{"id":315,"date":"2009-04-14T00:00:00","date_gmt":"2009-04-14T00:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=315"},"modified":"2021-06-11T14:43:08","modified_gmt":"2021-06-11T13:43:08","slug":"vie-et-oeuvre-de-sri-krishna-prem-par-gabriel-monod-herzen","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/vie-et-oeuvre-de-sri-krishna-prem-par-gabriel-monod-herzen\/","title":{"rendered":"Vie et oeuvre de Sri Krishna Prem par Gabriel Monod-Herzen"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><b>SRI KRISHNA PREM yogi et th\u00e9osophe<\/b> par Gabriel Monod-Herzen<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">(Revue Le Lotus Bleu. Mai-Juin 1966)<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ceci est le r\u00e9cit de l&rsquo;existence d&rsquo;un homme qui eut deux vies, et de celles que beaucoup d&rsquo;entre nous ont r\u00eav\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le 10 Mai 1898 naissait \u00e0 Cheltenham, Ronald Henry Nixon. Son p\u00e8re, expert en porcelaines chinoises, faisait le commerce de la verrerie et de la porcelaine. Sa m\u00e8re \u00e9tait christian scientist : elle fit de son fils un v\u00e9g\u00e9tarien, ce qui lui fut fort utile lors de ses voyages.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Quand il eut fini ses \u00e9tudes secondaires, le jeune Nixon obtint son admission au King&rsquo;s College de Cambridge, dans la section des sciences. Il ne devait pas en profiter imm\u00e9diatement en raison de la guerre de 1914-1918: engag\u00e9 dans l&rsquo;aviation, il passa toute l&rsquo;ann\u00e9e 1917 en France ; mais il ne semblait pas avoir d&rsquo;avenir dans l&rsquo;arm\u00e9e : l&rsquo;extr\u00eame franchise de ses r\u00e9ponses d\u00e9plaisait \u00e0 ses chefs.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ses dons pour les langues semblaient m\u00e9diocres, car un s\u00e9jour d&rsquo;une ann\u00e9e enti\u00e8re en France ne lui avait fait rien apprendre en fran\u00e7ais.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">A sa d\u00e9mobilisation, il prit sa place \u00e0 Cambridge, cette fois dans la section des lettres (the mental and moral sciences Tripos) ; une subtile transformation avait commenc\u00e9 \u00e0 se produire en lui, dont c&rsquo;\u00e9tait la premi\u00e8re manifestation. Si les langues modernes n&rsquo;avaient pas d&rsquo;attrait pour lui, par contre, il ma\u00eetrisa le latin et le grec. Il se convainquit bient\u00f4t que l&rsquo;enseignement universitaire de la philosophie comportait d&rsquo;inacceptables lacunes du c\u00f4t\u00e9 de la pens\u00e9e orientale. Il fut tr\u00e8s attir\u00e9 par le bouddhisme et la th\u00e9osophie: <em>La Doctrine Secr\u00e8te<\/em> d&rsquo;H.P. Blavatsky devint une de ses lectures favorites et devait le rester pendant toute sa vie.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il nouait \u00e0 cette \u00e9poque quelques amiti\u00e9s durables. Au cours d&rsquo;une vente de livres, suivant la mort d&rsquo;un \u00e9crivain, un jeune \u00e9tudiant en m\u00e9decine, le voyant feuilleter des ouvrages d&rsquo;alchimie, fut tout \u00e0 coup frapp\u00e9 par cette pens\u00e9e : \u00ab Cet homme est celui qui r\u00e9soudra les probl\u00e8mes de ma vie \u00bb. Nous verrons combien cette intuition \u00e9tait vraie : je tiens ce r\u00e9cit de l&rsquo;int\u00e9ress\u00e9 lui-m\u00eame ; il s&rsquo;appelait Alexander.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le r\u00e9sultat des \u00e9tudes et des r\u00e9flexions de Nixon sur le bouddhisme l&rsquo;ont amen\u00e9 \u00e0 se rendre compte que l&rsquo;image classique du Bouddha m\u00e9ditant n&rsquo;avait aucunement le d\u00e9sir de repr\u00e9senter le Prince Siddh\u00e2rta devenu religieux; mais bien, et uniquement, d&rsquo;\u00e9voquer la silhouette d&rsquo;un homme ayant atteint la supr\u00eame Lib\u00e9ration : l&rsquo;image poss\u00e9dait une v\u00e9rit\u00e9 int\u00e9rieure ind\u00e9pendante de sa valeur historique.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">En 1921, Nixon obtint le 2nd Class Honour Degree et se pr\u00e9occupa tout de suite de l&rsquo;utiliser pour partir pour l&rsquo;Inde, seul pays o\u00f9 il pensait pouvoir trouver son gourou. On venait de cr\u00e9er une Universit\u00e9 \u00e0 Lucknow : il y obtint un poste de lecteur puis celui de Professeur dans la section anglaise. A son arriv\u00e9e, il fut re\u00e7u par le Recteur, M. G.N. Chakravarti, qui le logea dans la maison des h\u00f4tes.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 300px;\">**<\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Cet \u00e9minent bengali \u00e9tait lui-m\u00eame th\u00e9osophe, ami personnel d&rsquo;Annie Besant; il avait repr\u00e9sent\u00e9 la Soci\u00e9t\u00e9 Th\u00e9osophique au Parlement des Religions \u00e0 Chicago, rendu c\u00e9l\u00e8bre par le fameux discours de Swami Vivekananda et il \u00e9tait le gourou de Bertram Keightley, qui fut un des fondateurs de la Loge Unie des Th\u00e9osophes. Sa femme, Monica, descendante, comme lui, d&rsquo;une grande famille du Bengale, \u00e9tait c\u00e9l\u00e8bre par son \u00e9l\u00e9gance et le charme de ses r\u00e9ceptions ; elle \u00e9tait \u00e9galement th\u00e9osophe et amie de Mme Besant.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Tr\u00e8s vite, Ronald Nixon trouve dans la vie indienne son v\u00e9ritable milieu ; il cesse alors de fr\u00e9quenter ses compatriotes. Parlant plus tard de cette \u00e9poque, il disait en souriant avoir adopt\u00e9 la vie hindoue en bloc \u00ab superstitions comprises \u00bb. La famille Chakravarti l&rsquo;adoptant comme un fils lui fait une place dans leur propre maison.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Un jour Mme Chakravarti dit \u00e0 son mari : \u00ab Maintenant que nos enfants sont grands, je d\u00e9sire me consacrer de plus en plus compl\u00e8tement aux questions spirituelles ; je vous serais reconnaissante d&rsquo;inviter \u00e0 faire un s\u00e9jour chez nous les personnes int\u00e9ressantes passant \u00e0 Lucknow \u00bb. A la fin de l&rsquo;ann\u00e9e Mme Chakravarti d\u00e9clare que l&rsquo;exp\u00e9rience avait suffisamment dur\u00e9 : \u00ab car, dit-elle \u00e0 son mari, j&rsquo;ai trouv\u00e9 mon gourou: c&rsquo;est vous \u00bb. Mr. Chakravarti lui r\u00e9pondit : \u00ab Puisque vous me faites cette demande, \u00e0 laquelle vous savez que l&rsquo;on ne peut pas r\u00e9pondre non, je puis vous dire maintenant, que, depuis 25 ans, je pratique le yoga \u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ainsi Monica Chakravarti devint-elle disciple de son mari, ce qui est consid\u00e9r\u00e9 dans l&rsquo;Inde comme une circonstance exceptionnellement heureuse, mais extr\u00eamement rare. Cela ne changeait rien \u00e0 la vie ext\u00e9rieure de la famille. La ville de Lucknow est situ\u00e9e au pied de l&rsquo;Himalaya, bien ouverte vers le Sud et prot\u00e9g\u00e9e du vent du Nord, ce qui en fait pendant l&rsquo;\u00e9t\u00e9 une fournaise. La famille Chakravarti s&rsquo;en allait alors dans la petite ville de montagne d&rsquo;Almora o\u00f9 les soir\u00e9es restent fra\u00eeches et d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;on peut voir s&rsquo;\u00e9lever, \u00e0 quelques cinquante kilom\u00e8tres de distance, les glaces du Trisul et de la Nanda Devi.