{"id":4948,"date":"2010-09-30T16:36:37","date_gmt":"2010-09-30T15:36:37","guid":{"rendered":"http:\/\/pro.ovh.net\/~emillena\/blog\/?p=4948"},"modified":"2011-09-29T03:14:43","modified_gmt":"2011-09-29T02:14:43","slug":"les-fioretti-panharmoniques-par-le-frere-antoine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/les-fioretti-panharmoniques-par-le-frere-antoine\/","title":{"rendered":"Les fioretti panharmoniques par le fr\u00e8re Antoine"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">(Revue Panharmonie. No 203. Juillet 1985)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: right;\"><em>Les contraintes sont contraignantes, mais personne <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>n&rsquo;est contraint de se laisser contraindre par les contraintes<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">EPICURE<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\"><strong> \u00ab Par Amour\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque le temps fut venu pour moi de partir en Inde, je re\u00e7us de l&rsquo;Ambassade de Paris une double feuille \u00e0 remplir comportant un long questionnaire. Je barrais toutes les questions sauf une : \u00ab Pourquoi voulez-vous partir en Inde ? \u00bb R\u00e9ponse : \u00ab par amour \u00bb. Je laissais toutes les autres questions sans r\u00e9ponse, \u00e0 la d\u00e9sapprobation de tous ceux qui lisaient par-dessus mon \u00e9paule.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Faut croire que cela simplifia l&rsquo;\u00e9tude de mon dossier, car le visa me revint par retour du courrier avec la signature g\u00e9ante de la secr\u00e9taire Savitri Kunadi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LE VISA MIRACLE<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Une de mes s\u0153urs religieuse me donna juste au d\u00e9part une petite image pieuse repr\u00e9sentant un oiseau dans une main ouverte. Je la glissai distraitement dans mon passeport. A chaque fois que je passais une fronti\u00e8re ou devais subir un contr\u00f4le de police, quand l&rsquo;officier ouvrait mon passeport, celui-ci s&rsquo;ouvrait instinctivement dans les pages vierges o\u00f9 se trouvait l&rsquo;image.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ses yeux tombaient l\u00e0-dessus, il souriait, me rendait mon passeport sans plus d&rsquo;inspection, tandis que tout autour de moi la fouille allait son train coutumier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le premier Guru que j&rsquo;ai rencontr\u00e9 fut une mouche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">En entrant dans le Boeing \u00e0 Orly, une mouche est entr\u00e9e par-dessus ma t\u00eate. Elle est sortie \u00e0 l&rsquo;a\u00e9roport de New-Delhi et s&rsquo;est trouv\u00e9e tout \u00e0 fait chez elle tout de suite. Elle en \u00e9tait peut-\u00eatre \u00e0 son dixi\u00e8me voyage ? Elle n&rsquo;avait ni argent ni bagage. Elle \u00e9tait partout chez elle, elle, une mouche. Pourquoi pas moi qui suis plus qu&rsquo;une mouche ? Le conditionnement ext\u00e9rieur n&rsquo;y \u00e9tait pour rien, disait-elle. Tout \u00e9tait affaire de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;\u00e2me. C&rsquo;est seulement l&rsquo;esprit atteint de possessivit\u00e9 qui handicape. La mouche, d\u00e9pourvue sans m\u00e9rite de l&rsquo;esprit de possession, se trouve bien n&rsquo;importe o\u00f9 et ne manque de rien nulle part. Je d\u00e9cidai donc de me d\u00e9barrasser (avec m\u00e9rite, moi !) de toute possessivit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ma m\u00e9ditation sur le message de la mouche, je n&rsquo;avais pas vu \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e \u00e0 Delhi, \u00e0 3 heures du matin, que tous les autres voyageurs \u00e9taient partis \u00e0 la ville en autobus. J&rsquo;\u00e9tais rest\u00e9 tout seul sur le terrain au milieu de trois chauffeurs de taxi qui se battaient au poing \u00e0 qui me gagnerait. Beau paysage pour commencer mon contact avec l&rsquo;Inde qu&rsquo;on m&rsquo;avait dit \u00eatre un pays de non-violence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je choisis le chauffeur de taxi qui avait le dessous, mais ce ne fut pas pour toujours. Il y a trente kilom\u00e8tres de l&rsquo;a\u00e9roport \u00e0 la ville ou du moins au stand-bus d&rsquo;Almora o\u00f9 je devais me rendre. Ne comprenant rien au tarif, je donnai mon portefeuille au chauffeur et lui fit signe de prendre ce qui convenait. Chacun dit merci \u00e0 l&rsquo;autre et j&rsquo;en ajoutais encore un \u00e0 la mouche-Guru que je savais beaucoup plus all\u00e9g\u00e9e que moi, beaucoup plus disponible et bien avant moi descendue dans une chambre d&rsquo;H\u00f4tel quatre Etoiles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>PREMI\u00c8RE RENCONTRE AVEC LES SAGES DE L&rsquo;INDE<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;attendais la fin de la mousson \u00e0 Kali Estate, la demeure de Navnit Pareck. Un soir, au coin du feu, Navnit me dit : \u00ab Demain il fera beau, la mousson est finie, si vous voulez, je vous pr\u00eate mon plus fid\u00e8le serviteur et il vous conduira chez trois sages qui habitent pas tr\u00e8s loin d&rsquo;ici \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je n&rsquo;attendais que cela et je ne dormis pas de la nuit tant la perspective de ce p\u00e8lerinage m&rsquo;enchantait. Le lendemain matin on prit quelques provisions de route, des cadeaux \u00e0 offrir, dont la bo\u00eete de p\u00e2tes de fruits de Bellefontaine, destin\u00e9e \u00e0 Navnit, mais qu&rsquo;il me redonna pour la circonstance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Vers midi on arriva \u00e0 Doulcina, le village proche de l&rsquo;ermitage de Vijayananda. Les enfants qui sortaient de l&rsquo;\u00e9cole nous accompagn\u00e8rent jusque chez le Swami. On mangea avec lui et apr\u00e8s une bonne journ\u00e9e riche de sagesse, on continua notre route vers le monast\u00e8re de Mirtola. Le P\u00e8re Abb\u00e9 me re\u00e7ut chaleureusement et voulut me garder trois jours. Le serviteur s&rsquo;en alla au caf\u00e9 du coin. Le troisi\u00e8me jour il vint me chercher pour continuer le p\u00e8lerinage et on se rendit chez le Lama Anagorika Govinda, bien connu en France par son livre : \u00ab Les Fondements du Bouddhisme Tib\u00e9tain \u00bb. Pendant qu&rsquo;on \u00e9tait chez lui, un autre moine y vint, tr\u00e8s pauvre et avec un chien pel\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le soir nous \u00e9tions de retour chez Navnit. Je lui dis : \u00ab Le Swami Vijayananda est un Marseillais qui, avant de vivre ici, \u00e9tait Docteur \u00e0 Martigues. Le P\u00e8re Abb\u00e9 de Mirtola est un grand blond d&rsquo;Anglais et le Lama Anagorika Govinda est un Allemand. Quant au moine et au chien pel\u00e9, je ne sais&#8230; \u00bb Navnit r\u00e9pondit : \u00ab Celui-l\u00e0 est un Danois&#8230; C&rsquo;est vrai, ajouta-t-il, votre p\u00e8lerinage a \u00e9t\u00e9 plus impr\u00e9vu que vous n&rsquo;auriez pens\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Et un peu plus tard, je lui demandai : \u00ab Vous avez fait, il y a dix ans, de grandes exp\u00e9ditions dans l&rsquo;Himalaya&#8230; avez-vous rencontr\u00e9 le Yeti, l&rsquo;abominable homme des neiges ? \u00bb Navnit se recueillit, ferma les yeux et r\u00e9pondit \u00e0 voix basse : \u00ab Oui \u00bb. \u00ab O\u00f9 \u00e7a ? \u00bb Navnit, baissant les yeux et la voix encore plus, r\u00e9pondit : \u00ab Dans un magasin parisien !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>QUEL MONDE !<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Deux moines voyageaient ensemble entre Allahabad et B\u00e9nar\u00e8s. L&rsquo;un \u00e9tait indien hindou, l&rsquo;autre \u00e9tait chr\u00e9tien europ\u00e9en. Tant\u00f4t marchant en silence et tant\u00f4t \u00e9changeant leurs impressions et s&rsquo;enrichissant chacun de la spiritualit\u00e9 de l&rsquo;autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout \u00e0 coup une voiture de police s&rsquo;arr\u00eata \u00e0 leur c\u00f4t\u00e9 et les policiers en descendirent. L&rsquo;un d&rsquo;eux leur demanda leurs papiers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le moine indien hindou sortit de sa serviette sa carte d&rsquo;identit\u00e9, son passeport, car il avait voyag\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, et des dipl\u00f4mes de professeur de Yoga et d&rsquo;enseignant d&rsquo;Universit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand les policiers s&rsquo;adress\u00e8rent au moine europ\u00e9en, celui-ci \u00e9tendit les bras avec un large sourire et leur fit la d\u00e9claration suivante : \u00ab I am sorry&#8230; Messieurs, le jour o\u00f9 je me suis fait Sanyasi, j&rsquo;ai tout jet\u00e9, papiers et passeport&#8230; \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors le chef des policiers dit \u00e0 ses subordonn\u00e9s en leur d\u00e9signant le moine indien hindou: \u00ab Emmenons celui-ci au poste pour une plus ample v\u00e9rification, il pourrait bien \u00eatre un faux&#8230; \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">(\u00e0 suivre)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">(Revue Panharmonie. N<sup>o<\/sup> 204. Octobre 1985)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(suite)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>L&rsquo;INDE EST SALE<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;\u00e9tais mont\u00e9 dans le train \u00e0 Calcutta pour me rendre \u00e0 Madras. Deux jours et une nuit. Pas de place assise. Au bout de quelques heures je me fourre sous une banquette en \u00e9cartant les jambes de ceux qui y \u00e9taient assis. Voil\u00e0 que tout le monde proteste ! \u00ab C&rsquo;est sale \u00bb disent-ils et ils emploient m\u00eame le mot en sanscrit qui signifie souillure morale. Je sors la t\u00eate de dessous la banquette et je r\u00e9ponds : \u00ab De toute fa\u00e7on, qu&rsquo;on aille n&rsquo;importe o\u00f9 et qu&rsquo;on se mette n&rsquo;importe o\u00f9, en Inde, c&rsquo;est sale&#8230; \u00bb. Je vis que j&rsquo;avais allum\u00e9 la col\u00e8re chez mes interlocuteurs. J&rsquo;avais incendi\u00e9 de col\u00e8re tout le compartiment et l&rsquo;un des Indiens qui parlait le mieux l&rsquo;anglais me cria : \u00ab Alors, si l&rsquo;Inde est sale qu&rsquo;est-ce que vous y venez faire ? \u00bb Je sortis la t\u00eate d&rsquo;entre les jambes qui pendaient sur moi et je r\u00e9torquai : \u00ab Je suis venu pour la nettoyer&#8230; \u00bb C&rsquo;\u00e9tait mettre le comble et je compris que les talons \u00e9taient d\u00e9mang\u00e9s par l&rsquo;envie de se d\u00e9crotter sur moi !