{"id":3711,"date":"2010-06-12T14:31:21","date_gmt":"2010-06-12T13:31:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=3711"},"modified":"2011-10-08T23:40:30","modified_gmt":"2011-10-08T22:40:30","slug":"un-prospecteur-de-linvisible-gustav-meyrink-par-georges-diagerine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-prospecteur-de-linvisible-gustav-meyrink-par-georges-diagerine\/","title":{"rendered":"Un prospecteur de l&rsquo;invisible : Gustav Meyrink par Georges Diagerine"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">(Revue Question De. N<sup>o<\/sup> 7. 2<sup>e<\/sup> Trimestre 1975)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1868, Gustav Meyrink na\u00eet \u00e0 Vienne. C&rsquo;est le fils naturel du ministre d&rsquo;\u00c9tat du Wurtemberg, le baron Karl von Varnb\u00fcler, sexag\u00e9naire, et de Maria Meyer, une jeune actrice contre laquelle Gustav Meyrink \u00e9prouvera longtemps une haine tenace. Il n&rsquo;abandonnera son nom de Gustav Meyer pour choisir son pseudonyme que beaucoup plus tard : c&rsquo;est le patronyme d&rsquo;un officier saxon du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, anc\u00eatre de sa m\u00e8re. Apr\u00e8s avoir \u00e9tudi\u00e9 \u00e0 Hambourg, Gustav Meyrink se rend tr\u00e8s vite \u00e0 Prague, o\u00f9 il est l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve d&rsquo;une Acad\u00e9mie commerciale. Puis il fonde la banque Meyer et Morgenstern. A cette \u00e9poque, il se consacre au jeu d&rsquo;\u00e9checs, au canotage et aux intrigues amoureuses. Apr\u00e8s quelques d\u00e9sordres sentimentaux, il d\u00e9cide de mettre fin \u00e0 ses jours. C&rsquo;est alors qu&rsquo;il d\u00e9couvre brusquement l&rsquo;occultisme qui le captive. Il s&rsquo;y consacrera totalement pendant des mois. Puis il d\u00e9masque les faux m\u00e9diums et les charlatans qui pullulent \u00e0 Prague et commence \u00e0 s&rsquo;int\u00e9resser au yoga et \u00e0 l&rsquo;alchimie. Toutefois, il continue \u00e0 cultiver son propre don de voyance. Il exp\u00e9rimente avec prudence certaines drogues hallucinog\u00e8nes, mais il s&rsquo;en d\u00e9tourne bient\u00f4t pour participer \u00e0 la cr\u00e9ation, en 1891, d&rsquo;une loge th\u00e9osophique : l&rsquo;\u00c9toile bleue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Peu de temps apr\u00e8s, il est accueilli par la franc-ma\u00e7onnerie et par la Societas Rosicruciana in Anglia, d&rsquo;o\u00f9 est issue la Golden Dawn. Il re\u00e7oit tr\u00e8s vite le grade de Sup\u00e9rieur Inconnu dans un Ordre fran\u00e7ais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le bouddhisme l&rsquo;attire de plus en plus. Il est d\u00e9j\u00e0 en contact avec des ma\u00eetres orientaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1892, il \u00e9pouse Hedwig Aloisia Certl, mais ce mariage s&rsquo;av\u00e8re tr\u00e8s vite \u00eatre un \u00e9chec.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Meyrink devient membre de l&rsquo;Ordre oriental du Sat Bha\u00ef, puis de l&rsquo;Ordre des Illumin\u00e9s. Plus tard, il fera partie de la Fraternit\u00e9 des Anciens Rites du Graal sacr\u00e9 du Grand Orient de Patmos.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">S&rsquo;il fut toujours attir\u00e9 par maintes soci\u00e9t\u00e9s secr\u00e8tes, Meyrink demeurera fid\u00e8le \u00e0 bien peu d&rsquo;entre elles. Mais il transmettra des fragments de nombreux enseignements \u00e9sot\u00e9riques dans son \u0153uvre, en particulier ceux d&rsquo;une confr\u00e9rie kabbalistique tr\u00e8s ferm\u00e9e qui existait encore \u00e0 Prague avant 1900, \u00ab Les descendants de la Lumi\u00e8re primordiale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Au d\u00e9but du si\u00e8cle, Meyrink, atteint d&rsquo;une maladie de la moelle \u00e9pini\u00e8re, doit faire un s\u00e9jour dans un sanatorium de Dresde. D\u00e8s sa gu\u00e9rison, il commence \u00e0 \u00e9crire. Sa premi\u00e8re nouvelle, tr\u00e8s satirique, para\u00eet dans la revue Simplicissimus. D\u00e9sormais, il ne cessera plus de se vouer \u00e0 la magie de l&rsquo;\u00e9criture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">S&rsquo;\u00e9tant r\u00e9volt\u00e9 contre l&rsquo;interdiction de se battre en duel, Meyrink est jet\u00e9 en prison. Ses ennemis ont tram\u00e9 un pi\u00e8ge destin\u00e9 \u00e0 le perdre : il est accus\u00e9 d&rsquo;escroquerie, et sa banque fait faillite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les premi\u00e8res \u0153uvres<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsqu&rsquo;il sera lib\u00e9r\u00e9, sa r\u00e9habilitation sera totale, mais il souffrira encore longtemps d&rsquo;attaques calomnieuses. Ruin\u00e9, Meyrink doit s&rsquo;adonner \u00e0 des travaux litt\u00e9raires. En 1903, para\u00eet chez Albert Langen une s\u00e9rie de contes intitul\u00e9e <em>le Soldat br\u00fblant<\/em>. L&rsquo;ann\u00e9e suivante, il quitte Prague \u00e0 regret pour s&rsquo;\u00e9tablir \u00e0 Vienne o\u00f9 il devient le r\u00e9dacteur en chef d&rsquo;une revue, le Lieber Augustin. C&rsquo;est \u00e0 cette \u00e9poque qu&rsquo;il fait la connaissance d&rsquo;Alfred Kubin, le grand peintre et \u00e9crivain expressionniste allemand dont il sera l&rsquo;un des premiers \u00e0 imposer le talent. En. 1904, para\u00eet son second livre, <em>Orchid\u00e9es<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce n&rsquo;est qu&rsquo;en 1905 qu&rsquo;il obtient le divorce d&rsquo;avec sa premi\u00e8re femme. (On dit qu&rsquo;il dut, pour la convaincre, recourir \u00e0 l&rsquo;hypnose.) Il peut enfin \u00e9pouser Mena Bernt. Il formera avec elle un couple harmonieux jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de ses jours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1907, para\u00eet <em>le Cabinet des Figures de cire<\/em>. Meyrink a d\u00e9j\u00e0 mis en chantier <em>le