{"id":4728,"date":"2010-11-09T03:19:24","date_gmt":"2010-11-09T02:19:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=4728"},"modified":"2011-09-26T00:47:04","modified_gmt":"2011-09-25T23:47:04","slug":"les-nouvelles-epistemologies-par-leon-jacques-delpech","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/les-nouvelles-epistemologies-par-leon-jacques-delpech\/","title":{"rendered":"Les nouvelles \u00e9pist\u00e9mologies par L\u00e9on-Jacques Delpech"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\">VOLUME 142, N\u00b0 10 D\u00c9CEMBRE 1984<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">ANNALES<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">M\u00c9DICO-PSYCHOLOGIQUES<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">M\u00c9MOIRES ORIGINAUX<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>QUE PEUT APPORTER L&rsquo;\u00c9PIST\u00c9MOLOGIE<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>EN PSYCHIATRIE<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>A L&rsquo;\u00c8RE DES RECHERCHES INTERDISCIPLINAIRES ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>par<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>P. MARCHAIS<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mots-cl\u00e9s\u00a0: \u00c9pist\u00e9mologie, Recherche interdisciplinaire, Informatique, M\u00e9thode syst\u00e9male<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">R\u00c9SUM\u00c9 : <em>L&rsquo;auteur montre la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une \u00e9tude critique et logique des sciences pour mieux comprendre l&rsquo;apparition et le d\u00e9veloppement des multiples aspects de la psychiatrie. Il introduit le travail d&rsquo;un philosophe des sciences, le Pr L.-J. Delpech, qui \u00e9voque la rupture entre la pens\u00e9e classique et la pens\u00e9e scientifique contemporaine dans un texte sur \u00ab Les nouvelles \u00e9pist\u00e9mologies \u00bb.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>P. Marchais rappelle que certaines d&rsquo;entre elles ont tenu un r\u00f4le important dans ses propres travaux. Elles lui ont permis de renouveler son mode d&rsquo;observation et de fonder une nouvelle m\u00e9thode efficace pour sa connaissance et son activit\u00e9 clinique quotidienne. Ainsi peut-il t\u00e9moigner des effets th\u00e9oriques et pratiques de l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie en psychiatrie.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">SUMMARY: <em>The author shows it is necessary to perform a critical and logical study of the sciences in order to understand better the origin and the development of the multiple aspects of psychiatry. He introduces the work of a philosopher of science, Pr L.-J Delpech who points out the rupture between classical and contemporary scientific thinking in an article on \u201cThe new epistemologies\u201d.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>P. Marchais recalls that some of them have played an important role in his own work. They have permitted him to renew his mode of observation and to found a new effective method for organizing his daily clinical activities. Thus he can testify the theoretical and practical effects of epistemology in psychiatry.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La diversit\u00e9 des courants d&rsquo;\u00e9tude et la disparit\u00e9 des niveaux de connaissances en psychiatrie l&rsquo;influence croissante d&rsquo;autres disciplines comme la biologie, le r\u00f4le important des techniques modernes, notamment de l&rsquo;informatique, et les transformations qui ne manqueront pas d&rsquo;en r\u00e9sulter ne peuvent \u00eatre bien appr\u00e9ci\u00e9s dans leur ensemble sans \u00eatre situ\u00e9s par rapport au d\u00e9veloppement historique de la connaissance scientifique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il en est de m\u00eame pour le passage de la clinique empirique initialement syndromique \u2014 apparue avec Pinel au d\u00e9but du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle \u2014 \u00e0 celle des entit\u00e9s \u2014 ayant atteint son apog\u00e9e avec Kraepelin \u2014, l&rsquo;apparition conjointe de la psychodynamique fonctionnelle objective fond\u00e9e par P. Janet et interpr\u00e9tative dominante analogique sensible de Freud concernant les ph\u00e9nom\u00e8nes inconscients, l&rsquo;\u00e9volution de la conception nosographique en maladies vers\u00a0 celle des processus psychopatbologiques, et tant d\u2019autres facettes apparemment contradictoires et pourtant compl\u00e9mentaires de la connaissance psychiatrique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9anmoins, cette connaissance si diversifi\u00e9e se pr\u00e9sente comme une vaste construction d&rsquo;ensemble, fruit de plusieurs g\u00e9n\u00e9rations de cliniciens depuis la fin du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, auxquels se sont joints tout r\u00e9cemment des fondamentalistes. Tout psychiatre averti sait qu&rsquo;aucun courant ne pourrait en \u00eatre exclu ou tenu \u00e0 l\u2019\u00e9cart sans d\u00e9former le visage de sa discipline, chacun ayant contribu\u00e9 d&rsquo;une fa\u00e7on ou d&rsquo;une autre \u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration de cet \u00e9difice et ayant m\u00eame parfois induit l&rsquo;\u00e9closion de nouveaux courants ou particip\u00e9 \u00e0 leur maturation. En outre, si nous voulons assurer sa valeur scientifique et ne pas la laisser s\u2019effriter sous les assauts de ses d\u00e9tracteurs, nous devons comprendre et souligner la coh\u00e9rence de son d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Par suite, pour mieux en saisir le sens g\u00e9n\u00e9ral, il convient de la situer au sein de la connaissance g\u00e9n\u00e9rale et d&rsquo;en extraire les dynamiques internes, comme le clinicien peut en d\u00e9couvrir dans les ph\u00e9nom\u00e8nes inconscients du sujet, ou dans la pathologie du patient. Ceci est le r\u00f4le de l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologue qui se livre \u00e0 une \u00e9tude logique et critique des connaissances.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Certes, une telle r\u00e9flexion est apparemment \u00e9loign\u00e9e des pr\u00e9occupations imm\u00e9diates du clinicien. Cependant contrairement aux apparences, il ne s\u2019agit pas de vaines consid\u00e9rations th\u00e9oriques qui seraient d\u00e9nu\u00e9es d&rsquo;efficacit\u00e9 pratique. En se penchant sur les courants de pens\u00e9e qui servent de r\u00e9f\u00e9rence l&rsquo;observateur, le psychiatre peut mieux comprendre le sens et les limites de ses propres connaissances. Par suite, il peut s\u2019ouvrir davantage \u00e0 de nouveaux modes de pens\u00e9e plus enrichissants pour l&rsquo;\u00e9tude et le traitement des troubles mentaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutefois, le domaine de l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie n&rsquo;est pas simple ni facile \u00f9 assimiler, car il n\u00e9cessite des efforts d&rsquo;abstraction parfois ardus. En outre, i| n&rsquo;est pas clos ni bien limit\u00e9 et ne peut \u00eatre d\u00e9fini une fois pour toutes. En tant que r\u00e9flexion sur la connaissance, l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie demeure ouverte en permanence aux innombrables directions et d\u00e9tours possibles de la pens\u00e9e humaine. Elle prend donc divers aspects et comporte une histoire pour chacun d&rsquo;eux. R. Blanch\u00e9 distinguait ainsi une \u00ab\u00a0\u00e9pist\u00e9mologie externe\u00a0\u00bb ou g\u00e9n\u00e9rale, plus proche de la philosophie, et une \u00ab \u00e9pist\u00e9mologie interne \u00bb, propre \u00e0 chaque discipline. Sa complexit\u00e9 est donc certaine. Cependant, les r\u00e9flexions qu&rsquo;elle suscite peuvent enrichir ses adeptes \u00e0 la mesure des efforts qu&rsquo;elle leur impose.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est donc important pour le psychiatre de s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 elle, car il doit non pas opposer le pragmatisme m\u00e9dical au langage abstrait de l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologue, mais se rendre compte que sa pratique quotidienne peut \u00eatre enrichie par les cons\u00e9quences r\u00e9tro- et ant\u00e9roactives de la r\u00e9flexion \u00e9pist\u00e9mologique. En ce sens, un aper\u00e7u sur ce domaine peut lui \u00eatre utile.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le P<sup>r<\/sup> L\u00e9on-Jacques Delpech, psychologue, psychoth\u00e9rapeute, et philosophe des sciences, ancien collaborateur de G. Bachelard et auteur du rapport \u00ab \u00c9pist\u00e9mologie et Psychologies\u00bb au Congr\u00e8s International de Philosophie tenu \u00e0 Paris en 1948, \u00e9tait particuli\u00e8rement qualifi\u00e9 pour exposer les orientations modernes de l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie. Il montre la rupture de la connaissance scientifique contemporaine avec la pens\u00e9e classique dans un texte condens\u00e9 sur \u00ab Les nouvelles \u00e9pist\u00e9mologies \u00bb. Il rappelle ainsi certaines th\u00e9ories modernes qui ont d\u00e9j\u00e0 contribu\u00e9 au renouvellement de la connaissance dans les sciences humaines et qui pourront peut-\u00eatre enrichir \u00e0 l&rsquo;avenir notre discipline. Ce texte ne fait pas appara\u00eetre les rapports entre la psychiatrie et l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie, car ce travail reste celui du psychiatre, mais il servira de r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ce dernier pour assurer ses propres d\u00e9marches en un domaine abstrait qui ne lui est pas familier. Au lecteur qui n&rsquo;en saisirait pas l&rsquo;int\u00e9r\u00eat imm\u00e9diat, rappelons qu&rsquo;il lui suffirait de se reporter \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de la psychiatrie avant l&rsquo;apparition de la pens\u00e9e freudienne ou avant les ann\u00e9es 50, \u00e9poque \u00e0 laquelle la chimie et la pharmacologie sont venues transformer nos modes de pens\u00e9e et m\u00eame nos concepts nosographiques, pour admettre la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une ouverture sur les nouveaux aspects de la pens\u00e9e contemporaine particuli\u00e8rement riche en rebondissements.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le clinicien pourra aimai trouver des \u00e9l\u00e9ments pour mieux comprendre les conditions d&rsquo;apparition et les caract\u00e9ristiques de la pens\u00e9e scientifique contemporaine et, par suite, l&rsquo;\u00e9closion des nouveaux courants de connaissance pr\u00e9sents et \u00e0 venir en psychiatrie. Ainsi pourra-t-il mieux saisir les raisons des r\u00e9volutions pass\u00e9es et futures dans l&rsquo;histoire de cette discipline, et mieux en pr\u00e9ciser les dynamiques. En outre, en se penchant sur ces nouvelles th\u00e9ories, il pourra voir lui-m\u00eame si certaines d&rsquo;entre elles l&rsquo;incitent \u00e0 modifier ses propres m\u00e9thodes d&rsquo;observation ou \u00e0 remanier celles qui lui sont propos\u00e9es. Ainsi loin d&rsquo;\u00eatre enferm\u00e9 dans un monde purement th\u00e9orique, il pourra au contraire se rendre compte des possibilit\u00e9s de lib\u00e9ration conceptuelle qui lui sont offertes par l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">A titre d&rsquo;exemple, nous rappellerons bri\u00e8vement notre exp\u00e9rience personnelle en ce domaine, car elle nous a montr\u00e9 que l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie pouvait apporter en psychiatrie des ouvertures et des moyens nouveaux directement transposables dans notre activit\u00e9 quotidienne avec des cons\u00e9quences pratiques imm\u00e9diates.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">De nouvelles conditions d&rsquo;observation en service libre d&rsquo;h\u00f4pital g\u00e9n\u00e9ral nous avaient montr\u00e9 d\u00e8s 1950 l&rsquo;inad\u00e9quation des r\u00e9f\u00e9rentiels classiques face aux ph\u00e9nom\u00e8nes observ\u00e9s. Aussi avions-nous essay\u00e9 d&rsquo;en mieux comprendre les raisons. A cet effet nous avions tent\u00e9, il y a une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es, de proposer pour la premi\u00e8re fois en notre discipline une \u00e9pist\u00e9mologie interne dans notre ouvrage intitul\u00e9 \u00ab M\u00e9tapsychiatrie \u00bb (Masson, Paris, 1974). Cet essai n&rsquo;avait manifestement pas \u00e9t\u00e9 bien compris, certains critiques n&rsquo;en percevant que les consid\u00e9rations th\u00e9oriques sans en pressentir les effets pratiques. Or, les travaux que nous avions utilis\u00e9s pour cet ouvrage nous avaient fait prendre conscience des limites de la pens\u00e9e psychiatrique classique et incit\u00e9 \u00e0 rechercher d&rsquo;autres modes de pens\u00e9e possibles pour notre discipline.