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je fis alors un adenta impromptu et je dis : \u00ab Oui, l&rsquo;Inde est sale, je n&rsquo;aime pas l&rsquo;Inde, mais j&rsquo;adore les Indiens&#8230;\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors ils se sont lev\u00e9s comme un seul homme, m&rsquo;ont arrach\u00e9 de dessous la banquette, se sont mis chacun \u00e0 l&rsquo;\u00e9troit, m&rsquo;ont fait une place double. Et \u00e0 tous les arr\u00eats du tarin, du th\u00e9 et du caf\u00e9 m&rsquo;arrivaient de droite et de gauche et quand la nuit est venue, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de dormir sur leurs genoux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LES ENFANTS INDIENS<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;\u00e9tait entre Y\u00e9itmal et Wardha. J&rsquo;avais effectu\u00e9 une longue marche. Le jour \u00e9tait \u00e0 sa fin. J&rsquo;avisai un lieu pour passer la nuit. Voici une entr\u00e9e de champ, un puits. Tout le confort pour un moine-clochard. Je m&rsquo;installai dans ma djellaba en poils de ch\u00e8vre, entre le puits et la haie o\u00f9 on avait jet\u00e9 des sarments de coton apr\u00e8s la r\u00e9colte. Mais je devinais des serpents dans les sarments. Peut-\u00eatre auront-ils peur d&rsquo;aller au puits ? Je retournai au bord de 1a route. Les camions, leur bruit, leur poussi\u00e8re, me firent opter en d\u00e9finitive pour la compagnie des serpents.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je dormis jusqu&rsquo;\u00e0 trois heures, l&rsquo;heure de la m\u00e9ditation d\u00e9licieuse. Le jour se h\u00e2ta de surgir selon son habitude en Inde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Bient\u00f4t j&rsquo;entendis sur la route une troupe d&rsquo;enfants qui parlaient et chantaient. C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;heure de l&rsquo;\u00e9cole. Je m&rsquo;abritai derri\u00e8re la haie pour ne pas attirer leur attention et je fermai les yeux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le bruit de leurs pas et de leurs voix cessa tout \u00e0 coup. Je crus qu&rsquo;ils \u00e9taient pass\u00e9s et j&rsquo;ouvris les yeux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y avait une quinzaine d&rsquo;enfants formant un demi-cercle autour de moi. Je les regardais en souriant, ce qu&rsquo;il est impossible de ne pas faire au terme d&rsquo;une m\u00e9ditation digne de ce nom. Ils me firent le \u00ab Namast\u00e9 \u00bb, les mains jointes, desquelles pendaient cahiers, ardoises et encriers au bout d&rsquo;une ficelle. L&rsquo;un des enfants portait sur sa t\u00eate un \u00e9norme bidon de fer-blanc. Il s&rsquo;agenouilla, attrapa mon bol et, ouvrant son bidon, il y versa une louche de \u00ab curd \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire de fromage blanc, mon dessert pr\u00e9f\u00e9r\u00e9. Je le d\u00e9gustai avec jubilation. Quand j&rsquo;eus fini, l&rsquo;enfant repris mon bol et y versa une seconde louche. A la fin je sortis de la monnaie de ma poche, mais l&rsquo;enfant au bidon fit le geste de refus de la main. Comme j&rsquo;insistais, tous les autres, en silence, r\u00e9p\u00e9t\u00e8rent ce geste. Je me recueillis dans ma djellaba, les enfants me salu\u00e8rent de nouveau de leurs mains jointes et se retir\u00e8rent \u00e0 reculons, toujours dans le plus total silence. C&rsquo;est seulement, une fois revenus sur la route, qu&rsquo;ils se remirent \u00e0 crier et \u00e0 chanter.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LE CAS \u00ab RESPECTIF \u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La m\u00e8re sup\u00e9rieure, une bretonne, d&rsquo;un centre de r\u00e9\u00e9ducation \u00e0 Nagpur, me demande de lui sculpter une M\u00e8re Divine pour placer \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e de sa fondation, \u00e0 la place d&rsquo;une N.D. de Lourdes que les Indiens avaient badigeonn\u00e9e de goudron, blasph\u00e8me pour le plus grand nombre des religieuses et sens esth\u00e9tique aigu pour quelques-unes&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut trouver une pierre. On prend un rickshaw, la s\u0153ur et moi et nous allons \u00e0 l&rsquo;autre bout de la ville chez les tailleurs de Murtis. On charge le bloc de pierre et nous remontons dans le pousse-pousse tricycle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais il y a une grimpette et le conducteur souffle. Je descends et pousse \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re, geste absolument ind\u00e9cent pour un europ\u00e9en, descendre, \u00e0 la rigueur, mais pousser ! c&rsquo;\u00e9tait se mettre au rang des chiens !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le bonhomme se met \u00e0 parler en se retournant, je ne sais quoi, mais la s\u0153ur comprend l&rsquo;Hindi et elle se retourne pour me le traduire. \u00ab Oh, dit-elle, il vous parle au respectif&#8230; \u00bb \u2014 \u00ab Qu&rsquo;est-ce que c&rsquo;est le \u00ab respectif \u00bb ? \u00bb \u2014 \u00ab C&rsquo;est un cas grammatical r\u00e9serv\u00e9 aux dieux et aux maharajas \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LES CHEVEUX LONGS<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Trois hippies sont venus vers moi. Cheveux tr\u00e8s longs, d\u00e9charn\u00e9s, sales, yeux fixes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Nous sommes, disent-ils, tr\u00e8s ennuy\u00e9s, nous avons un copain tr\u00e8s malade dans un h\u00f4tel, on veut le chasser parce qu&rsquo;il ne peut payer sa chambre. Il ne peut non plus payer le m\u00e9decin et il faudrait le faire rapatrier, mais c&rsquo;est cher&#8230; pouvez-vous nous aider ? \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;\u00e9tais alors dans un restaurant chic et je ne pouvais pas dissimuler mes roupies. \u00ab Puis-je me rendre aupr\u00e8s de votre malade ? \u00bb \u2014 \u00ab Non, c&rsquo;est impossible&#8230; \u00bb \u2014 \u00ab Peut-on lui envoyer un docteur ? \u00bb \u2014 \u00ab Non, mais si vous nous donnez un peu d&rsquo;argent, nous ferons le n\u00e9cessaire&#8230; \u00bb \u00ab Bon, dis-je, vendez-moi vos cheveux le prix que vous voulez. Allez chez le coiffeur, je vous attends ici. Pour votre ami malade, c&rsquo;est un sacrifice louable et une vie d&rsquo;homme vaut bien trois perruques&#8230; \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;ai attendu longtemps, je les attends toujours&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Faisant visiter le temple, un des temples de Rajgiri, les pr\u00eatres veulent me faire sortir \u00e0 cause de ce que je ne me sois pas d\u00e9chauss\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je leur dis : \u00ab Par Vinoba&#8230; quand votre temple sera plus propre que mes pieds, je me d\u00e9chausserai \u00bb. Il y avait en effet plein de feuilles mortes et de salet\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les europ\u00e9ens qui \u00e9taient l\u00e0, se pr\u00e9cipit\u00e8rent pour ramasser leurs sandales et sortir, pensant que j&rsquo;allais d\u00e9clencher une vague de x\u00e9nophobie. Mais, \u00e0 cause de, sans doute, \u00ab par Vinoba \u00bb, il n&rsquo;en fut rien. Repassant plusieurs jours apr\u00e8s, je vis que le temple \u00e9tait tr\u00e8s propre et je me d\u00e9chaussai comme tout le monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LE L\u00c9PREUX TISSERAND<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la l\u00e9proserie de Gandhi, entre Wardha et Pounar, je me suis rendu pour acheter une gu\u00e9roua, une robe de sanyasin en coton ocre. Le l\u00e9preux qui tissait ce genre de choses \u00e9tait un homme joyeux et qui parlait l&rsquo;anglais impeccablement. Il se montra avec deux moignons et d&rsquo;un air tout \u00e0 fait d\u00e9contract\u00e9, le petit doigt gauche, le seul qui lui restait et qui lui servait \u00e0 ramener le fil et il disait en souriant : \u00ab Bient\u00f4t il va l\u00e2cher, lui aussi&#8230; \u00bb Comme il me disait qu&rsquo;il \u00e9tait de Calcutta, je lui demandai s&rsquo;il avait connu la M\u00e8re Theresa.