Golem<\/em>, qui ne para\u00eetra qu&rsquo;en 1913<a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>. Pendant des ann\u00e9es, il devra vivre de ses traductions des \u0153uvres de Charles Dickens. Il s&rsquo;est install\u00e9 en Bavi\u00e8re o\u00f9 il pratique tr\u00e8s assid\u00fbment le yoga. En 1913, parait <em>le Cor enchant\u00e9 du bourgeois allemand<\/em>, recueil de nouvelles fantastiques, souvent fort grin\u00e7antes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les fant\u00f4mes lib\u00e9r\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1916, apr\u00e8s l&rsquo;immense succ\u00e8s du <em>Golem<\/em>, Meyrink publie <em>le Visage vert<\/em>, o\u00f9 se discerne l&rsquo;influence de l&rsquo;enseignement qu&rsquo;il re\u00e7oit de ses ma\u00eetres orientaux. (L&rsquo;un d&rsquo;eux est un swami, disciple de Ramakrishna, qui vit dans le Mayavati, dans l&rsquo;Himalaya.) Au d\u00e9but, Meyrink a pratiqu\u00e9 le yoga essentiellement dans le dessein d&rsquo;acqu\u00e9rir des pouvoirs supranormaux. Mais, tr\u00e8s vite, il s&rsquo;est aper\u00e7u des dangers que faisait courir une m\u00e9diumnit\u00e9 exacerb\u00e9e. Aussi, ne s&rsquo;applique-t-il plus qu&rsquo;\u00e0 parvenir \u00e0 un niveau de d\u00e9veloppement mental et spirituel sup\u00e9rieur \u00e0 la normale. Le spiritisme lui fait maintenant horreur. Un des personnages du Visage vert s&rsquo;\u00e9crie :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Garde-toi des doctrines spirites comme d&rsquo;un poison ; c&rsquo;est le fl\u00e9au le plus redoutable qui se soit jamais abattu sur les hommes. Les spirites pr\u00e9tendent entrer en contact avec les morts&#8230; C&rsquo;est une illusion. Il vaut mieux qu&rsquo;ils ignorent qui sont ceux qui viennent \u00e0 eux de la sorte. S&rsquo;ils le savaient, ils auraient peur. \u00bb La m\u00eame ann\u00e9e, <em>le Car enchant\u00e9 du bourgeois allemand<\/em> est interdit en Autriche. Meyrink est la proie d&rsquo;une v\u00e9ritable conspiration de la part de nombreux journalistes. Au bord du lac de Starnberg, au sud de Munich, o\u00f9 il r\u00e9side ce lac o\u00f9 s&rsquo;est tragiquement noy\u00e9 Louis II de Bavi\u00e8re avec son m\u00e9decin, Meyrink et sa demeure seront m\u00eame lapid\u00e9s. Ce que l&rsquo;on a surnomm\u00e9 \u00ab la chasse \u00e0 Meyrink \u00bb fait rage. De toute \u00e9vidence, sa pr\u00e9sence et ses \u00e9crits d\u00e9rangent maints de ses contemporains.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1917, il fait para\u00eetre <em>la Nuit de Walpurgis<\/em>, o\u00f9 les fant\u00f4mes, lib\u00e9r\u00e9s de leurs cha\u00eenes, revivent \u00e0 un tragique tournant de l&rsquo;histoire. Puis, en 1921, <em>le Dominicain blanc<\/em>, o\u00f9 se manifeste l&rsquo;aspect le plus secret du tao\u00efsme chinois. L&rsquo;ouvrage se pr\u00e9sente sous la forme du \u00ab Journal d&rsquo;un Invisible \u00bb qui parvient \u00e0 r\u00e9aliser l&rsquo;immortalit\u00e9 de son \u00eatre par la cr\u00e9ation d&rsquo;un \u00ab corps subtil \u00bb imp\u00e9rissable. Les th\u00e8mes utilis\u00e9s par Gustav Meyrink commencent \u00e0 se pr\u00e9ciser tr\u00e8s nettement. L&rsquo;accomplissement d&rsquo;une \u00ab\u00a0illumination lib\u00e9ratrice \u00bb, \u00e0 travers l&rsquo;amour surhumain d&rsquo;un homme et d&rsquo;une femme, rejoint le mythe de l&rsquo;Age d&rsquo;Or : par ces noces chymiques, le couple ne forme plus qu&rsquo;un parfait androgyne. Cette m\u00e9tamorphose \u00e9quivaut \u00e0 la derni\u00e8re phase du Grand \u0152uvre alchimique. Ce triomphe de l&rsquo;union cosmique n&rsquo;est possible que si l&rsquo;homme d\u00e9couvre \u00ab la porte qui ouvre sur un autre monde \u00bb, porte cach\u00e9e derri\u00e8re le double des \u00eatres et des choses, mais aussi au tr\u00e9fonds du moi. Autre th\u00e8me cher \u00e0 Meyrink, qui fut longtemps partisan des th\u00e9ories r\u00e9incarnationnistes, et y renon\u00e7a \u00e0 la suite d&rsquo;exp\u00e9riences trop dangereuses qui, de son propre aveu, faillirent ruiner sa sant\u00e9 : ses h\u00e9ros pr\u00e9sentent de vivants exemples de la \u00ab m\u00e9moire ancestrale\u00a0\u00bb. Ils sont l&rsquo;aboutissement d&rsquo;une lign\u00e9e qui cherche, \u00e0 travers eux, \u00e0 se transcender. Meyrink croyait profond\u00e9ment qu&rsquo;en certains hommes se r\u00e9incarnait le fondateur de leur lign\u00e9e. Ainsi en est-il du narrateur du <em>Dominicain blanc<\/em>, en qui parle la voix de son anc\u00eatre venu des hauts plateaux du Tibet. Ici, il faut signaler l&rsquo;influence de Bo Yin Ra<a href=\"#_ftn2\">[2]<\/a> que Meyrink admirait beaucoup et dont il pr\u00e9fa\u00e7a, en 1919, <em>le Livre du Dieu vivant<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;homme sorti du temps<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans <em>l&rsquo;Ange \u00e0 la fen\u00eatre d&rsquo;Occident<\/em>, paru en 1927, que beaucoup consid\u00e8rent comme son chef-d\u2019\u0153uvre, Gustav Meyrink d\u00e9veloppe magistralement tous ses th\u00e8mes favoris et fait revivre nostalgiquement la Prague de la Renaissance, habilement superpos\u00e9e \u00e0 la Prague de son \u00e9poque. On ne peut qu&rsquo;\u00eatre fascin\u00e9 par la mani\u00e8re dont il campe ses personnages et leurs doubles, dans une atmosph\u00e8re qui touche au surnaturel. En ces pages, nous voyons litt\u00e9ralement John Dee, herm\u00e9tiste \u00e9lisab\u00e9thain, \u00e9chouer dans sa tentative de fournir le secret de l&rsquo;or philosophai \u00e0 l&#8217;empereur Rodolphe II. Le g\u00e9nie de Meyrink consiste \u00e0 nous le faire voir \u00e0 travers les yeux de l&rsquo;alter ego de cet alchimiste, un contemporain qui, menant \u00e0 bien la qu\u00eate de John Dee, effectuera avec sa compagne tantrique une \u00ab sortie du temps \u00bb, d\u00e9montrant, de la part de l&rsquo;auteur, une connaissance tr\u00e8s