{"id":3797,"date":"2010-06-29T00:07:55","date_gmt":"2010-06-28T23:07:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=3797"},"modified":"2011-10-02T15:25:49","modified_gmt":"2011-10-02T14:25:49","slug":"au-xixe-siecle-quelques-decouvreurs-de-lorient-par-micheline-flak","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/au-xixe-siecle-quelques-decouvreurs-de-lorient-par-micheline-flak\/","title":{"rendered":"Au XIXe si\u00e8cle : Quelques d\u00e9couvreurs de l&rsquo;orient par Micheline Flak"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">(Revue \u00c9nergie Vital. No 12. Juillet-Ao\u00fbt 1982)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">Pendant que se mettaient en place les ph\u00e9nom\u00e8nes avant-coureurs de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, un autre \u00e9v\u00e8nement de taille se faisait jour qui touchait au c\u0153ur notre civilisation toute enti\u00e8re : c&rsquo;\u00e9tait la d\u00e9couverte des \u00e9critures sacr\u00e9es de l&rsquo;Orient.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\"><strong>Une cascade de richesses<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">En janvier 1784, fut fond\u00e9e par les Anglais, alors ma\u00eetres de l&rsquo;Inde, la Soci\u00e9t\u00e9 Asiatique de Calcutta. Sa fonction \u00e9tait de rassembler et de traduire les \u0153uvres majeures de l&rsquo;Orient. Fort bien guid\u00e9s, semble-t-il, par les pandits du Bengale, les membres de la toute jeune Association choisirent d&rsquo;abord pour cible la Bhagavad G\u00eeta. Rien moins que ce joyau au c\u0153ur du Mahabharata. La traduction anglaise, la premi\u00e8re dans une langue europ\u00e9enne, \u00e9tait de Charles Wilkins. Elle parut en novembre 1784.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">La carri\u00e8re de la Soci\u00e9t\u00e9 de Calcutta commen\u00e7ait de main de ma\u00eetre. Du coup, de grands textes persans, chinois, arabes et \u00e9gyptiens suivirent de pr\u00e8s les publications indiennes. L&rsquo;accueil de l&rsquo;\u00e9lite occidentale r\u00e9pondit d&rsquo;enthousiasme \u00e0 ces initiatives. On d\u00e9couvrit que l&rsquo;Asie n&rsquo;\u00e9tait pas comme on s&rsquo;\u00e9tait trop plu \u00e0 le croire \u2014 dans la lumi\u00e8re crue de la culture dominante \u2014 un monde inqui\u00e9tant de fakirs, d&rsquo;Infid\u00e8les, de pagodes et d&rsquo;ignobles Moghols, mais une cascade de richesses qui jetait ses clart\u00e9s iris\u00e9es sur notre propre culture et sur nos plus anciennes traditions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le sanscrit apparut comme le v\u00e9hicule d&rsquo;une haute cosmogonie certes, mais aussi comme la racine commune d&rsquo;o\u00f9 avaient surgi les idiomes majeurs de l&rsquo;Europe. Et cette langue-m\u00e8re se pr\u00eatait \u00e0 tous les raffinements du romanesque. Telle l&rsquo;histoire touchante de Sakountala traduit par le c\u00e9l\u00e8bre orientaliste William Jones. Elle ne connut pas moins de cinq r\u00e9\u00e9ditions de 1790 \u00e0 1807 dans la seule Angleterre. L&rsquo;Europe s&#8217;emballa. Reyer en fit la musique d&rsquo;un ballet d&rsquo;Op\u00e9ra<sup><a href=\"#sdfootnote1sym\"><sup>1<\/sup><\/a><\/sup>. Le mouvement romantique s&rsquo;amplifiait partout des harmonies du g\u00e9nie oriental.