{"id":3852,"date":"2010-07-07T16:11:38","date_gmt":"2010-07-07T15:11:38","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=3852"},"modified":"2011-10-02T15:21:20","modified_gmt":"2011-10-02T14:21:20","slug":"mes-dix-derniers-jours-passes-en-inde-par-le-frere-antoine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/mes-dix-derniers-jours-passes-en-inde-par-le-frere-antoine\/","title":{"rendered":"Mes dix derniers jours pass\u00e9s en inde par le fr\u00e8re Antoine"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">(Revue Panharmonie. N<sup>o<\/sup> 201. Janvier 1985)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Fr\u00e8re Antoine qui, depuis des ann\u00e9es vit dans une grotte pr\u00e8s de Roquebrune-sur-Argens, a bien voulu nous communiquer le r\u00e9cit des dix derniers jours de son r\u00e9cent s\u00e9jour en Inde (le troisi\u00e8me si je ne m&rsquo;abuse! [en 1984]), pendant lesquels il fit l&rsquo;exp\u00e9rience d&rsquo;un parfait d\u00e9nuement<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>LE B\u00c9B\u00c9-CHAT<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Un ma\u00eetre dit : \u00ab il y a deux fa\u00e7ons de se comporter dans la vie spirituelle : \u00eatre comme le b\u00e9b\u00e9-singe ou comme le b\u00e9b\u00e9-chat. Le b\u00e9b\u00e9-singe se cramponne \u00e0 sa m\u00e8re et le b\u00e9b\u00e9-chat se laisse porter par elle \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Certains livres qui passent pour magiques parlent de l&rsquo;art de se rendre invisible. Il faut comprendre ! C&rsquo;est l&rsquo;art de passer inaper\u00e7u, insignifiant. Plus l&rsquo;outil est minuscule et plus on voit la main qui l&#8217;emploi. On chante : \u00ab Entre Tes mains, Seigneur, je remets mon esprit\u00a0\u00bb. Plus l&rsquo;esprit est remis\u00e9, plus on voit la main.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">De mon voyage en Inde je ne relaterai que les r\u00e9cits o\u00f9 il m&rsquo;a sembl\u00e9 que Dieu, sous son aspect providentiel de M\u00e8re, est intervenu quand, cach\u00e9 en Elle, je jouais \u00e0 faire corps avec Elle. Ce n&rsquo;est pas que je fasse fi des autres aspects du rapport entre l&rsquo;\u00e2me et Dieu que les religions mettent \u00e0 la disposition des croyants pour leur satisfaction, je cite seulement celui qui m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 octroy\u00e9 et qui me b\u00e9atifie sans condition.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le b\u00e9b\u00e9 chat n&rsquo;a pas \u00e0 se pr\u00e9valoir de sa plus grande s\u00e9curit\u00e9, car ce n&rsquo;est pas lui qui a choisi d&rsquo;\u00eatre b\u00e9b\u00e9 chat !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>UNE PRI\u00c8RE DU SOIR<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s vingt jours de presque uniquement de tourisme, Nicole et moi \u00e9tions arriv\u00e9s \u00e0 Puri. En me promenant en-dehors de l&rsquo;h\u00f4tel de luxe o\u00f9 nous \u00e9tions descendus, du c\u00f4t\u00e9 de la plage, je d\u00e9couvre la \u00ab Ramakrishna Mission\u00a0\u00bb. J&rsquo;y vais un soir vers 4 heures \u00e0 l&rsquo;ouverture de la biblioth\u00e8que, je prends un livre et m&rsquo;en vais dans un coin de la salle. Je lis et, comme un bon espion, je regarde tout ce qui se passe autour de moi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur le tableau, la phrase du jour : Dieu est en tous les hommes, mais tous les hommes ne sont pas en Dieu, d&rsquo;o\u00f9 leur souffrances (St Augustin).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Au bout de peu de temps la salle de lecture est pleine, surtout de jeunes, des \u00e9tudiants et aussi beaucoup de tr\u00e8s jeunes enfants qui prennent des illustr\u00e9s. Les filles ont pour elles un coin \u00e0 part avec les plus petits. Un grand silence est de rigueur. J&rsquo;avais deux \u00ab 12 ans \u00bb \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi qui, quand ils chahutaient un peu, le faisaient \u00e0 voix basse. Personne ne faisait attention \u00e0 mon visage p\u00e2le. Tous ne lisaient pas des livres de spiritualit\u00e9. Les illustr\u00e9s \u00e9taient surtout scientifiques ou culturels. Aucun n&rsquo;\u00e9tait mondain ou l\u00e9ger.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque je sortis, alors que j&rsquo;enfilai mes sandales, je vis surgir une nu\u00e9e de jeunes gens de 15 ans, tous de blanc v\u00eatus, qui s&rsquo;engageaient sur un escalier ext\u00e9rieur. J&rsquo;attrapai celui qui passait et lui demandai par signes si je pouvais les suivre. Son gracieux sourire m&rsquo;y invita et je m&rsquo;engageai dans la file.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">A mesure qu&rsquo;un jeune atteignait la terrasse ; il se retournait, joignait les mains et saluait. Moi, na\u00eff, je prenais le salut pour moi et je r\u00e9pondais. C&rsquo;est quand je fus \u00e0 mon tour sur la terrasse que je compris qu&rsquo;ils saluaient le Soleil qui se couchait \u00e0 l&rsquo;horizon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les jeunes gens entraient ensuite dans une grande salle au fond de laquelle il y avait un portrait de Ramakrishna. Assis en lotus, la colonne vert\u00e9brale droite et dans un recueillement parfait, les jeunes gens chantaient la pri\u00e8re du soir. Je les contemplais assis au fond de la salle avec le mur comme dossier, afin d&rsquo;essayer d&rsquo;\u00eatre aussi droit qu&rsquo;eux. Je fus tr\u00e8s boulevers\u00e9 par leur recueillement et je pris la r\u00e9solution d&rsquo;en finir avec le tourisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">A l&rsquo;h\u00f4tel Nicole m&rsquo;attendait dans la salle du restaurant. \u00ab Il y a du nouveau, dit-elle, aujourd&rsquo;hui, dimanche, les banques sont ferm\u00e9es, je n&rsquo;ai pas pu changer d&rsquo;argent. On part demain matin et on sera dans le train toute la journ\u00e9e. Donc impossible de descendre pour aller \u00e0 une banque et j&rsquo;ai appris que mardi, c&rsquo;est un jour de f\u00eate, les banques seront aussi ferm\u00e9es. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je lui donnai alors les 400 roupies que j&rsquo;avais sur moi, et je pris la r\u00e9solution de me s\u00e9parer de Nicole le lendemain et de continuer sans argent, en me confiant \u00e0 la M\u00e8re Divine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;OISEAU ET L&rsquo;AVION<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Ah ! dit la dame, vous voulez vous passer d&rsquo;argent. C&rsquo;est impossible. Si vous n&rsquo;utilisez pas le mien, ce sera celui des autres. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me dis : \u00ab Il y a deux fa\u00e7on de voler : comme les oiseaux et comme les avions. Il est bien \u00e9vident pour tout le monde que les avions volent gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;argent, mais les oiseaux ? \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Ah ! dit la dame les oiseaux ne volent aussi que gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;argent ! \u00bb \u00ab Au nom du ciel, expliquez-moi \u00e7a ? \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Bien, si l&rsquo;oiseau vole, c&rsquo;est parce que le chasseur ne l&rsquo;a pas descendu et si le chasseur ne l&rsquo;a pas tu\u00e9, c&rsquo;est parce qu&rsquo;il a autre chose \u00e0 manger et, s&rsquo;il a autre chose \u00e0 manger, c&rsquo;est parce qu&rsquo;il a de l&rsquo;argent pour s&rsquo;en procurer&#8230; Vous voyez bien que si l&rsquo;oiseau vole, c&rsquo;est gr\u00e2ce aux sous du chasseur&#8230; \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ne me restait plus qu&rsquo;\u00e0 me prosterner devant cette parole de sagesse ultra-c\u00e9leste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">A la gare de Secunderabad, vers 10 heures du soir, d&rsquo;o\u00f9 nous avions pr\u00e9vu de partir le lendemain pour visiter les Grottes d&rsquo;Ellor\u00e2 et Ajanta, je dis \u00e0 Nicole que je ne la suivrais pas \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel. Je lui fais une grosse \u00ab bise \u00bb pour qu&rsquo;elle ne me croie pas f\u00e2ch\u00e9 et je lui remets de force mon dernier billet de 50 roupies. Puis je m&rsquo;en vais droit devant moi, les mains dans celle, invisible, mais toute enveloppante, de la M\u00e8re Divine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">A l&rsquo;ext\u00e9rieur de la gare, contre le mur, je vois plein de gens allong\u00e9s sur des nattes, et une place libre que je crois m&rsquo;\u00eatre r\u00e9serv\u00e9e. Je m&rsquo;installe l\u00e0. Au bout d&rsquo;un moment je regarde les t\u00eates qui m&rsquo;environnaient et je reconnais les visages grima\u00e7ants rong\u00e9s par la l\u00e8pre. Comme le sommeil ne venait pas, je m&rsquo;assis. Devant moi arrive une m\u00e8re avec ses trois bambins, tous aussi sales les uns que les autres et avec un ballot encore plus sale. Ils d\u00e9ballent leur nourriture. Le plus grand de 4 ans fait la moue et refuse ce que sa m\u00e8re lui pousse dans sa bouche. Je n&rsquo;avais qu&rsquo;une peur, c&rsquo;est qu&rsquo;ils m&rsquo;invitent. Heureusement un petit chien d&rsquo;un mois vient \u00e0 passer par l\u00e0 et le gamin lui fait une place \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus tard un jeune homme qui tournait en rond sur son v\u00e9lo se tient devant moi pendant vingt minutes sans rien dire. Mais je l&rsquo;intriguais. Il finit par me dire que je ne devais pas rester l\u00e0, que c&rsquo;est un endroit r\u00e9serv\u00e9 aux intouchables, que je pouvais au moins aller dans la salle d&rsquo;attente. Je lui r\u00e9ponds que je suis tout \u00e0 fait \u00e0 ma place ici. Ensuite il me propose de m&#8217;emmener au restaurant. Je refuse, je n&rsquo;ai pas faim. Puis il offre un billet \u00e0 une femme qui se l\u00e8ve et il lui demande d&rsquo;aller chercher de la nourriture, mais la femme refuse. Alors le jeune homme r\u00e9-enfourche son v\u00e9lo et dispara\u00eet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me recouche de nouveau, mais les fourmis montent dans mon pantalon et je d\u00e9cide de rester dans le hall de la gare. Il est d\u00e9j\u00e0 plein de dormeurs, mais en enjambant un unijambiste dont le mollet pointe vers le ciel, je trouve une place o\u00f9 je dors jusqu&rsquo;\u00e0 six heures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les voyageurs arrivent, sautent par-dessus les dormeurs et frappent tr\u00e8s fort au guichet des billets, car sans doute, les employ\u00e9s de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, dorment eux aussi. Levant les yeux vers les tableaux des trains en partance, je ne peux lire qu&rsquo;un seul nom de ville \u00e9clair\u00e9 au n\u00e9on : Nagpur, et c&rsquo;est la justement o\u00f9 je veux me rendre en remontant vers Delhi, 500 km.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le train est sur le quai et je monte tout droit dans le zug bogie. Le zug bogie est le premier couloir du premier compartiment accroch\u00e9 \u00e0 la locomotive. Si quelqu&rsquo;un se trouve l\u00e0 quand passe le contr\u00f4leur, on le laisse tranquille. Il faut savoir cependant, que ce n&rsquo;est pas le grand confort. On peut l\u00e0-dedans \u00eatre vingt-cinq \u00e0 trente debouts sur une surface de soixante centim\u00e8tres, la largeur du wagon, incapable de s&rsquo;accroupir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Oh ! le centre d&rsquo;apprentissage de la souplesse, de la tol\u00e9rance est de la grande patience ! Lecteur, prends adresse !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me trouvais l\u00e0 pendant plusieurs heures quand montent \u00e0 une gare une trentaine de militaires avec leurs cantines en fer qui forment une montagne jusqu&rsquo;au plafond du couloir. Eux, grimpent dessus. Mes coll\u00e8gues, d\u00e9munis de billets, se font inviter dans le compartiment \u00e0 c\u00f4t\u00e9 et moi, je r\u00e9ussis \u00e0 m&rsquo;asseoir sur le marchepied de la porte entrouverte. D&rsquo;une part aspirant la fum\u00e9e de la locomotive pour l&#8217;emp\u00eacher d&rsquo;aller salir les autres voyageurs et, d&rsquo;autre part, pr\u00eatant mon \u00e9paule \u00e0 un indien qui avait sommeil, je me donne bonne conscience. C&rsquo;\u00e9tait ma fa\u00e7on de payer ma place.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les militaires bougent, fument, chantent et mon corps, insensiblement se rapproche du paysage. Aussi, \u00e0 une petite prochaine gare, je descends, je bois au robinet et je me couche. Je n&rsquo;\u00e9tais pas press\u00e9. Au moment o\u00f9 je descendais du train, je vois une autre troupe de soldats le prendre d&rsquo;assaut, non plus avec des cantines, mais avec des fusils et je me demande encore o\u00f9 ils ont pu se caser.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">A mon r\u00e9veil, le lendemain matin, une locomotive se trouve juste devant moi \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat. Il y a dedans trois hommes, l&rsquo;un d&rsquo;eux chargeant du charbon. Les autres regardent. Apr\u00e8s un moment, le chargeur reprend du charbon en braise dans la gueule de la loco et en verse une pette pellet\u00e9e dans un r\u00e9chaud. Puis son coll\u00e8gue y pose une th\u00e9i\u00e8re et le troisi\u00e8me fait le service des tasses. Ensuite, ayant pris le th\u00e9, le chef tire sur une baguette, le train siffle et la locomotive file.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand vint \u00e0 passer un autre train pour Nagpur, je remontai dans le zog bogie. Il y a moins de presse et j&rsquo;arrive \u00e0 Nagpur vers seize heures. En sortant de la gare le contr\u00f4leur me r\u00e9clame mon billet. Je l\u00e8ve les yeux au ciel d&rsquo;un air illumin\u00e9, il insiste, je l\u00e8ve les yeux encore plus hauts et, les baissant tout \u00e0 coup, je vois arriver un autre contr\u00f4leur qui lui demande de me laisser tranquille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme tout le reste de l&rsquo;Inde Nagpur, en seize ans, avait tellement chang\u00e9 que je ne m&rsquo;y reconnais plus. Je mets plus d&rsquo;une heure pour retrouver le couvent de la Providence o\u00f9 je veux rencontrer S\u0153ur Solange.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je la connaissais depuis mon premier voyage. Elle dirigeait alors \u00ab\u00a0Handicapped House\u00a0\u00bb. S\u0153ur Solange est une esp\u00e8ce de M\u00e8re Theresa, avec un peu moins de publicit\u00e9, mais non moins de d\u00e9vouement. Elle a confi\u00e9 cette \u0153uvre \u00e0 des s\u0153urs indiennes et s&rsquo;adonne depuis \u00e0 un autre travail que je vais d\u00e9crire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La M\u00e8re Sup\u00e9rieure indienne ne semble pas avoir envie que je reste \u00e0 l&rsquo;attendre. Je ne dois pas lui faire bonne impression. N\u00e9anmoins elle h\u00e9site et, apr\u00e8s avoir sans doute consult\u00e9 son conseil, elle revient me dire que je peux attendre S\u0153ur Solange qui ne doit rentrer que le lendemain matin. On m&rsquo;apporte un bon repas fort appr\u00e9ci\u00e9, puis on me donne une bonne chambre avec lit et moustiquaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis \u00e9tonn\u00e9 de voir que la cour de l&rsquo;\u00e9cole est gard\u00e9e par un Agent de Ville. J&rsquo;apprends que c&rsquo;est la p\u00e9riode des examens des \u00e9coles normales de la ville et que la municipalit\u00e9 de Nagpur avait choisi l&rsquo;\u00e9cole des S\u0153urs comme centre d&rsquo;examens. On ajoute donc \u00e0 la garde de cet agent de ville la responsabilit\u00e9 de veiller sur le s\u00e2dhu fran\u00e7ais jusqu&rsquo;\u00e0 son d\u00e9part.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Au petit matin du jour suivant S\u0153ur Solange appara\u00eet \u00e0 ma porte et nous nous embrassons joyeusement. Elle avait \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 une s\u0153ur indienne qui s&rsquo;\u00e9tait trouv\u00e9e mal en s&rsquo;installant dans un mini-dispensaire cr\u00e9\u00e9 dans un bidonville.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">S\u0153ur Solange me sert un copieux petit d\u00e9jeuner \u00e0 la fran\u00e7aise, avant de m&#8217;emmener dans sa grange de travail. Quand je lui eus racont\u00e9 comment j&rsquo;\u00e9tais venu de Secunderabad \u00e0 Nagpur, sans argent, elle me dit : \u00ab Voila quarante ans que je suis en Inde et je ne savais pas cela ! \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais que fait donc cette Religieuse originaire de Nantes ? S\u0153ur Solange F\u00e9braud fait un cat\u00e9chisme pan-\u0153cum\u00e9nique. C&rsquo;est-\u00e0-dire un cat\u00e9chisme qui peut \u00eatre enseign\u00e9 aussi bien \u00e0 des non-croyants, qu&rsquo;\u00e0 des musulmans, des hindous ou des chr\u00e9tiens. Comment s&rsquo;y prend-elle ? Exactement comme J\u00e9sus historique, uniquement par des paraboles d\u00e9munies de r\u00e9f\u00e9rences dogmatiques et ne faisant allusion \u00e0 aucun personnage historique qui, dans le mental des hommes atteints du sens de la possession, soit en comp\u00e9tition avec d&rsquo;autres. (Allusion aux religions qui s&rsquo;opposent les unes aux autres<a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Et pourtant son cat\u00e9chisme n&rsquo;est pas un recueil de fables \u00e0 la mani\u00e8re de celles de La Fontaine. Il atteint le fond essentiel de tout homme, que le chr\u00e9tien qui vit le sien, reconna\u00eet \u00eatre le m\u00eame dans tous les autres, et qu&rsquo;on appelle \u00ab christique \u00bb. S\u0153ur Solange est une artiste. Elle peint de petits tableaux qui sont ensuite photographi\u00e9s et reproduits en diapositives. Elle dispose d\u00e9j\u00e0 de soixante-dix paraboles qui sont dict\u00e9es en hindou, en anglais et en espagnol par un certain P\u00e8re J\u00e9suite, Ribes. Si elle s&rsquo;arr\u00eatait l\u00e0, elle aurait fait comme les septantes, une traduction en vernaculaire et m\u00eame, en plus, en audiovisuel, de la parole de Dieu. Mais S\u0153ur Solange continue inlassablement et cherche un \u00e9diteur fran\u00e7ais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Donc ces paraboles qui ne manquent pas d&rsquo;humour \u2014 autre signature du Saint Esprit \u2014 invitent \u00e0 monter sur la terrasse de toutes les religions au-del\u00e0 des noms et des formes, c&rsquo;est-\u00e0-dire de la cave o\u00f9 chacun a tendance de se r\u00e9fugier, face aux autres, dans une fausse s\u00e9curit\u00e9 