{"id":4597,"date":"2010-09-06T14:25:09","date_gmt":"2010-09-06T13:25:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=4597"},"modified":"2010-09-06T14:25:09","modified_gmt":"2010-09-06T13:25:09","slug":"teilhard-et-linde-par-maryse-choisy","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/teilhard-et-linde-par-maryse-choisy\/","title":{"rendered":"Teilhard et l&rsquo;Inde par Maryse Choisy"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">(Revue Teilhard de Chardin. N<sup>o<\/sup> 73. Mars 1978)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s sa mort, en 1955, Pierre Teilhard de Chardin est devenu un mythe. Je crois aux mythes. Chaque \u00e9poque se cr\u00e9e son h\u00e9ros qui lui permet d&rsquo;esp\u00e9rer. Dans ce n\u0153ud de forces condens\u00e9es chacun puise sa force.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Peu m&rsquo;importe de savoir si Ulysse et Yseult sont n\u00e9s de l&rsquo;imagination du peuple ou du po\u00e8te. Par la r\u00e9sonance qu&rsquo;ils rencontrent, ils ont plus de r\u00e9alit\u00e9 que M. et Mme Dupont en chair et en os. Un mythe est vrai s&rsquo;il s&rsquo;en d\u00e9gage un certain dynamisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Entre l&rsquo;homme vivant que j&rsquo;ai connu et le mythe cr\u00e9\u00e9 par ceux qui ne l&rsquo;ont jamais rencontr\u00e9 (ou aper\u00e7u le temps d&rsquo;une porte qui s&rsquo;ouvre et se referme) quoi de commun? Entre ces deux v\u00e9rit\u00e9s je suis d\u00e9chir\u00e9e. O\u00f9 est la vraie v\u00e9rit\u00e9 ? Est-ce la l\u00e9gende qui veut \u00e0 tout prix que l&rsquo;Inde e\u00fbt inspir\u00e9 certaines doctrines de Teilhard ? Est-ce mon souvenir de l&rsquo;homme, fier de sa culture occidentale, qui rejetait l&rsquo;Orient comme le sommeil en plein midi ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;une part, je me reproche : \u00ab Toi qui sais que Teilhard n&rsquo;aimait pas l&rsquo;Inde, n&rsquo;es-tu pas infid\u00e8le \u00e0 sa m\u00e9moire ? Et le t\u00e9moignage qu&rsquo;on doit \u00e0 ceux qu&rsquo;on aime ? \u00bb D&rsquo;autre part, ne sais-je pas aussi que ce qu&rsquo;on sent importe plus que ce qu&rsquo;on dit et qu&rsquo;il est impossible que f\u00fbt n\u00e9 le mythe de Teilhard \u00ab hindouisant \u00bb si quelque chose dans le fond secret de sa pens\u00e9e ne l&rsquo;e\u00fbt engendr\u00e9e&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment se pr\u00e9sentait ce si\u00e8cle \u00e0 un jeune homme na\u00eff avide de savoir ? L&rsquo;irrationnel entrait \u00e0 pas de colombe dans l&rsquo;histoire. Freud publia l&rsquo;Interpr\u00e9tation des R\u00eaves en 1900. Planck annon\u00e7a la th\u00e9orie des quanta en 1901. Einstein parla de relativit\u00e9 en 1905. D\u00e8s 1906 Bergson, dans son <em>\u00c9volution cr\u00e9atrice<\/em>, pour mieux approcher la r\u00e9alit\u00e9 rendit sa place d&rsquo;honneur \u00e0 l&rsquo;intuition. Le monde apr\u00e8s tout n&rsquo;\u00e9tait pas aussi ordonn\u00e9 qu&rsquo;on l&rsquo;avait cru. Entre deux bonds anarchiques de quanta s&rsquo;infiltrait l&rsquo;angoisse qui allait s&rsquo;\u00e9tendre sur notre temps. D\u00e9j\u00e0 Teilhard \u00e9tait trop li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9 pour ne pas sentir sa mis\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Vue dans l&rsquo;avenir, la Mort est le r\u00e9sum\u00e9 et le fond commun de tout ce qui nous effraie et nous donne le vertige&#8230; Il faut avoir senti passer sur soi l&rsquo;ombre de la Mort, pour r\u00e9aliser tout ce que la marche dans l&rsquo;Avenir a de solitaire, de hasardeux et d&rsquo;effrayant&#8230; Ceux qui n&rsquo;ont pas failli mourir n&rsquo;ont jamais aper\u00e7u compl\u00e8tement ce qu&rsquo;il y avait devant eux. Les autres, ceux \u00e0 qui un grand effroi a fait lever tout \u00e0 fait la t\u00eate et regarder droit dans le Temps, la crainte les a pris souvent, m\u00eame au milieu d&rsquo;une course jusque-l\u00e0 assur\u00e9e entre les ab\u00eemes, et il se peut que dans leur \u00e9moi, ils se soient sentis enfoncer<\/em>. \u00bb<a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce texte, Teilhard l&rsquo;\u00e9crivit en octobre 1918. Le souffle de la Grande Guerre y passe en filigrane, mais aussi tout le drame de la condition humaine qui se prolonge dans le r\u00eave de la Grande Monade.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>&#8230; Et moi, j&rsquo;ai eu peur, et le vertige s&rsquo;est empar\u00e9 de moi-m\u00eame, quand mesurant les limites \u00e9troites o\u00f9 s&rsquo;enfermait le globe radieux, j&rsquo;ai pris soudain conscience de l&rsquo;isolement irr\u00e9m\u00e9diable o\u00f9 se trouve perdue la gloire de l&rsquo;Humanit\u00e9&#8230;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Les hommes, jusqu&rsquo;ici, ont toujours v\u00e9cu \u00e0 l&rsquo;ombre des r\u00e9alit\u00e9s humaines plus grandes qu&rsquo;eux-m\u00eames&#8230; Pour la premi\u00e8re fois, ce soir, en remarquant le bloc unique o\u00f9 nous sommes, tous, \u00e0 la veille de nous trouver pris, j&rsquo;ai eu l&rsquo;impression d&rsquo;\u00e9merger hors de notre race et de dominer un ensemble ferm\u00e9; et j&rsquo;ai senti comme si, tous, accroch\u00e9s les uns aux autres, nous flottions ensemble dans le vide&#8230;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>L&rsquo;Homme a l&rsquo;homme pour compagnon. L&rsquo;Humanit\u00e9 est seule&#8230; J&rsquo;ai vu les bords de l&rsquo;Humanit\u00e9; j&rsquo;ai aper\u00e7u le noir et le vide autour de la Terre&#8230;<\/em> \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans une lettre dat\u00e9e du 12 octobre 1926, de Tien-Tsin, Teilhard avoue \u00e0 l&rsquo;abb\u00e9 Gaudefroy :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Je r\u00eave d&rsquo;une esp\u00e8ce de \u00ab Livre de la Terre \u00bb, o\u00f9 je me laisserais parler, non comme Fran\u00e7ais, ni comme \u00e9l\u00e9ment d&rsquo;un compartiment quelconque, mais comme homme, ou comme \u00ab terrestre \u00bb simplement. Je voudrais dire la confiance, les ambitions, la pl\u00e9nitude, et aussi les d\u00e9ceptions, les inqui\u00e9tudes, l&rsquo;esp\u00e8ce de vertige, de celui qui prend conscience des destin\u00e9es et des int\u00e9r\u00eats de la Terre (Humanit\u00e9) tout enti\u00e8re. Dans ces pages, o\u00f9 je ne chercherais \u00e0 m&rsquo;accorder avec aucun des courants d&rsquo;id\u00e9es re\u00e7ues, mais seulement \u00e0 traduire ce que je sens, je voudrais faire passer l&rsquo;expression de ma foi en l&rsquo;\u0153uvre humaine et l&rsquo;unit\u00e9 humaine, \u2014 de ma col\u00e8re contre les cloisons et les plafonds qui compartimentent encore des fragments spirituels destin\u00e9s \u00e0 se joindre, \u2014 de notre d\u00e9ception en nous voyant emprisonn\u00e9s sur une boule dont l&rsquo;int\u00e9r\u00eat limit\u00e9 s&rsquo;\u00e9puise, de notre angoisse en nous voyant seuls, tous ensemble, au milieu de l&rsquo;espace sid\u00e9ral&#8230;<\/em> \u00bb<a href=\"#_ftn2\">[2]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette conscience plan\u00e9taire, si proche d\u00e9j\u00e0 de la sensibilit\u00e9 indienne, est dans le style du proph\u00e8te. Indienne aussi, la mani\u00e8re de d\u00e9passer l&rsquo;angoisse de la mort. Il n&rsquo;y a qu&rsquo;une seule issue vers la plus grande Vie, \u2014 et c&rsquo;est la Mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab &#8230; Incessamment, comme une bu\u00e9e qui tremble et s&rsquo;\u00e9vanouit, un peu d&rsquo;esprit lib\u00e9r\u00e9 monte et s&rsquo;\u00e9vapore autour de la Terre : l&rsquo;\u00e2me des tr\u00e9pass\u00e9s. Par ce m\u00eame chemin doit s&rsquo;en aller l&rsquo;esprit achev\u00e9 et m\u00fbri de la grande Monade&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La seule vraie mort, la bonne mort, est un paroxysme de vie : elle s&rsquo;obtient par l&rsquo;effort acharn\u00e9 des vivants pour \u00eatre plus purs, plus unis, plus tendus hors de la zone o\u00f9 ils sont confin\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Heureux le Monde qui finira dans l&rsquo;extase&#8230; \u00bb<a href=\"#_ftn3\">[3]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Sans doute cette acceptation de la mort est-elle tr\u00e8s chr\u00e9tienne dans ce cri de d\u00e9tresse qui se mue en cri de joie :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>&#8230; C&rsquo;est une chose terrible d&rsquo;\u00eatre n\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire de se trouver emport\u00e9, sans l&rsquo;avoir voulu, dans un torrent d&rsquo;\u00e9nergie formidable, qui para\u00eet vouloir d\u00e9truire tout ce qu&rsquo;il entra\u00eene en lui.