{"id":4884,"date":"2010-09-27T13:26:08","date_gmt":"2010-09-27T12:26:08","guid":{"rendered":"http:\/\/pro.ovh.net\/~emillena\/blog\/?p=4884"},"modified":"2011-09-29T03:18:08","modified_gmt":"2011-09-29T02:18:08","slug":"du-bon-usage-de-la-conscience-par-maurice-lambilliotte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/du-bon-usage-de-la-conscience-par-maurice-lambilliotte\/","title":{"rendered":"Du bon usage de la conscience&#8230; par Maurice Lambilliotte"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">(Revue Synth\u00e8se. No 230-231. Juillet-Ao\u00fbt 1965)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>A Mireille Chabert<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 330px;\"><em>L&rsquo;homme auquel le sentiment du myst\u00e8re n&rsquo;est pas familier, qui a perdu la facult\u00e9 de s&rsquo;\u00e9merveiller, de s&rsquo;ab\u00eemer dans le respect est comme un homme mort&#8230; Je crois fermement qu&rsquo;il existe quelque chose en dehors de nous&#8230;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 330px;\"><em>L&rsquo;essence de la religion c&rsquo;est d&rsquo;\u00eatre capable de se mettre dans la peau d&rsquo;un autre \u00eatre humain, de se r\u00e9jouir de sa joie et de souffrir de sa souffrance.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: left; padding-left: 480px;\">Albert EINSTEIN<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">NOTRE si\u00e8cle approche \u00e0 grands pas de son terme. On s&rsquo;en pr\u00e9occupe, comme on a d\u00fb le faire, \u00e0 la fin du si\u00e8cle dernier. A ce moment, \u00e9voquer le XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle qui allait poindre, s&rsquo;en r\u00e9clamer par avance, constituait un signe d&rsquo;avant-gardisme. Certains esprits ont toujours \u00e9t\u00e9 attentifs \u00e0 se sentir en fl\u00e8che de leur temps. L&rsquo;intention, il est vrai, ne fut pas toujours suffisante et un certain snobisme n&rsquo;est pas toujours absent de telles attitudes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">On reparle en tout cas de plus en plus aujourd&rsquo;hui d&rsquo;avenir. On mesure les projets, au minimum, par d\u00e9cennies. On interroge les horizons futurs. Cette formule sert m\u00eame d&rsquo;enseigne ou d&rsquo;indicatif \u00e0 certaines tendances politiques. Ainsi par exemple, en France, le mouvement Horizon 80 que de plus avanc\u00e9s porteront sans doute bient\u00f4t pour le moins au terme de ce si\u00e8cle, qui d\u00e9j\u00e0 s&rsquo;essouffle. Il n&rsquo;est donc pas \u00e9tonnant que des essayistes ou des sociologues cherchent \u00e0 deviner les conditions qui seront celles de l&rsquo;homme du XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et que d&rsquo;aucuns m\u00eame, essayent d&rsquo;en tracer d\u00e9j\u00e0, quelque portrait-robot. D&rsquo;autres \u2014 et qui pourrait leur donner tort ? \u2014 d\u00e9passent all\u00e8grement cette \u00e9chelle du si\u00e8cle. Pour eux nous devons penser d\u00e9sormais en termes de \u00ab mill\u00e9naires \u00bb. Avec le XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, c&rsquo;est en effet le III<sup>e<\/sup> mill\u00e9naire d&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;\u00e8re chr\u00e9tienne qui s&rsquo;amorce. Le coefficient si\u00e8cle ou mill\u00e9naire affecte assez diff\u00e9remment faut-il le dire, l&rsquo;optique que l&rsquo;on s&rsquo;impose ou que l&rsquo;on recherche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">A tout prendre, il y a dans de telles extrapolations quelque chose d&rsquo;assez r\u00e9confortant. En d\u00e9pit des p\u00e9rils qui p\u00e8sent sur son destin, l&rsquo;esp\u00e8ce humaine se projette d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment dans l&rsquo;avenir. Elle fait ainsi un acte de confiance qui ne peut jaillir que d&rsquo;une intuition, elle-m\u00eame \u00e9man\u00e9e des profondeurs d&rsquo;une esp\u00e8ce qui sent une large frange de temps ouverte encore devant elle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Jean Fourasti\u00e9 vient, une fois de plus, de se pencher sur l&rsquo;avenir, dans un livre d\u00e9j\u00e0 c\u00e9l\u00e8bre, qu&rsquo;il intitule \u00ab 40.000 Heures \u00bb et qu&rsquo;il sous-titre: \u00ab\u00a0inventaire\u00a0 de l&rsquo;avenir \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u00eame au d\u00e9part de donn\u00e9es sociologiques, techniques et scientifiques, on peut certes projeter l&rsquo;avenir de plusieurs mani\u00e8res. Il est int\u00e9ressant que Jean Fourasti\u00e9 ait choisi comme expression le nombre d&rsquo;heures qui devraient \u00eatre press\u00e9es par un individu moyen au cours de son existence. Trente heures de travail par semaine, quarante semaines par an, cela donne, \u00e9crit Jean Fourasti\u00e9, 1200 heures de travail par an. Comme par ailleurs, les m\u00e9decins et notre int\u00e9r\u00eat, nous conseillent de maintenir les hommes en activit\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 soixante-cinq ans au moins, c&rsquo;est trente-cinq \u00e0 quarante ann\u00e9es d&rsquo;activit\u00e9 professionnelle qui seraient associ\u00e9es \u00e0 la semaine de 30 heures. Comme 35 par 1200 font 42.000, on pourra appr\u00e9cier \u00e0 40.000 heures la dur\u00e9e moyenne de l&rsquo;activit\u00e9 professionnelle effective d&rsquo;un homme pendant le cours de sa vie enti\u00e8re &#8230; Comme de plus, la dur\u00e9e de la vie de l&rsquo;homme moyen approchera alors de quatre-vingts ans, par 365 jours de 24 heures, soit 700.000 heures, c&rsquo;est 6 heures sur 100 que nos descendants consacreront \u00e0 cette \u0153uvre de production qui, pendant des milliers d&rsquo;ann\u00e9es, absorba la