due \u00e0 l&rsquo;attachement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est bien ainsi qu&rsquo;on voit mettre en pratique cette parole peu comprise de J\u00e9sus : \u00ab Si je ne m&rsquo;en vais, le Saint Esprit ne viendra pas sur vous \u00bb. Cet \u00ab en-aller \u00bb ne peut concerner que Son nom et Sa forme qui ne sont pas Lui, mais des aspects de Lui limit\u00e9s dans le temps et l&rsquo;espace. Les ouvriers d&rsquo;une usine n&rsquo;ont aucune difficult\u00e9 \u00e0 reconna\u00eetre leur patron lorsqu&rsquo;il est rev\u00eatu de son complet, de sa cravate et quand il est assis l&rsquo;air s\u00e9rieux \u00e0 son bureau. Mais ils auraient beaucoup plus de mal \u00e0 le reconna\u00eetre en maillot de bain \u00e0 la plage, bien qu&rsquo;il soit beaucoup moins recouvert de choses. Un travail comme celui de S\u0153ur Solange Le fait d\u00e9pister l\u00e0 o\u00f9 on ne l&rsquo;attendait point et o\u00f9 on ne L&rsquo;avait jamais vu. Il ne nous reste plus qu&rsquo;\u00e0 Lui sauter au cou, en se d\u00e9chirant peut-\u00eatre la peau aux palissades h\u00e9riss\u00e9es autour de Lui par les intimes qui l&rsquo;aiment tellement, qu&rsquo;ils ont peur qu&rsquo;Il leur \u00e9chappe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9vang\u00e9lisation, ici, consiste \u00e0 Le susciter sous les noms et formes des autres. C&rsquo;est dans le couvent des S\u0153urs de la Providence qu&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 \u00e9duqu\u00e9es deux jeunes filles dont le Grand-p\u00e8re est appel\u00e9 le Mahatma Gandhi. Gandhi qui a donn\u00e9 sa vie pour l&rsquo;\u0153cum\u00e9nisme de son pays, n&rsquo;a-t-il pas son mot \u00e0 dire en cette mati\u00e8re au monde entier ? En tout cas le don de sa vie est plus convaincant que tous les discours et \u00e9crits des th\u00e9ologiens. Ma conviction est que l&rsquo;\u0153cum\u00e9nisme ne peut \u00eatre atteint par une collectivit\u00e9. Il est personnel, individuel. Chacun peut le pratiquer au fond de son c\u0153ur sans attendre que les autres s&rsquo;y mettent. Jamais une rivi\u00e8re avec ses petits c\u00f4t\u00e9s ne rencontre une rivi\u00e8re avec ses petits c\u00f4t\u00e9s. Mais leurs eaux se rencontrent dans l&rsquo;Oc\u00e9an. Jamais une vague ne cessera de se disputer avec sa vague voisine, mais chacune peut se faire un croc-en-jambe et plonger dans Cela qui les unit inconditionnellement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Une des paraboles \u00e9dit\u00e9s en diapositive de S\u0153ur Solange, est intitul\u00e9e \u00ab L&rsquo;arbre qui disait toujours \u00ab non \u00bb \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">On voit un arbre renfrogn\u00e9, dans lequel deux petits oiseaux essaient de faire leur nid. L&rsquo;arbre secoue ses branches l&rsquo;air tr\u00e8s m\u00e9content, et leur dit de s&rsquo;en aller. Puis voil\u00e0 deux \u00e9cureuils qui arrivent et demandent \u00e0 y entrer pour en faire de m\u00eame \u00ab Allez-vous-en d&rsquo;ici, je ne veux pas de vous\u00a0\u00bb,\u00a0 dit l&rsquo;arbre. Apr\u00e8s cela vient un petit ours qui essaie \u00e0 son tour de s&rsquo;introduire dans l&rsquo;arbre. Mais l&rsquo;arbre secoue ses branches et lui dit : \u00ab Va-t-en d&rsquo;ici, je ne t&rsquo;ai pas appel\u00e9, je ne veux voir personne !\u00a0\u00bb L&rsquo;ours lui fait remarquer : \u00ab Mais, Monsieur l&rsquo;arbre, je voudrais seulement voir s&rsquo;il n&rsquo;y a pas de miel&#8230; \u00bb &#8211; \u00ab Non, il n&rsquo;y a pas de miel, va-t-en, je ne veux pas de toi ici ! \u00bb Mais voil\u00e0 qu&rsquo;arrivent les fourmis blanches. L&rsquo;arbre se f\u00e2che et leur dit de s&rsquo;en aller au plus vite. Mais les fourmis r\u00e9pondent \u00ab Mais&#8230; Monsieur l&rsquo;arbre, nous, personne ne nous appelle et personne ne nous chasse jamais&#8230; \u00bb. Et les voil\u00e0 qui montent et descendent, qui mangent l&rsquo;\u00e9corce, puis les feuilles, puis les tiges et on voit l&rsquo;arbre devenir un squelette.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Or voici qu&rsquo;un jour le petit ours qui avait \u00e9t\u00e9 chass\u00e9 vient \u00e0 passer par l\u00e0. Il l\u00e8ve sa t\u00eate et dit : \u00ab Oh ! Monsieur l&rsquo;arbre, que vous est-il arriv\u00e9 ? \u00bb \u00ab Bien voil\u00e0&#8230; les fourmis blanches sont en train de me faire un mauvais sort&#8230; \u00bb &#8211; \u00ab Ah ! dit le petits ours, il faut faire quelque chose \u00bb. Il va trouver son gourou qui est un hibou en m\u00e9ditation au creux d&rsquo;un arbre. Le hibou lui dit : \u00ab Oui, il faut faire quelque chose, moi, je ne puis bouger, car je n&rsquo;y vois pas de jour. Mais va trouver les piverts, ils vont s\u00fbrement t&rsquo;aider \u00bb. Et voil\u00e0 que les piverts le suivent et d\u00e9barrassent l&rsquo;arbre de ses parasites. Alors on voit l&rsquo;arbre redevenu tout joyeux qui invite toute la cr\u00e9ation \u00e0 loger dans ses bras&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les paraboles sont ensuite l&rsquo;objet d&rsquo;une discussion. N&rsquo;est-ce pas l\u00e0 l&rsquo;\u00e9vangile pr\u00each\u00e9 \u00e0 toutes les cr\u00e9atures ? Ce qu&rsquo;aucun cat\u00e9chisme n&rsquo;est capable de faire dans la mani\u00e8re traditionnelle, car les petits musulmans de nos rues sont condamn\u00e9s \u00e0 rester dehors \u00e0 cause du nom et de la forme dont J\u00e9sus s&rsquo;est d\u00e9pouill\u00e9, mais qu&rsquo;on lui attribue malgr\u00e9 lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Mais, dites-moi S\u0153ur Solange&#8230;, je n&rsquo;ai pas pens\u00e9 \u00e0 vous le dire, ce hibou dans son trou ou ou ou&#8230; comme il me ressemble. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">S\u0153ur Solange, tu es une proph\u00e9tesse, sans doute pas encore bien comprise. Si tu souffres de ne pas l&rsquo;\u00eatre, tu te classes parmi les petits proph\u00e8tes et si tu t&rsquo;en r\u00e9jouis, tu te fais classer parmi les grands. Les ex\u00e9g\u00e8tes ont mis J\u00e9r\u00e9mie parmi les grands, mais il r\u00e2le parce qu&rsquo;on ne l&rsquo;\u00e9coute pas, tandis que Jonas, au moins le temps qu&rsquo;il a pass\u00e9 dans le ventre du poisson qui est le symbole de l&rsquo;incompr\u00e9hension et de l&rsquo;isolement, chante<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Om namo Narayana !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gloire \u00e0 Toi Seigneur des Profondeurs !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Et S\u0153ur Solange me passe les \u00ab Vaches\u00a0\u00bb.\u00a0 Les vaches, c&rsquo;est la vieille histoire des vaches maigres et des vaches grasses, les maigres qui sont exploit\u00e9es par les grasses. C&rsquo;est la parabole la plus socialiste de toute la s\u00e9rie. Pourtant la conclusion n&rsquo;est pas celle, la facile, qui se termine par la violence et la r\u00e9volution. Les vaches maigres qui ont r\u00e9ussi \u00e0 se lib\u00e9rer des grasses, se rendent compte qu&rsquo;elles sont devenues esclaves du syst\u00e8me qui leur a servi \u00e0 se lib\u00e9rer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je souhaite le plus grand succ\u00e8s et la plus grande publicit\u00e9 \u00e0 ces paraboles \u00e9vang\u00e9liques qui ne d\u00e9tachent personne de sa foi, mais \u00e9veillent \u00e0 l&rsquo;amour universel et aident \u00e0 comprendre le contenu interconfessionnel des dogmes en d\u00e9posant au second rang leur enveloppe mat\u00e9rielle, born\u00e9e et s\u00e9paratrice.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La premi\u00e8re visite que j&rsquo;ai eue \u00e0 ma grotte \u00e0 mon retour d&rsquo;Inde, fut celle d&rsquo;un pr\u00eatre de Lyon, Oblat de Marie, qui tient un centre d&rsquo;audiovisuel o\u00f9 se retrouvent beaucoup de religieux et religieuses enseignants en France et \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger. Quand je lui eus parl\u00e9 de S\u0153ur Solange et de ses cat\u00e9chismes, il me dit \u00ab Je la connais tr\u00e8s bien, S\u0153ur Solange F\u00e9braud&#8230; C&rsquo;est un ph\u00e9nom\u00e8ne&#8230; \u00ab Je pense que c&rsquo;est de ce centre que devrait surgir l&rsquo;id\u00e9e de publier en fran\u00e7ais ce travail pan-\u0153cum\u00e9nique en profondeur. La difficult\u00e9 vient peut-\u00eatre du fait que ceux qui s&rsquo;int\u00e9ressent \u00e0 l&rsquo;audiovisuel sont toujours ramen\u00e9s \u00e0 un niveau superficiel historique ou g\u00e9ographique qui est du domaine de l&rsquo;\u00e9cole normale, alors que, paradoxalement, les tableaux de S\u0153ur Solange, comme je l&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 dit, vont au plus profond de l&rsquo;enseignement \u00e9vang\u00e9lique : r\u00e9gion justement rarement explor\u00e9e par ceux qui s&rsquo;amusent avec des images. S\u0153ur Solange me fait visiter son arri\u00e8re-grange o\u00f9 elle confectionne et fignole ses apparitions de Christ int\u00e9rieur. Elle est bien outill\u00e9e en peinture de toutes sortes et des meilleures. On parle de la mis\u00e8re, non de l&rsquo;Inde, mais de la cat\u00e9chisation en Occident. Les enfants sont bourr\u00e9s de notions sur le Christ historique, sur la Palestine, sur l&rsquo;\u00c9glise de jadis et de maintenant, mais d&rsquo;aucune connaissance