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\"><strong>Le choc de deux cultures<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\">On se souvint de la secte des gymnosophes ou \u00ab sages nus \u00bb qui avait tant intrigu\u00e9 et subjugu\u00e9 Alexandre le Conqu\u00e9rant et ses amis. On se rappela la conversation qu&rsquo;eut Onecritus avec Dandamis, le ma\u00eetre indien. Interrog\u00e9 sur ce qu&rsquo;il pensait de Pythagore, Socrate et Diog\u00e8ne, et de leurs doctrines, Dandamis avait r\u00e9pondu que \u00ab ces grands homes lui apparaissaient comme dou\u00e9s de g\u00e9nie mais qu&rsquo;ils avaient v\u00e9cu un peu trop passivement dans le sein des lois \u00bb. Un reproche qu&rsquo;encourent encore bien plus la plupart des penseurs du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle dont la philosophie ronronne sans fin dans les limites \u00e9troites du social et du politique, sans aucun refuge dans l&rsquo;Inconditionn\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">Le souffle des for\u00eats intemporelles, o\u00f9 les sages de l&rsquo;Inde et de la Perse avaient eu leurs visions, passa avec plus ou moins de force au travers des grandes \u0153uvres romantiques : celles de Woodsworth, Coleridge et Carlyle en Angleterre, Goethe, Schelling, Novalis et Schopenhauer en Allemagne, Lamartine, Hugo et Michelet sans oublier Nerval chez nous. Elles ont \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment influenc\u00e9es par cette aurore des premiers \u00e2ges.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais c&rsquo;est peut-\u00eatre aux \u00c9tats-Unis que la rencontre avec l&rsquo;Orient jeta ses feux les plus purs. L\u00e0, Emerson, chef de file de l&rsquo;\u00e9cole transcendentaliste, aper\u00e7ut dans toute son ampleur la dimension neuve que la pens\u00e9e orientale donnait aux mots \u00ab Esprit \u00bb et \u00ab Religion \u00bb. Nous reviendrons un peu plus tard sur le r\u00f4le de l&rsquo;Am\u00e9rique. Qu&rsquo;il nous suffise de dire ici que ces d\u00e9couvreurs de l&rsquo;Orient, qu&rsquo;ils fussent po\u00e8tes, penseurs philologues, ou simplement sp\u00e9cialistes des litt\u00e9ratures diverses de la Perse, de la Chine, de l&rsquo;\u00c9gypte ou de l&rsquo;Inde, ne mirent pas dans la balance leur seul intellect. Beaucoup s&rsquo;engag\u00e8rent avec une passion qui transforma leur recherche en destin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\"><strong>Sur les pas de Zoroastre : Anquetil Duperron<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Prenons l&rsquo;exemple d&rsquo;Abraham-Hyacinthe Anquetil Duperron, l&rsquo;un des plus grands pr\u00e9curseurs et artisans de \u00ab la Renaissance Orientale<sup><a href=\"#sdfootnote2sym\"><sup>2<\/sup><\/a><\/sup> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">Rien ne destinait apparemment ce Parisien n\u00e9 en 1731 \u00e0 partir pour l&rsquo;Inde. Mais \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 23 ans, voil\u00e0 qu&rsquo;il tombe un jour dans une biblioth\u00e8que sur quatre feuillets couverts d&rsquo;une \u00e9criture inconnue d&rsquo;origine perse. C&rsquo;\u00e9tait le d\u00e9calque d&rsquo;un original d\u00e9pos\u00e9 \u00e0 Oxford par un voyageur anglais. Fascin\u00e9 par ces signes, Anquetil qui conna\u00eet bien le grec, le latin et l&rsquo;h\u00e9breu, d\u00e9cide en 1754 d&rsquo;aller chercher sur place le document complet : le livre sacr\u00e9 de Zoroastre ! L&rsquo;\u00e9tonnant, c&rsquo;est qu&rsquo;il y r\u00e9ussit. Il nous donne dans la Pr\u00e9face du Zend-Avesta, qu&rsquo;il publia en 1771, un aper\u00e7u de la foi qui sous-tendait sa qu\u00eate : \u00ab On a mesur\u00e9 les astres, sond\u00e9 les ab\u00eemes de la mer, parcouru toute l&rsquo;\u00e9tendue du globe et d\u00e9termin\u00e9 sa forme ; on a surpris le secret de la nature dans ses productions, dans les lois qui r\u00e8glent son cours. Tout cela est pour l&rsquo;homme, et l&rsquo;homme est ignor\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">Il nous conte comment il alla trouver l&rsquo;officier charg\u00e9 de former les recrues pour la Compagnie des Indes et le supplia de l&#8217;embarquer comme soldat. Ce serait une belle sc\u00e8ne pour un cin\u00e9aste ! On comprend les h\u00e9sitations du Commandant qui, finalement, se laissa \u00e9mouvoir. Anquetil raconte : \u00ab J&rsquo;avais pour tout bagage deux chemises, deux mouchoirs, une paire de bas, un \u00e9tui de math\u00e9matiques et une Bible h\u00e9bra\u00efque \u00bb. Curieux attirail pour un guerrier au long cours !