{"id":34,"date":"2008-06-21T00:00:00","date_gmt":"2008-06-21T00:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=34"},"modified":"2011-09-10T17:27:08","modified_gmt":"2011-09-10T16:27:08","slug":"au-del-des-sagesses-dorient-et-doccident-krishnamurti-et-la-synthse-de-lavenir-par-andr-niel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/au-del-des-sagesses-dorient-et-doccident-krishnamurti-et-la-synthse-de-lavenir-par-andr-niel\/","title":{"rendered":"Au del&agrave; des Sagesses d&#39;Orient et d&#39;Occident: Krishnamurti et la Synth&egrave;se de l&#39;Avenir par Andr&eacute; Niel"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">(Revue Synth\u00e8ses. Num\u00e9ros 119-120, Avril-Mai 1956)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Conf\u00e9rence prononc\u00e9e \u00e0 Paris, pour l&rsquo;Association France-Inde,  le 26 mars 1955 par Andr\u00e9 NIEL.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span>I. &#8211; ORIENT ET OCCIDENT<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le grand indianiste Heinrich Zimmer affirme, au d\u00e9but de son livre sur Les Philosophies de l&rsquo;Inde <a id=\"ftnref1\" href=\"#ftn1\">[1]<\/a>,  que nous autres Occidentaux, arrivons aujourd&rsquo;hui seulement au carrefour spirituel que les penseurs de l&rsquo;Inde ont atteint quelque sept cents ans avant notre \u00e8re. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, en effet, que se pose pour nous le probl\u00e8me de nos rapports concrets avec l&rsquo;Infini, l&rsquo;Absolu, l&rsquo;\u00c9ternel. Nous commen\u00e7ons de nous apercevoir que la question fondamentale de nos rapports concrets avec l&rsquo;Infini conditionne toutes les autres graves questions qui nous pr\u00e9occupent. Probl\u00e8mes int\u00e9rieurs et sociaux, moraux et \u00e9conomiques, m\u00e9taphysiques et politiques, se r\u00e9v\u00e8lent peu \u00e0 peu comme les divers aspects d&rsquo;un probl\u00e8me central unique : le probl\u00e8me des rapports concrets de chacun de nous avec la R\u00e9alit\u00e9 sans limites, la Totalit\u00e9, l&rsquo;Infini. Les philosophes existentialistes insistent sur le fait que l&rsquo;homme est, avant tout, une \u00ab existence dans-le-monde \u00bb. Ils ont raison de ne pas s\u00e9parer l&rsquo;homme et le monde. Mais ils oublient de pr\u00e9ciser que le monde dont nous faisons partie est lui-m\u00eame un monde-dans-l&rsquo;infini. De sorte qu&rsquo;essentiellement chacun de nous est un \u00eatre-au-monde-dans-l&rsquo;Infini. A cette situation, nul ne saurait \u00e9chapper. C&rsquo;est ce qui explique que l&rsquo;Occident se soit efforc\u00e9, lui aussi, \u00e0 r\u00e9soudre la question des rapports de l&rsquo;homme avec l&rsquo;Infini. Malheureusement, cette solution, il l&rsquo;a toujours cherch\u00e9e sur le plan des id\u00e9es a priori, des id\u00e9es toutes faites \u2014 mythes, pr\u00e9jug\u00e9s, croyances \u2014 autrement dit, sans tenir compte de la nature r\u00e9elle de cet Infini avec lequel nous avons, en fin de compte, \u00e0 \u00e9tablir sur le plan concret de la vie des rapports normaux et harmonieux. Nos religions, nos philosophies ont \u00e9t\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral des tentatives \u2014 souvent brillantes \u2014 pour lancer le pont d&rsquo;une intuition compr\u00e9hensive entre l&rsquo;homme et la R\u00e9alit\u00e9, l&rsquo;homme et la V\u00e9rit\u00e9. Mais ces tentatives ont \u00e9chou\u00e9, parce qu&rsquo;elles avaient pour ressort non pas la saine curiosit\u00e9, ni la saine volont\u00e9 de vivre, mais seulement de vagues mobiles sentimentaux, int\u00e9ress\u00e9s, subjectifs. Jamais nous n&rsquo;avions encore accept\u00e9 de consid\u00e9rer l&rsquo;Infini, l&rsquo;Absolu, comme un Etre r\u00e9el, concret, ind\u00e9pendant de nos d\u00e9sirs, de nos peurs, de nos requ\u00eates. C&rsquo;\u00e9tait pourtant par l\u00e0 qu&rsquo;il e\u00fbt fallu commencer : reconna\u00eetre, dans son caract\u00e8re objectif, la r\u00e9alit\u00e9 de l&rsquo;Absolu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais nous avons pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 lui donner tout de suite un nom, une forme, une couleur : \u00e9videmment ceux de nos pr\u00e9f\u00e9rences, de nos int\u00e9r\u00eats, de nos partis-pris ! Aussi n&rsquo;avons-nous jamais pr\u00eat\u00e9 le nom d&rsquo;Absolu, d&rsquo;Infini, d&rsquo;\u00c9ternel, qu&rsquo;\u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 sans consistance : celle de nos r\u00eaves. Or, qu&rsquo;est-ce qui se passe quand on cherche \u00e0 entrer en rapports avec un \u00eatre imaginaire ? Aucun rapport n&rsquo;a lieu, aucun \u00e9change ne se produit. Quelle sorte de rapports nos religions nous ont-elles permis d&rsquo;\u00e9tablir avec l&rsquo;Infini, l&rsquo;Eternel ? Les rapports imaginaires qui unissent l&rsquo;inf\u00e9rieur \u00e0 son sup\u00e9rieur : rapports de frayeur, \u00e9changes de menaces et de sacrifices, rapports de bourreau \u00e0 victime. Mais comment le sentiment de mon rapport \u00e0 l&rsquo;Infini n&rsquo;influerait-il pas sur la nature de mes rapports avec mon semblable ? En d\u00e9finitive, l&rsquo;individu n&rsquo;est-il pas, pour un autre individu, le symbole m\u00eame de l&rsquo;Insondable, de l&rsquo;Illimit\u00e9 ? Il n&rsquo;est pas possible qu&rsquo;un homme ait des rapports satisfaisants avec son prochain s&rsquo;il n&rsquo;en a pas d&rsquo;harmonieux avec l&rsquo;Absolu. Cette derni\u00e8re carence est la cause des guerres. On ne peut pas plus pr\u00e9tendre que de vrais \u00e9changes unissent les hommes dans la guerre, qu&rsquo;on ne peut parler de vrais rapports entre l&rsquo;homme et l&rsquo;Infini au sein de nos religions. M\u00eames r\u00e9serves \u00e0 faire \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de ce que nous appelons \u00ab amour \u00bb. On vient d&rsquo;assister \u00e0 la publication de deux \u00e9normes volumes : l&rsquo;un sur Le comportement sexuel de l&rsquo;Homme, et l&rsquo;autre sur Le comportement sexuel de la Femme <a id=\"ftnref2\" href=\"#ftn1\">[2]<\/a>. Ces deux gros ouvrages sont significatifs de l&rsquo;isolement moral des deux sexes. Les rapports sont, ici, ceux qui existent entre l&rsquo;individu et une sorte d&rsquo;\u00e9blouissement physique, qu&rsquo;incessamment on cherche \u00e0 atteindre, \u00e0 poss\u00e9der, mais ce ne sont pas des rapports librement cr\u00e9ateurs entre personnes humaines. D&rsquo;o\u00f9 la tension qui domine ces \u00e9changes, les soucis et les reproches d&rsquo;incompr\u00e9hension, de jalousie et d&rsquo;infid\u00e9lit\u00e9. Quant \u00e0 notre art moderne, qu&rsquo;est-ce qui en caract\u00e9rise les exc\u00e8s, sinon la pr\u00e9tention de l&rsquo;artiste \u00e0 nous relier aux profondeurs du monde sensible par le seul truchement de signes myst\u00e9rieux, d&rsquo;indications purement subjectives ? Mais par la voie de ce langage herm\u00e9tique ne s&rsquo;\u00e9panche aucune \u00e9motion v\u00e9ritable. L&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;art \u00e0 caract\u00e8re authentique r\u00e9sulte d&rsquo;une synth\u00e8se d&rsquo;images, ou de paroles, anim\u00e9e par la flamme de compr\u00e9hension dont l&rsquo;artiste a \u00e9clair\u00e9 lui-m\u00eame certains objets ou certains \u00eatres r\u00e9els appartenant au monde r\u00e9el. Il n&rsquo;y a rien de valable, en art, en science, comme dans les sentiments humains, que ce qui permet \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 positivement r\u00e9formatrice et organisatrice de l&rsquo;individu \u2014 mat\u00e9rielle ou spirituelle \u2014 d&rsquo;avancer dans le champ infini et ind\u00e9finiment multiple de l&rsquo;existence concr\u00e8te. Si ce progr\u00e8s est possible, c&rsquo;est qu&rsquo;au d\u00e9part l&rsquo;individu a \u00e9t\u00e9 mis sur la route profonde qui d\u00e9livre en action, dans le Tout, l&rsquo;intuition humaine compr\u00e9hensive de l&rsquo;harmonie essentielle de ce Tout. Or, on peut bien dire qu&rsquo;aucune M\u00e9taphysique, aucune Morale, aucune Politique, n&rsquo;avaient encore jamais abouti, en Occident, \u00e0 une telle \u0153uvre de pl\u00e9nitude. Aujourd&rsquo;hui cependant, nous nous avisons dans ces domaines de l&rsquo;existence du Total, ou de l&rsquo;Infini, en tant qu&rsquo;objet r\u00e9el; c&rsquo;est pourquoi une transformation et un progr\u00e8s vont, sans doute, devenir possibles.