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Je sens, mon Dieu, que par un renversement des forces dont Vous pouvez seul \u00eatre l&rsquo;auteur, l&rsquo;effroi qui me saisit devant les alt\u00e9rations sans nom qui s&rsquo;appr\u00eatent \u00e0 renouveler mon \u00eatre se mue en une joie d\u00e9bordante d&rsquo;\u00eatre transform\u00e9 par Vous<\/em>. \u00bb<a href=\"#_ftn4\">[4]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Son propre salut ne suffit pas \u00e0 Teilhard. D\u00e8s 1923, il est tout entier dans son d\u00e9sir d&rsquo;achever l&rsquo;Univers avec Dieu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Puisque, une fois encore, Seigneur, non plus dans les for\u00eats de l&rsquo;Aisne, mais dans les steppes d&rsquo;Asie, je n&rsquo;ai ni pain, ni vin, ni autel, je m&rsquo;\u00e9l\u00e8verai par-dessus les symboles jusqu&rsquo;\u00e0 la pure majest\u00e9 du R\u00e9el, et je vous offrirai, moi, votre pr\u00eatre, sur l&rsquo;autel de la Terre enti\u00e8re, le travail et la peine du Monde&#8230;<\/em> \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>&#8230; Jadis, on tra\u00eenait dans votre temple les pr\u00e9mices des r\u00e9coltes et la fleur des troupeaux. L&rsquo;offrande que vous attendez vraiment, celle dont vous avez myst\u00e9rieusement besoin chaque jour pour apaiser votre faim, pour \u00e9tancher votre soif, ce n&rsquo;est rien moins que l&rsquo;accroissement du Monde emport\u00e9 par l&rsquo;universel devenir<\/em>. \u00bb<a href=\"#_ftn5\">[5]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Teilhard veut \u00ab psychiser \u00bb la mati\u00e8re, car la forme sup\u00e9rieure d&rsquo;existence et l&rsquo;\u00e9tat final d&rsquo;\u00e9quilibre pour l&rsquo;\u00e9toffe cosmique est d&rsquo;\u00eatre pens\u00e9e<a href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>. Il veut donc sauver la pens\u00e9e du monde et par l\u00e0 donner un sens nouveau au monde. Il veut rapporter la terre \u00e0 Dieu et ainsi donner une valeur \u00e0 la terre. Dans ce d\u00e9passement, sans le savoir, il rencontre les Oupanishads.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet amour de la terre \u00e9met un son unique dans la spiritualit\u00e9 chr\u00e9tienne. Rome l&rsquo;a reproch\u00e9 \u00e0 Teilhard. L&rsquo;Osservatore Romano du 30 juin-1<sup>er<\/sup> juillet 1962 parait scandalis\u00e9 par ces lignes :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Si, par suite de quelque renversement int\u00e9rieur, je venais \u00e0 perdre successivement ma foi en un Dieu personnel, et ma foi en l&rsquo;Esprit, il me semble que je continuerai \u00e0 croire au Monde. Le Monde, la Valeur, l&rsquo;Infaillibilit\u00e9 et la Bont\u00e9 du Monde est, en derni\u00e8re analyse, la premi\u00e8re et la seule chose \u00e0 laquelle je crois<\/em>. \u00bb Et l&rsquo;Osservatore Romano d\u00e9plore ce texte en ces termes : \u00ab <em>Ce sont des paroles de 1934 ? Mais comme il aurait mieux valu qu&rsquo;elles ne fussent jamais \u00e9crites !<\/em> \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut s&rsquo;entendre sur la valeur que nous pr\u00eatons \u00e0 la vie. Ou l&rsquo;homme n&rsquo;a pas plus d&rsquo;importance qu&rsquo;un brin d&rsquo;herbe. Ou la vie temporelle a un sens \u00e9ternel et il faut croire au monde o\u00f9 le Christ s&rsquo;est incarn\u00e9. Ce qu&rsquo;au moment de ma mort j&#8217;emporterai avec moi, je l&rsquo;aurai sauv\u00e9 de la mati\u00e8re qui me fut confi\u00e9e. Ou alors deux ou trois cauchemars seulement passeront la fronti\u00e8re avec mon souffle. Tout se dissipera dans un brouillard sans avenir et sans pass\u00e9. Dans le pari de Pascal tous auront raison et tous auront tort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand je connus le P\u00e8re Teilhard de Chardin en 1938, il accepta la t\u00e2che d\u00e9licate de me convertir \u00e0 la foi de mon enfance. Je n&rsquo;\u00e9tais pas ath\u00e9e. J&rsquo;\u00e9tais pire. Je croyais qu&rsquo;on trouve Dieu partout, sauf dans les \u00c9glises. Il entreprit de me prouver qu&rsquo;on le trouve m\u00eame dans les \u00c9glises.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour arriver \u00e0 cette fin il fit le petit dessin que je reproduis. En mystique de quoi s&rsquo;agit-il, en somme ? Des rapports entre le multiple (les hommes) et l&rsquo;Un (Dieu).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><img decoding=\"async\" src=\"\/images\/archives\/Teilind2.JPG\" border=\"\\&quot;0\\&quot;\" alt=\"\\&quot;\\&quot;\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img decoding=\"async\" src=\"\/images\/archives\/Teilind1.JPG\" border=\"\\&quot;0\\&quot;\" alt=\"\\&quot;\\&quot;\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">1. R\u00e9ponse du paganisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le multiple reste multiple et ne rencontre jamais l&rsquo;Un.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">2. R\u00e9ponse du Vedanta.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img decoding=\"async\" src=\"\/images\/archives\/Teilind3.JPG\" border=\"\\&quot;0\\&quot;\" alt=\"\\&quot;\\&quot;\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le multiple se noie dans l&rsquo;Un et dispara\u00eet sans laisser de traces.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">3. R\u00e9ponse chr\u00e9tienne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img decoding=\"async\" src=\"\/images\/archives\/Teilind4.JPG\" border=\"\\&quot;0\\&quot;\" alt=\"\\&quot;\\&quot;\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le multiple s&rsquo;int\u00e8gre dans l&rsquo;Un, mais chacun garde sa personne au sein du Tout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce griffonnage sur papier pelure que fit alors pour moi le P\u00e8re Teilhard de Chardin, je l&rsquo;ai conserv\u00e9 pieusement avec toutes ses lettres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je lui fis remarquer cependant que Rabindranath Tagore (\u00e0 qui j&rsquo;avais rendu visite \u00e0 Shantiniketan quelque temps auparavant) n&rsquo;e\u00fbt point souscrit \u00e0 cette immersion panth\u00e9iste. Teilhard en convint, mais il ajouta aussit\u00f4t que Tagore avait s\u00fbrement \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9 par l&rsquo;humanisme occidental.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il existe trois th\u00e9ories de la cr\u00e9ation du monde : 1) la cr\u00e9ation ex nihilo, une fois pour toutes (<em>a mundo condito<\/em>); 2) la cr\u00e9ation continu\u00e9e. Tout \u00e9tat, tout moment, toute partie du monde proc\u00e8de d&rsquo;une cr\u00e9ation imm\u00e9diate et distincte. Un Dieu personnel s&rsquo;occupe de me v\u00eatir comme un lis et m&rsquo;oblige \u00e0 manger ma soupe. Notion exaltante s&rsquo;il en fut, mais allez donc faire admettre cela \u00e0 un universitaire couvert de peaux d&rsquo;\u00e2ne et de mat\u00e9rialisme dialectique ! Et pourtant des mystiques ont senti souvent dans leur existence quotidienne le souffle de la Providence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, il existe une troisi\u00e8me hypoth\u00e8se : la cr\u00e9ation terminale (<em>Usque ad mundum expie-tum<\/em>). Elle est essentiellement indienne. Elle fut d\u00e9fendue dans notre Occident un peu par Bergson et beaucoup par Pierre Teilhard de Chardin. Les \u00e9tats ant\u00e9rieurs constituent les \u00e9tapes d&rsquo;une \u00e9volution cr\u00e9atrice progressive. C&rsquo;est nous qui aidons l&rsquo;ach\u00e8vement du monde. Pour finir son \u0153uvre Dieu a besoin de tous les hommes de bonne volont\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Devenir collaborateur de Dieu, quoi de plus exaltant ? On croirait entendre le dialogue de Krichna et d&rsquo;Ardjouna dans la Bhagavad Git\u00e2. On comprend la vogue de P. Teilhard de Chardin qui offre un univers, non pas impersonnel et clos, mais ouvert, au-del\u00e0 de l&rsquo;avenir, sur le Christocentrisme. Il montre un foyer sup\u00e9rieur de conscience en avant. \u00ab Pour \u00eatre capable de nouer en soi les fibres prolong\u00e9es du monde, le sommet du c\u00f4ne \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur duquel nous nous mouvons ne peut \u00eatre con\u00e7u que comme ultra-conscient, ultra-personnel, ultra-actuel. \u00bb<a href=\"#_ftn7\">[7]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(\u00e0 suivre)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">(Revue Teilhard de Chardin. No 75-76. D\u00e9cembre 1978)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(Suite)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le C\u0153ur de la Mati\u00e8re<\/em> nous offre la conception teilhardienne de la cr\u00e9ation :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Dans le monde, objet de la Cr\u00e9ation, la M\u00e9taphysique classique nous avait accoutum\u00e9s \u00e0 voir une sorte de production extrins\u00e8que, issue par bienveillance d\u00e9bordante de la supr\u00eame efficience de Dieu. Invinciblement \u2014 et tout justement pour pouvoir \u00e0 la fois pleinement agir et pleinement aimer \u2014 je suis amen\u00e9 \u00e0 y voir maintenant (conform\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;esprit de saint Paul) un myst\u00e9rieux produit de compl\u00e9tion et d&rsquo;ach\u00e8vement pour l&rsquo;\u00catre absolu lui-m\u00eame. Non plus l&rsquo;Etre particip\u00e9 de pl\u00e9romisation et de convergence. Effet non plus de causalit\u00e9, mais d&rsquo;Union cr\u00e9atrice<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab L&rsquo;action cr\u00e9atrice \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire unificatrice, de Dieu appara\u00eet aussi dans le C\u00f4ne <em>du Temps<\/em> : \u00ab <em>Pas de Dieu (jusqu&rsquo;\u00e0 un certain point) sans Union cr\u00e9atrice<\/em> \u00bb, \u00e9crit-il en 1948. \u00ab Union cr\u00e9atrice \u00bb est une de ses expressions famili\u00e8res. Je la retrouve dans une lettre qu&rsquo;il m&rsquo;envoya de New York le 13 mars 1954.