{"id":4317,"date":"2010-08-27T03:46:51","date_gmt":"2010-08-27T02:46:51","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=4317"},"modified":"2011-10-01T01:38:53","modified_gmt":"2011-10-01T00:38:53","slug":"je-devant-la-vie-et-la-mort-par-maurice-lambilliotte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/je-devant-la-vie-et-la-mort-par-maurice-lambilliotte\/","title":{"rendered":"Je, devant la Vie et la Mort&#8230; par Maurice Lambilliotte"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">(Revue Synth\u00e8ses. No 200. Janvier 1963)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est aussi dangereux que vain, de parler de \u00ab l&rsquo;Homme \u00bb. Pierre Abraham, directeur de la revue Europe, disait nagu\u00e8re aux Rencontres Internationales de Gen\u00e8ve, que s&rsquo;il \u00e9tait un jour dictateur, son premier d\u00e9cret serait de supprimer les substantifs abstraits.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est en m&rsquo;inspirant de ces consid\u00e9rations, que j&rsquo;ai \u00e9crit en t\u00eate de cet article, \u00ab je \u00bb, m\u00eame s&rsquo;il est ha\u00efssable, au lieu de \u00ab l&rsquo;Homme \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 \u2014 ce n&rsquo;est pas la premi\u00e8re fois \u2014 d&rsquo;une angoisse assez tyrannique de la mort, exprim\u00e9e par un collaborateur de Synth\u00e8ses: Victor Novella, dans un r\u00e9cent article<a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>, \u00e0 propos de loges ma\u00e7onniques et de certains confrontations assez inattendues de points de vue qui y auraient lieu. Victor Novella termine son article en \u00e9voquant \u00ab le plus grand mal \u00bb, celui qui, pour lui, reste le grand probl\u00e8me de l&rsquo;humanit\u00e9: la Mort. M\u00eame Adam Schaff qui, dit-il, dans Synth\u00e8ses, a os\u00e9 y confronter lui aussi, le marxisme, ne lui a pas trouv\u00e9 de solution plus acceptable que ne l&rsquo;avait fait avant lui Platon. \u00ab Aucun Atelier Ma\u00e7onnique, conclut Novella, n&rsquo;invitera la Mort \u00e0 l&rsquo;entretenir des probl\u00e8mes qu&rsquo;elle pose. Car la Mort n&rsquo;est pas un interlocuteur loyal, elle a toujours le dernier mot ici-bas. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Faut-il voir dans cette chute rh\u00e9torique, une ironie ou une ranc\u0153ur ? je ne chercherai pas \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 cette question. La Mort est un fait. C&rsquo;est aussi un mot. La Mort ne peut r\u00e9pondre \u00e0 des questions qu&rsquo;elle-m\u00eame ne pose pas. C&rsquo;est toujours \u00e0 l&rsquo;homme qu&rsquo;il faut donc revenir. C&rsquo;est \u00ab je \u00bb, c&rsquo;est vous, c&rsquo;est moi, c&rsquo;est chacun de nous et nous tous qui \u00e9prouvons l&rsquo;angoisse ou, pour certains, l&rsquo;absurde de la mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais n&rsquo;est-ce pas l\u00e0 le type m\u00eame du faux probl\u00e8me? Et n&rsquo;est-ce pas notre mental, notre intelligence mobilis\u00e9e et qui toujours \u00e9labore un monde de concepts, de formules, de structures, qui une fois de plus, doit \u00eatre ici mis en cause?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C.G. Jung, qui pourtant est all\u00e9 tr\u00e8s loin dans la psychologie des profondeurs, n&rsquo;a pas pu r\u00e9pondre lui non plus, \u00e0 ce probl\u00e8me de la mort. Il a par contre pos\u00e9 mieux que quiconque, celui du mental, de ses carences et de ses facteurs de d\u00e9formation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Dr Roland Cahen qui a remarquablement traduit l&rsquo;\u0153uvre du vieux ma\u00eetre de Zurich, l&rsquo;a servi en exprimant quant il le fallait, certaines r\u00e9serves. Il vient de publier chez Buchet-Chastel<a href=\"#_ftn2\">[2]<\/a> ce qu&rsquo;il me dit dans son aimable d\u00e9dicace, \u00eatre le \u00ab supr\u00eame message du vieux Sage disparu \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne parlerai pas ici, des polarisations excessives de C.G. Jung, \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de certains aspects politiques du monde en devenir. Au surplus, Roland Cahen en rectifie lui-m\u00eame chaque fois le manich\u00e9isme un peu sommaire. Mais ceci dit, quelle richesse, quelle substantifique moelle dans la conscience qu&rsquo;eut C.G. Jung de l&rsquo;intelligence, plus exactement de l&rsquo;intellectualit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Si je veux comprendre l&rsquo;homme individuel, \u00e9crit C.G. Jung, je dois laisser de c\u00f4t\u00e9 toute la connaissance scientifique que j&rsquo;ai de l&rsquo;homme moyen, renoncer \u00e0 toute th\u00e9orie, pour m&rsquo;ouvrir autant que faire se peut, \u00e0 une confrontation nouvelle et sans pr\u00e9jug\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Et plus loin: \u00ab Une culture scientifique dans son principe, repose pour l&rsquo;essentiel, sur les v\u00e9rit\u00e9s statistiques, et sur des connaissances abstraites; elle nous transmet par cons\u00e9quent, une conception des choses rationnelles et ce, en marge du r\u00e9el concret, au sein de