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 300px; text-align: justify;\">* * *<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est vrai que l&rsquo;Inde, au contraire de l&rsquo;Occident, a entrevu tr\u00e8s t\u00f4t \u2014 d\u00e8s le VII\u00e8me si\u00e8cle avant J.C. \u2014 le caract\u00e8re concret de l&rsquo;Absolu, de l&rsquo;Infini. C&rsquo;est dans les Oupanishads que, pour la premi\u00e8re fois clans l&rsquo;histoire spirituelle de l&rsquo;humanit\u00e9, la notion de sacrifice, en tant que moyen de satisfaire \u00e0 des dieux plus ou moins cruels et \u00e9go\u00efstes, est d\u00e9pass\u00e9e. Le sacrifice est une m\u00e9thode primitive par laquelle l&rsquo;humanit\u00e9 in\u00e9volu\u00e9e a longtemps essay\u00e9 d&rsquo;entrer en rapports avec des dieux imagin\u00e9s sur le mod\u00e8le de chefs int\u00e9ress\u00e9s et cruels. A cette ancienne conception, les Oupanishads tendent \u00e0 substituer l&rsquo;usage de la connaissance. Seule, pour eux, la connaissance est capable de nous relier \u00e0 l&rsquo;Absolu, qu&rsquo;ils appellent indiff\u00e9remment \u00e2tman ou brahman. L&rsquo;\u00e2tman est l&rsquo;Etre dans son aspect int\u00e9rieur, ou psychologique. Le brahman est l&rsquo;Etre dans son aspect ext\u00e9rieur, ou objectif : le monde, la nature, l&rsquo;univers. L&rsquo;absolu principe des choses est ici d\u00e9fini, pour la premi\u00e8re fois, comme une R\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te, ind\u00e9pendante de toute personnification, de toute symbolisation, d\u00e9tach\u00e9e de toute croyance a priori concernant sa nature, son origine, sa fin. De plus, le probl\u00e8me des rapports de l&rsquo;homme avec cet infini est clairement pos\u00e9 : il n&rsquo;y a pour l&rsquo;homme ni \u00e9quilibre ni bonheur en dehors de son harmonisation \u00e0 cet Absolu. Or, cette harmonisation ne peut \u00eatre obtenue que par la voie de connaissance : la d\u00e9couverte de son vrai rapport \u00e0 l&rsquo;Absolu lib\u00e8re l&rsquo;homme, simultan\u00e9ment, du souci de la mort et de l&rsquo;angoisse du bien et du mal. Nous ne voulons pas dire que, de ce probl\u00e8me, tel qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 pos\u00e9 par elle une fois pour toutes, l&rsquo;Inde ait trouv\u00e9 la r\u00e9ponse d\u00e9finitive. Nous reviendrons tout \u00e0 l&rsquo;heure \u00e0 cette question. Mais ce qui est certain, c&rsquo;est que le fait d&rsquo;avoir pos\u00e9 ainsi tout de suite le vrai probl\u00e8me a influenc\u00e9 consid\u00e9rablement la culture indienne. D&rsquo;une part, il n&rsquo;\u00e9tait plus possible que l&rsquo;adoration d&rsquo;un certain nom ou symbole privil\u00e9gi\u00e9 v\u00eent, pour ainsi dire, bloquer la conscience dans des Religions ou des Philosophies exclusives. L&rsquo;Absolu \u00e9tant reconnu dans sa r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te, c&rsquo;est ce caract\u00e8re concret qui, avant tout, \u00e9meut, et tend par l\u00e0 \u00e0 unir les hommes dans une m\u00eame curiosit\u00e9, une m\u00eame recherche de connaissance. A la r\u00e9alit\u00e9 m\u00eame de l&rsquo;Infini est attribu\u00e9 un int\u00e9r\u00eat sans commune mesure avec les repr\u00e9sentations h\u00e2tives que l&rsquo;on peut s&rsquo;en former. D&rsquo;autre part, une telle conception, pour ainsi dire ouverte de l&rsquo;absolu, orientait l&rsquo;homme vers une sagesse aussi profonde qu&rsquo;active et dynamique; v\u00e9ritable sagesse de l&rsquo;infini scellant dans une action souple et vivante le rapport essentiel de fraternit\u00e9 qui unit l&rsquo;homme \u00e0 l&rsquo;Absolu. Sagesse sans \u00e2ge, sans nom, sans dogmatisme. La sagesse la plus r\u00e9aliste qui soit, parce qu&rsquo;elle tend \u00e0 op\u00e9rer l&rsquo;int\u00e9gration parfaite de l&rsquo;individu concret au cadre sans fin de l&rsquo;existence. Enfin, de cette ambiance de r\u00e9alisme spirituel a r\u00e9sult\u00e9 pour l&rsquo;Inde une culture remarquablement homog\u00e8ne. La Religion et la Philosophie, ayant le m\u00eame objectif, unissent leurs recherches. Cette unit\u00e9 caract\u00e9rise, aujourd&rsquo;hui encore, l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;un Aurobindo. Science, \u00e9thique, gymnastique et spiritualit\u00e9 inspirent par ailleurs simultan\u00e9ment les techniques du yoga. De la m\u00eame mani\u00e8re, \u00e9thique et religion ont \u00e9t\u00e9 de pair dans l&rsquo;action d&rsquo;un Gandhi.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 300px; text-align: justify;\">* * *<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est un fait qu&rsquo;en Occident la recherche spirituelle a \u00e9t\u00e9 beaucoup moins homog\u00e8ne. Tandis que les religions, les philosophies, les id\u00e9ologies politiques poursuivent leurs efforts, sur le plan th\u00e9orique, dans des directions oppos\u00e9es, la prolif\u00e9ration, sur le plan de l&rsquo;action pratique, des sectes, des mouvements, des partis, ajoute encore \u00e0 la confusion. D&rsquo;o\u00f9 cela provient-il ? \u2014 Comme on ne s&rsquo;avise pas du caract\u00e8re concret, r\u00e9el, ind\u00e9pendant, de l&rsquo;Absolu, on lui impose imm\u00e9diatement un nom, une figure, significatifs de telle croyance ancienne ou r\u00e9cente. Comme ces croyances d\u00e9fendent des int\u00e9r\u00eats, des passions, c&rsquo;est l&rsquo;Absolu qu&rsquo;on mobilise pour repr\u00e9senter ces int\u00e9r\u00eats et ces passions. Chaque Nation, chaque Religion, chaque Classe sociale et m\u00eame chaque individu en arrivent ainsi \u00e0 avoir leur absolu personnel. Quand ce d\u00e9sordre cristallise en positions adverses bien camp\u00e9es et d\u00e9cid\u00e9es \u00e0 la lutte, alors, bient\u00f4t, une r\u00e9volution ou une guerre \u00e9clatent. L&rsquo;Occident n&rsquo;a jamais cess\u00e9 d&rsquo;\u00eatre un champ de bataille d&rsquo;id\u00e9es exclusives et de forces jalouses, en conflit pour l&rsquo;imposition d&rsquo;une certaine image arbitraire de l&rsquo;Un. De ce d\u00e9sordre a m\u00eame r\u00e9sult\u00e9 une curieuse cons\u00e9quence philosophique. Devant cette confusion, devant tant de malheurs et d&rsquo;erreurs, on en conclut qu&rsquo;aucune harmonie n&rsquo;est possible pour l&rsquo;homme, ni dans ses rapports avec lui-m\u00eame, ni dans ses rapports avec l&rsquo;absolu. C&rsquo;est la conclusion des philosophes existentialistes. Dans leur syst\u00e8me, l&rsquo;homme est naturellement ennemi de lui-m\u00eame, et l&rsquo;Absolu, \u00e9tant pour eux la Totalit\u00e9 d\u00e9chir\u00e9e aux p\u00f4les adverses de l&rsquo;essence et de l&rsquo;existence, est lui-aussi cass\u00e9 en deux. II est significatif que cette conclusion sinistre soit exactement \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 de l&rsquo;intuition unitaire des Oupanishads : l&rsquo;homme rendu harmonieux au monde dans le sein d&rsquo;un \u00eatre unique gr\u00e2ce \u00e0 la perception-connaissance de cette unit\u00e9 fondamentale. L&rsquo;homme moderne d&rsquo;Occident conclut par une formulation terrible, mais logique, une s\u00e9rie d&rsquo;erreurs innombrables. L&rsquo;Occidental a, toutefois, invent\u00e9 un espoir qui tend \u00e0 att\u00e9nuer ce pessimisme radical, l&rsquo;espoir d&rsquo;une sagesse : la sagesse du fini, la \u00ab sagesse de la mesure \u00bb, ou \u00ab m\u00e9diterran\u00e9enne \u00bb, comme l&rsquo;appelle Albert Camus, \u00e0 la fin de son Homme R\u00e9volt\u00e9 <a id=\"ftnref3\" href=\"#ftn3\">[3]<\/a>. L&rsquo;homme doit se r\u00e9signer \u00e0 la solitude, \u00e0 l&rsquo;impuissance, \u00e0 la chute dans le n\u00e9ant qui suit la mort, \u00e0 la mis\u00e8re m\u00e9taphysique. Dans cette r\u00e9signation sto\u00efque r\u00e9siderait sa noblesse. Malheureusement, cette sagesse du fini n&rsquo;est qu&rsquo;une \u00e9vasion. Elle n&rsquo;apporte aucun rem\u00e8de aux difficult\u00e9s de plus en plus tragiques o\u00f9 l&rsquo;humanit\u00e9 se d\u00e9bat. M\u00eame ses vertus analg\u00e9siques sont devenues inop\u00e9rantes. C&rsquo;est d&rsquo;une sagesse de l&rsquo;illimit\u00e9 que nous avons besoin, qui r\u00e9concilie l&rsquo;homme tant avec son infinit\u00e9 int\u00e9rieure qu&rsquo;avec l&rsquo;Infini objectif. C&rsquo;est d&rsquo;un tel besoin que l&rsquo;Occident prend aujourd&rsquo;hui conscience, en m\u00eame temps qu&rsquo;il aper\u00e7oit le danger o\u00f9 l&rsquo;entra\u00eene la poursuite des Mythes, ou des Mystiques, qui le divisent. Cette nouvelle conscience est m\u00eame en train d&rsquo;op\u00e9rer en lui un profond retournement. En quelque sorte, il perd la foi dans son pessimisme et dans son nihilisme, il doute du pouvoir b\u00e9n\u00e9fique de sa vision s\u00e9paratrice du monde. Il a v\u00e9cu jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;extr\u00eame le d\u00e9go\u00fbt d&rsquo;exister, et ressenti jusqu&rsquo;au fond le d\u00e9sespoir de vivre; mais la Vie, en lui, refuse \u00e0 la fin de d\u00e9sesp\u00e9rer d&rsquo;elle-m\u00eame, et ne lui laisse pour d\u00e9go\u00fbt que celui des Fables qui l&rsquo;ont priv\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 maintenant du commerce du R\u00e9el. Autrement dit, l&rsquo;homme moderne d&rsquo;Occident s&rsquo;aper\u00e7oit qu&rsquo;il lui va falloir enfin s&rsquo;atteler au vrai probl\u00e8me des rapports du Moi au Non-moi, au lieu de courir apr\u00e8s des ombres.