pouss\u00e9e de certaines doctrines \u00e9sot\u00e9riques. Il s&rsquo;agit de litt\u00e9rature, dira-t-on et il est vrai que Meyrink brouille souvent, volontairement, certaines donn\u00e9es trop occultes. Mais on devine plus d&rsquo;une allusion \u00e0 un Ordre invisible qui contr\u00f4le le destin de certains \u00e9lus. Goethe n&rsquo;\u00e9voquait-il pas, dans <em>Wilhelm Meister<\/em>, une myst\u00e9rieuse Soci\u00e9t\u00e9 de la Tour qui n&rsquo;est pas sans rappeler certaines traditions rose-croix ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Parall\u00e8lement \u00e0 son activit\u00e9 d&rsquo;\u00e9crivain, Meyrink dirige une collection o\u00f9 il fait para\u00eetre (et souvent pr\u00e9face ou traduit) des ouvrages de ou sur Ramakrisna, Eliphas Levi, Lafcadio Hearn, saint Thomas d&rsquo;Aquin (<em>le Trait\u00e9 de la pierre des Sages<\/em>), ainsi que <em>le Livre des morts tib\u00e9tain<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s avoir publi\u00e9 de nombreuses nouvelles, Meyrink s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 terminer un dernier roman, <em>la Maison de l&rsquo;alchimiste<\/em>, lorsqu&rsquo;il meurt, en d\u00e9cembre 1932, dans sa demeure de Starnberg. Apr\u00e8s avoir salu\u00e9 les siens, il choisit d&rsquo;entrer dans une autre vie, assis dans un fauteuil devant une fen\u00eatre ouverte, torse nu, face au soleil d&rsquo;hiver qui se l\u00e8ve.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;OEUVRE ROMANESQUE DE GUSTAV MEYRINK <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u0153uvre de Gustav Meyrink, \u00e9trangement m\u00e9connue pendant si longtemps, n&rsquo;a pas encore \u00e9t\u00e9 totalement traduite en fran\u00e7ais. Ses romans, \u00ab <em>le Golem<\/em> \u00bb et \u00ab <em>le Visage vert<\/em> \u00bb furent publi\u00e9s en Allemagne en 1913 et en 1916. Les \u00e9ditions \u00c9mile-Paul en donn\u00e8rent une traduction fran\u00e7aise en 1929 et en 1932. Ces deux romans furent repris par les \u00e9ditions La Colombe en 1962 et 1964. Ces m\u00eames \u00e9ditions publi\u00e8rent, en 1962, \u00ab <em>l&rsquo;Ange \u00e0 la fen\u00eatre d&rsquo;Occident<\/em> \u00bb, en 1963, \u00ab <em>la nuit de Walpurgis<\/em> \u00bb, \u00ab <em>le Dominicain blanc<\/em> \u00bb et, en 1964, \u00ab le <em>Visage vert<\/em> \u00bb. Ces \u00e9ditions \u00e9tant quasi introuvables, Stock republia \u00ab <em>le Golem<\/em> \u00bb en 1969, et Marabout reprit \u00ab <em>le Golem<\/em> \u00bb et \u00ab <em>la nuit de Walpurgis<\/em> \u00bb (1969 et 1973).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La mort violette Une nouvelle de Gustav Meyrink<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Traduction Arnold Waldstein<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab la Mort violette \u00bb fut publi\u00e9e pour la premi\u00e8re fois \u00e0 Leipzig en 1922. Elle fera d\u00e9couvrir un aspect, peu connu du grand public, de l&rsquo;\u0153uvre de Meyrink l&rsquo;humour noir, qu&rsquo;il manie \u00e0 merveille dans un grand nombre de nouvelles. Mais derri\u00e8re cette fable sarcastique, se devine un sens que Meyrink avait prodigieusement d\u00e9velopp\u00e9 : celui des forces de l&rsquo;invisible. Cette nouvelle est extraite d&rsquo;un recueil intitul\u00e9 \u00ab le Cor enchant\u00e9 du bourgeois allemand\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Tib\u00e9tain se tut.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sa maigre silhouette resta un instant immobile, puis il disparut dans la jungle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Sir Roger Thornton se mit \u00e0 contempler le feu : si l&rsquo;homme n&rsquo;avait pas \u00e9t\u00e9 un Sannyasin, un p\u00e9nitent qui faisait p\u00e8lerinage de B\u00e9nar\u00e8s, il n&rsquo;aurait pas cru un seul mot de ce qu&rsquo;il venait de lui raconter. Mais un Sannyasin ne peut ni mentir ni \u00eatre tromp\u00e9. Alors, que penser de cette expression fourbe, cruelle, sur le visage de l&rsquo;Asiatique ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ou \u00e9tait-ce simplement la lueur du feu qui se refl\u00e9tait si \u00e9trangement dans les yeux du Mongol ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les Tib\u00e9tains, songea-t-il, ha\u00efssent les Europ\u00e9ens et gardent jalousement leurs secrets magiques gr\u00e2ce auxquels ils esp\u00e8rent an\u00e9antir les orgueilleux \u00e9trangers quand l&rsquo;heure aura sonn\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Lui, Sir Hannibal Roger Thornton, se devait d&rsquo;aller voir de ses propres yeux si ce peuple insolite recelait des forces occultes. Mais pour cela, il lui fallait des compagnons, des gens courageux dont la volont\u00e9 ne faiblit pas, m\u00eame en pr\u00e9sence d&rsquo;une terreur inspir\u00e9e par un autre monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;Anglais consid\u00e9ra ses compagnons : l&rsquo;Afghan \u00e9tait bien un Asiatique, aussi t\u00e9m\u00e9raire qu&rsquo;un tigre, mais superstitieux. Restait donc son serviteur europ\u00e9en.