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi les \u00e9tudes de R. Carnap, H. Poincar\u00e9, F. Gonseth, G. Bachelard, J. Cavaill\u00e8s, J. Piaget, K. Popper, Th. S. Kuhn, L. von Bertalanffy, et tant d&rsquo;autres \u2014 nous avaient conduit \u00e0 remodeler notre attitude d&rsquo;observation initiale. Notamment, l&rsquo;\u0153uvre de G. Bachelard fut pour nous d\u00e9terminante par sa mise en lumi\u00e8re du caract\u00e8re toujours approch\u00e9 de la connaissance, la n\u00e9cessit\u00e9 de conna\u00eetre les aspects cach\u00e9s derri\u00e8re l&rsquo;apparence des ph\u00e9nom\u00e8nes, l&rsquo;objectivit\u00e9 du concept qui peut de nos jours devenir r\u00e9alit\u00e9, la dialectique d&rsquo;une d\u00e9marche \u00ab abstraite-concr\u00e8te \u00bb qui permet d&rsquo;approcher de mieux en mieux la r\u00e9alit\u00e9 observ\u00e9e, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour affiner l&rsquo;observation clinique des troubles mentaux nous avions donc \u00e9t\u00e9 tent\u00e9 de recourir \u00e0 un support conceptuel de r\u00e9f\u00e9rence coh\u00e9rent, d&rsquo;ordre logique et math\u00e9matique relativement \u00e9l\u00e9mentaire, capable de prendre valeur de r\u00e9alit\u00e9 face aux ph\u00e9nom\u00e8nes observ\u00e9s. De ce fait, ce syst\u00e8me de r\u00e9f\u00e9rence pouvait devenir particuli\u00e8rement efficace en psychiatrie, tout en \u00e9tant enti\u00e8rement nouveau. Th\u00e9oriquement, un tel choix permettait d&rsquo;obtenir la meilleure coh\u00e9rence possible dans les d\u00e9marches de connaissance, devenant par-l\u00e0 susceptible de faire \u00e9voluer la psychiatrie vers un statut plus scientifique. Ainsi avons-nous pu \u00e9laborer une nouvelle m\u00e9thode d&rsquo;observation que nous avons d\u00e9nomm\u00e9e syst\u00e9male, en recourant \u00e0 l&rsquo;analyse comparative et diff\u00e9rentielle des ph\u00e9nom\u00e8nes de m\u00eame nature, aux notions d&rsquo;invariant, de mod\u00e8le op\u00e9ratoire, de r\u00e9troaction cybern\u00e9tique, de syst\u00e8me, d&rsquo;ensemble, de combinatoire, d&rsquo;int\u00e9grale&#8230; De m\u00eame, cette orientation nous a conduit \u00e0 utiliser l&rsquo;aide technique de l&rsquo;ordinateur, puisque cet ensemble de d\u00e9marches s&rsquo;av\u00e8re coh\u00e9rent avec celles de l&rsquo;informatique, et nous essayons actuellement d&rsquo;affiner l&rsquo;\u00e9tude clinique de la pathologie mentale par cette nouvelle m\u00e9thode. La voie d&rsquo;une psychiatrie assist\u00e9e par ordinateur est ainsi ouverte dans une prospective non plus seulement quantitative, comme les recherches qui utilisent les notions classiques, mais aussi qualitative plus sp\u00e9cifique \u00e0 la nature des ph\u00e9nom\u00e8nes observ\u00e9s en notre discipline.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous ne reviendrons pas sur ce renouvellement de l&rsquo;observation que nous avons expos\u00e9 dans plusieurs ouvrages, notamment dans \u00ab Les Processus psychopathologiques de l&rsquo;adulte \u00bb (Privat, 1981), et \u00ab Les Mouvances psychopathologiques \u00bb (Eres, 1983), travail que nous sommes en train de d\u00e9velopper pour l&rsquo;\u00e9tude des interrelations du trouble mental et du milieu, afin de faciliter les recherches en psychiatrie sociale et transculturelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Disons simplement qu&rsquo;il aboutit \u00e0 une observation psychodynamique objective et v\u00e9rifiable, capable de pouvoir toujours affiner l&rsquo;\u00e9tude des troubles mentaux. Ce nouveau mode d&rsquo;analyse clinique extrait leurs propri\u00e9t\u00e9s invariantes qui permettent d&rsquo;\u00e9laborer des mod\u00e8les op\u00e9ratoires en permanence ouverts. Cette observation peut \u00eatre aussi bien centr\u00e9e sur le seul patient et ses infrastructures biopsychologiques qu&rsquo;ouverte sur ses relations avec le milieu ambiant socioculturel et sur les propri\u00e9t\u00e9s des communications \u00e9tablies. L&rsquo;assistance de l&rsquo;ordinateur, rendue possible par le caract\u00e8re permanent des invariants, facilite l&rsquo;analyse des innombrables liaisons et corr\u00e9lations de ces invariants qui participent \u00e0 la pathologie mentale, qu&rsquo;elles soient d&rsquo;ordre biopsychologique ou sociopsychologique. De cette fa\u00e7on, l&rsquo;ordinateur permet des analyses intrasyst\u00e9miques et intersyst\u00e9miques, ainsi que des \u00e9tudes interdisciplinaires fond\u00e9es sur des isomorphismes structuraux. Le caract\u00e8re fonctionnel et qualitatif des donn\u00e9es trait\u00e9es \u00e9vite le danger d&rsquo;un mod\u00e8le clinique clos informatisable qui conduirait t\u00f4t ou tard \u00e0 l&rsquo;\u00e9puisement des recherches.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Sans m\u00eame entrer dans le d\u00e9tail de cette d\u00e9marche d&rsquo;ensemble ou des raisons qui l&rsquo;ont motiv\u00e9e et qui la justifient, il est possible de se contenter d&rsquo;en utiliser les effets, c&rsquo;est-\u00e0-dire des mod\u00e8les, pour se rendre compte des nouvelles possibilit\u00e9s qu&rsquo;elle offre face \u00e0 la clinique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie nous a permis d&rsquo;envisager une nouvelle m\u00e9thode d&rsquo;observation en nous faisant b\u00e9n\u00e9ficier d&rsquo;une coh\u00e9rence conceptuelle interne et d&rsquo;une congruence \u00e9troite avec les ph\u00e9nom\u00e8nes observ\u00e9s. En outre, elle nous a incit\u00e9 \u00e0 maintenir pour cette m\u00e9thode une ouverture permanente, qui s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9e productive aussi bien pour la recherche th\u00e9orique que pour le traitement quotidien de nos patients.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s lors, devant les r\u00e9sultats obtenus, nous pouvons aujourd&rsquo;hui t\u00e9moigner que toutes ces notions logiques, math\u00e9matiques et techniques, qui sp\u00e9cifient la pens\u00e9e scientifique moderne et qui investissent progressivement le monde o\u00f9 nous vivons sont assimilables par la psychiatrie pour l&rsquo;\u00e9tude des ph\u00e9nom\u00e8nes cliniques qualitatifs qui la caract\u00e9risent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, notre option n&rsquo;est qu&rsquo;une r\u00e9alisation possible parmi d&rsquo;autres. Loin d&rsquo;\u00eatre unique et fix\u00e9e une fois pour toutes, elle peut toujours s&rsquo;enrichir \u00e0 d&rsquo;autres notions \u00e9pist\u00e9mologiques, \u00eatre compl\u00e9t\u00e9e, voire renouvel\u00e9e, comme nous le faisons pour nos recherches transculturelles actuelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi est-il possible de se rendre compte de l&rsquo;ouverture conceptuelle et des effets pratiques que l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie peut apporter en psychiatrie. Puisse notre discipline s&rsquo;ouvrir \u00e0 ces nouveaux modes de r\u00e9flexion pour participer \u00e0 l&rsquo;\u00e9volution de la pens\u00e9e scientifique contemporaine et ne pas rester \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart des apports incontest\u00e9s et constructifs que celle-ci nous r\u00e9serve pour le plus grand bien des malades mentaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le Dr. Pierre Marchais est neuropsychiatre. Ancien chef de service \u00e0 l&rsquo;H\u00f4pital Foch de Suresnes, Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral et Pr\u00e9sident de la Soci\u00e9t\u00e9 M\u00e9dico-Psychologique, membre de l&rsquo;Acad\u00e9mie europ\u00e9enne interdisciplinaire des sciences, il a particip\u00e9 \u00e0 la fondation de nouvelles institutions psychiatriques en milieu hospitalier g\u00e9n\u00e9ral, p\u00e9nitentiaire, et de recherche. Adepte d&rsquo;\u00e9tudes interdisciplinaires sur le fonctionnement psychique, il est l&rsquo;auteur de travaux couronn\u00e9s par l&rsquo;Acad\u00e9mie de M\u00e9decine et l&rsquo;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, et d&rsquo;une longue suite d&rsquo;ouvrages dont plusieurs ont \u00e9t\u00e9 traduits \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em> <\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Livres\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em> <\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;esprit : Essai sur l&rsquo;unit\u00e9 paradoxale des flux \u00e9nerg\u00e9tiques de la dynamique psychique de Pierre Marchais 2009<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La conscience humaine : Des flux \u00e9nerg\u00e9tiques r\u00e9flexifs, interactifs et transcendants de Pierre Marchais 2007<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;activit\u00e9 psychique : De la psychiatrie \u00e0 une th\u00e9orie de la connaissance de Pierre Marchais\u00a0 2004<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le nouvel esprit psychiatrique de Pierre Marchais et Axel Randrup 2000<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Permanence et relativite du trouble mental de Pierre Marchais et Axel Randrup 1986<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les mouvances psychopathologiques : essai de psychiatrie dynamique de Marchais Pierre 1983<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Magie et mythe en psychiatrie de Pierre Marchais 1977<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Psychiatrie de synth\u00e8se de Pierre MARCHAIS 1973<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*** ***<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LES NOUVELLES \u00c9PIST\u00c9MOLOGIES<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>par<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Pr L\u00e9on-Jacques DELPECH<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Professeur Honoraire a la Sorbonne.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Pr\u00e9sident de la Soci\u00e9t\u00e9 Fran\u00e7aise de<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Cybern\u00e9tique et des Syst\u00e8mes G\u00e9n\u00e9raux<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>HISTORIQUE<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie est la science de la connaissance. C&rsquo;est une discipline qui d&rsquo;une certaine mani\u00e8re est r\u00e9cente puisqu&rsquo;elle date de la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avec l&rsquo;ouvre du philosophe allemand Kant (1724-1804). Mais comme toutes les grandes disciplines elle a une pr\u00e9histoire, c&rsquo;est-\u00e0-dire que sans prendre conscience de sa r\u00e9alit\u00e9 autonome, les probl\u00e8mes qu&rsquo;elle implique ont \u00e9t\u00e9 abord\u00e9s depuis des temps recul\u00e9s de la tradition philosophique : ainsi les sophistes grecs dans la haute antiquit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 les premiers \u00e0 mettre en question la valeur de la connaissance quelques si\u00e8cles avant J\u00e9sus-Christ, et curieusement ce ph\u00e9nom\u00e8ne n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 sp\u00e9cifique \u00e0 l&rsquo;Occident mais il a \u00e9t\u00e9 universel, s&rsquo;\u00e9tendant en Inde et en Chine (cf. P. Masson-Oursel : <em>Les sophistes<\/em>, Revue de m\u00e9taphysique et morale, 1915). Cette crise que j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 amen\u00e9 \u00e0 comparer \u00e0 celle de 1968 dans une lettre \u00e0 Andr\u00e9 Malraux, a \u00e9t\u00e9 conjur\u00e9e par Socrate et \u00e0 sa suite la constitution d&rsquo;une philosophie consistante r\u00e9alis\u00e9e par son disciple Platon qui a su mettre en valeur, sous le nom d&rsquo;Id\u00e9es, des invariants. Le platonisme devait continuer son itin\u00e9raire jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours o\u00f9 il aboutit d&rsquo;une part \u00e0 la psychanalyse (j&rsquo;entends par l\u00e0 une philosophie qui met l&rsquo;accent sur l&rsquo;inconscient et l&rsquo;affectivit\u00e9) du suisse Jung et \u00e0 certaines conceptions du philosophe anglais B. Russell. Kant a donc pos\u00e9 le premier en toute conscience le probl\u00e8me \u00e9pist\u00e9mologique, mais curieusement si on lit sa logique on y trouve les cat\u00e9gories aristot\u00e9liciennes telles qu&rsquo;elles sont d\u00e9crites dans le livre des Analytiques d&rsquo;Aristote dont l&rsquo;\u00e9tude, disait Joseph de Maistre, assure \u00e0 ceux qui l&rsquo;avait p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e une sup\u00e9riorit\u00e9 d&rsquo;esprit indiscutable. Pourtant \u00e0 travers le XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle cet ordre s\u00e9culaire allait \u00eatre boulevers\u00e9 par des critiques concentriques venant de diverses directions. Il y a d&rsquo;abord les logiciens anglais Boole, Morgan et Jevons qui, reprenant certaines id\u00e9es de Leibniz, id\u00e9es expos\u00e9es par Couturat dans sa logique de Leibniz (1902) montr\u00e8rent que la logique d\u00e9passait de loin le discours soumis aux principes d&rsquo;identit\u00e9 de contradiction et de raison suffisante, et ne pouvait se rattacher d&rsquo;une certaine mani\u00e8re \u00e0 l&rsquo;alg\u00e8bre (cf. L. Liard: <em>Les logiciens anglais contemporains<\/em> 1878). Une seconde attaque contre l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie classique est venue du domaine pr\u00e9f\u00e9rentiel philosophique et l&rsquo;\u0153uvre du penseur allemand Dilthey avec sa <em>Critique des sciences humaines<\/em> (1885) qui partant du mod\u00e8le autobiographique et biographique a mis en lumi\u00e8re la distinction entre l\u2019explication causale et la compr\u00e9hension intuitive : c&rsquo;est ce que le penseur allemand Jaspers a mis en \u0153uvre dans son c\u00e9l\u00e8bre <em>Trait\u00e9 de Psychopathologie G\u00e9n\u00e9rale<\/em> (1912). Cette distinction \u00a0qu&rsquo;on retrouve chez Bergson est un des points fondamentaux de la sp\u00e9cificit\u00e9 des sciences humaines dont Gusdorf dans une \u0153uvre prodigieuse de plus de dix volumes raconte l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e. Une troisi\u00e8me attaque contre l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie classique dont le mod\u00e8le est le couple Newton-Kant, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e par le math\u00e9maticien Henri Poincar\u00e9. Celui-ci examinant l&rsquo;\u0153uvre du physicien anglais J.