pratique des B\u00e9atitudes pr\u00each\u00e9es partout et inn\u00e9es, mais recouvertes par l&rsquo;ignorance au c\u0153ur de soi. La pauvret\u00e9, par exemple, n&rsquo;est comprise et abord\u00e9e que pour la m\u00e9priser, la d\u00e9molir au plus vite chez soi et chez les autres. Pourtant, c&rsquo;est un petit miracle quand un estropi\u00e9 se met \u00e0 sauter et un bien plus grand, quand on en trouve un qui se b\u00e9atifie dans son handicap. Pourtant, la b\u00e9atitude de la pauvret\u00e9 n&rsquo;arrive pas quand on la remplace par l&rsquo;abondance, c&rsquo;est quand on y trouve Dieu et qu&rsquo;on y met une d\u00e9lectation. Heureusement beaucoup de jeunes non cat\u00e9chis\u00e9s, se tournent vers elle quand ils ont la naus\u00e9e de l&rsquo;abondance et j&rsquo;en connais de plus en plus qui vivent et pr\u00eachent cette infinitude du c\u0153ur, cette perp\u00e9tuelle premi\u00e8re communion, remplissant de tristesse la dame cat\u00e9chiste, le cur\u00e9 et le vicaire, le monast\u00e8re voisin et les gens bien-pensants de la paroisse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">S\u0153ur Solange et moi, nous parlions de tout cela comme Scholastique et Benoit, non sous la pluie, mais la chaleur des tropiques. Il y avait un ventilateur au-dessus de nos t\u00eates qui n&#8217;emp\u00eachait pas le Saint Esprit de passer. On frappa \u00e0 la porte de la grange. La S\u0153ur alla ouvrir et revint avec un pr\u00eatre de campagne et son cat\u00e9chiste. Tr\u00e8s jeune, tr\u00e8s up-to-date, la S\u0153ur le reconduit et revient vers moi en disant : \u00ab Ils sont venus chercher \u00a0\u00bb Les vaches \u00a0\u00bb ! \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>DE NOUVEAU DANS LE ZUG BOGIE<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">S\u0153ur Solange me reconduisit un bout de chemin jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;on ait \u00e9t\u00e9 en vue de la gare. Elle insiste pour me laisser de l&rsquo;argent, mais je lui fais les gros yeux de la part de M\u00e8re Divine exclusive. Je n&rsquo;ai accept\u00e9 que des oranges, et du riz souffl\u00e9 que je mets dans mon sac. Je monte sans probl\u00e8me dans le fameux zug bogie. Il est d\u00e9j\u00e0 aussi complet que possible et tous ceux qui s&rsquo;y trouvent se tiennent debouts, \u00e9tay\u00e9s r\u00e9ciproquement par leurs voisins. Un moine Shiva\u00efte s&rsquo;y infiltre, brandissant son trident, insigne sacr\u00e9 de sa congr\u00e9gation et, gr\u00e2ce \u00e0 cet instrument ac\u00e9r\u00e9, il a tout de suite une place respectable. Son visage refl\u00e8te la plus grande d\u00e9bonnairet\u00e9, mais le danger seul d&rsquo;\u00eatre \u00e9corch\u00e9, bien involontaire, est la cause de la distance respectueuse qu&rsquo;il cr\u00e9e autour de sa personne. Quelques-uns se font inviter dans le compartiment payant d&rsquo;\u00e0 c\u00f4t\u00e9 et r\u00e9ussissent \u00e0 poser une demi-fesse sur un quart de si\u00e8ge.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Bient\u00f4t \u00e0 une gare de campagne, une femme, avec ses trois enfants et ses ballots, le tout barbouill\u00e9 d&rsquo;une crasse remarquable, monte dans le couloir et cette crasse lui procure imm\u00e9diatement une bonne place. Elle s&rsquo;affale par terre avec ses enfants et ses ballots et je profite du retrait des voisins incommod\u00e9s pour m&rsquo;accroupir \u00e0 mon tour. Cette dame, me voyant \u00e0 son niveau, avec ma t\u00eate d&rsquo;europ\u00e9en nanti, fait aussit\u00f4t le geste de la mendicit\u00e9. Je lui fais remarquer que je suis aussi pauvre qu&rsquo;elle malgr\u00e9 les apparences. J&rsquo;ai bien de la nourriture dans mon sac, mais je l&rsquo;ai gliss\u00e9e sous un si\u00e8ge du compartiment d&rsquo;\u00e0 c\u00f4t\u00e9 en entrant et il m&rsquo;\u00e9tait bien impossible de le sortir de l\u00e0. Je soulevai la chemise du gar\u00e7on de trois ou quatre ans et lui tapotant le ventre, je fais remarquer \u00e0 sa m\u00e8re qu&rsquo;il \u00e9tait bien rempli. Mais elle dandine de la t\u00eate en faisant la moue pour me signifier que j&rsquo;\u00e9tais dans l&rsquo;illusion. Au bout de quelque temps, la seconde fille qui est si sale et si recouverte de pustules qu&rsquo;on a du mal \u00e0 deviner de quel sexe elle est, plonge sa main dans le ballot, mais sa m\u00e8re lui interdit d&rsquo;aller plus avant. Bient\u00f4t le plus petit de quelques mois, \u00e9carte avec vivacit\u00e9 les lambeaux du sari de sa m\u00e8re et, d\u00e9couvrent des mamelles gonfl\u00e9es comme celles d&rsquo;une ch\u00e8vre, se met \u00e0 pomper avec le m\u00eame app\u00e9tit que Nicole et moi lorsque, la semaine pr\u00e9c\u00e9dente, nous sirotions avec une paille les bouteilles de coca-cola aux terrasses des caf\u00e9s de luxe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">A ce spectacle, la seconde, excit\u00e9e par son petit fr\u00e8re, r\u00e9cidive et sort du ballot une affilong\u00e9e de chappattis, malgr\u00e9 le regard irrit\u00e9 de sa m\u00e8re qui m&rsquo;avait affirm\u00e9 qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient rien \u00e0 manger. Comme cela me fait sourire malicieusement, la maman se met \u00e0 rire \u00e0 son tour. Alors J&rsquo;attrape le plus grand sur mes genoux et le voil\u00e0 qui se relaxe tout \u00e0 fait et qui s&rsquo;endort imm\u00e9diatement. Sa m\u00e8re est tellement fi\u00e8re de voir son bambin dans les bras d&rsquo;un occidental, qu&rsquo;elle se redresse comme une femme de Maharaja en toisant le tableau avec un contentement souverain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">En prenant le gosse sur moi j&rsquo;avais lib\u00e9r\u00e9 une place de plus et je l\u00e8ve la t\u00eate pour voir si mes voisins me regardent d&rsquo;un air d\u00e9bonnaire, car ils semblent quelque peu offusqu\u00e9s par mes interventions dans l&rsquo;intouchabilit\u00e9. Je mets le comble \u00e0 la situation en d\u00e9signant le b\u00e9b\u00e9 bienheureux qui t\u00eate avidement, en expliquant par signes, que moi, tout en ayant aussi soif que lui, je ne peux pas si bien me r\u00e9galer et que je n&rsquo;ai pas acc\u00e8s \u00e0 ce bar-l\u00e0 ! C&rsquo;est alors l&rsquo;hilarit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale qui fait s&rsquo;allonger les t\u00eates du wagon d&rsquo;\u00e0-c\u00f4t\u00e9 qui veulent savoir ce qu&rsquo;il y a de si gai dans le quartier de la d\u00e9ch\u00e9ance. Il y a un homme muni d&rsquo;un transistor qui essaie en vain de capter une \u00e9mission, m\u00eame en tirant au maximum son antenne. J&rsquo;attrape alors le trident du moine Shiva\u00efte et je l&rsquo;ajoute \u00e0 l&rsquo;antenne. Bien vite on me fait remarquer que je d\u00e9sacralise un instrument de liturgie, mais on m&rsquo;excuse, car un occidental n&rsquo;est pas sens\u00e9 apte \u00e0 faire une distinction entre une antenne faite pour capter une \u00e9mission c\u00e9leste et celle utilis\u00e9e pour le lavage de cerveau politique !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant que l&rsquo;enfant intouchable dort sur moi, j&rsquo;ai comme une vision bienheureuse, un sentiment de joie si intense qu&rsquo;il dure encore. L\u00e0 rien au monde n&rsquo;aurait pu me faire enlever sa pauvret\u00e9. Il \u00e9tait dans un \u00e9tat de satisfaction absolue, et moi aussi. Je n&rsquo;aurais pas pu quitter ma pi\u00e8ce Pour assister \u00e0 une messe pontificale. Je me voyais moi-m\u00eame dans cet enfant intouchable, dans les bras de la M\u00e8re Divine qui souriait \u00e0 son intouchabilit\u00e9. Nullement contrari\u00e9e par elle, bien au contraire. Elle se serait seulement pass\u00e9e de la crasse non indispensable. Et la m\u00e8re physique de l&rsquo;enfant qui souriait \u00e0 c\u00f4t\u00e9, me paraissait \u00eatre la Vierge Marie historique qui se tournait les pouces, n&rsquo;ayant plus aucun r\u00f4le \u00e0 jouer, sinon de sourire quand un fils d&rsquo;homme se pr\u00e9lasse et se relaxe dans les bras de la M\u00e8re \u00c9ternelle exclusive.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(A suivre).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">(Revue Panharmonie. N<sup>o<\/sup> 202. Avril 1985)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(fin)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>IL NE M\u00c9DITAIT QUE POUR LUI<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;arrive \u00e0 la gare de Delhi-le-Vieux \u00e0 1 heure du matin. Je dors dans la foule. De mon voisin je ne voyais que le poignet qui d\u00e9passait sous sa couverture et qui \u00e9tait orn\u00e9 d&rsquo;une montre en or. Je me l\u00e8ve \u00e0 6 heures et je sors \u00e0 la recherche de la R\u00e9sidence des J\u00e9suites o\u00f9, seize ans auparavant, j&rsquo;avais rencontr\u00e9 un J\u00e9suite fran\u00e7ais qui nageait assez bien en dehors de son \u00e9tang. Un temple avait pouss\u00e9 sur le passage et je tournais autour pour la trouver. Je p\u00e9n\u00e9trai dans un poste de police et, pendant que le policier me faisait un dessin, une dame entra, lui toucha les pieds et les miens en m\u00eame temps du bout des doigts, ce qui voulait dire qu&rsquo;elle souhaitait extorquer un don d&rsquo;argent de cette t\u00eate d&rsquo;occidental. Mais le policier la renvoie poliment sans m\u00eame me traduire sa requ\u00eate.