u00e9s, s&rsquo;il ne d\u00e9couvre au tr\u00e9fonds m\u00eame de sa nature le fil d&rsquo;Ariane, la \u00ab lumi\u00e8re \u00bb int\u00e9rieure, intuitive, qui doit \u00e9clairer sa raison m\u00eame. Cette lumi\u00e8re, il ne peut la percevoir qu&rsquo;en progressant sur une voie spirituelle, en purifiant, en affinant graduellement son esprit et son c\u0153ur, suivant les enseignements traditionnels.<\/span><\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\">Mais, entre temps, il chemine p\u00e9niblement, sujet \u00e0 des faux-pas, \u00e0 des ch\u00fbtes, \u00e0 bien des erreurs. Nombre de fois, il s&rsquo;arr\u00eate, se r\u00e9jouit plein d&rsquo;espoir et de joie, croit avoir per\u00e7u la lumi\u00e8re. Mais bien vite survient la d\u00e9ception ; il doit d\u00e9chanter : ce n&rsquo;\u00e9tait en lui que le reflet d&rsquo;une aspiration \u00e9go\u00efste, un feu-follet illusoire, un jeu d&rsquo;abstractions qui l&rsquo;avait s\u00e9duit, l&rsquo;ombre du r\u00e9el, h\u00e9las ! Ombre toute par\u00e9e des couleurs de quelque conformisme, bouddhiste ou chr\u00e9tien, ou autre encore, aux tons moins \u00e9clatants, mais que leur originalit\u00e9 apparente, ou leur nouveaut\u00e9, faisait reluire de mille feux \u00e0 son imagination \u00e9gar\u00e9e. Las de chercher, rebut\u00e9 par la fatigue et les \u00e9checs r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, l&rsquo;homme n&rsquo;e\u00fbt pas tard\u00e9 \u00e0 se d\u00e9courager, \u00e0 verser dans le scepticisme et la d\u00e9sesp\u00e9rance, si, par intervalles au cours des si\u00e8cles, ne se dessinait sur la toile historique, dans toute sa force calme, sa s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, sa r\u00e9alit\u00e9 impressionnante, quelque grande figure, quelque r\u00e9ussite \u00e9clatante, l&rsquo;un ou l&rsquo;autre mod\u00e8le divin en chair et en os, venant montrer au monde que la voie est praticable, et que, ainsi qu&rsquo;il fut toujours enseign\u00e9, tout homme peut la fouler victorieusement.<\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\"><span>Mais encore, dira-t-on, cette lumi\u00e8re sup\u00e9rieure, o\u00f9<\/span><span> est-elle ? O\u00f9 importe-t-il de la chercher, de la d\u00e9couvrir ?<\/span><\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\"><span>Quand, au soir de ma vie, je fais la r\u00e9capitulation de mes exp\u00e9riences, le bilan de mes croyances philosophiques et religieuses, je d\u00e9couvre dans bien des syst\u00e8mes et des doctrines, ce qui me para\u00eet \u00eatre de sublimes v\u00e9rit\u00e9s, mais enfouies, comme je l&rsquo;ai dit, dans un fouillis d&rsquo;erreurs et de superstitions. C&rsquo;est comme si la V\u00e9rit\u00e9 pure, situ\u00e9e dans une sph\u00e8re trop haute, quasi inaccessible, ne pouvait \u00eatre per\u00e7ue encore, \u00e0 notre niveau d&rsquo;\u00e9volution que sous les voiles d\u00e9formants de l&rsquo;intellect. \u00ab Mais pr\u00e9cis\u00e9ment \u00bb, m&rsquo;objecte-t-on, telle est la raison pour laquelle la religion demeure notre garde-fou n\u00e9cessaire contre nos erreurs possibles. \u2014 H\u00e9las ! je l&rsquo;ai dit aussi, sous l&rsquo;influence de causes multiples, ce garde-fou est bien illusoire, les religions ayant \u00e9t\u00e9 les premi\u00e8res \u00e0 trahir les enseignements de leur Ma\u00eetre. Et voil\u00e0 pourquoi la recommandation fut toujours faite \u00e0 chacun de garder le <\/span><span><em>discernement<\/em><\/span><span> n\u00e9cessaire. \u00ab Omnia probate, et quod bonum est tenete \u00bb nous dit Saint Paul.<\/span><\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\"><span>L&rsquo;ap\u00f4tre insiste \u00e0 diverses reprises sur cette libert\u00e9 que nous apporta le Christ. <\/span><span>\u00ab\u00a0Ne vous laissez pas remettre en servitude \u00bb, nous dit-il. Cette libert\u00e9, l&rsquo;\u00c9glise romaine ne tarda pas, h\u00e9las, \u00e0 la m\u00e9conna\u00eetre, \u00e0 l&rsquo;interdire aux fid\u00e8les. Pourtant, la libert\u00e9 du Chr\u00e9tien est la condition n\u00e9cessaire au discernement. Ce discernement, je le r\u00e9p\u00e8te, n&rsquo;est pas le fruit de l&rsquo;intellect raisonneur, mais d&rsquo;une lucidit\u00e9 sp\u00e9ciale s&rsquo;\u00e9veillant en nous quand unissant conjointement l&rsquo;esprit et le c\u0153ur pr\u00e9alablement purifi\u00e9s de leurs souillures et pr\u00e9jug\u00e9s, nous cherchons une lumi\u00e8re pour \u00e9clairer notre route quotidienne. Parlant de la voie \u00e9troite, du sentier direct, que nous proposent tous les grands enseignements du pass\u00e9, Krishnamurti nous met en garde et nous donne aujourd&rsquo;hui cette indication, pr\u00e9cieuse entre toutes, que ce chemin n&rsquo;est pas un chemin trac\u00e9 d&rsquo;avance, niais que chacun doit le tracer pour soi-m\u00eame, se frayer sa propre route. Or, c&rsquo;est l\u00e0 manifestement le contraire de ce que nous enseignent les religions, lesquelles se pr\u00e9sentent \u00e0 nous comme des voies larges et accueillantes que les fid\u00e8les sont convi\u00e9s \u00e0 suivre tant pour leur salut particulier que pour le salut collectif. En fait, les religions ne nous apportent pas la lumi\u00e8re : elles nous indiquent seulement o\u00f9 la lumi\u00e8re se trouve : au sommet de la Montagne ; ils en font le tour, mais ne nous la font pas gravir, ne nous m\u00e8nent pas au sommet, en d\u00e9pit de leurs pr\u00e9tentions \u00e0 nous y mener par des pratiques cultuelles et sacramentelles, qui sont moins transformatrices de notre nature m\u00eame que lui apportant le secours d&rsquo;une gr\u00e2ce ext\u00e9rieure, surnaturelle, et qui nous est donc \u00e9trang\u00e8re.<\/span><\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\">Les religions m\u00e9connaissent que le surnaturel est le tr\u00e9fonds myst\u00e9rieux de notre propre nature ; car, au sommet, l&rsquo;\u00catre est Un.