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Sir Roger le toucha de sa canne. Pompeius Jaburek \u00e9tait sourd depuis l&rsquo;\u00e2ge de dix ans, mais il \u00e9tait capable de lire parfaitement sur les l\u00e8vres de quelqu&rsquo;un m\u00eame une langue \u00e9trang\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Sir Roger Thornton lui exposa clairement par gestes ce que le Tib\u00e9tain venait de lui apprendre : \u00e0 environ vingt jours de marche, dans une all\u00e9e himalayenne exactement situ\u00e9e, se trouvait une fort curieuse langue de terre : sur trois c\u00f4t\u00e9s, des parois rocheuses abruptes ; le seul passage \u00e9tait barr\u00e9 par des gaz empoisonn\u00e9s \u00e9manant du sol, qui tuaient imm\u00e9diatement tout \u00eatre vivant essayant d&rsquo;avancer. Au fond de la cavit\u00e9, sur le plateau dont l&rsquo;\u00e9tendue \u00e9tait d&rsquo;environ cinquante mille carr\u00e9s anglais, vivait une petite tribu apparent\u00e9e \u00e0 la race tib\u00e9taine ; les indig\u00e8nes portaient des coiffes pointues de couleur rouge et adoraient un \u00eatre satanique et cruel en forme de paon. Depuis des si\u00e8cles, cet \u00eatre diabolique leur avait enseign\u00e9 la magie noire et r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des secrets susceptibles de bouleverser un jour le monde entier ; c&rsquo;est ainsi que, notamment, il leur avait appris une suite de sons capables d&rsquo;an\u00e9antir l&rsquo;homme le plus fort en un instant. Pompeius sourit d&rsquo;un air sceptique. Sir Roger lui expliqua qu&rsquo;il avait l&rsquo;intention, \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un casque et d&rsquo;une bonbonne de scaphandrier remplie d&rsquo;air comprim\u00e9, de traverser la zone gazeuse et de p\u00e9n\u00e9trer dans le territoire interdit. Pompeius Jaburek fit un signe d&rsquo;assentiment et frotta ses mains sales l&rsquo;une contre l&rsquo;autre en signe de satisfaction.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Tib\u00e9tain n&rsquo;avait pas menti : l\u00e0, en contrebas, au sein de la v\u00e9g\u00e9tation luxuriante, s&rsquo;\u00e9tendait l&rsquo;\u00e9trange plateau : une ceinture de terre jaune-ocre,\u00a0 quasi d\u00e9sertique et large d&rsquo;environ deux kilom\u00e8tres, isolait l&rsquo;enclave du reste du monde. Le gaz qui sortait du sol \u00e9tait de l&rsquo;oxyde de carbone pur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Sir Roger Thornton se d\u00e9cida, apr\u00e8s avoir observ\u00e9 le plateau du haut d&rsquo;une colline, \u00e0 commencer l&rsquo;exp\u00e9dition d\u00e8s le lendemain matin. Les casques de scaphandrier qu&rsquo;il avait fait venir de Bombay s&rsquo;av\u00e9raient fonctionner parfaitement. Pompeius portait les deux carabines \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition et divers instruments que son ma\u00eetre avait jug\u00e9s indispensables.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;Afghan avait farouchement refus\u00e9 de les accompagner, attestant qu&rsquo;il \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 poursuivre un tigre jusque dans sa tani\u00e8re, mais regardait \u00e0 deux fois avant d&rsquo;oser faire la moindre chose qui p\u00fbt rejaillir sur son \u00e2me immortelle. Les deux Europ\u00e9ens furent donc les seuls qui os\u00e8rent s&rsquo;armer de courage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les scaphandres de cuivre \u00e9tincelaient au soleil et projetaient des ombres insolites sur le sol spongieux, d&rsquo;o\u00f9 sortaient des bulles innombrables et minuscules de gaz empoisonn\u00e9. Sir Roger avait adopt\u00e9 un pas tr\u00e8s rapide, pour que l&rsquo;air comprim\u00e9 suffise \u00e0 traverser la zone gazeuse. Tout lui semblait flou, comme vu \u00e0 travers une mince pellicule d&rsquo;eau. La lumi\u00e8re verte d&rsquo;un soleil fantomatique nimbait les lointains glaciers du \u00ab Toit du Monde \u00bb et de ses formes gigantesques : on e\u00fbt dit un \u00e9trange paysage fun\u00e8bre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9j\u00e0, il se trouvait avec Pompeius sur de l&rsquo;herbe fra\u00eeche, et il frotta une allumette pour s&rsquo;assurer de la pr\u00e9sence d&rsquo;air atmosph\u00e9rique \u00e0 tous les niveaux. Alors, tous deux enlev\u00e8rent casque et bonbonne. Derri\u00e8re eux, se dressait le mur de gaz, ondulant comme une masse d&rsquo;eau. Dans l&rsquo;air planait un parfum envo\u00fbtant, proche de celui de l&rsquo;ambre. Des papillons, grands comme une main, aux couleurs \u00e9clatantes et aux dessins \u00e9tranges, \u00e9taient pos\u00e9s les ailes ouvertes, tels des livres de magie, sur les fleurs immobiles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les deux hommes se mirent en marche, \u00e0 bonne distance l&rsquo;un de l&rsquo;autre, vers Pilot forestier qui leur bouchait la vue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Sir Roger fit un signe a son serviteur : il lui semblait avoir entendu un bruit. Pompeius pr\u00e9para son fusil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils contourn\u00e8rent la pointe de la for\u00eat et aper\u00e7urent une prairie. A moins d&rsquo;un quart de mille, une centaine d&rsquo;hommes, sans doute des Tib\u00e9tains, coiff\u00e9s de chapeaux rouges pointus, avaient form\u00e9 un demi-cercle : les intrus \u00e9taient attendus. Calmement, Sir Thornton se dirigea vers le groupe d&rsquo;hommes, Pompeius le suivant lat\u00e9ralement \u00e0 quelques pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les Tib\u00e9tains \u00e9taient v\u00eatus des habituelles peaux de mouton, mais avaient l&rsquo;air \u00e0 peine humains, tant leurs visages d\u00e9form\u00e9s par une expression de haine surhumaine \u00e9taient laids. Ils laiss\u00e8rent les deux hommes approcher, puis, sur un geste de leur chef, bref comme un \u00e9clair, ils lev\u00e8rent les mains vers le ciel et les press\u00e8rent \u00e9nergiquement contre leurs oreilles. En m\u00eame temps, ils cri\u00e8rent quelque chose de toutes leurs forces.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Interdit, Pompeius Jaburek se tourna vers son maitre et arma son fusil, car l&rsquo;\u00e9trange mouvement de foule lui semblait \u00eatre le signe d&rsquo;une attaque proche. Ce qu&rsquo;il vit alors lui figea le sang dans les veines.