-C. Maxwell, un des cr\u00e9ateurs de la physique moderne par sa d\u00e9couverte de l&rsquo;\u00e9quivalence entre la lumi\u00e8re et l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9, est arriv\u00e9 apr\u00e8s un examen de son \u0153uvre un peu d\u00e9routante \u00e0 cette d\u00e9couverte que si un mod\u00e8le math\u00e9matique est satisfaisant, on peut d\u00e9montrer que n mod\u00e8les le sont, et on choisira le plus commode. Si nous r\u00e9sumons le cheminement mis en lumi\u00e8re, il faut dire qu&rsquo;en dehors d&rsquo;une raison ferme et unilat\u00e9rale nous devons utiliser des logiques nouvelles. Je ne peux continuer cet itin\u00e9raire : je me contenterai de dire que s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 une double exigence d&rsquo;unit\u00e9 et de multiplicit\u00e9 dans les sciences cosmologiques dont le type est la physique, et dans les sciences humaines. La physique a pris des formes diverses et une tentative d&rsquo;unification entre la physique des quanta et celle de la relativit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 tent\u00e9e par J.-L. Destouches qui en 1943 a publi\u00e9 un trait\u00e9 de physique o\u00f9 il multipliait les points de vue, puis en 1954 il parlait de physico-logique une discipline nouvelle qui \u00e9tudiait La structure et la combinaison des th\u00e9ories physiques. Dans le domaine des sciences humaines Palmade avait soutenu en 1953 une th\u00e8se sur l&rsquo;unit\u00e9 des sciences humaines qui prenait comme mod\u00e8le la psychotechnie. Cette th\u00e8se, malheureusement publi\u00e9e en 1961, n\u2019eut \u00e0 peu pr\u00e8s aucune r\u00e9sonnance. \u00a0Il n\u2019en demeure pas moins que le probl\u00e8me \u00e9pist\u00e9mologique a pris peu \u00e0 peu une grande importance. <em>La dissociation entre la logique et le r\u00e9el a disparu de plus en plus<\/em>. Aussi pour faire comprendre le probl\u00e8me, nous allons examiner une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologies contemporaines qui \u00e0 l\u2019heure actuelle ont permis \u00e0 ceux qui les utilisaient d\u2019obtenir des r\u00e9sultats de plus en plus efficaces.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00c9PIST\u00c9MOLOGIES CONTEMPORAINES<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">1.<strong> \u2014<\/strong> LES PSYCHO-LOGIQUES<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il s&rsquo;agit de disciplines qui \u00e9tudient particuli\u00e8rement les rapports des th\u00e9ories physiques et de la logique. Elles furent cr\u00e9\u00e9es par Gonseth, Bachelard et Destouches.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">F. Gonseth, math\u00e9maticien et \u00e9pist\u00e9mologue suisse, condisciple d&rsquo;Einstein \u00e0 1&rsquo;\u00c9cole polytechnique de Zurich, est mort en 1976. Dans une \u0153uvre de plus de huit volumes et cent cinquante articles, il a \u00e9nonc\u00e9 quatre principe de base : 1<sup>o<\/sup> <em>Le principe \u00a0de r\u00e9versibilit\u00e9.<\/em> Aucun \u00e9l\u00e9ment de la connaissance ne peut \u00ab\u00a0sans arbitraire\u00a0\u00bb \u00eatre pos\u00e9 comme \u00a0\u00bb ferm\u00e9 \u00ab\u00a0, achev\u00e9 dans sa signification et par cons\u00e9quent irr\u00e9formable dans toutes ses significations. Au plan de l&rsquo;hypoth\u00e8se scientifique, le principe ne s&rsquo;oppose pas \u00e0 telle ou telle \u00ab\u00a0hypoth\u00e8se de fermeture \u00bb, qu&rsquo;on se proposerait de mettre \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve. Il doit cependant \u00eatre interdit de d\u00e9cr\u00e9ter qu\u2019un \u00e9l\u00e9ment quelconque ne sera jamais susceptible d&rsquo;\u00eatre r\u00e9form\u00e9, qu&rsquo;il ne sera jamais capable de la r\u00e9vision qui lui permettrait \u00e9ventuellement d&rsquo;entrer dans une position ult\u00e9rieurement corrig\u00e9e ou pr\u00e9cis\u00e9e. \u00ab Il n&rsquo;existe pas de raison absolument et inconditionnellement valable de nous croire capable de d\u00e9cider par avance et pour toujours, que tel ou tel secteur de notre connaissance n&rsquo;aura jamais \u00e0 \u00eatre r\u00e9vis\u00e9 \u00bb. 2<sup>o<\/sup> <em>Le principe de structuralit\u00e9<\/em>. Si la r\u00e9versibilit\u00e9 est \u00e0 la fois le trait commun \u00e0 toute connaissance et la condition de tout progr\u00e8s, il est une seconde caract\u00e9ristique du fait scientifique qui elle aussi s&rsquo;impose \u00e0 l&rsquo;observation en m\u00eame temps qu&rsquo;elle apparait comme la forme que rev\u00eatent l&rsquo;acquisition et le progr\u00e8s de la connaissance. Cette seconde caract\u00e9ristique dans le prolongement de l&rsquo;opposition classique du rationnel et de l&#8217;empirique est quelquefois d\u00e9sign\u00e9e par Gonseth sous le nom de principe de dualit\u00e9. Mais d\u00e9j\u00e0 dans \u00ab\u00a0la g\u00e9om\u00e9trie et le probl\u00e8me de l&rsquo;espace \u00bb, la notion de dualit\u00e9 est d\u00e9pass\u00e9e. L&rsquo;\u00e9quivalence de v\u00e9rit\u00e9 entre l&rsquo;intuitif, l&rsquo;exp\u00e9rimental et le rationnel implique la coexistence de trois aspects et non de deux aspects. La seconde synth\u00e8se dialectique confirme que trois aspects concourent \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9 et \u00e0 la coh\u00e9rence de l&rsquo;op\u00e9ration g\u00e9om\u00e9trisante. Dans la conclusion de son livre, Gonseth insiste sur l&rsquo;insuffisante d&rsquo;une simple mise en synth\u00e8se de l&#8217;empirique et du rationnel. Aucun aspect, aucun ph\u00e9nom\u00e8ne n&rsquo;est localisable et discernable \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat pur. Si la m\u00e9thode peut n\u00e9anmoins se proposer de mettre l&rsquo;un ou l&rsquo;autre en \u00e9vidence, elle se gardera de l&rsquo;isoler de la diversit\u00e9 int\u00e9gr\u00e9e des aspects ou des ph\u00e9nom\u00e8nes. A ces derniers correspondront des sch\u00e9mas plus ou moins ad\u00e9quats et significatifs, des structures qu&rsquo;il y aura lieu d&rsquo;envisager comme rattach\u00e9es \u00e0 une diversit\u00e9 que l&rsquo;\u00e9tat pr\u00e9sent de la recherche n&rsquo;\u00e9puise ni ne circonscrit jamais. Comme pour l&rsquo;axiomatisation, la m\u00e9thodologie conteste que telle ou telle structure puisse prendre son sens m\u00e9thodologique et scientifique hors d&rsquo;une mise en situation dialectique, hors d\u2019un effort de synth\u00e8se o\u00f9 la valeur des \u00e9l\u00e9ments en pr\u00e9sence est suspendue \u00e0 la nature de la relation qui peut s&rsquo;\u00e9tablir entre eux. De ce point de vue la diversit\u00e9 int\u00e9gr\u00e9e des aspects ou des structures suppose une\u00a0 unit\u00e9 structurale propre \u00e0 chaque \u00a0domaine de connaissance ou du moins \u00e0 chaque discipline. Cette unit\u00e9 structurale repr\u00e9sente l&rsquo;horizon m\u00e9thodologique et critique o\u00f9 les sch\u00e9mas de la connaissance sp\u00e9cialis\u00e9e,\u00a0 notamment, r\u00e9v\u00e9leront, au-del\u00e0 de leur signification intrins\u00e8que, les significations ext\u00e9rieures qu\u2019ils peuvent rev\u00eatir soit du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;objet, soit du c\u00f4t\u00e9 du sujet. Mais cette unit\u00e9 n&rsquo;est pas donn\u00e9e d&rsquo;avance, elle est \u00e0 construire selon une id\u00e9e directrice, \u00e0 faire valoir et susceptible d&rsquo;\u00eatre r\u00e9vis\u00e9e en tout temps. 3<sup>o<\/sup> Le principe de technicit\u00e9. C&rsquo;est en corr\u00e9lation avec le principe pr\u00e9c\u00e9dent que le principe de technicit\u00e9 prend toute sa valeur. Dans la m\u00e9thodologie, la technicit\u00e9 recourt \u00e0 l&rsquo;instrumental, en tant qu&rsquo;il est susceptible de se distinguer des informations naturelles et des op\u00e9rations de l&rsquo;esprit. Sa forme variera du verbal \u00e0 l&rsquo;objet ou \u00e0 la machine : l&rsquo;essentiel est de voir que rien, et \u00e0 aucun titre, ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme du purement instrumental, toute d\u00e9limitation se justifiant en fonction\u00a0 des donn\u00e9es propres \u00e0 chaque discipline. L&rsquo;autonomie d\u2019une discipline, l&rsquo;efficacit\u00e9 de ses pratiques exp\u00e9rimentales, sont intimement li\u00e9es \u00e0 sa technicit\u00e9 ; la m\u00e9thodologie doit prendre acte du fait technique comme d&rsquo;un fait principal sans lequel son analyse resterait en de\u00e7\u00e0 des r\u00e9alit\u00e9s de la pratique. 4<sup>o<\/sup> <em>Le principe de solidarit\u00e9 ou d\u2019int\u00e9gralit\u00e9. <\/em>Il rel\u00e8ve simplement du fait \u00ab\u00a0que la connaissance scientifique forme une trame dont toute les parties se tiennent et se conditionnent les unes les autres \u00bb. Il rappelle le fait qu&rsquo;une r\u00e9volution portant sur \u00a0telle ou telle partie de ce syst\u00e8me bien li\u00e9 peut ou doit entrainer des r\u00e9visions en tel ou tel autre point. Il n\u2019y a l\u00e0 gu\u00e8re autre chose que la formulation dune exp\u00e9rience commune.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">G. Bachelard, professeur la Facult\u00e9 de Dijon, puis la Sorbonne, est mort en 1961. Il s\u2019est efforc\u00e9 durant sa carri\u00e8re de cr\u00e9er une psychologie de l&rsquo;esprit scientifique avec pour corollaire une m\u00e9thodologie en vue d&rsquo;\u00e9tablir les fondements d&rsquo;une conscience de la rationalit\u00e9 qui soit \u00e0 la mesure de notre temps. La Science incite l&rsquo;homme \u00e0 saisir les choses et les ph\u00e9nom\u00e8nes dans des cadres rigides (pr\u00e9cis) mais avec un contrepoint dans l&rsquo;imaginaire. La r\u00e9flexion philosophie est dans un premier moment constructive. La science est une suite infinie de rectifications. La connaissance est approchante, elle est toujours approch\u00e9e (c&rsquo;est le titre de sa th\u00e8se de 1929),\u00a0 \u00a0jamais d\u00e9finitive. Le sujet connaissant est en interaction incessante avec le ph\u00e9nom\u00e8ne scientifique. Jamais la science n&rsquo;est donn\u00e9e d&rsquo;un coup, elle suit un long processus d&rsquo;\u00e9laboration. Il y a d&rsquo;abord une connaissance premi\u00e8re des faits scientifiques, celle-ci est fournie par les premiers enregistrements des sens. Mais aussit\u00f4t, la raison loin d&rsquo;ent\u00e9riner ces faits les travaille pour en d\u00e9gager le sens au service de la science. Or rien dans la raison humaine n&rsquo;est immobile. Au contact de l\u2019objet scientifique la raison se forme et se d\u00e9forme (<em>Le Nouvel esprit scientifique<\/em>). Aucun principe, aucune cat\u00e9gorie, aucune structure que la raison se donne n&rsquo;est d\u00e9finitif. Tout change en fonction du stade de d\u00e9veloppement de la science. La science fonde aujourd&rsquo;hui un type d&rsquo;intelligibilit\u00e9 qui est dialectique. Conna\u00eetre ne peut \u00e9veiller \u00ab\u00a0qu&rsquo;un seul d\u00e9sir : conna\u00eetre davantage, conna\u00eetre mieux \u00bb. Le nouvel esprit scientifique est l&rsquo;\u00e9bauche de cette attitude mais au pr\u00e9alable il faut exclure deux types d&rsquo;explications m\u00e9taphysiques. La pens\u00e9e de Bachelard apr\u00e8s avoir \u00e9tabli que la science est dialectique va adopter un ton critique. D&rsquo;une part la science ne se borne pas \u00e0 l&rsquo;enregistrement des faits bruts. Il n&rsquo;y a de science que de ce qui est cach\u00e9. Il est n\u00e9cessaire pour l&rsquo;esprit scientifique d&rsquo;\u00e9tablir des normes et des cadres qui favorisent l&rsquo;explication de ces donn\u00e9es imm\u00e9diates des sens et de la perception. D&rsquo;autre pat, la raison humaine ne peut se constituer une fois pour toutes. La science est un effort sans cesse rectifi\u00e9 pour s&rsquo;adapter aux ph\u00e9nom\u00e8nes. Les domaines nouveaux conquis par la science contemporaine ne peuvent plus faire l&rsquo;objet d&rsquo;une mise en pratique des cadres aristot\u00e9liciens et kantiens. L&rsquo;intelligibilit\u00e9 aristot\u00e9licienne \u00e9tait valable pour la science macroscopique. Aujourd&rsquo;hui elle est un obstacle \u00e0 la connaissance, car elle ne permet pas l&rsquo;analyse du domaine de l&rsquo;infiniment petit. Au contact des ph\u00e9nom\u00e8nes l&rsquo;homme transforme son esprit, sa raison s&rsquo;affine. \u00ab\u00a0Le nouvel esprit scientifique montre sous sa forme la plus simple, la plus pure, le jeu dialectique de la raison. Les moyens de la connaissance s&rsquo;approfondissent sans cesse. Il faut donc que la connaissance soit admise comme un fait dialectique. Le savoir est une remise en question incessante \u00bb. Rien n&rsquo;est jamais acquis, c&rsquo;est donc par un \u00e9change sans fin et dans les deux sens, entre l&rsquo;objet et le sujet, que s&rsquo;accro\u00eet la connaissance. Le monde connu n&rsquo;est pas une donn\u00e9e brute, le monde est un monde construit