quasi totalit\u00e9 des forces physiques et de l&rsquo;activit\u00e9 intellectuelle de nos millions d&rsquo;anc\u00eatres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">A la lecture de tels textes, on pourrait se croire plong\u00e9 dans quelque ouvrage de science-fiction. Tout le livre de Fourasti\u00e9 qui volontairement sans doute a sacrifi\u00e9 par son titre, \u00e0 un certain d\u00e9sir de frapper\u00a0 l&rsquo;imagination, s&rsquo;inscrit en faux contre un diagnostic aussi sommaire. Il fait certes confiance \u00e0 la science, \u00e0 la technique, \u00e0 l&rsquo;organisation mais pas du tout d&rsquo;une mani\u00e8re g\u00e9om\u00e9trique. S&rsquo;il para\u00eet r\u00e9aliste et n\u00e9cessaire de penser aujourd&rsquo;hui que tout devient possible, l&rsquo;homme doit aussi se rappeler, non moins n\u00e9cessairement, dit Jean Fourasti\u00e9, que tout n&rsquo;est pas possible tout de suite et que tout n&rsquo;est pas possible \u00e0 la fois. Tout le livre repose sur la recherche des nuances qu&rsquo;il convient donc d&rsquo;apporter \u00e0 des jugements qui ne seraient que de trop faciles extrapolations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Notre but n&rsquo;est pas d&rsquo;analyser ici par le menu la substance si riche de ce livre choc, mais plut\u00f4t de rendre curieux le plus de lecteurs possible qui y trouveront une p\u00e2ture qui d\u00e9passera leurs esp\u00e9rances. Jean Fourasti\u00e9 ne veut pas seulement, par ce \u00ab coup de gong \u00bb des 40 mille heures, alerter son public et le mettre en condition d&rsquo;esp\u00e9rance. Il s&rsquo;agit beaucoup plus pour lui, de faire saisir les raisons de cette r\u00e9duction des prestations d&rsquo;autrefois et de faire percevoir \u00e9galement la nature et la complexit\u00e9 des transitions entre un pr\u00e9sent que nous connaissons et un futur relativement proche que nous pouvons, dans ses grandes lignes tout au moins, imaginer. Un chapitre du livre de Fourasti\u00e9 est d&rsquo;ailleurs intitul\u00e9: \u00ab\u00a0La\u00a0 condition humaine en transition. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Sa conclusion m\u00e9rite de nous retenir davantage encore. Jean Fourasti\u00e9 ne croit pas au d\u00e9clenchement automatique, ni davantage \u00ab messianique \u00bb du progr\u00e8s. L&rsquo;homme est une r\u00e9alit\u00e9 complexe qu&rsquo;il serait malais\u00e9 de mettre en formules. L&rsquo;homo-economicus, \u00e9crit-il, n&rsquo;est qu&rsquo;une faible part de l&rsquo;homme. L&rsquo;esp\u00e8ce humaine tout enti\u00e8re est en \u00e9volution.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous pourrions \u00e9videmment multiplier les citations qui pr\u00e9cisent avec force, la position bien au-del\u00e0 d&rsquo;un simple \u00e9conomiste ou sociologue qui est celle de Jean Fourasti\u00e9. Pour \u00e9tayer sa projection des nouvelles conditions qui peuvent normalement \u00eatre celles de l&rsquo;homme dans un avenir assez rapproch\u00e9, il s&rsquo;appuie certes sur la science, celle de l&rsquo;information notamment, sur la domestication de nouvelles sources d&rsquo;\u00e9nergie, sur le champ chaque jour plus \u00e9tendu des applications de l&rsquo;\u00e9lectronique et, bien entendu, sur l&rsquo;expansion d\u00e9mographique puisqu&rsquo;il va jusqu&rsquo;\u00e0 imaginer qu&rsquo;avec les techniques d\u00e8s maintenant connues, la terre qui nourrit fort mal aujourd&rsquo;hui ses 3,5 milliards d&rsquo;habitants, pourrait en nourrir de 50 \u00e0 80 <a id=\"ftnref1\" href=\"#ftn1\">[1]<\/a>. Il ne sous-estime nullement non plus la disparit\u00e9 qui existe actuellement encore et mettra longtemps \u00e0 se combler entre les peuples \u00e0 haut d\u00e9veloppement technique et ceux qui en sont seulement \u00e0 l&rsquo;aube de leur d\u00e9veloppement. Tous ces th\u00e8mes, nos lecteurs les connaissent. Nous les avons \u00e9voqu\u00e9s maintes fois avec moins de pr\u00e9cision certes, que ne le fait Jean Fourasti\u00e9. Ce que le livre de Jean Fourasti\u00e9 pose, c&rsquo;est ce que d\u00e9j\u00e0 nous avions entrevu avec une information forc\u00e9ment beaucoup plus limit\u00e9e, dans un essai publi\u00e9 en 1944, sous le titre \u00ab Le Grand Probl\u00e8me \u00bb. Ce Grand probl\u00e8me, comme les 40.000 heures de Fourasti\u00e9, visait \u00e0 l&rsquo;adaptation de l&rsquo;homme aux cons\u00e9quences m\u00eames des fruits\u00a0 de son g\u00e9nie, \u00e0 une r\u00e9duction de ses prestations obligatoires, physiques et m\u00eame intellectuelles et, d\u00e8s lors aussi, \u00e0 une plus grande disponibilit\u00e9 pour chacun d&rsquo;une plus grande part de sa propre dur\u00e9e. Il s&rsquo;agit d\u00e8s lors, du probl\u00e8me tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ral mais, \u00e0 notre sens, tr\u00e8s imparfaitement qualifi\u00e9 de probl\u00e8me des loisirs. Il s&rsquo;agit, en effet, de bien autre chose que d&rsquo;utiliser des loisirs. Il s&rsquo;agit pour l&rsquo;homme de se chercher et de d\u00e9couvrir les m\u00e9thodes et les moyens d&rsquo;un humanisme plus ad\u00e9quat, qu&rsquo;on le qualifie de nouvel ou de jeune humanisme, les mots importent moins que la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 la fois individuelle et collective impliqu\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">IL faut sans cesse rappeler, \u00e9crit Fourasti\u00e9, que le but de l&rsquo;\u00e9ducation est de donner \u00e0 l&rsquo;homme la civilisation des hommes. A une \u00e9poque o\u00f9 la civilisation \u00e9volue vite, le contenu de l&rsquo;\u00e9ducation doit changer vite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La r\u00e9duction du temps de travail va permettre un allongement