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Ch\u00e8re amie,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u2026.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Naturellement, je pense, avec vous, que la solution du probl\u00e8me Eros-Agap\u00e8 est tout simplement dans l&rsquo;\u00ab \u00e9volutif \u00bb, dans la \u00ab g\u00e9n\u00e9tique \u00bb, \u2014 c&rsquo;est-\u00e0-dire dans la sublimation. \u2014 Et, en vous lisant, j&rsquo;ai senti une fois de plus combien, oubliant (sans les oublier&#8230;) les Grecs, les Latins et les Hindous, il nous faudrait retailler, dans le tout-neuf, une th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;amour, \u2014 \u00e0 partir de la nouvelle conception des relations Esprit-Mati\u00e8re, \u00e0 laquelle nous conduit la d\u00e9couverte (toute r\u00e9cente et \u00f4 combien occidentale!) du fait que nous sommes en r\u00e9gime, non pas du Cosmos, mais de Cosmog\u00e9n\u00e8se! \u2014 Non pas l&rsquo;Esprit par \u00e9vasion hors de la Mati\u00e8re, \u2014 ni l&rsquo;Esprit juxtapos\u00e9 incompr\u00e9hensiblement avec la Mati\u00e8re (Thomisme!&#8230;), \u2014 mais l&rsquo;Esprit \u00e9mergeant (par op\u00e9ration pan-cosmique) de la Mati\u00e8re. \u2014 \u00ab Materia Matrix\u00a0\u00bb&#8230; \u2014 Tout cela (du Physique au M\u00e9taphysique, \u2014 en passant par le Biologique, le Psychologique et le Mystique) parce que \u00ab\u00a0l&rsquo;union\u00a0 cr\u00e9e \u00bb (\u00ab\u00a0l&rsquo;Union cr\u00e9atrice \u00bb, aurait d\u00fb dire Bergson, \u2014 au lieu de \u00ab l&rsquo;\u00c9volution cr\u00e9atrice \u00bb&#8230;). \u2014 Le probl\u00e8me de l&rsquo;amour ne se r\u00e9sout bien qu&rsquo;\u00e0 partir d&rsquo;une th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale de \u00ab l&rsquo;Etre \u00a0par-union \u00bb, \u2014 dont il n&rsquo;est en fait qu&rsquo;un corollaire imm\u00e9diat.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette doctrine de la cr\u00e9ation \u2014<em> <\/em> si indienne \u2014 l&rsquo;am\u00e8ne logiquement \u00e0 recourir \u00e0 un autre concept, le \u00ab n\u00e9ant cr\u00e9able \u00bb qu&rsquo;on croirait sorti de la philosophie du Samkhya expos\u00e9e il y a quelque trois mille ans par Kapila. Je puis jurer cependant que Teilhard ignorait jusqu&rsquo;au nom de Kapila. Du Samkhya il ne connaissait que le nom.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Dieu lui-m\u00eame, en un sens rigoureusement vrai, n&rsquo;existe qu&rsquo;en s&rsquo;unissant. \u2014 Voyons maintenant comment, en un autre sens, il ne s&rsquo;ach\u00e8ve qu&rsquo;en unissant.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Dans l&rsquo;acte m\u00eame par lequel sa r\u00e9alit\u00e9 se pose, Dieu, venons-nous de reconna\u00eetre, se trinitise. Mais ce n&rsquo;est pas tout. Par le fait m\u00eame qu&rsquo;il s&rsquo;unifie sur soi pour exister, l&rsquo;\u00catre premier fait ipso facto jaillir une autre esp\u00e8ce d&rsquo;opposition, non plus au c\u0153ur, mais aux antipodes de lui-m\u00eame (troisi\u00e8me temps). L&rsquo;Unit\u00e9 self-subsistante, au p\u00f4le de l&rsquo;\u00eatre; et n\u00e9cessairement, par suite, tout autour, \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie, le Multiple : le Multiple pur (entendons bien), ou \u00ab N\u00e9ant cr\u00e9able \u00bb, qui n&rsquo;est rien \u2014 et qui cependant, par virtualit\u00e9 passive d&rsquo;arrangement (c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;union) est une possibilit\u00e9, une imploration d&rsquo;\u00eatre, \u2014 \u00e0 laquelle (et c&rsquo;est ici que notre intelligence ne sait d\u00e9cid\u00e9ment plus, \u00e0 telles profondeurs, comment distinguer supr\u00eame n\u00e9cessit\u00e9 de supr\u00eame libert\u00e9), \u00e0 laquelle, dis-je, tout se passe comme si Dieu n&rsquo;avait pas pu r\u00e9sister)<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce \u00ab multiple pur \u00bb, ce \u00ab n\u00e9ant cr\u00e9able \u00bb qui implore d&rsquo;\u00eatre, de mani\u00e8re si \u00e9mouvante que Dieu n&rsquo;y peut r\u00e9sister me rappelle ce mot que Rabindranath Tagore m&rsquo;a dit un soir \u00e0 Shantiniketan : \u00ab <em>Vous autres, Europ\u00e9ens, vous croyez que vous naissez avec une \u00e2me. Alors vous ne faites rien pour la garder. Nous, nous ne croyons pas que Dieu nous fasse ce cadeau au d\u00e9part. Alors nous nous donnons beaucoup de mal pour d\u00e9gager cette \u00e2me de la mati\u00e8re que nous avons \u00e0 notre disposition et nous finissons par conqu\u00e9rir l&rsquo;immortalit\u00e9<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">De cette g\u00e9n\u00e9reuse Weltanschauung teilhardienne, de cette doctrine de la cr\u00e9ation d\u00e9coulent trois points importants : 1) la saintet\u00e9 de notre travail sur terre; 2) l&rsquo;\u00e9volution; 3) le probl\u00e8me du mal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Puisque l&rsquo;Univers est en \u00e9tat de cosmog\u00e9n\u00e8se, le mal est un probl\u00e8me quelque peu d\u00e9pass\u00e9. \u00ab Je suis dans tous les bons parfums \u00bb, dit Krichna. \u2014 \u00ab Et qui est dans les mauvaises odeurs ? \u00bb demande Ardjouna. \u2014 \u00ab Moi aussi \u00bb, r\u00e9pond Krichna. Le texte de Pierre Teilhard de Chardin est plus nuanc\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Par l&rsquo;effet d&rsquo;habitudes ind\u00e9racinables, le Probl\u00e8me du Mal continue automatiquement \u00e0 \u00eatre d\u00e9clar\u00e9 insoluble. Et vraiment on se demande pourquoi. Dans le Cosmos ancien, suppos\u00e9 sorti tout fait des mains du Cr\u00e9ateur, il est naturel que la conciliation par\u00fbt difficile entre un Monde partiellement mauvais et l&rsquo;existence d&rsquo;un Dieu \u00e0 la fois bon et tout-puissant. Mais dans nos perspectives modernes, en revanche, d&rsquo;un Univers en \u00e9tat de cosmog\u00e9n\u00e8se, \u2014 et plus particuli\u00e8rement en \u00e9tat d&rsquo;\u00ab enroulement \u00bb \u2014, comment se fait-il que tant de bons esprits s&rsquo;obstinent encore \u00e0 ne pas voir que, intellectuellement parlant, le fameux probl\u00e8me n&rsquo;existe plus ? \u2014 Sortons en effet des sp\u00e9culations imaginaires pour observer les conditions r\u00e9elles auxquelles, nous venons de le voir, doit satisfaire l&rsquo;acte cr\u00e9ateur. Non point du tout par impuissance, suit-il de notre analyse, mais en vertu de la structure m\u00eame du N\u00e9ant sur lequel il se penche, Dieu, pour cr\u00e9er, ne peut proc\u00e9der que d&rsquo;une seule fa\u00e7on : arranger, unifier petit \u00e0 petit, sous son influence attractrice, en utilisant le jeu t\u00e2tonnant des grands nombres, une multitude immense d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments, d&rsquo;abord infiniment nombreux, extr\u00eamement simples et \u00e0 peine conscients, \u2014 puis, graduellement plus rares, plus complexes, et finalement dou\u00e9s de r\u00e9flexion. Or, quelle est la contrepartie in\u00e9vitable de tout succ\u00e8s obtenu suivant un processus de ce genre, sinon d&rsquo;avoir \u00e0 se payer par une certaine proportion de d\u00e9chets ? Dysharmonies ou d\u00e9compositions physiques dans le Pr\u00e9-vivant, souffrance chez le Vivant, p\u00e9ch\u00e9 dans le domaine de la Libert\u00e9 : pas d&rsquo;ordre en formation qui, \u00e0 tous les degr\u00e9s, n&rsquo;implique du d\u00e9sordre. Rien, je le r\u00e9p\u00e8te, dans cette condition ontologique (ou plus exactement ontog\u00e9nique) du Particip\u00e9 qui porte atteinte \u00e0 la dignit\u00e9 ou limite la toute-puissance du Cr\u00e9ateur. Rien non plus qui \u00ab sente \u00bb en quoi que ce soit le manich\u00e9isme. En soi, le Multiple pur, inorganis\u00e9, n&rsquo;est pas mauvais : mais parce que multiple, c&rsquo;est-\u00e0-dire soumis essentiellement au jeu des chances dans ses arrangements, il ne peut absolument pas progresser vers l&rsquo;unit\u00e9 sans engendrer du Mal ici ou l\u00e0, \u2014 par n\u00e9cessit\u00e9 statistique. \u00ab Necessarium est ut adveniant scandala. \u00bb Si (comme il est in\u00e9vitable de l&rsquo;admettre, je pense) il n&rsquo;y a au regard de notre raison qu&rsquo;une seule fa\u00e7on possible pour Dieu de cr\u00e9er, \u2014 \u00e0 savoir \u00e9volutivement, par voie d&rsquo;unification \u2014, le Mal est un sous-produit in\u00e9vitable, il appara\u00eet comme une peine ins\u00e9parable de la Cr\u00e9ation<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne pr\u00e9pare pas d&rsquo;omelette sans casser des \u0153ufs. Dieu se faisant se refl\u00e8te dans cette sagesse populaire. L&rsquo;\u00e9volution entra\u00eene sans le vouloir un sous-produit in\u00e9vitable. Comment enfanter un monde sans douleur et sans maladresse ? Peut-\u00eatre \u00e9tait-il n\u00e9cessaire pour l&rsquo;humanit\u00e9 de passer par trois si\u00e8cles de mat\u00e9rialisme scientifique ? Pour Dieu le d\u00e9tour est souvent le plus court chemin entre deux points. Il ne faut pas juger une \u0153uvre avant la fin. L&rsquo;Univers n&rsquo;est pas termin\u00e9. La parabole de l&rsquo;\u00e9conome infid\u00e8le est-elle morale au sens \u00e9troit de notre morale pu\u00e9rile et honn\u00eate ? Tous les huiti\u00e8mes dimanches apr\u00e8s la Pentec\u00f4te je guette avec int\u00e9r\u00eat le pr\u00eatre qui doit commenter en chaire l&rsquo;histoire de ce pr\u00e9varicateur (donn\u00e9 en exemple par J\u00e9sus) qui, gr\u00e2ce aux \u00ab richesses d&rsquo;iniquit\u00e9 \u00bb, sera pourtant accueilli par ses amis dans \u00ab les tabernacles \u00e9ternels \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur cette terre sacr\u00e9e chacun a sa vocation et chacun sa mission. A la place qu&rsquo;il occupe, chacun doit aider \u00e0 l&rsquo;ach\u00e8vement de ce monde pour et avec Dieu. Tout sentier est bon s&rsquo;il est trac\u00e9 dans le plan cosmique. Teilhard m&rsquo;a rapport\u00e9 ce joli mot d&rsquo;un jociste :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Expliquez-moi, mon P\u00e8re, pourquoi, quand je tourne ce boulon, je r\u00e9alise le Christ.