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">Arriv\u00e9 \u00e0 Pondich\u00e9ry, il dut surmonter les pires difficult\u00e9s \u00e0 cause des batailles que se livraient dans ces parages l&rsquo;Angleterre et la France. De p\u00e9rip\u00e9ties en p\u00e9rip\u00e9ties, il vient \u00e0 bout de tous les obstacles et en 1758 arrive \u00e0 Surate o\u00f9 il acquiert la confiance et la langue des destours Parsis, et trouve en Darab son ma\u00eetre. C&rsquo;est ce dernier qui l&rsquo;initie \u00e0 l&rsquo;antique langue Zend et aux myst\u00e8res du culte du Feu. Sa \u00ab route des \u00e9pices \u00bb l&rsquo;avaient rendu d\u00e9positaire d&rsquo;une collection de 180 manuscrits.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">De retour \u00e0 Paris, il les d\u00e9pose tous le 15 mars 1762 \u00e0 la Biblioth\u00e8que du Roi. On a beau l&rsquo;accuser d&rsquo;\u00eatre un faussaire, il entame avec confiance son immense travail. La grande aventure se poursuit, soutenue par une \u00e9nergie et une rigueur morale sans faille. Elles sont en harmonie avec les \u0153uvres qu&rsquo;il d\u00e9chiffre. \u00ab Je revins en 1762 plus pauvre que lorsque je partis. J&rsquo;\u00e9tais riche en connaissances que ma jeunesse me laissait le temps de r\u00e9diger \u00e0 loisir et c&rsquo;\u00e9tait toute la fortune que j&rsquo;\u00e9tais all\u00e9 chercher en Inde. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s le <em>Zend-Avesta<\/em>, il publie en 1786-1787 quatre Upanishads contenues dans son ouvrage \u00ab <em>Recherches sur l&rsquo;Inde<\/em> \u00bb et cinquante autres sous le \u00ab Oupnek&rsquo;hat \u00bb en 1801&#8230; en traduction latine !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">D&rsquo;une aust\u00e9rit\u00e9 \u00e9tonnante, il s&rsquo;exerce \u00e0 vivre dans un d\u00e9nuement volontaire et refuse les pensions que le Roi, puis l&rsquo;Empereur lui offrent, de peur d&rsquo;\u00eatre trop riche ! Il meurt en asc\u00e8te en 1805. Sa pens\u00e9e et sa vie avaient \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9es par les sages qu&rsquo;il avait fr\u00e9quent\u00e9s dans ses voyages et dans les livres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\"><strong>L&rsquo;\u00e8re des grands savants<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">On retrouve cette m\u00eame exigence morale chez un autre grand chercheur, Sylvestre de Sacy, dont les cours \u00e0 l&rsquo;\u00c9cole des Langues orientales \u00e9taient suivis par toute l&rsquo;Europe et qui refusera de pr\u00eater le serment de haine contre la Royaut\u00e9 r\u00e9clam\u00e9 \u00e0 tous les fonctionnaires par le Gouvernement du Directoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">On retrouve chez lui, comme chez Anquetil, l&rsquo;impressionnante volont\u00e9 de servir la science tout en ob\u00e9issant \u00e0 sa conscience.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">C&rsquo;est \u00e0 Antoine-L\u00e9onard de Ch\u00e9zy que revient l&rsquo;honneur, en 1814, d&rsquo;avoir cr\u00e9\u00e9 la premi\u00e8re chaire de sanscrit en Europe. Ch\u00e9zy professait les affinit\u00e9s des langues celtique et germanique avec le sanscrit. \u00c9mile Burnouf, c\u00e9l\u00e8bre hell\u00e9niste et latiniste de l&rsquo;\u00e9poque, suivait ses cours avec son fils Eug\u00e8ne. Ce dernier fut \u00ab le grand Burnouf \u00bb dont les travaux devaient \u00e9blouir tous les orientalistes de l&rsquo;\u00e9poque. Chez lui, le lien entre la philosophie grecque et l&rsquo;Orient sembla avoir \u00e9t\u00e9 clairement per\u00e7u. H\u00e9ritant de la chaire de sanscrit de de Ch\u00e9zy, il affirmait aussi qu&rsquo;\u00ab