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 300px; text-align: justify;\">* * *<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette conversion peut s&rsquo;op\u00e9rer d&rsquo;autant plus rapidement que l&rsquo;Occident s&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9 capable d&rsquo;une telle lib\u00e9ration \u00e0 caract\u00e8re r\u00e9aliste : quand il a rejet\u00e9, il y a, lui aussi, quelque vingt-cinq si\u00e8cles, l&rsquo;enseignement traditionnel des fables cosmologiques pour affirmer l&rsquo;unit\u00e9 du monde ph\u00e9nom\u00e9nal, principe sur lequel, de nos jours encore, repose la science. C&rsquo;est, en effet, aux Grecs que nous devons faire remonter la naissance de l&rsquo;esprit positif, ou scientifique. Avec les philosophes ioniens \u2014 c&rsquo;est-\u00e0-dire au sixi\u00e8me si\u00e8cle avant notre \u00e8re \u2014 l&rsquo;ensemble de la r\u00e9alit\u00e9 physique, le monde des ph\u00e9nom\u00e8nes, est reconnu implicitement comme totalit\u00e9 concr\u00e8te. On ne croit plus que le secret des origines du monde soit enferm\u00e9 dans les r\u00e9cits mythologiques; on n&rsquo;admet plus que des esprits, ou des dieux, aient le pouvoir de diriger les \u00e9v\u00e9nements naturels. On d\u00e9couvre que ceux-ci ob\u00e9issent \u00e0 des lois cosmiques universelles. Les choses sont, enfin, prises pour ce qu&rsquo;elles sont : les \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;une R\u00e9alit\u00e9 parfaitement int\u00e9gr\u00e9e et harmonieuse \u00e0 elle-m\u00eame. On ne peut m\u00eame nier qu&rsquo;un tel acte lib\u00e9rateur ait \u00e9t\u00e9, sur le plan mat\u00e9riel, exactement analogue \u00e0 celui qui, \u00e0 peu pr\u00e8s au m\u00eame moment, tendait \u00e0 lib\u00e9rer l&rsquo;Inde, sur le plan spirituel, des images de la Transcendance et du go\u00fbt du sacrifice. Ici, c&rsquo;est l&rsquo;Absolu dans sa forme psychologique qui est d\u00e9couvert en tant qu&rsquo;objet; l\u00e0, c&rsquo;est le R\u00e9el dans son aspect ph\u00e9nom\u00e9nal qui est reconnu comme fondement indivisible de la v\u00e9rit\u00e9. On sait comment, dans le cadre de l&rsquo;esprit positif \u00ab m\u00e9diterran\u00e9en \u00bb, le progr\u00e8s technique s&rsquo;est peu \u00e0 peu trac\u00e9 une voie triomphale. C&rsquo;est, pour sa part, sur la base d&rsquo;un tel \u00e9panouissement que l&rsquo;Occident s&rsquo;est \u00e9difi\u00e9 une culture et un mode de vie homog\u00e8nes. Sur le plan de l&rsquo;action pratique, l&rsquo;Occident a r\u00e9alis\u00e9 l&rsquo;unit\u00e9 que l&rsquo;Inde a connue sur le plan spirituel. L&rsquo;Orient ni l&rsquo;Occident n&rsquo;ont, en cons\u00e9quence, rien \u00e0 envier l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre. Ils ont \u00e9t\u00e9 l&rsquo;un et l&rsquo;autre le champ d&rsquo;exp\u00e9riences et de r\u00e9ussites capitales dans l&rsquo;\u00e9volution psychobiologique de l&rsquo;humanit\u00e9. Il n&rsquo;est m\u00eame pas possible de consid\u00e9rer aujourd&rsquo;hui sans \u00e9motion ce ph\u00e9nom\u00e8ne extraordinaire : l&rsquo;esprit humain s&rsquo;affranchissant de ses r\u00eaves, accomplissant un pas d\u00e9cisif vers la R\u00e9alit\u00e9, \u00e0 peu pr\u00e8s au m\u00eame moment, au sein de deux civilisations inconnues l&rsquo;une \u00e0 l&rsquo;autre, dans des domaines qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui encore nous croyons sans rapports entre eux : le mat\u00e9riel et le spirituel. C&rsquo;est comme deux grands fleuves qui auraient jailli presque simultan\u00e9ment \u00e0 des distances \u00e9normes l&rsquo;un de l&rsquo;autre. Le premier, sorti de la source grecque, va garder jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours un cours torrentueux et brutal. L&rsquo;autre, sorti de la source indienne, a pris tout de suite l&rsquo;aspect d&rsquo;une mer \u00e9tale, cherchant pour ainsi dire \u00e0 absorber en soi l&rsquo;image de l&rsquo;Infini. II a donc fallu pr\u00e8s de trente si\u00e8cles avant que ces deux voies lib\u00e9ratrices op\u00e8rent leur conjonction dans l&rsquo;homme, sous la forme d&rsquo;une conscience nouvelle et unique passionn\u00e9ment \u00e9prise du R\u00e9el. De cette conscience nouvelle, l&rsquo;humanit\u00e9 moderne est aujourd\u2019hui d\u00e9positaire, Sous les divergences du pass\u00e9, \u00e0 travers les malentendus du pr\u00e9sent, peu \u00e0 peu s&rsquo;affirme dans une intuition redevenue unique l&rsquo;\u00e9lan r\u00e9aliste qui donna autrefois naissance s\u00e9par\u00e9ment aux lib\u00e9rations m\u00e9taphysique et mat\u00e9rielle d&rsquo;Orient et d&rsquo;Occident. C&rsquo;est finalement le niveau de sa connaissance de l&rsquo;Un qui marque le point o\u00f9 l&rsquo;homme en est arriv\u00e9 de son \u00e9volution spirituelle. Voici un tableau rapide de cette \u00e9volution, \u00e0 la fois r\u00e9sum\u00e9e dans son pass\u00e9 et prolong\u00e9e pour l&rsquo;avenir dans ses perspectives probables.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 300px; text-align: justify;\">* * *<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 son impuissance \u00e0 fonder une harmonie spirituelle, l&rsquo;Occident a certainement contribu\u00e9 indirectement au progr\u00e8s spirituel lui-m\u00eame. II a, en effet, permis \u00e0 l&rsquo;esp\u00e8ce d&rsquo;all\u00e9ger consid\u00e9rablement le poids des charges et des mis\u00e8res mat\u00e9rielles qui interdisent \u00e0 la pens\u00e9e libre de germer et de grandir. L&rsquo;humanit\u00e9 de demain peut continuer dans cette voie avec les m\u00eames m\u00e9thodes de prospection et de v\u00e9rification. Ses r\u00eaves cosmologiques ne la reprendront plus. Le R\u00e9el pur, l&rsquo;Absolu, l&rsquo;Un fondamental, l&rsquo;Essence des choses, la Totalit\u00e9 inconditionnelle est d\u00e9couverte pour toujours sur le plan ph\u00e9nom\u00e9nal. Des rapports constants avec cette R\u00e9alit\u00e9, se traduisant par des inventions pratiques toujours nouvelles, sont le signe d&rsquo;un contact et d&rsquo;un \u00e9change cr\u00e9ateurs capables, en principe, de durer ind\u00e9finiment. Malheureusement, en fait, un obstacle se dresse, qui interdit \u00e0 l&rsquo;homme d&rsquo;Occident de voir actuellement dans ces perspectives l&rsquo;image certaine de son avenir. C&rsquo;est l&rsquo;obstacle des r\u00eaves id\u00e9ologiques qui l&#8217;emp\u00eachent encore d&rsquo;\u00e9tablir des rapports concrets avec l&rsquo;Absolu sous sa forme m\u00e9taphysique : d&rsquo;o\u00f9 le d\u00e9sordre religieux, moral et politique. Sur ce m\u00eame obstacle va buter aujourd&rsquo;hui la force torrentueuse du progr\u00e8s mat\u00e9riel, qui se retourne alors contre l&rsquo;homme tout entier avec l&rsquo;imp\u00e9tuosit\u00e9 d&rsquo;un cataclysme. C&rsquo;est s\u00fbrement parce que nous voudrions trouver \u00e0 ce danger une parade imm\u00e9diate qu&rsquo;un bilan trop h\u00e2tif de l&rsquo;apport indien, ou oriental, commence par nous d\u00e9cevoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est certain que l&rsquo;\u00e9clair des Oupanishads \u2014 l&rsquo;Absolu reconnu comme pr\u00e9sence concr\u00e8te \u2014 s&rsquo;est vite trouv\u00e9 plus ou moins \u00e9touff\u00e9 dans la brume des mysticismes. Trop vite, h\u00e9las cette pr\u00e9sence concr\u00e8te s&rsquo;est estomp\u00e9e en transcendance. Des techniques, m\u00e9ditatives ou asc\u00e9tiques, sont alors apparues, qui ont promis la vision de cette Transcendance. On en est revenu \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de sacrifice, aux vertus d&rsquo;ob\u00e9issance et d&rsquo;adoration, o\u00f9 le contact avec la R\u00e9alit\u00e9 est \u00e0 nouveau perdu. Sans doute, parmi toutes ces erreurs, des efforts authentiques ont probablement eu lieu, dans le but de relier l&rsquo;individu \u00e0 autre chose qu&rsquo;\u00e0 des mondes imaginaires : notamment parmi les techniques du yoga. Mais de telles techniques n&rsquo;ont jamais d\u00e9pass\u00e9 le stade de l&#8217;empirisme, ou bien sont all\u00e9es \u00e0 nouveau s&rsquo;enfermer dans l&rsquo;\u00e9sot\u00e9risme. Le yogi est un solitaire dont l&rsquo;exemple et l&rsquo;enseignement produisent d&rsquo;autres solitaires. Pas de principes solides de connaissance accessibles \u00e0 tous, rendant l&rsquo;humanit\u00e9 capable de se hausser universellement \u00e0 la pratique certaine des v\u00e9rit\u00e9s psychologiques et m\u00e9taphysiques fondamentales. Mais au lieu de condamner, il est pr\u00e9f\u00e9rable de comprendre : En premier lieu, si la d\u00e9termination du vrai probl\u00e8me, du v\u00e9ritable objet de la connaissance spirituelle, n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 suivi ici d&rsquo;une \u00e9volution rapide du comportement adaptatif, c&rsquo;est qu&rsquo;on est dans un domaine o\u00f9 le concret n&rsquo;est plus le sensible, comme c&rsquo;est le cas sur le plan mat\u00e9riel, d&rsquo;o\u00f9 la difficult\u00e9 d&rsquo;une v\u00e9rification instrumentale. Ainsi nous expliquons-nous qu&rsquo;ait \u00e9t\u00e9 si longtemps victorieuse, en ce domaine, la r\u00e9sistance des Images, des Mythes, des Croyances a priori. En second lieu, l&rsquo;Absolu \u00e9tant ici une r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te psychologique, son caract\u00e8re objectif reste instable tant que la conscience n&rsquo;a pas atteint le point de vue int\u00e9rieur d&rsquo;un parfait d\u00e9sint\u00e9ressement. Toutes les approches int\u00e9ress\u00e9es sont interdites. Sans doute, la connaissance du caract\u00e8re concret de l&rsquo;Absolu dissout-elle imm\u00e9diatement toutes les images a priori qu&rsquo;on s&rsquo;\u00e9tait form\u00e9 de cet Absolu. Mais pour parvenir \u00e0 la certitude collective de ce caract\u00e8re, une profonde sensibilisation, une r\u00e9elle maturation, de la conscience est n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autre source de difficult\u00e9s : les fruits que rapporte une telle connaissance sont \u00e9galement, pour commencer, uniquement psychologiques : ce sont des fruits int\u00e9rieurs. La confirmation des faits ne sera possible qu&rsquo;\u00e0 partir du moment o\u00f9 un nombre suffisant d&rsquo;hommes reli\u00e9s, ou int\u00e9gr\u00e9s, ou unifi\u00e9s, seront capables de constituer un noyau d&rsquo;humanit\u00e9 harmonieuse aussi bien \u00e0 l&rsquo;Absolu qu&rsquo;\u00e0 