{"id":4777,"date":"2010-09-22T15:17:22","date_gmt":"2010-09-22T14:17:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?p=4777"},"modified":"2011-09-29T03:20:28","modified_gmt":"2011-09-29T02:20:28","slug":"un-sage-parmi-nous-par-salomon-katz","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/un-sage-parmi-nous-par-salomon-katz\/","title":{"rendered":"Un sage parmi nous par Salomon Katz"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">(Extrait de l\u2019ouvrage collectif d\u2019hommage : Roger Godel \u2013 De l\u2019humanisme \u00e0 l\u2019humain, \u00c9d. Les Belles Lettres, 1963)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Si j&rsquo;ai choisi de parler aujourd&rsquo;hui de Roger Godel <a id=\"ftnref1\" href=\"#ftn1\">[1]<\/a>, c&rsquo;est que je consid\u00e8re sa rencontre comme un des plus grands privil\u00e8ges de ma vie. Si j&rsquo;ai choisi de l&rsquo;appeler un Sage, c&rsquo;est que je consid\u00e8re m&rsquo;\u00eatre en effet trouv\u00e9 en pr\u00e9sence d&rsquo;un ma\u00eetre en sagesse, un ma\u00eetre dans l&rsquo;art de vivre comme l&rsquo;a appel\u00e9 M.-M. Davy, en titre d&rsquo;une des \u00e9tudes qu&rsquo;elle lui a consacr\u00e9es. Et que cet homme, ce sage, ait v\u00e9cu parmi nous, comme nous, s&rsquo;\u00e9tant toute sa vie occup\u00e9 des besoins spirituels, moraux et physiques de chacun de nous, qu&rsquo;il se soit mis toute sa vie \u00e0 la port\u00e9e de quiconque faisait appel \u00e0 lui, voil\u00e0 le fait si rare, la conjoncture providentielle qui m&rsquo;a incit\u00e9 \u00e0 vous faire part de cette rencontre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais comment parler de Roger Godel sans dire ce que sa compagne a \u00e9t\u00e9 pour lui, elle qui a su d\u00e9couvrir cet \u00eatre d&rsquo;\u00e9lite, l&rsquo;entourer d&rsquo;une sollicitude de tous les instants, veiller \u00e0 \u00e9carter dans toute la mesure de ses forces tout ce qui n&rsquo;\u00e9tait pas pour lui l&rsquo;essentiel, et jusqu&rsquo;\u00e0 son dernier souffle, \u00eatre pour lui non seulement l&rsquo;amie mais aussi la disciple et le stimulant spirituel de chaque jour. On pense \u00e0 la parole indienne :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Que ton \u00e9poux \u00f4 femme\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 soit pour toi l&rsquo;aspect<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab<em> Que ton \u00e9pouse \u00f4 homme\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 m\u00eame du Seigneur<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Une premi\u00e8re difficult\u00e9 nous confronte quand il s&rsquo;agit d&rsquo;\u00e9voquer Roger Godel ; c&rsquo;est que ses activit\u00e9s, sa pens\u00e9e, son \u0153uvre, ont couvert un champ si vaste qu&rsquo;on se demande comment aborder une telle \u00e9tude. Peut-\u00eatre le mieux serait-il de situer l&rsquo;homme et l&rsquo;\u0153uvre dans ce qu&rsquo;on pourrait appeler leur contexte historico-g\u00e9ographique, c&rsquo;est-\u00e0-dire de donner de lui d&rsquo;abord quelques d\u00e9tails biographiques, et par la suite d&rsquo;essayer de le suivre dans son itin\u00e9raire singulier. Cet itin\u00e9raire devait l&rsquo;amener de l&rsquo;hell\u00e9nisme proprement dit \u00e0 la science de l&rsquo;esprit tout en ne lui faisant jamais perdre de vue la confrontation avec les donn\u00e9es de ce qu&rsquo;il est convenu d&rsquo;appeler la r\u00e9alit\u00e9 objective, les d\u00e9couvertes les plus r\u00e9centes de la biologie et de la m\u00e9decine \u2014 et particuli\u00e8rement cette m\u00e9decine de la \u00ab personne \u00bb \u00e0 laquelle il devait consacrer sa vie. M.-M. Davy, dans son \u00e9tude pr\u00e9cit\u00e9e sur le Docteur Godel, nous dit :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Le Docteur Godel est n\u00e9 \u00e0 Londres (en 1898), de parents fran\u00e7ais. Il y passe son enfance avant d&rsquo;entrer au lyc\u00e9e de Grenoble pour faire ses \u00e9tudes secondaires. Cette premi\u00e8re initiation est pr\u00e9cieuse, elle lui permettra de profiter avec aisance d&rsquo;un double tradition, fran\u00e7aise et anglo-saxonne. La guerre de 1914 l&rsquo;arrache \u00e0 ses \u00e9tudes. Il s&rsquo;engage \u00e0 16 ans. Cette guerre cr\u00e9e pour lui la possibilit\u00e9 de maintes exp\u00e9riences, car elle le jette dans le concret, face \u00e0 face avec la souffrance et la mort, dans une promiscuit\u00e9 d&rsquo;hommes issus de toutes conditions sociales. Le Docteur Godel devra \u00e0 ces dures ann\u00e9es d&rsquo;adolescence d&rsquo;avoir pu \u00e9chapper \u00e0 une vie trop uniquement intellectuelle, et par cons\u00e9quent situ\u00e9e en marge du r\u00e9el. Tandis que la majorit\u00e9 des jeunes gens pr\u00e9parent leur philosophie au lyc\u00e9e, le jeune Roger Godel, qui a emport\u00e9 ses livres au front, travaille dans les tranch\u00e9es sans autre ma\u00eetre que sa propre r\u00e9flexion. Les \u00e9tudes classiques avaient fait na\u00eetre en lui un amour v\u00e9h\u00e9ment pour la pens\u00e9e grecque. Les dialogues de Platon devinrent le sujet pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 de ses m\u00e9ditations. Il comprenait les raisons qui avaient pouss\u00e9e Socrate \u00e0 combattre \u00e0 Delion, \u00e0 Potid\u00e9e, \u00e0 Amphipolis. Lui aussi acceptait la guerre sans aucune haine, soucieux seulement de r\u00e9pondre \u00e0 son devoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab La guerre termin\u00e9e, le choix d&rsquo;une profession s&rsquo;impose. Apr\u00e8s avoir h\u00e9sit\u00e9 entre l&rsquo;\u00c9cole Normale Sup\u00e9rieure qui lui permettrait de poursuivre ses \u00e9tudes grecques et la Facult\u00e9 de M\u00e9decine, Roger Godel opta pour les sciences m\u00e9dicales. Les raisons de son choix furent claires : le contact humain, l&rsquo;aide constante apport\u00e9e \u00e0 autrui. Il \u00e9crira : \u00ab L&rsquo;homme malade est un livre g\u00e9n\u00e9reux dans lequel il nous est donn\u00e9 d&rsquo;apprendre \u00bb. Tout en poursuivant sa carri\u00e8re et ses recherches biologiques, le Docteur Godel continue ses \u00e9tudes hell\u00e9niques ; plus encore, il les \u00e9largit toujours davantage dans le sens de la philosophie et de l&rsquo;histoire des religions. Chef de Clinique \u00e0 la Facult\u00e9 de Paris, Professeur \u00e0 la Facult\u00e9 Fran\u00e7aise de M\u00e9decine \u00e0 Beyrouth (Liban), il est nomm\u00e9 m\u00e9decin-chef de l&rsquo;h\u00f4pital de la Compagnie du Canal de Suez en \u00c9gypte. Ce poste offre un double int\u00e9r\u00eat : l&rsquo;h\u00f4pital comprend un \u00e9quipement tr\u00e8s moderne, en outre il re\u00e7oit des individus les plus divers sur le plan des races, des religions, des milieux sociaux. L&rsquo;exp\u00e9rience que le Docteur Godel doit \u00e0 cet h\u00f4pital et \u00e0 son r\u00f4le dans celui-ci va lui permettre de d\u00e9passer la seule observation clinique. Ainsi l&rsquo;exp\u00e9rience du Docteur Godel grandit, elle s&rsquo;accomplit gr\u00e2ce \u00e0 son propre engagement dans l&rsquo;existence quotidienne ; elle provient surtout de ses rapports avec ses malades et les m\u00e9decins qui l&rsquo;entourent \u00bb <a id=\"ftnref2\" href=\"#ftn2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est dans cet h\u00f4pital d&rsquo;Isma\u00eflia que je devais faire la connaissance du Docteur Godel dont je ne savais \u00e0 cette \u00e9poque que ce que savait tout le monde autour de moi, qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un cardiologue r\u00e9put\u00e9, d&rsquo;un professeur v\u00e9n\u00e9r\u00e9 par ses \u00e9l\u00e8ves, et de plus d&rsquo;un humaniste estim\u00e9 par ce que le pays comptait de v\u00e9ritables hell\u00e9nisants. J&rsquo;ignorais que, nonobstant ses nombreux voyages en Gr\u00e8ce d&rsquo;abord, et ailleurs, sa curiosit\u00e9 en \u00e9veil l&rsquo;avait incit\u00e9 \u00e0 aller \u00e9tudier, en Inde m\u00eame, aupr\u00e8s de ma\u00eetres spirituels vivants, cette fameuse pens\u00e9e mill\u00e9naire, ou plut\u00f4t cette sagesse mill\u00e9naire au-del\u00e0 de toute pens\u00e9e dont, quelques ann\u00e9es auparavant j&rsquo;avais eu le privil\u00e8ge d&rsquo;approcher un des plus nobles repr\u00e9sentants, je veux parler du Swami Siddheswaranda, gr\u00e2ce auquel, pour la premi\u00e8re fois, la spiritualit\u00e9 indienne pour moi prenait chair. Sa rencontre pr\u00e9ludait \u00e0 une autre rencontre, celle de Roger Godel. Celui-ci, en effet, ayant appris l&rsquo;int\u00e9r\u00eat que je portais \u00e0 cette recherche, m&rsquo;avait spontan\u00e9ment invit\u00e9 \u00e0 venir le voir, et c&rsquo;est de cette \u00e9poque que date une amiti\u00e9 qui ne s&rsquo;est jamais d\u00e9mentie depuis, et une connaissance que j&rsquo;ai toujours aim\u00e9 approfondir de l&rsquo;homme et de son \u0153uvre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce premier contact avec le Docteur et Mme Godel dans leur accueillante maison d&rsquo;Isma\u00eflia, tout au bord du Canal de Suez, comment ne pas m&rsquo;en souvenir tout particuli\u00e8rement, quoique depuis il ait \u00e9t\u00e9 suivi de nombreuses rencontres. Voici comment Mme Godel, dans ses \u00ab Feuillets d&rsquo;Album autour du Sage \u00bb <a id=\"ftnref3\" href=\"#ftn3\">[3]<\/a> d\u00e9crit avec une nostalgique po\u00e9sie cette demeure : \u00ab Le Canal de Suez s&rsquo;allongeait au pied de la colline sur le d\u00f4me de laquelle s&rsquo;\u00e9levait le pavillon \u00e9tir\u00e9 entre ses auvents et sa large terrasse de pierres blanches. La verdure n\u00e9e de nos efforts, sur cette terre de d\u00e9sert, s&rsquo;\u00e9tageait en son jardin, tout autour jusqu&rsquo;au chemin d&rsquo;eau, en bas. C&rsquo;\u00e9tait l\u00e0 notre demeure, face aux navires liant les mers du Levant \u00e0 celles de l&rsquo;Occident et glissant entre les deux berges : celle du d\u00e9sert d&rsquo;Asie, la n\u00f4tre \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Quel \u00e9tait donc cet homme dont je venais de faire la rencontre ? Comment situer cette figure sans la d\u00e9former et comment exprimer son apport \u00e0 notre civilisation ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;\u00e9tait, certes, avant tout un m\u00e9decin. C&rsquo;\u00e9tait l\u00e0 la voie qu&rsquo;il avait choisie, celle dans laquelle il allait tenter d&rsquo;\u00e9tancher sa soif de connaissance, cette soif de v\u00e9rit\u00e9 qui n&rsquo;avait jamais cess\u00e9 d&rsquo;\u00eatre sienne depuis son adolescence. C&rsquo;est en nous penchant pr\u00e9cis\u00e9ment sur cette adolescence que nous aurons une chance de comprendre Roger Godel, de mieux suivre de sa vie la lumineuse trajectoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Professeur Andr\u00e9 Mirambel, son camarade au lyc\u00e9e de Grenoble, nous initie \u00e0 l&rsquo;\u00e9panouissement de cet enfant de 13 ans, vif, enjou\u00e9 et port\u00e9 par une soif inextinguible vers les paysages d&rsquo;un monde secret, r\u00e9v\u00e9lateur de merveilles. Ensemble, les deux \u00e9l\u00e8ves vivent les \u00e9pop\u00e9es hom\u00e9riques, p\u00e9n\u00e8trent audacieusement dans le miracle grec, s&rsquo;y meuvent librement avant qu&rsquo;une interpr\u00e9tation savante ne leur soit appliqu\u00e9e. Ils fr\u00e9quentent H\u00e9siode, Thucydide, Platon, Socrate, se questionnent, se r\u00e9pondent, s&rsquo;absorbent devant l&rsquo;image d&rsquo;Ath\u00e9na. Plus tard, fid\u00e8le \u00e0 cette image de son premier amour, Roger Gode! la d\u00e9crira dans <em>Une Gr\u00e8ce Secr\u00e8te<\/em> <a id=\"ftnref4\" href=\"#ftn4\">[4]<\/a> : \u00ab Prompte et \u00e9tincelante comme l&rsquo;\u00e9clair, crevant les nu\u00e9es, Ath\u00e9na est n\u00e9e en armes du cerveau de Zeus. Au sortir de la t\u00eate divine elle jette un cri retentissant et secoue ses armes ; sous le choc de cette irruption la terre et le ciel trembl\u00e8rent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">On serait tent\u00e9 de croire que cette vierge \u00e0 la comp\u00e9tence universelle doit peser bien lourd sous le poids de sa science. Ce serait m\u00e9conna\u00eetre l&rsquo;immat\u00e9rialit\u00e9 de la Sagesse et l&rsquo;all\u00e9gresse qu&rsquo;elle communique. Ath\u00e9na fut la premi\u00e8re \u00e0 danser au soleil de la victoire. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les professeurs de ces deux jeunes lyc\u00e9ens resteront pour ceux-ci toujours associ\u00e9s \u00e0 l&rsquo;enchantement des r\u00e9v\u00e9lations qui devaient encore leur \u00eatre apport\u00e9es. La Gr\u00e8ce les mod\u00e8lera pour les ann\u00e9es \u00e0 venir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00c9gypte, plus lointaine encore, d\u00e9voilera, par l&rsquo;\u0153uvre de Maspero d\u00e9j\u00e0, \u00e0 ce Roger Godel de 13 ans, un monde d&rsquo;ombre ensoleill\u00e9 par la lumi\u00e8re d&rsquo;Amon. C&rsquo;est avec enthousiasme qu&rsquo;il acceptera, plus tard, le poste de m\u00e9decin-chef \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital d&rsquo;Isma\u00eflia \u00e9rig\u00e9 sur les sables d&rsquo;un d\u00e9sert mill\u00e9naire, franchi par des pas dont il cherchera, ici encore, \u00e0 percevoir l&rsquo;\u00e9cho.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Habit\u00e9 par la question pos\u00e9e par Socrate : \u00ab Qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;homme ? \u00bb, par l&rsquo;injonction delphique gn\u00f4thi seauton (connais-toi), il en cherchera la r\u00e9ponse avec une pers\u00e9v\u00e9rante t\u00e9nacit\u00e9. D\u00e8s ses premi\u00e8res \u00e9critures, d\u00e9j\u00e0 dans \u00ab <em>L&rsquo;Humanit\u00e9 veut des Hommes<\/em> \u00bb il mart\u00e8le ses avances par cette double apostrophe : \u00ab Qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;Homme ? \u00bb, et \u00ab gn\u00f4thi seauton \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est encore pour y r\u00e9pondre qu&rsquo;il approfondit, dit-il, \u00ab cette instruction \u00e9pist\u00e9mologique applicable \u00e0 cette science de la nature humaine qu&rsquo;est la m\u00e9decine\u00a0\u00bb. Le mot grec \u00e9pist\u00e9m\u00e8, nous rappelle Roger Godel, selon l&rsquo;acception platonicienne, d\u00e9signait la science au sens vrai du terme. Gr\u00e2ce au pouvoir \u00e9clairant du Nous, la raison ordinaire re\u00e7oit la clart\u00e9 discriminante qui assure un sens critique sup\u00e9rieur. Et plus loin, il dit : \u00ab L&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie nous incite \u00e0 la recherche pers\u00e9v\u00e9rante de ce principe d&rsquo;intelligibilit\u00e9, le Nous \u00bb (<em>Vie et R\u00e9novation<\/em>) <a id=\"ftnref5\" href=\"#ftn5\">[5]<\/a>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il poursuivra cette recherche \u2014 dont la r\u00e9ponse est d\u00e9j\u00e0 profond\u00e9ment pressentie et discr\u00e8tement d\u00e9voil\u00e9e dans ses premiers ouvrages \u2014 jusqu&rsquo;aux confins de l&rsquo;Inde du Sud. A la pointe du continent, sur l&rsquo;infini de l&rsquo;Oc\u00e9an Indien, r\u00e9side le Sage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Roger Godel \u00e9crit : \u00ab Ce fut d&rsquo;abord pour demander au Sage d&rsquo;\u00e9clairer le probl\u00e8me pos\u00e9 si dramatiquement par Socrate \u2014 qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;homme ? que je me rendis aux Indes avec ma femme, au d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e 1949. Je ne souhaitais rien d&rsquo;autre qu&rsquo;une instruction \u00e9pist\u00e9mologique applicable \u00e0 cette science de la nature humaine qu&rsquo;est la m\u00e9decine\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Cit\u00e9s et Univers de Platon<\/em> et <em>Recherche d&rsquo;une Foi<\/em> <a id=\"ftnref6\" href=\"#ftn6\">[6]<\/a>, voil\u00e0 le titre, \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 le programme, de toute une vie, du premier en date des \u00e9crits philosophiques du Docteur Godel, s&rsquo;attachant \u00e0 d\u00e9peindre l&rsquo;enseignement de Platon \u00e0 Dion de Syracuse. Voici ce que Roger Godel lui fait dire : \u00ab L&rsquo;homme \u00e9pris de v\u00e9rit\u00e9 ne cesse de poursuivre une fin qui le conduit \u00e0 la mort. Bien plus, chaque heure de sa vie est consacr\u00e9e \u00e0 mourir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Ne nous r\u00e9crions pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Le vulgaire ne meurt-il pas \u00e0 tout instant ? Et cela \u00e0 son insu ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Son sang, sa chair, ses cheveux, ses os, ses sensations, toute la mati\u00e8re dont il est fait s&rsquo;\u00e9vanouit pour se renouveler sans tr\u00eave selon un rythme \u00e9tourdissant. Que reste-t-il de l&rsquo;homme au sein de ce tourbillon ? Et sur quoi donc se fonde la continuit\u00e9 d&rsquo;existence qui conf\u00e8re \u00e0 un individu son individualit\u00e9 ? Ne serait-ce pas sur une certaine substance incorporelle et invisible, sur une r\u00e9alit\u00e9 inaccessible au contact et qui ne trouvera sa v\u00e9ritable et pleine expression que par del\u00e0 l&rsquo;existence mortelle ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Ne craignons pas de renoncer \u00e0 ce qui p\u00e9rit d&rsquo;heure en heure pour nous replier sur une position inexpugnable de notre \u00eatre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Quoi d&rsquo;\u00e9tonnant \u00e0 ce que celui qui a \u00e9crit ces lignes, scrutant toute sa vie durant, en savant et en m\u00e9decin, l&rsquo;homme et les manifestations multiples sous lesquelles \u2014 en sant\u00e9 comme dans la maladie, cet homme se pr\u00e9sente \u2014 ait cherch\u00e9 avec une indomptable pers\u00e9v\u00e9rance, \u00e0 travers l&rsquo;apparence, cette r\u00e9alit\u00e9. Tant de noms, depuis qu&rsquo;il y a des hommes, ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9s \u00e0 cette \u00ab r\u00e9alit\u00e9 pressentie \u00bb, v\u00e9rit\u00e9 sans rel\u00e2che poursuivie de l&rsquo;unit\u00e9, amour inassouvi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais le philosophe vrai ne sera jamais pour un Godel \u00ab un habitant des nu\u00e9es ; il n&rsquo;aura jamais le droit de se dissocier du commun des mortels, bien que son jugement demeur\u00e9 lucide ne s\u00fbt lui permettre de fermer les yeux sur leurs imperfections, leurs bassesses, leurs vices\u00a0\u00bb. Comme il aime situer et citer Platon, d&rsquo;abord \u00ab sur le sommet de la colline au pied du rempart de Kl\u00e9on, \u00e0 quelque distance de la Pnyx, dont les rumeurs parviennent jusqu&rsquo;\u00e0 lui \u00bb puis descendent vers la ville. \u00ab A l&rsquo;approche du cr\u00e9puscule, tandis qu&rsquo;apr\u00e8s de longues d\u00e9lib\u00e9rations l&rsquo;Assembl\u00e9e du peuple se disperse et descend de la colline, Platon quitte son poste de m\u00e9ditation. Les moutons et les ch\u00e8vres reviennent des faubourgs au milieu d&rsquo;un cort\u00e8ge d&rsquo;aboiements. Au del\u00e0 du ravin, une lueur violette couronne le rocher de l&rsquo;Acropole, l&rsquo;isole, l&rsquo;exalte au-dessus de la ville plong\u00e9e dans la p\u00e9nombre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le philosophe descend vers le quartier de Kollytos : \u00ab Celui qui l\u00e0-haut, se dit-il, a \u00e9t\u00e9 initi\u00e9 au myst\u00e8re n&rsquo;a pas le droit de se d\u00e9rober \u00e0 l&rsquo;action et de se croire d\u00e9j\u00e0 \u00e9tabli avant l&rsquo;heure de sa mort dans les Iles Fortun\u00e9es. Qu&rsquo;il descende de la clart\u00e9 vers la demeure commune \u00e0 tous et convertisse \u00e0 la lumi\u00e8re ceux qui ne sont point encore sortis de la nuit \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Et ceci qui, \u00e9voquant Platon pr\u00eat \u00e0 fonder l&rsquo;Acad\u00e9mie, nous fait penser avec \u00e9motion \u00e0 Godel