<\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\"><span>Mais peut-\u00eatre ce symbolisme de la Montagne a-t-il besoin d&rsquo;\u00eatre expliqu\u00e9. Atteindre le sommet de la Montagne, qu&rsquo;est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que l&rsquo;homme doit acc\u00e9der \u00e0 une condition sup\u00e9rieure \u00e0 la sienne, atteindre \u00e0 un niveau de conscience, sup\u00e9rieure \u00e0 sa conscience ordinaire. La Bible nous enseigne que l&rsquo;homme est un \u00eatre d\u00e9chu et qui doit \u00eatre r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 dans sa condition premi\u00e8re. Dans l&rsquo;\u00c9vangile<\/span><span> [6], le Christ dit \u00e0 Nicod\u00e8me que \u00ab si l&rsquo;homme ne rena\u00eet \u00e0 nouveau, il ne verra pas le royaume des Cieux \u00bb. Cette renaissance en effet implique l&rsquo;\u00e9veil en nous d&rsquo;une conscience nouvelle, sup\u00e9rieure, la conscience de l&rsquo;\u00e2me. Trois \u00e9tats hi\u00e9rarchiques de conscience sont possibles en nous : 1\u00b0 le sommeil ou l&rsquo;\u00e9tat de  r\u00eave (Svapna) ; 2\u00b0 notre conscience ordinaire de veille (Jagrat) et le 3\u00b0, ignor\u00e9 de l&rsquo;immense majorit\u00e9 des hommes, la conscience de leur \u00e2me (Turriya). Chez la plupart en effet, l&rsquo;\u00e2me est encore endormie. A sa place, existe l&rsquo;\u00e9tat de sommeil profond (Sushupti). La conscience de leur \u00e2me ne s&rsquo;\u00e9veille r\u00e9ellement en eux qu&rsquo;apr\u00e8s leur mort, et voil\u00e0 pourquoi la sagesse antique appelait la mort une nouvelle naissance ou la naissance \u00e0 une vie nouvelle, la Vie v\u00e9ritable. La renaissance que nous propose le Christ, c&rsquo;est donc de d\u00e9passer, au cours de notre vie, notre \u00e9tat de veille, notre conscience ordinaire, pour nous \u00e9veiller \u00e0 la conscience de notre \u00e2me<\/span><span> [7].<\/span><\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\"><span>Notre \u00e2me en effet n&rsquo;est autre que ce royaume des cieux qui est \u00ab au dedans de nous \u00bb, nous pr\u00e9cise le Christ. Ce royaume est aussi le sommet de la Montagne, le Paradis perdu dont l&rsquo;homme a \u00e9t\u00e9 exclu lorsqu&rsquo;il a<\/span><span> perdu conscience de son \u00e2me, de son moi r\u00e9el \u2013 non pas un moi abstrait mais au contraire le supr\u00eame concret \u2014 en l&rsquo;identifiant avec son moi mortel, qui n&rsquo;en est qu&rsquo;une projection \u00e9ph\u00e9m\u00e8re.<\/span><\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\"><span>Quand nous faisons l&rsquo;effort de rentrer en nous-m\u00eame pour nous analyser, nous d\u00e9couvrons en effet au tr\u00e9fonds de notre \u00eatre une \u00e9trange dualit\u00e9 : <\/span><span><em>d&rsquo;une part<\/em><\/span><span>, le moi inconnu, profond, infini, l&rsquo;\u00eatre id\u00e9al, essentiel, Dieu en nous, mais un Dieu qui semble d\u00e9chu, avoir perdu effectivement toute sa puissance, puisqu&rsquo;il ne peut se traduire en nous que par de vaines aspirations vers l&rsquo;\u00e9ternel, l&rsquo;infini, qu&rsquo;aucune exp\u00e9rience finie pourtant n&rsquo;a pu nous r\u00e9v\u00e9ler et ne peut expliquer, et, chez les meilleurs d&rsquo;entre nous, par des inspirations parfois sublimes, mais exceptionnelles et sporadiques, autant que myst\u00e9rieuses dans leur fonctionnement ; <\/span><span><em>d&rsquo;autre part<\/em><\/span><span>, notre moi de surface, notre personnalit\u00e9 physique et mentale, le moi \u00e9ph\u00e9m\u00e8re qui porte tel nom, est n\u00e9 \u00e0 telle date, en tel pays, en telle famille, simple fantoche qui s&rsquo;abuse sur lui-m\u00eame, croit agir alors qu&rsquo;en r\u00e9alit\u00e9 il est agi par un complexe instable, toujours changeant, de pens\u00e9es, de d\u00e9sirs, de sensations, le sollicitant sans cesse du dehors et qui, \u00e0 son insu, le dominent et le gouvernent enti\u00e8rement. C&rsquo;est ce moi mortel \u2014 car tout en lui semble condamn\u00e9 \u00e0 mourir \u2014 mort physique et psychique, que Saint Paul nomme le corps animal, et dont il nous dit : \u00ab L&rsquo;homme est sem\u00e9 corps animal, il ressuscite corps spirituel \u00bb<\/span><span> [8]. Traduit directement de la version slave, le texte de l&rsquo;ap\u00f4tre \u00e9nonce : \u00ab Le premier homme tir\u00e9 de la terre est terrestre, le second homme est Dieu descendu du ciel \u00bb<\/span><span> [9]. Ce Dieu descendu du ciel, c&rsquo;est l&rsquo;homme divin, l&rsquo;Adam d&rsquo;avant la chute, et c&rsquo;est aussi l&rsquo;homme de la deuxi\u00e8me naissance, l&rsquo;homme r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9, symboliquement ressuscit\u00e9 des morts, l&rsquo;homme qui a retrouv\u00e9 son \u00e2me. L&rsquo;\u00e2me en effet (Buddhi) est le v\u00e9hicule de l&rsquo;Esprit divin, \u00e9tincelle (Atman) de la Flamme divine (Brahman).<\/span><\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\"><span>Voil\u00e0 pourquoi les \u00c9critures sacr\u00e9es de l&rsquo;Inde proclament l&rsquo;identit\u00e9 du Dieu en l&rsquo;homme et du Dieu de l&rsquo;Univers. \u00ab Ta<\/span><span>t twam asi \u00bb \u2014 tu es Cela. Panth\u00e9isme asiatique, diront les Catholiques ? Mais non, c&rsquo;est l\u00e0 le pur enseignement de la Bible. Dans Isa\u00efe (LVII, 16), le Seigneur dit que les Esprits sont sortis de Lui et qu&rsquo;il a cr\u00e9\u00e9 les \u00e2mes. Par son Esprit donc l&rsquo;homme participe de l&rsquo;essence divine. Il est Dieu dans la mesure o\u00f9 il r\u00e9alise dans sa conscience cette Unit\u00e9 d&rsquo;essence. Voil\u00e0 pourquoi Christ est Dieu, le Bouddha est Dieu. \u00ab Il n&rsquo;est d&rsquo;autre Dieu que l&rsquo;homme <\/span><span><em>lib\u00e9r\u00e9<\/em><\/span><span> \u00bb, proclame \u00e0 son tour Krishnamurti. Myst\u00e8re supr\u00eame que cette communion des \u00e2mes et cette <\/span><span><em>unification<\/em><\/span><span> finale \u00e0 laquelle chacun doit parvenir par une voie individuelle qui lui est propre dans l&rsquo;\u00e9volution collective de l&rsquo;Humanit\u00e9. \u00ab Dans l&rsquo;extase l&rsquo;Esprit de l&rsquo;\u00e2me devient une m\u00eame chose avec Dieu \u00bb dit pareillement Sainte Th\u00e9r\u00e8se d&rsquo;Avila, qui, pour lors, fut soup\u00e7onn\u00e9e, bien \u00e0 tort du reste, de panth\u00e9isme. Sur notre plan de conscience certes, nul homme n&rsquo;est Dieu. \u00ab N&rsquo;appelez personne sur la terre votre P\u00e8re \u00bb, disait J\u00e9sus \u00ab un seul est votre P\u00e8re qui est dans les Cieux \u00bb (Matth. XXIII, 9). Et au disciple qui l&rsquo;appelait \u00ab Bon Ma\u00eetre \u00bb : \u00ab Pourquoi m&rsquo;appelles-tu bon ? Il n&rsquo;y a de bon que Dieu seul \u00bb (Marc X, 17-18). Autrement dit, dans la chair, dans son moi p\u00e9rissable, nul n&rsquo;est Dieu : dans l&rsquo;Esprit, dans l&rsquo;unit\u00e9 premi\u00e8re et finale, tous le sont, car l&rsquo;\u00catre est un et sur le plan de l&rsquo;Esprit, tous sont Un. Ainsi se r\u00e9alisera la belle pri\u00e8re de J\u00e9sus \u00ab que tous ensemble ils soient un comme vous, mon P\u00e8re, vous \u00eates en moi, et moi en vous, qu&rsquo;eux aussi soient un en nous \u00bb (Jean XVII, 21). L&rsquo;homme aura retrouv\u00e9 sa condition premi\u00e8re, car, nous dit Orig\u00e8ne, dans la loi des cycles \u00ab la fin ressemble toujours au commencement \u00bb.<\/span><\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\"><span>Krishnamurti nous avertit donc que le sentier direct nous menant \u00e0 la lumi\u00e8re du sommet doit \u00eatre trac\u00e9 par nous-m\u00eame, en nous-m\u00eame, que cette lumi\u00e8re nul ne peut nous l&rsquo;apporter du dehors. Il en r\u00e9sulte qu&rsquo;il nous faut \u00e9carter nous-m\u00eame les obstacles, les broussailles qui obstruent notre route. Il nous faut gravir ce sentier dans la solitude et par notre propre effort. Et le moyen traditionnellement enseign\u00e9 pour y parvenir est pour chacun, je le r\u00e9p\u00e8te, de renoncer \u00e0 soi-m\u00eame, de mourir \u00e0 son moi de surface, \u00e0 sa personnalit\u00e9 \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. C&rsquo;est l\u00e0 ce \u00ab chemin du calvaire \u00bb que suit \u00ab l&rsquo;homme de douleur \u00bb dont nous parle le proph\u00e8te Isa\u00efe, cette mort symbolique du moi \u2014 la mort sur la croix \u2014 \u00e9tant le pr\u00e9lude n\u00e9cessaire \u00e0 la r\u00e9surrection de l&rsquo;homme spirituel en nous, de l&rsquo;homme d&rsquo;avant la chute. Tel est donc par del\u00e0 l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement historique du<\/span><span> Golgotha, le sens profond, de port\u00e9e universelle, du drame \u00e9vang\u00e9lique<\/span><span> [10].<\/span><\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\"><span>H\u00e9r\u00e9sie ! proclament les Catholiques : \u00ab La seule voie pour le chr\u00e9tien est celle de la participation aux souffrances de J\u00e9sus-Christ ! \u00bb Au surplus, la plupart d&rsquo;entre-deux confondent ici manifestement la voie \u00e9troite avec la retraite hors du monde, soit dans quelque ermitage solitaire, soit dans un monast\u00e8re pour y mener la vie conventuelle (o\u00f9 l&rsquo;esprit est emprisonn\u00e9 par les contraintes de la foi obligatoire) soit encore, sous d&rsquo;autres climats religieux, en menant la vie errante ou en se retirant dans quelque \u00ab Ashram \u00bb, ou dans quelque for\u00eat, comme les Yogis ou les Sannyasis de l&rsquo;Inde. Certes, ce sont l\u00e0 des conditionnements qui rendent plus ais\u00e9 le cheminement sur la voie, <\/span><span>mais ces conditionnements ext\u00e9rieurs ne peuvent \u00eatre confondus avec elle, et c&rsquo;est aussi bien en restant dans le monde, en participant \u00e0 la vie familiale et sociale et en faisant courageusement face aux devoirs qui nous y attendent que la route peut \u00eatre poursuivie et le but atteint. La difficult\u00e9 y est sans doute consid\u00e9rablement accrue, l&rsquo;ambiance, les circonstances, l&rsquo;environnement quotidien, y rendent la marche sensiblement plus difficile et p\u00e9rilleuse, mais la r\u00e9ussite n&rsquo;en est que plus m\u00e9ritoire et exemplaire, la vertu plus efficace et plus rapide.<\/span><\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\"><span>On voit donc que la vraie religion est, pour chacun, un probl\u00e8me individuel \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 des religions traditionnelles qui sont au contraire, comme je l&rsquo;ai dit, ces<\/span><span> voies collectives o\u00f9 cheminent sur les flancs de la montagne, insouciants pour la plupart, ceux qui n&rsquo;ayant pas encore pris conscience de leur \u00e2me, du principe transcendant de leur \u00eatre, lui donnent seulement une adh\u00e9sion de principe et continuent de vivre comme s&rsquo;ils n&rsquo;en avaient pas, c&rsquo;est-\u00e0-dire de vaquer tranquillement \u00e0 leurs plaisirs, \u00e0 leurs soucis du moment, se contentant pour le surplus de cette lumi\u00e8re diffuse, r\u00e9fl\u00e9chie et, partant, illusoire, que leur procure le faux \u00e9clairage des \u00e9glises. Pour ceux-l\u00e0 en effet le psychisme d\u00e9votionnel les illusionne et suppl\u00e9e \u00e0 leur spiritualit\u00e9 en sommeil. Tant qu&rsquo;ils n&rsquo;auront pas le courage de secouer leur l\u00e9thargie, ils n&rsquo;approcheront pas du sommet, en d\u00e9pit des rites et c\u00e9r\u00e9monies cultuelles auxquelles ils assistent ponctuellement, heureux encore si par leur comportement dans l&rsquo;existence ils ne s&rsquo;en \u00e9cartent pas davantage.<\/span><\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00c9vangile a cette forte expression : \u00ab Dieu vomit les ti\u00e8des \u00bb. Dieu ici c&rsquo;est la loi impersonnelle et implacable de la nature, expression m\u00eame de la justice de Dieu.