des \u00e9tudes. La soci\u00e9t\u00e9 deviendra ainsi peu \u00e0 peu, sinon une soci\u00e9t\u00e9 de bacheliers, du moins une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 ce niveau de culture sera usuel, comme elle est pass\u00e9e de l&rsquo;analphab\u00e9tisme au niveau du certificat d&rsquo;\u00e9tudes primaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les m\u00e9thodes de l&rsquo;instruction, le contenu de l&rsquo;enseignement, les m\u00e9thodes d&rsquo;\u00e9ducation devront \u00eatre r\u00e9\u00e9tudi\u00e9es. Il faudra tenir compte des aptitudes biologiques du cerveau qui, pour Fourasti\u00e9, pourrait d&rsquo;ailleurs constituer un \u00ab \u00e9l\u00e9ment durablement restrictif \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il importera de m\u00eame, dans un temps de sp\u00e9cialisation progressive, de limiter ces sp\u00e9cialisations aux ann\u00e9es de fin d&rsquo;\u00e9tudes et aux premi\u00e8res ann\u00e9es de profession et d&rsquo;insister, au contraire, sur les id\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales et les synth\u00e8ses. Ce n&rsquo;est certes pas ici que l&rsquo;on discutera du bien fond\u00e9 de ce pertinent conseil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;instruction ne peut seule aider les hommes \u00e0 cette adaptation aux conditions de leur temps, ni \u00e0 l&rsquo;\u00e9closion d&rsquo;une civilisation v\u00e9ritablement sup\u00e9rieure. L&rsquo;humanit\u00e9 qui vivait instinctivement devra vivre d\u00e9sormais consciemment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Une morale complexe, diff\u00e9renci\u00e9e et mouvante, succ\u00e9dera, \u00e9crit Jean Fourasti\u00e9, au d\u00e9calogue immuable et sommaire. Une immense t\u00e2che d&rsquo;in formation, de r\u00e9flexion, de pr\u00e9cision, de d\u00e9cision, doit se substituer au rite, \u00e0 la spontan\u00e9it\u00e9 et \u00e0 l&rsquo;impuissance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il revient sur ce th\u00e8me dans sa conclusion g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab L&rsquo;homme est ainsi, dit-il, de par le progr\u00e8s m\u00eame de ses techniques et de par l&rsquo;extension progressive de ses connaissances, \u00e0 la perp\u00e9tuelle recherche de la cit\u00e9 qui lui convient: non seulement de la maison, du logement, de la cuisine et de la salle de bains, non seulement du village, du \u00ab\u00a0grand ensemble\u00a0\u00bb, de la ville ou de la \u00ab\u00a0n\u00e9buleuse urbaine\u00a0\u00bb mais encore de la soci\u00e9t\u00e9, du statut politique, de la constitution et, je n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 ajouter, de la conception du monde qui lui conviennent. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur ce raccourci, qui est celui d&rsquo;un sociologue assur\u00e9ment \u00e9pris d&rsquo;humanisme, mais qui est convaincu que c&rsquo;est au plan intellectuel ou mental que tout, au fond, s&rsquo;articule, il y aurait mati\u00e8re \u00e0 de longs d\u00e9veloppements. Jean Fourasti\u00e9 se montre assur\u00e9ment tr\u00e8s pr\u00e9occup\u00e9 par le bonheur de l&rsquo;homme et pour lui, ce bonheur n&rsquo;est pas exclusivement \u00e0 base \u00e9conomique, sociale, m\u00eame culturelle (si l&rsquo;on n&rsquo;englobe dans la culture que le d\u00e9veloppement des connaissances intellectuelles). Il est notamment pr\u00e9occup\u00e9 par le choix des \u00ab motivations \u00bb qui aideront l&rsquo;homme \u00e0 avancer, alors que le prolongement de la dur\u00e9e d&rsquo;existence risque d&rsquo;att\u00e9nuer la spontan\u00e9it\u00e9 instinctive et la croyance religieuse qui, en d&rsquo;autres temps, moins favoris\u00e9s, soutenaient l&rsquo;homme et lui offraient des objectifs en rapport avec la vigueur m\u00eame de ses forces vitales \u00e9l\u00e9mentaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Jean Fourasti\u00e9 reste cependant tr\u00e8s intellectuel. En fait, \u00e9crit-il, l&rsquo;instinct a fait ses preuves \u00e0 long terme sur cette terre: l&rsquo;intelligence d\u00e9bute.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Belle esp\u00e9rance assur\u00e9ment \u00e0 condition que le contenu de cette intelligence et plus encore son champ d&rsquo;action osent d\u00e9border le jardin clos du rationnel. Un paragraphe semble, il est vrai, nous livrer, encore que timidement, sa pens\u00e9e. \u00ab &#8230; j&rsquo;accorderais pour ma part, \u00e9crit-il, de grandes chances de r\u00e9ussite aux groupes humains qui auront la chance ou la sagesse de se tenir \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart de l&rsquo;actuel d\u00e9sordre effervescent, de conserver quelques si\u00e8cles de plus, leur vie traditionnelle, et de rejoindre la civilisation scientifique lorsqu&rsquo;elle aura \u00e9t\u00e9 \u00e9pur\u00e9e et consolid\u00e9e par des esp\u00e9rances n\u00e9cessairement co\u00fbteuses. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">LE sociologue ici se laisse heureusement d\u00e9passer par le penseur, par l&rsquo;humaniste. Il t\u00e9moigne plus simplement peut-\u00eatre d&rsquo;un homme qui n&rsquo;ignore pas que les liens de l&rsquo;individu \u00e0 son contexte vivant d\u00e9passent les rapports sociologiques, \u00e9conomiques et sociaux; d\u00e9passent aussi les rapports d&rsquo;un monde communautaire si \u00e9lev\u00e9 qu&rsquo;en soient les mobiles, et que l&rsquo;individu en tant que vivant est reli\u00e9 \u00e0 la vie, \u00e0 l&rsquo;Unit\u00e9, \u00e0 cette Unit\u00e9 qu&rsquo;une myst\u00e9rieuse intuition qui, pour beaucoup, a force d&rsquo;\u00e9vidence, nous fait associer \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 m\u00eame de cette vie qui nous anime et au sein de laquelle nous baignons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Au risque de me r\u00e9p\u00e9ter, c&rsquo;est \u00e0 ce point que je voudrais articuler l&rsquo;essentiel de mon propos.