lui-m\u00eame aimant \u00e0 susciter autour de lui combien de jeunes vocations, combien d&rsquo;aspirations enthousiastes :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0La fr\u00e9missante jeunesse du philosophe ne s&rsquo;accommode gu\u00e8re de la platitude du document \u00e9crit, trait\u00e9s, r\u00e9pertoires filandreux, discours consign\u00e9s en volumes. Il ne s&rsquo;\u00e9meut qu&rsquo;en pr\u00e9sence des inflexions de la voix humaine, vibrante \u00e9manation de l&rsquo;\u00e2me. Son regard s&rsquo;arr\u00eate sur les jeunes gens press\u00e9s en cercle coude-\u00e0-coude autour du ma\u00eetre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Pendant qu&rsquo;on argumente ferme, et que la trame dialectique \u2014 pi\u00e8ge de paroles \u2014 se resserre comme un filet autour de la proie, il observe les gestes et la figure de ses compagnons de chasse. Une clart\u00e9 d&rsquo;aube \u00e9claire leurs faces o\u00f9 l&rsquo;intelligence dans sa puret\u00e9 commence \u00e0 poindre. La mobilit\u00e9 de la vie court sur leurs traits \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais comme il le dit lui-m\u00eame en parlant de Platon : \u00ab Ce n&rsquo;est point tout \u00e0 fait un enseignement qu&rsquo;il leur dispense, mais plut\u00f4t une culture, un id\u00e9al de vie, une discipline de l&rsquo;esprit. Avec douceur comme il convient \u00e0 des hommes libres, il temp\u00e8re la trop grande ardeur de leur jeunesse. Il s&rsquo;efforce d&rsquo;\u00e9veiller en eux le go\u00fbt de la vie belle et heureuse, de la vie temp\u00e9r\u00e9e \u00bb (\u00ab <em>Recherche d&rsquo;une Foi<\/em> \u00bb).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Et voici ce qu&rsquo;il dit pour ceux qui, \u00e0 l&rsquo;instar du second Denys de Syracuse, s&rsquo;imaginent que l&rsquo;on peut acc\u00e9der aux plus hautes v\u00e9rit\u00e9s aussi ais\u00e9ment qu&rsquo;un quelconque tyran peut atteindre l&rsquo;objet imm\u00e9diat de ses d\u00e9sirs :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Depuis l&rsquo;heure o\u00f9 j&rsquo;ai connu Socrate je n&rsquo;ai pas cess\u00e9 de courir aventure et de peiner sur les routes \u00e2pres, \u00e0 la recherche de la vraie clart\u00e9. Ce que j&rsquo;ai entrevu ici et l\u00e0 sur mon chemin, exiges-tu que je le r\u00e9duise en formules ? Il n&rsquo;existe et il n&rsquo;y aura jamais aucun ouvrage sur de pareils sujets, du moins \u00e9crits de ma main. C&rsquo;est quand on a longtemps fr\u00e9quent\u00e9 ces probl\u00e8mes, quand on a v\u00e9cu avec eux, que la v\u00e9rit\u00e9 jaillit soudain dans l&rsquo;\u00e2me comme la flamme jaillit de l&rsquo;\u00e9tincelle, et ensuite croit d&rsquo;elle-m\u00eame \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment devant ces lignes ne pas \u00e9voquer la parole du Sage de l&rsquo;Inde que devait approcher plus tard Roger Godel et qui enseignait :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab For eternal peace persistent striving is necessary\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Retrouvons avec Godel le philosophe parmi ses disciples\u00a0: \u00ab Qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;homme ? par quoi une telle nature se doit distinguer des autres en son activit\u00e9 ou passivit\u00e9 propres ? Voil\u00e0 quelle est la recherche et l&rsquo;investigation \u00e0 laquelle le Sage consacre ses peines (Platon, <em>Th\u00e9\u00e9t\u00e8te<\/em>) \u00bb et Roger Godel ajoute : \u00ab Platon n&rsquo;a assembl\u00e9 autour de lui tant d&rsquo;\u00e2mes d&rsquo;\u00e9lite que pour accomplir la recherche en commun du souverain bien, le R\u00e9el. Afin que l&rsquo;humaine condition soit r\u00e9int\u00e9gr\u00e9e dans sa destin\u00e9e qui la veut conforme au Vrai, conforme au divin. Mais la v\u00e9rit\u00e9 n&rsquo;\u00e9clate pas \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;une notion d&rsquo;\u00e9vidence, on l&rsquo;acquiert au prix d&rsquo;un dur travail. Au surplus, elle ne se livre qu&rsquo;aux purs, aux hommes \u00e0 l&rsquo;\u00e2me vraiment libre. L&rsquo;\u00e2me de Platon n&rsquo;est plus que force visionnaire et p\u00e9n\u00e9tration, \u00e9lan ascensionnel par la vertu de l&rsquo;amour. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0 ce que Roger Godel a cherch\u00e9 \u00e0 travers l&rsquo;hell\u00e9nisme, ce que la Gr\u00e8ce et les Grecs ont signifi\u00e9 pour lui et voil\u00e0 pourquoi il est aussi bien rest\u00e9 toute sa vie ind\u00e9fectiblement fid\u00e8le \u00e0 la grande figure du Sage Ath\u00e9nien. Il le montre \u00ab interrogeant dans la rue les hommes de toutes conditions, sondant les profondeurs de sa propre conscience par des discours que son \u00e2me se tient \u00e0 elle-m\u00eame. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce que son enfance et l&rsquo;\u00e2ge m\u00fbr lui ont appris, il s&rsquo;exerce \u00e0 l&rsquo;oublier. Rien ne le satisfait que ce qu&rsquo;il acquiert \u00e0 nouveau, m\u00e9thodiquement, et le parfait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Il veut saisir l&rsquo;humain par del\u00e0 sa nature variable ou, au contraire, conformiste. Conna\u00eetre et bien d\u00e9finir en termes de science les conditions spirituelles hors desquelles l&rsquo;homme cesse d&rsquo;appartenir \u00e0 l&rsquo;essence exclusive de l&rsquo;homme, mais participe de la brute. Ces conditions assembl\u00e9es pour composer une harmonie, une structure vivante en soi et par soi, ce sont les traits du genre humain qui apparaissent dans leur physionomie \u00e9ternelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab D&rsquo;\u00e9tape dialectique en \u00e9tape, Socrate tente de s&rsquo;\u00e9lever jusqu&rsquo;\u00e0 la contemplation de ces Formes immuables. Elles se d\u00e9gagent de l&rsquo;ombre \u00e0 mesure que progresse l&rsquo;ascension discursive, comme des \u00e9difices dont la membrure se dessinerait \u00e0 travers la brume.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Puis le regard, soudain \u00e9clair\u00e9 par l&rsquo;intuition, peut les embrasser dans leur ensemble.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Fix\u00e9s sur leurs contours, les yeux ne vacillent pas mais, capt\u00e9s, ils demeurent en face de la vision. Car le semblable absorbe le semblable et les formes se situent hors du devenir. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Chercherons-nous dans l&rsquo;\u0153uvre de Roger Godel d&rsquo;autres t\u00e9moignages de son amour de la sagesse ionienne ? \u00ab <em>Socrate et le Sage Indien<\/em> \u00bb, \u00ab <em>Socrate et Diotime<\/em> \u00bb, \u00ab <em>F\u00e9minit\u00e9s des D\u00e9esses Grecques<\/em> \u00bb, \u00ab <em>La Sagesse selon les Traditions Indienne et Socratique<\/em> \u00bb, \u00ab <em>Platon \u00e0 H\u00e9liopolis<\/em> \u00bb, \u00ab <em>Terre de Socrate<\/em> \u00bb, \u00ab <em>Hippocrate de Cos et l&rsquo;\u00c9veil de l&rsquo;Esprit Scientifique en M\u00e9decine<\/em> \u00bb, \u00ab <em>Un Compagnon de Socrate<\/em> \u00bb, ces t\u00e9moignages ne manquent gu\u00e8re. Le dernier en date, peut-\u00eatre l&rsquo;hommage le plus beau rendu \u00e0 la Gr\u00e8ce par Roger Godel est cette \u00ab <em>Gr\u00e8ce Secr\u00e8te<\/em> \u00bb dont la notice liminaire porte cette phrase saisissante d&rsquo;Andr\u00e9 Malraux : \u00ab Une Gr\u00e8ce secr\u00e8te repose au c\u0153ur de tous les hommes d&rsquo;Occident \u00bb. Comment ne pas relever avec \u00e9motion ces lignes :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Volontiers nous acceptons de parcourir la voie ascendante mais non point l&rsquo;autre, la katabase tant redout\u00e9e. Un absurde pr\u00e9jug\u00e9 nous fait confondre sa venue avec la d\u00e9cr\u00e9pitude et l&rsquo;an\u00e9antissement. Pourtant il ne tient qu&rsquo;\u00e0 nous de d\u00e9cliner comme le soleil sur un horizon clair au couchant. Aussi bien que le soleil nous survivons \u00e0 l&#8217;embrasement pourvu que la trajectoire sous la ligne soit anticip\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;amour de la vie accueillie dans son enti\u00e8re v\u00e9rit\u00e9, un amour incluant le d\u00e9plaisir comme la joie ouvre la voie droit \u00e0 la connaissance. Voie royale o\u00f9 proc\u00e8dent, conjoints dans un appui mutuel, l&rsquo;amour de la science et la science d&rsquo;aimer le vrai. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">S&rsquo;agit-il de retrouver \u00e0 Delphes le chemin de la connaissance ? Il nous dira plus loin :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Reconna\u00eetre le mal conduit \u00e0 la recherche d&rsquo;un rem\u00e8de. Le dieu de Delphes s&rsquo;il d\u00e9nonce la pollution et s&rsquo;il frappe, poss\u00e8de aussi le pouvoir de gu\u00e9rir. Mais il intervient seulement au profit de ceux qui vont au-devant de la gu\u00e9rison et souhaitent d&rsquo;\u00eatre purifi\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En accueillant ses visiteurs au temple par un appel \u00e0 la connaissance de soi \u2014 gn\u00f4thi seauton \u2014 le dieu leur ouvre d\u00e9j\u00e0 un acc\u00e8s vers la plus haute purification. C&rsquo;est son souhait de bienvenue. Il les engage \u00e0 pratiquer un examen de leur nature et des v\u00e9rit\u00e9s qu&rsquo;elle rec\u00e8le. Qui sait contre quels maux cette exploration les pr\u00e9munira ? \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Et ceci sur les myst\u00e8res grecs :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Les myst\u00e8res grecs expriment dans leurs psychodrames un savoir implicite que l&rsquo;\u00e2me d\u00e9tient \u00e0 son insu dans l&rsquo;intimit\u00e9 de sa structure. Une connaissance cach\u00e9e \u00e0 l&rsquo;intellect se d\u00e9voile aux mystes dans le d\u00e9roulement de l&rsquo;action \u2014 connaissance issue des profondeurs o\u00f9 elle demeurait \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat potentiel ; en s&rsquo;actualisant \u00e0 l&rsquo;appel de l&rsquo;initiateur \u2014 hi\u00e9rophante, keryx \u2014 elle communique \u00e0 tous les niveaux de l&rsquo;exp\u00e9rience une forme particuli\u00e8re de savoir en termes d&rsquo;\u00e9motion, d&rsquo;images, de th\u00e8mes mythiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;oiseau lorsqu&rsquo;il b\u00e2tit son nid, le castor \u00e9difiant sa cabane font passer dans l&rsquo;action un savoir inclus dans la nature m\u00eame de l&rsquo;esp\u00e8ce. La science math\u00e9matique dont une araign\u00e9e d\u00e9veloppe les formules dans sa toile n&rsquo;est certes pas emprunt\u00e9e \u00e0 une intelligence r\u00e9fl\u00e9chie que la b\u00eate ne poss\u00e8de sans doute point en l&rsquo;absence de langage. Une aptitude inn\u00e9e inscrite dans sa structure l&rsquo;inspire spontan\u00e9ment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Non moins que les animaux, l&rsquo;homme contient, par del\u00e0 les niveaux de l&rsquo;intellect, un savoir inexplor\u00e9 propre \u00e0 sa nature. Dans les instants privil\u00e9gi\u00e9s o\u00f9 l&rsquo;inspiration l&rsquo;\u00e9claire, il \u00e9met quelques rudimentaires balbutiements de cette science. Mais il ne peut l&rsquo;atteindre dans son ab\u00eeme par les coups de sonde de la raison commune. C&rsquo;est \u00e0 une fonction particuli\u00e8re de la conscience \u2014 \u00e0 une fonction d\u00e9lest\u00e9e de toutes attaches mentales \u2014 qu&rsquo;il doit s&rsquo;en remettre s&rsquo;il souhaite acc\u00e9der \u00e0 ce foyer o\u00f9 le temps, l&rsquo;espace et les relations causales perdent toute signification. Rares sont les investigateurs de l&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 qui ont poursuivi leur recherche par les moyens appropri\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 ce niveau profond. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Avant d&rsquo;arriver \u00e0 Hippocrate de Cos, qui nous introduira en droite ligne \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude de Roger Godel m\u00e9decin, tournons-nous une derni\u00e8re fois vers Godel humaniste jusqu&rsquo;\u00e0 ses derniers jours. (<em>Une Gr\u00e8ce Secr\u00e8te<\/em> ne date que de l&rsquo;ann\u00e9e 1960 et sera encore suivie de \u00ab <em>Prisons d&rsquo;Ath\u00e8nes<\/em> \u00bb). Nous comprendrons alors cet hell\u00e9niste, qui voyant avec inqui\u00e9tude Roger Godel partir pour l&rsquo;Inde pour y chercher des t\u00e9moignages vivants, dit en le retrouvant au retour : \u00ab Roger Godel emporte son Parth\u00e9non avec lui, partout\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9coutons cette injonction du Ma\u00eetre de Cos :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab A toute partie et \u00e0 l&rsquo;ensemble de son art, le m\u00e9decin doit appliquer une raison sup\u00e9rieure&#8230; il lui faut comprendre et porter longuement dans sa pens\u00e9e profonde le sens v\u00e9ritable de ce qu&rsquo;il voit, de ce qu&rsquo;il entend, de ce qu&rsquo;il touche, de ce qu&rsquo;il sent&#8230; \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Non que le m\u00e9decin soit un thaumaturge, tant s&rsquo;en faut. Mais pour la premi\u00e8re fois quelqu&rsquo;un a pos\u00e9 les bases d&rsquo;une m\u00e9decine scientifique et dans un monde o\u00f9 th\u00e9rapeutique v\u00e9ritable, magie et simples recettes de bonnes femmes, comme l&rsquo;a si bien montr\u00e9 le Chanoine Drioton, \u00e9taient inextricablement m\u00eal\u00e9es, quelqu&rsquo;un a port\u00e9 le langage de la v\u00e9rit\u00e9, de la raison. Comment ne pas saluer cette apparition et ne pas y voir une manifestation de l&rsquo;\u00e9ternelle sagesse \u2014 ce principe d&rsquo;intelligibilit\u00e9 qui illumine la raison ordinaire et l&rsquo;am\u00e8ne \u00e0 la connaissance du vrai.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Pleinement conscient de la fragilit\u00e9 de son savoir, dit le Docteur Godel, le m\u00e9decin assume pourtant la fonction d&rsquo;assister les malades. D&rsquo;o\u00f9 lui vient tant d&rsquo;audace ? Compte-t-il sur un secours divin pour le tirer d&#8217;embarras dans les situations difficiles ? Peut-\u00eatre croit-il que la nature \u2014 m\u00e8re admirable et sage \u2014 r\u00e9pare d&rsquo;elle-m\u00eame ses blessures, telle l&rsquo;araign\u00e9e affair\u00e9e sur les d\u00e9chirures de sa toile.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Plut\u00f4t il sait qu&rsquo;un ordre \u2014 reflet de la sagesse divine \u2014 gouverne, en loi supr\u00eame, et dirige le pilotage de toutes choses. Les ruptures d&rsquo;\u00e9quilibre \u00e0 travers le cosmos et dans les corps vivants sollicitent, par un jeu n\u00e9cessaire, leur correction compensatrice. Ainsi le mal contient implicitement sa cure. C&rsquo;est en fondant une science sur cette d\u00e9couverte d&rsquo;une harmonie b\u00e9n\u00e9fique que le m\u00e9decin ose entreprendre sa t\u00e2che. Serviteur de l&rsquo;art, il tourne son intelligence vers l&rsquo;enseignement de la vie et en m\u00e9dite les le\u00e7ons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Sans doute une telle entreprise d\u00e9passe les dimensions de l&rsquo;homme. Mais la Sagesse et l&rsquo;Amour \u00e9clairent l&rsquo;esprit du chercheur ; l&rsquo;attrait de la v\u00e9rit\u00e9 aim\u00e9e pour elle-m\u00eame, l&rsquo;amour de l&rsquo;homme \u00e0 secourir et de la science \u00e0 acqu\u00e9rir communiquent au pionnier de la m\u00e9decine les vertus du sacr\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Par l&rsquo;effet d&rsquo;un \u00e9trange paradoxe, l&rsquo;humilit\u00e9 scientifique l&rsquo;incite \u00e0 \u00eatre hardi ; l&rsquo;aveu de son ignorance l&rsquo;oriente vers la sagesse \u2014 tel Socrate. \u00ab Rien n&rsquo;oppose la m\u00e9decine \u00e0 la Sagesse ; de fait, la m\u00e9decine contient implicitement tout ce qui peut conduire \u00e0 la Sagesse&#8230; ainsi donc amenez la m\u00e9decine \u00e0 la Sagesse et infusez la Sagesse dans la m\u00e9decine. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le Docteur Godel, savant et m\u00e9decin<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Docteur Godel, avons-nous dit, \u00e9tait avant tout un m\u00e9decin. Dans ses \u00e9tudes th\u00e9oriques ou hospitali\u00e8res, dans son exp\u00e9rimentation clinique, dans la pratique journali\u00e8re de sa profession, nous retrouvons la m\u00eame ardeur que celle qui l&rsquo;avait port\u00e9 \u00e0 s&rsquo;impr\u00e9gner d&rsquo;hell\u00e9nisme, \u00e0 d\u00e9couvrir, par le truchement de la Gr\u00e8ce, la r\u00e9ponse \u00e0 la question primordiale \u2014 celle qui, avant d&rsquo;acc\u00e9der pour les privil\u00e9gi\u00e9s d&rsquo;entre nous au rang de myst\u00e8re, reste notre probl\u00e8me \u00e0 tous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Oui, c&rsquo;est bien en tant que m\u00e9decin que Roger Godel a cherch\u00e9 \u00e0 agir. Pour lui, en effet, il n&rsquo;y a jamais eu d&rsquo;antinomie entre les diverses mani\u00e8res d&rsquo;aborder le R\u00e9el, mais il pense que la profession qu&rsquo;il a choisie le met \u00e0 m\u00eame d&rsquo;approfondir sa qu\u00eate sous un aspect particuli\u00e8rement enrichissant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Voici ce que nous lisons dans ses <em>Essais sur l&rsquo;Exp\u00e9rience Lib\u00e9ratrice<\/em> o\u00f9 il rassemble des expos\u00e9s p\u00e9n\u00e9trants sur sa recherche fondamentale, celle qui devait colorer sa vie :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Un m\u00e9decin exer\u00e7ant sa profession au milieu du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, un homme convaincu de la valeur r\u00e9alisatrice inh\u00e9rente aux sciences biologiques et m\u00e9dicales, poursuit n\u00e9anmoins \u00e0 travers diverses disciplines scientifiques une plus haute synth\u00e8se. Depuis plus de trente ans se pose \u00e0 lui une question fondamentale, une question qui lui semble d\u00e9passer en importance toutes les autres et les inclure toutes : les fonctions psycho-mentales, dont fait usage l&rsquo;homo sapiens de notre culture dans sa recherche de la connaissance, repr\u00e9sentent-elles r\u00e9ellement le terme ultime des possibilit\u00e9s humaines ? L&rsquo;homme atteindra-t-il jamais, par l&rsquo;assouplissement et l&rsquo;approfondissement des m\u00e9canismes mentaux dont il dispose virtuellement, les promesses impliqu\u00e9es dans sa nature ? Certes, on serait en droit de l&rsquo;esp\u00e9rer en voyant s&rsquo;\u00e9largir au del\u00e0 de toutes pr\u00e9visions les cadres entre lesquels la logique classique \u00e9tait enclose. Des principes \u00e9pist\u00e9mologiques nouveaux inspirent la philosophie, les sciences contemporaines. Ils conduisent \u00e0 une r\u00e9alisation du rationnel, d&rsquo;un rationnel sans cesse renouvel\u00e9, dans l&rsquo;exp\u00e9rience technique. On assiste \u00e0 l&rsquo;absorption de la pens\u00e9e g\u00e9om\u00e9trique dans une pang\u00e9om\u00e9trie d\u00e9bordant les limites euclidiennes, \u00e0 un d\u00e9passement de la physique maxwellienne et de la m\u00e9canique de Newton.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des m\u00e9thodes intensives de p\u00e9n\u00e9tration dans le substrat des choses s&rsquo;ouvrent \u00e0 l&rsquo;homme. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces m\u00e9thodes intensives de p\u00e9n\u00e9tration sont celles qui doivent dans l&rsquo;esprit de Roger Godel apporter enfin une r\u00e9ponse \u00e0 la question cruciale :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Sous le flux incessant de transformation et d&rsquo;\u00e9changes dont le cosmos nous donne le spectacle, de quelle nature est la r\u00e9alit\u00e9 derni\u00e8re \u00e9tablie \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re-plan de toutes choses ? Pouvons-nous conna\u00eetre ce principe primordial, unique et permanent d&rsquo;o\u00f9 proc\u00e8dent les ph\u00e9nom\u00e8nes diff\u00e9renci\u00e9s ? \u00bb (<em>Vie et R\u00e9novation<\/em>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons dit la difficult\u00e9 qu&rsquo;il y aurait \u00e0 vouloir artificiellement d\u00e9partager en Roger Godel les d\u00e9marches du penseur et celles du m\u00e9decin. Cette difficult\u00e9 persistera tout au long de cet expos\u00e9. C&rsquo;est que, en un Roger Godel, tous les aspects ne peuvent que s&rsquo;entrem\u00ealer, toutes les d\u00e9marches ne peuvent que concourir au m\u00eame but. Ainsi dans ce m\u00eame livre o\u00f9 Godel s&rsquo;adresse aux biologistes et aux m\u00e9decins, il note :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab L&rsquo;homme porte dans l&rsquo;intime structure de son \u00eatre la loi biologique dont il est l&rsquo;expression vivante ; elle est contenue tout enti\u00e8re en lui ; on la peut dire immanente et sans cesse en action. L&rsquo;observateur saisit une fraction infime de ses effets constructifs, plastiques, fonctionnels ; mais dans l&rsquo;essence de sa nature elle demeure inaccessible \u00bb. (<em>Vie et R\u00e9novation<\/em>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est pourtant \u00e0 la connaissance, si l&rsquo;on peut dire, ou plut\u00f4t \u00e0 la re-connaissance de cette essence que nous sommes convi\u00e9s, et toute l&rsquo;\u0153uvre de Roger Godel ne tente \u00e0 rien de moins qu&rsquo;\u00e0 chercher \u00e0 nous faire saisir que cette pens\u00e9e discursive, qui a de temps imm\u00e9morial \u00e9t\u00e9 en Occident la seule en faveur parmi les hommes de science, ne peut \u2014 de l&rsquo;aveu m\u00eame des sages d&rsquo;Occident, et parmi eux d&rsquo;un Socrate \u2014 \u00e0 elle seule, disions-nous, donner la clef de ce qui reste d\u00e8s lors un probl\u00e8me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Au cours du cheminement ascensionnel que l&rsquo;itin\u00e9raire comporte, la r\u00e9alit\u00e9 ne rev\u00eatira jamais, nous dit Godel, un caract\u00e8re objectif. Sa nature est d&rsquo;un ordre irr\u00e9ductible \u00e0 aucune exp\u00e9rience d&rsquo;un type formulable en termes objectifs ou subjectifs. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Revenons \u00e0 l&rsquo;observation du savant et du m\u00e9decin. Dans <em>Vie et R\u00e9novation<\/em> qui porte ce sous-titre significatif : \u00ab De la Biologie \u00e0 la M\u00e9decine vers la connaissance de Soi \u00bb, Godel nous expose \u00e0 titre d&rsquo;exemple :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab &#8230; l&rsquo;enqu\u00eate qu&rsquo;un homme pourrait mener sur lui-m\u00eame devant la vision de sa propre image dans un miroir. Un dialogue s&rsquo;\u00e9tablit qui ne doit rien \u00e0 l&rsquo;auto-analyse, rien \u00e0 l&rsquo;introspection, mais rel\u00e8ve de la simple \u00e9pist\u00e9mologie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il d\u00e9couvre que ce contour visible d&rsquo;un corps \u2014 de \u00ab son \u00bb corps \u2014 offert en premier lieu au regard n&rsquo;est qu&rsquo;une fa\u00e7ade. Derri\u00e8re la surface de ce front, des pens\u00e9es se d\u00e9roulent, des inclinations germent, une certaine connaissance r\u00e9side. Non moins que l&rsquo;image corporelle, se dit-il, elles sont une partie de mon \u00eatre, je les reconnais pour une expression de moi-m\u00eame ; leur fonction se d\u00e9ploie dans un champ de conscience o\u00f9 l&rsquo;\u0153il n&rsquo;a pas acc\u00e8s. S&rsquo;il m&rsquo;\u00e9tait donn\u00e9 d&rsquo;apercevoir les \u0153uvres que la vie \u2014 ma propre vie \u2014 \u00e9labore et r\u00e9sorbe en moi d&rsquo;instant en instant, je serais le t\u00e9moin d&rsquo;un extraordinaire spectacle. L&rsquo;\u00e9coulement de chaque seconde fait na\u00eetre et d\u00e9verse dans le sang deux millions et demi de globules rouges, cent vingt mille leucocytes, cinq millions de plaquettes. De cette semence de vie je me sais le prog\u00e9niteur invisible et la matrice, mais aussi le fossoyeur et le cimeti\u00e8re d&rsquo;o\u00f9 surgit \u00e0 nouveau le cycle des formes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230; mais l&rsquo;aspect visible d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne n&rsquo;en n&rsquo;\u00e9puise pas la r\u00e9alit\u00e9 ; il n&rsquo;en pose devant le regard qu&rsquo;une infime parcelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A mesure que, par des artifices toujours plus savants, la fonction visuelle tente de me faire saisir la structure complexe de mon \u00eatre, comme si elle poussait devant mon regard un objet, la r\u00e9alit\u00e9 se retire en moi et voile son inviolable simplicit\u00e9 derri\u00e8re un rideau mouvant de formes. Non, je ne suis pas cela, semble-t-elle dire, pas cela seulement. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ici, je ne puis mieux faire que de vous lire ces pages de <em>Vie et R\u00e9novation<\/em> o\u00f9 nous trouvons expos\u00e9, non pas la croyance, mais bien le jugement d&rsquo;un Godel retrouvant \u2014 on imagine avec quelle all\u00e9gresse \u2014 dans la vie biologique comme dans l&rsquo;aspect psychologique sous lequel se pr\u00e9sente le probl\u00e8me, cette donn\u00e9e de fait si difficilement r\u00e9cusable pour l&rsquo;observateur. On imagine aussi la satisfaction du chercheur de v\u00e9rit\u00e9 devant les travaux d&rsquo;un des plus \u00e9minents neurophysiologistes du si\u00e8cle, Sir Charles Sherrington, dans l&rsquo;analyse qui \u00ab l&rsquo;entra\u00eene fort loin, sur les confins d&rsquo;un territoire objectivement explorable \u00bb et qui nous fait ces d\u00e9clarations bouleversantes sous la plume d&rsquo;un homme de science, et qui ne d\u00e9pareraient pas un expos\u00e9 de pure m\u00e9taphysique :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Le moi \u2014 \u00ab the I \u00bb \u2014 r\u00e9p\u00e8te Sherrington avec insistance, n&rsquo;est pas un objet qui se laisse examiner par les sens&#8230; jamais le moi ne passera sur le niveau de la perception sensorielle. Il est lucidit\u00e9&#8230; Le moi se trouve comme envelopp\u00e9 par un espace sensible ; mais jamais cet espace ne s&rsquo;attache \u00e0 lui ou ne lui conf\u00e8re d&rsquo;\u00e9tendue. L&rsquo;espace sensible n&rsquo;a aucune prise sur le moi et ne l&rsquo;atteint pas. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il parle en termes clairs, dit Godel, de ce lieu de l&rsquo;esprit toujours central, et transcendant n\u00e9anmoins toute localisation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Le moi, \u00e9crit encore Ch. Sherrington, se trouve central dans un monde de \u00ab choses \u00bb, lui-m\u00eame existant sans contours ni forme, ni dimension ; invisible, intangible, d\u00e9pourvu d&rsquo;attributs sensibles, durable, d&rsquo;une durabilit\u00e9 sans longueur de dur\u00e9e quand on le compare aux choses. Position sans magnitude. De ce moi \u00ab this I \u00bb nous sommes bien plus imm\u00e9diatement conscients que du monde spatial autour de nous, car il est notre exp\u00e9rience directe. Il est le soi, \u00ab the self \u00bb. Et pourtant il n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 vu, ni senti, et bien qu&rsquo;il poss\u00e8de le langage, jamais il n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 lui-m\u00eame entendu&#8230; invisible, intangible, non perceptible, il demeure inaccessible aux sens bien qu&rsquo;il soit lui-m\u00eame connu de lui-m\u00eame directement \u2014 donn\u00e9e de premi\u00e8re main et inexpugnable. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment maintenant le Docteur Godel entend-il appliquer ce qu&rsquo;il pense, ce qu&rsquo;il sent, ce qu&rsquo;il vit si fort, \u00e0 la m\u00e9decine de tous les jours, celle qui met en contact constant le malade et le praticien ? Durant vingt-six ann\u00e9es d&rsquo;h\u00f4pital, en effet, c&rsquo;est ce contact incessant qui a fait, si j&rsquo;ose dire, la trame des journ\u00e9es, et si souvent des nuits, du labeur d&rsquo;un Roger Godel. Il est donc particuli\u00e8rement int\u00e9ressant de suivre dans le d\u00e9tail l&rsquo;application des m\u00e9thodes que tant le souci de l&rsquo;humain que la recherche exp\u00e9rimentale la plus pouss\u00e9e l&rsquo;ont amen\u00e9 \u00e0 pratiquer :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Selon cette perspective nouvelle, les malades sont d&rsquo;abord examin\u00e9s, explor\u00e9s avec soin, et trait\u00e9s conform\u00e9ment aux r\u00e8gles les plus classiques de la m\u00e9decine contemporaine. Mais c&rsquo;est l\u00e0 seulement une d\u00e9marche pr\u00e9liminaire. Aussit\u00f4t apr\u00e8s l&rsquo;ach\u00e8vement de ce travail, une autre voie d&rsquo;approche doit \u00eatre ouverte dont il sera longuement question dans ce livre. Le m\u00e9decin \u00e9tablit un contact \u2014 non pas objectif ni m\u00e9canique, cette fois, mais subjectif, humain \u2014 avec le monde int\u00e9rieur du patient. Par ce passage dans l&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 du malade et en compagnie de sa directe exp\u00e9rience, il l&rsquo;aide \u00e0 r\u00e9soudre ses probl\u00e8mes majeurs : attitude devant la vie et \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de soi-m\u00eame. Il l&rsquo;aide \u00e0 d\u00e9nouer les situations tendues, \u00e0 corriger des inclinations perturbatrices, \u00e0 surmonter l&rsquo;angoisse. Au surplus il le d\u00e9livre de la solitude en lui accordant une attention compr\u00e9hensive.