en fonction d&rsquo;un type d&rsquo;intelligibilit\u00e9. Pour Bachelard la science dans son histoire et dans ses processus de construction est l&rsquo;affirmation de la dialectique. Une connaissance n&rsquo;est qu&rsquo;un moment sur l&rsquo;axe du devenir. Au niveau de l&rsquo;activit\u00e9 scientifique, l&rsquo;homme est donc l&rsquo;\u00eatre de la dialectique. Il est dans le monde, mais il cherche \u00e0 le r\u00e9duire \u00e0 l&rsquo;expression qu&rsquo;il en a. Son rapport au monde est dialectique, c&rsquo;est-\u00e0-dire que le monde est sa repr\u00e9sentation. Celle-ci est cons\u00e9cutive \u00e0 sa fa\u00e7on de le penser, autrement dit aux moyens mis en \u0153uvre, c&rsquo;est-\u00e0-dire les cadres de l&rsquo;intelligibilit\u00e9. Nous venons de saisir cette dialectique dans son caract\u00e8re g\u00e9n\u00e9ral : l&rsquo;homme est pr\u00e9sent au monde. Ce monde lui est donn\u00e9, il pense ce monde et r\u00e9agit sur lui, ce rapport met en \u00e9vidence une interaction entre l&rsquo;homme et le monde. Le mod\u00e8le de l&rsquo;explication du monde n&rsquo;est jamais d\u00e9finitif. Une th\u00e9orie est sans cesse rectifi\u00e9e, transform\u00e9e; v\u00e9rifi\u00e9e au contact de l&rsquo;exp\u00e9rience. Elle va du r\u00e9el \u00e0 l&rsquo;abstrait, puis revient vers le r\u00e9el : la technique ou quelque forme que ce soit de v\u00e9rification. Ce retour au r\u00e9el rend n\u00e9cessaire un nouveau type d&rsquo;intelligibilit\u00e9. La raison humaine se transforme ainsi ind\u00e9finiment au contact de l&rsquo;exp\u00e9rience. Une rectification objective est imm\u00e9diatement une rectification subjective. \u00ab Si l&rsquo;objet m&rsquo;instruit, il me modifie. De l&rsquo;objet comme principal profit, je r\u00e9clame une modification spirituelle \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette dialectique de la connaissance, Bachelard la saisit au niveau du concept. Le concept traduit dans la science la r\u00e9alit\u00e9 objective. Il est forc\u00e9ment limitatif car il a besoin d&rsquo;\u00eatre pr\u00e9cis, affin\u00e9. Ainsi le concept de d\u00e9terminisme est rendu faux par la naissance des th\u00e9ories modernes. Or, c&rsquo;est par une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 une v\u00e9rification par la pratique que ce concept a pu se transformer. Le concept cr\u00e9e souvent son propre appareil de v\u00e9rification. Mieux le concept cr\u00e9e souvent la mati\u00e8re qui \u00e0 son tour va transformer le concept comme on le voit en chimie. Du r\u00e9el au concept il y a toute l&rsquo;activit\u00e9 de la science, le concept \u00e9tant la r\u00e9alit\u00e9 rendue intelligible. Une d\u00e9marche inverse nous ram\u00e8ne au r\u00e9el.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">A ce niveau se <em>pose le probl\u00e8me de l&rsquo;objectivit\u00e9 du concept<\/em>. Le concept est objectif dans la mesure o\u00f9 il traduit avec le maximum d&rsquo;efficacit\u00e9 la r\u00e9alit\u00e9. Il est objectif dans la mesure o\u00f9 il rend compte d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne. Il se substitue \u00e0 un nouveau concept devenu moins pr\u00e9gnant sur le r\u00e9el, du fait des enseignements nouveaux. Il est plus objectif car il rend davantage compte de l&rsquo;ensemble d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne. C&rsquo;est ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 avec les grands bouleversements de la science du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. On a cru \u00e0 une faillite de la science car des notions telles que d\u00e9terminisme, espace-temps, sont apparues nettement insuffisantes pour expliquer les ph\u00e9nom\u00e8nes. La raison devait cr\u00e9er un nouveau concept. Ainsi fut cr\u00e9\u00e9e la notion d&rsquo;ind\u00e9terminisme qui permit \u00e0 la science un regain d&rsquo;activit\u00e9, le pr\u00e9c\u00e9dent concept devenant un cas particulier du second. Il y a l\u00e0 une le\u00e7on de compr\u00e9hension du r\u00e9el \u00e0 tirer. C&rsquo;est ce que fit Bachelard dans sa \u00ab Philosophie du non \u00bb (1941).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La notion de <em>profil \u00e9pist\u00e9mologique<\/em>, d&rsquo;apr\u00e8s Bachelard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Partant du concept m\u00e9canique de masse, Bachelard a mis en \u00e9vidence une filiation de cinq doctrines philosophiques n\u00e9cessaires \u00e0 l&rsquo;\u00e9clairer. Mais comment progresser ? Il r\u00e9pond ainsi : \u00ab Il nous semble qu&rsquo;une psychologie de l&rsquo;esprit scientifique devrait dessiner ce que nous appellerons le profil \u00e9pist\u00e9mologique des diverses conceptualisations. C&rsquo;est par un tel profil mental qu&rsquo;on pourrait mesurer l&rsquo;action psychologique effective des diverses philosophies dans l&rsquo;\u0153uvre de la connaissance \u00bb. On r\u00e9alise alors un profil en portant en abscisse les philosophies successives (r\u00e9alisme, empirisme, rationalisme, etc.) et en ordonn\u00e9e une valeur qui mesure l&rsquo;importance relative de nos convictions. Bachelard insiste sur le fait qu&rsquo;un profil \u00e9pist\u00e9mologique doit toujours \u00eatre relatif \u00e0 un concept d\u00e9sign\u00e9, qu&rsquo;il ne vaut que pour un esprit particulier qui s&rsquo;examine \u00e0 un stade particulier de sa culture. \u00ab C&rsquo;est cette double particularisation qui fait son int\u00e9r\u00eat \u00bb et Bachelard ajoute en \u00e9largissant son point de vue : \u00ab C&rsquo;est seulement apr\u00e8s avoir recueilli l&rsquo;album des profils \u00e9pist\u00e9mologiques de toutes les notions de base qu&rsquo;on pourra vraiment \u00e9tudier l&rsquo;efficacit\u00e9 relative des diverses philosophies&#8230; Nous sugg\u00e9rerions volontiers une analyse philosophique spectrale qui d\u00e9terminerait avec pr\u00e9cision comment les diverses philosophies r\u00e9agissent au niveau d&rsquo;une connaissance objective particuli\u00e8re<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>J.-L. Destouches<\/em>, physicien fran\u00e7ais, mort en 1980, cr\u00e9a en 1939 1a physico-logique. Il \u00e9crit en 1954 : \u00ab J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 amen\u00e9 \u00e0 adopter comme objet d&rsquo;\u00e9tude les th\u00e9ories elles-m\u00eames, ainsi que la notion de th\u00e9orie physique et non plus les ph\u00e9nom\u00e8nes que, ces th\u00e9ories cherchent \u00e0 expliquer. J&rsquo;ai ainsi \u00e9t\u00e9 orient\u00e9 vers des recherches \u00e9pith\u00e9oriques pour employer un terme emprunt\u00e9 au Pr Curry. Ces recherches se sont d\u00e9velopp\u00e9es dans diff\u00e9rentes directions et forment les bases d&rsquo;une discipline qu&rsquo;on peut appeler la physico-logique \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Une partie importante de la physico-logique est constitu\u00e9e par la, recherche, des cons\u00e9quences de la conception pr\u00e9visionnelle d&rsquo;une th\u00e9orie physique, c&rsquo;est-\u00e0-dire de la conception selon laquelle une th\u00e9orie consiste au moins \u00e0 calculer des pr\u00e9visions. On peut aussi construire une th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale des pr\u00e9visions qui conduit d\u00e9ductivement des r\u00e9sultats g\u00e9n\u00e9raux pr\u00e9cis, comme il y a deux types de th\u00e9ories physiques. Si on se place au point de vue pr\u00e9visionnel, les th\u00e9ories que l&rsquo;on construit ne visent plus \u00e0 d\u00e9crire des r\u00e9alit\u00e9s intrins\u00e8ques mais seulement \u00e0 relier d&rsquo;une mani\u00e8re coh\u00e9rente des r\u00e9sultats de mesure pour pouvoir faire des pr\u00e9visions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Si on l&rsquo;envisage de ce point de vue, la m\u00e9canique ondulatoire de L. de Broglie avec interpr\u00e9tation probabiliste appara\u00eet comme tout \u00e0 fait naturelle. Toutes les conclusions \u00e9nonc\u00e9es qui paraissent \u00e9tranges sont des cons\u00e9quences normales de l&rsquo;intention pr\u00e9visionnelle. En effet, dans cette perspective la microphysique exige que les appareils de mesure aient un r\u00f4le in\u00e9liminable dans la description th\u00e9orique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La recherche op\u00e9rationnelle.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Durant la derni\u00e8re guerre on a eu \u00e0 traiter des probl\u00e8mes militaires complexes et comportant trop de param\u00e8tres pour \u00eatre abord\u00e9s par la voie purement scientifique. De l\u00e0 est n\u00e9e la recherche op\u00e9rationnelle, invent\u00e9e par le physicien anglais Blackette et dont le pr\u00e9curseur fut Napol\u00e9on, comme l&rsquo;a montr\u00e9 P. Vendryes dans son livre \u00ab <em>Vers la Th\u00e9orie de l&rsquo;Homme<\/em> \u00bb (1973), fond\u00e9e initialement sur l&rsquo;analyse math\u00e9matique des m\u00e9canismes quantitatifs int\u00e9ressant l&rsquo;organisation, la gestion, l&rsquo;action et la r\u00e9action en vue d&rsquo;un but bien d\u00e9fini. La recherche th\u00e9orique des facteurs dominants et des lois r\u00e9gissant les ph\u00e9nom\u00e8nes quantitatifs \u00e0 travers la th\u00e9orie des jeux de Borel, les recherches \u00e9conomiques de Cournot et Pareto, o\u00f9 le calcul des probabilit\u00e9s tient une place pr\u00e9pond\u00e9rante, pr\u00e9ludaient d&rsquo;ailleurs \u00e0 cette discipline. Lorsque cette recherche inclut des param\u00e8tres variables, c&rsquo;est toujours dans la limite de contraintes d\u00e9finies. Ce pr\u00e9alable permet \u00e0 l&rsquo;analyse d&rsquo;aborder l&rsquo;am\u00e9lioration des m\u00e9thodes ou des mat\u00e9riaux et m\u00eame les cons\u00e9quences engendr\u00e9es par la variation des conditions d&rsquo;action et des objectifs consid\u00e9r\u00e9s. Elle fournit donc tout \u00e0 la fois des \u00e9l\u00e9ments de pr\u00e9vision et de d\u00e9cision. C&rsquo;est son aspect prospectif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La valeur et l&rsquo;efficacit\u00e9 de la recherche op\u00e9rationnelle sont li\u00e9es aux conditions de la r\u00e9alisation du mod\u00e8le math\u00e9matique r\u00e9sumant le probl\u00e8me. Cette r\u00e9alisation r\u00e9sulte d&rsquo;\u00e9changes entre techniciens et utilisateurs. Elle peut avoir plusieurs aspects comme l&rsquo;exploitation directe du mod\u00e8le ou la simulation du ph\u00e9nom\u00e8ne sous forme acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e, en confrontant les r\u00e9actions des utilisateurs et celle d&rsquo;un ordinateur anim\u00e9 par le mod\u00e8le. Si l&rsquo;animation de l&rsquo;ordinateur pr\u00e9sente des caract\u00e8res difficiles, on utilise la technique des jeux de guerre o\u00f9 se combinent attaques et ripostes. Mais l&rsquo;\u00e9laboration de mod\u00e8les math\u00e9matiques ne peut se r\u00e9aliser qu&rsquo;aux conditions suivantes. Tout d&rsquo;abord obtenir entre techniciens et utilisateurs des \u00e9changes de vues compr\u00e9hensifs, les premiers s&rsquo;effor\u00e7ant de mettre leurs questions \u00e0 la port\u00e9e des seconds de mani\u00e8re \u00e0 \u00e9viter toute \u00e9quivoque. Il est alors possible de r\u00e9aliser une analyse objective et une exploration exhaustive du ph\u00e9nom\u00e8ne pour en d\u00e9gager des lois et les facteurs pr\u00e9pond\u00e9rants, les crit\u00e8res de base en fonction desquels on comparera les solutions offertes. A partir du moment o\u00f9 l&rsquo;information r\u00e9ciproque est estim\u00e9e comme s\u00fbre et bien traduite, on est en droit d&rsquo;\u00e9laborer le mod\u00e8le. Il est presque toujours soumis \u00e0 trois sortes de simplifications. Tout d&rsquo;abord on est souvent conduit \u00e0 n\u00e9gliger des aspects qui pour sembler accessoires conservent une influence r\u00e9elle dont parfois la valeur est sous-estim\u00e9e. Lorsque la question se complique en fonction de la densit\u00e9 du probl\u00e8me, elle conduit \u00e0 des \u00e9quations diff\u00e9rentielles qui ne sont pas toujours formellement int\u00e9grales d&rsquo;o\u00f9 une certaine approximation dans les formules utilisables. Enfin quand des ph\u00e9nom\u00e8nes qualitatifs interviennent on ne peut les traiter qu&rsquo;imparfaitement par le biais de plusieurs m\u00e9thodes d&rsquo;approche, comme la fr\u00e9quence et la r\u00e9p\u00e9tition des comportements conventionnels, tels qu&rsquo;on les rencontre dans les sondages d&rsquo;opinion et dans les \u00e9tudes sociologiques, les m\u00e9thodes analogiques o\u00f9 on extrapole une situation th\u00e9orique pour pr\u00e9venir un d\u00e9veloppement, une situation historique, pour pr\u00e9voir un d\u00e9veloppement technique ou politique corrig\u00e9 par de nouvelles contraintes, enfin les m\u00e9thodes de simulation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant les normes d&rsquo;ordre moral, social, passionnel ou historique, en leur aspect irrationnel, tout ce que les r\u00e9actions humaines enfin comportent d&rsquo;intuitif, \u00e9chappent n\u00e9cessairement au mod\u00e8le faute de pouvoir se traduire en chiffres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le contr\u00f4le de la valeur du mod\u00e8le est assur\u00e9 non seulement par la mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve pr\u00e9alable des hypoth\u00e8ses de base et des solutions possibles (quand c&rsquo;est convenable), mais encore par la mise \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve du mod\u00e8le et des solutions qu&rsquo;il fournit. Ces v\u00e9rifications se font sous deux formes : l&rsquo;essai de fonctionnement du ph\u00e9nom\u00e8ne et la comparaison r\u00e9trospective de ce fonctionnement nouveau avec des \u00e9l\u00e9ments tir\u00e9s de l&rsquo;exp\u00e9rience du pass\u00e9. Dans ce second cas, l&rsquo;intervention d&rsquo;un philosophe de l&rsquo;histoire est indispensable, parce que les exp\u00e9riences du pass\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat brut perdent leur signification, lorsqu&rsquo;un facteur essentiel a chang\u00e9 notablement de grandeur. La comparaison ne peut donc s&rsquo;effectuer qu&rsquo;\u00e0 la faveur des m\u00e9thodes comparatives de la philosophie de l&rsquo;histoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La recherche op\u00e9rationnelle, en d\u00e9pit de ses imperfections, comporte de nombreux avantages. Elle contraint d&rsquo;abord \u00e0 une analyse rigoureuse des probl\u00e8mes et permet d&rsquo;atteindre des r\u00e9sultats inaccessibles \u00e0 la pure logique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>2. LA TH\u00c9ORIE DES JEUX.