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Autour de son ma\u00eetre s&rsquo;\u00e9tait form\u00e9e une couche de gaz tourbillonnante, semblable \u00e0 celle qu&rsquo;ils venaient de traverser. La forme de Sir Roger perdit ses contours, comme effac\u00e9e par la spirale ; la t\u00eate devint pointue, toute la masse sembla fondre et se ramasser sur elle-m\u00eame, et, \u00e0 l&rsquo;endroit o\u00f9 quelques instants auparavant se trouvait encore le valeureux Anglais, il y avait maintenant une esp\u00e8ce de quille d&rsquo;un violet clair ayant la forme et la grosseur d&rsquo;un pain de sucre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e9sempar\u00e9 par sa surdit\u00e9, Pompeius entra dans une rage folle. Les Tib\u00e9tains criaient toujours, et il tenta d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment de lire sur leurs l\u00e8vres ce qu&rsquo;ils disaient.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;\u00e9tait le m\u00eame mot, sans cesse r\u00e9p\u00e9t\u00e9. Tout \u00e0 coup, le chef fit un signe ; ils se turent et baiss\u00e8rent les bras. Comme des panth\u00e8res, ils se pr\u00e9cipit\u00e8rent en direction de Pomp\u00e9ius qui se mit \u00e0 tirer avec sa carabine \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition, plongeant le groupe dans la stupeur. Instinctivement, il cria le mot qu&rsquo;il venait de d\u00e9chiffrer sur leurs l\u00e8vres : \u00ab H\u00eam\u00eal\u00ean H\u00ea-m\u00ea-l\u00ean !\u00a0\u00bb hurla-t-il, et les parois du gouffre r\u00e9percut\u00e8rent le cri avec une intensit\u00e9 terrifiante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il fut saisi par le vertige ; tout lui sembla vu \u00e0 travers de grosses lunettes, et la terre se mit \u00e0 tourner autour de lui. Cela ne dura qu&rsquo;un instant. Quand il recouvra une vue normale, les Tib\u00e9tains avaient disparu comme son ma\u00eetre ; devant lui, il n&rsquo;y avait plus que d&rsquo;innombrables pains de sucre violets, plant\u00e9s dans le sol.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le chef vivait encore. Ses jambes \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 transform\u00e9es en une bouillie bleu\u00e2tre, et le buste avait commenc\u00e9 aussi \u00e0 se ratatiner \u2014 comme si l&rsquo;homme avait \u00e9t\u00e9 dig\u00e9r\u00e9 tout entier par un \u00eatre invisible. Il ne portait pas de coiffe rouge, mais une sorte de mitre sur laquelle des yeux jaunes, vivants, bougeaient encore.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">De la crosse de sa carabine, Pompeius lui \u00e9crasa la t\u00eate, mais il ne put \u00e9viter qu&rsquo;au dernier moment le mourant le bless\u00e2t au pied d&rsquo;un coup de faucille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis il regarda autour de lui. Pas un seul \u00eatre vivant. Le parfum d&rsquo;ambre \u00e9tait devenu \u00e9touffant. Il semblait \u00e9maner des formes violettes. Pompeius s&rsquo;en approcha : elles \u00e9taient toutes identiques, compos\u00e9es de la m\u00eame mati\u00e8re g\u00e9latineuse de couleur mauve. Pas question de retrouver les restes de Sir Roger Thornton parmi ces pyramides violettes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Grin\u00e7ant des dents, Pompeius donna un coup de pied sur la face du chef tib\u00e9tain et reprit le m\u00eame chemin en sens inverse. Il apercevait d\u00e9j\u00e0 les casques de cuivre dans l&rsquo;herbe, \u00e9tincelant au soleil. Il emplit d&rsquo;air pur sa bonbonne de plongeur et p\u00e9n\u00e9tra dans la zone des gaz. Le chemin lui sembla interminable. De grosses larmes coulaient sur les joues du pauvre homme : \u00ab Mon Dieu ! mon Dieu ! mon ma\u00eetre est mort ! Mort, ici, au fin fond de l&rsquo;Inde ! \u00bb Les g\u00e9ants de glace de l&rsquo;Himalaya b\u00e2illaient vers le ciel ; que leur importait la douleur d&rsquo;un minuscule c\u0153ur humain battant \u00e0 tout rompre !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Pompeius Jaburek consigna fid\u00e8lement sur papier tout ce qui s&rsquo;\u00e9tait pass\u00e9 \u2014 car il n&rsquo;y comprenait toujours rien \u2014 et adressa son r\u00e9cit au secr\u00e9taire de son ma\u00eetre \u00e0 Bombay, au n\u00b0 17 de la rue Adheritollah. Ce fut l&rsquo;Afghan qui se chargea de le porter au destinataire. Puis Pompeius mourut, car la faucille du Tib\u00e9tain \u00e9tait empoisonn\u00e9e. \u00ab Il n&rsquo;y a de Dieu qu&rsquo;Allah et Mahomet est son proph\u00e8te \u00bb, r\u00e9cita pieusement l&rsquo;Afghan en touchant le sol de son front. Des chasseurs hindous couvrirent le cadavre de fleurs et le br\u00fbl\u00e8rent sur un b\u00fbcher sur\u00e9lev\u00e9 en psalmodiant des chants religieux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ah Murrad Bey, le secr\u00e9taire, devint livide en apprenant la terrible nouvelle ; aussit\u00f4t, il en envoya le r\u00e9cit \u00e9crit \u00e0 Indian Gazette \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Et le nouveau fl\u00e9au se r\u00e9pandit:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le lendemain, l&rsquo;\u00ab Indian Gazette \u00bb, qui devait publier l&rsquo;histoire du \u00ab cas Sir Roger Thornton \u00bb, parut trois heures plus tard que d&rsquo;habitude. La cause de ce retard \u00e9tait un \u00e9trange et terrifiant \u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mr Birendranath Naorodjee, le r\u00e9dacteur du journal, ainsi que deux collaborateurs, qui, chaque jour, \u00e0 minuit, parcouraient la gazette avec lui avant sa parution, avaient disparu du bureau, ferm\u00e9 de l&rsquo;int\u00e9rieur, sans laisser la moindre trace. A leur place, on ne trouva que trois cylindres g\u00e9latineux bleu\u00e2tres, r\u00e9unis autour du journal fra\u00eechement imprim\u00e9. La police n&rsquo;avait pas encore fini de r\u00e9diger, avec sa vanit\u00e9 et sa lourdeur coutumi\u00e8res, les premiers rapports, qu&rsquo;on signalait d\u00e9j\u00e0 d&rsquo;innombrables cas analogues.