{"id":5007,"date":"2010-10-04T21:07:31","date_gmt":"2010-10-04T20:07:31","guid":{"rendered":"http:\/\/pro.ovh.net\/~emillena\/blog\/?p=5007"},"modified":"2010-10-26T19:24:31","modified_gmt":"2010-10-26T18:24:31","slug":"contre-la-fin-de-lhistoire-ou-comment-ne-pas-en-sortir-par-alain-de-benoist","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/contre-la-fin-de-lhistoire-ou-comment-ne-pas-en-sortir-par-alain-de-benoist\/","title":{"rendered":"Contre la fin de l&rsquo;histoire ou comment ne pas en sortir par Alain De Benoist"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">(Revue Question De. N<sup>o<\/sup> 16\u00a0: La fin du monde. Janvier-F\u00e9vrier 1977)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Le sens de l&rsquo;histoire est une id\u00e9e aussi vieille que l&rsquo;humanit\u00e9 mais est surtout le fruit d&rsquo;une mentalit\u00e9 particuli\u00e8re. Deux conceptions s&rsquo;affrontent : celle de l&rsquo;Europe antique et celle des jud\u00e9o-chr\u00e9tiens. Avec Marx, le mythe retombe sur terre : le prol\u00e9tariat, messie collectif ; la soci\u00e9t\u00e9 sans classes, paradis postindustriel. Nietzsche jette alors les bases d&rsquo;un projet diam\u00e9tralement oppos\u00e9 \u00e0 la conception \u00e9galitaire et segmentaire de l&rsquo;histoire : l&rsquo;univers est quadridimensionnel. La fin du monde n&rsquo;est pas une n\u00e9cessit\u00e9, mais une possibilit\u00e9 parmi d&rsquo;autres. C&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;homme de choisir.<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;id\u00e9e de la fin des temps revient \u00e0 l&rsquo;ordre du jour. Depuis quelques ann\u00e9es, le catastrophisme et l&rsquo;apocalyptisme sont \u00e0 la mode. Le messianisme \u00e9cologique et le malthusianisme \u00e9conomique fournissent de nouveaux arguments. Et tandis qu&rsquo;un nouveau millenium se pr\u00e9pare, de singuliers proph\u00e8tes, tant\u00f4t rev\u00eatus de la blouse blanche, tant\u00f4t, plus simplement, de la soutane ou de la gandoura, nous annoncent que le monde va bient\u00f4t finir, que de formidables catastrophes se pr\u00e9parent et que le meilleur moyen de parer aux d\u00e9fis qui nous sont lanc\u00e9s est de mettre un terme \u00e0 l&rsquo;histoire. Autrement dit : arr\u00eatons la croissance, refusons le progr\u00e8s, stoppons l&rsquo;expansion. Rebroussons chemin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le sens de l&rsquo;histoire, la fin de l&rsquo;histoire : double ambigu\u00eft\u00e9. Le sens : \u00e0 la fois la direction que prend l&rsquo;histoire et la signification que rev\u00eat son d\u00e9roulement. La fin : \u00e0 la fois l&rsquo;aboutissement de l&rsquo;histoire et le but vers lequel elle est cens\u00e9e se diriger.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette id\u00e9e de la fin de l&rsquo;histoire semble \u00e0 certains une \u00ab nouveaut\u00e9 \u00bb. Elle est, en fait, aussi vieille que l&rsquo;humanit\u00e9 \u2014 aussi vieille, du moins, qu&rsquo;une partie de l&rsquo;humanit\u00e9. La conjoncture peut la rendre plus ou moins palpitante, mais elle ne la cr\u00e9e pas. La science n&rsquo;a rien \u00e0 voir non plus \u00e0 l&rsquo;affaire. La question de la fin du monde, comme celle de ses origines, n&rsquo;est malheureusement pas de celles que la science nous permet de r\u00e9soudre. Les th\u00e9ories actuelles \u2014 le big bang et les autres \u2014 rel\u00e8vent de la sp\u00e9culation philosophique plus que d&rsquo;une v\u00e9ritable th\u00e9orie de la connaissance ; elles sont d&rsquo;ailleurs discut\u00e9es et d\u00e9menties d\u00e8s l&rsquo;instant qu&rsquo;elles sont \u00e9mises. En fait, l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une fin de l&rsquo;histoire, li\u00e9e \u00e0 celle d&rsquo;un d\u00e9but du monde, est le fruit d&rsquo;une mentalit\u00e9 particuli\u00e8re ; d&rsquo;une mentalit\u00e9 qui a besoin, pour accepter le monde, de le doter d&rsquo;une finalit\u00e9 et d&rsquo;une n\u00e9cessit\u00e9 interne \u00e0 lui-m\u00eame : il faut que le monde ait un d\u00e9but et une fin, faute de quoi \u2014 pens\u00e9e \u00ab insupportable \u00bb \u2014 il n&rsquo;aurait pas de sens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Il suffit d&rsquo;examiner les choses d&rsquo;un peu plus pr\u00e8s, \u00e9crit M. Giorgio Locchi, pour s&rsquo;apercevoir que l&rsquo;id\u00e9e de la fin du monde n&rsquo;est que l&rsquo;aboutissement logique d&rsquo;un courant de pens\u00e9e, vieux d&rsquo;au moins deux mille ans, et qui, depuis deux mille ans, domine et conforme ce que nous appelons aujourd&rsquo;hui la \u00ab\u00a0civilisation occidentale\u00a0\u00bb. Ce courant de pens\u00e9e est celui de la pens\u00e9e \u00e9galitaire. Il exprime une volont\u00e9 \u00e9galitaire, qui fut instinctive et comme aveugle \u00e0 ses d\u00e9buts (\u00e9galit\u00e9 devant Dieu), mais qui, \u00e0 notre \u00e9poque, est devenue parfaitement consciente de ses aspirations et de son but final. Or, cet objectif final de l&rsquo;entreprise \u00e9galitaire est pr\u00e9cis\u00e9ment la fin de l&rsquo;histoire, la sortie de l&rsquo;histoire <a href=\"#ftn1\" id=\"ftnref1\">[1]<\/a>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l&rsquo;on examine l&rsquo;Europe pa\u00efenne de l&rsquo;Antiquit\u00e9, on s&rsquo;aper\u00e7oit qu&rsquo;elle a essentiellement vu l&rsquo;histoire comme \u00ab in-finie \u00bb, soit sous la forme d&rsquo;un cycle du devenir historique (\u00ab rien de nouveau sous le soleil \u00bb), soit sous la forme d&rsquo;une simple succession d&rsquo;instants qu&rsquo;a priori rien ne doit jamais venir terminer. Cette id\u00e9e de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 du monde se retrouve aussi bien chez les Celtes, les Germains et les Indiens v\u00e9diques, que chez les Gr\u00e9co-romains. Elle affecte tous les milieux, s&rsquo;exprime dans toutes les \u00e9coles. Selon les pr\u00e9socratiques, l&rsquo;histoire se coule dans l&rsquo;\u00e9ternel flux du temps. Annon\u00e7ant d\u00e9j\u00e0 la physique moderne, Lucr\u00e8ce remarque : \u00ab Rien ne se perd, rien ne se cr\u00e9e. \u00bb Celse, dans le Discours vrai, \u00e9crit : \u00ab La nature de l&rsquo;univers est une et toujours identique \u00e0 elle-m\u00eame, et la somme des maux reste constante. Quant \u00e0 leur origine, il n&rsquo;est pas ais\u00e9 de la discerner quand on n&rsquo;est pas philosophe : qu&rsquo;il suffise au commun de savoir qu&rsquo;ils ne viennent pas de Dieu mais de la mati\u00e8re, et qu&rsquo;ils sont le lot des choses mortelles : que les choses roulent sempiternellement dans le m\u00eame cercle, et, partant, qu&rsquo;il est n\u00e9cessaire que, suivant l&rsquo;ordre immuable des cycles, ce qui a \u00e9t\u00e9, ce qui est et ce qui sera, soit toujours de m\u00eame. \u00bb Les pythagoriciens, les platoniciens, les p\u00e9ripat\u00e9ticiens, les sto\u00efciens, les n\u00e9o-platoniciens, tous admettent un \u00e9ternel retour des choses, celles-ci formant un cercle qui met une Grande Ann\u00e9e \u00e0 se fermer. Conviction qui am\u00e8ne H\u00e9raclite \u00e0 dire que \u00ab tout coule\u00a0\u00bb (panta rhei), et les physiologues de l&rsquo;Ionie \u00e0 formuler la loi d&rsquo;invariance universelle, devenu depuis le principe de conservation de l&rsquo;\u00e9nergie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette conception cyclique de l&rsquo;histoire n&rsquo;implique que des fins relatives. Apr\u00e8s le Kali-Yug\u00e2 des Indiens, un nouveau cycle recommence. Apr\u00e8s le Ragnar\u00f6k, le cr\u00e9puscule des dieux germaniques, un nouveau monde rena\u00eet, gouvern\u00e9 par de nouveaux dieux. Il en est ainsi de toute vie : apr\u00e8s la mort d&rsquo;une culture, une autre culture lui succ\u00e8de, de m\u00eame que les existences succ\u00e8dent aux existences, les g\u00e9n\u00e9rations aux g\u00e9n\u00e9rations et les saisons aux saisons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour les Anciens, la fin du monde est une impi\u00e9t\u00e9 Pour les Anciens, la divinit\u00e9 est ins\u00e9parable du monde. C&rsquo;est parce qu&rsquo;il y a de la divinit\u00e9 que le monde existe. C&rsquo;est son existence, son arrangement, son apparente harmonie qui donnent \u00e0 penser qu&rsquo;il existe des d\u00e9esses et des dieux. Le monde est \u00e0 l&rsquo;image des dieux parce qu&rsquo;ils sont eux-m\u00eames \u00e0 l&rsquo;image du monde. Pour les Anciens, le monde n&rsquo;est donc rien d&rsquo;autre que le vivant visage de Dieu. Selon eux, remarque M. Louis Rougier, admettre que le monde doive finir, c&rsquo;est \u00ab commettre une impi\u00e9t\u00e9 majeure, en renversant la preuve de l&rsquo;existence de Dieu tir\u00e9e de la