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Of course, dit-il, un jour j&rsquo;\u00e9tais dans la rue, je l&rsquo;ai vue passer avec d&rsquo;autres s\u0153urs portant des soupi\u00e8res de riz. J&rsquo;allais me diriger dans sa direction, quand j&rsquo;aper\u00e7us sur l&rsquo;autre trottoir un groupe de moines Shiva\u00eftes qui passait. Ils avaient les mains sous le manteau et les yeux baiss\u00e9s. Je me dis, ce sont ceux-l\u00e0 qui me conviennent le mieux. Je ne pouvais les suivre mais, une fois ici, j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de ne faire que des robes de moines. Je ne pense que du bien de M\u00e8re Theresa, mais le bien qu&rsquo;elle fait est provisoire, tandis que celui des moines qui pr\u00eachent la b\u00e9atitude dans le renoncement, est d\u00e9finitif&#8230; \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La M\u00e8re Theresa arrive dans une famille avec une soupi\u00e8re de riz. \u00ab Jai appris, dit-elle, que vous n&rsquo;avez pas mang\u00e9 depuis sept jours ? \u00bb \u2014 \u00ab C&rsquo;est vrai, ma M\u00e8re, dit la m\u00e8re de famille, mais repassez demain, car notre je\u00fbne ne se termine que ce soir&#8230;\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">(\u00e0 suivre)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Panharmonie N<sup>o<\/sup> 205 est manquant<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">(Revue Panharmonie. N<sup>o<\/sup> 206. Avril 1986)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(suite)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LE PROBL\u00c8ME DE LA FAIM<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Des pauvres arriv\u00e8rent de Calcutta \u00e0 l&rsquo;Ashram de Boud&rsquo;Gaya. Ils racont\u00e8rent toutes les merveilles de S\u0153ur Theresa et de son \u0153uvre. Dwarko, le Directeur de l&rsquo;Ashram les \u00e9couta volontiers. Arriv\u00e8rent presqu&rsquo;en m\u00eame temps des malheureux qui avaient faim et qui avaient appris que l&rsquo;Am\u00e9rique envoyait du bl\u00e9 aux Ashrams de Vinoba. On les re\u00e7ut aussi avec un large sourire et on leur donna \u00e0 manger en \u00e9change de quelques travaux pas fatiguants comme la confection de corbeilles, dont personne n&rsquo;avait besoin, mais on voulait leur faire m\u00e9riter leur subsistance. Ils s&rsquo;en all\u00e8rent dans les campagnes ramasser une esp\u00e8ce d&rsquo;osier et s&rsquo;assirent ensuite dans la cour, plein d&rsquo;entrain. Je fus \u00e9merveill\u00e9 du tas de corbeilles qui s&rsquo;\u00e9levait jusqu&rsquo;au plafond de la grange.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Voici ce que dit Dwarko au cours d&rsquo;un entretien du soir, apr\u00e8s la pri\u00e8re en commun :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Je respecte le mode de charit\u00e9 des Chr\u00e9tiens, car il est tr\u00e8s efficace pour leur propre avancement spirituel. Il les engage \u00e0 pratiquer la d\u00e9possession et le don de soi, sans quoi aucune pratique (Sadhana) n&rsquo;a d&rsquo;authenticit\u00e9. Les mendiants de Calcutta, vrais ou faux sont des instruments employ\u00e9s par la M\u00e8re Divine pour leur avancement spirituel. Nous devons, nous autres, de notre c\u00f4t\u00e9, apprendre \u00e0 bien je\u00fbner, car si on \u00e9tait entra\u00een\u00e9 au je\u00fbne, nous supporterions beaucoup mieux la faim. Il y a plus de gens \u00e0 mourir autour de S\u0153ur Theresa que dans les campagnes o\u00f9 on applique les principes de Gandhi-Ji, car ce n&rsquo;est pas tant de faim que les gens meurent, mais du d\u00e9sir de manger. L&rsquo;attente intempestive, l&rsquo;impatience, l&rsquo;excitation caus\u00e9e par la propagande, les plats qui passent loin de soi, la pr\u00e9cipitation dans les faubourgs, puis l&rsquo;insatisfaction, la hargne et le d\u00e9pit, voil\u00e0 ce qui est fatal. Tandis que celui qui demeure assis dans sa m\u00e9tairie, bien respirant, souriant \u00e0 la M\u00e8re Divine, plus qu&rsquo;\u00e0 la M\u00e8re Theresa, maigrira certes, mais atteindra la mousson et la r\u00e9colte prochaine. Car je suppose qu&rsquo;il n&rsquo;y ait dans le m\u00e9nage des marmites chr\u00e9tiennes un blasph\u00e8me secret entre la providence qui ne fait pas bien son travail et \u00e0 qui il faut un peu faire la le\u00e7on. Pour dix qui sont provisoirement rassasi\u00e9s, il y en a vingt qui meurent d&rsquo;\u00e9puisement pour avoir accouru au bruit des louches et des gamelles\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>ENCORE LA FAIM<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me suis assis en face des multitudes affam\u00e9es dans la banlieue de Calcutta. Celles qui passionnent les petites gueules d&rsquo;Europ\u00e9ens qui font du l\u00e8che-vitrine de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la vitre de la t\u00e9l\u00e9vision. Ceux-ci regardent les gens qui meurent de faim comme des voyeurs qui regardent les choux \u00e0 la cr\u00e8me \u00e0 la vitrine des p\u00e2tissiers, bien illumin\u00e9es. Ce sont des attractions qui provoquent de l&rsquo;app\u00e9tit. La tristesse m&rsquo;a pris jusqu&rsquo;au moment o\u00f9 j&rsquo;ai m\u00e9dit\u00e9 dessus. M\u00e9diter sur ma tristesse et m\u00e9diter sur ma faim. Et la tristesse m&rsquo;a quitt\u00e9 bien que la faim demeurait. Pourquoi cela ? Parce que je consid\u00e9rais que chacun n&rsquo;avait qu&rsquo;une faim \u00e0 la fois, la faim du jour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Personne ne se r\u00e9jouit de tous les menus affich\u00e9s aux portes des restaurants de la ville, mais seulement de celui qu&rsquo;on va d\u00e9guster. On se r\u00e9jouit du menu du jour et on peut donc aussi s&rsquo;affliger de la famine du jour, mais s&rsquo;affliger des cinq mille faims, c&rsquo;\u00e9tait augmenter la sienne sans diminuer celle des autres et donc une affliction inutile. C&rsquo;\u00e9tait une incorrection d&rsquo;avoir plus de peines que de faim et je vis que toute cette publicit\u00e9 \u00e9tait une hypocrisie masochiste inconsciente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Chacun souffrait sa propre faim et m\u00eame plus on \u00e9tait d&rsquo;affam\u00e9s collectifs, moins sensible \u00e9tait la faim personnelle. Ma tristesse a m\u00eame \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9e par la joie quand je d\u00e9cidai d&rsquo;avoir faim avec tout le monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ma faim \u00e0 moi s&rsquo;appelait je\u00fbne puisque j&rsquo;avais de quoi l&rsquo;apaiser. Leur je\u00fbne \u00e0 eux s&rsquo;appelait faim pour la raison contraire. L&rsquo;effet physique \u00e9tait identique pour tout le monde. Un grand app\u00e9tit. L&rsquo;effet psychique \u00e9tait diff\u00e9rent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;allais \u00e0 Rishikesh et je me suis joint au chapelet de l\u00e9preux qui s&rsquo;alignent sur le pont du Gange. Ils m&rsquo;ont boud\u00e9 un moment. Puis, apr\u00e8s m&rsquo;avoir bien observ\u00e9, ils ont compris que je n&rsquo;\u00e9tais pas de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la vitrine, mais bien du leur et alors ils pouvaient en toute confiance continuer leur jeu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand un riche Indien passait avec ses rajouts, ils faisaient la gueule en miaulant leur plainte : \u00ab Ma Ma&#8230; \u00bb Quand c&rsquo;\u00e9tait un europ\u00e9en qui passait, avec bien entendu davantage de rajouts, comme par exemple cam\u00e9ra, les miaulements \u00e9taient au superlatif. Puis, quand personne ne passait plus, les rires, les boutades allaient bon train. Ils \u00e9taient l\u00e0 \u00e0 la p\u00eache au riche, \u00e7a mordait ou \u00e7a ne mordait pas. Mais leur joie de vivre n&rsquo;en \u00e9tait affect\u00e9e que pour le bon fonctionnement du jeu. Si un r\u00e2leur venait \u00e0 passer sur le pont et \u00e0 les plaindre, ils s&rsquo;en d\u00e9tournaient et il n&rsquo;avait m\u00eame pas droit \u00e0 leur \u00ab Ma Ma \u00bb, ni \u00e0 leur main tendue, car r\u00e2ler pour ce joueur \u00e9tait la pire faute de go\u00fbt.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces l\u00e9preux manquaient de tout y compris du m\u00e9contentement. L&rsquo;europ\u00e9en est combl\u00e9 de tout y compris du m\u00e9contentement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Encore \u00e0 Rishikesh j&rsquo;\u00e9tais en contemplation devant le Gange. Le hors-bord gratuit allait et venait, transportant les p\u00e8lerins d&rsquo;une rive \u00e0 l&rsquo;autre. Ils jetaient sur le courant des guirlandes de fleurs. Un cadavre tout \u00e0 coup passait \u00e0 toute vitesse devant moi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La mousson venait juste de finir, le cadavre n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un objet entre les troncs d&rsquo;arbre et les articles de tous genres qui d\u00e9valaient.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;\u00e9tais assis sur les ghats ou marches qui descendent dans le fleuve. Tout \u00e0 coup, derri\u00e8re moi, un homme aveugle tenant par la main un autre aveugle, mit son pied sur le ghat o\u00f9 j&rsquo;\u00e9tais assis. Je vis qu&rsquo;ils \u00e9taient d&rsquo;un pays lointain, car leurs habits \u00e9taient vieux et sales et leur t\u00eate comme celles d&rsquo;une autre r\u00e9gion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand le premier aveugle eut touch\u00e9 le ghat o\u00f9 il y avait de l&rsquo;eau, son visage s&rsquo;illumina tout \u00e0 coup. Une beaut\u00e9 c\u00e9leste parut dans ses yeux. L&rsquo;autre qui suivait en silence par derri\u00e8re avait un visage sombre qui faisait contraste avec le pr\u00e9c\u00e9dent. Quand \u00e0 son tour le second aveugle toucha l&rsquo;eau du Gange de son pied poussi\u00e9reux, son visage aussi se transfigura ; il devint lumineux comme un ange. Je me dis : \u00ab Quelle foi ils ont, ces deux-l\u00e0 ! \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Toujours \u00e0 Rishikesh. Dans le m\u00eame monast\u00e8re et d&rsquo;apr\u00e8s la m\u00eame dame fran\u00e7aise. Outre un orphelinat, il y a dans ce monast\u00e8re un h\u00f4pital.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les bienfaiteurs et bienfaitrices dont faisait partie cette dame eurent l&rsquo;id\u00e9e de faire venir des matelas de luxe pour les malades car ils n&rsquo;avaient qu&rsquo;une simple natte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils et elles firent si bien que le lot command\u00e9 arriva par wagons et ensuite par camions et on fourra de force les matelas sous les malades, puis on s&rsquo;applaudit et on se congratula r\u00e9ciproquement, car personne ne semblait le faire de l\u00e0 d&rsquo;o\u00f9 on aurait pu le souhaiter.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le lendemain matin, ces messieurs et dames trouv\u00e8rent tous les malades couch\u00e9s par terre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le moelleux du matelas leur \u00e9tait insupportable !