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Nixon s&rsquo;\u00e9tait mis \u00e0 apprendre l&rsquo;hindi avec ses parents adoptifs; pour l&rsquo;exercer, ils avaient choisi de lui faire lire \u00e0 haute voix la Srimat Bhaghavata : il s&rsquo;agit d&rsquo;une vie de Sri Krishna en de nombreux volumes. Cette lecture n&rsquo;\u00e9tait pas seulement un exercice de prononciation : il s&rsquo;agissait surtout de bien comprendre les termes de la philosophie mystique du Nord de l&rsquo;Inde. Au cours de ces soir\u00e9es de lecture et d&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se, Nixon d\u00e9couvrit que c&rsquo;\u00e9tait presque toujours Mme Chakravarti qui r\u00e9pondait \u00e0 ses questions avec une simplicit\u00e9 et une ferveur qui r\u00e9v\u00e9laient en elle une profonde exp\u00e9rience v\u00e9cue de la pr\u00e9sence divine. Plus tard, Sri Krishna Prem d\u00e9crira cela, en disant que l&rsquo;on avait aupr\u00e8s d&rsquo;elle l&rsquo;impression que Sri Krishna \u00e9tait dans la pi\u00e8ce voisine, invisible mais tout proche. Il n&rsquo;y avait pas de doute : le gourou que Nixon cherchait depuis son d\u00e9part d&rsquo;Angleterre \u00e9tait depuis longtemps \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. Il demanda \u00e0 Mme Chakravarti de l&rsquo;accueillir comme disciple, ce qu&rsquo;elle accepta, mais \u00e0 une condition : c&rsquo;est qu&rsquo;il ne quitterait jamais le sentier sur lequel il allait s&rsquo;engager, comme le font trop souvent les occidentaux partis \u00e0 la d\u00e9couverte de la voie spirituelle et qui papillonnent d&rsquo;un ma\u00eetre \u00e0 l&rsquo;autre pour n&rsquo;aboutir nulle part.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 300px;\">**<\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">En 1926, Mr. Chakravarti atteint l&rsquo;\u00e2ge de la retraite et doit, par cons\u00e9quent, quitter son poste de Lucknow. A cette \u00e9poque existait \u00e0 B\u00e9nar\u00e8s la premi\u00e8re Universit\u00e9 Hindoue, fond\u00e9e par Annie Besant, qui vivait pauvrement en marge de l&rsquo;enseignement officiel; cela lui permit d&rsquo;accueillir Ronald Nixon. Pour ce dernier, le changement de r\u00e9sidence \u00e9tait en m\u00eame temps l&rsquo;abandon de toutes ses ambitions professionnelles. Excellent professeur, aim\u00e9 de ses \u00e9l\u00e8ves comme de ses coll\u00e8gues, Nixon avait devant lui une belle carri\u00e8re toute trac\u00e9e en restant dans l&rsquo;enseignement officiel. Si l&rsquo;\u00e9sot\u00e9risme hindou l&rsquo;int\u00e9ressait tellement, il pouvait, comme le faisait le juge Sir John Woodroffe de Calcutta, qui \u00e9tait en train de publier la plus compl\u00e8te et la plus profonde \u00e9tude des Tantras qui ait jamais \u00e9t\u00e9 faite, poursuivre ses recherches sans quitter sa chaire.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">B\u00e9nar\u00e8s ne pouvait offrir au professeur Nixon qu&rsquo;un emploi inf\u00e9rieur \u00e0 tous points de vue \u00e0 celui qu&rsquo;il avait \u00e0 Lucknow. Il l&rsquo;accepta, n\u00e9anmoins, sans h\u00e9sitation et profita de son s\u00e9jour dans la ville sacr\u00e9e pour apprendre le sanscrit. Il continua de vivre avec le Dr. Chakravarti qui s&rsquo;\u00e9tait fait construire une maison en dehors de l&rsquo;Universit\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">En effet, une nouvelle et grave d\u00e9cision devait \u00eatre prise par la famille Chakravarti. Des menaces tr\u00e8s s\u00e9rieuses du c\u00f4t\u00e9 pulmonaire avaient rendu n\u00e9cessaire le d\u00e9part de Mme Chakravarti pour la montagne, alors que l&rsquo;\u00e9tat du c\u0153ur de son mari l&#8217;emp\u00eachait de l&rsquo;y accompagner. La s\u00e9paration, \u00e9tait donc in\u00e9vitable. Elle voulut lui donner une forme en plein accord avec leur commun id\u00e9al spirituel et c&rsquo;est avec l&rsquo;autorisation de celui qui \u00e9tait son Gourou et son mari, qu&rsquo;elle se rend \u00e0 Brindaban, ville consacr\u00e9e \u00e0 Sri Krishna, aux bords du Gange, aupr\u00e8s du guide spirituel d&rsquo;une importante communaut\u00e9 de sanny\u00e2sins vichnou\u00eftes : elle prononce devant lui les v\u0153ux du sannyasi, rev\u00eat pour la vie la robe ocre et devient Sri Yashoda Ma\u00ef . Peu de temps apr\u00e8s \u2014 c&rsquo;\u00e9tait en 1928 \u2014 Nixon suit son exemple et devient Sri Krishna Prem Vairagi.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il m&rsquo;a longuement parl\u00e9 lui-m\u00eame de ce s\u00e9jour dans la ville sainte qui fut rempli d&rsquo;un bonheur rayonnant. Enfin, il avait d\u00e9pouill\u00e9 le vieil homme et pouvait consacrer chaque instant \u00e0 la gloire et \u00e0 l&rsquo;amour de Sri Krishna. En compagnie de nombreux p\u00e8lerins il mendiait sa nourriture dans la ville puis allait au bord du fleuve sacr\u00e9 chanter, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9puisement de ses \u00a0forces, des po\u00e8mes en l&rsquo;honneur du Divin Berger.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Chaque ann\u00e9e Sri Yashoda Ma\u00ef descendait voir son mari \u00e0 B\u00e9nar\u00e8s ; ne voulant pas vivre dans une maison, elle avait lou\u00e9 un house-boat (maison en bois construite sur un bateau) qu&rsquo;elle faisait attacher au bout du jardin de Mr. Chakravarti.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Entre temps la vie des deux sannyasis avait connu \u00e0 Almora des difficult\u00e9s impr\u00e9vues. Sri Yashoda Ma\u00ef y avait lou\u00e9 une maison dans l&rsquo;espoir de pouvoir s&rsquo;y consacrer enti\u00e8rement \u00e0 la vie mystique. H\u00e9las! les hommes en d\u00e9cid\u00e8rent autrement&#8230;<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Suivant la r\u00e8gle monastique, Sri Krishna Prem parcourt chaque jour la ville pour mendier sa nourriture et celle de son gourou. D\u00e9j\u00e0 Sri Yashoda Ma\u00ef \u00a0jouissait d&rsquo;une r\u00e9putation de saintet\u00e9, et l&rsquo;on imagine la curiosit\u00e9 qu&rsquo;y ajoutait la pr\u00e9sence d&rsquo;un disciple anglais aupr\u00e8s d&rsquo;elle ! en peu de temps, deux cents demandes d&rsquo;horoscopes et de talismans arriv\u00e8rent chaque jour, dans leur \u00ab retraite \u00bb, aussi Sri Yashoda Ma\u00ef d\u00e9cida de quitter Almora pour une localit\u00e9 plus retir\u00e9e.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Pendant ces ann\u00e9es de probations, la conception de l&rsquo;id\u00e9al spirituel avait subi chez Sri Krishna Prem une compl\u00e8te transformation, tout en restant fid\u00e8le \u00e0 sa direction primitive. A l&rsquo;image statique du nirvana bouddhique, s&rsquo;\u00e9tait substitu\u00e9 peu \u00e0 peu l&rsquo;image d&rsquo;une divinit\u00e9 ardemment vivante, p\u00e9n\u00e9trante et inspirant chaque acte de la vie la plus ordinaire au point de lui donner son sens et sa valeur. Quand il pensait \u00e0 Sri Krishna, Sri Krishna Prem se rappelait le passage de la Bhagavad G\u00eeta (VII, 8, 9) :<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab <em>Je suis la saveur des eaux, fils de Kounti, le rayonnement du Soleil et de la Lune, le Mot sacr\u00e9 dans les V\u00e9das, le son dans l&rsquo;\u00e9ther et la virilit\u00e9 dans les hommes, le pur parfum de la terre et l&rsquo;\u00e9clat du feu, la vie dans tous les \u00eatres et la ferveur des asc\u00e8tes.<\/em> \u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il va du reste, avoir bient\u00f4t l&rsquo;occasion de se consacrer tr\u00e8s mat\u00e9riellement au culte de ce dieu vivant. On vient de proposer \u00e0 Sri Yashoda Ma\u00ef un terrain qui lui convient parfaitement \u00e0 Mirtola, \u00e0 22 km. d&rsquo;Almora, sur le chemin du p\u00e8lerinage au lac tib\u00e9tain du Mansarovar. Elle peut alors y r\u00e9aliser son r\u00eave, qui est d&rsquo;\u00e9lever un temple \u00e0 Sri Krishna, qui soit en m\u00eame temps une habitation pour elle et son disciple. Cet \u00e9difice, commenc\u00e9 en 1930, fut consacr\u00e9 l&rsquo;ann\u00e9e suivante: l&rsquo;endroit fut nomm\u00e9 Uttara Brindaban, c&rsquo;est-\u00e0-dire : Brindaban d&rsquo;en haut.