il n&rsquo;\u00e9tait plus possible d\u00e9sormais de faire une \u00e9tude du latin et du grec sans remonter jusqu&rsquo;au sanscrit \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">Reprenant les travaux d&rsquo;Anquetil, il \u00e9tablit l&rsquo;identit\u00e9 d&rsquo;origine entre le Zend et le sanscrit. Sa m\u00e9thode de travail \u00e9tait remarquable. Il recherchait \u00e0 la trace les radicaux des vocables inconnus dans les Vedas, le Grec, le Latin et jusque dans les idiomes germaniques. En \u00e9laguant les lettres et les suffixes et en raisonnant par analogie, il arriva \u00e0 recomposer la langue morte dont il fit pour son usage un dictionnaire et une grammaire. Il avait 32 ans et devait un peu plus tard d\u00e9chiffrer les inscriptions de Pers\u00e9polis et Hamadan.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce Champollion du Zend et du P\u00e2li s&rsquo;est gagn\u00e9 la reconnaissance de tous les Bouddhistes pour avoir publi\u00e9 en 1852 \u00ab <em>Le Lotus de la Bonne Loi<\/em> \u00bb. Les d\u00e9vots de Krishna se souviendront aussi qu&rsquo;il fut le premier traducteur europ\u00e9en du <em>Bhagavad Purana<\/em> qui relate l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e de ce Dieu hindou.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">On ne s&rsquo;\u00e9tonne pas que de telles figures aient pu para\u00eetre en Inde m\u00eame avec l&rsquo;autorit\u00e9 des ma\u00eetres et on raconte que lors d&rsquo;une dispute religieuse, des brahmanes de Bombay appuy\u00e8rent leurs arguments sur les commentaires du Ya\u00e7na que Burnouf avait donn\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">Dans sa le\u00e7on inaugurale au Coll\u00e8ge de France, il s&rsquo;\u00e9criait : \u00ab C&rsquo;est l&rsquo;Inde avec sa philosophie et ses mythes, sa litt\u00e9rature et ses lois que nous \u00e9tudierons dans sa langue. C&rsquo;est plus que l&rsquo;Inde. C&rsquo;est une page des origines du monde, de l&rsquo;histoire primitive de l&rsquo;esprit humain que nous essaierons de d\u00e9chiffrer ensemble. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne s&rsquo;\u00e9tonne pas que pour lui la philologie ait \u00e9t\u00e9 ins\u00e9parable de la philosophie. C&rsquo;est justice que nous rendions hommage \u00e0 de tels pionniers. Tous, parmi les orientalistes du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, n&rsquo;ont pas eu l&rsquo;esprit dou\u00e9 d&rsquo;une telle ouverture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\"><strong>La peur du nouveau<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Certains allaient \u00e0 ces textes avec un point de vue born\u00e9 tel ce Barth\u00e9l\u00e9my Saint Hilaire pour qui \u00ab le Bouddha a \u00e9t\u00e9 un de ces penseurs na\u00effs et aveugles&#8230; qui se perdent dans leur propre pens\u00e9e, faute d&rsquo;en approfondir suffisamment le principe<sup><a href=\"#sdfootnote3sym\"><sup>3<\/sup><\/a><\/sup> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est le m\u00eame qui commentant le Samkhya Karika \u00e9mettait sur la doctrine expos\u00e9e dans ce grand texte un jugement cat\u00e9gorique : \u00ab Nous la condamnons sans r\u00e9serve<sup><a href=\"#sdfootnote4sym\"><sup>4<\/sup><\/a><\/sup> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">On trouve l\u00e0 en effet l&rsquo;expression extr\u00eame d&rsquo;une attitude assez g\u00e9n\u00e9rale face \u00e0 la nouveaut\u00e9. Il est souvent arriv\u00e9, sauf chez les plus grands, que les \u00e9critures sacr\u00e9es n&rsquo;aient \u00e9t\u00e9 appr\u00e9ci\u00e9es que dans la mesure o\u00f9 elles corroboraient un certain id\u00e9alisme chr\u00e9tien. Les \u00ab darshans \u00bb, les \u00ab points de vue \u00bb qui \u2014 comme le Samkhya \u2014 laissaient supposer la possibilit\u00e9 de techniques