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LE SURPLUS<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je traversais la ville de Mathura. Une femme enti\u00e8rement nue passa. J&rsquo;accostai un \u00e9tudiant et la lui d\u00e9signant, je lui demandai pourquoi ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9tudiant me r\u00e9pondit : \u00ab Ah oui&#8230; elle a pour v\u00eatement les paupi\u00e8res de tous les passants, except\u00e9 les v\u00f4tres&#8230;\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette r\u00e9ponse a suscit\u00e9 une multitude de m\u00e9ditations et je partis \u00e0 toutes jambes, hors de la ville sous un banian. Je m&rsquo;accroupis l\u00e0. Un jeune gardien de vaches, aussi nu, vint me rejoindre et tous les deux, nous en compos\u00e2mes cette chanson :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\">J&rsquo;ai rencontr\u00e9 en voyage<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Entre Madra et Pondi<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Un petit Hindou tr\u00e8s sage<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">tout nu et tr\u00e8s d\u00e9gourdi.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Je lui ai dit : \u00ab Pourquoi<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">te prom\u00e8nes-tu tout nu<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">M\u00eame une fois hors de l&rsquo;eau<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Sans un ruban sur ta peau ? \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Alors en me d\u00e9nudant,<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Dans un merveilleux sourire<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">De tout le reste de ses dents<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Il se dressa pour me dire :<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00ab La M\u00e8re Divine fit<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Un petit surplus de peau<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Qui abondamment suffit<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">A qui prend tout pour cadeau \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u2014 \u00ab Veux-tu dire, mon gar\u00e7on,<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Que le pr\u00e9puce suffit<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Et qu&rsquo;il est bien assez long<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Pour tenir lieu d&rsquo;habit<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Et que les cale\u00e7ons sont<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Rien que pour les circoncis ? \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u2014 \u00ab Le petit surplus de peau,<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">M&rsquo;a dit ce fils de lumi\u00e8re<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">De son petit air puceau :<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u2014 \u00ab Mais ce sont vos deux paupi\u00e8res<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Le petit surplus de peau ! \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>PLAINTE D&rsquo;UN CUR\u00c9 A SES \u00c9V\u00caQUES<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Cur\u00e9 lui dit :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Si je pr\u00eache \u00e0 mes paroissiens qu&rsquo;il faut se convertir, c&rsquo;est-\u00e0-dire se changer soi-m\u00eame sans r\u00e2ler, sans s&rsquo;en prendre aux gens ni aux \u00e9v\u00e9nements, ils me r\u00e9pondent que je suis Tao\u00efste&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Si je pr\u00eache la soumission \u00e0 la Volont\u00e9 Divine en toutes circonstances, ils me r\u00e9pondent que je suis Musulman, Soufi&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Si je leur pr\u00eache de travailler sans int\u00e9r\u00eat, sans attendre aucune r\u00e9compense de personne, ni de syst\u00e8me, ils me r\u00e9pondent que je suis un adepte hindou du Krishna\u00efsme et de la Bhagavad G\u00eeta&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Si je leur pr\u00eache la B\u00e9atitude sans condition, ici et maintenant, ils me r\u00e9pondent que je suis Bouddhiste et que ceci c&rsquo;est le Nirvana&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Si je leur dis qu&rsquo;il faut chanter les louanges de Dieu \u00e0 tort, \u00e0 raison et \u00e0 travers, ils me r\u00e9pondent que je suis un Baha&rsquo;\u00ef&#8230; \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00c9v\u00eaque lui r\u00e9pondit : \u2014 \u00ab Mon pauvre Cur\u00e9, il ne vous reste plus qu&rsquo;\u00e0 vous inscrire \u00e0 la C.G.T. \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">(\u00e0 suivre)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">(Revue Panharmonie. N<sup>o<\/sup> 207. Juillet 1986)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LA CL\u00c9 DE LA PORTE DE L&rsquo;ABONDANCE<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je revenais du Mus\u00e9e de Gandhi. J&rsquo;avais visit\u00e9 beaucoup de temples qui me paraissaient \u00eatre des Mus\u00e9es. Le Mus\u00e9e de Gandhi, lui, est un temple, un saint S\u00e9pulcre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;en revenais, ruminant dans mon c\u0153ur cette phrase \u00e9crite sous la pi\u00e8ce du mus\u00e9e la plus \u00e9mouvante : La balle meurtri\u00e8re du Mahatma : \u00ab Une des trois balles fatales que notre P\u00e8re a re\u00e7ue de nous. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">A Delhi-Gate je vois ma voie coup\u00e9e par un fleuve humain. C&rsquo;est un d\u00e9fil\u00e9 communiste, brandissant des banni\u00e8res de velours rouge sur lesquelles s&rsquo;\u00e9talaient en lettres d&rsquo;or des revendications que je ne pouvais lire, mais j&rsquo;en ramassais une parterre \u00e9crite en toutes les langues. C&rsquo;\u00e9tait un petit drapeau rouge sur lequel se croisaient la faucille et le marteau. La faucille, pour niveler tout ce qui d\u00e9passe et le marteau d\u00e9foncer la porte de l&rsquo;abondance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Stopp\u00e9e entre une palissade avec beaucoup d&rsquo;autres badauds, je me retournai vers mes voisins affichant les fascicules du Mus\u00e9e, portant le portrait de Gandhi et je leur dis : \u00ab J&rsquo;ai honte de l&rsquo;Inde ! \u00bb Il y en a un qui me r\u00e9pondit : \u00ab Nous ne savons pas ce que vous voulez dire !\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9fil\u00e9 avait parfois des creux et j&rsquo;en profitais pour traverser et j&rsquo;allais me planquer derri\u00e8re le b\u00e2timent \u00ab Telephon Exchange\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Assis l\u00e0, je vis sur le trottoir d&rsquo;en face bordant un jardin public, un homme en uniforme qui plongeait le bras dans un sac et d&rsquo;un \u00ab geste auguste de semeur \u00bb, distribuait des graines aux oiseaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors s&rsquo;approch\u00e8rent de cet homme quatre petits mendiants du Sud qui tendirent la main pour en avoir une part. Mais l&rsquo;homme les chassa du geste d&rsquo;abord, puis avec de grosses invectives ensuite, car les gestes chassaient aussi les oiseaux passag\u00e8rement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les phrases firent effet sur les enfants qui travers\u00e8rent la route jusque sur mon trottoir. Voyant l\u00e0 ma t\u00eate d&rsquo;occidental ils s&rsquo;approch\u00e8rent prenant mon nez pour un distributeur de roupies et je dus leur expliquer que l&rsquo;appareil \u00e9tait en d\u00e9rangement et attendait le d\u00e9panneur<a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>. En r\u00e9alit\u00e9 je peinais \u00e0 ravaler la col\u00e8re que le comportement de l&rsquo;homme en uniforme m&rsquo;avait fait saliver.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais une id\u00e9e d&rsquo;artiste me passa par l&rsquo;esprit que je mis \u00e0 ex\u00e9cution faisant aux petits mendiant un cours d&rsquo;expression corporelle. Les enfants \u00e9clat\u00e8rent de rire. Ah ! le rire des yeux et des dents d&rsquo;Indiens ! C&rsquo;est un filon de diamants inexploit\u00e9 !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Et les voil\u00e0 qui s&rsquo;envolent, retraversant la rue, en \u00e9tendant les bras comme des oiseaux g\u00e9ants et ils se mettent \u00e0 voltiger autour de l&rsquo;homme en uniforme en piaillant : \u00ab Coui ! coui ! coui ! coui ! \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Moi, je leur avais appris \u00ab Cui ! cui ! \u00bb, mais en Hindi cela faisait : \u00ab Coui ! coui ! \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;homme en uniforme ne put s&#8217;emp\u00eacher de rire. Il se leva, laissa l\u00e0 son sac de graines et s&rsquo;en fut sans se retourner, sachant fort bien quel sort les enfants lui feraient.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">A l&rsquo;autre croisement, le torrent aveugle continuait \u00e0 d\u00e9ferler, brandissant le marteau pour d\u00e9foncer la porte de l&rsquo;Abondance. Et gr\u00e2ce \u00e0 cet aveuglement, il n&rsquo;a vu les quatre enfants qui le traversaient, serrant la cl\u00e9 de la m\u00eame porte au fond de la poche de leur C\u0153ur&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>SUR LA TERRASSE<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Un bouddhiste et un chr\u00e9tien vivaient au rez-de-chauss\u00e9e d&rsquo;un m\u00eame immeuble.