stabilit\u00e9 du syst\u00e8me du monde <a href=\"#ftn1\" id=\"ftnref2\">[2]<\/a> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;id\u00e9e jud\u00e9o-chr\u00e9tienne d&rsquo;une cr\u00e9ation ex nihilo, pr\u00e9sente dans la Gen\u00e8se, et celle d&rsquo;une eschatologie finale, pr\u00e9sente dans les apocalypses, \u00e9taient donc en contradiction directe avec les croyances traditionnelles produites par l&rsquo;esprit europ\u00e9en. D&rsquo;o\u00f9 les objections \u00e9lev\u00e9es par les philosophes pa\u00efens \u00e0 l&rsquo;endroit de la propagande chr\u00e9tienne, que M. Rougier, citant Proclus, r\u00e9sume en ces termes : \u00ab L&rsquo;id\u00e9e m\u00eame de la cr\u00e9ation intemporelle est incompr\u00e9hensible. Dire que le monde a commenc\u00e9, implique qu&rsquo;il fut un temps o\u00f9 il n&rsquo;\u00e9tait pas ; dire que le monde finira, implique qu&rsquo;il y aura un temps o\u00f9 le monde cessera d&rsquo;\u00eatre. Mais le temps n&rsquo;existe que par les r\u00e9volutions des sph\u00e8res c\u00e9lestes qu&rsquo;il mesure. On ne peut donc imaginer un temps o\u00f9 le monde ne sera pas, car ce serait imaginer un temps o\u00f9 le temps ne serait pas, ce qui est contradictoire. L&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une fin du monde n&rsquo;est pas moins insoutenable. Pourquoi Dieu d\u00e9truirait-il le monde ? Car de deux choses l&rsquo;une : ou le monde est bon ou il est mauvais ; s&rsquo;il est bon, il faudrait devenir mauvais pour le d\u00e9truire, et, s&rsquo;il est mauvais et appelle la destruction, c&rsquo;est donc que Dieu qui l&rsquo;a cr\u00e9\u00e9 est mauvais, ce qui est impossible <a href=\"#ftn3\" id=\"ftnref3\">[3]<\/a>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">On retombe ici sur la question pos\u00e9e plus tard par Leibniz : \u00ab Pourquoi y a-t-il quelque chose plut\u00f4t que rien ? \u00bb Si Dieu seul a cr\u00e9\u00e9 le monde, qu&rsquo;y avait-il avant le monde ? Pourquoi Dieu a-t-il cr\u00e9\u00e9 le monde ? Ne se suffisait-il pas \u00e0 lui-m\u00eame ? Pourquoi n&rsquo;a-t-il pu se faire ob\u00e9ir de l&rsquo;homme qu&rsquo;il a cr\u00e9\u00e9 ? Si la cr\u00e9ation est un effet de la bont\u00e9 de Dieu et que, par ailleurs, elle doit finir, cette bont\u00e9 n&rsquo;est donc pas infinie. Si le monde n&rsquo;est pas bon et que Dieu n&rsquo;a pu en emp\u00eacher l&rsquo;existence, c&rsquo;est qu&rsquo;il n&rsquo;est pas tout-puissant. Et d&rsquo;o\u00f9 venait le Mal au paradis terrestre ? Comment le Mal peut-il na\u00eetre du Souverain Bien ? Comment expliquer que le moins sorte du plus, l&rsquo;imparfait du parfait, l&rsquo;\u00eatre contingent de l&rsquo;\u00eatre n\u00e9cessaire, la cr\u00e9ature du cr\u00e9ateur <a href=\"#ftn4\" id=\"ftnref4\">[4]<\/a> ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;affrontement de deux conceptions : l&rsquo;antique &#8211; la jud\u00e9o-chr\u00e9tienne<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">A l&rsquo;aube de notre \u00e8re, deux mentalit\u00e9s se trouvent ainsi en pr\u00e9sence. Pour l&rsquo;une, le monde existe de toute \u00e9ternit\u00e9 ; il est aussi divin que Dieu, aussi harmonieux que l&rsquo;Harmonie. L&rsquo;homme \u00e9galement est \u00e9ternel : il ne \u00ab progresse \u00bb ni ne \u00ab diminue \u00bb. Le temps est devenir : le monde s&rsquo;\u00e9coule. Mais en m\u00eame temps, le conflit est la loi du monde. Et, loin d&rsquo;\u00eatre en contradiction avec l&rsquo;harmonie g\u00e9n\u00e9rale, il est l&rsquo;agent par lequel cette harmonie s&rsquo;\u00e9tablit. Il est un bien, il exerce une s\u00e9lection. H\u00e9raclite d\u00e9clare : \u00ab Il faut savoir qu&rsquo;il y a une guerre universelle, que la discorde remplit la fonction de la justice, et que c&rsquo;est selon ses lois que toutes choses naissent et p\u00e9rissent. \u00bb Il s&rsquo;ensuit que l&rsquo;histoire a raison : ce qui advient est juste. Le droit ne se r\u00e9duit pas \u00e0 la force, mais la force pr\u00e9c\u00e8de le droit ; elle est l&rsquo;essence du politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La conception jud\u00e9o-chr\u00e9tienne du monde pose les choses tout \u00e0 l&rsquo;inverse. Pour elle, le monde, marqu\u00e9 par le p\u00e9ch\u00e9, donne essentiellement le spectacle d&rsquo;une injustice. Il faut donc que cette injustice ait sa compensation. Il faut que notre pr\u00e9sence dans cette triste vall\u00e9e de larmes ait sa raison d&rsquo;\u00eatre. Et, d\u00e8s lors, tout le syst\u00e8me se met en place. Si dans ce triste monde les justes sont souvent bafou\u00e9s, si les m\u00e9chants occupent le fa\u00eete de la puissance, c&rsquo;est que nous sommes coupables, que nous subissons la cons\u00e9quence du p\u00e9ch\u00e9 originel de l&rsquo;humanit\u00e9. Mais par un effet de la bont\u00e9 de Dieu, nous pouvons encore nous racheter et assurer notre salut. Et l&rsquo;histoire n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que cette parenth\u00e8se dans le temps durant laquelle nous pouvons nous sauver. Un jour, la justice r\u00e9gnera \u2014 et, puisque ce monde est injuste, le monde finira.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">A l&rsquo;ancienne conception europ\u00e9enne de l&rsquo;histoire, le jud\u00e9o-christianisme substitue donc une conception de type lin\u00e9aire ou, plus exactement, segmentaire. Dans cette vision, l&rsquo;histoire est un segment. Elle a un d\u00e9but et une fin. Elle est un \u00e9pisode de l&rsquo;\u00eatre de l&rsquo;humanit\u00e9, \u00eatre dont la v\u00e9ritable essence est ext\u00e9rieure \u00e0 l&rsquo;histoire, \u00e0 la fois ant\u00e9rieure et post\u00e9rieure : ant\u00e9rieure en ce qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e dans l&rsquo;\u00e9tat paradisiaque pr\u00e9-historique, post\u00e9rieure en ce qu&rsquo;elle sera restitu\u00e9e, \u00e0 la fin de l&rsquo;histoire, par l&rsquo;av\u00e8nement du R\u00e8gne de Dieu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La conception chr\u00e9tienne de l&rsquo;histoire<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9pisode qu&rsquo;est l&rsquo;histoire est donc per\u00e7u ici comme un malheur. Il r\u00e9sulte d&rsquo;une faute. L&rsquo;homme est tomb\u00e9 dans l&rsquo;histoire parce qu&rsquo;il a d\u00e9sob\u00e9i. C&rsquo;est parce que Adam, pouss\u00e9 par \u00c8ve, a transgress\u00e9 les commandements de Dieu \u2014 en go\u00fbtant les fruits de l&rsquo;Arbre du savoir \u2014 qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;histoire et, du m\u00eame coup, \u00e0 la \u00ab discorde \u00bb et au travail. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 chass\u00e9 du paradis terrestre, l&rsquo;homme doit \u00ab gagner son pain \u00e0 la sueur de son front \u00bb ; il ne lui est possible de vivre en simple pr\u00e9dateur sur une nature suppos\u00e9e accueillante ; il devient un \u00eatre de culture. L&rsquo;\u00e9pisode o\u00f9 Ca\u00efn tue Abel est significatif : le repr\u00e9sentant d&rsquo;une humanit\u00e9 nouvelle, celle des producteurs, n\u00e9e de la r\u00e9volution n\u00e9olithique, \u00e9limine le repr\u00e9sentant de l&rsquo;humanit\u00e9 ant\u00e9rieure, pr\u00e9-historique, celle des pr\u00e9dateurs. La m\u00eame condamnation qui a frapp\u00e9 Adam p\u00e8se sur tout individu naissant en ce monde. Mais Dieu a voulu sauver cette humanit\u00e9. Il a accept\u00e9 de se charger lui-m\u00eame de l&rsquo;expiation de la faute. Il s&rsquo;est fait homme en s&rsquo;incarnant dans J\u00e9sus. Ce sacrifice par Dieu de son propre Fils introduit dans le devenir historique le fait essentiel de la R\u00e9demption. Celle-ci est propos\u00e9e \u00e0 tout homme, mais il appartient \u00e0 chacun de se perdre ou de faire son salut. N\u00e9anmoins, quel que soit le choix op\u00e9r\u00e9 par les hommes, l&rsquo;histoire s&rsquo;ach\u00e8vera n\u00e9cessairement dans le sens voulu par Dieu. Ainsi, gr\u00e2ce \u00e0 la R\u00e9demption, l&rsquo;histoire se trouve dot\u00e9e de sens \u2014 et ce sens est ins\u00e9parable de sa fin : l&rsquo;humanit\u00e9 chemine vers la fin de l&rsquo;histoire. Un jour viendra o\u00f9 les forces du Bien et du Mal se livreront une ultime bataille, laquelle aboutira au Jugement dernier et, par-del\u00e0 celui-ci, \u00e0 l&rsquo;instauration d&rsquo;un Royaume des Cieux ayant son pendant dialectique dans l&rsquo;Enfer. Ce Royaume des Cieux restituera l&rsquo;\u00c9den primitif, mais de fa\u00e7on sublim\u00e9e, car l&rsquo;homme y sera d\u00e9sormais pour toujours \u00e0 l&rsquo;abri de la tentation et du p\u00e9ch\u00e9. En d&rsquo;autres termes, la post-histoire restituera la pr\u00e9histoire. Et une fois cette restitution op\u00e9r\u00e9e, le mouvement historique