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout ce qu&rsquo;\u00e9crit Fourasti\u00e9, particuli\u00e8rement en ce qui concerne la formation intellectuelle, l&rsquo;\u00e9ducation sociale de l&rsquo;individu se situe dans une perspective de n\u00e9cessit\u00e9 dont l&rsquo;\u00e9vidence n&rsquo;est gu\u00e8re discutable. L&rsquo;homme du III<sup>e<\/sup> mill\u00e9naire, ou celui du XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, activera au maximum ses facult\u00e9s intellectuelles par l&rsquo;enseignement, l&rsquo;exp\u00e9rimentation. Son \u00e9ducation \u00e9veillera en lui des facult\u00e9s et surtout des r\u00e9flexes. Comme l&rsquo;\u00e9crit Fourasti\u00e9, l&rsquo;homme de demain aura sans doute des exigences plus grandes d&rsquo;objectivit\u00e9. Il en r\u00e9sultera, tout au moins au plan des rapports sociologiques, des chances plus grandes de communication, voire de compr\u00e9hension.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Un paradoxe, ou que l&rsquo;on pourrait qualifier tel, se profile toutefois \u00e0 l&rsquo;horizon de cette phase de civilisation: celle des 40.000 heures pour reprendre l&rsquo;expression de Fourasti\u00e9 et en g\u00e9n\u00e9ral toute civilisation qui fera aux pouvoirs r\u00e9els de l&rsquo;homme sur la nature, une place plus grande. Ce paradoxe, c&rsquo;est qu&rsquo;un certain degr\u00e9 et plus encore une exigence pourtant justifi\u00e9e et n\u00e9cessaire d&rsquo;objectivit\u00e9, risquera de laisser plus encore qu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, en friche, d&rsquo;autres niveaux d&rsquo;affectivit\u00e9 et m\u00eame d&rsquo;autres facult\u00e9s effectives ou potentielles, inh\u00e9rentes \u00e0 l&rsquo;humain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Toute objectivit\u00e9, dans la mesure o\u00f9 elle est fond\u00e9e, o\u00f9 elle assure une certaine communication d&rsquo;\u00e9changes intellectuels plus pr\u00e9cis entre les hommes, ne va-t-elle pas rejeter automatiquement une certaine frange de nuances ? Pour \u00eatre plus clair, un certain antagonisme existera toujours entre objectivit\u00e9 et subjectivit\u00e9. S&rsquo;il ne peut \u00eatre question d&rsquo;accorder quelque privil\u00e8ge que ce soit \u00e0 la subjectivit\u00e9, ni d&rsquo;adopter d\u00e8s lors une attitude de m\u00e9fiance \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;objectivit\u00e9, il n&rsquo;est cependant pas possible non plus que l&rsquo;on n\u00e9glige, voire que l&rsquo;on \u00e9touffe la subjectivit\u00e9 m\u00eame et surtout au niveau sup\u00e9rieur de la connaissance et de la cr\u00e9ation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand on parle de subjectivit\u00e9, il ne s&rsquo;agit pas de pr\u00f4ner pour autant, un retour \u00e0 des \u00e9tats plus ou moins instinctifs, ni d&rsquo;accorder quelque primat ou priorit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;affectivit\u00e9, \u00e0 l&rsquo;\u00e9motivit\u00e9 sur le jugement et l&rsquo;exigence de lucidit\u00e9 qui, elle aussi, \u00e9mane d&rsquo;ailleurs (en tant qu&rsquo;exigence) de nos sources les plus profondes, donc subjectives. Mais la subjectivit\u00e9, c&rsquo;est notre \u00e9tat d&rsquo;\u00eatre, c&rsquo;est notre \u00e9tat d&rsquo;individualit\u00e9 ou de personne. Il se confond d\u00e8s lors, pour nous, avec l&rsquo;exercice le plus int\u00e9gral de notre conscience. Car l&rsquo;homme, qu&rsquo;il soit d&rsquo;hier, d&rsquo;aujourd&rsquo;hui ou de demain, ne peut s&rsquo;exprimer, m\u00eame \u00e0 soi-m\u00eame, ni par les seules conditions de son existence, ni par les fruits du g\u00e9nie, ni par son patrimoine historique. Il ne le peut pas davantage par sa physiologie, voire sa psychologie, ni m\u00eame exclusivement par son intelligence si aigu\u00eb et si riche soit-elle, mais bien par un ensemble de facult\u00e9s au cours desquelles se rejoignent ou plut\u00f4t jaillissent, \u00e0 la fois, ses prises de conscience du monde ext\u00e9rieur et de lui-m\u00eame, ses intuitions, ses craintes, ses angoisses ou ses esp\u00e9rances, son d\u00e9sir de connaissance, son besoin de d\u00e9passement, sa perception d&rsquo;\u00eatre, m\u00eame si cette perception est fractionn\u00e9e et fugace, sa conviction que tout ce qu&rsquo;il sait est relatif ou se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 des dimensions dont lui-m\u00eame homme, a fourni les normes, et qu&rsquo;au-del\u00e0 de cet univers projet\u00e9 m\u00eame au d\u00e9part de longues et multiples exp\u00e9riences, m\u00eame \u00e0 travers le filtre de multiples analyses et v\u00e9rifications, il existe un contexte sup\u00e9rieur, un champ de forces plus complexes avec lequel il est visc\u00e9ralement et psychiquement reli\u00e9. Cet ensemble de facult\u00e9s ou de potentialit\u00e9s c&rsquo;est pour nous la conscience: la conscience dans son acception la plus totale, avec toutes ses implications, l&rsquo;immense champ mal explor\u00e9 encore de ses possibilit\u00e9s. Et cette conscience, informulable comme telle, encore qu&rsquo;il faille bien en admettre et en constater la pr\u00e9sence en chacun de nous, est vraiment notre centre, notre noyau vivant, notre principale et m\u00eame essentielle facult\u00e9 ou ressource pour pouvoir exercer pleinement pour le pr\u00e9sent et plus encore pour l&rsquo;avenir, pour pouvoir assumer, cette condition d&rsquo;homme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l&rsquo;on\u00a0 