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">De se voir ainsi compris d&rsquo;un jeune ouvrier, Teilhard exultait :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 <em>Le sens chr\u00e9tien de cet enfant du peuple est en fl\u00e8che<\/em>, me dit-il. <em>Il est en avant de la th\u00e9ologie toujours plus lente.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La grande culpabilit\u00e9 na\u00eet quand l&rsquo;homme inverse et gaspille la force cosmique destin\u00e9e \u00e0 l&rsquo;unification au profit d&rsquo;un lotissement d&rsquo;\u00e2mes, avec tout ce que cela comporte de destruction, d&rsquo;agressivit\u00e9, de r\u00e9gression. \u00ab II n&rsquo;y a qu&rsquo;une tristesse, comme dit L\u00e9on Bloy, c&rsquo;est de ne pas \u00eatre des saints. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ne nous y trompons pas. L&rsquo;unification teilhardienne est hindoue, et non point marxiste. Toutes les autres collectivisations, propos\u00e9es par les intellectuels f\u00e9rus de \u00ab social \u00bb, se construisent \u00e0 partir de la fonction de l&rsquo;homme, \u00e0 partir de ses automatismes ext\u00e9rieurs, \u00e0 partir de ce qu&rsquo;il a de commun avec l&rsquo;animal ou la machine. Elles aboutissent \u00e0 l&rsquo;id\u00e9al de fourmili\u00e8re. Le fait le plus important ici a pass\u00e9 inaper\u00e7u. Plus le Tout est parfait et plus les individus qui le composent doivent \u00eatre personnalis\u00e9s. Pourtant la vie organique elle-m\u00eame nous en donne partout des exemples. Ainsi les anneaux d&rsquo;un ver de terre sont identiques. Voil\u00e0 pourquoi chaque anneau peu, m\u00eame s\u00e9par\u00e9, vivre sa petite existence diminu\u00e9e et pr\u00e9caire. Lorsqu&rsquo;on coupe une partie du corps humain, elle meurt, et le corps tout entier meurt aussi. Les parties de cet organisme plus \u00e9volu\u00e9 sont tr\u00e8s diff\u00e9renci\u00e9es et d\u00e9pendent davantage du Tout. La perfection du Tout est donc li\u00e9e \u00e0 la diff\u00e9renciation de ses parties.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s que nous nous pla\u00e7ons sur le terrain affectif, nous ne perdons plus aucune force pr\u00e9cieuse. Ce qui est li\u00e9 par l&rsquo;amour suit les lois de la personne. Plus deux amants se resserrent, s&rsquo;identifient, plus chacun d&rsquo;eux enrichit sa propre \u00e2me et reste lui-m\u00eame. Autant que les Hindous, Teilhard a tent\u00e9 de p\u00e9n\u00e9trer le centre humain dans l&rsquo;homme. La v\u00e9ritable unification se fait par la convergence de tous ces centres humains, de plus en plus diff\u00e9renci\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">De la psych\u00e9 solitaire \u00e0 l&rsquo;homme collectif, le cheminement est souterrain, lent, invisible. A certaines \u00e9poques de pression peut jaillir brusquement un geyser&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Teilhard de Chardin ne se doutait pas que sa th\u00e8se de la collaboration de l&rsquo;homme avec Dieu pour l&rsquo;ach\u00e8vement du monde forme la colonne vert\u00e9brale de la Bhagavad Git\u00e2.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui s\u00e9pare la Bhagavad G\u00eet\u00e2 de tous les autres Livres sacr\u00e9s du monde, c&rsquo;est qu&rsquo;elle seule ose attaquer de front l&rsquo;antinomie ciel-terre qui ronge l&rsquo;homme. L&rsquo;\u00c9vangile a des exigences si hautes que le p\u00e9cheur se d\u00e9courage d&rsquo;avance. Pour suivre le Christ, il faut quitter tout. Et qui, je vous le demande, a jamais tendu l&rsquo;autre joue? Il s&rsquo;ensuit que dans les paroisses chr\u00e9tiennes la pi\u00e9t\u00e9 est devenue une affaire de sp\u00e9cialistes. Les p\u00e8res de famille se sentent indignes d&rsquo;\u00e9tudier les questions mystiques. Ils les laissent aux professionnels de la th\u00e9ologie, retir\u00e9s du monde et se contentent, eux, d&rsquo;aller \u00e0 la messe et de faire leurs p\u00e2ques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Coran, lui, s&rsquo;occupe bien des probl\u00e8mes de l&rsquo;intendance, mais il ne les int\u00e8gre pas dans le corps mystique de la doctrine. Une ligne de d\u00e9marcation s\u00e9v\u00e8re s\u00e9pare la terre du ciel. On dirait que les auteurs de tous les livres sacr\u00e9s ont lu Descartes. Ils ne m\u00e9langent pas les genres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Quel gar\u00e7on au regard candide et viril, quelle fille aux yeux romantiques n&rsquo;ont pas d\u00e9plor\u00e9, au moins un court instant dans leur vie, la tristesse de n&rsquo;\u00eatre pas des saints, la culpabilit\u00e9 de se battre dans la lutte quotidienne ou le regret de renoncer aux baisers du printemps?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Choisir la voie facile de l&rsquo;asc\u00e9tisme, c&rsquo;est truquer la solution comme Alexandre, c&rsquo;est trancher le n\u0153ud gordien au lieu de le d\u00e9faire avec patience. La terre aussi a un sens. Dieu veut que l&rsquo;homme agisse pour lui rapporter le sens de la terre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la th\u00e9ologie indienne les choses se compliquent \u00e0 cause de la loi du karman. Toute action, m\u00eame bonne, m\u00eame excellente, entra\u00eene des cons\u00e9quences et oblige l&rsquo;\u00e2me individuelle \u00e0 se r\u00e9incarner. La Bhagavad G\u00eet\u00e2 propose une issue. Si l&rsquo;on agit, non pas par \u00e9go\u00efsme personnel, mais dans la plus noble conscience spirituelle, l&rsquo;action hauss\u00e9e sur le plan cosmique, ne cr\u00e9e pas de nouvelles cha\u00eenes. Il s&rsquo;agit donc, ici et maintenant, de participer \u00e0 Dieu. \u00ab Aime Dieu et fais ce que tu veux \u00bb, dira plus tard saint Augustin. Aussi, lorsque Krichna enjoint \u00e0 Ardjouna de cesser de faire l&rsquo;objecteur de conscience, lorsqu&rsquo;il l&rsquo;envoie se battre contre Duryodhana, il lui r\u00e9v\u00e8le le grand secret dans les deux versets suivants :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Te vouant enti\u00e8rement \u00e0 Moi, abandonnant consciemment toutes tes actions \u00e0 Moi, recourant au yoga de la volont\u00e9 et de l&rsquo;intelligence, sois toujours en ton c\u0153ur et ta conscience un avec Moi.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Si, en tout temps, tu es un avec Moi en ton c\u0153ur et ta conscience, alors, par Ma gr\u00e2ce, tu les franchiras sauf, tous les passages difficiles et p\u00e9rilleux; mais si, \u00e0 cause de ton \u00e9go\u00efsme, tu n&rsquo;entends pas, tu tomberas dans la perdition<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">(Revue Teilhard de Chardin. N<sup>o<\/sup> 77-78. Juin 1979)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(Suite &amp; fin)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est important de noter que pour les Hindous, sacrifice (yadjna) signifie (comme l&rsquo;indique l&rsquo;\u00e9tymologie latine pour le sens primitif du mot fran\u00e7ais) \u00ab faire sacr\u00e9 \u00bb. Il ne s&rsquo;agit pas de donner \u00e0 Dieu ce dont nous nous ne voulons plus. Quand une bigote a des mots avec sa bonne, elle murmure pieusement : \u00ab Mon Dieu, je vous l&rsquo;offre ! \u00bb Pourquoi les ennuis seulement ? Pourquoi pas la joie ? Pourquoi pas l&rsquo;action ? Pourquoi pas le monde ? Et n&rsquo;est-ce pas pr\u00e9cis\u00e9ment ce que fait Teilhard d\u00e8s 1923 quand, dans <em>la Messe sur le Monde<\/em>, il offre \u00e0 Dieu l&rsquo;accroissement du Monde emport\u00e9 par l&rsquo;Universel devenir\u00a0\u00bb ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La notion du Centre des centres trouve sa pr\u00e9figure dans le Vindouh, le point int\u00e9rieur de l&rsquo;homme attir\u00e9 par l&rsquo;Absolu. Cette doctrine est expos\u00e9e dans la Mahanirvana Tantra. Cette rencontre de l&rsquo;universel au plus profond de l&rsquo;homme, alors que le social est \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, Teilhard l&rsquo;a exprim\u00e9e dans une heureuse maxime : \u00ab Rien n&rsquo;est pr\u00e9cieux que ce qui est toi dans les autres et les autres en toi \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Avant Teilhard, \u00c7ankara (contemporain de Charlemagne), tentant de r\u00e9concilier le Dieu immuable et le Dieu se faisant, avait \u00e9crit : \u00ab <em>Dieu en moi offre Dieu \u00e0 Dieu<\/em> \u00bb.