s&rsquo;ach\u00e8vera. La paix universelle triomphera de la \u00ab discorde \u00bb. Les hommes retrouveront la pl\u00e9nitude de leur \u00eatre. L&rsquo;\u00eatre se figera dans une immuable \u00e9ternit\u00e9. Et tout sera achev\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Quand l&rsquo;histoire du monde se r\u00e9duit \u00e0 l&rsquo;histoire de la R\u00e9demption<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;Augustin et Ir\u00e9n\u00e9e jusqu&rsquo;aux auteurs modernes, la th\u00e9ologie chr\u00e9tienne de l&rsquo;histoire (d\u00e9compos\u00e9e en \u00e9tiologie, k\u00e9rygmatique, anamn\u00e8se ou immanence r\u00e9ciproque du pass\u00e9 et du futur de l&rsquo;histoire du salut, herm\u00e9neutique des \u00e9nonc\u00e9s eschatologiques, apocalyptique, etc.) se ram\u00e8ne ainsi \u00e0 l&rsquo;histoire de son pr\u00e9suppos\u00e9, la perte de l&rsquo;\u00e9d\u00e9nisme originel. Par suite, l&rsquo;histoire du monde se r\u00e9duit \u00e0 l&rsquo;histoire de la R\u00e9demption. L&rsquo;Incarnation est le centre, la norme, la condition m\u00eame de l&rsquo;histoire. L&rsquo;histoire des hommes et l&rsquo;histoire du Christ sont dans le rapport d&rsquo;une promesse \u00e0 un accomplissement. \u00ab La vie du Christ, \u00e9crit Hans Urs von Balthasar, devient la norme de toute vie historique, et par cons\u00e9quent de toute histoire <a href=\"#ftn5\" id=\"ftnref5\">[5]<\/a>.\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le protestantisme moderne, l&rsquo;Incarnation est plus encore d\u00e9tach\u00e9e de son rapport \u00e0 l&rsquo;histoire. \u00ab On ne voit pas, observe Karl L\u00f6with, pourquoi le christianisme ne pourrait pas \u00eatre positivement indiff\u00e9rent \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des diff\u00e9rences tenant \u00e0 l&rsquo;histoire du monde <a href=\"#ftn6\" id=\"ftnref6\">[6]<\/a>. \u00bb Il en r\u00e9sulte que le monde n&rsquo;existe qu&rsquo;en tant qu&rsquo;il accomplit un projet divin. C&rsquo;est de cette r\u00e9alisation progressive dont il est le th\u00e9\u00e2tre qu&rsquo;il tire son statut d&rsquo;existence. Et l&rsquo;histoire est ce stade transitoire durant lequel le dessein de Dieu se d\u00e9voile peu \u00e0 peu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon la th\u00e9ologie de l&rsquo;histoire, qui est une compr\u00e9hension et une interpr\u00e9tation th\u00e9ologiques de l&rsquo;histoire, la fin de l&rsquo;histoire est impliqu\u00e9e par le fait m\u00eame de sa finalit\u00e9. Le R\u00e8gne de Dieu exige la r\u00e9sorption totalisante en un \u00ab \u00eatre-avec- (et en)-Dieu \u00bb de tout ce qui s&rsquo;est fait dans l&rsquo;histoire. \u00ab L&rsquo;accomplissement de l&rsquo;histoire, ajoute Hans Urs von Balthasar, dit n\u00e9cessairement sa suppression et son \u00e9l\u00e9vation en faveur d&rsquo;un englobant qui \u00e9tait, dans cette premi\u00e8re histoire, le terme toujours d\u00e9j\u00e0 vis\u00e9, poursuivi et int\u00e9rieurement dirigeant. \u00bb Cette fin de l&rsquo;histoire se d\u00e9finit comme le moment o\u00f9 \u00ab l&rsquo;humanit\u00e9 tout enti\u00e8re est devenue Corps du Christ <a href=\"#ftn7\" id=\"ftnref7\">[7]<\/a> \u00bb ; comme \u00ab le moment o\u00f9 l&rsquo;\u00eatre acquiert et atteint des possibilit\u00e9s qui \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9es dans la cause de son commencement <a href=\"#ftn8\" id=\"ftnref8\">[8]<\/a> \u00bb. En se conformant aux prescriptions du dogme, l&rsquo;homme, par son action, h\u00e2te donc cette fin de l&rsquo;histoire qui est l&rsquo;heureux accomplissement de la Bonne Nouvelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Une telle conception va de pair avec une anthropologie \u00e9galitaire, fond\u00e9e sur l&rsquo;universalisme et la croyance r\u00e9volutionnaire en l&rsquo;unicit\u00e9 absolue du genre humain. Pour la premi\u00e8re fois, il est affirm\u00e9 que les hommes, ind\u00e9pendamment de leurs caract\u00e9ristiques apparentes, de leurs actions, de leurs qualit\u00e9s et de leurs d\u00e9fauts, sont tous \u00e9gaux devant Dieu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La conception marxiste de l&rsquo;histoire<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9den d&rsquo;avant le commencement de l&rsquo;histoire, faute originelle, \u00ab\u00a0chute \u00bb dans cette vall\u00e9e de larmes qu&rsquo;est le monde, r\u00e9demption, communaut\u00e9 des saints, lutte du Bien et du Mal, Apocalypse, Jugement dernier, instauration d&rsquo;un Royaume restituant le paradis perdu des origines : tous ces th\u00e8mes se retrouvent, \u00ab\u00a0ramen\u00e9s sur terre \u00bb, \u00ab la\u00efcis\u00e9s \u00bb, dans la conception marxiste de l&rsquo;histoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec Marx, le mythe retombe en effet sur terre. Le paradis redevient, au sens propre, un paradis terrestre. Vision plus absurde encore, plus s\u00e9duisante aussi. Julien Cheverny \u00e9crit :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Le marxisme ne se vante pas d&rsquo;\u00eatre une h\u00e9r\u00e9sie chr\u00e9tienne, mais il ne se fait pas faute de s&#8217;emparer des principaux mythes \u00e9vang\u00e9liques ou v\u00e9t\u00e9ro-testamentaires pour les r\u00e9utiliser dans le sens d&rsquo;un humanisme ath\u00e9e <a href=\"#ftn9\" id=\"ftnref9\">[9]<\/a>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La perspective que Marx institue sur l&rsquo;histoire est, elle aussi, segmentaire. Elle aussi r\u00e9sulte d&rsquo;une faute qui remonte aux origines. Le jardin d&rsquo;\u00c9den se retrouve dans la vision d&rsquo;un \u00ab\u00a0communisme primitif \u00bb, correspondant \u00e0 la p\u00e9riode pr\u00e9n\u00e9olithique, pratiqu\u00e9 par une humanit\u00e9 vivant \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de nature et purement pr\u00e9datrice. La \u00ab faute \u00bb est survenue lorsque l&rsquo;homme, lors de la r\u00e9volution n\u00e9olithique, est devenu producteur. Sous la pression du besoin \u2014 qui fut sa \u00ab tentation \u00bb \u2014, il a invent\u00e9 les moyens de production. Mais cette lib\u00e9ration, due aux fruits de la connaissance (l&rsquo;\u00ab Arbre du savoir \u00bb), s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e une mal\u00e9diction, qui trouve sa source dans le travail et dans sa division. Du fait de la division du travail, il est r\u00e9sult\u00e9 l&rsquo;ali\u00e9nation du travail, le salaire, la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e. L&rsquo;exploitation rationnelle de la nature par l&rsquo;homme a abouti \u00e0 l&rsquo;exploitation de l&rsquo;homme par l&rsquo;homme : le rapport du travailleur au ma\u00eetre du travail. En raison de ce p\u00e9ch\u00e9 des structures, le travailleur s&rsquo;est trouv\u00e9 ali\u00e9n\u00e9 dans le produit de son travail et dans l&rsquo;acte m\u00eame de la production. Il est ainsi devenu \u00e9tranger \u00e0 lui-m\u00eame, \u00e9tranger \u00e0 sa v\u00e9ritable nature, \u00e0 l&rsquo;essence de son \u00eatre v\u00e9ritable. Et de cette ali\u00e9nation du travail, Marx d\u00e9duit l&rsquo;ali\u00e9nation originelle du genre humain : c&rsquo;est depuis qu&rsquo;il est entr\u00e9 dans l&rsquo;histoire que l&rsquo;homme est devenu \u00e9tranger \u00e0 lui-m\u00eame. Malheureusement, une r\u00e9demption est possible. De m\u00eame que la \u00ab lib\u00e9ration \u00bb par le travail organis\u00e9 s&rsquo;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e une mal\u00e9diction, de m\u00eame cette \u00ab mal\u00e9diction \u00bb va s&rsquo;inverser dialectiquement en une possibilit\u00e9 de lib\u00e9ration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La lutte des classes, moteur de l&rsquo;histoire<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">La m\u00eame ali\u00e9nation originelle qui a produit l&rsquo;entr\u00e9e dans l&rsquo;histoire a produit, de fa\u00e7on indissociable, le conflit, g\u00e9n\u00e9rateur d&rsquo;injustices. Le conflit s&rsquo;explique en effet par la lutte des classes, qui d\u00e9coule de l&rsquo;ali\u00e9nation du travail et de la d\u00e9finition de l&rsquo;homme comme \u00ab producteur conscient \u00bb \u2014 la production \u00ab id\u00e9ologique \u00bb \u00e9tant \u00e0 placer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;autre. C&rsquo;est parce qu&rsquo;il y a lutte des classes qu&rsquo;il y a conflit ; et c&rsquo;est parce qu&rsquo;il y a conflit qu&rsquo;il y a histoire, que l&rsquo;homme devient historiquement. Pour Marx, la lutte des classes est le moteur et la cause de l&rsquo;histoire. \u00ab Selon notre conception, \u00e9crit-il dans <em>l&rsquo;Id\u00e9ologie allemande<\/em>, toutes les collisions de l&rsquo;histoire ont