<\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\"><span>C&rsquo;est le lieu de rappeler l&rsquo;\u00e9pisode \u00e9vang\u00e9lique du jeune homme riche qui venait demander au Ma\u00eetre quel \u00e9tait le chemin pour atteindre \u00e0 la perfection. J\u00e9sus lui ayant soulign\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 du d\u00e9pouillement, le jeune homme nous dit l&rsquo;\u00c9vangile, s&rsquo;\u00e9loigna tout triste, car il avait de grands biens. Il faut comprendre le vrai sens de l&rsquo;apologue. Ce ne sont pas tant les possessions elles-m\u00eames qui sont ici l&rsquo;obstacle majeur \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e dans la voie, mais notre attachement \u00e0 ces possessions. Cet attachement est le lien qui nous y encha\u00eene. Au surplus, il ne s&rsquo;agit pas uniquement de biens temporels mais aussi bien de ces pseudo-valeurs morales qui nous tiennent \u00e0 c\u0153ur, que nous consid\u00e9rons jalousement comme n\u00f4tres, et qui nous lient tout autant, sinon plus, que nos biens mat\u00e9riels : notre r\u00e9putation, nos habitudes mentales, nos pr\u00e9jug\u00e9s, nos croyances m\u00eames qui donnent confort, s\u00e9curit\u00e9, bien-\u00eatre \u00e0 notre esprit, vrai narcotique qui engourdit ses \u00e9nergies et l&#8217;emp\u00eache d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 la lumi\u00e8re v\u00e9ritable. J\u00e9sus ne nous a-t-il pas mis en garde en nous disant que la conqu\u00eate du royaume requ\u00e9rait la force, la violence ?<\/span><span> [11] La violence contre nous-m\u00eame, contre l&rsquo;euphorie d&rsquo;une conscience sommeillant dans une s\u00e9curit\u00e9 trompeuse. J&rsquo;ai dit que la route vers la lumi\u00e8re \u00e9tait diff\u00e9rente pour chacun. Est-ce \u00e0 dire qu&rsquo;il y a ici une pluralit\u00e9 de lumi\u00e8res \u00e0 percevoir ? Non, la Lumi\u00e8re est une, mais les angles de perception sont innombrables. Chaque homme est une unicit\u00e9 irrempla\u00e7able et doit donc atteindre \u00e0 sa vision propre, qu&rsquo;il ne peut percevoir qu&rsquo;en renon\u00e7ant aux biens qu&rsquo;il poss\u00e8de ou convoite pour lui-m\u00eame, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e9go\u00efstement.<\/span><\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\">Mais ne nageons-nous pas ici en plein paradoxe ?<\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\"><span>Comment l&rsquo;individu peut-il tracer son propre chemin vers la lumi\u00e8re, si, d&rsquo;autre part, il doit pr\u00e9alablement mourir \u00e0 soi-m\u00eame, si son moi doit \u00eatre d\u00e9pass\u00e9, transcend\u00e9, pour rejoindre le Moi unique, le Moi universel ? Et qui rejoint alors le Moi universel ? En d&rsquo;autres termes, comment l&rsquo;homme pourrait-il se frayer un chemin individuel, un chemin qui lui soit propre, s&rsquo;il doit commencer par se nier lui-m\u00eame ? Cette mort du moi demande donc une explication. Chaque \u00eatre humain, dans son individualit\u00e9 premi\u00e8re est, je le r\u00e9p\u00e8te, un \u00eatre unique, original, qui n&rsquo;est pas n\u00e9, et ne peut pas mourir, parce qu&rsquo;il est partie int\u00e9grante et ins\u00e9parable de l&rsquo;Unit\u00e9 du tout divin, dont il est comme une facette, une expression particuli\u00e8re. C&rsquo;est l&rsquo;Esprit divin en l&rsquo;homme. Mais en se concentrant sur soi par ses pens\u00e9es, par ses d\u00e9sirs, l&rsquo;Esprit s&rsquo;est comme s\u00e9par\u00e9 de l&rsquo;Unit\u00e9 par un voile jet\u00e9 sur sa propre nature divine pour ne plus appara\u00eetre \u00e0 Lui-m\u00eame que comme un moi s\u00e9par\u00e9, \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, cr\u00e9ation illusoire de ses d\u00e9sirs changeants, soumise d\u00e8s lors \u00e0 la naissance et \u00e0 la mort p\u00e9riodiques. L&rsquo;homme s&rsquo;identifiant \u00e0 ces projections inf\u00e9rieures devient ainsi le jouet de ses propres cr\u00e9ations, avec leurs destins respectifs, <\/span><span>bons au mauvais, heureux ou malheureux, que la loi naturelle de cause \u00e0 effet (Karma) entra\u00eene pour lui automatiquement.<\/span><\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\">Que l&rsquo;on ne conclut pas toutefois de cette ch\u00fbte de l&rsquo;homme que l&rsquo;\u00e2me soit d\u00e9sormais absente, \u00e9trang\u00e8re aux activit\u00e9s humaines. Non, c&rsquo;est toujours l&rsquo;\u00e2me (le corps spirituel enrobant l&rsquo;Esprit divin) qui agit en nous. Mais, chez la plupart des hommes, inconsciente d&rsquo;elle-m\u00eame, elle se traduit invers\u00e9e dans l&rsquo;activit\u00e9 mentale du sujet, r\u00e9fl\u00e9chie dans le miroir de son moi \u00e9go\u00efste. C&rsquo;est donc dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;homme \u00e9limine cet \u00e9go\u00efsme, dans la mesure o\u00f9 ses activit\u00e9s mentales (pens\u00e9es, sentiments, d\u00e9sirs) se purifient, c&rsquo;est-\u00e0-dire se d\u00e9gagent de tout mobile personnel, de toute consid\u00e9ration int\u00e9ress\u00e9e, que l&rsquo;individu prend r\u00e9ellement conscience de son \u00e2me.<\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\"><span>Mourir \u00e0 soi-m\u00eame, c&rsquo;est donc mourir \u00e0 son moi \u00e9go\u00efste : ce n&rsquo;est pas d\u00e9truire le principe de notre individualit\u00e9 spirituelle. C&rsquo;est mourir \u00e0 toute cette fausse orientation de nos pens\u00e9es, de nos sentiments, de nos actes, tous centr\u00e9s sur nous-m\u00eame. Et ce n&rsquo;est que lorsque cette \u00ab conversion \u00bb est op\u00e9r\u00e9e et que \u00ab le vieil homme \u00bb est mort en lui (mort sur la croix) que l&rsquo;individu, ressuscit\u00e9 comme Homme-Dieu, se retrouve r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 dans l&rsquo;Unit\u00e9 divine. Peut-\u00eatre trouvera-t-on que ma religion ressemble au v\u00eatement d&rsquo;Arlequin, fait de morceaux diversement color\u00e9s et ajust\u00e9s, en d&rsquo;autres termes qu&rsquo;elle n&rsquo;est qu&rsquo;un syncr\u00e9tisme confus d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments disparates, pris \u00e7\u00e0 et l\u00e0, et contraints, tant bien que mal, de vivre en une sorte de symbiose, symbiose que r\u00e9pudieront tour \u00e0 tour les sceptiques qui la traiteront de r\u00eaverie, les esprits cart\u00e9siens qui la trouveront confuse<\/span><span> et illogique, et les religions traditionnelles qui, fanatiques de la lettre, la jugeront h\u00e9r\u00e9tique et damnable. Mais peut-\u00eatre inspirera-t-elle au contraire ceux qui, d\u00e9couvrant dans les diverses croyances