elle-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour toutes ces raisons, l&rsquo;humanit\u00e9 devait s\u00fbrement attendre un stade d\u00e9j\u00e0 avanc\u00e9 de son \u00e9volution avant de pouvoir utiliser efficacement l&rsquo;intuition orientale du caract\u00e8re concret de l&rsquo;Infini. Imaginons qu&rsquo;un peuple ou une race se fussent consacr\u00e9s, depuis plusieurs mill\u00e9naires, pour des raisons myst\u00e9rieuses, informul\u00e9es \u00e0 eux-m\u00eames, \u00e0 la d\u00e9couverte de gisements d&rsquo;uranium; ce n&rsquo;est qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui que les r\u00e9sultats de ces recherches pourraient \u00eatre mis \u00e0 profit pour le bien-\u00eatre g\u00e9n\u00e9ral. Or, quelque chose de semblable est arriv\u00e9e \u00e0 la culture indienne dans le domaine spirituel. Aujourd&rsquo;hui seulement, l&rsquo;effort de cette culture parvient \u00e0 son terme. Le probl\u00e8me fondamental mis \u00e0 jour par les Oupanishads \u2014 celui des rapports concrets de l&rsquo;homme avec l&rsquo;Un \u2014 ne pouvait trouver sa solution que dans une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 la fois plus \u00e9volu\u00e9e et plus dense. Cette soci\u00e9t\u00e9 est la n\u00f4tre. Cependant a lieu un curieux ph\u00e9nom\u00e8ne : en m\u00eame temps qu&rsquo;elle s&rsquo;universalise, l&rsquo;intuition fondamentale du caract\u00e8re concret de l&rsquo;Absolu tend \u00e0 perdre son caract\u00e8re proprement indien, pour \u00eatre rev\u00e9cue par l&rsquo;homme tout entier, ind\u00e9pendamment d&rsquo;une civilisation particuli\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais n&rsquo;est-ce pas exactement ce qui arrive aujourd&rsquo;hui \u00e0 l&rsquo;intuition unitaire du monde physique, intens\u00e9ment v\u00e9cue et rev\u00e9cue par l&rsquo;Occident depuis vingt-cinq si\u00e8cles ? Cette intuition dynamique n&rsquo;est-elle pas aujourd&rsquo;hui retrouv\u00e9e et mise \u00e0 profit en tous les points de la plan\u00e8te par les savants de toutes les races ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En r\u00e9alit\u00e9, nous assistons \u00e0 une gigantesque CONJONCTION EVOLUTIVE. Alors que l&rsquo;esprit positif, d&rsquo;origine occidentale, est en train de gagner toute la terre \u00e0 la certitude de l&rsquo;unit\u00e9 mat\u00e9rielle du monde, la REVELATION DE L&rsquo;ABSOLU, d&rsquo;origine orientale et indienne, commence, simultan\u00e9ment, d&rsquo;op\u00e9rer dans les consciences une conversion profonde du sens social et m\u00e9taphysique. Les deux fleuves, d&rsquo;allures si diverses, dont nous avons parl\u00e9 tout \u00e0 l&rsquo;heure, sont sur le point de m\u00e9langer leurs eaux. On peut pr\u00e9voir que celles du torrent occidental vont donner au cours extatique de la recherche spirituelle indienne une vigueur toute positive, cependant que l&rsquo;esprit occidental va trouver dans la connaissance directe de l&rsquo;Etre la certitude g\u00e9n\u00e9reuse o\u00f9 se dissoudront l\u2019ancien parti-pris : ceux du Mien et du Tien, de la Race et de la Classe, de la Nation et de la Religion. Ce qui prouve que cette conjonction n&rsquo;est pas du domaine des simples conjectures, c&rsquo;est que, dans le cadre actuel de l&rsquo;activit\u00e9 universelle de l&rsquo;esp\u00e8ce a commenc\u00e9 de s&rsquo;op\u00e9rer une synth\u00e8se de l&rsquo;\u00e9lan mat\u00e9riel et de l&rsquo;\u00e9lan spirituel qui va s&rsquo;\u00e9tendre de plus en plus \u00e0 tous les domaines. Un exemple significatif de cette synth\u00e8se nous est donn\u00e9 aujourd&rsquo;hui par l&rsquo;application, en Inde m\u00eame, des m\u00e9thodes occidentales d&rsquo;exp\u00e9rimentation et de contr\u00f4le aux objectifs de la recherche spirituelle sp\u00e9cifiquement orientale. Cependant que des hommes de science occidentaux \u2014 des m\u00e9decins, des psychologues \u2014 s&rsquo;appliquent \u00e0 d\u00e9finir exp\u00e9rimentalement les r\u00e9sultats concrets obtenus par certains exercices de m\u00e9ditation, des Instituts scientifiques du yoga sont cr\u00e9\u00e9s par le gouvernement indien; et les d\u00e9couvertes les plus r\u00e9centes de la linguistique sont utilis\u00e9es dans les Universit\u00e9s et les Ashrams pour la critique objective des textes fondamentaux des V\u00e9das et des Oupanishads. Une recherche s&rsquo;annonce, domin\u00e9e par l&rsquo;impr\u00e9gnation r\u00e9ciproque du scientifique et du spirituel. Cet \u00e9change et cette fusion sont l&rsquo;annonce d&rsquo;une nouvelle culture. Nous avons vu comment deux principes de r\u00e9alit\u00e9 avaient fourni leur caract\u00e8re homog\u00e8ne, respectivement, aux deux grandes cultures d&rsquo;Orient et d&rsquo;Occident; principe de r\u00e9alit\u00e9 et d&rsquo;unit\u00e9 du monde physique; principe de r\u00e9alit\u00e9 et d&rsquo;unit\u00e9 de l&rsquo;Absolu, ou essence de l&rsquo;Etre. Or, une grande culture de synth\u00e8se est en voie de na\u00eetre, homog\u00e8ne \u00e0 la fois \u00e0 ces deux principes. Dans le cadre de cette culture, on peut pr\u00e9voir que l&rsquo;individu, aid\u00e9 par une \u00e9ducation et un milieu favorables, s&rsquo;unira spontan\u00e9ment \u00e0 la totalit\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 la d\u00e9couverte de son propre \u00e9quilibre fondamental, identique \u00e0 l&rsquo;harmonie de l&rsquo;Etre. Dans cet \u00e9quilibre est le v\u00e9ritable art de vivre : la sagesse de l&rsquo;infini, celle d&rsquo;une action constamment reli\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Universel, au tout de l&rsquo;Existence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><span>II. \u2013 KRISHNAMURTI<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les repr\u00e9sentants de cette humanit\u00e9 nouvelle, harmonis\u00e9e d\u00e9finitivement \u00e0 l&rsquo;\u00e9quilibre et au destin de l&rsquo;Univers \u2014 et qu&rsquo;on vient de voir en marche d\u00e8s aujourd&rsquo;hui, dans une synth\u00e8se naissante des cultures d&rsquo;Orient et d&rsquo;Occident \u2014 vont certainement se multiplier. Leurs messages, d&rsquo;abord, para\u00eetront isol\u00e9s; mais peu \u00e0 peu sera d\u00e9cel\u00e9e, sous cette diversit\u00e9, la certitude unique qui deviendra alors collectivement irr\u00e9sistible. Parmi les hommes d&rsquo;aujourd&rsquo;hui qui t\u00e9moignent de cette ascension d&rsquo;une nouvelle culture, nous devons compter Krishnamurti. Son message confirme ce que nous venons de dire sur la n\u00e9cessit\u00e9 actuelle, pour l&rsquo;intuition indienne primitive d&rsquo;un Absolu concret, de s&rsquo;universaliser dans un aspect d\u00e9pouill\u00e9 de toute couleur historique particuli\u00e8re. Sans doute, Krishnamurti est indien par la naissance. Il est fils de parents brahmanes. Mais il a fait ses \u00e9tudes en Europe. Et il s&rsquo;exprime aujourd&rsquo;hui en anglais. De plus, nous allons voir que, si l&rsquo;intuition initiale qui gouverne son enseignement garde une allure indienne, son expression prend peu \u00e0 peu l&rsquo;allure d&rsquo;un \u00e9difice de pens\u00e9e coh\u00e9rent, d&rsquo;allure occidentale. L&rsquo;\u00e9tude des grandes lignes de ce message exceptionnel va nous permettre de comprendre en quoi il r\u00e9pond aux caract\u00e8res propres \u00e0 l&rsquo;\u00e9tape spirituelle que nous traversons. Le message de Krishnamurti enferme certaines affirmations essentielles autour desquelles viennent cristalliser sans cesse les nouveaux apports de son enseignement. La plus importante de ces affirmations est la suivante : <strong><span>L&rsquo;HOMME EST LA REALITE ELLE-MEME<\/span>.<\/strong> On appelle ordinairement \u00ab r\u00e9alit\u00e9 \u00bb les r\u00e9alit\u00e9s de la vie, c&rsquo;est-\u00e0-dire la vie telle qu&rsquo;elle est, avec ses brutalit\u00e9s et ses injustices. Mais le sens donn\u00e9 \u00e0 ce mot par Krishnamurti est tout \u00e0 fait diff\u00e9rent. La R\u00e9alit\u00e9 est ici l&rsquo;Univers tout entier, \u00e0 la fois dans ses apparences visibles et dans ses profondeurs : la loi ultime de l&rsquo;\u00eatre des choses. \u00ab Pourquoi cet Univers a-t-il \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 ? Pourquoi quelque chose existe-t-il ? \u00bb sont des questions que nous formulons habituellement \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de cette immense R\u00e9alit\u00e9. Mais Krishnamurti ne pense pas qu&rsquo;elles puissent \u00eatre l\u00e9gitimement pos\u00e9es. En effet, il est impossible et contradictoire de penser que la R\u00e9alit\u00e9, le Tout, ait une cause premi\u00e8re \u2014 puisqu&rsquo;en dehors du tout, il ne peut rien exister ! La Totalit\u00e9 existe donc comme une donn\u00e9e primordiale, un \u00e9tant sans cause ni fin, dont le devenir n&rsquo;a ni origine, ni but <a id=\"ftnref4\" href=\"#ftn4\">[4]<\/a>. Dans le cadre de cette R\u00e9alit\u00e9, le plus humble des \u00eatres n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;\u00eatre justifi\u00e9 par son rattachement \u00e0 une cause particuli\u00e8re, \u00e9tant donn\u00e9 qu&rsquo;il appartient dans son essence \u00e0 l&rsquo;essence du Tout injustifiable. A fortiori, l&rsquo;homme, l&rsquo;individu <a id=\"ftnref5\" href=\"#ftn5\">[5]<\/a>. \u00ab Comment l&rsquo;homme a-t-il \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 ? Comment fut form\u00e9 le premier organisme vivant ? \u00bb De telles