laquelle le cas individuel est raval\u00e9 au rang fictif de ph\u00e9nom\u00e8ne marginal. Or, c&rsquo;est l&rsquo;individu qui, en tant que donn\u00e9e rationnelle est le v\u00e9ritable porteur de r\u00e9alit\u00e9. C&rsquo;est dire que c&rsquo;est l&rsquo;individu qui est l&rsquo;homme concret, par opposition \u00e0 l&rsquo;homme normal ou \u00e0 l&rsquo;homme id\u00e9al qui, lui, est une abstraction, cette abstraction \u00e9tant la seule base des formulations scientifiques\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne sais si des savants appr\u00e9cieront le courage d&rsquo;un homme qui restitue l&rsquo;humain \u00e0 sa r\u00e9alit\u00e9 essentiellement et m\u00eame strictement individuelle. C&rsquo;est apr\u00e8s la lecture de telles affirmations si simples et si justes, qu&rsquo;il m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 impossible de me servir encore pour les propos que je veux exposer, de mots tels que homme ou humanit\u00e9. Encore que ce dernier terme ait une substance que n&rsquo;a certainement pas le premier. Et c&rsquo;est pourquoi, si ha\u00efssable qu&rsquo;on l&rsquo;ait dit, j&rsquo;ai voulu faire entendre que c&rsquo;est notre \u00ab je \u00bb personnel, notre \u00ab je \u00bb incarn\u00e9 et vivant qui seul et en r\u00e9alit\u00e9, est confront\u00e9 \u00e0 la vie dans sa r\u00e9alit\u00e9 la plus totale, et naturellement aussi \u00e0 la mort qui, elle m\u00eame, n&rsquo;est qu&rsquo;un avatar purement individuel, m\u00eame s&rsquo;il est fatal et universel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Entre l&rsquo;homme notion, r\u00e9sultat statistique (l&rsquo;homme moyen) ou simple concept, et l&rsquo;homme qui vit, le \u00ab je \u00bb fr\u00e9missant, souffrant, s&rsquo;exaltant, se d\u00e9sesp\u00e9rant pour se ressaisir, il y a ce qui s\u00e9pare l&rsquo;image morte, incapable d&rsquo;incantation, du r\u00e9el en train de se vivre. Le \u00ab je \u00bb est visc\u00e9ral et mental. Je est le lieu o\u00f9 la vie est en chacun de nous. Il est notre subjectivit\u00e9 vivante. La vie s&rsquo;\u00e9prouve avant qu&rsquo;elle ne cherche \u00e0 l&rsquo;exprimer. Tout ce que nous ressentons, ce qui se propose \u00e0 nous, nos intuitions, nos pens\u00e9es, nos volont\u00e9s, nos actes, toutes nos prises de conscience sont avant tout, avant de devenir autre chose, que parfois nous r\u00e9v\u00e9rons ou que nous souhaitons qu&rsquo;on admire, dont nous attendons qu&rsquo;elles puissent \u00eatre communiqu\u00e9es, des \u00ab moments vivants \u00bb. On l&rsquo;oublie trop. On en arrive \u00e0 faire ainsi m\u00eame de ces actes de vie, des abstractions, du \u00ab mat\u00e9riau \u00bb d&rsquo;id\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales. A croire que la vie ne se dignifie, que quand elle est traduite en cette forme: celle d&rsquo;id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale, de notion, de concept.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La premi\u00e8re r\u00e9volution qui s&rsquo;imposera, sera, \u00e0 mon sens, la mise au mus\u00e9e de tout ce qui est notionnel: philosophie, th\u00e9ologie, id\u00e9ologie. Il faut apprendre \u00e0 re-sentir l&rsquo;homme, l&rsquo;humain en chacun de nous, non comme une notion, ni surtout comme un absolu, mais dans sa r\u00e9alit\u00e9 complexe, m\u00eame confuse, mais vivante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment situer ici, celte angoisse panique de la mort? Que peut signifier la mort, pour quelqu&rsquo;un qui est en voie, sinon la perte de cet \u00e9tat, mais sans compensation intellectuelle, ni spirituelle autre que celles que, vivant, nous nous sommes donn\u00e9es? La peur de la mort est r\u00e9elle<a href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>. Les animaux l&rsquo;\u00e9prouvent. Faire de la mort le mal supr\u00eame, c&rsquo;est toutefois accorder une importance excessive \u00e0 l&rsquo;existence, et c&rsquo;est surtout faire de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;homme, un \u00e9tat privil\u00e9gi\u00e9, qui de ce seul fait aurait des droits: ceux de n&rsquo;en \u00eatre priv\u00e9 que par un \u00e9tat de mal ou d&rsquo;absurde, ce qui est faux. L&rsquo;insecte ne sait peut-\u00eatre pas qu&rsquo;il est mortel, Il n&rsquo;en accomplit pas moins jusqu&rsquo;au bout son m\u00e9tier d&rsquo;insecte. L&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re, qui ne dure que quelques heures n&rsquo;\u00e9prouve pas moins la pl\u00e9nitude de son \u00e9tat. Pourquoi l&rsquo;homme, qui sait qu&rsquo;il est mortel, et qu&rsquo;il partage cette condition avec tout ce qui \u00e0 ses yeux est vivant, accorde-t-il \u00e0 la mort, \u00e0 sa mort, une telle importance?