\u00a0 Aujourd&rsquo;hui nous sommes mieux plac\u00e9s pour le comprendre qu&rsquo;en 1900. La science la plus jeune rejoint la plus ancienne sagesse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Un physicien pessimiste qui d\u00e9crivait des r\u00e9actions en cha\u00eene me fut une lumi\u00e8re. L&rsquo;explosion de la bombe H dans l&rsquo;oc\u00e9an rendrait radioactifs les lacs qui pourtant ne communiquent pas avec les mers. Les eaux seraient pollu\u00e9es par r\u00e9sonance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ne l&rsquo;ai-je pas \u00e9ternellement su au fond de moi-m\u00eame, comme je sais beaucoup de choses sans savoir que je les sais ? La Grande Force de tous les mondes demeure lointaine toujours et toujours impersonnelle. En moi pourtant un rayon de cette m\u00eame force veille. C&rsquo;est mon Dieu-\u00e9nergie, Dieu-r\u00e9sonance. Mieux que moi, il conna\u00eet les besoins de mon \u00e2me. La Providence a le visage de l&rsquo;autor\u00e9gulation. Il est Dieu de tension pour moi, Dieu de d\u00e9tente pour un autre. Il suffit de s&rsquo;abandonner \u00e0 Lui. Par r\u00e9sonance le Dieu sans nom fait vivre mon Dieu intime, mon Dieu-Personne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces rencontres, des dialecticiens t\u00eatus les trouveront naturelles. Le syst\u00e8me de Teilhard est coh\u00e9rent. Les dar\u00e7anas le sont aussi. Partant de la m\u00eame doctrine de la cr\u00e9ation terminale, ils devaient, t\u00f4t ou tard, aboutir aux m\u00eames carrefours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans tous les pays du monde, les spirituels, d\u00e9passant les antinomies pos\u00e9es dans les \u00e9troites limites de leurs th\u00e9ologies respectives, s&#8217;embrassent au sommet. Je songe \u00e0 cette parole de sainte Catherine de Sienne qui e\u00fbt pu \u00eatre sign\u00e9e de n&rsquo;importe quel grand yoguin: \u00ab <em>L&rsquo;\u00e2me est en Dieu et Dieu en l&rsquo;\u00e2me comme le poisson est dans l&rsquo;eau et l&rsquo;eau dans le poisson<\/em> \u00bb. Les th\u00e9ologies offrent des v\u00e9rit\u00e9s locales, ethniques, vraies pour un lieu et un temps donn\u00e9s. Le crit\u00e8re de la v\u00e9rit\u00e9 universelle de la spiritualit\u00e9, c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment cette rencontre au sommet des mystiques de contr\u00e9es, d&rsquo;\u00e9poques, de religions diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment alors r\u00e9sister \u00e0 la tentation de chercher d&rsquo;autres souvenirs \u00e9pars dans les \u0153uvres de ce savant j\u00e9suite dont \u00ab l&rsquo;admirable na\u00efvet\u00e9 \u00bb est lou\u00e9e par un P\u00e8re de Lubac?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment expliquer par exemple qu&rsquo;en plein si\u00e8cle de nivellement sexuel, qu&rsquo;au centre du patriarcat eccl\u00e9siastique, il e\u00fbt red\u00e9couvert le sens de l&rsquo;\u00c9ternel F\u00e9minin de Goethe, de Boehme, des alchimistes et qu&rsquo;il f\u00fbt all\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 le nommer \u00ab <em>l&rsquo;Unitif<\/em> \u00bb ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>En premier lieu, il me para\u00eet indiscutable (en droit aussi bien qu&rsquo;en fait) que chez l&rsquo;homme \u2014 m\u00eame et si vou\u00e9 soit-il au service d&rsquo;une Cause ou d&rsquo;un Dieu \u2014 nul acc\u00e8s n&rsquo;est possible \u00e0 la maturit\u00e9 et \u00e0 la pl\u00e9nitude spirituelle en dehors de quelque influence \u00ab sentimentale \u00bb qui vienne, chez lui, sensibiliser l&rsquo;intelligence, et exciter, au moins initialement, les puissances d&rsquo;aimer. Pas plus que de lumi\u00e8re, d&rsquo;oxyg\u00e8ne ou de vitamines, l&rsquo;homme \u2014 aucun homme \u2014 ne peut (d&rsquo;une \u00e9vidence chaque jour plus criante) se passer de F\u00e9minin<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>C&rsquo;est<\/em>, pr\u00e9cise-t-il, <em>achevant l&rsquo;apparition d&rsquo;une monade r\u00e9flexive, la formation d&rsquo;une dyade affective<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Non seulement Teilhard emploie le terme de \u00ab dyade affective \u00bb, cher \u00e0 Pythagore, \u00e0 Platon et \u00e0 la tradition \u00e9gyptienne, mais son approche du probl\u00e8me de l&rsquo;Eternel F\u00e9minin peut se comparer \u00e0 la Weltanschauung spirituelle de la Magna Mater de la pr\u00e9histoire, dont la doctrine indienne de la \u00e7akti porte un t\u00e9moignage \u00e9crit. Toutes ces co\u00efncidences dans les sagesses de tous les temps et de tous les climats me sont preuves du monument imp\u00e9rissable construit par Teilhard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Au premier abord un anthropologue comme Teilhard de Chardin, dont la formation universelle se situe au temps que Darwin et Bergson \u00e9taient les ma\u00eetres de l&rsquo;intelligentzia, devait s&rsquo;int\u00e9resser avant tout \u00e0 l&rsquo;\u00e9lan de la mati\u00e8re vers le centre divin, \u00e0 la \u00ab psychisation \u00bb de la mati\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant la th\u00e9orie teilhardienne de l&rsquo;\u00e9volution proc\u00e8de directement de ses propres vues sur la cr\u00e9ation du monde et si elle est cousine germaine du transformisme du Gn\u00e2na Yoga, c&rsquo;est pour les m\u00eames raisons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les traditions pieuses, qu&rsquo;elles se situent dans le tumultueux courant des grandes religions du monde ou qu&rsquo;elles se d\u00e9gagent de petites spiritualit\u00e9s parall\u00e8les transmises par des cercles plus ferm\u00e9s, nous pouvons observer deux tendances qui se recoupent sans se contredire n\u00e9cessairement. Il s&rsquo;agit plut\u00f4t d&rsquo;un d\u00e9placement d&rsquo;accent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La th\u00e9orie de l&rsquo;aller et retour selon laquelle l&rsquo;esprit d\u00e9cide de s&rsquo;incarner et passe des niveaux les plus subtils aux plans les plus grossiers. La mati\u00e8re ensuite n&rsquo;a de cesse qu&rsquo;elle ne soit retourn\u00e9e \u00e0 sa source divine primitive. Involution-\u00e9volution symbolis\u00e9es par les deux triangles qui composent l&rsquo;\u00e9toile de David. N&rsquo;est-ce pas ce qu&rsquo;entend Pascal lorsqu&rsquo;il affirme que conna\u00eetre c&rsquo;est se ressouvenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est \u00e9vident que dans tout syst\u00e8me philosophique mettant l&rsquo;accent sur l&rsquo;\u00e9volution, sur le passage du mat\u00e9riel au subtil, sur l&rsquo;\u00e9lan de l&rsquo;homme vers Dieu, sur l&rsquo;union cr\u00e9atrice, l&rsquo;amour occupe une place de choix.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans une lettre qu&rsquo;il m&rsquo;\u00e9crivit le 13 mars 1954, Teilhard insiste sur \u00ab <em>le probl\u00e8me de l&rsquo;amour qui ne se r\u00e9sout bien qu&rsquo;\u00e0 partir d&rsquo;une th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale de \u00ab l&rsquo;\u00catre-par-union<\/em> \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>On peut chercher \u00e0 reconstruire l&rsquo;histoire du Monde par le dehors, en observant, dans leurs processus divers, le jeu des combinaisons atomiques, mol\u00e9culaires ou cellulaires, On peut essayer, plus efficacement encore, ce m\u00eame travail par le dedans, en suivant les progr\u00e8s graduellement effectu\u00e9s, et en notant les seuils successivement franchis, par la spontan\u00e9it\u00e9 consciente. La mani\u00e8re la plus expressive, et la plus profond\u00e9ment vraie, de raconter l&rsquo;\u00c9volution universelle serait sans doute de retracer l&rsquo;\u00c9volution de l&rsquo;Amour.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Sous ses formes les plus primitives, dans la Vie \u00e0 peine individualis\u00e9e, l&rsquo;Amour se distingue difficilement des forces mol\u00e9culaires : chimismes, tactismes, pourrait-on croire. Puis, peu \u00e0 peu, il se d\u00e9gage, mais pour rester, longtemps encore, confondu avec la simple fonction de reproduction. C&rsquo;est avec l&rsquo;Hominisation que se r\u00e9v\u00e8le enfin et seulement, le secret et les vertus multiples de sa violence. L&rsquo;Amour \u00ab hominis\u00e9 \u00bb se distingue de tout autre amour parce que le spectre de sa chaude et p\u00e9n\u00e9trante lumi\u00e8re s&rsquo;est merveilleusement enrichi. Non plus seulement l&rsquo;attrait unique et p\u00e9riodique, en vue de la f\u00e9condit\u00e9 mat\u00e9rielle, mais une possibilit\u00e9, sans limite et sans repos, de contact, \u2014 par l&rsquo;esprit beaucoup plus que par le corps : antennes infiniment nombreuses et subtiles, qui se cherchent parmi les d\u00e9licates nuances de l&rsquo;\u00e2me; attrait de sensibilisation et ach\u00e8vement r\u00e9ciproque, o\u00f9 la pr\u00e9occupation de sauver l&rsquo;esp\u00e8ce se fond graduellement dans l&rsquo;ivresse plus vaste de consommer \u00e0 deux, un Monde. \u2014 Vers l&rsquo;Homme, \u00e0 travers la Femme, c&rsquo;est en r\u00e9alit\u00e9 l&rsquo;Univers qui s&rsquo;avance. Toute la question (la question vitale pour la Terre&#8230;) c&rsquo;est qu&rsquo;ils se reconnaissent<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Teilhard se d\u00e9fend ici de toute \u00ab impression sentimentale \u00bb et de \u00ab tous scandales vertueux \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Regardons froidement<\/em>, dit-il, <em>en biologistes ou en ing\u00e9nieurs, l&rsquo;atmosph\u00e8re rougeoyante de nos grandes villes, le soir. L\u00e0 \u2014 et partout du reste \u2014 la Terre dissipe continuellement, en pure perte, sa plus merveilleuse puissance. La Terre br\u00fble \u00ab \u00e0 l&rsquo;air libre \u00bb. Combien d&rsquo;\u00e9nergie, pensez-vous, se perd-il, en une nuit pour l&rsquo;Esprit de la Terre ?