accepte ce qui est plus qu&rsquo;un postulat intellectuel, plus qu&rsquo;une hypoth\u00e8se, plus que le fruit d&rsquo;une conception de l&rsquo;homme et du monde, une r\u00e9alit\u00e9 qu&rsquo;il est loisible \u00e0 chacun de percevoir, avec laquelle chacun de nous cohabite, mieux encore, qui est nous-m\u00eame \u00e0 son plus haut degr\u00e9 de singularit\u00e9 (par rapport au pluriel de nos facult\u00e9s et de nos \u00e9tats collectifs), il est \u00e9vident qu&rsquo;il faut reconna\u00eetre \u00e0 cette \u00ab conscience \u00bb, le r\u00f4le \u00e9minent qui est le sien. Qu&rsquo;il faut en faire (et volontairement) le centre vivant aussi, de toute intelligence car cette conscience est vraiment notre outil fondamental, le socle de notre personnalit\u00e9, aussi bien que le r\u00e9servoir de ses formes d&rsquo;avenir, en fait, de tout notre potentiel d&rsquo;\u00e9volution exhaustive et d&rsquo;adaptation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Une question qui \u00e0 beaucoup para\u00eetra na\u00efve, peut \u00eatre pos\u00e9e ici. Comment utiliser cet outil qui est si intimement nous-m\u00eame et \u00e0 la fois autre et plus en tout cas, qu&rsquo;une certaine r\u00e9alit\u00e9 de notre ego le plus habituel ? Comment faire jouer \u00e0 la conscience le r\u00f4le de foyer central, de source de jaillissement et de cr\u00e9ation, de moteur aussi de notre volont\u00e9, de notre imp\u00e9rieux besoin de d\u00e9passement ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le fait de se centrer a priori sur la conscience et sur tout ce qu&rsquo;elle implique, constitue d\u00e9j\u00e0 une premi\u00e8re prise de position, non point seulement conceptuelle, mais fondamentalement active. On part en somme de l&rsquo;existence d&rsquo;un centre et ce centre se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre un foyer, un creuset et un moteur. La conscience est aussi le lieu ou la fonction, par laquelle l&rsquo;humain peut se percevoir effectivement reli\u00e9 \u00e0 la Vie (\u00e0 la Vie dans son acception de totalit\u00e9 vivante, de \u00ab pneuma \u00bb universel). C&rsquo;est pour cette raison d&rsquo;ailleurs que, centr\u00e9 plus activement, plus vitalement sur la conscience, l&rsquo;homme sera \u00e0 m\u00eame de d\u00e9gager d&rsquo;autres \u00e9chelles de valeurs plus larges et peut-\u00eatre plus justes. Sans doute touchons-nous ici un des \u00ab myst\u00e8res \u00bb du destin de l&rsquo;homme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;heure est peut-\u00eatre venue, ou s&rsquo;approche en tout cas, os? il devra admettre sa double citoyennet\u00e9: celle de membre \u00e9ph\u00e9m\u00e8re d&rsquo;une esp\u00e8ce \u2014 d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne humain \u2014 qui s&rsquo;\u00e9tend sur une phase plus ou moins longue de dur\u00e9e cosmique, et celle de citoyen de ce cosmos, lequel d\u00e9passe en \u00e9tendue, dans le temps comme dans l&rsquo;espace, de m\u00eame qu&rsquo;il transcende en \u00ab qualit\u00e9 \u00bb, les notions mentales que nos connaissances physiques et math\u00e9matiques nous proposent, touchant notre appartenance \u00e0 la Vie, \u00e0 l&rsquo;Unit\u00e9 de la Vie et \u00e0 tout ce que cette perception implique de transcendance non intellectuelle, ni m\u00e9taphysique, mais en quelque mani\u00e8re exp\u00e9rimentale et pour certains lourde d&rsquo;une ind\u00e9niable \u00e9vidence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Comment nous rapprocher, comment nous associer, comment communier au cours de nos s\u00e9quences d&rsquo;existence les plus modestes, avec cette \u00ab conscience \u00bb si myst\u00e9rieusement co-extensive ou co-existante \u00e0 la Vie dans son sens le plus plein ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous touchons ici, r\u00e9p\u00e9tons-le, plus qu&rsquo;une notion assimilable: un acte, un point, un \u00ab moment \u00bb de passage du contingent le plus quotidien \u00e0 ce qui pourra nous para\u00eetre comme acte de transcendance, tellement naturel et m\u00eame tellement modeste. La conscience, cette conscience qui nous est tellement consubstantielle et que nous ne diff\u00e9rencions mentalement, que pour tenter d&rsquo;approcher mieux et plus efficacement de son usage, n&rsquo;exige pas a priori de nous, une mise compliqu\u00e9e en condition. La conscience est, sans nul jeu de mot, notre bonne conscience. Il nous suffit pour en percevoir la pr\u00e9sence et la vivante fonction en nous, d&rsquo;\u00eatre humble et attentif. La conscience \u2014 qui est, \u00e0 mon sens, avant tout, en chacun de nous, la conscience de la Vie, la conscience d&rsquo;\u00e9tats v\u00e9cus d&rsquo;\u00eatre \u2014 n&rsquo;est sans doute pas au premier chef une fonction sociale de l&rsquo;humain. J\u2019insiste bien, au premier chef. Elle est en nous de l&rsquo;ordre le plus intime. C&rsquo;est pourquoi elle requiert si imp\u00e9rieusement le silence, un certain silence. Non une hautaine prise de distance \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du \u00ab monde \u00bb mais plut\u00f4t un certain d\u00e9tachement qui laisserait au \u00ab vestiaire \u00bb pour reprendre une comparaison c\u00e9l\u00e8bre, tout ce qui contribue \u00e0 situer un individu trop mat\u00e9riellement dans un certain contexte, dans une certaine hi\u00e9rarchie sociologique. La conscience aime avant tout respirer. Elle ne peut le faire si des contraintes superficielles (et \u00e0 son \u00e9chelle, vaines) la distraient ou lui imposent une attitude. Toute conscience profonde est pudique. Seuls ceux qui savent d&rsquo;exp\u00e9rience \u00e0 quelle profondeur psychologique s&rsquo;enracine tout sentiment de pudeur