religieuses des \u00e9l\u00e9ments de la V\u00e9rit\u00e9, feront l&rsquo;\u0153uvre de discrimination et d&rsquo;\u00e9puration n\u00e9cessaires pour red\u00e9couvrir la R\u00e9v\u00e9lation primitive qu&rsquo;une tradition imm\u00e9moriale nous dit avoir \u00e9t\u00e9 faite \u00e0 l&rsquo;aurore de l&rsquo;humanit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\"><span>La th\u00e9osophie moderne est, \u00e0 mon sens, l&rsquo;expression la plus r\u00e9cente et la plus authentique de cette R\u00e9v\u00e9lation primitive, bien qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;instar de toutes les dispensations pr\u00e9c\u00e9dentes, elle ait d\u00fb subir quelque alt\u00e9ration de l&rsquo;enseignement qu&rsquo;apport\u00e8rent nos Ma\u00eetres, du fait de la confusion et de l&rsquo;identification qui en furent faites ult\u00e9rieurement avec des donn\u00e9es occultistes, dont le moins qu&rsquo;on puisse dire c&rsquo;est qu&rsquo;elles furent personnelles \u00e0 leurs auteurs, parfois aventureuses et d\u00e9menties par les faits. Certes, l&rsquo;esprit demeure libre au sein de la Soci\u00e9t\u00e9 th\u00e9osophique et il n&rsquo;y est pas de dogmatisme obligatoire. Chacun peut et doit lui apporter avec son concours le fruit de ses vues particuli\u00e8res et de son exp\u00e9rience personnelle. Encore importe-t-il de les distinguer soigneusement de l&rsquo;apport primitif fait par nos Ma\u00eetres, tel qu&rsquo;il nous fut transmis par les fondateurs. Et peut-\u00eatre cette distinction n&rsquo;a-t-elle pas toujours \u00e9t\u00e9<\/span><span> assez observ\u00e9e ! Quoi qu&rsquo;il en soit, ce qui m&rsquo;a s\u00e9duit personnellement dans la th\u00e9osophie c&rsquo;est la profonde logique de la doctrine et la solution lumineuse et rationnelle qu&rsquo;elle apporte \u00e0 nos grands probl\u00e8mes. Mais ce n&rsquo;est pas assez dire. Chose paradoxale en apparence, c&rsquo;est dans les questions les plus abstruses, les plus transcendantales. que je crus apercevoir ces bribes de lumi\u00e8re et de v\u00e9rit\u00e9, per\u00e7ues dans un \u00e9clair de lucidit\u00e9 intuitive, alors que ces m\u00eames questions d\u00e9passaient immens\u00e9ment les limites et la faible port\u00e9e de mon intellect. Et cela, pour un homme d\u00e9nu\u00e9 d&rsquo;imagination comme je le suis, me fut une preuve de l&rsquo;existence d&rsquo;une transcendance, immanente en notre \u00eatre. Quoi qu&rsquo;il en soit, c&rsquo;est du fond de moi-m\u00eame que je fus attir\u00e9 \u00e0 la th\u00e9osophie. Elle fut comme un trait de lumi\u00e8re venant \u00e9clairer mes obscurit\u00e9s, un coup de foudre qui, frappant mon c\u0153ur et mon esprit, fit fuir mes doutes et for\u00e7a mon adh\u00e9sion. Comment ne lui vouerais-je pas une ind\u00e9fectible reconnaissance ? J&rsquo;eusse voulu lui consacrer ma vie. Les contingences Karmiques s&rsquo;y oppos\u00e8rent, limitant \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame le temps et les faibles moyens qu&rsquo;il me fut donn\u00e9 de lui accorder.<\/span><\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\"><span>Pour conclure, je dirai donc que si ma religion n&rsquo;est pas ce syncr\u00e9tisme hybride que je d\u00e9nonce, elle m&rsquo;appara\u00eet plut\u00f4t comme un essai de synth\u00e8se de v\u00e9rit\u00e9s, entrevues un peu partout ; synth\u00e8se toute relative et provisoire d&rsquo;ailleurs, ne pr\u00e9tendant servir qu&rsquo;\u00e0 mon seul usage, et en attendant mieux. Et puisque sa religion est pour chacun une affaire individuelle, ainsi que je l&rsquo;ai montr\u00e9, il en r\u00e9sulte \u00e9galement que la vraie synth\u00e8se de la V\u00e9rit\u00e9, la lumi\u00e8re totale de la R\u00e9v\u00e9lation primitive, ne pourra \u00eatre atteinte finalement que lorsque tous les hommes ayant parfait leur \u00e9volution et pris conscience de leur \u00e2me, chacune de leur vision particuli\u00e8re sera comme une petite fen\u00eatre diff\u00e9rente, permettant une vue originale et unique sur le m\u00eame paysage divin, projetant ainsi par d&rsquo;innombrables images la m\u00eame splendeur universelle. C&rsquo;est par cette vue globale seulement que pourra \u00eatre atteinte par l&rsquo;Humanit\u00e9 la vraie synth\u00e8se de la V\u00e9rit\u00e9, car, comme l&rsquo;a \u00e9crit Fernande Lanksweirt, \u00ab la voie de l&rsquo;absolu n&rsquo;est pas \u00e9trang\u00e8re \u00e0 l&rsquo;Histoire et la r\u00e9v\u00e9lation spirituelle ne passe par l&rsquo;individu que pour devenir le germe d&rsquo;un accomplissement communautaire \u00bb<\/span><span> [12].<\/span><\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\">En attendant l&rsquo;Humanit\u00e9 poursuit collectivement sa route sur cette voie large qui, \u00e0 tous les niveaux, fait le tour de la montagne, s&rsquo;\u00e9levant insensiblement sur une spirale ind\u00e9finie, avec des hauts et des bas, des avances et des reculs, progressant lentement par cycles successifs, dont le d\u00e9but, \u00e0 chaque cycle, part d&rsquo;un niveau inf\u00e9rieur au point d&rsquo;arriv\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dent pour aboutir finalement \u00e0 un niveau d&rsquo;arriv\u00e9e sup\u00e9rieur. Sur cette voie commune les hommes avancent donc comme sur des voies parall\u00e8les. Chacun, muni d&rsquo;\u0153ill\u00e8res, ne suit que la voie conforme \u00e0 son temp\u00e9rament particulier: sciences positives, connaissances techniques, m\u00e9caniques, ou bien religion, po\u00e9sie, art et philosophie. Chacun poursuit ainsi sa propre route circulaire sur les versants de cette montagne que contourne p\u00e9niblement, au milieu des orages et des bouleversements de toute sorte, notre humanit\u00e9 souffrante et pitoyable. Le progr\u00e8s est si lent, l&rsquo;ascension si peu marqu\u00e9e, que nul ne s&rsquo;en aper\u00e7oit et que la d\u00e9sesp\u00e9rance saisit les pauvres humains qui d\u00e9noncent l&rsquo;absurdit\u00e9 du monde, le non-sens de la vie. Pourtant la Lumi\u00e8re est au terme du voyage, au bout de l&rsquo;interminable mont\u00e9e. Ne peuvent l&rsquo;apercevoir plus t\u00f4t que ceux qui ont le courage de prendre le \u00ab chemin court \u00bb, l&rsquo;abrupt sentier, la pers\u00e9v\u00e9rance de le gravir jusqu&rsquo;au bout et d&rsquo;aborder \u00e0 son sommet de lumi\u00e8re !