<\/em> \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour atteindre le centre divin, l&rsquo;amour est l&rsquo;unique force que l&rsquo;homme ait \u00e0 sa disposition. Tr\u00e8s vite Teilhard en arrive \u00e0 la conception dynamique de l&rsquo;amour. Encore une fois la physique moderne nous apprend que la mati\u00e8re n&rsquo;est en fin de compte que de l&rsquo;\u00e9nergie. C&rsquo;est ce carrefour de forces qui int\u00e9resse Teilhard, comme il int\u00e9resse Freud, comme il int\u00e9resse les philosophes hindous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;Amour est la plus universelle, la plus formidable, et la plus myst\u00e9rieuse des \u00e9nergies cosmiques. A la suite de t\u00e2tonnements s\u00e9culaires, les institutions sociales l&rsquo;ont ext\u00e9rieurement endigu\u00e9 et canalis\u00e9. Utilisant cette situation, les moralistes ont cherch\u00e9 \u00e0 le r\u00e9glementer \u2014 sans d\u00e9passer, du reste, dans leurs constructions, le niveau d&rsquo;un empirisme \u00e9l\u00e9mentaire, o\u00f9 tra\u00eenent les influences de conceptions p\u00e9rim\u00e9es sur la Mati\u00e8re, et la trace d&rsquo;anciens tabous. Socialement, on feint de l&rsquo;ignorer : dans la science, dans les affaires, dans les assembl\u00e9es \u2014 alors que subrepticement il est partout. Immense, ubiquiste, et toujours insoumis, il semble qu&rsquo;on ait fini par d\u00e9sesp\u00e9rer de comprendre et de capter cette force sauvage. On la laisse donc (et on la sent) courir partout, sous notre civilisation, lui demandant tout juste de nous amuser, ou de ne pas nuire. Et Teilhard demande avec une certaine angoisse : \u00ab <em>Est-il vraiment possible \u00e0 l&rsquo;Humanit\u00e9 de continuer \u00e0 vivre et \u00e0 grandir sans s&rsquo;interroger franchement sur ce qu&rsquo;elle laisse perdre de v\u00e9rit\u00e9 et de force dans son incroyable puissance d&rsquo;aimer?<\/em> \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors il approfondit le probl\u00e8me :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Si l&rsquo;Homme ne reconna\u00eet pas la v\u00e9ritable nature, le v\u00e9ritable objet de son amour, c&rsquo;est le d\u00e9sordre irr\u00e9m\u00e9diable et profond. Acharn\u00e9 \u00e0 assouvir sur une chose trop petite une passion qui s&rsquo;adresse \u00e0 Tout, il cherchera forc\u00e9ment \u00e0 combler par la mat\u00e9rialit\u00e9 ou la multiplicit\u00e9 toujours accrues de ses exp\u00e9riences, un d\u00e9s\u00e9quilibre fondamental. Vaines tentatives, \u2014 et, aux yeux de qui entrevoit la valeur inestimable du \u00ab quantum spirituel \u00bb humain, effroyable d\u00e9perdition!<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Que l&rsquo;Homme, en revanche, aper\u00e7oive la R\u00e9alit\u00e9 universelle qui brille spirituellement \u00e0 travers la chair, il d\u00e9couvrira alors la raison de ce qui, jusque-l\u00e0, d\u00e9cevait et pervertissait son pouvoir d&rsquo;aimer. La Femme est devant lui comme l&rsquo;attrait et le symbole du Monde. Il ne saurait l&rsquo;\u00e9treindre qu&rsquo;en s&rsquo;agrandissant, \u00e0 son tour, \u00e0 la mesure du Monde. Et parce que le Monde est toujours plus grand, et toujours inachev\u00e9 et toujours en avant de nous-m\u00eames \u2014 c&rsquo;est \u00e0 une conqu\u00eate sans limite de l&rsquo;Univers et de lui-m\u00eame que, pour saisir son amour, l&rsquo;Homme se trouve engag\u00e9. En ce sens, l&rsquo;Homme ne saurait atteindre la Femme que dans l&rsquo;Union universelle consomm\u00e9e<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Nouvelle rencontre de Teilhard avec un texte c\u00e9l\u00e8bre de la Brihad-Aranyaka Oupanishad :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Ce n&rsquo;est pas pour l&rsquo;amour du mari que la femme aime son mari, c&rsquo;est pour l&rsquo;amour de l&rsquo;Atman (de l&rsquo;\u00e9tincelle divine) qui est dans le mari. Ce n&rsquo;est pas pour l&rsquo;amour de l&rsquo;\u00e9pouse que le mari aime son \u00e9pouse, c&rsquo;est pour l&rsquo;amour de l&rsquo;Atman qui est en l&rsquo;\u00e9pouse<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Teilhard \u00ab <em>l&rsquo;amour est une r\u00e9serve sacr\u00e9e d&rsquo;\u00e9nergie, et comme le sang m\u00eame de l&rsquo;\u00c9volution spirituelle<\/em> \u00bb. Il rejoint ici la psychologie scientifique d&rsquo;un Freud d&rsquo;une part. Cette conception de \u00ab\u00a0lier \u00bb, d&rsquo;unir, que Freud introduit dans la d\u00e9finition de la libido est essentielle. Dans un chapitre sur la psychologie collective, il explique la coh\u00e9sion du groupe par les liens d&rsquo;amour entre ses membres. Ailleurs, il insiste : \u00ab <em>Avec la d\u00e9couverte de la libido narcissique et avec l&rsquo;extension de la notion de la libido \u00e0 chaque cellule particuli\u00e8re, l&rsquo;instinct sexuel est devenu l&rsquo;\u00c9ros qui cherche \u00e0 r\u00e9unir les parties de la substance vivante, \u00e0 maintenir leur coh\u00e9sion <\/em>\u00bb. Ou encore : \u00ab <em>C&rsquo;est ainsi que la libido de nos instincts sexuels correspondrait \u00e0 l&rsquo;\u00c9ros des po\u00e8tes et des philosophes, \u00e0 l&rsquo;\u00c9ros qui assure la coh\u00e9sion de tout ce qui vit<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;autre part, cette conception teilhardienne de la coh\u00e9sion et de la dynamique de l&rsquo;amour rappelle une des pages les plus mystiques de Vivek\u00e2nanda sur la force motrice de l&rsquo;Univers :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Et n&rsquo;est-il pas \u00e9vident que cet univers n&rsquo;est qu&rsquo;une manifestation de l&rsquo;amour ? Qu&rsquo;est-ce qui fait que les atomes s&rsquo;unissent aux atomes, les mol\u00e9cules aux mol\u00e9cules et que les plan\u00e8tes se pr\u00e9cipitent l&rsquo;une vers l&rsquo;autre ? Qu&rsquo;est-ce qui attire l&rsquo;homme vers l&rsquo;homme, l&rsquo;homme vers la femme, la femme vers l&rsquo;homme, les animaux vers les animaux, et qui attire en quelque sorte le monde entier vers un seul centre ? C&rsquo;est ce qu&rsquo;on appelle l&rsquo;amour. Ses manifestations vont de l&rsquo;atome le plus bas jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00eatre le plus noble. L&rsquo;amour est omnipotent et impr\u00e8gne tout. Ce qui se manifeste sous forme d&rsquo;attraction dans le sensible et l&rsquo;insensible, dans le particulier et dans l&rsquo;universel est l&rsquo;amour de Dieu. C&rsquo;est l&rsquo;unique force motrice qui soit dans l&rsquo;univers. C&rsquo;est sous l&rsquo;impulsion de cet amour que le Christ a donn\u00e9 sa vie pour l&rsquo;humanit\u00e9, que Bouddha a donn\u00e9 la sienne pour un animal, que la m\u00e8re donne sa vie pour l&rsquo;enfant et le mari pour la femme. C&rsquo;est sous l&rsquo;impulsion de ce m\u00eame amour que les hommes sont pr\u00eats \u00e0 sacrifier leur vie pour leur pays. Chose \u00e9trange \u00e0 dire \u2014 c&rsquo;est encore sous l&rsquo;impulsion de ce m\u00eame amour que le voleur vole et que le meurtrier tue. Dans ce cas aussi, l&rsquo;esprit reste le m\u00eame, mais la manifestation est diff\u00e9rente. C&rsquo;est toujours la m\u00eame force motrice dans tout l&rsquo;univers. Le voleur aime l&rsquo;or. L&rsquo;amour existe, mais il est mal dirig\u00e9. De m\u00eame dans tous les crimes, aussi bien que dans toutes les actions vertueuses, l&rsquo;amour \u00e9ternel se retrouve \u00e0 la base. Supposons qu&rsquo;un homme fasse un ch\u00e8que de mille dollars pour les pauvres de New York et qu&rsquo;en m\u00eame temps, dans la m\u00eame pi\u00e8ce, un autre homme fasse un faux en contrefaisant la signature d&rsquo;un ami. La lumi\u00e8re qui \u00e9claire les deux est la m\u00eame, mais chacun d&rsquo;eux est responsable de l&rsquo;usage qu&rsquo;il en fait. Ce n&rsquo;est pas la lumi\u00e8re qui doit \u00eatre bl\u00e2m\u00e9e ou lou\u00e9e. L&rsquo;amour, cette force motrice de l&rsquo;univers, sans laquelle l&rsquo;univers tomberait en pi\u00e8ces en un instant, brille en toutes choses, et cet amour est Dieu<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutefois, dans l&rsquo;unification par l&rsquo;amour, Teilhard est all\u00e9 plus loin que Freud, plus loin que Platon. Dans <em>L&rsquo;Esprit de la Terre<\/em>, lui seul a os\u00e9 \u00e9crire :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Du point de vue de l&rsquo;\u00c9volution spirituelle, admis ici, il semble que nous puissions donner un nom et une valeur \u00e0 cette \u00e9nergie \u00e9trange de l&rsquo;Amour. Ne serait-elle pas, tout simplement, dans son essence, l&rsquo;attraction m\u00eame exerc\u00e9e, sur chaque \u00e9l\u00e9ment conscient, par le Centre en formation de l&rsquo;Univers? l&rsquo;appel \u00e0 la grande Union dont la r\u00e9alisation est l&rsquo;unique Affaire actuellement en cours dans la Nature ?