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malades et m\u00e9decins, unis dans une collaboration confiante par le service commun \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, ont pris une part active aux enqu\u00eates en profondeur. \u00bb (<em>Vie et R\u00e9novation<\/em>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Et plus loin :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Puisqu&rsquo;en toutes circonstances le cours de notre vie offre \u00e0 consid\u00e9rer toujours une double face \u2014 objective d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, subjective de l&rsquo;autre \u2014 le m\u00e9decin devra scruter avec une attention \u00e9gale chacune d&rsquo;elles. Il se peut qu&rsquo;une situation morbide se laisse appr\u00e9hender d&rsquo;abord et principalement par la voie d&rsquo;approche subjective ; elle signifie sa pr\u00e9sence au sujet qui la subit par des sympt\u00f4mes sensibles : une \u00e9treinte vague ou une douleur au thorax, derri\u00e8re le sternum. Pendant des mois, et parfois des ann\u00e9es, la maladie ne se manifeste gu\u00e8re autrement qu&rsquo;\u00e0 travers le langage de la subjectivit\u00e9. Elle imprime sa souffrance, \u00e9veille l&rsquo;angoisse ; ses modes d&rsquo;expression gagnent de l&rsquo;ampleur et des nuances nouvelles. L&rsquo;\u00e9difice prend donc forme dans la conscience ; sans doute le cerveau emporte-t-il quelque part en lui \u2014 du thalamus \u00e0 l&rsquo;\u00e9corce \u2014 la r\u00e9plique neurologique. \u00bb (<em>Vie et R\u00e9novation<\/em>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut lire dans le texte relev\u00e9 de ses observations des malades, paysans de la vall\u00e9e du Nil, ouvriers, ing\u00e9nieurs ou encore celle de tel artiste en qu\u00eate d&rsquo;absolu. Avec chacun d&rsquo;eux le Dr Godel se mettait \u00e0 l&rsquo;unisson, pour chacun il trouvait le mot juste, parlait m\u00e9tier, faisait d\u00e9couvrir \u00e0 son interlocuteur la comparaison propre \u00e0 \u00e9veiller en lui cet espoir dans la gu\u00e9rison en vue de laquelle sa coop\u00e9ration est acquise, coop\u00e9ration si n\u00e9cessaire, si urgente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut l&rsquo;avoir vu comme il m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de le voir, interrogeant avec une infinie patience chaque malade des heures durant \u2014 et qu&rsquo;on ne voie pas l\u00e0 un superlatif de circonstance \u2014 le mettant en confiance par un examen clinique approfondi, compl\u00e9t\u00e9 par tous les autres moyens d&rsquo;exploration : radiologique, \u00e9lectrocardiographique, \u00e9lectroenc\u00e9phalographique le cas \u00e9ch\u00e9ant et toutes recherches de laboratoire que la science moderne met \u00e0 la disposition du clinicien, et tentant \u2014 en suscitant le dialogue, en le maintenant et le renouvelant tout le temps voulu \u2014 de faire en sorte que le malade et le praticien ne fassent plus qu&rsquo;une entit\u00e9, un couple fondu dans la m\u00eame unit\u00e9, \u00e0 la recherche commune d&rsquo;un bien commun : le retour \u00e0 la sant\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Sans cesse \u00e0 l&rsquo;aff\u00fbt des techniques nouvelles, Roger Godel ne n\u00e9gligeait rien pour se tenir au courant de toute nouveaut\u00e9 s&rsquo;av\u00e9rant utile \u00e0 ses malades, envoyant, par exemple, d\u00e8s l&rsquo;apport de l&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalographie, son premier assistant en Europe pour en apprendre les modalit\u00e9s, s&rsquo;initiant lui-m\u00eame \u00e0 cette technique et aussi \u00e0 la passionnante m\u00e9thode du r\u00eave \u00e9veill\u00e9 et la pratiquant avec un rare bonheur dans son h\u00f4pital.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;ai connu personnellement deux de ses patients auxquels, par ce dernier proc\u00e9d\u00e9 (modifi\u00e9 par lui quelque peu comme il le raconte dans un de ses lumineux <em>essais sur l&rsquo;Exp\u00e9rience Lib\u00e9ratrice<\/em>), la joie de vivre a \u00e9t\u00e9 rendue en une unique s\u00e9ance. Un autre cas est celui qui est d\u00e9crit en d\u00e9tail dans l&rsquo;ouvrage que nous venons de citer, c&rsquo;est le r\u00eave de Pers\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Docteur Godel ne portait jamais un pronostic fatal, quelque sombre que f\u00fbt le tableau clinique. Il disait avoir trop le respect de la vie et du destin \u2014 si grands et d\u00e9concertants dans leurs manifestations pour se permettre une si p\u00e9remptoire affirmation. Cette probit\u00e9 alli\u00e9e \u00e0 une humilit\u00e9 essentielle, celle du savant connaissant ses limites, elle est celle de l&rsquo;homme conscient des grandes lois qui nous gouvernent. Un jeune m\u00e9decin venait un matin tout d\u00e9fait lui rapporter qu&rsquo;un malade, atteint de poliomy\u00e9lite foudroyante, venait de mourir dans la nuit. Il s&rsquo;accusait de n&rsquo;avoir pu le sauver. Le Docteur Godel le reprit avec une douce fermet\u00e9 : \u00ab Vous croyez-vous ma\u00eetre du destin d&rsquo;un homme ? Tirons maintenant la le\u00e7on de l&rsquo;exp\u00e9rience, examinons vos manques ou malencontreuses interf\u00e9rences, s&rsquo;il y en eut. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il enseignait aussi que tout malade cherche dans le m\u00e9decin la sollicitude d&rsquo;un p\u00e8re, et cette paternit\u00e9 lucide, \u00e9clair\u00e9e mais aussi, au besoin, strictement ferme vis-\u00e0-vis du patient confi\u00e9 \u00e0 ses soins \u2014 le Docteur Godel l&rsquo;assumait pleinement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment ses assistants, ses internes, ses \u00e9l\u00e8ves, cette cohorte d&rsquo;\u00e9tudiants d&rsquo;une \u00e9lite libanaise et \u00e9gyptienne \u2014 presque tous aujourd&rsquo;hui \u00e0 la t\u00eate d&rsquo;importants services hospitaliers \u2014 comment ne l&rsquo;eussent-ils pas v\u00e9n\u00e9r\u00e9 ? Lev\u00e9 avant l&rsquo;aube, tr\u00e8s souvent \u00e0 sa table de travail avant quatre heures du matin, d\u00e9pouillant pour lui et pour les jeunes m\u00e9decins articles et revues, \u00e9crivant ses livres, pr\u00e9parant des notes, m\u00e9ditant sur les malades en traitement dans le service, sur les recherches \u00e0 inspirer, toujours le premier arriv\u00e9 \u00e0 son h\u00f4pital, ne n\u00e9gligeant aucun cas, ne pr\u00e9cipitant ind\u00fbment aucun diagnostic, reprenant les erreurs relev\u00e9es dans les observations ou les remarques de ses \u00e9l\u00e8ves, toujours avec une cordiale bonhomie et si souvent avec humour, le Docteur Godel \u00e9tait dans le plein sens du terme le Patron qui \u00e9tait \u00e0 la fois et l&rsquo;exemple et l&rsquo;ami.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Deux histoires poignantes, qui m\u00e9ritent de figurer dans une l\u00e9gende dor\u00e9e, viennent en ce moment sous ma plume. Je ne suis pas seul \u00e0 en garantir l&rsquo;authenticit\u00e9. Souvent, dans le service des malades gravement atteints, le Docteur Godel, d\u00e8s l&rsquo;aube, pr\u00e9sidait \u00e0 leur toilette. Il les soulevait de ses bras, soucieux de leur fragilit\u00e9, de leur confort. Il \u00e9tait, sans que l&rsquo;apparence le r\u00e9v\u00e9l\u00e2t, d&rsquo;une force physique peu ordinaire. Tel de ses \u00e9l\u00e8ves presque enti\u00e8rement disparu dans une crevasse sur le glacier du Mont Rose pourrait en t\u00e9moigner. Et cette force il la voulait \u00e0 la disposition de ses malades comme ses dons intellectuels eux-m\u00eames. Comment ne pas penser \u00e0 cette histoire hassidique d&rsquo;un rabbin miraculeux, soup\u00e7onn\u00e9 de se lever la nuit pour des courses myst\u00e9rieuses, et \u00e9pi\u00e9 par ses disciples qui d\u00e9couvrent qu&rsquo;il se d\u00e9guise en b\u00fbcheron pour aller dans la for\u00eat voisine ramasser des fagots et p\u00e9n\u00e9trer dans la masure d&rsquo;une vieille paysanne alit\u00e9e pour lui refaire son feu toutes les nuits.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Et cette autre histoire de l&rsquo;h\u00f4pital d&rsquo;Isma\u00eflia, celle de cette pauvre paysanne qui se refusant \u00e0 vivre, \u00e0 aider ses m\u00e9decins \u00e0 la gu\u00e9rir : \u00ab Tu ne vois pas, dit-elle au Dr Godel, qu&rsquo;il n&rsquo;y a plus d&rsquo;huile dans ma lampe ? \u00bb. Celui-ci lui raconta comment une vieille femme, pauvre et malade comme elle, recevait la visite de son fils venu de loin pour la secourir, et qui tous les jours remplissait sa lampe d&rsquo;huile \u2014 cette lampe symbole, en Orient, de vie. \u00ab Mais moi je n&rsquo;ai pas de fils, lui dit-elle, qui me remplira ma lampe ? \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 \u00ab Moi, lui dit le Dr Godel, je n&rsquo;ai rien d&rsquo;autre \u00e0 te demander que de vivre. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il fit porter une lampe au chevet de la malade et la remplit lui-m\u00eame, tous les jours. Elle l&rsquo;appela \u00ab Mon fils \u00bb, et plus tard gu\u00e9rit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">A des malades plus intellectuels, le Dr Godel tenait \u00e9videmment un autre langage. Voici le fragment d&rsquo;un entretien avec un malade atteint d&rsquo;angor :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Le M\u00e9decin. \u2014 Le c\u0153ur a su r\u00e9parer ou compenser en temps voulu les ravages caus\u00e9s en lui par la d\u00e9t\u00e9rioration de ses art\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Malade. \u2014 Un organe, un simple m\u00e9canisme de pompage poss\u00e9derait ce pouvoir ? Serait-il dou\u00e9 de pr\u00e9vision ? Vous lui attribuez donc une intelligence semblable \u00e0 la n\u00f4tre ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le M\u00e9decin. \u2014 La pr\u00e9vision, l&rsquo;intelligence, telles que vous les concevez sont des notions humaines. Il appartient \u00e0 notre cerveau, et non \u00e0 notre c\u0153ur, d&rsquo;en pratiquer l&rsquo;exercice. L&rsquo;aptitude propre d&rsquo;un organe \u00e0 r\u00e9parer ses d\u00e9g\u00e2ts et \u00e0 entretenir en soi le cours de la vie rel\u00e8ve d&rsquo;un autre mode de savoir. Ce savoir r\u00e9side dans l&rsquo;intime structure de l&rsquo;\u00eatre vivant. Transmis de cellule en cellule, int\u00e9gralement, avec le plan h\u00e9r\u00e9ditaire d&rsquo;organisation, il r\u00e8gle et contr\u00f4le le devenir des formes. Son origine, vous le voyez, remonte loin. D\u00e8s avant la naissance nous l&rsquo;avons en h\u00e9ritage. Il fonde ses assises sur le pass\u00e9. Des milliards de c\u0153urs ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 le v\u00f4tre et lui servent en ce moment de mod\u00e8les. Tous ont subi victorieusement l&rsquo;assaut du corps et de l&rsquo;adversit\u00e9. Au cours des si\u00e8cles ils ont pu s&rsquo;exercer \u00e0 r\u00e9parer leurs maux. Dans chacun de vos anc\u00eatres le c\u0153ur a prouv\u00e9 son endurance en entretenant la vie jusqu&rsquo;au jour o\u00f9 une post\u00e9rit\u00e9 lui vint.