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">La plus jeune des filles de Sri Yashoda Ma\u00ef , vint vivre aupr\u00e8s d&rsquo;elle et devait prononcer peu apr\u00e8s les v\u0153ux de sannyasi; elle devint disciple de Sri Krishna Prem.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">C&rsquo;est \u00e0 cette \u00e9poque, en 1936, que mourut Mr. Chakravarti. Sa femme perdait ainsi, \u00e0 la fois, la pr\u00e9sence physique de son instructeur et celle du compagnon de toute sa vie : ce fut un choc profond qui \u00e9branla sa sant\u00e9 d\u00e9j\u00e0 compromise.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Pourtant, cette s\u00e9paration fut un bien pour elle. Son respect et son affection pour son Ma\u00eetre \u00e9taient si grands, qu&rsquo;elle faisait de lui l&rsquo;expression compl\u00e8te de son id\u00e9al et par l\u00e0, s&rsquo;arr\u00eatait \u00e0 lui dans son aspiration vers le Divin. Cet obstacle lev\u00e9 par le destin, une \u00e9tape nouvelle allait commencer.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">L&rsquo;\u00e9tat de sant\u00e9 de Sri Yashoda Ma\u00ef ayant beaucoup empir\u00e9, on d\u00e9cida de faire venir un excellent m\u00e9decin militaire britannique qui se trouvait alors dans le voisinage. C&rsquo;\u00e9tait, sous l&rsquo;uniforme d&rsquo;un commandant de l&rsquo;I.M.S., l&rsquo;ancien camarade de Cambridge : Alexander. Quand il eut termin\u00e9 l&rsquo;examen de sa patiente, il montrait un visage soucieux, Sri Yashoda Ma\u00ef soulevant du doigt sa robe de sannyasi, dit \u00e0 Alexander : \u00ab Vous savez ce que ce v\u00eatement signifie: vous pouvez donc \u00eatre s\u00fbr que l&rsquo;id\u00e9e de la mort n&rsquo;a rien qui puisse m&rsquo;impressionner ni m\u00eame m&rsquo;\u00eatre d\u00e9sagr\u00e9able. Mais comme c&rsquo;est un \u00e9v\u00e9nement qui implique, pour moi, la n\u00e9cessit\u00e9 de prendre une s\u00e9rie de d\u00e9cisions pratiques, je vous prie de me dire combien de temps j&rsquo;ai encore \u00e0 vivre ? \u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Alexander lui r\u00e9pondit: \u00ab Six mois s\u00fbrement, un an peut-\u00eatre, certainement pas deux \u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Sri Yashoda Ma\u00ef, en finissant de me raconter cette anecdote, ajoutait pour conclure, en montrant Alexander v\u00eatu \u00e0 son tour de la robe ocre et assis \u00e0 ses pieds : \u00ab Il y a douze ans qu&rsquo;il m&rsquo;a fait cette proph\u00e9tie \u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 300px;\">**<\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">En 1942, ma position dans les Services de la France Libre m&rsquo;ont oblig\u00e9 \u00e0 quitter Pondich\u00e9ry et pourtant \u00e0 rester dans l&rsquo;Inde: j&rsquo;ai imm\u00e9diatement pens\u00e9 \u00e0 profiter de cette circonstance pour faire la connaissance de Sri Krishna Prem, que je ne connaissais que par ses \u0153uvres et par ses lettres \u00e0 mon cher ami Dilip Kumar Roy, qui, depuis vingt ans vivait \u00e0 l&rsquo;Ashram de Sri Aurobindo. C&rsquo;est avec une lettre de lui que j&rsquo;arrivai \u00e0 Mirtola.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ma rencontre avec Sri Krishna Prem eut un caract\u00e8re assez surprenant parce qu&rsquo;elle fut le commencement imm\u00e9diat d&rsquo;une intime amiti\u00e9. Ce fut si net, que tous ceux qui en furent les t\u00e9moins ont pens\u00e9 que ce jour-l\u00e0 nous ne nous \u00e9tions pas trouv\u00e9s, mais retrouv\u00e9s. Pour ceux que cette explication sur le plan int\u00e9rieur ne satisferait pas, j&rsquo;ajouterai qu&rsquo;il y avait plusieurs bonnes raisons ext\u00e9rieures pour nous rapprocher : tous deux nous \u00e9tions d&rsquo;origine europ\u00e9enne, de formation et de m\u00e9tier universitaires, tous deux nous avions quitt\u00e9 l&rsquo;Europe pour trouver notre gourou dans l&rsquo;Inde, et nous l&rsquo;y avions effectivement rencontr\u00e9 ; par contre, lui s&rsquo;\u00e9tait assis pour toujours aux pieds du Ma\u00eetre, alors que j&rsquo;avais cru devoir m&rsquo;efforcer d&rsquo;appliquer les enseignements du mien \u00e0 la vie dans le monde ext\u00e9rieur. Le fait que nous ayons trouv\u00e9 aupr\u00e8s de deux \u00eatres humains diff\u00e9rents la voie la plus directe vers le Divin, ne changeait certes rien \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9 de notre but et ne pouvait en rien nous s\u00e9parer. Du reste, Sri Aurobindo a plusieurs fois exprim\u00e9, en particulier dans ses lettres \u00e0 D.K. Roy, sa haute appr\u00e9ciation des qualit\u00e9s spirituelles de Sri Krishna Prem et celui-ci, ayant fait un voyage dans l&rsquo;Inde du Sud, fut re\u00e7u plusieurs jours \u00e0 l&rsquo;Ashram de Pondich\u00e9ry.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 300px;\">**<\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">La vie \u00e0 Uttara Brindaban \u00e9tait caract\u00e9ris\u00e9e par la parfaite unit\u00e9 de son aspect ext\u00e9rieur et de sa r\u00e9alit\u00e9 int\u00e9rieure.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Int\u00e9rieurement, elle s&rsquo;exprimait par les actes du culte quotidien, par la discipline individuelle de chacun, par ce prolongement pratique du sentiment mystique r\u00e9alis\u00e9 dans la discipline monastique. De toutes les obligations qu&rsquo;elle comportait, la plus visible, et peut-\u00eatre la plus stricte, \u00e9tait le r\u00e9gime alimentaire. Il \u00e9tait, naturellement, rigoureusement v\u00e9g\u00e9tarien, ne comportant m\u00eame pas d&rsquo;\u0153ufs, excluant rigoureusement toutes boissons ferment\u00e9es, mais permettant, avec une grande mod\u00e9ration, de fumer du tabac. Le rituel du temple \u00e9tait fort simple, car la communaut\u00e9 n&rsquo;\u00e9tait pas riche ; mais ceci avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vu par Sri Krishna lui-m\u00eame qui dans sa G\u00eeta (IX, 26) dit :<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab <em>Une feuille, une fleur, un fruit, de l&rsquo;eau qui me sont offerts avec d\u00e9votion, je les accepte avec joie, pieuse offrande d&rsquo;un cour qui s&rsquo;efforce vers moi.<\/em> \u00bb<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Chaque soir, nous \u00e9tions tous r\u00e9unis dans la chambre de Sri Yashoda Ma\u00ef, \u00a0aupr\u00e8s de qui se couchait son chien fid\u00e8le. Sri Krishna Prem faisait la lecture \u00e0 haute voix : c&rsquo;\u00e9tait alors La Voix du Silence de H.P. Blavatsky ; lecture faite \u00e0 l&rsquo;indienne : chaque phrase \u00e9tant longuement s\u00e9par\u00e9e de la suivante, pour nous permettre de prendre profond\u00e9ment conscience de l&rsquo;\u00e9cho \u00e9veill\u00e9e en nous par chacune. Parfois, une remarque \u00e9tait faite, une demande d&rsquo;explication. Les interventions de Sri Yashoda Ma\u00ef \u00e9taient br\u00e8ves, totalement impersonnelles et pourtant p\u00e9n\u00e9tr\u00e9es d&rsquo;ardeur mystique.