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a longtemps que les math\u00e9maticiens se sont int\u00e9ress\u00e9s au comportement humain du jeu. Pascal y aper\u00e7ut les premiers rudiments d&rsquo;une th\u00e9orie des probabilit\u00e9s. De nombreux savants examin\u00e8rent ensuite la structure des jeux, faisant l&rsquo;analyse de leurs possibilit\u00e9s vari\u00e9es en cours de partie. L&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;\u00e9tudier un jeu en tant qu&rsquo;\u00e9laboration d&rsquo;une suite de d\u00e9cisions humaines, et de consid\u00e9rer les rapports globaux de ces suites de d\u00e9cisions \u00e0 l&rsquo;issue de la partie, est cependant relativement plus r\u00e9cente. Esquiss\u00e9e depuis quelques d\u00e9cennies, cette \u00e9tude vient de prendre corps dans un ouvrage consid\u00e9rable de J. Von Neumann et O. Morgenstern. L&rsquo;importance de cet ouvrage r\u00e9side non seulement dans le centrage sur l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment sp\u00e9cifiquement humain du jeu, mais encore dans l\u2019\u00e9bauche d\u2019un lien relativement distinct avec les probl\u00e8mes de la science \u00e9conomique. Car il y a un aspect \u00e9conomique dans le jeu : on y int\u00e9resse les parties, et les joueurs ont d\u00e8s lors \u00e0 s&rsquo;assurer un maximum de gain ou \u00e0 limiter le plus possible leurs pertes. C&rsquo;est sur cet aspect du jeu que notre attention va pour l&rsquo;instant se concentrer. Ce qui est \u00e9videmment un cas passablement \u00e9loign\u00e9 de ce que montre la psychologie usuelle associant confus\u00e9ment l&rsquo;int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique aux autres int\u00e9r\u00eats du jeu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Quoi qu&rsquo;il en soit, pour chaque joueur une partie d&rsquo;un jeu d\u00e9termin\u00e9, \u00e9checs, poker ou autre, consiste en une suite de coups jou\u00e9s \u00e0 leur tour et dans les r\u00e8gles, la tricherie \u00e9tant suppos\u00e9e exclue. Les diff\u00e9rents partenaires font, chacun par leurs coups respectifs, \u00e9voluer une certaine situation d\u00e9finie par la r\u00e8gle elle-m\u00eame, depuis une situation d&rsquo;entr\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 une situation finale qui provoque le r\u00e8glement des comptes entre les joueurs. Cette \u00e9volution est discontinue : les \u00ab\u00a0coups \u00bb qui l&rsquo;entra\u00eenent forment une suite discr\u00e8te. Elle est al\u00e9atoire : chaque coup est jou\u00e9 par un joueur mis d&rsquo;ordinaire en pr\u00e9sence d&rsquo;une pluralit\u00e9 de possibilit\u00e9s entre lesquelles le choix se trouve fix\u00e9, tant\u00f4t par un simple effet du hasard mat\u00e9riel (distribution de cartes, tirage de d\u00e9s, etc.), tant\u00f4t par une d\u00e9cision m\u00e9dit\u00e9e (\u00e9checs, jeu de la lev\u00e9e aux cartes, etc.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les jeux usuels les possibilit\u00e9s ouvertes \u00e0 chaque coup sont en nombre fini. Il y existe en outre quelques r\u00e8gles assurant, directement ou, non, le caract\u00e8re fini de la suite des coups susceptibles de constituer une partie du jeu. De telle sorte que le d\u00e9nombrement de toutes les parties possibles est lui-m\u00eame fini.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Supposons un joueur raisonnant \u00e0 l&rsquo;avance sur un jeu auquel il se propose de jouer avec l&rsquo;intention de gagner le plus possible. En droit tout au moins, il peut se repr\u00e9senter le syst\u00e8me complet des situations dans lesquelles il est possible \u00e0 un joueur de se trouver au cours d&rsquo;une partie quelconque. Il peut de m\u00eame, pour chaque situation, se figurer la suite compl\u00e8te des possibilit\u00e9s qu&rsquo;elle ouvre. Il peut alors \u2014 relativement \u00e0 chacun des partenaires du jeu, ses adversaires aussi bien que lui-m\u00eame \u2014 construire l&rsquo;ensemble, lui aussi fini, de tous les sch\u00e9mas d&rsquo;encha\u00eenement de d\u00e9cisions qu&rsquo;il est possible d&rsquo;attribuer \u00e0 un joueur faisant une partie. On appelle ces sch\u00e9mas des strat\u00e9gies. Examinant le tableau d&rsquo;ensemble de ses possibilit\u00e9s strat\u00e9giques de ses partenaires, le joueur peut tirer certaines conclusions sur l&rsquo;avantage ou l&rsquo;inconv\u00e9nient qu&rsquo;il y a \u00e0 se prescrire telle ou telle strat\u00e9gie, \u00e9tant suppos\u00e9 que de leur c\u00f4t\u00e9 les partenaires sont capables de poursuivre, de leur point de vue, des m\u00e9ditations tout aussi approfondies.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La th\u00e9orie met en \u00e9vidence les faits suivants. Tout d&rsquo;abord dans les jeux \u00e0 deux partenaires, lorsque les situations faites aux joueurs par l&rsquo;\u00e9volution de la partie comportent la connaissance de tous les \u00e9l\u00e9ments du coup \u00e0 jouer, il existe, pour l&rsquo;un des joueurs, au moins une strat\u00e9gie infailliblement gagnante, ou sinon capable de faire partie nulle, quelle que soit la strat\u00e9gie que lui oppose son partenaire. Dans cette derni\u00e8re hypoth\u00e8se, le partenaire peut lui aussi toujours faire partie nulle. Tel est le cas des \u00e9checs. Dans le cas o\u00f9 les situations faites aux joueurs leur laissent ignorer une partie des \u00e9l\u00e9ments du coup \u2014 ainsi en est-il ordinairement des jeux de cartes \u2014 il n&rsquo;y a plus habituellement de strat\u00e9gie d\u00e9cisive quel que soit le comportement du partenaire. Mais il existe pour chaque joueur des fa\u00e7ons de varier ses strat\u00e9gies au cours d&rsquo;une suite de parties, qui rendent maximum l&rsquo;esp\u00e9rance math\u00e9matique de gain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Si cependant le nombre des joueurs est sup\u00e9rieur \u00e0 deux, il n&rsquo;existe \u00e0 l&rsquo;ordinaire ni strat\u00e9gie, ni syst\u00e8me de variations strat\u00e9giques susceptibles de rendre maximum l&rsquo;esp\u00e9rance math\u00e9matique de gain du joueur isol\u00e9. Tout d\u00e9pend en effet de la physionomie prise par la combinaison des strat\u00e9gies que r\u00e9alisent tous les autres joueurs pris ensemble. Or cette combinaison est le fruit d&rsquo;un concours de libert\u00e9s se faisant au hasard, \u00e0 moins qu&rsquo;elle n&rsquo;ait \u00e9t\u00e9 intentionnellement convenue, avant la partie, par les joueurs dont elle est le fait. Comme tous les joueurs se trouvent pour leur propre compte dans une situation semblable, il appara\u00eetra, pour finir, que certaines associations d\u00e9finies de joueurs peuvent s&rsquo;assurer collectivement une esp\u00e9rance de gain sup\u00e9rieur \u00e0 la somme des esp\u00e9rances que chacun de leurs membres pourraient s&rsquo;assurer individuellement. Le jeu tendra alors de lui-m\u00eame \u00e0 faire appara\u00eetre des tractations entre joueurs faites pr\u00e9liminairement aux parties. Ces tractations auront pour objet la constitution de groupes coordonnant au mieux les d\u00e9cisions des individus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude des points d&rsquo;\u00e9quilibre possibles en de pareilles circonstances que la \u00ab Th\u00e9orie des jeux \u00bb se consacre en majeure partie. On pourrait croire cette \u00e9tude relativement ais\u00e9e. On ne tarde pas, en r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 s&rsquo;apercevoir de son extr\u00eame complexit\u00e9. Seul le cas \u00e0 trois joueurs est compl\u00e8tement d\u00e9brouill\u00e9 \u00e0 l&rsquo;heure actuelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">A premi\u00e8re vue, on se demandera sans doute quel est l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de ces consid\u00e9rations fort abstraites, et somme toute assez rarement applicables, f\u00fbt-ce \u00e0 la pratique concr\u00e8te de nos jeux. Car leur complexit\u00e9 est trop grande d\u00e9j\u00e0 pour qu&rsquo;il nous soit possible, avec nos moyens ordinaires, de faire l&rsquo;\u00e9tude compl\u00e8te de leurs virtualit\u00e9s strat\u00e9giques. L&rsquo;importance de la th\u00e9orie des jeux vient cependant de ce qu&rsquo;elle permet pour la premi\u00e8re fois de repr\u00e9senter distinctement la liaison entre une certaine finalit\u00e9 \u00ab\u00a0\u00e9conomique \u00bb, le gain, et un sch\u00e9ma d&rsquo;actions humaines coordonn\u00e9es en fonction tant de certaines conditions mat\u00e9rielles que d&rsquo;autres initiatives humaines. Le jeu est ainsi une sorte d&rsquo;\u00e9conomie ultra-simplifi\u00e9e, se d\u00e9finissant dans des univers finis et discrets, et c&rsquo;est pour l&rsquo;instant la seule approximation de la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9conomique que nous puissions consid\u00e9rer comme scientifiquement bien d\u00e9finie sur le plan th\u00e9orique. Approximation \u00e0 coup s\u00fbr tr\u00e8s \u00e9l\u00e9mentaire. Elle suffit cependant \u00e0 constituer un pas en avant, tr\u00e8s caract\u00e9ristique, pour la science des processus humains.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Note sur le \u00ab jeu de guerre \u00bb (<em>Kriegspiel<\/em>) de Von Neumann.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce jeu a \u00e9t\u00e9 mis au point par Von Neumann lors des travaux qui ont fait suite \u00e0 son c\u00e9l\u00e8bre ouvrage sur la Th\u00e9orie des Jeux et \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s pour le d\u00e9partement de la D\u00e9fense des \u00c9tats-Unis. Il cherche \u00e0 r\u00e9sumer dans des \u00e9l\u00e9ments les plus simples possibles l&rsquo;aspect d&rsquo;une guerre moderne vers 1950 entre deux \u00e9tats ou deux coalitions. Il prend donc en consid\u00e9ration non plus tellement les arm\u00e9es et leur position strat\u00e9gique sur un terrain, que les aspects \u00e9conomiques et le potentiel industriel des deux partenaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">On r\u00e9sume le potentiel agressif d&rsquo;un pays par l&rsquo;ensemble des \u00e9l\u00e9ments suivants qui peuvent \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9s par des carr\u00e9s de papier de couleur ou des pi\u00e8ces d&rsquo;\u00e9checs :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0 R correspond au potentiel constructif d&rsquo;un pays,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0 A correspond au potentiel de protection de ce pays (d\u00e9fense anti-a\u00e9rienne, fortifications, protection des populations industrielles, d\u00e9fense contre la propagande adverse, contre-espionnage. etc.),<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0 F correspond \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e proprement dite, (potentiel militaire, corps d&rsquo;arm\u00e9es, etc.),<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0 L correspond aux forces mobiles, c&rsquo;est-\u00e0-dire essentiellement \u00e0 l&rsquo;aviation ou la marine, susceptibles de d\u00e9placements extra-rapides et de r\u00e9aliser des destructions sur le potentiel de construction, sur les arm\u00e9es ou sur les communications,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0 K, enfin, \u00e0 l&rsquo;ensemble des syst\u00e8mes de communication, le terme de \u00ab communication \u00bb couvrant ici aussi bien les communications mat\u00e9rielles (transports des biens ou des personnes, des arm\u00e9es ou des objets d&rsquo;un point \u00e0 un autre, \u00e0 l&rsquo;exception de ce qui concerne \u00ab L\u00a0\u00bb) que les communications de messages ou les liaisons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">On estime que les deux pays ne sont susceptibles d&rsquo;entrer en conflit que quand ils sont de forces \u00e9gales et que la politique ou la diplomatie ont peur r\u00f4le de retarder les actions jusqu&rsquo;\u00e0 ce que ce moment soit venu. Il y a donc de part et d&rsquo;autre les m\u00eames \u00e9l\u00e9ments en pr\u00e9sence : c&rsquo;est le r\u00f4le de la pr\u00e9paration \u00e0 la guerre que de pr\u00e9voir l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 dans chaque pays des potentiels militaires, industriels, de protection ou de communications.