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant que nous nous entretenons de ces choses, un savoir en action surgi du fond des mill\u00e9naires, accomplit ses tactiques en vous \u00e0 votre insu. Il semble pr\u00e9voir selon sa mani\u00e8re \u2014 qui est biologique \u2014 le devenir \u00e0 long terme. Son \u0153uvre, si vous l&rsquo;aidez, vous tissera une trame pour bien des ann\u00e9es \u00e0 venir. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Et plus loin :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Apr\u00e8s ces deux rencontres, le malade adopta une attitude de confiance et de sollicitude envers son c\u0153ur. Au lieu de l&rsquo;incriminer, il examina en lui-m\u00eame d&rsquo;un regard critique le jeu des fonctions mentales. En transf\u00e9rant ainsi l&rsquo;inculpation du c\u0153ur sur le cerveau, il \u00e9prouva une intense all\u00e9gresse. Une masse pesante tombait de sa poitrine. De son poste d&rsquo;observateur il apprit \u00e0 saisir l&rsquo;\u00e9tat naissant d&rsquo;une crise, sa g\u00e9n\u00e9ration dans le champ de conscience. Le faci\u00e8s de la maladie lui apparut compos\u00e9 de mati\u00e8re psychique. D\u00e9sormais il se m\u00e9fia de sa m\u00e9fiance plut\u00f4t que de ses coronaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De brefs dialogues quotidiens l&rsquo;entretinrent dans ces dispositions favorables. Le m\u00e9decin et le malade s&rsquo;entendirent pour diviser entre eux la t\u00e2che th\u00e9rapeutique. Au m\u00e9decin revint l&rsquo;enti\u00e8re responsabilit\u00e9 et l&rsquo;initiative de traiter le c\u0153ur selon les r\u00e8gles classiques, tandis que le malade achevait de d\u00e9livrer son champ de conscience des s\u00e9quelles mentales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un vestige \u00e0 peine perceptible des douleurs subsista pendant deux jours. Puis la derni\u00e8re trace d&rsquo;angor disparut. Le patient, marchant depuis lors \u00e0 une cadence normale, reprit ses occupations professionnelles. Il monte actuellement trois \u00e9tages d&rsquo;un immeuble sans ressentir aucun malaise. Les \u00e9lectrocardiogrammes \u00e9volu\u00e8rent plus lentement vers des figures normales. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Jusqu&rsquo;au moment de la mort une assistance b\u00e9n\u00e9fique peut \u00eatre apport\u00e9e :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Un malade aux approches de la mort peut encore recevoir une aide consid\u00e9rable, \u00e9crit le Docteur Godel. Jamais \u00e0 aucun moment de sa vie il n&rsquo;a eu autant besoin de secours \u00e9clair\u00e9s. S&rsquo;il n&rsquo;a point d\u00e9couvert auparavant la stabilit\u00e9 certaine d&rsquo;une position in\u00e9branlable, son esprit tournoie, en proie au d\u00e9s\u00e9quilibre ; aucun support ne lui reste sur quoi il pourrait prendre appui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Servir un mourant, c&rsquo;est aussi le prot\u00e9ger contre les maux qui le menacent de l&rsquo;ext\u00e9rieur : exc\u00e8s de z\u00e8le, intrusion affective, lamentations indiscr\u00e8tes, vaines brutalit\u00e9s th\u00e9rapeutiques. Bien entendu le corps agonisant sera l&rsquo;objet d&rsquo;une attentive sollicitude. Ce t\u00e9moignage d&rsquo;amour \u2014 un verre d&rsquo;eau, un coussin doux sous la nuque, le nettoyage des sueurs \u2014 sera transf\u00e9r\u00e9, par inclination naturelle, au c\u0153ur pour son plus grand b\u00e9n\u00e9fice. Autant que des propos il ouvrira la voie. \u00bb (<em>Vie et R\u00e9novation<\/em>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Roger Godel nous raconte qu&rsquo;un jour il posa au jivan-mukta, un Sage authentique de l&rsquo;Inde, la question suivante : \u00ab Quand toutes les ressources de la science ont \u00e9t\u00e9 \u00e9puis\u00e9es, que faire alors pour aider le malade au maximum ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 \u00ab Die for him to live \u00bb fut la r\u00e9ponse jaillie des l\u00e8vres du Sage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mourez \u00e0 vous-m\u00eame, \u00e0 votre ego, \u00e0 tout ce qu&rsquo;il pourrait demeurer en vous de personnel afin de pouvoir communiquer \u00e0 l&rsquo;autre ce qui en vous n&rsquo;est plus le fait de l&rsquo;ego, cela que vous avez en commun avec lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Sage dont nous parlait Roger Godel avait \u00e0 ce point r\u00e9pondu \u00e0 son attente, si parfaitement satisfait \u00e0 son exigence (les hindous ne disent-ils pas \u00ab c&rsquo;est quand tu seras pr\u00eat que l&rsquo;instructeur viendra \u00bb), qu&rsquo;il ne put garder pour lui sa d\u00e9couverte, sans convier autrui \u00e0 participer \u00e0 sa joie. Trait combien caract\u00e9ristique de Roger Godel ! toute sa vie il conviera, partagera, demandera \u00e0 autrui de communier avec lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est de cette rencontre avec un jivan-mukta, un homme lib\u00e9r\u00e9, un Sage de la lign\u00e9e des grands rishis, que devait jaillir pour Godel cette certitude qu&rsquo;il existe entre la philosophie de l&rsquo;Orient et la science occidentale une communaut\u00e9 fondamentale et que, loin de s&rsquo;opposer, ces deux voies s&rsquo;harmonisent, se compl\u00e8tent, se parach\u00e8vent l&rsquo;une l&rsquo;autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Entre autres \u00e9tudes devait r\u00e9sulter de ce contact, ce p\u00e9n\u00e9trant \u00ab Entretien avec un psychologue Indien, sur les trois \u00e9tats de veille, de r\u00eave et de sommeil profond \u00bb qui figure en bonne place dans ses <em>Essais sur l&rsquo;Exp\u00e9rience Lib\u00e9ratrice<\/em> dont nous avons d\u00e9j\u00e0, \u00e0 maintes reprises, eu l&rsquo;occasion de parler et qui est une des \u0153uvres ma\u00eetresses du Docteur Godel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Je viens d&rsquo;avoir un dialogue avec Socrate \u00bb, d\u00e9clara-t-il \u00e0 Mme Godel \u00e0 l&rsquo;issue de la premi\u00e8re entrevue avec Sri Atmananda. Confirmation que, plusieurs ann\u00e9es plus tard, devait apporter un Olivier Lacombe disant : \u00ab Le portrait de Socrate dessin\u00e9 par Platon comporte des traits qui \u00e9voquent pour l&rsquo;indianiste la physionomie typique du Sage Indien \u00bb. Le maitre Indien e\u00fbt dit : \u00ab The Sage is Socrates\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y aurait encore tant et tant \u00e0 dire sur Roger Godel et son \u0153uvre, sur Godel \u00e9ducateur (voir sa conf\u00e9rence au Colloque Orient-Occident de Bruxelles, 1958), sur Godel amoureux de la montagne. Ses pages saisissantes sur \u00ab le Numineux et le Profane sur la Montagne \u00bb, ne seraient d\u00e9savou\u00e9es par aucun grand alpiniste, ni par un Georges Sonnier, ni par un Frison Roche, ni encore par un Paul Guitton. Est-ce par hasard que Godel trouve sous la plume de l&rsquo;un d&rsquo;eux ces lignes : \u00ab Il y a dans tout \u00eatre une v\u00e9rit\u00e9 qu&rsquo;il importe de d\u00e9livrer. L\u00e0 est la vertu singuli\u00e8re de la montagne : elle d\u00e9livre la v\u00e9rit\u00e9 des \u00eatres \u00bb. (Sonnier, <em>O\u00f9 r\u00e8gne la Lumi\u00e8re<\/em>), et une autre belle d\u00e9claration : \u00ab La plus grande d\u00e9couverte que fait tout alpiniste est celle de son \u00e2me \u00bb (Claire-Eliane Engel).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Sur Godel sociologue<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les cinq colloques de la Rencontre Orient-Occident de Beyrouth, en 1959, montrent abondamment comment Roger Godel se penchait sur les maladies de notre humanit\u00e9, plus particuli\u00e8rement sur celles de la civilisation contemporaine, cherchant \u00e0 apporter son concours aux am\u00e9liorations auxquelles tout homme de foi devrait avoir \u00e0 c\u0153ur de contribuer. Voici, en particulier, les pages \u00e9mouvantes consacr\u00e9es \u00e0 ce que Godel appelle les zones de stagnation d&rsquo;un pays, \u00ab les secteurs d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s \u00bb, entendant par l\u00e0 tous ces \u00e9l\u00e9ments \u00e9pars laiss\u00e9s en retrait du corps de la nation et envers lesquels celle-ci ne ressent pas assez le n\u00e9cessaire sentiment de solidarit\u00e9 qui pourrait seul les faire s&rsquo;int\u00e9grer au reste de la communaut\u00e9 et par l\u00e0 lui apporter une contribution efficace.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Roger Godel, fervent de l&rsquo;arch\u00e9ologie, de la d\u00e9couverte<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Son inlassable curiosit\u00e9, sa ferveur dans la remont\u00e9e aux sources devaient l&rsquo;amener ces derni\u00e8res ann\u00e9es \u00e0 s&rsquo;int\u00e9resser de plus pr\u00e8s aux recherches entreprises un peu partout en France sur la Gaule primitive. Sur les confins de l&rsquo;\u00cele-de-France, dans le Vexin, il d\u00e9couvrait un jour l&rsquo;adorable petit village de Guiry. Une magnifique \u00e9quipe de jeunes arch\u00e9ologues amateurs, encourag\u00e9e par le jeune et enthousiaste maire de cette localit\u00e9, avait mis \u00e0 jour de v\u00e9ritables tr\u00e9sors : fondements, vases, bijoux, poteries, silex, etc. Roger Godel, \u00e9merveill\u00e9 par l&rsquo;esprit des jeunes chercheurs, tint \u00e0 voir et \u00e0 revoir ce village, malgr\u00e9 les atteintes de plus en plus cruelles du mal qui devait l&#8217;emporter. Le mus\u00e9e de Guiry, l&rsquo;esprit qui anime ces d\u00e9couvertes l&rsquo;enthousiasm\u00e8rent. C&rsquo;est ainsi que, lorsqu&rsquo;il dut s&rsquo;agir de trouver pour le corps du Dr Godel une digne s\u00e9pulture, Mme Godel pensa tout naturellement \u00e0 Guiry.