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">La vie ext\u00e9rieure comportait quelques visites peu nombreuses, surtout lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;europ\u00e9ens : un syst\u00e8me de filtrage amical, mais ferme et efficace, \u00e9tant pratiqu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9tape d&rsquo;Almora, gr\u00e2ce \u00e0 la pr\u00e9sence dans ce village d&rsquo;un couple ami : le biologiste Boshi Sen et sa femme, d&rsquo;origine am\u00e9ricaine, n\u00e9e Gertrude Emerson<a name=\"\\&quot;_ftnref1\\&quot;\"><\/a>. Par contre, les sadous, p\u00e8lerins se rendant au Tibet, \u00e9taient r\u00e9guli\u00e8rement accueillis. Un groupe de paysans du village voisin se consid\u00e9rant comme des \u00ab disciples la\u00efcs \u00bb, offraient r\u00e9guli\u00e8rement leur travail \u00e0 la communaut\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Car tout le monde travaille \u00e0 Uttara Brindaban, chacun mettant les aptitudes que lui donne son m\u00e9tier au service de tous ceux qui d\u00e9sirent en user. Sri Yashoda Ma\u00ef, qui avait re\u00e7u une excellente \u00e9ducation secondaire, faisait la classe aux marmots du village, leur enseignant \u00e0 la fois les rudiments de l&rsquo;instruction \u00e9l\u00e9mentaire et ceux d&rsquo;une hygi\u00e8ne quotidienne ; de plus, et tant que sa sant\u00e9 le lui a permis, elle fit elle-m\u00eame la cuisine pour tous. Le Dr Alexander, devenu Sri Haridas, soignait, dans un petit dispensaire, les paysans malades, ayant Sri Krishna Prem comme infirmier. Les paysans s&rsquo;occupaient des champs appartenant \u00e0 la communaut\u00e9 d&rsquo;o\u00f9 celle-ci tirait une bonne partie de sa nourriture. Sri Yashoda Ma\u00ef, quand elle avait re\u00e7u de son disciple Nixon la totalit\u00e9 de ses biens, avait soigneusement conserv\u00e9 la biblioth\u00e8que : celle-ci \u00e9tait log\u00e9e dans une maison s\u00e9par\u00e9e d&rsquo;Uttara Brindaban. Quant \u00e0 Sri Krishna Prem, il enseignait : si le professeur Nixon \u00e9tait mort, sa cons\u00e9cration au rayonnement de la Connaissance ne s&rsquo;\u00e9tait jamais arr\u00eat\u00e9e. De nombreuses questions lui \u00e9taient pos\u00e9es par des correspondants r\u00e9partis dans toute l&rsquo;Inde et au-del\u00e0. De cette abondante correspondance et des lectures du soir sont n\u00e9s trois livres qui parurent tout d&rsquo;abord par fragments, dans la Revue de la Loge Unie des Th\u00e9osophes, de Bombay : <em>The Aryan Path<\/em>.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le premier est le plus court, il s&rsquo;intitule : <em>La Recherche de la V\u00e9rit\u00e9<\/em> ; c&rsquo;est en m\u00eame temps l&rsquo;acte de foi d&rsquo;un chercheur et ce qu&rsquo;il peut y avoir de plus \u00e9lev\u00e9 dans les conseils d&rsquo;un instructeur \u00e0 ceux qui l&rsquo;\u00e9coutent.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Les deux ouvrages suivants sont des commentaires de deux textes d&rsquo;une importance capitale : le premier s&rsquo;intitule : <em>Le Yoga de la Bhagavad G\u00eeta<\/em>, et le second : <em>Le Yoga de la<\/em> <em>Kathopanishad<\/em>. Comme ces titres l&rsquo;indiquent, l&rsquo;un et l&rsquo;autre volume envisagent le texte sous l&rsquo;aspect du Yoga : pour la Bhagavad G\u00eeta cela n&rsquo;est que naturel, puisque chaque chapitre du livre fameux contient l&rsquo;affirmation que la G\u00eeta est une des Ecritures du Yoga. On sait que ce po\u00e8me est le plus r\u00e9pandu dans l&rsquo;Inde de tous les textes sacr\u00e9s, de telle sorte qu&rsquo;il se trouve \u00eatre l&rsquo;entr\u00e9e naturelle dans la tradition hindoue. Le commentaire de Sri Krishna Prem est strictement hindou dans la distribution de ses parties et dans son inspiration ; mais sa forme litt\u00e9raire, son style, sont p\u00e9n\u00e9tr\u00e9s d&rsquo;humour britannique et d&rsquo;une irr\u00e9v\u00e9rence souriante pour les acad\u00e9miciens officiels : ils rattachent l&rsquo;auteur \u00e0 des lign\u00e9es c\u00e9l\u00e8bres d&rsquo;\u00e9crivains d&rsquo;outre-manche. Cette apparente l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 n&#8217;emp\u00eache pas cet ouvrage d&rsquo;avoir une importance fondamentale : c&rsquo;est la base v\u00e9ritable de toute une conception de la pratique spirituelle. Son retentissement dans l&rsquo;Inde fut consid\u00e9rable.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><em>Le Yoga de la Kathopanishad<\/em> est un trait\u00e9 plus technique. On pourrait dire qu&rsquo;il contient une anatomie et une physiologie de la conscience humaine dont le m\u00e9canisme est d\u00e9crit dans ses mouvements les plus subtils, particuli\u00e8rement dans ses rapports avec le myst\u00e8re de la mort et de la renaissance.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Malgr\u00e9 leur importance, ces profonds travaux n&#8217;emp\u00eachaient par les habitants d&rsquo;Uttara Brindaban de se promener autour de chez eux. Sri Krishna Prem m&#8217;emmena un jour au fond de la vall\u00e9e voisine o\u00f9 s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve, parmi les c\u00e8dres odorants, le vieux temple de Dandeshwar ; l\u00e0, tandis que j&rsquo;\u00e9tais pri\u00e9, tr\u00e8s aimablement, de rester \u00e0 la porte, il p\u00e9n\u00e9trait jusqu&rsquo;au sanctuaire pour s&rsquo;y recueillir quelques minutes. Pourtant ses yeux bleus, sa physionomie tr\u00e8s britannique, ne laissaient aucun doute sur sa race europ\u00e9enne : mais la robe du sanny\u00e2si garantissait son droit.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Cette vie f\u00e9conde, tr\u00e8s bien r\u00e9gl\u00e9e, continua jusqu&rsquo;au jour o\u00f9 s&rsquo;accomplit un \u00e9v\u00e8nement depuis longtemps attendu : le retrait hors de notre monde de Sri Yashoda Ma\u00ef.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 300px;\">**<\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">C&rsquo;\u00e9tait en 1944: Sri Krishna Prem connut alors la solitude des sommets. Tout naturellement l&rsquo;Ashram devint le sien et il e\u00fbt \u00e0 porter la lourde responsabilit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre un gourou. Pour employer les termes hindous, on peut dire que c&rsquo;\u00e9tait l\u00e0, pour lui, le d\u00e9but d&rsquo;un nouveau dharma, la manifestation d&rsquo;un nouveau karma : ce que l&rsquo;on peut r\u00e9sumer en disant qu&rsquo;un nouvel homme venait de naitre.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Neuf ans plus tard, donc en 1953, je lui faisais ma seconde et derni\u00e8re visite. Entre temps, nous nous \u00e9tions rencontr\u00e9s \u00e0 Calcutta, \u00e0 Puri, \u00e0 Pondich\u00e9ry, et nous n&rsquo;avions pas cess\u00e9 de correspondre. En arrivant \u00e0 Uttara Brindaban, en voyant appara\u00eetre au sommet du sentier la haute silhouette de mon ami, j&rsquo;eus l&rsquo;impression tr\u00e8s nette de le trouver int\u00e9rieurement grandi et transform\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">La vie m\u00eame de la communaut\u00e9 avait \u00e9volu\u00e9. Sa fondatrice n&rsquo;\u00e9tait plus l\u00e0 ; devant l&rsquo;entr\u00e9e du temple, un petit monument avait \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 pour contenir ses cendres. Sa fille, Moti Rani, avait aussi quitt\u00e9 ce monde apr\u00e8s avoir re\u00e7u l&rsquo;ordination. La vie de ceux qui restaient s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9pouill\u00e9e de ce qui n&rsquo;\u00e9tait pas essentiel. Mentalement et mat\u00e9riellement, on accueillait plus facilement les visiteurs, la chaleur humaine \u00e9tait plus grande qu&rsquo;auparavant. Tout cela n&rsquo;\u00e9tait que formes ext\u00e9rieures ; mais je savais par exp\u00e9rience qu&rsquo;elles ne pouvaient \u00eatre que l&rsquo;expression fid\u00e8le d&rsquo;un changement int\u00e9rieur et j&rsquo;en eus bient\u00f4t une preuve surprenante.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Sri Krishna Prem me fit lire un ouvrage, tr\u00e8s court, qu&rsquo;il avait commenc\u00e9 dix ans plus t\u00f4t: c&rsquo;\u00e9tait un commentaire de ces <em>Stances de Dzyan<\/em>, qui sont le c\u0153ur m\u00eame de <em>La Doctrine<\/em> <em>Secr\u00e8te<\/em> de H. P. Blavatsky.