vraie, nous comprendront. La conscience aime aussi la simplicit\u00e9. Elle n&rsquo;est point fonction\u00a0 des t\u00e9n\u00e8bres, mais fleur de l&rsquo;aube. Sa modestie autant que sa pudeur incitent les intuitions les plus profondes \u00e0 jaillir sous sa douce lumi\u00e8re, sans pour autant que cette conscience les ait appel\u00e9es, leur ait intim\u00e9 le moindre ordre. Il y a aussi dans l&rsquo;acte spontan\u00e9 de la conscience, beaucoup d&rsquo;amour, beaucoup de paix, beaucoup de douceur. Et l&rsquo;intuition est un fruit de cette conscience. Elle est un \u00e9tat dont on s&rsquo;est sans doute trop peu pr\u00e9occup\u00e9. Son myst\u00e8re (et j&rsquo;insiste \u00e0 dessein sur ce terme) c&rsquo;est qu&rsquo;elle \u00e9mane d&rsquo;\u00e9tats int\u00e9rieurs nantis a priori d&rsquo;autres dimensions que celles que nous utilisons ou imposons inconsciemment et que pourtant, cette intuition cherche, au-del\u00e0 de la spontan\u00e9it\u00e9 de son jaillissement, \u00e0 nous communiquer quelque chose d&rsquo;essentiel que nous pourrons assimiler.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Modestie, simplicit\u00e9, amour-affectif, paix ou s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, silence \u2014 et non seulement le silence majestueux des grandes heures, mais m\u00eame la simple rupture avec la rumeur confuse qui est une sorte de brouillage d&rsquo;ondes, \u2014 l&rsquo;acte de conscience est un acte d&rsquo;\u00e9closion, un acte d&rsquo;affectivit\u00e9 certes mais aussi et toujours un acte de lucidit\u00e9. Cette lucidit\u00e9, il est vrai, ne nous est pas donn\u00e9e. Elle r\u00e9sulte \u00e0 travers un certain climat int\u00e9rieur dont nous sommes trop souvent distraits, d&rsquo;une distanciation. Une des particularit\u00e9s ou, si l&rsquo;on pr\u00e9f\u00e8re, une des exigences de la conscience est de fonctionner \u00e0 partir d&rsquo;une certaine prise de distance int\u00e9rieure, \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;acte ou de la r\u00e9v\u00e9lation sur laquelle son intuition et sa lucidit\u00e9 connexe vont pouvoir s&rsquo;exercer. Peut-\u00eatre \u00e9tonnerais-je certains lecteurs, mais l&rsquo;humour qui est aussi une prise de distance \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de soi-m\u00eame, qui d\u00e8s cet instant peut devenir objet de perception objective et de jugement, est assez proche de certains m\u00e9canismes subtils de la conscience.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l&rsquo;on admet comme condition n\u00e9cessaire de l&rsquo;acte vraiment valable de conscience, cette distanciation int\u00e9rieure, toute une m\u00e9thode se d\u00e9gage. Et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment cela que nous appellerions volontiers le bon usage de la conscience.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je n&rsquo;en donnerai ici que quelques exemples ou possibilit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La conscience n&rsquo;\u00e9tant pas seulement, ni surtout principalement ce tribunal de derni\u00e8re instance qu&rsquo;imaginent certains moralistes, c&rsquo;est donc bien autre chose que l&rsquo;on peut attendre d&rsquo;elle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La conscience peut nous rendre le sens aigu de notre propre pr\u00e9sence et m\u00eame, dans certains \u00ab\u00a0moments\u00a0 d&rsquo;\u00e9tat de gr\u00e2ce \u00bb, de notre sentiment profond, m\u00eame transitoire selon notre sens de la dur\u00e9e, d&rsquo;\u00eatre, et d&rsquo;\u00eatre avec pl\u00e9nitude et lucidit\u00e9 dans une simple contemplation, d\u00e9contract\u00e9e, accueillante, attentive, communiante, du moindre instant. Nous pouvons ainsi nous retrouver, atteindre des moments de douce pl\u00e9nitude dans la simple et modeste contemplation de la lumi\u00e8re qui bouge sur les objets, aube ou couchant, dans l&rsquo;observation d&rsquo;un oiseau qui prend son vol, d&rsquo;une branche que le vent incline, d&rsquo;une fleur \u00e0 peine \u00e9close et dont les p\u00e9tales sont d\u00e9j\u00e0 lourds de ros\u00e9e, d&rsquo;une ros\u00e9e qui serait larmes, non de tristesse, mais de trop plein d&rsquo;\u00eatre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous n\u00e9gligeons h\u00e9las de plus en plus ces exercices simples et faciles qui nous relient \u00e0 la Vie et \u00e0 nous-m\u00eame plus profond\u00e9ment que nulle philosophie ni sp\u00e9culation dialectique seules, ne pourraient le faire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Toute contemplation attentive, accueillante a priori (ce qui n&#8217;emp\u00eache, faut-il le r\u00e9p\u00e9ter encore, nulle lucidit\u00e9 ult\u00e9rieure) est un acte de conscience et un acte f\u00e9cond. La conscience redoute moins, bien au contraire, le t\u00e9moignage des sens. Car les sens aussi nous mettent en \u00e9tat d&rsquo;\u00e9change avec la Vie. Ce qui, par contre, occulte la conscience, c&rsquo;est l&rsquo;exc\u00e8s d&rsquo;abstraction, la c\u00e9r\u00e9bralisation \u00e0 outrance, une certaine sp\u00e9culation qui n&rsquo;est que mentale. Nous traversons ainsi l&rsquo;existence comme des somnambules, comme des voyageurs press\u00e9s, trop exclusivement pr\u00e9occup\u00e9s par quelque objectif imm\u00e9diat gonfl\u00e9 de notre d\u00e9sir ou de nos angoisses. Nous nous privons ainsi de l&rsquo;incomparable richesse d&rsquo;\u00e9changes qui sont pr\u00e9cis\u00e9ment autant de fleurs et de fruits authentiques et r\u00e9els de la conscience.