<\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\"><span>Comment finit donc la grande aventure humaine ? La tradition nous parle du \u00ab jugement dernier \u00bb qui, \u00e0 la fin des temps, s\u00e9parera les bons des m\u00e9chants, les boucs des brebis. Les sages nous expliquent qu&rsquo;\u00e0 la fin du grand cycle pr\u00e9sent, une s\u00e9paration divisera en deux l&rsquo;humanit\u00e9 : d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 ceux qui, ayant pris conscience de leur \u00e2me, poursuivront leur \u00e9volution glorieuse; de l&rsquo;autre, une minorit\u00e9 de retardataires sera mise de c\u00f4t\u00e9 pour \u00e9viter que leur poids lourd n&rsquo;entrave et ne retarde la marche ascensionnelle des premiers. Ces retardataires ne seront pas condamn\u00e9s \u00e0 la damnation \u00e9ternelle, comme l&rsquo;a suppos\u00e9 une interpr\u00e9tation f\u00e9roce, mais \u00e0 la condamnation aeonienne, ce qui implique qu&rsquo;ils seront rejet\u00e9s dans les lointains obscurs d&rsquo;une \u00e9volution future, o\u00f9 ils pourront parachever leur \u00e9volution, manqu\u00e9e dans la pr\u00e9sente. Les catholiques croient \u00e0 l&rsquo;inspiration divine de la Bible. Relisons donc la parole du Seigneur : \u00ab Je ne punirai pas \u00e9ternellement parce que les esprits sont sortis de moi et que j&rsquo;ai cr\u00e9\u00e9 les \u00e2mes \u00bb<\/span><span> [13]. Ceci peut-il \u00eatre compris autrement que comme un d\u00e9menti formel au dogme barbare de la damnation \u00e9ternelle ?<\/span><\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\"><span>Telle sera donc la grande s\u00e9paration qui, \u00e0 l&rsquo;heure du Destin, sera effectu\u00e9e entre ceux que le \u00ab Credo \u00bb nomme \u00ab les vivants et les morts \u00bb, les vivants \u00e9tant ceux qui, ayant pris conscience de leur \u00e2me, seront consid\u00e9r\u00e9s comme \u00ab sauv\u00e9s \u00bb ayant d\u00e9pass\u00e9 le stade critique, au del\u00e0 duquel se profilera devant leurs yeux \u00e9blouis le but final de l&rsquo;\u00e9volution terrestre. Ce but final, c&rsquo;est le sommet vertigineux de la montagne. Tous les hommes y arriveront donc t\u00f4t ou tard, les uns avec une moisson riche et abondante, les autres, apr\u00e8s des \u00ab aeons \u00bb<\/span><span> [14] seulement, et peut-\u00eatre avec une maigre et tardive r\u00e9colte. \u00ab Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon P\u00e8re \u00bb, a dit le Christ. A ce havre supr\u00eame, notre humanit\u00e9 trouvera seulement la fin de ses durs labeurs et de ses tourments. L\u00e0, au sein de l&rsquo;Unit\u00e9 divine de l&rsquo;Esprit et dans le myst\u00e8re de la \u00ab Communion des \u00e2mes \u00bb, les hommes r\u00e9dim\u00e9s jouiront de la joie ineffable de l&rsquo;\u00e9ternelle b\u00e9atitude dans la contemplation des longs chemins parcourus et l&rsquo;\u00e9laboration collective de nouvelles et divines cr\u00e9ations : car Dieu et le Monde sont Un: l&rsquo;Eternel et le Temporel, le statique et le dynamique, le Cr\u00e9ateur infini et les Univers finis qui se succ\u00e8dent ind\u00e9finiment, sont pareillement des aspects de l&rsquo;\u00catre. L&rsquo;\u00catre c&rsquo;est \u00e0 la fois l&rsquo;Un et le Tout : l&rsquo;Unit\u00e9 \u00e9ternelle de l&rsquo;Esprit dans la multiplicit\u00e9 fugitive et cyclique des apparences formelles. La conscience universelle (Logos-Ishv\u00e2ra) est le lien qui unit les deux \u2014 trinit\u00e9 divine \u2014 et cette conscience, \u00e0 notre niveau d&rsquo;\u00e9volution, c&rsquo;est l&rsquo;homme, la conscience humaine. Est-il possible de r\u00e9sumer bri\u00e8vement et en quelques mots ce long expos\u00e9 ?<\/span><\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\"><span>St Paul, le grand initi\u00e9 Chr\u00e9tien, nous pr\u00e9sente le<\/span><span> microcosme homme lui aussi comme une trinit\u00e9 : esprit, \u00e2me et corps (Pne\u00fbma, Psych\u00e8, S\u00f4ma). L&rsquo;Esprit en l&rsquo;homme est Dieu, l&rsquo;\u00c9tincelle divine. L&rsquo;homme ne conna\u00eet pas l&rsquo;Esprit en lui, car l&rsquo;homme ne peut conna\u00eetre Dieu, l&rsquo;\u00catre. En se s\u00e9parant en effet, en s&rsquo;isolant de l&rsquo;\u00catre, par ses pens\u00e9es, ses d\u00e9sirs, centr\u00e9s sur lui-m\u00eame, l&rsquo;homme ne peut plus conna\u00eetre l&rsquo;\u00catre qu&rsquo;il est essentiellement. D&rsquo;autre part, pour saisir l&rsquo;\u00catre par l&rsquo;intelligence, pour tenter de le comprendre, l&rsquo;homme a d\u00fb se distinguer de Lui, se s\u00e9parer ou s&rsquo;opposer en quelque sorte \u00e0 Lui. D&rsquo;o\u00f9 le mythe de la chute originelle, \u00e0 la suite de laquelle l&rsquo;homme ne se conna\u00eet plus comme Esprit divin. De cet Esprit, il ne per\u00e7oit plus que des reflets \u2014 le Bien, le Beau, le Vrai \u2014 dans le miroir de son \u00e2me, ce v\u00eatement de l&rsquo;Esprit. Mais, je l&rsquo;ai dit, chez l&rsquo;immense majorit\u00e9 des hommes, l&rsquo;\u00e2me elle-m\u00eame est encore comme endormie : ils n&rsquo;en per\u00e7oivent que l&rsquo;attraction, l&rsquo;orientation fauss\u00e9e qu&rsquo;elle subit vers le corps, la mati\u00e8re, le monde ext\u00e9rieur. Cette orientation invers\u00e9e de l&rsquo;\u00e2me, et qui est comme son reflet dans la mati\u00e8re, c&rsquo;est le mental, ce moi \u00e9ph\u00e9m\u00e8re avec lequel l&rsquo;homme s&rsquo;identifie par ses sensations et toutes ses activit\u00e9s psychiques. Tout homme doit donc se d\u00e9sorienter de la mati\u00e8re, transcender son moi pour effectuer sa remont\u00e9e dans la lumi\u00e8re de l&rsquo;Esprit, lumi\u00e8re refl\u00e9t\u00e9e dans son \u00e2me dont il doit donc r\u00e9cup\u00e9rer la pleine et divine conscience.