questions ne peuvent concerner l&rsquo;essence de ces r\u00e9alit\u00e9s \u2014 qui fait que chacune d&rsquo;entre elles participe du Tout sans cause \u2014 mais seulement \u00eatre pos\u00e9es dans une intention pratique. Les savants, notamment, ont le droit et m\u00eame le devoir de se poser ces questions d&rsquo;origine, qui pourront sans doute un jour \u00eatre r\u00e9solues. Mais la M\u00e9taphysique devient une impasse quand elle aborde la connaissance du Tout, ou de l&rsquo;Etre, par une question de ce genre <a id=\"ftnref6\" href=\"#ftn6\">[6]<\/a>. Le Tout et l\u2019\u00catre sont la nature enti\u00e8re dans son \u00e9tant et son devenir \u00e9ternels, et nous jouons aujourd&rsquo;hui, en tant qu&rsquo;hommes, ce jeu \u00e9ternel de l&rsquo;\u00eatre-devenir, sans qu&rsquo;il soit possible de rompre cette infinie R\u00e9alit\u00e9 afin d&rsquo;attribuer une Cause premi\u00e8re \u00e0 quoi ou \u00e0 qui que ce soit. A l&rsquo;id\u00e9e traditionnelle de \u00ab causalit\u00e9 \u00bb, la science moderne a substitu\u00e9 celle de \u00ab fonction \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;\u00e9tude des rapports entre les ph\u00e9nom\u00e8nes. C&rsquo;est une transformation analogue que Krishnamurti nous demande d&rsquo;accomplir en M\u00e9taphysique. L&rsquo;\u00e9tude de nos rapports avec les \u00eatres et avec l\u2019\u00catre dans le cadre des lois universelles de la R\u00e9alit\u00e9 sans cause doit \u00eatre substitu\u00e9e \u00e0 la recherche des Causes <a id=\"ftnref7\" href=\"#ftn7\">[7]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce n&rsquo;est un myst\u00e8re pour personne que la question sur l&rsquo;existence, pos\u00e9e relativement \u00e0 nous-m\u00eames, ou \u00e0 tout ce qui est, \u00e9veille l&rsquo;angoisse dans la conscience. Cette angoisse est le signe d&rsquo;une mauvaise position int\u00e9rieure. La \u00ab difficult\u00e9 d&rsquo;\u00eatre \u00bb qui se d\u00e9couvre de plus en plus chez l&rsquo;homme moderne est le sympt\u00f4me d&rsquo;un d\u00e9faut radical et dangereux d&rsquo;harmonie de l&rsquo;individu avec l\u2019\u00catre sans cause <a id=\"ftnref8\" href=\"#ftn8\">[8]<\/a>. Or, aucune r\u00e9ponse \u00e0 aucune question sur le pourquoi essentiel des choses n&rsquo;\u00e9tablira jamais cette harmonie. L&rsquo;Etre est dans l&rsquo;instant, et n&rsquo;a ni pourquoi ni fin absolus que le d\u00e9veloppement sans cause de l&rsquo;\u00e9tat universel de R\u00e9alit\u00e9. Si la question sur l&rsquo;\u00eatre du Moi : \u00ab Pourquoi est-ce que j&rsquo;existe ? \u00bb provoque un d\u00e9doublement de la personne, c&rsquo;est qu&rsquo;elle implique l&rsquo;illusion d&rsquo;une s\u00e9paration radicale du Moi d&rsquo;avec l&rsquo;Etre sans cause. Mais il n&rsquo;y a de Cause particuli\u00e8re \u00e0 rien de ce qui existe, parce que tout est, par essence, r\u00e9el de la r\u00e9alit\u00e9 injustifiable de l&rsquo;Etre total. L&rsquo;homme est cet Etre total exactement dans la mesure o\u00f9 il est quelque chose de r\u00e9el <a id=\"ftnref9\" href=\"#ftn9\">[9]<\/a>. La Mati\u00e8re, la Vie, notre Esp\u00e8ce, l&rsquo;Individu sont sortis de l&rsquo;Etre fondamental sans rien changer \u00e0 la nature injustifiable de cet Etre, et rien ne changerait \u00e0 cette nature si tout ce qui existe venait \u00e0 dispara\u00eetre. Que je subsiste moi-m\u00eame pour l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, ou que je disparaisse imm\u00e9diatement \u00e0 jamais, ne change rien au Tout ni \u00e0 moi-m\u00eame, dans mon essence injustifiable qui m&rsquo;harmonise \u00e0 ce Tout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Notre naissance ni notre mort ne changent rien \u00e0 ce qui Est fondamentalement en dehors de toute naissance et de toute mort, c&rsquo;est-\u00e0-dire au R\u00e9el, que nous sommes nous-m\u00eames sans le savoir, tant que nous ne le vivons pas dans une profonde et naturelle certitude <a id=\"ftnref10\" href=\"#ftn10\">[10]<\/a>. C&rsquo;est l&rsquo;appartenance de chacun \u00e0 la R\u00e9alit\u00e9 qui lui donne son prix inestimable en valeur d&rsquo;\u00eatre. L&rsquo;individu, quelque soit son rang ou son ouverture \u00e0 la V\u00e9rit\u00e9, est incomparable et irrempla\u00e7able : son poids est le poids de la Vie m\u00eame, et sa chair est faite de la substance essentielle de l&rsquo;Infini. Si la disparition d&rsquo;un \u00eatre humain ne change rien au Tout, cela ne veut donc pas dire qu&rsquo;il est n\u00e9gligeable, au contraire : c&rsquo;est parce qu&rsquo;il est en quelque sorte ce Tout lui-m\u00eame. Dans l&rsquo;amour de la vie, dans la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 devant la mort vibre le m\u00eame message de l&rsquo;existence de tout, cet \u00e9panouissement int\u00e9gral et \u00e9ternel de l&rsquo;Etre-devenir  <a id=\"ftnref11\" href=\"#ftn11\">[11]<\/a> sans cause. Religions, Philosophies, M\u00e9taphysiques, se sont vainement acharn\u00e9es jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd\u2019hui \u00e0 r\u00e9soudre des probl\u00e8mes inexistants, comme celui de la cr\u00e9ation du monde et de la survie individuelle. Les r\u00e9ponses qu&rsquo;elles proposent \u00e0 ces vaines questions ne font rien qu&rsquo;exprimer notre tendance malheureuse \u00e0 nous disjoindre du Tout, en tant que syst\u00e8me homog\u00e8ne de relations harmonieuses et en nombre infini entre les \u00eatres. Quand l&rsquo;homme d\u00e9couvre qu&rsquo;il est la R\u00e9alit\u00e9, et que cette v\u00e9rit\u00e9 n&rsquo;a de valeur qu&rsquo;en tant qu&rsquo;expression de la nature des choses \u2014 non en tant que r\u00e9ponse \u00e0 aucune question d&rsquo;ordre religieux ou m\u00e9taphysique \u2014 alors, il prend une juste connaissance de la cause du Tout en tant que ph\u00e9nom\u00e8ne des ph\u00e9nom\u00e8nes; et l&rsquo;absence de toute possibilit\u00e9 d&rsquo;une justification causale relativement \u00e0 ce qui touche l&rsquo;essence des \u00eatres, du plus humble au plus \u00e9ternel, lui est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e. Alors, par sa lib\u00e9ration des faux probl\u00e8mes, il lui est permis d&rsquo;agir comme un libre repr\u00e9sentant de la Totalit\u00e9 : il devient le Tout \u00e0 sa mani\u00e8re d&rsquo;homme et, par l\u00e0, s&rsquo;harmonise en action et en pens\u00e9e \u00e0 la R\u00e9alit\u00e9 enti\u00e8re, envisag\u00e9e dans les innombrables aspects de son \u00eatre-devenir <a id=\"ftnref12\" href=\"#ftn12\">[12]<\/a>. L&rsquo;homme est la R\u00e9alit\u00e9 elle-m\u00eame : cette \u00e9nonciation vient se substituer \u00e0 toutes les questions pos\u00e9es par les Religions et les Philosophies sur la cause s\u00e9par\u00e9e du Tout <a id=\"ftnref13\" href=\"#ftn13\">[13]<\/a>, et non leur r\u00e9pondre. Et elle s&rsquo;y substitue non \u00e0 la suite d&rsquo;une victoire intentionnellement sur elles remport\u00e9e, mais du fait m\u00eame de la d\u00e9faillance des modes de pens\u00e9es dont elles sont solidaires. L&rsquo;homme est l&rsquo;Absolu sans cause : cette constatation met l&rsquo;individu lui-m\u00eame en tant qu&rsquo;Absolu \u00e0 la place laiss\u00e9e vide depuis toujours par la question m\u00e9taphysique de la \u00ab Cause Premi\u00e8re \u00bb. \u00ab Mais, de quoi est fait cet Absolu, ou cette R\u00e9alit\u00e9 ? Qu&rsquo;est-ce qui peut nous servir \u00e0 la d\u00e9terminer, \u00e0 la d\u00e9finir ? \u00bb A cette nouvelle question, toujours renaissante chez le sceptique et l&rsquo;ind\u00e9cis, une r\u00e9ponse sans fin et ind\u00e9finiment juste pourrait \u00eatre apport\u00e9e : celle de l&rsquo;action contin\u00fbment positive de l&rsquo;homme m\u00fb par l&rsquo;\u00e9vidence de son identit\u00e9 sans faille \u00e0 l&rsquo;essence premi\u00e8re et derni\u00e8re des choses. La R\u00e9alit\u00e9 n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que cet homme, que ne distrait plus de la v\u00e9rit\u00e9 le souci m\u00e9taphysique de la cause s\u00e9par\u00e9e de l&rsquo;Etre <a id=\"ftnref14\" href=\"#ftn14\">[14]<\/a>. La R\u00e9alit\u00e9 est nous, dans le moment pr\u00e9sent et toujours nouveau de notre conscience originelle, c&rsquo;est-\u00e0-dire r\u00e9duite \u00e0 sa qualit\u00e9 humaine la plus nue et la plus pure. Elle n&rsquo;est ni le N\u00e9ant, ni l&rsquo;Etre dans leur contradiction, puisqu&rsquo;elle n&rsquo;est pas quelque chose qu&rsquo;on puisse opposer \u00e0 autre chose. Elle n&rsquo;a pas de nom qui puisse nous faire nous accrocher \u00e0 elle comme \u00e0 un symbole exclusif de connaissance. En quelque sorte, ma facult\u00e9 simple de conna\u00eetre parvient naturellement \u00e0 la connaissance du R\u00e9el, si mon d\u00e9sir de conna\u00eetre celui-ci n&rsquo;intervient pas. Mais je dois \u00eatre conscient de cette absence de d\u00e9sir, afin de me maintenir en \u00e9tat de libert\u00e9 <a id=\"ftnref15\" href=\"#ftn15\">[15]<\/a>. Autrement dit, je comprends l&rsquo;Etre de mon seul \u00eatre simple, mais parfaitement conscient de son non-attachement \u00e0 rien qui se puisse comprendre ou r\u00e9v\u00e9rer comme l&rsquo;incarnation d&rsquo;une Cause ou d&rsquo;une R\u00e9alit\u00e9 \u00ab sup\u00e9rieures \u00bb. Quand j&rsquo;ai la connaissance la plus claire, mais aussi la plus nue de ma conscience, rien ne me s\u00e9pare plus de la R\u00e9alit\u00e9. Celle-ci n&rsquo;est donc rien que la condition humaine r\u00e9duite \u00e0 son plus pur fonctionnement de chose profond\u00e9ment connaissante de la connaissance m\u00eame. La R\u00e9alit\u00e9 est ce qui fait que je ne me pose plus la question majeure sur l&rsquo;Etre, \u00e9tant donn\u00e9 que le caract\u00e8re imm\u00e9diat du rapport qui m&rsquo;unit \u00e0 lui suffit \u00e0 m&rsquo;enseigner sa nature. La R\u00e9alit\u00e9 entre r\u00e9ellement et explicitement en existence dans le fait pur de mon \u00eatre : quand celui-ci ne se rattache plus \u00e0 aucune valeur d&rsquo;existence susceptible de le distraire, par son caract\u00e8re exclusif, de son rapport essentiel au Tout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette R\u00e9alit\u00e9 n&rsquo;est pas Dieu dans son opposition \u00e0 l&rsquo;homme, ni l&rsquo;homme dans son opposition \u00e0 Dieu. L&rsquo;homme qui est n&rsquo;est ni homme ni dieu, il est le R\u00e9el : l&rsquo;imm\u00e9diatet\u00e9 de l&rsquo;\u00e9tant sans-cause-ni-fin, o\u00f9 il n&rsquo;est aucune place pour l&rsquo;opposition d&rsquo;un Cr\u00e9ateur et d&rsquo;une cr\u00e9ature. L&rsquo;orgueil, ni l&rsquo;humilit\u00e9 ne le haussent ni ne l&rsquo;abaissent vers rien; cet homme est de niveau avec toute r\u00e9alit\u00e9 rendue \u00e0 la majest\u00e9 originelle et finale du Tout injustifiable. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;extase en Dieu ni autre chose qui donne la cl\u00e9 de l&rsquo;Absolu. L&rsquo;Absolu, ou la R\u00e9alit\u00e9, est l&rsquo;\u00e9tat de connaissance lui-m\u00eame lib\u00e9r\u00e9 du d\u00e9sir contradictoire de conna\u00eetre l&rsquo;Absolu <a id=\"ftnref16\" href=\"#ftn16\">[16]<\/a>. Ce pur \u00e9tat de connaissance ne donne donc pas \u00e0 proprement parler la connaissance de l&rsquo;Absolu. Celui-ci, ou Dieu, ne peut pas \u00eatre connu par un acte de curiosit\u00e9 perceptive ou comparative. Dieu est notre conscience quand nous sommes sans id\u00e9e pr\u00e9con\u00e7ue sur ce que nous sommes, sur notre dur\u00e9e possible, sur l&rsquo;origine, la fin et les limites de notre \u00eatre, sur la possibilit\u00e9 ou l&rsquo;impossibilit\u00e9 de conna\u00eetre Dieu. Parce que nous sommes la R\u00e9alit\u00e9, en chacun de nous couve une amiti\u00e9 naturelle pour tous les \u00eatres et nous tendons du fond de nous-m\u00eames \u00e0 affirmer cette amiti\u00e9 dans une action o\u00f9 elle s&rsquo;accomplisse et se perfectionne toujours davantage <a id=\"ftnref17\" href=\"#ftn17\">[17]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deuxi\u00e8me affirmation de Krishnamurti concernant les rapports de l&rsquo;homme avec le Tout fini-infini, diff\u00e9renci\u00e9-indiff\u00e9renci\u00e9 :<strong> <span>LA R\u00c9ALITE NE PEUT \u00c9TRE ATTEINTE.<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette affirmation est la plus susceptible de nous centrer au c\u0153ur de ce qui est, c&rsquo;est-\u00e0-dire au centre de nous-m\u00eames, et de nous faire vivre imm\u00e9diatement la R\u00e9alit\u00e9. Elle vient \u00e0 l&rsquo;appui de la pr\u00e9c\u00e9dente, car si l&rsquo;homme est la R\u00e9alit\u00e9 (1\u00e8re affirmation), quelle autre route que celle de l&rsquo;identit\u00e9 peut y conduire, autrement dit quel autre chemin que l&rsquo;absence de chemin ? Comprendre que le Tout, l&rsquo;Absolu, ne peut \u00eatre atteint a pour cons\u00e9quence de nous mettre dans l&rsquo;\u00e9tat de non-vouloir, de non-d\u00e9sir, relativement au R\u00e9el, aussi bien qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de quelque condition supr\u00eame que ce soit, de nature transcendante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malheureusement, VOULOIR la R\u00e9alit\u00e9, l&rsquo;Unit\u00e9, le Transcendant, l&rsquo;Absolu, le Bien, est le d\u00e9faut majeur de notre esp\u00e8ce. Ce vice psychologique gr\u00e8ve l&rsquo;action de l&rsquo;homme d&rsquo;un souci inextinguible de r\u00e9ussite, qui emp\u00eache la compr\u00e9hension et d\u00e9cha\u00eene la violence <a id=\"ftnref18\" href=\"#ftn18\">[18]<\/a>. Tous nos conflits, toutes nos passions, nos \u00e9go\u00efsmes, notre volont\u00e9 de puissance, nos jalousies, notre d\u00e9sir de vaincre et le d\u00e9sir de nous fondre en Dieu, l&rsquo;attrait de la volupt\u00e9 et de la puret\u00e9, celui de l&rsquo;orgueil et de l&rsquo;humilit\u00e9, la s\u00e9duction du vice et de la vertu, les guerres entre classes sociales, entre voisins de palier, ou la guerre de chacun contre lui-m\u00eame ont leur ressort initial dans cette volont\u00e9 : le vouloir-\u00eatre, le vouloir-du-Supr\u00eame, le d\u00e9sir du Juste et du Parfait. Mais, h\u00e9las ! pour qui VEUT ainsi le Supr\u00eame, le Fondamental, le Bien essentiel, l&rsquo;\u00e9tat de simplicit\u00e9 est franchi, l&rsquo;\u00e9tat originel d&rsquo;union avec le Tout est abandonn\u00e9, et l&rsquo;\u00e9tat de s\u00e9paration-contradiction se d\u00e9clare. Comme pour l&rsquo;aviateur qui a franchi le mur du son, un ordre de conditions nouvelles appara\u00eet. Dans cette ambiance nouvelle, toute action morale, toute pens\u00e9e m\u00e9taphysique est d\u00e9sormais conditionn\u00e9e par l&rsquo;opposition imaginaire d&rsquo;un R\u00e9el et d&rsquo;un non-R\u00e9el de pur artifice. Le vrai et le faux qui s&rsquo;y combattent d\u00e9veloppent leur conflit dans le vide, comme deux fant\u00f4mes sans substance. Les \u00e9ternelles victimes, les \u00e9ternels d\u00e9faits, ce sont les hommes qui se m\u00e9prisent ou se tuent pour l&rsquo;amour de ces fant\u00f4mes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La v\u00e9rit\u00e9 de la vie n&rsquo;importe plus. On s&rsquo;agite sur un plan de cat\u00e9gories fictives o\u00f9 les valeurs \u00ab bonne \u00bb et \u00ab mauvaise \u00bb n&rsquo;ont plus aucun rapport avec la sant\u00e9, la force et la beaut\u00e9 des \u00eatres r\u00e9els. Le d\u00e9sir de faire triompher l&rsquo;Un et le Beau sous la forme d&rsquo;un Mirage rend absolument ignorant des conditions concr\u00e8tes du beau et de l&rsquo;un. La vraie beaut\u00e9 et le vrai bien n&rsquo;ont aucun rapport avec l&rsquo;inimiti\u00e9 d&rsquo;une essence du Beau et d&rsquo;une essence du Laid, d&rsquo;un Dieu-du-Bien et d&rsquo;un Dieu-du-Mal ! L&rsquo;inimiti\u00e9 n&rsquo;a jamais fait le bien ni le beau. Le bien est la non-inimiti\u00e9 <a id=\"ftnref19\" href=\"#ftn19\">[19]<\/a>. Il est, int\u00e9rieurement, la certitude que la s\u00e9paration entre les \u00eatres n&rsquo;est pas radicale, et qu&rsquo;elle n&rsquo;entame pas l&rsquo;unit\u00e9 profonde de l&rsquo;Etre. Plus particuli\u00e8rement, le bien moral est la notion fondamentale et v\u00e9cue en laquelle s&rsquo;op\u00e8re la fusion des concepts de R\u00e9alit\u00e9 et d&rsquo;Humanit\u00e9. De la m\u00eame mani\u00e8re que chaque individu est tout le R\u00e9el, il est l&rsquo;Homme tout entier <a id=\"ftnref20\" href=\"#ftn20\">[20]<\/a>. L&rsquo;Humain est d\u00e9pos\u00e9 dans l&rsquo;individu sous sa forme la plus parfaite, comme un ressort profond d&rsquo;harmonie morale et sociale. D\u00e8s lors que celle-ci n&rsquo;est plus d\u00e9sir\u00e9e, le ressort de l&rsquo;harmonie se d\u00e9tend dans l&rsquo;individu, et celui-ci ne sait plus agir que conform\u00e9ment \u00e0 la loi humaine totale qui est, en m\u00eame temps, sur le plan m\u00e9taphysique, religieux et cosmique, la loi naturelle de l&rsquo;accord ind\u00e9fini de l&rsquo;Etre avec soi-m\u00eame.<br \/>\nMais comment faire pour ne plus d\u00e9sirer rien du d\u00e9sir essentiel d&rsquo;Absolu, qui porte \u00e0 faire violence au soi-disant non-Absolu? C&rsquo;est afin de nous aider \u00e0 ne plus d\u00e9sirer sur le mode essentiel, \u00e0 ne plus rechercher aucune transcendance, que Krishnamurti conseille le rem\u00e8de de la \u00ab connaissance de soi \u00bb <a id=\"ftnref21\" href=\"#ftn21\">[21]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;o\u00f9 cette troisi\u00e8me affirmation capitale de son enseignement : <strong><span>LA CONNAISSANCE DE SOI LIBERE.