leur origine dans la contradiction entre les forces productives et les formes de relations. \u00bb Or, cette lutte des classes ne cesse de s&rsquo;aggraver jusqu&rsquo;\u00e0 provoquer une prise de conscience \u00e9quivalant au fait de l&rsquo;Incarnation. Gr\u00e2ce \u00e0 cette prise de conscience r\u00e9demptrice, l&rsquo;homme va pouvoir racheter sa condition et assurer son salut. Tout comme la R\u00e9demption de J\u00e9sus avait abouti \u00e0 l&rsquo;organisation d&rsquo;une \u00c9glise et \u00e0 l&rsquo;institution d&rsquo;une communaut\u00e9 des saints, la r\u00e9demption par le prol\u00e9tariat va aboutir \u00e0 son organisation au sein des partis communistes. Devenu conscient et organis\u00e9, le prol\u00e9tariat va pouvoir lutter contre les forces mauvaises. Cette lutte s&rsquo;intensifiera jusqu&rsquo;\u00e0 devenir apocalyptique. Mais en d\u00e9pit des obstacles qu&rsquo;elle rencontrera sur sa route, elle finira n\u00e9cessairement par la d\u00e9faite des forces mauvaises. Et apr\u00e8s la lutte finale, les exploiteurs et les exploit\u00e9s seront d\u00e9finitivement s\u00e9par\u00e9s. La terre sera purg\u00e9e des m\u00e9chants. L&rsquo;ali\u00e9nation sera supprim\u00e9e. Il n&rsquo;y aura plus de classes \u2014 et comme les classes sont le moteur et la cause de l&rsquo;histoire, il n&rsquo;y aura plus d&rsquo;histoire. Le communisme pr\u00e9historique sera restitu\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 sans classes, tel le jardin d&rsquo;\u00c9den par le Royaume des Cieux, de fa\u00e7on sublim\u00e9e : tandis que la soci\u00e9t\u00e9 communiste primitive \u00e9tait afflig\u00e9e par la mis\u00e8re mat\u00e9rielle, la soci\u00e9t\u00e9 communiste post-historique jouira d&rsquo;une satisfaction parfaitement \u00e9quilibr\u00e9e de ses besoins.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le prol\u00e9tariat appara\u00eet ici comme une sorte de Messie collectif. Marx ne cesse de d\u00e9crire la premi\u00e8re histoire de l&rsquo;humanit\u00e9 comme la lente mont\u00e9e vers sa conscience du sentiment de sa \u00ab mission historique \u00bb (La sainte famille). A l&rsquo;enseigne du principe logico-m\u00e9taphysique de l&rsquo;identit\u00e9, Marx le con\u00e7oit comme un \u00ab universel\u00a0\u00bb scolastique, ce qui implique une conception unitaire du temps. \u00c9l\u00e9ment r\u00e9dempteur, le prol\u00e9tariat n&rsquo;est en effet d\u00e9fini que par rapport au Mal. Il est \u00e0 la fois le produit de l&rsquo;ali\u00e9nation du travail et la base de sa destruction future. C&rsquo;est ce rapport dialectique de \u00ab n\u00e9gation de l&rsquo;antinomie \u00bb qui fonde sa mission historique et toute l&rsquo;eschatologie qui en d\u00e9coule. Son but n&rsquo;est pas ext\u00e9rieur \u00e0 lui-m\u00eame ; \u00e0 peine est-il le fruit de sa volont\u00e9 : il est dans son existence, dans son \u00eatre m\u00eame. Destin\u00e9 \u00e0 restituer \u00e0 l&rsquo;homme son essence perdue, il n&rsquo;existe qu&rsquo;en tant qu&rsquo;il n&rsquo;a pas encore rempli sa t\u00e2che.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;ali\u00e9nation, ferment de la lib\u00e9ration<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Chez Marx, l&rsquo;histoire a donc un caract\u00e8re finaliste, t\u00e9l\u00e9ologique \u00e9vident. Le temps historique devient chez lui un \u00ab temps pur \u00bb, \u00e0 caract\u00e8re m\u00e9taphysique. Par ailleurs, sa th\u00e8se se r\u00e9sume en la croyance que l&rsquo;essence de l&rsquo;homme est radicalement distincte de tout ce qui, depuis la r\u00e9volution n\u00e9olithique, a fond\u00e9 l&rsquo;histoire de l&rsquo;homme. Il y a enfin inversion de la polarit\u00e9 positive et n\u00e9gative du fait de l&rsquo;ali\u00e9nation, dans un sens purement messianique. De m\u00eame que, dans la conception chr\u00e9tienne, le p\u00e9ch\u00e9, tout en \u00e9tant le produit d&rsquo;une faute, est en m\u00eame temps n\u00e9cessaire au rachat, chez Marx, l&rsquo;ali\u00e9nation du travail, produit du \u00ab p\u00e9ch\u00e9 des structures \u00bb, \u00e9tait n\u00e9cessaire au surgissement de l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment r\u00e9dempteur. Dans une certaine mesure, l&rsquo;homme se r\u00e9alise donc par l&rsquo;ali\u00e9nation jusqu&rsquo;au moment o\u00f9, reconnaissant son essence ali\u00e9n\u00e9e, il prend conscience de son \u00ab humanit\u00e9 \u00bb et peut ainsi \u0153uvrer \u00e0 se d\u00e9faire de son ali\u00e9nation. C&rsquo;est pourquoi le passage \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 sans classes doit objectivement sortir du maximum d&rsquo;ali\u00e9nation, de m\u00eame que l&rsquo;av\u00e8nement du Royaume des Cieux doit logiquement succ\u00e9der \u00e0 la venue de l&rsquo;Ant\u00e9christ et \u00e0 l&rsquo;Armageddon final. C&rsquo;est pourquoi aussi Marx estime que la bourgeoisie, en tant que \u00ab force de progr\u00e8s \u00bb, a jou\u00e9 un r\u00f4le objectivement positif, dans la mesure o\u00f9, en r\u00e9duisant les rapports humains \u00e0 des rapports d&rsquo;argent, elle a h\u00e2t\u00e9 la prise de conscience du prol\u00e9tariat. D&rsquo;o\u00f9 cette remarque des <em>Manuscrits de 1844<\/em> : \u00ab La vie humaine avait besoin de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e pour se r\u00e9aliser [&#8230;]. Ce n&rsquo;est que par l&rsquo;industrie d\u00e9velopp\u00e9e, c&rsquo;est-\u00e0-dire par le moyen terme de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e que l&rsquo;essence ontologique de la passion humaine atteint et sa totalit\u00e9 et son humanit\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La fin du divorce entre l&rsquo;homme et sa propre nature<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">En quoi consistera la r\u00e9volution communiste ? Marx r\u00e9pond : en l&rsquo;appropriation par l&rsquo;homme de son propre \u00eatre. Dans la soci\u00e9t\u00e9 sans classes, l&rsquo;homme op\u00e9rera un retour \u00e0 son \u00eatre ant\u00e9rieur \u2014 mais un retour qui conservera toute la richesse n\u00e9e du d\u00e9veloppement historique. Il redeviendra une \u00ab unit\u00e9 sociale \u00bb, o\u00f9 l&rsquo;\u00eatre et sa pens\u00e9e seront r\u00e9concili\u00e9s. L&rsquo;homme total s&rsquo;appropriera la totalit\u00e9 de l&rsquo;homme ; ses sens seront \u00ab\u00a0humanis\u00e9s \u00bb, ses organes physiques et mentaux seront transform\u00e9s. La science de l&rsquo;homme et celle de la nature, ce sera tout un. La r\u00e9volution mettra fin \u00e0 l&rsquo;\u00ab histoire naturelle de l&rsquo;humanit\u00e9 \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 la p\u00e9riode durant laquelle l&rsquo;homme aura lutt\u00e9 contre la nature, sans d&rsquo;ailleurs se d\u00e9tacher d&rsquo;elle. Elle permettra la reconqu\u00eate de l&rsquo;identit\u00e9 perdue du fait de l&rsquo;ali\u00e9nation, par-del\u00e0 la n\u00e9gativit\u00e9 prol\u00e9tarienne v\u00e9cue comme contradiction. Ce qui signifie que le communisme, restituant \u00e0 l&rsquo;homme son essence, r\u00e9alisera la \u00ab n\u00e9gation de la n\u00e9gation \u00bb, la fin du divorce entre l&rsquo;homme et sa propre nature. Le prol\u00e9tariat, voyant de ce fait sa mission achev\u00e9e, du m\u00eame coup dispara\u00eetra : il se \u00ab re-niera \u00bb en tant que n\u00e9gatif de la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise, sa victoire impliquant, avec celle de son contraire, sa propre suppression.