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les mouvements des \u00e9l\u00e9ments repr\u00e9sentent les actes \u00e9l\u00e9mentaires de la tactique, ils peuvent aboutir \u00e0 deux types de r\u00e9sultats, soit :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 r\u00e9duire, c&rsquo;est-\u00e0-dire d\u00e9truire un \u00e9l\u00e9ment adverse et par l\u00e0 l&rsquo;\u00e9liminer du jeu, soit,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 produire, c&rsquo;est-\u00e0-dire faire appara\u00eetre un \u00e9l\u00e9ment qui n&rsquo;existait pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, il est possible de prot\u00e9ger, c&rsquo;est-\u00e0-dire sans r\u00e9duire ni produire emp\u00eacher toute action de l&rsquo;ennemi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9tude des conditions de fonctionnement d&rsquo;un pays industriel au cours des guerres, fournit les \u00e9quations suivantes :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\">2 F r\u00e9duit 1 F ou 1 A,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\">2 L r\u00e9duit 1 F ou 1 A ou 1 K ou 1 R,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\">3 L r\u00e9duit 1 L,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\">3 R produit 1 L ou 1 R ou 1 K ou 1 A,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\">1 A prot\u00e8ge\u00a0 1 R ou l A ou l F ou 1 L ou 1 K.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le jeu se termine th\u00e9oriquement quand toutes les unit\u00e9s d&rsquo;un jeu partenaire ont \u00e9t\u00e9 \u00e9limin\u00e9es du jeu par l&rsquo;autre ; on peut, par exemple, effectuer ce jeu en pla\u00e7ant deux \u00e9quipes de chaque c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;une table, chaque \u00e9quipe repr\u00e9sentant l&rsquo;\u00e9tat-major, et en disposant sur la table des pions ou des papiers de formes diff\u00e9rentes pour exprimer leur nature et des couleurs diff\u00e9rentes pour exprimer leur appartenance, les \u00e9l\u00e9ments retir\u00e9s du jeu sont mis \u00e0 part et compt\u00e9s au fur et \u00e0 mesure par un personnage observateur qui est l&rsquo;historien de la partie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce jeu a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s abondamment pratiqu\u00e9 dans les milieux d&rsquo;\u00e9tat-major et dans les instituts de recherche strat\u00e9gique dans les ann\u00e9es comprises entre 1945 et 1955.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>3. \u2014 LA STRUCTURE ABSOLUE.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9crivain Raymond Abellio, polytechnicien de formation, puis ph\u00e9nom\u00e9nologue de l&rsquo;\u00e9sot\u00e9risme, a poursuivi des recherches sur les structures mentales dans les ann\u00e9es 1950 avec son Cercle de m\u00e9taphysique, puis il les a pouss\u00e9es et mises au point dans un livre paru en 1965 \u00ab La structure absolue \u00bb. Il montre d&rsquo;abord que la conscience transcendantale est conscience de conscience. Si la philosophie classique a oscill\u00e9 du r\u00e9alisme \u00e0 l&rsquo;id\u00e9alisme et inversement, c&rsquo;est que chaque philosophe s&rsquo;est vu sous un aspect dualiste, comme sujet devant un monde d&rsquo;objets, un monde objectif. L&rsquo;historique du dualisme a \u00e9t\u00e9 fait par S. P\u00e9trement. En quelque sorte, donner d\u00e8s lors la priorit\u00e9 au sujet ou \u00e0 l&rsquo;objet devenait une question d&rsquo;opinion, de choix. D&rsquo;o\u00f9 les querelles d&rsquo;\u00e9coles. Husserl, pour sa part, a vu, comme un peintre, que l&rsquo;objet se situe sur un fond, qui est le fond du monde ; autrement dit, du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;objet, il y a d\u00e9j\u00e0 une dualit\u00e9 : le sujet ne se trouve plus confront\u00e9 \u00e0 un objet isol\u00e9, mais \u00e0 la dualit\u00e9 de celui-ci et du fond sans lequel il n&rsquo;appara\u00eetrait pas. Le monde, dit Raymond Abellio, n&rsquo;est pas la somme des objets, mais la condition de leur apparition. Mais ce que n&rsquo;a pas vu Husserl, c&rsquo;est qu&rsquo;il y a \u00e9galement une dualit\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 du sujet : je per\u00e7ois un objet par l&rsquo;un ou plusieurs des organes de mes sens, et c&rsquo;est ainsi que mon \u0153il, s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un objet simplement per\u00e7u de fa\u00e7on visuelle, \u00e9merge sur le fond de mon corps, auquel il appartient, exactement comme l&rsquo;objet en face de moi \u00e9merge sur le fond du monde ; il y a donc une double dualit\u00e9 : le rapport de deux rapports. Du sujet \u00e0 l&rsquo;objet, il ne s&rsquo;agit plus, d\u00e8s lors, d&rsquo;un simple rapport, mais d&rsquo;une proposition : l&rsquo;objet est au monde ce que mon \u0153il est \u00e0 mon corps. Par suite, \u00e0 la dualit\u00e9 se substitue une quaternit\u00e9, et nous pouvons quadraturer la dualit\u00e9 objet-monde sur la dualit\u00e9 \u0153il-corps, la crucifier. Nous allons voir \u00e0 pr\u00e9sent comment fonctionne cette dialectique, ou plut\u00f4t cette g\u00e9n\u00e9tique. Dans un premier temps, le monde est passif, il vit d&rsquo;une vie sourde dont rien n&rsquo;\u00e9merge. Puis il devient actif, est produit un objet dans une premi\u00e8re ek-stase. D\u00e8s lors, le monde devient passif, et c&rsquo;est l&rsquo;objet qui est devenu actif ; il excite mon \u0153il, mais celui-ci est encore passif, il ne voit pas l&rsquo;objet. Mais celui-ci, en quelque sorte, s&rsquo;obstine et mon \u0153il va s&rsquo;\u00e9veiller et cet objet va s&rsquo;imposer \u00e0 mon \u0153il qui va le percevoir. Jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, mon corps \u00e9tait passif, mais, sous l&rsquo;impulsion de ma perception oculaire, i1 devient actif, en ce sens que, dans une troisi\u00e8me ek-stase, mon \u0153il a transf\u00e9r\u00e9 cet objet vu vers mon corps qui, dans une quatri\u00e8me ek-stase, va en faire un outil qu&rsquo;il va rabattre sur le monde afin de susciter l&rsquo;apparition de nouveaux objets. Et le cycle recommence. Telle est la part \u00ab horizontale \u00bb de la structure de la perception.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons donc l\u00e0, une double rotation. Mais, \u00ab verticalement \u00bb, nous voyons l&rsquo;apparition de deux produits : vers le bas, en ampleur, nous avons l&rsquo;accumulation des outils dans mon corps, ces outils n&rsquo;en \u00e9tant que le prolongement ; vers le haut, en intensit\u00e9, nous avons l&rsquo;unification du sens du monde. Autrement dit, plus j&rsquo;accumule les outils dans mon corps, plus j&rsquo;acquiers d&rsquo;exp\u00e9rience, plus le monde prend de sens pour moi. Comme le dit Raymond Abellio, les cycles diachroniques horizontaux entra\u00eenent la corr\u00e9lation de l&rsquo;ampleur de la constitution des outils dans mon corps et de l&rsquo;intensit\u00e9 de la donation de sens que je fais au monde. Au centre de la quadrature se trouve l&rsquo;\u00e9go transcendantal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous ne nous trouvons donc plus en pr\u00e9sence d&rsquo;une dualit\u00e9, ni m\u00eame d&rsquo;une quaternit\u00e9, mais d&rsquo;un s\u00e9naire, et m\u00eame d&rsquo;un s\u00e9naire-sept\u00e9naire si l&rsquo;on tient compte de la position centrale de l\u2019ego. C&rsquo;est l\u00e0 un \u00ab mod\u00e8le \u00bb de l&rsquo;ensemble dont nous parlions plus haut.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutefois, il est capital de noter qu&rsquo;on ne saurait appliquer arbitrairement une telle m\u00e9thode. Il faut d&rsquo;abord d\u00e9finir un champ pertinent d&rsquo;application de la structure absolue. Pour prendre un exemple, si la dualit\u00e9 homme-monde constitue un tel champ, il n&rsquo;en est nullement de m\u00eame de la dualit\u00e9 constitu\u00e9e par un fragment de l&rsquo;homme et un fragment du monde : il est impossible de structurer un bras isol\u00e9 et un rocher ; c&rsquo;est l\u00e0 une pseudo-structure morte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ensuite, une fois d\u00e9termin\u00e9 le champ, il importe de savoir en nommer les polarit\u00e9s. Dans le champ de la perception, le sujet et l&rsquo;objet vont se subdiviser en quatre polarit\u00e9s, puis en six comme nous l&rsquo;avons vu. C&rsquo;est ainsi que dans le champ social, qui est pertinent, la dualit\u00e9 de l&rsquo;administration des choses et du gouvernement des hommes va fournir une s\u00e9rie de s\u00e9naires, ainsi d&rsquo;ailleurs que, dans le champ scientifique qui lui est homologue, celle de la th\u00e9orie et de l&rsquo;exp\u00e9rimentation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n&rsquo;existe aucune r\u00e8gle, ni pour d\u00e9terminer un champ, ni pour nommer les polarit\u00e9s, et c&rsquo;est parce qu&rsquo;il faut insister sur la distinction du compris et du v\u00e9cu qu&rsquo;il faut vivre la structure absolue pour pouvoir l&rsquo;appliquer, au sens strict du terme \u2014 \u00e0 tel champ pertinent convenablement polaris\u00e9 dans le cadre du m\u00eame v\u00e9cu. Qu&rsquo;il n&rsquo;y ait aucune r\u00e8gle ne saurait surprendre : la structure absolue est intemporelle et ne peut, d\u00e8s lors, \u00eatre saisie par le langage, qui est engag\u00e9 dans le temps : d\u00e9terminer le champ pertinent et nommer correctement les polarit\u00e9s sont l&rsquo;\u0153uvre de l&rsquo;ego transcendental, et non du Moi naturel amateur de recettes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Universit\u00e9 de la structure absolue.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il serait difficile de montrer, en si peu de place, l&rsquo;universalit\u00e9 de la structure absolue \u00e0 laquelle Raymond Abellio a consacr\u00e9 un ouvrage de plus de 500 pages. Disons simplement que, moyennant une r\u00e9flexion, une m\u00e9ditation en soi et pour soi, il est possible de constater que le s\u00e9naire-sept\u00e9naire est un invariant universel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">On a vu que le champ social et le champ scientifique sont pertinents, moyennant les d\u00e9nominations correctes des polarit\u00e9s. Il est une infinit\u00e9 de tels champs, la cellule vivante, par exemple, ou l&rsquo;atome. C&rsquo;est l\u00e0 l&rsquo;affaire de biologistes et de physiciens, \u00e0 condition qu&rsquo;ils soient ph\u00e9nom\u00e9nologues. Dans le premier appendice de \u00ab La structure absolue \u00bb, Abellio \u00e9tudie la structure des sciences et montre comment on peut d\u00e9duire leur gen\u00e8se par la m\u00e9thode de la structure absolue. Disons simplement que, moyennant une r\u00e9flexion, une m\u00e9ditation en soi et pour soi, il est possible de constater que le s\u00e9naire-sept\u00e9naire est un invariant universel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>4. &#8212; LOGIQUE DE LA SIMPLICIT\u00c9, d&rsquo;A. Lamouche.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est Andr\u00e9 Lamouche, philosophe fran\u00e7ais contemporain, qui d\u00e9veloppe une logique de la simplicit\u00e9 retrouvant certains principes \u00e9nonc\u00e9s au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle par le philosophe allemand Avenarius.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Lamouche remarque qu&rsquo;en vertu de sa polyvalence et de son universalit\u00e9 ce principe est susceptible d&rsquo;\u00eatre pr\u00e9sent\u00e9 sous des formes diff\u00e9rentes encore qu&rsquo;\u00e9quivalentes. Du point de vue logique et s\u00e9mantique, on peut l&rsquo;\u00e9noncer ainsi : il y a toujours recherche de simplicit\u00e9 des valeurs relatives maximales entre la valeur et la signification des mots qui sont associ\u00e9s de proche en proche dans la construction logique comme dans l&rsquo;\u00e9volution linguistique. On peut l&rsquo;\u00e9noncer ainsi : la recherche des rapports inter-notionnels et interrelationnels de simplicit\u00e9 maximum.