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u00eame avec les explications du policier, je ne trouve rien de plus qu&rsquo;un superbe temple Ja\u00efn tout de marbre blanc et rose, fleuri de bougainvilliers et d&rsquo;ibiscus. Je demande au gardien si je puis entrer. D&rsquo;un large geste de la main, il me fait voir que je suis chez moi l\u00e0-dedans.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je vais d&rsquo;abord m&rsquo;asseoir \u00e0 l&rsquo;ombre d&rsquo;un arbre o\u00f9 il y a d\u00e9j\u00e0 un vieux monsieur assis en lotus, au visage tout rond et aux habits tout blancs et bien amidonn\u00e9s. Il a devant lui une petite table portative et un livre de pi\u00e9t\u00e9 avec des dorures. Levant les yeux devant moi, je vois des jeunes gens entrain de rembobiner des guirlandes d&rsquo;ampoules sur le sommet du temple. Sans doute vestiges d&rsquo;une f\u00eate de la veille. Puis, \u00e0 gauche, un grand b\u00e2timent avec l&rsquo;inscription : \u00ab H\u00f4pital pour oiseaux\u00a0\u00bb. Je me dis alors : \u00ab Moi qui suis un dr\u00f4le d&rsquo;oiseau, je comprends pourquoi la M\u00e8re Divine m&rsquo;a conduit ici! \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me l\u00e8ve et suis le mouvement des p\u00e8lerins. Il y a un lavabo avec un robinet pour les mains et un autre qui descend plus bas pour les pieds. Toilette achev\u00e9e, je monte les marches de marbre du sanctuaire. Je m&rsquo;assieds en m\u00e9ditation. Il y a un va-et-vient continuel de femmes, d&rsquo;enfants et d&rsquo;hommes qui sonnent la cloche en entrant, tournent autour des autels, y posent des fleurs ou de l&rsquo;encens. Il y a des troncs pour oiseaux et des oiseaux qui voltigent, se posent sur les troncs et regardent ce que les d\u00e9vots y mettent pour leurs fr\u00e8res bless\u00e9s ou malades. Ensuite je retourne \u00e0 ma premi\u00e8re place o\u00f9 j&rsquo;avais laiss\u00e9 mon sac. Le saint homme \u00e9tait toujours l\u00e0, absorb\u00e9 dans ses pri\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Avant de s&rsquo;en retourner et apr\u00e8s avoir pli\u00e9 sa petite table, il vient vers moi et avec un beau sourire me demande : \u00ab Quel est votre pays, qu&rsquo;y faites-vous, comment \u00eates-vous en Inde ? \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je lui dis que je suis fran\u00e7ais, ermite, qu&rsquo;il me reste dix jours \u00e0 passer en Inde et que je souhaiterais les passer hors de la foule dans un lieu de m\u00e9ditation comme celui-ci.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Pour cela, dit-il, il faut demander au Directeur du Temple, \u00bb Et il me demande de le suivre. Mais en y allant nous rencontrons un homme d&rsquo;une quarantaine d&rsquo;ann\u00e9es qui sortait du bain. Il lui dit je ne sais quoi et il s&rsquo;en va. Alors ce dernier, qui \u00e9tait habill\u00e9 \u00e0 l&rsquo;europ\u00e9enne, me ram\u00e8ne l\u00e0 o\u00f9 j&rsquo;\u00e9tais assis auparavant et me pose des questions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Que faites-vous en France ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Je suis s\u00e2dhu, je vis dans une grotte&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Mais que faites-vous, quelle est votre occupation ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 En premier lieu, la m\u00e9ditation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Atcha ! , dit-il, et quand vous m\u00e9ditez, vous m\u00e9ditez pour vous ou pour les autres ? \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;\u00e9tais tr\u00e8s g\u00ean\u00e9, car je me dis que si je lui dis que je m\u00e9dite pour moi, il va me traiter d&rsquo;\u00e9go\u00efste, et si je lui dis que je m\u00e9dite pour les autres, il va me traiter de socialiste. Alors je r\u00e9ponds : \u00ab Pour les deux ! \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais ma r\u00e9ponse ne le satisfait pas, il reprend :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Quand vous mangez, vous mangez pour vous ou pour les autres ? \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Craignant le m\u00eame pi\u00e8ge, je r\u00e9ponds encore : \u00ab Pour les deux ! \u00bb. Alors, joignant les mains en signe de supplication, il r\u00e9it\u00e8re :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Enfin, quand vous prenez de la nourriture, la nourriture s&rsquo;en va dans votre estomac ou dans celui du voisin ? \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors l\u00e0 j&rsquo;\u00e9tais bien oblig\u00e9 de lui r\u00e9pondre que la nourriture allait sans d\u00e9tour dans mon estomac, mais je m&#8217;empressais d&rsquo;ajouter :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Oui, mais gr\u00e2ce \u00e0 la nourriture que je prends, j&rsquo;acquiers des forces pour travailler et gr\u00e2ce \u00e0 la m\u00e9ditation je deviens disponible et pr\u00eat \u00e0 courir au service du prochain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Atcha ! \u00bb, s&rsquo;\u00e9cria-t-il, et je compris que c&rsquo;\u00e9tait exactement la r\u00e9ponse qu&rsquo;il voulait m&rsquo;extorquer. Il se l\u00e8ve et me demande de le suivre. On sort de l&rsquo;enceinte du jardin du temple, sa voiture \u00e9tant \u00e0 trente m\u00e8tres de l\u00e0. Il m&rsquo;y fait monter et nous voil\u00e0 partis. On arrive chez lui, une belle demeure. Il me pr\u00e9sente \u00e0 sa femme qui, dit-il, le suit dans sa voie spirituelle, et il ajoute : \u00ab sans contrainte \u00bb. Sa fille de 14 ans vient un moment s&rsquo;asseoir sur ses genoux et il me dit qu&rsquo;elle va \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole chez les S\u0153urs du Carmel. Voil\u00e0 qu&rsquo;un serviteur apporte un bon petit d\u00e9jeuner et des fruits.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Monsieur Ashok me raconte qu&rsquo;il dirige une usine de montres et d&rsquo;horloges, qu&rsquo;il occupe quatre cents ouvriers et qu&rsquo;il est r\u00e9cemment all\u00e9 en Suisse. Puis enfin, il me dit que je pourrais rester chez lui, le temps qu&rsquo;il me faut jusqu&rsquo;\u00e0 mon d\u00e9part, niais qu&rsquo;il pense \u00e0 quelque chose de mieux pour un ermite qu&rsquo;une maison familiale. Et on retourne \u00e0 la voiture. On roule depuis un moment quand je lui demande : \u00ab Et vous, quand vous m\u00e9ditez, vous m\u00e9ditez pour vous ou pour les autres ? \u00bb. Il r\u00e9pond : \u00ab Moi, quand je m\u00e9dite, je ne m\u00e9dite que pour moi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Mais, lui dis-je, voil\u00e0 plus d&rsquo;une heure qui vous vous occupez d&rsquo;un autre !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Ah !, dit-il, pas du tout, vous n&rsquo;avez rien compris. Ce n&rsquo;est pas moi qui vous d\u00e9panne, c&rsquo;est vous qui me d\u00e9pannez ! Je sortais de ma m\u00e9ditation, anxieux de trouver comment d\u00e9penser la gr\u00e2ce re\u00e7ue, et vous vous \u00eates trouv\u00e9 juste sur mon passage. Je ne suis qu&rsquo;un outil utilis\u00e9, lequel ayant trouv\u00e9 une bonne occasion de servir, cette occasion l&#8217;emp\u00eache de se rouiller et contribue \u00e0 mon entretien. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce jeune industriel est un \u00ab Abba \u00bb. Monsieur Ashok a, de la m\u00e9ditation, de la contemplation et de l&rsquo;action, la tout aussi semblable compr\u00e9hension que les plus d\u00e9gourdis de la christianisation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais moi, comme je ne manque jamais l&rsquo;occasion d&rsquo;\u00eatre affreux, j&rsquo;ajoute : \u00ab Eh bien ! moi, je n&rsquo;ai pas beaucoup m\u00e9dit\u00e9 dans le temple Ja\u00efn, distrait que j&rsquo;\u00e9tais par le va-et-vient et par les enfants qui apportaient des pigeons bless\u00e9s. Si j&rsquo;avais fait une meilleure m\u00e9ditation, sans doute aurais-je fait une meilleure rencontre ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Certainement, certainement \u00bb, dit Monsieur Ashok en riant tr\u00e8s fort et en sortant de sa poche un paquet de petits billets de banque. Je refuse, il insiste, et je pense que je suis oblig\u00e9 de ne pas le contrarier davantage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">En fr\u00f4lant un jardin, il freine pour saluer un vieux monsieur tout en blanc avec le bonnet Nehru sur le cr\u00e2ne. Monsieur Ashok le salue et me dit : \u00ab C&rsquo;est l&rsquo;homme le plus savant de la ville \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je dis : \u00ab Un Pandit ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Non, un Pandit est un savant dans une seule esp\u00e8ce de science, mais lui il est savant dans toutes les sciences.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Mais il n&rsquo;a pas l&rsquo;air bien heureux ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 C&rsquo;est qu&rsquo;il porte le poids de sa science. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Et on rit comme deux vieux copains qui se connaissent depuis toujours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Arriv\u00e9s devant la Delhi-Gate, une porte antique qui ressemble \u00e0 un arc de triomphe, il me la montre en me demandant de bien la rep\u00e9rer car c&rsquo;est dans ce quartier qu&rsquo;il a l&rsquo;intention de me d\u00e9poser et il ne faut pas que je me perde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il laisse sa voiture sur un trottoir et on s&rsquo;en va vers un porche, puis une cour ferm\u00e9e avec des bureaux tout autour, \u00e0 l&rsquo;exception d&rsquo;un coin qui est une grande salle transform\u00e9e en Maison de pri\u00e8re. Sur l&rsquo;autel il y a le portrait d&rsquo;un homme orn\u00e9 d&rsquo;une guirlande et je comprends qu&rsquo;il s&rsquo;agit de quelqu&rsquo;un qui est r\u00e9cemment d\u00e9c\u00e9d\u00e9. Monsieur Ashok me pr\u00e9sente \u00e0 une dame de 55 ans et lui explique mon cas. Puis on va chercher un jeune N\u00e9palais qui est le gardien du temple. C&rsquo;est \u00e0 lui que je devrais m&rsquo;adresser pour tous mes besoins. Je refuse une chambre personnelle, je coucherai dans le temple. Monsieur Ashok me dit en s&rsquo;en allant que tout ce que je d\u00e9penserai ici sera mis sur son compte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La dame responsable et propri\u00e9taire du lieu, tout le monde l&rsquo;appelle Mataji. \u00ab C&rsquo;est son mari qui est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 et pour qui il y a tous les jours des pri\u00e8res, des chants et des sermons. \u00bb La nuit, le gardien venait se coucher le dernier et fermait le temple. On y \u00e9tait cinq ou six \u00e0 y dormir, que des hommes, par terre bien s\u00fbr, sur un bon tatami. A 5 heures, le gardien s&rsquo;entendait appeler de l&rsquo;ext\u00e9rieur et il ouvrait la grille. Alors je sortais aussit\u00f4t et je m&rsquo;en allais dans le premier jardin de la ville o\u00f9 d\u00e9j\u00e0 plein de gens s&rsquo;entra\u00eenaient, les gros \u00e0 courir pour maigrir, les m\u00e9ditants \u00e0 m\u00e9diter, les sportifs \u00e0 la gymnastique, et les enfants au football. Et les derniers dormeurs qui avaient choisi le jardin pour la nuit avaient int\u00e9r\u00eat \u00e0 se lever. De toute fa\u00e7on le soleil aurait fait sur leur cr\u00e2ne ce que le ballon aurait esquiss\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Vers midi, Mataji m&#8217;emmenait au restaurant \u00e0 c\u00f4t\u00e9, payait et se retirait. Comme on \u00e9tait en car\u00eame et que je ne faisais rien, je refusais de manger le soir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je n&rsquo;ai jamais pu deviner le genre de commerce qu&rsquo;on faisait dans les bureaux. Ce n&rsquo;\u00e9tait que de la paperasserie. Une fois je donnais un coup de main pour transporter des machines \u00e0 coudre d&rsquo;une pi\u00e8ce dans le fond du temple. Le samedi 14 avril, pendant la nuit, des ouvriers vinrent installer un immense baldaquin dans la cour, tout de velours rouge, qui faisait bien 15 m sur 15. Puis on \u00e9tendit des tapis par terre et des centaines de chaises furent empil\u00e9es. Le dimanche apr\u00e8s-midi, j&rsquo;allais faire un tour et, quand je revins le soir, il y avait tellement de monde que je n&rsquo;osais pas rentrer. Heureusement, j&rsquo;avais dans la rue un spectacle fort int\u00e9ressant. Un homme arrivait mont\u00e9 sur un \u00e2ne mitr\u00e9. La rue \u00e9tait pavois\u00e9e et on avait m\u00eame descell\u00e9 les pav\u00e9s du trottoir pour y piquer le pavillon qui remplissait la rue. Une fanfare pr\u00e9c\u00e9dait le cort\u00e8ge. Rien ne ressemblait autant \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e de J\u00e9sus \u00e0 J\u00e9rusalem. Sans ce tableau vivant je ne me serais pas souvenu qu&rsquo;on \u00e9tait le dimanche des Rameaux. Il s&rsquo;agissait d&rsquo;un mariage et le mari\u00e9 venait \u00e0 la rencontre de son \u00e9pouse. Pendant que je contemplais tout cela, un serviteur de ma maison adoptive sortit et je lui fis part de mon embarras. Il me dit de le suivre et il me fit traverser la foule qui discutait et ne fit pas attention \u00e0 moi. Mais au bout d&rsquo;un moment un serviteur m&rsquo;apporta du caf\u00e9, puis des glaces et ce fut le commencement de la f\u00eate pour mon estomac. Je n&rsquo;avais jamais rien vu de pareil depuis les anciens repas de mariage de mon enfance. Il y avait des baquets pleins de nourriture, de g\u00e2teaux, de cr\u00e8me et de glaces. Tout cela se trouvait dans une pi\u00e8ce \u00e0 c\u00f4t\u00e9 et, quand quelqu&rsquo;un voulait manger, il quittait l&rsquo;assembl\u00e9e, prenait une assiette, une louche et se servait comme dans un self-service. Je fus donc invit\u00e9 sans savoir de quelle f\u00eate il s&rsquo;agissait. Ce n&rsquo;est que le lendemain matin : pendant que le serviteur balayait le temple, il trouva la carte d&rsquo;invitation et me la donna. Il s&rsquo;agissait de la premi\u00e8re coupe de cheveux d&rsquo;un enfant de deux ans : Girish. La voici :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Chers oncle et tante,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ma grand-m\u00e8re et mon grand-p\u00e8re ont d\u00e9cid\u00e9 de me faire couper mes beaux cheveux, ce qu&rsquo;ils appellent Mudan C\u00e9r\u00e9monie. Mais je pense que cela me donnera l&rsquo;air d&rsquo;un dessin anim\u00e9. Mais Maman et Papa m&rsquo;ont assur\u00e9 que je serai bien plus beau sans eux ; aussi, je vous demande de venir le dimanche 15 avril \u00e0 Raghu Nath Temple et dites-moi ce que vous en pensez.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Girish.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Au MUS\u00c9E DE GANDHI<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">En me promenant autour de mon temple, je d\u00e9couvre le Mus\u00e9e de Gandhi. L&rsquo;entr\u00e9e est libre et il y a une biblioth\u00e8que avec des livres en fran\u00e7ais. J&rsquo;en trouve un super merveilleux : \u00ab Tous les hommes sont fr\u00e8res \u00bb (chez Gallimard).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les galeries des souvenirs, il y en a un qui est bien \u00e9mouvant, et plus \u00e9mouvante encore l&rsquo;inscription dessous : \u00ab Une des trois balles fatales que notre p\u00e8re \u00e0 re\u00e7ues DE NOUS \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>LES PETITS CIREURS<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Deux jours avant le retour, en attendant l&rsquo;ouverture des bureaux de l&rsquo;aviation pour la reconfirmation des horaires, je me suis assis sur l&rsquo;herbe dans le grand jardin de Connaught Circus, A peine l\u00e0, deux petits cireurs sont accourus pour voir si j&rsquo;avais des chaussures cirables. Mais elles \u00e9taient en plastique. Qu&rsquo;\u00e0 cela ne tienne, les petits cireurs ont bien d&rsquo;autres choses \u00e0 m&rsquo;offrir. Ils ont plein de bonnes adresses o\u00f9, en un temps record et aux prix les plus abordables, on peut satisfaire les besoins et les instincts les plus fantaisistes. A la question qu&rsquo;ils me posent : \u00ab \u00cates-vous mari\u00e9 ? \u00bb, je r\u00e9ponds : \u00ab Je n&rsquo;ai ni femme, ni enfants, ni chat, ni chien, ni maison, ni argent&#8230; Only God\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet \u00ab Only God \u00bb leur fait \u00e9carquiller les yeux et les voil\u00e0 \u00e0 plat ventre \u00e0 me fixer dans les yeux pendant un quart d&rsquo;heure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Si j&rsquo;avais eu des chaussures cirables, il est certain qu&rsquo;ils me les auraient bichonn\u00e9es pour rien. Qui sait si, dans 30 ans, quand ses disciples demanderont \u00e0 un sage barbu ce qui est \u00e0 l&rsquo;origine de sa vie spirituelle, il r\u00e9pondra : \u00ab C&rsquo;est quand j&rsquo;\u00e9tais petit cireur, j&rsquo;ai entendu un occidental dire : \u00ab Only God \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>PAS DE SOUVENIRS<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme j&rsquo;en \u00e9tais s\u00fbr, je rencontre Nicole sur le march\u00e9. Elle avait plein de souvenirs \u00e0 emporter. Je lui fais la bise, mais elle n&rsquo;avait pas envie de causer. De plus, elle \u00e9tait accompagn\u00e9e d&rsquo;une jeune personne dont elle me dit qu&rsquo;elle la d\u00e9pannait. Je la f\u00e9licite de sa bonne action et lui donne rendez-vous le surlendemain, comme convenu, \u00e0 l&rsquo;a\u00e9roport.