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">S&rsquo;il y a une absurdit\u00e9 Plut\u00f4t humiliante pour l&rsquo;homme, n&rsquo;est-ce pas l&rsquo;importance d\u00e9mesur\u00e9e qu&rsquo;il accorde \u00e0 sa mort? Tout autant l&rsquo;imagination qui, par compensation \u00e0 un \u00e9tat difficilement supportable, lui fait se cr\u00e9er les chances, ou les possibilit\u00e9s d&rsquo;une survie. D&rsquo;une survie en tant qu&rsquo;humain, d&rsquo;une survie reli\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat humain que pourtant la mort abolit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ici, c&rsquo;est vraiment le visc\u00e9ral qui empi\u00e8te sur le sens commun et sur la raison. La peur de la mort, autre que r\u00e9flexe physique, instinct de conservation, est proprement le t\u00e9moignage d&rsquo;un stade infantile de l&rsquo;homme. Il n&rsquo;y a pas plus de plausibilit\u00e9 de la survie ult\u00e9rieure d&rsquo;un organisme, m\u00eame s&rsquo;il se dit sup\u00e9rieur, qu&rsquo;il ne peut y en avoir pour le v\u00e9g\u00e9tal ou pour l&rsquo;insecte. J\u2019irai m\u00eame plus loin, au risque de d\u00e9cevoir certains, ou de para\u00eetre abdiquer de ga\u00eet\u00e9 de c\u0153ur, un \u00e9tat de vie, une manifestation qui me fait ce que je suis. L&rsquo;humanit\u00e9 elle-m\u00eame, l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, m\u00eame si sa dur\u00e9e historique est incomparablement plus grande que celle d&rsquo;une existence individuelle, ne comporte en soi nulle assurance d&rsquo;\u00eatre plus qu&rsquo;une manifestation de vie organique sup\u00e9rieure, m\u00eame capable d&rsquo;\u00e9volution exhaustive individuelle et collective.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Je \u00bb doit admettre cela, comme chacun admet de par son exp\u00e9rience, la naissance du jour, la tomb\u00e9e de la nuit, le cours des saisons, les vicissitudes de l&rsquo;histoire. Au c\u0153ur de lui-m\u00eame, qu&rsquo;il soit en \u00e9tat personnel d&rsquo;\u00e9quilibre, de gr\u00e2ce, qu&rsquo;il per\u00e7oive dans sa plus grande pl\u00e9nitude sa condition \u2014 c&rsquo;est plut\u00f4t son \u00e9tat qu&rsquo;il faudrait dire \u2014 d&rsquo;\u00eatre, \u00ab je \u00bb, chacun de nous peut admettre, sans accuser rien ni personne, sans hurler \u00e0 l&rsquo;absurdit\u00e9, cette contingence finale de sa mort individuelle. Et par une extension logique, celle aussi de l&rsquo;esp\u00e8ce \u00e0 laquelle il appartient, \u00e0 laquelle il est reli\u00e9 dans le temps, comme il l&rsquo;est dans l&rsquo;espace.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mon propos serait aussi vain que d\u00e9cevant, s&rsquo;il ne visait qu&rsquo;\u00e0 faire admettre la non absurdit\u00e9 de la mort et s&rsquo;il cherchait \u00e0 enlever \u00e0 l&rsquo;homme son angoisse et son d\u00e9sespoir, par simple go\u00fbt de logique et de sens commun.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est tout le contraire que je voudrais faire sentir. Peut-\u00eatre pas il est vrai, par les seules voies de la \u00ab raison \u00bb, ni de la dialectique, pas non plus par un simple acte de pens\u00e9e. Et ici, je m&rsquo;inscris imm\u00e9diatement en faux contre une position de Roger Caillois<a href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>. \u00ab Seul, \u00e9crit-il, l&rsquo;Occident sait penser; qu&rsquo;aux limites du monde occidental, commence le t\u00e9n\u00e9breux royaume de la pens\u00e9e primitive, laquelle domin\u00e9e par la notion de participation, incapable de logique, est le type m\u00eame de la fausse pens\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Texte terriblement occidental dans le sens le plus p\u00e9joratif du terme. Je me demande quelle r\u00e9action il pourrait susciter sur un Levy-Strauss et son admirable d\u00e9couverte de la \u00ab pens\u00e9e sauvage \u00bb, qui n&rsquo;en est pas pour autant un t\u00e2tonnement intellectuel barbare, indigne des civilis\u00e9s que se pr\u00e9tendent orgueilleusement certains d&rsquo;entre nous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment en effet,\u00a0 \u00e0 la participation que je vais faire appel et non \u00e0 la notion de participation incapable de logique, comme le d\u00e9nonce en v\u00e9ritable grand inquisiteur, Roger Caillois. Comme si la logique \u00e9tait en soi un absolu sup\u00e9rieur et un sommet de quelque \u00e9chelle des valeurs. C&rsquo;est l&rsquo;angoisse devant la mort qui est illogique. Elle proc\u00e8de d&rsquo;une mauvaise appr\u00e9ciation des facult\u00e9s de conscience et du potentiel qui les engendre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Car pourquoi le je de chacun de nous a-t-il une telle vigueur, une telle pr\u00e9sence? Qu&rsquo;est-ce qui le constitue, ou de quoi est-il le support, sinon de ce potentiel de conscience? Descartes a dit: je pense, donc je suis. C&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 franchir une \u00e9tape. Je sens que je vis, je sens que j&rsquo;existe, je sens que je suis. La perception d&rsquo;\u00eatre est un acte \u00e9l\u00e9mentaire, un acte de conscience.