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Combien d&rsquo;\u0153uvres plastiques ne sont, pour des milliers d&rsquo;hommes qui croient pourtant les regarder et les avoir vues, que de simples \u00e9crans plus ou moins color\u00e9s, plac\u00e9s entre eux, des pr\u00e9occupations mis\u00e9rablement contingentes et un r\u00e9el int\u00e9rieur qui est notre seule vie individuellement authentique ? Or, quelle richesse ne peut se d\u00e9voiler, quel chant secret ne peut jaillir pour et par certains \u00eatre privil\u00e9gi\u00e9s, de la contemplation attentive et fervente d&rsquo;\u0153uvres qui, en dehors de leur sujet ou de leur objet, sont lourdes de la fixation de \u00ab\u00a0moments\u00a0\u00bb\u00a0 de vie et de moments exceptionnels par leur densit\u00e9, de ceux qui les ont r\u00e9alis\u00e9es ? Ici, la conscience, l&rsquo;acte d&rsquo;attention et de ferveur peut seul nous mettre en liaison effective avec le cr\u00e9ateur de l&rsquo;\u0153uvre et nous aider alors \u00e0 participer, pour une part, \u00e0 cet acte de d\u00e9livrance et de d\u00e9passement qui lib\u00e8re et que constitue tout moment de haute compr\u00e9hension, d&rsquo;intuition ou de cr\u00e9ation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La v\u00e9ritable critique des \u0153uvres plastiques \u2014 des autres aussi \u2014 ne pourra, et surtout \u00e0 l&rsquo;avenir, \u00eatre valablement que celle, qui s&rsquo;approchant par un acte int\u00e9rieur authentique, du cr\u00e9ateur de l&rsquo;\u0153uvre, en fera brusquement resurgir des richesses qui, d\u00e8s cet instant, par cet acte d&rsquo;intuition, auront retrouv\u00e9 leur vertu d&rsquo;\u00e9tat naissant, mais pourront m\u00eame, et cela n&rsquo;a rien de paradoxal, d\u00e9passer les intuitions conscientes et l&rsquo;aveu du cr\u00e9ateur lui-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est par cette distanciation f\u00e9conde de la conscience, que l&rsquo;individu involontairement aussi, peut le mieux sortir de soi. Le c\u0153ur, sinon par complaisance \u00e0 soi, n&rsquo;est jamais seulement qu&rsquo;ouverture \u00e0 soi-m\u00eame, mais d\u00e9couverte et parfois r\u00e9v\u00e9lation de l&rsquo;autre. Alors s&rsquo;amorcent dialogue, \u00e9change, sympathie. La grandeur de l&rsquo;\u00c9vangile, ce qui en a \u00e9t\u00e9 magnifi\u00e9 au d\u00e9but, puis n\u00e9glig\u00e9, c&rsquo;est cela. Non a priori une ferveur religieuse d&rsquo;adulation, d&rsquo;adoration ou de crainte, mais un mouvement en quelque sorte visc\u00e9ral, qui nous porte vers autrui mais qui plus est, vers l&rsquo;autre qui souffre. Sympathie n&rsquo;est-ce pas cela ? Souffrir avec ? La souffrance \u00e9tant h\u00e9las le lot de tout ce qui a, de tout ce qui prend conscience et appelle donc naturellement un accueil, une pr\u00e9sence beaucoup plus qu&rsquo;un rem\u00e8de. Et c&rsquo;est peut-\u00eatre cela aussi le myst\u00e8re de la charit\u00e9. Un myst\u00e8re que les hommes auraient invent\u00e9 comme un d\u00e9foulement de leur propre d\u00e9tresse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Car ce que l&rsquo;acte de conscience, ce que le bon usage de la conscience peut nous enseigner, c&rsquo;est qu&rsquo;il faut sortir de soi. C&rsquo;est qu&rsquo;il faut, et sans cesse, briser les scl\u00e9roses morales qui s&rsquo;\u00e9paississent et nous emprisonnent insensiblement dans la plus inhumaine des solitudes. La conscience n&rsquo;est donc jamais un moyen de fuite de soi-m\u00eame, mais tout \u00e0 l&rsquo;inverse une courageuse, et qui devrait \u00eatre incessante tentative de sortir de la place forte d&rsquo;un ego investi, o\u00f9 l&rsquo;air se rar\u00e9fie et o\u00f9 les psychoses d&rsquo;\u00e9go\u00efsmes se conjuguent bient\u00f4t aux chants les plus d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s, car ce sont vraiment des chants de morts et de t\u00e9n\u00e8bres. Ainsi la conscience appara\u00eet-elle, entr&rsquo;autre fonction aussi, comme un mode de respiration de l&rsquo;\u00e2me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;amour aussi bien que les sommets de certaines amiti\u00e9s participent des m\u00eames mouvements, des m\u00eames exigences: rompre les redoutables enchantements d&rsquo;une solitude qui commence par se complaire \u00e0 soi-m\u00eame, se ferme de plus en plus et se d\u00e9truit alors \u00e0 la mani\u00e8re du scorpion qui se suicide.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">JE n&rsquo;ai pu qu&rsquo;esquisser ici quelques occasions, quelques moyens d&rsquo;exercer ce bon usage de la conscience. J&rsquo;ai pris \u00e0 dessein des exemples au niveau de l&rsquo;existence de chacun. Me suis-je pour autant \u00e9loign\u00e9 du livre de Fourasti\u00e9 ? Je ne le pense pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les 40.000 heures que son titre \u00e9voque, ne sont certes pas le d\u00e9but de l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or. Les 40.000 heures ne concernent qu&rsquo;une part \u2014 importante assur\u00e9ment \u2014 de l&rsquo;existence des individus. Ni les progr\u00e8s techniques, ni les conditions nouvelles de l&rsquo;existence de communaut\u00e9s de plus en plus technifi\u00e9es ne changeront la nature humaine en profondeur. L&rsquo;erreur de certains id\u00e9ologues a \u00e9t\u00e9 de croire que les hommes pourraient \u00eatre un jour le reflet de conditionnements \u00e9conomiques et sociologiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La nature m\u00eame du progr\u00e8s, la lib\u00e9ration qu&rsquo;il assure aux individus, accentue, tout au contraire, l&rsquo;importance de cette perception de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;\u00eatre, lequel est un \u00e9tat subjectif et, d\u00e8s lors, individuel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">S&rsquo;agit-il pour autant de dresser