d&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la transcendance par les moyens psycho-physiques \u00ab ici et maintenant \u00bb \u2014 c&rsquo;est-\u00e0-dire par le yoga \u2014 pouvaient-ils vraiment \u00eatre compris ? De telles perspectives n&rsquo;entraient pas dans le sch\u00e9ma mental des penseurs de l&rsquo;\u00e9poque. L&rsquo;Europe n&rsquo;\u00e9tait pas vraiment pr\u00eate \u00e0 \u00ab lib\u00e9raliser la foi \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\"><strong>L&rsquo;avance am\u00e9ricaine : Emerson et Thoreau<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Aussi le yoga trouva-t-il son seul \u00e9cho dans le terroir yankee sinon d\u00e9gag\u00e9, du moins plus libre des pr\u00e9jug\u00e9s de la culture jud\u00e9o-chr\u00e9tienne. Au village de Concord, centre du transcendantalisme am\u00e9ricain, affluaient en pleine p\u00e9riode de la conqu\u00eate de l&rsquo;Ouest, toutes les productions de l&rsquo;Est lointain, que ce f\u00fbt en anglais, en fran\u00e7ais ou en allemand, Emerson se les faisait r\u00e9guli\u00e8rement envoyer par ses correspondants internationaux. Aussi Thoreau, lecteur vorace et attentif, peut-il \u00e9crire : \u00ab Il serait digne de notre \u00e9poque de collectionner et de publier ensemble les \u00e9critures sacr\u00e9es de toutes les nations, les chinoises, hindoues, perses, h\u00e9bra\u00efques et autres pour en faire l&rsquo;\u00e9criture sacr\u00e9e de l&rsquo;Humanit\u00e9&#8230; Une telle juxtaposition inviterait \u00e0 comparer et \u00e0 lib\u00e9raliser la foi humaine. C&rsquo;est un travail que le temps r\u00e9digera sans doute et qui sera le plus beau fleuron de l&rsquo;imprimerie. Ce sera la Bible, le Livre des Livres que les missionnaires pourront emporter aux confins de la terre<sup><a href=\"#sdfootnote5sym\"><sup>5<\/sup><\/a><\/sup> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Une telle vision couronne sans aucune doute la d\u00e9couverte de l&rsquo;Orient au si\u00e8cle dernier. Cela explique que l&rsquo;Am\u00e9rique \u00e0 la fin du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle ait \u00e9t\u00e9 le terrain choisi pour le fameux Congr\u00e8s des Religions. C&rsquo;est \u00e0 Chicago en 1893 que Swami Vivekananda, mandat\u00e9 par son ma\u00eetre Ramakrishna, vient apporter le message vivant des Vedas et des Yogas, le premier d&rsquo;une lign\u00e9e de ma\u00eetres charg\u00e9s d&rsquo;unir l&rsquo;Orient \u00e0 l&rsquo;Occident.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">Pour les chercheurs de vraie vie que furent les gens de Concord, l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement spirituel suscit\u00e9 par les grands textes signifiait une remise en question des vieux syst\u00e8mes de pens\u00e9e et une r\u00e9int\u00e9gration du sacr\u00e9 dans la vie quotidienne. En pleine p\u00e9riode de \u00ab Ru\u00e9e vers l&rsquo;Or \u00bb, Thoreau opte sans h\u00e9siter pour les richesses du dedans. Il fait de sa vie un embarcad\u00e8re pour les continents inexplor\u00e9s \u2014 cet inconscient que nous portons en nous. La pens\u00e9e orientale ne va pas faire de lui un ermite coup\u00e9 du monde mais un homme d&rsquo;action, capable de se jeter dans la m\u00eal\u00e9e quand les grands, les \u00e9ternels principes seront en jeu. Il le montrera en prenant parti contre l&rsquo;esclavage, \u00e0 la veille de la Guerre de S\u00e9cession. L&rsquo;un des premiers, en lisant le Samkhya, il avait d\u00e9couvert la m\u00e9ditation et la pratiquait, \u00e0 Walden du moins, d&rsquo;une mani\u00e8re assez syst\u00e9matique. Concord fut donc un v\u00e9ritable haut-lieu de la rencontre Orient-Occident, un promontoire qui tourn\u00e9 vers l&rsquo;Europe, portait en avant-coureur l&rsquo;influence d&rsquo;un autre h\u00e9misph\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La connaissance des grands textes du yoga nous rend facile de parfaire cette \u00e9tape aujourd&rsquo;hui avant que le cours immense du 3<sup>\u00e8me<\/sup> mill\u00e9naire n&rsquo;ouvre \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9 (qui sait?) d&rsquo;autres voies d&rsquo;\u00e9volution de la conscience.