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il serait difficile d&rsquo;en expliquer la gen\u00e8se. Est-ce nous qui pensons? Est-ce nous qui objectivons le monde, la vie? Ne sommes-nous que des r\u00e9cepteurs d&rsquo;une facult\u00e9 \u00e9tonnante, celle de la conscience et de toutes ses manifestations? Sur un tel sujet vraiment privil\u00e9gi\u00e9, les scolastiques eussent pu ouvrir \u00e9tonnants d\u00e9bats. Peut-\u00eatre la science nous r\u00e9pondra-t-elle un jour \u00e0 cette question. En attendant, utilisons sans complexes inutiles, les \u00ab moyens du bord \u00bb, que nous fournit la conscience: prise de conscience, intuition; tribunal int\u00e9rieur, au niveau duquel nous op\u00e9rons nos choix. Ces choix qui sont \u2014 au moins autant que le langage \u2014 l&rsquo;honneur de l&rsquo;homme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Et puisqu&rsquo;aussi bien on est r\u00e9duit en cette mati\u00e8re \u00e0 des hypoth\u00e8ses, pourquoi se priver de leur concours, au moment o\u00f9 la science y recourt sans cesse et sans le moindre scrupule?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour moi \u2014 et j&rsquo;insiste sur le c\u00f4t\u00e9 personnel de cette affirmation\u00a0 \u2014 le potentiel de conscience qui traduit des forces psychiques \u2014 encore que ce mot ne veuille rien dire, et ne soit gu\u00e8re plus valable que le langage des m\u00e9decins de Moli\u00e8re, \u2014 pour moi donc, le potentiel de conscience peut se traduire dans deux voies d\u00e9tectables.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je prends conscience du fait d&rsquo;\u00eatre \u00e0 la vie, d&rsquo;\u00eatre vivant. Je prends conscience du monde int\u00e9rieur qu&rsquo;implique cet \u00e9tat d&rsquo;\u00eatre, mais tout autant et appel\u00e9 d&rsquo;ailleurs avec quelle v\u00e9h\u00e9mence constante, \u00e0 le faire, du monde au sein duquel j&rsquo;existe. Ce monde que mes sens per\u00e7oivent, je l&rsquo;objective, m\u00eame s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;intuitions subtiles. Je l&rsquo;exprime en termes que requiert une communication valable avec les autres. Je me r\u00e9jouis du \u00ab consensus \u00bb que recueillent ces objectivations formul\u00e9es. J\u2019en d\u00e9gage les rapports et j&rsquo;en d\u00e9couvre le m\u00e9canisme que je qualifie de logique. Toute cette part de conscience est pour moi \u00e0 la source de cette intelligence, de cette raison. De la science aussi, avec ses exigences de rigueur et de v\u00e9rification.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus je d\u00e9veloppe cette part de conscience et plus clairement, plus logiquement, plus raisonnablement, je me sens reli\u00e9 au monde. A un point tel, que j&rsquo;arrive \u00e0 confondre cette traduction du monde en termes intelligibles, rationnels, logiques et scientifiques, avec la structure m\u00eame de la r\u00e9alit\u00e9. Il est bien naturel que l&rsquo;activit\u00e9 intellectuelle, cette conscience r\u00e9flexive donne \u00e0 l&rsquo;individu, \u00e0 l&rsquo;humain, le sentiment, sinon l&rsquo;orgueil d&rsquo;\u00eatre un v\u00e9ritable d\u00e9miurge. Normal aussi, que chacun de nous en arrive \u00e0 penser et jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence, que la r\u00e9alit\u00e9 est cette projection intellectuelle, si solidement \u00e9tay\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le sens critique, l&rsquo;interrogation sur la valeur de ces m\u00e9canismes de connaissance, devraient peut-\u00eatre coller davantage \u2014 l&rsquo;acte de conscience \u2014 \u00e0 l&rsquo;acte de prise de conscience, d&rsquo;o\u00f9 tout proc\u00e8de au d\u00e9part. L&rsquo;exp\u00e9rience d\u00e9montre qu&rsquo;il n&rsquo;en est rien. Le sens critique ne s&rsquo;exerce avec rigueur et vigueur qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de ce qui n&rsquo;est point rationnel, ni logique. S&rsquo;agit-il d&rsquo;une infirmit\u00e9 cong\u00e9nitale de l&rsquo;appareil mental, qui s&rsquo;en remet \u00e0 la raison et \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience? C&rsquo;est possible. Le fait est ind\u00e9niable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me suis demand\u00e9 parfois si le p\u00e9ch\u00e9 \u2014 qu&rsquo;\u00e9voque la parabole de l&rsquo;arbre de la science \u2014 n&rsquo;\u00e9tait pas pr\u00e9cis\u00e9ment cette souverainet\u00e9 jalouse de l&rsquo;intelligence qui, pour se faire intelligible et socialement communicable, a d\u00fb \u00e0 un moment de son exercice \u00ab\u00a0objectiver \u00bb. Bergson d\u00e9j\u00e0, s&rsquo;\u00e9tait \u00e9tonn\u00e9 de l&rsquo;importance que l&rsquo;on continuait \u00e0 attribuer \u00e0 des images, valables sans doute, mais saisies et immobilis\u00e9es hors d&rsquo;un contexte vivant qui, comme tel, poursuit sa route, laissant l&rsquo;image aux mains de qui l&rsquo;a saisie, et tant mieux si l&rsquo;image ainsi retir\u00e9e reste suffisamment signifiante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant d\u00e8s l&rsquo;instant o\u00f9, pour les besoins de l&rsquo;intelligence et de sa poursuite indiscutablement f\u00e9conde, j&rsquo;ai objectiv\u00e9, j&rsquo;ai formul\u00e9, j&rsquo;ai ensuite analys\u00e9, j&rsquo;ai d\u00e9couvert des rapports logiques, n&rsquo;ai-je pas p\u00e9ch\u00e9 contre la vie, qui est mouvement ininterrompu? N&rsquo;ai-je pas extrait d&rsquo;un contexte, non seulement vivant, mais terriblement complexe, une image, une prise de vue, une