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ici encore, son \u0153uvre subsiste. Roger Godel n&rsquo;avait-il pas aussit\u00f4t pens\u00e9 \u00e0 entreprendre l\u00e0 une fructueuse rencontre entre jeunesse d&rsquo;Occident et jeunesse d&rsquo;Orient. Il envisageait tout de suite d&rsquo;inviter des jeunes \u00e9tudiants du Liban, pour leurs vacances, \u00e0 venir s&rsquo;initier aux fouilles arch\u00e9ologiques dans le cadre d&rsquo;une recherche d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e. De m\u00eame qu&rsquo;il projetait d&rsquo;inviter au Liban des jeunes de Guiry pour comprendre et aimer cette vieille et h\u00e9ro\u00efque terre libanaise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette \u0153uvre, fructueuse pour les uns comme pour les autres, a \u00e9t\u00e9 mise sur pied par la fervente pi\u00e9t\u00e9 de Mme Godel et des amis de Guiry, et d\u00e9j\u00e0 cet \u00e9t\u00e9 le premier voyage d&rsquo;\u00e9tudes, \u00e0 Guiry comme en Loz\u00e8re, a \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9 dans le sens Orient-Occident, inspir\u00e9 par le Docteur Godel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">P\u00e8lerinage aux sources, recherche de l&rsquo;unit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour un Roger Godel il s&rsquo;est sans cesse agi de retrouver, \u00e0 travers toutes les expressions artistiques, scientifiques, spirituelles, ce qui en est le commun d\u00e9nominateur, qui se retrouve sous mille formes, identique, et que le Dr Godel nous d\u00e9crit en langage scientifique comme \u00e9tant l&rsquo;axe d&rsquo;int\u00e9gration, l&rsquo;axe de r\u00e9f\u00e9rence. Ce qui est recherch\u00e9 par tous et exprim\u00e9 de multiples mani\u00e8res, \u00ab cela, par la connaissance de quoi tout est connu \u00bb disent les sages de l&rsquo;Inde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment s&rsquo;\u00e9tonner que Roger Godel ainsi orient\u00e9 depuis toujours, se soit, sa vie durant, tourn\u00e9 vers cette source p\u00e9renne de toute science, de toute beaut\u00e9, de tout amour ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Par une grise matin\u00e9e de janvier dernier nous devions revoir le Dr Godel. Il \u00e9tait atteint, depuis des ann\u00e9es, de cette m\u00eame maladie qu&rsquo;il avait si profond\u00e9ment \u00e9tudi\u00e9e. Son c\u0153ur, qui depuis longtemps avait subi tant d&rsquo;assauts, \u00ab cet ami \u00bb, disait-il, qui avait accompagn\u00e9 cette vie dense, se pr\u00e9parait au repos. Le visage traduisait une sourde souffrance, \u00e9vidente sous l&rsquo;accueillant sourire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Durant les quelques jours que devaient durer ces derniers avertissements, les douleurs \u00e9taient telles qu&rsquo;il nous en communiqua la profondeur en nous relatant le d\u00e9membrement d&rsquo;Osiris. Et ceci nous rappelle les autres paroles qu&rsquo;il mit dans la bouche d&rsquo;Euripide :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab La dure loi de N\u00e9cessit\u00e9, Anank\u00e9, ignore les mouvements de notre c\u0153ur. Qu&rsquo;importe. Dionysos, s&rsquo;il subit le supplice du d\u00e9chirement, reste \u00e9ternellement le m\u00eame. Rien ne l&rsquo;alt\u00e8re. Du corps d\u00e9chir\u00e9 la vie rena\u00eet toujours victorieuse. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Et cette phrase poignante encore o\u00f9 Godel d\u00e9crit la fin de l&rsquo;aventure du grand myst\u00e8re : \u00ab Son corps garde juste assez de vie pour s&rsquo;initier au r\u00eave de mourir. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">N&rsquo;est-ce point le m\u00eame Godel qui nous disait un jour : \u00ab Si l&rsquo;outil est affin\u00e9 en sorte qu&rsquo;il ne serve que de transmission \u00e0 la conscience, la conscience qui est \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re surgit et s&rsquo;exprime \u00e0 travers l&rsquo;outil. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Entre deux crises, entre deux syncopes, sa voix conservait le m\u00eame timbre pour dire \u00e0 ceux qui l&rsquo;entouraient : \u00ab Je suis au bord de deux issues, elles sont \u00e9galement bonnes. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">N&rsquo;avait-il pas r\u00e9p\u00e9t\u00e9 toute sa vie : \u00ab La vie, la mort, deux faces \u2014 lumineuses et simples autant l&rsquo;une que l&rsquo;autre d&rsquo;une m\u00eame r\u00e9alit\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Sans vacillement, il nous assembla tous dans cette derni\u00e8re sollicitude : \u00ab Je vous aime tous tellement, vous \u00eates mon \u00e2me. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi jusqu&rsquo;au bout et malgr\u00e9 d&rsquo;indicibles douleurs, Roger Godel refusant tout calmant qui e\u00fbt pu atteindre \u00ab l&rsquo;outil \u00bb transmetteur de la source \u00e9mettrice, demeurait le t\u00e9moin de ce qu&rsquo;il ressentait. Parlant pos\u00e9ment des troubles vaso-moteurs qui commandaient les ph\u00e9nom\u00e8nes dont il ressentait l&rsquo;aspect subjectif, cherchant \u00e0 expliquer, \u00e0 enseigner, comment ne pouvait-il pas \u00e9voquer pour nous l&rsquo;attitude d&rsquo;un Ramana Maharshi, que lui-m\u00eame nous avait d\u00e9peint, regardant sereinement son sarcome et endurant sans broncher des souffrances atroces, sans aucune plainte, soucieux comme Socrate, comme devait l&rsquo;\u00eatre Roger Godel, de boire calmement sa cigu\u00eb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Roger Godel repose aujourd&rsquo;hui sous une st\u00e8le basse, blanche, simple et unie dans un grand jardin \u00e0 Guiry, une de ses derni\u00e8res ferveurs, tout contre un bouquet d&rsquo;arbres et d&rsquo;un petit ruisseau qu&rsquo;e\u00fbt tant aim\u00e9 l&rsquo;amoureux de l&rsquo;Ilissos.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur cette st\u00e8le on peut lire, de l&rsquo;\u00e9criture m\u00eame de Roger Godel, ce po\u00e8me d&rsquo;ancienne \u00c9gypte, cette \u00c9gypte qu&rsquo;il a aussi tant aim\u00e9e, qu&rsquo;il a tant servie :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 90px;\">\u00ab Le vrai silencieux se met \u00e0 l&rsquo;abri<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 90px;\">\u00ab Il est comme l&rsquo;arbre qui pousse dans un verger<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 90px;\">\u00ab Il verdit et double ses fruits<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 90px;\">\u00ab Il est dans le parvis de son Seigneur !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 90px;\">\u00ab Ses fruits sont doux et son ombre agr\u00e9able<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 90px;\">\u00ab Et il finit dans le jardin. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Salomon KATZ<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<hr style=\"text-align: justify;\" size=\"1\" \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn1\" href=\"#ftnref1\">[1]<\/a> Ce travail a fait l&rsquo;objet d&rsquo;une Conf\u00e9rence donn\u00e9e par le Dr S. Katz au Cercle \u00ab L&rsquo;homme et la Connaissance \u00bb, \u00e0 Paris, le 24 octobre 1961.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn2\" href=\"#ftnref2\">[2]<\/a> M.-M. Davy, Un Ma\u00eetre dans l&rsquo;Art de Vivre, art. paru dans la Revue \u00ab Synth\u00e8ses \u00bb, Bruxelles, 1956.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn3\" href=\"#ftnref3\">[3]<\/a> A. Godel, \u00ab Synth\u00e8ses \u00bb, Bruxelles, 1957.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn4\" href=\"#ftnref4\">[4]<\/a> R. Godel, <em>Une Gr\u00e8ce Secr\u00e8te<\/em>, \u00e9dit. Les Belles-Lettres, Paris, l 960.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn5\" href=\"#ftnref5\">[5]<\/a> R. Godel, <em>Vie et R\u00e9novation<\/em>, \u00e9dit. Gallimard, Paris, 1957.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn6\" href=\"#ftnref6\">[6]<\/a> R. Godel, <em>Cit\u00e9s et Univers de Platon<\/em> (<em>Recherche d&rsquo;une Foi<\/em>), \u00e9dit. Les Belles-Lettres, Paris.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;est dans cet h\u00f4pital d&rsquo;Isma\u00eflia que je devais faire la connaissance du Docteur Godel dont je ne savais \u00e0 cette \u00e9poque que ce que savait tout le monde autour de moi, qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un cardiologue r\u00e9put\u00e9, d&rsquo;un professeur v\u00e9n\u00e9r\u00e9 par ses \u00e9l\u00e8ves, et de plus d&rsquo;un humaniste estim\u00e9 par ce que le pays comptait de v\u00e9ritables hell\u00e9nisants. J&rsquo;ignorais que, nonobstant ses nombreux voyages en Gr\u00e8ce d&rsquo;abord, et ailleurs, sa curiosit\u00e9 en \u00e9veil l&rsquo;avait incit\u00e9 \u00e0 aller \u00e9tudier, en Inde m\u00eame, aupr\u00e8s de ma\u00eetres spirituels vivants, cette fameuse pens\u00e9e mill\u00e9naire, ou plut\u00f4t cette sagesse mill\u00e9naire au-del\u00e0 de toute pens\u00e9e dont, quelques ann\u00e9es auparavant j&rsquo;avais eu le privil\u00e8ge d&rsquo;approcher un des plus nobles repr\u00e9sentants, je veux parler du Swami Siddheswaranda, gr\u00e2ce auquel, pour la premi\u00e8re fois, la spiritualit\u00e9 indienne pour moi prenait chair. Sa rencontre pr\u00e9ludait \u00e0 une autre rencontre, celle de Roger Godel. 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