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9tant une soci\u00e9t\u00e9 non productrice d&rsquo;historicit\u00e9, la soci\u00e9t\u00e9 sans classes verra la disparition de tout ce qui aura fond\u00e9 l&rsquo;homme au cours de son histoire : la philosophie, la religion, les id\u00e9ologies, l&rsquo;\u00e9conomie politique, l&rsquo;\u00c9tat. En fait, l&rsquo;av\u00e8nement de la totalit\u00e9 entra\u00eenera la fin de tout. \u00ab Pour Marx, pr\u00e9cise M. Henri Lefebvre, le sens de l&rsquo;histoire co\u00efncide avec sa fin, dans la substitution d&rsquo;un autre genre de soci\u00e9t\u00e9 aux soci\u00e9t\u00e9s historiques (n\u00e9es de l&rsquo;histoire, au cours de l&rsquo;histoire) [&#8230;]. Que ceci soit clair : selon Marx, la fin de l&rsquo;histoire, c&rsquo;est bien la fin de tout (de l&rsquo;existant tout entier) pour la r\u00e9alisation du total <a href=\"#ftn10\" id=\"ftnref10\">[10]<\/a>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le r\u00eave d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 sans classes<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Si les communistes se montrent aujourd&rsquo;hui allusifs, voire discrets, pour d\u00e9crire concr\u00e8tement la soci\u00e9t\u00e9 sans classes, les p\u00e8res fondateurs de leur th\u00e9orie se sont faits plus explicites. Dans leur Critique du programme de Gotha, Marx et Engels d\u00e9clarent \u00ab in\u00e9luctables le d\u00e9p\u00e9rissement de l&rsquo;\u00c9tat et la fin des antagonismes de classes. Dans la soci\u00e9t\u00e9 sans classes, dit Karl Marx (<em>Manuscrits de 1844<\/em>), le besoin d&rsquo;argent sera remplac\u00e9 par le \u00ab besoin d&rsquo;amour \u00bb. Il n&rsquo;y aura plus de \u00ab m\u00e9diateur \u00bb entre l&rsquo;homme et la nature : tout sera dans tout, et vice versa. Ce sera le r\u00e8gne magique de l&rsquo;abondance : \u00ab Tous les produits seront abondants, toutes les plaies seront depuis longtemps ferm\u00e9es et chacun pourra prendre autant qu&rsquo;il lui faudra <a href=\"#ftn11\" id=\"ftnref11\">[11]<\/a>. \u00bb \u00c9gaux parce que fondamentalement identiques, les individus deviendront interchangeables. Dans la production comme dans la conjugalit\u00e9, r\u00f4les sociaux et r\u00f4les sexuels seront remplis pareillement par chacun. Alors, subsidiairement, se r\u00e9aliseront les paroles de Paul : il n&rsquo;y aura plus \u00ab ni hommes ni femmes, ni ma\u00eetres ni esclaves, ni Grecs ni Juifs \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Nicolas Boukharine, \u00e0 qui l&rsquo;on doit de belles envol\u00e9es lyriques, indique que, dans la soci\u00e9t\u00e9 communiste, il n&rsquo;y aura plus de parasites, l&rsquo;homme sera meilleur, \u00ab la culture humaine s&rsquo;\u00e9l\u00e8vera \u00e0 une hauteur jamais atteinte \u00bb, \u00ab le joug de la nature sur l&rsquo;homme dispara\u00eetra \u00bb, \u00ab l&rsquo;humanit\u00e9 m\u00e8nera, pour la premi\u00e8re fois, une vie vraiment raisonnable \u00bb. \u00ab Dans le r\u00e9gime communiste, \u00e9crit-il, il n&rsquo;y aura pas de directeurs perp\u00e9tuels, d&rsquo;usines, o\u00f9 des gens passent toute leur vie sur le m\u00eame travail. Aujourd&rsquo;hui, il en est ainsi [&#8230;]. Rien de pareil dans la soci\u00e9t\u00e9 communiste ! L\u00e0, tous les hommes jouissent d&rsquo;une large culture et sont au courant de toutes les branches de la production ; aujourd&rsquo;hui, j&rsquo;administre, je calcule combien il faudra fabriquer, pour le mois prochain, de pantoufles ou de petits pains ; demain, je travaille dans une savonnerie, la semaine suivante, peut-\u00eatre, dans une serre de la ville, et trois jours apr\u00e8s, dans une station \u00e9lectrique [&#8230;]. (Ainsi), dans le r\u00e9gime communiste, il n&rsquo;y a ni prol\u00e9taires, ni capitalistes, ni ouvriers salari\u00e9s : il n&rsquo;y a que de simples humains, des camarades. Il n&rsquo;y a pas de classes, pas non plus de lutte de classes, pas d&rsquo;organisation de classe. Par cons\u00e9quent, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;\u00c9tat non plus <a href=\"#ftn12\" id=\"ftnref12\">[12]<\/a> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le caract\u00e8re m\u00e9taphysique de la conception marxiste de l&rsquo;histoire est ainsi amplement \u00e9tabli. Cette inscription de la doctrine de Marx dans l&rsquo;espace de la m\u00e9taphysique se lit \u00e0 plusieurs niveaux : dans sa distinction du sujet et de l&rsquo;objet, dans sa croyance dogmatique en une r\u00e9alit\u00e9 \u00ab chosiste \u00bb, dans son eschatologie. Ce penchant m\u00e9taphysique est particuli\u00e8rement net chez le jeune Marx, le Marx \u00ab feuerbachien \u00bb des <em>Manuscrits de 1844<\/em>, qui cultive l&rsquo;utopisme \u00e9vang\u00e9lique, voit dans la r\u00e9volution communiste la (re)cr\u00e9ation de l&rsquo;\u00ab homme total \u00bb, appelle de ses v\u0153ux l&rsquo;instauration du \u00ab r\u00e8gne de l&rsquo;amour \u00bb, etc. Apr\u00e8s 1845-46, \u00e0 l&rsquo;occasion de sa lutte contre Kriege, Marx r\u00e9cuse le \u00ab\u00a0socialisme chr\u00e9tien \u00bb et se d\u00e9fend de confondre les \u00ab prol\u00e9taires \u00bb avec les \u00ab pauvres \u00bb. Il prend aussi de la distance vis-\u00e0-vis du concept d&rsquo;\u00ab ali\u00e9nation \u00bb et, plus prudemment, d\u00e9finit surtout la r\u00e9volution par le bouleversement du salariat. Dans <em>L&rsquo;id\u00e9ologie allemande<\/em>, la transformation de l&rsquo;homme est ainsi subordonn\u00e9e \u00e0 la transformation pratique du monde. Il reste que le jeune Marx \u2014 celui d&rsquo;avant la \u00ab coupure \u00e9pist\u00e9mologique \u00bb, que de plus en plus de n\u00e9o-marxistes red\u00e9couvrent aujourd&rsquo;hui \u2014 est aussi le plus authentique et le plus direct. Cette opinion est celle d&rsquo;auteurs aussi diff\u00e9rents que Jean-Yves Calvez et Louis Althusser <a href=\"#ftn13\" id=\"ftnref13\">[13]<\/a>. \u00ab La conception marxiste de l&rsquo;histoire, souligne M. Jean-Marie Benoist, demeure sinon unitaire, du moins unifiable, c&rsquo;est-\u00e0-dire toujours log\u00e9e chez Aristote et Platon, et, \u00e0 travers eux, chez Parm\u00e9nide <a href=\"#ftn14\" id=\"ftnref14\">[14]<\/a>. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le Christ et le prol\u00e9taire : deux martyrs de l&rsquo;histoire<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Nombreux sont les auteurs, depuis Gustave Le Bon et Bertrand Russell jusqu&rsquo;\u00e0 Pierre Fougeyrollas, Jules Monnerot et Ren\u00e9 S\u00e9dillot <a href=\"#ftn15\" id=\"ftnref15\">[15]<\/a>, qui ont constat\u00e9 l&rsquo;\u00e9vidente parent\u00e9 structurale des conceptions marxiste et jud\u00e9o-chr\u00e9tienne de l&rsquo;histoire. Julien Cheverny, pour ne citer que lui, \u00e9crit : \u00ab A la ressemblance du Christ, le plus humili\u00e9 des dieux, le prol\u00e9tariat, la plus humili\u00e9e des classes, sera le m\u00e9diateur d&rsquo;une r\u00e9demption et l&rsquo;operateur du salut. La R\u00e9volution tiendra lieu d&rsquo;Esprit-Saint et l&rsquo;Histoire, de Vierge-M\u00e8re qui accouche dans la violence et le sang. Le Parti sera la nouvelle communaut\u00e9 eccl\u00e9siale ou le nouvel ordre monastique, il sera la nouvelle \u00c9glise, avec ses th\u00e9ologiens et ses docteurs, ses martyrs et ses inquisiteurs. Capitalisme et bourgeoisie appelleront les m\u00eames revanches et les m\u00eames vengeances que la Babylone biblique et la Grande Prostitu\u00e9e de l&rsquo;Apocalypse. La cit\u00e9 sans classes r\u00e9alisera la J\u00e9rusalem c\u00e9leste d\u00e8s lors que le travail, de mal\u00e9diction, se changera en dignit\u00e9, et le sexe, de faute, se transformera en bonheur et en paix <a href=\"#ftn16\" id=\"ftnref16\">[16]<\/a> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les deux syst\u00e8mes, l&rsquo;explication de d\u00e9part repose sur un acte de foi : Marx ne d\u00e9montre aucun de ses postulats, tandis que l&rsquo;anthropologie moderne d\u00e9ment radicalement l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un homme \u00ab originellement bon \u00bb ; Albert le Grand et saint Thomas, renon\u00e7ant \u00e0 prouver la cr\u00e9ation ex nihilo, admettent que la raison, r\u00e9duite \u00e0 ses propres ressources, est impuissante \u00e0 d\u00e9montrer la nouveaut\u00e9 du monde, et affirment que celle-ci doit \u00eatre crue sur la foi des \u00c9critures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les deux syst\u00e8mes, l&rsquo;histoire, con\u00e7ue de fa\u00e7on segmentaire, avec un d\u00e9but et une fin, se voit attribuer une valeur n\u00e9gative. Dans les deux cas, le monde est d\u00e9valu\u00e9 au profit d&rsquo;un arri\u00e8re-monde : l&rsquo;au-del\u00e0 dans la conception chr\u00e9tienne, l&rsquo;en de\u00e7\u00e0 dans la conception marxiste. Dans les deux cas, l&rsquo;humanit\u00e9 actuelle est \u00ab vou\u00e9e \u00e0 l&rsquo;extermination <a href=\"#ftn17\" id=\"ftnref17\">[17]<\/a> \u00bb et le monde doit finir n\u00e9cessairement. Dans les deux cas, l&rsquo;aboutissement de l&rsquo;histoire, identifi\u00e9 au triomphe d&rsquo;une V\u00e9rit\u00e9 absolue, entra\u00eene la r\u00e9sorption du devenir de l&rsquo;humanit\u00e9 et la restitution sublim\u00e9e d&rsquo;un \u00e9tat ant\u00e9rieur \u00ab paradisiaque \u00bb. Dans les deux cas, la d\u00e9termination de l&rsquo;histoire n&rsquo;est pas le fait de l&rsquo;homme, mais de quelque chose qui le transcende : il a beau jouir, ici, de son \u00ab libre arbitre \u00bb, l\u00e0, de la possibilit\u00e9 de faire l&rsquo;histoire au sein de sa classe, sa \u00ab libert\u00e9 \u00bb se borne \u00e0 accepter ou \u00e0 ne pas accepter un sens de l&rsquo;histoire qui, de toute fa\u00e7on, s&rsquo;accomplira ind\u00e9pendamment de ses choix ; dans les deux cas, l&rsquo;homme est l&rsquo;acteur d&rsquo;une pi\u00e8ce qu&rsquo;il n&rsquo;a pas \u00e9crite. Dans les deux cas, enfin, la fin des temps, toujours d\u00e9crite comme prochaine, est