prise de conscience, comme on \u00e9pingle un papillon. Le papillon est certes bien r\u00e9el, mais il est mort. Ce qui le faisait papillon c&rsquo;\u00e9tait aussi l&rsquo;instant de son vol, la couleur de la lumi\u00e8re, la chaleur et tant d&rsquo;autres facteurs dont les entomologistes ne se soucient gu\u00e8re, tout au moins dans le cas de ce papillon \u00e9pingl\u00e9 qui pourra se pr\u00eater d\u00e9sormais \u00e0 toutes les classifications, analyses, dont je ne nie d&rsquo;ailleurs pas la valeur, ni l&rsquo;int\u00e9r\u00eat scientifique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le moment o\u00f9 l&rsquo;entomologiste a \u00e9pingl\u00e9 son papillon n&rsquo;est-il pas comparable au moment o\u00f9 une prise de conscience a d\u00fb s&rsquo;objectiver pour devenir vraiment intellectuelle? Les lettres de noblesse acquises d\u00e8s cet instant, le sont \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la pens\u00e9e, voire de la science. Le sont-elles autant \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la vie, dont nous ne savons que peu de chose, sinon qu&rsquo;elle est infiniment complexe, et qu&rsquo;elle poss\u00e8de apparemment une unit\u00e9, disons cong\u00e9nitale? Le \u00ab p\u00e9ch\u00e9 contre l&rsquo;esprit \u00bb s&rsquo;amorcerait-il \u00e0 ce moment o\u00f9 nous sacrifions inconsciemment ou d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment la vie, pour nous traduire dans l&rsquo;ordre intellectuel? S&rsquo;il en \u00e9tait ainsi, toutes les religions positives auraient commis ce p\u00e9ch\u00e9 et la noblesse de leurs fins moralisantes ne serait pas suffisante pour les absoudre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ne serait-ce point l&rsquo;explication profonde qu&rsquo;appellerait au surplus cette \u00e9trange parole de j\u00e9sus: Mon royaume n&rsquo;est pas de ce monde. ? Les interpr\u00e9tations \u2014 sauf celles des mystiques \u2014 ne semblent pas avoir entrevu la rupture fondamentale qu&rsquo;implique une telle affirmation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le potentiel de conscience ne s&rsquo;\u00e9puise heureusement pas dans l&rsquo;activit\u00e9 intellectuelle, si n\u00e9cessaire et si f\u00e9conde puisse-t-elle \u00eatre. La th\u00e9ologie elle-m\u00eame n&rsquo;est qu&rsquo;une forme intellectuelle. Or, ce que la vie appelle \u2014 la vie unit\u00e9 et totalit\u00e9, et qui comme telle d\u00e9passe le cosmos et toute manifestation \u2014 c&rsquo;est la participation. La vie appelle \u2014 non pour la comprendre, la cerner et la traduire \u2014 mais pour ne s&rsquo;en point d\u00e9crocher, la participation. Autrement dit, la communion et l&rsquo;amour, hors desquels il n&rsquo;est ni participation, ni communion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Reprenant donc mon hypoth\u00e8se et modestement propos\u00e9e comme telle, je crois qu&rsquo;une des branches de ce potentiel de conscience peut et doit s&rsquo;exercer en participation et en communion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La participation est vivante. Elle est notre \u00e9tat d&rsquo;\u00eatre. Elle peut-\u00eatre \u2014 bien plus que l&rsquo;acte de connaissance \u2014 notre pl\u00e9nitude d&rsquo;\u00eatre. Elle peut \u00e0 tout le moins nous en donner le sentiment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s l&rsquo;instant o\u00f9, pour les besoins de la connaissance, de ses structurations, de ses formulations, nous objectivons mentalement, nous cr\u00e9ons une notion qui, dans le m\u00eame instant se d\u00e9tache de notre subjectivit\u00e9 vivante. Si intelligents que nous soyons, nous sommes ainsi amen\u00e9s \u00e0 \u00eatre en dehors de nos propres objectivations. Une certaine distanciation qui s&rsquo;\u00e9tablit entre elles et nous, entre elles et \u00ab je \u00bb, n&rsquo;est pas a priori inutile. On voit plus clairement ce dont on s&rsquo;est quelque peu \u00e9cart\u00e9. Le dialogue lui-m\u00eame implique dualit\u00e9 et distance. Ce n&rsquo;est donc nullement le proc\u00e8s de la connaissance mentale qu&rsquo;il convient de faire. Mais assur\u00e9ment, le proc\u00e8s de l&rsquo;exclusivit\u00e9 de valeur ou de droits prioritaires \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, voire \u00e0 sa recherche qu&rsquo;on est tent\u00e9 de lui attribuer. Vis-\u00e0-vis de la connaissance mentale, de l&rsquo;activit\u00e9 intellectuelle, la participation, la communion vivante au c\u0153ur de notre subjectivit\u00e9, est h\u00e9las, consid\u00e9r\u00e9e comme la parente pauvre. Elle n&rsquo;a gu\u00e8re de r\u00e9f\u00e9rences scientifiques ou rationnelles \u00e0 exhiber. Le seul qualificatif de subjectif qu&rsquo;on lui attribue, est d\u00e9j\u00e0 une mani\u00e8re de condamnation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est pourtant dans cette subjectivit\u00e9 d\u00e9cri\u00e9e, et par certains m\u00e9pris\u00e9e, que chacun de nous amorce toutes ses op\u00e9rations de connaissance. C&rsquo;est dans cette subjectivit\u00e9 qui est notre vie individuelle en acte, que surgit ou qu&rsquo;est capt\u00e9e la conscience de qui tout proc\u00e8de.