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je fus profond\u00e9ment \u00e9mu par la profondeur de ce commentaire, et tout autant par son extraordinaire originalit\u00e9 que par la beaut\u00e9 de son style : jamais, dans les autres livres de Sri Krishna Prem, je n&rsquo;avais trouv\u00e9 une aussi parfaite unit\u00e9 entre l&rsquo;inspiration et la forme verbale. Or, le texte n&rsquo;\u00e9tait pas termin\u00e9 : le dernier quart des Stances n&rsquo;\u00e9tait pas examin\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Quand je lui en ai demand\u00e9 la raison, il parut extr\u00eamement embarrass\u00e9 et me dit qu&rsquo;il ne terminerait pas ce commentaire. Je me suis permis de lui faire remarquer avec une certaine vivacit\u00e9, que son texte, compl\u00e9t\u00e9, rendrait aux lecteurs de <em>la Doctrine Secr\u00e8te<\/em>, un immense service, en leur montrant, dans ce livre, des profondeurs qu&rsquo;ils ignoraient. Comme je plaidais cette cause avec chaleur, il me regarda longuement en silence, et me dit enfin : \u00ab Je ne peux pas terminer ce travail, car l&rsquo;homme qui l&rsquo;a commenc\u00e9 n&rsquo;existe plus \u00bb. Il ne me restait plus qu&rsquo;\u00e0 copier ce que je trouvais essentiel dans cet ouvrage et \u00e0, l&#8217;emporter comme un tr\u00e9sor avec le regret de ce qui lui manquerait toujours, regret temp\u00e9r\u00e9 par une petite phrase que j&rsquo;avais cru \u00eatre une consolation affectueuse : \u00ab Je ne terminerai pas ce commentaire, mais je le referai peut-\u00eatre \u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je me trompais dans mon interpr\u00e9tation.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 300px;\">**<\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Un an environ apr\u00e8s mon d\u00e9part, Sri Haridas disparaissait \u00e0 son tour. En 1955, Sri Krishna Prem remet dans les mains d&rsquo;un jeune disciple britannique toute l&rsquo;administration de la propri\u00e9t\u00e9. Une p\u00e9riode d&rsquo;intense concentration et d&rsquo;\u00e9panouissement s&rsquo;ouvre alors. Quelques ann\u00e9es plus tard, Sri Krishna Prem m&rsquo;a fait le plus beau des cadeaux en m&rsquo;annon\u00e7ant qu&rsquo;il avait recommenc\u00e9 et termin\u00e9 son Commentaire des Stances de Dzyan, et que mon affectueuse insistance avait \u00e9t\u00e9 pour quelque chose dans sa d\u00e9cision.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le livre doit para\u00eetre aux Editions Th\u00e9osophiques d&rsquo;Adyar vers le mois de juin 1966, sous le titre de <em>L&rsquo;Homme, Mesure de Toutes Choses<\/em>.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le 14 novembre 1965, Sri Krishna Prem quittait le monde terrestre \u00e0 l&rsquo;H\u00f4pital de Na\u00efni Tal. Le corps fut remont\u00e9 vers Uttara Brindaban. L\u00e0 o\u00f9 la route s&rsquo;arr\u00eate, plus de cent villageois attendaient, qui r\u00e9clam\u00e8rent le droit de porter le corps pendant plusieurs kilom\u00e8tres qui restaient \u00e0 parcourir jusqu&rsquo;au temple de Dandeshwar o\u00f9 s&rsquo;\u00e9levait un b\u00fbcher de c\u00e8dre pour la cr\u00e9mation. Les cendres furent apport\u00e9es pr\u00e8s du temple \u00e9lev\u00e9 par Sri Yashoda Ma\u00ef. Un ami hindou fit graver sur le mausol\u00e9e cette \u00e9pitaphe :<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">\u00ab Pour moi il \u00e9tait la preuve tangible de l&rsquo;intangible et donnait \u00e0 la vie profondeur et dignit\u00e9 \u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Si je pouvais me le permettre, pensant \u00e0 cette vie d\u00e9di\u00e9e sans une h\u00e9sitation vers un seul id\u00e9al, j&rsquo;ajouterais \u00e0 cette phrase ces mots : \u00ab Il fut l&rsquo;incarnation de la fid\u00e9lit\u00e9 \u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">A l&rsquo;heure actuelle, de nouveaux disciples vont arriver \u00e0 l&rsquo;Ashram pour parcourir sous l&rsquo;inspiration de sa m\u00e9moire la Voie qu&rsquo;il a montr\u00e9e.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 270px; text-align: right;\">Gabriel MONOD-HERZEN<\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><strong>L&rsquo;OEUVRE \u00c9CRITE DE SRI KRISHNA PREM<\/strong> par Gabriel Monod-Herzen<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">(Revue Le Lotus Bleu. Novembre 1968)<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Si l&rsquo;on prend le mot \u00ab \u0153uvre \u00bb dans son sens le plus large, l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;un yogi n&rsquo;est autre que son yoga, sa vie m\u00eame.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Mais il arrive que des yogis aient consacr\u00e9 une partie importante de leur vie \u00e0 un enseignement \u00e9crit : c&rsquo;est le cas de Sri Krishna Prem.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Je ne parlerai pas ici de sa correspondance, malgr\u00e9 sa grande importance, parce que, en g\u00e9n\u00e9ral, elle n&rsquo;\u00e9tait pas destin\u00e9e au public<a name=\"\\&quot;_ftnref2\\&quot;\"><\/a>.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">J&rsquo;ai eu l&rsquo;occasion ici m\u00eame de dire comment ce sage, n\u00e9 anglais, devenu indou, avait en somme v\u00e9cu deux vies en une seule existence terrestre. Quand on pense que la premi\u00e8re fut celle d&rsquo;un brillant \u00e9tudiant en lettres, puis d&rsquo;un professeur universitaire d&rsquo;anglais extr\u00eamement dou\u00e9 pour \u00e9crire, il est difficile de croire qu&rsquo;il n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 pendant cette \u00e9poque l&rsquo;auteur de po\u00e8mes ou d&rsquo;articles, mais rien n&rsquo;en est rest\u00e9 ; de telle sorte que son \u0153uvre \u00e9crite se confond avec ce qu&rsquo;il \u00e9crivait comme yogi et qui ne comprend que quatre ouvrages.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Deux caract\u00e8res, apparemment oppos\u00e9s, frappent dans cette \u0153uvre : d&rsquo;une part, la nature impersonnelle des sujets trait\u00e9s, qui sont des r\u00e9ponses \u00e0 des questions pos\u00e9es par des disciples ou des sympathisants et surtout des commentaires de textes inspir\u00e9s. Dans aucun cas on ne sent le travail choisi d&rsquo;avance intelligemment et artistiquement compos\u00e9, et qui peut, m\u00eame s&rsquo;il n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 fait pour cela, apporter un renom \u00e0 son auteur. D&rsquo;autre part, tout y est admirablement \u00e9crit, avec un humour tr\u00e8s britannique, une p\u00e9n\u00e9tration admirable et un sens po\u00e9tique atteignant, notamment dans le dernier ouvrage, une intensit\u00e9 bouleversante. Ajoutons que si l&rsquo;orthodoxie de Sri Krishna Prem, qui \u00e9tait un sannyasi r\u00e9guli\u00e8rement ordonn\u00e9 d&rsquo;une secte Vaishnava extr\u00eamement stricte, ne peut jamais \u00eatre mise en doute, elle s&rsquo;exprime avec une totale libert\u00e9 d&rsquo;images et de pens\u00e9e, sans h\u00e9siter \u00e0 s&rsquo;\u00e9carter des plus fameux commentaires de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, quand le soin de la v\u00e9rit\u00e9 lui para\u00eet l&rsquo;exiger.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Sri Krishna Prem ne fit jamais rien pour r\u00e9pandre sa pens\u00e9e ou le r\u00e9cit de ses exp\u00e9riences, mais dans le milieu universitaire et th\u00e9osophique o\u00f9 il avait v\u00e9cu comme professeur, on avait assez vite pris de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour ses r\u00e9actions aux doctrines indoues : ceux qui ne pouvaient pas venir le voir lui \u00e9crivaient et les questions se ressemblaient souvent. Tant et si bien que, pour \u00e9viter des r\u00e9p\u00e9titions, Sri Krishna Prem \u00e9crivit ses r\u00e9ponses \u00e0 chaque sujet principal sous forme de courts articles que des revues diverses ont publi\u00e9s. C&rsquo;est leur ensemble qui forme le premier volume de ses \u0153uvres. Il contient des r\u00e9ponses claires et profondes aux probl\u00e8mes qui se pr\u00e9sentent au disciple d\u00e8s ses premiers pas. Probl\u00e8mes \u00e9l\u00e9mentaires ? Non, car de leur solution d\u00e9pend l&rsquo;orientation des efforts suivants et souvent le succ\u00e8s m\u00eame de toute l&rsquo;entreprise.