perp\u00e9tuellement repouss\u00e9e \u00e0 \u00ab plus tard\u00a0\u00bb. J\u00e9sus avait dit \u00e0 ses disciples que le \u00ab si\u00e8cle \u00bb ne passerait pas sans qu&rsquo;ils assistent \u00e0 son Retour en Gloire. Mais la Parousie s&rsquo;est fait attendre, et l&rsquo;\u00c9glise s&rsquo;est accoutum\u00e9e \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter : \u00ab L&rsquo;an prochain, dans la J\u00e9rusalem des Cieux. \u00bb De m\u00eame tandis que Boukharine annon\u00e7ait l&rsquo;instauration de la soci\u00e9t\u00e9 sans classes au bout de \u00ab deux ou trois g\u00e9n\u00e9rations \u00bb, les th\u00e9oriciens communistes ont pris le parti d&rsquo;affirmer que le \u00ab stade de transition \u00bb sera, selon le mot de Marx, le \u00ab produit d&rsquo;un long et douloureux d\u00e9veloppement \u00bb. Et c&rsquo;est \u00e0 ce \u00ab stade de transition \u00bb \u2014 dont les pays socialistes ne voient toujours pas l&rsquo;aboutissement \u2014 que correspond, chez saint Thomas, le \u00ab troisi\u00e8me \u00e9tat \u00bb, entre le temps et la synagogue et celui de la Parousie, \u00e9tat dans lequel le principe de salut est d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9 et agissant, mais n&rsquo;a pas encore lib\u00e9r\u00e9 toute son efficacit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Nietzsche et l&rsquo;\u00e9ternel retour<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est \u00e0 Friedrich Nietzsche (1844-1900) que l&rsquo;on doit, d&rsquo;une part, la r\u00e9duction du christianisme et de toutes les vari\u00e9t\u00e9s id\u00e9ologiques de socialisme au d\u00e9nominateur commun de la pens\u00e9e \u00e9galitaire, et, d&rsquo;autre part, la restitution, sous une forme sublim\u00e9e, de la conception de l&rsquo;histoire qui fut celle de l&rsquo;Europe antique. Au travers de son \u0153uvre, Nietzsche jette en effet les bases d&rsquo;un projet diam\u00e9tralement oppos\u00e9 \u00e0 la conception \u00e9galitaire et segmentaire de l&rsquo;histoire. Il le fait \u00e0 sa mani\u00e8re, non d&rsquo;une fa\u00e7on conceptuelle, mais d&rsquo;une fa\u00e7on imag\u00e9e, en ayant recours \u00e0 la po\u00e9sie et au mythe. Affirmant que le devenir historique est command\u00e9 par l&rsquo;\u00c9ternel Retour de l&rsquo;Identique, il \u00e9crit : \u00ab Tout vient et se tend la main, et rit, et s&rsquo;enfuit \u2014 et revient. Tout va, tout revient : la roue de l&rsquo;existence tourne \u00e9ternellement. Tout meurt, tout refleurit ; le cycle de l&rsquo;existence se poursuit \u00e9ternellement. Tout se brise, tout s&rsquo;assemble \u00e0 nouveau, \u00e9ternellement se b\u00e2tit le m\u00eame \u00e9difice de l&rsquo;existence. Tout se s\u00e9pare, tout se salue de nouveau, l&rsquo;anneau de l&rsquo;existence reste \u00e9ternellement fid\u00e8le \u00e0 lui-m\u00eame. A chaque moment, commence l&rsquo;existence ; autour de chaque Ici se d\u00e9ploie la sph\u00e8re L\u00e0. Le centre est partout. Le sentier de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 est tortueux. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00ab\u00a0La v\u00e9rit\u00e9 est courbe, le temps aussi est un cercle \u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">On a beaucoup \u00e9crit sur l&rsquo;\u00c9ternel Retour. On en a d\u00e9duit que \u00ab rien de nouveau \u00bb ne peut se pr\u00e9senter, que tout d\u00e9passement est exclu \u2014 ce qui para\u00eet contradictoire par rapport \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e du Surhumain, qui fut \u00e9galement d\u00e9velopp\u00e9e par Nietzsche. D&rsquo;une fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, on y a vu une simple redite de la conception cyclique de l&rsquo;histoire qui avait \u00e9t\u00e9 celle de l&rsquo;Antiquit\u00e9. Or, Nietzsche nous a lui-m\u00eame mis en garde contre une pareille illusion. Lorsque, sous le Portique qui porte le nom d&rsquo;Instant, Zarathoustra interroge l&rsquo;Esprit de Pesanteur sur la port\u00e9e des deux chemins \u00e9ternels qui, venant de directions oppos\u00e9es, se rejoignent en ce lieu et \u00e0 cet endroit pr\u00e9cis, celui-ci r\u00e9pond : \u00ab Tout ce qui est droit est mensonger, la v\u00e9rit\u00e9 est courbe, le temps aussi est un cercle. \u00bb Alors Zarathoustra r\u00e9plique avec violence : \u00ab Ne te rends pas, \u00f4 nain, les choses plus faciles qu&rsquo;elles ne le sont ! \u00bb, Dans un autre passage, Nietzsche \u00e9crit aussi : \u00ab On ne ram\u00e8ne pas les Grecs. \u00bb Que veut-il donc dire avec l&rsquo;image du Retour ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Une autre conception du temps<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour comprendre la conception de l&rsquo;histoire que nous propose Nietzsche, il faut la mettre en parall\u00e8le avec l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une perspective quadridimensionnelle \u2014 dont nous sommes redevables \u00e0 la conception relativiste de l&rsquo;univers physique. Alors que, dans l&rsquo;Antiquit\u00e9, les instants \u00e9taient encore vus comme des points se succ\u00e9dant sur une ligne, chez Nietzsche, le devenir est con\u00e7u comme un ensemble de moments dont chacun forme comme une sph\u00e8re \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;une \u00ab supersph\u00e8re quadridimensionnelle \u00bb (une dimension spatiale, trois dimensions temporelles), en sorte que chaque moment occupe le centre par rapport aux autres. Dans cette perspective, non seulement l&rsquo;univers n&rsquo;a ni d\u00e9but ni fin, mais l&rsquo;image la plus appropri\u00e9e pour exprimer l&rsquo;id\u00e9e du temps n&rsquo;est plus le cercle (comme dans la conception cyclique des Anciens), mais la sph\u00e8re. Le temps est une sph\u00e8re : le centre est partout. Et la \u00ab position totale \u00bb de l&rsquo;ensemble des forces revient toujours, parce que chaque combinaison conditionne une infinit\u00e9 d&rsquo;autres combinaisons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Les cons\u00e9quences d&rsquo;une telle vision sont consid\u00e9rables. Pour Nietzsche, le pass\u00e9 ne correspond nullement \u00e0 ce qui a \u00e9t\u00e9 une fois pour toutes. De m\u00eame, l&rsquo;avenir n&rsquo;est plus l&rsquo;effet obligatoire de tout ce qui l&rsquo;a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 dans le temps \u2014 ainsi qu&rsquo;il en va, pour l&rsquo;essentiel, dans la conception lin\u00e9aire et segmentaire de l&rsquo;histoire. A tout moment pr\u00e9sent, l&rsquo;actuel, le pass\u00e9 et l&rsquo;avenir co\u00efncident dans un m\u00eame lieu\/ instant. Nietzsche reconna\u00eet que pass\u00e9 et futur ne sont per\u00e7us comme tels que pour autant qu&rsquo;ils s&rsquo;inscrivent dans notre pr\u00e9sent, mais il d\u00e9finit ces trois \u00ab temps \u00bb (pass\u00e9, actuel et futur) comme les trois dimensions de chaque lieu\/instant, en pr\u00e9cisant que ces trois dimensions se trouvent remises en cause \u00e0 chaque fois, qu&rsquo;elles se configurent diversement selon les perspectives en fonction desquelles on les ordonne. De cette fa\u00e7on se trouve restitu\u00e9e la tridimensionnalit\u00e9 du temps : pour chaque \u00e9v\u00e9nement (historique), il y a tridimensionnalit\u00e9 temporelle et unidimensionnalit\u00e9 spatiale, de m\u00eame que, pour chaque \u00e9l\u00e9ment (macrophysique), il y a unidimensionnalit\u00e9 temporelle et tridimensionnalit\u00e9 spatiale. En d&rsquo;autres termes, le pass\u00e9, l&rsquo;actuel et le futur correspondent, pour le temps historique, \u00e0 ce que sont la hauteur, la largeur et la profondeur dans la conception classique de l&rsquo;espace macrophysique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;homme reste libre du pass\u00e9 comme de l&rsquo;avenir<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans cette nouvelle perspective, l&rsquo;homme n&rsquo;est plus un point sur une ligne, dont le chemin (irr\u00e9versiblement) parcouru s&rsquo;appellerait le \u00ab pass\u00e9 \u00bb, et dont le chemin restant (irr\u00e9versiblement) \u00e0 parcourir s&rsquo;appellerait l&rsquo;\u00ab avenir \u00bb. Il est, \u00e0 chaque instant de l&rsquo;histoire, le vivant carrefour o\u00f9 s&rsquo;entrecroisent les trois dimensions du pass\u00e9, de l&rsquo;actuel et du futur, dimensions dont il lui suffit de d\u00e9placer la perspective pour modifier la configuration. A tout endroit o\u00f9 l&rsquo;homme se situe, il y a une infinit\u00e9 de futurs possibles correspondant \u00e0 l&rsquo;infinit\u00e9 de perspectives qu&rsquo;il peut instituer dans le temps. D\u00e8s lors, le pass\u00e9 n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que le projet auquel l&rsquo;homme cherche \u00e0 conformer son action sur le temps historique, projet con\u00e7u en fonction de l&rsquo;image qu&rsquo;il se fait de lui-m\u00eame et qu&rsquo;il s&rsquo;efforce d&rsquo;incarner. Au sens propre, le pass\u00e9 devient l&rsquo; \u00ab imagination \u00bb, la pr\u00e9figuration de l&rsquo;avenir. Et c&rsquo;est parce qu&rsquo;il est situ\u00e9 \u00e0 une intersection, o\u00f9 tout, perp\u00e9tuellement, peut \u00eatre remis en jeu, que l&rsquo;homme, que chaque homme \u2014 et de m\u00eame, chaque peuple, chaque culture, chaque \u00e9poque \u2014 se fait de l&rsquo;histoire une conception \u00e0 nulle autre pareille, institue sur l&rsquo;histoire une perspective qui lui est propre, en m\u00eame temps qu&rsquo;il est lui-m\u00eame, dans l&rsquo;histoire, une perspective entre une infinit\u00e9 d&rsquo;autres possibles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9vacuant le finalisme et le providentialisme de l&rsquo;histoire, l&rsquo;\u00c9ternel Retour n&rsquo;assujettit l&rsquo;homme \u00e0 aucun d\u00e9terminisme. Il n&rsquo;implique pas que tout ce qui est pareil se r\u00e9p\u00e8te, mais que tout ce qui diff\u00e8re se r\u00e9p\u00e8te pareillement. L&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il d\u00e9veloppe est que seul l&rsquo;impossible n&rsquo;est pas possible, que seul est possible ce qui a \u00e9t\u00e9 et qui sera encore, qu&rsquo;une force d\u00e9termin\u00e9e ne peut pas \u00eatre autre chose pr\u00e9cis\u00e9ment que cette force d\u00e9termin\u00e9e, que, sur une quantit\u00e9 de r\u00e9sistance donn\u00e9e, elle ne se manifeste pas autrement que dans une mesure conforme \u00e0 sa force, qu&rsquo;\u00ab arriver \u00bb est n\u00e9cessairement une tautologie, etc. Ce qui veut dire que la vari\u00e9t\u00e9 que l&rsquo;on constate dans le monde \u2014 ici, Nietzsche anticipe brillamment sur le structuralisme moderne \u2014 provient de la vari\u00e9t\u00e9 de ses agencements : la nouveaut\u00e9 provient eu fait que toute modification particuli\u00e8re de l&rsquo;arrangement des choses entra\u00eene une modification g\u00e9n\u00e9rale de tout l&rsquo;arrangement des choses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Au contraire de Marx, Nietzsche, dans le <em>Cr\u00e9puscule des faux dieux<\/em>, ne parle pas seulement en termes de soci\u00e9t\u00e9, mais en termes de civilisation. Contre le socratisme et le jud\u00e9o-christianisme, il pr\u00eache les droits de l&rsquo;homme vivant contre l&rsquo;homme th\u00e9orique. Dans le socialisme, il d\u00e9c\u00e8le une redite de cet \u00ab \u00e9vangile des petits \u00bb qui rend petit, une r\u00e9surgence de ce \u00ab poison de la doctrine des droits \u00e9gaux pour tous \u00bb par quoi \u00ab le christianisme a d\u00e9truit notre bonheur sur terre \u00bb. A l&rsquo;in\u00e9luctabilit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 des \u00e9gaux, il oppose la possibilit\u00e9 permanente d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 aristocratique, rendant \u00e0 chacun selon ses m\u00e9rites, o\u00f9 l&rsquo;homme serait la mesure de toutes choses, o\u00f9 la vie se justifierait par elle-m\u00eame, et qui enrichirait le monde au lieu de l&rsquo;appauvrir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;histoire, une fa\u00e7on pour l&rsquo;homme de devenir<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Par suite, l&rsquo;histoire n&rsquo;est nullement \u00e0 d\u00e9finir comme une suite d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements ou de faits sans encha\u00eenements, comme la simple succession des g\u00e9n\u00e9rations ; elle n&rsquo;est pas non plus un \u00ab spectacle \u00bb ou un \u00ab objet de culte \u00bb. Elle est la perp\u00e9tuelle transformation des soci\u00e9t\u00e9s par cette conscience historique qui est un sp\u00e9cifique de l&rsquo;homme. L&rsquo;histoire est la fa\u00e7on de devenir de l&rsquo;homme : l&rsquo;homme en tant qu&rsquo;homme devient historiquement \u2014 et ce devenir ne d\u00e9pend que de lui seul. Le \u00ab sens de l&rsquo;histoire \u00bb n&rsquo;est pas ind\u00e9pendant de sa volont\u00e9. Se demander quel est le sens de l&rsquo;histoire, c&rsquo;est se demander si l&rsquo;homme lui-m\u00eame a un sens : l&rsquo;histoire prend un sens par rapport \u00e0 la perspective la plus forte que l&rsquo;homme institue sur elle. Dans cette conception qui nous est propos\u00e9e par Nietzsche, l&rsquo;homme est le seul qui fasse l&rsquo;histoire \u2014 non en tant qu&rsquo;il s&rsquo;inclut dans une classe ou qu&rsquo;il satisfait aux prescriptions d&rsquo;une dogmatique, mais en tant qu&rsquo;homme totalement libre, non d\u00e9termin\u00e9, trouvant en lui-m\u00eame seulement la possibilit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre plus que lui-m\u00eame. L&rsquo;histoire est totalement son fait : faber suae fortunae. Sa libert\u00e9 consiste \u00e0 pouvoir toujours choisir entre toutes les perspectives possibles, seule situation dans laquelle cette libert\u00e9 n&rsquo;est pas un faux-semblant. Gr\u00e2ce \u00e0 son action dans (et sur) le temps, l&rsquo;homme d\u00e9passe l&rsquo;objet par tout ce qui ne se laisse pas r\u00e9duire \u00e0 lui. Le chaos n&rsquo;est pas ce qui \u00e9tait \u00ab\u00a0avant \u00bb \u2014 toutes choses \u00e9tant \u00e0 la fois devenues et non encore devenues \u2014, mais ce qui risque d&rsquo;\u00eatre informe : c&rsquo;est le \u00ab chaos de tout \u00bb, un chaos \u00e9ternel lui aussi, excluant la finalit\u00e9 et l&rsquo;ordonnancement univoque des \u00e9v\u00e9nements, qui est la condition m\u00eame du mouvement \u00ab sph\u00e9rique \u00bb des choses au sein du devenir. \u00c9tant librement cr\u00e9ateur, l&rsquo;homme est aussi cr\u00e9ateur de lui-m\u00eame ; il se suffit \u00e0 lui-m\u00eame. Et ce qui vaut des personnes vaut aussi des cultures et des peuples.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Vision segmentaire, vision sph\u00e9rique de l&rsquo;histoire : on ne peut imaginer deux conceptions de l&rsquo;histoire plus fondamentalement oppos\u00e9es. Instituant des perspectives contradictoires sur le monde, elles mettent en jeu deux mentalit\u00e9s, deux sensibilit\u00e9s radicalement diff\u00e9rentes. Dans la premi\u00e8re, l&rsquo;homme n&rsquo;a que la \u00ab libert\u00e9 \u00bb d&rsquo;accepter et au besoin de h\u00e2ter l&rsquo;av\u00e8nement du Royaume des Cieux ou de la soci\u00e9t\u00e9 sans classes \u2014 ce qui implique la fin de l&rsquo;histoire. Dans la seconde, il reste \u00e0 tout moment, s&rsquo;il le veut, libre d&rsquo;imposer sa volont\u00e9 au devenir historique, de le modeler conform\u00e9ment au projet dont il se repr\u00e9sente \u00e0 lui-m\u00eame l&rsquo;image. Cette libert\u00e9 est essentiellement tragique. La volont\u00e9 de l&rsquo;homme peut se r\u00e9v\u00e9ler assez forte pour lui permettre de continuer l&rsquo;histoire, mais elle peut aussi se r\u00e9v\u00e9ler insuffisante. L&rsquo;homme peut sortir ou ne pas sortir de l&rsquo;histoire. Il peut atteindre au surhumain ou retomber \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de nature, au sous-humain. Le mot \u00ab fin \u00bb de l&rsquo;histoire n&rsquo;est pas le fin mot de l&rsquo;histoire. La fin du monde est une possibilit\u00e9, parmi d&rsquo;autres ; elle n&rsquo;est en rien une n\u00e9cessit\u00e9. (Et m\u00eame, \u00e0 cette possibilit\u00e9, l&rsquo;univers reste froid, muet et indiff\u00e9rent.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Le choix offert aux hommes de notre \u00e9poque, \u00e0 des hommes qui ne sont hommes que parce qu&rsquo;ils sont devenus historiquement, se ram\u00e8ne, en fin de compte, \u00e0 savoir s&rsquo;ils veulent ou non se continuer eux-m\u00eames. Quel est ce choix ? \u00ab Nietzsche, \u00e9crit M. Giorgio Locchi, nous dit qu&rsquo;il est \u00e0 faire entre le \u00ab\u00a0dernier homme\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;homme de la fin de l&rsquo;histoire, et l&rsquo;\u00e9lan vers le surhomme, c&rsquo;est la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration de l&rsquo;histoire. Nietzsche consid\u00e8re que ces deux options sont aussi r\u00e9elles que fondamentales. Il affirme que la fin de l&rsquo;histoire est possible, qu&rsquo;elle doit \u00eatre s\u00e9rieusement envisag\u00e9e, exactement comme est possible son contraire : la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration du temps historique. En dernier ressort, l&rsquo;issue d\u00e9pendra des hommes, du choix qu&rsquo;ils op\u00e9reront entre les deux camps, celui du mouvement \u00e9galitaire, que Nietzsche appelle le mouvement du dernier homme, et l&rsquo;autre mouvement, que Nietzsche s&rsquo;est efforc\u00e9 de susciter, qu&rsquo;il a d\u00e9j\u00e0 suscit\u00e9 et qu&rsquo;il appelle son mouvement. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Alain de Benoist<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Alain de Benoist, n\u00e9 en 1943, est coauteur de plusieurs ouvrages dont \u00ab Avec ou sans Dieu \u00bb (1970) et \u00ab Morale et Politique de Nietzsche \u00bb (1974). Voir <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Alain_de_Benoist\">http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Alain_de_Benoist<\/a> ainsi que le site <a href=\"http:\/\/www.alaindebenoist.com\/\">http:\/\/www.alaindebenoist.com\/<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<hr style=\"text-align: justify;\" size=\"1\" \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#ftnref1\" id=\"ftn1\">[1]<\/a> G. Locchi: \u00ab L&rsquo;histoire \u00bb, in <em>Nouvelle \u00c9cole<\/em>. n<sup>o<\/sup> 27-28, 1975<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#ftnref2\" id=\"ftn2\">[2]<\/a> L. Rougier : <em>Celse ou le Conflit de la civilisation antique et du christianisme primitif <\/em>(Paris, \u00c9ditions du Si\u00e8cle, 1925-1926).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#ftnref3\" id=\"ftn3\">[3]<\/a> L. Rougier, op. cit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#ftnref4\" id=\"ftn4\">[4]<\/a> A la question de l&rsquo;origine du Mal, Nietzsche a donn\u00e9, dans <em>Par-del\u00e0 le Bien et le Mal<\/em>, une r\u00e9ponse qui en vaut bien une autre : \u00ab\u00a0\u00c9coutez-moi bien, car c&rsquo;est rare que je parle en th\u00e9ologien : ce fut Dieu lui-m\u00eame qui, au terme de sa journ\u00e9e de travail, se mit sous l&rsquo;Arbre de la connaissance, prenant la forme du Serpent : il se reposait ainsi d&rsquo;\u00eatre Dieu [&#8230;]. Le d\u00e9mon n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que l&rsquo;oisivet\u00e9 de Dieu chaque septi\u00e8me jour. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#ftnref5\" id=\"ftn5\">[5]<\/a> H. Urs von Balthasar : <em>Th\u00e9ologie de l&rsquo;histoire<\/em> (Paris, Fayard, 1970).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#ftnref6\" id=\"ftn6\">[6]<\/a> K. L\u00f6with : Weltgeschichte und Heilsgeschehen.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#ftnref7\" id=\"ftn7\">[7]<\/a> M.-J. Nicolas\u00a0: <em>\u00c9volution et christianisme<\/em> (Paris, Fayard, 1973).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#ftnref8\" id=\"ftn8\">[8]<\/a> K. Rahner et H. Vorgrimler : <em>Dictionnaire de th\u00e9ologie catholique<\/em> (Paris, Le Seuil, 1970).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#ftnref9\" id=\"ftn9\">[9]<\/a> J. Cheverny: <em>Sexologie de l&rsquo;Occident<\/em> (Paris, Hachette, 1976).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#ftnref10\" id=\"ftn10\">[10]<\/a> H. Lefebvre : <em>La fin de l&rsquo;histoire<\/em> (Paris, \u00c9d. de Minuit, 1972).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#ftnref11\" id=\"ftn11\">[11]<\/a> N. Boukharine : <em>ABC du communisme<\/em> (Paris, Libr. de l&rsquo;Humanit\u00e9, 1925).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#ftnref12\" id=\"ftn12\">[12]<\/a> N. Boukharine : op. cit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#ftnref13\" id=\"ftn13\">[13]<\/a> <em>La pens\u00e9e de Karl Marx<\/em> (Paris, Le Seuil, 1956) et Louis Althusser : <em>Pour Marx<\/em> (Paris, Maspero, 1965).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#ftnref14\" id=\"ftn14\">[14]<\/a> J.-M. Benoist\u00a0: <em>Marx est mort<\/em> (Paris, Gallimard, 1970).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#ftnref15\" id=\"ftn15\">[15]<\/a> P. Fougeyrollas : <em>le Marxisme en question<\/em> (Paris, Le Seuil, 1959) ; J. Monnerot : <em>Sociologie du communisme<\/em> (Paris, Gallimard, 1963) ; R. S\u00e9dillot : <em>L&rsquo;histoire n&rsquo;a pas de sens<\/em> (Paris, Fayard, 1965).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#ftnref16\" id=\"ftn16\">[16]<\/a> J. Cheverny, op. cit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#ftnref17\" id=\"ftn17\">[17]<\/a> Sag. 18, 15.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cette id\u00e9e de la fin de l&rsquo;histoire semble \u00e0 certains une \u00ab nouveaut\u00e9 \u00bb. Elle est, en fait, aussi vieille que l&rsquo;humanit\u00e9 \u2014 aussi vieille, du moins, qu&rsquo;une partie de l&rsquo;humanit\u00e9. La conjoncture peut la rendre plus ou moins palpitante, mais elle ne la cr\u00e9e pas. La science n&rsquo;a rien \u00e0 voir non plus \u00e0 l&rsquo;affaire. La question de la fin du monde, comme celle de ses origines, n&rsquo;est malheureusement pas de celles que la science nous permet de r\u00e9soudre. 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En fait, l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une fin de l&rsquo;histoire, li\u00e9e \u00e0 celle d&rsquo;un d\u00e9but du monde, est le fruit d&rsquo;une mentalit\u00e9 particuli\u00e8re ; d&rsquo;une mentalit\u00e9 qui a besoin, pour accepter le monde, de le doter d&rsquo;une finalit\u00e9 et d&rsquo;une n\u00e9cessit\u00e9 interne \u00e0 lui-m\u00eame : il faut que le monde ait un d\u00e9but et une fin, faute de quoi \u2014 pens\u00e9e \u00ab insupportable \u00bb \u2014 il n&rsquo;aurait pas de sens.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[721],"tags":[712,757],"class_list":["post-5007","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-de-benoist-alain","tag-eschatologie","tag-nietzche"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.5 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Contre la fin de l&#039;histoire ou comment ne pas en sortir par Alain De Benoist - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/contre-la-fin-de-lhistoire-ou-comment-ne-pas-en-sortir-par-alain-de-benoist\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Contre la fin de l&#039;histoire ou comment ne pas en sortir par Alain De Benoist - 3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Cette id\u00e9e de la fin de l&#039;histoire semble \u00e0 certains une \u00ab nouveaut\u00e9 \u00bb. 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3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","og_description":"Cette id\u00e9e de la fin de l'histoire semble \u00e0 certains une \u00ab nouveaut\u00e9 \u00bb. 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En fait, l'id\u00e9e d'une fin de l'histoire, li\u00e9e \u00e0 celle d'un d\u00e9but du monde, est le fruit d'une mentalit\u00e9 particuli\u00e8re ; d'une mentalit\u00e9 qui a besoin, pour accepter le monde, de le doter d'une finalit\u00e9 et d'une n\u00e9cessit\u00e9 interne \u00e0 lui-m\u00eame : il faut que le monde ait un d\u00e9but et une fin, faute de quoi \u2014 pens\u00e9e \u00ab insupportable \u00bb \u2014 il n'aurait pas de sens.","og_url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/contre-la-fin-de-lhistoire-ou-comment-ne-pas-en-sortir-par-alain-de-benoist\/","og_site_name":"3e mill\u00e9naire - Spiritualit\u00e9 - Connaissance de soi - Non-dualit\u00e9 - M\u00e9ditation","article_published_time":"2010-10-04T20:07:31+00:00","article_modified_time":"2010-10-26T18:24:31+00:00","author":"3e mill\u00e9naire","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"3e mill\u00e9naire","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"39 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"Article","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/contre-la-fin-de-lhistoire-ou-comment-ne-pas-en-sortir-par-alain-de-benoist\/#article","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/contre-la-fin-de-lhistoire-ou-comment-ne-pas-en-sortir-par-alain-de-benoist\/"},"author":{"name":"3e mill\u00e9naire","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/#\/schema\/person\/9a3a7cc4ccaa707f402d4394327106d5"},"headline":"Contre la fin de l&rsquo;histoire ou comment ne pas en sortir par Alain De Benoist","datePublished":"2010-10-04T20:07:31+00:00","dateModified":"2010-10-26T18:24:31+00:00","mainEntityOfPage":{"@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/contre-la-fin-de-lhistoire-ou-comment-ne-pas-en-sortir-par-alain-de-benoist\/"},"wordCount":7902,"keywords":["ESCHATOLOGIE","Nietzche"],"articleSection":["de Benoist Alain"],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/contre-la-fin-de-lhistoire-ou-comment-ne-pas-en-sortir-par-alain-de-benoist\/","url":"https:\/\/www.revue3emillenaire.com\/blog\/contre-la-fin-de-lhistoire-ou-comment-ne-pas-en-sortir-par-alain-de-benoist\/","name":"Contre la fin de l'histoire ou comment ne pas en sortir par Alain De Benoist - 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