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Du point de vue causal ce principe s&rsquo;\u00e9nonce : toutes choses \u00e9gales d&rsquo;ailleurs, il y a toujours le rapport le plus simple possible entre la cause et l&rsquo;effet. Ce principe maintes fois appliqu\u00e9 par les chercheurs sous des formes diverses peut seul suppl\u00e9er \u00e0 l&rsquo;insuffisance reconnue du principe d&rsquo;identit\u00e9 causal. Il existe, de m\u00eame, un \u00e9nonc\u00e9 probabiliste du principe de simplicit\u00e9, la probabilit\u00e9 d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne simple est plus grande que celle d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne compliqu\u00e9. Le calcul des probabilit\u00e9s tout entier et ses applications constituent des illustrations implicites de ce principe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais en d\u00e9pit de leur int\u00e9r\u00eat les \u00e9nonc\u00e9s qui pr\u00e9c\u00e8dent n&rsquo;atteignent pas le fond du probl\u00e8me. D&rsquo;une part en effet ils ne mentionnent pas le caract\u00e8re ambifonctionnel du principe de simplicit\u00e9, d&rsquo;autre part ils ne font pas ressortir le parall\u00e9lisme entre l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 cosmique et l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 psychique de ce principe, parall\u00e9lisme qui est le fondement d&rsquo;une logique naturelle et universelle de simplicit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">En r\u00e9sum\u00e9 ces \u00e9nonc\u00e9s se formulent ainsi :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00c9nonc\u00e9 cosmique<\/em>. Le dynamisme universel ob\u00e9it \u00e0 une double tendance altern\u00e9e de l&rsquo;assimilation-extension et de la composition-coordination. Ces deux tendances compl\u00e9mentaires sont r\u00e9gies par un crit\u00e8re de simplicit\u00e9 relative maximale s&rsquo;exer\u00e7ant de proche en proche dans l&rsquo;espace et dans le temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00c9nonc\u00e9 psychique<\/em>. Les ph\u00e9nom\u00e8nes psychiques de toute nature (r\u00e9flexes, sensations, perceptions, images et souvenirs, sentiments, id\u00e9es, concepts), tendent \u00e0 s&rsquo;associer suivant un double processus rythmiques d&rsquo;assimilation-extension et de composition-coordination r\u00e9gi de proche en proche par une condition de simplicit\u00e9 relative maximale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi que Lamouche l&rsquo;a \u00e9tabli dans ses \u0153uvres, c&rsquo;est le parall\u00e9lisme entre ces deux \u00e9nonc\u00e9s, \u00e0 savoir l&rsquo;applicabilit\u00e9 du principe ambifonctionnel de simplicit\u00e9 aux trois \u00e9tages biologique, cosmique et psychique de l&rsquo;\u00e9volution qui est \u00e0 l&rsquo;origine de la communaut\u00e9 de rythme entre l&rsquo;activit\u00e9 infrastructurelle du Cosmos et celle qui sous-tend notre propre activit\u00e9 psycho-physiologique. Et seule l&rsquo;isorythmie entre le d\u00e9terminisme cosmique et le processus dualiste de l&rsquo;association psychique s&rsquo;explique par l&rsquo;existence d&rsquo;une logique coh\u00e9rente et son accord possible avec la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le domaine conceptuel le plus simple, celui de la quantit\u00e9, le principe de simplicit\u00e9 est susceptible de recevoir un \u00e9nonc\u00e9 parall\u00e8le aux \u00e9nonc\u00e9s cosmique et psychique. Voici cet \u00e9nonc\u00e9 math\u00e9matique : \u00ab Les normes math\u00e9matiques (notions, relations, structures et fonctions typifi\u00e9es) peuvent \u00eatre engendr\u00e9es logiquement \u00e0 partir des \u00e9l\u00e9ments conceptuels les plus simples (l&rsquo;unit\u00e9 et le nombre entier) par un double processus altern\u00e9 d&rsquo;assimilation-extension et de composition, coordination r\u00e9gie de proche en proche par la condition de simplicit\u00e9 relative maximale \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet \u00e9nonc\u00e9 renferme en puissance une axiomatique math\u00e9matique de la simplicit\u00e9. C&rsquo;est en r\u00e9capitulant l&rsquo;histoire des sciences notamment dans la p\u00e9riode critique qui s&rsquo;est produite \u00e0 la fin du si\u00e8cle dernier et au d\u00e9but de celui-ci que Lamouche a remarqu\u00e9 le parall\u00e9lisme que pr\u00e9sente l&rsquo;\u00e9volution des sciences physico-chimiques et celle des math\u00e9matiques du point de vue du crit\u00e8re de simplicit\u00e9. Les unes comme les autres tendaient en effet, s\u00e9par\u00e9ment mais simultan\u00e9ment \u00e0 s&rsquo;arithm\u00e9tiser. Dans ces deux branches connexes de la connaissance scientifique, le nombre entier se r\u00e9v\u00e9lait comme jouant un r\u00f4le d\u00e9terminant dans la gen\u00e8se des concepts math\u00e9matiques et dans celle des ph\u00e9nom\u00e8nes physiques parall\u00e8lement. Or, de toutes les normes math\u00e9matiques le nombre entier est celle dont la structure et les lois op\u00e9rationnelles satisfont \u00e0 la condition de simplicit\u00e9 maximale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>5. \u2014 LA NAISSANCE DES TH\u00c9ORIES INTER-DISCIPLINAIRES.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a une quarantaine d&rsquo;ann\u00e9es, la biologie \u00e9tait entrain\u00e9e dans la controverse m\u00e9caniste-vitaliste. La d\u00e9marche m\u00e9caniste consistait essentiellement \u00e0 d\u00e9composer les \u00eatres vivants en parties et en processus partiels. L&rsquo;organisme \u00e9tait un agr\u00e9gat de cellules, la cellule un assemblage de collo\u00efdes et de mol\u00e9cules, le comportement une somme de r\u00e9flexes conditionn\u00e9s et inconditionn\u00e9s, etc. L&rsquo;organisation de ces diff\u00e9rentes parties au service de la maintenance de l&rsquo;organisme du m\u00eame ordre \u00e9tait soit omise, soit, selon la th\u00e9orie vitaliste, explicable seulement par l&rsquo;intervention de facteurs du genre de l&rsquo;\u00e2me ou de petits lutins, errant dans la cellule ou dans l&rsquo;individu&#8230; ce qui, \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence, n&rsquo;\u00e9tait rien d&rsquo;autre qu&rsquo;une d\u00e9claration de faillite de la science. Dans ce contexte von Bertalanffy biologiste hongrois fut conduit \u00e0 soutenir le point de vue dit organismique. En bref, il exprime le fait que les \u00eatres vivants sont des choses organis\u00e9es et que, en tant que biologistes, nous avons quelques d\u00e9couvertes \u00e0 faire \u00e0 leur sujet. Bertalanffy a essay\u00e9 de r\u00e9aliser ce programme organismique dans des \u00e9tudes vari\u00e9es sur le m\u00e9tabolisme, la croissance et la biophysique de l&rsquo;\u00eatre vivant et, pour ce faire, il a pr\u00e9sent\u00e9 une m\u00e9thode sous le nom de th\u00e9orie des syst\u00e8mes ouverts et des \u00e9tats stables : th\u00e9orie qui correspond principalement a une extension de la physico-chimie conventionnelle, de la cin\u00e9tique et de la thermodynamique. Il apparaissait, cependant, que Bertalanffy ne pouvait plus s&rsquo;arr\u00eater sur cette voie, si bien qu&rsquo;il fut ult\u00e9rieurement amen\u00e9 \u00e0 une plus large g\u00e9n\u00e9ralisation qu&rsquo;il nomma : \u00ab la th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale des syst\u00e8mes \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis cette date, 1937, et apr\u00e8s une p\u00e9riode o\u00f9 il a connu ce que Gauss appelait la \u00ab\u00a0clameur des b\u00e9otiens \u00bb, un changement de climat intellectuel est survenu et un grand nombre d&rsquo;hommes de science ont suivi de semblables cheminements de pens\u00e9e. Si bien que la th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale des syst\u00e8mes, apr\u00e8s tout, n&rsquo;est pas aussi solitaire ou idiosyncrasique que son auteur ne le croyait, mais correspond plut\u00f4t \u00e0 l&rsquo;une de ces tentatives parall\u00e8les que l&rsquo;on peut aujourd&rsquo;hui d\u00e9couvrir en un bref survol.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La cybern\u00e9tique<\/em> se fonde sur le principe des r\u00e9troactions et des enchainements circulaires de causalit\u00e9 qui r\u00e8glent les m\u00e9canismes intervenants dans les comportements de qu\u00eate et l&rsquo;autocontr\u00f4le. <em>La th\u00e9orie de l&rsquo;information<\/em> introduit le concept d&rsquo;information comme une quantit\u00e9 mesurable, gr\u00e2ce \u00e0 une expression superposable \u00e0 celle de l&rsquo;entropie n\u00e9gative en physique, et d\u00e9veloppe les principes de sa transmission. <em>La th\u00e9orie des jeux<\/em> que nous avons \u00e9tudi\u00e9e analyse dans un nouveau cadre math\u00e9matique la comp\u00e9tition rationnelle entre deux ou plusieurs antagonistes qui cherchent \u00e0 obtenir le maximum de gain et le minimum de perte. <em>La th\u00e9orie de la d\u00e9cision<\/em>, de la m\u00eame mani\u00e8re, \u00e9tudie les choix rationnels au sein des organisations humaines, et s&rsquo;appuie sur l&rsquo;examen d&rsquo;une situation donn\u00e9e et de ses cons\u00e9quences possibles. La topologie inclut des probl\u00e8mes non m\u00e9triques tels que la th\u00e9orie des r\u00e9seaux et des graphes. <em>L&rsquo;analyse factorielle<\/em> isole math\u00e9matiquement les facteurs qui interviennent dans les ph\u00e9nom\u00e8nes \u00e0 multi-variables en psychologie et autres disciplines. Enfin, <em>la th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale des syst\u00e8mes<\/em>, au sens strict, part d&rsquo;une d\u00e9finition d&rsquo;un syst\u00e8me envisag\u00e9 comme un complexe de composantes en interaction, comme un ensemble organis\u00e9, et elle essaie d&rsquo;\u00e9tablir des concepts caract\u00e9ristiques : tels que celui d&rsquo;interaction, de somme, de m\u00e9canisation, centralisation, comp\u00e9tition, finalit\u00e9, etc., elle tente, enfin, de les appliquer \u00e0 des processus concrets.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans son sens large, <em>la th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale des syst\u00e8mes<\/em> se pr\u00e9sente alors comme une science fondamentale, avec ses correspondances dans les domaines de l&rsquo;application, quelquefois rassembl\u00e9es sous le nom g\u00e9n\u00e9ral de science des syst\u00e8mes. Ce prolongement est \u00e9troitement solidaire de l&rsquo;automation moderne, et on y distingue : \u00ab l&rsquo;engineering \u00bb, la recherche op\u00e9rationnelle&#8230; En effet, une illustration tr\u00e8s simple de la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;\u00e9tudier les syst\u00e8mes homme-machine est, par exemple, fournie par les voyages. N&rsquo;importe qui comprendra facilement \u00e0 quel point, apr\u00e8s avoir travers\u00e9 des continents \u00e0 une incroyable vitesse gr\u00e2ce aux avions \u00e0 r\u00e9action, mais apr\u00e8s avoir aussi perdu des heures sans fin \u00e0 attendre, \u00e0 faire la queue en foule dans les a\u00e9rodromes, \u00e0 quel point donc les techniques physiques du voyage a\u00e9rien sont perfectionn\u00e9es, tandis que les techniques \u00ab d&rsquo;organisation \u00bb en sont encore \u00e0 leur niveau le plus primitif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutes ces th\u00e9ories ont un certain nombre de traits communs. 1\u00b0 Elles sont d&rsquo;accord pour souligner que quelque chose doit \u00eatre fait au sujet des probl\u00e8mes caract\u00e9ristiques des sciences biologiques et comportementales qui ne peuvent \u00eatre trait\u00e9es par la th\u00e9orie physique conventionnelle. 2\u00b0 Elles introduisent des concepts et des mod\u00e8les nouveaux (quelquefois m\u00eame mat\u00e9riels) \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ceux fournis par la physique : par exemple, celui de syst\u00e8me g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, ou celui d&rsquo;information compar\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9nergie qu&rsquo;utilise la physique. Ces mod\u00e8les sont alors interdisciplinaires et transcendent les divisions habituelles de la science. 3\u00b0 Elles s&rsquo;int\u00e9ressent particuli\u00e8rement aux probl\u00e8mes \u00e0 plusieurs variables. 4\u00b0 Elles permettent aussi une \u00e9conomie de travail, car un ensemble de principes peut \u00eatre transf\u00e9r\u00e9 d&rsquo;un domaine \u00e0 un autre, sans qu&rsquo;il soit n\u00e9cessaire de renouveler l&rsquo;invention comme cela arriva dans le pass\u00e9. 5\u00b0 Enfin, et c&rsquo;est peut-\u00eatre le plus important, les concepts de totalit\u00e9, d&rsquo;organisation, de t\u00e9l\u00e9ologie et d&rsquo;orientation qui semblaient, dans la science m\u00e9caniste, a-scientifiques ou m\u00e9taphysiques, sont aujourd&rsquo;hui pris au s\u00e9rieux et justiciables d&rsquo;une analyse scientifique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutes ces voies d&rsquo;approche ne sont pas, et ne doivent pas \u00eatre, envisag\u00e9es d&rsquo;une mani\u00e8re totalitaire. Un des aspects importants des modifications survenues dans la pens\u00e9e scientifique moderne, r\u00e9side dans la prise de conscience du fait qu&rsquo;il n&rsquo;existe aucun syst\u00e8me unique susceptible d&#8217;embrasser tout l&rsquo;univers. Les constructions scientifiques ne traduisent que certains aspects ou certaines perspectives du r\u00e9el. Cela s&rsquo;applique m\u00eame \u00e0 la physique th\u00e9orique qui, loin d&rsquo;\u00eatre une repr\u00e9sentation m\u00e9taphysique de la r\u00e9alit\u00e9 ultime (comme le mat\u00e9rialisme pass\u00e9 le proclamait, et comme le positivisme moderne l&rsquo;implique encore), n&rsquo;est qu&rsquo;un mod\u00e8le parmi d&rsquo;autres, et, ainsi que le montrent ses r\u00e9cents d\u00e9veloppements, ni exhaustif ni unique. Les diverses th\u00e9ories des syst\u00e8mes sont aussi des mod\u00e8les qui refl\u00e8tent diff\u00e9rentes images. Elles ne s&rsquo;excluent pas mutuellement et m\u00eame, souvent, se combinent dans certaines de leurs applications.