<\/span><\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\"><span>Si simple que paraisse cet enseignement, il semble que la V\u00e9rit\u00e9 qu&rsquo;il implique ne puisse \u00eatre per\u00e7ue, comprise, accept\u00e9e, par notre monde, tout englu\u00e9 dans son mat\u00e9rialisme \u00e9pais. Ce monde en effet n&rsquo;a gu\u00e8re chang\u00e9, apparemment, depuis le temps o\u00f9 le Christ d\u00e9livrait son message sous le ciel de Palestine, message au sujet duquel l&rsquo;\u00c9vangile nous rapporte que \u00ab c&rsquo;est au moyen de beaucoup de ces paraboles qu&rsquo;Il leur enseigna la v\u00e9rit\u00e9 telle qu&rsquo;ils \u00e9taient capables de l&rsquo;entendre. Mais il ne leur parla pas autrement qu&rsquo;en paraboles \u00bb. Cette v\u00e9rit\u00e9, le monde est-il p<\/span><span>lus en \u00e9tat de l&rsquo;entendre aujourd\u2019hui ? Citant ce texte Chr\u00e9tien et rappelant les quatre Yugas cycliques et alternatifs de la tradition hindoue, correspondant aux \u00e2ges d&rsquo;or, d&rsquo;argent, de bronze et de fer de la tradition occidentale, Marco Pallis<\/span><span> [15] ajoute : \u00ab D&rsquo;aucuns pensent, \u00e0 certains signes, que le temps pr\u00e9sent est peut-\u00eatre le soubresaut d&rsquo;agonie d&rsquo;une de ces p\u00e9riodes sombres, l&rsquo;heure des t\u00e9n\u00e8bres les plus profondes qui pr\u00e9c\u00e8de l&rsquo;aube \u00bb. Acceptons-en l&rsquo;espoir ! Ainsi que l&rsquo;a dit un po\u00e8te, c&rsquo;est quand la nuit se fait plus noire qu&rsquo;il est beau de croire \u00e0 la lumi\u00e8re.<\/span><\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\" style=\"text-align: justify; padding-left: 300px;\">Pierre d&rsquo;ANGKOR.<\/p>\n<div id=\"\\&quot;sdfootnote1\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\"><span><span>[1] Ce qui prouve ce sens symbolique, transcendant le sens historique \tdes \u00c9vangiles, c&rsquo;est :<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\"><span> 1\u00b0 Le parall\u00e9lisme de nombreux \u00e9pisodes de la vie \tde J\u00e9sus avec ceux de la vie de Bouddha et autres grands Initi\u00e9s \tde l&rsquo;Histoire.<\/span><\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\"><span> 2\u00b0 La concordance de ces \u00e9pisodes avec les \u00e9tapes \tinitiatiques des anciens myst\u00e8res menant \u00e0 la seconde naissance, \tainsi qu&rsquo;avec les rites de mort et de r\u00e9surrection du h\u00e9ros divin \tdans les religions antiques.<\/span><\/p>\n<p class=\"\\&quot;sdfootnote-western\\&quot;\">3\u00b0 Le \tfait que dans ces religions comme dans les \u00c9vangiles, la suite des \t\u00e9pisodes est calqu\u00e9e sur les phases successives du cycle solaire, \tle soleil \u00e9tant traditionnellement la figure-type de l&rsquo;initi\u00e9 dans \tles Cultes anciens (Osiris, Thammuz, Adonis, Attis) : naissance du \tsoleil (No\u00ebl), lutte contre un adversaire, crucifixion sur la Croix \t\u00e9quinoxiale suivie aussit\u00f4t de sa r\u00e9surrection triomphale \t(P\u00e2ques), ascension dans le Ciel o\u00f9 il m\u00fbrit le bl\u00e9 et la vigne \t(le pain et le vin) dont il nourrit ses adorateurs (repas de \tcommunion).<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"\\&quot;sdfootnote2\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\"><span><span>[2] H\u00e9b. V, 12.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"\\&quot;sdfootnote3\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\"><span><span>[3] Citations d&rsquo;apr\u00e8s le \tmagistral article de Boris Mouravieff : \u00ab\u00a0Le substantiel et \tl&rsquo;essentiel \u00bb, <\/span><\/span><span><span><em>Synth\u00e8ses<\/em><\/span><\/span><span><span>, \tmai 1958, Bruxelles.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"\\&quot;sdfootnote4\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"\\&quot;sdfootnote-western\\&quot;\"><span>[4] On pourrait en citer de nombreux exemples. Je me bornerai \u00e0 citer \tla notion m\u00eame d&rsquo;\u00c9glise. Le Christ avait fond\u00e9 l&rsquo;institution pour \t\u00eatre mise au service de l&rsquo;homme et de son salut. Ses successeurs \tpersonnifi\u00e8rent et d\u00e9ifi\u00e8rent l&rsquo;institution \u2014 l&rsquo;\u00c9glise est \tl&rsquo;\u00e9pouse du Christ, l&rsquo;\u00e9pouse de Dieu \u2014 et mirent les hommes \u00e0 \tson service. La primaut\u00e9 n&rsquo;appartint plus \u00e0 l&rsquo;homme, mais \u00e0 \tl&rsquo;institution cr\u00e9\u00e9e pour lui. J\u00e9sus avait pourtant dit de \tlui-m\u00eame : \u00ab\u00a0Je ne suis pas venu pour \u00eatre servi, mais pour \tservir \u00bb (Matth. XX, 28). Cette supr\u00e9matie de l&rsquo;\u00c9glise justifia \tl&rsquo;orgueil et la domination autoritaire des clerg\u00e9s sur les \u00e2mes et \tles consciences des fid\u00e8les. Elle entra\u00eena les cons\u00e9quences les \tplus sanglantes, les anath\u00e8mes, les b\u00fbchers, les guerres de \treligion, le tout ordonn\u00e9 par l&rsquo;\u00c9glise et suivi docilement par les \tfid\u00e8les. \u00c9tait-il possible de contrevenir plus ouvertement \u00e0 la \tloi du Christ, qui \u00e9tait une loi de charit\u00e9, de pardon et d\u2019amour \t? M\u00eame \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des p\u00e9cheurs, des infid\u00e8les, des h\u00e9r\u00e9tiques, \tcomme en t\u00e9moigne son attitude envers la femme p\u00e9cheresse, le \tSamaritain, la Canan\u00e9enne et le centurion romain ?<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"\\&quot;sdfootnote5\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\"><span><span>[5] Jean X, 33-36 \u2014 Ps. 71.6.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"\\&quot;sdfootnote6\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"\\&quot;sdfootnote-western\\&quot;\"><span>[6] Jean III, 3.