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ces r\u00e9ponses ont le double souci de ne pas d\u00e9passer l&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;auteur, quand elles affirment un fait, et de s&rsquo;appuyer sur des autorit\u00e9s incontestables pour la compl\u00e9ter chaque fois qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;atteindre aux aspects les plus \u00e9lev\u00e9s.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">En quelques ann\u00e9es, cette union d&rsquo;une exp\u00e9rience personnelle en progr\u00e8s constant, avec la m\u00e9ditation des textes inspir\u00e9s, en a fait na\u00eetre une compr\u00e9hension originale, faite d&rsquo;une constellation d&rsquo;interpr\u00e9tations nouvelles de leur \u00e9ternelle v\u00e9rit\u00e9. Il \u00e9tait naturel de grouper ces \u00ab darshan \u00bb, ces points de vue, autour du texte qui les avait fait na\u00eetre : il en est r\u00e9sult\u00e9 trois ouvrages : le <em>Yoga de la Bhaghavat Gita<\/em>, le <em>Yoga de la Kathopanishad<\/em> et <em>l&rsquo;Homme, mesure<\/em> <em>de toutes choses<\/em>.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">LA RECHERCHE DE LA V\u00c9RIT\u00c9<a name=\"\\&quot;_ftnref3\\&quot;\"><\/a><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Dans ce recueil, la technique de la vie spirituelle, son application dans la vie, ses incidences intellectuelles, sont tour \u00e0 tour prises sous le feu du regard int\u00e9rieur de l&rsquo;auteur et s&rsquo;\u00e9clairent d&rsquo;une fa\u00e7on nouvelle. Mais deux sujets l&#8217;emportent sur tous les autres : la d\u00e9votion (bhakti) et le gourou, qui occupent la moiti\u00e9 du volume.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">L&rsquo;approche de la voie mystique chez Sri Krishna Prem est caract\u00e9ristique : on ne peut pas aimer ce que l&rsquo;on ne conna\u00eet pas, dit-il, il faut donc qu&rsquo;une connaissance indirecte \u2014 donn\u00e9e par les livres ou par \u00ab l&rsquo;enseignement de ceux que l&rsquo;instinct du c\u0153ur accepte comme ma\u00eetres \u00bb \u2014 soit d&rsquo;abord acquise, et qu&rsquo;elle fasse surgir la flamme de l&rsquo;amour divin. Alors, alors seulement, le gourou, le Ma\u00eetre int\u00e9rieur s&rsquo;\u00e9veille : il est le Seigneur, et quand l&rsquo;amour que le disciple lui a vou\u00e9 s&rsquo;\u00e9tend \u00e0 tous les \u00eatres, parce que en tous il reconna\u00eet l&rsquo;unique Divinit\u00e9, le but est atteint.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Le r\u00f4le de l&rsquo;instructeur humain est aussi pr\u00e9sent\u00e9 sous une forme inhabituelle, Sri Krishna Prem insiste sur le fait que le gourou ext\u00e9rieur n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire, qu&rsquo;il vaut mieux, au d\u00e9but du sentier, n&rsquo;en pas avoir, afin de se bien p\u00e9n\u00e9trer de cette v\u00e9rit\u00e9 fondamentale que c&rsquo;est le disciple qui doit parcourir la Voie, lui-m\u00eame et par lui-m\u00eame ; et que c&rsquo;est seulement quand il a acquis le d\u00e9tachement et la ma\u00eetrise de soi que cet instructeur humain devient souhaitable, car d\u00e9sormais il n&rsquo;appara\u00eetra plus comme un surhomme providentiel se chargeant de tout le travail que le disciple doit faire, mais comme le t\u00e9moin v\u00e9ridique, celui qui indique et soutient.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Certains lecteurs, qui ne connaissaient pas Sri Krishna Prem, ont pu voir l\u00e0 un acte d&rsquo;orgueil. Quand on sait avec quel respect, quelle d\u00e9votion, Sri Krishna Prem consid\u00e9rait son gourou, une telle interpr\u00e9tation est impossible et l&rsquo;on se rend compte que cette attitude \u00e9tait en fait l&rsquo;enseignement que cet instructeur lui-m\u00eame avait donn\u00e9 \u00e0 ce disciple exceptionnel. C&rsquo;est un message d&rsquo;en haut qui nous est donn\u00e9 l\u00e0, la transmission directe d&rsquo;une v\u00e9rit\u00e9 spirituelle, peut-\u00eatre la plus importante pour le jeune disciple. Et l&rsquo;on voit, en repensant \u00e0 l&rsquo;ensemble du livre, qu&rsquo;en r\u00e9alit\u00e9, il p\u00e9n\u00e8tre tout ce volume qui est essentiellement une exhortation constante \u00e0 l&rsquo;\u00e9veil du ma\u00eetre dans notre c\u0153ur.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">LE YOGA DE LA BHAGAVAT GITA<a name=\"\\&quot;_ftnref4\\&quot;\"><\/a><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ce volume a paru en m\u00eame temps que le pr\u00e9c\u00e9dent, ses chapitres avaient \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s dans The Aryan Path, revue de la Loge Unie des Th\u00e9osophes dans l&rsquo;Inde.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Quand on compare les traductions europ\u00e9ennes de la Gita avec le texte, on est frapp\u00e9 par l&rsquo;oubli syst\u00e9matique par les traducteurs des titres des chapitres qui, tous, pr\u00e9cisent que ce texte est \u00ab une \u00e9criture de yoga \u00bb. Oublier ce caract\u00e8re essentiel du livre, c&rsquo;est risquer gravement de ne comprendre ni son sens, ni sa valeur.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Sri Krishna Prem a choisi l&rsquo;attitude oppos\u00e9e : il ne donne pas la traduction du po\u00e8me (dont il recommande les versions anglaises d&rsquo;Annie Besant et Bhagavan Das, d&rsquo;une part, et d&rsquo;autre part, de W.P.D. Hill), son \u0153uvre \u00e9tant un commentaire vers par vers, centr\u00e9 sur l&rsquo;id\u00e9e que le texte entend montrer quelles sont les voies que la conscience humaine peut parcourir pour atteindre le Divin et s&rsquo;unir \u00e0 lui.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Que le combat de Kouroukshetra soit historique, que les personnages mis en sc\u00e8ne par le po\u00e8te aient exist\u00e9, est possible, mais parfaitement secondaire. Les \u00e9v\u00e9nements fournissent un simple support, presque un pr\u00e9texte, aux expos\u00e9s qui, partant de l&rsquo;abattement qui saisit Ardjouna devant le terrible devoir qui l&rsquo;attend, aboutit au renoncement \u00e0 la lib\u00e9ration spirituelle elle-m\u00eame, apr\u00e8s avoir parcouru seize aspects diff\u00e9rents de ce d\u00e9tachement qui est le moyen tout puissant d&rsquo;atteindre \u00e0 cette lib\u00e9ration. Le sujet du po\u00e8me, c&rsquo;est le yoga, la voie et les moyens de l&rsquo;union spirituelle. Le texte appara\u00eet comme un guide o\u00f9 chaque lecteur peut trouver un passage correspondant \u00e0 sa propre nature ; c&rsquo;est ainsi, d&rsquo;une part, un acte d&rsquo;amour du po\u00e8te vers son Dieu, mais aussi de ce Dieu vers l&rsquo;homme, puisqu&rsquo;il prend toutes les formes, offre tous les aspects, pour se rendre accessible : IX. 29 : \u00ab je suis le m\u00eame pour tous les \u00eatres ; nul ne m&rsquo;est ha\u00efssable et plus cher \u00bb ; IX. 23 : \u00ab ceux qui sacrifient avec foi, m\u00eame \u00e0 d&rsquo;autres divinit\u00e9s, sacrifient pourtant \u00e0 moi&#8230; \u00bb IX. 26 : \u00ab Une feuille, une fleur, un fruit, de l&rsquo;eau, qui me sont offerts avec d\u00e9votion, je les accepte avec joie, pieuse offrande d&rsquo;un c\u0153ur qui s&rsquo;efforce vers moi \u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">LE YOGA DE LA KATHOPANISHAD<a name=\"\\&quot;_ftnref5\\&quot;\"><\/a><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ce volume a paru quelque temps apr\u00e8s les deux premiers, vers 1942. C&rsquo;est une traduction du texte de la c\u00e9l\u00e8bre Upanishad et son commentaire d\u00e9taill\u00e9. Les interlocuteurs sont un jeune brahmane et la Mort. Celle-ci, li\u00e9e par la promesse de r\u00e9pondre, se trouve oblig\u00e9e de r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 son disciple l&rsquo;\u00e9tat de ceux qui sont \u00ab pass\u00e9s au-del\u00e0 \u00bb. Ici Sri Krishna Prem n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 s&rsquo;opposer \u00e0 la tr\u00e8s grande majorit\u00e9 des pandits \u2014 sans parler des indianistes \u2014 qui croient que cette expression d\u00e9signe les morts ; par une analyse pertinente du texte, il montre qu&rsquo;il s&rsquo;agit de ceux qui sont pass\u00e9s au-del\u00e0 de l&rsquo;\u00e9tat ordinaire de l&rsquo;homme, de ceux qui ont atteint la supr\u00eame lib\u00e9ration. Les deux derniers chapitres du texte, le dernier en particulier, confirment cette interpr\u00e9tation en affirmant que cet enseignement donn\u00e9 par la Mort est \u00ab un enseignement complet du yoga \u00bb (V. 18) apr\u00e8s avoir insist\u00e9 sur ce que les lib\u00e9r\u00e9s sont aussi pass\u00e9s au-del\u00e0 de la mort.