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Un jour, ils se rencontr\u00e8rent et eurent une discussion qui se r\u00e9sumait \u00e0 ceci :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 \u00ab Moi, dit le chr\u00e9tien, je crois que je ne suis sauv\u00e9 que par le Christ. C&rsquo;est J.C. qui est mort pour moi et non Bouddha. Je tiens Bouddha pour un sage et un proph\u00e8te, mais pas plus. Et, m\u00eame s&rsquo;il y a un salut pour les bouddhistes, il ne peut se faire que par J\u00e9sus-Christ\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le bouddhiste r\u00e9pondit :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 \u00ab Moi, je crois que personne ne peut \u00eatre sauv\u00e9 que par soi-m\u00eame. Bouddha enseigne que chacun est responsable de ses propres actions et, entre parenth\u00e8se, votre \u00e9vangile de J\u00e9sus aussi. C&rsquo;est donc un transfert honteux que de vouloir charger un autre de ses propres erreurs et p\u00e9ch\u00e9s. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans un d\u00e9saccord aussi fondamental, ils finirent par se d\u00e9cider \u00e0 aller trouver un sage qui vivait sur la terrasse de l&rsquo;immeuble et lui porter leur diff\u00e9rend.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand chacun eut expos\u00e9 son point de vue apparemment inconciliable, le sage dit au bouddhiste : \u00ab C&rsquo;est QUI qui op\u00e8re votre lib\u00e9ration ou salut quand vous dites que personne ne peut \u00eatre sauv\u00e9 autrement que par son propre soi ? Est-ce votre moi \u00e9go\u00efste ou votre Soi ? \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le bouddhiste r\u00e9pondit :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 \u00ab Il s&rsquo;agit bien s\u00fbr de mon Soi avec un S majuscule. Mon ego ne peut au contraire que me perdre&#8230; \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">En se tournant vers le chr\u00e9tien le sage demanda :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 \u00ab Quel Christ op\u00e8re votre salut&#8230;, le Christ historique qui vivait il y a deux mille ans sous Ponce Pilate ou le Christ vivant et \u00e9ternel en vous plus intime \u00e0 votre moi que votre moi lui-m\u00eame ? \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le chr\u00e9tien r\u00e9pondit :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 \u00ab Bien entendu, il s&rsquo;ag\u00eet du Christ ressuscit\u00e9 qui vit en moi qui est dans les si\u00e8cles des si\u00e8cles et qui est le m\u00eame qui vivait sous Ponce-Pilate \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 \u00ab Alors, dit le sage, il s&rsquo;agit bien du m\u00eame et vos diff\u00e9rends ne sont qu&rsquo;au niveau des mots et des id\u00e9es et des opinions re\u00e7ues.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Le Soi de tout homme venant en ce monde et le Christ ne sont qu&rsquo;Un. C&rsquo;est pourquoi le chr\u00e9tien qui rejette ses fautes sur son Christ ne peut se sauver ainsi qu&rsquo;en s&rsquo;identifiant \u00e0 celui qu&rsquo;il rend le grand responsable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Il n&rsquo;y a de r\u00e9demption de soi qu&rsquo;en s&rsquo;identifiant au r\u00e9dempteur. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">(Revue Panharmonie. No 208. Octobre 1986)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(Suite)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LE MOINE SHIVAITE SOURD-MUET<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Au milieu de la ville de Nagpur, il y a un \u00e9tang. Dans cet \u00e9tang il y a un jardin public, petite ile o\u00f9 l&rsquo;on entre par une passerelle. Dans le jardin il y a un petit temple d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Vishnu et dans le parvis du temple, ce jour-l\u00e0 o\u00f9 j&rsquo;y allais, il y avait un moine hindou en robe ocre. Je le saluai et essayai d&rsquo;entrer en conversation avec lui. Mais, non seulement il ne parlait pas l&rsquo;anglais, mais il \u00e9tait sourd-muet. Je me mis \u00e0 lui faire des signes qui voulaient dire : \u00ab voulez-vous manger quelque chose ? \u00bb Par une vieille habitude inv\u00e9t\u00e9r\u00e9e je tombai dans les signes cisterciens et on arriva \u00e0 une v\u00e9ritable discussion. Je compris qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas mang\u00e9 depuis huit jours, qu&rsquo;il \u00e9tait malade, qu&rsquo;il ne se souciait pas d&rsquo;aller voir le docteur. \u00c9tranges, les signes cisterciens. Fort peu lui \u00e9taient inconnus. Il comprit imm\u00e9diatement le signe : \u00ab m\u00e9decin \u00bb, par exemple. Mais il n&rsquo;est pas besoin de faire des recherches longtemps sur les signes cisterciens pour se rendre compte qu&rsquo;ils sont cisterciens exactement comme la sagesse hindoue est hindoue. On devrait parler des doigts. Je partis \u00e0 la recherche d&rsquo;un docteur et je finis par trouver celui de l&rsquo;\u00e9cole technique des Fr\u00e8res Chr\u00e9tiens. Le docteur consentit \u00e0 venir avec moi au jardin et au temple de Vishnu. Il me fit monter dans sa vieille Austin qui n&rsquo;avait pas de porte de mon c\u00f4t\u00e9 et on s&rsquo;en alla prendre le pouls et la temp\u00e9rature du saint moine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le docteur lui fit une ordonnance qu&rsquo;il me donna. Quand je voulus le r\u00e9gler, il refusa : \u00ab Vous avez fait une gratuit\u00e9, dit-il, je peux bien en faire autant ! \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me rendis \u00e0 une pharmacie. Elle n&rsquo;\u00e9tait pas encore ouverte, alors je m&rsquo;assis sur les marches pour en attendre l&rsquo;ouverture. Pendant que j&rsquo;\u00e9tais l\u00e0 un homme m&rsquo;accosta pour me demander de le suivre jusqu&rsquo;\u00e0 une jeep en stationnement qu&rsquo;il me montra du doigt. Je le suivis sans comprendre, \u00e9tonn\u00e9 qu&rsquo;il vienne chercher un europ\u00e9en pour faire un d\u00e9pannage. D\u00e8s mon arriv\u00e9e pr\u00e8s de la jeep, je reconnus un homme qui me tendait la main en souriant. Il m&rsquo;avait reconnu de loin, devant la pharmacie. \u00ab Vous me reconnaissez, dit-il, je vous ai pris sur la route entre Wardha et Nagpur un jour que vous faisiez un stop. Je serais heureux de vous emmener \u00e0 la maison pour d\u00e9jeuner. \u00bb Je r\u00e9pondis que j&rsquo;\u00e9tais d&rsquo;accord, mais qu&rsquo;avant j&rsquo;avais une obligation et je la lui expliquai.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Bon, dit-il, je viendrai vous chercher devant la passerelle du jardin. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque j&rsquo;eus mes rem\u00e8des parmi lesquels il y avait une bo\u00eete de lait sucr\u00e9 condens\u00e9, je retournai vers mon moine malade. Je le trouvais entour\u00e9 d&rsquo;une bande de moines du m\u00eame ordre et je d\u00e9posai le paquet devant lui. Un moine qui parlait l&rsquo;anglais me demanda : \u00ab pourquoi vous qui \u00eates chr\u00e9tien avez-vous fait cela pour un hindou ? \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab C&rsquo;est Shiva qui m&rsquo;en a donn\u00e9 l&rsquo;ordre \u00bb, r\u00e9pliquai-je, ne pouvant pas facilement et ne voulant pas en dire plus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je pourrais finir l\u00e0 cette anecdote, mais ma visite chez le bourgeois indien qui m&rsquo;avait invit\u00e9 m\u00e9rite bien une mention.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">A midi la jeep me prend et m&#8217;emm\u00e8ne hors de la ville. On arrive \u00e0 une maison de campagne, style anglais, et on me fait entrer dans une salle \u00e0 manger d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9par\u00e9e. Il y avait une table europ\u00e9enne haute sur pied et par terre des nattes avec des services o\u00f9 les serviteurs se mirent \u00e0 croupetons, ou mieux, en lotus. Moi et la famille nous nous install\u00e2mes \u00e0 la table haute sur pieds. Il y avait des assiettes creuses \u00e0 fleurs comme on en trouve en Europe. Il y avait des fourchettes et des cuill\u00e8res et tout cela avait l&rsquo;air de ne sortir des tiroirs que pour l&rsquo;\u00e9tranger que j&rsquo;\u00e9tais. Je me disais que ces gens-l\u00e0 devaient guetter les europ\u00e9ens de passage pour avoir l&rsquo;occasion de fourbir les couverts ad\u00e9quats. La conversation \u00e9tait nulle. On n&rsquo;avait tellement rien \u00e0 se dire. Les enfants me regardaient avec curiosit\u00e9 et attardaient leurs grands yeux s\u00e9rieux sur mon doigt\u00e9. D&rsquo;en bas venait un bruit, c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;aspiration que faisaient les serviteurs en mangeant avec leurs doigts. A part ce bruit sp\u00e9cial il y avait un grand silence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;envie de rire me tenaillait. Il fallait trouver un pr\u00e9texte au cas o\u00f9 j&rsquo;\u00e9claterais&#8230; soudain, n&rsquo;y pouvant plus, le pr\u00e9texte me sauta \u00e0 la figure, je l\u00e2chai mes b\u00e9quilles et freinant mon rire, avec mes doigts charg\u00e9s de riz et de sauce, je parcourrai de mon regard l&rsquo;ensemble de ma galerie. Ce furent les serviteurs qui, du poulailler, lanc\u00e8rent les premiers jets de fou-rire, puis tout le monde, l\u00e2chant proth\u00e8se et balourdise, embo\u00eeta le pas ou plut\u00f4t la bouch\u00e9e apr\u00e8s moi. Le silence ne fut pas pour autant rompu, mais apr\u00e8s cet entractes \u00e9gay\u00e9, la seconde partie du repas fut plus d\u00e9tendue et certainement la cuisine mieux appr\u00e9ci\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>A UN MARIAGE INDIEN<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Un professeur de Nagpur un jour, m&rsquo;a emmen\u00e9 \u00e0 un mariage. On est arriv\u00e9 d\u00e8s les premiers jours, car le mariage durait une semaine. Or, le premier jour consiste \u00e0 orner la maison. Le docteur avait deux voitures. On prit la meilleure qui \u00e9tait une fr\u00e9gate et qui, manquant de suspension, donnait vraiment l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre sur un bateau. En entrant dans la maison des noces, il y avait plut\u00f4t du d\u00e9sordre et des enfants entrain de d\u00e9corer le plafond avec des guirlandes de papier. Une des plus grandes des filles, \u00e2g\u00e9e de douze ans, tra\u00eenait avec elle un b\u00e9b\u00e9 encombrant, car il ne marchait pas encore tout seul. J&rsquo;\u00e9tais assis en face du professeur sur un canap\u00e9 et voil\u00e0 que la petite fille me voyant l\u00e0, \u00e9tal\u00e9, eut une id\u00e9e g\u00e9niale. Elle vint spontan\u00e9ment planter le b\u00e9b\u00e9 dans mon giron et s&rsquo;en fut de ce fait all\u00e9g\u00e9e, suspendre ses d\u00e9corations et ses papiers de couleur. Le professeur consid\u00e9rait d&rsquo;un \u0153il d\u00e9bonnaire le tableau. Mais voil\u00e0 qu&rsquo;arriva soudain un monsieur en v\u00e9lo. A peine descendu, il jeta un regard foudroyant sur ledit tableau et regardant le tableau et le professeur alternativement, il se mit \u00e0 citer les \u00c9critures. Bien que je ne pouvais pas comprendre les paroles, je saisissait parfaitement la teneur de la conversation. Le sanscrit ne se prononce pas comme l&rsquo;Hindi et quand il s&rsquo;agit de vers en shloka, il y a un rythme, une cadence, comme quand chez nous on cite du Corneille ou du Victor Hugo. Le professeur tapotait sur le divan et il \u00e9tait un brin g\u00ean\u00e9. Mais il se mit \u00e0 r\u00e9pondre et je compris qu&rsquo;il parlait de Ramakrishna.