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ne faut certes pas rejeter la connaissance sous pr\u00e9texte que l&rsquo;objectivation la d\u00e9croche du socle vivant d&rsquo;o\u00f9 elle a pu s&rsquo;\u00e9laborer. Il ne faut toutefois pas davantage minimiser ces \u00e9tats constants de vie subjective, cette incarnation en nous de vie, et de conscience.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Au point o\u00f9 nous en sommes, du d\u00e9veloppement d\u00e9j\u00e0 prodigieux de nos connaissances et de tout ce qu&rsquo;elles nous apportent de facteurs d&rsquo;\u00e9volution de notre habitat, et d\u00e8s lors, de transformations de nos conditions de vie, et de la condition humaine tout enti\u00e8re, il appara\u00eet\u00a0 indispensable d&rsquo;impliquer sans cesse l&rsquo;acte de vie subjectif qui nous a permis de prendre conscience, puis de conna\u00eetre, d&rsquo;appliquer ensuite nos connaissances. Mais il ne faut pas que cet univers mental, si pr\u00e9cieux qu&rsquo;il soit, nous dissimule la r\u00e9alit\u00e9 de la vie sous-jacente ni la pr\u00e9sence de ce \u00ab je \u00bb bien vivant que nous sommes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n&rsquo;est m\u00eame pas inutile \u00e0 mon sens, de poser non seulement comme une \u00e9quation \u2014 rapidement et simplement notionnelle \u2014 la double activit\u00e9 possible, du potentiel de conscience, lequel peut utilement d\u00e9river suivant les voies mentales, mais aussi s&rsquo;intensifier en attention int\u00e9rieure, en accueil et en participation lucide \u00e0 la Vie et \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;\u00eatre. Il faut opposer ces deux voies d&rsquo;expression du potentiel de conscience, comme s&rsquo;opposent deux \u00e9quipes. Mais ici, le match ne doit pas viser la victoire d&rsquo;un des camps, mais leur compl\u00e9mentarit\u00e9, leur densit\u00e9 plus grande d&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;\u00eatre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est d&rsquo;autant plus n\u00e9cessaire de consid\u00e9rer l&rsquo;importance fondamentale du r\u00f4le de la participation int\u00e9rieure, que cela peut nous amener \u00e0 poser \u00e0 nouveau le probl\u00e8me de l&rsquo;appareil de conscience, d&rsquo;o\u00f9 la connaissance \u00e9clot et dont la science se sert d\u00e8s lors, un peu trop comme d&rsquo;un instrument dont elle sous-estime ou n\u00e9glige l&rsquo;\u00e9tonnante sp\u00e9cificit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le temps approche o\u00f9 il faudra confronter, et d&rsquo;une mani\u00e8re de plus en plus syst\u00e9matique, les fruits intellectuels d&rsquo;une connaissance scientifique qui s&rsquo;amplifie, mais dont les interpr\u00e9tations sont de plus en plus fonction de la valeur intrins\u00e8que de tous les actes mentaux qui interviennent dans leur \u00e9laboration. Une science humaine qui ignorerait d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment gris\u00e9e par ses propres normes, ses logiques, ses exp\u00e9riences, la source humaine de laquelle elle \u00e9mane en chacune de ses op\u00e9rations, pourrait se laisser entra\u00eener \u00e0 de dangereuses d\u00e9rives. Plus rien ne vient mettre l&rsquo;homme en garde, (sinon ses r\u00e9flexes sociaux, une information ext\u00e9rieure), contre ce que les fruits de la science, et tout autant de la connaissance sp\u00e9culative, peuvent avoir de dangereux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n&rsquo;est pas indispensable pour autant, de r\u00e9cuser la connaissance en soi. Il peut \u00eatre cependant f\u00e9cond de diminuer de quelques degr\u00e9s, l&rsquo;admiration un peu idol\u00e2tre que certains lui vouent. Ni les sciences, dites exactes, ni surtout les philosophies (et dans ce terme nous incluons les th\u00e9ologies et tous les syst\u00e8mes du monde) ne comportent a priori, un \u00e9l\u00e9ment d\u00e9finitif qui leur conf\u00e9rerait un tabou, que le moindre doute offenserait gravement. C&rsquo;est au contraire la science et son caract\u00e8re intrins\u00e8que de relativit\u00e9 d&rsquo;interpr\u00e9tation et de permanente hypoth\u00e8se, qui peut le mieux justifier ce doute f\u00e9cond. Au demeurant, nullement n\u00e9gatif, ni le moins du monde irr\u00e9v\u00e9rencieux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l&rsquo;homme vivant, si la conscience et le \u00ab je \u00bb qui lui sert de support est li\u00e9 en ses entrailles m\u00eames, \u00e0 une fonction qui cr\u00e9e certaines valeurs, et justifie d\u00e8s lors, le cr\u00e9dit de la connaissance, n&rsquo;est-ce pas cette fonction, mais toute cette fonction, qu&rsquo;il importe d&rsquo;interroger?