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ainsi l&rsquo;Upanishad retrouve sa jeunesse \u00e9ternelle, la valeur sacr\u00e9e de son enseignement qui prolonge et d\u00e9taille celui de la Gita en pr\u00e9cisant ce que l&rsquo;on pourrait appeler la structure intime de la conscience et sa vie. Trait\u00e9 souvent technique, ce livre s&rsquo;adresse \u00e0 ceux qui ont d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9 la premi\u00e8re porte, celle qui ouvre sur le sentier int\u00e9rieur. Il restait \u00e0 \u00e9largir l&rsquo;horizon de cet enseignement, \u00e0 passer de l&rsquo;individuel au cosmique pour faire sentir comment la lib\u00e9ration n&rsquo;est pas une \u00e9vasion hors des mis\u00e8res humaines, mais une union avec l&rsquo;\u0153uvre universelle du divin cr\u00e9ateur : c&rsquo;est \u00e0 cela que Sri Krishna Prem a consacr\u00e9 son dernier ouvrage : Man, the measure of all things.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">L&rsquo;HOMME, MESURE DE TOUTES CHOSES<a name=\"\\&quot;_ftnref6\\&quot;\"><\/a><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ce titre platonicien marque la seconde r\u00e9daction \u2014 d\u00e9finitive \u2014 d&rsquo;un commentaire des Stances de Dzyan.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ces vers sont l&rsquo;un des quatre textes inspir\u00e9s qui sont au c\u0153ur de la th\u00e9osophie \u2014 les trois autres \u00e9tant <em>La Lumi\u00e8re sur le Sentier<\/em>, <em>La Voix du Silence<\/em> et <em>Aux Pieds du Ma\u00eetre<\/em> (ce dernier n&rsquo;\u00e9tant accept\u00e9 que par une partie des Soci\u00e9t\u00e9s Th\u00e9osophiques actuelles).<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Les <em>Stances de Dzyan<\/em> sont le c\u0153ur m\u00eame de l&rsquo;\u0153uvre fondamentale d&rsquo;H.P. Blavatsky, La Doctrine Secr\u00e8te, qui n&rsquo;en est qu&rsquo;un commentaire. Cet ouvrage consid\u00e9rable est constamment cit\u00e9 par les th\u00e9osophes, mais le respect qui l&rsquo;entoure est tel qu&rsquo;aucun d&rsquo;entre eux n&rsquo;a jamais os\u00e9 proposer une autre interpr\u00e9tation des <em>Stances<\/em> qui sont \u00e0 sa base. Et pourtant il est dit dans La Doctrine Secr\u00e8te elle-m\u00eame que tous les textes sacr\u00e9s sont symboliques et, pour cela, peuvent et doivent \u00eatre \u00e9tudi\u00e9s sous des points de vue diff\u00e9rents.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Sri Krishna Prem avait une double raison d&rsquo;admirer <em>La Doctrine Secr\u00e8te<\/em>.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">D&rsquo;une part, son gourou, Sri Yashoda Ma\u00ef, avait \u00e9t\u00e9, dans sa vie s\u00e9culi\u00e8re, une grande amie d&rsquo;Annie Besant, pr\u00e9sidente de la Soci\u00e9t\u00e9 Th\u00e9osophique d&rsquo;Adyar, et avait une profonde admiration pour l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;H.P. Blavatsky. D&rsquo;autre part, Sri Krishna Prem avait trouv\u00e9 dans les <em>Stances de Dzyan<\/em> l&rsquo;\u00e9cho de ses propres exp\u00e9riences int\u00e9rieures, le compl\u00e9ment d&rsquo;autres textes inspir\u00e9s. C&rsquo;est ce point de vue de l&rsquo;exp\u00e9rience spirituelle directe qu&rsquo;il a suivi constamment dans son commentaire.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Les stances sont r\u00e9parties en deux s\u00e9ries, la premi\u00e8re d\u00e9crivant la cr\u00e9ation du monde, la seconde celle de l&rsquo;homme : cosmogen\u00e8se et anthropogen\u00e8se. Mais ces expressions doivent \u00eatre prises ici dans leur sens int\u00e9rieur, comme des r\u00e9f\u00e9rences pr\u00e9cises non pas \u00e0 des ph\u00e9nom\u00e8nes cosmiques ou biologiques (bien que la possibilit\u00e9 d&rsquo;un accord entre elles et ces faits ne soit nullement exclue), mais \u00e0 des \u00e9tats de conscience. Encore une fois, ce dernier terme doit \u00eatre compris dans toute son extension : conscience universelle, cosmique et divine, tout d&rsquo;abord, et ensuite, \u00e0 titre de projection partielle, conscience humaine individuelle.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Dans sa premi\u00e8re version de son point de vue, Sri Krishna Prem avait comment\u00e9 la premi\u00e8re s\u00e9rie de stances et la moiti\u00e9, environ, de la seconde. Il s&rsquo;\u00e9tait alors arr\u00eat\u00e9, parce que sa propre \u00e9volution int\u00e9rieure lui d\u00e9couvrait de nouveaux horizons dont la description exigeait une reprise de toute l&rsquo;\u0153uvre. C&rsquo;est de lui-m\u00eame que je tiens ces d\u00e9tails, et je ne puis oublier la fin de notre entretien, alors que j&rsquo;insistais pour savoir pourquoi il ne terminait pas son commentaire ; apr\u00e8s un assez long silence, il me dit : \u00ab La raison ? c&rsquo;est que l&rsquo;homme qui avait \u00e9crit cela n&rsquo;existe plus \u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Depuis, les demandes de quelques amis lui ont fait reprendre tout ce travail. Son disciple Sri Madhava Ashish y a collabor\u00e9. Mais il faut voir dans cette collaboration bien plus que ce que l&rsquo;on entend habituellement par ce mot. Sri Krishna Prem a voulu qu&rsquo;elle soit l&rsquo;expression mat\u00e9rielle d&rsquo;une v\u00e9ritable transmission spirituelle : il a plac\u00e9 la signature de son disciple avec la sienne, sur ce volume, mais en demandant formellement, en d\u00e9pit du travail qu&rsquo;il avait fait sur le texte, que le volume consacr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;anthropogen\u00e8se soit sign\u00e9 par son disciple seul, et c&rsquo;est ce qui sera fait.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Dans le volume dont nous parlons, la cr\u00e9ation du monde est d\u00e9crite comme un \u00e9veil progressif de l&rsquo;immensit\u00e9, r\u00e9ceptacle de tous les pass\u00e9s, source de tous les devenirs, sorte d&rsquo;inconscient cosmique.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Par une gradation d&rsquo;une d\u00e9licatesse extr\u00eame, l&rsquo;\u00e9veil se pr\u00e9pare, puis se fait, et le jeu du monde \u00e9clate avec sa richesse, ses combats, son ignorance et ses injustices, et pourtant p\u00e9n\u00e9tr\u00e9, au plus profond de son \u00eatre, par un d\u00e9sir, une impulsion constante vers la conqu\u00eate d&rsquo;une libert\u00e9 qui le ram\u00e8nera, conscient, pr\u00e8s de sa source. Et ce chemin \u00ab trac\u00e9 parmi les \u00e9toiles \u00bb, c&rsquo;est celui qui s&rsquo;offre \u00e0 notre conscience.