l&rsquo;individu contre la collectivit\u00e9 ? S&rsquo;agit-il de s&rsquo;\u00e9lever contre une irr\u00e9sistible \u00ab socialisation \u00bb de l&rsquo;homme ? Certes pas ! Mais bien de comprendre que cette \u00ab disponibilit\u00e9 \u00bb de soi-m\u00eame, que les progr\u00e8s techniques sont en train d&rsquo;assurer \u00e0 l&rsquo;homme, n&rsquo;a de sens, que si celui-ci en fait la condition du franchissement\u00a0 par lui, d&rsquo;une \u00e9tape de son destin et, pr\u00e9cis\u00e9ment, dans le sens de son ind\u00e9niable besoin profond de d\u00e9passement et on pourrait presque dire de respiration psychique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est bien pourquoi d&rsquo;ailleurs l&rsquo;imp\u00e9ratif qui consiste \u00e0 se centrer sur les appels et les moyens de sa conscience active est sans conteste possible pour l&rsquo;homme, pour chacun de nous, l&rsquo;appel le plus clair, le moins \u00e9quivoque de notre destin autant que de notre salut, de notre \u00e9quilibre int\u00e9rieur, de notre bonheur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Et c&rsquo;est pourquoi aussi, tout humanisme nouveau, tout jeune humanisme devra chercher son inspiration la plus vigoureuse dans l&rsquo;\u00e9veil ou le r\u00e9veil de cette fonction de la conscience qui nous relie aux autres, qui nous relie \u00e0 l&rsquo;esp\u00e8ce, qui nous relie au Cosmos, \u00e0 la Vie dans son irradiante unit\u00e9, mais qui nous permet aussi de nous relier \u00e0 nous-m\u00eame en acc\u00e9dant \u00e0 la perception de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;\u00eatre. La conscience est aussi et c&rsquo;est m\u00eame l&rsquo;essentiel, le lieu des osmoses f\u00e9condes avec le pneuma universel, avec l&rsquo;\u00e9nergie qu&rsquo;il d\u00e9termine. La conscience est aussi la source int\u00e9rieure de cette lumi\u00e8re \u00e0 laquelle toute connaissance et de tous temps a myst\u00e9rieusement aspir\u00e9. N&rsquo;est-il donc pas licite et indispensable qu&rsquo;au seuil d&rsquo;une \u00e9tape essentielle de son destin, l&rsquo;homme s&rsquo;identifie de plus en plus activement \u00e0 cette prodigieuse conscience, qu&rsquo;il en fasse son v\u00e9ritable foyer de vie, son centre de gravit\u00e9, son centre d&rsquo;amour, de v\u00e9ritable libert\u00e9 et, d\u00e8s lors aussi, le centre de sa plus haute dignit\u00e9 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<hr style=\"text-align: justify;\" size=\"1\" \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"ftn1\" href=\"#ftnref1\">[1]<\/a> \u00ab L&rsquo;objet du pr\u00e9sent livre n&rsquo;est en rien d&rsquo;en faire l&rsquo;inventaire (de la vie au XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle), ni m\u00eame d&rsquo;en rappeler les principaux \u00e9l\u00e9ments. Nous devons toutefois les \u00e9voquer ici pour marquer \u00e0 l&rsquo;esprit du lecteur que c&rsquo;est bien de ces merveilles techniques que nous traitons ici: ce sont bien ces \u00ab\u00a0lasers\u00a0\u00bb, ces \u00ab\u00a0masers\u00a0\u00bb, ces photopiles, ce p\u00e9trole comestible; ces reins et ces c\u0153urs artificiels, ces enzymes, ces acc\u00e9l\u00e9rateurs de croissance, ces moteurs atomiques, ces perceuses de montagne, ces \u00ab\u00a0spoutniks\u00a0\u00bb et ces satellites artificiels, cette cybern\u00e9tique&#8230; qui fournit la mati\u00e8re de nos r\u00e9flexions. \u00bb Jean Fourasti\u00e9, p. 15.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si l&rsquo;on\taccepte ce qui est plus qu&rsquo;un postulat intellectuel, plus qu&rsquo;une hypoth\u00e8se, plus que le fruit d&rsquo;une conception de l&rsquo;homme et du monde, une r\u00e9alit\u00e9 qu&rsquo;il est loisible \u00e0 chacun de percevoir, avec laquelle chacun de nous cohabite, mieux encore, qui est nous-m\u00eame \u00e0 son plus haut degr\u00e9 de singularit\u00e9 (par rapport au pluriel de nos facult\u00e9s et de nos \u00e9tats collectifs), il est \u00e9vident qu&rsquo;il faut reconna\u00eetre \u00e0 cette \u00ab conscience \u00bb, le r\u00f4le \u00e9minent qui est le sien. Qu&rsquo;il faut en faire (et volontairement) le centre vivant aussi, de toute intelligence car cette conscience est vraiment notre outil fondamental, le socle de notre personnalit\u00e9, aussi bien que le r\u00e9servoir de ses formes d&rsquo;avenir, en fait, de tout notre potentiel d&rsquo;\u00e9volution exhaustive et d&rsquo;adaptation.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[597],"tags":[37,105],"class_list":["post-4884","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-lambilliotte-maurice","tag-conscience","tag-intelligence"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.5 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Du bon usage de la conscience... par Maurice Lambilliotte - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/du-bon-usage-de-la-conscience-par-maurice-lambilliotte\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Du bon usage de la conscience... par Maurice Lambilliotte - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Si l&#039;on accepte ce qui est plus qu&#039;un postulat intellectuel, plus qu&#039;une hypoth\u00e8se, plus que le fruit d&#039;une conception de l&#039;homme et du monde, une r\u00e9alit\u00e9 qu&#039;il est loisible \u00e0 chacun de percevoir, avec laquelle chacun de nous cohabite, mieux encore, qui est nous-m\u00eame \u00e0 son plus haut degr\u00e9 de singularit\u00e9 (par rapport au pluriel de nos facult\u00e9s et de nos \u00e9tats collectifs), il est \u00e9vident qu&#039;il faut reconna\u00eetre \u00e0 cette \u00ab conscience \u00bb, le r\u00f4le \u00e9minent qui est le sien. 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