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;appareil mental doit \u00eatre analys\u00e9, sond\u00e9, d\u00e9mont\u00e9, parce que Je sais que c&rsquo;est dans ces op\u00e9rations que s&rsquo;op\u00e8re \u00e0 un moment donn\u00e9, la rupture avec la Vie qu&rsquo;elle, n&rsquo;est point polaris\u00e9e, m\u00eame s&rsquo;il faut polariser pour objectiver, pour exprimer et pour communiquer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">En ce moment de l&rsquo;\u00e9volution o\u00f9 rien, mais vraiment rien ne nous est effectivement \u00ab r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00bb, o\u00f9 rien ne nous est donn\u00e9 pour vrai, que selon nos propres crit\u00e8res, nous pouvons accepter les intuitions, les appels, les curiosit\u00e9s, les fruits jaillis d&rsquo;une attention concentr\u00e9e sur tel objet. Nous ne pouvons pour autant, ni par extrapolation, accepter une science solide, d\u00e9finitive, souveraine, qui pourrait se pr\u00e9tendre normative de l&rsquo;essentiel. Elle ne serait en effet, et quelle qu&rsquo;elle soit, en termes de connaissance, que la fille de cette conscience, de ce potentiel de conscience qui est d&rsquo;abord participation individuelle incarn\u00e9e, et ensuite seulement, et par des op\u00e9rations mentales qui la taillent aux dimensions de l&rsquo;intelligence moyen de connaissance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut donc avant tout, rendre \u00e0 la conscience quand elle affleure en nous, la hi\u00e9rarchie de ses propres fonctions. Il faut en tout cas admettre, que la participation pr\u00e9c\u00e8de l&rsquo;objectivation et ce qui en d\u00e9coule d&rsquo;activit\u00e9s intellectuelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La participation si directe, (qui nous unit si directement \u00e0 la vie et \u00e0 ses complexit\u00e9s), n&rsquo;est-elle pas au surplus la voie de la spiritualit\u00e9, dans la mesure m\u00eame o\u00f9 l&rsquo;on peut l&rsquo;opposer \u00e0 l&rsquo;intellectualit\u00e9? Et cette spiritualit\u00e9 n&rsquo;est-elle pas tout simplement inh\u00e9rente \u00e0 la psychologie, int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 \u00ab l&rsquo;hubris \u00bb de ce \u00ab je \u00bb qu&rsquo;est chacun de nous? Cette activit\u00e9 spirituelle ne pourrait-elle donc \u00eatre que d\u00e9duite de principes et de normes que l&rsquo;intelligence aurait d&rsquo;abord \u00e9labor\u00e9es et exprim\u00e9es?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La question est importante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle permet d&rsquo;\u00e9tablir la v\u00e9ritable fronti\u00e8re entre ce qui est mental, intellectuel et c\u00e9r\u00e9bral, et ce qui est, affrontement de la vie, par le vivant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La question est cruciale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle pose des probl\u00e8mes qui ne sont ni philosophiques, (ni th\u00e9ologiques cela va sans dire), des probl\u00e8mes qui n&rsquo;impliquent m\u00eame en rien, un \u00ab syst\u00e8me du monde \u00bb, une weltanschauung, ni m\u00eame un syst\u00e8me de valeurs, tels que certains humanistes en expriment l&rsquo;exigence. Le probl\u00e8me des voies selon lesquelles doit s&rsquo;exercer le potentiel de conscience appelle avant tout des questions de m\u00e9thode, un comportement. Pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 il est vrai d&rsquo;une \u00e9vidence admise, et m\u00eame, oui, en termes de raison voire de logique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Et puisque c&rsquo;est l&rsquo;humble \u00ab\u00a0je \u00bb qui a \u00e9t\u00e9 pos\u00e9 au d\u00e9but de cet article, je dirai que, par la participation, je sens et je sais (par apr\u00e8s), que je participe \u00e0 d&rsquo;autres dimensions que celles de la connaissance rationnelle et scientifique. Que je participe \u00e0 la vie au-del\u00e0 de ses normes spatio-temporelles. Mais aussi que ce je n&rsquo;a rien de commun avec la notion orgueilleuse et stupide de surhumain ou de surhumanit\u00e9, m\u00eame si celle-ci comporte une spiritualit\u00e9 plus grande.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Par la participation \u2014 qui est communion et amour \u2014 je puis participer, au niveau d&rsquo;une conscience lucide, en pleine \u00e9vidence, \u00e0 un ordre de vie, sup\u00e9rieur en dimensions et en complexit\u00e9 \u00e0 la notion de vie que ma raison peut souhaiter enclore, m\u00eame si c&rsquo;est pour en faire une norme morale sup\u00e9rieure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette part active du potentiel de conscience n&rsquo;a peut-\u00eatre rien de sp\u00e9cifiquement, ni de n\u00e9cessairement humain. M\u00eame si pour en \u00e9voquer l&rsquo;existence, il est encore n\u00e9cessaire de recourir aux moyens du langage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais d\u00e8s lors, qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une participation au-del\u00e0, de l&rsquo;humain et de ce qu&rsquo;il a de forc\u00e9ment li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;espace et au temps, tels que nous les connaissons, pourquoi serions-nous tenus \u00e0 justifier spirituellement, notre angoisse physique de la mort? Pourquoi, serions-nous \u00e0 ce point prisonniers du devoir d&rsquo;\u00e9tat de citoyens d&rsquo;une humanit\u00e9 qui nous d\u00e9passe en tant qu&rsquo;individus, dans l&rsquo;espace et dans le temps, mais n&rsquo;en est pas moins elle aussi, une simple manifestation transitoire?