<\/em> \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u00e0 aussi pourtant, sans qu&rsquo;il s&rsquo;en doute, la Taittir\u00eeya Oupanishad l&rsquo;a devanc\u00e9, comme elle a devanc\u00e9 saint Jean lui-m\u00eame dans les lignes suivantes :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Le monde est n\u00e9 de l&rsquo;amour, il est soutenu par l&rsquo;amour, il va vers l&rsquo;amour et il entre dans l&rsquo;amour<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les \u00e9changes d&rsquo;amour avec Dieu, la Brihad Aranyaka Oupanishad, plus libre sur le probl\u00e8me sexuel, compare l&rsquo;extase \u00e0 l&rsquo;orgasme :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Voil\u00e0 sa forme \u2014 par-del\u00e0 les d\u00e9sirs, lib\u00e9r\u00e9 du mal et de la peur. De m\u00eame qu&rsquo;un homme totalement embrass\u00e9 par son \u00e9pouse bien-aim\u00e9e n&rsquo;est conscient de rien ni int\u00e9rieurement ni ext\u00e9rieurement, ainsi cet \u00eatre infini (le Soi), totalement embrass\u00e9 par le Soi supr\u00eame, n&rsquo;est plus conscient de rien, ni int\u00e9rieurement, ni ext\u00e9rieurement. Voil\u00e0 sa forme dans laquelle tous les objets de d\u00e9sirs ont \u00e9t\u00e9 atteints et identifi\u00e9s au Soi, et qui est libre de d\u00e9sir et de peine<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Se fondant implicitement sur ce texte, la Bhagavad G\u00eet\u00e2 soutient qu&rsquo;au sommet amour et connaissance se confondent :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Par la d\u00e9votion il en vient \u00e0 Me conna\u00eetre, \u00e0 conna\u00eetre qui Je suis et combien Je suis, et en la r\u00e9alit\u00e9 enti\u00e8re et en tous les principes de Mon \u00eatre; M&rsquo;ayant ainsi connu, il entre en Cela (le Purushottama).<\/em> \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Adam connut \u00c8ve, dit la Gen\u00e8se. Dans toutes les langues anciennes connaissance est synonyme d&rsquo;amour. On ne conna\u00eet rien par les livres ou les professeurs. On conna\u00eet tout par le centre int\u00e9rieur dans une fusion supr\u00eame. C&rsquo;est ce sens d&rsquo;union amoureuse qu&rsquo;il convient de donner au mot multidimensionnel, et \u00e0 cause de cela plusieurs fois ambigu, d&rsquo;identification.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour la Bhagavad G\u00eet\u00e2 il y a deux sortes de bhakti :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">1\u00b0 l&rsquo;inf\u00e9rieure, qui n&rsquo;est qu&rsquo;une voie d&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la connaissance. Dans un deuxi\u00e8me temps le moi dispara\u00eet dans le Tout, car il n&rsquo;y a en effet plus de toi ni de moi et m\u00eame l&rsquo;amour n&rsquo;a plus de sens dans l&rsquo;identification totale. Ceci n&rsquo;est qu&rsquo;un passage dans un processus complexe;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">2\u00b0 au-del\u00e0 repara\u00eet la Bhakti sup\u00e9rieure. Apr\u00e8s cette immersion dans l&rsquo;Absolu, des rapports nouveaux et continuels s&rsquo;\u00e9tablissent entre l&rsquo;\u00e2me et Dieu. Le moi comme impr\u00e9gn\u00e9 par la force divine, ne pouvant plus penser ni agir que dans l&rsquo;esprit de Dieu, retrouve sa personne plus riche et plus libre. N&rsquo;est-ce pas cela qu&rsquo;entend le sanjuaniste : \u00ab <em>Pour poss\u00e9der tout, souhaitez de ne rien poss\u00e9der<\/em> \u00bb. N&rsquo;est-ce pas cela qui fut accompli par de grandes saintes comme sainte Catherine et sainte Th\u00e9r\u00e8se qui, apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre enferm\u00e9es plusieurs ann\u00e9es dans la contemplation, ont pu ensuite agir dans le monde avec une efficacit\u00e9 rarement atteinte par des ath\u00e9es ? Cette dialectique a lieu ici et maintenant. Peut-\u00eatre ne nous est-il possible de rencontrer Dieu apr\u00e8s la mort que si nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 connu avant ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Aussi apr\u00e8s avoir recommand\u00e9 \u00e0 Ardjouna d&rsquo;\u00eatre \u00ab <em>constamment uni par la m\u00e9ditation avec son Moi le plus profond<\/em> \u00bb et de recourir pour cela \u00e0 \u00ab <em>l&rsquo;impersonnelle solitude<\/em> \u00bb et au silence, Krichna explique-t-il\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Quand un homme est devenu le Brahman, quand, dans la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 du moi, il ne s&rsquo;afflige ni ne d\u00e9sire, quand il est \u00e9gal envers tous les \u00eatres, alors il obtient le supr\u00eame amour et la d\u00e9votion supr\u00eame pour Moi<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Voici le commentaire d&rsquo;Aurobindo sur ce verset qui expose la dialectique de l&rsquo;action et de la Personne :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>&#8230; A la place de l&rsquo;\u00e9go s&rsquo;avance, consciente et manifeste, la personne spirituelle v\u00e9ritable, dans la libert\u00e9 de sa nature r\u00e9elle, dans la puissance de sa condition supr\u00eame, dans la majest\u00e9 et la splendeur de sa parent\u00e9 \u00e9ternelle avec le Divin, parcelle imp\u00e9rissable de la Divinit\u00e9 supr\u00eame, puissance indestructible de la Prakriti supr\u00eame<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne saurait \u00eatre plus explicite. Quand l&rsquo;\u00e2me a perdu cette personnalit\u00e9 qui s\u00e9pare, quand elle participe au Divin, apr\u00e8s le plongeon dans l&rsquo;Absolu, alors seulement elle peut vivre dans sa vraie Personne. Elle est faite (et c&rsquo;est une compl\u00e9mentarit\u00e9 au sens de Bohr) du Divin transcendant, du Divin dans l&rsquo;individu et du Divin dans l&rsquo;Univers. Pour y arriver, le plongeon pr\u00e9alable, ici et maintenant, dans le Nirvana est indispensable, mais ce plongeon lui-m\u00eame n&rsquo;est qu&rsquo;une d\u00e9marche interm\u00e9diaire entre le moi emprisonn\u00e9 et le moi libre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la perspective des yoguins, la Bhagavad G\u00eet\u00e2 installe l&rsquo;action au niveau du divin. Il s&rsquo;agit de se d\u00e9tacher de l&rsquo;action. \u00ab Se d\u00e9tacher \u00bb est un mot si galvaud\u00e9 qu&rsquo;il a perdu son sens originel. Dites \u00e0 un gar\u00e7on d&rsquo;Europe ou d&rsquo;Am\u00e9rique : \u00ab Cultivez le d\u00e9tachement \u00bb et vous verrez sa grimace. Car il aura imagin\u00e9 que vous exigez de lui qu&rsquo;il renonce pour toujours \u00e0 sa virilit\u00e9, \u00e0 ses plaisirs, \u00e0 ses ambitions, \u00e0 ses succ\u00e8s, pour s&rsquo;ennuyer dans quelque terne, bien que m\u00e9ritoire, no man&rsquo;s land.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, dans la Bhagavad G\u00eet\u00e2, il ne s&rsquo;agit point de renoncer \u00e0 l&rsquo;action, mais d&rsquo;apporter l&rsquo;exp\u00e9rience de la terre \u00e0 Dieu. Si notre incarnation dans un lieu et un temps donn\u00e9s a un sens, c&rsquo;est la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;enrichir la pens\u00e9e cosmique. Dieu a besoin de nos actions et r\u00e9actions. Ou alors le monde est absurde, nous ne collaborons pas \u00e0 son ach\u00e8vement et, comme l&rsquo;\u00e9crit Freud dans <em>Malaise dans la Civilisation<\/em>, notre vie n&rsquo;a aucun sens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Seul le personnel est universel. Si l&rsquo;universel ne peut \u00eatre v\u00e9cu par chaque personne profonde, il n&rsquo;existe pas. Grande est l&rsquo;erreur de celui qui croit que les pommes tombent par hasard. Plus grande encore est l&rsquo;erreur de celui qui passe son temps \u00e0 contempler les lois de la gravitation sans jamais manger une pomme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">A celui qui \u00ab <em>fait aussi toutes les actions en demeurant toujours log\u00e9 en Moi<\/em> \u00bb, la Bhagavad G\u00eet\u00e2 promet qu&rsquo;il atteindra \u00ab <em>par Ma gr\u00e2ce la condition \u00e9ternelle et imp\u00e9rissable<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">A la dynamique de notre nature personnelle s&rsquo;ajoute alors toute la force de la volont\u00e9 de Dieu. L&rsquo;action s&rsquo;int\u00e8gre dans le plan du Cosmos. Par ces relations continuelles avec Dieu, non seulement le Multiple devient l&rsquo;Un, mais, dit la G\u00eet\u00e2, l&rsquo;Un devient aussi \u00e9ternellement le Multiple. Ce va-et-vient ne cessera jamais. La G\u00eet\u00e2 compl\u00e8te ici le dessin du P\u00e8re Teilhard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui appartient en propre \u00e0 Teilhard de Chardin, ce que n&rsquo;ont tent\u00e9 ni un savant comme Freud ni des mystiques comme les Hindous, c&rsquo;est l&rsquo;application de l&rsquo;amour au sens de l&rsquo;Histoire. Dans