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour le Monsieur qui \u00e9tait venu en v\u00e9lo et qui \u00e9tait aussi un docteur, le fait d&rsquo;avoir mis dans mon giron un enfant brahmine \u00e9tait une faute grave, une impuret\u00e9. Sans doute la petite fille ignorait-elle les \u00c9critures. C&rsquo;est qu&rsquo;elle allait \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole chez les s\u0153urs du Mont Carmel&#8230; En tout cas, le professeur aurait d\u00fb intervenir. Mais la seule intervention qu&rsquo;il fit, consista \u00e0 citer Ramakrishna. Le docteur re-enfourcha son v\u00e9hicule et s&rsquo;en alla, probablement en grommelant sur la d\u00e9cadence de la religion et des bonnes m\u0153urs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Au COUVENT DE VISHNU<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Au cours de mes s\u00e9jours au monast\u00e8re de Brahma Vidya Mandir, les S\u0153urs me demand\u00e8rent de manifester mes talents de sculpteurs en restaurant des Murtis qui avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvertes par Vinoba lors de la fondation du monast\u00e8re. J&rsquo;avais fini de recoller une jambe et j&rsquo;utilisais la brosse trouv\u00e9e dans les WC pour nettoyer les bavures de ciment. Une S\u0153ur me voyant faire, accourt avec une autre brosse, me faisant remarquer que celle que j&rsquo;utilisais est impure pour les Murtis qui sont sacr\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ris tr\u00e8s fort en lui r\u00e9pondant que si Vinoba \u00e9tait l\u00e0, il n&rsquo;aurait rien trouv\u00e9 \u00e0 redire et j&rsquo;ajouterai que c&rsquo;\u00e9tait la brosse en poils de vache peut-\u00eatre, qui \u00e9tait indigne d&rsquo;\u00eatre aux WC. La S\u0153ur s&rsquo;en alla en souriant et en haussant les \u00e9paules. Quelques jours plus tard j&rsquo;assistai \u00e0 un fait divers tellement franciscain que je l&rsquo;ai mis en chanson&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\">Connais-tu le couvent de Vinoba<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Sur les bords de la rivi\u00e8re Paunar,<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Un couvent sans \u00e9v\u00eaque et sans cur\u00e9,<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Un couvent o\u00f9 Krishna est ador\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Les manguiers d\u00e9bordaient sur la cl\u00f4ture,<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Les manguiers d\u00e9bordaient de mangues m\u00fbres,<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Le couvent d\u00e9bordait de saintes s\u0153urs.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\n<p style=\"text-align: center;\">&#8230; Les manguiers d\u00e9bordaient de maraudeurs&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Dans le temple, les s\u0153urs \u00e9taient en pri\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Mais voil\u00e0 que la M\u00e8re jardini\u00e8re<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Entendit le saccage des gamins<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Et sortit \u00e0 pas de loup dans le jardin.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Je la vis s&#8217;emparer d&rsquo;un grand b\u00e2ton<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Et courir \u00e0 tout&rsquo; jamb&rsquo; vers les larrons,<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Mais les gars avaient vite d\u00e9guerpi,<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">En dehors sous le mur s&rsquo;\u00e9taient tapis.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Or la s\u0153ur gaulait \u00e0 grand coup de trique,<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Les fruits m\u00fbrs qui d\u00e9gringolaient sur eux<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Transformaient de sa baguette magique<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Les voleurs en petits fr\u00e8res joyeux&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">(A suivre)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">(Revue Panharmonie. N<sup>o<\/sup> 209. D\u00e9cembre 1986)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(Suite)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LA NON-DUALIT\u00c9<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 17 mai 1978, comme j&rsquo;avais fait deux grandes tartes aux pommes, en pr\u00e9vision d&rsquo;une visite de deux abb\u00e9s cisterciens qui ne sont pas venus, vers le soir, un groupe arrive \u00e0 la grotte. Je reconnus tout de suite le principal personnage pour l&rsquo;avoir vu, en hors-texte sur une brochure de spiritualit\u00e9 hindoue. C&rsquo;\u00e9tait le Swami Chandra, un sage et ermite de l&rsquo;Himalaya. Il passe six mois de l&rsquo;ann\u00e9e dans sa solitude du Cachemire et les six autres \u00e0 faire le tour du monde aux frais de ses disciples. Pr\u00e9sentement, il venait de Suisse et se rendait en Grande-Bretagne ayant pour chauffeur un professeur de Yoga d&rsquo;Aix qui me connaissait et une jeune fille venue tout expr\u00e8s du Canada pour rencontrer le Swami.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je m&#8217;empressai de lui c\u00e9der mon si\u00e8ge de luxe, mais il ne s&rsquo;y casa qu&rsquo;apr\u00e8s beaucoup de protestations. Voyant qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9chauss\u00e9, je donnai ordre \u00e0 son disciple d&rsquo;aller chercher ses souliers dehors et de les lui remettre aux pieds.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s avoir parl\u00e9 de tout et de rien, Swami Chandra me demanda par son interpr\u00e8te s&rsquo;il pouvait me poser une question.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;acquies\u00e7ai, g\u00ean\u00e9 comme un \u00e9l\u00e8ve de sixi\u00e8me devant le jury du certificat d&rsquo;\u00e9tudes et j&rsquo;essayai de gagner du temps en proposant : \u00ab J&rsquo;ai fait deux grandes tartes aux pommes pour des Abb\u00e9s qui ne sont pas venus&#8230; puis-je en offrir \u00e0 Swami-ji ? \u00bb Le professeur de Yoga ne se donna pas la peine de traduire et r\u00e9pondit de lui-m\u00eame : \u00ab Il adore \u00e7a. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant qu&rsquo;on se partageait la tarte, Swami Chandra, se recueillant, revint \u00e0 sa question : \u00ab According to christian spirituality&#8230; \u00bb Je me dis \u00e7a y est&#8230; Le voil\u00e0 parti dans les dissertations dogmatiques de Sainte-Th\u00e9r\u00e8se de l&rsquo;Enfant J\u00e9sus. \u00ab D&rsquo;apr\u00e8s le Christianisme, dit-il, Dieu est le Cr\u00e9ateur de l&rsquo;univers et il est tout amour et b\u00e9atitude infinie&#8230; Comment conciliez-vous cela avec la souffrance et toute la mis\u00e8re qu&rsquo;on voit dans le monde ? \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">En attendant que le Saint Esprit arrive, je lui dis : \u00ab La r\u00e9ponse que Swamiji trouve dans son c\u0153ur hindou doit \u00eatre la m\u00eame que peut trouver un chr\u00e9tien. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Quelle est cette r\u00e9ponse ? \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Quand on voit un enfant sortir d&rsquo;une maison en poussant des cris horribles parce qu&rsquo;il a re\u00e7u une racl\u00e9e, la premi\u00e8re attitude juste est de se r\u00e9jouir, car c&rsquo;est la preuve qu&rsquo;il n&rsquo;est pas orphelin. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le traducteur \u00e9clata de rire et traduisit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Sage de l&rsquo;Himalaya joignit les mains et r\u00e9pondit : \u00ab C&rsquo;est une bonne r\u00e9ponse pour quelqu&rsquo;un qui a la foi. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je pensais qu&rsquo;il attendait une autre r\u00e9ponse pour ceux qui ne l&rsquo;ont pas, et je continuai : \u00ab Ceux qui sont dans l&rsquo;ignorance sont comme des gens endormis et Dieu est le chirurgien qui profite de ce sommeil pour faire des op\u00e9rations. Ce qui est important, c&rsquo;est de ne pas se mettre \u00e0 l&rsquo;abri de son intervention. \u00bb J&rsquo;\u00e9tais content de ma r\u00e9ponse que je venais tout juste de trouver dans le manuscrit autobiographique de Sainte Th\u00e9r\u00e8se.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Sage avait l&rsquo;air satisfait, mais il ne m&rsquo;a donn\u00e9 que 18 sur 20. \u00ab En v\u00e9rit\u00e9, dit-il, cette question ne peut \u00eatre pos\u00e9e qu&rsquo;\u00e0 Dieu Lui-m\u00eame. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le professeur de Yoga dit : \u00ab Mais, pour poser une pareille question \u00e0 Dieu il faut \u00eatre en intimit\u00e9 avec Lui&#8230; \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Et moi, je me pressai d&rsquo;ajouter : \u00ab Quand on est en intimit\u00e9 avec Dieu, on n&rsquo;a plus aucune question \u00e0 poser&#8230; \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Et le moine hindou, adva\u00eftiste imp\u00e9nitent, voulut avoir le dernier mot, en terminant : \u00ab Il n&rsquo;y a m\u00eame plus personne pour poser la question&#8230; \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>AVEC LES MOINES TIB\u00c9TAINS<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la vall\u00e9e de Kangra, \u00e0 Tilokpur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 \u00e0 venir dans le monast\u00e8re de S\u0153urs tib\u00e9taines, le seul qui avait pu se r\u00e9fugier en Inde ou, plut\u00f4t, un vieux ch\u00e2teau en ruines que les Indiens charitables avaient mis \u00e0 la disposition des religieuses bouddhistes tib\u00e9taines qui avaient r\u00e9ussi \u00e0 se regrouper apr\u00e8s l&rsquo;exode tragique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La M\u00e8re Prieure qui m&rsquo;avait rencontr\u00e9 \u00e0 Buddh-gaya et avait vu le four \u00e0 biscuits que j&rsquo;avais construit \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole de la Jungle, me demanda d&rsquo;en faire un pareil pour les religieuses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je me mis \u00e0 creuser le flan de la colline qui donnait sur leur jardin, on m&rsquo;apporta des briques et je d\u00e9couvris de la bonne glaise. Des jeunes gens du village vinrent m&rsquo;aider, des religieuses aussi et mon four fut un objet de curiosit\u00e9. Au-dessus de la montagne o\u00f9 il s&rsquo;accotait vivait une famille de tib\u00e9tains sous une tente en peau de Yak. La chemin\u00e9e du four sortait juste devant la tente et je vis l&rsquo;astuce de la patronne qui, posant trois pierres sur la chemin\u00e9e, mettait sa marmite dessus et profitait de la chaleur qui en sortait pour faire cuire sa cuisine sans plus de frais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand on faisait des biscuits, les enfants de tib\u00e9tains et ceux de l&rsquo;orphelinat se postaient \u00e0 la sortie de l&rsquo;\u00e9cole du village indien et les vendaient aux enfants \u00e0 la sortie de l&rsquo;\u00e9cole. Je recevais beaucoup de f\u00e9licitations ; mais j&rsquo;\u00e9tais g\u00ean\u00e9 de voir les tib\u00e9tains vendre les biscuits aux indiens. La v\u00e9rit\u00e9 \u00e9tait que ceux-ci, avec leurs sous, voulaient se payer de la viande.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">On entreprit de d\u00e9blayer le vieux ch\u00e2teau en ruine et toutes les S\u0153urs valides s&rsquo;arm\u00e8rent de pioches et de pelles et on m&rsquo;invita \u00e0 partager la besogne all\u00e8grement. Quand on eut vid\u00e9 le dessous d&rsquo;un escalier, on obtint un vaste appartement, quelque chose de magnifique en pierres de taille g\u00e9antes et toutes les S\u0153urs r\u00e9unies avec la Prieure au milieu, faisaient toutes sortes de projets et de propositions pour l&rsquo;utilisation de cette premi\u00e8re tranche. Le soir venu, chacun et chacune se retira dans sa cellule, en faisant les plus beaux r\u00eaves. Le lendemain matin, que vit-on ? Il y avait un grand rideau rouge tendu par une tringle devant cet appartement de r\u00eave.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les S\u0153urs \u00e9taient l\u00e0, silencieuses, sur la colline d&rsquo;en face. Tout \u00e0 coup le rideau s&rsquo;entreb\u00e2illa et un Lama de forte corpulence parut, une brosse \u00e0 dents en travers d&rsquo;un g\u00e9n\u00e9reux sourire. Ce Lama \u00e9tait venu s&rsquo;installer l\u00e0 pour une m\u00e9ditation d&rsquo;un mois en y apportant son riz et ses ustensiles de cuisine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Il s&rsquo;en suivit un colloque chez la M\u00e8re Prieure. La d\u00e9ception des S\u0153urs \u00e9tait compens\u00e9e par la b\u00e9n\u00e9diction qui ne manquerait pas de rejaillir sur elles du fait de la m\u00e9ditation du Lama. Aussi n&rsquo;entendis-je aucune r\u00e9crimination. La Prieure se contenta de dire \u00e0 ses S\u0153urs \u00ab Que personne n&rsquo;aille lui porter des friandises ou du th\u00e9, car si on le fait on aura plein de Lamas sur le dos, les grands Lamas et aussi les petits ! \u00bb Elle appelait \u00ab grands Lamas \u00bb les vrais m\u00e9ditations et \u00ab petits Lamas \u00bb ceux qui profitent et abusent des gens pour vivre au crochet des autres dans la facilit\u00e9. Elle ajoutait que les petits Lamas sont sales et ont des poux ; les grands Lamas sont propres et sans exigences.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">On cessa donc tous les travaux pour ne pas troubler la contemplation du moine, mais les ordres de la Prieure ne furent pas pris \u00e0 la lettre par toutes les s\u0153urs du moins ils furent interpr\u00e9t\u00e9s, car dans la soir\u00e9e m\u00eame du premier jour, je rencontrai une S\u0153ur cuisini\u00e8re qui se dirigeait du c\u00f4t\u00e9 du ch\u00e2teau, cachant sous son manteau une th\u00e9i\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LE SEAU PERC\u00c9<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Un apr\u00e8s-midi j&rsquo;arrivai pr\u00e8s d&rsquo;un puits. Il y avait un seau au bout d&rsquo;une corde et je puisais pour boire. Il faisait tr\u00e8s chaud. Je dus m&rsquo;y prendre \u00e0 deux fois, car le seau \u00e9tait tellement perc\u00e9 que, lorsqu&rsquo;il arrivait \u00e0 la hauteur de mon menton, toute l&rsquo;eau \u00e9tait retourn\u00e9e dans le puits. Il y avait dans le champ d&rsquo;\u00e0 c\u00f4t\u00e9 des femmes qui cueillaient le regain de coton. Quand elles me virent entrain de puiser de l&rsquo;eau, elles accoururent toutes, une quinzaine. Elles me tendirent leur vase. J&rsquo;\u00e9tais fier de leur rendre ce service et elles \u00e9taient en admiration devant mon d\u00e9vouement. J&rsquo;activais aussi vite que possible, mais mon inexp\u00e9rience et les trous du seau combin\u00e9s faisaient que je devais puiser un seau au moins par personne, car quand le seau arrivait au vase, il \u00e9tait de nouveau vide ou presque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Pourquoi mettez-vous un seau perc\u00e9 au puits \u00bb, leur dis-je en anglais : Elles ne comprenaient pas les mots anglais, mais d&rsquo;apr\u00e8s la t\u00eate que je faisais et ne pouvant rien dire d&rsquo;autre, elles comprirent et me r\u00e9pondirent. Je comprenais qu&rsquo;il y avait \u00e0 cela une raison s\u00e9rieuse, mais laquelle ? Un homme survint qui, se mettant en petite tenue, saisit la corde et \u00e0 toute vitesse de tour de bras battait le record de hisser l&rsquo;eau pleine et d\u00e9bordante du seau. Quand les femmes furent d\u00e9salt\u00e9r\u00e9es, il me demanda de le doucher copieusement et \u00e0 son tour il me rendit le m\u00eame d\u00e9lectable service. Je lui dis en anglais : \u00ab Pourquoi mettez-vous un seau perc\u00e9 au puits ? \u00bb Il me r\u00e9pondit : \u00ab A cause des voleurs. Si le seau \u00e9tait en bon \u00e9tat, il ne resterait pas longtemps et il faudrait le remplacer souvent. Il n&rsquo;y a peut-\u00eatre pas de voleurs du tout, mais nos femmes sont des coquines et elles inventent le voleur pour n&rsquo;avoir pas \u00e0 puiser. Alors elles attendent qu&rsquo;un homme passe pour leur rendre ce service. \u00bb Je ne voyais pas le rapport. \u00ab Voil\u00e0, ajouta-t-il les femmes portent le sari et ne pouvant pas faire de mouvements assez rapides pour que le seau perc\u00e9 arrive plein, elles ne peuvent pas se mettre en petite tenue comme nous. Il est donc important que le seau soit perc\u00e9 et qu&rsquo;un homme d\u00e9vou\u00e9 fasse le travail. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je m&rsquo;assis au pied d&rsquo;un banian et dans ma m\u00e9ditation je d\u00e9couvris combien merveilleuse \u00e9tait cette histoire du seau perc\u00e9 appliqu\u00e9s au plan spirituel : Tout homme qui se d\u00e9voue pour autrui est comme ce seau. Je ne parle pas des sociaux qui s&rsquo;agitent pour procurer des simplifications aux besoins mat\u00e9riels, mais de ceux qui s&rsquo;imaginent augmenter la b\u00e9atitude des autres en leur faisant part de leurs d\u00e9couvertes m\u00e9taphysiques. Perc\u00e9s comme nous sommes, c&rsquo;est nous qui revenons avec la bave de l&rsquo;autre, insatisfaits et voil\u00e0 que nous nous repr\u00e9cipitons \u00e0 la source, et ainsi de suite. Quiconque est perc\u00e9 et tout le monde l&rsquo;est, n&rsquo;a qu&rsquo;un moyen de rester toujours plein, c&rsquo;est de demeurer au fond du puits. On peut bien pendant quelques temps s&rsquo;imaginer pouvoir boucher et r\u00e9parer les trous du seau, mais plus t\u00f4t on aura compris qu&rsquo;il vaut mieux les agrandir et le d\u00e9foncer compl\u00e8tement, mieux ce sera. Inutile et immerg\u00e9 dans la pl\u00e9nitude.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est exactement le wou-wei du Tao, l&rsquo;h\u00e9sychasme des P\u00e8res du d\u00e9sert, la disponibilit\u00e9 amoureuse, la passivit\u00e9 active de Krishnamurti, le Saint Abandon de saint Fran\u00e7ois de Salles. \u00c9tat si peu \u00e9go\u00efste qu&rsquo;il nous donne de servir quand m\u00eame \u00e0 boire \u00e0 toutes les femmes du monde dans tous les champs de coton de la Cr\u00e9ation.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">(A suivre)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<hr style=\"text-align: justify;\" size=\"1\" \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> C&rsquo;\u00e9tait en Avril 84, lors de mes deux jours sans argent.