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Et si nous pouvons faire cohabiter ce sens de la connaissance qui nous est indispensable, \u00e0 l&rsquo;usage de la participation<a href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>, ne sommes-nous pas mieux en \u00e9tat de franchir l&rsquo;effroi individuel de la mort, laquelle prend d\u00e8s lors un tout autre sens? Ne sommes-nous pas tout autant, en \u00e9tat d&rsquo;\u00e9clairer diff\u00e9remment la vie ? En lui substituant par exemple en nous, dans notre affrontement avec elle, ce caract\u00e8re sacr\u00e9 qui est un t\u00e9moignage de d\u00e9passement spirituel de l&rsquo;espace et du temps. Sans nulle exigence pr\u00e9alable pourtant de r\u00e9v\u00e9lation, ni de d\u00e9duction pieuse ou profane \u00e0 partir de quelque m\u00e9taphysique que ce soit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Face \u00e0 la vie, comme face \u00e0 sa mort, \u00ab je \u00bb transcende donc le mental et toute pens\u00e9e r\u00e9flexive. Sans le moindre orgueil, faut-il le dire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les mots h\u00e9las peuvent-ils en transmettre l&rsquo;\u00e9vidence? Le mental restera longtemps encore une redoutable barri\u00e8re \u00e0 une participation plus directe \u00e0 la vie au-del\u00e0 de ses cat\u00e9gories spatio-temporelles&#8230; trop \u00ab humaines \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<hr style=\"text-align: justify;\" size=\"1\" \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Synth\u00e8ses n\u00b0 198, novembre 1962 : Le plus grand Mal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> C.J. Jung, Pr\u00e9sent et Avenir (ouvrage publi\u00e9 sous la direction du Docteur Roland Cahen; Ed. Buchet-Chastel, Paris).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Dans un de ses derniers \u00ab Blocs-Notes \u00bb du Figaro Litt\u00e9raire (12 janvier 63), Fran\u00e7ois Mauriac, si profond\u00e9ment croyant qu&rsquo;il soit en la vie \u00e9ternelle, ne se d\u00e9fend pas de ce qu&rsquo;il appelle son ingu\u00e9rissable attachement \u00e0 la vie et ce h\u00e9rissement de peur devant la mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Illusions \u00e0 rebours. NRF 1955.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> La participation telle que je l&rsquo;entends n&rsquo;est pas un simple acte mental. Elle exige une attention profonde et un essai de concentration int\u00e9rieure intense. Elle est accueil et communion lucide et consciente, mais au-del\u00e0 du mental.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>S&rsquo;il y a une absurdit\u00e9 Plut\u00f4t humiliante pour l&rsquo;homme, n&rsquo;est-ce pas l&rsquo;importance d\u00e9mesur\u00e9e qu&rsquo;il accorde \u00e0 sa mort? Tout autant l&rsquo;imagination qui, par compensation \u00e0 un \u00e9tat difficilement supportable, lui fait se cr\u00e9er les chances, ou les possibilit\u00e9s d&rsquo;une survie. D&rsquo;une survie en tant qu&rsquo;humain, d&rsquo;une survie reli\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat humain que pourtant la mort abolit. Ici, c&rsquo;est vraiment le visc\u00e9ral qui empi\u00e8te sur le sens commun et sur la raison. La peur de la mort, autre que r\u00e9flexe physique, instinct de conservation, est proprement le t\u00e9moignage d&rsquo;un stade infantile de l&rsquo;homme. Il n&rsquo;y a pas plus de plausibilit\u00e9 de la survie ult\u00e9rieure d&rsquo;un organisme, m\u00eame s&rsquo;il se dit sup\u00e9rieur, qu&rsquo;il ne peut y en avoir pour le v\u00e9g\u00e9tal ou pour l&rsquo;insecte. J\u2019irai m\u00eame plus loin, au risque de d\u00e9cevoir certains, ou de para\u00eetre abdiquer de ga\u00eet\u00e9 de c\u0153ur, un \u00e9tat de vie, une manifestation qui me fait ce que je suis. L&rsquo;humanit\u00e9 elle-m\u00eame, l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, m\u00eame si sa dur\u00e9e historique est incomparablement plus grande que celle d&rsquo;une existence individuelle, ne comporte en soi nulle assurance d&rsquo;\u00eatre plus qu&rsquo;une manifestation de vie organique sup\u00e9rieure, m\u00eame capable d&rsquo;\u00e9volution exhaustive individuelle et collective.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[597],"tags":[16,137],"class_list":["post-4317","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-lambilliotte-maurice","tag-mort","tag-prise-de-conscience"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.0 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Je, devant la Vie et la Mort... par Maurice Lambilliotte - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/je-devant-la-vie-et-la-mort-par-maurice-lambilliotte\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Je, devant la Vie et la Mort... par Maurice Lambilliotte - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"S&#039;il y a une absurdit\u00e9 Plut\u00f4t humiliante pour l&#039;homme, n&#039;est-ce pas l&#039;importance d\u00e9mesur\u00e9e qu&#039;il accorde \u00e0 sa mort? 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