<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette affirmation a un caract\u00e8re principalement psychologique. Elle est destin\u00e9e \u00e0 attirer l&rsquo;attention de notre pure conscience sur les sentiments et les habitudes par lesquels nous d\u00e9rangeons en nous et autour de nous l&rsquo;\u00e9panouissement du R\u00e9el; car seule cette \u00ab attention \u00bb est capable de nous transformer <a id=\"ftnref22\" href=\"#ftn22\">[22]<\/a>. Les sciences psychologiques se pencheront s\u00fbrement un jour sur le cas extraordinaire de notre esp\u00e8ce, la seule qui, \u00e0 une certaine \u00e9tape de son \u00e9volution, se soit donn\u00e9 pour but au m\u00e9pris de sa conservation d&rsquo;acc\u00e9der dans un monde irr\u00e9el. En effet, bien avant que l&rsquo;esprit universel ne devienne sensible \u00e0 ce genre d&rsquo;\u00e9vidences : l&rsquo;homme est la R\u00e9alit\u00e9, la R\u00e9alit\u00e9 ne peut \u00eatre atteinte, de longues recherches sur la nature et l&rsquo;origine de l&rsquo;illusion s\u00e9paratrice-oppositionnelle auront d\u00fb commencer par frayer la route lib\u00e9ratrice ! Or, au lieu d&rsquo;inciter \u00e0 ce lent travail,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Krishnamurti affirme : \u00ab la conscience de soi lib\u00e8re \u00bb. Il esp\u00e8re ainsi pouvoir rendre pour quelques-uns le d\u00e9nouement plus rapide. D&rsquo;un pas toute la distance est franchie. Les \u00e9paisses t\u00e9n\u00e8bres int\u00e9rieures sont imm\u00e9diatement travers\u00e9es d&rsquo;un rayon implacable <a id=\"ftnref23\" href=\"#ftn23\">[23]<\/a>. Pas de connaissances \u00e0 acqu\u00e9rir, d&rsquo;approches \u00e0 m\u00fbrir, de forages analytiques : la connaissance de soi est la technique rapide qui met en rapport imm\u00e9diat l&rsquo;individu avec la pl\u00e9nitude de l&rsquo;\u00eatre en lui <a id=\"ftnref24\" href=\"#ftn24\">[24]<\/a>. Donc, connaissance, et non possession ou identification. Par la perception int\u00e9grale de nous-m\u00eames, nous quittons le plan du d\u00e9sir. Mais comment cela est-il possible ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 300px;\">***<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De notre Moi ordinaire n&rsquo;avons-nous pas fait un objet de d\u00e9sir ? II a beau \u00eatre Prot\u00e9e : \u00e0 chacune de ses formes nouvelles correspond un nouvel aspect du d\u00e9sir. On le veut toujours plus parfait, satisfait, absolu, illimit\u00e9; ainsi du Moi politique, \u00e9conomique ou religieux, du Moi familial, professionnel, national, ou simplement vaniteux et \u00e9go\u00efste. Tous les d\u00e9sirs ont leur traduction dans un certain appel-du-Moi. Comment le fait de remonter \u00e0 la source de tous les d\u00e9sirs d\u00e9barrasse le Moi de son aspect illusoire; comment il s&#8217;emplit par l\u00e0 de la mati\u00e8re m\u00eame du R\u00e9el, et se trouve alors dissous comme germe de Transcendance : c&rsquo;est ce que comprend quiconque a laiss\u00e9 glisser sous ses pieds le chemin sans effort de la connaissance de soi <a id=\"ftnref25\" href=\"#ftn25\">[25]<\/a>. Que pouvons-nous conna\u00eetre, sinon ce qui est ? Et comment conna\u00eetre, sinon \u00e0 partir d&rsquo;un c\u0153ur sans pr\u00e9jug\u00e9 ? Ainsi en est-il de la connaissance de soi. Elle va droit au moi r\u00e9el : le-moi-dans-l&rsquo;Etre, celui qui occupe l&rsquo;instant fini-\u00e9ternel. Or, ce moi est le fr\u00e8re du non-moi, qui est-en-r\u00e9alit\u00e9 dans le m\u00eame instant que lui, le moi. La connaissance de soi lib\u00e8re le moi r\u00e9el dans sa fraternit\u00e9 avec le non-moi, le Tout, l&rsquo;Infini.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est pourquoi il n&rsquo;y a plus de d\u00e9sir : l&rsquo;assiette du moi r\u00e9el est d\u00e9couverte, sa coexistence en fraternit\u00e9 avec le non-moi et, simultan\u00e9ment, avec l&rsquo;Absolu, Comme le refus, la peur du non- moi ont disparu, le d\u00e9sir-du-Moi s&rsquo;est \u00e9teint. Et parce qu&rsquo;il n&rsquo;y a plus de d\u00e9sir-du-Moi, il n&rsquo;y a plus de d\u00e9sir d&rsquo;aucune sorte tout d\u00e9sir enfermant le d\u00e9sir implicite d&rsquo;un \u00eatre illusoire, exclusif, du Moi. Mais la vieille conscience a peur de cette coexistence du moi et du non-moi \u2014 l&rsquo;Autre, les Autres, le Monde, Dieu \u2014 car la vieille conscience est la conscience insatisfaite d&rsquo;un Moi fini, limit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;image-illusion de Lui-m\u00eame. Pour se gu\u00e9rir de cette insatisfaction, la conscience voudrait rendre infini son Moi born\u00e9. C&rsquo;est pourquoi le Moi irr\u00e9el est aussi, constamment, un Moi-en-extension, un Moi qui cherche \u00e0 se satisfaire d&rsquo;une image de lui toujours plus grande <a id=\"ftnref26\" href=\"#ftn26\">[26]<\/a>, d&rsquo;o\u00f9 cet aspect agressif du d\u00e9sir-du-Moi, qui est en m\u00eame temps d\u00e9sir de destruction du non-Moi, ou d&rsquo;absorption en lui. Dans ce dernier cas, c&rsquo;est la personne elle-m\u00eame qui d\u00e9sire son propre an\u00e9antissement au profit d&rsquo;un Moi transcendant, comme la Patrie, un Dieu, ou le Soi <a id=\"ftnref27\" href=\"#ftn27\">[27]<\/a>. Mais l&rsquo;Etre pur n&rsquo;est pas le Moi, ni le non-Moi. Il est le moi-non-moi, la dualit\u00e9 fraternelle des \u00eatres s\u00e9par\u00e9s, dont il r\u00e9alise constamment, en toute spontan\u00e9it\u00e9, le jeu des rapports cr\u00e9atifs. L&rsquo;Etre pur est l&rsquo;\u00eatre pensant, l&rsquo;individu, dans la mesure o\u00f9 il vit librement le jeu harmonieux des images du moi et du non-moi : sans choisir dans l&rsquo;un ou l&rsquo;autre <a id=\"ftnref28\" href=\"#ftn28\">[28]<\/a> la d\u00e9finition de son essence ou la pr\u00e9figuration de son avenir. La \u00ab connaissance de soi \u00bb est une attitude de non-choix relativement \u00e0 aucune valeur essentielle ou supr\u00eame de vie, attitude d&rsquo;autant plus ferme qu&rsquo;elle conna\u00eet son point d&rsquo;attache profond : le sujet pur de pens\u00e9e d\u00e9tach\u00e9 du substrat d&rsquo;un \u00ab penseur \u00bb enferm\u00e9 dans le vain projet d&rsquo;\u00e9tendre son Moi \u00e0 l&rsquo;infini.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pens\u00e9e qui r\u00e9alise dans une seule image harmonieuse l&rsquo;objet du moi-non-moi (\u00e9prouv\u00e9-repr\u00e9sent\u00e9 dans une seule gerbe de concepts) r\u00e9alise aussi la \u00ab connaissance de soi \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire la connaissance sans rupture du R\u00e9el, par laquelle l&rsquo;individu devient capable de vivre sans d\u00e9sir le fonctionnement originel des choses. Dans cette absence de d\u00e9sir d&rsquo;absolu, la pens\u00e9e se conna\u00eet elle-m\u00eame comme pens\u00e9e harmonieuse \u00e0 l&rsquo;absolu, la collaboratrice inspir\u00e9e de l&rsquo;Etre lui-m\u00eame <a id=\"ftnref29\" href=\"#ftn29\">[29]<\/a>. Le moi r\u00e9el et constitu\u00e9, identique \u00e0 l&rsquo;individu se connaissant dans son rapport d&rsquo;unit\u00e9 fraternelle au non-moi : l&rsquo;Autre, les Autres, la Vie, l&rsquo;Infini, la Mort, Dieu. Quand le chemin de ronde de la connaissance de soi a \u00e9t\u00e9 parcouru, tout l&rsquo;horizon de la Terre est d\u00e9gag\u00e9; sa ligne pr\u00e9cise n&rsquo;est plus tant, pour nous, une fronti\u00e8re qui s\u00e9pare des mondes oppos\u00e9s \u2014 le Ciel, la Terre \u2014 que la limite ardente o\u00f9 s&rsquo;engage le plus sinc\u00e8re et le plus cr\u00e9atif des dialogues entre l&rsquo;Homme et l&rsquo;Infini.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Remarquons l&rsquo;absence de toute pratique m\u00e9ditative ou sacrificielle, de toute allusion \u00e0 une voie myst\u00e9rieusement lib\u00e9ratrice ou r\u00e9unificatrice. L&rsquo;effort est tout entier d&rsquo;expression lucide, et l&rsquo;abord intens\u00e9ment direct. Quant au probl\u00e8me pos\u00e9, celui des rapports de l&rsquo;homme \u00e0 l&rsquo;Absolu concret, il est bien celui qu&rsquo;\u00e0 d\u00e9fini l&rsquo;Inde il y a 27 si\u00e8cles, dans certains textes privil\u00e9gi\u00e9s des Oupanishads. Mais, cette fois, la solution \u00e0 ce probl\u00e8me nous arrive compl\u00e8tement purifi\u00e9e de l&rsquo;erreur de Transcendance, jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent rajout\u00e9e, apr\u00e8s coup, \u00e0 chaque message lib\u00e9rateur. De toute \u00e9vidence, l&rsquo;effort de Krishnamurti s&rsquo;inscrit, sous nos yeux, dans le grand mouvement collectif de recherches m\u00e9taphysiques dont nous avons parl\u00e9, o\u00f9 tous les hommes de toutes les races tendent aujourd&rsquo;hui \u00e0 se rejoindre, par une conscience unique de leur rapport fondamental \u00e0 l&rsquo;Etre. Mais, surtout, ce message t\u00e9moigne avec une particuli\u00e8re vigueur du caract\u00e8re universel que les principes de ce mouvement sont appel\u00e9s \u00e0 prendre dans l&rsquo;avenir. Ni particuli\u00e8rement oriental, ni particuli\u00e8rement occidental, Krishnamurti est en avance d&rsquo;un ou deux si\u00e8cles sur notre \u00e9poque, o\u00f9 se pr\u00e9pare seulement la fusion humaine et civilisatrice qu&rsquo;il r\u00e9alise quant \u00e0 lui parfaitement dans son expression, singuli\u00e8rement libre de toute limitation nationale ou raciale. Ce message restera comme un apport capital aux efforts actuels de notre esp\u00e8ce, envisag\u00e9e comme entit\u00e9 unique, pour trouver son \u00e9quilibre cosmique d\u00e9finitif. En effet, celui-ci ne pourra r\u00e9sulter que d&rsquo;une prise collective de conscience, par l&rsquo;homme, de sa nature ind\u00e9finiment cr\u00e9ative et dynamique, constructive et \u00e9volutive, dans le cadre originel de son rapport d&rsquo;unit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Etre immuable.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Ao\u00fbt 1955<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn1\" href=\"#ftnref1\">[1]<\/a> Paris, Payot 1953; p. 9.<br \/>\n<a id=\"ftn2\" href=\"#ftnref2\">[2]<\/a> Les fameux rapports du Dr. Kinsey.<br \/>\n<a id=\"ftn3\" href=\"#ftnref3\">[3]<\/a> Paris ; Gallimard, 1951.<br \/>\n<a id=\"ftn4\" href=\"#ftnref4\">[4]<\/a> \u00ab Le R\u00e9el n&rsquo;a pas de cause, et une pens\u00e9e qui a une cause ne peut prendre contact avec lui. \u00bb Krishnamurti parle; Paris, \u00e9d. du Mont-Blanc 1949: P. 193.<br \/>\n[<a id=\"ftn5\" href=\"#ftnref5\">5]<\/a> \u00ab Vous \u00eates le centre de toute existence objective et subjective&#8230; En vous sont le commencement et la fin, la vie tout enti\u00e8re. \u00bb Krishnamurti (Ojai 1944) Paris, \u00e9d. J. Vigneau; pp. 46 et 64.