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;aurais bien aim\u00e9, moi aussi, m&rsquo;offrir quelques souvenirs, surtout un habit indien en Kadhi pour l&rsquo;\u00e9t\u00e9 dans ma grotte. Nicole n&rsquo;attendait qu&rsquo;une chose, c&rsquo;est que je lui redemande les sous que je lui avais pr\u00eat\u00e9s \u00e0 Secunderabad. Non seulement ceux-l\u00e0, mais elle m&rsquo;en aurait donn\u00e9 autant que j&rsquo;en aurais voulu tant est sans limite sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. Seulement elle se serait \u00e9cri\u00e9e : \u00ab Vous voyez que vous avez besoin d&rsquo;argent&#8230; Vous voyez que vous ne pouvez pas vous passer d&rsquo;argent \u00bb. Elle aurait fait la nique \u00e0 la M\u00e8re Divine, ce qui m&rsquo;e\u00fbt \u00e9t\u00e9 insupportable et \u00e0 elle aussi. Aussi, je n&rsquo;achetais rien et je suis revenu les bras ballants, presque \u00e0 la col\u00e8re des douaniers. Mais la M\u00e8re Divine est insurpassable en surprise. Dans les quinze jours qui ont suivi mon retour, un petit fr\u00e8re qui \u00e9tait rest\u00e9 \u00e0 Pondich\u00e9ry deux ans au Coll\u00e8ges fran\u00e7ais au titre de la Coop\u00e9ration, m&rsquo;a rapport\u00e9 ce que exactement j&rsquo;avais souhait\u00e9, avec, en plus, une bouteille de rhum \u00e0 laquelle je n&rsquo;aurais jamais pens\u00e9. Ma M\u00e8re exclusive pensait sans doute que je ne devais pas me charger de fardeaux ext\u00e9rieurs. Les douaniers n&rsquo;ont pas vu que je rapportais quelques amibes. Mais quelqu&rsquo;un m&rsquo;a dit que dans ma grotte j&rsquo;aurai vite fait de les faire mourir d&rsquo;indigestion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>LE RASOIR DE LA M\u00c8RE DIVINE<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Au cours de mon voyage, j&rsquo;ai perdu mon paquet de recharges de rasoir. Et ma derni\u00e8re lame n&rsquo;en pouvait plus. Et il ne me restait plus que deux roupies. Or la recharge de 5 lames co\u00fbtait 5 roupies. Je parcours tous les magasins et personne ne voulut me vendre une seule lame pour une roupie. On aurait dit que tous les marchands de Delhi s&rsquo;\u00e9taient donn\u00e9 le mot. Je continuais, brandissant le manche de mon rasoir sans lame et suppliant qu&rsquo;on me vende une lame pour une roupie. A la fin je dis \u00e0 M\u00e8re Divine en plein centre de la ville : \u00ab Si Nicole me voit arriver \u00e0 l&rsquo;a\u00e9roport mal ras\u00e9, c&rsquo;est \u00e0 toi qu&rsquo;elle va s&rsquo;en prendre; elle me dira : \u00ab Votre M\u00e8re Divine dont vous dites qu&rsquo;elle s&rsquo;occupe de vous de A jusqu&rsquo;\u00e0 Z, eh bien ! il y a des choses qui Lui \u00e9chappent&#8230;\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ma pri\u00e8re n&rsquo;\u00e9tait pas finie qu&rsquo;un jeune homme, qui avait assist\u00e9 chez le dernier marchand \u00e0 ma requ\u00eate, court apr\u00e8s moi dans la rue en disant : \u00ab Il veut bien vous donner une lame pour une roupie \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>LA FAUTE ET LA PUNITION<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis arriv\u00e9 \u00e0 l&rsquo;a\u00e9roport le soir du mercredi, bien que le Boeing Alitalia ne d\u00e9collait qu&rsquo;\u00e0 5 h 45 le jeudi matin. En entrant dans la salle des pas-perdus, je remarquai un couple de fran\u00e7ais qui manifestaient du m\u00e9contentement \u00e0 propos de je ne sais quoi. Il n&rsquo;en faut pas beaucoup pour des fran\u00e7ais. Je dis en m&rsquo;installant pr\u00e8s d&rsquo;eux : \u00ab C&rsquo;est la premi\u00e8re fois que j&rsquo;entends r\u00e2ler depuis quatre semaines que je suis en Inde \u00bb. Ces deux-l\u00e0 ne connaissaient de l&rsquo;Inde que la drogue, les Kumbamelas et toutes les bizarreries dont sont si friands les m\u00e9dias. En parlant un brin avec eux, ils ont bien compris qu&rsquo;ils avaient fr\u00f4l\u00e9 sans le voir tout un autre monde et ils se sont jur\u00e9 de passer \u00e0 ma grotte pour une plus ample information. D\u00e9couvrir l&rsquo;Inde le jour du d\u00e9part \u00e0 l&rsquo;a\u00e9roport&#8230; c&rsquo;est toujours mieux que rien. C&rsquo;est ce que les th\u00e9ologiens appellent : \u00ab le bapt\u00eame in extremis \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce couple voulait \u00e0 tout prix me donner les 100 roupies qu&rsquo;il faut verser avant de quitter l&rsquo;Inde et que je n&rsquo;avais pas. Mais je refusais, et combien aveugl\u00e9ment, car je pensais que Nicole les avait pr\u00e9vues.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle les avait pr\u00e9vues, en effet, mais elle attendit au dernier moment pour m&rsquo;obliger \u00e0 les r\u00e9clamer. C&rsquo;est ce qu&rsquo;il advint. Aussi poussa-t-elle son cri de triomphe qui r\u00e9sonne encore dans tout l&rsquo;a\u00e9roport de New-Delhi : \u00ab Vous voyez bien que vous avez besoin d&rsquo;argent ! \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;\u00e9tais si honteux et contrari\u00e9 de ma faille que lorsque l&rsquo;officier lui demanda quel c\u00f4t\u00e9 elle voulait occuper dans l&rsquo;avion : fumeur ou non-fumeur, et qu&rsquo;elle choisit non-fumeur, je demandai pour moi le c\u00f4t\u00e9 fumeur bien que je ne fume pas plus qu&rsquo;elle. Mais l\u00e0 j&rsquo;ai exag\u00e9r\u00e9 et j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 puni imm\u00e9diatement. Au-dessus de ma t\u00eate il y avait un ventilateur invisible point\u00e9 en plein sur ma gorge et j&rsquo;ai attrap\u00e9 une extinction de voix qui a d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 en grippe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">A Rome on se retrouve et Nicole m&rsquo;offre un expresso qui ne me rend pas ma voix. Elle me demande gentiment ce que je vais faire en arrivant \u00e0 Nice. Je lui r\u00e9ponds que je n&rsquo;ai rien d&rsquo;autre \u00e0 faire que de rentrer dans ma grotte. Je sentais bien qu&rsquo;elle attendait que je lui demande des sous pour aller de l&rsquo;a\u00e9roport \u00e0 Roquebrune. Mais je m&rsquo;en suis bien gard\u00e9 et la M\u00e8re Divine guettait si j&rsquo;allais tenir bon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme j&rsquo;avais encore choisi le c\u00f4t\u00e9 fumeur, je me trouvais tout au fond et le dernier dans le petit Boeing entre Rome et Nice. Je suis donc sorti bien avant Nicole qui \u00e9tait tr\u00e8s charg\u00e9e mais qui ne voulait absolument pas que je l&rsquo;aide \u00e0 porter ses sacs, alors que moi je n&rsquo;avais rien. Sortant le premier presque en volant aussi vite que l&rsquo;avion et passant \u00e0 la douane, je vois encore le douanier stup\u00e9fait de voir la photo du Pape sur la mienne, dans mon passeport, et, les bras ballants, il m&rsquo;a suivi des yeux au point que je crois bien que celui qui venait derri\u00e8re moi est pass\u00e9 sans contr\u00f4le. Une jeune dame qui venait nous chercher a d\u00fb se contenter de mon sourire et je suis parti \u00e0 pied \u00e0 la gare&#8230; 10 kilom\u00e8tres, en coupant \u00e0 travers la ville.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Une fois sur le quai, je vois un train de Paris en partance et je demande \u00e0 un contr\u00f4leur avec ma voix \u00e9teinte : \u00ab J&rsquo;arrive de l&rsquo;Inde, je n&rsquo;ai pas un sou, j&rsquo;ai attrap\u00e9 une extinction de voix dans le Boeing Alitalia&#8230; est-ce que vous me permettez de monter sans billet, car je suis press\u00e9 de rentrer chez moi ? \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le contr\u00f4leur en mettant ses mains aux hanches s&rsquo;\u00e9crie : \u00ab Vous avez attrap\u00e9 une extinction de voix dans un Boeing italien&#8230; montez vite dans notre train qui est bien plus confortable que les Boeings italiens\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutefois, dans le wagon, un autre contr\u00f4leur, pourtant au courant, est venu v\u00e9rifier mon passeport et, comme j&rsquo;avais toujours la souche du billet d&rsquo;avion de 5 250 F, il n&rsquo;a pu croire que j&rsquo;\u00e9tais un indigent et il m&rsquo;a fait signer une feuille o\u00f9 je m&rsquo;engageais \u00e0 payer plus tard. Je fis de m\u00eame avec le chauffeur du car. Celui-ci me dit d&rsquo;un air bourru : \u00ab Allez-vous asseoir ! \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">De retour \u00e0 ma grotte, je me suis empress\u00e9 de sculpter un crucifix. Le Cur\u00e9 de Ch\u00e2teau-Salins est venu d\u00eener et s&rsquo;est trouv\u00e9 l\u00e0 avec une autre personne qui le lui a offert et qui m&rsquo;a donn\u00e9 le prix du billet que je devais \u00e0 la S.N.C.F. Au lieu de prendre les sous, je lui ai donn\u00e9 le mandat. Puis une autre personne m&rsquo;a laiss\u00e9 un autre billet que j&rsquo;ai gliss\u00e9 dans une enveloppe en marquant dessus : \u00ab FORUM CAR \u00bb ; \u00e0 remettre au chauffeur qui faisait le service entre Saint-Rapha\u00ebl et Draguignan, le jeudi 21 avril, \u00e0 20 h. D\u00e8s le lendemain, cinq gosses de 12 ans montent \u00e0 ma grotte du Muy. L&rsquo;un d&rsquo;eux voit l&rsquo;enveloppe sur la table et dit \u00e0 son copain : \u00ab C&rsquo;est l\u00e0 que mon p\u00e8re travaille \u00bb. Je lui dis : \u00ab Qu&rsquo;est-ce que tu dis ? \u00bb. Il reprend : \u00ab Je dis que mon p\u00e8re travaille \u00e0 Forum-Car, il est chauffeur du car\u00a0\u00bb. &#8211; \u00ab Comment est-il fait, ton p\u00e8re ? \u00bb &#8211; \u00ab Il est gros, chauve, avec des lunettes&#8230; \u00bb. \u2014 \u00ab Eh bien! prends cette lettre, elle est justement pour ton p\u00e8re\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Jusqu&rsquo;au bout la M\u00e8re Divine a tout fait. Elle a utilis\u00e9 Nicole comme rampe de lancement pour m&rsquo;apprendre \u00e0 marcher sur l&rsquo;eau sans petit bateau. Mais il ne faut pas me demander de dire merci. Ma reconnaissance est sans borne, mais elle va toute \u00e0 la M\u00e8re Divine et il ne reste pas une pi\u00e9cette dans mes tiroirs pour les interm\u00e9diaires. Si quelqu&rsquo;un souffre de mon manque de reconnaissance, il n&rsquo;a qu&rsquo;\u00e0 se r\u00e9fugier dans les bras de la M\u00e8re Divine, l\u00e0 o\u00f9 elle d\u00e9borde, et il en aura par-dessus la t\u00eate. Gandhi n&rsquo;a pas dit merci aux Anglais quand ils ont \u00ab donn\u00e9 \u00bb l&rsquo;ind\u00e9pendance aux Indiens. Il a souri. Il n&rsquo;y a pas de petits ni de gros mercis pour celui qui vit dans une action de gr\u00e2ce \u00e9ternelle. Le petit intouchable dans mes bras ne m&rsquo;a pas remerci\u00e9, c&rsquo;est moi qui le remercie et je n&rsquo;aurai jamais fini de le faire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant mon absence, la grotte n&rsquo;a pas cess\u00e9 de ch\u00e9rir ses occupants. Paul est arriv\u00e9 aussit\u00f4t apr\u00e8s mon d\u00e9part. Il ne me connaissait pas, si ce n&rsquo;est par une \u00e9mission de France-Culture. Les habitu\u00e9s qui sont mont\u00e9s le voir l&rsquo;ont trouv\u00e9 si sympathique qu&rsquo;ils l&rsquo;ont encourag\u00e9 \u00e0 rester jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e d&rsquo;un autre de la Sainte-Baume. Quand je suis arriv\u00e9, Philippe le Majeur avait fait un g\u00e2teau, Jacques le Mineur avait mis des fleurs, Michel, pos\u00e9 un cierge pascal, et Simone, une bouteille de calva.