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce fut bient\u00f4t par dizaines que disparurent les lecteurs de journaux, gesticulant sous les yeux de la foule terroris\u00e9e qui se pressait dans les rues. D&rsquo;innombrables pyramides violettes encombraient les escaliers, les march\u00e9s, les ruelles, tous les endroits o\u00f9 se posait le regard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Au cr\u00e9puscule, la moiti\u00e9 de la population de Bombay avait disparu. L&rsquo;administration avait pris aussit\u00f4t des mesures sanitaires, fait fermer le port et interdit tout \u00e9change avec l&rsquo;ext\u00e9rieur, afin d&#8217;emp\u00eacher la propagation de la nouvelle \u00e9pid\u00e9mie \u2014 car il ne pouvait \u00e9videmment s&rsquo;agir que d&rsquo;une \u00e9pid\u00e9mie. Jour et nuit, le t\u00e9l\u00e9graphe et le t\u00e9l\u00e9phone envoy\u00e8rent dans le monde entier, mot pour mot, le terrible r\u00e9cit du \u00ab cas Sir Thornton \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">De tous les pays afflu\u00e8rent des messages de terreur annon\u00e7ant que \u00ab la mort violette \u00bb s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9clar\u00e9e presque partout en m\u00eame temps, et que la Terre risquait d&rsquo;\u00eatre d\u00e9cim\u00e9e par le fl\u00e9au. Le chaos s&rsquo;\u00e9tait install\u00e9 partout et le monde civilis\u00e9 ressemblait \u00e0 une \u00e9norme termiti\u00e8re dans laquelle un paysan aurait introduit sa pipe allum\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">En Allemagne, l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie \u00e9clata d&rsquo;abord \u00e0 Hambourg ; l&rsquo;Autriche, o\u00f9 l&rsquo;on ne lit que des nouvelles locales, fut \u00e9pargn\u00e9e pendant quelques semaines.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le premier cas signal\u00e9 \u00e0 Hambourg fut particuli\u00e8rement \u00e9mouvant. Le pasteur St\u00fchlken, rendu presque sourd par son \u00e2ge respectable, prenait son petit d\u00e9jeuner avec sa famille Theobald, son a\u00een\u00e9, avec sa longue pipe d&rsquo;\u00e9tudiant, Jette, sa fid\u00e8le \u00e9pouse, Minchen, Tinchen, etc., tous \u00e9taient l\u00e0. Le vieil homme venait d&rsquo;ouvrir un journal anglais et lisait aux siens le r\u00e9cit du \u00ab cas Sir Roger Thornton \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il avait \u00e0 peine d\u00e9pass\u00e9 le mot \u00ab H\u00eam\u00eal\u00ean \u00bb et bu une gorg\u00e9e de caf\u00e9 pour se r\u00e9conforter qu&rsquo;il constata avec horreur qu&rsquo;il n&rsquo;y avait plus autour de lui que des c\u00f4nes violets pos\u00e9s sur les chaises. Dans \u00a0l&rsquo;un d&rsquo;entre eux \u00e9tait encore plant\u00e9e une pipe d&rsquo;\u00e9tudiant. Les quatorze \u00e2mes avaient \u00e9t\u00e9 rappel\u00e9es aupr\u00e8s du Seigneur. Le saint homme en tomba \u00e9vanoui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Une semaine plus tard, plus de la moiti\u00e9 de l&rsquo;humanit\u00e9 avait d\u00e9j\u00e0 disparu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est \u00e0 un savant allemand qu&rsquo;il f\u00fbt donn\u00e9 d&rsquo;apporter au moins un peu de lumi\u00e8re sur ces \u00e9v\u00e9nements. Le fait que les sourds et les sourds-muets avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9s par l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie lui donna fort justement l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il s&rsquo;agissait l\u00e0 d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne purement acoustique. Dans la retraite de son cabinet de travail, il r\u00e9digea un long discours scientifique et en annon\u00e7a la lecture publique avec quelques slogans publicitaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">En gros, son explication du ph\u00e9nom\u00e8ne se r\u00e9f\u00e9rait \u00e0 quelques \u00e9crits religieux hindous presque inconnus, qui indiquaient une m\u00e9thode pour provoquer des tourbillons astraux et fluidiques en pronon\u00e7ant certains mots et formules secr\u00e8tes, et il appuyait ces explications en les comparant aux exp\u00e9riences les plus modernes dans le domaine des vibrations et de la lumi\u00e8re irradiante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il tint cette conf\u00e9rence \u00e0 Berlin, et il lui fallut un porte-voix pour lire les phrases interminables de son manuscrit, tant le public \u00e9tait venu nombreux. Ce m\u00e9morable discours se termina par ces mots lapidaires : \u00ab Allez chez un oto-rhino-laryngologiste, demandez-lui de vous rendre sourds, et gardez-vous bien de prononcer le mot H\u00eam\u00eal\u00ean\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Une seconde plus tard, le savant et son auditoire n&rsquo;\u00e9taient plus que des cylindres g\u00e9latineux sans vie. Mais le manuscrit restait ; il fut bient\u00f4t connu, appliqu\u00e9, et pr\u00e9serva l&rsquo;humanit\u00e9 de l&rsquo;an\u00e9antissement total.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelques d\u00e9cennies apr\u00e8s, vers 1950 (?), une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de sourds-muets peupla la terre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u0153urs et coutumes diff\u00e9rentes. Rang social et biens boulevers\u00e9s. Le monde est dirig\u00e9 par un sp\u00e9cialiste des oreilles. Les manuscrits alchimiques ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9truits ; Mozart, Beethoven et Wagner sont tomb\u00e9s en d\u00e9su\u00e9tude, de m\u00eame qu&rsquo;Albert le Grand et Bombastus Paracelsus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les salles de torture des mus\u00e9es, on peut voir \u00e7\u00e0 et l\u00e0, quelques vieux pianos empoussi\u00e9r\u00e9s exhiber leurs dents jaun\u00e2tres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Post-scriptum de l&rsquo;auteur : le lecteur prendra garde de ne pas prononcer \u00e0 haute voix le mot \u00ab H\u00eam\u00eal\u00ean \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<hr style=\"text-align: justify;\" size=\"1\" \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> En feuilleton. En 1915 en librairie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Bien qu&rsquo;adversaire des th\u00e9osophistes, Bo Yin Ra se r\u00e9clamait d&rsquo;une Grande Loge blanche veillant sur la destin\u00e9e spirituelle des hommes avertis.