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">En effet, parmi les \u00eatres innombrables, surgit l&rsquo;homme : en lui, par lui, le chemin du d\u00e9part va devenir celui du retour ; le cycle va se fermer, et de la lutte douloureuse du monde divis\u00e9 par son ignorance il tendra vers la paix de l&rsquo;unit\u00e9 cr\u00e9atrice. Cette derni\u00e8re partie de l&rsquo;ouvrage para\u00eetra, comme nous venons de le dire, sous le nom de Sri Madhava Ashish et sous le titre de \u00ab l&rsquo;Homme, fils de l&rsquo;Homme \u00bb.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">D\u00e9j\u00e0, comme nous l&rsquo;avons dit, c&rsquo;est au milieu de cette partie des stances que Sri Krishna Prem avait interrompu sa premi\u00e8re \u00e9tude. Cette fois l&rsquo;interruption est d&rsquo;un autre ordre, semble-t-il, mais ce n&rsquo;est peut-\u00eatre qu&rsquo;une apparence : n&rsquo;est-ce pas encore une fois un progr\u00e8s de son \u00eatre int\u00e9rieur, l&rsquo;union supr\u00eame de son \u00eatre avec Celui qui fut le seul but de sa vie, qui, en le faisant passer au-del\u00e0 des limites de cette existence passag\u00e8re, a remplac\u00e9 la parole \u00e9crite par l&rsquo;exp\u00e9rience totale ?<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 300px; text-align: right;\">G. MONOD-HERZEN.<\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">(Revue Le Lotus Bleu. Avril 1980)<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Un nouveau commentaire sur les Stances de Dzyan : \u00ab L&rsquo;HOMME COMME MESURE DE TOUTES CHOSES \u00bb, par SRI KRISHNA PREM et SRI MADHAVA ASHISH. Traduction fran\u00e7aise par Odette P\u00e9trequin. Ed. du Rocher. Presses de la Cit\u00e9. Paris. 1980.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Tous les th\u00e9osophes savent que le grand ouvrage d&rsquo;H.P. Blavatsky, La Doctrine Secr\u00e8te, est un commentaire des Stances de Dzyan, texte court et difficile qui est aussi un r\u00e9sum\u00e9 initiatique puisque, comme tous ses semblables, il traite de la formation du Monde, en tant que manifestation du Divin transcendant, et de celle de l&rsquo;Homme, en tant que lien entre ces deux termes de l&rsquo;\u00catre.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Il s&rsquo;est produit pour ces Stances un fait extraordinaire, du moins dans la tradition hindoue. En effet, chacun des grands textes initiatiques de l&rsquo;Inde, les Brahma Sutra, et surtout la Bhagavad Gita y sont les sujets d&rsquo;innombrables commentaires. On exag\u00e8re \u00e0 peine en disant que chaque gourou en a fait un et que la plupart de leurs disciples s&rsquo;y sont au moins essay\u00e9s. Or, \u00e0 ma connaissance, pas un seul th\u00e9osophe, asiatique ou europ\u00e9en, n&rsquo;a fait un second commentaire des Stances de Dzyan. Cela s&rsquo;est produit pourtant.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Sri Krishna Prem a commenc\u00e9 ce travail en utilisant avec sa profonde connaissance de la sagesse hindoue, son intimit\u00e9 avec les auteurs grecs et latins qui furent la gloire d&rsquo;Alexandrie, de Rome et d&rsquo;Ath\u00e8nes. Et c&rsquo;est Platon qui lui a fourni le titre de son commentaire, pour bien indiquer combien l&rsquo;origine humaine du commentaire, en rendant le texte proche de nous-m\u00eame, permet d&rsquo;en p\u00e9n\u00e9trer un aspect de haute valeur.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Ce commentaire a \u00e9t\u00e9 fait par Sri Krishna Prem pour lui-m\u00eame : c&rsquo;\u00e9tait sa propre m\u00e9ditation enregistr\u00e9e. Elle ouvrait des aper\u00e7us vers de tels horizons que la r\u00e9daction s&rsquo;interrompit : l&rsquo;arr\u00eat dura plusieurs ann\u00e9es.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Elle reprit assez r\u00e9cemment, gr\u00e2ce \u00e0 la pr\u00e9sence de Sri Madhava Ashish, et l&rsquo;\u0153uvre s&rsquo;est termin\u00e9e.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Elle para\u00eet en traduction fran\u00e7aise, faite par une disciple fran\u00e7aise, Odette P\u00e9trequin, \u00e0 qui plusieurs voyages dans l&rsquo;Inde ont permis d&rsquo;\u00eatre d&rsquo;une enti\u00e8re fid\u00e9lit\u00e9 au texte.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\">Attachement au texte des Stances, libert\u00e9 d&rsquo;interpr\u00e9tation symbolique, font ressortir l&rsquo;unit\u00e9 spirituelle de l&rsquo;exp\u00e9rience des Sages qui, de tous pays et en tous temps, nous ont offert leur aide sur la Voie de la Lib\u00e9ration. A notre \u00e9poque, c&rsquo;est H.P. Blavatsky dont l&rsquo;\u0153uvre ma\u00eetresse a fait rena\u00eetre l&rsquo;inspiration n\u00e9cessaire. A son commentaire des Stances de Dzyan s&rsquo;ajoute maintenant celui qui para\u00eet en fran\u00e7ais : aucune lecture n&rsquo;est plus profond\u00e9ment profitable que celle qui met en parall\u00e8le ces deux aspects compl\u00e9mentaires qui s&rsquo;enrichissent r\u00e9ciproquement et par la-permettent aux th\u00e9osophes de mieux appr\u00e9cier les richesses que la Doctrine Secr\u00e8te leur offre.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 300px; text-align: right;\">Gabriel MONOD-HERZEN<\/p>\n<hr style=\"text-align: justify;\" \/>\n<div id=\"\\&quot;ftn1\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"font-size: medium; color: #000000;\">On trouvera de tr\u00e8s belles lettres de Sri Krishna Prem dans l&rsquo;ouvrage que Sri Dilip Kumar Roy lui a consacr\u00e9 et qui vient de para\u00eetre : <\/span><em style=\"font-size: medium; color: #000000;\">Yogi Sri Krishna Prem<\/em><span style=\"font-size: medium; color: #000000;\">, B.V. Bhavan, Chowpatty, Bombay, 1968.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"\\&quot;ftn3\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><em> The Search for truth and other essays<\/em>, Calcutta, 1938 (17 essais), pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s d&rsquo;une notice biographique du Dr. R.D. Alexander. Cet ouvrage n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9imprim\u00e9. En 1939, une brochure de 43 pages a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e \u00e0 Allahabad, contenant le premier essai du volume pr\u00e9c\u00e9dent et un article in\u00e9dit : \u00ab <em>Initiation into Yoga<\/em> \u00bb qui a donn\u00e9 son titre \u00e0 cette brochure, r\u00e9imprim\u00e9e en 1964 Calcutta<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"\\&quot;ftn4\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><em> The Yoga of the Bhagavat Gita<\/em>, London 1938, les trois \u00e9ditions suivantes ont paru \u00e0 Londres chez John M. Watkins.<\/span><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div id=\"\\&quot;ftn5\\&quot;\" style=\"text-align: justify;\">\n<p align=\"justify\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-size: medium;\"><em> The Yoga of the Kathopanishad<\/em>, Allahabad, 1943. Les \u00e9ditions suivantes ont paru \u00e0 Londres, chez John M. Watkins.<\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: medium; color: #000000;\"><em>Man, the measure of all things<\/em>, Theosophical Publishing House Adyar, Madras.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ceci est le r\u00e9cit de l&rsquo;existence d&rsquo;un homme qui eut deux vies, et de celles que beaucoup d&rsquo;entre nous ont r\u00eav\u00e9. Le 10 Mai 1898 naissait \u00e0 Cheltenham, Ronald Henry Nixon. Son p\u00e8re, expert en porcelaines chinoises, faisait le commerce de la verrerie et de la porcelaine. Sa m\u00e8re \u00e9tait christian scientist : elle fit de son fils un v\u00e9g\u00e9tarien, ce qui lui fut fort utile lors de ses voyages. Quand il eut fini ses \u00e9tudes secondaires, le jeune Nixon obtint son admission au King&rsquo;s College de Cambridge, dans la section des sciences. 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