<br \/>\n<a id=\"ftn6\" href=\"#ftnref6\">[6]<\/a> \u00ab C&rsquo;est le d\u00e9sir de justifier ou de comparer qui emp\u00eache la pleine compr\u00e9hension de l&rsquo;\u00eatre dans son ensemble. \u00bb Krishnamurti parle; ouv. cit\u00e9, p. 115.<br \/>\n<a id=\"ftn7\" href=\"#ftnref7\">[7]<\/a> \u00ab Sans relations, nous ne \u00ab sommes pas \u00bb ; \u00ab \u00eatre \u00bb, c&rsquo;est \u00eatre en rapport avec quelque chose, des possessions, des personnes, des id\u00e9es&#8230; La vie n&rsquo;est que rapports, et ne pas comprendre la vraie nature de nos rapports, c&rsquo;est transformer nos vies en une lutte perp\u00e9tuelle pour transformer ce qui \u00ab est \u00bb en ce que nous d\u00e9sirons. \u00bb Paris 1950, pp. 93 et 94; \u00e9d. Le Cercle du Livre. Paris 1952.<br \/>\n<a id=\"ftn8\" href=\"#ftnref8\">[8]<\/a> \u00ab Etre, c&rsquo;est avoir des rapports avec l&rsquo;Univers, mais vous pouvez bloquer, fausser ces rapports et, devenant ainsi toujours plus isol\u00e9 et plus \u00e9gocentrique, aller vers un d\u00e9s\u00e9quilibre mental. \u00bb Ojai 1944; p. 64.<br \/>\n<a id=\"ftn9\" href=\"#ftnref9\">[9]<\/a> \u00ab Rechercher la certitude, c&rsquo;est la trouver, mais elle n&rsquo;est pas le R\u00e9el&#8230; La paix profonde, seule est le R\u00e9el. \u00bb Ojai 1944: pp. 36 et 17.<br \/>\n<a id=\"ftn10\" href=\"#ftnref10\">[10]<\/a> \u00abL&rsquo;extase du R\u00e9el, cette joie inexprimable, cette d\u00e9votion intense, cette compr\u00e9hension profonde n&rsquo;appartient  qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00eatre sans effort. \u00bb Krishnamurti parle, p. 173.<br \/>\n<a id=\"ftn11\" href=\"#ftnref11\">[11]<\/a> \u00ab Ce qui est se meut constamment, subit une constante transformation. \u00bb Inde 1948-1950; \u00e9d. Touzot p. 8; Paris 1953.<br \/>\n<a id=\"ftn12\" href=\"#ftnref12\">[12]<\/a> \u00ab La d\u00e9livrance compl\u00e8te est un \u00e9tat de cr\u00e9ation constante et consciente. \u00bb Carlo Suar\u00e8s : Krishnamurti, Adyar 1947. P. 159.<br \/>\n<a id=\"ftn13\" href=\"#ftnref13\">[13]<\/a> \u00ab On \u00e9tablit un autre monde et ce monde-ci&#8230; L&rsquo;homme cr\u00e9e une division entre la mati\u00e8re et l&rsquo;esprit&#8230; Pour l&rsquo;homme lib\u00e9r\u00e9 (de l&rsquo;illusion s\u00e9paratrice), toutes les choses sont r\u00e9elles&#8230; Le croyant et l&rsquo;incroyant, l&rsquo;homme de l&rsquo;esprit et l&rsquo;homme de la mati\u00e8re sont tous les deux pris par l&rsquo;illusion. \u00bb Krishnamurti, par Carlo Suar\u00e8s; \u00e9d. Adyar 5947. pp. 267-268.<br \/>\n<a id=\"ftn14\" href=\"#ftnref14\">[14]<\/a> \u00ab C&rsquo;est lorsque l&rsquo;esprit atteint le vide cr\u00e9ateur et non lorsqu&rsquo;il ordonne par affirmation, qu&rsquo;il y a r\u00e9alit\u00e9. \u00bb Ojai 1944; p. 21.<br \/>\n<a id=\"ftn15\" href=\"#ftnref15\">[15]<\/a> \u00ab Le d\u00e9sir de s\u00e9curit\u00e9 engendre la pens\u00e9e conditionn\u00e9e&#8230; L&rsquo;auto-lucidit\u00e9 et la connaissance de soi qui engendrent le penser d\u00e9voilent l&rsquo;immobilit\u00e9 cr\u00e9atrice de la R\u00e9alit\u00e9. \u00bb Ojai 1944; p. 36.<br \/>\n<a id=\"ftn16\" href=\"#ftnref16\">[16]<\/a> \u00ab Le moi qui est l&rsquo;avidit\u00e9, donc la cause de l&rsquo;ignorance et des conflits, peut-il conna\u00eetre l&rsquo;illumination ? Ce n&rsquo;est que dans la libert\u00e9 et non dans l&rsquo;esclavage de l&rsquo;avidit\u00e9 qu&rsquo;il peut y avoir illumination. \u00bb Krishnamurti parle; p. 106.<br \/>\n<a id=\"ftn17\" href=\"#ftnref17\">[17]<\/a> \u00ab Pourquoi l&rsquo;individu devrait-il se mettre en \u00e9tat d&rsquo;opposition avec le monde ? Ce n&rsquo;est que lorsqu&rsquo;il ne se consid\u00e9rera plus comme un individu, mais comme une partie du tout, qu&rsquo;il conna\u00eetra (la libert\u00e9). \u00bb Ojai 1944; p. i t.<br \/>\n<a id=\"ftn18\" href=\"#ftnref18\">[18]<\/a> \u00ab (La cause de la guerre est l&rsquo;avidit\u00e9)&#8230; Au nom de notre pays ou de notre id\u00e9ologie nous pouvons assassiner et nous devenons des h\u00e9ros. \u00bb Krishnamurti parle; p. 56.<br \/>\n<a id=\"ftn19\" href=\"#ftnref19\">[19]<\/a> \u00ab Le mal ne peut \u00eatre domin\u00e9 par un autre mal, par un autre d\u00e9sir qui s&rsquo;oppose \u00e0 lui. \u00bb Krishnamurti parle; p. 197.<br \/>\n<a id=\"ftn20\" href=\"#ftnref20\">[20]<\/a> \u00ab Lorsque je parle de l&rsquo;individu, je ne l&rsquo;\u00e9tablis pas en opposition \u00e0 la masse. Au contraire, je veux \u00e9liminer cet antagonisme&#8230;, qui cr\u00e9e des conflits, de la mis\u00e8re. Si nous pouvons comprendre comment l&rsquo;individu est une partie du tout\u2026 nous nous lib\u00e9rons nous-m\u00eames de notre d\u00e9sir de rivaliser, d&rsquo;opprimer. \u00bb Ojai 1944; P. 7.<br \/>\n<a id=\"ftn21\" href=\"#ftnref21\">[21]<\/a> \u00ab\u00a0Lorsque l&rsquo;avide fait un effort en vue de n&rsquo;\u00eatre plus avide, cet effort est cens\u00e9 \u00eatre vertueux&#8230; (mais) n&rsquo;est-on pas toujours avide lorsqu&rsquo;on essaie de ne l&rsquo;\u00eatre pas ? On ne peut comprendre le v\u00e9ritable effort que lorsqu&rsquo;on per\u00e7oit clairement le processus du devenir&#8230; C&rsquo;est dans l&rsquo;\u00e9tude de soi que sont les bases sur lesquelles s&rsquo;\u00e9tablit la structure de la r\u00e9alit\u00e9. \u00bb Krishnamurti parle; p. 66. Ojai 1944; P. 33.<br \/>\n<a id=\"ftn22\" href=\"#ftnref22\">[22]<\/a> \u00ab Soyez conscient de votre conflit, de la fa\u00e7on dont vous niez, justifiez.., dont vous essayez de devenir&#8230; L\u00e0 se trouve l&rsquo;immobilit\u00e9 de la compr\u00e9hension qui seule engendre les transformations radicales. \u00bb Krishnamurti parle; p. 37.<br \/>\n<a id=\"ftn23\" href=\"#ftnref23\">[23]<\/a> \u00ab Vous devez \u00eatre votre propre psychologue, vous percevoir tel que vous \u00eates&#8230; L&rsquo;important est de devenir conscient de chaque pens\u00e9e-sentiment, car la connaissance de soi en jaillit. \u00bb Ojai 1944; PP. 34 et 53.<br \/>\n<a id=\"ftn24\" href=\"#ftnref24\">[24]<\/a> \u00ab Comprenez la structure de votre \u00eatre et non seulement d&rsquo;une de ses parties&#8230; Le calme et la sagesse ne viennent que de la perception de soi, de la connaissance de soi&#8230; tant que nous ne percevons pas, par une exp\u00e9rience large et profonde, la valeur \u00e9ternelle, nous ne trouverons aucune solution \u00e0 notre probl\u00e8me; toute autre r\u00e9ponse que celle du R\u00e9el ne fera qu&rsquo;ajouter au fardeau de notre douleur. \u00bb Krishnamurti parle; pp. 25 et 62.<br \/>\n<a id=\"ftn25\" href=\"#ftnref25\">[25]<\/a> \u00ab Tant que se perp\u00e9tue l&rsquo;avidit\u00e9 du Moi, il y a une tension psychologique dangereuse&#8230; la tension de la peur, de l&rsquo;ambition, de la haine (qui) est destructrice&#8230; Pour d\u00e9passer cette tension, il faut exercer une lucidit\u00e9 qui n&rsquo;op\u00e8re pas de choix. \u00bb Krishnamurti parle; pp. 113,120, 121.<br \/>\n<a id=\"ftn26\" href=\"#ftnref26\">[26]<\/a> \u00ab Comment surgit en nous ce douloureux conflit entre le moi et le non-moi ? N&rsquo;est-il pas cr\u00e9\u00e9 par notre soif de devenir ? Cette soif qui s&rsquo;exprime dans la sensualit\u00e9 ou la recherche de la gloire et de l&rsquo;immoralit\u00e9 ?&#8230; Avec une impartialit\u00e9 bienveillante, cette soif doit \u00eatre comprise dans son essence et ainsi d\u00e9pass\u00e9e. \u00bb Ojai 1944, P. 14.<br \/>\n<a id=\"ftn27\" href=\"#ftnref27\">[27]<\/a> \u00ab \u00c9tant int\u00e9rieurement pauvres, nous d\u00e9sirons nous identifier avec ce qui est grand&#8230; la Nation, le maitre spirituel, une Id\u00e9ologie etc&#8230; La forme de l&rsquo;identification varie suivant les circonstances. \u00bb Krishnamurti parle; p. 157.<br \/>\n<a id=\"ftn28\" href=\"#ftnref28\">[28]<\/a> \u00ab Le monde s&rsquo;\u00e9veillera gr\u00e2ce \u00e0 chaque individu qui pourra s&rsquo;affranchir de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esclavage d\u00fb \u00e0 la division, au d\u00e9sir de puissance&#8230; (Mais) si vous aimez, vous servez. Proclamer qu&rsquo;on veut venir en aide est un cri de la vanit\u00e9. Pour aider votre prochain, vous devez vous conna\u00eetre (d&rsquo;abord), car vous \u00eates le prochain. \u00bb Ojai 1944; PP. 56-57.<br \/>\n<a id=\"ftn29\" href=\"#ftnref29\">[29]<\/a> \u00ab Si vous comprenez ce qui fait la limitation, le partiel, et que vous le d\u00e9passez, vous serez capable de savoir le tout, l&rsquo;illimit\u00e9. Commencez par vous comprendre, par l\u00e0 d&rsquo;incommensurables richesses seront d\u00e9couvertes&#8230; En me comprenant, je comprendrai mas rapports avec mes semblables, avec le monde, car en moi, ainsi qu&rsquo;en chacun de nous, se trouve le tout. \u00bb Ojai 1944; p. 27.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quelle sorte de rapports nos religions nous ont-elles permis d&rsquo;\u00e9tablir avec l&rsquo;Infini, l&rsquo;Eternel ? Les rapports imaginaires qui unissent l&rsquo;inf\u00e9rieur \u00e0 son sup\u00e9rieur : rapports de frayeur, \u00e9changes de menaces et de sacrifices, rapports de bourreau \u00e0 victime. Mais comment le sentiment de mon rapport \u00e0 l&rsquo;Infini n&rsquo;influerait-il pas sur la nature de mes rapports avec mon semblable ? En d\u00e9finitive, l&rsquo;individu n&rsquo;est-il pas, pour un autre individu, le symbole m\u00eame de l&rsquo;Insondable, de l&rsquo;Illimit\u00e9 ? 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