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En 1868, Gustav Meyrink na\u00eet \u00e0 Vienne. C&rsquo;est le fils naturel du ministre d&rsquo;\u00c9tat du Wurtemberg, le baron Karl von Varnb\u00fcler, sexag\u00e9naire, et de Maria Meyer, une jeune actrice contre laquelle Gustav Meyrink \u00e9prouvera longtemps une haine tenace. Il n&rsquo;abandonnera son nom de Gustav Meyer pour choisir son pseudonyme que beaucoup plus tard : c&rsquo;est le patronyme d&rsquo;un officier saxon du XVIIe si\u00e8cle, anc\u00eatre de sa m\u00e8re. Apr\u00e8s avoir \u00e9tudi\u00e9 \u00e0 Hambourg, Gustav Meyrink se rend tr\u00e8s vite \u00e0 Prague, o\u00f9 il est l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve d&rsquo;une Acad\u00e9mie commerciale. Puis il fonde la banque Meyer et Morgenstern. A cette \u00e9poque, il se consacre au jeu d&rsquo;\u00e9checs, au canotage et aux intrigues amoureuses. Apr\u00e8s quelques d\u00e9sordres sentimentaux, il d\u00e9cide de mettre fin \u00e0 ses jours. C&rsquo;est alors qu&rsquo;il d\u00e9couvre brusquement l&rsquo;occultisme qui le captive. Il s&rsquo;y consacrera totalement pendant des mois. Puis il d\u00e9masque les faux m\u00e9diums et les charlatans qui pullulent \u00e0 Prague et commence \u00e0 s&rsquo;int\u00e9resser au yoga et \u00e0 l&rsquo;alchimie. Toutefois, il continue \u00e0 cultiver son propre don de voyance. Il exp\u00e9rimente avec prudence certaines drogues hallucinog\u00e8nes, mais il s&rsquo;en d\u00e9tourne bient\u00f4t pour participer \u00e0 la cr\u00e9ation, en 1891, d&rsquo;une loge th\u00e9osophique : l&rsquo;\u00c9toile bleue.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[558],"tags":[579],"class_list":["post-3711","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-portrait","tag-meyrink"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.0 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Un prospecteur de l&#039;invisible : Gustav Meyrink par Georges Diagerine - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-prospecteur-de-linvisible-gustav-meyrink-par-georges-diagerine\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Un prospecteur de l&#039;invisible : Gustav Meyrink par Georges Diagerine - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"En 1868, Gustav Meyrink na\u00eet \u00e0 Vienne. C&#039;est le fils naturel du ministre d&#039;\u00c9tat du Wurtemberg, le baron Karl von Varnb\u00fcler, sexag\u00e9naire, et de Maria Meyer, une jeune actrice contre laquelle Gustav Meyrink \u00e9prouvera longtemps une haine tenace. Il n&#039;abandonnera son nom de Gustav Meyer pour choisir son pseudonyme que beaucoup plus tard : c&#039;est le patronyme d&#039;un officier saxon du XVIIe si\u00e8cle, anc\u00eatre de sa m\u00e8re. Apr\u00e8s avoir \u00e9tudi\u00e9 \u00e0 Hambourg, Gustav Meyrink se rend tr\u00e8s vite \u00e0 Prague, o\u00f9 il est l&#039;\u00e9l\u00e8ve d&#039;une Acad\u00e9mie commerciale. Puis il fonde la banque Meyer et Morgenstern. A cette \u00e9poque, il se consacre au jeu d&#039;\u00e9checs, au canotage et aux intrigues amoureuses. Apr\u00e8s quelques d\u00e9sordres sentimentaux, il d\u00e9cide de mettre fin \u00e0 ses jours. C&#039;est alors qu&#039;il d\u00e9couvre brusquement l&#039;occultisme qui le captive. Il s&#039;y consacrera totalement pendant des mois. Puis il d\u00e9masque les faux m\u00e9diums et les charlatans qui pullulent \u00e0 Prague et commence \u00e0 s&#039;int\u00e9resser au yoga et \u00e0 l&#039;alchimie. Toutefois, il continue \u00e0 cultiver son propre don de voyance. Il exp\u00e9rimente avec prudence certaines drogues hallucinog\u00e8nes, mais il s&#039;en d\u00e9tourne bient\u00f4t pour participer \u00e0 la cr\u00e9ation, en 1891, d&#039;une loge th\u00e9osophique : l&#039;\u00c9toile bleue.\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-prospecteur-de-linvisible-gustav-meyrink-par-georges-diagerine\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2010-06-12T13:31:21+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2011-10-08T22:40:30+00:00\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"3e mill\u00e9naire\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"3e mill\u00e9naire\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"21 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"Article\",\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-prospecteur-de-linvisible-gustav-meyrink-par-georges-diagerine\/#article\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-prospecteur-de-linvisible-gustav-meyrink-par-georges-diagerine\/\"},\"author\":{\"name\":\"3e mill\u00e9naire\",\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5\"},\"headline\":\"Un prospecteur de l&rsquo;invisible : Gustav Meyrink par Georges Diagerine\",\"datePublished\":\"2010-06-12T13:31:21+00:00\",\"dateModified\":\"2011-10-08T22:40:30+00:00\",\"mainEntityOfPage\":{\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-prospecteur-de-linvisible-gustav-meyrink-par-georges-diagerine\/\"},\"wordCount\":4307,\"keywords\":[\"Meyrink\"],\"articleSection\":[\"Portrait\"],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-prospecteur-de-linvisible-gustav-meyrink-par-georges-diagerine\/\",\"url\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-prospecteur-de-linvisible-gustav-meyrink-par-georges-diagerine\/\",\"name\":\"Un prospecteur de l'invisible : Gustav Meyrink par Georges Diagerine - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#website\"},\"datePublished\":\"2010-06-12T13:31:21+00:00\",\"dateModified\":\"2011-10-08T22:40:30+00:00\",\"author\":{\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5\"},\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-prospecteur-de-linvisible-gustav-meyrink-par-georges-diagerine\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-prospecteur-de-linvisible-gustav-meyrink-par-georges-diagerine\/\"]}]},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-prospecteur-de-linvisible-gustav-meyrink-par-georges-diagerine\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Un prospecteur de l&rsquo;invisible : Gustav Meyrink par Georges Diagerine\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#website\",\"url\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/\",\"name\":\"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\",\"description\":\"L&#039;Homme en devenir\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5\",\"name\":\"3e mill\u00e9naire\",\"url\":\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/author\/admin\/\"}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Un prospecteur de l'invisible : Gustav Meyrink par Georges Diagerine - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-prospecteur-de-linvisible-gustav-meyrink-par-georges-diagerine\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Un prospecteur de l'invisible : Gustav Meyrink par Georges Diagerine - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","og_description":"En 1868, Gustav Meyrink na\u00eet \u00e0 Vienne. C'est le fils naturel du ministre d'\u00c9tat du Wurtemberg, le baron Karl von Varnb\u00fcler, sexag\u00e9naire, et de Maria Meyer, une jeune actrice contre laquelle Gustav Meyrink \u00e9prouvera longtemps une haine tenace. Il n'abandonnera son nom de Gustav Meyer pour choisir son pseudonyme que beaucoup plus tard : c'est le patronyme d'un officier saxon du XVIIe si\u00e8cle, anc\u00eatre de sa m\u00e8re. Apr\u00e8s avoir \u00e9tudi\u00e9 \u00e0 Hambourg, Gustav Meyrink se rend tr\u00e8s vite \u00e0 Prague, o\u00f9 il est l'\u00e9l\u00e8ve d'une Acad\u00e9mie commerciale. Puis il fonde la banque Meyer et Morgenstern. A cette \u00e9poque, il se consacre au jeu d'\u00e9checs, au canotage et aux intrigues amoureuses. Apr\u00e8s quelques d\u00e9sordres sentimentaux, il d\u00e9cide de mettre fin \u00e0 ses jours. C'est alors qu'il d\u00e9couvre brusquement l'occultisme qui le captive. Il s'y consacrera totalement pendant des mois. Puis il d\u00e9masque les faux m\u00e9diums et les charlatans qui pullulent \u00e0 Prague et commence \u00e0 s'int\u00e9resser au yoga et \u00e0 l'alchimie. Toutefois, il continue \u00e0 cultiver son propre don de voyance. Il exp\u00e9rimente avec prudence certaines drogues hallucinog\u00e8nes, mais il s'en d\u00e9tourne bient\u00f4t pour participer \u00e0 la cr\u00e9ation, en 1891, d'une loge th\u00e9osophique : l'\u00c9toile bleue.","og_url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-prospecteur-de-linvisible-gustav-meyrink-par-georges-diagerine\/","og_site_name":"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","article_published_time":"2010-06-12T13:31:21+00:00","article_modified_time":"2011-10-08T22:40:30+00:00","author":"3e mill\u00e9naire","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"3e mill\u00e9naire","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"21 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"Article","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-prospecteur-de-linvisible-gustav-meyrink-par-georges-diagerine\/#article","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-prospecteur-de-linvisible-gustav-meyrink-par-georges-diagerine\/"},"author":{"name":"3e mill\u00e9naire","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5"},"headline":"Un prospecteur de l&rsquo;invisible : Gustav Meyrink par Georges Diagerine","datePublished":"2010-06-12T13:31:21+00:00","dateModified":"2011-10-08T22:40:30+00:00","mainEntityOfPage":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-prospecteur-de-linvisible-gustav-meyrink-par-georges-diagerine\/"},"wordCount":4307,"keywords":["Meyrink"],"articleSection":["Portrait"],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-prospecteur-de-linvisible-gustav-meyrink-par-georges-diagerine\/","url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-prospecteur-de-linvisible-gustav-meyrink-par-georges-diagerine\/","name":"Un prospecteur de l'invisible : Gustav Meyrink par Georges Diagerine - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#website"},"datePublished":"2010-06-12T13:31:21+00:00","dateModified":"2011-10-08T22:40:30+00:00","author":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5"},"breadcrumb":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-prospecteur-de-linvisible-gustav-meyrink-par-georges-diagerine\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-prospecteur-de-linvisible-gustav-meyrink-par-georges-diagerine\/"]}]},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-prospecteur-de-linvisible-gustav-meyrink-par-georges-diagerine\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Un prospecteur de l&rsquo;invisible : Gustav Meyrink par Georges Diagerine"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#website","url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/","name":"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","description":"L&#039;Homme en devenir","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5","name":"3e mill\u00e9naire","url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/author\/admin\/"}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3711","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3711"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3711\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3711"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3711"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3711"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}