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, h\u00e9las ! aussi des billets sur la table qui renfor\u00e7aient bien ma croyance que toute la mis\u00e8re n&rsquo;est pas dans le pays d&rsquo;o\u00f9 je venais : Johan s&rsquo;est suicid\u00e9&#8230; Emmanuel est mort d&rsquo;une overdose&#8230; Jean-Louis a fait une d\u00e9pression&#8230; Fernande se plaint de mes coups de patte&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>POUR FINIR<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le don lib\u00e8re celui qui donne, mais il peut asservir celui qui re\u00e7oit si celui-ci d\u00e9shonore le donateur en supposant qu&rsquo;il attend quelque chose en retour, ne serait-ce qu&rsquo;un merci. Et celui qui attend un merci se disqualifie. On chercherait en vain un merci de J\u00e9sus, dans l&rsquo;\u00c9vangile, adress\u00e9 \u00e0 quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre qu&rsquo;au P\u00e8re. Tout merci ne s&rsquo;adresse qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ego, le voleur. Et si quelqu&rsquo;un se lib\u00e8re de l&rsquo;ego, un merci lui appara\u00eet comme un produit d&#8217;embaumement qu&rsquo;on montrerait \u00e0 un ressuscit\u00e9. Le huiti\u00e8me v\u0153u de Gandhi, Swadeshi, est bas\u00e9 sur ce principe. Il pr\u00e9conise l&rsquo;ind\u00e9pendance vis-\u00e0-vis des syst\u00e8mes \u00e9tablis, \u00c9tats, Gouvernements, S\u00e9curit\u00e9 Sociale. Tout cela voulant assujettir au maximum leurs administr\u00e9s. Les meilleurs indiens qui s&rsquo;inspirent de ces principes refusent l&rsquo;aide \u00e9trang\u00e8re qui rend d\u00e9pendant et qui est la cause de la mont\u00e9e des prix. (Les vieilles r\u00e8gles monastiques b\u00e9n\u00e9dictines.) Bien s\u00fbr, le rejet du merci et de la reconnaissance horizontale n&rsquo;est pas valable dans le monde du commerce et de l&rsquo;attachement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le th\u00e8me larmoyant de la mis\u00e8re, de la faim, de la mendicit\u00e9, qui revient si souvent dans les m\u00e9dias et aux portes de nos \u00e9glises, r\u00e9pugne aux indiens spirituels. C&rsquo;est une propagande ou ignorante ou hypocrite qui veut faire croire que seuls les chr\u00e9tiens sont l\u00e0 pour corriger un monde qui, refusant le christianisme, est condamn\u00e9 \u00e0 en \u00eatre bien puni. Il y a plein de nourriture en Inde, plein d&rsquo;\u0153uvres charitables, des milliers comme celle de M\u00e8re Theresa. J&rsquo;en ai visit\u00e9 et rapport\u00e9 des documents. Dans certaines gares il y a un kiosque avec un moine hindou pour tous renseignements de ce genre. Mais quel europ\u00e9en le verra s&rsquo;il n&rsquo;est accompagn\u00e9 d&rsquo;un indien ? Les disciples de Vinoba se r\u00e9pandent dans les contr\u00e9es volontairement inaccessibles aux occidentaux, \u00e0 cause de leur manque de moralit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne parle pas de la faim \u00e9pid\u00e9mique qui comme un incendie ou une inondation s&rsquo;\u00e9tend soudain dans une contr\u00e9e \u00e0 laquelle il convient de voler au secours. Je parle de la faim individuelle qui, quand elle existe vient surtout d&rsquo;un manque de g\u00e9nie de celui qui la subit. C&rsquo;est donc \u00e0 celui-l\u00e0 qu&rsquo;il faut s&rsquo;en prendre. Tous les restaurants, les Temples sont \u00e0 la disposition des estomacs creux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le mendiant qui, m\u00fb par son avidit\u00e9, passe son temps \u00e0 courir de-ci de-l\u00e0 apr\u00e8s les gens, n&rsquo;\u00e9tant jamais \u00e0 sa vraie place, rate ce qui lui est destin\u00e9. Celui-l\u00e0 peut manquer parfois du n\u00e9cessaire. Celui qui attend assis est plus intelligent, il est l\u00e0 pour recevoir sa ration. Mais celui qui ne compte sur personne, ne demande rien, sourit \u00e0 tous, on court apr\u00e8s lui pour le combler. C&rsquo;est un moine ou l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;un moine. Il est comme un enfant qui n&rsquo;ouvre les l\u00e8vres que quand il sent le t\u00e9tin les \u00e9carter. A lui l&rsquo;abondance et le superflu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela est \u00e9crit dans tous les livres et psaumes de sagesse. Vivekananda, avec tous les Papes, dit : \u00ab Celui qui se purifie dans la solitude fait plus pour le monde qu&rsquo;un bataillon de pr\u00e9dicateurs \u00bb. Toute aide sociale accompagn\u00e9e de plainte est une calamit\u00e9 plus grande que celle vers laquelle elle court. Qui met du colorant rouge sur sa langue quand c&rsquo;est le foie qu&rsquo;il faut purifier ? Qui pommade ses furoncles quand c&rsquo;est le sang qu&rsquo;il faut d\u00e9sinfecter ? C&rsquo;est pourtant ce qu&rsquo;on aime faire pour le corps physique du monde. Si des pustules apparaissent l\u00e0-bas, le rem\u00e8de n&rsquo;est pas \u00e0 poser l\u00e0-bas. La mis\u00e8re para\u00eet dans un endroit. Le rem\u00e8de est \u00e0 appliquer dans un autre. Et si je commen\u00e7ais par moi !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me tais et garde tout dans mon c\u0153ur, comme on le dit de Celle qui s&rsquo;est tellement identifi\u00e9e \u00e0 la M\u00e8re Divine qu&rsquo;Elle en porte le nom. A Elle la gloire et l&rsquo;honneur et l&rsquo;action de gr\u00e2ce dans les si\u00e8cles des si\u00e8cles. Amen.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur Fr\u00e8re Antoine <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Fr%C3%A8re_Antoine_%28ermite%29\">http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Fr%C3%A8re_Antoine_%28ermite%29<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>N\u00e9 Louis Chauvel en 1923, originaire de la Mayenne, Fr\u00e8re Antoine est un ancien novice cistercien, qui s&rsquo;est \u00e9tabli comme ermite dans une grotte du Rocher de Roquebrune-sur-Argens, dans le Var (France), depuis 1966. Il a effectu\u00e9 de nombreux voyages en Inde o\u00f9 il soutient des projets m\u00e9dicaux destin\u00e9s aux enfants.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em> <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Sa spiritualit\u00e9, inspir\u00e9e principalement des traditions chr\u00e9tienne et indienne, pr\u00f4ne l&rsquo;asc\u00e8se, la pri\u00e8re et la m\u00e9ditation constantes.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em> <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Il est l&rsquo;auteur de plusieurs ouvrages, dans lesquels l&rsquo;humour a une place essentielle<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<hr style=\"text-align: justify;\" size=\"1\" \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Note de la R\u00e9daction.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De mon voyage en Inde je ne relaterai que les r\u00e9cits o\u00f9 il m&rsquo;a sembl\u00e9 que Dieu, sous son aspect providentiel de M\u00e8re, est intervenu quand, cach\u00e9 en Elle, je jouais \u00e0 faire corps avec Elle. Ce n&rsquo;est pas que je fasse fi des autres aspects du rapport entre l&rsquo;\u00e2me et Dieu que les religions mettent \u00e0 la disposition des croyants pour leur satisfaction, je cite seulement celui qui m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 octroy\u00e9 et qui me b\u00e9atifie sans condition.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[600],"tags":[1347],"class_list":["post-3852","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-frere-antoine","tag-spiritualite"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.0 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Mes dix derniers jours pass\u00e9s en inde par le fr\u00e8re Antoine - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/mes-dix-derniers-jours-passes-en-inde-par-le-frere-antoine\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Mes dix derniers jours pass\u00e9s en inde par le fr\u00e8re Antoine - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"De mon voyage en Inde je ne relaterai que les r\u00e9cits o\u00f9 il m&#039;a sembl\u00e9 que Dieu, sous son aspect providentiel de M\u00e8re, est intervenu quand, cach\u00e9 en Elle, je jouais \u00e0 faire corps avec Elle. 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