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je m&rsquo;assis au pied d&rsquo;un banian et dans ma m\u00e9ditation je d\u00e9couvris combien merveilleuse \u00e9tait cette histoire du seau perc\u00e9 appliqu\u00e9s au plan spirituel : Tout homme qui se d\u00e9voue pour autrui est comme ce seau. Je ne parle pas des sociaux qui s&rsquo;agitent pour procurer des simplifications aux besoins mat\u00e9riels, mais de ceux qui s&rsquo;imaginent augmenter la b\u00e9atitude des autres en leur faisant part de leurs d\u00e9couvertes m\u00e9taphysiques. Perc\u00e9s comme nous sommes, c&rsquo;est nous qui revenons avec la bave de l&rsquo;autre, insatisfaits et voil\u00e0 que nous nous repr\u00e9cipitons \u00e0 la source, et ainsi de suite. Quiconque est perc\u00e9 et tout le monde l&rsquo;est, n&rsquo;a qu&rsquo;un moyen de rester toujours plein, c&rsquo;est de demeurer au fond du puits. On peut bien pendant quelques temps s&rsquo;imaginer pouvoir boucher et r\u00e9parer les trous du seau, mais plus t\u00f4t on aura compris qu&rsquo;il vaut mieux les agrandir et le d\u00e9foncer compl\u00e8tement, mieux ce sera. Inutile et immerg\u00e9 dans la pl\u00e9nitude.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[600],"tags":[1347],"class_list":["post-4948","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-frere-antoine","tag-spiritualite"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.5 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Les fioretti panharmoniques par le fr\u00e8re Antoine - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/les-fioretti-panharmoniques-par-le-frere-antoine\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Les fioretti panharmoniques par le fr\u00e8re Antoine - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Je m&#039;assis au pied d&#039;un banian et dans ma m\u00e9ditation je d\u00e9couvris combien merveilleuse \u00e9tait cette histoire du seau perc\u00e9 appliqu\u00e9s au plan spirituel : Tout homme qui se d\u00e9voue pour autrui est comme ce seau. Je ne parle pas des sociaux qui s&#039;agitent pour procurer des simplifications aux besoins mat\u00e9riels, mais de ceux qui s&#039;imaginent augmenter la b\u00e9atitude des autres en leur faisant part de leurs d\u00e9couvertes m\u00e9taphysiques. Perc\u00e9s comme nous sommes, c&#039;est nous qui revenons avec la bave de l&#039;autre, insatisfaits et voil\u00e0 que nous nous repr\u00e9cipitons \u00e0 la source, et ainsi de suite. Quiconque est perc\u00e9 et tout le monde l&#039;est, n&#039;a qu&#039;un moyen de rester toujours plein, c&#039;est de demeurer au fond du puits. On peut bien pendant quelques temps s&#039;imaginer pouvoir boucher et r\u00e9parer les trous du seau, mais plus t\u00f4t on aura compris qu&#039;il vaut mieux les agrandir et le d\u00e9foncer compl\u00e8tement, mieux ce sera. Inutile et immerg\u00e9 dans la pl\u00e9nitude.\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/les-fioretti-panharmoniques-par-le-frere-antoine\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2010-09-30T15:36:37+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2011-09-29T02:14:43+00:00\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"3e mill\u00e9naire\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"3e mill\u00e9naire\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"43 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\\\/\\\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"Article\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/les-fioretti-panharmoniques-par-le-frere-antoine\\\/#article\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/les-fioretti-panharmoniques-par-le-frere-antoine\\\/\"},\"author\":{\"name\":\"3e mill\u00e9naire\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5\"},\"headline\":\"Les fioretti panharmoniques par le fr\u00e8re Antoine\",\"datePublished\":\"2010-09-30T15:36:37+00:00\",\"dateModified\":\"2011-09-29T02:14:43+00:00\",\"mainEntityOfPage\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/les-fioretti-panharmoniques-par-le-frere-antoine\\\/\"},\"wordCount\":8588,\"keywords\":[\"Spiritualit\u00e9\"],\"articleSection\":[\"Fr\u00e8re Antoine\"],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/les-fioretti-panharmoniques-par-le-frere-antoine\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/les-fioretti-panharmoniques-par-le-frere-antoine\\\/\",\"name\":\"Les fioretti panharmoniques par le fr\u00e8re Antoine - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/#website\"},\"datePublished\":\"2010-09-30T15:36:37+00:00\",\"dateModified\":\"2011-09-29T02:14:43+00:00\",\"author\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5\"},\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/les-fioretti-panharmoniques-par-le-frere-antoine\\\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/les-fioretti-panharmoniques-par-le-frere-antoine\\\/\"]}]},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/les-fioretti-panharmoniques-par-le-frere-antoine\\\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Les fioretti panharmoniques par le fr\u00e8re Antoine\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/#website\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/\",\"name\":\"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\",\"description\":\"L&#039;Homme en devenir\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5\",\"name\":\"3e mill\u00e9naire\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.revue3emillenaire.com\\\/blog\\\/author\\\/admin\\\/\"}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Les fioretti panharmoniques par le fr\u00e8re Antoine - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/les-fioretti-panharmoniques-par-le-frere-antoine\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Les fioretti panharmoniques par le fr\u00e8re Antoine - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","og_description":"Je m'assis au pied d'un banian et dans ma m\u00e9ditation je d\u00e9couvris combien merveilleuse \u00e9tait cette histoire du seau perc\u00e9 appliqu\u00e9s au plan spirituel : Tout homme qui se d\u00e9voue pour autrui est comme ce seau. Je ne parle pas des sociaux qui s'agitent pour procurer des simplifications aux besoins mat\u00e9riels, mais de ceux qui s'imaginent augmenter la b\u00e9atitude des autres en leur faisant part de leurs d\u00e9couvertes m\u00e9taphysiques. Perc\u00e9s comme nous sommes, c'est nous qui revenons avec la bave de l'autre, insatisfaits et voil\u00e0 que nous nous repr\u00e9cipitons \u00e0 la source, et ainsi de suite. Quiconque est perc\u00e9 et tout le monde l'est, n'a qu'un moyen de rester toujours plein, c'est de demeurer au fond du puits. On peut bien pendant quelques temps s'imaginer pouvoir boucher et r\u00e9parer les trous du seau, mais plus t\u00f4t on aura compris qu'il vaut mieux les agrandir et le d\u00e9foncer compl\u00e8tement, mieux ce sera. Inutile et immerg\u00e9 dans la pl\u00e9nitude.","og_url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/les-fioretti-panharmoniques-par-le-frere-antoine\/","og_site_name":"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","article_published_time":"2010-09-30T15:36:37+00:00","article_modified_time":"2011-09-29T02:14:43+00:00","author":"3e mill\u00e9naire","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"3e mill\u00e9naire","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"43 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"Article","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/les-fioretti-panharmoniques-par-le-frere-antoine\/#article","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/les-fioretti-panharmoniques-par-le-frere-antoine\/"},"author":{"name":"3e mill\u00e9naire","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5"},"headline":"Les fioretti panharmoniques par le fr\u00e8re Antoine","datePublished":"2010-09-30T15:36:37+00:00","dateModified":"2011-09-29T02:14:43+00:00","mainEntityOfPage":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/les-fioretti-panharmoniques-par-le-frere-antoine\/"},"wordCount":8588,"keywords":["Spiritualit\u00e9"],"articleSection":["Fr\u00e8re Antoine"],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/les-fioretti-panharmoniques-par-le-frere-antoine\/","url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/les-fioretti-panharmoniques-par-le-frere-antoine\/","name":"Les fioretti panharmoniques par le fr\u00e8re Antoine - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#website"},"datePublished":"2010-09-30T15:36:37+00:00","dateModified":"2011-09-29T02:14:43+00:00","author":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5"},"breadcrumb":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/les-fioretti-panharmoniques-par-le-frere-antoine\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/les-fioretti-panharmoniques-par-le-frere-antoine\/"]}]},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/les-fioretti-panharmoniques-par-le-frere-antoine\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Les fioretti panharmoniques par le fr\u00e8re Antoine"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#website","url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/","name":"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","description":"L&#039;Homme en devenir","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5","name":"3e mill\u00e9naire","url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/author\/admin\/"}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4948","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4948"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4948\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4948"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4948"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4948"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}