un admirable texte que <em>Psych\u00e9<\/em> a eu la joie de publier, il a expos\u00e9 les implications sociales et politiques de l&rsquo;amour :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>L&rsquo;avenir du monde, tel que celui-ci nous appara\u00eet, est li\u00e9 \u00e0 quelque unification sociale humaine, \u2014 d\u00e9pendante elle-m\u00eame, en fin de compte, du plein jeu dans nos c\u0153urs de certains attraits vers le plus-\u00eatre, \u2014 attraits sans lesquels toute science, toute technique, d\u00e9faillent sur elles-m\u00eames. De plus en plus le Monde, notre monde terrestre, prend irr\u00e9sistiblement sous nos yeux la forme d&rsquo;un moteur gigantesque et gigantesquement compliqu\u00e9, pr\u00eat pour toute op\u00e9ration et toute conqu\u00eate, mais qui ne fonctionnera qu&rsquo;\u00e0 une condition : c&rsquo;est que, pour mettre ses rouages en marche, nous trouvions et nous br\u00fblions exactement l&rsquo;esp\u00e8ce, la qualit\u00e9 d&rsquo;essence qui lui convient. Autrement dit, si la Terre humaine h\u00e9site encore aujourd&rsquo;hui dans son mouvement \u2014 s&rsquo;il y a pour elle un risque de s&rsquo;arr\u00eater demain \u2014 c&rsquo;est simplement par d\u00e9faut d&rsquo;une Vision suffisante, d&rsquo;une Vision proportionn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9normit\u00e9 et \u00e0 la vari\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;effort \u00e0 donner.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Dans ces conditions, et sans n\u00e9gliger la technique mat\u00e9rielle, bien entendu \u2014 mais par un effort conjugu\u00e9 avec les progr\u00e8s de celles-ci \u2014 c&rsquo;est vers l&rsquo;entretien et le d\u00e9veloppement de ses \u00e9nergies psychiques (animatrices indispensables de l&rsquo;\u00c9nergie physique dans un Univers devenu pensant), c&rsquo;est vers l&rsquo;exploration et l&rsquo;exploitation de sa v\u00e9ritable et toute noble \u00ab libido \u00bb cosmique, que l&rsquo;Humanit\u00e9 doit d\u00e9sormais consacrer une part grandissante, la meilleure part, de son attention<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La doctrine de l&rsquo;amour soutenue par Teilhard me para\u00eet la plus noble et la plus coh\u00e9rente que je connaisse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me souviens que vers l&rsquo;ann\u00e9e 1938, du temps que Teilhard fit l&rsquo;effort louable de me ramener vers la foi de mon enfance, je lui demandai quelques explications sur les h\u00e9r\u00e9sies catalogu\u00e9es : Arius, les Cathares, le jans\u00e9nisme, et Dieu sait o\u00f9 ma curiosit\u00e9 fureteuse put s&rsquo;\u00e9garer&#8230; Teilhard avait horreur des d\u00e9tails, des cheveux coup\u00e9s en cent, des fameuses incidentes \u00ab d&rsquo;une certaine mani\u00e8re \u00bb destin\u00e9es \u00e0 ruser avec la censure. Il voyait les choses en c\u00f4ne. Il me dit :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 <em>\u00c9videmment, vous pouvez \u00e9tudier \u00e0 la loupe Arius, le manich\u00e9isme et le reste si \u00e7a vous amuse. Je puis vous donner la r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale qui sous-tend toutes les condamnations du Saint-Office. Quand une doctrine risque de diminuer l&rsquo;amour du fid\u00e8le pour le Christ, elle est mauvaise.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans une lettre que Teilhard m&rsquo;\u00e9crivit de Chine \u00e0 la No\u00ebl 1939 il me demandait : \u00ab Avez<em>-vous fait des progr\u00e8s dans l&rsquo;amour de Dieu ?<\/em> \u00bb Et c&rsquo;est cela, plus que son dessin griffonn\u00e9 sur papier pelure, qui me garda dans la foi catholique o\u00f9 il m&rsquo;avait creus\u00e9 ma place.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors que reprochait Teilhard \u00e0 l&rsquo;Inde ? Lui qui aimait la Vie craignait l&rsquo;inconscience. Nous sommes ici en plein malentendu. Ce que recherche le Vedantin, que ce soit \u00e0 l&rsquo;heure du sommeil ou de la mort, c&rsquo;est au contraire la surconscience.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Une exp\u00e9rimentation rigoureuse confirme cet espoir. En 1952 je fus, je crois, la premi\u00e8re \u00e0 enregistrer quelques \u00e9lectro-enc\u00e9phalogrammes sur les yoguins en m\u00e9ditation dans l&rsquo;ashram du Swami Sivananda, \u00e0 Rishikesh, au pied des Himalayas. En 1955, les docteurs N. Das (Calcutta) et H. Gastaut (Marseille) ont enregistr\u00e9 l&rsquo;EEG, l&rsquo;EKG et l&rsquo;EMG de sept sujets au cours de la m\u00e9ditation et de l&rsquo;extase.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s le mois de f\u00e9vrier 1963, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;obligeance du Dr Verdeaux, le Dr Laurent St\u00e9venin et moi-m\u00eame avons soumis au polygraphe (\u00e9lectro-enc\u00e9phalogramme, \u00e9lectrocardiogramme, r\u00e9flexe psychogalvanique) mes propres \u00e9l\u00e8ves de yoga (tous Occidentaux) pendant leur m\u00e9ditation et leur extase. Ce n&rsquo;est ni le lieu ni le moment d&rsquo;en parler.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">De ces recherches en cours il semble ressortir :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">1\u00b0 que la sam\u00e2dhih (extase) n&rsquo;est ni hypnose ni quelque autre tricherie inconsciente;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2\u00b0 que tous les trac\u00e9s de m\u00e9diation sont \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 des trac\u00e9s (maintenant fort nombreux) obtenus par la m\u00e9thode de relaxation de Schulz, qui, elle, est du domaine hypnique;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">3\u00b0 qu&rsquo;alors que le sujet en m\u00e9ditation para\u00eet aux regards ext\u00e9rieurs compl\u00e8tement immobile, en d\u00e9tente parfaite, sans la moindre contraction musculaire, le trac\u00e9 obtenu indique une hypervigilance au-dessus de la moyenne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi cette spiritualit\u00e9 indienne ne contredit nullement <em>\u00ab le d\u00e9veloppement par r\u00e9flexion et surconscience<\/em> \u00bb du <em>ph\u00e9nom\u00e8ne humain<\/em>. Combien ces exp\u00e9riences eussent ravi Teilhard, lui qui r\u00eavait d&rsquo;un sommet universel de rassemblement atteint par surcentration de conscience!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Seul un savant de sa classe pouvait faire r\u00e9sonner un \u00e9cho de la sagesse eurasienne \u2014 c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e9ternelle \u2014 dans la science d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi c&rsquo;est Teilhard lui-m\u00eame qui accomplit cette synth\u00e8se, cette convergence plut\u00f4t, entre Orient et Occident qu&rsquo;il r\u00e9clamait \u00e0 la fin de son essai du 10 f\u00e9vrier 1947 :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>En tout domaine de r\u00e9flexion aussi bien religieuse que scientifique, c&rsquo;est seulement en union avec tous les autres hommes que chaque homme peut esp\u00e9rer atteindre le bout et le fond de lui-m\u00eame. Non pas nous initier \u00e0 une forme sup\u00e9rieure d&rsquo;esprit, mais plut\u00f4t grossir et enrichir, par double effet de r\u00e9sonance et de totalisation, la nouvelle note mystique (humano-chr\u00e9tienne) montant de l&rsquo;Ouest : tels me paraissent \u00eatre en d\u00e9finitive, \u00e0 l&rsquo;heure pr\u00e9sente, le r\u00f4le indispensable et la fonction essentielle de l&rsquo;Extr\u00eame-Orient<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Oui, les mythes ont toujours raison. Teilhard \u00e9ternellement pr\u00e9sent nous aide \u00e0 vivre. Et nous savons d\u00e9j\u00e0 que nous ne mourrons pas&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<hr style=\"text-align: justify;\" size=\"1\" \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> <em>La foi qui op\u00e8re.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Cit\u00e9 par le R. P. Henri de Lubac, s. j., de l&rsquo;Institut : <em>La Pens\u00e9e religieuse du P\u00e8re Teilhard de Chardin <\/em>(Aubier, 1962, p. 70) .<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> <em>L&rsquo;Avenir de l&rsquo;Homme<\/em>, p. 156<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> <em>Hymne de l&rsquo;Univers<\/em>, p. 29 (1961).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> <em>La Messe sur le Monde<\/em> (\u00e9crit \u00e0 Ordos, en 1923, publi\u00e9 en 1962 chez Descl\u00e9e De Brouwer, p. 1 et p. 9).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> <em>Comment je vois<\/em>, 1948.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> \u00ab <em>Le c\u00f4ne du temps<\/em> \u00bb, in Psych\u00e9, n\u00b0 100-101.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Teilhard veut \u00ab psychiser \u00bb la mati\u00e8re, car la forme sup\u00e9rieure d&rsquo;existence et l&rsquo;\u00e9tat final d&rsquo;\u00e9quilibre pour l&rsquo;\u00e9toffe cosmique est d&rsquo;\u00eatre pens\u00e9e . Il veut donc sauver la pens\u00e9e du monde et par l\u00e0 donner un sens nouveau au monde. Il veut rapporter la terre \u00e0 Dieu et ainsi donner une valeur \u00e0 la terre. 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