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"\\&quot;sdfootnote7\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\">[7] <span><span>Ceci n&rsquo;exclut nullement la v\u00e9rit\u00e9 r\u00e9incarnationniste. L&rsquo;homme se \tr\u00e9incarne sur cette terre aussi longtemps qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas effectu\u00e9 \tsa lib\u00e9ration (Nirv\u00e2na), c&rsquo;est-\u00e0-dire aussi longtemps qu&rsquo;il ne \ts&rsquo;est pas affranchi des causes qui le r\u00e9engr\u00e8nent p\u00e9riodiquement \tsur la roue des naissances et des morts. Dans l&rsquo;ignorance de son \t\u00e2me, il rena\u00eet en des personnalit\u00e9s successives, cr\u00e9ations \t\u00e9ph\u00e9m\u00e8res de ses d\u00e9sirs changeants. C&rsquo;\u00e9tait l\u00e0 non seulement \tl&rsquo;enseignement de toute l&rsquo;Asie, mais celui de l&rsquo;antique \u00c9gypte, \tcelui des Myst\u00e8res Grecs et celui aussi du Christ, comme nous en \ttrouvons de nombreuses preuves dans les \u00c9vangiles m\u00eame.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\"><span><span> Matth. XI, 7, 9, 14 ; XIV, 1 et 2 ; \tXVI, 13 et 14 ; XXII, 12 et 13. Jean III, 1 \u00e0 10 ; IX, 1, 2, 3. \tMarc VI, 14 et 15 ; IX, 1 et 2. Luc IX, 7, 8, 9, 18, 19<\/span><\/span><span>.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"\\&quot;sdfootnote8\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\"><span><span>[8] I Cor. XV, 44, 47.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"\\&quot;sdfootnote9\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"\\&quot;sdfootnote-western\\&quot;\"><span>[9] Citations d&rsquo;apr\u00e8s Boris Mouravieff, Synth\u00e8ses (mai 1958).<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"\\&quot;sdfootnote10\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"\\&quot;sdfootnote-western\\&quot;\"><span>[10] Cette voie est celle que la religion chr\u00e9tienne nomme la voie de \tsaintet\u00e9, trop distingu\u00e9e malheureusement de la voie de la \tsagesse, du fait qu&rsquo;elle m\u00e9conna\u00eet ici aussi le r\u00f4le n\u00e9cessaire \tde la raison. Il en r\u00e9sulte souvent le risque du d\u00e9s\u00e9quilibre, \tles dangers d&rsquo;un d\u00e9r\u00e8glement psychique, dont on ne voit que trop \td&rsquo;exemples chez des mystiques, par ailleurs de haute vertu et de \tmoralit\u00e9 irr\u00e9prochable, mais chez lesquels l&rsquo;\u00e9motivit\u00e9 d&rsquo;une \td\u00e9votion, exalt\u00e9e sans contr\u00f4le et sans frein, est trop souvent \tconfondue avec la spiritualit\u00e9 v\u00e9ritable. On sait les \tr\u00e9percussions, les aberrations \u00e9rotiques, que peut provoquer \tl&rsquo;ardeur de cet amour d\u00e9votionnel sur des natures na\u00efves, \tprimitives, insuffisamment averties et contr\u00f4l\u00e9es !<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"\\&quot;sdfootnote11\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"\\&quot;sdfootnote-western\\&quot;\">[11] <span>Luc XVI, 16. Matth. XI, 12.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"\\&quot;sdfootnote12\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"\\&quot;sdfootnote-western\\&quot;\">[12] <span>\u00ab\u00a0Synth\u00e8ses \u00bb, mai 1958.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"\\&quot;sdfootnote13\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"\\&quot;sdfootnote-western\\&quot;\">[13] <span>Isa\u00efe LVII, 16<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"\\&quot;sdfootnote14\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\">[14] <span><span>Ce terme grec, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du sens d&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, signifie \u00e9galement \tune longue p\u00e9riode cyclique.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"\\&quot;sdfootnote15\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"\\&quot;western\\&quot;\">[15] <span><span>Dans son beau livre : \u00ab Cimes et Lamas \u00bb (Albin Michel).<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"\\&quot;sdfootnote-western\\&quot;\">\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si l&rsquo;on consid\u00e8re depuis ses origines le pass\u00e9 religieux de l&rsquo;humanit\u00e9, l&rsquo;on constate qu&rsquo;elle s&rsquo;est toujours trouv\u00e9e divis\u00e9e en deux grandes cat\u00e9gories oppos\u00e9es : les agnostiques et les croyants. Les grandes religions historiques qui se succ\u00e9d\u00e8rent eurent toutes leurs sceptiques, leurs incr\u00e9dules. De nos jours, beaucoup de th\u00e9osophes \u00e9taient des agnostiques, des esprits areligieux. Ils ne sont venus \u00e0 la th\u00e9osophie que parce que leur esprit philosophique a \u00e9t\u00e9 \u00e9c\u0153ur\u00e9 par les insuffisances, ou effray\u00e9 par les dangers, que pr\u00e9sente une science purement mat\u00e9rialiste, ou parce que leur attention a \u00e9t\u00e9 attir\u00e9e par des ph\u00e9nom\u00e8nes parapsychiques ou paranormaux que la science officielle n&rsquo;explique pas. Quant aux croyants des diverses religions, sous l&#8217;empire de leur raison critique, analytique et discursive, ils ne tard\u00e8rent pas \u00e0 se diviser eux-m\u00eames, \u00e0 s&rsquo;opposer en sectes rivales, pr\u00e9tendant chacune \u00eatre dans la v\u00e9rit\u00e9, sectes o\u00f9 le fanatisme aveugle appara\u00eet toujours en rapport avec l&rsquo;\u00e9troitesse et l&rsquo;irrationalit\u00e9 des dogmes d\u00e9finis, la foi qui ne discute pas \u00e9tant alors la condition n\u00e9cessaire pour les faire accepter.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[64,15],"tags":[157,1345],"class_list":["post-309","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-p-dangkor","category-theosophie","tag-religion","tag-theosophie"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.5 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Religion et th\u00e9osophie par Pierre d&#039;Angkor - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/religion-et-thosophie-par-pierre-dangkor\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Religion et th\u00e9osophie par Pierre d&#039;Angkor - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Si l&#039;on consid\u00e8re depuis ses origines le pass\u00e9 religieux de l&#039;humanit\u00e9, l&#039;on constate qu&#039;elle s&#039;est toujours trouv\u00e9e divis\u00e9e en deux grandes cat\u00e9gories oppos\u00e9es : les agnostiques et les croyants. 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