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\"><strong>L&rsquo;influence sur la Pens\u00e9e Europ\u00e9enne<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est d\u00e9licat d&rsquo;estimer le r\u00f4le qu&rsquo;a pu jouer la D\u00e9couverte de l&rsquo;Orient en ses prolongements. Vu le climat de rationalit\u00e9 et de conformisme qui pr\u00e9valait au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, l&rsquo;ouverture \u00e0 un syst\u00e8me de pens\u00e9e diff\u00e9rent et \u00e0 des \u00e9tats de conscience inconnus n&rsquo;a pu \u00eatre que l&rsquo;effet d&rsquo;individus isol\u00e9s ou de petits groupes marginaux. Pour ce qui est des individus, on en a vu plus haut quelques exemples remarquables. Au-del\u00e0 d&rsquo;un certain mani\u00e9risme inspir\u00e9 des romans orientaux alors \u00e0 la mode, on a vu na\u00eetre des soci\u00e9t\u00e9s secr\u00e8tes comme la Soci\u00e9t\u00e9 Th\u00e9osophique fond\u00e9e en 1875 par Madame Blavatsky.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">En d\u00e9pit de leurs exc\u00e8s d&rsquo;\u00e9sot\u00e9risme, ces cercles ferm\u00e9s ont exerc\u00e9 une influence tr\u00e8s forte sur bien des secteurs de la soci\u00e9t\u00e9. Un exemple : les m\u00e9decins de l&rsquo;\u00c9cole de Nancy qui devaient contribuer \u00e0 former Charcot et Freud.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">On ne peut encore affirmer avec certitude ce qui sortira du contact d&rsquo;un Orient mieux connu et int\u00e9gr\u00e9 au sein de la science occidentale. C&rsquo;est un chapitre \u00e0 peine entam\u00e9, mais d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 passionnant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Une bibliographie succincte<\/strong> :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">L&rsquo;Enseignement de Ramakrishna, \u00e9dit\u00e9 par J. Herbert, chez Albin Michel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Swami Vivekananda, Jnana Yoga, Les Yogas pratiques, Entretiens et causeries (ces trois titres \u00e9dit\u00e9s chez Albin Michel).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"fr-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#sdfootnote1anc\">1<\/a> Dont Th\u00e9ophile Gauthier \u00e9crivit le livret.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#sdfootnote2anc\">2<\/a> Titre d&rsquo;un livre de Raymond Schwab, Payot 1950.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#sdfootnote3anc\">3<\/a> Cit\u00e9 par Raymond Schwab, \u00ab <em>La \tRenaissance Orientale<\/em> \u00bb, Payot 1950, \tpage 131.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#sdfootnote4anc\">4<\/a> Idem<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"en-CA\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#sdfootnote5anc\">5<\/a> A Week Monday, 1842<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\" lang=\"en-CA\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pendant que se mettaient en place les ph\u00e9nom\u00e8nes avant-coureurs de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, un autre \u00e9v\u00e8nement de taille se faisait jour qui touchait au c\u0153ur notre civilisation toute enti\u00e8re : c&rsquo;\u00e9tait la d\u00e9couverte des \u00e9critures sacr\u00e9es de l&rsquo;Orient.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[454],"tags":[],"class_list":["post-3797","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-micheline-flak"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.0 - 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