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Et loin d&rsquo;\u00eatre rejet\u00e9, l&rsquo;espoir demeure d&rsquo;une future synth\u00e8se au sein de laquelle les diverses approches actuelles vers une th\u00e9orie de la totalit\u00e9 et de l&rsquo;organisation pourront \u00eatre int\u00e9gr\u00e9es et unifi\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Les m\u00e9thodes de recherche<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le cybern\u00e9ticien anglais Ashby a nettement soulign\u00e9 les deux voies possibles et les m\u00e9thodes g\u00e9n\u00e9rales de l&rsquo;\u00e9tude des syst\u00e8mes. \u00ab L&rsquo;une, est d\u00e9j\u00e0 bien d\u00e9velopp\u00e9e dans les mains de Von Bertalanffy et de ses collaborateurs. Ils prennent le monde comme ils le trouvent, examinent les syst\u00e8mes vari\u00e9s qu&rsquo;il comprend \u2014 zoologique, physiologique, etc. \u2014 et dressent alors un compte rendu des r\u00e9gularit\u00e9s observ\u00e9es qui s&rsquo;y maintiennent. Cette m\u00e9thode est essentiellement empirique. La seconde m\u00e9thode proc\u00e8de \u00e0 l&rsquo;inverse. Au lieu d&rsquo;\u00e9tudier d&rsquo;abord un syst\u00e8me, puis un autre, enfin un troisi\u00e8me et ainsi de suite, elle va \u00e0 l&rsquo;autre extr\u00eame, consid\u00e8re l&rsquo;ensemble de tous les syst\u00e8mes concevables et r\u00e9duit ensuite cet ensemble \u00e0 une taille plus raisonnable. C&rsquo;est la m\u00e9thode que j&rsquo;ai r\u00e9cemment suivie \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est facile de voir que toutes les recherches concernant les syst\u00e8mes suivent finalement l&rsquo;une ou l&rsquo;autre de ces m\u00e9thodes ou une combinaison des deux, qui ont chacune leurs avantages et leurs inconv\u00e9nients.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">a) La premi\u00e8re m\u00e9thode est empirico-intuitive. Elle a l&rsquo;avantage de rester assez proche de la r\u00e9alit\u00e9 et peut ais\u00e9ment \u00eatre illustr\u00e9e et m\u00eame v\u00e9rifi\u00e9e par des exemples pris dans les diff\u00e9rentes disciplines scientifiques. D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, elle peut appara\u00eetre na\u00efve et anarchique aux esprits qui attendent d&rsquo;elle une \u00e9l\u00e9gance math\u00e9matique et une force d\u00e9ductive dont elle est d\u00e9pourvue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">b) La voie d\u00e9ductive fut donc suivie par Ashby. Ce dernier s&rsquo;interroge sur la notion fondamentale de machine et en vient \u00e0 une conception moderne de \u00ab machine avec facteur d&rsquo;entr\u00e9e\u00a0\u00bb, et constitu\u00e9e par un ensemble S d&rsquo;\u00e9tats internes, un ensemble I de facteurs d&rsquo;entr\u00e9e, et une application f dans S du produit I x S. On en arrive ainsi aux deux significations possibles des syst\u00e8mes auto-organisateurs selon Ashby.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans un premier cas, le syst\u00e8me na\u00eet avec des \u00e9l\u00e9ments s\u00e9par\u00e9s qui se modifient ensuite pour s&rsquo;articuler les uns aux autres : exemple, les cellules embryonnaires qui, tout d&rsquo;abord, n&rsquo;exercent que peu, ou pas du tout, d&rsquo;effet les unes sur les autres et qui s&rsquo;unissent ult\u00e9rieurement pour constituer le syst\u00e8me nerveux hautement interd\u00e9pendant. C&rsquo;est un syst\u00e8me \u00ab \u00e9voluant d&rsquo;un \u00e9tat inorganis\u00e9 \u00e0 un \u00e9tat organis\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La seconde signification envisage le syst\u00e8me comme \u00ab modifiant un mauvais \u00e9tat d&rsquo;organisation en un \u00e9tat meilleur \u00bb. Exemple : un enfant que sa structure c\u00e9r\u00e9brale conduit tout d&rsquo;abord \u00e0 l&rsquo;attirance du feu, tandis qu&rsquo;une nouvelle organisation l&rsquo;entra\u00eene \u00e0 l&rsquo;\u00e9viter ; ou bien encore, un pilote automatique et un avion, tout d&rsquo;abord coupl\u00e9s en une r\u00e9troaction positive dangereuse, qu&rsquo;on inverse ensuite. Dans ces deux cas, l&rsquo;organisation primitive \u00e9tant d\u00e9fectueuse, le syst\u00e8me ne s&rsquo;av\u00e8re \u00ab auto-organisant \u00bb que dans la mesure o\u00f9 un changement est automatiquement r\u00e9alis\u00e9. Mais, ajoute Ashby, \u00ab aucune machine ne peut \u00eatre, en ce sens, auto-organisante \u00bb. Car l&rsquo;adaptation signifie que l&rsquo;application f (d\u00e9fectueuse) se modifie en g (salutaire), donc que l&rsquo;organisation varie en fonction du temps. \u00ab Ce changement ne peut \u00eatre attribu\u00e9 \u00e0 aucune cause de l&rsquo;ensemble S. Il doit venir de quelque agent externe, agissant sur le syst\u00e8me comme un facteur d&rsquo;entr\u00e9e \u00bb. En d&rsquo;autres termes, pour \u00eatre auto-organisatrice, la machine S doit \u00eatre coupl\u00e9e \u00e0 une autre machine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce bref aper\u00e7u permet de remarquer les limites de cette seconde voie d&rsquo;approche. La d\u00e9finition moderne des syst\u00e8mes qui, selon Ashby, correspond \u00e0 une \u00ab machine avec facteur d&rsquo;entr\u00e9e \u00bb introduit un mod\u00e8le \u00e0 caract\u00e8re assez particulier : le mod\u00e8le cybern\u00e9tique d&rsquo;un syst\u00e8me ouvert \u00e0 l&rsquo;information mais clos au transfert d&rsquo;entropie. Cela devient net quand cette d\u00e9finition est appliqu\u00e9e aux syst\u00e8mes auto-organisants dont les plus importants ne peuvent avoir aucune place parmi les mod\u00e8les d&rsquo;Ashby. Sont ainsi exclus tous les ensembles se structurant eux-m\u00eames par voie de diff\u00e9renciation progressive, \u00e9voluant d&rsquo;\u00e9tats de faible complexit\u00e9 vers des \u00e9tats de tr\u00e8s haute complexit\u00e9. Et ce sont pourtant les formes les plus remarquables d&rsquo;auto-organisation, apparentes dans l&rsquo;ontogen\u00e8se, probables dans la phylogen\u00e8se et, certainement aussi, valables dans de multiples organisations sociales. Pour de telles structures, il n&rsquo;est pas question de bonne ou de mauvaise organisation mais d&rsquo;augmentation de la diff\u00e9renciation et de la complexit\u00e9, qu&rsquo;elle soit utile ou non. Ce crit\u00e8re est objectif et, au moins en principe, justifiable de mesures (en termes d&rsquo;entropie d\u00e9croissante, ou d&rsquo;information). L&rsquo;affirmation d&rsquo;Ashby selon laquelle \u00ab les changements ne peuvent \u00eatre attribu\u00e9s \u00e0 aucune cause interne \u00e0 l&rsquo;ensemble S, mais doivent survenir de quelque agent ext\u00e9rieur, de quelque facteur d&rsquo;entr\u00e9e \u00bb, revient donc \u00e0 exclure les syst\u00e8mes auto-diff\u00e9renciants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, la raison pour laquelle de tels ensembles ne sont pas conformes aux machines d&rsquo;Ashby est patente. Les syst\u00e8mes auto-diff\u00e9renciants qui \u00e9voluent vers une complexit\u00e9 de plus haut niveau (entropie d\u00e9croissante) ne peuvent exister, pour des raisons thermodynamique, que comme syst\u00e8mes ouverts : c&rsquo;est-\u00e0-dire qui importent en quantit\u00e9 suffisante une mati\u00e8re riche en \u00e9nergie libre pour compenser l&rsquo;accroissement d&rsquo;entropie d\u00fb aux processus irr\u00e9versibles internes aux syst\u00e8mes (ils importent ainsi une entropie n\u00e9gative). Pourtant, nous ne pouvons pas dire que le changement vient de quelque agent externe, d&rsquo;un facteur d&rsquo;entr\u00e9e. La diff\u00e9renciation, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;un embryon en d\u00e9veloppement et d&rsquo;un individu, est due \u00e0 ses lois internes d&rsquo;organisation, et le facteur d&rsquo;entr\u00e9e (la consommation d&rsquo;oxyg\u00e8ne qui peut varier quantitativement, ou la nutrition qui peut varier qualitativement dans les limites d&rsquo;un tr\u00e8s large \u00e9ventail) rend seulement cette organisation \u00e9nerg\u00e9tiquement possible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout cela fut, d&rsquo;ailleurs, ult\u00e9rieurement illustr\u00e9 par des exemples compl\u00e9mentaires fournis par Ashby, imaginons une calculatrice \u00e9lectronique digitale, effectuant des multiplications au hasard. La machine tendra \u00e0 livrer des nombres pairs (parce que les produits pair x pair, aussi bien que pair x impair donnent des nombres pairs) et \u00e9ventuellement seuls les z\u00e9ros \u00ab survivront \u00bb. Ashby cite aussi le dixi\u00e8me th\u00e9or\u00e8me de Shannon, \u00e9tablissant que (dans un circuit d&rsquo;information) si un canal de correction poss\u00e8de une capacit\u00e9 H, on peut enlever un montant H d&rsquo;\u00e9quivocation mais gu\u00e8re plus. Ces deux exemples montrent le travail des syst\u00e8mes clos. L&rsquo;\u00e9volution de la calculatrice se fait vers la disparition de la diff\u00e9renciation, et l&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;une homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 maximale (analogue au second principe des syst\u00e8mes clos). Le th\u00e9or\u00e8me de Shannon, pareillement, concerne les syst\u00e8mes clos o\u00f9 aucune entropie n\u00e9gative ne r\u00e9side. Compar\u00e9e \u00e0 l&rsquo;organisation d&rsquo;un syst\u00e8me vivant, la mati\u00e8re import\u00e9e par la nutrition ne transporte aucune information mais du \u00ab bruit \u00bb. N\u00e9anmoins, son entropie n\u00e9gative est utilis\u00e9e pour maintenir, et m\u00eame pour accro\u00eetre, le contenu informationnel du syst\u00e8me. C&rsquo;est une situation apparemment non pr\u00e9vue par le dixi\u00e8me th\u00e9or\u00e8me de Shannon qui nee traite pas du transfert d&rsquo;information dans les syst\u00e8mes ouverts avec transformation de mati\u00e8re. Dans ces deux cas, l&rsquo;organisme vivant (et les autres syst\u00e8mes comportementaux ou sociaux) n&rsquo;est pas une machine d&rsquo;Ashby parce qu&rsquo;il \u00e9volue vers une diff\u00e9renciation et une h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 croissantes, et parce qu&rsquo;il peut rectifier le \u00ab bruit \u00bb \u00e0 un plus haut degr\u00e9 que ne peut le faire un canal de communication inanim\u00e9. Cependant, tous ces cas ne sont que les cons\u00e9quences du caract\u00e8re organismique des syst\u00e8mes ouverts, et il souligne simplement qu\u2019il n\u2019y a pas de voie royale pour la th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale des syst\u00e8mes. Cette derni\u00e8re devra se d\u00e9velopper dans une intrication de m\u00e9thodes empiriques, intuitives et d\u00e9ductives. Car, si la d\u00e9marche intuitive laisse beaucoup \u00e0 d\u00e9sirer quant \u00e0 la rigueur logique et \u00e0 la perfection, l&rsquo;approche d\u00e9ductive se heurte \u00e0 la difficult\u00e9 de savoir si les termes fondamentaux ont \u00e9t\u00e9 correctement choisis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l&rsquo;esprit de son cr\u00e9ateur, la th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale des syst\u00e8mes; doit \u00eatre con\u00e7ue comme une hypoth\u00e8se de travail. Homme de science praticien, il lui semble que la fonction principale des mod\u00e8les th\u00e9oriques est d&rsquo;interpr\u00e9ter, de pr\u00e9dire et de commander les ph\u00e9nom\u00e8nes jusqu&rsquo;ici inexpliqu\u00e9s. D&rsquo;autres peuvent tout aussi l\u00e9gitimement insister sur l&rsquo;importance d&rsquo;une approche axiomatique, et citer \u00e0 cet effet des exemples tels que la th\u00e9orie des probabilit\u00e9s, les g\u00e9om\u00e9tries non euclidiennes, plus r\u00e9cemment encore les th\u00e9ories de l&rsquo;information et des jeux qui furent primitivement \u00e9labor\u00e9es comme des domaines math\u00e9matiques d\u00e9ductifs, et ensuite appliqu\u00e9s \u00e0 la physique ou \u00e0 d&rsquo;autres disciplines scientifiques. Il n&rsquo;y aura pas de dispute sur ce point. Mais, le danger de toutes les voies poursuivies est de consid\u00e9rer trop pr\u00e9cocement un mod\u00e8le th\u00e9orique comme clos et d\u00e9finitif. Un danger particuli\u00e8rement important pour une discipline comme celle des syst\u00e8mes g\u00e9n\u00e9raux, qui t\u00e2tonne encore \u00e0 la recherche de ses fondements exacts.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">EN CONCLUSION, comme nous le disions en commen\u00e7ant, la science classique a subi de profonds bouleversements et a tendu \u00e0 \u00eatre remplac\u00e9e par des disciplines qui sont \u00e0 la fois th\u00e9oriques et pratiques. Leur valeur est fond\u00e9e, essentiellement sur l&rsquo;action : ce sont selon une expression de Bachelard des ph\u00e9nom\u00e8nes techniques. Nous avons essay\u00e9 dans ce modeste essai d&rsquo;en parcourir quelques-unes. Mais certaines comme la th\u00e9orie des probabilit\u00e9s ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 explicit\u00e9es. Je pense \u00e0 Vendryes et sa Th\u00e9orie de l&rsquo;homme (1974) et bien avant \u00e0 son livre malheureusement m\u00e9connu : la Probabilit\u00e9 en histoire (1953). La f\u00e9condit\u00e9 de ces nouveaux points de vue est immense et nous esp\u00e9rons que nos lecteurs utiliseront souvent ces quelques esquisses&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: right;\">L.-J. DELPECH,<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Professeur honoraire \u00e0 la Sorbonne.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Pr\u00e9sident de la Soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise de Cybern\u00e9tique et<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">des Syst\u00e8mes g\u00e9n\u00e9raux<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour Bachelard la science dans son histoire et dans ses processus de construction est l&rsquo;affirmation de la dialectique. Une connaissance n&rsquo;est qu&rsquo;un moment sur l&rsquo;axe du devenir. 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